Accueil Site Page 187

Maximilien Friche ou la folle espérance d’un salut par le Verbe

0

Dans Fol, le nouveau roman de Maximilien Friche, l’amour chaste est à l’honneur. Mais c’est surtout, à travers cette passion impossible, un récit initiatique sur la vocation d’un écrivain et la manière dont la littérature peut habiter une vie, dans notre société contemporaine. 


Renaud a 16 ans. Il ne se sent pas tout à fait à sa place parmi ses condisciples, dans un prestigieux lycée de Toulouse. Alors il fait le malin, il provoque, il raconte des histoires, pour se distinguer de la plèbe. Il a assez de talent pour séduire Alix, une élève studieuse. Une de ces filles de bonne famille pour qui la route royale est déjà tracée. Sans doute qu’avec ce garçon, elle s’encanaille. Elle joue à se faire peur. On flirt avec le bizarre, mais on ne se donne pas à lui. Sa relation avec Renaud ne sera donc jamais consommée. Leur liaison existera par les lettres qu’ils s’échangent, jusqu’à leur rupture. Tout est à la fois vécu sur le mode du sublime et du grotesque. Néanmoins, Alix accomplit par là son rôle spirituel. Elle a dit à Renaud qu’il devrait écrire et c’est ce qu’il fera, en mémoire de leur amour avorté. Elle l’a baptisé par cette liaison désincarnée et pour toujours inassouvie. C’est l’infini de la ligne d’horizon planté dans la chair. La femme qui l’a engendré peut dès lors renaître en cette créature poétique qui va hanter Renaud. Elle lui a fait l’offrande de ces quelques scènes qu’il passera les années suivantes à essayer de réécrire. La vie figée dans une courte parenthèse entre l’enfance et l’âge adulte. L’existence n’est supportable qu’à la condition de n’être jamais vécue. Renaud sera donc écrivain.

Quoiqu’un écrivain qui ne s’accomplira peut-être jamais. Un écrivain dont la vocation semblera toujours à moitié exaucée, se disputant avec les obligations matérielles. Dans la deuxième partie du livre, en effet, à 45 ans Renaud est chef de cabinet, dans une entreprise, à Lyon. Sa situation professionnelle ne l’intéresse guère. Tout l’exaspère au dehors de son amour de ses seize ans. Son ancienne flamme est désormais la plaie autour de laquelle s’est enroulé son rêve intérieur. Le reste est enduré dans un sentiment de médiocrité, voire d’insignifiance.

A lire aussi : Terres d’enfance

Mais ce n’est pas simplement la vie matérielle qui est devenue fausse. La littérature aussi se révèle vulgaire. L’âge adulte, c’est passer de la pureté des intentions à la réalité sociale. Basculer de la foi des débuts aux obligations contingentes. Nous sommes hantés par un livre et voilà qu’on se gaspille. Nous n’achevons que la pâle copie de l’œuvre dont on brûlait. Pire, nous ne ratons pas même le sublime que l’on portait en nous, nous écrivons pour rien, pour briller, pour nous distinguer, encore une fois. Le Verbe devient inessentiel. On se perd pour une vague renommée qui n’atteint jamais à la reconnaissance. Et nous voilà obligés de naviguer dans un monde où la littérature se trouve rejetée à l’état de distraction, sinon de simple passe-temps. Le moi du romancier n’est plus seulement étouffé par le moi social, il en est corrompu jusqu’à la moelle. Et c’est de là l’Idéal qui pourrit de la tête au pied. 

Écrire aujourd’hui, pour Maximilien Friche, dans Fol, c’est donc avancer entre le risible et le sacré. Un rêve dont on ne sait jamais à quel point il est sincère. Ni quel sens il peut encore conserver. Au fond, on peut même se demander si le drame sentimental de Renaud ne se réduit pas à un mirage ou à une anecdote dérisoire. De l’insignifiance montée à l’état de regret pour se donner matière à délirer. Trouver une transcendance en toc dans un monde terriblement dépourvu d’absolu. Alors, tout l’amour idéalisé du personnage n’aura représenté, littéralement, qu’un prétexte. Et en ce sens, la littérature serait la recherche d’une existence enfin justifiée par la grandeur du verbe, au risque ne se réaliser que dans une sorte d’imposture. Mais malgré l’écueil, c’est bien ce à quoi invite Friche dans son livre. Rejouer sans cesse la blessure initiale, avec les vieux sentiments mille fois recuits, dans l’espoir que, justement, de ce ridicule, de cette humiliation du ratage, et sans être tout à fait dupe de nos ambiguïtés, on puisse en tirer, un jour, une œuvre sincère. Car peut-être existe-t-il dans la fausseté d’un amour perdu et à moitié inventé, une vérité inaccomplie, qui ne peut trouver son achèvement que transfigurée par la littérature. 

90 pages

Fol

Price: ---

0 used & new available from

La haine, un devoir international?

0

Dans un entretien récent, Marc Bonnant, le «Bossuet des tribunaux» affirme qu’il espère que le christianisme en Europe saura résister au temps, comme le judaïsme. Il ajoute : « Je ne suis pas juif, hélas, j’aurais voulu le devenir, mais c’était un peu compliqué… »


Marc Bonnant, un formidable avocat suisse, s’est livré dans un entretien au JDD[1] sur le mode brillamment réactionnaire et provocateur qui a toujours été le sien. J’ai eu le bonheur il y a plusieurs années de pouvoir dialoguer avec lui à Genève et ce fut un régal d’avoir la chance d’être parfois contredit par lui.

Inévitable

Questionné sur le christianisme et l’islam, il répond que « …l’islam est prosélyte et expansionniste. En France, il y a peut-être trop de honte dans le christianisme, trop de repentir, trop de repentance pour qu’il puisse faire face à un islam conquérant… » et il conclut son propos par un hommage au peuple juif « …qui mérite d’être honoré indépendamment de la question palestinienne ou de Gaza. Il suffit de regarder n’importe quelle bibliothèque pour mesurer la contribution du génie juif à notre civilisation. J’aime passionnément les juifs ».

A lire aussi: Derrière l’élection de Léon XIV: l’ascension de l’Amérique catholique

Tout en reconnaissant ce qu’il y a de pertinent dans cet enthousiasme, on n’est pas obligé de le pousser aussi loin. Il demeure cependant que, comme aujourd’hui il y a un antisémitisme compulsif de l’extrême gauche derrière l’antisionisme revendiqué, il y a à rebours une défense systématique d’Israël dans la plupart de ses entreprises guerrières, avec une admiration certaine pour plusieurs de ses hauts faits. Comme si l’incroyable capacité à la fois d’audace et de résistance de ce petit pays démocratique à l’existence toujours menacée permettait à beaucoup de satisfaire, par procuration, une haine internationale ciblée.

En tout cas c’est le sentiment qui m’habite. La haine n’est pas à recommander sur le plan humain mais dans le domaine géopolitique, elle peut apparaître presque comme inévitable. Il y a un tel degré de malfaisance, de cruauté, de cynisme et de mauvaise foi dans la conduite de quelques personnalités et régimes, que la simple contestation politique est dépassée au profit d’un extrémisme de l’hostilité, qui mue le champ international en une exécration humaine contre laquelle on n’a aucune envie de résister. Bien au contraire.

Je ne suis pas diplomate de profession

J’ai attendu avec impatience que Vladimir Poutine paie l’invasion de l’Ukraine et les crimes multiples que sa dictature sans limite ni morale a perpétrés. Et il a osé se proposer comme médiateur entre l’Iran et Israël!

Mais je crains fort que mon espérance ne soit déçue et que le président Trump, de moins en moins Matamore et de plus en plus sur le recul, ne puisse pas faire bouger d’un pouce l’ordre international. Je n’ai pas honte pourtant de cette haine à l’égard de Poutine et toutes les considérations des experts noyant les culpabilités sous les analyses n’y pourront rien changer.

A lire aussi, Noémie Halioua : La guerre des juifs

Je hais également le régime des mollahs et l’ayatollah Ali Khamenei cherchant à se mettre de plus en plus à l’abri des frappes israéliennes qui ont déjà décimé une part de la hiérarchie politique et militaire iranienne. La riposte inévitable de l’Iran a tué un certain nombre d’Israéliens mais il semble que l’initiative préventive d’Israël pour empêcher une « Shoah nucléaire » soit globalement couronnée de succès.

À supposer que la finalité ultime de ces ciblages renouvelés et organisés de longue date ne soit pas l’éradication de cette dictature intégriste étouffant le grand peuple iranien sous des injonctions de plus en plus rejetées. Chaque jour démontre, en réalité, cette ambition purificatrice dont, si elle parvenait à son terme, Israël serait secrètement ou officiellement félicité.

J’aime cet État d’Israël qui m’autorise, avec une satisfaction dont je ne méconnais pas le caractère indécent, à me réjouir de l’affaiblissement et de la chute programmée d’une caste n’ayant pas lésiné sur les exécutions et le sang des opposants. Le régime iranien a ma haine comme Poutine.

Loin de m’attrister sur mon éthique personnelle, cette haine que j’éprouve est comme un devoir international. Je laisse volontiers aux diplomates et aux experts les calculs et les froideurs.


[1] https://www.lejdd.fr/Societe/marc-bonnant-notre-epoque-celebre-le-deracinement-159222

Mélenchon devenu un «salopard d’antisémite»…

Samedi 13 juin, à la tribune du congrès du Parti socialiste, Jérôme Guedj a violemment attaqué Jean-Luc Mélenchon, le qualifiant de « salopard antisémite ». En réponse, Jean-Luc Mélenchon a exigé hier des excuses officielles de la part du PS. Pendant ce temps, Olivier Faure et Nicolas Mayer-Rossignol se sont affrontés sur la stratégie à adopter vis-à-vis de La France insoumise, dans l’éventualité de législatives anticipées. Incapables de s’accorder sur un texte de synthèse, les deux camps sont finalement repartis dos à dos.


Ce n’est pas Causeur qui le dit mais Jérôme Guedj, naguère proche parmi les proches du matamore islamolâtre. Cet anathème, il le lance depuis la tribune du congrès du Parti socialiste qui se tenait ce week-end à Nancy, non pas dans l’arrière-salle du Café du Commerce qui aurait largement suffi, mais ailleurs, dans un lieu d’un standing plus flatteur.

Le congrès des cœurs brisés

« J’ai une meurtrissure profonde terrible à dire devant ce congrès que, pour la première fois de ma vie, j’ai dû dire de l’homme que j’ai aimé profondément qu’il est devenu un salopard d’antisémite, avec des propos qui sont pour nous absolument insoutenables », a donc lancé l’orateur, ouvrant noblement son cœur. Cœur blessé, de toute évidence. On n’est pas loin des termes si douloureux du dépit amoureux. Il est vrai que la politique est parfois – aussi – affaire de passion.

La rupture est intervenue à la suite du pogrom du 7 octobre 2023 perpétré par le Hamas contre les populations civiles d’Israël (pudiquement – hypocritement devrais-je dire – qualifié de simple « attaque » ce dimanche encore par Le Monde et l’AFP).

« Quand je dis à Jean-Luc Mélenchon qu’il n’est pas possible et souhaitable de défendre la revendication de la Palestine de la mer à la rivière, argumente le parlementaire, je défends la position historique des socialistes, notamment celle de François Mitterrand à la Knesset en 1982 (…) Et à ce moment-là, je deviens le sioniste génocidaire pour Jean-Luc Mélenchon et les siens ».

A lire aussi: Il était un petit navire…

On se souvient des propos effectivement tenus par le chef suprême des Insoumis, accusant son ex-ami et étroit collaborateur d’être un « lâche, de cette variété humaine que l’on connaît tous, les délateurs (…) L’intéressant est de le voir s’agiter autour du piquet où le retient la laisse de ses adhésions », ajoutait-il, féroce.

En d’autres termes, Guedj ne serait pas, lui, une conscience libre exprimant ses propres convictions et opinions, mais un roquet en laisse, un pleutre sous influence.

Qui ? Qui ?

Ce thème-là a manifestement ces temps-ci la faveur de l’imprécateur. Il l’a repris avec délectation et emphase ce 11 juin au pupitre d’un meeting à Rouen alors qu’il évoquait la galéjade du mouille-cul de la paix où étaient embarquées Rima Hassan et Greta Thunberg pour le trophée, si âprement convoité, de celle qui pourra s’auréoler de la plus reluisante vertu woko-progressiste du monde.

« Tous ceux que vous aurez entendu parler de croisière, tonne Chef Jean-Luc, ont récité des éléments de langage qui leur ont été distribués. Demandez-vous si c’est seulement l’ambassade d’Israël qui les leur a donnés ou si c’est aussi d’autres. » Là encore, seuls des êtres en laisse, des « cervelles fatiguées » (sic) et manipulées peuvent, selon lui, s’exprimer de la sorte. La bonne vieille théorie de la manipulation sans frontières, du complot planétaire en mode Protocole des Sages de Sions n’est pas loin. Une force obscure – et juive, cela va sans dire – serait à la manœuvre.

Vilaines figures

Puis le même d’ajouter, menaçant : « Jeunes gens, rappelez-vous leurs noms, regardez leur vilaine figure ! » Là, on croit entendre l’inimitable Fouquier-Tinville. On perçoit en fond sonore le terrifiant leitmotiv révolutionnaire, de 93 sans doute mais aussi de toutes les fureurs du même tonneau : « Il ne suffit pas de dire que des têtes vont tomber ! Il faut dire lesquelles ! » Des noms, il faut des noms. Les noms de ceux dont, le moment venu, le sang (impur, forcément impur) abreuvera nos sillons. La version Terreur à la Robespierre du don du sang, si l’on veut. Donc, connaître et retenir les noms n’est pas qu’un détail, c’est la base même du job. Ne nous y trompons pas.

A lire aussi: Ardisson, Gaza, la pensée mondaine et ses effets débilitants

Tout cela n’est guère nouveau, en effet. Et Jérôme Guedj n’est en fait que l’agneau utile de Mélenchon. La victime sacrificielle idéale. Idéale parce qu’elle concentre les deux pôles d’exercice de la violence révolutionnaire. Violence interne reposant sur la constante et nécessaire dénonciation de saboteurs, de traîtres, de « délateurs ». Cette terreur d’appareil qui sert à justifier les purges pour tout motif, à commencer par la suspicion de tiédeur idéologique. Violence dirigée vers l’extérieur également. Traditionnellement en direction du Juif. Là, encore un grand classique. Une seule référence historique : lorsque Staline voit sa toute-puissance quelque peu écornée – n’aura-t-il pas alors ce mot extraordinaire : « Tout est fini : je ne me fais même plus confiance à moi-même ! – lorsqu’il sent son trône vaciller sous ses fesses de Petit Père des Peuples, disais-je c’est un complot juif qu’il va inventer de toutes pièces pour tenter de faire diversion et se remettre en selle. Le célèbre faux complot des Blouses Blanches, qu’il me semble bien avoir évoqué ici-même.

Bref, ce sont toujours les mêmes pratiques éculées, les mêmes aberrations mentales, l’instrumentalisation du même vertige irrationnel saturé de haine, qui sont convoqués au tribunal révolutionnaire. Et cela, à d’infimes variantes près, selon la même rhétorique, la même dialectique. Surtout, au fond dans les mêmes termes… À se demander qui peut bien les distribuer dans les cervelles fatiguées des Mélenchon et affidés, ces pathétiques éléments de langage répétés à l’envi ?

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

Price: ---

0 used & new available from

Ce que le réel révèle: la fracture, la peur, le déni — ou l’insoutenable légèreté de l’élite française

Séparatisme. La France est entrée dans l’ère du mensonge poli, où les mots sont devenus suspects.


Il y a dans le regard que la France porte sur elle-même quelque chose d’exténué, de trouble, comme si, à force de nier le réel, elle avait fini par s’exiler d’elle-même.

La surdité tranquille

Depuis des décennies, les classes populaires — cette France périphérique que l’on ne nomme plus que pour s’en prémunir — cherchent à dire quelque chose, à articuler une plainte sourde, un cri contenu, un refus d’être reléguées à l’invisible. Leur voix, trop longtemps tenue pour vulgaire ou dangereuse, s’est portée sur un vote que l’on dit « extrême », faute de mieux, mais qui n’est que le dernier refuge d’une parole qui ne trouve plus d’asile dans les salons républicains.

Ce vote n’est ni nostalgique ni haineux, pas plus qu’il n’est le symptôme d’une quelconque pathologie morale : il est d’abord un appel à la reconnaissance. Mais les élites, qui vivent hors-sol, dans une République désincarnée, n’ont voulu y voir qu’une rechute du Mal. Elles ont disqualifié, injurié, psychiatrisé — tout ce qui permet d’éviter d’écouter. La sociologie, devenue prêche idéologique, s’est érigée en douane morale, rejetant toute inquiétude populaire au rang de préjugé, toute angoisse identitaire au rang de xénophobie.

Ainsi s’est installée une surdité tranquille. On s’est moqué du « sentiment d’insécurité ». On a ri, dans les amphis et les chaînes publiques, de ceux qui voyaient leur quartier changer de visage, leur langue devenir étrangère, leur culture minoritaire. La peur, pourtant fondée, a été traitée comme une faute. Et le réel, ce réel que la littérature n’a jamais cessé d’habiter, fut relégué dans l’indicible.

Nouvelle morale

La gauche, ivre de sa morale post-coloniale, s’est enfermée dans une grille de lecture binaire, brutale, presque théologique : les dominés ont raison, les dominants ont tort. Cette foi aveugle a engendré une lâcheté nouvelle — celle qui, au nom du Bien, refuse de voir le Mal. L’islamisme, pourtant quotidien, palpable, n’était qu’une « invention médiatique ». Le voile n’était pas un symptôme mais une « liberté ». La République n’était plus qu’un mot, vidé de sa substance, réduit à quelques incantations sans force.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: La gauche mollah

Plus grave encore : certains ont pactisé. La France Insoumise, par électoralisme ou par fascination pour l’Autre, a cédé aux sirènes du communautarisme, trahissant la laïcité au nom d’un peuple fantasmatique. Ce n’est plus seulement un aveuglement : c’est une complicité tranquille, un renoncement travesti en courage.

Et pendant ce temps, une partie des élites juives françaises, pétrie de mémoire, hantée par les spectres du XXe siècle, n’a vu dans la montée du RN qu’un retour du passé. Leur peur, si compréhensible soit-elle, les a enfermées dans un antiracisme désincarné, devenant parfois les otages involontaires d’un discours qui nie les nouvelles formes de haine — celles qui ne viennent pas de l’extrême droite, mais des franges radicalisées d’un islam politique conquérant.

Les mots deviennent suspects

Nous vivons une ère du mensonge poli. La violence, le repli, la sécession territoriale ne sont plus des fantasmes : ce sont des réalités, perceptibles par tous ceux qui n’ont pas le luxe de les fuir. Mais les mots, eux, sont devenus suspects. Dire, c’est déjà trahir.

Alors la confiance se délite. Le peuple, abandonné, se retire dans un silence lourd, ou dans un vote que l’on appelle « populiste » pour ne pas dire « désespéré ». Ce ne sont pas les partis extrêmes qui minent la démocratie : c’est l’abandon du réel, la peur de nommer, l’extinction du courage.

George Orwell, ce pessimiste lucide, l’avait vu venir : les élites, lorsqu’elles préfèrent l’idéologie à l’expérience, deviennent ennemies du peuple. Nous y sommes. Et c’est pourquoi la fracture n’est pas simplement politique : elle est existentielle. Elle dit le divorce entre ceux qui vivent le réel et ceux qui l’exècrent.

Il faut, non pas réenchanter le monde, comme le répètent les poètes subventionnés, mais réapprendre à nommer. A regarder ce qui est, non ce qu’on voudrait qu’il soit. Et cela suppose une parole débarrassée de ses fictions morales, une parole nue, risquée, — la seule qui puisse encore rassembler ceux qui le peuvent.

Jean-Luc Mélenchon, un intellectuel qui se trompe…

Notre chroniqueur relève chez le leader de la France Insoumise une posture d’intellectuel peu reluisante, qui lui fait penser à celle récemment mise en lumière par Samuel Fitoussi dans son ouvrage Pourquoi les intellectuels se trompent. Enfermé dans sa propre fiction politique, le chef de file de l’extrême gauche semble chaque jour s’enfoncer davantage — jusqu’à oser comparer Rima Hassan à Victor Hugo !


Jean-Luc Mélenchon, le gourou de La France Insoumise, m’est toujours apparu, depuis qu’il a dépouillé sa défroque conventionnelle de socialiste et d’admirateur éperdu de François Mitterrand, comme une personnalité à double-face : l’extrémiste jouant à la révolution et l’intellectuel qui théorise. Il me semble que les absurdités du premier lui sont souvent pardonnées grâce à la prime donnée au second.

LFI se ridiculise

Quand Jean-Luc Mélenchon ose comparer le retour de Rima Hassan en France à Victor Hugo revenant de Guernesey, il devrait nous faire exploser de rire ou nous étouffer d’indignation. Si on s’est moqué de lui et de son tweet, c’est peu par rapport à ce qu’une telle insanité aurait dû susciter qui dévoie la vie politique, l’écrivain emblématique et ses combats partie intégrante de la légende de notre pays.

Comble d’indécence qui ose comparer cette équipée touristique de quelques heures à peine entravée par une nation démocratique avec le destin exceptionnel d’un géant. Décidément LFI manque d’une qualité essentielle que l’affrontement des oppositions et le heurt des idéologies ne devraient pas supprimer : le sens du ridicule.

Je me suis penché sur cet épisode burlesque et la leçon grotesque qu’en a tirée Jean-Luc Mélenchon parce que j’ai été inspiré par Samuel Fitoussi dont le dernier livre : Pourquoi les intellectuels se trompent, dénonce « les mécanismes sociaux, culturels et cognitifs qui conduisent les intellectuels à l’aveuglement… ».

À lire aussi : Mélenchon devenu un «salopard d’antisémite»…

George Orwell n’avait-il pas écrit « que certaines idées sont tellement absurdes que seuls les intellectuels peuvent y croire » ? Pour Samuel Fitoussi « non seulement l’intelligence ne protège pas de l’erreur mais elle peut y prédisposer ».

Un intellectuel est voué à dépeindre la réalité comme un enfer

À dire vrai, avant d’avoir pu écouter et questionner Samuel Fitoussi sur le plateau de Midi News sur CNews, j’avais seulement été un lecteur assidu de ses chroniques souvent hilarantes du lundi dans Le Figaro, dont une merveille amère et sarcastique, malheureusement plausible, de la soirée du 31 mai, pastiche de Mediapart.

Sur CNews j’avais eu tendance à minimiser le caractère novateur de son ouvrage – je ne l’avais pas encore lu – parce qu’il me paraissait s’inscrire dans la lignée d’un chef-d’oeuvre, L’Opium des intellectuels, dans lequel Raymond Aron pourfendait avec brio les intellectuels et les philosophes de gauche et d’extrême gauche saisis par le marxisme. Or, par certains côtés, l’ouvrage de Samuel Fitoussi va plus loin, déborde le cadre purement idéologique et montre comme la qualité d’intellectuel et le statut d’excellence qui lui est donné par principe en France constituent presque structurellement des opportunités pour les erreurs, les préjugés, les partialités, les occultations du réel et une vision implacablement misérabiliste et hémiplégique de la société où les riches et les puissants sont stigmatisés, la lutte des classes encensée et la révolution détestée autant que le réformisme est méprisé.

À lire aussi : La gauche mollah

Ce qui est très éclairant dans la réflexion de Samuel Fitoussi est qu’elle s’appuie sur un certain nombre de travaux scientifiques et sociologiques dont les conclusions sont unanimes : un intellectuel est voué à dépeindre la réalité comme un enfer pour justifier ainsi le rôle qu’il se prête – devenir le justicier qu’on espérait pour rénover de fond en comble une société insupportable. S’il la voyait, il ne pourrait plus l’annoncer !

Si les intellectuels ne se trompaient pas et prenaient l’existence collective comme elle est, sans enlever la complexité des choses et des êtres, leur rôle serait moindre. Il y a dans l’approche de Samuel Fitoussi une sorte de compréhension résignée à leur égard : il faut leur pardonner car à quelques exceptions près (Orwell et Aron par exemple) ils ne pouvaient faire autrement. Jean-Paul Sartre et surtout Simone de Beauvoir sont de parfaites illustrations de cette cécité internationale.

Je ne fais donc pas un rapprochement incongru avec Jean-Luc Mélenchon quand j’appréhende une part de celui-ci comme celle d’un intellectuel qui, ayant quitté le terrain solide du fait et des contraintes, s’acharne à les nier pour se livrer à des fulgurances souvent odieuses mais couvertes par une immunité spécifique : pour nous faire espérer le grand soir, il faut bien que le jour il ne voie rien !

MeTooMuch ?

Price: ---

0 used & new available from

Pourquoi les intellectuels se trompent

Price: ---

0 used & new available from

Bienvenue aux visages pâles

Fuyant l’insécurité et les politiques de redistribution foncière en Afrique du Sud, des Afrikaners trouvent refuge aux États-Unis. Un exil diversement commenté, entre nostalgies coloniales, accusations de racisme inversé et récupération politique


Alors que Donald Trump a déclaré la guerre aux migrants, des réfugiés d’un genre nouveau ont atterri aux États-Unis : les Afrikaners. Traditionnellement experts en agriculture, ces descendants de colons hollandais ont été pris sous l’aile du président américain.

Terre promise

À l’origine de cette vague de migrants pas comme les autres, une loi d’expropriation de terrains votée par le gouvernement de l’ANC (Congrès national africain) le 23 janvier et qui fait craindre à ses détracteurs des expropriations de fermiers blancs sans compensations. Si l’accusation, forgée par Elon Musk et reprise par Trump, d’un « génocide des Blancs » est démentie par AfriForum, principale organisation de défense des Afrikaners, le fait est qu’une partie de ces quelque 3 millions de descendants de pionniers ne se sent plus à sa place dans l’Afrique du Sud contemporaine : outre la criminalité, le taux de chômage des actifs est de 32 %, les services publics s’effondrent et les citoyens se plaignent de payer beaucoup d’impôts.

À lire aussi, Dominique Labarrière : État mental délabré. Et ta sœur ! répond Trump

L’Amérique de Trump a donc des airs de terre promise et le lundi 12 mai, 49 « réfugiés » sont arrivés par charter à Washington. Ces migrants à la peau claire et volontiers vêtus comme des « rednecks » seront-ils accueillis à bras ouverts par les associations de défense des migrants ? On peut en douter, car outre le crime d’être dans les petits papiers de Trump, qui a signé une ordonnance permettant « la réinstallation des réfugiés afrikaners fuyant la discrimination raciale parrainée par le gouvernement », ils sont souvent perçus comme des nostalgiques de l’apartheid.

Il en faudra plus pour les assommer. Entre 1835 et 1840, près de 14 000 d’entre eux fuyaient l’impérialisme anglais au Cap pour aller peupler, en caravane et avec leur bétail, le nord et l’est de l’Afrique du Sud, un exode nommé le « Grand Trek ». Le 21 mai, Ramaphosa a réclamé du Starlink et des drones auprès de Trump pour lutter contre l’insécurité. Pas sûr que ça fasse revenir les 49 Afrikaners au bercail.

Israël contre l’islamisme: un réveil pour la France endormie?

0

Selon notre chroniqueur, la lucidité d’Israël contraste avec l’aveuglement de la France


Message pour les Français inquiets : un peuple qui ne veut pas disparaître ne peut continuer à somnoler. Israël donne l’exemple en s’attaquant, depuis vendredi, au régime apocalyptique des mollahs iraniens et à ses sites nucléaires.

Téhéran, 13 juin 2025 © Vahid Salemi/AP/SIPA

Menace existentielle

Certes, la menace existentielle qui pèse sur l’État hébreu est physiquement plus grave que celle qui rode sur la France ouverte et oublieuse d’elle-même. Cependant, la sous-évaluation des vulnérabilités nationales est la même. « On s’est endormis », m’avait expliqué un responsable du renseignement militaire, rencontré à Tel Aviv après le pogrom du 7 octobre 2023. Depuis, le Hamas et le Hezbollah ont été mis KO par Tsahal et le Mossad, et avec eux Daesch et l’État islamique. Un sort similaire semble promis aux ayatollahs qui, depuis 1979, rêvent d’anéantir le paria satanisé. La bombe nucléaire, dont l’Agence internationale de l’énergie atomique a confirmé jeudi qu’elle était à portée de main, est l’instrument d’épuration de cette théocratie irrationnelle. De ce point de vue, la complaisance avec l’islamisme dingo se confirme quand Le Monde écrit, samedi, que la menace existentielle ne serait qu’une « idée fixe » de Benyamin Netanyahou, résultat de sa « conviction messianique ». Gilles Kepel s’est pareillement laissé aller à ce raisonnement paresseux (Le Figaro, samedi) en réduisant la stratégie du Premier ministre à une « fuite en avant pour sauver son poste ».

A lire aussi, Gil Mihaely: Israël respecté!

Netanyahou aura à s’expliquer pour n’avoir pas vu venir le 7-Octobre. Mais lui reprocher de protéger son pays de la dictature islamique est une lâcheté. La chute des mollahs serait une superbe victoire dont bénéficieraient les Iraniens oppressés et le monde libre pusillanime.

Moralisme capitulard

Les dirigeants français ont-ils cette même vitalité ? Hélas, non.

Cinquante ans de tyrannie du politiquement correct, ce moralisme capitulard construit sur le rejet du conflit et la quête de l’apaisement, ont désarmé les « élites » confrontées à cette même conquête islamiste. L’angélisme de l’indifférenciation des cultures reste leur religion. Si Jean-Noël Barrot reconnait (sur RTL, dimanche) que le projet nucléaire iranien est « une menace existentielle pour Israël mais aussi pour la sécurité européenne », le ministre des Affaires étrangères préfère appeler à la « retenue » et à la reconnaissance d’un Etat palestinien – « dynamique inarrêtable » lancée Emmanuel Macron -, dans une flatterie non assumée de la « rue arabe ». En revanche, Barrot attise les feux en Ukraine en assurant que la Russie « présente un danger de vie ou de mort ». Jean-Luc Mélenchon n’a pas ces pudeurs ni ces incohérences quand il réclame, vendredi, l’arrestation de Netanyahou et dénonce son « agression militaire » contre l’Iran. À ce stade reconnaissons à Israël, au-delà de sa résistance acharnée, d’avoir dévoilé la pleutrerie des uns, la soumission des autres devant le totalitarisme de la charia. Elle impose en Iran un ordre stalinien. Son sectarisme attire, avec LFI, les nostalgiques de la schlague. Sa judéophobie convainc ceux qui, également à droite, veulent voir mordicus dans la démocratie israélienne un « sionisme génocidaire » protégé par un lobby. « Mélenchon est un salopard antisémite », a pourtant accusé samedi le député PS, Jérôme Guedj, devant le congrès du PS[1]. Heureusement, le courage peut renaître. Même à gauche…


[1] https://www.causeur.fr/melenchon-devenu-un-salopard-d-antisemite-311620

«Red Carpet»: l’écrin vaut mieux que le joyau…

À l’Opéra de Paris, des interprètes remarquables au service d’une chorégraphie vide.


Des danseurs magnifiques défendant leurs rôles avec cette rage de bien faire qui porte à l’excellence ; des lumières somptueuses jouant entre la couleur du sang et celle du deuil et se frayant un passage dans une obscure clarté parfaitement irréelle ; un jeu complexe de lourds rideaux grenat qui morcelle le spectacle en cent séquences d’inégales durées et définit des espaces immenses ou resserrés jusqu’à l’étouffement. Et pour tout élément de décor, un lustre unique, mais monumental et portant mille feux, bien fait pour rappeler que l’on est ici à l’Opéra de Paris, le vrai, celui de Napoléon III. Dans cette pièce signée par l’Israélien Hofesh Shechter, tout est remarquablement sophistiqué, tout… sauf la chorégraphie qui est d’un vide abyssal.

Noceurs décadents

Certes elle est spectaculaire, cette chorégraphie qui fait penser, et ne fait penser à rien d’autre qu’une soirée dansante entre noceurs décadents. Elle exige de la part de ses interprètes, 13 danseurs du Ballet de l’Opéra de Paris, un engagement sans faille tant ce travail de groupe, ces ensembles mouvants et sinueux doivent être périlleux à exécuter en bonne intelligence, tant le rythme en est diabolique, les contorsions des corps infernales alors que les bras sont devenus serpents et que les mains sont métamorphosées en flammes.

Mais, de bout en bout, la gestuelle semble ne pas évoluer. Ou plus exactement, elle paraît obéir inlassablement aux mêmes procédés. L’agitation n’en masque pas la vacuité.

A lire aussi: De sexe et d’âme

Elle ennuie à force d’uniformité. Et quand bien même il ne dure qu’un peu plus d’une heure, le spectacle apparaît comme interminable.

Hofesh Shechter lance les danseurs dans une tempête de mouvements sans d’autre motif que d’occuper l’espace et de vous en mettre plein la vue. Et ce n’est pas l’épais programme édité par l’Opéra et ses commentaires savants qui parviennent à donner de l’épaisseur à un ouvrage qui en manque absolument.  

L’inanité de l’écriture

Une fois encore, et c’est vraiment dans l’air du temps, on se retrouve confronté à un ouvrage bien ficelé, accompagné de lumières somptueuses, travaillées avec un art consommé par l’éclairagiste Tim Visser, et qui semblent être le clou du spectacle ; à des costumes élégants, mais sans caractère aucun, à l’exception d’une redingote délirante, des robes du soir, des tenues parfaitement taillées, mais ne dégageant strictement rien d’intéressant pour le théâtre. Toutefois ils sont signés par la maison Chanel ce qui fait office de sésame dans une société qui adule les marques de luxe et pour qui en porter est une fin en soi.      

La musique, où l’on sent des réminiscences du Moyen-Orient, a été composée par le chorégraphe lui-même. Exécutée par deux instruments à cordes, un instrument à vent et une batterie juchés dans le lointain de la scène, hurlante parfois comme il se doit, elle n’est pas désagréable à entendre à condition sans doute que ce ne soit qu’une seule fois. Et elle accompagne plutôt bien cette pièce où vélocité et virtuosité des danseurs masquent l’inanité de l’écriture.

Cet intitulé aux sonorités vulgaires

Mais comme cela bondit, tourbillonne et galope, épaté par l’abattage des exécutants le public applaudit bien fort. Pas trop longtemps tout de même, comme s’il réalisait en son for intérieur que Red Carpet n’est au fond pas grand chose. C’est cet intitulé aux sonorités vulgaires (le mot carpette a pour nous des consonances fâcheuses) qui scelle la chorégraphie. Et l’on se demande pourquoi un titre en anglais pour un ouvrage commandé et financé par l’Opéra de Paris, conçu par un Israélien, exécuté par des danseurs français pour un public francophone. Comme si l’usage du français était chose ringarde, sinon déshonorante. Tapis rouge eut résonné avec plus d’élégance, de références flatteuses. Et de légitimité.


Red Carpet. Par le Ballet de l’Opéra de Paris. Opéra Garnier. Jusqu’au 14 juillet 2025.

La gauche mollah

0

Selon le grand homme de paix Jean-Luc Mélenchon, « l’agression de Nétanyahou contre l’Iran est inadmissible ».


LFI prend le parti de l’Iran, cela vous étonne ?
J’attends le pire de leur part, et leur dérive fascistoïde continue à me sidérer et m’inquiéter.
Je pensais que les Insoumis éviteraient prudemment de défendre un régime vomi par sa jeunesse. Et non !
Ils affirment que non, bien sûr, nous ne sommes pas pour ce régime. Mais déjà place de la République à Paris, des militants viennent bien proclamer leur soutien au pauvre petit Etat agressé par les sionistes-fascistes.

L’antisionisme, unique boussole politique de Mélenchon ?

Les Insoumis éructent contre Macron qui reconnaît le droit d’Israël à se défendre, braillent que c’est Israël qui a attaqué le premier, en oubliant que depuis 40 ans, l’Iran attaque continuellement des villes israéliennes par proxys interposés (cela s’appelle même l’axe de la résistance, et cela n’a qu’une raison sociale : la destruction d’Israël !) et qu’il est proche de la bombe nucléaire – l’AIEA l’a déclaré il y a quelques jours.

A lire aussi: Causeur #135: A-t-on le droit de défendre Israël?

L’unique boussole de Mélenchon, c’est sa haine de l’Etat juif. Il prétend qu’il n’est pas antisémite, chacun jugera à la liste de ses saillies facile à retrouver. Mais son « antisionisme » ressuscite les mêmes fantasmes de complot et stéréotypes que l’antisémitisme ancien. Quiconque défend Israël est ainsi le valet du Mossad ou du CRIF. C’est le Protocole de sages de Sion revisité. Le leader de l’extrême gauche s’intéresse aux victimes seulement quand les agresseurs sont juifs. Les Palestiniens tués par Assad ou les musulmans tués par toutes sortes d’autres régimes, il s’en fiche. Les Insoumis ont tambouriné sur la flottille pour Gaza, cette pantalonnade navale relookée en haut fait d’armes, mais concernant la flottille terrestre accueillie sans petits pains ni bouteilles d’eau à coups de pierres  en Egypte – et parfois de fouet -, silence.
Résultat, sympathisants ou responsables LFI pleurnichent pour un régime qui pend les homosexuels, voile les femmes et tue ses opposants. Elle a bonne mine la convergence des luttes.

Tout ce qui est excessif est insignifiant, non ?

Pas toujours, en politique. L’histoire est faite par des minorités déterminées. Les Insoumis et la jeunesse militante qu’ils agrègent ne sont pas seulement des révolutionnaires de salon. S’ils peuvent semer le chaos dans la rue et dans les esprits, le Grand soir n’est cependant pas pour demain. Mais ils embobinent la jeunesse des quartiers et celle des campus de sciences humaines. Et ils menacent physiquement leurs contradicteurs (M. Delogu vient de publier un tweet menaçant en direction de Jérôme Guedj), et mobilisent des foules certes petites mais fanatisées et effrayantes. Et il ne faut pas oublier ce mélenchonisme d’atmosphère dans nombre de rédactions de nos médias. Samedi matin sur France Inter, on nous expliquait que Netanyahou torpille la détente en cours. J’ai cru que c’était l’heure du comique.

Que la gauche fanatique adore des dictatures islamistes, c’est raccord avec son histoire. Mais jusqu’à ce que le PS baise la bague de Don Mélenchon, il existait une gauche de la liberté. C’est terminé.

A lire aussi, Gil Mihaely: Israël respecté !

Après avoir juré que Mélenchon, plus jamais, Olivier Faure envisage un rapprochement, avec l’alibi éternel de l’extrême droite dangereuse. Le Premier secrétaire du PS n’a d’ailleurs pas dit un mot sur l’Iran ce week-end. Sans doute ne veut-il pas aller jusqu’à soutenir les assassins de Mahsa Amini, mais il ne faudrait tout de même pas qu’il soit suspecté de dérive sioniste…


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

De l’euthanasie rentable au complotisme décomplexé

Je ne vous parlerai ni de l’entrisme islamiste, ni de l’interdiction du voile aux moins de 15 ans, encore moins du match entre Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez. Ce mois-ci, j’ai choisi l’euthanasie, le débat télévisé du chef de l’État et le complotisme d’Aymeric Caron… Sans oublier Béziers, bien sûr !


Pied dans la porte

La théorie du « pied dans la porte » est développée par le Pr Jean-Louis Touraine, médecin, ancien député et ardent défenseur de l’euthanasie. Le concept est simple : « Une fois qu’on aura mis le pied dans la porte, il faudra revenir tous les ans […]. Parce que dans la première loi, il n’y aura pas les mineurs, les maladies psychiatriques et même pas les maladies d’Alzheimer. Mais, dès qu’on aura au moins obtenu une loi pour ceux qui ont la maladie de Charcot […], on pourra étendre les choses en disant que ce n’est quand même pas normal qu’il y ait des malades [qui y ont droit] parce qu’ils ont telle forme de maladie et puis d’autres qui n’y ont pas droit. » Au Québec, l’euthanasie représente aujourd’hui plus de 7 % des décès. Et la question est désormais posée : sa légalisation, présentée au départ comme l’« ultime recours », ne serait-elle pas devenue l’alternative bien commode à un système de santé défaillant ? Certains vont même plus loin et se posent la question de l’euthanasie pour « raisons sociales, quand les gens n’ont pas les moyens financiers ». En France, et selon une enquête de la Fondapol, la loi qui vient d’être votée à l’Assemblée permettrait une économie de 1,4 milliard d’euros par an. À méditer…

Médusé

C’est évident, je ne suis absolument pas objective sur le sujet. Le sujet étant mon mari, Robert Ménard, face au Chef de l’État dans l’émission de TF1 le 13 mai dernier. Après presque deux heures de ronron sans beaucoup d’intérêt, le maire de Béziers aura pour le moins réussi à réveiller les téléspectateurs assoupis. Et surtout à parler au nom de ces gens ordinaires, « ceux qu’on n’entend pas, parce qu’ils ne protestent pas, qu’ils ne manifestent pas. Ceux qui paient leurs impôts. Ceux qui s’arrêtent au stop. Bref, ceux qui respectent les règles mais qui en prennent plein la gueule tous les jours. » Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a secoué le chef de l’État. Lequel a acquiescé à tout : d’accord pour donner plus de pouvoirs aux polices municipales ; d’accord pour louer des places de prison à l’étranger ; encore d’accord pour limiter l’immigration ; et d’accord enfin pour que les maires ne soient pas obligés de marier un étranger en situation irrégulière… Que ne l’a-t-il fait avant, depuis huit années qu’il est président de la République ? Nous ne le saurons probablement jamais. Je crois connaître suffisamment Robert pour savoir qu’il ne se réjouit pas d’avoir gagné le match face au président. Il s’inquiète plutôt de promesses une nouvelle fois sans lendemains. Car si Emmanuel Macron était médusé, les Français, eux, sont définitivement désabusés…

À lire aussi, Emmanuelle Ménard : Béziers: un olivier, et pas n’importe lequel

Is’Hac

Coup de tonnerre à Béziers. Le 6 mai dernier, Robert [Ménard] reçoit un appel téléphonique pour le prévenir que le petit Is’Hac, 14 ans, a été retrouvé pendu dans sa chambre. Il était scolarisé en 3e au collège de La Dullague. Un établissement qui est loin de m’être étranger, puisque j’ai été amenée à intervenir en sa faveur à de nombreuses reprises auprès des différents ministres de l’Éducation nationale lorsque j’étais député. J’ai même écrit à Brigitte Macron, excédée de n’avoir aucune réponse de Pap Ndiaye – que l’on disait son protégé –, à l’époque, qui avait l’air de se ficher comme d’une guigne de ce collège en difficulté… Depuis, un drame est arrivé. Le pire est arrivé. L’émotion et la colère suscitées par cette catastrophe ne retomberont pas de sitôt. La maman d’Is’Hac, que nous avons rencontrée à plusieurs reprises, a évoqué des faits de harcèlements depuis le CE2 à l’encontre de son fils. Certains enseignants, avec qui j’ai pu m’entretenir, estiment que la structure de l’établissement n’était pas à même d’accueillir dans de bonnes conditions cet élève au profil « atypique » et qu’ils n’étaient pas eux-mêmes formés à cet accueil. Je ne sais pas comment sa maman tient le coup. Une femme forte, admirable. Elle m’a expliqué qu’elle encourageait son fils à tenir bon face aux moqueries et aux sarcasmes, qu’au lycée, tout s’arrangerait. Il lui restait sept semaines à tenir…

Anna Politkovskaïa

Elle a été l’une des premières. Peut-être la première. La première à dénoncer les crimes de Vladimir Poutine. C’était il y a longtemps, en 1999. Anna Politkovskaïa était journaliste dans ce très beau journal russe, libre et indépendant, Novaïa Gazeta. Avant tout le monde, elle a compris ce qu’était le régime du président russe. Et n’a eu de cesse de décrypter le mécanisme infernal mis en place pour s’accaparer tous les pouvoirs. À partir de 2002, la vie d’Anna est devenue difficile, impossible. Elle a été arrêtée, puis relâchée. Ses enfants menacés. On a tenté de l’empoisonner. Mais elle n’a pas cédé.

Le samedi 7 octobre 2006, en fin d’après-midi, son corps a été retrouvé dans l’ascenseur de son immeuble à Moscou. Criblé de balles. Anna a été exécutée le jour de l’anniversaire de Poutine. Infâme ironie. À Béziers, le 27 mai dernier, à l’occasion de la journée nationale de la Résistance, nous avons inauguré un buste en la mémoire de ce petit bout de femme au courage d’acier qui n’a jamais baissé le regard. Hommage…

Complot juif

« Pendant que les propagandistes d’Israël truquaient le vote à l’Eurovision pour faire gagner leur candidat qui n’avait rien à y faire, leur armée tuait encore des innocents à Gaza », a écrit Aymeric Caron, député apparenté LFI sur X dans la nuit de samedi à dimanche 18 mai. Pour ceux qui n’auraient pas suivi, la candidate israélienne au concours de l’Eurovision 2025 est une rescapée du massacre du 7 octobre 2023 commis par le Hamas. Yuval Raphael a terminé à la deuxième place du concours musical en interprétant New Day Will Rise (« Un jour nouveau se lèvera »). Israël a remporté le vote du public sur l’ensemble des 38 pays votants. Aucun des 70 professionnels qui surveillaient les opérations de vote en direct n’a relevé la moindre anomalie. Mais Aymeric Caron a une obsession : colporter la haine des juifs et d’Israël. Triste sire.

Maximilien Friche ou la folle espérance d’un salut par le Verbe

0
Maximilien Friche © D.R.

Dans Fol, le nouveau roman de Maximilien Friche, l’amour chaste est à l’honneur. Mais c’est surtout, à travers cette passion impossible, un récit initiatique sur la vocation d’un écrivain et la manière dont la littérature peut habiter une vie, dans notre société contemporaine. 


Renaud a 16 ans. Il ne se sent pas tout à fait à sa place parmi ses condisciples, dans un prestigieux lycée de Toulouse. Alors il fait le malin, il provoque, il raconte des histoires, pour se distinguer de la plèbe. Il a assez de talent pour séduire Alix, une élève studieuse. Une de ces filles de bonne famille pour qui la route royale est déjà tracée. Sans doute qu’avec ce garçon, elle s’encanaille. Elle joue à se faire peur. On flirt avec le bizarre, mais on ne se donne pas à lui. Sa relation avec Renaud ne sera donc jamais consommée. Leur liaison existera par les lettres qu’ils s’échangent, jusqu’à leur rupture. Tout est à la fois vécu sur le mode du sublime et du grotesque. Néanmoins, Alix accomplit par là son rôle spirituel. Elle a dit à Renaud qu’il devrait écrire et c’est ce qu’il fera, en mémoire de leur amour avorté. Elle l’a baptisé par cette liaison désincarnée et pour toujours inassouvie. C’est l’infini de la ligne d’horizon planté dans la chair. La femme qui l’a engendré peut dès lors renaître en cette créature poétique qui va hanter Renaud. Elle lui a fait l’offrande de ces quelques scènes qu’il passera les années suivantes à essayer de réécrire. La vie figée dans une courte parenthèse entre l’enfance et l’âge adulte. L’existence n’est supportable qu’à la condition de n’être jamais vécue. Renaud sera donc écrivain.

Quoiqu’un écrivain qui ne s’accomplira peut-être jamais. Un écrivain dont la vocation semblera toujours à moitié exaucée, se disputant avec les obligations matérielles. Dans la deuxième partie du livre, en effet, à 45 ans Renaud est chef de cabinet, dans une entreprise, à Lyon. Sa situation professionnelle ne l’intéresse guère. Tout l’exaspère au dehors de son amour de ses seize ans. Son ancienne flamme est désormais la plaie autour de laquelle s’est enroulé son rêve intérieur. Le reste est enduré dans un sentiment de médiocrité, voire d’insignifiance.

A lire aussi : Terres d’enfance

Mais ce n’est pas simplement la vie matérielle qui est devenue fausse. La littérature aussi se révèle vulgaire. L’âge adulte, c’est passer de la pureté des intentions à la réalité sociale. Basculer de la foi des débuts aux obligations contingentes. Nous sommes hantés par un livre et voilà qu’on se gaspille. Nous n’achevons que la pâle copie de l’œuvre dont on brûlait. Pire, nous ne ratons pas même le sublime que l’on portait en nous, nous écrivons pour rien, pour briller, pour nous distinguer, encore une fois. Le Verbe devient inessentiel. On se perd pour une vague renommée qui n’atteint jamais à la reconnaissance. Et nous voilà obligés de naviguer dans un monde où la littérature se trouve rejetée à l’état de distraction, sinon de simple passe-temps. Le moi du romancier n’est plus seulement étouffé par le moi social, il en est corrompu jusqu’à la moelle. Et c’est de là l’Idéal qui pourrit de la tête au pied. 

Écrire aujourd’hui, pour Maximilien Friche, dans Fol, c’est donc avancer entre le risible et le sacré. Un rêve dont on ne sait jamais à quel point il est sincère. Ni quel sens il peut encore conserver. Au fond, on peut même se demander si le drame sentimental de Renaud ne se réduit pas à un mirage ou à une anecdote dérisoire. De l’insignifiance montée à l’état de regret pour se donner matière à délirer. Trouver une transcendance en toc dans un monde terriblement dépourvu d’absolu. Alors, tout l’amour idéalisé du personnage n’aura représenté, littéralement, qu’un prétexte. Et en ce sens, la littérature serait la recherche d’une existence enfin justifiée par la grandeur du verbe, au risque ne se réaliser que dans une sorte d’imposture. Mais malgré l’écueil, c’est bien ce à quoi invite Friche dans son livre. Rejouer sans cesse la blessure initiale, avec les vieux sentiments mille fois recuits, dans l’espoir que, justement, de ce ridicule, de cette humiliation du ratage, et sans être tout à fait dupe de nos ambiguïtés, on puisse en tirer, un jour, une œuvre sincère. Car peut-être existe-t-il dans la fausseté d’un amour perdu et à moitié inventé, une vérité inaccomplie, qui ne peut trouver son achèvement que transfigurée par la littérature. 

90 pages

Fol

Price: ---

0 used & new available from

La haine, un devoir international?

0
L'avocat suisse Marc Bonnant dans son bureau, à Genève, le 29 juillet 2014 © NIVIERE/SIPA Numéro de reportage : 00690309_000025

Dans un entretien récent, Marc Bonnant, le «Bossuet des tribunaux» affirme qu’il espère que le christianisme en Europe saura résister au temps, comme le judaïsme. Il ajoute : « Je ne suis pas juif, hélas, j’aurais voulu le devenir, mais c’était un peu compliqué… »


Marc Bonnant, un formidable avocat suisse, s’est livré dans un entretien au JDD[1] sur le mode brillamment réactionnaire et provocateur qui a toujours été le sien. J’ai eu le bonheur il y a plusieurs années de pouvoir dialoguer avec lui à Genève et ce fut un régal d’avoir la chance d’être parfois contredit par lui.

Inévitable

Questionné sur le christianisme et l’islam, il répond que « …l’islam est prosélyte et expansionniste. En France, il y a peut-être trop de honte dans le christianisme, trop de repentir, trop de repentance pour qu’il puisse faire face à un islam conquérant… » et il conclut son propos par un hommage au peuple juif « …qui mérite d’être honoré indépendamment de la question palestinienne ou de Gaza. Il suffit de regarder n’importe quelle bibliothèque pour mesurer la contribution du génie juif à notre civilisation. J’aime passionnément les juifs ».

A lire aussi: Derrière l’élection de Léon XIV: l’ascension de l’Amérique catholique

Tout en reconnaissant ce qu’il y a de pertinent dans cet enthousiasme, on n’est pas obligé de le pousser aussi loin. Il demeure cependant que, comme aujourd’hui il y a un antisémitisme compulsif de l’extrême gauche derrière l’antisionisme revendiqué, il y a à rebours une défense systématique d’Israël dans la plupart de ses entreprises guerrières, avec une admiration certaine pour plusieurs de ses hauts faits. Comme si l’incroyable capacité à la fois d’audace et de résistance de ce petit pays démocratique à l’existence toujours menacée permettait à beaucoup de satisfaire, par procuration, une haine internationale ciblée.

En tout cas c’est le sentiment qui m’habite. La haine n’est pas à recommander sur le plan humain mais dans le domaine géopolitique, elle peut apparaître presque comme inévitable. Il y a un tel degré de malfaisance, de cruauté, de cynisme et de mauvaise foi dans la conduite de quelques personnalités et régimes, que la simple contestation politique est dépassée au profit d’un extrémisme de l’hostilité, qui mue le champ international en une exécration humaine contre laquelle on n’a aucune envie de résister. Bien au contraire.

Je ne suis pas diplomate de profession

J’ai attendu avec impatience que Vladimir Poutine paie l’invasion de l’Ukraine et les crimes multiples que sa dictature sans limite ni morale a perpétrés. Et il a osé se proposer comme médiateur entre l’Iran et Israël!

Mais je crains fort que mon espérance ne soit déçue et que le président Trump, de moins en moins Matamore et de plus en plus sur le recul, ne puisse pas faire bouger d’un pouce l’ordre international. Je n’ai pas honte pourtant de cette haine à l’égard de Poutine et toutes les considérations des experts noyant les culpabilités sous les analyses n’y pourront rien changer.

A lire aussi, Noémie Halioua : La guerre des juifs

Je hais également le régime des mollahs et l’ayatollah Ali Khamenei cherchant à se mettre de plus en plus à l’abri des frappes israéliennes qui ont déjà décimé une part de la hiérarchie politique et militaire iranienne. La riposte inévitable de l’Iran a tué un certain nombre d’Israéliens mais il semble que l’initiative préventive d’Israël pour empêcher une « Shoah nucléaire » soit globalement couronnée de succès.

À supposer que la finalité ultime de ces ciblages renouvelés et organisés de longue date ne soit pas l’éradication de cette dictature intégriste étouffant le grand peuple iranien sous des injonctions de plus en plus rejetées. Chaque jour démontre, en réalité, cette ambition purificatrice dont, si elle parvenait à son terme, Israël serait secrètement ou officiellement félicité.

J’aime cet État d’Israël qui m’autorise, avec une satisfaction dont je ne méconnais pas le caractère indécent, à me réjouir de l’affaiblissement et de la chute programmée d’une caste n’ayant pas lésiné sur les exécutions et le sang des opposants. Le régime iranien a ma haine comme Poutine.

Loin de m’attrister sur mon éthique personnelle, cette haine que j’éprouve est comme un devoir international. Je laisse volontiers aux diplomates et aux experts les calculs et les froideurs.


[1] https://www.lejdd.fr/Societe/marc-bonnant-notre-epoque-celebre-le-deracinement-159222

Mélenchon devenu un «salopard d’antisémite»…

0
Le député de l'Essonne Jérôme Guedj, Nancy, 14 juin 2025 © ISA HARSIN/SIPA

Samedi 13 juin, à la tribune du congrès du Parti socialiste, Jérôme Guedj a violemment attaqué Jean-Luc Mélenchon, le qualifiant de « salopard antisémite ». En réponse, Jean-Luc Mélenchon a exigé hier des excuses officielles de la part du PS. Pendant ce temps, Olivier Faure et Nicolas Mayer-Rossignol se sont affrontés sur la stratégie à adopter vis-à-vis de La France insoumise, dans l’éventualité de législatives anticipées. Incapables de s’accorder sur un texte de synthèse, les deux camps sont finalement repartis dos à dos.


Ce n’est pas Causeur qui le dit mais Jérôme Guedj, naguère proche parmi les proches du matamore islamolâtre. Cet anathème, il le lance depuis la tribune du congrès du Parti socialiste qui se tenait ce week-end à Nancy, non pas dans l’arrière-salle du Café du Commerce qui aurait largement suffi, mais ailleurs, dans un lieu d’un standing plus flatteur.

Le congrès des cœurs brisés

« J’ai une meurtrissure profonde terrible à dire devant ce congrès que, pour la première fois de ma vie, j’ai dû dire de l’homme que j’ai aimé profondément qu’il est devenu un salopard d’antisémite, avec des propos qui sont pour nous absolument insoutenables », a donc lancé l’orateur, ouvrant noblement son cœur. Cœur blessé, de toute évidence. On n’est pas loin des termes si douloureux du dépit amoureux. Il est vrai que la politique est parfois – aussi – affaire de passion.

La rupture est intervenue à la suite du pogrom du 7 octobre 2023 perpétré par le Hamas contre les populations civiles d’Israël (pudiquement – hypocritement devrais-je dire – qualifié de simple « attaque » ce dimanche encore par Le Monde et l’AFP).

« Quand je dis à Jean-Luc Mélenchon qu’il n’est pas possible et souhaitable de défendre la revendication de la Palestine de la mer à la rivière, argumente le parlementaire, je défends la position historique des socialistes, notamment celle de François Mitterrand à la Knesset en 1982 (…) Et à ce moment-là, je deviens le sioniste génocidaire pour Jean-Luc Mélenchon et les siens ».

A lire aussi: Il était un petit navire…

On se souvient des propos effectivement tenus par le chef suprême des Insoumis, accusant son ex-ami et étroit collaborateur d’être un « lâche, de cette variété humaine que l’on connaît tous, les délateurs (…) L’intéressant est de le voir s’agiter autour du piquet où le retient la laisse de ses adhésions », ajoutait-il, féroce.

En d’autres termes, Guedj ne serait pas, lui, une conscience libre exprimant ses propres convictions et opinions, mais un roquet en laisse, un pleutre sous influence.

Qui ? Qui ?

Ce thème-là a manifestement ces temps-ci la faveur de l’imprécateur. Il l’a repris avec délectation et emphase ce 11 juin au pupitre d’un meeting à Rouen alors qu’il évoquait la galéjade du mouille-cul de la paix où étaient embarquées Rima Hassan et Greta Thunberg pour le trophée, si âprement convoité, de celle qui pourra s’auréoler de la plus reluisante vertu woko-progressiste du monde.

« Tous ceux que vous aurez entendu parler de croisière, tonne Chef Jean-Luc, ont récité des éléments de langage qui leur ont été distribués. Demandez-vous si c’est seulement l’ambassade d’Israël qui les leur a donnés ou si c’est aussi d’autres. » Là encore, seuls des êtres en laisse, des « cervelles fatiguées » (sic) et manipulées peuvent, selon lui, s’exprimer de la sorte. La bonne vieille théorie de la manipulation sans frontières, du complot planétaire en mode Protocole des Sages de Sions n’est pas loin. Une force obscure – et juive, cela va sans dire – serait à la manœuvre.

Vilaines figures

Puis le même d’ajouter, menaçant : « Jeunes gens, rappelez-vous leurs noms, regardez leur vilaine figure ! » Là, on croit entendre l’inimitable Fouquier-Tinville. On perçoit en fond sonore le terrifiant leitmotiv révolutionnaire, de 93 sans doute mais aussi de toutes les fureurs du même tonneau : « Il ne suffit pas de dire que des têtes vont tomber ! Il faut dire lesquelles ! » Des noms, il faut des noms. Les noms de ceux dont, le moment venu, le sang (impur, forcément impur) abreuvera nos sillons. La version Terreur à la Robespierre du don du sang, si l’on veut. Donc, connaître et retenir les noms n’est pas qu’un détail, c’est la base même du job. Ne nous y trompons pas.

A lire aussi: Ardisson, Gaza, la pensée mondaine et ses effets débilitants

Tout cela n’est guère nouveau, en effet. Et Jérôme Guedj n’est en fait que l’agneau utile de Mélenchon. La victime sacrificielle idéale. Idéale parce qu’elle concentre les deux pôles d’exercice de la violence révolutionnaire. Violence interne reposant sur la constante et nécessaire dénonciation de saboteurs, de traîtres, de « délateurs ». Cette terreur d’appareil qui sert à justifier les purges pour tout motif, à commencer par la suspicion de tiédeur idéologique. Violence dirigée vers l’extérieur également. Traditionnellement en direction du Juif. Là, encore un grand classique. Une seule référence historique : lorsque Staline voit sa toute-puissance quelque peu écornée – n’aura-t-il pas alors ce mot extraordinaire : « Tout est fini : je ne me fais même plus confiance à moi-même ! – lorsqu’il sent son trône vaciller sous ses fesses de Petit Père des Peuples, disais-je c’est un complot juif qu’il va inventer de toutes pièces pour tenter de faire diversion et se remettre en selle. Le célèbre faux complot des Blouses Blanches, qu’il me semble bien avoir évoqué ici-même.

Bref, ce sont toujours les mêmes pratiques éculées, les mêmes aberrations mentales, l’instrumentalisation du même vertige irrationnel saturé de haine, qui sont convoqués au tribunal révolutionnaire. Et cela, à d’infimes variantes près, selon la même rhétorique, la même dialectique. Surtout, au fond dans les mêmes termes… À se demander qui peut bien les distribuer dans les cervelles fatiguées des Mélenchon et affidés, ces pathétiques éléments de langage répétés à l’envi ?

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

Price: ---

0 used & new available from

Ce que le réel révèle: la fracture, la peur, le déni — ou l’insoutenable légèreté de l’élite française

0
DR.

Séparatisme. La France est entrée dans l’ère du mensonge poli, où les mots sont devenus suspects.


Il y a dans le regard que la France porte sur elle-même quelque chose d’exténué, de trouble, comme si, à force de nier le réel, elle avait fini par s’exiler d’elle-même.

La surdité tranquille

Depuis des décennies, les classes populaires — cette France périphérique que l’on ne nomme plus que pour s’en prémunir — cherchent à dire quelque chose, à articuler une plainte sourde, un cri contenu, un refus d’être reléguées à l’invisible. Leur voix, trop longtemps tenue pour vulgaire ou dangereuse, s’est portée sur un vote que l’on dit « extrême », faute de mieux, mais qui n’est que le dernier refuge d’une parole qui ne trouve plus d’asile dans les salons républicains.

Ce vote n’est ni nostalgique ni haineux, pas plus qu’il n’est le symptôme d’une quelconque pathologie morale : il est d’abord un appel à la reconnaissance. Mais les élites, qui vivent hors-sol, dans une République désincarnée, n’ont voulu y voir qu’une rechute du Mal. Elles ont disqualifié, injurié, psychiatrisé — tout ce qui permet d’éviter d’écouter. La sociologie, devenue prêche idéologique, s’est érigée en douane morale, rejetant toute inquiétude populaire au rang de préjugé, toute angoisse identitaire au rang de xénophobie.

Ainsi s’est installée une surdité tranquille. On s’est moqué du « sentiment d’insécurité ». On a ri, dans les amphis et les chaînes publiques, de ceux qui voyaient leur quartier changer de visage, leur langue devenir étrangère, leur culture minoritaire. La peur, pourtant fondée, a été traitée comme une faute. Et le réel, ce réel que la littérature n’a jamais cessé d’habiter, fut relégué dans l’indicible.

Nouvelle morale

La gauche, ivre de sa morale post-coloniale, s’est enfermée dans une grille de lecture binaire, brutale, presque théologique : les dominés ont raison, les dominants ont tort. Cette foi aveugle a engendré une lâcheté nouvelle — celle qui, au nom du Bien, refuse de voir le Mal. L’islamisme, pourtant quotidien, palpable, n’était qu’une « invention médiatique ». Le voile n’était pas un symptôme mais une « liberté ». La République n’était plus qu’un mot, vidé de sa substance, réduit à quelques incantations sans force.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: La gauche mollah

Plus grave encore : certains ont pactisé. La France Insoumise, par électoralisme ou par fascination pour l’Autre, a cédé aux sirènes du communautarisme, trahissant la laïcité au nom d’un peuple fantasmatique. Ce n’est plus seulement un aveuglement : c’est une complicité tranquille, un renoncement travesti en courage.

Et pendant ce temps, une partie des élites juives françaises, pétrie de mémoire, hantée par les spectres du XXe siècle, n’a vu dans la montée du RN qu’un retour du passé. Leur peur, si compréhensible soit-elle, les a enfermées dans un antiracisme désincarné, devenant parfois les otages involontaires d’un discours qui nie les nouvelles formes de haine — celles qui ne viennent pas de l’extrême droite, mais des franges radicalisées d’un islam politique conquérant.

Les mots deviennent suspects

Nous vivons une ère du mensonge poli. La violence, le repli, la sécession territoriale ne sont plus des fantasmes : ce sont des réalités, perceptibles par tous ceux qui n’ont pas le luxe de les fuir. Mais les mots, eux, sont devenus suspects. Dire, c’est déjà trahir.

Alors la confiance se délite. Le peuple, abandonné, se retire dans un silence lourd, ou dans un vote que l’on appelle « populiste » pour ne pas dire « désespéré ». Ce ne sont pas les partis extrêmes qui minent la démocratie : c’est l’abandon du réel, la peur de nommer, l’extinction du courage.

George Orwell, ce pessimiste lucide, l’avait vu venir : les élites, lorsqu’elles préfèrent l’idéologie à l’expérience, deviennent ennemies du peuple. Nous y sommes. Et c’est pourquoi la fracture n’est pas simplement politique : elle est existentielle. Elle dit le divorce entre ceux qui vivent le réel et ceux qui l’exècrent.

Il faut, non pas réenchanter le monde, comme le répètent les poètes subventionnés, mais réapprendre à nommer. A regarder ce qui est, non ce qu’on voudrait qu’il soit. Et cela suppose une parole débarrassée de ses fictions morales, une parole nue, risquée, — la seule qui puisse encore rassembler ceux qui le peuvent.

Jean-Luc Mélenchon, un intellectuel qui se trompe…

0
Victor Hugo et Rima Hassan © D.R. © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Notre chroniqueur relève chez le leader de la France Insoumise une posture d’intellectuel peu reluisante, qui lui fait penser à celle récemment mise en lumière par Samuel Fitoussi dans son ouvrage Pourquoi les intellectuels se trompent. Enfermé dans sa propre fiction politique, le chef de file de l’extrême gauche semble chaque jour s’enfoncer davantage — jusqu’à oser comparer Rima Hassan à Victor Hugo !


Jean-Luc Mélenchon, le gourou de La France Insoumise, m’est toujours apparu, depuis qu’il a dépouillé sa défroque conventionnelle de socialiste et d’admirateur éperdu de François Mitterrand, comme une personnalité à double-face : l’extrémiste jouant à la révolution et l’intellectuel qui théorise. Il me semble que les absurdités du premier lui sont souvent pardonnées grâce à la prime donnée au second.

LFI se ridiculise

Quand Jean-Luc Mélenchon ose comparer le retour de Rima Hassan en France à Victor Hugo revenant de Guernesey, il devrait nous faire exploser de rire ou nous étouffer d’indignation. Si on s’est moqué de lui et de son tweet, c’est peu par rapport à ce qu’une telle insanité aurait dû susciter qui dévoie la vie politique, l’écrivain emblématique et ses combats partie intégrante de la légende de notre pays.

Comble d’indécence qui ose comparer cette équipée touristique de quelques heures à peine entravée par une nation démocratique avec le destin exceptionnel d’un géant. Décidément LFI manque d’une qualité essentielle que l’affrontement des oppositions et le heurt des idéologies ne devraient pas supprimer : le sens du ridicule.

Je me suis penché sur cet épisode burlesque et la leçon grotesque qu’en a tirée Jean-Luc Mélenchon parce que j’ai été inspiré par Samuel Fitoussi dont le dernier livre : Pourquoi les intellectuels se trompent, dénonce « les mécanismes sociaux, culturels et cognitifs qui conduisent les intellectuels à l’aveuglement… ».

À lire aussi : Mélenchon devenu un «salopard d’antisémite»…

George Orwell n’avait-il pas écrit « que certaines idées sont tellement absurdes que seuls les intellectuels peuvent y croire » ? Pour Samuel Fitoussi « non seulement l’intelligence ne protège pas de l’erreur mais elle peut y prédisposer ».

Un intellectuel est voué à dépeindre la réalité comme un enfer

À dire vrai, avant d’avoir pu écouter et questionner Samuel Fitoussi sur le plateau de Midi News sur CNews, j’avais seulement été un lecteur assidu de ses chroniques souvent hilarantes du lundi dans Le Figaro, dont une merveille amère et sarcastique, malheureusement plausible, de la soirée du 31 mai, pastiche de Mediapart.

Sur CNews j’avais eu tendance à minimiser le caractère novateur de son ouvrage – je ne l’avais pas encore lu – parce qu’il me paraissait s’inscrire dans la lignée d’un chef-d’oeuvre, L’Opium des intellectuels, dans lequel Raymond Aron pourfendait avec brio les intellectuels et les philosophes de gauche et d’extrême gauche saisis par le marxisme. Or, par certains côtés, l’ouvrage de Samuel Fitoussi va plus loin, déborde le cadre purement idéologique et montre comme la qualité d’intellectuel et le statut d’excellence qui lui est donné par principe en France constituent presque structurellement des opportunités pour les erreurs, les préjugés, les partialités, les occultations du réel et une vision implacablement misérabiliste et hémiplégique de la société où les riches et les puissants sont stigmatisés, la lutte des classes encensée et la révolution détestée autant que le réformisme est méprisé.

À lire aussi : La gauche mollah

Ce qui est très éclairant dans la réflexion de Samuel Fitoussi est qu’elle s’appuie sur un certain nombre de travaux scientifiques et sociologiques dont les conclusions sont unanimes : un intellectuel est voué à dépeindre la réalité comme un enfer pour justifier ainsi le rôle qu’il se prête – devenir le justicier qu’on espérait pour rénover de fond en comble une société insupportable. S’il la voyait, il ne pourrait plus l’annoncer !

Si les intellectuels ne se trompaient pas et prenaient l’existence collective comme elle est, sans enlever la complexité des choses et des êtres, leur rôle serait moindre. Il y a dans l’approche de Samuel Fitoussi une sorte de compréhension résignée à leur égard : il faut leur pardonner car à quelques exceptions près (Orwell et Aron par exemple) ils ne pouvaient faire autrement. Jean-Paul Sartre et surtout Simone de Beauvoir sont de parfaites illustrations de cette cécité internationale.

Je ne fais donc pas un rapprochement incongru avec Jean-Luc Mélenchon quand j’appréhende une part de celui-ci comme celle d’un intellectuel qui, ayant quitté le terrain solide du fait et des contraintes, s’acharne à les nier pour se livrer à des fulgurances souvent odieuses mais couvertes par une immunité spécifique : pour nous faire espérer le grand soir, il faut bien que le jour il ne voie rien !

MeTooMuch ?

Price: ---

0 used & new available from

Pourquoi les intellectuels se trompent

Price: ---

0 used & new available from

Bienvenue aux visages pâles

0
© CNP/AdMedia/SIPA

Fuyant l’insécurité et les politiques de redistribution foncière en Afrique du Sud, des Afrikaners trouvent refuge aux États-Unis. Un exil diversement commenté, entre nostalgies coloniales, accusations de racisme inversé et récupération politique


Alors que Donald Trump a déclaré la guerre aux migrants, des réfugiés d’un genre nouveau ont atterri aux États-Unis : les Afrikaners. Traditionnellement experts en agriculture, ces descendants de colons hollandais ont été pris sous l’aile du président américain.

Terre promise

À l’origine de cette vague de migrants pas comme les autres, une loi d’expropriation de terrains votée par le gouvernement de l’ANC (Congrès national africain) le 23 janvier et qui fait craindre à ses détracteurs des expropriations de fermiers blancs sans compensations. Si l’accusation, forgée par Elon Musk et reprise par Trump, d’un « génocide des Blancs » est démentie par AfriForum, principale organisation de défense des Afrikaners, le fait est qu’une partie de ces quelque 3 millions de descendants de pionniers ne se sent plus à sa place dans l’Afrique du Sud contemporaine : outre la criminalité, le taux de chômage des actifs est de 32 %, les services publics s’effondrent et les citoyens se plaignent de payer beaucoup d’impôts.

À lire aussi, Dominique Labarrière : État mental délabré. Et ta sœur ! répond Trump

L’Amérique de Trump a donc des airs de terre promise et le lundi 12 mai, 49 « réfugiés » sont arrivés par charter à Washington. Ces migrants à la peau claire et volontiers vêtus comme des « rednecks » seront-ils accueillis à bras ouverts par les associations de défense des migrants ? On peut en douter, car outre le crime d’être dans les petits papiers de Trump, qui a signé une ordonnance permettant « la réinstallation des réfugiés afrikaners fuyant la discrimination raciale parrainée par le gouvernement », ils sont souvent perçus comme des nostalgiques de l’apartheid.

Il en faudra plus pour les assommer. Entre 1835 et 1840, près de 14 000 d’entre eux fuyaient l’impérialisme anglais au Cap pour aller peupler, en caravane et avec leur bétail, le nord et l’est de l’Afrique du Sud, un exode nommé le « Grand Trek ». Le 21 mai, Ramaphosa a réclamé du Starlink et des drones auprès de Trump pour lutter contre l’insécurité. Pas sûr que ça fasse revenir les 49 Afrikaners au bercail.

Israël contre l’islamisme: un réveil pour la France endormie?

0
Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, image d'archives © Gabrielle CEZARD/SIPA

Selon notre chroniqueur, la lucidité d’Israël contraste avec l’aveuglement de la France


Message pour les Français inquiets : un peuple qui ne veut pas disparaître ne peut continuer à somnoler. Israël donne l’exemple en s’attaquant, depuis vendredi, au régime apocalyptique des mollahs iraniens et à ses sites nucléaires.

Téhéran, 13 juin 2025 © Vahid Salemi/AP/SIPA

Menace existentielle

Certes, la menace existentielle qui pèse sur l’État hébreu est physiquement plus grave que celle qui rode sur la France ouverte et oublieuse d’elle-même. Cependant, la sous-évaluation des vulnérabilités nationales est la même. « On s’est endormis », m’avait expliqué un responsable du renseignement militaire, rencontré à Tel Aviv après le pogrom du 7 octobre 2023. Depuis, le Hamas et le Hezbollah ont été mis KO par Tsahal et le Mossad, et avec eux Daesch et l’État islamique. Un sort similaire semble promis aux ayatollahs qui, depuis 1979, rêvent d’anéantir le paria satanisé. La bombe nucléaire, dont l’Agence internationale de l’énergie atomique a confirmé jeudi qu’elle était à portée de main, est l’instrument d’épuration de cette théocratie irrationnelle. De ce point de vue, la complaisance avec l’islamisme dingo se confirme quand Le Monde écrit, samedi, que la menace existentielle ne serait qu’une « idée fixe » de Benyamin Netanyahou, résultat de sa « conviction messianique ». Gilles Kepel s’est pareillement laissé aller à ce raisonnement paresseux (Le Figaro, samedi) en réduisant la stratégie du Premier ministre à une « fuite en avant pour sauver son poste ».

A lire aussi, Gil Mihaely: Israël respecté!

Netanyahou aura à s’expliquer pour n’avoir pas vu venir le 7-Octobre. Mais lui reprocher de protéger son pays de la dictature islamique est une lâcheté. La chute des mollahs serait une superbe victoire dont bénéficieraient les Iraniens oppressés et le monde libre pusillanime.

Moralisme capitulard

Les dirigeants français ont-ils cette même vitalité ? Hélas, non.

Cinquante ans de tyrannie du politiquement correct, ce moralisme capitulard construit sur le rejet du conflit et la quête de l’apaisement, ont désarmé les « élites » confrontées à cette même conquête islamiste. L’angélisme de l’indifférenciation des cultures reste leur religion. Si Jean-Noël Barrot reconnait (sur RTL, dimanche) que le projet nucléaire iranien est « une menace existentielle pour Israël mais aussi pour la sécurité européenne », le ministre des Affaires étrangères préfère appeler à la « retenue » et à la reconnaissance d’un Etat palestinien – « dynamique inarrêtable » lancée Emmanuel Macron -, dans une flatterie non assumée de la « rue arabe ». En revanche, Barrot attise les feux en Ukraine en assurant que la Russie « présente un danger de vie ou de mort ». Jean-Luc Mélenchon n’a pas ces pudeurs ni ces incohérences quand il réclame, vendredi, l’arrestation de Netanyahou et dénonce son « agression militaire » contre l’Iran. À ce stade reconnaissons à Israël, au-delà de sa résistance acharnée, d’avoir dévoilé la pleutrerie des uns, la soumission des autres devant le totalitarisme de la charia. Elle impose en Iran un ordre stalinien. Son sectarisme attire, avec LFI, les nostalgiques de la schlague. Sa judéophobie convainc ceux qui, également à droite, veulent voir mordicus dans la démocratie israélienne un « sionisme génocidaire » protégé par un lobby. « Mélenchon est un salopard antisémite », a pourtant accusé samedi le député PS, Jérôme Guedj, devant le congrès du PS[1]. Heureusement, le courage peut renaître. Même à gauche…


[1] https://www.causeur.fr/melenchon-devenu-un-salopard-d-antisemite-311620

«Red Carpet»: l’écrin vaut mieux que le joyau…

0
RED CARPET, Hofesh Shechter © Julien Benhamou OnP

À l’Opéra de Paris, des interprètes remarquables au service d’une chorégraphie vide.


Des danseurs magnifiques défendant leurs rôles avec cette rage de bien faire qui porte à l’excellence ; des lumières somptueuses jouant entre la couleur du sang et celle du deuil et se frayant un passage dans une obscure clarté parfaitement irréelle ; un jeu complexe de lourds rideaux grenat qui morcelle le spectacle en cent séquences d’inégales durées et définit des espaces immenses ou resserrés jusqu’à l’étouffement. Et pour tout élément de décor, un lustre unique, mais monumental et portant mille feux, bien fait pour rappeler que l’on est ici à l’Opéra de Paris, le vrai, celui de Napoléon III. Dans cette pièce signée par l’Israélien Hofesh Shechter, tout est remarquablement sophistiqué, tout… sauf la chorégraphie qui est d’un vide abyssal.

Noceurs décadents

Certes elle est spectaculaire, cette chorégraphie qui fait penser, et ne fait penser à rien d’autre qu’une soirée dansante entre noceurs décadents. Elle exige de la part de ses interprètes, 13 danseurs du Ballet de l’Opéra de Paris, un engagement sans faille tant ce travail de groupe, ces ensembles mouvants et sinueux doivent être périlleux à exécuter en bonne intelligence, tant le rythme en est diabolique, les contorsions des corps infernales alors que les bras sont devenus serpents et que les mains sont métamorphosées en flammes.

Mais, de bout en bout, la gestuelle semble ne pas évoluer. Ou plus exactement, elle paraît obéir inlassablement aux mêmes procédés. L’agitation n’en masque pas la vacuité.

A lire aussi: De sexe et d’âme

Elle ennuie à force d’uniformité. Et quand bien même il ne dure qu’un peu plus d’une heure, le spectacle apparaît comme interminable.

Hofesh Shechter lance les danseurs dans une tempête de mouvements sans d’autre motif que d’occuper l’espace et de vous en mettre plein la vue. Et ce n’est pas l’épais programme édité par l’Opéra et ses commentaires savants qui parviennent à donner de l’épaisseur à un ouvrage qui en manque absolument.  

L’inanité de l’écriture

Une fois encore, et c’est vraiment dans l’air du temps, on se retrouve confronté à un ouvrage bien ficelé, accompagné de lumières somptueuses, travaillées avec un art consommé par l’éclairagiste Tim Visser, et qui semblent être le clou du spectacle ; à des costumes élégants, mais sans caractère aucun, à l’exception d’une redingote délirante, des robes du soir, des tenues parfaitement taillées, mais ne dégageant strictement rien d’intéressant pour le théâtre. Toutefois ils sont signés par la maison Chanel ce qui fait office de sésame dans une société qui adule les marques de luxe et pour qui en porter est une fin en soi.      

La musique, où l’on sent des réminiscences du Moyen-Orient, a été composée par le chorégraphe lui-même. Exécutée par deux instruments à cordes, un instrument à vent et une batterie juchés dans le lointain de la scène, hurlante parfois comme il se doit, elle n’est pas désagréable à entendre à condition sans doute que ce ne soit qu’une seule fois. Et elle accompagne plutôt bien cette pièce où vélocité et virtuosité des danseurs masquent l’inanité de l’écriture.

Cet intitulé aux sonorités vulgaires

Mais comme cela bondit, tourbillonne et galope, épaté par l’abattage des exécutants le public applaudit bien fort. Pas trop longtemps tout de même, comme s’il réalisait en son for intérieur que Red Carpet n’est au fond pas grand chose. C’est cet intitulé aux sonorités vulgaires (le mot carpette a pour nous des consonances fâcheuses) qui scelle la chorégraphie. Et l’on se demande pourquoi un titre en anglais pour un ouvrage commandé et financé par l’Opéra de Paris, conçu par un Israélien, exécuté par des danseurs français pour un public francophone. Comme si l’usage du français était chose ringarde, sinon déshonorante. Tapis rouge eut résonné avec plus d’élégance, de références flatteuses. Et de légitimité.


Red Carpet. Par le Ballet de l’Opéra de Paris. Opéra Garnier. Jusqu’au 14 juillet 2025.

La gauche mollah

0
Tel Aviv, 16 juin 2025 © Leo Correa/AP/SIPA

Selon le grand homme de paix Jean-Luc Mélenchon, « l’agression de Nétanyahou contre l’Iran est inadmissible ».


LFI prend le parti de l’Iran, cela vous étonne ?
J’attends le pire de leur part, et leur dérive fascistoïde continue à me sidérer et m’inquiéter.
Je pensais que les Insoumis éviteraient prudemment de défendre un régime vomi par sa jeunesse. Et non !
Ils affirment que non, bien sûr, nous ne sommes pas pour ce régime. Mais déjà place de la République à Paris, des militants viennent bien proclamer leur soutien au pauvre petit Etat agressé par les sionistes-fascistes.

L’antisionisme, unique boussole politique de Mélenchon ?

Les Insoumis éructent contre Macron qui reconnaît le droit d’Israël à se défendre, braillent que c’est Israël qui a attaqué le premier, en oubliant que depuis 40 ans, l’Iran attaque continuellement des villes israéliennes par proxys interposés (cela s’appelle même l’axe de la résistance, et cela n’a qu’une raison sociale : la destruction d’Israël !) et qu’il est proche de la bombe nucléaire – l’AIEA l’a déclaré il y a quelques jours.

A lire aussi: Causeur #135: A-t-on le droit de défendre Israël?

L’unique boussole de Mélenchon, c’est sa haine de l’Etat juif. Il prétend qu’il n’est pas antisémite, chacun jugera à la liste de ses saillies facile à retrouver. Mais son « antisionisme » ressuscite les mêmes fantasmes de complot et stéréotypes que l’antisémitisme ancien. Quiconque défend Israël est ainsi le valet du Mossad ou du CRIF. C’est le Protocole de sages de Sion revisité. Le leader de l’extrême gauche s’intéresse aux victimes seulement quand les agresseurs sont juifs. Les Palestiniens tués par Assad ou les musulmans tués par toutes sortes d’autres régimes, il s’en fiche. Les Insoumis ont tambouriné sur la flottille pour Gaza, cette pantalonnade navale relookée en haut fait d’armes, mais concernant la flottille terrestre accueillie sans petits pains ni bouteilles d’eau à coups de pierres  en Egypte – et parfois de fouet -, silence.
Résultat, sympathisants ou responsables LFI pleurnichent pour un régime qui pend les homosexuels, voile les femmes et tue ses opposants. Elle a bonne mine la convergence des luttes.

Tout ce qui est excessif est insignifiant, non ?

Pas toujours, en politique. L’histoire est faite par des minorités déterminées. Les Insoumis et la jeunesse militante qu’ils agrègent ne sont pas seulement des révolutionnaires de salon. S’ils peuvent semer le chaos dans la rue et dans les esprits, le Grand soir n’est cependant pas pour demain. Mais ils embobinent la jeunesse des quartiers et celle des campus de sciences humaines. Et ils menacent physiquement leurs contradicteurs (M. Delogu vient de publier un tweet menaçant en direction de Jérôme Guedj), et mobilisent des foules certes petites mais fanatisées et effrayantes. Et il ne faut pas oublier ce mélenchonisme d’atmosphère dans nombre de rédactions de nos médias. Samedi matin sur France Inter, on nous expliquait que Netanyahou torpille la détente en cours. J’ai cru que c’était l’heure du comique.

Que la gauche fanatique adore des dictatures islamistes, c’est raccord avec son histoire. Mais jusqu’à ce que le PS baise la bague de Don Mélenchon, il existait une gauche de la liberté. C’est terminé.

A lire aussi, Gil Mihaely: Israël respecté !

Après avoir juré que Mélenchon, plus jamais, Olivier Faure envisage un rapprochement, avec l’alibi éternel de l’extrême droite dangereuse. Le Premier secrétaire du PS n’a d’ailleurs pas dit un mot sur l’Iran ce week-end. Sans doute ne veut-il pas aller jusqu’à soutenir les assassins de Mahsa Amini, mais il ne faudrait tout de même pas qu’il soit suspecté de dérive sioniste…


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

De l’euthanasie rentable au complotisme décomplexé

0
Macron débat avec Robert Ménard sur TF1 le 13 mai 2025 © Capture d’écran TF1

Je ne vous parlerai ni de l’entrisme islamiste, ni de l’interdiction du voile aux moins de 15 ans, encore moins du match entre Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez. Ce mois-ci, j’ai choisi l’euthanasie, le débat télévisé du chef de l’État et le complotisme d’Aymeric Caron… Sans oublier Béziers, bien sûr !


Pied dans la porte

La théorie du « pied dans la porte » est développée par le Pr Jean-Louis Touraine, médecin, ancien député et ardent défenseur de l’euthanasie. Le concept est simple : « Une fois qu’on aura mis le pied dans la porte, il faudra revenir tous les ans […]. Parce que dans la première loi, il n’y aura pas les mineurs, les maladies psychiatriques et même pas les maladies d’Alzheimer. Mais, dès qu’on aura au moins obtenu une loi pour ceux qui ont la maladie de Charcot […], on pourra étendre les choses en disant que ce n’est quand même pas normal qu’il y ait des malades [qui y ont droit] parce qu’ils ont telle forme de maladie et puis d’autres qui n’y ont pas droit. » Au Québec, l’euthanasie représente aujourd’hui plus de 7 % des décès. Et la question est désormais posée : sa légalisation, présentée au départ comme l’« ultime recours », ne serait-elle pas devenue l’alternative bien commode à un système de santé défaillant ? Certains vont même plus loin et se posent la question de l’euthanasie pour « raisons sociales, quand les gens n’ont pas les moyens financiers ». En France, et selon une enquête de la Fondapol, la loi qui vient d’être votée à l’Assemblée permettrait une économie de 1,4 milliard d’euros par an. À méditer…

Médusé

C’est évident, je ne suis absolument pas objective sur le sujet. Le sujet étant mon mari, Robert Ménard, face au Chef de l’État dans l’émission de TF1 le 13 mai dernier. Après presque deux heures de ronron sans beaucoup d’intérêt, le maire de Béziers aura pour le moins réussi à réveiller les téléspectateurs assoupis. Et surtout à parler au nom de ces gens ordinaires, « ceux qu’on n’entend pas, parce qu’ils ne protestent pas, qu’ils ne manifestent pas. Ceux qui paient leurs impôts. Ceux qui s’arrêtent au stop. Bref, ceux qui respectent les règles mais qui en prennent plein la gueule tous les jours. » Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a secoué le chef de l’État. Lequel a acquiescé à tout : d’accord pour donner plus de pouvoirs aux polices municipales ; d’accord pour louer des places de prison à l’étranger ; encore d’accord pour limiter l’immigration ; et d’accord enfin pour que les maires ne soient pas obligés de marier un étranger en situation irrégulière… Que ne l’a-t-il fait avant, depuis huit années qu’il est président de la République ? Nous ne le saurons probablement jamais. Je crois connaître suffisamment Robert pour savoir qu’il ne se réjouit pas d’avoir gagné le match face au président. Il s’inquiète plutôt de promesses une nouvelle fois sans lendemains. Car si Emmanuel Macron était médusé, les Français, eux, sont définitivement désabusés…

À lire aussi, Emmanuelle Ménard : Béziers: un olivier, et pas n’importe lequel

Is’Hac

Coup de tonnerre à Béziers. Le 6 mai dernier, Robert [Ménard] reçoit un appel téléphonique pour le prévenir que le petit Is’Hac, 14 ans, a été retrouvé pendu dans sa chambre. Il était scolarisé en 3e au collège de La Dullague. Un établissement qui est loin de m’être étranger, puisque j’ai été amenée à intervenir en sa faveur à de nombreuses reprises auprès des différents ministres de l’Éducation nationale lorsque j’étais député. J’ai même écrit à Brigitte Macron, excédée de n’avoir aucune réponse de Pap Ndiaye – que l’on disait son protégé –, à l’époque, qui avait l’air de se ficher comme d’une guigne de ce collège en difficulté… Depuis, un drame est arrivé. Le pire est arrivé. L’émotion et la colère suscitées par cette catastrophe ne retomberont pas de sitôt. La maman d’Is’Hac, que nous avons rencontrée à plusieurs reprises, a évoqué des faits de harcèlements depuis le CE2 à l’encontre de son fils. Certains enseignants, avec qui j’ai pu m’entretenir, estiment que la structure de l’établissement n’était pas à même d’accueillir dans de bonnes conditions cet élève au profil « atypique » et qu’ils n’étaient pas eux-mêmes formés à cet accueil. Je ne sais pas comment sa maman tient le coup. Une femme forte, admirable. Elle m’a expliqué qu’elle encourageait son fils à tenir bon face aux moqueries et aux sarcasmes, qu’au lycée, tout s’arrangerait. Il lui restait sept semaines à tenir…

Anna Politkovskaïa

Elle a été l’une des premières. Peut-être la première. La première à dénoncer les crimes de Vladimir Poutine. C’était il y a longtemps, en 1999. Anna Politkovskaïa était journaliste dans ce très beau journal russe, libre et indépendant, Novaïa Gazeta. Avant tout le monde, elle a compris ce qu’était le régime du président russe. Et n’a eu de cesse de décrypter le mécanisme infernal mis en place pour s’accaparer tous les pouvoirs. À partir de 2002, la vie d’Anna est devenue difficile, impossible. Elle a été arrêtée, puis relâchée. Ses enfants menacés. On a tenté de l’empoisonner. Mais elle n’a pas cédé.

Le samedi 7 octobre 2006, en fin d’après-midi, son corps a été retrouvé dans l’ascenseur de son immeuble à Moscou. Criblé de balles. Anna a été exécutée le jour de l’anniversaire de Poutine. Infâme ironie. À Béziers, le 27 mai dernier, à l’occasion de la journée nationale de la Résistance, nous avons inauguré un buste en la mémoire de ce petit bout de femme au courage d’acier qui n’a jamais baissé le regard. Hommage…

Complot juif

« Pendant que les propagandistes d’Israël truquaient le vote à l’Eurovision pour faire gagner leur candidat qui n’avait rien à y faire, leur armée tuait encore des innocents à Gaza », a écrit Aymeric Caron, député apparenté LFI sur X dans la nuit de samedi à dimanche 18 mai. Pour ceux qui n’auraient pas suivi, la candidate israélienne au concours de l’Eurovision 2025 est une rescapée du massacre du 7 octobre 2023 commis par le Hamas. Yuval Raphael a terminé à la deuxième place du concours musical en interprétant New Day Will Rise (« Un jour nouveau se lèvera »). Israël a remporté le vote du public sur l’ensemble des 38 pays votants. Aucun des 70 professionnels qui surveillaient les opérations de vote en direct n’a relevé la moindre anomalie. Mais Aymeric Caron a une obsession : colporter la haine des juifs et d’Israël. Triste sire.