Pour notre confrère Alexandre Mendel, auteur de Partition, chronique de la sécession islamiste en France (Editions de l’Artilleur, 2017), les territoires perdus de la République ne le sont pas pour tout le monde. Dans une partie croissante de notre pays, les islamistes grignotent peu à peu notre mode de vie. Ainsi les attentats ne sont-ils que la partie émergée d’un djihad sociétal bien plus pernicieux que le terrorisme. Entretien (2/2).


Retrouvez la première partie de cet entretien ici.

Confirmant une enquête de l’Institut Montaigne, vous montrez que la jeune génération de musulmans français est bien plus orthodoxe, autoritaire voire fanatique que les précédentes. A quoi attribuez-vous ce raidissement ?

Les jeunes intégristes haïssent très souvent leurs grands-parents chibanis. Les chibanis venaient en France avec – avant le regroupement familial, en tout cas – l’idée que leur installation sur notre territoire n’était pas durable. Ils se crevaient à la tâche. Le week-end, ils s’habillaient à la française. Ils ne demandaient rien et allaient prier dans des lieux de fortune. Sans aucune espèce d’hostilité envers nos valeurs ou envers notre modèle. Ils vivaient leur foi de manière discrète. Aujourd’hui, la troisième génération est en pleine hallucination identitaire.

 Les jeunes barbus des banlieues coupent les ponts avec leurs ancêtres.

Des mosquées, gérées depuis l’étranger, leur inculquent l’idée qu’ils ne seront jamais français et que le sol qui les a vus naître est celui d’un pays colonisateur qui les a massacrés, que leurs parents, en particulier leurs pères, n’avaient pas une pratique conforme avec l’islam. Ajoutez à cela que les Saoudiens et les Qataris ne voient l’islam que sous sa forme la plus extrême – celle des wahhabites et des salafistes – et vous vous retrouvez avec des jeunes de tradition malékite (nord-africaine, pour résumer) adoptant les us, coutumes et lois des pays du Golfe ! Plus rien d’étonnant à voir ces jeunes barbus couper les ponts avec leurs ancêtres.

Certes, mais face à l’influence croissante de l’Arabie et du Qatar, peut-être faudrait-il encourager la construction d’un islam de France. Pourquoi considérez-vous cette ambition comme une « foutaise » ?

J’aimerais qu’on m’explique par « A+B » que seul l’argent des fidèles peut permettre de financer une mosquée-cathédrale comme celle – gigantesque – de Mulhouse… Bien sûr que non. Les financeurs habitent dans les pays du Golfe ! Les mosquées à la française sont comme nos équipes de foot : des lieux où investir. Question d’images de marque auprès de la jeunesse saoûlée sur YouTube aux prêches haineux venus d’Arabie saoudite et du Qatar.

Les chartes républicaines signées par les mosquées n’ont aucune valeur contraignante

Maintenant, que faire ? Financer les lieux de culte ? Hors de question ! Nous sommes un pays laïc et pas un centime de nos impôts ne doit aller dans les lieux de culte – quel que soit ce culte, d’ailleurs. Signer des chartes du « bon imamat » avec certaines mosquées ? Ça a été déjà été fait. Rien n’est plus facile, avec la taqya, l’art de dissimuler ses intentions en temps de guerre, que de signer un texte qu’on n’appliquera jamais. C’est très gentil, ces chartes. Mais ça n’oblige à rien : aucune sanction n’est prévue en cas de non-respect. Les déclarations d’intention n’ont aucune valeur. Elles rassurent peut-être un certain nombre d’élus locaux. Mais tout cela n’est que du vent.

Entre autres exemples de soumission, vous citez la conversion à l’islam d’un Français de souche né catholique mais vivant dans un environnement islamisé à Trappes. Pourquoi comparez-vous la prédication islamique dans les banlieues à l’œuvre des missionnaires coloniaux ?

Cette rencontre que vous évoquez m’a beaucoup marqué. Je pense même qu’elle me marquera pour la vie très fortement, tellement ma conversation avec cet homme avait un côté surréaliste. Il me disait, le plus tranquillement et le plus honnêtement possible, qu’il s’était converti parce que ses voisins étaient gentils et lui offraient des gâteaux pendant le Ramadan ! De plus, il est persuadé que sa conversion a guéri son alcoolisme – même si j’ai vu des cadavres de bouteilles de bière planqués dans son appartement presque entièrement décoré de posters de Zidane.

En banlieue, des organisations islamiques viennent «civiliser» les derniers Français de culture chrétienne.

Je compare en effet les méthodes de certaines organisations islamiques françaises à celles de missionnaires. Ils viennent «civiliser» les derniers Français à être de culture chrétienne. Les Frères musulmans font, souvent, par exemple, du porte-à-porte. On dirait des Mormons ou des témoins de Jéhovah ! Certaines associations musulmanes se comportent comme les missionnaires protestants à Madagascar au début du XXe siècle. Elles offrent de l’aide aux nécessiteux, elles proposent des cours d’alphabétisation, de la nourriture, des vêtements, de l’aide financière… Et n’oublient jamais de déposer un Coran avant de partir ! Ça fonctionne ! On devrait sérieusement donner un coup de balai dans la fourmilière intégriste de « l’humanitaire musulman ».

Vaste programme ! Passons à un autre cas d’islamisation ordinaire. Au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, la fille d’un témoin que vous mentionnez a décidé de porter le voile par réaction identitaire. Comment endiguer cette spirale infernale de la victimisation qu’alimentent le CCIF et les Indigènes de la République ?

Vous me posez une vraie colle ! Comment interdire des associations, devenues toutes puissantes en même pas dix ans, que l’Etat et des structures telles que SOS Racisme ont-elles-mêmes contribué à faire naître ? Je ne le sais pas. D’autant que, juridiquement, ce qu’elles font n’a rien d’illégal.

Pour une jeune fille voilée, les attentats ne pouvaient être qu’un complot fomenté « par les sionistes » ou « la CIA »

Sauf à considérer que leur propagande est illégale. Reprenons le cas de cette jeune fille que j’évoque dans Partition. Sa réaction est celle d’une musulmane qui s’est sentie victimisée, « stigmatifée » (sic) pour reprendre le terme utilisé par cette adolescente ! Le propre des victimes, c’est de se faire justice. Le voile qu’elle a décidé de porter, c’était façon de se venger de cette stigmatisation qu’elle prétend avoir ressentie en regardant en boucle BFM-TV. Je me souviens aussi que pour elle il était impossible que des musulmans aient commis cet acte. Cela ne pouvait être qu’un complot fomenté « par les sionistes » ou « la CIA ». En même temps, elle regardait avec admiration ses camarades de classe refusant de faire une minute de silence en classe. La victimisation est devenue pour cette génération un fait de résistance et donc une arme.

Ce cinéma victimaire marche d’autant mieux que le CCIF ou Les Indigènes de la République, en distillant sur notre territoire des conseils hérités de l’anticolonialisme, poussent  à une radicalisation de cette pseudo-identité musulmane.

Une question taraude ces musulmans identitaires : la tentation de l’émigration (hijra). Conformément aux enseignements du théoricien islamiste égyptien Sayyid Qotb, des milliers de musulmans avaient rejoint les terres de l’Etat islamique. Alors que vous entrevoyez deux peuples de plus en plus séparés en France, la remigration en terre d’islam de la partie non-intégrable des musulmans de France pourrait-elle être la solution à nos maux identitaires ?

Ils ont rejoint l’Etat islamique en Syrie et en Irak. Mais pas seulement ! Les jeunes musulmans désireux de vivre selon la charia sont de plus en plus nombreux à rejoindre le dar al-islam, soit les terres soumises à la loi d’Allah. Ils exècrent tellement l’Occident qu’ils voient dans la terre de leurs “ancêtres“ des modèles rêvés. D’autres choisissent carrément de s’installer en Arabie saoudite. Les sites internet extrémistes fourmillent de conseils pour les candidats au “retour“.

Une communauté intégriste s’est installée à Marvejols, une petite commune de Lozère, en toute tranquillité.

Plus incroyables encore, comme je l’évoque dans Partition, sont ces islamistes qui choisissent d’effectuer une hijra « de l’intérieur ». Deux choix s’offrent à eux : l’intégration dans une banlieue qu’ils imaginent à tort ou à raison déjà conquise par un islam rigoureux ou l’émigration dans un village, loin des tentations de l’Occident. C’est ainsi qu’au fin fond de l’Ariège, l’émir blanc, alias Olivier Corel, de son vrai nom Abdel Ilat Al-Dandachi, le précepteur islamique de Mohamed Merah, a pu installer à Artigat un hameau de fidèles salafistes. C’est ainsi également qu’une communauté intégriste s’est installée à Marvejols, une petite commune de Lozère, le département le moins peuplé de France, en toute tranquillité.

Pour le dire franchement, cette « rémigration », qui n’est pas de notre fait, est une chance pour la France ! Gardons les immigrés à l’âme républicaine en France. Laissons s’éloigner ceux qui détestent les valeurs de notre pays ! Et faisons en sorte, sans faux semblant, qu’ils ne reviennent plus jamais sur notre sol.

Lire la suite