Evacuation de migrants Porte de la Chapelle, Paris le 9 mai 2017 ©Joel Goodman/LNP/REX/Shutterstock

Derrière le comptoir de la brasserie qui fait face à la sortie du métro La Chapelle, Samir est formel : « Des choses comme ça, il n’y a qu’en France qu’on l’accepte ! Que les femmes soient harcelées, qu’elles aient peur de passer dans la rue…? C’est pas normal, ça. ». Son établissement a servi de refuge aussi bien à des jeunes filles en pleurs qui venaient d’essuyer des propos salaces, qu’à une vielle dame trop effrayée pour se déplacer seule, là où les hommes se déployaient stratégiquement, comme pour optimiser leurs rafles. Depuis que l’omerta sur le calvaire quotidien des habitants de ce secteur du 18ème arrondissement de la capitale a été levée par l’article du Parisien », la situation a sensiblement changé. Désormais, la place de La Chapelle revêt des airs de Parc des Princes à l’heure d’un match à haut risque : une camionnette de CRS, des patrouilles régulières de police. De quoi permettre aux braves copains de Mehdi Meklat d’affirmer sur le site du Bondy Blog, aux termes d’une « contre-enquête » rigoureuse, que les femmes consomment dans les cafés alentours. En effet, nous en remarquons une à la terrasse du « Capucin ». À côté, dans le square clos par des grilles, une kyrielle de vieillards aussi chétifs que de jeunes arbres égrènent leurs chapelets, contemplant la plus grande concentration de forces de l’ordre au mètre carré depuis la fin de la guerre d’Algérie.

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« Les hommes qui occupaient la zone sont allés ailleurs, mais pas tous au même endroit. Il y a un effet de dispersion sans effet de déplacement, car ils ne sont pas concentrés. », se félicite Pierre Liscia, le très motivé conseiller du 18ème et délégué LR de la 17ème circonscription de Paris, dont l’insistance a obligé les médias à s’emparer du sujet. Il n’a pas beaucoup de temps à nous consacrer. On l’attend au commissariat de la Goutte d’Or, suite à la plainte qu’il a déposée après l’agression dont il a été victime de la part d’un groupuscule anti-fa qui l’a traité de… fasciste pour avoir dénoncé la situation et lui a cassé son téléphone. « Pourtant, je n’ai jamais associé l’insécurité avec la présence des migrants ! », s’insurge Pierre Liscia. Samir corrobore le constat : « Les migrants se bagarraient parfois entre eux, ils ont transformé le quartier en décharge à ciel ouvert. En revanche, on ne peut pas dire qu’ils s’en prenaient aux femmes ». Qui alors ?

Zoé, habitante de Bagnolet: « J’ai réalisé que je m’autocensurais, que je ne m’habillais plus de la même façon. Je mets une sorte de burqa mentale… »

La question fait fuir nos interlocuteurs dans des circonlocutions. À l’exception du grand marabout Keba, aux « dons naturels prodigieux », qui officie à deux stations de métro de là, Porte de Clignancourt, on ne voit pas qui saurait l’affronter. Mais Maître Keba, spécialisé entre autres en querelles de voisinage, est complet ce jour-là. Et Samir donc de désigner « la racaille ». C’est-à-dire ? Les petits Blancs ? Les hommes d’origine maghrébine ? Ou originaires d’Afrique noire ? « Allez savoir… », soupire-t-il, en philosophe. Pierre Liscia évoque, quant à lui, « une conjonction de plusieurs facteurs », au nombre desquels la petite délinquance, les vendeurs à la sauvette, les dealers et la position de La Chapelle, prise en étau entre deux ZSP (zones de sécurité prioritaire), celle de Stalingrad et celle de Barbès. Reste qu’à Barbès, bien plus cosmopolite, la présence des femmes n’a jamais été remise en question. Levier de l’économie locale au même titre que la basilique du Sacré Cœur, les Africaines, grandes gueulardes et tout en sourire, étalent leurs commerces à même le sol le long du boulevard Barbès, défiant la concurrence de leurs collègues masculins déterminés à nous vendre un paquet de cigarettes à trois euros.

Si « l’affaire de La Chapelle » a mis en lumière la régression de la condition des femmes en France, elle n’en a que mieux éclipsé le mirage de la mixité sociale. N’en déplaise à Caroline de Haas, ce n’est pas à Mandelieu-La Napoule qu’il faut élargir les trottoirs, suivant l’exemple de Bogota, afin de permettre aux femmes de circuler sans crainte. Ce n’est pas non plus dans un café du Cours Mirabeau à Aix que les femmes n’osent pas entrer parce qu’assiégé par les hommes. Et encore. Il y a hommes et hommes. « Le souci, c’est que je n’hésiterais pas à mettre les pieds dans un café à fréquentation exclusivement masculine, s’il s’agissait des Chinois à Aubervilliers ou à Tolbiac. », assène Agnieszka, une Polonaise installée en France de longue date. Selon elle, le scandale provoqué par les harcèlements de rue à La Chapelle, bien qu’il ait eu le mérite de délivrer les habitants, n’entrainera aucun changement positif à long terme, pour cause d’évitements de la classe politique, des élites et d’une certaine presse. « En tant que femme et laïque, je n’ai aucun espèce de sympathie pour le gouvernement polonais ultra-catholique. Mais quand il refuse d’accueillir les immigrés en nombre, je l’applaudis parce que je ne voudrais pas que Varsovie ressemble à Stalingrad ! », ironise-t-elle amèrement. A Bagnolet, aux portes de Paris, où elle a déménagé après avoir vécu plusieurs années dans le 20ème, les lieux d’une vraie mixité sont rares, voire inexistants, alors que les conflits intercommunautaires se multiplient.

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Juin 2017 - #47

Article extrait du Magazine Causeur

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