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Sur Inter, le pluralisme va de la gauche à l’extrême gauche

Sur Inter, le pluralisme va de la gauche à l’extrême gauche
Gilles-William Goldnadel
Gilles William Goldnadel France Inter pluralisme
Gilles-William Goldnadel

Élisabeth Lévy. Toutes les personnalités que j’ai sollicitées pour parler de France Inter ont refusé de le faire ouvertement, sans doute parce qu’elles veulent continuer à être invitées. Vous avez accepté, est-ce parce que vous êtes tricard ?

Gilles-William Goldnadel. En tout cas, je ne suis presque jamais invité, et ceux qui ont tenté de le faire ont dû se faire rappeler à l’ordre car j’ai été désinvité. Il faut dire que je passe mon temps à les enquiquiner en pointant leurs divers manquements. Pendant l’affaire du « mur des cons », où je défendais mon ami Clément Weill-Raynal, une journaliste est venue m’interviewer, cela n’a jamais été diffusé. Et elle n’a pas eu le courage de répondre à mes nombreux appels. Bien sûr, ça n’a rien de personnel. Le même traitement est peu ou prou réservé à tous ceux que l’on considère comme des ennemis idéologiques. Ainsi, cela ne pose aucun problème à Ali Baddou de recevoir Badiou, stalinien-maoïste non repenti, mais Zemmour est interdit d’antenne.

Peu de gens semblent penser, comme nous, qu’il y a un scandale de la radio publique…

Vous avez raison, le scandale, d’une certaine manière, c’est qu’il n’y ait pas de scandale, alors que même les responsables de Radio France reconnaissent que les antennes sont « à gauche ». Or il s’agit du service public, financé par la redevance de tous les Français. Le cahier des charges impose, théoriquement, l’objectivité, la neutralité et le pluralisme, sous le contrôle tout aussi théorique du CSA. Et nonobstant cela, on continue comme si de rien n’était. Et le plus scandaleux, c’est que même l’opposition de droite n’en fasse pas un sujet de réflexion ! Ce qui prouve à quel point elle n’a rien compris au combat des idées.[access capability=”lire_inedits”]

Le problème n’est pas que les journalistes, producteurs ou responsables soient « de gauche », c’est bien leur droit et ce n’est pas le cas, du reste, de l’actuel président de Radio France ; le problème, c’est qu’ils présentent leurs opinions comme des vérités.

C’est la définition même de l’idéologie.

Il faut dire que c’est à peu près la même chose partout, les médias publics comme NPR ou la BBC sont comme structurellement à gauche.

Les médias tout court ! La sociologie du journaliste occidental est à peu près la même partout. Cependant, la BBC, elle, est soumise au contrôle d’un CSA local à qui il arrive de reconnaître ses fautes. J’ai en mémoire que la BBC a convenu que l’information sur le Proche-Orient et sur Israël avait manqué d’objectivité à certaines périodes. Chez nous, le CSA condamne scrupuleusement RMC parce qu’ils se sont moqués du physique de Nafissatou Diallo – qui, comme chacun sait, écoute Les Grandes Gueules tous les matins ! –, mais quand je leur signale un traitement évidemment biaisé de l’information sur Israël, silence radio.

Comment cette idéologie s’impose-t-elle à l’intérieur des médias ?

Elle ne s’impose pas, elle est leur bain naturel. Il y a très peu de militants encartés, mais l’information se fabrique sous le contrôle sourcilleux des syndicats, qui ne se bornent pas à être extrêmement vigilants pour leurs intérêts corporatistes, mais interviennent dans le contenu de l’information. Dans l’affaire du « mur des cons », le Syndicat national des journalistes (et, à France 3, le SNJ-CGT) s’était déclaré solidaire du Syndicat de la magistrature contre Clément Weill-Raynal, lequel n’a été soutenu que par FO, ce qui est énorme. On dépeint le journaliste français comme corporatiste : c’est très injuste ! Le journalisme français est idéologique.

Ce syndicalisme, qui au lieu de se battre pour que ceux avec lesquels il n’est pas d’accord puissent parler s’acharne à les faire taire, s’exerce aussi contre Éric Zemmour dans les rédactions où il officie. Or RTL et Le Figaro ne sont ni de gauche ni publics…

Certes, mais je le répète, s’agissant du service public ce phénomène est à la fois massif et inacceptable. On dirait que 90 % des journalistes de Radio France véhiculent, sans même y penser, une idéologie gauchisante sommaire. Elle relève en grande partie du réflexe, de la pensée spontanée ; mais pour certains, cela tient à une forme de surmoi permettant de défendre son intérêt bien compris. Si, par une hypothèse intellectuelle hardie, tel ou tel journaliste voulait faire œuvre d’indépendance d’esprit, il saurait qu’il risque d’être regardé avec suspicion ou hostilité. Donc, il se passe la même chose que dans l’art. La tradition et le réflexe se conjuguent pour que rien ne change.

Vous exagérez. Il y a des choses qui changent. Il faut mettre au crédit de Laurence Bloch et Philippe Val d’avoir délivré l’antenne de France Inter de l’anti-israélisme rabique qui y régnait.

D’accord, parce que, quoi qu’en disent les dinosaures du Monde diplo, le conflit israélo-palestinien a cessé d’être la mère de toutes les batailles. Reste que, encore en juin, j’ai interpellé France Inter pour un reportage du correspondant à Jérusalem réalisé au moment d’une réunion du Quartet, après la mort d’une fillette tuée à coups de couteau. Le journaliste évoque cet attentat et continue ainsi : « Le Quartet vient de condamner Israël pour sa politique de colonisation. » Or, le Quartet avait également condamné l’Autorité Palestinienne pour son encouragement à la violence. France Inter a dû reconnaître cette étrange omission.

Quoi qu’il en soit, la gauche n’est pas très flamboyante.

Il est vrai que l’idéologie de gauche a du plomb dans l’aile, alors à France Inter, on est sans doute aujourd’hui moins affirmatif, moins méprisant… Je n’exclus pas que certains aient mis un peu d’eau dans leur vin rouge. Tout de même, il y a des faits sidérants : ainsi, tous les humoristes de France Inter se revendiquent comme appartenant à la gauche ! Et ça ne pose aucun problème à personne ! Finkielkraut, dont ils se paient la tête de manière consensuelle, leur en a balancé une bien bonne : « Oui, c’était mieux avant. Avant eux. » Aujourd’hui, Beigbeder s’est fendu d’une réponse sur France Inter. Avec la dérision et le cynisme qui sont sa marque de fabrique, il convenait que les humoristes de France Inter étaient effectivement des gauchistes, comme tous les artistes – des « gauchistes de Park Avenue », comme dit Woody Allen –, et il terminait par une pirouette en disant qu’il valait mieux ça que le contraire. C’est indigne de l’intelligence de Beigbeder. Il essaie de faire passer par l’humour le sujet des humoristes qui, lui, n’est pas drôle ! Il n’est pas drôle que L’Humanité puisse publier que les humoristes de France Inter sauvent l’honneur de leur radio ! – et que, comble de tout, Hélène Jouan s’en vante dans sa revue de presse ! Il n’est pas drôle que Sophia Aram se paie la tête de Karine Le Marchand, volant ainsi au secours du soldat Cohen qui l’avait gravement taclée pour avoir osé interviewer Marine Le Pen. En principe, le bouffon critique le roi régnant. Eh bien, eux non ! Les têtes de Turc de Sophia Aram sont Morano, Sarko et « Ludovine de la Malbaise »… Je ne demande pas que Cohen, Jouan ou Aram soient virés, je demande simplement le pluralisme !

Mais comment expliquez-vous que personne ne proteste ?

Ça ne laisse pas de m’intriguer. Mais puisque même la droite ne dit rien, de leur point de vue ils ont raison. Après tout, ils ont de l’audience et ils ont formaté une grande partie de leur public. Et découragé l’autre. Les études montrent qu’on vote beaucoup plus à gauche chez les auditeurs de France Inter que dans l’ensemble de la population. Je me souviens d’un auditeur qui était intervenu à l’antenne pour dire que c’était un scandale que Monsieur Sylvestre, qui était à l’époque la caution de droite, puisse propager ses idées libérales sur l’antenne du service public ! C’est-à-dire qu’aujourd’hui, dans la pensée de ces gens-là, explicitement, le service public ne peut être que de gauche ! Les auditeurs qui interviennent à l’antenne posent tous des questions de gauche. Le seul sujet, en vérité, c’est l’extrême gauche qui engueule la gauche… Voilà ! Les autres ont l’impression de gêner et sont partis. À l’exception d’un masochiste vigilant comme votre serviteur.

Et des captifs du service public. On ne se met pas à 50 ans aux radios commerciales. Mais vous dites qu’un certain nombre de Français sont exclus. Moi, je dis qu’ils sont parfois méprisés. L’autre jour j’ai entendu au vol parler de « cette France populaire qui n’aime pas l’Autre ».

Le problème, c’est que personne ne soit là pour la défendre, cette France. Je vous rappelle que je défends Fabrice Le Quintrec, qui a été sanctionné il y a plusieurs années pour avoir cité Présent lors de la revue de presse. Or il avait cité un passage anodin que personne n’avait jugé problématique. Mais puisque l’on cite L’Humanité ou Libération, il pensait, dans un esprit d’équilibre, qu’il n’était pas mal de citer Présent. Moi, je suis content qu’on cite L’Humanité, puisque je ne l’achète jamais, L’Humanité ! Je suis content qu’on me parle des journaux que je n’aime pas ! Eh bien, il a été débarqué du jour au lendemain, placardisé à Radio bleue. Il a gagné tous ses procès. Mais on a préféré se priver de sa compétence que de le réintégrer, ce que les syndicats n’auraient pas compris.

Tout cela est vrai, mais après tout France Inter affiche d’excellentes audiences. Une radio de gauche pour le public de gauche, ça se tient.

Et c’est ainsi qu’une moitié de la France est privée du service public. De plus, il y a beaucoup de gens qui ne sont pas politisés et que France Inter contribue à orienter dans le sens du vent. Dans une élection, cela peut jouer. Encore que cela finisse par être contre-productif. Ils peuvent se moquer des électeurs du FN toute la journée, non seulement ils ne les dissuadent pas mais ils arrivent à braquer aussi beaucoup de gens comme vous et moi.

Surtout, c’est une chose de traiter les méchants de méchants, c’en est une autre de faire l’apologie de l’immigration dans un pays qui est unanime à vouloir qu’on l’arrête. Cela donne l’impression que, dans leur tour ronde, ils sont coupés du monde.

Oui, le politiquement correct a encore de bons ciseaux pour censurer, faire taire, écarter. Mais il a perdu son magistère intellectuel et moral. Et les journalistes de France Inter qui, pourtant, se désolent abondamment de la « droitisation » de la société française, sont les seuls à ne pas voir qu’ils ont perdu le combat intellectuel et moral ! [/access]


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Fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur. Journaliste, elle est chroniqueuse sur CNews, Sud Radio... Auparavant, Elisabeth Lévy a notamment collaboré à Marianne, au Figaro Magazine, à France Culture et aux émissions de télévision de Franz-Olivier Giesbert (France 2). Elle est l’auteur de plusieurs essais, dont le dernier "Les rien-pensants" (Cerf), est sorti en 2017.

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