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Ils viennent jusque dans nos campagnes

L’islam politique tend d’abord sa toile au niveau local. Pour consolider leur base électorale, des élus municipaux cèdent au clientélisme communautaire. Ces voix se monnaient en échange d’avantages divers, de places au cabinet du maire, jusqu’à laisser les islamistes imposer leurs normes.


Vous connaissez Molenbeek, riante commune de l’agglomération bruxelloise, où le contrôle social des islamistes sur la population est acté grâce à leur alliance avec la gauche ? Si ce quartier est si célèbre, c’est parce qu’il a été la base arrière de l’attentat du 13-Novembre à Paris et qu’il a fait découvrir l’ampleur de la mainmise des Frères musulmans dans le système politique, administratif, judiciaire et universitaire belge. Au point que plus personne ne sourcille quand certains parlent de Belgistan.

Or à Molenbeek, l’appropriation territoriale s’est faite d’abord par le bas. C’est précisément la méthode que dénonce le rapport « Frères musulmans et islamisme politique en France », qui affirme que, « d’ici une dizaine d’années, certaines municipalités seront à la main d’islamistes, comme en Belgique. » C’est dire si les élections municipales qui s’annoncent en 2026 nécessiteront une attention accrue de la part des renseignements territoriaux.

C’est en effet l’un des principaux enseignements du rapport : la diffusion de l’islamisme se joue surtout au niveau local « autour d’une mosquée, offrant généralement des cours d’éducation coranique […], comprenant souvent des associations caritatives, culturelles, qui voisinent parfois avec des commerces communautaires ou des activités sportives distinctes de la mosquée, avant d’investir le champ de l’enseignement privé. » Un environnement construit par des militants aguerris qui se retrouvent très vite en position de négocier avec les élus municipaux pour imposer leurs normes dans le cadre d’une relation clientéliste. C’est de cette façon que, petit à petit, « des normes sociales s’imposent (voile, barbe, vêtements couvrants, respect du jeûne du ramadan) », comme l’écrivent les auteurs.

Un clientélisme islamique peu coûteux

La crise démocratique contemporaine rend du reste de plus en plus rentable pour les islamistes, le marché consistant à échanger leurs votes contre de l’influence territoriale et politique. Quand seuls 25 à 40 % des citoyens en droit de voter participent au scrutin, des villes de 50 000 habitants peuvent basculer grâce à l’apport de quelques centaines de voix.

Il faut dire que pour un élu, le clientélisme islamiste peut sembler, dans un premier temps, peu coûteux : votez pour moi et en échange je prête une salle, j’autorise l’ouverture d’un magasin communautaire, je subventionne une association d’aide aux devoirs et à l’insertion, et bien sûr je nomme deux ou trois représentants islamistes, parmi les plus habiles en stock, dans mon équipe municipale, voire au sein de mon cabinet du maire ou dans une direction technique de la Ville. Les services jeunesse, association, éducation, animation ou même le social représentent de bons incubateurs pour cela. Le rapport décrit le phénomène en ces termes : « L’augmentation importante de l’influence municipale gagnée ces dernières années par les islamistes laisse présager le passage d’une gestion électorale de la communauté, au moyen duquel certains élus locaux consolidaient leur base électorale contre avantages, à des alliances plus étroites pouvant notamment comprendre l’incorporation d’islamistes à des positions importantes sur les listes électorales ou dans les cabinets d’élus. »

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Les auteurs se penchent même sur un cas d’école : la ville de Colombes, emblématique de cette démarche d’islamisation.

L’histoire commence quand, en 2014, la mairie socialiste de cette commune des Hauts-de-Seine est sollicitée par un converti islamiste, qui obtient une salle municipale pour une association. Ladite salle est très vite soupçonnée d’être un lieu de prière. Mais la même année, lors des élections municipales, la ville change de bord. La nouvelle maire, une LR moins naïve que son prédécesseur PS, ferme la salle de prière clandestine et annule la cession à titre gracieux d’un terrain qui avait été promis pour la création d’une école soi-disant Montessori, mais en réalité islamiste et coranique. Face à cette hostilité, l’association MUSC (Musulmans de Colombes) demande à la gauche locale de l’aider à récupérer son pouvoir et son influence en échange de ses voix lors du prochain suffrage. Patrick Chaimovitch, un écologiste, se porte volontaire. Et ça marche ! Stéphane Tchouan, le président de l’association, réussit à mobiliser les quartiers à majorité arabo-musulmane de sorte qu’en 2020, l’écologiste est élu. Et qui nomme-t-il directeur de cabinet ? Le président de l’association MUSC, Stéphane Tchouan… 

« Nécessité fait souvent loi« 

S’il y a peu de doute quant à la volonté des Frères musulmans de monter en puissance dans les municipalités, les coucous islamistes iront donc probablement, à l’image de Colombes, pondre leurs œufs à l’intérieur des listes des partis classiques. Un célèbre connaisseur de la carte électorale que nous avons interrogé, mais qui veut garder l’anonymat, risque ce pronostic : « Il y aura des listes qui afficheront clairement leur orientation religieuse, d’autres qui la dissimuleront sous l’appellation “liste citoyenne”. Mais dans l’ensemble, la progression de la représentation islamiste se fera par une présence des leaders communautaires sur les listes des formations traditionnelles. Elle sera encore renforcée à gauche par l’entrisme local dans les partis, et surtout par la dynamique de l’alliance LFI-islamiste qui affaiblit les autres succursales. »

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Je lui fais toutefois remarquer que le clientélisme islamiste se porte aussi au centre, en particulier à l’UDI, avec des élus comme Jean-Christophe Lagarde à Drancy (Seine-Saint-Denis), Bruno Beschizza à Aulnay-sous-Bois (idem) ou Julien Polat à Voiron (Isère). « C’est vrai, convient-il, mais peu se risquent à cela à droite car un clientélisme si voyant risque de tuer leurs ambitions nationales. Toutefois, localement, nécessité fait souvent loi. Lorsque votre place, donc votre avenir, dépend d’abord du renouvellement de vos alliances, vous êtes moins regardant. Et puis on finit toujours par pardonner aux vainqueurs en politique. »

Quoi qu’il en soit, une seule conclusion s’impose, le vote islamiste est devenu un vote communautariste puissant, qui rapporte gros dans certaines enclaves. Il sera donc présent en 2026, et progressera mécaniquement et mathématiquement. Surtout avec un président à la fois ambigu et impuissant.

Silence coupable

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«Kärcher»: 20 ans après

Passer le Kärcher dans les ghettos urbains ? Comment enfin transformer les paroles en actes, en faisant sauter les cinq verrous qui contraignent l’action publique. Une analyse du think tank Le Millénaire.


Il y a 20 ans, jour pour jour, Nicolas Sarkozy promettait de « nettoyer au Kärcher » la cité des 4 000 à La Courneuve. Cette formule a marqué un tournant dans la parole publique sur la question des territoires perdus de la République pour reprendre l’expression de Georges Bensoussan. Seulement, 20 ans plus tard, rien n’a changé. Ou plutôt, tout a empiré. Les ghettos se sont durcis, les réseaux criminels se sont consolidés, et les violences se sont banalisées. Le Kärcher n’a jamais été sorti du garage.

Du Kärcher à la pommade : 20 ans de renoncement

Le terme « Kärcher » est devenu le symbole de l’impuissance publique alors qu’il proclamait paradoxalement l’inverse. Répété sans cesse et sans suite, même par des figures de droite modérée comme Valérie Pécresse, il ne fait plus peur à personne. Pas même à ceux qu’il visait. En effet, tous les indicateurs d’insécurité et de criminalité sont dans le rouge. Un exemple : le taux d’agressions graves par année pour 100 000 habitants, bien meilleur indicateur que le taux d’homicides car plus représentatif de la violence, a augmenté de 160%, passant de 241 actes de violences pour 100 000 habitants en 2005, à 628 pour 100 000 habitants en 2023. Le « Kärcher » est devenu une métaphore inopérante, révélatrice de l’impuissance d’un pouvoir politique, incapable d’assumer ce qu’il proclame.

Et pour cause, en lieu et place du Kärcher, on a versé de la pommade dans les quartiers « sensibles ». Deux logiques aussi néfastes l’une que l’autre ont dominé l’action publique. 

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D’une part, la logique de l’apaisement, qui recule devant chaque flambée de violence pour « ne pas faire de vague », et qui excuse systématiquement le délinquant par la précarité, le racisme, la victimisation et les supposées « violences policières ». D’autre part, il s’agit d’une logique d’infantilisation politique, selon laquelle les fauteurs de troubles ne sont jamais responsables mais toujours « discriminés », « stéréotypés » et maintenant « racisés ». En d’autres termes : le Kärcher est resté une menace rhétorique. Et la pommade est devenue une stratégie.

Une combinaison de verrous qui empêche toute reconquête

Cinq verrous majeurs ont neutralisé l’action de l’État et désarmé la République.

Le droit pénal (verrou n°1), dans sa philosophie actuelle, est inadapté aux évolutions des quartiers. Centré sur l’individualisation des peines et la réinsertion, il est incapable de répondre à la violence de masse, à la délinquance de bande ou à la criminalité organisée. Il en résulte un décrochage entre la norme juridique et l’attente sociale de sécurité et de justice qui se symbolise par un écart de plus en plus important constaté entre la peine encourue, la peine prononcée par le juge et enfin la peine réellement effectuée par le délinquant.

Les trois autres verrous ont créé une situation d’impuissance spécifique aux quartiers. Le narcotrafic (verrou n°2) a corrompu le tissu local. Dans de nombreuses cités, le trafic de stupéfiants constitue une économie parallèle, estimée entre 3 à 6 milliards d’euros annuels selon l’OFDT. Ce système, générant des violences endémiques constitue une forme d’intégration locale, là où l’école, l’entreprise ou la puissance publique ont échoué. De surcroît, la décentralisation (verrou n°3), mal structurée, a complexifié l’action publique jusqu’à l’inertie tout en donnant des pouvoirs à des élus locaux parfois tentés d’acheter la paix sociale. Or, au-delà de la rénovation urbaine ou des millions déversés sur le social, la politique de la ville est un immense guichet aux associations (verrou n°4). Résultat, personne n’a intérêt à passer le Kärcher : ni les narcotrafiquants, ni certains élus, ni certaines associations. 

Enfin et non des moindres, la pression médiatique (verrou n°5) et la peur politique paralysent l’action publique. Toute parole ferme est taxée de « stigmatisante », toute décision répressive dénoncée comme « discriminatoire ». Cette situation explique pourquoi lorsque le président Macron doit affronter les gilets Jaunes, il parle de « Gaulois réfractaires », mais qu’il appelle immédiatement à l’apaisement face aux émeutes urbaines de l’été 2023.

Comment passer (enfin) le Kärcher ?

Face à la gravité de la situation, il est urgent de sortir du symbolique pour passer à l’action. Le Kärcher ne doit plus être un mot, mais une méthode. Cette méthode reposerait sur trois piliers fondamentaux visant à libérer l’action publique de ces verrous qui la paralysent. 

Premièrement, il faut mettre en place une série de mesures permettant de dessiner les contours d’un régime juridique républicain d’exception compte tenu de la situation. Ainsi, il faut supprimer l’article 723-15 du Code de procédure pénale, qui impose ces aménagements pour les peines inférieures à un an, et instaurer des peines planchers obligatoires avec un minimum de trois ans de prison pour les violences contre les forces de l’ordre, les trafics de stupéfiants ou les émeutes. Dans les zones à reconquérir, aucune remise de peine ne devrait être possible pour des délits commis en bande. Toute récidive dans les cinq ans devrait automatiquement entraîner un doublement de la peine minimale. À ces mesures s’ajoute l’urgence de moderniser l’appareil judiciaire : élargissement des comparutions immédiates aux mineurs, réduction des délais à moins de 72 heures pour les faits graves commis en contexte de troubles collectifs, et création d’un statut pénal spécifique pour les territoires les plus sensibles. Et pour restaurer la confiance, un rapport annuel sur l’application effective des peines devra être présenté et débattu au Parlement, afin que les Français sachent si la justice passe réellement.

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Deuxièmement, l’échec patent de la politique de la ville impose un changement de doctrine immédiat : fini la distribution de subventions sans évaluation ni contrôle pour acheter la paix sociale ! Il faut donc geler toutes les subventions associatives dont l’efficacité n’est pas démontrée, mettre fin au saupoudrage clientéliste de fonds publics, et interdire strictement le financement d’associations à risque, notamment celles qui entretiennent des logiques communautaristes ou se montrent ambigües sur les principes de la République. Cela passe par une renationalisation de la politique de la ville.

Enfin, il faut offrir un nouvel horizon à la reconquête. Elle ne sera possible que si les citoyens ont confiance dans l’action publique. C’est pourquoi, il faut déclarer une véritable « War on drugs » à la française, avec un plan d’action national pour démanteler les réseaux et prévenir toute forme d’infiltration dans les institutions. Surtout, il faut protéger ceux qui organiseront concrètement la reconquête, à savoir les policiers, les préfets, les professeurs, les magistrats et les maires. Trop souvent isolés, exposés à la pression médiatique ou à la peur des représailles, ils doivent savoir que l’État est de leur côté, sans ambiguïté, par l’octroi d’un statut de protection renforcée. 

La reconquête ne pourra se faire sans prendre des risques. La France ne manque ni de lois, ni d’argent, ni d’hommes. Elle manque de courage. « Passer enfin le Kärcher » comporte des risques et des coûts mais produira des bénéfices bien plus grands : le retour de la paix civile pour tous et la réconciliation de toutes les France car aujourd’hui une France révoltée, celle des gilets Jaunes, n’a le droit à rien en comparaison des quartiers à qui l’on donne tout.  


Maxime Kindroz, Analyste au Millénaire, co-auteur de la note « Comment passer le Kärcher ? » 

Matthieu Hocque, Directeur adjoint des Études du Millénaire, spécialiste en politiques publiques, co-auteur de la note « Comment passer le Kärcher ? 

Les plumes du paon


Au cœur de l’Autriche urbaine, opulente et aseptisée de 2025, Matthias, bel et blond germain bien peigné et court moustachu, partage avec Sofia, sa jeune compagne, un confortable appartement high tech ultra-connecté.

Sur le site de l’agence « « My Companion » dont il est manifestement l’élément moteur, le garçon peut se targuer d’excellents « retours clientèle ». Profession ? Louer ses services (platoniques) de comédien pour arrondir les angles, sur commande : passer pour l’ami idéalement cultivé au sortir d’un concert ultra-mondain de musique expérimentale, ou pour le fils modèle d’un financier lors d’un dîner de gala que ce dernier préside avec sa femme. Ou encore coacher une épouse tétanisée par son vieux mari, mais désireuse de reprendre le dessus sans trop savoir comment s’y prendre. Matthias endosse ses emplois successifs avec une plasticité remarquable. Jusqu’à ne plus être personne à force de se prendre à son propre jeu : son couple ne résiste pas à cette déréalisation schizophrène…

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Premier long métrage de Bernhard Wenger, 32 ans, natif de Salzbourg et établi à Vienne, Peacock (« paon » en français) privilégie le plan fixe et joue assez habilement du hors champ ou de la séquence saugrenue, incrustant une bande-son millimétrée dans un montage découpé au scalpel. Grinçante, décalée, portée par le jeu très construit d’Albrecht Schuch dans le rôle du bellâtre qui fait la roue, la comédie acide vire graduellement au noir.  

Si l’intention du film est exagérément transparente – critiquer la tyrannie de l’apparence, l’invasion du virtuel qui lamine le réel… – on savoure l’exercice de style.


Peacock. Film de Bernhard Wenger. Avec Albrecht Schuch, Julian Franz Richter…  Autriche, couleur, 2024. Durée : 1h42

En salles le 18 juin 2025.  

Bombe iranienne: divergences entre militaires et renseignement aux États-Unis

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En atteignant un enrichissement de l’uranium à 60 %, l’Iran s’est retrouvé dans une position de puissance nucléaire du seuil : capable d’aller jusqu’au bout en cas de crise aiguë, tout en maintenant une ambiguïté suffisante pour préserver une certaine marge de manœuvre diplomatique, explique Gil Mihaely. Les analyses divergentes de la CIA, des militaires américains ou israéliens sur l’urgence d’une intervention préventive contre l’Iran ne sont contradictoires qu’en apparence.


Selon plusieurs organes de presse, dont CNN et Reuters, un nouveau rapport du renseignement américain indique que l’Iran est encore à environ trois ans d’être en mesure de produire et de déployer une bombe nucléaire opérationnelle. Et donc,contrairement à l’évaluation alarmiste d’Israël, qui estime que Téhéran serait à quelques mois de l’arme nucléaire, les services de renseignement américains jugent ce scénario moins imminent, mentionnant un délai de l’ordre de plusieurs années.Mélenchon a donc raison ? Pas nécessairement voire pas du tout. 

Le 10 juin 2025, le général Michael “Erik” Kurilla, commandant du Centcom[1], déclarait devant le Congrès que l’Iran pourrait produire suffisamment de matière fissile pour une bombe nucléaire en moins de deux semaines. Cette déclaration choc, loin d’être isolée, s’inscrit dans une stratégie d’alerte visant à préparer l’opinion publique et les décideurs à un éventuel recours à la force contre la République islamique. Mais elle contraste sensiblement avec les analyses les plus récentes de la CIA et de la communauté du renseignement américain, qui affirment, dans leur rapport annuel publié en mars, que Téhéran n’a pas repris à ce jour son programme d’armement nucléaire.

Faut-il y voir une contradiction, une divergence d’appréciation, ou simplement deux angles de lecture différents d’une même réalité stratégique ?

Le point de départ est factuel : selon l’AIEA, l’Iran possède aujourd’hui des stocks d’uranium enrichi à 60 % suffisants pour produire plusieurs bombes nucléaires. Or, le seuil d’enrichissement pour un usage militaire est de 90 %, mais la conversion de 60 % à 90 % est une étape techniquement rapide pour un État qui en aurait fait le choix politique.

La question de l’enrichissement

Depuis que l’Agence internationale de l’énergie atomique a confirmé que l’Iran possède des stocks d’uranium enrichi à 60 %, un chiffre revient de manière insistante dans les évaluations militaires : deux semaines. C’est le temps qu’il faudrait, selon les experts du Centcom, à la République islamique pour franchir la dernière marche menant au combustible d’une bombe nucléaire. Pourtant, dans le débat public, cette étape reste souvent floue, perçue comme une donnée technique parmi d’autres. Or, c’est précisément dans ce passage, entre 60 % et 90 %, entre le seuil critique et l’irréversible, que se joue une large part de la stratégie nucléaire de l’Iran. Cette progression n’est pas qu’une affaire de chiffres : elle est un enchaînement de transformations physiques, de choix technologiques et d’arbitrages politiques.

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Pour comprendre la portée de ce basculement, il faut d’abord rappeler que l’enrichissement de l’uranium ne consiste pas à « fabriquer une bombe » mais à accroître la proportion d’un isotope rare, l’uranium 235, dans un matériau initialement dominé par l’uranium 238, plus stable mais non fissile. L’uranium naturel contient à peine 0,7 % de U-235. Une centrale nucléaire civile fonctionne avec un combustible enrichi à environ 3 à 5 %. Pour une arme atomique, il faut franchir le cap des 90 % d’U-235, seuil à partir duquel une réaction nucléaire en chaîne devient possible dans une configuration critique. Or, l’Iran, en atteignant 60 %, a déjà effectué l’immense majorité du travail isotopique.

Techniquement, l’uranium ne se laisse pas facilement trier. Pour séparer les isotopes, il faut d’abord transformer le solide en gaz : l’uranium est converti en hexafluorure d’uranium (UF₆), une substance gazeuse à température modérée. Ce gaz est ensuite injecté dans les célèbres  centrifugeuses, machines rotatives à très haute vitesse, qui exploitent la très légère différence de masse entre U-235 et U-238 pour concentrer progressivement le premier. Une seule centrifugeuse ne suffit pas : on les aligne en cascades, chaque machine augmentant marginalement le taux d’enrichissement à la sortie de la précédente. L’Iran maîtrise ces cascades depuis longtemps. C’est cette infrastructure, discrète mais cruciale, qui lui permet d’évoluer rapidement d’un niveau à l’autre.

Le paradoxe est que le passage de 60 % à 90 % est, en termes techniques, beaucoup plus facile que les étapes précédentes. En effet, enrichir de 0,7 % à 20 % représente plus des deux tiers du « travail de séparation », alors que passer de 60 à 90 % est une tâche relativement légère, faisable en quelques jours avec des cascades bien configurées. Cela signifie que le temps d’alerte stratégique est désormais extrêmement court, rendant toute surveillance ou intervention militaire plus difficile à calibrer.

C’est sur ce point que le général Kurilla insiste : le « breakout time », le temps nécessaire pour produire le cœur d’une bombe, serait inférieur à deux semaines.

Mais atteindre 90 % d’enrichissement ne suffit pas à produire une arme. L’uranium enrichi à 90 % est toujours sous forme gazeuse (UF₆). Il faut ensuite le reconvertir chimiquement en uranium métal (solide), le mouler, le compacter, le stabiliser. Ce retour à l’état solide, à des fins militaires, implique des savoir-faire métallurgiques complexes.

Mais fabriquer une arme nucléaire ne se réduit pas à produire de la matière fissile. Il faut ensuite développer un dispositif de détonation fiable, miniaturiser l’arme pour qu’elle puisse être montée sur un vecteur (généralement un missile), puis tester et sécuriser la chaîne de commandement nucléaire. Ces étapes, relevant de la « weaponization », prennent des mois, voire des années. En revanche, il est plus facile à dissimuler. Ainsi, Kurilla lui-même le reconnaît dans son témoignage : l’Iran ne dispose pas encore d’une arme opérationnelle.

C’est votre dernier mot ?

C’est pourquoi le renseignement américain, notamment la CIA, considère qu’en dépit de cette avancée technique, l’Iran ne dispose pas encore d’une arme nucléaire opérationnelle, et n’a pas encore pris la décision politique d’en produire une. Mais du point de vue militaire, l’existence de stocks à 60 % constitue une capacité latente, un potentiel de « breakout » extrêmement court. En somme, l’Iran se trouve dans une position de puissance nucléaire du seuil, capable d’aller jusqu’au bout en cas de crise aiguë, mais suffisamment ambiguë pour conserver une certaine marge diplomatique.

Cette ambiguïté est précisément au cœur de la stratégie iranienne : conserver la réversibilité apparente tout en s’approchant structurellement de l’irréversible. Les centrifugeuses tournent, les stocks s’accumulent, les lignes rouges se déplacent… Dans ce contexte, le passage de 60 à 90 % n’est pas qu’une affaire de tuyauterie nucléaire : c’est un acte de souveraineté potentielle, une déclaration d’autonomie stratégique prête à être activée. Et le monde, pris entre vigilance et paralysie, regarde un gaz devenir métal, et une capacité devenir menace.

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La CIA adopte ainsi une posture de prudence, fondée sur les signaux concrets, tandis que le Centcom, bras armé de la présence militaire américaine au Moyen-Orient, adopte une lecture préventive de la menace, fondée sur la possibilité d’une bascule rapide vers l’arme. Cette même logique guide aussi les décideurs israéliens.

Le général Kurilla fait ainsi écho à une inquiétude israélienne croissante : le « point de non-retour » n’est pas atteint, mais il se rapproche d’autant plus que la marge d’erreur doit être prise en compte. Le temps qu’on peut accorder à la diplomatie est ipso facto compté surtout quand en face on joue la montre.   

La divergence entre le Centcom et la CIA reflète un dilemme stratégique plus large auquel est confrontée l’administration américaine : faut-il agir sur la base des capacités, ou attendre une intention manifeste ? En d’autres termes, une stratégie fondée sur l’évaluation technique du risque justifie une intervention préventive, tandis qu’une stratégie fondée sur l’analyse comportementale préconise d’attendre la preuve d’un franchissement politique clair. Israël, échaudé par l’échec de l’évaluation selon les intentions de l’ennemi et non pas ses capacités, ne souhaite prendre le risque d’un 7-Octobre nucléaire.  

Le programme nucléaire iranien est aujourd’hui moins une question technologique que politique. L’Iran semble avoir adopté une stratégie du seuil, maintenir l’ambiguïté tout en raccourcissant le temps nécessaire de transformer le potentiel en arme et consolidant sa position régionale. Dans ce jeu d’équilibre, les divergences entre les discours du Centcom et ceux de la CIA ne sont ainsi pas nécessairement contradictoires, mais complémentaires dans une stratégie de contrôle et de gestion du risque.


[1] Commandement central des États-Unis NDLR

Le réveil des consciences

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La débâcle militaire en cours de l’Iran laisse entrevoir un éventuel affaiblissement du géant chiite – qui était aussi un spécialiste des coups tordus un peu partout autour du globe.


Le régime des Mollahs, la République Islamique d’Iran est le miroir de nos faiblesses et de notre lâcheté. Sa création il y a presque cinquante ans doit en partie son succès à l’accueil favorable que fit Valéry Giscard d’Estaing à l’ayatollah Khomeini puis à son envoi en Iran prendre le pouvoir. 

L’État harceleur

Les Iraniens entretiennent depuis 40 ans un réseau d’intelligence, d’actions terroristes, de subversion anti-occidentale, sans doute jamais connu dans notre Histoire. Son soutien actif au régime syrien, l’armement et le financement du Hezbollah au Liban et du Hamas à Gaza sont son œuvre la plus durable avec un objectif réitéré : détruire l’Etat d’Israël. Il n’y est pas encore parvenu mais ses milices déléguées harcèlent Israël depuis 20 ans en tirant chaque semaine des dizaines de missiles ou de roquettes contre les populations civiles israéliennes. Sans véritable succès car Israël dépense des dizaines de milliards de dollars pour se protéger. Ceci excuse-t-il cela ? Peut-on blâmer les Israéliens d’être plus ingénieux, plus organisés, plus courageux que les ennemis qui veulent les détruire ? Quel Etat un tant soit peu structuré accepterait de vivre depuis des années sous ce harcèlement continuel ?

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Plus récemment encore, l’Iran arme les rebelles Houthis au Yémen, qui outre les missiles qu’ils envoient régulièrement sur le territoire israélien, harcèlent les bateaux empruntant la route maritime la plus recherchée du monde qui passe par le golfe d’Aden. La France qui a des intérêts dans l’Océan indien a-t-elle réagi ? Non… alors que nous entretenons à grands frais une marine de guerre dont un porte-avions nucléaire censé être utile pour résoudre ce genre de crise.  Seuls les États-Unis ont bombardé les Houthis, sans grands succès pour l’instant puisqu’ils envoient encore des missiles en Mer rouge et sur Israël. Qu’attend-on pour les pulvériser ?

Pourquoi tant de pusillanimité vis à vis du régime des mollahs avec lequel nous ne partageons absolument aucune valeur, c’est le moins qu’on puisse dire ? Même les Américains qui ont pourtant été humiliés il y a 40 ans lors de la prise d’otage de l’ambassade n’ont jamais cherché à contrecarrer ce régime d’abrutis moyen-âgeux. Au contraire, ils ont commis une faute historique majeure : s’en prendre sans aucune raison légitime à l’Irak qui était un régime, certes autocratique, mais laïque et surtout l’ennemi millénaire de l’Iran. Résultat, l’Irak est devenu un relai chiite et un terrain de démultiplication des coups tordus iraniens.

Le changement c’est maintenant

En Occident, en Europe, en France en particulier, les partisans de la lâcheté sont nombreux et se recrutent depuis plus de quarante ans, Giscard ayant été le plus actif recruteur, Chirac lui disputant la palme. Aujourd’hui, c’est la gauche extrême qui donne le ton : on la laisse définir les lignes du bien et du mal, de la guerre et du « génocide », de la « résistance » et du terrorisme. Elle donne à toute notre jeunesse le la de ce qu’il faut penser. A tort. Car tous ses repères moraux sont viciés par le grand revirement idéologique qui fut le sien au tournant des années 90, le moment où elle a décidé d’échanger la défense des travailleurs nationaux pour l’encouragement de l’immigration et la protection morale apportée aux activistes musulmans. Avec pour résultat son soutien aux régimes les plus arriérés du Venezuela de Chavez à l’Iran des mollahs, son abandon de toute lucidité face au terrorisme, son aveuglement face aux pratiques régressives, du voile à la ségrégation communautaire. Son ascendant sur les gouvernements européens et l’administration de l’UE est tel que jusqu’à une période récente la norme diplomatique était le renvoi dos à dos d’Israël et de l’Iran. D’un pays libre et d’un pays qui foule aux pieds la liberté et les droits de l’Homme.

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Mais heureusement la situation est en train de changer. Grâce à Israël. Car la force va à la force. Israël montre une telle détermination face à son destin, un tel courage moral face aux objurgations des lâches, une telle puissance en comparaison de sa taille, que les plus peureux finissent par se rallier à lui. La conférence de presse d’Emmanuel Macron vendredi 13 juin en est une illustration heureuse. Le président français a bien été forcé de reconnaître la justesse du droit d’Israël à se défendre préventivement contre un Etat qui travaille à sa perte depuis de si nombreuses années. Le temps est venu du réveil face aux obscurantistes, de la force face à la terreur, de la liberté face à la soumission. Ceux qui s’y opposent, par idéologie ou aveuglement finiront dans les poubelles de l’Histoire. Merci à Israël de mener ce combat et de nous ouvrir les yeux.

Quelle indignité!

Nicolas Sarkozy s’est vu retirer la Légion d’honneur et l’ordre national du Mérite suite à ses démêlés judiciaires. Ne pouvait-on vraiment pas faire autrement? Défendant son père, Louis Sarkozy affirme de son côté qu’ « il est des Légions d’honneur que l’on ne perd pas» comme « celles que l’on reçoit en sauvant des enfants des griffes d’un kamikaze ».


Telle était la formule employée par Nicolas Sarkozy en 2020 sur France 2 suite à une question de David Pujadas l’interrogeant sur ses déboires judiciaires dans le dossier du « financement libyen » de sa campagne.

La règle est la même pour tous

On n’hésite pas à employer la même formule suite au retrait de ses titres en matière de Légion d’honneur et de Mérite. On le sait entre autres sanctions dans l’ « affaire des écoutes », Nicolas Sarkozy a été condamné à un an de prison ferme. Selon les règles en la matière, suite à toute condamnation à de la prison ferme, le récipiendaire doit remettre ses titres. La lecture du site legiondhonneur.fr révèle en effet : « Être distingué d’un ordre honorifique signifie qu’on en accepte les valeurs fondamentales, en premier lieu l’honneur. Le décoré est engagé moralement à ne pas nuire à autrui et au bon fonctionnement de la société. En application du code qui régit les ordres nationaux et la Médaille militaire, toute condamnation pénale ou tout acte contraire à l’honneur commis par un décoré peut justifier une procédure disciplinaire ». En effet selon l’article R91,sont exclues de l’ordre : 1° Les personnes condamnées pour crime ; 2° Celles condamnées à une peine d’emprisonnement sans sursis égale ou supérieure à un an.

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Rappelons que dans le sillage de Robespierre, la Révolution supprima toutes les décorations. Ceci dans un souci, légitime, d’égalité citoyenne. Lorsque Napoléon 1er crée la Légion d’honneur le 19 mai 1802 (le 29 floréal An X, dans le calendrier républicain) c’est pour récompenser les « exploits militaires mais aussi civils1 ».

Ce retrait après condamnation est donc “de droit”, avait souligné en mars dernier le Grand chancelier de la Légion d’honneur, le général François Lecointre, qui a signé l’arrêté privant Nicolas Sarkozy des deux titres dont il était grand-croix, grade le plus élevé. « Exemplarité » avait avancé ce haut gradé. Ce fut exécuté par le ministre de la Justice et celui de la Défense. Depuis la création de la Légion d’honneur en 1802, le chef de l’État occupe la fonction suprême de grand maître. Pendant toute la durée de son mandat, il statue ainsi sur l’ensemble des questions concernant la Légion d’honneur.

Peu de temps après la sanction judiciaire de Nicolas Sarkozy et dans l’hypothèse de ce retrait, le président Macron avait estimé « de mon point de vue, de là où je suis, je pense que ce ne serait pas une bonne décision ». Et de rajouter « je pense que c’est très important que (…) les anciens présidents soient respectés »2Mieux même. Le jeudi 24 avril, le chef de l’État annonçait qu’il « ne prendra aucune décision » de radiation de l’ancien président de la République, en dépit de sa condamnation.

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Au cours de la procédure, l’ancien président de la République a pu faire valoir ses observations auprès de la Grande chancellerie. « Le Grand chancelier de la Légion d’honneur s’est assuré auprès d’éminents juristes de la bonne application des textes en vigueur à ce cas spécifique », indique-t-on à la Grande chancellerie3. De quels « éminents juristes » parle-t-on ? …

Le choix du Prince…

Théoriquement le président de la République n’a donc voix au chapitre que dans les procédures disciplinaires classiques dans lesquelles les conditions d’un retrait d’office ne sont pas réunies. En pratique, on note que depuis quelques décennies, les promotions élyséennes sont trop souvent peuplées de personnes qui ne sont pas toujours en adéquation avec les « valeurs fondamentales » de l’ordre de la Légion d’honneur. Et l’on s’aperçoit que, à l’Élysée, c’est le choix du prince pour promotionner (ou non). Parfois n’importe qui, et des personnes qui sont loin d’avoir accompli des « exploits civils ».

Dès lors, il était loisible à Emmanuel Macron d’éviter cette indignité à son prédécesseur indirect. Il pouvait créer un précédent au titre de ses pouvoirs en la matière. Et même de son pouvoir réglementaire. Un simple décret suffisait pour annuler l’arrêté pris par les ministres de la Justice et de la Défense. Un peu de courage politique, aussi. Mais ce n’est pas la principale qualité de l’actuel locataire de l’Élysée. Quant à Monsieur Darmanin, garde des Sceaux, il a singulièrement la mémoire courte, lui qui doit l’essentiel de sa carrière politique à son ex-mentor. « L’ingratitude en politique est devenue une valeur refuge » aimait à dire de Gaulle.

Inédit depuis… Pétain !

Là où l’indignité devient infamie, c’est que cette exclusion des grands ordres est la seconde de notre histoire présidentielle. En effet, Nicolas Sarkozy est ainsi le deuxième chef de l’État français privé de cette distinction après le maréchal Pétain, à qui la Légion d’honneur avait été retirée après sa condamnation en août 1945 pour haute trahison et intelligence avec l’ennemi. On peut adresser de nombreux reproches à Nicolas Sarkozy. Nous ne nous sommes pas gênés, quand il le fallait. La justice ne s’en prive pas, et de façon parfois démesurée. Ainsi, le suspendre de ses droits paternels est une peine complémentaire abjecte qui n’a strictement rien à voir avec les faits qui lui sont reprochés. Elle a beaucoup affecté l’intéressé, qui a une fille de 14 ans. Nous avons toujours dit que dans tous ses procès, l’ancien président payait aussi ses saillies verbales (« petits pois »), parfois maladroites il est vrai, contre les juges. Le Syndicat de la Magistrature orchestrant cela avec le zèle militant qu’on lui connait… Et en condamnant Nicolas Sarkozy à un an ferme, même avec bracelet, le tribunal savait pertinemment qu’au bout il y avait aussi cette déchéance de décorations. Comme une cerise sur le gâteau, en quelque sorte.

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On nous dira que cette exclusion des titres de l’ancien président est automatique et qu’on ne peut faire autrement. Qu’à cela ne tienne. Il n’est qu’à réviser le Code, d’un autre âge, qui régit les ordres nationaux et la Médaille militaire, en faisant une exception pour les anciens présidents qui ont servi et représenté la France. Car est-il plus noble et inestimable mission ? Certes certains l’accomplissent, il est vrai, moins bien que d’autres. Et puis, cette excuse de ne pouvoir faire autrement nous interpelle. N’a-t-elle pas aussi servi au soutien de Papon et Bousquet pour justifier leurs exactions de collaborateurs ? Heureusement que certains, comme par exemple Jean Moulin ou Jean Zay, choisirent l’honneur de ne pas servir l’ennemi. Mais notons que la conduite de Papon sous « Vichy » ne l’a pas empêché de devenir préfet, ministre et même d’être décoré de la Légion d’honneur par de Gaulle ensuite… Elle lui sera retirée en 1999, suite à sa condamnation pour crime contre l’humanité par la Cour d’Assises de Bordeaux un an avant. De son côté, s’il ne fut décoré « que » de la Francisque par « Vichy », Bousquet, préfet de la zone occupée, ancien secrétaire général de la police de Vichy, fut un ami proche de François Mitterrand (détenteur lui aussi de la Francisque) ainsi que de diverses personnalités de la Ve. La Légion d’honneur qu’il obtint en 1930 des mains du président Doumergue lui sera retirée à l’issue de son procès devant la Haute Cour de Justice en 1949. Eh bien en 1957, le Conseil d’état consent à lui rendre sa Légion d’honneur, et l’ancien secrétaire général à la police de Vichy est même amnistié le 17 janvier 1958. Il est des décorations qui a minima sèment le doute…

Pour terminer sur le cas du président Sarkozy, par la voix de son avocat Patrice Spinosi, ce dernier a déclaré « prendre acte » du retrait de la Légion d’honneur, tout en signalant que la Cour européenne des droits de l’homme devait toujours examiner son recours. En effet une éventuelle condamnation de la France par la CEDH « impliquera la révision de la condamnation pénale prononcée à l’encontre [de Nicolas Sarkozy] en même temps que l’exclusion de l’ordre de la Légion d’honneur, l’une n’étant que la conséquence de l’autre », a énoncé l’avocat à l’AFP.

« Je m’indigne, donc je suis. » (Gyorgy Balint).

  1. https://www.napoleon.org ↩︎
  2. https://www.bfmtv.com/politique/elysee/emmanuel-macron-estime-que-dechoir-nicolas-sarkozy-de-la-legion-d-honneur-ne-serait-pas-une-bonne-decision_AV-202504240702.html ↩︎
  3. https://www.huffingtonpost.fr, 15/06/2025 ↩︎

Nucléaire iranien: minuit moins cinq sur une montre en panne?

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Depuis vendredi dernier, Israël frappe l’Iran en plein cœur. Selon le Premier ministre Nétanyahou, c’est en effet le programme nucléaire iranien qui constitue la véritable « menace existentielle » pour son pays — non pas la Palestine, ni les Arabes. Pourtant, dans toutes les chancelleries et les journaux du monde entier, on s’interroge sur l’état réel d’avancement du programme nucléaire du régime de Téhéran. L’incertitude radicale propre aux projets complexes comme un programme nucléaire — aggravée par les limites du renseignement et les enjeux politiques — rend impossible toute estimation absolument fiable, rappelle notre directeur de la publication.


Dans la nuit du 12 au 13 juin, le programme nucléaire iranien a-t-il atteint ce que certains appellent « minuit moins cinq », le point critique, la dernière minute avant que la République islamique ne devienne une puissance nucléaire ? La réponse la plus honnête est que personne au monde, pas même Georges Malbrunot ou Gérard Araud, ne peut l’affirmer. Et pour cause.

Des manifestants iraniens dévoilent un compte à rebours numérique indiquant 8 411 jours avant la destruction d’Israël, sur la place de la Palestine, à Téhéran, en Iran, le vendredi 23 juin 2017 Photo : Ebrahim Noroozi/AP/SIPA Numéro de photo : ap22069488_000019

Téhéran : c’est notre projet !

Tout d’abord, parce qu’il s’agit d’un projet, un mot que l’on emploie souvent sans en mesurer pleinement le sens. Un projet n’est pas une chaîne de production. Cette distinction est essentielle, car elle entraîne des différences fondamentales en matière de délais, de coûts, et surtout, d’incertitude.

Une chaîne de production repose sur la répétition maîtrisée d’opérations techniques et économiques. Elle est conçue pour produire à l’identique un même bien ou service, dans un environnement stable et prévisible. Cette stabilité permet d’optimiser les procédés, d’automatiser les tâches, de fiabiliser les délais et de maîtriser les coûts. Le travail devient alors une science de l’anticipation.

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Le projet, au contraire, est l’aventure du nouveau. Il s’agit d’un ensemble temporaire d’activités coordonnées, visant à atteindre un objectif unique, souvent inédit. Qu’il s’agisse de développer un logiciel, de bâtir un gratte-ciel ou de construire un réacteur nucléaire, chaque projet est un prototype. Il n’existe pas de manuel universel. L’incertitude en est la règle, et non l’exception.

C’est là que surgit la première difficulté majeure : l’imprévisibilité. Elle pèse directement sur deux variables cruciales : le temps et l’argent. De nombreux projets ambitieux se heurtent à une dure réalité : les délais sont dépassés, les budgets explosent. Pourquoi ? Parce que le projet mobilise des ressources et des technologies parfois mal maîtrisées et se déploie dans un contexte mouvant.

Appréciations…

Revenons à l’Iran. Puisque le programme nucléaire iranien est un projet, même l’Ayatollah Khamenei ne sait pas s’il est minuit moins dix, moins cinq ou déjà passé. De la même manière, le chef du chantier EPR de Flamanville ne pouvait pas, en 2015, affirmer avec certitude que le réacteur serait opérationnel en 2022. À un président de la République qui lui aurait posé la question, il aurait sans doute répondu : « Monsieur le président, nous sommes à minuit moins vingt. » En réalité, il était encore 19h30.

Imaginons maintenant que le Mossad se soit infiltré dans le projet Flamanville en 2015 et, grâce à une technologie révolutionnaire, ait pu lire dans le cerveau du chef de projet. Il aurait alors alerté Jérusalem : « La France est à minuit moins le quart ! », une erreur d’appréciation majeure, fondée pourtant sur une source infaillible, le rêve éveillé de tout espion.

Car ici se pose une deuxième couche d’incertitude. Contrairement au chef de projet, qui dispose d’un accès complet et fiable à l’information, un service de renseignement doit travailler dur pour approcher ce niveau de connaissance, sans jamais être certain de tout savoir, ni d’être à l’abri de fausses informations. À l’incertitude inhérente au projet s’ajoute celle du regard extérieur : espionnage, désinformation, secrets bien gardés, contre-espionnage. Churchill parlait d’un « bodyguard of lies », une garde rapprochée de mensonges.

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Et ce n’est pas fini. Une fois les données recueillies, et traversés ces deux niveaux d’incertitude, le décideur politique se tourne vers ses experts militaires pour leur demander : quelles sont les options ? Quels sont les risques ? Il est alors possible que les planificateurs estiment qu’au-delà d’un certain seuil, toute frappe serait trop risquée : trop d’incertitudes, trop de pertes collatérales, risque de contamination radioactive. Leur recommandation pourrait donc être : intervenir avant minuit moins 28.

Enfin, rappelons que pour notre décideur, une mauvaise décision sur cette question peut avoir des conséquences irréversibles, touchant aux intérêts vitaux de la nation. D’où la multiplicité des avis, des rapports, des interprétations. D’où aussi la difficulté, et la gravité, d’une décision éventuelle.

Ainsi, on comprend mieux pourquoi la question «L’Iran est-il proche de la bombe?» suscite autant de débats… et autant de réponses différentes.

Légion d’horreur

La surveillante d’éducation de 31 ans a été poignardée à mort par un élève de 14 ans, le 10 juin à Nogent (Haute-Marne), lors d’un contrôle des sacs effectué en présence des gendarmes. Les obsèques de Mélanie G. auront lieu aujourd’hui. Mère d’un petit garçon de quatre ans, ancienne coiffeuse reconvertie dans l’éducation depuis la rentrée 2024, elle était très appréciée au sein de son établissement. L’élève a été mis en examen pour meurtre et placé en détention provisoire le 12 juin. Elisabeth Borne remettra à Mélanie G. la Légion d’honneur à titre posthume. Si le destin de Mélanie est tragique et ses qualités unanimement reconnues, notre directrice de la rédaction voit toutefois dans cette démarche le triomphe du statut de victime dans la société sur la reconnaissance des mérites. Nous vous proposons d’écouter sa chronique.


Mélanie, surveillante poignardée à mort par un élève de 14 ans va recevoir la Légion d’honneur à titre posthume. Elisabeth Borne présidera la cérémonie.

Mélanie était visiblement formidable et généreuse. Elle mérite les hommages, la compassion de la nation et sa famille, notre solidarité. Puisqu’elle a été tuée dans l’exercice d’une mission de service public, c’est très bien que son petit garçon soit pupille de la nation, on doit pouvoir faire ça par décret.

Juste quelqu’un de bien…

Mais la Légion d’Honneur récompense les services éminents rendus à la nation. Pour être chevalier, il faut par exemple justifier de 20 ans de services publics ou d’activités professionnelles avec mérites éminents. Pendant longtemps, elle était décernée à titre posthume seulement aux morts au champ d’honneur. La décerner à Mélanie n’a pas de sens, sauf à considérer que la France est un champ de bataille.

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Mais elle rendait service à la nation, me dit-on. Alors donnons la Légion d’honneur à tous les professeurs, policiers, pompiers, juges et pourquoi pas aux pêcheurs et aux infirmières qui rendent aussi des services à la nation. Si on la décerne à Mélanie, ce n’est pas pour ses mérites mais parce qu’elle a été victime d’un crime odieux dans l’enceinte de l’école. Comme si être victime faisait de vous un héros. Les attentats de 2015 ont certainement tué des nigauds, des salauds et des pleutres, paix à leur âme. Le pogrom du 7-Octobre en Israël, aussi. On peut être victime parce qu’on a refusé de se laisser intimider, comme Samuel Paty, mais généralement, c’est parce qu’on appartient au mauvais groupe ou parce qu’on est au mauvais endroit au mauvais moment. Cela n’est pas une preuve de courage. Les participants du festival Nova dans le Sud d’Israël ne voulaient pas être le symbole de la barbarie djihadiste. Ils voulaient danser.

Consolation nationale

Mélanie semblait attirer l’amour. Juste quelqu’un de bien comme dit la chanson. Cette Légion d’honneur n’est pas un scandale mais une incongruité. Elle est révélatrice du sacre de la victime, d’un état d’esprit. Être victime devient un statut auquel tout le monde aspire ; des chiffres sont cités triomphalement (50 % des femmes victimes de ceci ou cela) ; et finalement un totem d’immunité contre la critique dans la vie publique.

Mélanie ne voulait pas être une victime, elle voulait vivre. Au lieu de nous donner bonne conscience avec une médaille posthume, on devrait plutôt essayer de comprendre comment nous avons collectivement échoué à la protéger.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

«Être juif, c’est une exigence morale. Même pour un État»

Denis Olivennes a jugé légitime la riposte d’Israël au Hamas. Mais face à la tournure du conflit, le chef d’entreprise dénonce désormais la politique menée par Benyamin Netanyahou qu’il estime prisonnier de l’extrême droite. Le risque étant de voir l’État juif devenir un État paria


Causeur. Le 11 mai vous avez initié un texte, signé avec Kamel Daoud, Pascal Bruckner, Michel Hazanavicius et d’autres, intitulé « Agir pour la situation avant qu’il ne soit trop tard ». Jamais Israël n’a été aussi isolé, réprouvé, attaqué. Était-ce vraiment le moment de se joindre à ce funeste cœur des vierges ?

Denis Olivennes. Avant de vous répondre, je tiens à préciser que je m’exprime ici en tant que Français, patriote, qui ne conçoit pas son destin ailleurs que dans son pays, mais qui s’estime lié à Israël par le « pacte d’Auschwitz », comme disait Emmanuel Lévinas. Il y a donc une différence ontologique entre ceux qui fustigent l’État juif par antisionisme ou antisémitisme et ma critique de la politique du gouvernement de Benjamin Nétanyahou. Si j’ai été avec quelques-uns à l’initiative de la tribune que vous mentionnez, c’est parce que j’aime Israël, j’admire Israël et je veux qu’Israël existe. Alors était-ce le moment, me demandez-vous ? Longtemps j’ai fait mienne une maxime d’Elie Wiesel : « Je ne dis jamais de mal en public d’Israël, c’est le prix que je paye pour ne pas y vivre. » J’ai tenu cette position jusqu’à récemment car Israël était injustement mis au ban des nations. Mais tout a basculé quand le gouvernement Nétanyahou a cessé de respecter le droit international. À présent, il doit être fermement condamné car il emprunte une voie insupportable.

Vous mettez sur le même plan Israël et la bande Hamas-Hezbollah-Houthis ?

Je ne confonds pas l’agresseur et l’agressé, le totalitarisme et la démocratie. Mais on ne combat pas un monstre en devenant un monstre soi-même.

Êtes-vous conscient que, si le Hezbollah avait attaqué massivement le 8 octobre, l’existence d’Israël était menacée. L’obsession de nombre d’Israéliens est que le Hamas ne puisse pas recommencer.

Je suis parfaitement conscient de la barbarie du Hamas. De son alliance avec le Hezbollah. De sa pénétration dans la profondeur d’Israël lors de l’attaque du 7 octobre 2023. De l’effet de surprise provoqué par cette opération. Tout cela a montré combien Israël était fragile et pouvait être détruit. De sorte que la légitime défense de l’État juif me paraît absolument incontestable. Et que le but de guerre consistant à éliminer le Hamas ne me pose aucun problème. Mais nous sommes arrivés à une nouvelle phase de la riposte, qui a changé non pas d’intensité, mais de nature. Israël mène la plus longue guerre de son histoire, la plus meurtrière aussi avec des milliers de victimes civiles, sans qu’on en voie l’efficacité puisque davantage d’otages ont été libérés par le Hamas lors des cessez-le-feu que lors des bombardements. Ensuite, l’élection de Donald Trump semble avoir donné des ailes à Nétanyahou, qui a limogé le ministre de la Défense et le patron du Shin Bet, attaqué l’État de droit et montré une grande complaisance vis-à-vis des exactions commises par les colons en Cisjordanie. Troisième élément de contexte : Tsahal fait obstacle à l’aide humanitaire à Gaza, ce qui est inouï, même si je sais bien que le Hamas utilise la nourriture comme moyen de pression sur les Palestiniens qui lui sont hostiles, cela ne légitime pas que l’on risque d’affamer une population. Et dans ce climat déjà suffocant, des membres du gouvernement israélien font encore monter la température en proclamant carrément que le but de guerre n’est plus d’éliminer le Hamas, mais d’occuper Gaza et de déplacer massivement sa population. Ce faisant, on sort du cadre du droit international. On passe d’une guerre de légitime défense face au Hamas à une guerre conquérante, impériale, peut-être messianique, inspirée par des ministres fascistes dont Nétanyahou est le prisonnier. J’ai bien peur que l’horreur du 7-Octobre ait diffusé un poison dans l’esprit de beaucoup d’Israéliens, qui ne voient plus les Palestiniens comme des êtres humains. Avant, quand j’allais en Israël, la plupart des gens me disaient qu’il fallait qu’on trouve une solution avec ce peuple voisin. Mais à présent, je vois bien que, pour un grand nombre d’entre eux, les Palestiniens ont disparu de l’horizon. Or aussi légitime soit la revendication immémoriale des juifs de revenir dans leur foyer national en Palestine, il ne faut pas oublier qu’ils sont arrivés dans une terre où vivaient d’autres habitants qui eux aussi ont le droit d’avoir leur État. Et il y a assez de place pour tout le monde.

Et ces autres habitants n’ont jamais manifesté un franc enthousiasme pour la coexistence. Parce que vous aimez Israël, vous attendez qu’il soit moralement supérieur aux autres. Comme l’a écrit le sociologue Charles Rozjman, reprenant le jugement de Péguy sur Kant, cela ne revient-il pas à souhaiter que l’État juif ait les mains blanches, donc qu’il n’ait pas de mains ?

Ma référence n’est pas Kant, mais Lévinas. Je ne demande pas à l’État d’Israël d’être angélique. Je ne lui demande pas de ne pas être un État. Je lui demande juste d’être un État démocratique et un État qui respecte les règles du droit international, des conventions de la guerre en particulier, ou du moins qui s’efforce de le faire. Israël a presque toujours eu cette boussole. Mais là franchement…

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Pourquoi l’État juif devrait-il être un meilleur État que les autres ?

Parce que la tradition juive consiste principalement dans le récit de la révélation divine d’une loi morale. Donc oui, être juif, c’est avoir une exigence morale. Ça ne veut pas dire que l’État juif n’a pas le droit de se défendre, qu’il n’a pas le droit d’avoir une armée, mais cela signifie qu’il doit considérer autrui avec respect, avec esprit de responsabilité. Je l’attends de n’importe quel État démocratique. Et je l’attends en particulier d’un État juif.

Le nombre de victimes civiles est épouvantable. Cependant, le Hamas a reconnu que 72 % d’entre elles étaient des hommes en âge de combattre.

Cette guerre est-elle proportionnée ? Elle l’est sans doute encore. Lorsque les alliés ont défait le nazisme, les bombardements ont causé entre 1,5 et 2 millions de victimes civiles en Allemagne, soit à peu près 1 à 2 % de la population, comme à Gaza. Mais les armées avançaient et Hitler a fini par se suicider. Alors que dans la guerre actuelle, malgré les promesses renouvelées chaque semaine, on ne progresse pas, on n’en finit pas avec le Hamas. La situation s’apparente plutôt à l’enlisement de la guerre du Vietnam.

Nous avons du mal à croire que l’armée israélienne s’amuse à faire durer les choses pour le plaisir cruel d’assassiner un maximum d’Arabes…

Vous avez raison. Même s’il existe quand même de la cruauté en Cisjordanie chez bon nombre de colons, qui ont été dénoncés dès 1967 par le grand philosophe Yeshayahou Leibowitz. À quoi s’ajoute qu’aujourd’hui le gouvernement israélien est entre les mains d’une aile extrémiste et suprémaciste qui parle des Palestiniens comme s’ils étaient des animaux ou des nazis. Tout cela conduit Israël à rompre avec ses principes. Je ne sais plus quel était ce rabbin, dont tous les enfants avaient péri pendant la Shoah, et à qui ses amis disaient que rien de pire n’aurait pu lui arriver. Il avait répondu : « Si, il aurait pu m’arriver quelque chose de pire : que ce soit moi le tueur. »

Manifestation pour réclamer un cessez-le-feu et un accord sur la libération des otages, Tel-Aviv,
27 décembre 2024. Depuis 2023, des rassemblements hebdomadaires critiquent la politique de Netanyahou et de ses ministres d’extrême droite, notamment Ben Gvir et Smotrich © SOPA Images/SIPA

Ce qui est sûr, c’est qu’il y a dans la société israélienne une terrible indifférence qui n’existait pas dans les précédentes guerres. En 1993, de nombreux Israéliens croyaient encore au processus d’Oslo. Mais depuis, à chaque petite ouverture, les dirigeants palestiniens ont fait obstacle. Quand Israël a quitté Gaza, ils en ont fait une base terroriste. Au Sud-Liban, ils ont soutenu le Hezbollah. Il faut être deux pour danser le tango. Or on ne voit nulle part en Palestine des partenaires possibles, à part quelques intellectuels.

Je ne dirais pas le contraire. Tant que les Palestiniens n’intégreront pas l’idée qu’Israël a droit à l’existence, tant qu’ils considéreront que cette nation est une aberration, une création coloniale dont il faut se débarrasser, la paix sera impossible. Mais il faut garder espoir. Relisez le fameux discours de Victor Hugo en 1849 au Congrès mondial de la paix, où il lance aux Européens : « Vous verrez qu’un jour, vous ne vous ferez plus la guerre. » Il est déjà arrivé, sur d’autres continents, à d’autres époques, que des peuples trouvent le chemin de la réconciliation alors qu’ils se haïssaient mutuellement et s’étaient entretués pendant des générations. Je ne prétends pas que c’est simple, mais si on renonce à cette idée, on verse dans la barbarie. Ce qui me paraît inacceptable au plan moral et voué à l’échec sur le plan pratique. Avec ses projets destructeurs, l’extrême droite israélienne est en train de démolir l’image du pays, d’en faire un État paria. Résultat, le Hamas pourrait gagner la guerre de l’opinion… Cela dit, je reste optimiste. Car j’ai gardé, malgré tous mes efforts, un vieux reste de marxisme. Je suis persuadé que les conditions matérielles sont déterminantes dans l’Histoire. Si on crée la possibilité d’un État palestinien qui se développerait économiquement, vous verrez, le désir de paix l’emportera sur le désir de guerre, la pulsion de vie sur la pulsion de mort. Il me semble que la population palestinienne aspire à cela du reste. Qu’elle ne se reconnaît pas dans le bellicisme furieux de ses représentants.

Alors attendons que la grâce tombe sur les Palestiniens et que leur amour de leurs enfants ou de leur vie soit plus fort que leur détestation des juifs ! Les Israéliens ont-ils entendu une voix palestinienne dénoncer le 7-Octobre ? Une seule ? Pour ne pas être déshumanisé, mieux vaut avoir un peu d’humanité ! Peut-être êtes-vous sujet à la naïveté habituelle de la gauche face à l’islam politique, en France comme en Israël. Votre famille idéologique a eu plus que du mal à reconnaître l’antisémitisme qui ronge l’islam en France.

Je ne pense pas m’illusionner sur le Hamas, sur son idéologie mortifère, sur les fautes commises par les Palestiniens depuis soixante-dix ans, l’impasse dans laquelle ils se sont enfermés cependant que le cancer de l’occupation de la Cisjordanie empoisonnait le sang d’Israël. Je ne suis pas aveugle non plus s’agissant de l’antisémitisme chez certains de nos compatriotes musulmans. Les Français sont globalement l’un des peuples les moins antisémites au monde, mais je reconnais que la haine du juif est trois à quatre fois plus importante au sein de deux franges du pays : la jeunesse et la communauté musulmane. Il faut prendre à bras-le-corps ce sujet, dénoncer l’influence néfaste de La France insoumise, qui a trahi l’héritage de la gauche : l’émancipation des juifs en 1791, les dreyfusards, Léon Blum… Et il faut reconnaître que l’antisémitisme est un problème qui se pose à l’islam, sans craindre d’être traité d’islamophobe. De même, on doit pouvoir dire qu’Israël se fourvoie à Gaza sans craindre d’être accusé d’être des alliés objectifs du Hamas.

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Venons-en à la tribune de Delphine Horvilleur, qui est plus sévère que la vôtre puisqu’elle parle de « politique suprémaciste et raciste » en Israël. N’est-elle pas allée trop loin ?

Elle est rabbin. Elle parle de là où elle est. J’imagine que tous les samedis – je ne mets pas les pieds à la synagogue –, elle doit prêcher les principes censés animer les juifs. Or au bout d’un moment, alors que la guerre à Gaza continue de faire des victimes civiles sans que son objectif soit atteint, si un rabbin dit « je n’ai pas envie de voir ça, je n’ai pas envie qu’on coupe l’aide humanitaire », il me semble être tout à fait dans son rôle. Qui pense sérieusement que Delphine Horvilleur est une ennemie d’Israël ? Une fois encore j’affirme que des reproches comme les siens ou comme les miens sont formulés non pas pour nuire à l’État juif, mais pour l’aider. Quand elle critique Israël, Delphine Horvilleur ne peut pas être confondue avec cette gauche qui, sous couvert d’antisionisme, a réenchanté l’antisémitisme.

Évidemment, mais elle peut être récupérée. Approuvez-vous le président quand il dit que c’est le bon moment pour reconnaître l’existence d’un État palestinien ? J’ai signé il y a un an une tribune rédigée par Ofer Bronstein qui plaide pour une reconnaissance simultanée : la reconnaissance d’un État de Palestine en échange de la reconnaissance d’Israël par tous les pays arabes. La reconnaissance est un fusil à un coup. Il faut obtenir qu’elle soit mutuelle, car c’est la vraie clé de la paix. La France a un rôle capital à jouer, mais elle ne le peut que si elle est fidèle à l’esprit remarquable du général de Gaulle, qui, malgré la légende noire, a fait en la matière des déclarations très justes, notamment lors de la fameuse conférence de presse du 27 novembre 1967, admiratif d’Israël qui se rétablissait sur « le site de son ancienne grandeur ». Ou dans celui de François Mitterrand. Elle doit parler aux Israéliens en tant qu’amie de la cause palestinienne et acteur de la construction de l’État palestinien. Et elle doit parler aux Arabes en tant qu’amie et en tant qu’alliée d’Israël inconditionnellement attachée à son droit à l’existence et à sa sécurité.

La France doit travailler plus...

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Le franc-parler, dernière élégance intellectuelle

Le 2e Printemps de la liberté d’expression se tient à partir de vendredi à Perpignan, et recevra de nombreux intellectuels et penseurs, plutôt classés à droite. Gilles-William Goldnadel devrait y recevoir un prix. Quand le débat d’idées rejoint la liberté de pensée… Entrée libre, et Mathieu Bock-Côté en invité d’honneur.


En ces tristes temps de morosité intellectuelle, d’indigence philosophique, de médiocrité politique et de conformisme ambiant, où la glorieuse France des Lumières – celle qui vit jadis naître Voltaire et son admirable Traité sur la Tolérance, Montesquieu avec son indépassable Esprit des Lois ou Diderot et sa monumentale Encyclopédie – n’est plus que l’indigne, terne et pitoyable ombre d’elle-même, la belle ville de Perpignan, où se déroule, ces 20, 21 et 22 juin 2025, au Palais des Congrès, la deuxième édition du « Printemps de la liberté d’expression », apparaît, à l’inverse, comme un nouveau, riche, inespéré et salutaire foyer de réflexion critique, lucide et courageuse, au sens le plus noble du terme.

La Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen, petit rappel

C’est d’ailleurs là le sens profond, très exactement, de la devise, tel un éminent rappel philosophique plus encore que moral, de cette importante, et désormais annuelle, manifestation culturelle : liberté d’expression ! C’est là, du reste, l’essence même de l’insigne article 11 de la « Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen », rédigée en 1789, année de la démocratique Révolution française et donc, précisément, en pleine époque des Lumières : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme » stipule-t-il, en effet, à juste raison.
Bref : une manière, effectivement, d’unir le fécond débat d’idées à l’essentielle liberté de pensée !

Intelligentsia française

Ainsi, est-ce près d’une trentaine d’auteurs majeurs au sein de l’intelligentsia française qui, placés là sous la présidence éclairée d’Eric Naulleau, se réunissent, pendant trois jours, lors de cette deuxième édition de ce fameux « Printemps de la liberté d’expression ». Impossible, certes, de mentionner de façon exhaustive, dans le contexte forcément restreint d’une tribune médiatique, tous les noms des participants, dont on retiendra cependant ici quelques voix particulièrement fortes en la matière, dont, outre votre serviteur en ces lignes, celles de (par ordre alphabétique) Fabrice Balanche, Jérôme Besnard, Mathieu Bock-Côté, Pierre Botton, Maxime Chaix, Gabrielle Cluzel, Stéphane Courtois, Xavier Driencourt, David Duquesne, David Engels, Renée Fregosi, Driss Ghali, Gilles-William Goldnadel, Lisa Hirsig, Jacques Hogard, Régis Le Sommier, Olivier Maulin, Olivia Maurel, Sabrina Medjebeur, Jean-Claude Rolinat, Romaric Sangars, Olivier Sebban, Jean Sévillia, Daniel Sibony, Jean Szlamowicz, Éric Tegner…

Tolérance et raison: les deux moteurs intellectuels d’un nouvel humanisme pour notre civilisation

Quant aux nombreux thèmes qui sont abordés en ces échanges entre quelques-uns des meilleurs et plus fins esprits de l’intelligentsia française, ils sont aussi diversifiés que cruciaux, si tant est que l’objectif ouvertement assumé de ces réflexions critiques est de contribuer pour leur modeste part, humblement mais résolument, à une meilleure marche, sinon du monde, du moins de ce beau et grand pays que demeure, nonobstant ses actuelles vicissitudes politiques et autres dérives idéologiques, la France.

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De fait, c’est autour de thématiques, sous forme de tables-rondes, telles que notamment, et parmi bien d’autres, les nouveaux conformismes, la censure (y compris l’auto-censure) médiatique, le terrorisme intellectuel, la guerre en Ukraine et les conflits ethniques en Syrie, les difficiles relations franco-algériennes, Israël face à la menace islamiste, l’inquiétante recrudescence de l’antisémitisme, les dangers de l’islamo-gauchisme, la question de l’identité nationale face aux crises migratoires, que ces divers débats d’idées s’articulent dans une totale liberté de pensée, sans préjugés d’aucune sorte ni opinions préconçues, mais animés d’une réelle, sincère et utile volonté d’œuvrer ainsi, au seul nom d’une tolérance qui n’a d’autre moteur intellectuel que la raison, au progrès de notre humanité, sinon de la civilisation en son ensemble. 
Oui, c’est bien cela auquel ce « Printemps de la liberté d’expression », au cœur donc de Perpignan, aspire, idéalement, en dernière analyse mais, à la fois, en première ambition : la définition, sinon la refonte, d’un nouvel humanisme, calqué sur les imprescriptibles, inaliénables et impérieux idéaux, d’ancestrale mais noble mémoire, de la Renaissance !
Mieux : un nouvel humanisme en guise de résistance intellectuelle à la barbarie présente, sinon, peut-être plus grave encore, à venir !

Le prix littéraire du « franc-parler »

C’est donc à la lumière de cet ambitieux mais primordial projet philosophico-éthique qu’il faut comprendre, à sa juste valeur et véritable portée, le sens ultime du beau prix littéraire – le prix du « franc-parler », dont je m’honore de faire partie du jury – qui, connexe et même intimement lié à ce « Printemps de la liberté d’expression », est également organisé à cette occasion.
Ainsi le lauréat de cette deuxième édition, là aussi, de ce prix du « franc-parler » est-il, très méritoirement, Gilles-William Goldnadel, polémiste talentueux et avocat de réputation nationale, pour son excellent et dernier livre :une dystopie, récit sur fond de fiction aux contours cependant très réalistes, intitulée, certes métaphoriquement mais néanmoins emblématiquement, « Journal d’un prisonnier (Editions Fayard, Paris, 2025). Ce prix lui sera remis ce samedi 21 juin, à 19h, au Palais des Congrès de Perpignan. De son côté, le professeur Fabrice Balanche est gratifié d’une mention spéciale du jury.

Hommage public: pour la libération de Boualem Sansal et des otages israéliens à Gaza   

Davantage : parallèlement à cette prestigieuse remise du prix littéraire du « franc-parler » aura également lieu, à la même heure ce samedi 21 juin encore, et au Palais des Congrès de Perpignan toujours, un hommage public, où je prendrai aussi personnellement la parole afin de réclamer son immédiate libération (comme celle, tout aussi nécessaire et urgente, des otages israéliens encore captifs dans la bande de Gaza), à notre cher ami Boualem Sansal, immense écrivain franco-algérien, candidat au prix Nobel de littérature, retenu arbitrairement prisonnier, depuis plus de sept mois maintenant, dans une infâme et obscure geôle aux mains du pouvoir islamiste, totalitaire et même fascisant, d’Alger.
À lire d’ailleurs, à ce douloureux mais impératif sujet, l’ouvrage collectif (comprenant, sous la direction de Pascal Bruckner et de Michel Gad Wolkowicz, soixante intellectuels majeurs), auquel je m’honore, là aussi, de participer avec un texte : « Pour Boualem Sansal » (Éditions David Reinharc, Paris, 2025) !

Éloge des idéaux démocratiques, valeurs morales et principes universels

Ainsi, lors de cette deuxième édition du « Printemps de la liberté d’expression » de Perpignan (voir, ci-dessous, l’affiche et le programme complet), où des séances de dédicaces de livres sont également prévues pour les auteurs présents, bienvenue à tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté, épris des seuls idéaux démocratiques, valeurs morales et principes universels, de justice, de tolérance, de paix et de raison ! Nous vous y attendons volontiers, et avec grand plaisir, nombreux, ces 20, 21 et 22 juin 2025 donc, dans le vaste mais confortable auditoire du Palais des Congrès, où l’entrée, malgré d’importantes et compréhensibles mesures de sécurité au vu de l’actuel, particulièrement tendu, contexte socio-politique à l’échelon national et international, est elle aussi – cela va de soi ! – libre.

Journal d'un prisonnier

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Ils viennent jusque dans nos campagnes

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Nangis, Saintes-et-Marne, mai 2022 © Yannis Ezziadi

L’islam politique tend d’abord sa toile au niveau local. Pour consolider leur base électorale, des élus municipaux cèdent au clientélisme communautaire. Ces voix se monnaient en échange d’avantages divers, de places au cabinet du maire, jusqu’à laisser les islamistes imposer leurs normes.


Vous connaissez Molenbeek, riante commune de l’agglomération bruxelloise, où le contrôle social des islamistes sur la population est acté grâce à leur alliance avec la gauche ? Si ce quartier est si célèbre, c’est parce qu’il a été la base arrière de l’attentat du 13-Novembre à Paris et qu’il a fait découvrir l’ampleur de la mainmise des Frères musulmans dans le système politique, administratif, judiciaire et universitaire belge. Au point que plus personne ne sourcille quand certains parlent de Belgistan.

Or à Molenbeek, l’appropriation territoriale s’est faite d’abord par le bas. C’est précisément la méthode que dénonce le rapport « Frères musulmans et islamisme politique en France », qui affirme que, « d’ici une dizaine d’années, certaines municipalités seront à la main d’islamistes, comme en Belgique. » C’est dire si les élections municipales qui s’annoncent en 2026 nécessiteront une attention accrue de la part des renseignements territoriaux.

C’est en effet l’un des principaux enseignements du rapport : la diffusion de l’islamisme se joue surtout au niveau local « autour d’une mosquée, offrant généralement des cours d’éducation coranique […], comprenant souvent des associations caritatives, culturelles, qui voisinent parfois avec des commerces communautaires ou des activités sportives distinctes de la mosquée, avant d’investir le champ de l’enseignement privé. » Un environnement construit par des militants aguerris qui se retrouvent très vite en position de négocier avec les élus municipaux pour imposer leurs normes dans le cadre d’une relation clientéliste. C’est de cette façon que, petit à petit, « des normes sociales s’imposent (voile, barbe, vêtements couvrants, respect du jeûne du ramadan) », comme l’écrivent les auteurs.

Un clientélisme islamique peu coûteux

La crise démocratique contemporaine rend du reste de plus en plus rentable pour les islamistes, le marché consistant à échanger leurs votes contre de l’influence territoriale et politique. Quand seuls 25 à 40 % des citoyens en droit de voter participent au scrutin, des villes de 50 000 habitants peuvent basculer grâce à l’apport de quelques centaines de voix.

Il faut dire que pour un élu, le clientélisme islamiste peut sembler, dans un premier temps, peu coûteux : votez pour moi et en échange je prête une salle, j’autorise l’ouverture d’un magasin communautaire, je subventionne une association d’aide aux devoirs et à l’insertion, et bien sûr je nomme deux ou trois représentants islamistes, parmi les plus habiles en stock, dans mon équipe municipale, voire au sein de mon cabinet du maire ou dans une direction technique de la Ville. Les services jeunesse, association, éducation, animation ou même le social représentent de bons incubateurs pour cela. Le rapport décrit le phénomène en ces termes : « L’augmentation importante de l’influence municipale gagnée ces dernières années par les islamistes laisse présager le passage d’une gestion électorale de la communauté, au moyen duquel certains élus locaux consolidaient leur base électorale contre avantages, à des alliances plus étroites pouvant notamment comprendre l’incorporation d’islamistes à des positions importantes sur les listes électorales ou dans les cabinets d’élus. »

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Les auteurs se penchent même sur un cas d’école : la ville de Colombes, emblématique de cette démarche d’islamisation.

L’histoire commence quand, en 2014, la mairie socialiste de cette commune des Hauts-de-Seine est sollicitée par un converti islamiste, qui obtient une salle municipale pour une association. Ladite salle est très vite soupçonnée d’être un lieu de prière. Mais la même année, lors des élections municipales, la ville change de bord. La nouvelle maire, une LR moins naïve que son prédécesseur PS, ferme la salle de prière clandestine et annule la cession à titre gracieux d’un terrain qui avait été promis pour la création d’une école soi-disant Montessori, mais en réalité islamiste et coranique. Face à cette hostilité, l’association MUSC (Musulmans de Colombes) demande à la gauche locale de l’aider à récupérer son pouvoir et son influence en échange de ses voix lors du prochain suffrage. Patrick Chaimovitch, un écologiste, se porte volontaire. Et ça marche ! Stéphane Tchouan, le président de l’association, réussit à mobiliser les quartiers à majorité arabo-musulmane de sorte qu’en 2020, l’écologiste est élu. Et qui nomme-t-il directeur de cabinet ? Le président de l’association MUSC, Stéphane Tchouan… 

« Nécessité fait souvent loi« 

S’il y a peu de doute quant à la volonté des Frères musulmans de monter en puissance dans les municipalités, les coucous islamistes iront donc probablement, à l’image de Colombes, pondre leurs œufs à l’intérieur des listes des partis classiques. Un célèbre connaisseur de la carte électorale que nous avons interrogé, mais qui veut garder l’anonymat, risque ce pronostic : « Il y aura des listes qui afficheront clairement leur orientation religieuse, d’autres qui la dissimuleront sous l’appellation “liste citoyenne”. Mais dans l’ensemble, la progression de la représentation islamiste se fera par une présence des leaders communautaires sur les listes des formations traditionnelles. Elle sera encore renforcée à gauche par l’entrisme local dans les partis, et surtout par la dynamique de l’alliance LFI-islamiste qui affaiblit les autres succursales. »

A lire aussi : Tremblez, Frères musulmans! La République sort la grosse Bertha

Je lui fais toutefois remarquer que le clientélisme islamiste se porte aussi au centre, en particulier à l’UDI, avec des élus comme Jean-Christophe Lagarde à Drancy (Seine-Saint-Denis), Bruno Beschizza à Aulnay-sous-Bois (idem) ou Julien Polat à Voiron (Isère). « C’est vrai, convient-il, mais peu se risquent à cela à droite car un clientélisme si voyant risque de tuer leurs ambitions nationales. Toutefois, localement, nécessité fait souvent loi. Lorsque votre place, donc votre avenir, dépend d’abord du renouvellement de vos alliances, vous êtes moins regardant. Et puis on finit toujours par pardonner aux vainqueurs en politique. »

Quoi qu’il en soit, une seule conclusion s’impose, le vote islamiste est devenu un vote communautariste puissant, qui rapporte gros dans certaines enclaves. Il sera donc présent en 2026, et progressera mécaniquement et mathématiquement. Surtout avec un président à la fois ambigu et impuissant.

Silence coupable

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«Kärcher»: 20 ans après

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Nicolas Sarkozy alors ministre de l'intérieur à La Courneuve (2005) © Capture INA

Passer le Kärcher dans les ghettos urbains ? Comment enfin transformer les paroles en actes, en faisant sauter les cinq verrous qui contraignent l’action publique. Une analyse du think tank Le Millénaire.


Il y a 20 ans, jour pour jour, Nicolas Sarkozy promettait de « nettoyer au Kärcher » la cité des 4 000 à La Courneuve. Cette formule a marqué un tournant dans la parole publique sur la question des territoires perdus de la République pour reprendre l’expression de Georges Bensoussan. Seulement, 20 ans plus tard, rien n’a changé. Ou plutôt, tout a empiré. Les ghettos se sont durcis, les réseaux criminels se sont consolidés, et les violences se sont banalisées. Le Kärcher n’a jamais été sorti du garage.

Du Kärcher à la pommade : 20 ans de renoncement

Le terme « Kärcher » est devenu le symbole de l’impuissance publique alors qu’il proclamait paradoxalement l’inverse. Répété sans cesse et sans suite, même par des figures de droite modérée comme Valérie Pécresse, il ne fait plus peur à personne. Pas même à ceux qu’il visait. En effet, tous les indicateurs d’insécurité et de criminalité sont dans le rouge. Un exemple : le taux d’agressions graves par année pour 100 000 habitants, bien meilleur indicateur que le taux d’homicides car plus représentatif de la violence, a augmenté de 160%, passant de 241 actes de violences pour 100 000 habitants en 2005, à 628 pour 100 000 habitants en 2023. Le « Kärcher » est devenu une métaphore inopérante, révélatrice de l’impuissance d’un pouvoir politique, incapable d’assumer ce qu’il proclame.

Et pour cause, en lieu et place du Kärcher, on a versé de la pommade dans les quartiers « sensibles ». Deux logiques aussi néfastes l’une que l’autre ont dominé l’action publique. 

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D’une part, la logique de l’apaisement, qui recule devant chaque flambée de violence pour « ne pas faire de vague », et qui excuse systématiquement le délinquant par la précarité, le racisme, la victimisation et les supposées « violences policières ». D’autre part, il s’agit d’une logique d’infantilisation politique, selon laquelle les fauteurs de troubles ne sont jamais responsables mais toujours « discriminés », « stéréotypés » et maintenant « racisés ». En d’autres termes : le Kärcher est resté une menace rhétorique. Et la pommade est devenue une stratégie.

Une combinaison de verrous qui empêche toute reconquête

Cinq verrous majeurs ont neutralisé l’action de l’État et désarmé la République.

Le droit pénal (verrou n°1), dans sa philosophie actuelle, est inadapté aux évolutions des quartiers. Centré sur l’individualisation des peines et la réinsertion, il est incapable de répondre à la violence de masse, à la délinquance de bande ou à la criminalité organisée. Il en résulte un décrochage entre la norme juridique et l’attente sociale de sécurité et de justice qui se symbolise par un écart de plus en plus important constaté entre la peine encourue, la peine prononcée par le juge et enfin la peine réellement effectuée par le délinquant.

Les trois autres verrous ont créé une situation d’impuissance spécifique aux quartiers. Le narcotrafic (verrou n°2) a corrompu le tissu local. Dans de nombreuses cités, le trafic de stupéfiants constitue une économie parallèle, estimée entre 3 à 6 milliards d’euros annuels selon l’OFDT. Ce système, générant des violences endémiques constitue une forme d’intégration locale, là où l’école, l’entreprise ou la puissance publique ont échoué. De surcroît, la décentralisation (verrou n°3), mal structurée, a complexifié l’action publique jusqu’à l’inertie tout en donnant des pouvoirs à des élus locaux parfois tentés d’acheter la paix sociale. Or, au-delà de la rénovation urbaine ou des millions déversés sur le social, la politique de la ville est un immense guichet aux associations (verrou n°4). Résultat, personne n’a intérêt à passer le Kärcher : ni les narcotrafiquants, ni certains élus, ni certaines associations. 

Enfin et non des moindres, la pression médiatique (verrou n°5) et la peur politique paralysent l’action publique. Toute parole ferme est taxée de « stigmatisante », toute décision répressive dénoncée comme « discriminatoire ». Cette situation explique pourquoi lorsque le président Macron doit affronter les gilets Jaunes, il parle de « Gaulois réfractaires », mais qu’il appelle immédiatement à l’apaisement face aux émeutes urbaines de l’été 2023.

Comment passer (enfin) le Kärcher ?

Face à la gravité de la situation, il est urgent de sortir du symbolique pour passer à l’action. Le Kärcher ne doit plus être un mot, mais une méthode. Cette méthode reposerait sur trois piliers fondamentaux visant à libérer l’action publique de ces verrous qui la paralysent. 

Premièrement, il faut mettre en place une série de mesures permettant de dessiner les contours d’un régime juridique républicain d’exception compte tenu de la situation. Ainsi, il faut supprimer l’article 723-15 du Code de procédure pénale, qui impose ces aménagements pour les peines inférieures à un an, et instaurer des peines planchers obligatoires avec un minimum de trois ans de prison pour les violences contre les forces de l’ordre, les trafics de stupéfiants ou les émeutes. Dans les zones à reconquérir, aucune remise de peine ne devrait être possible pour des délits commis en bande. Toute récidive dans les cinq ans devrait automatiquement entraîner un doublement de la peine minimale. À ces mesures s’ajoute l’urgence de moderniser l’appareil judiciaire : élargissement des comparutions immédiates aux mineurs, réduction des délais à moins de 72 heures pour les faits graves commis en contexte de troubles collectifs, et création d’un statut pénal spécifique pour les territoires les plus sensibles. Et pour restaurer la confiance, un rapport annuel sur l’application effective des peines devra être présenté et débattu au Parlement, afin que les Français sachent si la justice passe réellement.

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Deuxièmement, l’échec patent de la politique de la ville impose un changement de doctrine immédiat : fini la distribution de subventions sans évaluation ni contrôle pour acheter la paix sociale ! Il faut donc geler toutes les subventions associatives dont l’efficacité n’est pas démontrée, mettre fin au saupoudrage clientéliste de fonds publics, et interdire strictement le financement d’associations à risque, notamment celles qui entretiennent des logiques communautaristes ou se montrent ambigües sur les principes de la République. Cela passe par une renationalisation de la politique de la ville.

Enfin, il faut offrir un nouvel horizon à la reconquête. Elle ne sera possible que si les citoyens ont confiance dans l’action publique. C’est pourquoi, il faut déclarer une véritable « War on drugs » à la française, avec un plan d’action national pour démanteler les réseaux et prévenir toute forme d’infiltration dans les institutions. Surtout, il faut protéger ceux qui organiseront concrètement la reconquête, à savoir les policiers, les préfets, les professeurs, les magistrats et les maires. Trop souvent isolés, exposés à la pression médiatique ou à la peur des représailles, ils doivent savoir que l’État est de leur côté, sans ambiguïté, par l’octroi d’un statut de protection renforcée. 

La reconquête ne pourra se faire sans prendre des risques. La France ne manque ni de lois, ni d’argent, ni d’hommes. Elle manque de courage. « Passer enfin le Kärcher » comporte des risques et des coûts mais produira des bénéfices bien plus grands : le retour de la paix civile pour tous et la réconciliation de toutes les France car aujourd’hui une France révoltée, celle des gilets Jaunes, n’a le droit à rien en comparaison des quartiers à qui l’on donne tout.  


Maxime Kindroz, Analyste au Millénaire, co-auteur de la note « Comment passer le Kärcher ? » 

Matthieu Hocque, Directeur adjoint des Études du Millénaire, spécialiste en politiques publiques, co-auteur de la note « Comment passer le Kärcher ? 

Les plumes du paon

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© Albin Wildner / Pyramide Distrib.

Au cœur de l’Autriche urbaine, opulente et aseptisée de 2025, Matthias, bel et blond germain bien peigné et court moustachu, partage avec Sofia, sa jeune compagne, un confortable appartement high tech ultra-connecté.

Sur le site de l’agence « « My Companion » dont il est manifestement l’élément moteur, le garçon peut se targuer d’excellents « retours clientèle ». Profession ? Louer ses services (platoniques) de comédien pour arrondir les angles, sur commande : passer pour l’ami idéalement cultivé au sortir d’un concert ultra-mondain de musique expérimentale, ou pour le fils modèle d’un financier lors d’un dîner de gala que ce dernier préside avec sa femme. Ou encore coacher une épouse tétanisée par son vieux mari, mais désireuse de reprendre le dessus sans trop savoir comment s’y prendre. Matthias endosse ses emplois successifs avec une plasticité remarquable. Jusqu’à ne plus être personne à force de se prendre à son propre jeu : son couple ne résiste pas à cette déréalisation schizophrène…

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Premier long métrage de Bernhard Wenger, 32 ans, natif de Salzbourg et établi à Vienne, Peacock (« paon » en français) privilégie le plan fixe et joue assez habilement du hors champ ou de la séquence saugrenue, incrustant une bande-son millimétrée dans un montage découpé au scalpel. Grinçante, décalée, portée par le jeu très construit d’Albrecht Schuch dans le rôle du bellâtre qui fait la roue, la comédie acide vire graduellement au noir.  

Si l’intention du film est exagérément transparente – critiquer la tyrannie de l’apparence, l’invasion du virtuel qui lamine le réel… – on savoure l’exercice de style.


Peacock. Film de Bernhard Wenger. Avec Albrecht Schuch, Julian Franz Richter…  Autriche, couleur, 2024. Durée : 1h42

En salles le 18 juin 2025.  

Bombe iranienne: divergences entre militaires et renseignement aux États-Unis

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Sur cette image tirée d’une vidéo diffusée le 17 avril 2021 par la télévision d’État iranienne, on voit diverses centrifugeuses alignées au sein de l’installation d’enrichissement d’uranium de Natanz, Iran © AP/SIPA

En atteignant un enrichissement de l’uranium à 60 %, l’Iran s’est retrouvé dans une position de puissance nucléaire du seuil : capable d’aller jusqu’au bout en cas de crise aiguë, tout en maintenant une ambiguïté suffisante pour préserver une certaine marge de manœuvre diplomatique, explique Gil Mihaely. Les analyses divergentes de la CIA, des militaires américains ou israéliens sur l’urgence d’une intervention préventive contre l’Iran ne sont contradictoires qu’en apparence.


Selon plusieurs organes de presse, dont CNN et Reuters, un nouveau rapport du renseignement américain indique que l’Iran est encore à environ trois ans d’être en mesure de produire et de déployer une bombe nucléaire opérationnelle. Et donc,contrairement à l’évaluation alarmiste d’Israël, qui estime que Téhéran serait à quelques mois de l’arme nucléaire, les services de renseignement américains jugent ce scénario moins imminent, mentionnant un délai de l’ordre de plusieurs années.Mélenchon a donc raison ? Pas nécessairement voire pas du tout. 

Le 10 juin 2025, le général Michael “Erik” Kurilla, commandant du Centcom[1], déclarait devant le Congrès que l’Iran pourrait produire suffisamment de matière fissile pour une bombe nucléaire en moins de deux semaines. Cette déclaration choc, loin d’être isolée, s’inscrit dans une stratégie d’alerte visant à préparer l’opinion publique et les décideurs à un éventuel recours à la force contre la République islamique. Mais elle contraste sensiblement avec les analyses les plus récentes de la CIA et de la communauté du renseignement américain, qui affirment, dans leur rapport annuel publié en mars, que Téhéran n’a pas repris à ce jour son programme d’armement nucléaire.

Faut-il y voir une contradiction, une divergence d’appréciation, ou simplement deux angles de lecture différents d’une même réalité stratégique ?

Le point de départ est factuel : selon l’AIEA, l’Iran possède aujourd’hui des stocks d’uranium enrichi à 60 % suffisants pour produire plusieurs bombes nucléaires. Or, le seuil d’enrichissement pour un usage militaire est de 90 %, mais la conversion de 60 % à 90 % est une étape techniquement rapide pour un État qui en aurait fait le choix politique.

La question de l’enrichissement

Depuis que l’Agence internationale de l’énergie atomique a confirmé que l’Iran possède des stocks d’uranium enrichi à 60 %, un chiffre revient de manière insistante dans les évaluations militaires : deux semaines. C’est le temps qu’il faudrait, selon les experts du Centcom, à la République islamique pour franchir la dernière marche menant au combustible d’une bombe nucléaire. Pourtant, dans le débat public, cette étape reste souvent floue, perçue comme une donnée technique parmi d’autres. Or, c’est précisément dans ce passage, entre 60 % et 90 %, entre le seuil critique et l’irréversible, que se joue une large part de la stratégie nucléaire de l’Iran. Cette progression n’est pas qu’une affaire de chiffres : elle est un enchaînement de transformations physiques, de choix technologiques et d’arbitrages politiques.

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Pour comprendre la portée de ce basculement, il faut d’abord rappeler que l’enrichissement de l’uranium ne consiste pas à « fabriquer une bombe » mais à accroître la proportion d’un isotope rare, l’uranium 235, dans un matériau initialement dominé par l’uranium 238, plus stable mais non fissile. L’uranium naturel contient à peine 0,7 % de U-235. Une centrale nucléaire civile fonctionne avec un combustible enrichi à environ 3 à 5 %. Pour une arme atomique, il faut franchir le cap des 90 % d’U-235, seuil à partir duquel une réaction nucléaire en chaîne devient possible dans une configuration critique. Or, l’Iran, en atteignant 60 %, a déjà effectué l’immense majorité du travail isotopique.

Techniquement, l’uranium ne se laisse pas facilement trier. Pour séparer les isotopes, il faut d’abord transformer le solide en gaz : l’uranium est converti en hexafluorure d’uranium (UF₆), une substance gazeuse à température modérée. Ce gaz est ensuite injecté dans les célèbres  centrifugeuses, machines rotatives à très haute vitesse, qui exploitent la très légère différence de masse entre U-235 et U-238 pour concentrer progressivement le premier. Une seule centrifugeuse ne suffit pas : on les aligne en cascades, chaque machine augmentant marginalement le taux d’enrichissement à la sortie de la précédente. L’Iran maîtrise ces cascades depuis longtemps. C’est cette infrastructure, discrète mais cruciale, qui lui permet d’évoluer rapidement d’un niveau à l’autre.

Le paradoxe est que le passage de 60 % à 90 % est, en termes techniques, beaucoup plus facile que les étapes précédentes. En effet, enrichir de 0,7 % à 20 % représente plus des deux tiers du « travail de séparation », alors que passer de 60 à 90 % est une tâche relativement légère, faisable en quelques jours avec des cascades bien configurées. Cela signifie que le temps d’alerte stratégique est désormais extrêmement court, rendant toute surveillance ou intervention militaire plus difficile à calibrer.

C’est sur ce point que le général Kurilla insiste : le « breakout time », le temps nécessaire pour produire le cœur d’une bombe, serait inférieur à deux semaines.

Mais atteindre 90 % d’enrichissement ne suffit pas à produire une arme. L’uranium enrichi à 90 % est toujours sous forme gazeuse (UF₆). Il faut ensuite le reconvertir chimiquement en uranium métal (solide), le mouler, le compacter, le stabiliser. Ce retour à l’état solide, à des fins militaires, implique des savoir-faire métallurgiques complexes.

Mais fabriquer une arme nucléaire ne se réduit pas à produire de la matière fissile. Il faut ensuite développer un dispositif de détonation fiable, miniaturiser l’arme pour qu’elle puisse être montée sur un vecteur (généralement un missile), puis tester et sécuriser la chaîne de commandement nucléaire. Ces étapes, relevant de la « weaponization », prennent des mois, voire des années. En revanche, il est plus facile à dissimuler. Ainsi, Kurilla lui-même le reconnaît dans son témoignage : l’Iran ne dispose pas encore d’une arme opérationnelle.

C’est votre dernier mot ?

C’est pourquoi le renseignement américain, notamment la CIA, considère qu’en dépit de cette avancée technique, l’Iran ne dispose pas encore d’une arme nucléaire opérationnelle, et n’a pas encore pris la décision politique d’en produire une. Mais du point de vue militaire, l’existence de stocks à 60 % constitue une capacité latente, un potentiel de « breakout » extrêmement court. En somme, l’Iran se trouve dans une position de puissance nucléaire du seuil, capable d’aller jusqu’au bout en cas de crise aiguë, mais suffisamment ambiguë pour conserver une certaine marge diplomatique.

Cette ambiguïté est précisément au cœur de la stratégie iranienne : conserver la réversibilité apparente tout en s’approchant structurellement de l’irréversible. Les centrifugeuses tournent, les stocks s’accumulent, les lignes rouges se déplacent… Dans ce contexte, le passage de 60 à 90 % n’est pas qu’une affaire de tuyauterie nucléaire : c’est un acte de souveraineté potentielle, une déclaration d’autonomie stratégique prête à être activée. Et le monde, pris entre vigilance et paralysie, regarde un gaz devenir métal, et une capacité devenir menace.

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La CIA adopte ainsi une posture de prudence, fondée sur les signaux concrets, tandis que le Centcom, bras armé de la présence militaire américaine au Moyen-Orient, adopte une lecture préventive de la menace, fondée sur la possibilité d’une bascule rapide vers l’arme. Cette même logique guide aussi les décideurs israéliens.

Le général Kurilla fait ainsi écho à une inquiétude israélienne croissante : le « point de non-retour » n’est pas atteint, mais il se rapproche d’autant plus que la marge d’erreur doit être prise en compte. Le temps qu’on peut accorder à la diplomatie est ipso facto compté surtout quand en face on joue la montre.   

La divergence entre le Centcom et la CIA reflète un dilemme stratégique plus large auquel est confrontée l’administration américaine : faut-il agir sur la base des capacités, ou attendre une intention manifeste ? En d’autres termes, une stratégie fondée sur l’évaluation technique du risque justifie une intervention préventive, tandis qu’une stratégie fondée sur l’analyse comportementale préconise d’attendre la preuve d’un franchissement politique clair. Israël, échaudé par l’échec de l’évaluation selon les intentions de l’ennemi et non pas ses capacités, ne souhaite prendre le risque d’un 7-Octobre nucléaire.  

Le programme nucléaire iranien est aujourd’hui moins une question technologique que politique. L’Iran semble avoir adopté une stratégie du seuil, maintenir l’ambiguïté tout en raccourcissant le temps nécessaire de transformer le potentiel en arme et consolidant sa position régionale. Dans ce jeu d’équilibre, les divergences entre les discours du Centcom et ceux de la CIA ne sont ainsi pas nécessairement contradictoires, mais complémentaires dans une stratégie de contrôle et de gestion du risque.


[1] Commandement central des États-Unis NDLR

Le réveil des consciences

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Téhéran, 16 juin 2025 © UPI/Newscom/SIPA

La débâcle militaire en cours de l’Iran laisse entrevoir un éventuel affaiblissement du géant chiite – qui était aussi un spécialiste des coups tordus un peu partout autour du globe.


Le régime des Mollahs, la République Islamique d’Iran est le miroir de nos faiblesses et de notre lâcheté. Sa création il y a presque cinquante ans doit en partie son succès à l’accueil favorable que fit Valéry Giscard d’Estaing à l’ayatollah Khomeini puis à son envoi en Iran prendre le pouvoir. 

L’État harceleur

Les Iraniens entretiennent depuis 40 ans un réseau d’intelligence, d’actions terroristes, de subversion anti-occidentale, sans doute jamais connu dans notre Histoire. Son soutien actif au régime syrien, l’armement et le financement du Hezbollah au Liban et du Hamas à Gaza sont son œuvre la plus durable avec un objectif réitéré : détruire l’Etat d’Israël. Il n’y est pas encore parvenu mais ses milices déléguées harcèlent Israël depuis 20 ans en tirant chaque semaine des dizaines de missiles ou de roquettes contre les populations civiles israéliennes. Sans véritable succès car Israël dépense des dizaines de milliards de dollars pour se protéger. Ceci excuse-t-il cela ? Peut-on blâmer les Israéliens d’être plus ingénieux, plus organisés, plus courageux que les ennemis qui veulent les détruire ? Quel Etat un tant soit peu structuré accepterait de vivre depuis des années sous ce harcèlement continuel ?

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Plus récemment encore, l’Iran arme les rebelles Houthis au Yémen, qui outre les missiles qu’ils envoient régulièrement sur le territoire israélien, harcèlent les bateaux empruntant la route maritime la plus recherchée du monde qui passe par le golfe d’Aden. La France qui a des intérêts dans l’Océan indien a-t-elle réagi ? Non… alors que nous entretenons à grands frais une marine de guerre dont un porte-avions nucléaire censé être utile pour résoudre ce genre de crise.  Seuls les États-Unis ont bombardé les Houthis, sans grands succès pour l’instant puisqu’ils envoient encore des missiles en Mer rouge et sur Israël. Qu’attend-on pour les pulvériser ?

Pourquoi tant de pusillanimité vis à vis du régime des mollahs avec lequel nous ne partageons absolument aucune valeur, c’est le moins qu’on puisse dire ? Même les Américains qui ont pourtant été humiliés il y a 40 ans lors de la prise d’otage de l’ambassade n’ont jamais cherché à contrecarrer ce régime d’abrutis moyen-âgeux. Au contraire, ils ont commis une faute historique majeure : s’en prendre sans aucune raison légitime à l’Irak qui était un régime, certes autocratique, mais laïque et surtout l’ennemi millénaire de l’Iran. Résultat, l’Irak est devenu un relai chiite et un terrain de démultiplication des coups tordus iraniens.

Le changement c’est maintenant

En Occident, en Europe, en France en particulier, les partisans de la lâcheté sont nombreux et se recrutent depuis plus de quarante ans, Giscard ayant été le plus actif recruteur, Chirac lui disputant la palme. Aujourd’hui, c’est la gauche extrême qui donne le ton : on la laisse définir les lignes du bien et du mal, de la guerre et du « génocide », de la « résistance » et du terrorisme. Elle donne à toute notre jeunesse le la de ce qu’il faut penser. A tort. Car tous ses repères moraux sont viciés par le grand revirement idéologique qui fut le sien au tournant des années 90, le moment où elle a décidé d’échanger la défense des travailleurs nationaux pour l’encouragement de l’immigration et la protection morale apportée aux activistes musulmans. Avec pour résultat son soutien aux régimes les plus arriérés du Venezuela de Chavez à l’Iran des mollahs, son abandon de toute lucidité face au terrorisme, son aveuglement face aux pratiques régressives, du voile à la ségrégation communautaire. Son ascendant sur les gouvernements européens et l’administration de l’UE est tel que jusqu’à une période récente la norme diplomatique était le renvoi dos à dos d’Israël et de l’Iran. D’un pays libre et d’un pays qui foule aux pieds la liberté et les droits de l’Homme.

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Mais heureusement la situation est en train de changer. Grâce à Israël. Car la force va à la force. Israël montre une telle détermination face à son destin, un tel courage moral face aux objurgations des lâches, une telle puissance en comparaison de sa taille, que les plus peureux finissent par se rallier à lui. La conférence de presse d’Emmanuel Macron vendredi 13 juin en est une illustration heureuse. Le président français a bien été forcé de reconnaître la justesse du droit d’Israël à se défendre préventivement contre un Etat qui travaille à sa perte depuis de si nombreuses années. Le temps est venu du réveil face aux obscurantistes, de la force face à la terreur, de la liberté face à la soumission. Ceux qui s’y opposent, par idéologie ou aveuglement finiront dans les poubelles de l’Histoire. Merci à Israël de mener ce combat et de nous ouvrir les yeux.

Quelle indignité!

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Nicolas Sarkozy lors du procès de l'affaire du financement libyen, Tribunal correctionnel de Paris, 27 mars 2025 © CYRIL PECQUENARD/SIPA

Nicolas Sarkozy s’est vu retirer la Légion d’honneur et l’ordre national du Mérite suite à ses démêlés judiciaires. Ne pouvait-on vraiment pas faire autrement? Défendant son père, Louis Sarkozy affirme de son côté qu’ « il est des Légions d’honneur que l’on ne perd pas» comme « celles que l’on reçoit en sauvant des enfants des griffes d’un kamikaze ».


Telle était la formule employée par Nicolas Sarkozy en 2020 sur France 2 suite à une question de David Pujadas l’interrogeant sur ses déboires judiciaires dans le dossier du « financement libyen » de sa campagne.

La règle est la même pour tous

On n’hésite pas à employer la même formule suite au retrait de ses titres en matière de Légion d’honneur et de Mérite. On le sait entre autres sanctions dans l’ « affaire des écoutes », Nicolas Sarkozy a été condamné à un an de prison ferme. Selon les règles en la matière, suite à toute condamnation à de la prison ferme, le récipiendaire doit remettre ses titres. La lecture du site legiondhonneur.fr révèle en effet : « Être distingué d’un ordre honorifique signifie qu’on en accepte les valeurs fondamentales, en premier lieu l’honneur. Le décoré est engagé moralement à ne pas nuire à autrui et au bon fonctionnement de la société. En application du code qui régit les ordres nationaux et la Médaille militaire, toute condamnation pénale ou tout acte contraire à l’honneur commis par un décoré peut justifier une procédure disciplinaire ». En effet selon l’article R91,sont exclues de l’ordre : 1° Les personnes condamnées pour crime ; 2° Celles condamnées à une peine d’emprisonnement sans sursis égale ou supérieure à un an.

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Rappelons que dans le sillage de Robespierre, la Révolution supprima toutes les décorations. Ceci dans un souci, légitime, d’égalité citoyenne. Lorsque Napoléon 1er crée la Légion d’honneur le 19 mai 1802 (le 29 floréal An X, dans le calendrier républicain) c’est pour récompenser les « exploits militaires mais aussi civils1 ».

Ce retrait après condamnation est donc “de droit”, avait souligné en mars dernier le Grand chancelier de la Légion d’honneur, le général François Lecointre, qui a signé l’arrêté privant Nicolas Sarkozy des deux titres dont il était grand-croix, grade le plus élevé. « Exemplarité » avait avancé ce haut gradé. Ce fut exécuté par le ministre de la Justice et celui de la Défense. Depuis la création de la Légion d’honneur en 1802, le chef de l’État occupe la fonction suprême de grand maître. Pendant toute la durée de son mandat, il statue ainsi sur l’ensemble des questions concernant la Légion d’honneur.

Peu de temps après la sanction judiciaire de Nicolas Sarkozy et dans l’hypothèse de ce retrait, le président Macron avait estimé « de mon point de vue, de là où je suis, je pense que ce ne serait pas une bonne décision ». Et de rajouter « je pense que c’est très important que (…) les anciens présidents soient respectés »2Mieux même. Le jeudi 24 avril, le chef de l’État annonçait qu’il « ne prendra aucune décision » de radiation de l’ancien président de la République, en dépit de sa condamnation.

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Au cours de la procédure, l’ancien président de la République a pu faire valoir ses observations auprès de la Grande chancellerie. « Le Grand chancelier de la Légion d’honneur s’est assuré auprès d’éminents juristes de la bonne application des textes en vigueur à ce cas spécifique », indique-t-on à la Grande chancellerie3. De quels « éminents juristes » parle-t-on ? …

Le choix du Prince…

Théoriquement le président de la République n’a donc voix au chapitre que dans les procédures disciplinaires classiques dans lesquelles les conditions d’un retrait d’office ne sont pas réunies. En pratique, on note que depuis quelques décennies, les promotions élyséennes sont trop souvent peuplées de personnes qui ne sont pas toujours en adéquation avec les « valeurs fondamentales » de l’ordre de la Légion d’honneur. Et l’on s’aperçoit que, à l’Élysée, c’est le choix du prince pour promotionner (ou non). Parfois n’importe qui, et des personnes qui sont loin d’avoir accompli des « exploits civils ».

Dès lors, il était loisible à Emmanuel Macron d’éviter cette indignité à son prédécesseur indirect. Il pouvait créer un précédent au titre de ses pouvoirs en la matière. Et même de son pouvoir réglementaire. Un simple décret suffisait pour annuler l’arrêté pris par les ministres de la Justice et de la Défense. Un peu de courage politique, aussi. Mais ce n’est pas la principale qualité de l’actuel locataire de l’Élysée. Quant à Monsieur Darmanin, garde des Sceaux, il a singulièrement la mémoire courte, lui qui doit l’essentiel de sa carrière politique à son ex-mentor. « L’ingratitude en politique est devenue une valeur refuge » aimait à dire de Gaulle.

Inédit depuis… Pétain !

Là où l’indignité devient infamie, c’est que cette exclusion des grands ordres est la seconde de notre histoire présidentielle. En effet, Nicolas Sarkozy est ainsi le deuxième chef de l’État français privé de cette distinction après le maréchal Pétain, à qui la Légion d’honneur avait été retirée après sa condamnation en août 1945 pour haute trahison et intelligence avec l’ennemi. On peut adresser de nombreux reproches à Nicolas Sarkozy. Nous ne nous sommes pas gênés, quand il le fallait. La justice ne s’en prive pas, et de façon parfois démesurée. Ainsi, le suspendre de ses droits paternels est une peine complémentaire abjecte qui n’a strictement rien à voir avec les faits qui lui sont reprochés. Elle a beaucoup affecté l’intéressé, qui a une fille de 14 ans. Nous avons toujours dit que dans tous ses procès, l’ancien président payait aussi ses saillies verbales (« petits pois »), parfois maladroites il est vrai, contre les juges. Le Syndicat de la Magistrature orchestrant cela avec le zèle militant qu’on lui connait… Et en condamnant Nicolas Sarkozy à un an ferme, même avec bracelet, le tribunal savait pertinemment qu’au bout il y avait aussi cette déchéance de décorations. Comme une cerise sur le gâteau, en quelque sorte.

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On nous dira que cette exclusion des titres de l’ancien président est automatique et qu’on ne peut faire autrement. Qu’à cela ne tienne. Il n’est qu’à réviser le Code, d’un autre âge, qui régit les ordres nationaux et la Médaille militaire, en faisant une exception pour les anciens présidents qui ont servi et représenté la France. Car est-il plus noble et inestimable mission ? Certes certains l’accomplissent, il est vrai, moins bien que d’autres. Et puis, cette excuse de ne pouvoir faire autrement nous interpelle. N’a-t-elle pas aussi servi au soutien de Papon et Bousquet pour justifier leurs exactions de collaborateurs ? Heureusement que certains, comme par exemple Jean Moulin ou Jean Zay, choisirent l’honneur de ne pas servir l’ennemi. Mais notons que la conduite de Papon sous « Vichy » ne l’a pas empêché de devenir préfet, ministre et même d’être décoré de la Légion d’honneur par de Gaulle ensuite… Elle lui sera retirée en 1999, suite à sa condamnation pour crime contre l’humanité par la Cour d’Assises de Bordeaux un an avant. De son côté, s’il ne fut décoré « que » de la Francisque par « Vichy », Bousquet, préfet de la zone occupée, ancien secrétaire général de la police de Vichy, fut un ami proche de François Mitterrand (détenteur lui aussi de la Francisque) ainsi que de diverses personnalités de la Ve. La Légion d’honneur qu’il obtint en 1930 des mains du président Doumergue lui sera retirée à l’issue de son procès devant la Haute Cour de Justice en 1949. Eh bien en 1957, le Conseil d’état consent à lui rendre sa Légion d’honneur, et l’ancien secrétaire général à la police de Vichy est même amnistié le 17 janvier 1958. Il est des décorations qui a minima sèment le doute…

Pour terminer sur le cas du président Sarkozy, par la voix de son avocat Patrice Spinosi, ce dernier a déclaré « prendre acte » du retrait de la Légion d’honneur, tout en signalant que la Cour européenne des droits de l’homme devait toujours examiner son recours. En effet une éventuelle condamnation de la France par la CEDH « impliquera la révision de la condamnation pénale prononcée à l’encontre [de Nicolas Sarkozy] en même temps que l’exclusion de l’ordre de la Légion d’honneur, l’une n’étant que la conséquence de l’autre », a énoncé l’avocat à l’AFP.

« Je m’indigne, donc je suis. » (Gyorgy Balint).

  1. https://www.napoleon.org ↩︎
  2. https://www.bfmtv.com/politique/elysee/emmanuel-macron-estime-que-dechoir-nicolas-sarkozy-de-la-legion-d-honneur-ne-serait-pas-une-bonne-decision_AV-202504240702.html ↩︎
  3. https://www.huffingtonpost.fr, 15/06/2025 ↩︎

Nucléaire iranien: minuit moins cinq sur une montre en panne?

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Téhéran, 14 juin 2025 © Vahid Salemi/AP/SIPA

Depuis vendredi dernier, Israël frappe l’Iran en plein cœur. Selon le Premier ministre Nétanyahou, c’est en effet le programme nucléaire iranien qui constitue la véritable « menace existentielle » pour son pays — non pas la Palestine, ni les Arabes. Pourtant, dans toutes les chancelleries et les journaux du monde entier, on s’interroge sur l’état réel d’avancement du programme nucléaire du régime de Téhéran. L’incertitude radicale propre aux projets complexes comme un programme nucléaire — aggravée par les limites du renseignement et les enjeux politiques — rend impossible toute estimation absolument fiable, rappelle notre directeur de la publication.


Dans la nuit du 12 au 13 juin, le programme nucléaire iranien a-t-il atteint ce que certains appellent « minuit moins cinq », le point critique, la dernière minute avant que la République islamique ne devienne une puissance nucléaire ? La réponse la plus honnête est que personne au monde, pas même Georges Malbrunot ou Gérard Araud, ne peut l’affirmer. Et pour cause.

Des manifestants iraniens dévoilent un compte à rebours numérique indiquant 8 411 jours avant la destruction d’Israël, sur la place de la Palestine, à Téhéran, en Iran, le vendredi 23 juin 2017 Photo : Ebrahim Noroozi/AP/SIPA Numéro de photo : ap22069488_000019

Téhéran : c’est notre projet !

Tout d’abord, parce qu’il s’agit d’un projet, un mot que l’on emploie souvent sans en mesurer pleinement le sens. Un projet n’est pas une chaîne de production. Cette distinction est essentielle, car elle entraîne des différences fondamentales en matière de délais, de coûts, et surtout, d’incertitude.

Une chaîne de production repose sur la répétition maîtrisée d’opérations techniques et économiques. Elle est conçue pour produire à l’identique un même bien ou service, dans un environnement stable et prévisible. Cette stabilité permet d’optimiser les procédés, d’automatiser les tâches, de fiabiliser les délais et de maîtriser les coûts. Le travail devient alors une science de l’anticipation.

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Le projet, au contraire, est l’aventure du nouveau. Il s’agit d’un ensemble temporaire d’activités coordonnées, visant à atteindre un objectif unique, souvent inédit. Qu’il s’agisse de développer un logiciel, de bâtir un gratte-ciel ou de construire un réacteur nucléaire, chaque projet est un prototype. Il n’existe pas de manuel universel. L’incertitude en est la règle, et non l’exception.

C’est là que surgit la première difficulté majeure : l’imprévisibilité. Elle pèse directement sur deux variables cruciales : le temps et l’argent. De nombreux projets ambitieux se heurtent à une dure réalité : les délais sont dépassés, les budgets explosent. Pourquoi ? Parce que le projet mobilise des ressources et des technologies parfois mal maîtrisées et se déploie dans un contexte mouvant.

Appréciations…

Revenons à l’Iran. Puisque le programme nucléaire iranien est un projet, même l’Ayatollah Khamenei ne sait pas s’il est minuit moins dix, moins cinq ou déjà passé. De la même manière, le chef du chantier EPR de Flamanville ne pouvait pas, en 2015, affirmer avec certitude que le réacteur serait opérationnel en 2022. À un président de la République qui lui aurait posé la question, il aurait sans doute répondu : « Monsieur le président, nous sommes à minuit moins vingt. » En réalité, il était encore 19h30.

Imaginons maintenant que le Mossad se soit infiltré dans le projet Flamanville en 2015 et, grâce à une technologie révolutionnaire, ait pu lire dans le cerveau du chef de projet. Il aurait alors alerté Jérusalem : « La France est à minuit moins le quart ! », une erreur d’appréciation majeure, fondée pourtant sur une source infaillible, le rêve éveillé de tout espion.

Car ici se pose une deuxième couche d’incertitude. Contrairement au chef de projet, qui dispose d’un accès complet et fiable à l’information, un service de renseignement doit travailler dur pour approcher ce niveau de connaissance, sans jamais être certain de tout savoir, ni d’être à l’abri de fausses informations. À l’incertitude inhérente au projet s’ajoute celle du regard extérieur : espionnage, désinformation, secrets bien gardés, contre-espionnage. Churchill parlait d’un « bodyguard of lies », une garde rapprochée de mensonges.

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Et ce n’est pas fini. Une fois les données recueillies, et traversés ces deux niveaux d’incertitude, le décideur politique se tourne vers ses experts militaires pour leur demander : quelles sont les options ? Quels sont les risques ? Il est alors possible que les planificateurs estiment qu’au-delà d’un certain seuil, toute frappe serait trop risquée : trop d’incertitudes, trop de pertes collatérales, risque de contamination radioactive. Leur recommandation pourrait donc être : intervenir avant minuit moins 28.

Enfin, rappelons que pour notre décideur, une mauvaise décision sur cette question peut avoir des conséquences irréversibles, touchant aux intérêts vitaux de la nation. D’où la multiplicité des avis, des rapports, des interprétations. D’où aussi la difficulté, et la gravité, d’une décision éventuelle.

Ainsi, on comprend mieux pourquoi la question «L’Iran est-il proche de la bombe?» suscite autant de débats… et autant de réponses différentes.

Légion d’horreur

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La surveillante de collège Mélanie G., ancienne coiffeuse, assassinée à Nogent. DR.

La surveillante d’éducation de 31 ans a été poignardée à mort par un élève de 14 ans, le 10 juin à Nogent (Haute-Marne), lors d’un contrôle des sacs effectué en présence des gendarmes. Les obsèques de Mélanie G. auront lieu aujourd’hui. Mère d’un petit garçon de quatre ans, ancienne coiffeuse reconvertie dans l’éducation depuis la rentrée 2024, elle était très appréciée au sein de son établissement. L’élève a été mis en examen pour meurtre et placé en détention provisoire le 12 juin. Elisabeth Borne remettra à Mélanie G. la Légion d’honneur à titre posthume. Si le destin de Mélanie est tragique et ses qualités unanimement reconnues, notre directrice de la rédaction voit toutefois dans cette démarche le triomphe du statut de victime dans la société sur la reconnaissance des mérites. Nous vous proposons d’écouter sa chronique.


Mélanie, surveillante poignardée à mort par un élève de 14 ans va recevoir la Légion d’honneur à titre posthume. Elisabeth Borne présidera la cérémonie.

Mélanie était visiblement formidable et généreuse. Elle mérite les hommages, la compassion de la nation et sa famille, notre solidarité. Puisqu’elle a été tuée dans l’exercice d’une mission de service public, c’est très bien que son petit garçon soit pupille de la nation, on doit pouvoir faire ça par décret.

Juste quelqu’un de bien…

Mais la Légion d’Honneur récompense les services éminents rendus à la nation. Pour être chevalier, il faut par exemple justifier de 20 ans de services publics ou d’activités professionnelles avec mérites éminents. Pendant longtemps, elle était décernée à titre posthume seulement aux morts au champ d’honneur. La décerner à Mélanie n’a pas de sens, sauf à considérer que la France est un champ de bataille.

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Mais elle rendait service à la nation, me dit-on. Alors donnons la Légion d’honneur à tous les professeurs, policiers, pompiers, juges et pourquoi pas aux pêcheurs et aux infirmières qui rendent aussi des services à la nation. Si on la décerne à Mélanie, ce n’est pas pour ses mérites mais parce qu’elle a été victime d’un crime odieux dans l’enceinte de l’école. Comme si être victime faisait de vous un héros. Les attentats de 2015 ont certainement tué des nigauds, des salauds et des pleutres, paix à leur âme. Le pogrom du 7-Octobre en Israël, aussi. On peut être victime parce qu’on a refusé de se laisser intimider, comme Samuel Paty, mais généralement, c’est parce qu’on appartient au mauvais groupe ou parce qu’on est au mauvais endroit au mauvais moment. Cela n’est pas une preuve de courage. Les participants du festival Nova dans le Sud d’Israël ne voulaient pas être le symbole de la barbarie djihadiste. Ils voulaient danser.

Consolation nationale

Mélanie semblait attirer l’amour. Juste quelqu’un de bien comme dit la chanson. Cette Légion d’honneur n’est pas un scandale mais une incongruité. Elle est révélatrice du sacre de la victime, d’un état d’esprit. Être victime devient un statut auquel tout le monde aspire ; des chiffres sont cités triomphalement (50 % des femmes victimes de ceci ou cela) ; et finalement un totem d’immunité contre la critique dans la vie publique.

Mélanie ne voulait pas être une victime, elle voulait vivre. Au lieu de nous donner bonne conscience avec une médaille posthume, on devrait plutôt essayer de comprendre comment nous avons collectivement échoué à la protéger.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

«Être juif, c’est une exigence morale. Même pour un État»

Denis Olivennes © GUERICOLAS/MPP/SIPA

Denis Olivennes a jugé légitime la riposte d’Israël au Hamas. Mais face à la tournure du conflit, le chef d’entreprise dénonce désormais la politique menée par Benyamin Netanyahou qu’il estime prisonnier de l’extrême droite. Le risque étant de voir l’État juif devenir un État paria


Causeur. Le 11 mai vous avez initié un texte, signé avec Kamel Daoud, Pascal Bruckner, Michel Hazanavicius et d’autres, intitulé « Agir pour la situation avant qu’il ne soit trop tard ». Jamais Israël n’a été aussi isolé, réprouvé, attaqué. Était-ce vraiment le moment de se joindre à ce funeste cœur des vierges ?

Denis Olivennes. Avant de vous répondre, je tiens à préciser que je m’exprime ici en tant que Français, patriote, qui ne conçoit pas son destin ailleurs que dans son pays, mais qui s’estime lié à Israël par le « pacte d’Auschwitz », comme disait Emmanuel Lévinas. Il y a donc une différence ontologique entre ceux qui fustigent l’État juif par antisionisme ou antisémitisme et ma critique de la politique du gouvernement de Benjamin Nétanyahou. Si j’ai été avec quelques-uns à l’initiative de la tribune que vous mentionnez, c’est parce que j’aime Israël, j’admire Israël et je veux qu’Israël existe. Alors était-ce le moment, me demandez-vous ? Longtemps j’ai fait mienne une maxime d’Elie Wiesel : « Je ne dis jamais de mal en public d’Israël, c’est le prix que je paye pour ne pas y vivre. » J’ai tenu cette position jusqu’à récemment car Israël était injustement mis au ban des nations. Mais tout a basculé quand le gouvernement Nétanyahou a cessé de respecter le droit international. À présent, il doit être fermement condamné car il emprunte une voie insupportable.

Vous mettez sur le même plan Israël et la bande Hamas-Hezbollah-Houthis ?

Je ne confonds pas l’agresseur et l’agressé, le totalitarisme et la démocratie. Mais on ne combat pas un monstre en devenant un monstre soi-même.

Êtes-vous conscient que, si le Hezbollah avait attaqué massivement le 8 octobre, l’existence d’Israël était menacée. L’obsession de nombre d’Israéliens est que le Hamas ne puisse pas recommencer.

Je suis parfaitement conscient de la barbarie du Hamas. De son alliance avec le Hezbollah. De sa pénétration dans la profondeur d’Israël lors de l’attaque du 7 octobre 2023. De l’effet de surprise provoqué par cette opération. Tout cela a montré combien Israël était fragile et pouvait être détruit. De sorte que la légitime défense de l’État juif me paraît absolument incontestable. Et que le but de guerre consistant à éliminer le Hamas ne me pose aucun problème. Mais nous sommes arrivés à une nouvelle phase de la riposte, qui a changé non pas d’intensité, mais de nature. Israël mène la plus longue guerre de son histoire, la plus meurtrière aussi avec des milliers de victimes civiles, sans qu’on en voie l’efficacité puisque davantage d’otages ont été libérés par le Hamas lors des cessez-le-feu que lors des bombardements. Ensuite, l’élection de Donald Trump semble avoir donné des ailes à Nétanyahou, qui a limogé le ministre de la Défense et le patron du Shin Bet, attaqué l’État de droit et montré une grande complaisance vis-à-vis des exactions commises par les colons en Cisjordanie. Troisième élément de contexte : Tsahal fait obstacle à l’aide humanitaire à Gaza, ce qui est inouï, même si je sais bien que le Hamas utilise la nourriture comme moyen de pression sur les Palestiniens qui lui sont hostiles, cela ne légitime pas que l’on risque d’affamer une population. Et dans ce climat déjà suffocant, des membres du gouvernement israélien font encore monter la température en proclamant carrément que le but de guerre n’est plus d’éliminer le Hamas, mais d’occuper Gaza et de déplacer massivement sa population. Ce faisant, on sort du cadre du droit international. On passe d’une guerre de légitime défense face au Hamas à une guerre conquérante, impériale, peut-être messianique, inspirée par des ministres fascistes dont Nétanyahou est le prisonnier. J’ai bien peur que l’horreur du 7-Octobre ait diffusé un poison dans l’esprit de beaucoup d’Israéliens, qui ne voient plus les Palestiniens comme des êtres humains. Avant, quand j’allais en Israël, la plupart des gens me disaient qu’il fallait qu’on trouve une solution avec ce peuple voisin. Mais à présent, je vois bien que, pour un grand nombre d’entre eux, les Palestiniens ont disparu de l’horizon. Or aussi légitime soit la revendication immémoriale des juifs de revenir dans leur foyer national en Palestine, il ne faut pas oublier qu’ils sont arrivés dans une terre où vivaient d’autres habitants qui eux aussi ont le droit d’avoir leur État. Et il y a assez de place pour tout le monde.

Et ces autres habitants n’ont jamais manifesté un franc enthousiasme pour la coexistence. Parce que vous aimez Israël, vous attendez qu’il soit moralement supérieur aux autres. Comme l’a écrit le sociologue Charles Rozjman, reprenant le jugement de Péguy sur Kant, cela ne revient-il pas à souhaiter que l’État juif ait les mains blanches, donc qu’il n’ait pas de mains ?

Ma référence n’est pas Kant, mais Lévinas. Je ne demande pas à l’État d’Israël d’être angélique. Je ne lui demande pas de ne pas être un État. Je lui demande juste d’être un État démocratique et un État qui respecte les règles du droit international, des conventions de la guerre en particulier, ou du moins qui s’efforce de le faire. Israël a presque toujours eu cette boussole. Mais là franchement…

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Pourquoi l’État juif devrait-il être un meilleur État que les autres ?

Parce que la tradition juive consiste principalement dans le récit de la révélation divine d’une loi morale. Donc oui, être juif, c’est avoir une exigence morale. Ça ne veut pas dire que l’État juif n’a pas le droit de se défendre, qu’il n’a pas le droit d’avoir une armée, mais cela signifie qu’il doit considérer autrui avec respect, avec esprit de responsabilité. Je l’attends de n’importe quel État démocratique. Et je l’attends en particulier d’un État juif.

Le nombre de victimes civiles est épouvantable. Cependant, le Hamas a reconnu que 72 % d’entre elles étaient des hommes en âge de combattre.

Cette guerre est-elle proportionnée ? Elle l’est sans doute encore. Lorsque les alliés ont défait le nazisme, les bombardements ont causé entre 1,5 et 2 millions de victimes civiles en Allemagne, soit à peu près 1 à 2 % de la population, comme à Gaza. Mais les armées avançaient et Hitler a fini par se suicider. Alors que dans la guerre actuelle, malgré les promesses renouvelées chaque semaine, on ne progresse pas, on n’en finit pas avec le Hamas. La situation s’apparente plutôt à l’enlisement de la guerre du Vietnam.

Nous avons du mal à croire que l’armée israélienne s’amuse à faire durer les choses pour le plaisir cruel d’assassiner un maximum d’Arabes…

Vous avez raison. Même s’il existe quand même de la cruauté en Cisjordanie chez bon nombre de colons, qui ont été dénoncés dès 1967 par le grand philosophe Yeshayahou Leibowitz. À quoi s’ajoute qu’aujourd’hui le gouvernement israélien est entre les mains d’une aile extrémiste et suprémaciste qui parle des Palestiniens comme s’ils étaient des animaux ou des nazis. Tout cela conduit Israël à rompre avec ses principes. Je ne sais plus quel était ce rabbin, dont tous les enfants avaient péri pendant la Shoah, et à qui ses amis disaient que rien de pire n’aurait pu lui arriver. Il avait répondu : « Si, il aurait pu m’arriver quelque chose de pire : que ce soit moi le tueur. »

Manifestation pour réclamer un cessez-le-feu et un accord sur la libération des otages, Tel-Aviv,
27 décembre 2024. Depuis 2023, des rassemblements hebdomadaires critiquent la politique de Netanyahou et de ses ministres d’extrême droite, notamment Ben Gvir et Smotrich © SOPA Images/SIPA

Ce qui est sûr, c’est qu’il y a dans la société israélienne une terrible indifférence qui n’existait pas dans les précédentes guerres. En 1993, de nombreux Israéliens croyaient encore au processus d’Oslo. Mais depuis, à chaque petite ouverture, les dirigeants palestiniens ont fait obstacle. Quand Israël a quitté Gaza, ils en ont fait une base terroriste. Au Sud-Liban, ils ont soutenu le Hezbollah. Il faut être deux pour danser le tango. Or on ne voit nulle part en Palestine des partenaires possibles, à part quelques intellectuels.

Je ne dirais pas le contraire. Tant que les Palestiniens n’intégreront pas l’idée qu’Israël a droit à l’existence, tant qu’ils considéreront que cette nation est une aberration, une création coloniale dont il faut se débarrasser, la paix sera impossible. Mais il faut garder espoir. Relisez le fameux discours de Victor Hugo en 1849 au Congrès mondial de la paix, où il lance aux Européens : « Vous verrez qu’un jour, vous ne vous ferez plus la guerre. » Il est déjà arrivé, sur d’autres continents, à d’autres époques, que des peuples trouvent le chemin de la réconciliation alors qu’ils se haïssaient mutuellement et s’étaient entretués pendant des générations. Je ne prétends pas que c’est simple, mais si on renonce à cette idée, on verse dans la barbarie. Ce qui me paraît inacceptable au plan moral et voué à l’échec sur le plan pratique. Avec ses projets destructeurs, l’extrême droite israélienne est en train de démolir l’image du pays, d’en faire un État paria. Résultat, le Hamas pourrait gagner la guerre de l’opinion… Cela dit, je reste optimiste. Car j’ai gardé, malgré tous mes efforts, un vieux reste de marxisme. Je suis persuadé que les conditions matérielles sont déterminantes dans l’Histoire. Si on crée la possibilité d’un État palestinien qui se développerait économiquement, vous verrez, le désir de paix l’emportera sur le désir de guerre, la pulsion de vie sur la pulsion de mort. Il me semble que la population palestinienne aspire à cela du reste. Qu’elle ne se reconnaît pas dans le bellicisme furieux de ses représentants.

Alors attendons que la grâce tombe sur les Palestiniens et que leur amour de leurs enfants ou de leur vie soit plus fort que leur détestation des juifs ! Les Israéliens ont-ils entendu une voix palestinienne dénoncer le 7-Octobre ? Une seule ? Pour ne pas être déshumanisé, mieux vaut avoir un peu d’humanité ! Peut-être êtes-vous sujet à la naïveté habituelle de la gauche face à l’islam politique, en France comme en Israël. Votre famille idéologique a eu plus que du mal à reconnaître l’antisémitisme qui ronge l’islam en France.

Je ne pense pas m’illusionner sur le Hamas, sur son idéologie mortifère, sur les fautes commises par les Palestiniens depuis soixante-dix ans, l’impasse dans laquelle ils se sont enfermés cependant que le cancer de l’occupation de la Cisjordanie empoisonnait le sang d’Israël. Je ne suis pas aveugle non plus s’agissant de l’antisémitisme chez certains de nos compatriotes musulmans. Les Français sont globalement l’un des peuples les moins antisémites au monde, mais je reconnais que la haine du juif est trois à quatre fois plus importante au sein de deux franges du pays : la jeunesse et la communauté musulmane. Il faut prendre à bras-le-corps ce sujet, dénoncer l’influence néfaste de La France insoumise, qui a trahi l’héritage de la gauche : l’émancipation des juifs en 1791, les dreyfusards, Léon Blum… Et il faut reconnaître que l’antisémitisme est un problème qui se pose à l’islam, sans craindre d’être traité d’islamophobe. De même, on doit pouvoir dire qu’Israël se fourvoie à Gaza sans craindre d’être accusé d’être des alliés objectifs du Hamas.

À lire aussi, Elisabeth Lévy : Devoir d’incrédulité

Venons-en à la tribune de Delphine Horvilleur, qui est plus sévère que la vôtre puisqu’elle parle de « politique suprémaciste et raciste » en Israël. N’est-elle pas allée trop loin ?

Elle est rabbin. Elle parle de là où elle est. J’imagine que tous les samedis – je ne mets pas les pieds à la synagogue –, elle doit prêcher les principes censés animer les juifs. Or au bout d’un moment, alors que la guerre à Gaza continue de faire des victimes civiles sans que son objectif soit atteint, si un rabbin dit « je n’ai pas envie de voir ça, je n’ai pas envie qu’on coupe l’aide humanitaire », il me semble être tout à fait dans son rôle. Qui pense sérieusement que Delphine Horvilleur est une ennemie d’Israël ? Une fois encore j’affirme que des reproches comme les siens ou comme les miens sont formulés non pas pour nuire à l’État juif, mais pour l’aider. Quand elle critique Israël, Delphine Horvilleur ne peut pas être confondue avec cette gauche qui, sous couvert d’antisionisme, a réenchanté l’antisémitisme.

Évidemment, mais elle peut être récupérée. Approuvez-vous le président quand il dit que c’est le bon moment pour reconnaître l’existence d’un État palestinien ? J’ai signé il y a un an une tribune rédigée par Ofer Bronstein qui plaide pour une reconnaissance simultanée : la reconnaissance d’un État de Palestine en échange de la reconnaissance d’Israël par tous les pays arabes. La reconnaissance est un fusil à un coup. Il faut obtenir qu’elle soit mutuelle, car c’est la vraie clé de la paix. La France a un rôle capital à jouer, mais elle ne le peut que si elle est fidèle à l’esprit remarquable du général de Gaulle, qui, malgré la légende noire, a fait en la matière des déclarations très justes, notamment lors de la fameuse conférence de presse du 27 novembre 1967, admiratif d’Israël qui se rétablissait sur « le site de son ancienne grandeur ». Ou dans celui de François Mitterrand. Elle doit parler aux Israéliens en tant qu’amie de la cause palestinienne et acteur de la construction de l’État palestinien. Et elle doit parler aux Arabes en tant qu’amie et en tant qu’alliée d’Israël inconditionnellement attachée à son droit à l’existence et à sa sécurité.

La France doit travailler plus...

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Le franc-parler, dernière élégance intellectuelle

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Le Palais des Congrès de Perpignan organise son deuxième 2e Printemps de la liberté d’expression. DR.

Le 2e Printemps de la liberté d’expression se tient à partir de vendredi à Perpignan, et recevra de nombreux intellectuels et penseurs, plutôt classés à droite. Gilles-William Goldnadel devrait y recevoir un prix. Quand le débat d’idées rejoint la liberté de pensée… Entrée libre, et Mathieu Bock-Côté en invité d’honneur.


En ces tristes temps de morosité intellectuelle, d’indigence philosophique, de médiocrité politique et de conformisme ambiant, où la glorieuse France des Lumières – celle qui vit jadis naître Voltaire et son admirable Traité sur la Tolérance, Montesquieu avec son indépassable Esprit des Lois ou Diderot et sa monumentale Encyclopédie – n’est plus que l’indigne, terne et pitoyable ombre d’elle-même, la belle ville de Perpignan, où se déroule, ces 20, 21 et 22 juin 2025, au Palais des Congrès, la deuxième édition du « Printemps de la liberté d’expression », apparaît, à l’inverse, comme un nouveau, riche, inespéré et salutaire foyer de réflexion critique, lucide et courageuse, au sens le plus noble du terme.

La Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen, petit rappel

C’est d’ailleurs là le sens profond, très exactement, de la devise, tel un éminent rappel philosophique plus encore que moral, de cette importante, et désormais annuelle, manifestation culturelle : liberté d’expression ! C’est là, du reste, l’essence même de l’insigne article 11 de la « Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen », rédigée en 1789, année de la démocratique Révolution française et donc, précisément, en pleine époque des Lumières : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme » stipule-t-il, en effet, à juste raison.
Bref : une manière, effectivement, d’unir le fécond débat d’idées à l’essentielle liberté de pensée !

Intelligentsia française

Ainsi, est-ce près d’une trentaine d’auteurs majeurs au sein de l’intelligentsia française qui, placés là sous la présidence éclairée d’Eric Naulleau, se réunissent, pendant trois jours, lors de cette deuxième édition de ce fameux « Printemps de la liberté d’expression ». Impossible, certes, de mentionner de façon exhaustive, dans le contexte forcément restreint d’une tribune médiatique, tous les noms des participants, dont on retiendra cependant ici quelques voix particulièrement fortes en la matière, dont, outre votre serviteur en ces lignes, celles de (par ordre alphabétique) Fabrice Balanche, Jérôme Besnard, Mathieu Bock-Côté, Pierre Botton, Maxime Chaix, Gabrielle Cluzel, Stéphane Courtois, Xavier Driencourt, David Duquesne, David Engels, Renée Fregosi, Driss Ghali, Gilles-William Goldnadel, Lisa Hirsig, Jacques Hogard, Régis Le Sommier, Olivier Maulin, Olivia Maurel, Sabrina Medjebeur, Jean-Claude Rolinat, Romaric Sangars, Olivier Sebban, Jean Sévillia, Daniel Sibony, Jean Szlamowicz, Éric Tegner…

Tolérance et raison: les deux moteurs intellectuels d’un nouvel humanisme pour notre civilisation

Quant aux nombreux thèmes qui sont abordés en ces échanges entre quelques-uns des meilleurs et plus fins esprits de l’intelligentsia française, ils sont aussi diversifiés que cruciaux, si tant est que l’objectif ouvertement assumé de ces réflexions critiques est de contribuer pour leur modeste part, humblement mais résolument, à une meilleure marche, sinon du monde, du moins de ce beau et grand pays que demeure, nonobstant ses actuelles vicissitudes politiques et autres dérives idéologiques, la France.

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De fait, c’est autour de thématiques, sous forme de tables-rondes, telles que notamment, et parmi bien d’autres, les nouveaux conformismes, la censure (y compris l’auto-censure) médiatique, le terrorisme intellectuel, la guerre en Ukraine et les conflits ethniques en Syrie, les difficiles relations franco-algériennes, Israël face à la menace islamiste, l’inquiétante recrudescence de l’antisémitisme, les dangers de l’islamo-gauchisme, la question de l’identité nationale face aux crises migratoires, que ces divers débats d’idées s’articulent dans une totale liberté de pensée, sans préjugés d’aucune sorte ni opinions préconçues, mais animés d’une réelle, sincère et utile volonté d’œuvrer ainsi, au seul nom d’une tolérance qui n’a d’autre moteur intellectuel que la raison, au progrès de notre humanité, sinon de la civilisation en son ensemble. 
Oui, c’est bien cela auquel ce « Printemps de la liberté d’expression », au cœur donc de Perpignan, aspire, idéalement, en dernière analyse mais, à la fois, en première ambition : la définition, sinon la refonte, d’un nouvel humanisme, calqué sur les imprescriptibles, inaliénables et impérieux idéaux, d’ancestrale mais noble mémoire, de la Renaissance !
Mieux : un nouvel humanisme en guise de résistance intellectuelle à la barbarie présente, sinon, peut-être plus grave encore, à venir !

Le prix littéraire du « franc-parler »

C’est donc à la lumière de cet ambitieux mais primordial projet philosophico-éthique qu’il faut comprendre, à sa juste valeur et véritable portée, le sens ultime du beau prix littéraire – le prix du « franc-parler », dont je m’honore de faire partie du jury – qui, connexe et même intimement lié à ce « Printemps de la liberté d’expression », est également organisé à cette occasion.
Ainsi le lauréat de cette deuxième édition, là aussi, de ce prix du « franc-parler » est-il, très méritoirement, Gilles-William Goldnadel, polémiste talentueux et avocat de réputation nationale, pour son excellent et dernier livre :une dystopie, récit sur fond de fiction aux contours cependant très réalistes, intitulée, certes métaphoriquement mais néanmoins emblématiquement, « Journal d’un prisonnier (Editions Fayard, Paris, 2025). Ce prix lui sera remis ce samedi 21 juin, à 19h, au Palais des Congrès de Perpignan. De son côté, le professeur Fabrice Balanche est gratifié d’une mention spéciale du jury.

Hommage public: pour la libération de Boualem Sansal et des otages israéliens à Gaza   

Davantage : parallèlement à cette prestigieuse remise du prix littéraire du « franc-parler » aura également lieu, à la même heure ce samedi 21 juin encore, et au Palais des Congrès de Perpignan toujours, un hommage public, où je prendrai aussi personnellement la parole afin de réclamer son immédiate libération (comme celle, tout aussi nécessaire et urgente, des otages israéliens encore captifs dans la bande de Gaza), à notre cher ami Boualem Sansal, immense écrivain franco-algérien, candidat au prix Nobel de littérature, retenu arbitrairement prisonnier, depuis plus de sept mois maintenant, dans une infâme et obscure geôle aux mains du pouvoir islamiste, totalitaire et même fascisant, d’Alger.
À lire d’ailleurs, à ce douloureux mais impératif sujet, l’ouvrage collectif (comprenant, sous la direction de Pascal Bruckner et de Michel Gad Wolkowicz, soixante intellectuels majeurs), auquel je m’honore, là aussi, de participer avec un texte : « Pour Boualem Sansal » (Éditions David Reinharc, Paris, 2025) !

Éloge des idéaux démocratiques, valeurs morales et principes universels

Ainsi, lors de cette deuxième édition du « Printemps de la liberté d’expression » de Perpignan (voir, ci-dessous, l’affiche et le programme complet), où des séances de dédicaces de livres sont également prévues pour les auteurs présents, bienvenue à tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté, épris des seuls idéaux démocratiques, valeurs morales et principes universels, de justice, de tolérance, de paix et de raison ! Nous vous y attendons volontiers, et avec grand plaisir, nombreux, ces 20, 21 et 22 juin 2025 donc, dans le vaste mais confortable auditoire du Palais des Congrès, où l’entrée, malgré d’importantes et compréhensibles mesures de sécurité au vu de l’actuel, particulièrement tendu, contexte socio-politique à l’échelon national et international, est elle aussi – cela va de soi ! – libre.

Journal d'un prisonnier

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