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Daech, un totalitarisme fondamentalement islamique

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Un lecteur de Causeur.fr a posté dans les commentaires de mon précédent article un extrait d’une intervention de Xavier Raufer, dans laquelle celui-ci déclare que l’État islamique (EI) ne serait pas un groupe terroriste mais une armée mercenaire, et que ses chefs ne sont pas des djihadistes mais des militaires laïcs issus des anciennes troupes de Saddam Hussein. J’en remercie ce lecteur, car il est toujours bon d’échanger et de débattre, surtout sur un sujet aussi complexe que l’Etat islamique – et « surtout si vous n’êtes pas d’accord ». Or il se trouve justement que je ne suis pas d’accord !

Pas de simples criminels

Xavier Raufer est un spécialiste reconnu, qui a écrit des choses très justes dans le domaine de la criminologie. Ceci dit, il me semble que son expertise le conduit justement à trop se focaliser sur la dimension criminelle (au sens criminologique du terme) de l’Etat islamique, au détriment de sa dimension véritablement religieuse, étant entendu que les deux se nourrissent l’une de l’autre et s’entremêlent au point d’être parfois difficiles à distinguer – on pourrait d’ailleurs dire la même chose de sa dimension politique.

C’est pourquoi en décembre 2010 il écrivait « le Djihad global en voie de disparition. » On pouvait y lire entre autres que «  pour le courant salafiste-djihadiste (…), pour ce fanatisme droit issu des terribles traumatismes de l’an 1979 (révolution islamique en Iran, conquête par des fondamentalistes des lieux saints de La Mecque, invasion d’un pays musulman, l’Afghanistan, par l’Union soviétique), la partie [était] perdue » et que « dans les faits, il [était] clair que le djihad planétaire n’exist[ait] plus », que « 95 % de ce qu’on nomme ainsi releva[ait] plutôt de la guérilla patriotique ou de la résistance à l’oppression – vouées pour l’essentiel à cesser quand ces occupants et oppresseurs [seraient] partis. »

Il est évidemment un peu facile de critiquer a posteriori, mais je pense que l’erreur de Xavier Raufer montre bien que les groupes djihadistes ne peuvent pas être analysés uniquement comme des bandes armées criminelles, même s’ils peuvent être rejoints par des groupes de pillards et de mercenaires, au sens où l’étaient les « grandes compagnies » de notre Moyen-Âge, et même s’ils concluent des alliances ponctuelles avec telle ou telle milice locale qui ne leur reste loyale que tant qu’ils peuvent lui garantir des revenus suffisants.

Le djihad de génération en génération

Les mouvements djihadistes ne peuvent être véritablement compris que si on s’inscrit aussi dans le temps long du djihad, et pas seulement dans le temps court de tel ou tel jihad.

Le djihad, en tant que lutte armée, s’appuie sur certains versets du Coran et sur l’activité combattante du prophète de l’Islam et de ses héritiers immédiats au VIIe siècle. Son approche théologique fut essentiellement codifiée entre le IXe et le XIe siècle. Sa nature de rencontre cyclique entre, d’une part, un élan religieux permanent consubstantiel à l’islam, et, d’autre part, des opportunités sociologiques, économiques ou politiques locales et ponctuelles, a été brillamment analysée par Ibn Khaldoun au XIVe siècle. Le salafisme wahhabite date du milieu du XVIIIe siècle. Le djihad peul a eu lieu au tout début du XIXe, et la création des Frères Musulmans en 1928. Et même si 1979 est une année importante pour beaucoup de groupes djihadistes contemporains, ils s’inscrivent dans une généalogie bien plus longue, et qu’il ne faut pas oublier.

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En outre, des structures comme Boko Haram ou les Talibans, qui contrôlent à nouveau une part de plus en plus importante de l’Afghanistan, n’ont malheureusement pas vocation à disparaître au départ d’hypothétiques « occupants ou oppresseurs ».

Ceci dit, même si l’analyse de Xavier Raufer est incomplète, elle reste intéressante, et il touche du doigt une partie – mais une partie seulement – de la réalité de l’Etat islamique. Il a d’ailleurs parfaitement raison lorsqu’il dit que l’Etat islamique est plus une armée qu’un groupe terroriste au sens habituel du terme. Mais la qualification de « mercenaire » est trop réductrice.

L’internationale du fanatisme

L’État islamique est une structure complexe, dont certains membres sont d’authentiques fanatiques religieux ; d’autres des amoureux de la violence qui se sont mis au service d’une idéologie donnant une caution divine au déchaînement de leurs pires désirs ; d’autres des mercenaires opportunistes sans foi ni loi ; d’autres des personnes tâchant simplement de tirer leur épingle du jeu dans le chaos ambiant ; d’autres les défenseurs de causes politiques, ethniques ou sociologiques, allant du panarabisme au tiers-mondisme en passant par des revendications purement locales ; et ainsi de suite. Ajoutons-y les inévitables désaccords théologiques et querelles d’école, et la référence permanente à des origines glorieuses mythifiées et à des califats historiques largement enjolivés. Avant d’être une réalité politique, le califat est objet de fascination, propice à servir de support à de nombreux fantasmes, par nature imprécis et parfois contradictoires.

L’Etat islamique est né pour l’essentiel de la rencontre entre des dissidents d’Al Qaïda (pour des raisons de choix stratégiques plus que de désaccords de fond) et, en effet, d’anciens membres de l’armée de Saddam Hussein, rencontre à laquelle s’ajoutent toutes sortes de facteurs, dans le contexte de cet « Orient compliqué » où tout le monde essaye d’utiliser tout le monde au gré d’alliances plus ou moins changeantes, et où la proximité idéologique se mêle aux convergences temporaires d’intérêts.

Saddam Hussein ou l’islamisation à marche forcée

On a beaucoup lu et entendu que Saddam Hussein, son parti Baas et son armée étaient laïcs, et par conséquent opposés aux islamistes en tout genre. C’est oublier un peu vite que la notion même de « laïcité » n’a pas partout le même sens, et surtout que Saddam et les siens ne sont pas restés inactifs entre 1991 et 2003.

1991 : opération « tempête du désert », retrait des troupes irakiennes du Koweït, fin de la « guerre du Golfe ». Saddam Hussein œuvre à consolider son autorité et son contrôle du pays. En particulier, il sait qu’il ne pourra pas lutter sur tous les fronts, et fait alliance avec une partie importante de l’ancienne opposition islamiste, voyant dans la religion et l’exaltation de l’identité islamique de son pays un moyen de galvaniser la population contre les « croisés », et de la souder derrière lui. Symbole tangible de cette évolution majeure, avant même le déclenchement de « tempête du désert » Saddam fait modifier le drapeau irakien, y inscrivant « Allah Akbar », phrase qui devient la devise du pays à la place de l’ancien « Unité, Liberté, Socialisme ».

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A partir de là, Saddam Hussein se lance dans une islamisation à marche forcée du pays, se présente comme un descendant du prophète, et encourage les principaux prédicateurs qui expliquent que le but des sanctions internationales est de détourner les irakiens de l’islam, et que la lutte contre les « croisés » est la stricte continuité des combats du prophète et de ses compagnons (les fameux  « salafs ») contre les hérétiques et les incroyants.

Il est difficile de mesurer l’efficacité de ces campagnes d’islamisation, ou la part de sincérité dans des comportements religieux imposés. On peut néanmoins affirmer que les cadres de l’armée de Saddam en 2003, donc 12 ans plus tard, avaient au minimum su s’adapter à ce climat qui n’avait plus rien de laïc, et que parmi les plus jeunes, ou les plus récemment promus, beaucoup y adhéraient probablement réellement.

Après Saddam, le déluge

2003 : chute du régime de Saddam Hussein. De la prison de Camp Bucca aux zones de combat, les opposants aux Occidentaux parfois se combattent et parfois s’associent, et des liens se créent. Les anciens soldats de Saddam, qui ont tout perdu, qui sortent de plus de 10 ans de propagande islamiste, sont placés dans une situation où les notions de « régénération » et de « retour aux sources » sont naturellement des plus séduisantes, et où le simple fait de craindre pour sa vie au quotidien donne un relief très particulier aux croyances religieuses. Al Qaïda voit en eux un vivier formidable, détenant des compétences précieuses, et il ne fait aucun doute que l’organisation encore dirigée à ce moment par Oussama Ben Laden déploie des trésors de savoir-faire pour les recruter et, si besoin, les convertir à sa vision de l’islam – du moins jusqu’à la rupture officielle entre Al Qaïda et l’EI en 2013.

En d’autres termes, au moment de la proclamation du califat en 2014, les fameux cadres « laïcs » ne sont plus membres d’une structure laïque depuis 23 ans ! A ce moment, même ceux d’entre eux qui étaient déjà dans l’armée de Saddam lorsqu’elle était encore laïque ont connu 12 ans de propagande islamiste en son sein, et 11 ans de plus au contact d’Al Qaïda.

Pour autant, les cadres de l’État islamique ont-ils tous la même ferveur, la même adhésion inconditionnelle à l’idéologie du groupe ? Il est pratiquement certain que non. Y a-t-il parmi eux quelques hommes dont la ferveur religieuse ne serait qu’une façade, un outil pour mieux contrôler leurs troupes ? C’est très probable. Ont-ils conclu des alliances avec des mercenaires sans foi ni loi, « sans islam ni charia » ? Bien entendu.

Une armée de plus en plus extrémiste

Néanmoins, tout ce que l’on sait de l’EI conduit à penser que le contrôle social y atteint un degré extrême, et qu’un responsable dont l’hypocrisie serait évidente ne survivrait probablement pas longtemps. L’hypothèse selon laquelle l’EI dans son ensemble serait une armée mercenaire utilisant l’idéologie simplement comme vitrine me semble improbable au point d’en être impossible.

D’abord parce que leur propagande comme leurs actes (génocide des Yézidis, destruction des lieux historiques, attentats, etc.) sont parfaitement en phase avec les convictions qu’ils prétendent avoir, toujours justifiés par des références aux textes religieux, et un tel degré de cohérence, une telle obsession pour la cohérence, serait peu compatible avec une simple façade.

Ensuite, parce qu’on voit mal quel intérêt auraient les chefs de l’Etat islamique à faire passer leur structure pour un califat fondamentaliste s’ils n’avaient pas l’intention qu’il en soit un : l’image qu’ils donnent conduit très efficacement à attirer les pires des fanatiques et à faire fuir les autres, ce qui revient pour eux à se placer sous le regard d’une armée de plus en plus extrémiste, armée qui de ce fait n’hésitera pas à se ranger sous la bannière du plus fanatique de tous en cas de rivalités internes. En d’autres termes, quelles qu’aient été leurs intentions initiales, les chefs de l’EI se sont rapidement mis en situation d’être contraints par leurs propres principes.

La religion, socle du totalitarisme

Enfin, parce que tous les témoignages recueillis, de victimes de l’Etat islamique comme de membres du califat, concordent. Je pense en particulier à ceux qui ont été recueillis par David Thomson pour former la base de son livre Les revenants, dont je ne peux que recommander très chaudement la lecture. Selon ces témoignages, nous sommes bien en présence d’un authentique totalitarisme, profondément imprégné de son idéologie, et appliquant avec ferveur sa lecture littérale et littéraliste des textes sacrés de l’islam.

L’État islamique est divers, lié à un agrégat complexe de groupes armés aux natures variées, et d’individus aux motivations multiples. Reste qu’il est sous-tendu par un facteur déterminant, c’est la légitimation par la religion de son extrême violence et de sa soif de conquêtes, la référence permanente aux textes fondateurs de l’islam qui en grande partie l’inspirent, et dont à tout le moins il recherche l’approbation.

Alors que l’Etat islamique meurt en tant que structure territoriale, ses membres n’ont renoncé à aucune de leurs raisons d’agir. Ne nous leurrons pas, d’une manière ou d’une autre beaucoup d’entre eux continueront à être le bras armé de l’hydre de l’islam politique, au Moyen-Orient, en Afrique ou en Occident. Toutes les têtes de l’hydre ne sont pas identiques, certaines affichent ouvertement leur délectation dans l’horreur tandis que d’autres s’affirment « quiétistes » ou rejoignent des luttes qui se veulent émancipatrices, décoloniales ou tiers-mondistes, certaines montrent les crocs de la violence alors que d’autres ont le sourire de l’influence culturelle et politique, et le venin des accusations « d’islamophobie » hostiles à toute critique, mais toutes participent bien de la même chose.

A nous de ne pas baisser la garde.

Taxation des dividendes: le bug de l’an 2017

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Certaines bévues fiscales se traduisent par des ponctions dramatiques sur le patrimoine national : c’est notamment le cas des dispositions ayant rendu possible le « carrousel de TVA », qui, au niveau européen, rapporte chaque année des dizaines de milliards d’euros au grand banditisme sous forme de remboursement de montants de TVA qui n’ont en fait jamais été encaissés. La malheureuse taxe sur les dividendes prélevée depuis 2013 par le fisc français n’a certes pas la même ampleur ni les mêmes conséquences, mais sa récente condamnation par le Conseil constitutionnel donne l’occasion de réfléchir au même problème : l’organisation déficiente de nos finances publiques.

Petite histoire d’une taxation illégale

La « contribution additionnelle à l’impôt sur les sociétés au titre des montants distribués » a été créée par la loi de finances rectificative du 16 août 2012. Elle se traduit par une contribution de 3 % des montants distribués dont la mise en paiement est postérieure au 17 août 2012. Une société redevable de cette contribution additionnelle a donc dû payer au fisc un montant égal à 3 % de ce qu’elle verse à ses actionnaires. De plus, car il n’y a pas de petit profit, cette taxe réduisant de facto le bénéfice de la société ne le réduisait pas de jure pour le calcul de l’impôt sur les sociétés (IS).

L’opération se révéla d’abord juteuse : alors que Bercy anticipait une rentrée de 1,6 Md€ la première année, il en arriva 1,8, puis 1,9 l’année suivante, puis 2,1 et 2,2 Md€, selon Les Échos du 3 novembre 2015. Mais il arrive que les moutons ne se laissent pas tondre sans rouspéter : des entreprises engagèrent des contentieux, qui remontèrent évidemment au Conseil d’État, lequel transmit en juin 2016 une question prioritaire de constitutionnalité au Conseil constitutionnel et une question préjudicielle à la Cour de justice de l’Union européenne. Le gouvernement, dont le ministre de l’économie fut Emmanuel Macron depuis août 2014 jusqu’au 30 août 2016, aurait pu alors décider de revenir sur cette disposition fiscale dont le sort juridique paraissait mal parti. Il préféra attendre, et cet attentisme se poursuivit avec le gouvernement Philippe constitué après l’élection présidentielle.

La censure du Conseil constitutionnel fut prononcée le 6 octobre 2017. Elle va obliger le Trésor à rembourser progressivement les sommes indûment perçues. Ses responsables et ceux de Bercy s’y attendaient : ils avaient anticipé, sous forme de provision, près de 6 Md€ à restituer. Il semblerait que le montant total doive approcher plutôt les dix milliards.

L’Etat ne paiera pas?

Cette bévue fiscale ne coûte quasiment rien – financièrement – à l’État  Du point de vue strictement financier, l’affaire s’apparente à un emprunt forcé : de grandes entreprises ont été obligées d’avancer au Trésor public des sommes que celui-ci doit maintenant leur rembourser, et cela, semble-t-il, sans y ajouter des intérêts ou autres dédommagements. Mais il va falloir revoir les résultats comptables de l’État français sur plusieurs exercices, ou assumer l’inexactitude de la comptabilité publique.

En effet, les sommes versées par des sociétés au titre de la « contribution additionnelle à l’IS » ont été comptabilisées en recettes, alors qu’en définitive elles auront seulement constitué une avance de trésorerie, un peu comme si lesdites sociétés avaient souscrit des bons ou des obligations du Trésor à taux nul. En conséquence, le déficit public des années 2012 à 2016 ou 2017 devrait être revu à la hausse, ainsi que la dette publique. Ensuite, au fur et à mesure des remboursements, qui ne constituent pas des dépenses, cette dette sera remboursée comme à l’accoutumée, puisque l’État est largement et pour longtemps déficitaire, en recourant à de nouveaux emprunts, plus classiques cette fois.

Des leçons à tirer

Premièrement, une recette annuelle de l’ordre de 2 Md€ s’évanouissant, il va falloir soit trouver des recettes fiscales supplémentaires, soit réduire les dépenses, soit assumer un accroissement du déficit. Il se peut que, la croissance économique s’accélérant, et avec elle le produit de notre impressionnante panoplie d’impôts et taxes, l’accroissement des rentrées fiscales se réalise sans décisions spécifiques. En revanche, si la croissance est faible, le choix à faire entre plus d’endettement ou une plus forte pression fiscale sera délicat.

Mais nos dirigeants auraient tort de penser : ce petit couac n’a finalement pas grande importance, poursuivons tranquillement nos affaires. Cette comédie fiscale est comme une pièce de Molière : nous en rions, parce qu’il ne sert à rien de pleurer sur la sottise humaine, mais il serait intelligent, après rire, de constater nos défauts et d’entreprendre d’en corriger au moins quelques-uns.

Assez des bricolages fiscaux

Ce qui est en cause avec cette taxe, c’est le bricolage fiscal. Année après année, Bercy imagine, et la Représentation nationale vote, après amendements et ajouts, des mesures fiscales qui partent dans tous les sens, en l’absence de principes clairs et de raisonnements rigoureux. Les contribuables – dans ce cas, les sociétés, mais il en va de même pour les ménages – sont soumis à l’arbitraire d’une caste dont les membres ont érigé la débrouillardise en unique principe d’action. Nous devrions entendre et méditer le cri poussé par Michel Taly, qui fut directeur du service de la législation fiscale, dans son ouvrage Les coulisses de la politique fiscale (PUF, 2016) : « J’ai souvent été frustré, tant la cohérence, la simplicité et l’efficacité cèdent le pas, au moment de l’arbitrage final, aux impératifs de communication et à la recherche de compromis. »

Cet homme capable de voir les choses de haut tout en ayant eu constamment les mains dans le cambouis « souhaite simplement pointer les dysfonctionnements dans la gouvernance de la politique fiscale (qui ne sont pas du seul fait des politiques, mais mettent en cause aussi l’administration et toutes les parties prenantes) et les erreurs de diagnostic qui expliquent les incohérences et les complexités de notre système fiscal. » Il nous faudrait, en combinant les compétences techniques de tels spécialistes et la recherche de sens et de cohérence que Philippe Nemo exprime dans sa Philosophie de l’impôt (PUF, 2017), réaliser un véritable aggiornamento fiscal. Notre pays en a le plus grand besoin.

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Djihadisme: les dessous de la filière marocaine

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C’est une question soigneusement évitée à chaque nouvel attentat qui survient. Au vu des derniers attentats récents de Barcelone, toujours la même interpellation qui surgit : pourquoi de jeunes Marocains ou européens d’origine marocaine et issus de l’immigration basculent-ils de la petite délinquance à l’entreprise terroriste ?

Les filières catalanes

Après la multiplication des actes isolés pendant quelques mois partout sur le sol européen, les filières de Barcelone ont révélé le retour à des profils de terroristes plutôt jeunes et délinquants, organisés en filières et fortement idéologisés pour passer à l’action en « meute » et en fratries. Ces réseaux construisent un environnement propice : la délinquance forme les hommes à l’action violente, les réseaux existants permettent des solidarités et des trafics au-delà du simple hachisch, et qui peuvent aussi faire transiter facilement de l’argent pour d’autres objectifs.

Ces jeunes sont tous d’origine marocaine pour les attentats de Barcelone comme ceux de Bruxelles. Comment interpréter ces faits récurrents ? Loin de vouloir faire du culturalisme, nous pouvons expliquer ce phénomène de plusieurs raisons.

Un réseau de solidarité mondiale

La diaspora marocaine fait partie des dix plus grandes diasporas au monde avec près de 10 millions de Marocains répartis dans le monde pour une population totale de 35,28 millions de Marocains au pays. Ce qui signifie donc que 1 Marocain sur 4 dans le monde vit en dehors de son pays. Cela tisse une toile et un réseau extraordinaire de solidarité, de communication et de circulation de capitaux parmi les plus importantes au monde pour une diaspora.

A lire aussi: La diaspora marocaine, nouvelle main d’oeuvre privilégiée du terrorisme islamiste

Dès les années 1970, après l’immigration économique, beaucoup de familles se sont regroupées en Europe alors que la crise économique commençait à sévir violemment en Belgique et en France. Combien de jeunes nés dans les années 1980 ont toujours connu leurs parents au chômage, et ont pu ou dû basculer dans le royaume de la débrouille ?  A tel point, que l’économie informelle est devenue partie prenante du quotidien pour un certain nombre.

Le Maroc, premier producteur mondial de haschich

Le développement du territoire transnational et des réseaux entre immigrés belgomarocains et marocains est une réalité et n’y est pas pour rien dans le glissement de certains jeunes « Marocains » en Europe. La création de véritables comptoirs commerciaux, a fait émerger des carrefours du trafic : Molenbeek en Belgique en est un parmi des centaines de relais en Europe de ce commerce illégal. Idem en Espagne avec des villes comme Barcelone ou Algésiras, villes internationales ou zones franches et portes d’entrée du vieux continent. Doit-on rappeler que le Maroc est considéré par les Nations unies comme le premier producteur mondial de haschich ? Cela crée des convoitises et rapporte beaucoup d’argent pour ceux qui en font commerce dans le reste du monde, et en particulier en Europe.  Les réseaux tentaculaires ont fleuri en Europe via l’immigration. C’est sur ce réseau extraordinaire de solidarité mis en place que la cause djihadiste peut alors se développer à l’international.

Une manne pour le financement du terrorisme

Malgré la « rupture » historique des Rifains avec la monarchie, ces derniers ont toujours gardé un lien très fort avec le Maroc, que ce soit à travers l’envoi d’argent ou le mariage.

Aujourd’hui, en Belgique, il y aurait environ 600 000 habitants d’origine marocaine, soit 3,9 % de la population totale. Côté Catalogne, il y a depuis les années 1960 une forte présence musulmane marocaine et pakistanaise à Barcelone: environ 300 000 musulmans. La région, par ses velléités indépendantistes, a toujours favorisé les revendications identitaires et spécificités culturelles diverses, tout en écartant bien évidemment la valorisation des valeurs nationales républicaines. C’est ce qui s’est aussi passé en Belgique : les associations marocaines ont été largement soutenues dans leur différence et identité, au détriment du soutien aux valeurs nationales du royaume.

Est ce un hasard si on a longtemps qualifié la Catalogne, elle aussi nationaliste en rébellion face à Madrid, de « plaque tournante du djihadisme » ? A tel point que pour la CIA dès 2010, elle était « le foyer du djihadisme européen », à la croisée du Maghreb et du cœur de l’Europe avec la France. Depuis 2012, près des 3/4 des arrestations d’islamistes radicaux qui ont eu lieu en Espagne, l’ont été en Catalogne.

Crise économique et économie informelle

La crise économique mondiale de 2008 a eu des conséquences en Europe, premier partenaire des pays du Maghreb. L’Europe du Sud a été largement touchée et en particulier les saisonniers qui se rendent chaque année dans le sud de l’Espagne pour les récoltes, ou viennent pour le secteur du bâtiment. Entre 2000 et 2008, le chômage a explosé et atteignait près de 28 % de la population active. L’immigration marocaine fut en première ligne. Enfin, l’économie souterraine va donc bon train en Espagne, encore plus depuis la crise économique. Le pays fonctionnerait avec 20 % à 30 % de son économie notamment dans l’hôtellerie et la restauration, secteurs clés du tourisme, au noir. Ce qui n’est pas évidemment pour permettre aux immigrés notamment d’obtenir statut officiel, sécurité, stabilité et reconnaissance. Et ce qui permet aussi de faire fructifier son propre trafic sans être inquiété par l’État peu efficace dans la lutte contre la fraude. Le basculement de la petite délinquance au terrorisme a suffisamment été démontré pour un certain nombre des terroristes récents.

70% de djihadistes marocains viennent du Rif

Dès 2011, le pouvoir marocain a poussé indirectement certains ex-détenus à partir en Syrie directement. Ainsi, on estime leur nombre à 1500 Marocains dont 70% du Rif. La réalité est que le pouvoir chérifien semblait préférer voir certains de leurs ressortissants disparaître là-bas, avec le risque de se faire tuer et un risque minime de les voir revenir et germer sur le territoire national et devenir un élément contaminant.

Dans Le Rendez-vous des civilisations (Le Seuil, 2007).,Emmanuel Todd et Youssef Courbage mentionnaient déjà en 2008 que la transition démographique très rapide qui a lieu dans une grande partie du monde arabe a comme souvent dans d’autres parties du monde avant provoqué des phénomène de violence sociale très forts. Ce fut le cas en Algérie dans les années 1990 et plus tardivement au Maroc aussi. Cela amène dès lors à des reconfigurations violentes de l’imaginaire et des représentations religieuses. Et pose l’hypothèse suivante que le Maroc parvient encore à contrôler au pays la violence de cette transition démographique mais qu’elle s’exporte, ou a lieu à l’extérieur, et notamment au coeur de la diaspora si importante et devient incontrôlable.

40% de chômage

Cela a repris récemment au Maroc. La région du Rif a connu récemment de nombreuses manifestations dont l’épicentre est Al-Hoceima. Les premiers procès de fin août 2017 ont condamné à 20 ans de prisons certains jeunes qui demandaient avant tout de quoi étudier, se loger, se nourrir. Traditionnellement, on avait tendance à penser que le roi Mohamed VI avait réinvesti la région depuis son accession au trône. De plus, l’économie du kif apporte une rente substantielle à nombre de producteurs et leurs familles. Pour ceux qui veulent suivre la voie traditionnelle, les choses semblent plus compliqués. Ces jeunes sont prêts à tout pour pouvoir avoir les mêmes chances que n’importe quel jeune vivant en Europe, et encore cela dépend des pays, pour pouvoir obtenir une formation, des diplômes et un emploi. Or, le chômage des jeunes reste extrêmement fort au Maroc. Ils sont en effet près de 40 % à être sans emploi. Que feront-ils ? Que deviendront-ils ? Quelle image que d’être encore à plus de 30 ans chez ses parents sans projet viable de vie ?

Drogue et déradicalisation

La question est profonde et doit être résolue d’un point de vue euro-méditerranéen. La collaboration ne peut pas être uniquement européenne mais doit se faire en synergie directement avec le Maroc. Bien sûr, cela sous-tend d’évoquer des questions épineuses. La fin de la radicalisation peut-elle passer par un tarissement du trafic de drogue et tous ces réseaux parallèles avides d’argent et de mort et directement opérationnels pour des entreprises de mort ? Il est difficile de trancher mais il est clair qu’une lutte active contre l’économie informelle, contre l’échec scolaire, pour une meilleure réintégration des personnes désintégrées par l’injonction d’intégration, nous prémunira probablement d’autres dommages collatéraux.

Balance ton porc… sauf celui de La Chapelle-Pajol?

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Étonnant, le parallèle fait par la secrétaire d’Etat chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, entre le « harcèlement invisible » sur le boulevard Saint-Germain et celui inquiétant du quartier de La Chapelle-Pajol. Il fallait tout de même oser ! Surtout après le silence des autorités lors des agressions dont furent victimes les femmes dans ce quartier.

On notera avec stupéfaction que la Délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes du Sénat ne rédigea alors aucun communiqué. Aucune sénatrice, aucun sénateur au sein de cette délégation, toute appartenance confondue, ne s’en est ému. Ayant adressé un mail à la Conseillère en charge du secrétariat de cette délégation pour m’étonner de ce silence, je ne reçus aucune réponse. Collaborateur parlementaire à l’époque, je n’étais pas dans mon rôle. Certes. Mais quel parlementaire a jamais reçu mandat pour se taire devant ces faits ?

La crainte confortable de l’homme politique français

Le progressisme se serait-il emparé de tous les esprits ? Nos parlementaires, désemparés devant la question de l’immigration, s’accorderaient-ils, dans le dos de leurs électeurs, à reconnaître peu à peu la cohabitation sous le même toit de la République de deux mentalités opposées ayant chacune leur cohérence propre ?

Pour un certain nombre d’orientaux (musulmans) de ce quartier Chapelle-Pajol, la femme est inférieure à l’homme, lui doit obéissance, doit rester à la maison et, si elle sort, doit le faire en se voilant. Seule dans la rue, habillée à l’occidentale, elle est une dévergondée qui, contrevenant à l’esprit de sa religion, ne mérite aucun respect. Agressée, elle n’est pas à plaindre et n’a pas à être défendue. Une fois posée l’inégalité hommes/femmes, la suite s’en déduit logiquement.

A lire aussi: La Chapelle, Bagnolet, Saint-Denis: no women’s lands aux portes de Paris

Ne pas dénoncer dans un communiqué la multiplication des agressions de ce type, c’est aller plus loin que la seule affirmation du droit à l’existence sur notre territoire de cette religion, c’est reconnaître sa cohérence interne, même quand celle-ci, chez certains de ses fidèles, est en contradiction avec nos principes républicains. C’est vouloir s’abstenir de juger à l’aune de nos valeurs des comportements régis selon d’autres règles et selon une autre conception de la nature des rapports hommes/femmes. C’est craindre de verser dans un ethnocentrisme où tenterait encore de s’affirmer une quelconque supériorité du sujet occidental. Cette crainte est un confort pour l’homme politique. Elle lui permet de ne pas voir ce qu’il voit, ce qui est le propre même de la mauvaise foi… et de l’irresponsabilité.

Balance ton porc… devant la justice

Pour la plupart des occidentaux (chrétiens, au moins par tradition), la femme est désormais l’égale de l’homme. Elle a les mêmes droits que lui, est libre de sortir, de travailler, de mener une vie indépendante. Aussi l’homme ne peut-il en aucun cas et d’aucune façon l’agresser. S’il le fait, il rompt la logique égalitaire propre à la relation hommes/femmes qui est à nos yeux d’occidentaux une évidente avancée de notre civilisation. L’agression est alors sanctionnée.

Le déferlement de dénonciations suscité par le #Balancetonporc que certains jugent nécessaire, d’autres excessif, doit donc trouver impérativement le chemin du droit comme c’est le cas, par exemple, avec la plainte récente pour « viol, agression sexuelle, harcèlement, intimidation » visant un célèbre intellectuel musulman ou avec celle de l’intéressé lui-même qui répond en portant plainte à son tour pour « dénonciation calomnieuse ». Ce qui signifie que l’expression de la légitime revendication des femmes doit se conformer aux principes fondamentaux de notre République et non pas se complaire dans le lynchage qu’appelle trop souvent la nature même des réseaux sociaux.

L’indignation sélective des progressistes

Ce qui est toutefois surprenant dans ce déchaînement si contraire au silence qui entoura hier les agressions de la Chapelle-Pajol, c’est le deux poids deux mesures de ceux qui choisissent avec quels loups hurler, avec lesquels se taire. Sans doute s’explique-t-il chez nombre de professionnels de l’indignation sélective par le désir d’être de parfaits progressistes : d’un côté ne plus tolérer chez les occidentaux que nous sommes le moindre signe d’une quelconque inégalité hommes/femmes, de l’autre tolérer cette inégalité chez les orientaux par souci de ne pas verser dans un ethnocentrisme coupable de ne pas savoir s’ouvrir à la singularité d’autres mentalités dont le droit à la différence serait imprescriptible.

Aussi devient-il urgent de sortir de cette schizophrénie idéologique, en prenant en compte toutes les conduites infériorisant ou dégradant les femmes. Ce qui exige que soit rappelé haut et fort que la République ne se divise pas, qu’elle ne considère qu’une seule logique : celle d’une égalité hommes/femmes entraînant la condamnation de toute atteinte à l’autonomie de la personne, en l’occurrence de la femme, puisque des milliers de tweets ne sont bien entendu pas rien.

Les couleurs de la France

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Les territoires perdus de la République

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Les Rien-pensants

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« La remigration des islamistes serait une chance pour la France »

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Pour notre confrère Alexandre Mendel, auteur de Partition, chronique de la sécession islamiste en France (Editions de l’Artilleur, 2017), les territoires perdus de la République ne le sont pas pour tout le monde. Dans une partie croissante de notre pays, les islamistes grignotent peu à peu notre mode de vie. Ainsi les attentats ne sont-ils que la partie émergée d’un djihad sociétal bien plus pernicieux que le terrorisme. Entretien (2/2).


Retrouvez la première partie de cet entretien ici.

Confirmant une enquête de l’Institut Montaigne, vous montrez que la jeune génération de musulmans français est bien plus orthodoxe, autoritaire voire fanatique que les précédentes. A quoi attribuez-vous ce raidissement ?

Les jeunes intégristes haïssent très souvent leurs grands-parents chibanis. Les chibanis venaient en France avec – avant le regroupement familial, en tout cas – l’idée que leur installation sur notre territoire n’était pas durable. Ils se crevaient à la tâche. Le week-end, ils s’habillaient à la française. Ils ne demandaient rien et allaient prier dans des lieux de fortune. Sans aucune espèce d’hostilité envers nos valeurs ou envers notre modèle. Ils vivaient leur foi de manière discrète. Aujourd’hui, la troisième génération est en pleine hallucination identitaire.

 Les jeunes barbus des banlieues coupent les ponts avec leurs ancêtres.

Des mosquées, gérées depuis l’étranger, leur inculquent l’idée qu’ils ne seront jamais français et que le sol qui les a vus naître est celui d’un pays colonisateur qui les a massacrés, que leurs parents, en particulier leurs pères, n’avaient pas une pratique conforme avec l’islam. Ajoutez à cela que les Saoudiens et les Qataris ne voient l’islam que sous sa forme la plus extrême – celle des wahhabites et des salafistes – et vous vous retrouvez avec des jeunes de tradition malékite (nord-africaine, pour résumer) adoptant les us, coutumes et lois des pays du Golfe ! Plus rien d’étonnant à voir ces jeunes barbus couper les ponts avec leurs ancêtres.

Certes, mais face à l’influence croissante de l’Arabie et du Qatar, peut-être faudrait-il encourager la construction d’un islam de France. Pourquoi considérez-vous cette ambition comme une « foutaise » ?

J’aimerais qu’on m’explique par « A+B » que seul l’argent des fidèles peut permettre de financer une mosquée-cathédrale comme celle – gigantesque – de Mulhouse… Bien sûr que non. Les financeurs habitent dans les pays du Golfe ! Les mosquées à la française sont comme nos équipes de foot : des lieux où investir. Question d’images de marque auprès de la jeunesse saoûlée sur YouTube aux prêches haineux venus d’Arabie saoudite et du Qatar.

Les chartes républicaines signées par les mosquées n’ont aucune valeur contraignante

Maintenant, que faire ? Financer les lieux de culte ? Hors de question ! Nous sommes un pays laïc et pas un centime de nos impôts ne doit aller dans les lieux de culte – quel que soit ce culte, d’ailleurs. Signer des chartes du « bon imamat » avec certaines mosquées ? Ça a été déjà été fait. Rien n’est plus facile, avec la taqya, l’art de dissimuler ses intentions en temps de guerre, que de signer un texte qu’on n’appliquera jamais. C’est très gentil, ces chartes. Mais ça n’oblige à rien : aucune sanction n’est prévue en cas de non-respect. Les déclarations d’intention n’ont aucune valeur. Elles rassurent peut-être un certain nombre d’élus locaux. Mais tout cela n’est que du vent.

Entre autres exemples de soumission, vous citez la conversion à l’islam d’un Français de souche né catholique mais vivant dans un environnement islamisé à Trappes. Pourquoi comparez-vous la prédication islamique dans les banlieues à l’œuvre des missionnaires coloniaux ?

Cette rencontre que vous évoquez m’a beaucoup marqué. Je pense même qu’elle me marquera pour la vie très fortement, tellement ma conversation avec cet homme avait un côté surréaliste. Il me disait, le plus tranquillement et le plus honnêtement possible, qu’il s’était converti parce que ses voisins étaient gentils et lui offraient des gâteaux pendant le Ramadan ! De plus, il est persuadé que sa conversion a guéri son alcoolisme – même si j’ai vu des cadavres de bouteilles de bière planqués dans son appartement presque entièrement décoré de posters de Zidane.

En banlieue, des organisations islamiques viennent «civiliser» les derniers Français de culture chrétienne.

Je compare en effet les méthodes de certaines organisations islamiques françaises à celles de missionnaires. Ils viennent «civiliser» les derniers Français à être de culture chrétienne. Les Frères musulmans font, souvent, par exemple, du porte-à-porte. On dirait des Mormons ou des témoins de Jéhovah ! Certaines associations musulmanes se comportent comme les missionnaires protestants à Madagascar au début du XXe siècle. Elles offrent de l’aide aux nécessiteux, elles proposent des cours d’alphabétisation, de la nourriture, des vêtements, de l’aide financière… Et n’oublient jamais de déposer un Coran avant de partir ! Ça fonctionne ! On devrait sérieusement donner un coup de balai dans la fourmilière intégriste de « l’humanitaire musulman ».

Vaste programme ! Passons à un autre cas d’islamisation ordinaire. Au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, la fille d’un témoin que vous mentionnez a décidé de porter le voile par réaction identitaire. Comment endiguer cette spirale infernale de la victimisation qu’alimentent le CCIF et les Indigènes de la République ?

Vous me posez une vraie colle ! Comment interdire des associations, devenues toutes puissantes en même pas dix ans, que l’Etat et des structures telles que SOS Racisme ont-elles-mêmes contribué à faire naître ? Je ne le sais pas. D’autant que, juridiquement, ce qu’elles font n’a rien d’illégal.

Pour une jeune fille voilée, les attentats ne pouvaient être qu’un complot fomenté « par les sionistes » ou « la CIA »

Sauf à considérer que leur propagande est illégale. Reprenons le cas de cette jeune fille que j’évoque dans Partition. Sa réaction est celle d’une musulmane qui s’est sentie victimisée, « stigmatifée » (sic) pour reprendre le terme utilisé par cette adolescente ! Le propre des victimes, c’est de se faire justice. Le voile qu’elle a décidé de porter, c’était façon de se venger de cette stigmatisation qu’elle prétend avoir ressentie en regardant en boucle BFM-TV. Je me souviens aussi que pour elle il était impossible que des musulmans aient commis cet acte. Cela ne pouvait être qu’un complot fomenté « par les sionistes » ou « la CIA ». En même temps, elle regardait avec admiration ses camarades de classe refusant de faire une minute de silence en classe. La victimisation est devenue pour cette génération un fait de résistance et donc une arme.

Ce cinéma victimaire marche d’autant mieux que le CCIF ou Les Indigènes de la République, en distillant sur notre territoire des conseils hérités de l’anticolonialisme, poussent  à une radicalisation de cette pseudo-identité musulmane.

Une question taraude ces musulmans identitaires : la tentation de l’émigration (hijra). Conformément aux enseignements du théoricien islamiste égyptien Sayyid Qotb, des milliers de musulmans avaient rejoint les terres de l’Etat islamique. Alors que vous entrevoyez deux peuples de plus en plus séparés en France, la remigration en terre d’islam de la partie non-intégrable des musulmans de France pourrait-elle être la solution à nos maux identitaires ?

Ils ont rejoint l’Etat islamique en Syrie et en Irak. Mais pas seulement ! Les jeunes musulmans désireux de vivre selon la charia sont de plus en plus nombreux à rejoindre le dar al-islam, soit les terres soumises à la loi d’Allah. Ils exècrent tellement l’Occident qu’ils voient dans la terre de leurs “ancêtres“ des modèles rêvés. D’autres choisissent carrément de s’installer en Arabie saoudite. Les sites internet extrémistes fourmillent de conseils pour les candidats au “retour“.

Une communauté intégriste s’est installée à Marvejols, une petite commune de Lozère, en toute tranquillité.

Plus incroyables encore, comme je l’évoque dans Partition, sont ces islamistes qui choisissent d’effectuer une hijra « de l’intérieur ». Deux choix s’offrent à eux : l’intégration dans une banlieue qu’ils imaginent à tort ou à raison déjà conquise par un islam rigoureux ou l’émigration dans un village, loin des tentations de l’Occident. C’est ainsi qu’au fin fond de l’Ariège, l’émir blanc, alias Olivier Corel, de son vrai nom Abdel Ilat Al-Dandachi, le précepteur islamique de Mohamed Merah, a pu installer à Artigat un hameau de fidèles salafistes. C’est ainsi également qu’une communauté intégriste s’est installée à Marvejols, une petite commune de Lozère, le département le moins peuplé de France, en toute tranquillité.

Pour le dire franchement, cette « rémigration », qui n’est pas de notre fait, est une chance pour la France ! Gardons les immigrés à l’âme républicaine en France. Laissons s’éloigner ceux qui détestent les valeurs de notre pays ! Et faisons en sorte, sans faux semblant, qu’ils ne reviennent plus jamais sur notre sol.

Partition: Chronique de la sécession islamiste en France

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Croissance: boom ou bulle?


Partout dans le monde, la croissance est au beau fixe, dopée par les politiques monétaires accommodantes. Ce serait une excellente nouvelle si deux des principaux ingrédients d’une relance véritable ne manquaient pas à l’appel: la hausse des salaires et celle de la productivité. 


Gréau a eu tout faux. Voilà que la croissance est de retour, en France et en zone euro. Voilà qu’elle s’accélère en Chine et en Inde, qu’elle se maintient aux États-Unis, dont le cycle ascendant est dans sa neuvième année, alors que le cycle moyen y est de sept ans. Voilà qu’elle se rétablit dans ces pays émergents comme la Russie qui avait été mise à genoux par l’effondrement des cours des matières premières entre 2013 et 2015. Voilà qu’on se met à rêver d’une renaissance du Japon longtemps accablé par la déflation. On espère la guérison de l’économie grecque ! Si l’on enjambe le Brésil, toujours aux prises avec la dépression, Gréau a tout faux. Haro sur le Cassandre !

Je ne me risquerai pas à démentir le diagnostic de reprise de l’économie et de l’emploi un peu partout dans le monde après une période de récession, de marasme ou de faible croissance, qui a inquiété les grands du monde qui siègent à Washington, à Bruxelles, à Berlin et autres lieux de la gouvernance planétaire. Je m’interdirai de contrarier le climat d’optimisme en soutenant que la reprise ressemble à une rémission, si l’on observe que les stocks de chômeurs, les vrais, quand on inclut les personnes sorties du marché du travail, restent sensiblement plus hauts qu’en 2008, sauf dans l’Allemagne hyper-industrielle et dans cette Angleterre dont l’addiction à la consommation ne se dément pas. Je m’interdirai encore de mettre en avant les déséquilibres commerciaux plus forts que jamais, avec les excédents fabuleux de l’Allemagne et de la Chine d’un côté et les déficits toujours maintenus, voire aggravés, au Royaume-Uni, en France et surtout aux États-Unis ; dont les échanges restent fortement déficitaires en dépit de la production de pétrole et de gaz de schiste qui a explosé entre 2007 et 2016[tooltips content=’Les États-Unis sont aujourd’hui un grand exportateur de gaz, au même niveau que le Qatar.’]1[/tooltips]. Nous sommes revenus dans le schéma de croissance néolibéral pour lequel c’est la croissance qui compte par-dessus tout.

« La reprise est là »

Je reprends la formule dans la bouche de François Hollande qui s’était aventuré à l’émettre en août 2013, au vu d’un chiffre du PIB aléatoire[tooltips content=’La croissance résultait alors d’un stockage momentané des entreprises.’]2[/tooltips]. Il a fallu quatre années pour qu’elle se matérialise au ravissement de journalistes économiquement illettrés qui auraient bien voulu réélire Normal Ier. Mais comment peut-on dire que l’embellie est effective après tant de fausses aurores ?

Le premier critère est celui du prix des matières premières. En dépit de l’augmentation forte des capacités de production de l’énergie et de métaux comme le cuivre, qui entre de façon substantielle dans la construction des logements partout dans le monde, ces prix tendent à s’accroître. La Chine, que certains, dont votre serviteur, attendaient au tournant, après trente-sept années de croissance entre 5 % et 12 % l’an – ce qui place ce pays non plus dans la sphère des émergents, mais dans celle des nouveaux pays industrialisés –, maintient un rythme qui entretient la ferveur des marchés financiers. Quand la Chine va, le monde va. Les pays producteurs de matières premières se portent mieux, hormis le Brésil, et les fabricants de machines industrielles et de BTP[tooltips content=’Comme Caterpillar, qui a révisé à la hausse ses prévisions pour le marché chinois.’]3[/tooltips] sont optimistes.

Le deuxième est celui de la construction et de la production industrielle en zone euro. L’Allemagne n’est plus seule. La construction a cessé de décliner, même dans les pays victimes d’un krach immobilier comme l’Espagne, et l’industrie progresse un peu partout, soutenue par des anticipations favorables des entreprises concernées. Le phénomène est désormais trop général pour laisser place au doute. L’essor de la construction et de l’industrie dans la zone qui a affiché son marasme sept années durant est arrivé providentiellement pour mettre en difficulté les partisans de la sortie de l’euro[tooltips content=’Sauf en Italie où la Ligue du Nord, Berlusconi et à un moindre degré Cinq Étoiles en sont ouvertement partisans.’]4[/tooltips]. Dans ce contexte, les militants de l’intégration européenne prêchent maintenant cette intégration non pour sortir la zone euro de son pétrin, mais pour couronner la reprise économique.

Le troisième critère est celui de la croissance américaine. Point de « Trumpeconomics » dans cette affaire. Le président élu le 8 novembre dernier est toujours le président élu. Il est voué à l’impuissance par l’hostilité du Congrès. Le plan de relance des infrastructures, chose la moins discutable de son programme, semble devoir rester lettre morte. Les baisses d’impôts ne sont toujours pas inscrites dans le budget. Les velléités de protectionnisme sont restées des velléités. Mais le ralentissement de l’activité et de la création d’emplois noté en 2016 n’a pas dégénéré en récession[tooltips content=’L’impact récessif du cyclone Harvey et de l’ouragan Irma reste difficile à évaluer.’]5[/tooltips]. Et d’aucuns se réjouissent que les indices boursiers aient atteint des sommets historiques. Nous y reviendrons.

Au regard de ces trois critères, l’optimisme de Christine Lagarde a cessé d’être de commande.

La dernière bulle ?

Jean-Michel Quatrepoint s’est-il trompé ? Cet analyste sans concession des anomalies et des turpitudes de la planète néolibérale s’est risqué à annoncer, après la crise financière de 2008, l’explosion future d’une dernière bulle : celle des déficits publics[tooltips content=’La Dernière Bulle, Mille et une nuits, 2009.’]6[/tooltips]. Il a vu comment le système aux abois avait réussi à empêcher une grande dépression en sauvant le dispositif bancaire occidental à coups de subventions étatiques, mais surtout d’injections monétaires sur les marchés concernés. Mais, pas plus que votre serviteur, il n’avait anticipé l’innovation financière nommée « quantitative easing ». Peu de personnes en comprennent l’originalité. Ce procédé consiste d’abord à retirer, une fois pour toutes, une masse de titres d’emprunts publics et privés pour les placer dans les coffres-forts des banques centrales, au prix d’une création monétaire qui en est la contrepartie. Ainsi les emprunts correspondants ne pèsent plus sur les marchés du crédit et dès lors, les taux d’intérêt affichés sur ces marchés tendent à s’abaisser jusqu’à toucher des planchers historiques, au mépris de la solvabilité réelle des emprunteurs. Nous avons connu et nous connaissons encore une manipulation monétaire dont le secret échappe au commun des mortels. Au moins, l’État révolutionnaire français affichait la couleur en émettant les assignats. Mais, à la différence des assignats, la manipulation monétaire nommée « quantitative easing », cantonnée aux marchés financiers, n’a pas généré d’inflation.

Le « QE » a formé le socle de la relance du crédit à un échelon inconnu jusqu’alors. Le rendement de certains emprunts, tels ceux de l’État allemand, voire de certains grands groupes, est désormais négatif : ils rapportent moins que la somme qui a permis de les acheter. Un expert spécialisé dans l’analyse des taux d’intérêt dit avec humour que nous vivons une première en 5 000 ans d’Histoire. Un autre expert s’étonne que l’Argentine, interdite d’émettre des emprunts sur le marché international du crédit il y a deux ans, ait pu lancer sans obstacle un emprunt de cent ans de durée, tandis que les émissions de l’Égypte, de la Côte d’Ivoire et du Sénégal bénéficiaient de la faveur des investisseurs : peut-on parler de « subprime rate » du crédit public international? Un troisième met le doigt sur le rôle permissif des agences de notation qui surcotent à nouveau la qualité des emprunts.

On n’aurait garde d’oublier les marchés d’actions. New York est surévalué. Si l’on tient compte de l’érosion monétaire et de l’impact des rachats d’actions, le véritable « price-earning ratio » – qui rapporte la valeur des actions au nombre d’années de bénéfices courants qu’elle représente – se situe bien au-delà du chiffre 30 atteint en octobre 1929. Mais les anticipations favorables se maintiennent précisément grâce à cette relance du crédit effectuée à un échelon global.

Quels sont alors les critères qui permettraient de dire si cette relance sera pleinement fructueuse ou si elle constitue une nouvelle bulle, grosse d’une crise financière qui ne serait plus cantonnée à l’espace occidental ? Ils sont deux, fortement liés : l’évolution des salaires et de la productivité. C’est là que le bât blesse. Les banquiers centraux de la sphère occidentale s’en inquiètent ouvertement. La reprise de l’emploi ne stimule pas les salaires et la productivité tend à stagner. Cela fragilise la reprise qui s’est amplement amorcée. Mais cela contredit aussi la corrélation classique entre l’emploi et les salaires.

Après moi le déluge

En réalité, les économistes officiels du FMI ou des banques centrales oublient le facteur de la mondialisation qui rend obsolètes les schémas explicatifs encore valables hier. On peut expliquer à la fois la faiblesse relative des salaires[tooltips content=’Que, chose remarquable, les très hauts salaires des banquiers, des traders, des comptables et des avocats d’affaires ne compensent pas.’]7[/tooltips] et la faiblesse relative de la productivité en Occident par le transfert d’emplois productifs vers les zones à bas salaires et la création simultanée d’emplois moins productifs dans les services des zones à hauts salaires. C’est un jeu à sommes quasi nulles. Mais il faudrait au contraire que les salaires et la productivité avancent pour que la bulle du crédit, qui est le point essentiel, se résorbe à bas bruit tout en maintenant les profits d’entreprise qui sont évalués par les boursiers.

Alors, de deux choses l’une : ou bien les salaires et la productivité du travail connaissent un nouvel essor, ou bien leur stagnation se poursuit, auquel cas le risque sous-jacent de rechute économique et financière se manifestera à un moment non programmé sur un grand marché quelconque.

C’était le titre, en français, d’un article du Wall Street Journal consacré en 2007 au départ d’Alan Greenspan de la Réserve fédérale. Le journaliste disait en substance que le grand homme n’aurait pas à éponger les dégâts de la bulle du crédit que sa politique laxiste avait créée aux États-Unis. Texte prémonitoire et amèrement ironique.

Les peuples ne sauraient reprendre à leur compte la formule de madame de Pompadour, car ils ne peuvent échapper aux erreurs ou aux fautes de leurs dirigeants. Bien au contraire, ce sont eux qui paieront la facture si la bulle venait à imploser.

 

La dernière bulle

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A l’école des profs, la grammaire est « bourgeoise » et il faut laisser les élèves faire des fautes

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Ne dites plus « grammaire ». « Grammaire », c’est très mal. Dites « langue ».

Mon tuteur est effaré par ma propension à faire de la grammaire. « Mais ils n’ont rien appris en Primaire », lui dis-je. « Pas même le présent de l’indicatif. » Réflexion oiseuse. « Jennifer, me dit-il avec la patience des vrais croyants, faut que tu fasses d’la langue en t’appuyant sur un texte. Tu dois pas enseigner le complément du nom, comme t’as essayé de le faire aujourd’hui, d’une façon abstraite. Tu pars d’un texte, tu le leur fais lire, observer, tu te débrouilles pour que le savoir leur apparaisse… »

– « Mais enfin ! Je ne peux pas leur apprendre que le complément du nom peut être un adjectif, ou un nom introduit par une préposition, « de » ou « à » par exemple, ou une proposition relative… »

– « Pas de façon abstraite. Tu pars d’un texte… »

« Tu veux leur faire violence… »

Ah oui, la « grammaire de texte » opposée à la « grammaire de phrase »… L’obsession pédago !

– « Mais c’est diablement difficile, de trouver un texte — surtout un texte court — où il y aurait tout ça à la fois et rien que ça… »

– « T’as trop l’souci de l’exhaustivité. Z’ont toute leur vie pour apprendre petit à petit en fonction de leurs découvertes. C’est en construisant leurs savoirs qu’ils se construiront eux-mêmes, petit à petit. »

(Là, léger silence, de façon à bien me faire apprécier l’effet-citation de sa phrase, empruntée toute crue à quelque savant colloque de pédagogie moderne…)

– « Tu veux leur faire violence… », assène-t-il enfin.

« Fesez bien attention à respecter les consignes »

Nous en sommes donc là. Je me suis efforcée depuis la rentrée à leur faire entrer des règles dans la caboche — et puis Dieu le Père est venu m’observer en classe, et j’ai tout faux. « C’est pas comme ça que tu seras titularisée en fin d’année, Jennifer », menace-t-il. Et les cours à l’ESPE ne me disent pas autre chose. « N’enseignez pas le COD. Parlez de prédicat. » « Mais le ministre lui-même… » « Les ministres passent, la Pédagogie reste. »
Des croyants. Qui de surcroît obéissent aveuglément à ce précepte évangélique, « heureux les simples d’esprit… ».

« Fesez bien attention à respecter les consignes », dit la formatrice, prof de fac recrutée parce qu’en didactique, ils se cooptent en gros nullards. Nous n’étions pas loin de 70 stagiaires dans la salle, personne n’a bronché. Ma directrice de thèse n’en décolère pas. « Ils ont asséché toutes les créations de postes dans le Supérieur pour dix ans », constate-t-elle. Mais les élèves écrivent eux aussi « fesaient ». Alors… La langue mute sous mes yeux.

« Fesez bien attention… » Elle n’est pas la seule, à l’ESPE, à avoir avec la langue des audaces modernes. Vendredi dernier une formatrice nous diffuse un PowerPoint — l’alpha et l’oméga de la formation. Sur les deux premières diapos, l’imagination orthographique est au pouvoir. Première diapo : « les éléments qui composes », « délimiter le champs est important pour que les lecteur comprenne la situation ». Deuxième diapo : « L’objectif est donc de se poser « les bonnes question ». Un stagiaire lui demande en toute bonne foi si ce sont là des consignes orthographiques nouvelles. Réponse de l’intervenante : « J’ai fait ça à 23h, j’étais vraiment fatiguée, je vous assure, je n’avais pas bu d’alcool… » Hmm… Déculpabilise-t-elle le travail au dernier moment, l’innovation pédagogique ou la prise d’alcool ? Ou les trois à la fois ?

La note, la note, oui mais la note amie!

La même critique férocement Blanquer, arguant de son autorité d’enseignante du Supérieur. Et elle s’appelle Jennyfer comme moi — mais avec un –y-, ça fait plus « staïle », comme disent les mômes…

À noter que ces dérives orthographiques si créatives se généralisent. Un professeur de lycée, à en croire l’excellent site Bescherelletamère, a distribué ça à ses élèves :

proffff

Faut pas avoir honte !

Cette même semaine, j’ai découvert la notation positive. En Sixième, ou en Cinquième, pas question de faire une dictée non préparée. Et dans cette dictée, pas question de noter autre chose que les mots spécifiquement préparés. Et pas question que cette dictée fasse plus de cinq lignes. Il ne faut pas décourager les élèves…

Ah ? Ma foi, il m’est arrivé au cours de mes études de me prendre des tôles, je n’en suis pas morte. Mais apparemment, les loupiots d’aujourd’hui ont le cuir moins épais.
Et ils ont une créativité sans bornes. Due peut-être au fait qu’ils écrivent ce qu’ils croient entendre (prononcez-moi croyent, sale bande d’impies ! les élèves le disent, mes « collègues » le disent, mes professeurs de (dés)ESPE le disent !), et comme ils n’écoutent pas vraiment…

« Si nous voulons créer plus d’égalité parmi nos élèves, nous devons respecter leur choix de simplifier la langue… »

Une créativité due aussi au fait qu’ils n’ont rigoureusement rien appris en Primaire. Rien.
Et puis ils réinventent l’orthographe selon des règles qui leur appartiennent. Un sujet pluriel régit une forme verbale en « s », puisque c’est un pluriel. « Les chats miaules ». « Très bien », dit mon tuteur. « Il a saisi qu’il y avait un pluriel. » Oui — mais « les chats miole », je le note comment ? « Dis-moi, Jennifer, en anglais, à la troisième personne du pluriel, la forme du verbe est inchangée, n’est-ce pas… We love, you love, they love… Pourquoi le français persiste-t-il à compliquer les choses, sinon pour perpétuer les différences sociales, chaque classe sociale n’ayant pas le même accès au langage… Si nous voulons créer plus d’égalité parmi nos élèves, nous devons respecter leur choix de simplifier la langue… Tu n’es quand même pas une bourgeoise, si ? » Le vieux tourneur guevariste qui…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli

C'est le français qu'on assassine

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La pénurie de beurre, crise suprême du capitalisme?

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Le capitalisme pourrait très bien s’effondrer à cause du beurre. Cela fait deux cents ans qu’il dévaste la planète, accroît les inégalités, laisse la moitié de l’humanité mourir à petit feu mais bon, le réflexe en Occident, c’est tout de même de se dire que jusque là, ça va. On perd chaque année un peu plus de droits dans le travail, la santé, l’éducation, on laisse privatiser ce qui appartient à tous comme l’eau, les ressources naturelles, l’air. En même temps, on a des smartphones, on arrive encore (pas tous et pas très bien) à se loger, on ne meurt pas encore de faim même si on mange des trucs pas terribles et même si l’actualité est secouée régulièrement par des scandales dans l’agro-alimentaire.

Manquer de beurre, ça la fout mal

Mais voilà : le beurre. Le beurre va manquer, ou se vendre au prix du caviar. Si le communisme, c’étaient les soviets plus l’électricité, le capitalisme c’est la spéculation moins le beurre. Pour un système qui se vantait de produire l’abondance (tandis que les vilaines démocraties populaires n’avaient que de la margarine parce que c’était la faute à Lénine) et de la faire ruisseler sur tous, manquer de beurre, ça la fout mal. C’est tout de même très symbolique, le beurre. Manquer de beurre, dans l’imaginaire d’un pays comme la France, ça renvoie tout de suite aux pénuries les plus effrayantes. Pendant l’Occupation, pendant qu’on fusillait et déportait à tour de bras, qu’ils n’étaient pas très nombreux à résister, ce qui scandalisait le plus les Français, c’était le manque de matières grasses. D’où le marché noir avec ses rancunes et ses rancœurs. Relisez Au bon beurre de Dutourd, ou Le Chemin des écoliers de Marcel Aymé : les gens ont tendance à accepter n’importe quoi, sauf d’avoir la dalle ou d’être privé du plaisir consolant de la tartine grillée qui dégouline de beurre salé.

Les producteurs asphyxiés

En plus, là, si le beurre manque, ce n’est pas à cause d’un occupant étranger, c’est juste à cause d’un système complètement aberrant qui asphyxie les producteurs de lait en cassant les cours mais qui va trouver le moyen de faire flamber la tonne de beurre tout simplement parce que les nouvelles classes moyennes de la Chine et des puissances émergentes s’aperçoivent que c’est tout de même meilleur, le beurre, que l’huile de palme, y compris pour le cholestérol.

Eh oui, car pour bien refermer les mâchoires du piège à cons, les chercheurs ont affiné leurs critiques contre le beurre, le lait entier, la crème. Pas si dangereux que ça, en fait. Le problème, c’est que le marché s’est adapté vite, très vite, trop vite aux demandes diététiques de la clientèle. Hop, on a tranquillement tripatouillé génétiquement les vaches, le lait est moins entier mais c’est ballot, il en faut beaucoup plus pour faire du beurre. Et comme entre temps, le beurre est revenu en grâce, nous voilà tous menacés d’une rupture de stock.

La goutte (de beurre) qui fera déborder le vase

On a vu des peuples craquer pour moins que ça. La goutte de beurre sera peut-être celle qui fera déborder le vase des frustrations résignées qu’à force de propagande, de communication, d’agents dociles comme le président Macron, le capitalisme avait réussi à nous faire prendre comme une nécessité incontournable, une modernisation inévitable, un progrès qui allait nous rendre heureux, demain, plus tard, ne vous inquiétez pas. Si vous aviez l’impression que vous viviez moins bien que la génération précédente et que la génération qui allait venir après vous allait vivre encore moins bien, tout ça, c’était une illusion d’optique (version libérale hardcore) ou juste un curseur à trouver dans la répartition des richesses (version sociale-libérale).

Le problème, c’est qu’avec le beurre absent du petit-déj du salarié en CDI ou de la viennoiserie avalée hâtivement par l’auto-entrepreneur ubérisé sur son vélo, la colère peut se lever, la vie dans la France apparaître soudain pour ce qu’elle est : morne, précaire, dépourvue de plaisirs, tout entière soumise à des injonctions à travailler dans une société que le travail quitte. Et il n’y aura aucune Marie-Antoinette pour dire : « Ils n’ont pas de beurre, qu’ils mangent de la brioche. » Parce que dans une brioche, il faut du beurre. Et pas du glyphosate.

Le chemin des écoliers

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Au Bon Beurre

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« Il reste 150 mosquées salafistes en France »

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Pour notre confrère Alexandre Mendel, auteur de Partition, chronique de la sécession islamiste en France (Editions de l’Artilleur, 2017), les territoires perdus de la République ne le sont pas pour tout le monde. Dans une partie croissante de notre pays, les islamistes grignotent peu à peu notre mode de vie. Ainsi les attentats ne sont-ils que la partie émergée d’un djihad sociétal bien plus pernicieux que le terrorisme. Entretien (1/2).


Daoud Boughezala. « Armée de la haine », « armistice », « résistants » : dans votre livre Partition, chronique de la sécession islamiste en France (Editions de l’Artilleur, 2017), vous employez un lexique très guerrier. Si la France est en guerre, comment définiriez-vous son ennemi : le terrorisme islamiste, l’islamisme, l’islam ?

Alexandre Mendel. Mais qui a employé le mot « guerre » sinon, dans les heures qui ont suivi les attentats du 13-Novembre, François Hollande lui-même ? Qui nous a déclaré la guerre, sinon les quelque 20000 sympathisants de la haine intégriste que répertorie  officiellement le ministère de l’Intérieur. On est en guerre, mais on ne fait pas la guerre. Incroyable, non ?

Et pourtant, nous avons déjà vécu la même situation, entre 1939 et 1940. C’était la « drôle de guerre ». Une guerre sans combat, sans prisonnier, quasiment sans perte humaine et, surtout, sans combat… Excusez-moi d’établir un parallèle mais c’est exactement ce qu’il se passe en France. On a été écrasés par la Blitzkrieg. On est en ce moment écrasé par ce que j’appelle dans Partition la « Spritzkrieg », en référence à ces bobos qui se saoulent de spritz à 10 euros le verre dans les beaux quartiers de Paris, forts de leur bien-pensance, et qui nous condamnent, de fait, puisqu’on les écoute, à une défaite inéluctable face à l’islam intégriste.

Notre ennemi utilise le Coran comme manuel de guerre pour justifier sa guerre.

Vous croyez que nos ennemis s’embarrassent de considérations lexicologiques et morales ? Eux, parlent de guerre, eux, parlent de combat, eux, envisagent la victoire. Ils n’ont pas modifié leur vocabulaire. Ils sont compréhensibles à tout un chacun. Nous, nous ne nommons même pas l’ennemi ! L’ennemi, c’est ce que l’islam de France est devenu depuis la moitié des années 1990. Une religion hybride, entre Coran et projet politique de conquête, qui s’est musclée à la faveur du salafisme importé du Moyen-Orient. Je ne désigne pas l’islam comme ennemi en soi. Je ne dis pas que l’islam est dévoyé. Je ne suis d’ailleurs pas islamologue mais journaliste ! Mais enfin, je constate que notre ennemi utilise le Coran comme manuel de guerre pour justifier sa guerre.

Alors que Gérard Collomb a pérennisé certaines dispositions de l’état d’urgence, pourquoi ne voyez-vous qu’un rideau de fumée dans la lutte antiterroriste que mènent les pouvoirs publics ?

On va aller loin avec les « visites » (observez d’ailleurs, le glissement sémantique opéré entre perquisitions et « visites ») de ces mosquées prévues dans la nouvelle loi antiterroriste, sorte d’état d’urgence light… On se ridiculise, encore une fois jusque dans le vocabulaire choisi. Et en face, les salafistes, eux, se moquent de nos états d’âme d’Occidentaux élevés à la bien-pensance gauchiste pendant des décennies. Pourquoi cette loi n’a-t-elle pas tout simplement prévu la fermeture totale des mosquées salafistes sur tout le territoire français ? Soit environ 150 lieux de culte sur notre sol. Était-ce si compliqué ? Je ne le crois pas.

Seule une poignée de mosquées a été fermée.

J’aurais aimé voir ce débat à l’Assemblée nationale, mené notamment par les multiculturalistes forcenés d’En Marche ! Parce que les tenants de cette « Spritzkrieg »  – les bobos – se seraient arraché les cheveux pour savoir qui est salafiste et qui ne l’est pas. Bref, le législateur aurait lui-même décidé de définir le salafisme. Avec ce résultat : on aurait fermé une dizaine de mosquées, pas plus. On aurait fait la différence entre le salafisme et… le salafisme. Par peur de l’amalgame.

Que s’est-il passé depuis les attentats du 13 novembre ? Une poignée de mosquées a été fermée. Sur cette poignée, beaucoup ont rouvert sous d’autres noms dans d’autres lieux. Je note aussi qu’on n’a pas fait de « prisonniers de guerre » parmi ces ennemis… Quelle farce !

De Trappes à Grasse en passant par Mulhouse, vous décrivez par le menu ces bouts de France où une « charia soft » a force de loi non-écrite : commerces halal, pressions sur la vente d’alcool et la tenue des femmes, refus de la mixité au travail, etc. Établissez-vous un continuum entre l’islamisation de la société et les attentats djihadistes ?

Quand vous laissez tout faire, quand vous cédez à toutes les exigences de la charia, ne vous étonnez pas que certains musulmans radicaux veuillent aller plus loin et accomplir ce que leur prescrit le Coran : mener le djihad, en l’occurrence. Pas besoin d’être Cédric Villani pour résoudre cette simple mais douloureuse équation. J’ai rencontré des patrons de bars qui commencent à céder à la pression d’extrémistes qui ne veulent plus d’alcool dans les débits de boisson. On est juge en son pays, dit-on. Donc, ces portions de pays sont sous la coupe de ces idéologues islamistes de quartiers qui ont déjà – ou croient déjà avoir – conquis le pays !

La puissance numérique des salafistes est telle que leur loi s’applique d’elle-même.

Eux ne s’embarrassent plus à commettre des attentats sanglants pour imposer leur mode de vie. Ils n’en ont pas besoin. Leur puissance numérique est telle que leur loi s’applique d’elle-même. Finalement, l’islamiste en territoire cédé n’a besoin d’aucune arme. Tandis que le djihadiste veut nous tuer dans les territoires qui ne sont pas encore partitionnés.

Par l’image violente de l’islam qu’ils propagent, les attentats ne nuisent-ils pas aux projets de « hallalisation » (Gilles Kepel) de la France ? 

Au contraire ! Plus ils nous tuent, plus on se déculotte. L’Occident qui aime battre sa coulpe se dit : « Peut-être que nous devrions changer notre rapport aux religions… » Vous noterez, d’ailleurs, que l’expression occidentale « fait religieux » remplace le mot « islam » dans nos concessions à la laïcité… Je prends un exemple, celui de l’interdiction du burkini, ce maillot de bain recouvrant intégralement le corps de la femme. Deux mois après les attentats de Nice, à l’été 2016, que fait le Conseil d’Etat, dont, je rappelle, les arrêts ont valeur de loi (en l’absence de loi, justement, sur le sujet) ? Il les autorise ! La plus haute autorité administrative, présidée en certaines circonstances par le Premier ministre lui-même, a donné raison aux extrémistes !

Le djihadisme nous tue physiquement, le communautarisme tue notre mode de vie

On leur accorde plus de droits, on écoute leurs doléances, même les plus délirantes… Ont-ils cessé de nous tuer ? Non ! Prenons un autre exemple, pas si lointain : la Grande-Bretagne qui laisse à peu près tout faire en termes de « hallalisation » du pays a eu également à souffrir, dans sa chair, d’attentats. Longtemps, on a cru que le modèle laïc et républicain français était, en soi, incompatible avec l’islam. Qu’on avait frustré, en quelque sorte, les musulmans. Puis est survenu l’attentat de Manchester, dans un pays qui a cédé, depuis longtemps, à presque toutes les exigences du communautarisme ! On a compris, ou on aurait dû comprendre pour être exact, qu’ils nous détestaient même quand on leur fait des courbettes. L’islam armé de kalachnikovs ou des fantasmes scénarisés par les associations communautaristes a le même but : imposer sa loi, partout. Le premier nous tue physiquement. Le second tue notre mode de vie.

à suivre…

Partition: Chronique de la sécession islamiste en France

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J’adore le sport… mais je suis contre Paris 2024

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Bientôt Bercy ! Puis le « Boxing Day », les Jeux d’Hiver, le Tournoi des VI Nations, Paris-Roubaix, la finale de la Ligue des Champions, le Tour de France, et voilà encore une année de passée.

Si comme moi vous préférez découper l’année ainsi plutôt qu’en Toussaint, Noël ou « ponts », c’est que vous aimez le sport, que dis-je, LES sports. Alors, pensez donc, recevoir les Jeux Olympiques d’été, c’est l’Amérique ! Enfin, non, l’Amérique c’est 2028 à Los Angeles, 2024 c’est chez nous ! Ici c’est ? Paris !

Quelle joie de voir à la maison une prochaine razzia de médailles françaises et les grandes stars étrangères d’athlétisme, de natation ou de basket sur nos stades, nos chaînes de télé, et sans décalage horaire.

Paris à tout prix?

Mais, car il y a un mais, le féru de hand, le mordu de judo, le dingue d’équitation et le fana de gymnastique doit-il pour autant faire semblant d’ignorer les nombreuses questions posées par cette candidature ? Autrement dit, peut-il être la même personne que le contribuable soucieux, l’usager des transports inquiet, le militant vigilant et le père de famille responsable ? Et si oui, qui l’emporte ?

A lire aussi: Jeux olympiques: plus vite, plus haut, plus cher!

Après tout, on peut aimer le foot et ne pas manquer de s’alarmer de la bulle spéculative des transferts faramineux ou du « soft power » des puissances du Golfe dans le sport. Pourquoi en irait-il autrement pour l’organisation des Jeux à Paris ? Ami lecteur, je le confesse : je voudrais que les Jeux de 2024 aient lieu, oui, mais où ?

Même pas sûr de pouvoir me rendre au stade !

Car sous prétexte d’assister à une finale du 100 m, devrais-je tout accepter sans broncher? Je ne suis même pas sûr de pouvoir me rendre au stade ! Car non seulement je devrai me coltiner pendant toutes ces années les chantiers pharaoniques avec leur lot d’inconvénients (salut à toi, qui oses encore prendre ton véhicule sur l’A86) tout en réglant la note en hausse d’impôts locaux, tarif Navigo, stationnement… mais en plus, je dois déjà me préparer à ne même pas pouvoir me payer un seul billet pour assister aux épreuves. Le comble.

A lire aussi: Paris 2024: les JO d’Hidalgo, vous ne pouvez pas être contre!

Je vois déjà le tableau, comme pour l’Euro 2016 et toute grande compétition internationale depuis maintenant 20 ans, ce sera un tirage au sort via internet, c’est-à-dire que l’habitant du Massachusetts ou de Pékin aura autant de chances que celui du Finistère ou de Clichy de gagner le gros lot. Enfin, de payer le gros lot surtout car j’attends avec impatience la grille tarifaire, tout particulièrement pour les sports rois comme l’athlétisme, le basket ou encore la natation. Quant aux chaînes de télé et acteurs internet, nous permettront-ils de voir encore gratuitement les épreuves et émissions ou serons-nous obligés de nous abonner, et à quel prix ?

Enlèvement demandé

A défaut, je pourrais participer à la fête, même de loin, dans des fans-zones ou des cafés… Hum, je doute que les bistrotiers résistent à l’envie de profiter de la masse des supporters pour augmenter leurs prix, voyez-vous.

Et puis le véritable amateur de sport c’est bien celui qui n’hésite pas à se lever à 4 heures du matin pour voir la finale d’Alain Bernard à Pékin, pas vrai ? Pourquoi nous priver, chers lecteurs, de ce petit plaisir, je vous le demande.

J’ai donc la réponse à ma question et dois me résoudre, la mort dans l’âme, à préférer les JO… à l’étranger.

Daech, un totalitarisme fondamentalement islamique

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Terroristes de Daech en Syrie, février 2015. SIPA. 00704025_000001

Un lecteur de Causeur.fr a posté dans les commentaires de mon précédent article un extrait d’une intervention de Xavier Raufer, dans laquelle celui-ci déclare que l’État islamique (EI) ne serait pas un groupe terroriste mais une armée mercenaire, et que ses chefs ne sont pas des djihadistes mais des militaires laïcs issus des anciennes troupes de Saddam Hussein. J’en remercie ce lecteur, car il est toujours bon d’échanger et de débattre, surtout sur un sujet aussi complexe que l’Etat islamique – et « surtout si vous n’êtes pas d’accord ». Or il se trouve justement que je ne suis pas d’accord !

Pas de simples criminels

Xavier Raufer est un spécialiste reconnu, qui a écrit des choses très justes dans le domaine de la criminologie. Ceci dit, il me semble que son expertise le conduit justement à trop se focaliser sur la dimension criminelle (au sens criminologique du terme) de l’Etat islamique, au détriment de sa dimension véritablement religieuse, étant entendu que les deux se nourrissent l’une de l’autre et s’entremêlent au point d’être parfois difficiles à distinguer – on pourrait d’ailleurs dire la même chose de sa dimension politique.

C’est pourquoi en décembre 2010 il écrivait « le Djihad global en voie de disparition. » On pouvait y lire entre autres que «  pour le courant salafiste-djihadiste (…), pour ce fanatisme droit issu des terribles traumatismes de l’an 1979 (révolution islamique en Iran, conquête par des fondamentalistes des lieux saints de La Mecque, invasion d’un pays musulman, l’Afghanistan, par l’Union soviétique), la partie [était] perdue » et que « dans les faits, il [était] clair que le djihad planétaire n’exist[ait] plus », que « 95 % de ce qu’on nomme ainsi releva[ait] plutôt de la guérilla patriotique ou de la résistance à l’oppression – vouées pour l’essentiel à cesser quand ces occupants et oppresseurs [seraient] partis. »

Il est évidemment un peu facile de critiquer a posteriori, mais je pense que l’erreur de Xavier Raufer montre bien que les groupes djihadistes ne peuvent pas être analysés uniquement comme des bandes armées criminelles, même s’ils peuvent être rejoints par des groupes de pillards et de mercenaires, au sens où l’étaient les « grandes compagnies » de notre Moyen-Âge, et même s’ils concluent des alliances ponctuelles avec telle ou telle milice locale qui ne leur reste loyale que tant qu’ils peuvent lui garantir des revenus suffisants.

Le djihad de génération en génération

Les mouvements djihadistes ne peuvent être véritablement compris que si on s’inscrit aussi dans le temps long du djihad, et pas seulement dans le temps court de tel ou tel jihad.

Le djihad, en tant que lutte armée, s’appuie sur certains versets du Coran et sur l’activité combattante du prophète de l’Islam et de ses héritiers immédiats au VIIe siècle. Son approche théologique fut essentiellement codifiée entre le IXe et le XIe siècle. Sa nature de rencontre cyclique entre, d’une part, un élan religieux permanent consubstantiel à l’islam, et, d’autre part, des opportunités sociologiques, économiques ou politiques locales et ponctuelles, a été brillamment analysée par Ibn Khaldoun au XIVe siècle. Le salafisme wahhabite date du milieu du XVIIIe siècle. Le djihad peul a eu lieu au tout début du XIXe, et la création des Frères Musulmans en 1928. Et même si 1979 est une année importante pour beaucoup de groupes djihadistes contemporains, ils s’inscrivent dans une généalogie bien plus longue, et qu’il ne faut pas oublier.

A lire aussi: Pour vaincre l’islamisme, détruire Daech ne suffit pas

En outre, des structures comme Boko Haram ou les Talibans, qui contrôlent à nouveau une part de plus en plus importante de l’Afghanistan, n’ont malheureusement pas vocation à disparaître au départ d’hypothétiques « occupants ou oppresseurs ».

Ceci dit, même si l’analyse de Xavier Raufer est incomplète, elle reste intéressante, et il touche du doigt une partie – mais une partie seulement – de la réalité de l’Etat islamique. Il a d’ailleurs parfaitement raison lorsqu’il dit que l’Etat islamique est plus une armée qu’un groupe terroriste au sens habituel du terme. Mais la qualification de « mercenaire » est trop réductrice.

L’internationale du fanatisme

L’État islamique est une structure complexe, dont certains membres sont d’authentiques fanatiques religieux ; d’autres des amoureux de la violence qui se sont mis au service d’une idéologie donnant une caution divine au déchaînement de leurs pires désirs ; d’autres des mercenaires opportunistes sans foi ni loi ; d’autres des personnes tâchant simplement de tirer leur épingle du jeu dans le chaos ambiant ; d’autres les défenseurs de causes politiques, ethniques ou sociologiques, allant du panarabisme au tiers-mondisme en passant par des revendications purement locales ; et ainsi de suite. Ajoutons-y les inévitables désaccords théologiques et querelles d’école, et la référence permanente à des origines glorieuses mythifiées et à des califats historiques largement enjolivés. Avant d’être une réalité politique, le califat est objet de fascination, propice à servir de support à de nombreux fantasmes, par nature imprécis et parfois contradictoires.

L’Etat islamique est né pour l’essentiel de la rencontre entre des dissidents d’Al Qaïda (pour des raisons de choix stratégiques plus que de désaccords de fond) et, en effet, d’anciens membres de l’armée de Saddam Hussein, rencontre à laquelle s’ajoutent toutes sortes de facteurs, dans le contexte de cet « Orient compliqué » où tout le monde essaye d’utiliser tout le monde au gré d’alliances plus ou moins changeantes, et où la proximité idéologique se mêle aux convergences temporaires d’intérêts.

Saddam Hussein ou l’islamisation à marche forcée

On a beaucoup lu et entendu que Saddam Hussein, son parti Baas et son armée étaient laïcs, et par conséquent opposés aux islamistes en tout genre. C’est oublier un peu vite que la notion même de « laïcité » n’a pas partout le même sens, et surtout que Saddam et les siens ne sont pas restés inactifs entre 1991 et 2003.

1991 : opération « tempête du désert », retrait des troupes irakiennes du Koweït, fin de la « guerre du Golfe ». Saddam Hussein œuvre à consolider son autorité et son contrôle du pays. En particulier, il sait qu’il ne pourra pas lutter sur tous les fronts, et fait alliance avec une partie importante de l’ancienne opposition islamiste, voyant dans la religion et l’exaltation de l’identité islamique de son pays un moyen de galvaniser la population contre les « croisés », et de la souder derrière lui. Symbole tangible de cette évolution majeure, avant même le déclenchement de « tempête du désert » Saddam fait modifier le drapeau irakien, y inscrivant « Allah Akbar », phrase qui devient la devise du pays à la place de l’ancien « Unité, Liberté, Socialisme ».

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A partir de là, Saddam Hussein se lance dans une islamisation à marche forcée du pays, se présente comme un descendant du prophète, et encourage les principaux prédicateurs qui expliquent que le but des sanctions internationales est de détourner les irakiens de l’islam, et que la lutte contre les « croisés » est la stricte continuité des combats du prophète et de ses compagnons (les fameux  « salafs ») contre les hérétiques et les incroyants.

Il est difficile de mesurer l’efficacité de ces campagnes d’islamisation, ou la part de sincérité dans des comportements religieux imposés. On peut néanmoins affirmer que les cadres de l’armée de Saddam en 2003, donc 12 ans plus tard, avaient au minimum su s’adapter à ce climat qui n’avait plus rien de laïc, et que parmi les plus jeunes, ou les plus récemment promus, beaucoup y adhéraient probablement réellement.

Après Saddam, le déluge

2003 : chute du régime de Saddam Hussein. De la prison de Camp Bucca aux zones de combat, les opposants aux Occidentaux parfois se combattent et parfois s’associent, et des liens se créent. Les anciens soldats de Saddam, qui ont tout perdu, qui sortent de plus de 10 ans de propagande islamiste, sont placés dans une situation où les notions de « régénération » et de « retour aux sources » sont naturellement des plus séduisantes, et où le simple fait de craindre pour sa vie au quotidien donne un relief très particulier aux croyances religieuses. Al Qaïda voit en eux un vivier formidable, détenant des compétences précieuses, et il ne fait aucun doute que l’organisation encore dirigée à ce moment par Oussama Ben Laden déploie des trésors de savoir-faire pour les recruter et, si besoin, les convertir à sa vision de l’islam – du moins jusqu’à la rupture officielle entre Al Qaïda et l’EI en 2013.

En d’autres termes, au moment de la proclamation du califat en 2014, les fameux cadres « laïcs » ne sont plus membres d’une structure laïque depuis 23 ans ! A ce moment, même ceux d’entre eux qui étaient déjà dans l’armée de Saddam lorsqu’elle était encore laïque ont connu 12 ans de propagande islamiste en son sein, et 11 ans de plus au contact d’Al Qaïda.

Pour autant, les cadres de l’État islamique ont-ils tous la même ferveur, la même adhésion inconditionnelle à l’idéologie du groupe ? Il est pratiquement certain que non. Y a-t-il parmi eux quelques hommes dont la ferveur religieuse ne serait qu’une façade, un outil pour mieux contrôler leurs troupes ? C’est très probable. Ont-ils conclu des alliances avec des mercenaires sans foi ni loi, « sans islam ni charia » ? Bien entendu.

Une armée de plus en plus extrémiste

Néanmoins, tout ce que l’on sait de l’EI conduit à penser que le contrôle social y atteint un degré extrême, et qu’un responsable dont l’hypocrisie serait évidente ne survivrait probablement pas longtemps. L’hypothèse selon laquelle l’EI dans son ensemble serait une armée mercenaire utilisant l’idéologie simplement comme vitrine me semble improbable au point d’en être impossible.

D’abord parce que leur propagande comme leurs actes (génocide des Yézidis, destruction des lieux historiques, attentats, etc.) sont parfaitement en phase avec les convictions qu’ils prétendent avoir, toujours justifiés par des références aux textes religieux, et un tel degré de cohérence, une telle obsession pour la cohérence, serait peu compatible avec une simple façade.

Ensuite, parce qu’on voit mal quel intérêt auraient les chefs de l’Etat islamique à faire passer leur structure pour un califat fondamentaliste s’ils n’avaient pas l’intention qu’il en soit un : l’image qu’ils donnent conduit très efficacement à attirer les pires des fanatiques et à faire fuir les autres, ce qui revient pour eux à se placer sous le regard d’une armée de plus en plus extrémiste, armée qui de ce fait n’hésitera pas à se ranger sous la bannière du plus fanatique de tous en cas de rivalités internes. En d’autres termes, quelles qu’aient été leurs intentions initiales, les chefs de l’EI se sont rapidement mis en situation d’être contraints par leurs propres principes.

La religion, socle du totalitarisme

Enfin, parce que tous les témoignages recueillis, de victimes de l’Etat islamique comme de membres du califat, concordent. Je pense en particulier à ceux qui ont été recueillis par David Thomson pour former la base de son livre Les revenants, dont je ne peux que recommander très chaudement la lecture. Selon ces témoignages, nous sommes bien en présence d’un authentique totalitarisme, profondément imprégné de son idéologie, et appliquant avec ferveur sa lecture littérale et littéraliste des textes sacrés de l’islam.

L’État islamique est divers, lié à un agrégat complexe de groupes armés aux natures variées, et d’individus aux motivations multiples. Reste qu’il est sous-tendu par un facteur déterminant, c’est la légitimation par la religion de son extrême violence et de sa soif de conquêtes, la référence permanente aux textes fondateurs de l’islam qui en grande partie l’inspirent, et dont à tout le moins il recherche l’approbation.

Alors que l’Etat islamique meurt en tant que structure territoriale, ses membres n’ont renoncé à aucune de leurs raisons d’agir. Ne nous leurrons pas, d’une manière ou d’une autre beaucoup d’entre eux continueront à être le bras armé de l’hydre de l’islam politique, au Moyen-Orient, en Afrique ou en Occident. Toutes les têtes de l’hydre ne sont pas identiques, certaines affichent ouvertement leur délectation dans l’horreur tandis que d’autres s’affirment « quiétistes » ou rejoignent des luttes qui se veulent émancipatrices, décoloniales ou tiers-mondistes, certaines montrent les crocs de la violence alors que d’autres ont le sourire de l’influence culturelle et politique, et le venin des accusations « d’islamophobie » hostiles à toute critique, mais toutes participent bien de la même chose.

A nous de ne pas baisser la garde.

Taxation des dividendes: le bug de l’an 2017

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Photo : axelle b.

Certaines bévues fiscales se traduisent par des ponctions dramatiques sur le patrimoine national : c’est notamment le cas des dispositions ayant rendu possible le « carrousel de TVA », qui, au niveau européen, rapporte chaque année des dizaines de milliards d’euros au grand banditisme sous forme de remboursement de montants de TVA qui n’ont en fait jamais été encaissés. La malheureuse taxe sur les dividendes prélevée depuis 2013 par le fisc français n’a certes pas la même ampleur ni les mêmes conséquences, mais sa récente condamnation par le Conseil constitutionnel donne l’occasion de réfléchir au même problème : l’organisation déficiente de nos finances publiques.

Petite histoire d’une taxation illégale

La « contribution additionnelle à l’impôt sur les sociétés au titre des montants distribués » a été créée par la loi de finances rectificative du 16 août 2012. Elle se traduit par une contribution de 3 % des montants distribués dont la mise en paiement est postérieure au 17 août 2012. Une société redevable de cette contribution additionnelle a donc dû payer au fisc un montant égal à 3 % de ce qu’elle verse à ses actionnaires. De plus, car il n’y a pas de petit profit, cette taxe réduisant de facto le bénéfice de la société ne le réduisait pas de jure pour le calcul de l’impôt sur les sociétés (IS).

L’opération se révéla d’abord juteuse : alors que Bercy anticipait une rentrée de 1,6 Md€ la première année, il en arriva 1,8, puis 1,9 l’année suivante, puis 2,1 et 2,2 Md€, selon Les Échos du 3 novembre 2015. Mais il arrive que les moutons ne se laissent pas tondre sans rouspéter : des entreprises engagèrent des contentieux, qui remontèrent évidemment au Conseil d’État, lequel transmit en juin 2016 une question prioritaire de constitutionnalité au Conseil constitutionnel et une question préjudicielle à la Cour de justice de l’Union européenne. Le gouvernement, dont le ministre de l’économie fut Emmanuel Macron depuis août 2014 jusqu’au 30 août 2016, aurait pu alors décider de revenir sur cette disposition fiscale dont le sort juridique paraissait mal parti. Il préféra attendre, et cet attentisme se poursuivit avec le gouvernement Philippe constitué après l’élection présidentielle.

La censure du Conseil constitutionnel fut prononcée le 6 octobre 2017. Elle va obliger le Trésor à rembourser progressivement les sommes indûment perçues. Ses responsables et ceux de Bercy s’y attendaient : ils avaient anticipé, sous forme de provision, près de 6 Md€ à restituer. Il semblerait que le montant total doive approcher plutôt les dix milliards.

L’Etat ne paiera pas?

Cette bévue fiscale ne coûte quasiment rien – financièrement – à l’État  Du point de vue strictement financier, l’affaire s’apparente à un emprunt forcé : de grandes entreprises ont été obligées d’avancer au Trésor public des sommes que celui-ci doit maintenant leur rembourser, et cela, semble-t-il, sans y ajouter des intérêts ou autres dédommagements. Mais il va falloir revoir les résultats comptables de l’État français sur plusieurs exercices, ou assumer l’inexactitude de la comptabilité publique.

En effet, les sommes versées par des sociétés au titre de la « contribution additionnelle à l’IS » ont été comptabilisées en recettes, alors qu’en définitive elles auront seulement constitué une avance de trésorerie, un peu comme si lesdites sociétés avaient souscrit des bons ou des obligations du Trésor à taux nul. En conséquence, le déficit public des années 2012 à 2016 ou 2017 devrait être revu à la hausse, ainsi que la dette publique. Ensuite, au fur et à mesure des remboursements, qui ne constituent pas des dépenses, cette dette sera remboursée comme à l’accoutumée, puisque l’État est largement et pour longtemps déficitaire, en recourant à de nouveaux emprunts, plus classiques cette fois.

Des leçons à tirer

Premièrement, une recette annuelle de l’ordre de 2 Md€ s’évanouissant, il va falloir soit trouver des recettes fiscales supplémentaires, soit réduire les dépenses, soit assumer un accroissement du déficit. Il se peut que, la croissance économique s’accélérant, et avec elle le produit de notre impressionnante panoplie d’impôts et taxes, l’accroissement des rentrées fiscales se réalise sans décisions spécifiques. En revanche, si la croissance est faible, le choix à faire entre plus d’endettement ou une plus forte pression fiscale sera délicat.

Mais nos dirigeants auraient tort de penser : ce petit couac n’a finalement pas grande importance, poursuivons tranquillement nos affaires. Cette comédie fiscale est comme une pièce de Molière : nous en rions, parce qu’il ne sert à rien de pleurer sur la sottise humaine, mais il serait intelligent, après rire, de constater nos défauts et d’entreprendre d’en corriger au moins quelques-uns.

Assez des bricolages fiscaux

Ce qui est en cause avec cette taxe, c’est le bricolage fiscal. Année après année, Bercy imagine, et la Représentation nationale vote, après amendements et ajouts, des mesures fiscales qui partent dans tous les sens, en l’absence de principes clairs et de raisonnements rigoureux. Les contribuables – dans ce cas, les sociétés, mais il en va de même pour les ménages – sont soumis à l’arbitraire d’une caste dont les membres ont érigé la débrouillardise en unique principe d’action. Nous devrions entendre et méditer le cri poussé par Michel Taly, qui fut directeur du service de la législation fiscale, dans son ouvrage Les coulisses de la politique fiscale (PUF, 2016) : « J’ai souvent été frustré, tant la cohérence, la simplicité et l’efficacité cèdent le pas, au moment de l’arbitrage final, aux impératifs de communication et à la recherche de compromis. »

Cet homme capable de voir les choses de haut tout en ayant eu constamment les mains dans le cambouis « souhaite simplement pointer les dysfonctionnements dans la gouvernance de la politique fiscale (qui ne sont pas du seul fait des politiques, mais mettent en cause aussi l’administration et toutes les parties prenantes) et les erreurs de diagnostic qui expliquent les incohérences et les complexités de notre système fiscal. » Il nous faudrait, en combinant les compétences techniques de tels spécialistes et la recherche de sens et de cohérence que Philippe Nemo exprime dans sa Philosophie de l’impôt (PUF, 2017), réaliser un véritable aggiornamento fiscal. Notre pays en a le plus grand besoin.

Philosophie de l'impôt

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Djihadisme: les dessous de la filière marocaine

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maroc daech islam espagne
Prévenus accusés d'avoir recruté des volontaires pour le djihad en Irak, Rabat, 2008. Sipa. Numéro de reportage : AP20688866_000006.

C’est une question soigneusement évitée à chaque nouvel attentat qui survient. Au vu des derniers attentats récents de Barcelone, toujours la même interpellation qui surgit : pourquoi de jeunes Marocains ou européens d’origine marocaine et issus de l’immigration basculent-ils de la petite délinquance à l’entreprise terroriste ?

Les filières catalanes

Après la multiplication des actes isolés pendant quelques mois partout sur le sol européen, les filières de Barcelone ont révélé le retour à des profils de terroristes plutôt jeunes et délinquants, organisés en filières et fortement idéologisés pour passer à l’action en « meute » et en fratries. Ces réseaux construisent un environnement propice : la délinquance forme les hommes à l’action violente, les réseaux existants permettent des solidarités et des trafics au-delà du simple hachisch, et qui peuvent aussi faire transiter facilement de l’argent pour d’autres objectifs.

Ces jeunes sont tous d’origine marocaine pour les attentats de Barcelone comme ceux de Bruxelles. Comment interpréter ces faits récurrents ? Loin de vouloir faire du culturalisme, nous pouvons expliquer ce phénomène de plusieurs raisons.

Un réseau de solidarité mondiale

La diaspora marocaine fait partie des dix plus grandes diasporas au monde avec près de 10 millions de Marocains répartis dans le monde pour une population totale de 35,28 millions de Marocains au pays. Ce qui signifie donc que 1 Marocain sur 4 dans le monde vit en dehors de son pays. Cela tisse une toile et un réseau extraordinaire de solidarité, de communication et de circulation de capitaux parmi les plus importantes au monde pour une diaspora.

A lire aussi: La diaspora marocaine, nouvelle main d’oeuvre privilégiée du terrorisme islamiste

Dès les années 1970, après l’immigration économique, beaucoup de familles se sont regroupées en Europe alors que la crise économique commençait à sévir violemment en Belgique et en France. Combien de jeunes nés dans les années 1980 ont toujours connu leurs parents au chômage, et ont pu ou dû basculer dans le royaume de la débrouille ?  A tel point, que l’économie informelle est devenue partie prenante du quotidien pour un certain nombre.

Le Maroc, premier producteur mondial de haschich

Le développement du territoire transnational et des réseaux entre immigrés belgomarocains et marocains est une réalité et n’y est pas pour rien dans le glissement de certains jeunes « Marocains » en Europe. La création de véritables comptoirs commerciaux, a fait émerger des carrefours du trafic : Molenbeek en Belgique en est un parmi des centaines de relais en Europe de ce commerce illégal. Idem en Espagne avec des villes comme Barcelone ou Algésiras, villes internationales ou zones franches et portes d’entrée du vieux continent. Doit-on rappeler que le Maroc est considéré par les Nations unies comme le premier producteur mondial de haschich ? Cela crée des convoitises et rapporte beaucoup d’argent pour ceux qui en font commerce dans le reste du monde, et en particulier en Europe.  Les réseaux tentaculaires ont fleuri en Europe via l’immigration. C’est sur ce réseau extraordinaire de solidarité mis en place que la cause djihadiste peut alors se développer à l’international.

Une manne pour le financement du terrorisme

Malgré la « rupture » historique des Rifains avec la monarchie, ces derniers ont toujours gardé un lien très fort avec le Maroc, que ce soit à travers l’envoi d’argent ou le mariage.

Aujourd’hui, en Belgique, il y aurait environ 600 000 habitants d’origine marocaine, soit 3,9 % de la population totale. Côté Catalogne, il y a depuis les années 1960 une forte présence musulmane marocaine et pakistanaise à Barcelone: environ 300 000 musulmans. La région, par ses velléités indépendantistes, a toujours favorisé les revendications identitaires et spécificités culturelles diverses, tout en écartant bien évidemment la valorisation des valeurs nationales républicaines. C’est ce qui s’est aussi passé en Belgique : les associations marocaines ont été largement soutenues dans leur différence et identité, au détriment du soutien aux valeurs nationales du royaume.

Est ce un hasard si on a longtemps qualifié la Catalogne, elle aussi nationaliste en rébellion face à Madrid, de « plaque tournante du djihadisme » ? A tel point que pour la CIA dès 2010, elle était « le foyer du djihadisme européen », à la croisée du Maghreb et du cœur de l’Europe avec la France. Depuis 2012, près des 3/4 des arrestations d’islamistes radicaux qui ont eu lieu en Espagne, l’ont été en Catalogne.

Crise économique et économie informelle

La crise économique mondiale de 2008 a eu des conséquences en Europe, premier partenaire des pays du Maghreb. L’Europe du Sud a été largement touchée et en particulier les saisonniers qui se rendent chaque année dans le sud de l’Espagne pour les récoltes, ou viennent pour le secteur du bâtiment. Entre 2000 et 2008, le chômage a explosé et atteignait près de 28 % de la population active. L’immigration marocaine fut en première ligne. Enfin, l’économie souterraine va donc bon train en Espagne, encore plus depuis la crise économique. Le pays fonctionnerait avec 20 % à 30 % de son économie notamment dans l’hôtellerie et la restauration, secteurs clés du tourisme, au noir. Ce qui n’est pas évidemment pour permettre aux immigrés notamment d’obtenir statut officiel, sécurité, stabilité et reconnaissance. Et ce qui permet aussi de faire fructifier son propre trafic sans être inquiété par l’État peu efficace dans la lutte contre la fraude. Le basculement de la petite délinquance au terrorisme a suffisamment été démontré pour un certain nombre des terroristes récents.

70% de djihadistes marocains viennent du Rif

Dès 2011, le pouvoir marocain a poussé indirectement certains ex-détenus à partir en Syrie directement. Ainsi, on estime leur nombre à 1500 Marocains dont 70% du Rif. La réalité est que le pouvoir chérifien semblait préférer voir certains de leurs ressortissants disparaître là-bas, avec le risque de se faire tuer et un risque minime de les voir revenir et germer sur le territoire national et devenir un élément contaminant.

Dans Le Rendez-vous des civilisations (Le Seuil, 2007).,Emmanuel Todd et Youssef Courbage mentionnaient déjà en 2008 que la transition démographique très rapide qui a lieu dans une grande partie du monde arabe a comme souvent dans d’autres parties du monde avant provoqué des phénomène de violence sociale très forts. Ce fut le cas en Algérie dans les années 1990 et plus tardivement au Maroc aussi. Cela amène dès lors à des reconfigurations violentes de l’imaginaire et des représentations religieuses. Et pose l’hypothèse suivante que le Maroc parvient encore à contrôler au pays la violence de cette transition démographique mais qu’elle s’exporte, ou a lieu à l’extérieur, et notamment au coeur de la diaspora si importante et devient incontrôlable.

40% de chômage

Cela a repris récemment au Maroc. La région du Rif a connu récemment de nombreuses manifestations dont l’épicentre est Al-Hoceima. Les premiers procès de fin août 2017 ont condamné à 20 ans de prisons certains jeunes qui demandaient avant tout de quoi étudier, se loger, se nourrir. Traditionnellement, on avait tendance à penser que le roi Mohamed VI avait réinvesti la région depuis son accession au trône. De plus, l’économie du kif apporte une rente substantielle à nombre de producteurs et leurs familles. Pour ceux qui veulent suivre la voie traditionnelle, les choses semblent plus compliqués. Ces jeunes sont prêts à tout pour pouvoir avoir les mêmes chances que n’importe quel jeune vivant en Europe, et encore cela dépend des pays, pour pouvoir obtenir une formation, des diplômes et un emploi. Or, le chômage des jeunes reste extrêmement fort au Maroc. Ils sont en effet près de 40 % à être sans emploi. Que feront-ils ? Que deviendront-ils ? Quelle image que d’être encore à plus de 30 ans chez ses parents sans projet viable de vie ?

Drogue et déradicalisation

La question est profonde et doit être résolue d’un point de vue euro-méditerranéen. La collaboration ne peut pas être uniquement européenne mais doit se faire en synergie directement avec le Maroc. Bien sûr, cela sous-tend d’évoquer des questions épineuses. La fin de la radicalisation peut-elle passer par un tarissement du trafic de drogue et tous ces réseaux parallèles avides d’argent et de mort et directement opérationnels pour des entreprises de mort ? Il est difficile de trancher mais il est clair qu’une lutte active contre l’économie informelle, contre l’échec scolaire, pour une meilleure réintégration des personnes désintégrées par l’injonction d’intégration, nous prémunira probablement d’autres dommages collatéraux.

Balance ton porc… sauf celui de La Chapelle-Pajol?

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Une femme marche dans Paris. SIPA. AP21594921_000002

Étonnant, le parallèle fait par la secrétaire d’Etat chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, entre le « harcèlement invisible » sur le boulevard Saint-Germain et celui inquiétant du quartier de La Chapelle-Pajol. Il fallait tout de même oser ! Surtout après le silence des autorités lors des agressions dont furent victimes les femmes dans ce quartier.

On notera avec stupéfaction que la Délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes du Sénat ne rédigea alors aucun communiqué. Aucune sénatrice, aucun sénateur au sein de cette délégation, toute appartenance confondue, ne s’en est ému. Ayant adressé un mail à la Conseillère en charge du secrétariat de cette délégation pour m’étonner de ce silence, je ne reçus aucune réponse. Collaborateur parlementaire à l’époque, je n’étais pas dans mon rôle. Certes. Mais quel parlementaire a jamais reçu mandat pour se taire devant ces faits ?

La crainte confortable de l’homme politique français

Le progressisme se serait-il emparé de tous les esprits ? Nos parlementaires, désemparés devant la question de l’immigration, s’accorderaient-ils, dans le dos de leurs électeurs, à reconnaître peu à peu la cohabitation sous le même toit de la République de deux mentalités opposées ayant chacune leur cohérence propre ?

Pour un certain nombre d’orientaux (musulmans) de ce quartier Chapelle-Pajol, la femme est inférieure à l’homme, lui doit obéissance, doit rester à la maison et, si elle sort, doit le faire en se voilant. Seule dans la rue, habillée à l’occidentale, elle est une dévergondée qui, contrevenant à l’esprit de sa religion, ne mérite aucun respect. Agressée, elle n’est pas à plaindre et n’a pas à être défendue. Une fois posée l’inégalité hommes/femmes, la suite s’en déduit logiquement.

A lire aussi: La Chapelle, Bagnolet, Saint-Denis: no women’s lands aux portes de Paris

Ne pas dénoncer dans un communiqué la multiplication des agressions de ce type, c’est aller plus loin que la seule affirmation du droit à l’existence sur notre territoire de cette religion, c’est reconnaître sa cohérence interne, même quand celle-ci, chez certains de ses fidèles, est en contradiction avec nos principes républicains. C’est vouloir s’abstenir de juger à l’aune de nos valeurs des comportements régis selon d’autres règles et selon une autre conception de la nature des rapports hommes/femmes. C’est craindre de verser dans un ethnocentrisme où tenterait encore de s’affirmer une quelconque supériorité du sujet occidental. Cette crainte est un confort pour l’homme politique. Elle lui permet de ne pas voir ce qu’il voit, ce qui est le propre même de la mauvaise foi… et de l’irresponsabilité.

Balance ton porc… devant la justice

Pour la plupart des occidentaux (chrétiens, au moins par tradition), la femme est désormais l’égale de l’homme. Elle a les mêmes droits que lui, est libre de sortir, de travailler, de mener une vie indépendante. Aussi l’homme ne peut-il en aucun cas et d’aucune façon l’agresser. S’il le fait, il rompt la logique égalitaire propre à la relation hommes/femmes qui est à nos yeux d’occidentaux une évidente avancée de notre civilisation. L’agression est alors sanctionnée.

Le déferlement de dénonciations suscité par le #Balancetonporc que certains jugent nécessaire, d’autres excessif, doit donc trouver impérativement le chemin du droit comme c’est le cas, par exemple, avec la plainte récente pour « viol, agression sexuelle, harcèlement, intimidation » visant un célèbre intellectuel musulman ou avec celle de l’intéressé lui-même qui répond en portant plainte à son tour pour « dénonciation calomnieuse ». Ce qui signifie que l’expression de la légitime revendication des femmes doit se conformer aux principes fondamentaux de notre République et non pas se complaire dans le lynchage qu’appelle trop souvent la nature même des réseaux sociaux.

L’indignation sélective des progressistes

Ce qui est toutefois surprenant dans ce déchaînement si contraire au silence qui entoura hier les agressions de la Chapelle-Pajol, c’est le deux poids deux mesures de ceux qui choisissent avec quels loups hurler, avec lesquels se taire. Sans doute s’explique-t-il chez nombre de professionnels de l’indignation sélective par le désir d’être de parfaits progressistes : d’un côté ne plus tolérer chez les occidentaux que nous sommes le moindre signe d’une quelconque inégalité hommes/femmes, de l’autre tolérer cette inégalité chez les orientaux par souci de ne pas verser dans un ethnocentrisme coupable de ne pas savoir s’ouvrir à la singularité d’autres mentalités dont le droit à la différence serait imprescriptible.

Aussi devient-il urgent de sortir de cette schizophrénie idéologique, en prenant en compte toutes les conduites infériorisant ou dégradant les femmes. Ce qui exige que soit rappelé haut et fort que la République ne se divise pas, qu’elle ne considère qu’une seule logique : celle d’une égalité hommes/femmes entraînant la condamnation de toute atteinte à l’autonomie de la personne, en l’occurrence de la femme, puisque des milliers de tweets ne sont bien entendu pas rien.

Les couleurs de la France

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Les territoires perdus de la République

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Les Rien-pensants

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« La remigration des islamistes serait une chance pour la France »

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Alexandre Mendel. Photo : D.C.

Pour notre confrère Alexandre Mendel, auteur de Partition, chronique de la sécession islamiste en France (Editions de l’Artilleur, 2017), les territoires perdus de la République ne le sont pas pour tout le monde. Dans une partie croissante de notre pays, les islamistes grignotent peu à peu notre mode de vie. Ainsi les attentats ne sont-ils que la partie émergée d’un djihad sociétal bien plus pernicieux que le terrorisme. Entretien (2/2).


Retrouvez la première partie de cet entretien ici.

Confirmant une enquête de l’Institut Montaigne, vous montrez que la jeune génération de musulmans français est bien plus orthodoxe, autoritaire voire fanatique que les précédentes. A quoi attribuez-vous ce raidissement ?

Les jeunes intégristes haïssent très souvent leurs grands-parents chibanis. Les chibanis venaient en France avec – avant le regroupement familial, en tout cas – l’idée que leur installation sur notre territoire n’était pas durable. Ils se crevaient à la tâche. Le week-end, ils s’habillaient à la française. Ils ne demandaient rien et allaient prier dans des lieux de fortune. Sans aucune espèce d’hostilité envers nos valeurs ou envers notre modèle. Ils vivaient leur foi de manière discrète. Aujourd’hui, la troisième génération est en pleine hallucination identitaire.

 Les jeunes barbus des banlieues coupent les ponts avec leurs ancêtres.

Des mosquées, gérées depuis l’étranger, leur inculquent l’idée qu’ils ne seront jamais français et que le sol qui les a vus naître est celui d’un pays colonisateur qui les a massacrés, que leurs parents, en particulier leurs pères, n’avaient pas une pratique conforme avec l’islam. Ajoutez à cela que les Saoudiens et les Qataris ne voient l’islam que sous sa forme la plus extrême – celle des wahhabites et des salafistes – et vous vous retrouvez avec des jeunes de tradition malékite (nord-africaine, pour résumer) adoptant les us, coutumes et lois des pays du Golfe ! Plus rien d’étonnant à voir ces jeunes barbus couper les ponts avec leurs ancêtres.

Certes, mais face à l’influence croissante de l’Arabie et du Qatar, peut-être faudrait-il encourager la construction d’un islam de France. Pourquoi considérez-vous cette ambition comme une « foutaise » ?

J’aimerais qu’on m’explique par « A+B » que seul l’argent des fidèles peut permettre de financer une mosquée-cathédrale comme celle – gigantesque – de Mulhouse… Bien sûr que non. Les financeurs habitent dans les pays du Golfe ! Les mosquées à la française sont comme nos équipes de foot : des lieux où investir. Question d’images de marque auprès de la jeunesse saoûlée sur YouTube aux prêches haineux venus d’Arabie saoudite et du Qatar.

Les chartes républicaines signées par les mosquées n’ont aucune valeur contraignante

Maintenant, que faire ? Financer les lieux de culte ? Hors de question ! Nous sommes un pays laïc et pas un centime de nos impôts ne doit aller dans les lieux de culte – quel que soit ce culte, d’ailleurs. Signer des chartes du « bon imamat » avec certaines mosquées ? Ça a été déjà été fait. Rien n’est plus facile, avec la taqya, l’art de dissimuler ses intentions en temps de guerre, que de signer un texte qu’on n’appliquera jamais. C’est très gentil, ces chartes. Mais ça n’oblige à rien : aucune sanction n’est prévue en cas de non-respect. Les déclarations d’intention n’ont aucune valeur. Elles rassurent peut-être un certain nombre d’élus locaux. Mais tout cela n’est que du vent.

Entre autres exemples de soumission, vous citez la conversion à l’islam d’un Français de souche né catholique mais vivant dans un environnement islamisé à Trappes. Pourquoi comparez-vous la prédication islamique dans les banlieues à l’œuvre des missionnaires coloniaux ?

Cette rencontre que vous évoquez m’a beaucoup marqué. Je pense même qu’elle me marquera pour la vie très fortement, tellement ma conversation avec cet homme avait un côté surréaliste. Il me disait, le plus tranquillement et le plus honnêtement possible, qu’il s’était converti parce que ses voisins étaient gentils et lui offraient des gâteaux pendant le Ramadan ! De plus, il est persuadé que sa conversion a guéri son alcoolisme – même si j’ai vu des cadavres de bouteilles de bière planqués dans son appartement presque entièrement décoré de posters de Zidane.

En banlieue, des organisations islamiques viennent «civiliser» les derniers Français de culture chrétienne.

Je compare en effet les méthodes de certaines organisations islamiques françaises à celles de missionnaires. Ils viennent «civiliser» les derniers Français à être de culture chrétienne. Les Frères musulmans font, souvent, par exemple, du porte-à-porte. On dirait des Mormons ou des témoins de Jéhovah ! Certaines associations musulmanes se comportent comme les missionnaires protestants à Madagascar au début du XXe siècle. Elles offrent de l’aide aux nécessiteux, elles proposent des cours d’alphabétisation, de la nourriture, des vêtements, de l’aide financière… Et n’oublient jamais de déposer un Coran avant de partir ! Ça fonctionne ! On devrait sérieusement donner un coup de balai dans la fourmilière intégriste de « l’humanitaire musulman ».

Vaste programme ! Passons à un autre cas d’islamisation ordinaire. Au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, la fille d’un témoin que vous mentionnez a décidé de porter le voile par réaction identitaire. Comment endiguer cette spirale infernale de la victimisation qu’alimentent le CCIF et les Indigènes de la République ?

Vous me posez une vraie colle ! Comment interdire des associations, devenues toutes puissantes en même pas dix ans, que l’Etat et des structures telles que SOS Racisme ont-elles-mêmes contribué à faire naître ? Je ne le sais pas. D’autant que, juridiquement, ce qu’elles font n’a rien d’illégal.

Pour une jeune fille voilée, les attentats ne pouvaient être qu’un complot fomenté « par les sionistes » ou « la CIA »

Sauf à considérer que leur propagande est illégale. Reprenons le cas de cette jeune fille que j’évoque dans Partition. Sa réaction est celle d’une musulmane qui s’est sentie victimisée, « stigmatifée » (sic) pour reprendre le terme utilisé par cette adolescente ! Le propre des victimes, c’est de se faire justice. Le voile qu’elle a décidé de porter, c’était façon de se venger de cette stigmatisation qu’elle prétend avoir ressentie en regardant en boucle BFM-TV. Je me souviens aussi que pour elle il était impossible que des musulmans aient commis cet acte. Cela ne pouvait être qu’un complot fomenté « par les sionistes » ou « la CIA ». En même temps, elle regardait avec admiration ses camarades de classe refusant de faire une minute de silence en classe. La victimisation est devenue pour cette génération un fait de résistance et donc une arme.

Ce cinéma victimaire marche d’autant mieux que le CCIF ou Les Indigènes de la République, en distillant sur notre territoire des conseils hérités de l’anticolonialisme, poussent  à une radicalisation de cette pseudo-identité musulmane.

Une question taraude ces musulmans identitaires : la tentation de l’émigration (hijra). Conformément aux enseignements du théoricien islamiste égyptien Sayyid Qotb, des milliers de musulmans avaient rejoint les terres de l’Etat islamique. Alors que vous entrevoyez deux peuples de plus en plus séparés en France, la remigration en terre d’islam de la partie non-intégrable des musulmans de France pourrait-elle être la solution à nos maux identitaires ?

Ils ont rejoint l’Etat islamique en Syrie et en Irak. Mais pas seulement ! Les jeunes musulmans désireux de vivre selon la charia sont de plus en plus nombreux à rejoindre le dar al-islam, soit les terres soumises à la loi d’Allah. Ils exècrent tellement l’Occident qu’ils voient dans la terre de leurs “ancêtres“ des modèles rêvés. D’autres choisissent carrément de s’installer en Arabie saoudite. Les sites internet extrémistes fourmillent de conseils pour les candidats au “retour“.

Une communauté intégriste s’est installée à Marvejols, une petite commune de Lozère, en toute tranquillité.

Plus incroyables encore, comme je l’évoque dans Partition, sont ces islamistes qui choisissent d’effectuer une hijra « de l’intérieur ». Deux choix s’offrent à eux : l’intégration dans une banlieue qu’ils imaginent à tort ou à raison déjà conquise par un islam rigoureux ou l’émigration dans un village, loin des tentations de l’Occident. C’est ainsi qu’au fin fond de l’Ariège, l’émir blanc, alias Olivier Corel, de son vrai nom Abdel Ilat Al-Dandachi, le précepteur islamique de Mohamed Merah, a pu installer à Artigat un hameau de fidèles salafistes. C’est ainsi également qu’une communauté intégriste s’est installée à Marvejols, une petite commune de Lozère, le département le moins peuplé de France, en toute tranquillité.

Pour le dire franchement, cette « rémigration », qui n’est pas de notre fait, est une chance pour la France ! Gardons les immigrés à l’âme républicaine en France. Laissons s’éloigner ceux qui détestent les valeurs de notre pays ! Et faisons en sorte, sans faux semblant, qu’ils ne reviennent plus jamais sur notre sol.

Partition: Chronique de la sécession islamiste en France

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Croissance: boom ou bulle?

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Partout dans le monde, la croissance est au beau fixe, dopée par les politiques monétaires accommodantes. Ce serait une excellente nouvelle si deux des principaux ingrédients d’une relance véritable ne manquaient pas à l’appel: la hausse des salaires et celle de la productivité. 


Gréau a eu tout faux. Voilà que la croissance est de retour, en France et en zone euro. Voilà qu’elle s’accélère en Chine et en Inde, qu’elle se maintient aux États-Unis, dont le cycle ascendant est dans sa neuvième année, alors que le cycle moyen y est de sept ans. Voilà qu’elle se rétablit dans ces pays émergents comme la Russie qui avait été mise à genoux par l’effondrement des cours des matières premières entre 2013 et 2015. Voilà qu’on se met à rêver d’une renaissance du Japon longtemps accablé par la déflation. On espère la guérison de l’économie grecque ! Si l’on enjambe le Brésil, toujours aux prises avec la dépression, Gréau a tout faux. Haro sur le Cassandre !

Je ne me risquerai pas à démentir le diagnostic de reprise de l’économie et de l’emploi un peu partout dans le monde après une période de récession, de marasme ou de faible croissance, qui a inquiété les grands du monde qui siègent à Washington, à Bruxelles, à Berlin et autres lieux de la gouvernance planétaire. Je m’interdirai de contrarier le climat d’optimisme en soutenant que la reprise ressemble à une rémission, si l’on observe que les stocks de chômeurs, les vrais, quand on inclut les personnes sorties du marché du travail, restent sensiblement plus hauts qu’en 2008, sauf dans l’Allemagne hyper-industrielle et dans cette Angleterre dont l’addiction à la consommation ne se dément pas. Je m’interdirai encore de mettre en avant les déséquilibres commerciaux plus forts que jamais, avec les excédents fabuleux de l’Allemagne et de la Chine d’un côté et les déficits toujours maintenus, voire aggravés, au Royaume-Uni, en France et surtout aux États-Unis ; dont les échanges restent fortement déficitaires en dépit de la production de pétrole et de gaz de schiste qui a explosé entre 2007 et 2016[tooltips content=’Les États-Unis sont aujourd’hui un grand exportateur de gaz, au même niveau que le Qatar.’]1[/tooltips]. Nous sommes revenus dans le schéma de croissance néolibéral pour lequel c’est la croissance qui compte par-dessus tout.

« La reprise est là »

Je reprends la formule dans la bouche de François Hollande qui s’était aventuré à l’émettre en août 2013, au vu d’un chiffre du PIB aléatoire[tooltips content=’La croissance résultait alors d’un stockage momentané des entreprises.’]2[/tooltips]. Il a fallu quatre années pour qu’elle se matérialise au ravissement de journalistes économiquement illettrés qui auraient bien voulu réélire Normal Ier. Mais comment peut-on dire que l’embellie est effective après tant de fausses aurores ?

Le premier critère est celui du prix des matières premières. En dépit de l’augmentation forte des capacités de production de l’énergie et de métaux comme le cuivre, qui entre de façon substantielle dans la construction des logements partout dans le monde, ces prix tendent à s’accroître. La Chine, que certains, dont votre serviteur, attendaient au tournant, après trente-sept années de croissance entre 5 % et 12 % l’an – ce qui place ce pays non plus dans la sphère des émergents, mais dans celle des nouveaux pays industrialisés –, maintient un rythme qui entretient la ferveur des marchés financiers. Quand la Chine va, le monde va. Les pays producteurs de matières premières se portent mieux, hormis le Brésil, et les fabricants de machines industrielles et de BTP[tooltips content=’Comme Caterpillar, qui a révisé à la hausse ses prévisions pour le marché chinois.’]3[/tooltips] sont optimistes.

Le deuxième est celui de la construction et de la production industrielle en zone euro. L’Allemagne n’est plus seule. La construction a cessé de décliner, même dans les pays victimes d’un krach immobilier comme l’Espagne, et l’industrie progresse un peu partout, soutenue par des anticipations favorables des entreprises concernées. Le phénomène est désormais trop général pour laisser place au doute. L’essor de la construction et de l’industrie dans la zone qui a affiché son marasme sept années durant est arrivé providentiellement pour mettre en difficulté les partisans de la sortie de l’euro[tooltips content=’Sauf en Italie où la Ligue du Nord, Berlusconi et à un moindre degré Cinq Étoiles en sont ouvertement partisans.’]4[/tooltips]. Dans ce contexte, les militants de l’intégration européenne prêchent maintenant cette intégration non pour sortir la zone euro de son pétrin, mais pour couronner la reprise économique.

Le troisième critère est celui de la croissance américaine. Point de « Trumpeconomics » dans cette affaire. Le président élu le 8 novembre dernier est toujours le président élu. Il est voué à l’impuissance par l’hostilité du Congrès. Le plan de relance des infrastructures, chose la moins discutable de son programme, semble devoir rester lettre morte. Les baisses d’impôts ne sont toujours pas inscrites dans le budget. Les velléités de protectionnisme sont restées des velléités. Mais le ralentissement de l’activité et de la création d’emplois noté en 2016 n’a pas dégénéré en récession[tooltips content=’L’impact récessif du cyclone Harvey et de l’ouragan Irma reste difficile à évaluer.’]5[/tooltips]. Et d’aucuns se réjouissent que les indices boursiers aient atteint des sommets historiques. Nous y reviendrons.

Au regard de ces trois critères, l’optimisme de Christine Lagarde a cessé d’être de commande.

La dernière bulle ?

Jean-Michel Quatrepoint s’est-il trompé ? Cet analyste sans concession des anomalies et des turpitudes de la planète néolibérale s’est risqué à annoncer, après la crise financière de 2008, l’explosion future d’une dernière bulle : celle des déficits publics[tooltips content=’La Dernière Bulle, Mille et une nuits, 2009.’]6[/tooltips]. Il a vu comment le système aux abois avait réussi à empêcher une grande dépression en sauvant le dispositif bancaire occidental à coups de subventions étatiques, mais surtout d’injections monétaires sur les marchés concernés. Mais, pas plus que votre serviteur, il n’avait anticipé l’innovation financière nommée « quantitative easing ». Peu de personnes en comprennent l’originalité. Ce procédé consiste d’abord à retirer, une fois pour toutes, une masse de titres d’emprunts publics et privés pour les placer dans les coffres-forts des banques centrales, au prix d’une création monétaire qui en est la contrepartie. Ainsi les emprunts correspondants ne pèsent plus sur les marchés du crédit et dès lors, les taux d’intérêt affichés sur ces marchés tendent à s’abaisser jusqu’à toucher des planchers historiques, au mépris de la solvabilité réelle des emprunteurs. Nous avons connu et nous connaissons encore une manipulation monétaire dont le secret échappe au commun des mortels. Au moins, l’État révolutionnaire français affichait la couleur en émettant les assignats. Mais, à la différence des assignats, la manipulation monétaire nommée « quantitative easing », cantonnée aux marchés financiers, n’a pas généré d’inflation.

Le « QE » a formé le socle de la relance du crédit à un échelon inconnu jusqu’alors. Le rendement de certains emprunts, tels ceux de l’État allemand, voire de certains grands groupes, est désormais négatif : ils rapportent moins que la somme qui a permis de les acheter. Un expert spécialisé dans l’analyse des taux d’intérêt dit avec humour que nous vivons une première en 5 000 ans d’Histoire. Un autre expert s’étonne que l’Argentine, interdite d’émettre des emprunts sur le marché international du crédit il y a deux ans, ait pu lancer sans obstacle un emprunt de cent ans de durée, tandis que les émissions de l’Égypte, de la Côte d’Ivoire et du Sénégal bénéficiaient de la faveur des investisseurs : peut-on parler de « subprime rate » du crédit public international? Un troisième met le doigt sur le rôle permissif des agences de notation qui surcotent à nouveau la qualité des emprunts.

On n’aurait garde d’oublier les marchés d’actions. New York est surévalué. Si l’on tient compte de l’érosion monétaire et de l’impact des rachats d’actions, le véritable « price-earning ratio » – qui rapporte la valeur des actions au nombre d’années de bénéfices courants qu’elle représente – se situe bien au-delà du chiffre 30 atteint en octobre 1929. Mais les anticipations favorables se maintiennent précisément grâce à cette relance du crédit effectuée à un échelon global.

Quels sont alors les critères qui permettraient de dire si cette relance sera pleinement fructueuse ou si elle constitue une nouvelle bulle, grosse d’une crise financière qui ne serait plus cantonnée à l’espace occidental ? Ils sont deux, fortement liés : l’évolution des salaires et de la productivité. C’est là que le bât blesse. Les banquiers centraux de la sphère occidentale s’en inquiètent ouvertement. La reprise de l’emploi ne stimule pas les salaires et la productivité tend à stagner. Cela fragilise la reprise qui s’est amplement amorcée. Mais cela contredit aussi la corrélation classique entre l’emploi et les salaires.

Après moi le déluge

En réalité, les économistes officiels du FMI ou des banques centrales oublient le facteur de la mondialisation qui rend obsolètes les schémas explicatifs encore valables hier. On peut expliquer à la fois la faiblesse relative des salaires[tooltips content=’Que, chose remarquable, les très hauts salaires des banquiers, des traders, des comptables et des avocats d’affaires ne compensent pas.’]7[/tooltips] et la faiblesse relative de la productivité en Occident par le transfert d’emplois productifs vers les zones à bas salaires et la création simultanée d’emplois moins productifs dans les services des zones à hauts salaires. C’est un jeu à sommes quasi nulles. Mais il faudrait au contraire que les salaires et la productivité avancent pour que la bulle du crédit, qui est le point essentiel, se résorbe à bas bruit tout en maintenant les profits d’entreprise qui sont évalués par les boursiers.

Alors, de deux choses l’une : ou bien les salaires et la productivité du travail connaissent un nouvel essor, ou bien leur stagnation se poursuit, auquel cas le risque sous-jacent de rechute économique et financière se manifestera à un moment non programmé sur un grand marché quelconque.

C’était le titre, en français, d’un article du Wall Street Journal consacré en 2007 au départ d’Alan Greenspan de la Réserve fédérale. Le journaliste disait en substance que le grand homme n’aurait pas à éponger les dégâts de la bulle du crédit que sa politique laxiste avait créée aux États-Unis. Texte prémonitoire et amèrement ironique.

Les peuples ne sauraient reprendre à leur compte la formule de madame de Pompadour, car ils ne peuvent échapper aux erreurs ou aux fautes de leurs dirigeants. Bien au contraire, ce sont eux qui paieront la facture si la bulle venait à imploser.

 

La dernière bulle

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A l’école des profs, la grammaire est « bourgeoise » et il faut laisser les élèves faire des fautes

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Une école à Lyon, septembre 2016. SIPA. 00770017_000001

Ne dites plus « grammaire ». « Grammaire », c’est très mal. Dites « langue ».

Mon tuteur est effaré par ma propension à faire de la grammaire. « Mais ils n’ont rien appris en Primaire », lui dis-je. « Pas même le présent de l’indicatif. » Réflexion oiseuse. « Jennifer, me dit-il avec la patience des vrais croyants, faut que tu fasses d’la langue en t’appuyant sur un texte. Tu dois pas enseigner le complément du nom, comme t’as essayé de le faire aujourd’hui, d’une façon abstraite. Tu pars d’un texte, tu le leur fais lire, observer, tu te débrouilles pour que le savoir leur apparaisse… »

– « Mais enfin ! Je ne peux pas leur apprendre que le complément du nom peut être un adjectif, ou un nom introduit par une préposition, « de » ou « à » par exemple, ou une proposition relative… »

– « Pas de façon abstraite. Tu pars d’un texte… »

« Tu veux leur faire violence… »

Ah oui, la « grammaire de texte » opposée à la « grammaire de phrase »… L’obsession pédago !

– « Mais c’est diablement difficile, de trouver un texte — surtout un texte court — où il y aurait tout ça à la fois et rien que ça… »

– « T’as trop l’souci de l’exhaustivité. Z’ont toute leur vie pour apprendre petit à petit en fonction de leurs découvertes. C’est en construisant leurs savoirs qu’ils se construiront eux-mêmes, petit à petit. »

(Là, léger silence, de façon à bien me faire apprécier l’effet-citation de sa phrase, empruntée toute crue à quelque savant colloque de pédagogie moderne…)

– « Tu veux leur faire violence… », assène-t-il enfin.

« Fesez bien attention à respecter les consignes »

Nous en sommes donc là. Je me suis efforcée depuis la rentrée à leur faire entrer des règles dans la caboche — et puis Dieu le Père est venu m’observer en classe, et j’ai tout faux. « C’est pas comme ça que tu seras titularisée en fin d’année, Jennifer », menace-t-il. Et les cours à l’ESPE ne me disent pas autre chose. « N’enseignez pas le COD. Parlez de prédicat. » « Mais le ministre lui-même… » « Les ministres passent, la Pédagogie reste. »
Des croyants. Qui de surcroît obéissent aveuglément à ce précepte évangélique, « heureux les simples d’esprit… ».

« Fesez bien attention à respecter les consignes », dit la formatrice, prof de fac recrutée parce qu’en didactique, ils se cooptent en gros nullards. Nous n’étions pas loin de 70 stagiaires dans la salle, personne n’a bronché. Ma directrice de thèse n’en décolère pas. « Ils ont asséché toutes les créations de postes dans le Supérieur pour dix ans », constate-t-elle. Mais les élèves écrivent eux aussi « fesaient ». Alors… La langue mute sous mes yeux.

« Fesez bien attention… » Elle n’est pas la seule, à l’ESPE, à avoir avec la langue des audaces modernes. Vendredi dernier une formatrice nous diffuse un PowerPoint — l’alpha et l’oméga de la formation. Sur les deux premières diapos, l’imagination orthographique est au pouvoir. Première diapo : « les éléments qui composes », « délimiter le champs est important pour que les lecteur comprenne la situation ». Deuxième diapo : « L’objectif est donc de se poser « les bonnes question ». Un stagiaire lui demande en toute bonne foi si ce sont là des consignes orthographiques nouvelles. Réponse de l’intervenante : « J’ai fait ça à 23h, j’étais vraiment fatiguée, je vous assure, je n’avais pas bu d’alcool… » Hmm… Déculpabilise-t-elle le travail au dernier moment, l’innovation pédagogique ou la prise d’alcool ? Ou les trois à la fois ?

La note, la note, oui mais la note amie!

La même critique férocement Blanquer, arguant de son autorité d’enseignante du Supérieur. Et elle s’appelle Jennyfer comme moi — mais avec un –y-, ça fait plus « staïle », comme disent les mômes…

À noter que ces dérives orthographiques si créatives se généralisent. Un professeur de lycée, à en croire l’excellent site Bescherelletamère, a distribué ça à ses élèves :

proffff

Faut pas avoir honte !

Cette même semaine, j’ai découvert la notation positive. En Sixième, ou en Cinquième, pas question de faire une dictée non préparée. Et dans cette dictée, pas question de noter autre chose que les mots spécifiquement préparés. Et pas question que cette dictée fasse plus de cinq lignes. Il ne faut pas décourager les élèves…

Ah ? Ma foi, il m’est arrivé au cours de mes études de me prendre des tôles, je n’en suis pas morte. Mais apparemment, les loupiots d’aujourd’hui ont le cuir moins épais.
Et ils ont une créativité sans bornes. Due peut-être au fait qu’ils écrivent ce qu’ils croient entendre (prononcez-moi croyent, sale bande d’impies ! les élèves le disent, mes « collègues » le disent, mes professeurs de (dés)ESPE le disent !), et comme ils n’écoutent pas vraiment…

« Si nous voulons créer plus d’égalité parmi nos élèves, nous devons respecter leur choix de simplifier la langue… »

Une créativité due aussi au fait qu’ils n’ont rigoureusement rien appris en Primaire. Rien.
Et puis ils réinventent l’orthographe selon des règles qui leur appartiennent. Un sujet pluriel régit une forme verbale en « s », puisque c’est un pluriel. « Les chats miaules ». « Très bien », dit mon tuteur. « Il a saisi qu’il y avait un pluriel. » Oui — mais « les chats miole », je le note comment ? « Dis-moi, Jennifer, en anglais, à la troisième personne du pluriel, la forme du verbe est inchangée, n’est-ce pas… We love, you love, they love… Pourquoi le français persiste-t-il à compliquer les choses, sinon pour perpétuer les différences sociales, chaque classe sociale n’ayant pas le même accès au langage… Si nous voulons créer plus d’égalité parmi nos élèves, nous devons respecter leur choix de simplifier la langue… Tu n’es quand même pas une bourgeoise, si ? » Le vieux tourneur guevariste qui…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli

C'est le français qu'on assassine

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La pénurie de beurre, crise suprême du capitalisme?

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beurre revolution capitalisme
Beurre demi-sel. Sipa. Numéro de reportage : 00826597_000013.

Le capitalisme pourrait très bien s’effondrer à cause du beurre. Cela fait deux cents ans qu’il dévaste la planète, accroît les inégalités, laisse la moitié de l’humanité mourir à petit feu mais bon, le réflexe en Occident, c’est tout de même de se dire que jusque là, ça va. On perd chaque année un peu plus de droits dans le travail, la santé, l’éducation, on laisse privatiser ce qui appartient à tous comme l’eau, les ressources naturelles, l’air. En même temps, on a des smartphones, on arrive encore (pas tous et pas très bien) à se loger, on ne meurt pas encore de faim même si on mange des trucs pas terribles et même si l’actualité est secouée régulièrement par des scandales dans l’agro-alimentaire.

Manquer de beurre, ça la fout mal

Mais voilà : le beurre. Le beurre va manquer, ou se vendre au prix du caviar. Si le communisme, c’étaient les soviets plus l’électricité, le capitalisme c’est la spéculation moins le beurre. Pour un système qui se vantait de produire l’abondance (tandis que les vilaines démocraties populaires n’avaient que de la margarine parce que c’était la faute à Lénine) et de la faire ruisseler sur tous, manquer de beurre, ça la fout mal. C’est tout de même très symbolique, le beurre. Manquer de beurre, dans l’imaginaire d’un pays comme la France, ça renvoie tout de suite aux pénuries les plus effrayantes. Pendant l’Occupation, pendant qu’on fusillait et déportait à tour de bras, qu’ils n’étaient pas très nombreux à résister, ce qui scandalisait le plus les Français, c’était le manque de matières grasses. D’où le marché noir avec ses rancunes et ses rancœurs. Relisez Au bon beurre de Dutourd, ou Le Chemin des écoliers de Marcel Aymé : les gens ont tendance à accepter n’importe quoi, sauf d’avoir la dalle ou d’être privé du plaisir consolant de la tartine grillée qui dégouline de beurre salé.

Les producteurs asphyxiés

En plus, là, si le beurre manque, ce n’est pas à cause d’un occupant étranger, c’est juste à cause d’un système complètement aberrant qui asphyxie les producteurs de lait en cassant les cours mais qui va trouver le moyen de faire flamber la tonne de beurre tout simplement parce que les nouvelles classes moyennes de la Chine et des puissances émergentes s’aperçoivent que c’est tout de même meilleur, le beurre, que l’huile de palme, y compris pour le cholestérol.

Eh oui, car pour bien refermer les mâchoires du piège à cons, les chercheurs ont affiné leurs critiques contre le beurre, le lait entier, la crème. Pas si dangereux que ça, en fait. Le problème, c’est que le marché s’est adapté vite, très vite, trop vite aux demandes diététiques de la clientèle. Hop, on a tranquillement tripatouillé génétiquement les vaches, le lait est moins entier mais c’est ballot, il en faut beaucoup plus pour faire du beurre. Et comme entre temps, le beurre est revenu en grâce, nous voilà tous menacés d’une rupture de stock.

La goutte (de beurre) qui fera déborder le vase

On a vu des peuples craquer pour moins que ça. La goutte de beurre sera peut-être celle qui fera déborder le vase des frustrations résignées qu’à force de propagande, de communication, d’agents dociles comme le président Macron, le capitalisme avait réussi à nous faire prendre comme une nécessité incontournable, une modernisation inévitable, un progrès qui allait nous rendre heureux, demain, plus tard, ne vous inquiétez pas. Si vous aviez l’impression que vous viviez moins bien que la génération précédente et que la génération qui allait venir après vous allait vivre encore moins bien, tout ça, c’était une illusion d’optique (version libérale hardcore) ou juste un curseur à trouver dans la répartition des richesses (version sociale-libérale).

Le problème, c’est qu’avec le beurre absent du petit-déj du salarié en CDI ou de la viennoiserie avalée hâtivement par l’auto-entrepreneur ubérisé sur son vélo, la colère peut se lever, la vie dans la France apparaître soudain pour ce qu’elle est : morne, précaire, dépourvue de plaisirs, tout entière soumise à des injonctions à travailler dans une société que le travail quitte. Et il n’y aura aucune Marie-Antoinette pour dire : « Ils n’ont pas de beurre, qu’ils mangent de la brioche. » Parce que dans une brioche, il faut du beurre. Et pas du glyphosate.

Le chemin des écoliers

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Au Bon Beurre

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« Il reste 150 mosquées salafistes en France »

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Alexandre Mendel à Lunel. Photo : J.R.

Pour notre confrère Alexandre Mendel, auteur de Partition, chronique de la sécession islamiste en France (Editions de l’Artilleur, 2017), les territoires perdus de la République ne le sont pas pour tout le monde. Dans une partie croissante de notre pays, les islamistes grignotent peu à peu notre mode de vie. Ainsi les attentats ne sont-ils que la partie émergée d’un djihad sociétal bien plus pernicieux que le terrorisme. Entretien (1/2).


Daoud Boughezala. « Armée de la haine », « armistice », « résistants » : dans votre livre Partition, chronique de la sécession islamiste en France (Editions de l’Artilleur, 2017), vous employez un lexique très guerrier. Si la France est en guerre, comment définiriez-vous son ennemi : le terrorisme islamiste, l’islamisme, l’islam ?

Alexandre Mendel. Mais qui a employé le mot « guerre » sinon, dans les heures qui ont suivi les attentats du 13-Novembre, François Hollande lui-même ? Qui nous a déclaré la guerre, sinon les quelque 20000 sympathisants de la haine intégriste que répertorie  officiellement le ministère de l’Intérieur. On est en guerre, mais on ne fait pas la guerre. Incroyable, non ?

Et pourtant, nous avons déjà vécu la même situation, entre 1939 et 1940. C’était la « drôle de guerre ». Une guerre sans combat, sans prisonnier, quasiment sans perte humaine et, surtout, sans combat… Excusez-moi d’établir un parallèle mais c’est exactement ce qu’il se passe en France. On a été écrasés par la Blitzkrieg. On est en ce moment écrasé par ce que j’appelle dans Partition la « Spritzkrieg », en référence à ces bobos qui se saoulent de spritz à 10 euros le verre dans les beaux quartiers de Paris, forts de leur bien-pensance, et qui nous condamnent, de fait, puisqu’on les écoute, à une défaite inéluctable face à l’islam intégriste.

Notre ennemi utilise le Coran comme manuel de guerre pour justifier sa guerre.

Vous croyez que nos ennemis s’embarrassent de considérations lexicologiques et morales ? Eux, parlent de guerre, eux, parlent de combat, eux, envisagent la victoire. Ils n’ont pas modifié leur vocabulaire. Ils sont compréhensibles à tout un chacun. Nous, nous ne nommons même pas l’ennemi ! L’ennemi, c’est ce que l’islam de France est devenu depuis la moitié des années 1990. Une religion hybride, entre Coran et projet politique de conquête, qui s’est musclée à la faveur du salafisme importé du Moyen-Orient. Je ne désigne pas l’islam comme ennemi en soi. Je ne dis pas que l’islam est dévoyé. Je ne suis d’ailleurs pas islamologue mais journaliste ! Mais enfin, je constate que notre ennemi utilise le Coran comme manuel de guerre pour justifier sa guerre.

Alors que Gérard Collomb a pérennisé certaines dispositions de l’état d’urgence, pourquoi ne voyez-vous qu’un rideau de fumée dans la lutte antiterroriste que mènent les pouvoirs publics ?

On va aller loin avec les « visites » (observez d’ailleurs, le glissement sémantique opéré entre perquisitions et « visites ») de ces mosquées prévues dans la nouvelle loi antiterroriste, sorte d’état d’urgence light… On se ridiculise, encore une fois jusque dans le vocabulaire choisi. Et en face, les salafistes, eux, se moquent de nos états d’âme d’Occidentaux élevés à la bien-pensance gauchiste pendant des décennies. Pourquoi cette loi n’a-t-elle pas tout simplement prévu la fermeture totale des mosquées salafistes sur tout le territoire français ? Soit environ 150 lieux de culte sur notre sol. Était-ce si compliqué ? Je ne le crois pas.

Seule une poignée de mosquées a été fermée.

J’aurais aimé voir ce débat à l’Assemblée nationale, mené notamment par les multiculturalistes forcenés d’En Marche ! Parce que les tenants de cette « Spritzkrieg »  – les bobos – se seraient arraché les cheveux pour savoir qui est salafiste et qui ne l’est pas. Bref, le législateur aurait lui-même décidé de définir le salafisme. Avec ce résultat : on aurait fermé une dizaine de mosquées, pas plus. On aurait fait la différence entre le salafisme et… le salafisme. Par peur de l’amalgame.

Que s’est-il passé depuis les attentats du 13 novembre ? Une poignée de mosquées a été fermée. Sur cette poignée, beaucoup ont rouvert sous d’autres noms dans d’autres lieux. Je note aussi qu’on n’a pas fait de « prisonniers de guerre » parmi ces ennemis… Quelle farce !

De Trappes à Grasse en passant par Mulhouse, vous décrivez par le menu ces bouts de France où une « charia soft » a force de loi non-écrite : commerces halal, pressions sur la vente d’alcool et la tenue des femmes, refus de la mixité au travail, etc. Établissez-vous un continuum entre l’islamisation de la société et les attentats djihadistes ?

Quand vous laissez tout faire, quand vous cédez à toutes les exigences de la charia, ne vous étonnez pas que certains musulmans radicaux veuillent aller plus loin et accomplir ce que leur prescrit le Coran : mener le djihad, en l’occurrence. Pas besoin d’être Cédric Villani pour résoudre cette simple mais douloureuse équation. J’ai rencontré des patrons de bars qui commencent à céder à la pression d’extrémistes qui ne veulent plus d’alcool dans les débits de boisson. On est juge en son pays, dit-on. Donc, ces portions de pays sont sous la coupe de ces idéologues islamistes de quartiers qui ont déjà – ou croient déjà avoir – conquis le pays !

La puissance numérique des salafistes est telle que leur loi s’applique d’elle-même.

Eux ne s’embarrassent plus à commettre des attentats sanglants pour imposer leur mode de vie. Ils n’en ont pas besoin. Leur puissance numérique est telle que leur loi s’applique d’elle-même. Finalement, l’islamiste en territoire cédé n’a besoin d’aucune arme. Tandis que le djihadiste veut nous tuer dans les territoires qui ne sont pas encore partitionnés.

Par l’image violente de l’islam qu’ils propagent, les attentats ne nuisent-ils pas aux projets de « hallalisation » (Gilles Kepel) de la France ? 

Au contraire ! Plus ils nous tuent, plus on se déculotte. L’Occident qui aime battre sa coulpe se dit : « Peut-être que nous devrions changer notre rapport aux religions… » Vous noterez, d’ailleurs, que l’expression occidentale « fait religieux » remplace le mot « islam » dans nos concessions à la laïcité… Je prends un exemple, celui de l’interdiction du burkini, ce maillot de bain recouvrant intégralement le corps de la femme. Deux mois après les attentats de Nice, à l’été 2016, que fait le Conseil d’Etat, dont, je rappelle, les arrêts ont valeur de loi (en l’absence de loi, justement, sur le sujet) ? Il les autorise ! La plus haute autorité administrative, présidée en certaines circonstances par le Premier ministre lui-même, a donné raison aux extrémistes !

Le djihadisme nous tue physiquement, le communautarisme tue notre mode de vie

On leur accorde plus de droits, on écoute leurs doléances, même les plus délirantes… Ont-ils cessé de nous tuer ? Non ! Prenons un autre exemple, pas si lointain : la Grande-Bretagne qui laisse à peu près tout faire en termes de « hallalisation » du pays a eu également à souffrir, dans sa chair, d’attentats. Longtemps, on a cru que le modèle laïc et républicain français était, en soi, incompatible avec l’islam. Qu’on avait frustré, en quelque sorte, les musulmans. Puis est survenu l’attentat de Manchester, dans un pays qui a cédé, depuis longtemps, à presque toutes les exigences du communautarisme ! On a compris, ou on aurait dû comprendre pour être exact, qu’ils nous détestaient même quand on leur fait des courbettes. L’islam armé de kalachnikovs ou des fantasmes scénarisés par les associations communautaristes a le même but : imposer sa loi, partout. Le premier nous tue physiquement. Le second tue notre mode de vie.

à suivre…

Partition: Chronique de la sécession islamiste en France

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J’adore le sport… mais je suis contre Paris 2024

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Supporters anglais lors de l'Euro 2016 à Lille. SIPA. AP21909984_000049

Bientôt Bercy ! Puis le « Boxing Day », les Jeux d’Hiver, le Tournoi des VI Nations, Paris-Roubaix, la finale de la Ligue des Champions, le Tour de France, et voilà encore une année de passée.

Si comme moi vous préférez découper l’année ainsi plutôt qu’en Toussaint, Noël ou « ponts », c’est que vous aimez le sport, que dis-je, LES sports. Alors, pensez donc, recevoir les Jeux Olympiques d’été, c’est l’Amérique ! Enfin, non, l’Amérique c’est 2028 à Los Angeles, 2024 c’est chez nous ! Ici c’est ? Paris !

Quelle joie de voir à la maison une prochaine razzia de médailles françaises et les grandes stars étrangères d’athlétisme, de natation ou de basket sur nos stades, nos chaînes de télé, et sans décalage horaire.

Paris à tout prix?

Mais, car il y a un mais, le féru de hand, le mordu de judo, le dingue d’équitation et le fana de gymnastique doit-il pour autant faire semblant d’ignorer les nombreuses questions posées par cette candidature ? Autrement dit, peut-il être la même personne que le contribuable soucieux, l’usager des transports inquiet, le militant vigilant et le père de famille responsable ? Et si oui, qui l’emporte ?

A lire aussi: Jeux olympiques: plus vite, plus haut, plus cher!

Après tout, on peut aimer le foot et ne pas manquer de s’alarmer de la bulle spéculative des transferts faramineux ou du « soft power » des puissances du Golfe dans le sport. Pourquoi en irait-il autrement pour l’organisation des Jeux à Paris ? Ami lecteur, je le confesse : je voudrais que les Jeux de 2024 aient lieu, oui, mais où ?

Même pas sûr de pouvoir me rendre au stade !

Car sous prétexte d’assister à une finale du 100 m, devrais-je tout accepter sans broncher? Je ne suis même pas sûr de pouvoir me rendre au stade ! Car non seulement je devrai me coltiner pendant toutes ces années les chantiers pharaoniques avec leur lot d’inconvénients (salut à toi, qui oses encore prendre ton véhicule sur l’A86) tout en réglant la note en hausse d’impôts locaux, tarif Navigo, stationnement… mais en plus, je dois déjà me préparer à ne même pas pouvoir me payer un seul billet pour assister aux épreuves. Le comble.

A lire aussi: Paris 2024: les JO d’Hidalgo, vous ne pouvez pas être contre!

Je vois déjà le tableau, comme pour l’Euro 2016 et toute grande compétition internationale depuis maintenant 20 ans, ce sera un tirage au sort via internet, c’est-à-dire que l’habitant du Massachusetts ou de Pékin aura autant de chances que celui du Finistère ou de Clichy de gagner le gros lot. Enfin, de payer le gros lot surtout car j’attends avec impatience la grille tarifaire, tout particulièrement pour les sports rois comme l’athlétisme, le basket ou encore la natation. Quant aux chaînes de télé et acteurs internet, nous permettront-ils de voir encore gratuitement les épreuves et émissions ou serons-nous obligés de nous abonner, et à quel prix ?

Enlèvement demandé

A défaut, je pourrais participer à la fête, même de loin, dans des fans-zones ou des cafés… Hum, je doute que les bistrotiers résistent à l’envie de profiter de la masse des supporters pour augmenter leurs prix, voyez-vous.

Et puis le véritable amateur de sport c’est bien celui qui n’hésite pas à se lever à 4 heures du matin pour voir la finale d’Alain Bernard à Pékin, pas vrai ? Pourquoi nous priver, chers lecteurs, de ce petit plaisir, je vous le demande.

J’ai donc la réponse à ma question et dois me résoudre, la mort dans l’âme, à préférer les JO… à l’étranger.