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Marlène Schiappa: « Je suis opposée à une présomption de vérité pour les accusations de harcèlement »

Causeur. Après le scandale Weinstein, des femmes dénoncent des hommes sur les réseaux sociaux, parfois avec force noms et détails, sans la moindre preuve, sinon leur parole. Vous avez déclaré que tout ce qui contribuait à la libération de la parole des femmes était positif. Votre rôle, comme secrétaire d’État chargée de « l’égalité entre les femmes et les hommes » n’était-il pas de mettre en garde contre ce lynchage ?

Marlène Schiappa. Je n’ai pas vu de lynchage. Si c’était le cas, je serais intervenue. Mais comme la garde des Sceaux et tant d’autres, je considère que cela contribue à faire parler les femmes de ce qu’elles subissent. Pour autant, mon rôle n’est pas d’encourager à utiliser le hashtag « balance ton porc » : ma toute première réaction sur le sujet a été de dire que Twitter ne remplaçait pas le tribunal, même si tout ce qui permet de libérer la parole des femmes va dans le bon sens. Et je rappelle que la présomption d’innocence prévaut pour tout le monde – Tariq Ramadan, un député ou le voisin d’à côté. La justice doit se faire dans les deux sens : il faut poursuivre les présumés harceleurs, mais la justice condamne aussi la diffamation.

Vous n’avez peut-être pas encouragé, mais vous n’avez pas condamné. L’initiatrice de Balance ton porc demande des noms et des détails.  Ni vous, ni la garde des Sceaux n’avez alerté sur cette suppression de la garantie essentielle de toute justice qu’est la procédure contradictoire. N’êtes-vous pas effrayée par la mécanique qui s’enclenche ? Toute femme qui s’est sentie offusquée, ou qui n’a pas obtenu la promotion qu’elle escomptait, peut trouver un micro ou une caméra devant lesquels proclamer « Je suis victime ». À en juger par le récit médiatique, nous vivons dans le pays le plus invivable du monde pour les femmes. À votre avis, cela correspond-il à la réalité ? 

Vous me demandez mon avis. Ce que je vis n’est pas forcément représentatif de la vie des femmes en France. Je n’ai jamais été harcelée sexuellement dans ma vie professionnelle et ne fais pas le ménage chez moi. Or, les chiffres nous disent que 72% des femmes font les tâches ménagères, ce qui prouve bien que la vie des femmes n’est pas la même que celle des hommes.

Mais je vous demande votre opinion sur l’état de la France, dont on nous raconte qu’elle est un enfer pour les femmes !  

Un jour, une de mes grands-mères m’a expliqué qu’elle avait arrêté de travailler pour ne pas être obligée de supporter son patron, qui lui mettait la main sur la cuisse. Des progrès ont été accomplis génération après génération. Mais aujourd’hui, à peine 10 % des viols donnent suite à une plainte, car l’auteur provient généralement de la famille ou de l’entourage de la victime. Globalement, les femmes sont moins bien payées, sont davantage victimes des violences sexuelles, et quasiment toutes ont été harcelées au moins une fois dans les transports en commun. On peut aussi dire que tout va bien si vous le souhaitez, mais ce serait faux ! Pourquoi ignorer ces faits ?

Il est difficile de croire à cette étude, mais passons. Demandez aux gens s’ils sont victimes de ceci ou de cela, ils vous répondront tous « oui » !

Ne critiquons pas un excès en formulant une opinion elle aussi caricaturale. Il ne s’agit pas d’imposer une victimisation générale. En revanche, il est important de faire prendre conscience aux auteurs d’actes de harcèlement la portée et la gravité de leurs actes. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle notre campagne contre les violences sexuelles est tournée vers les agresseurs et non pas uniquement les victimes de ces actes. Trop de choses inacceptables sont encore tues aujourd’hui.

Peut-être, mais la victimisation triomphe dès lors que la parole des femmes ne saurait être mise en doute. Ex-fan de ces actrices aux allures de femmes fortes, un de nos camarades se désole que ces tueuses de dragons se transforment en petites choses plaintives. Comment va-t-il encore pouvoir fantasmer sur elles ?

Je trouve cette réflexion très hétéro-centrée ! Il est étrange qu’un homme aborde le sujet des violences sexuelles contre les femmes en se plaignant de voir son fantasme abîmé.

Quoi qu’il en soit, derrière la dénonciation des violences sexuelles, évidemment légitime, on sent poindre une véritable haine de la sexualité, notamment masculine. Le mâle hétérosexuel blanc est-il donc votre ennemi ? 

Pas du tout ! J’adore les hommes, j’ai été élevée par mon père et je compte énormément d’amis garçons. Tout au long de mon parcours, ce sont des hommes qui m’ont aidée, du maire du Mans qui m’a mis le pied à l’étrier en politique, à Emmanuel Macron qui m’a fait entrer au gouvernement en passant par mes éditeurs, tous masculins. Je me répète, mais évitons les caricatures !

Quel parcours hétéro-centré ! (rires)

En effet, mais je suis en même temps très gay-friendly puisque beaucoup d’entre eux le sont !

Vos amis masculins mènent-ils une vie si confortable pour vous laisser croire qu’il est plus facile d’être homme que femme aujourd’hui en France ?

Sur certains points, la vie des hommes est tout aussi difficile. Je dis toujours que les femmes sont globalement discriminées sur le plan professionnel et les hommes souvent sur le plan familial. Quand vous êtes un homme et que vous voulez prendre un congé « enfant malade », c’est compliqué dans une entreprise, vous subissez des stéréotypes. Les hommes devraient pouvoir pleurer en public sans être moqués.

Le monde de l’entreprise est agité par de plus en plus d’accusations de harcèlement sexuel. Sous l’influence de groupes féministes ultra-minoritaires, n’est-on pas en train de criminaliser l’art délicat de la séduction ? 

Je suis justement en train de rédiger avec des députés et la garde des sceaux le texte du projet de loi contre les violences sexuelles pour caractériser ce qu’est le harcèlement dans l’espace public. Lorsque le législateur a voulu définir le harcèlement moral au travail, certains soulevaient une objection comparable à la vôtre : « On ne pourra plus demander à son collègue de faire une heure de travail supplémentaire ! » Finalement, on a clairement défini le harcèlement moral et les juges ont parfaitement réussi à rendre des jugements sur ce sujet. Je crois que vous savez aussi bien que moi faire la différence entre la drague et le harcèlement !

Un homme qui passe, admire votre décolleté et vous lance : « Il y a du monde au balcon ! » Cela relève-t-il du harcèlement ?

Non. Pas une fois. Et je me suis fait houspiller pour avoir dit que siffler une femme une fois n’est pas la harceler. Tout est dans la nuance. Il faut préserver l’espace intime de chacun. Si je me mettais à dix centimètres de vous et vous regardais intensément, je crois qu’à un moment vous vous sentiriez intimidé. De même, lorsque quelqu’un vous demande sept fois de suite votre numéro de téléphone et vous suit dans le métro, il y a un problème. Pourtant, dans la vie réelle, il est compliqué d’y répondre : si vous voulez porter plainte parce que quelqu’un vous a demandé sept fois votre numéro de téléphone, la police va dire qu’elle ne peut rien pour vous.

Oui, nous rencontrons dans la vie toutes sortes de problèmes qui ne relèvent pas du droit et prétendre que le droit les règlera, c’est mentir. De plus, il existera toujours une zone grise dans les relations amoureuses. Aux États-Unis, les plus radicaux ont gagné, empêchant tout compliment à une femme sous peine de procès. Allez-vous créer une police des braguettes ?

Je ne veux pas légiférer sur les rapports sexuels, voyons. À partir du moment où les gens sont majeurs et consentants, ils peuvent faire ce qu’ils veulent.

Personne ne le nie. Mais de là à sacraliser la parole des femmes comme Muriel Salmona qui réclame une« présomption de vérité » pour les accusations de harcèlement, il y a un pas… 

J’y suis totalement opposée. Je crois à l’Etat de droit, c’est notre cadre.

Parfois un bon coup dans les parties, ça peut aussi faire du bien !

Vous ne croyez pas si bien dire ! Je me suis sortie d’une agression dans le métro en appliquant le conseil de mon père : « Si un jour un mec t’attrape, tu lui envoies un coup de genou bien placé, il sera obligé de se baisser et tu t’en serviras pour partir en courant. » Mais toutes les femmes n’ont pas la présence d’esprit de le faire sur le moment ou se trouvent dans un état de sidération tel qu’elles ne peuvent pas se défendre.

Retrouvez ici la seconde partie de cet entretien

Knock: Omar l’a tuer


Le propos politique de Knock ne se limite pas à la promotion de l’antiracisme à gros sabots. On y trouvera aussi un tas d’autres gadgets idéologiques en vogue: utilitarisme libéral, hygiénisme, néopuritanisme et, bien sûr, apologie de la transparence généralisée. 


L’histoire est connue : Knock, médecin douteux, s’installe au village, persuade tout un chacun qu’il n’est jamais qu’un malade en puissance et transforme l’endroit en hôpital à ciel ouvert. En 1923, Jules Romains préfigurait dans sa pièce la collusion entre médecine moderne et capitalisme, annonçant à la fois le règne des bobos et l’essor sans fin de l’industrie médicale. Qu’ajoute donc dans son dernier film Lorraine Lévy ? Elle exprime, un siècle plus tard, un air du temps américain, empreint d’utilitarisme libéral et d’un soupçon de particularisme racialiste.

Le bon sans la brute et le truand

Examinons pour ce faire ce qui ne se trouve pas dans la pièce. Il y a une jeune tubarde, Causette, exploitée par une fermière locale. Knock, amoureux, paiera son séjour en sanatorium (c’est la caution altruiste : charlatan peut-être, mais grand cœur). Il y a une nymphomane, épouse du pharmacien, qui le poursuit de ses assiduités. Il lui résiste (c’est la caution moralo-sexuelle : charlatan, sans doute, mais ne convoitant pas la femme de son voisin). Il y a un curé jaloux du succès de Knock, aigri, mesquin et lâche. Rance, synthétiseraient certains. Comme un seul homme, les villageois lui préféreront Knock (c’est la caution moralo-sociétale : sus au curé, à nous le progrès). Il y a un escroc surgi du passé qui tente de faire chanter Knock (c’est la caution par le contre-exemple : Knock, lui, n’est pas aussi méchant. Ce n’est pas un véritable escroc. C’est un enfant de la DDASS qui a pris sa revanche). Knock s’en débarrassera en lui collant une chiasse d’enfer, car la médecine moderne, outre qu’elle traite les malades imaginaires, sait aussi punir les méchants (c’est la justice par la scatologie, ce qui fait toujours rire les enfants).

Ces ajouts sont autant de gages donnés à une mièvrerie bien-pensante. Avant d’y revenir, notons d’abord que le biais narratif choisi (à mon sens, corollaire nécessaire du choix d’Omar Sy pour incarner Knock) témoigne en filigrane d’une obsession venue d’outre-Atlantique, obsession de la race, qui selon la doxa politiquement correcte aurait quelque chose à voir avec la moralité de l’individu. On ne peut s’empêcher de penser en effet que si Knock joué par Omar Sy est à l’opposé de ce qu’il est dans la pièce de Romains, à savoir un véritable escroc, c’est justement parce qu’il est noir. Est-ce à dire qu’un acteur noir ne pourrait incarner un rôle-titre lorsque celui-ci renvoie à un personnage uniment antipathique ? Ne pourrait-on imaginer que dans ce cas, une quelconque association antiraciste porte plainte pour insulte à l’image des « racisés » ? Ces derniers ne pourraient-ils pas légitimement se sentir offensés par un personnage de charlatan à la peau sombre dont n’émanerait pas une once de sympathie ? Ceci est possible, en effet.

Un Knock noir ne peut pas être méchant

Entendons-nous bien : le choix d’Omar Sy pour incarner Knock ne pose en soi aucun problème de crédibilité. Il pose en revanche question à cause de la distorsion essentielle que fait subir la réalisatrice à la pièce et au personnage par lequel elle existe. Omar Sy peut jouer Knock, mais à la condition que le personnage soit sympa. Qu’il ait souffert. Que ses malversations soient justifiées par un passé de victime. Lorraine Lévy, pour faire passer ce présupposé racialiste si américain, tente de le désamorcer par quelques répliques un peu étranges, censées sans doute nous rassurer sur le fait que nous sommes bien toujours en France, patrie des droits de l’homme, de l’universalisme, de la place du village et des nappes à carreaux : « Il est différent, hum hum, oui mais en quoi ? » s’interrogent sans fin les villageois, évoquant toutes les raisons possibles, à l’exception d’une seule, bien entendu, celle de la couleur de peau de Knock. Passons sur le magnifique déni de réel ici en jeu, et examinons le contresens majeur commis sur l’universalisme : l’universalisme ne réside pas dans la dénégation des différences, il ne se confond pas avec le postulat d’une identité physique, psychologique et intellectuelle entre les gens. L’universalisme est une vision morale et politique de l’homme, dont on affirme l’égalité en droit par rapport à la loi. Le véritable universalisme considérerait ainsi qu’un Knock noir pourrait, tout autant qu’un Knock blanc, être un charlatan vénal et rien que cela ; l’essentiel étant qu’il soit passible, pour les mêmes délits, des mêmes peines.

A lire aussi: Eric Zemmour vs Omar Sy : la défaite de la pensée

Parallèlement se lit dans le film une autre confusion idéologique, selon laquelle le bonheur serait non plus une contingence individuelle, mais le résultat d’un certain mécanisme économique et social. Le propos de Lorraine Lévy est utilitariste : c’est justement la vénalité de Knock, parce qu’elle entraîne un effet positif sur la vie des villageois, qui va finalement constituer sa plus grande qualité. Certes, il les escroque bien, tous ces braves gens, et de cela, ils ne sont pas tout à fait dupes. Mais qu’importe ! clament-ils tous en chœur : le bon docteur nous rend tellement heureux !

L’avènement de la transparence sociale

Penchons-nous sur le bonheur ainsi vendu par Knock (mais soyons raisonnables et évitons le lumbago). « Je bois moins », dit le facteur poivrot. « Je me lave les dents », dit le marmot à casquette. « Mon mari a des érections », dit la femme ravie d’un péquin. Le bonheur moderne est donc question d’hygiène. Il est également gentiment puritain : les galipettes des clients de Knock ne sortent jamais du cadre sacré des liens conjugaux. Ce bonheur-là est par ailleurs accessible à tout individu ayant du bien. Si la femme nympho du pharmacien cesse de se jeter au cou de tout mâle passant à sa portée, c’est parce que son mari, rendu riche, lui a offert un beau chapeau. Ainsi apprenons-nous que la clé d’un couple heureux, c’est le pouvoir d’achat. Quant à la riche rombière du village, après avoir goûté aux joies du thermalisme, elle n’est plus que risettes et ravissement.

Nous pouvons donc en conclure trois choses : le bonheur, c’est d’être propre, d’avoir une vie sexuelle dans le cadre du mariage et de socialiser avec ses semblables. Mais ce bonheur présente une autre particularité : il relève d’un mode collectif de fonctionnement. La fin de règne du curé signe en effet non pas tant la libération des mœurs que l’avènement de la transparence sociale ; au secret de la confession, qui protégeait l’intimité du regard, doit succéder le grand déballage public de sa part d’ombre, de ses états d’âme, de ce linge sale qui auparavant se lavait en famille ou, le plus souvent, pas du tout. Hygiénisme du corps, hygiénisme de l’âme. Une communauté d’êtres limpides, dépourvus de secrets, ne peut qu’être harmonie. À la pénombre chafouine du confessionnal succède la transparence totalitaire, celle qui fait qu’on parle de soi à tous, et réciproquement. Comment le mal en effet pourrait-il exister dans une société où tout se sait ?


Courage: le Goncourt et le Renaudot dénoncent le nazisme 72 ans après sa chute

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Beaucoup plus fort que Romain Gary ! Le grand écrivain a obtenu pour la seconde fois le prix Goncourt en 1975 pour La vie devant soi en attribuant la paternité du livre à son neveu, pourvu du pseudonyme d’Emil Ajar. Le 6 novembre 2017, l’avocat américain Mike Godwin, inventeur de la loi du même nom, a décroché les deux plus prestigieux prix littéraires français, le prix Goncourt et le prix Renaudot. Pour le premier, il s’est affublé du nom et de la personne d’un littérateur peu connu, Eric Vuillard à qui il a fait endosser L’Ordre du Jour. Pour le second, c’est Olivier Guez qui aurait écrit La disparition de Josef Mengele. Le premier livre parle de la collusion d’Hitler avec le grand capitalisme allemand et le second de la fuite et de la vie heureuse en Amérique du sud du médecin en chef d’Auschwitz. Il reste à espérer que, quand la supercherie sera découverte, ces deux marionnettes ne tomberont pas dans la même dépression interminable que Paul Pavlowitch, le malheureux neveu manipulé par Gary.

La critique n’est pas de notre temps

Quel courage, tout de même, dénoncer la montée en puissance du nazisme et ses séquelles plus de 70 ans après la chute du IIIème Reich ! Un courage qui a été salué par les jurys, le bon Monsieur Pivot en tête, comme par les journalistes.

Non, non, nous ne voulons pas de romanciers qui parlent des brûlants problèmes d’aujourd’hui. Quelle mouche a piqué Alain Finkielkraut d’intituler une de ses récentes émissions de Répliques, A la Recherche du temps présent ? Franchement, ce Patrice Jean qui parle dans L’Homme surnuméraire de l’angoisse des mâles d’aujourd’hui déclarés inutiles et nuisibles à la société, quel intérêt ? Et ce Benoît Duteurtre qui nous bassine avec la bétonnisation du monde, l’enlaidissement de Paris par Hidalgo et le tourisme de masse dans Pourquoi je préfère rester chez moi, en voilà un raconteur de futilités ! Ces pauvres garçons répètent à l’infini le modèle de Balzac, qui termine son œuvre par des livres dont l’action lui est quasiment contemporaine comme La cousine Bette, ou de Proust qui à la fin de La Recherche du Temps perdu décrit en direct la société de l’immédiate après-guerre de 14-18, juste avant sa propre mort.

Il est temps de dénoncer les guerres préhistoriques

Non, non, les jurés Goncourt et les jurés Renaudot ont totalement raison, nous voulons des romans qui évacuent les douloureux problèmes de la société française d’aujourd’hui, qui ne risquent pas de la cliver, de « dresser les Français les uns contre les autres ». Vous voyez le mauvais effet d’un romancier qui écrirait le monologue intérieur d’une mère de djihadiste parti en Syrie, et qui attendrait interminablement à sa fenêtre de banlieue le retour de l’enfant guerrier ou d’un de ses copains ? Et l’effet désastreux du journal d’un vieil homme de Villejuif qui verrait son entourage et sa ville s’africaniser peu à peu inexorablement ? On ne monte plus jamais Le Rhinocéros d’Ionesco et on a bien raison. De mauvais esprits pourraient croire que cette pièce nauséabonde, où tout l’entourage de Béranger se transforme irrésistiblement en rhinocéros sans que personne y trouve à redire, est une métaphore à peine voilée du « Grand Remplacement » qui galope à travers les villes et campagnes de France.

Bref, nous voulons des romans qui soient pour le Bien et contre le Mal. Nous exigeons de bons gros romans historiques qui dénoncent avec vigueur la croisade contre les Albigeois dits aussi Cathares, qui traînent dans la boue son ignoble chef Simon de Montfort, ou bien un ouvrage vigoureux qui s’en prendrait au génocide commis par Charlemagne contre les Saxons. Songez que les survivants prisonniers étaient conduits à Verdun, entièrement dépouillés de leur virilité et vendus aux harems d’Afrique du Nord. Voilà un scandale qui a trop été occulté. Et pour les grands prix littéraires de l’an prochain, je suggère qu’on se penche sur les guerres préhistoriques, longtemps niées et pourtant pleines de massacres sur lesquels pourra s’épancher le goût contemporain du pleurnichage à motifs antédiluviens. Certes Ao, le dernier Néandertal de Marc Klapcynski, remonte à 2010 et il est un peu tard pour le couronner du Goncourt ou du Renaudot. Mais d’autres thèmes, passionnants et matières à scandale, peuvent inspirer des romans dans l’année qui vient. Qui racontera le massacre d’homo florensis, ce pauvre hobbit qui mesurait un mètre et fut génocidé par Sapiens à son arrivée en Indonésie ? Ou bien l’extermination de ces gentils chameaux géants qui vivaient en Amérique jusqu’à l’arrivée de ce même Sapiens ? Décidément une brute très épaisse, et pourtant notre ancêtre.

Harcèlement féministe : arrêtez la chasse à l’homme!


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« Quand tous les marteaux du moment se mettent à taper sur le même clou, tenter de glisser un doigt de contradiction, ou plus grave encore, d’ironie, est plutôt périlleux. » Je crains que notre chère directrice de la rédaction Elisabeth Lévy ait raison. Avec notre « une » montrant une Cro-Mignonne traînant son gentleman par les cheveux, nous froisserons tous les pisse-froid en croisade contre le grand méchant loup masculin. Car l’affaire Weinstein a annoncé l’ouverture de la chasse : #balancetonporc signifie que chaque femme a son goret. Or, comme l’introduit Elisabeth Lévy, « l’homme occidentalisé n’est pas un porc, mais un repentant. Face à la forêt planétaire de doigts accusateurs, il finit par croire à sa propre culpabilité ». Il en ainsi de notre ministre de l’Economie, qui a fini par battre piteusement sa coulpe après avoir, dans un premier temps, refusé de céder à la mode délatrice.

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Grand entretien avec Marlène Schiappa

Pour connaître la position du gouvernement sur ce grand déballage, Causeur a interrogé la secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa. Sans sectarisme aucun, cette dernière nous a accordé un grand entretien dans lequel elle met les point sur les i. Viols de Cologne, projet de loi sur le harcèlement, écriture inclusive : tout, tout, tout, vous saurez tout sur la pensée de lady Marlène. Avec quelques surprises au rendez-vous.

Autre événement inattendu, la sortie dans nos pages d’un inédit de Philippe Muray. Il y a vingt-cinq ans, le grand moraliste voyait déjà l’« envie de pénal » pointer le bout de son appendice, sachant « c’est toute la sphère du sexuel que l’on peut voir aujourd’hui glisser sous la domination du pénal, et c’est le désir même qui est en train d’être pénalisé… » Niveau pointures, Causeur en rajoute une couche avec Alain Finkielkraut, affligé par la « rééducation nationale » qu’a ouverte l’affaire Weinstein. Une série d’actes scabreux que notre ami Cyril Bennasar résume de sa plume acide : « Si l’on crie au viol sur toutes les ondes depuis trois semaines, c’est parce qu’un producteur puissant dans le monde, mais un pauvre type dans l’intimité, qui le goût du risque et des femmes, mais peu d’éducation a été obligé de réussir pour coucher et a pris l’habitude avec lourdeur, insistance et maladresse de proposer à des actrices (…) de coucher pour réussir. »

Lyon-2 bastion islamo-gauchiste

Juristes spécialistes de la question, Florence Rault et Paul Bensussan montrent la difficulté à judiciariser les rapports hommes/femmes, forcément troubles et ambivalents. Mais lorsqu’il s’agit de morale, prescription et présomption d’innocence passent aisément à la trappe… Enfin, Céline Pina ferme le ban en soulignant la tartuferie des néo-féministes sourdes devant Cologne mais atteintes du syndrome Gilles de la Tourette dès qu’il s’agit de « balancer » un porc putatif.

Rubrique actualités, Marcel Campion nous dit ses quatre vérités sur son conflit avec Anne Hidalgo et ses déboires judiciaires. Au-delà de son cas personnel, depuis qu’une ordonnance gouvernementale soumet l’attribution des manèges à appel d’offre, c’est tout le monde forain qui est menacé de disparition au profit des grands groupes. A Lyon, Luc Rosenzweig a enquêté dans les milieux universitaires islamo-gauchistes. Lyon-2 s’est en effet récemment fait connaître pour son colloque annulé de justesse en présence… d’un fiché S ! Et le partenariat de la fac avec l’Université islamique du Liban, réputée proche du Hezbollah n’arrange rien. Sunnites, chiites, demandez le programme !

D’une Catalogne l’autre

Envoyé spécial en Catalogne française, j’ai réalisé un long reportage sur Perpignan, au cœur d’un des départements les plus pauvres de France. Sinistrose économique, non-intégration des gitans, clientélisme à tous les étages : pendant que Barcelone décolle, la Catalogne française s’assoupit. Quelques kilomètres plus au sud, certains rêvent d’ailleurs d’indépendance. Chiche, répond Hervé Algalarrondo, partisan du droit à l’autodétermination des Sud-Catalans.

Cerise sur le gâteau, notre rubrique littéraire fait ce mois-ci la part belle aux expositions Gauguin et Anders Zorn que Patrick Mandon et Pierre Lamalattie ont visitées pour nous. Après la rétrospective Melville que nous offre Jean-Pierre Montal, il est grand temps de vous offrir un petit coup de cognac avec d’Emmanuel Tresmontant. Garçon, un Causeur s’il vous plaît !

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Mai 68 à l’Elysée: la commémoration de l’ordre établi

« Papa pue ». On ne sait si Emmanuel Macron connaît ce slogan de Mai 68 dont Patrick Buisson estime, à raison, qu’il est l’un des plus significatifs, mais le président qui ne rate pas une occasion de fustiger les forces du passé pourrait, vulgarité mise à part, en faire sa devise. Contrairement à de nombreux commentateurs, on ne s’offusquera pas que le chef de l’État envisage de commémorer (et non de célébrer, précise-t-on à l’Élysée) la glorieuse guerre contre le vieux monde. Quant aux soixante-huitards maintenus, comme Alain Krivine, on comprend qu’ils fassent grise mine : la bienveillance publique dont bénéficie leur glorieux mouvement de contestation prouve, si besoin était encore, que celui-ci n’a ébranlé l’ordre ancien que pour légitimer le nouveau. À vrai dire, on n’avait pas attendu Macron pour savoir que les « mutins de Panurge » avaient gagné et que les anarchistes, désormais couronnés, cumulaient les charmes de la rébellion et le confort de la domination.

Macron c’est Mai 68

Luc Ferry a donc tort de reprocher à Emmanuel Macron de vouloir « récupérer un mouvement qui fut d’abord antiétatique ». Notre jeune président n’est pas seulement un enfant de 68, il est celui qui réalise son programme caché, même et surtout au regard de ses acteurs directs. En effet, en scellant l’alliance, jusque-là honteuse, de la bourgeoisie et de la contestation, Macron a bouclé la boucle libérale-libertaire : le pouvoir ne se réclame plus du sabre et du goupillon, mais du CAC et de la PMA. De ce point de vue, le ralliement de Pierre Gattaz, le patron du Medef, à l’écriture inclusive est parfaitement emblématique.

L’État macronien peut donc aisément s’accommoder de l’héritage d’un printemps qui, prétendant refonder le collectif en faisant exploser les cadres traditionnels de l’existence, a abouti au sacre de l’individu. Il y a bien sûr des mauvais coucheurs qui persistent dans leur rejet de « la pensée 68 », mais c’est justement cette France « maussade » que le chef de l’État ne cesse de brocarder.

Mai 68 est archiconsensuel

En réalité, Mai 68 n’est pas trop polémique, comme on le dit, mais archiconsensuel : même la France ronchonne de la Manif pour tous est à l’unisson de l’individualisme contemporain. Élu du Finistère et candidat à la présidence LR, Maël de Calan se demande si on va célébrer « les étudiants gauchistes et leurs théories insensées, qui font aujourd’hui sourire, mais qui résonnaient autrement dans le contexte géopolitique et idéologique des années 1960 ». Il n’est pas sûr que les étudiants qui s’opposent aujourd’hui à la sélection à l’université avec la même énergie que leurs lointains ancêtres soient aussi amusants qu’eux, mais ils sont aussi insensés. Ce qui n’a pas empêché le gouvernement de leur céder sur toute la ligne.

Nul n’ignore que les bonnes universités ont instauré des procédures de sélection depuis longtemps et que les diplômes délivrés par les facs non sélectives n’ont guère de valeur. Visiblement terrifié par sa jeunesse, le Premier ministre a pourtant déclaré, fort mal à l’aise : « Dans la plupart des cas, l’université dira “oui” au choix du bachelier et dans certains cas, elle dira “oui, si”, c’est-à-dire si le candidat accepte un parcours adapté qui lui permette de réussir dans la filière qu’il a choisie. » Inutile de préciser que, pour les actuels dirigeants de l’increvable UNEF, il n’y a pas de « si » qui tienne. « L’étudiant n’aura pas le dernier mot. On lui imposera une remise à niveau qui pourra aller jusqu’à un an supplémentaire », s’insurge Lilâ Le Bas, présidente du syndicat. Le désir de l’étudiant est un ordre. Un diplôme, comme je veux, quand je veux ! Et tant pis, si, au bout du compte, la réalité ne tient pas ses promesses et que ce diplôme est dénué de toute valeur. Le spectacle d’une jeunesse considérant que la réussite lui est due et refusant le moindre effort pour parvenir à ce qu’elle veut est finalement bien plus navrant encore que la perspective, plutôt comique, d’un banquet d’anciens combattants réunis autour de Geismar et Cohn-Bendit.

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Macron a de l’autorité? Tant mieux!

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Il n’a pas échappé aux observateurs patentés que l’exercice du pouvoir par le jeune Emmanuel Macron était placé sous le signe de la verticalité, en français moderne dans le registre du « top to bottom ». L’idée même que la réforme, ou la « révolution », qu’il entend mettre en marche puisse survenir par le génie d’un peuple concepteur et acteur majeur de son destin lui est totalement étrangère, et aurait même tendance à l’irriter fortement. Emmanuel Macron a deux boussoles qui lui indiquent le sud, c’est à dire les directions à éviter absolument : la présidence mollassonne et bavarde de son prédécesseur, et la cacophonie impuissante et délétère des happenings de Nuit debout.

Droit dans ses bottes

Je dis, je fais, je nomme : la méthode est claire, qui m’aime me suive, rendez-vous en 2022 pour compter les bouses à la fin du marché !

Les paresseux à moitié incultes qui se prélassent dans les grandes rédactions de nos médias principaux, ressortent, pour faire les malins, les vieilles rengaines pour fustiger ce retour de « l’exercice solitaire du pouvoir » que la gauche reprochait à De Gaulle, de « l’hyper-présidence » liberticide, étiquette collée à Sarkozy par l’immense démocrate (modèle Lev Davidovitch) Edwy Plenel. Les plus instruits évoquent la figure de Bonaparte confisquant la Révolution française pour nous conduire vers l’Empire, son hubris dévastatrice et la police de Joseph Fouché…

A lire aussi: Macron: faux libéral, vrai autoritaire

Tout cela est risible : les gadgets prétendument démocratiques récents, comme les primaires au sein des partis politiques – importation stupide d’un système politique américain totalement inadapté à la civilisation française – ont amplement démontré leur nocivité. Qu’un président de la République désigne le chef du parti chargé d’organiser le soutien politique à son action n’a vraiment rien de choquant : tout le monde, avant lui, l’a fait, avec plus ou moins de bonheur dans le choix de la personne chargée de cette tâche. Et trouver quelqu’un qui ne soit ni un incapable, ni un intrigant n’est pas une mince affaire : le peuple des militants a une fâcheuse tendance à se tirer une salve de balles dans le pied quand on lui laisse le dernier mot. Les affrontements Copé-Fillon et Ségolène Royal-Martine-Aubry n’ont pas été pour rien dans la désaffection du peuple pour les vieux partis ! L’avenir nous dira si Christophe Castaner sera pour Macron ce que Jospin fut pour Mitterrand, ou Harlem Désir pour François Hollande. J’aurais plutôt tendance à privilégier la première hypothèse, mais je peux me tromper…

Juste une mise au pas

En revanche, s’il me fallait évoquer l’histoire de notre vieux pays pour esquisser un bilan des six premiers mois de présidence macronienne, c’est plutôt le cardinal de Richelieu que Bonaparte qui émergerait de la galerie de portraits transmise par mes bons maîtres du lycée. Le Richelieu qui démantèle les châteaux forts des « Grands » du royaume, ceux qui en prennent à leur aise avec le pouvoir d’un roi malade et dépressif. Il les met sous la férule des intendants, qui veillent à faire remonter vers le centre les richesses ponctionnées sur le travail des paysans et des bourgeois, affame les protestants de La Rochelle pour qu’ils ne jouent pas perso dans la mondialisation de l’époque (commerce triangulaire et autres joyeusetés), fait dans le « sociétal » en interdisant les duels qui bafouent la justice royale, et prépare le terrain pour que le féodal arrogant se mue en courtisan obséquieux et soumis à la Cour du Roi Soleil.

On ne peut qu’être frappé par le fil rouge qui relie les réformes instaurées au pas de charge par le nouveau pouvoir élyséen : au-delà de ce qui avait été annoncé pendant la campagne électorale, on trouve toujours, dans un coin d’une ordonnance, d’une loi ou d’un décret une mesure annexe qui vise à démanteler les citadelles néo-féodales de notre République. Réforme du marché du travail ? Au passage, la gestion paritaire de l’assurance chômage, source de financement et de perpétuation  des bureaucraties syndicales va repasser sous contrôle de l’Etat au motif que les non-salariés vont désormais en bénéficier. Réforme des aides au logement ? Le magot des organismes HLM, alimenté en grande partie par les aides publiques au logement est rogné, avant que l’Etat ne s’immisce plus avant au sein de ce fromage contrôlé par les barons politiques locaux qui l’utilisent un peu trop comme instrument de clientélisme électoral. Les emplois aidés ? Même motif et même punition pour ce système dont l’esprit a été détourné  pour distribuer des jobs aux affidés du maire, ou à leurs enfants. Réforme de l’assurance maladie ? Adieu les mutuelles étudiantes où se reproduisaient les générations d’apparatchiks du PS ! Fin de la réserve parlementaire, boîte à sucre servant aux députés et sénateurs à se faire des amis pour la vie ! Et pour couronner le tout, un coup génial : la réduction de 50% des promotions annuelles dans l’ordre de la Légion d’honneur, réduisant d’autant le nombre de breloques que leur proximité avec le pouvoir pouvait permettre à ces petits ou grands barons d’attribuer à leur clientèle.

Collomb, Le Drian: irréductibles jusqu’à quand?

Emmanuel Macron, cependant, ne peut se permettre (pas encore ?) de remplir son devoir d’ingratitude envers ceux qui lui ont permis d’accéder au trône, les super-barons ex socialistes Gérard Collomb et Jean-Yves Le Drian, dont l’autorité et la toute puissance dans leurs fiefs respectifs – la métropole lyonnaise et la Bretagne – échappent à la mainmise élyséenne. Mais leurs jours politiques sont comptés : à soixante-dix balais, on est plus proche de la sortie que de l’augmentation.

Agressé comme un Chinois à Paris

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Touristes chinois avides de sensations fortes, venez visiter nos banlieues ! Ça vous changera du traintrain des voyages organisés. Il y a plus intéressant que la Tour Eiffel ou l’Arc de triomphe.

Bande de gazés

Ils étaient une quarantaine, des Chinois, devant leur hôtel de Fresnes dans le Val-de-Marne. Ils attendaient le car de leur tour-opérateur qui avait prévu pour eux une tournée banale et classique. Quand soudain un groupe de « jeunes » a surgi. Aspergés de gaz lacrymogène, ils ont été dépouillés de leur argent.

Et – va donc savoir pourquoi ? – ils ont pris dès le lendemain l’avion pour la Chine. Timorés et peureux, ils n’ont pas apprécié l’animation imprévue, et donc excitante, que leur offrait la France. La prochaine fois ils iront à Londres, Madrid ou Berlin, ce qui est d’un commun…

Les médias chinois font tout un plat de cette innocente mésaventure. Et vas-y que je décrète que la France est un pays dangereux… Et vas-y que je demande aux autorités de notre pays des escortes spéciales pour les voyageurs chinois… Et vas-y, pour les plus énervés, que j’exige qu’on boycotte la France…

La France, des sensations pures

Ces Chinois n’ont aucune imagination. Ne savent-ils pas que de par le monde il y a des conquérants de l’impossible? Des qui, au péril de leur vie, gravissent les pentes de l’Himalaya. Des qui, prenant les mêmes risques, plongent en apnée au fond des mers. Pourquoi négliger les émotions fortes que peuvent procurer la découverte et la conquête de la France ? Pourquoi se priver de raconter aux enfants, au retour d’un séjour dans l’Hexagone, des moments autrement plus croustillants qu’une photo au pied du Sacré-Cœur. Et chez nous le frisson, le vrai frisson est garanti. Car il y a à Fresnes mais aussi à la Courneuve ou à Sarcelles de vrais experts, sinologues certifiés.

Ils savent, et font savoir autour d’eux, que les Chinois manifestent une certaine réticence à l’égard des cartes de crédit et des chéquiers. En effet, ceux-ci ont toujours sur eux des sommes plus ou moins importantes en espèces. Et ça ne concerne pas que les Chinois de Chine. Ceux d’Aubervilliers et de Belleville ont eu en effet à subir de nombreuses agressions.

Kung fu bermuda

Même s’ils ont protesté en manifestant par milliers. Et en désignant l’origine de leurs agresseurs, une stigmatisation que nous refusons avec indignation de partager ici. Mais on les voit mal prendre l’avion pour la Chine. Quant aux Chinois de Chine, il se dit que leur prochain contingent de touristes seront entièrement composés de maîtres du kung-fu.

Marcel Campion: « Forains, réveillez-vous! Vous allez mourir! »


Le « roi des forains » Marcel Campion et la Ville de Paris sont en guerre ouverte, après des années d’étroite collaboration. Du marché de Noël des Champs-Elysées à la grande roue de la Concorde, il aborde tous les sujets de discorde et entrevoit la fin du monde de la fête populaire. 


Causeur. Jusqu’à une date récente, vous travailliez en bonne intelligence avec Anne Hidalgo qui disait apprécier les forains avant de faire voter un vœu pour vous retirer l’organisation du marché de Noël au bas des Champs-Élysées. Que s’est-il passé ?

Marcel Campion. La dernière fois que je l’ai vue, le 24 juin 2016 à la fête des Tuileries, elle m’avait remis un prix et tout s’était bien passé. Il faut dire qu’à la dernière élection municipale, j’avais accepté de figurer sur son comité de soutien parce qu’Anne Hidalgo s’était engagée à soutenir les forains. Pendant deux ans, la maire a été très sympathique, nous a étouffé d’embrassades et de félicitations : « Formidable, la fête foraine au Grand Palais ! La fête des Tuileries, en plein Paris, c’est splendide ! Le marché de Noël sur les Champs : ça ne coûte pas un sou à la Ville et c’est la plus belle initiative dont j’aie jamais entendu parler ! »

Et puis, soudainement, le couperet est tombé : un rapport de la chambre régionale des comptes, qui épinglait sa gestion financière. Sur les 50 pages du rapport, 45 pages me sont consacrées ! J’en suis très honoré, à ceci près que la plupart de ses allégations sont fausses. D’ailleurs, j’ai déposé un recours contre le vœu qu’Hidalgo a fait voter pour supprimer le marché de Noël sur les Champs-Élysées. C’est un événement que j’organise depuis huit ans sans gagner un sou. Je ne me laisserai pas faire.

Que vous reproche la chambre régionale des comptes ?

La chambre m’accuse d’avoir appauvri la Ville pour trois raisons. Primo, j’ai demandé à la mairie de Paris d’acheminer de l’eau potable aux Champs-Élysées pour éviter aux clients du marché de Noël de boire l’eau de la Seine, comme cela se faisait jusqu’en 2010. Ces travaux ont coûté 120 000 euros.

Secundo, en 2010, à la demande des Carrières de Paris, la Ville a effectué pour 280 000 euros de travaux de consolidation sur la place de Concorde pour que le site puisse accueillir la grande roue et d’autres événements en toute sécurité. Mais il n’est précisé nulle part qu’entre le marché de Noël et la grande roue, j’ai payé 12 millions d’euros de loyer à la Ville depuis 2008 !

Tertio, il m’est reproché d’avoir obtenu le renouvellement de la grande roue place de la Concorde, soi-disant dans des conditions déloyales.

C’est-à-dire ?

En 2015, alors que j’obtenais depuis vingt ans l’autorisation de placer la grande roue de gré à gré, la Ville de Paris a fait un appel d’offres. Parmi les concurrents qui se sont présentés « spontanément », il y a une banque du Liechtenstein qui a des fonds dans 60 roues à travers le monde. Mais ce banquier ne possédait pas de grande roue à proposer à Paris. Normal, ça coûte 10 millions d’euros. Comme je trouvais l’opération curieuse, un de mes collègues forains a contacté le banquier du Liechtenstein et ça ne s’est pas très bien passé. Résultat : on m’accuse d’avoir voulu intimider ce pseudo-concurrent !

Un détail m’échappe : pourquoi ce banquier a-t-il répondu à l’appel d’offres de la Ville s’il ne possédait pas de grande roue ?

Devant le juge, le banquier a reconnu ne pas avoir de grande roue, mais pouvoir s’arranger pour en trouver une. En conséquence de quoi, alors que la date de dépôt des dossiers à l’appel d’offres était le 4 mai 2015 pour une ouverture de l’attraction le 10 juillet, le banquier m’a appelé le 7 mai pour me proposer de travailler avec lui en lui apportant ma roue, pensant que cela pourrait lui permettre d’être retenu. Dans son dossier de candidature, il y avait une photo de ma grande roue, ce qui m’a fait porter plainte. J’ai été piégé dans cette affaire car la Ville a fait en quelque sorte monter les enchères. Sachez que je paie une redevance pour la grande roue. En 2015, son montant équivalait à 25 % ou 30 % du chiffre d’affaires, soit la somme colossale de 1,2 million d’euros. Grâce à la mise du banquier, la Ville comptait faire monter le niveau de la redevance à 1,6 million d’euros. Ce qui fait dire à la chambre régionale des comptes que la Ville a perdu 400 000 euros de redevance en m’accordant finalement l’autorisation par un gré à gré signé au dernier moment.

Juridiquement, vous semblez avoir bénéficié d’un certain favoritisme.

C’est absurde. La Ville n’avait d’autre choix que de renouveler l’autorisation car j’étais le seul en lice avec une grande roue. Il se trouve que je suis le concepteur de la première grande roue, en 1993, les 400 autres réparties dans le monde entier sont arrivées dans les années 2000. Et si on admet l’hypothèse selon laquelle je suis en situation de recel de favoritisme, que fait la justice pour désigner l’auteur du favoritisme ?

Laissons Anne Hidalgo tranquille. Ce n’est pas de sa faute si au cours d’une perquisition à votre domicile, la police a trouvé de l’argent liquide.

Mais j’ai le droit d’avoir de l’argent liquide chez moi, parfois même 2 millions d’euros ! Le 6 octobre 2016, 80 policiers armés et des gendarmes sont venus faire une perquisition diligentée par le juge pour trouver je-ne-sais-quoi. Ils ont tout cassé, ont tenu en respect ma femme de 66 ans et moi-même, qui en ai 78. Les voisins croyaient à une attaque de djihadistes tellement c’était violent. Tout cela pour trouver 300 000 euros et des poussières dans mon coffre, une somme d’ailleurs justifiée. Ils ont saisi mes papiers, puis m’ont tout rendu car il n’y avait rien d’illégal.

La justice vous reproche aussi la détention d’un compte en Suisse…

Tracfin a lancé une alerte contre moi alors que ce compte est légal et déclaré. Mes sous ont été saisis une première fois, puis le juge a annoncé me les rendre. C’est alors qu’une seconde alerte Tracfin a été lancée pour la même raison ! On m’a séquestré tous mes comptes et bloqué mes coffres. C’est une mécanique que Le Canard enchaîné alimente en racontant n’importe quoi sur mon compte depuis des années, avec la complicité de tous ceux qui me veulent du tort.

Outre la suppression programmée du marché de Noël, où en sont vos projets avec la mairie de Paris ?

Alors que nous organisions depuis une quinzaine d’années une « Opération jours de fête » tous les deux ans au Grand Palais, cette fois la mairie de Paris loue le bâtiment aux mêmes dates !

Quant à la fête foraine qui a lieu à la fête de la Bastille depuis cent ans, elle est délogée par la Ville de Paris. Enfin, la mairie a torpillé la foire du Trône qui dispose chaque année de 5 000 places de parking. Cette année, il y a zéro place de parking pour le visiteur ! Au nom des espaces verts et de la lutte contre la pollution, Paris a infligé 30 % de fréquentation en moins à la foire du Trône. Je crie donc aux forains : « Réveillez-vous ! Vous allez mourir ! »

Votre colère vous donne des intonations quasi marxistes. Avez-vous manifesté contre la réforme du Code du travail pour avoir une tribune médiatique ?

La France est le pays de la précarité. C’est encore pire depuis que le gouvernement a sorti une ordonnance sur les marchés d’animation le 19 avril. Ce diktat impose de faire appel à la concurrence pour tous les espaces publics. On pourra toujours dire que les forains refusent la concurrence, mais il y a des us et coutumes dans les métiers. Pour investir, un forain doit savoir qu’il pourra revenir l’année suivante. Avec cette ordonnance, c’est fini ! Et puis les forains ne sont pas des écrivains : quand on tourne dans 35 villes par an, comment rédiger 35 dossiers de candidature ? S’ils meurent, cela profitera aux grands groupes. D’ailleurs, à La Baule, Veolia vient de prendre la place des plagistes indépendants.

Dans votre élan, vous avez publié une tribune sur le site du Comité invisible, groupe d’ultragauche dont est issue la bande de Tarnac.

Tous ceux qui veulent bien me prendre des tribunes peuvent les publier. Plus il y a de vues, mieux ça vaut !

Comptez-vous contre-attaquer à coups d’articles ?

Pas seulement. J’attends que la chambre régionale des comptes publie son acte pour porter plainte pour diffamation, voire au pénal. Dans son prérapport prétendument confidentiel, la chambre recommande à la Ville de Paris de ne plus signer l’agrément du marché de Noël des Champs. C’est un dossier confidentiel que personne ne doit lire avant que les deux parties ne soient reçues. Mais la presse l’a consulté avant moi. On veut ma mort professionnelle : le lendemain de mes deux mises en examen, 163 journaux en faisaient état !

La Ville de Paris répond à Marcel Campion

L’espace public est un bien commun qui appartient à tous les Parisiens. Il ne peut pas être occupé sans autorisation : il y a des procédures et des règles à respecter. Les attractions foraines doivent elles aussi s’y conformer. Depuis 2001, à l’initiative de Bertrand Delanoë, un important travail a été fait pour davantage de rigueur, de transparence et d’équité dans ce domaine. À partir de 2014, Anne Hidalgo et son équipe ont tenu à renforcer encore davantage ces exigences, dans le plus complet respect du droit. Cette démarche est partagée par les élus du Conseil de Paris, qui ont décidé à l’unanimité de mettre un terme au marché de Noël des Champs-Élysées, dont la qualité n’était pas satisfaisante. Majorité et opposition municipales vont travailler ensemble à de nouvelles animations, qui répondront mieux aux attentes des Parisiens. Pour le reste, une information judiciaire est ouverte, dans laquelle M. Campion a été récemment mis en examen. La Ville ne souhaite pas interférer dans les investigations en cours. Il convient de laisser les enquêteurs travailler sereinement pour aboutir à la manifestation de la vérité.

Féminisme: faut-il interdire les Liaisons dangereuses?

« Plus j’y pense, plus j’apprécie le chic de #balancetonporc : pour toutes celles qui, parmi nous, ont reçu la vulgarité extrême au plus intime de leur corps, et qui en ont intériorisé la honte, y compris à leur esprit défendant, la respiration est plus libre depuis que ce remarquable retour à l’envoyeur a été balancé comme un direct du droit. Par le simple fait de dire que nous avons subi, nous faisons advenir quelque chose de neuf. La honte, peu à peu, change de camp… », écrit Irène Théry dans le Monde.

Les « balances » n’ont pas bonne réputation

En tête d’article, elle a pris soin d’identifier ses cibles immédiates : moins les tripatouilleurs du métro, les lourdingues de l’ascenseur, les chefs de rayon insultants, ou les producteurs hollywoodiens adeptes du chantage, qu’Elisabeth Lévy et Alain Finkielkraut. « Le grand délathon a commencé », avait écrit la patronne de Causeur. Péché mortel. Quant à Finkie, qui avait tenté de s’exprimer avec mesure en fustigeant néanmoins « l’enfer de la bien-pensance »« avec ce hashtag dont la vulgarité et la brutalité passent l’imagination, c’est, selon lui, la fin de la plus élémentaire présomption d’innocence, tous les hommes brutalement transformés en porcs, cependant que sonne le glas d’une époque révolue, celle de la mixité heureuse et du respect des manières, cœur de la civilisation des mœurs, fierté d’une certaine identité française. » Aberration machiste qui lui a valu cette réplique élégante sur les réseaux sociaux, récemment promus vecteurs du Bien : « La mère de Finkielkraut aurait dû sérieusement penser à l’avortement de ce con ». Sûr que Janka Finkielkraut, qui a vu disparaître son monde et ses parents dans les camps d’extermination, aurait apprécié.

À l’école comme aux Baumettes, les « balances » n’ont pas bonne réputation. La Gestapo finissait par ne plus lire les dizaines de milliers de lettres anonymes que leur envoyaient de courageux Français. Je m’étonne un peu qu’une spécialiste du droit comme Irène Théry approuve ce qui est quand même une courageuse entreprise de délation anonyme comme on en a déjà vu en France. « Un déferlement assez ignoble », dit Catherine Deneuve, qui connaît pourtant tous les Weinstein du cinéma, depuis presque 60 ans qu’elle joue. Quand quelques hommes incriminés à tort par ce déballage de rancœurs, de règlements de comptes, de souvenirs opportunément remontés à la surface et éventuellement réarrangés selon l’air du temps et les jugements de divorce se seront tiré une balle, on mesurera alors ce qu’il y avait de nauséabond, du strict point de vue légal, dans ces affirmations dont l’accusé doit se justifier — et qui le croira ? — alors que c’est toujours à l’accusation de faire la preuve.

Et si les accusatrices ont la preuve, que ne sont-elles allées en justice… Les flics ne sont pas les monstres que l’on dépeint dans une certaine presse. Ce n’est pas pour décorer que les commissariats ont aussi des personnels féminins. Et des hystéries de délation, nous avons déjà connu ça — sans remonter à la dernière guerre.

Ségolène Royal, petite mère du mal

En 2005, Marie-Monique Robin, dont je ne dirai jamais assez qu’elle est une enquêtrice exemplaire (lire le Monde selon Monsanto, par exemple) sort l’Ecole du soupçon, dont elle tirera un reportage télé deux ans plus tard. Elle revient dans ce dossier accablant sur la circulaire signée par Ségolène Royal en 1997, visant à signaler tous les cas de pédophilie supposée à l’école. Les plaintes, qui tournaient jusque là, bon an mal an, autour d’une douzaine dont trois ou quatre arrivaient effectivement en phase judiciaire, se sont alors multipliées par dix. Que croyez-vous qu’il arriva ? Quelques enseignants incriminés — à tort, vous expliqueront les proches, accablés, de Bernard Hanse — se suicidèrent. Et combien de cas furent traités par les tribunaux ? Trois ou quatre, comme les années antérieures : le grand déballage s’appuyait sur des rumeurs, des règlements de comptes pour une mauvaise note, une fixation amoureuse d’une élève sur un prof, une mésinterprétation d’un geste purement pédagogique (un prof de gym accusé de tripoter ses élèves parce qu’il les aidait à bien se recevoir à la sortie d’un cheval d’arçon). Il n’y eut pas dans l’Education nationale un flot soudain de pervers. Mais la secrétaire d’Etat aux affaires scolaires a feint de le croire, expliquant benoîtement qu’il n’y avait pas de fumée sans feu, et que sans doute on avait fait pression sur les enfants…

C’est pour cette raison, et nulle autre, que j’ai voté Sarkozy en 2007, comme 25% des profs. Jamais je n’aurais contribué à porter au pouvoir une femme qui marchait sur les enseignants pour en faire un piédestal à son ambition.

En passant par Cologne…

Quant au harcèlement au quotidien… Une amie s’est fait agresser il y a trois ans à Marseille parce qu’elle se baladait en short en plein été — un pur scandale… Agressée par deux individus « pas tibulaires, mais presque », qui l’ont traitée de pute et quelque peu malmenée — à quatre heures de l’après-midi près du port dans une rue passante. Comme elle se défendait, elle a été ceinturée par un passant qui lui a jeté : « Mais enfin, mademoiselle ! C’est leur culture… » À Hambourg ou Cologne aussi, au 31 décembre 2015, c’était leur culture… Et ce n’est pas adhérer aux thèses de la pauvre Marine Le Pen, de plus en plus perdue face aux médias, que de dire cela. Ce sont des faits.

J’aimerais beaucoup que l’éminente sociologue du droit familial qu’est Irène Théry s’insurge contre ce harcèlement collectif que représentent aujourd’hui les invectives des plus fanatiques des Musulmans. Ce que l’on dit de Harvey Weinstein est peut-être vrai — j’attends que la justice américaine, qui ne passe pas pour laxiste, donne une suite judiciaire à la lapidation anticipée du…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli

C'est le français qu'on assassine

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Les Rien-pensants

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PMA / GPA : on a toujours dissocié sexe et amour

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Après la lecture des bonnes feuilles du livre d’Elisabeth Schemla PMA / GPA: « Il ne faut pas se laisser phagocyter par le lobby gay de Paris » dont l’esprit d’ouverture invite au débat, je voudrais faire quelques remarques.

Le sexe sans grossesse ne date pas d’hier

Dire que « la recherche médicale a provoqué un big-bang sans précédent pour l’espèce humaine : la dissociation totale entre procréation et sexualité » n’est pas tout à fait exact. Depuis fort longtemps, les humains savent que lorsqu’un homme et une femme ont un rapport sexuel avec éjaculation intra-vaginale, il y a une probabilité assez forte pour que la femme devienne enceinte. Les humains ont donc inventé tout un arsenal de techniques plus ou moins efficaces pour connaître le plaisir sexuel sans aboutir à une grossesse. Les pratiques homosexuelles – aussi anciennes que l’histoire nous permet de le dire – en font partie. La médecine moderne a inventé des moyens, comme la pilule, confortables pour les amants mais non sans danger pour les femmes. Ces inventions permettent à une écrasante majorité d’hommes et de femmes d’avoir une activité sexuelle fréquente sans avoir beaucoup d’enfants. Cela facilite en outre la limitation des naissances, utile pour une humanité qui a tendance à faire beaucoup d’enfants.

PMA et GPA ne concernent qu’une infime minorité

Plus récemment, deux autres techniques médicales ont permis le contraire. L’une, très simple, permet d’injecter dans le vagin d’une femme le sperme d’un homme, sans que celui-ci la pénètre avec son propre organe sexuel. Il y a donc possibilité de naissance sans rapport sexuel de cet homme et de cette femme, c’est ce que l’on appelle couramment PMA. Plus compliquée est l’implantation d’un embryon directement dans l’utérus d’une femme, là encore sans rapport sexuel entre cette femme et l’homme fournisseur du spermatozoïde qui a fécondé l’ovule, lequel n’est pas celui de la femme ; c’est ce qu’on appelle la GPA. Ces deux techniques ne concernent qu’une infime minorité de personnes, contrairement à la contraception.

Quant à dire « que cela plaise ou pas, il est impossible de revenir en arrière, comme pour toute invention », l’argument est léger. L’auteur cite à juste titre le nucléaire, qui devait fournir à foison une énergie inépuisable, et qui va être abandonné par de nombreux pays et probablement tout le monde. On peut citer également les herbicides et autres produits de l’agriculture chimique, qui sont de plus en plus abandonnés, et nombre d’autres inventions supposées irréversibles et tombées dans l’oubli.

L’infertilité homosexuelle est psychologique

Elisabeth Schemla écrit « les homos réclament et attendent de la société qu’elle admette au fond l’impensable : ils sont porteurs d’une infertilité… culturelle ». L’expression est très contestable. S’il est vrai que la quasi totalité des personnes homosexuelles ont une capacité biologique à faire des enfants, le problème est leur impossibilité d’avoir une relation sexuelle avec quelqu’un de l’autre sexe, dans le but d’avoir un enfant. Il s’agit donc d’une infertilité psychologique. Or il existe des méthodes psychologiques pour aider ces personnes, soit à renoncer à leur désir d’enfant, soit à trouver un partenaire de l’autre sexe avec qui en faire un, éventuellement sans rapport sexuel en utilisant la méthode médicale citée ci-dessus.  La plupart du temps, les personnes en question ne veulent pas avoir recours à ces méthodes psychologiques, ce qui est parfaitement légitime et ne souffre aucune critique. Mais il ne s’agit pas d’un problème culturel. Que la société ne puisse pas, ou ne veuille pas, les aider à satisfaire leur désir – tout-à-fait légitime lui aussi – d’avoir des enfants, c’est une chose, mais il ne faut pas inverser la cause : l’infertilité psychologique, comme la biologique, ne sont pas de la responsabilité de la société. Christiane Taubira n’est pas juste lorsqu’elle dit « Ne peut-on pas accepter qu’un couple homo ou une personne homo ait le même droit de se reproduire qu’un couple hétéro ou une personne hétéro de ne pas le faire ? » . Le problème n’est pas le droit, mais la possibilité : comment ce couple va faire pour « se reproduire » ; il faut pour cela un homme et une femme.

On dissocie déjà la vie amoureuse de l’éducation

Le problème sociétal ou plutôt psycho-sociétal est que le couple est un pilier de notre société. Des couples constitués de deux hommes ou de deux femmes veulent avoir un enfant qui soit le fruit de leur amour et de leur vie sexuelle, ce qui n’est pas possible. Mais il est parfaitement possible, la loi et la morale l’autorisent, d’élever son enfant sans vivre en couple avec son père/sa mère. C’est même déjà très fréquent et cela se passe bien dans la grande majorité des cas. Si l’on dissocie la vie sexuelle de la procréation, pourquoi ne pas dissocier aussi la vie amoureuse (et sexuelle) de l’éducation et de la transmission parentale. Il est envisageable  d’avoir un enfant avec une personne de l’autre sexe et de vivre sa vie amoureuse et sexuelle avec un autre partenaire, éventuellement du même sexe. On a suffisamment d’expérience à l’heure actuelle pour pouvoir dire que cela n’engendre pas de problème particulier chez les enfants : ils ont un père, une mère, et ceux-ci ont chacun leur conjoint respectifs du même sexe ou non. La société pourrait, et ce serait un progrès, donner un statut au rapport que l’enfant entretient avec le conjoint, ou la conjointe de son parent, statut qui ne se substituerait pas à celui de parent, et empiéterait pas sur le rôle parental.

Une discussion pour tous

Il s’agit donc, en résumé, d’aider des personnes – très peu nombreuses relativement – à avoir des enfants, les aimer, les éduquer, alors même qu’elles n’ont pas ou ne peuvent avoir un partenaire du sexe opposé pour réaliser, en couple, ce projet.  La complexe et coûteuse machinerie médicale n’est pas la seule voie à examiner. Il est donc absolument nécessaire de discuter, comme l’affirment Elisabeth Schemla et Laurent Alexandre. Mais pourquoi limiter cette discussion à un dialogue entre les bio-conservateurs et les bio-progressistes ? Ce clivage risque de tourner au match entre les « pour » et les « contre » où l’on demande ensuite aux sondages de déterminer qui a gagné. Il vaut mieux ouvrir le débat à tous ceux qui le veulent et surtout à ceux qui ne sont a priori ni pour ni contre mais ont simplement envie de réfléchir et de ne pas avaler n’importe quoi. On pourra ainsi « tourner le dos à l’impréparation, aux atermoiements, à la mollesse qui ont prévalu quand François Hollande a tenu sa promesse électorale du mariage pour tous. » comme le dit très justement Elisabeth Schemla.

La guerre des intelligences

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Marlène Schiappa: « Je suis opposée à une présomption de vérité pour les accusations de harcèlement »

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Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes. Photo: Hannah Assouline

Causeur. Après le scandale Weinstein, des femmes dénoncent des hommes sur les réseaux sociaux, parfois avec force noms et détails, sans la moindre preuve, sinon leur parole. Vous avez déclaré que tout ce qui contribuait à la libération de la parole des femmes était positif. Votre rôle, comme secrétaire d’État chargée de « l’égalité entre les femmes et les hommes » n’était-il pas de mettre en garde contre ce lynchage ?

Marlène Schiappa. Je n’ai pas vu de lynchage. Si c’était le cas, je serais intervenue. Mais comme la garde des Sceaux et tant d’autres, je considère que cela contribue à faire parler les femmes de ce qu’elles subissent. Pour autant, mon rôle n’est pas d’encourager à utiliser le hashtag « balance ton porc » : ma toute première réaction sur le sujet a été de dire que Twitter ne remplaçait pas le tribunal, même si tout ce qui permet de libérer la parole des femmes va dans le bon sens. Et je rappelle que la présomption d’innocence prévaut pour tout le monde – Tariq Ramadan, un député ou le voisin d’à côté. La justice doit se faire dans les deux sens : il faut poursuivre les présumés harceleurs, mais la justice condamne aussi la diffamation.

Vous n’avez peut-être pas encouragé, mais vous n’avez pas condamné. L’initiatrice de Balance ton porc demande des noms et des détails.  Ni vous, ni la garde des Sceaux n’avez alerté sur cette suppression de la garantie essentielle de toute justice qu’est la procédure contradictoire. N’êtes-vous pas effrayée par la mécanique qui s’enclenche ? Toute femme qui s’est sentie offusquée, ou qui n’a pas obtenu la promotion qu’elle escomptait, peut trouver un micro ou une caméra devant lesquels proclamer « Je suis victime ». À en juger par le récit médiatique, nous vivons dans le pays le plus invivable du monde pour les femmes. À votre avis, cela correspond-il à la réalité ? 

Vous me demandez mon avis. Ce que je vis n’est pas forcément représentatif de la vie des femmes en France. Je n’ai jamais été harcelée sexuellement dans ma vie professionnelle et ne fais pas le ménage chez moi. Or, les chiffres nous disent que 72% des femmes font les tâches ménagères, ce qui prouve bien que la vie des femmes n’est pas la même que celle des hommes.

Mais je vous demande votre opinion sur l’état de la France, dont on nous raconte qu’elle est un enfer pour les femmes !  

Un jour, une de mes grands-mères m’a expliqué qu’elle avait arrêté de travailler pour ne pas être obligée de supporter son patron, qui lui mettait la main sur la cuisse. Des progrès ont été accomplis génération après génération. Mais aujourd’hui, à peine 10 % des viols donnent suite à une plainte, car l’auteur provient généralement de la famille ou de l’entourage de la victime. Globalement, les femmes sont moins bien payées, sont davantage victimes des violences sexuelles, et quasiment toutes ont été harcelées au moins une fois dans les transports en commun. On peut aussi dire que tout va bien si vous le souhaitez, mais ce serait faux ! Pourquoi ignorer ces faits ?

Il est difficile de croire à cette étude, mais passons. Demandez aux gens s’ils sont victimes de ceci ou de cela, ils vous répondront tous « oui » !

Ne critiquons pas un excès en formulant une opinion elle aussi caricaturale. Il ne s’agit pas d’imposer une victimisation générale. En revanche, il est important de faire prendre conscience aux auteurs d’actes de harcèlement la portée et la gravité de leurs actes. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle notre campagne contre les violences sexuelles est tournée vers les agresseurs et non pas uniquement les victimes de ces actes. Trop de choses inacceptables sont encore tues aujourd’hui.

Peut-être, mais la victimisation triomphe dès lors que la parole des femmes ne saurait être mise en doute. Ex-fan de ces actrices aux allures de femmes fortes, un de nos camarades se désole que ces tueuses de dragons se transforment en petites choses plaintives. Comment va-t-il encore pouvoir fantasmer sur elles ?

Je trouve cette réflexion très hétéro-centrée ! Il est étrange qu’un homme aborde le sujet des violences sexuelles contre les femmes en se plaignant de voir son fantasme abîmé.

Quoi qu’il en soit, derrière la dénonciation des violences sexuelles, évidemment légitime, on sent poindre une véritable haine de la sexualité, notamment masculine. Le mâle hétérosexuel blanc est-il donc votre ennemi ? 

Pas du tout ! J’adore les hommes, j’ai été élevée par mon père et je compte énormément d’amis garçons. Tout au long de mon parcours, ce sont des hommes qui m’ont aidée, du maire du Mans qui m’a mis le pied à l’étrier en politique, à Emmanuel Macron qui m’a fait entrer au gouvernement en passant par mes éditeurs, tous masculins. Je me répète, mais évitons les caricatures !

Quel parcours hétéro-centré ! (rires)

En effet, mais je suis en même temps très gay-friendly puisque beaucoup d’entre eux le sont !

Vos amis masculins mènent-ils une vie si confortable pour vous laisser croire qu’il est plus facile d’être homme que femme aujourd’hui en France ?

Sur certains points, la vie des hommes est tout aussi difficile. Je dis toujours que les femmes sont globalement discriminées sur le plan professionnel et les hommes souvent sur le plan familial. Quand vous êtes un homme et que vous voulez prendre un congé « enfant malade », c’est compliqué dans une entreprise, vous subissez des stéréotypes. Les hommes devraient pouvoir pleurer en public sans être moqués.

Le monde de l’entreprise est agité par de plus en plus d’accusations de harcèlement sexuel. Sous l’influence de groupes féministes ultra-minoritaires, n’est-on pas en train de criminaliser l’art délicat de la séduction ? 

Je suis justement en train de rédiger avec des députés et la garde des sceaux le texte du projet de loi contre les violences sexuelles pour caractériser ce qu’est le harcèlement dans l’espace public. Lorsque le législateur a voulu définir le harcèlement moral au travail, certains soulevaient une objection comparable à la vôtre : « On ne pourra plus demander à son collègue de faire une heure de travail supplémentaire ! » Finalement, on a clairement défini le harcèlement moral et les juges ont parfaitement réussi à rendre des jugements sur ce sujet. Je crois que vous savez aussi bien que moi faire la différence entre la drague et le harcèlement !

Un homme qui passe, admire votre décolleté et vous lance : « Il y a du monde au balcon ! » Cela relève-t-il du harcèlement ?

Non. Pas une fois. Et je me suis fait houspiller pour avoir dit que siffler une femme une fois n’est pas la harceler. Tout est dans la nuance. Il faut préserver l’espace intime de chacun. Si je me mettais à dix centimètres de vous et vous regardais intensément, je crois qu’à un moment vous vous sentiriez intimidé. De même, lorsque quelqu’un vous demande sept fois de suite votre numéro de téléphone et vous suit dans le métro, il y a un problème. Pourtant, dans la vie réelle, il est compliqué d’y répondre : si vous voulez porter plainte parce que quelqu’un vous a demandé sept fois votre numéro de téléphone, la police va dire qu’elle ne peut rien pour vous.

Oui, nous rencontrons dans la vie toutes sortes de problèmes qui ne relèvent pas du droit et prétendre que le droit les règlera, c’est mentir. De plus, il existera toujours une zone grise dans les relations amoureuses. Aux États-Unis, les plus radicaux ont gagné, empêchant tout compliment à une femme sous peine de procès. Allez-vous créer une police des braguettes ?

Je ne veux pas légiférer sur les rapports sexuels, voyons. À partir du moment où les gens sont majeurs et consentants, ils peuvent faire ce qu’ils veulent.

Personne ne le nie. Mais de là à sacraliser la parole des femmes comme Muriel Salmona qui réclame une« présomption de vérité » pour les accusations de harcèlement, il y a un pas… 

J’y suis totalement opposée. Je crois à l’Etat de droit, c’est notre cadre.

Parfois un bon coup dans les parties, ça peut aussi faire du bien !

Vous ne croyez pas si bien dire ! Je me suis sortie d’une agression dans le métro en appliquant le conseil de mon père : « Si un jour un mec t’attrape, tu lui envoies un coup de genou bien placé, il sera obligé de se baisser et tu t’en serviras pour partir en courant. » Mais toutes les femmes n’ont pas la présence d’esprit de le faire sur le moment ou se trouvent dans un état de sidération tel qu’elles ne peuvent pas se défendre.

Retrouvez ici la seconde partie de cet entretien

Knock: Omar l’a tuer

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Omar Sy dans Knock de Lorraine Lévy (2017). Photo: CURIOSA FILMS / MOANA FILMS / MA / COLLECTION CHRISTOPHEL

Le propos politique de Knock ne se limite pas à la promotion de l’antiracisme à gros sabots. On y trouvera aussi un tas d’autres gadgets idéologiques en vogue: utilitarisme libéral, hygiénisme, néopuritanisme et, bien sûr, apologie de la transparence généralisée. 


L’histoire est connue : Knock, médecin douteux, s’installe au village, persuade tout un chacun qu’il n’est jamais qu’un malade en puissance et transforme l’endroit en hôpital à ciel ouvert. En 1923, Jules Romains préfigurait dans sa pièce la collusion entre médecine moderne et capitalisme, annonçant à la fois le règne des bobos et l’essor sans fin de l’industrie médicale. Qu’ajoute donc dans son dernier film Lorraine Lévy ? Elle exprime, un siècle plus tard, un air du temps américain, empreint d’utilitarisme libéral et d’un soupçon de particularisme racialiste.

Le bon sans la brute et le truand

Examinons pour ce faire ce qui ne se trouve pas dans la pièce. Il y a une jeune tubarde, Causette, exploitée par une fermière locale. Knock, amoureux, paiera son séjour en sanatorium (c’est la caution altruiste : charlatan peut-être, mais grand cœur). Il y a une nymphomane, épouse du pharmacien, qui le poursuit de ses assiduités. Il lui résiste (c’est la caution moralo-sexuelle : charlatan, sans doute, mais ne convoitant pas la femme de son voisin). Il y a un curé jaloux du succès de Knock, aigri, mesquin et lâche. Rance, synthétiseraient certains. Comme un seul homme, les villageois lui préféreront Knock (c’est la caution moralo-sociétale : sus au curé, à nous le progrès). Il y a un escroc surgi du passé qui tente de faire chanter Knock (c’est la caution par le contre-exemple : Knock, lui, n’est pas aussi méchant. Ce n’est pas un véritable escroc. C’est un enfant de la DDASS qui a pris sa revanche). Knock s’en débarrassera en lui collant une chiasse d’enfer, car la médecine moderne, outre qu’elle traite les malades imaginaires, sait aussi punir les méchants (c’est la justice par la scatologie, ce qui fait toujours rire les enfants).

Ces ajouts sont autant de gages donnés à une mièvrerie bien-pensante. Avant d’y revenir, notons d’abord que le biais narratif choisi (à mon sens, corollaire nécessaire du choix d’Omar Sy pour incarner Knock) témoigne en filigrane d’une obsession venue d’outre-Atlantique, obsession de la race, qui selon la doxa politiquement correcte aurait quelque chose à voir avec la moralité de l’individu. On ne peut s’empêcher de penser en effet que si Knock joué par Omar Sy est à l’opposé de ce qu’il est dans la pièce de Romains, à savoir un véritable escroc, c’est justement parce qu’il est noir. Est-ce à dire qu’un acteur noir ne pourrait incarner un rôle-titre lorsque celui-ci renvoie à un personnage uniment antipathique ? Ne pourrait-on imaginer que dans ce cas, une quelconque association antiraciste porte plainte pour insulte à l’image des « racisés » ? Ces derniers ne pourraient-ils pas légitimement se sentir offensés par un personnage de charlatan à la peau sombre dont n’émanerait pas une once de sympathie ? Ceci est possible, en effet.

Un Knock noir ne peut pas être méchant

Entendons-nous bien : le choix d’Omar Sy pour incarner Knock ne pose en soi aucun problème de crédibilité. Il pose en revanche question à cause de la distorsion essentielle que fait subir la réalisatrice à la pièce et au personnage par lequel elle existe. Omar Sy peut jouer Knock, mais à la condition que le personnage soit sympa. Qu’il ait souffert. Que ses malversations soient justifiées par un passé de victime. Lorraine Lévy, pour faire passer ce présupposé racialiste si américain, tente de le désamorcer par quelques répliques un peu étranges, censées sans doute nous rassurer sur le fait que nous sommes bien toujours en France, patrie des droits de l’homme, de l’universalisme, de la place du village et des nappes à carreaux : « Il est différent, hum hum, oui mais en quoi ? » s’interrogent sans fin les villageois, évoquant toutes les raisons possibles, à l’exception d’une seule, bien entendu, celle de la couleur de peau de Knock. Passons sur le magnifique déni de réel ici en jeu, et examinons le contresens majeur commis sur l’universalisme : l’universalisme ne réside pas dans la dénégation des différences, il ne se confond pas avec le postulat d’une identité physique, psychologique et intellectuelle entre les gens. L’universalisme est une vision morale et politique de l’homme, dont on affirme l’égalité en droit par rapport à la loi. Le véritable universalisme considérerait ainsi qu’un Knock noir pourrait, tout autant qu’un Knock blanc, être un charlatan vénal et rien que cela ; l’essentiel étant qu’il soit passible, pour les mêmes délits, des mêmes peines.

A lire aussi: Eric Zemmour vs Omar Sy : la défaite de la pensée

Parallèlement se lit dans le film une autre confusion idéologique, selon laquelle le bonheur serait non plus une contingence individuelle, mais le résultat d’un certain mécanisme économique et social. Le propos de Lorraine Lévy est utilitariste : c’est justement la vénalité de Knock, parce qu’elle entraîne un effet positif sur la vie des villageois, qui va finalement constituer sa plus grande qualité. Certes, il les escroque bien, tous ces braves gens, et de cela, ils ne sont pas tout à fait dupes. Mais qu’importe ! clament-ils tous en chœur : le bon docteur nous rend tellement heureux !

L’avènement de la transparence sociale

Penchons-nous sur le bonheur ainsi vendu par Knock (mais soyons raisonnables et évitons le lumbago). « Je bois moins », dit le facteur poivrot. « Je me lave les dents », dit le marmot à casquette. « Mon mari a des érections », dit la femme ravie d’un péquin. Le bonheur moderne est donc question d’hygiène. Il est également gentiment puritain : les galipettes des clients de Knock ne sortent jamais du cadre sacré des liens conjugaux. Ce bonheur-là est par ailleurs accessible à tout individu ayant du bien. Si la femme nympho du pharmacien cesse de se jeter au cou de tout mâle passant à sa portée, c’est parce que son mari, rendu riche, lui a offert un beau chapeau. Ainsi apprenons-nous que la clé d’un couple heureux, c’est le pouvoir d’achat. Quant à la riche rombière du village, après avoir goûté aux joies du thermalisme, elle n’est plus que risettes et ravissement.

Nous pouvons donc en conclure trois choses : le bonheur, c’est d’être propre, d’avoir une vie sexuelle dans le cadre du mariage et de socialiser avec ses semblables. Mais ce bonheur présente une autre particularité : il relève d’un mode collectif de fonctionnement. La fin de règne du curé signe en effet non pas tant la libération des mœurs que l’avènement de la transparence sociale ; au secret de la confession, qui protégeait l’intimité du regard, doit succéder le grand déballage public de sa part d’ombre, de ses états d’âme, de ce linge sale qui auparavant se lavait en famille ou, le plus souvent, pas du tout. Hygiénisme du corps, hygiénisme de l’âme. Une communauté d’êtres limpides, dépourvus de secrets, ne peut qu’être harmonie. À la pénombre chafouine du confessionnal succède la transparence totalitaire, celle qui fait qu’on parle de soi à tous, et réciproquement. Comment le mal en effet pourrait-il exister dans une société où tout se sait ?


Courage: le Goncourt et le Renaudot dénoncent le nazisme 72 ans après sa chute

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Bernard Pivot, président de l'Académie Goncourt, à la sortie du restaurant Drouant à Paris, novembre 2017. SIPA. 00830898_000016

Beaucoup plus fort que Romain Gary ! Le grand écrivain a obtenu pour la seconde fois le prix Goncourt en 1975 pour La vie devant soi en attribuant la paternité du livre à son neveu, pourvu du pseudonyme d’Emil Ajar. Le 6 novembre 2017, l’avocat américain Mike Godwin, inventeur de la loi du même nom, a décroché les deux plus prestigieux prix littéraires français, le prix Goncourt et le prix Renaudot. Pour le premier, il s’est affublé du nom et de la personne d’un littérateur peu connu, Eric Vuillard à qui il a fait endosser L’Ordre du Jour. Pour le second, c’est Olivier Guez qui aurait écrit La disparition de Josef Mengele. Le premier livre parle de la collusion d’Hitler avec le grand capitalisme allemand et le second de la fuite et de la vie heureuse en Amérique du sud du médecin en chef d’Auschwitz. Il reste à espérer que, quand la supercherie sera découverte, ces deux marionnettes ne tomberont pas dans la même dépression interminable que Paul Pavlowitch, le malheureux neveu manipulé par Gary.

La critique n’est pas de notre temps

Quel courage, tout de même, dénoncer la montée en puissance du nazisme et ses séquelles plus de 70 ans après la chute du IIIème Reich ! Un courage qui a été salué par les jurys, le bon Monsieur Pivot en tête, comme par les journalistes.

Non, non, nous ne voulons pas de romanciers qui parlent des brûlants problèmes d’aujourd’hui. Quelle mouche a piqué Alain Finkielkraut d’intituler une de ses récentes émissions de Répliques, A la Recherche du temps présent ? Franchement, ce Patrice Jean qui parle dans L’Homme surnuméraire de l’angoisse des mâles d’aujourd’hui déclarés inutiles et nuisibles à la société, quel intérêt ? Et ce Benoît Duteurtre qui nous bassine avec la bétonnisation du monde, l’enlaidissement de Paris par Hidalgo et le tourisme de masse dans Pourquoi je préfère rester chez moi, en voilà un raconteur de futilités ! Ces pauvres garçons répètent à l’infini le modèle de Balzac, qui termine son œuvre par des livres dont l’action lui est quasiment contemporaine comme La cousine Bette, ou de Proust qui à la fin de La Recherche du Temps perdu décrit en direct la société de l’immédiate après-guerre de 14-18, juste avant sa propre mort.

Il est temps de dénoncer les guerres préhistoriques

Non, non, les jurés Goncourt et les jurés Renaudot ont totalement raison, nous voulons des romans qui évacuent les douloureux problèmes de la société française d’aujourd’hui, qui ne risquent pas de la cliver, de « dresser les Français les uns contre les autres ». Vous voyez le mauvais effet d’un romancier qui écrirait le monologue intérieur d’une mère de djihadiste parti en Syrie, et qui attendrait interminablement à sa fenêtre de banlieue le retour de l’enfant guerrier ou d’un de ses copains ? Et l’effet désastreux du journal d’un vieil homme de Villejuif qui verrait son entourage et sa ville s’africaniser peu à peu inexorablement ? On ne monte plus jamais Le Rhinocéros d’Ionesco et on a bien raison. De mauvais esprits pourraient croire que cette pièce nauséabonde, où tout l’entourage de Béranger se transforme irrésistiblement en rhinocéros sans que personne y trouve à redire, est une métaphore à peine voilée du « Grand Remplacement » qui galope à travers les villes et campagnes de France.

Bref, nous voulons des romans qui soient pour le Bien et contre le Mal. Nous exigeons de bons gros romans historiques qui dénoncent avec vigueur la croisade contre les Albigeois dits aussi Cathares, qui traînent dans la boue son ignoble chef Simon de Montfort, ou bien un ouvrage vigoureux qui s’en prendrait au génocide commis par Charlemagne contre les Saxons. Songez que les survivants prisonniers étaient conduits à Verdun, entièrement dépouillés de leur virilité et vendus aux harems d’Afrique du Nord. Voilà un scandale qui a trop été occulté. Et pour les grands prix littéraires de l’an prochain, je suggère qu’on se penche sur les guerres préhistoriques, longtemps niées et pourtant pleines de massacres sur lesquels pourra s’épancher le goût contemporain du pleurnichage à motifs antédiluviens. Certes Ao, le dernier Néandertal de Marc Klapcynski, remonte à 2010 et il est un peu tard pour le couronner du Goncourt ou du Renaudot. Mais d’autres thèmes, passionnants et matières à scandale, peuvent inspirer des romans dans l’année qui vient. Qui racontera le massacre d’homo florensis, ce pauvre hobbit qui mesurait un mètre et fut génocidé par Sapiens à son arrivée en Indonésie ? Ou bien l’extermination de ces gentils chameaux géants qui vivaient en Amérique jusqu’à l’arrivée de ce même Sapiens ? Décidément une brute très épaisse, et pourtant notre ancêtre.

Harcèlement féministe : arrêtez la chasse à l’homme!

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« Quand tous les marteaux du moment se mettent à taper sur le même clou, tenter de glisser un doigt de contradiction, ou plus grave encore, d’ironie, est plutôt périlleux. » Je crains que notre chère directrice de la rédaction Elisabeth Lévy ait raison. Avec notre « une » montrant une Cro-Mignonne traînant son gentleman par les cheveux, nous froisserons tous les pisse-froid en croisade contre le grand méchant loup masculin. Car l’affaire Weinstein a annoncé l’ouverture de la chasse : #balancetonporc signifie que chaque femme a son goret. Or, comme l’introduit Elisabeth Lévy, « l’homme occidentalisé n’est pas un porc, mais un repentant. Face à la forêt planétaire de doigts accusateurs, il finit par croire à sa propre culpabilité ». Il en ainsi de notre ministre de l’Economie, qui a fini par battre piteusement sa coulpe après avoir, dans un premier temps, refusé de céder à la mode délatrice.

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Grand entretien avec Marlène Schiappa

Pour connaître la position du gouvernement sur ce grand déballage, Causeur a interrogé la secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa. Sans sectarisme aucun, cette dernière nous a accordé un grand entretien dans lequel elle met les point sur les i. Viols de Cologne, projet de loi sur le harcèlement, écriture inclusive : tout, tout, tout, vous saurez tout sur la pensée de lady Marlène. Avec quelques surprises au rendez-vous.

Autre événement inattendu, la sortie dans nos pages d’un inédit de Philippe Muray. Il y a vingt-cinq ans, le grand moraliste voyait déjà l’« envie de pénal » pointer le bout de son appendice, sachant « c’est toute la sphère du sexuel que l’on peut voir aujourd’hui glisser sous la domination du pénal, et c’est le désir même qui est en train d’être pénalisé… » Niveau pointures, Causeur en rajoute une couche avec Alain Finkielkraut, affligé par la « rééducation nationale » qu’a ouverte l’affaire Weinstein. Une série d’actes scabreux que notre ami Cyril Bennasar résume de sa plume acide : « Si l’on crie au viol sur toutes les ondes depuis trois semaines, c’est parce qu’un producteur puissant dans le monde, mais un pauvre type dans l’intimité, qui le goût du risque et des femmes, mais peu d’éducation a été obligé de réussir pour coucher et a pris l’habitude avec lourdeur, insistance et maladresse de proposer à des actrices (…) de coucher pour réussir. »

Lyon-2 bastion islamo-gauchiste

Juristes spécialistes de la question, Florence Rault et Paul Bensussan montrent la difficulté à judiciariser les rapports hommes/femmes, forcément troubles et ambivalents. Mais lorsqu’il s’agit de morale, prescription et présomption d’innocence passent aisément à la trappe… Enfin, Céline Pina ferme le ban en soulignant la tartuferie des néo-féministes sourdes devant Cologne mais atteintes du syndrome Gilles de la Tourette dès qu’il s’agit de « balancer » un porc putatif.

Rubrique actualités, Marcel Campion nous dit ses quatre vérités sur son conflit avec Anne Hidalgo et ses déboires judiciaires. Au-delà de son cas personnel, depuis qu’une ordonnance gouvernementale soumet l’attribution des manèges à appel d’offre, c’est tout le monde forain qui est menacé de disparition au profit des grands groupes. A Lyon, Luc Rosenzweig a enquêté dans les milieux universitaires islamo-gauchistes. Lyon-2 s’est en effet récemment fait connaître pour son colloque annulé de justesse en présence… d’un fiché S ! Et le partenariat de la fac avec l’Université islamique du Liban, réputée proche du Hezbollah n’arrange rien. Sunnites, chiites, demandez le programme !

D’une Catalogne l’autre

Envoyé spécial en Catalogne française, j’ai réalisé un long reportage sur Perpignan, au cœur d’un des départements les plus pauvres de France. Sinistrose économique, non-intégration des gitans, clientélisme à tous les étages : pendant que Barcelone décolle, la Catalogne française s’assoupit. Quelques kilomètres plus au sud, certains rêvent d’ailleurs d’indépendance. Chiche, répond Hervé Algalarrondo, partisan du droit à l’autodétermination des Sud-Catalans.

Cerise sur le gâteau, notre rubrique littéraire fait ce mois-ci la part belle aux expositions Gauguin et Anders Zorn que Patrick Mandon et Pierre Lamalattie ont visitées pour nous. Après la rétrospective Melville que nous offre Jean-Pierre Montal, il est grand temps de vous offrir un petit coup de cognac avec d’Emmanuel Tresmontant. Garçon, un Causeur s’il vous plaît !

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Mai 68 à l’Elysée: la commémoration de l’ordre établi

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Elisabeth Lévy. Photo: Hannah Assouline

« Papa pue ». On ne sait si Emmanuel Macron connaît ce slogan de Mai 68 dont Patrick Buisson estime, à raison, qu’il est l’un des plus significatifs, mais le président qui ne rate pas une occasion de fustiger les forces du passé pourrait, vulgarité mise à part, en faire sa devise. Contrairement à de nombreux commentateurs, on ne s’offusquera pas que le chef de l’État envisage de commémorer (et non de célébrer, précise-t-on à l’Élysée) la glorieuse guerre contre le vieux monde. Quant aux soixante-huitards maintenus, comme Alain Krivine, on comprend qu’ils fassent grise mine : la bienveillance publique dont bénéficie leur glorieux mouvement de contestation prouve, si besoin était encore, que celui-ci n’a ébranlé l’ordre ancien que pour légitimer le nouveau. À vrai dire, on n’avait pas attendu Macron pour savoir que les « mutins de Panurge » avaient gagné et que les anarchistes, désormais couronnés, cumulaient les charmes de la rébellion et le confort de la domination.

Macron c’est Mai 68

Luc Ferry a donc tort de reprocher à Emmanuel Macron de vouloir « récupérer un mouvement qui fut d’abord antiétatique ». Notre jeune président n’est pas seulement un enfant de 68, il est celui qui réalise son programme caché, même et surtout au regard de ses acteurs directs. En effet, en scellant l’alliance, jusque-là honteuse, de la bourgeoisie et de la contestation, Macron a bouclé la boucle libérale-libertaire : le pouvoir ne se réclame plus du sabre et du goupillon, mais du CAC et de la PMA. De ce point de vue, le ralliement de Pierre Gattaz, le patron du Medef, à l’écriture inclusive est parfaitement emblématique.

L’État macronien peut donc aisément s’accommoder de l’héritage d’un printemps qui, prétendant refonder le collectif en faisant exploser les cadres traditionnels de l’existence, a abouti au sacre de l’individu. Il y a bien sûr des mauvais coucheurs qui persistent dans leur rejet de « la pensée 68 », mais c’est justement cette France « maussade » que le chef de l’État ne cesse de brocarder.

Mai 68 est archiconsensuel

En réalité, Mai 68 n’est pas trop polémique, comme on le dit, mais archiconsensuel : même la France ronchonne de la Manif pour tous est à l’unisson de l’individualisme contemporain. Élu du Finistère et candidat à la présidence LR, Maël de Calan se demande si on va célébrer « les étudiants gauchistes et leurs théories insensées, qui font aujourd’hui sourire, mais qui résonnaient autrement dans le contexte géopolitique et idéologique des années 1960 ». Il n’est pas sûr que les étudiants qui s’opposent aujourd’hui à la sélection à l’université avec la même énergie que leurs lointains ancêtres soient aussi amusants qu’eux, mais ils sont aussi insensés. Ce qui n’a pas empêché le gouvernement de leur céder sur toute la ligne.

Nul n’ignore que les bonnes universités ont instauré des procédures de sélection depuis longtemps et que les diplômes délivrés par les facs non sélectives n’ont guère de valeur. Visiblement terrifié par sa jeunesse, le Premier ministre a pourtant déclaré, fort mal à l’aise : « Dans la plupart des cas, l’université dira “oui” au choix du bachelier et dans certains cas, elle dira “oui, si”, c’est-à-dire si le candidat accepte un parcours adapté qui lui permette de réussir dans la filière qu’il a choisie. » Inutile de préciser que, pour les actuels dirigeants de l’increvable UNEF, il n’y a pas de « si » qui tienne. « L’étudiant n’aura pas le dernier mot. On lui imposera une remise à niveau qui pourra aller jusqu’à un an supplémentaire », s’insurge Lilâ Le Bas, présidente du syndicat. Le désir de l’étudiant est un ordre. Un diplôme, comme je veux, quand je veux ! Et tant pis, si, au bout du compte, la réalité ne tient pas ses promesses et que ce diplôme est dénué de toute valeur. Le spectacle d’une jeunesse considérant que la réussite lui est due et refusant le moindre effort pour parvenir à ce qu’elle veut est finalement bien plus navrant encore que la perspective, plutôt comique, d’un banquet d’anciens combattants réunis autour de Geismar et Cohn-Bendit.

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Macron a de l’autorité? Tant mieux!

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Emmanuel Macron au pole universitaire de Saclay, octobre 2017. SIPA. 00829247_000033

Il n’a pas échappé aux observateurs patentés que l’exercice du pouvoir par le jeune Emmanuel Macron était placé sous le signe de la verticalité, en français moderne dans le registre du « top to bottom ». L’idée même que la réforme, ou la « révolution », qu’il entend mettre en marche puisse survenir par le génie d’un peuple concepteur et acteur majeur de son destin lui est totalement étrangère, et aurait même tendance à l’irriter fortement. Emmanuel Macron a deux boussoles qui lui indiquent le sud, c’est à dire les directions à éviter absolument : la présidence mollassonne et bavarde de son prédécesseur, et la cacophonie impuissante et délétère des happenings de Nuit debout.

Droit dans ses bottes

Je dis, je fais, je nomme : la méthode est claire, qui m’aime me suive, rendez-vous en 2022 pour compter les bouses à la fin du marché !

Les paresseux à moitié incultes qui se prélassent dans les grandes rédactions de nos médias principaux, ressortent, pour faire les malins, les vieilles rengaines pour fustiger ce retour de « l’exercice solitaire du pouvoir » que la gauche reprochait à De Gaulle, de « l’hyper-présidence » liberticide, étiquette collée à Sarkozy par l’immense démocrate (modèle Lev Davidovitch) Edwy Plenel. Les plus instruits évoquent la figure de Bonaparte confisquant la Révolution française pour nous conduire vers l’Empire, son hubris dévastatrice et la police de Joseph Fouché…

A lire aussi: Macron: faux libéral, vrai autoritaire

Tout cela est risible : les gadgets prétendument démocratiques récents, comme les primaires au sein des partis politiques – importation stupide d’un système politique américain totalement inadapté à la civilisation française – ont amplement démontré leur nocivité. Qu’un président de la République désigne le chef du parti chargé d’organiser le soutien politique à son action n’a vraiment rien de choquant : tout le monde, avant lui, l’a fait, avec plus ou moins de bonheur dans le choix de la personne chargée de cette tâche. Et trouver quelqu’un qui ne soit ni un incapable, ni un intrigant n’est pas une mince affaire : le peuple des militants a une fâcheuse tendance à se tirer une salve de balles dans le pied quand on lui laisse le dernier mot. Les affrontements Copé-Fillon et Ségolène Royal-Martine-Aubry n’ont pas été pour rien dans la désaffection du peuple pour les vieux partis ! L’avenir nous dira si Christophe Castaner sera pour Macron ce que Jospin fut pour Mitterrand, ou Harlem Désir pour François Hollande. J’aurais plutôt tendance à privilégier la première hypothèse, mais je peux me tromper…

Juste une mise au pas

En revanche, s’il me fallait évoquer l’histoire de notre vieux pays pour esquisser un bilan des six premiers mois de présidence macronienne, c’est plutôt le cardinal de Richelieu que Bonaparte qui émergerait de la galerie de portraits transmise par mes bons maîtres du lycée. Le Richelieu qui démantèle les châteaux forts des « Grands » du royaume, ceux qui en prennent à leur aise avec le pouvoir d’un roi malade et dépressif. Il les met sous la férule des intendants, qui veillent à faire remonter vers le centre les richesses ponctionnées sur le travail des paysans et des bourgeois, affame les protestants de La Rochelle pour qu’ils ne jouent pas perso dans la mondialisation de l’époque (commerce triangulaire et autres joyeusetés), fait dans le « sociétal » en interdisant les duels qui bafouent la justice royale, et prépare le terrain pour que le féodal arrogant se mue en courtisan obséquieux et soumis à la Cour du Roi Soleil.

On ne peut qu’être frappé par le fil rouge qui relie les réformes instaurées au pas de charge par le nouveau pouvoir élyséen : au-delà de ce qui avait été annoncé pendant la campagne électorale, on trouve toujours, dans un coin d’une ordonnance, d’une loi ou d’un décret une mesure annexe qui vise à démanteler les citadelles néo-féodales de notre République. Réforme du marché du travail ? Au passage, la gestion paritaire de l’assurance chômage, source de financement et de perpétuation  des bureaucraties syndicales va repasser sous contrôle de l’Etat au motif que les non-salariés vont désormais en bénéficier. Réforme des aides au logement ? Le magot des organismes HLM, alimenté en grande partie par les aides publiques au logement est rogné, avant que l’Etat ne s’immisce plus avant au sein de ce fromage contrôlé par les barons politiques locaux qui l’utilisent un peu trop comme instrument de clientélisme électoral. Les emplois aidés ? Même motif et même punition pour ce système dont l’esprit a été détourné  pour distribuer des jobs aux affidés du maire, ou à leurs enfants. Réforme de l’assurance maladie ? Adieu les mutuelles étudiantes où se reproduisaient les générations d’apparatchiks du PS ! Fin de la réserve parlementaire, boîte à sucre servant aux députés et sénateurs à se faire des amis pour la vie ! Et pour couronner le tout, un coup génial : la réduction de 50% des promotions annuelles dans l’ordre de la Légion d’honneur, réduisant d’autant le nombre de breloques que leur proximité avec le pouvoir pouvait permettre à ces petits ou grands barons d’attribuer à leur clientèle.

Collomb, Le Drian: irréductibles jusqu’à quand?

Emmanuel Macron, cependant, ne peut se permettre (pas encore ?) de remplir son devoir d’ingratitude envers ceux qui lui ont permis d’accéder au trône, les super-barons ex socialistes Gérard Collomb et Jean-Yves Le Drian, dont l’autorité et la toute puissance dans leurs fiefs respectifs – la métropole lyonnaise et la Bretagne – échappent à la mainmise élyséenne. Mais leurs jours politiques sont comptés : à soixante-dix balais, on est plus proche de la sortie que de l’augmentation.

Agressé comme un Chinois à Paris

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chine paris banlieues
Touristes chinois à Paris, 2004. Sipa. Numéro de reportage : 00498407_000001.

Touristes chinois avides de sensations fortes, venez visiter nos banlieues ! Ça vous changera du traintrain des voyages organisés. Il y a plus intéressant que la Tour Eiffel ou l’Arc de triomphe.

Bande de gazés

Ils étaient une quarantaine, des Chinois, devant leur hôtel de Fresnes dans le Val-de-Marne. Ils attendaient le car de leur tour-opérateur qui avait prévu pour eux une tournée banale et classique. Quand soudain un groupe de « jeunes » a surgi. Aspergés de gaz lacrymogène, ils ont été dépouillés de leur argent.

Et – va donc savoir pourquoi ? – ils ont pris dès le lendemain l’avion pour la Chine. Timorés et peureux, ils n’ont pas apprécié l’animation imprévue, et donc excitante, que leur offrait la France. La prochaine fois ils iront à Londres, Madrid ou Berlin, ce qui est d’un commun…

Les médias chinois font tout un plat de cette innocente mésaventure. Et vas-y que je décrète que la France est un pays dangereux… Et vas-y que je demande aux autorités de notre pays des escortes spéciales pour les voyageurs chinois… Et vas-y, pour les plus énervés, que j’exige qu’on boycotte la France…

La France, des sensations pures

Ces Chinois n’ont aucune imagination. Ne savent-ils pas que de par le monde il y a des conquérants de l’impossible? Des qui, au péril de leur vie, gravissent les pentes de l’Himalaya. Des qui, prenant les mêmes risques, plongent en apnée au fond des mers. Pourquoi négliger les émotions fortes que peuvent procurer la découverte et la conquête de la France ? Pourquoi se priver de raconter aux enfants, au retour d’un séjour dans l’Hexagone, des moments autrement plus croustillants qu’une photo au pied du Sacré-Cœur. Et chez nous le frisson, le vrai frisson est garanti. Car il y a à Fresnes mais aussi à la Courneuve ou à Sarcelles de vrais experts, sinologues certifiés.

Ils savent, et font savoir autour d’eux, que les Chinois manifestent une certaine réticence à l’égard des cartes de crédit et des chéquiers. En effet, ceux-ci ont toujours sur eux des sommes plus ou moins importantes en espèces. Et ça ne concerne pas que les Chinois de Chine. Ceux d’Aubervilliers et de Belleville ont eu en effet à subir de nombreuses agressions.

Kung fu bermuda

Même s’ils ont protesté en manifestant par milliers. Et en désignant l’origine de leurs agresseurs, une stigmatisation que nous refusons avec indignation de partager ici. Mais on les voit mal prendre l’avion pour la Chine. Quant aux Chinois de Chine, il se dit que leur prochain contingent de touristes seront entièrement composés de maîtres du kung-fu.

Marcel Campion: « Forains, réveillez-vous! Vous allez mourir! »

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Marcel Campion (au centre) à la tête de la manifestation des forains à Paris, septembre 2017. SIPA. 00822224_000013

Le « roi des forains » Marcel Campion et la Ville de Paris sont en guerre ouverte, après des années d’étroite collaboration. Du marché de Noël des Champs-Elysées à la grande roue de la Concorde, il aborde tous les sujets de discorde et entrevoit la fin du monde de la fête populaire. 


Causeur. Jusqu’à une date récente, vous travailliez en bonne intelligence avec Anne Hidalgo qui disait apprécier les forains avant de faire voter un vœu pour vous retirer l’organisation du marché de Noël au bas des Champs-Élysées. Que s’est-il passé ?

Marcel Campion. La dernière fois que je l’ai vue, le 24 juin 2016 à la fête des Tuileries, elle m’avait remis un prix et tout s’était bien passé. Il faut dire qu’à la dernière élection municipale, j’avais accepté de figurer sur son comité de soutien parce qu’Anne Hidalgo s’était engagée à soutenir les forains. Pendant deux ans, la maire a été très sympathique, nous a étouffé d’embrassades et de félicitations : « Formidable, la fête foraine au Grand Palais ! La fête des Tuileries, en plein Paris, c’est splendide ! Le marché de Noël sur les Champs : ça ne coûte pas un sou à la Ville et c’est la plus belle initiative dont j’aie jamais entendu parler ! »

Et puis, soudainement, le couperet est tombé : un rapport de la chambre régionale des comptes, qui épinglait sa gestion financière. Sur les 50 pages du rapport, 45 pages me sont consacrées ! J’en suis très honoré, à ceci près que la plupart de ses allégations sont fausses. D’ailleurs, j’ai déposé un recours contre le vœu qu’Hidalgo a fait voter pour supprimer le marché de Noël sur les Champs-Élysées. C’est un événement que j’organise depuis huit ans sans gagner un sou. Je ne me laisserai pas faire.

Que vous reproche la chambre régionale des comptes ?

La chambre m’accuse d’avoir appauvri la Ville pour trois raisons. Primo, j’ai demandé à la mairie de Paris d’acheminer de l’eau potable aux Champs-Élysées pour éviter aux clients du marché de Noël de boire l’eau de la Seine, comme cela se faisait jusqu’en 2010. Ces travaux ont coûté 120 000 euros.

Secundo, en 2010, à la demande des Carrières de Paris, la Ville a effectué pour 280 000 euros de travaux de consolidation sur la place de Concorde pour que le site puisse accueillir la grande roue et d’autres événements en toute sécurité. Mais il n’est précisé nulle part qu’entre le marché de Noël et la grande roue, j’ai payé 12 millions d’euros de loyer à la Ville depuis 2008 !

Tertio, il m’est reproché d’avoir obtenu le renouvellement de la grande roue place de la Concorde, soi-disant dans des conditions déloyales.

C’est-à-dire ?

En 2015, alors que j’obtenais depuis vingt ans l’autorisation de placer la grande roue de gré à gré, la Ville de Paris a fait un appel d’offres. Parmi les concurrents qui se sont présentés « spontanément », il y a une banque du Liechtenstein qui a des fonds dans 60 roues à travers le monde. Mais ce banquier ne possédait pas de grande roue à proposer à Paris. Normal, ça coûte 10 millions d’euros. Comme je trouvais l’opération curieuse, un de mes collègues forains a contacté le banquier du Liechtenstein et ça ne s’est pas très bien passé. Résultat : on m’accuse d’avoir voulu intimider ce pseudo-concurrent !

Un détail m’échappe : pourquoi ce banquier a-t-il répondu à l’appel d’offres de la Ville s’il ne possédait pas de grande roue ?

Devant le juge, le banquier a reconnu ne pas avoir de grande roue, mais pouvoir s’arranger pour en trouver une. En conséquence de quoi, alors que la date de dépôt des dossiers à l’appel d’offres était le 4 mai 2015 pour une ouverture de l’attraction le 10 juillet, le banquier m’a appelé le 7 mai pour me proposer de travailler avec lui en lui apportant ma roue, pensant que cela pourrait lui permettre d’être retenu. Dans son dossier de candidature, il y avait une photo de ma grande roue, ce qui m’a fait porter plainte. J’ai été piégé dans cette affaire car la Ville a fait en quelque sorte monter les enchères. Sachez que je paie une redevance pour la grande roue. En 2015, son montant équivalait à 25 % ou 30 % du chiffre d’affaires, soit la somme colossale de 1,2 million d’euros. Grâce à la mise du banquier, la Ville comptait faire monter le niveau de la redevance à 1,6 million d’euros. Ce qui fait dire à la chambre régionale des comptes que la Ville a perdu 400 000 euros de redevance en m’accordant finalement l’autorisation par un gré à gré signé au dernier moment.

Juridiquement, vous semblez avoir bénéficié d’un certain favoritisme.

C’est absurde. La Ville n’avait d’autre choix que de renouveler l’autorisation car j’étais le seul en lice avec une grande roue. Il se trouve que je suis le concepteur de la première grande roue, en 1993, les 400 autres réparties dans le monde entier sont arrivées dans les années 2000. Et si on admet l’hypothèse selon laquelle je suis en situation de recel de favoritisme, que fait la justice pour désigner l’auteur du favoritisme ?

Laissons Anne Hidalgo tranquille. Ce n’est pas de sa faute si au cours d’une perquisition à votre domicile, la police a trouvé de l’argent liquide.

Mais j’ai le droit d’avoir de l’argent liquide chez moi, parfois même 2 millions d’euros ! Le 6 octobre 2016, 80 policiers armés et des gendarmes sont venus faire une perquisition diligentée par le juge pour trouver je-ne-sais-quoi. Ils ont tout cassé, ont tenu en respect ma femme de 66 ans et moi-même, qui en ai 78. Les voisins croyaient à une attaque de djihadistes tellement c’était violent. Tout cela pour trouver 300 000 euros et des poussières dans mon coffre, une somme d’ailleurs justifiée. Ils ont saisi mes papiers, puis m’ont tout rendu car il n’y avait rien d’illégal.

La justice vous reproche aussi la détention d’un compte en Suisse…

Tracfin a lancé une alerte contre moi alors que ce compte est légal et déclaré. Mes sous ont été saisis une première fois, puis le juge a annoncé me les rendre. C’est alors qu’une seconde alerte Tracfin a été lancée pour la même raison ! On m’a séquestré tous mes comptes et bloqué mes coffres. C’est une mécanique que Le Canard enchaîné alimente en racontant n’importe quoi sur mon compte depuis des années, avec la complicité de tous ceux qui me veulent du tort.

Outre la suppression programmée du marché de Noël, où en sont vos projets avec la mairie de Paris ?

Alors que nous organisions depuis une quinzaine d’années une « Opération jours de fête » tous les deux ans au Grand Palais, cette fois la mairie de Paris loue le bâtiment aux mêmes dates !

Quant à la fête foraine qui a lieu à la fête de la Bastille depuis cent ans, elle est délogée par la Ville de Paris. Enfin, la mairie a torpillé la foire du Trône qui dispose chaque année de 5 000 places de parking. Cette année, il y a zéro place de parking pour le visiteur ! Au nom des espaces verts et de la lutte contre la pollution, Paris a infligé 30 % de fréquentation en moins à la foire du Trône. Je crie donc aux forains : « Réveillez-vous ! Vous allez mourir ! »

Votre colère vous donne des intonations quasi marxistes. Avez-vous manifesté contre la réforme du Code du travail pour avoir une tribune médiatique ?

La France est le pays de la précarité. C’est encore pire depuis que le gouvernement a sorti une ordonnance sur les marchés d’animation le 19 avril. Ce diktat impose de faire appel à la concurrence pour tous les espaces publics. On pourra toujours dire que les forains refusent la concurrence, mais il y a des us et coutumes dans les métiers. Pour investir, un forain doit savoir qu’il pourra revenir l’année suivante. Avec cette ordonnance, c’est fini ! Et puis les forains ne sont pas des écrivains : quand on tourne dans 35 villes par an, comment rédiger 35 dossiers de candidature ? S’ils meurent, cela profitera aux grands groupes. D’ailleurs, à La Baule, Veolia vient de prendre la place des plagistes indépendants.

Dans votre élan, vous avez publié une tribune sur le site du Comité invisible, groupe d’ultragauche dont est issue la bande de Tarnac.

Tous ceux qui veulent bien me prendre des tribunes peuvent les publier. Plus il y a de vues, mieux ça vaut !

Comptez-vous contre-attaquer à coups d’articles ?

Pas seulement. J’attends que la chambre régionale des comptes publie son acte pour porter plainte pour diffamation, voire au pénal. Dans son prérapport prétendument confidentiel, la chambre recommande à la Ville de Paris de ne plus signer l’agrément du marché de Noël des Champs. C’est un dossier confidentiel que personne ne doit lire avant que les deux parties ne soient reçues. Mais la presse l’a consulté avant moi. On veut ma mort professionnelle : le lendemain de mes deux mises en examen, 163 journaux en faisaient état !

La Ville de Paris répond à Marcel Campion

L’espace public est un bien commun qui appartient à tous les Parisiens. Il ne peut pas être occupé sans autorisation : il y a des procédures et des règles à respecter. Les attractions foraines doivent elles aussi s’y conformer. Depuis 2001, à l’initiative de Bertrand Delanoë, un important travail a été fait pour davantage de rigueur, de transparence et d’équité dans ce domaine. À partir de 2014, Anne Hidalgo et son équipe ont tenu à renforcer encore davantage ces exigences, dans le plus complet respect du droit. Cette démarche est partagée par les élus du Conseil de Paris, qui ont décidé à l’unanimité de mettre un terme au marché de Noël des Champs-Élysées, dont la qualité n’était pas satisfaisante. Majorité et opposition municipales vont travailler ensemble à de nouvelles animations, qui répondront mieux aux attentes des Parisiens. Pour le reste, une information judiciaire est ouverte, dans laquelle M. Campion a été récemment mis en examen. La Ville ne souhaite pas interférer dans les investigations en cours. Il convient de laisser les enquêteurs travailler sereinement pour aboutir à la manifestation de la vérité.

Féminisme: faut-il interdire les Liaisons dangereuses?

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Les Liaisons dangereuses (1988), de Stephen Frears

« Plus j’y pense, plus j’apprécie le chic de #balancetonporc : pour toutes celles qui, parmi nous, ont reçu la vulgarité extrême au plus intime de leur corps, et qui en ont intériorisé la honte, y compris à leur esprit défendant, la respiration est plus libre depuis que ce remarquable retour à l’envoyeur a été balancé comme un direct du droit. Par le simple fait de dire que nous avons subi, nous faisons advenir quelque chose de neuf. La honte, peu à peu, change de camp… », écrit Irène Théry dans le Monde.

Les « balances » n’ont pas bonne réputation

En tête d’article, elle a pris soin d’identifier ses cibles immédiates : moins les tripatouilleurs du métro, les lourdingues de l’ascenseur, les chefs de rayon insultants, ou les producteurs hollywoodiens adeptes du chantage, qu’Elisabeth Lévy et Alain Finkielkraut. « Le grand délathon a commencé », avait écrit la patronne de Causeur. Péché mortel. Quant à Finkie, qui avait tenté de s’exprimer avec mesure en fustigeant néanmoins « l’enfer de la bien-pensance »« avec ce hashtag dont la vulgarité et la brutalité passent l’imagination, c’est, selon lui, la fin de la plus élémentaire présomption d’innocence, tous les hommes brutalement transformés en porcs, cependant que sonne le glas d’une époque révolue, celle de la mixité heureuse et du respect des manières, cœur de la civilisation des mœurs, fierté d’une certaine identité française. » Aberration machiste qui lui a valu cette réplique élégante sur les réseaux sociaux, récemment promus vecteurs du Bien : « La mère de Finkielkraut aurait dû sérieusement penser à l’avortement de ce con ». Sûr que Janka Finkielkraut, qui a vu disparaître son monde et ses parents dans les camps d’extermination, aurait apprécié.

À l’école comme aux Baumettes, les « balances » n’ont pas bonne réputation. La Gestapo finissait par ne plus lire les dizaines de milliers de lettres anonymes que leur envoyaient de courageux Français. Je m’étonne un peu qu’une spécialiste du droit comme Irène Théry approuve ce qui est quand même une courageuse entreprise de délation anonyme comme on en a déjà vu en France. « Un déferlement assez ignoble », dit Catherine Deneuve, qui connaît pourtant tous les Weinstein du cinéma, depuis presque 60 ans qu’elle joue. Quand quelques hommes incriminés à tort par ce déballage de rancœurs, de règlements de comptes, de souvenirs opportunément remontés à la surface et éventuellement réarrangés selon l’air du temps et les jugements de divorce se seront tiré une balle, on mesurera alors ce qu’il y avait de nauséabond, du strict point de vue légal, dans ces affirmations dont l’accusé doit se justifier — et qui le croira ? — alors que c’est toujours à l’accusation de faire la preuve.

Et si les accusatrices ont la preuve, que ne sont-elles allées en justice… Les flics ne sont pas les monstres que l’on dépeint dans une certaine presse. Ce n’est pas pour décorer que les commissariats ont aussi des personnels féminins. Et des hystéries de délation, nous avons déjà connu ça — sans remonter à la dernière guerre.

Ségolène Royal, petite mère du mal

En 2005, Marie-Monique Robin, dont je ne dirai jamais assez qu’elle est une enquêtrice exemplaire (lire le Monde selon Monsanto, par exemple) sort l’Ecole du soupçon, dont elle tirera un reportage télé deux ans plus tard. Elle revient dans ce dossier accablant sur la circulaire signée par Ségolène Royal en 1997, visant à signaler tous les cas de pédophilie supposée à l’école. Les plaintes, qui tournaient jusque là, bon an mal an, autour d’une douzaine dont trois ou quatre arrivaient effectivement en phase judiciaire, se sont alors multipliées par dix. Que croyez-vous qu’il arriva ? Quelques enseignants incriminés — à tort, vous expliqueront les proches, accablés, de Bernard Hanse — se suicidèrent. Et combien de cas furent traités par les tribunaux ? Trois ou quatre, comme les années antérieures : le grand déballage s’appuyait sur des rumeurs, des règlements de comptes pour une mauvaise note, une fixation amoureuse d’une élève sur un prof, une mésinterprétation d’un geste purement pédagogique (un prof de gym accusé de tripoter ses élèves parce qu’il les aidait à bien se recevoir à la sortie d’un cheval d’arçon). Il n’y eut pas dans l’Education nationale un flot soudain de pervers. Mais la secrétaire d’Etat aux affaires scolaires a feint de le croire, expliquant benoîtement qu’il n’y avait pas de fumée sans feu, et que sans doute on avait fait pression sur les enfants…

C’est pour cette raison, et nulle autre, que j’ai voté Sarkozy en 2007, comme 25% des profs. Jamais je n’aurais contribué à porter au pouvoir une femme qui marchait sur les enseignants pour en faire un piédestal à son ambition.

En passant par Cologne…

Quant au harcèlement au quotidien… Une amie s’est fait agresser il y a trois ans à Marseille parce qu’elle se baladait en short en plein été — un pur scandale… Agressée par deux individus « pas tibulaires, mais presque », qui l’ont traitée de pute et quelque peu malmenée — à quatre heures de l’après-midi près du port dans une rue passante. Comme elle se défendait, elle a été ceinturée par un passant qui lui a jeté : « Mais enfin, mademoiselle ! C’est leur culture… » À Hambourg ou Cologne aussi, au 31 décembre 2015, c’était leur culture… Et ce n’est pas adhérer aux thèses de la pauvre Marine Le Pen, de plus en plus perdue face aux médias, que de dire cela. Ce sont des faits.

J’aimerais beaucoup que l’éminente sociologue du droit familial qu’est Irène Théry s’insurge contre ce harcèlement collectif que représentent aujourd’hui les invectives des plus fanatiques des Musulmans. Ce que l’on dit de Harvey Weinstein est peut-être vrai — j’attends que la justice américaine, qui ne passe pas pour laxiste, donne une suite judiciaire à la lapidation anticipée du…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli

C'est le français qu'on assassine

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Les Rien-pensants

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PMA / GPA : on a toujours dissocié sexe et amour

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Une échographie. Photo: A. NOOR / BSIP

Après la lecture des bonnes feuilles du livre d’Elisabeth Schemla PMA / GPA: « Il ne faut pas se laisser phagocyter par le lobby gay de Paris » dont l’esprit d’ouverture invite au débat, je voudrais faire quelques remarques.

Le sexe sans grossesse ne date pas d’hier

Dire que « la recherche médicale a provoqué un big-bang sans précédent pour l’espèce humaine : la dissociation totale entre procréation et sexualité » n’est pas tout à fait exact. Depuis fort longtemps, les humains savent que lorsqu’un homme et une femme ont un rapport sexuel avec éjaculation intra-vaginale, il y a une probabilité assez forte pour que la femme devienne enceinte. Les humains ont donc inventé tout un arsenal de techniques plus ou moins efficaces pour connaître le plaisir sexuel sans aboutir à une grossesse. Les pratiques homosexuelles – aussi anciennes que l’histoire nous permet de le dire – en font partie. La médecine moderne a inventé des moyens, comme la pilule, confortables pour les amants mais non sans danger pour les femmes. Ces inventions permettent à une écrasante majorité d’hommes et de femmes d’avoir une activité sexuelle fréquente sans avoir beaucoup d’enfants. Cela facilite en outre la limitation des naissances, utile pour une humanité qui a tendance à faire beaucoup d’enfants.

PMA et GPA ne concernent qu’une infime minorité

Plus récemment, deux autres techniques médicales ont permis le contraire. L’une, très simple, permet d’injecter dans le vagin d’une femme le sperme d’un homme, sans que celui-ci la pénètre avec son propre organe sexuel. Il y a donc possibilité de naissance sans rapport sexuel de cet homme et de cette femme, c’est ce que l’on appelle couramment PMA. Plus compliquée est l’implantation d’un embryon directement dans l’utérus d’une femme, là encore sans rapport sexuel entre cette femme et l’homme fournisseur du spermatozoïde qui a fécondé l’ovule, lequel n’est pas celui de la femme ; c’est ce qu’on appelle la GPA. Ces deux techniques ne concernent qu’une infime minorité de personnes, contrairement à la contraception.

Quant à dire « que cela plaise ou pas, il est impossible de revenir en arrière, comme pour toute invention », l’argument est léger. L’auteur cite à juste titre le nucléaire, qui devait fournir à foison une énergie inépuisable, et qui va être abandonné par de nombreux pays et probablement tout le monde. On peut citer également les herbicides et autres produits de l’agriculture chimique, qui sont de plus en plus abandonnés, et nombre d’autres inventions supposées irréversibles et tombées dans l’oubli.

L’infertilité homosexuelle est psychologique

Elisabeth Schemla écrit « les homos réclament et attendent de la société qu’elle admette au fond l’impensable : ils sont porteurs d’une infertilité… culturelle ». L’expression est très contestable. S’il est vrai que la quasi totalité des personnes homosexuelles ont une capacité biologique à faire des enfants, le problème est leur impossibilité d’avoir une relation sexuelle avec quelqu’un de l’autre sexe, dans le but d’avoir un enfant. Il s’agit donc d’une infertilité psychologique. Or il existe des méthodes psychologiques pour aider ces personnes, soit à renoncer à leur désir d’enfant, soit à trouver un partenaire de l’autre sexe avec qui en faire un, éventuellement sans rapport sexuel en utilisant la méthode médicale citée ci-dessus.  La plupart du temps, les personnes en question ne veulent pas avoir recours à ces méthodes psychologiques, ce qui est parfaitement légitime et ne souffre aucune critique. Mais il ne s’agit pas d’un problème culturel. Que la société ne puisse pas, ou ne veuille pas, les aider à satisfaire leur désir – tout-à-fait légitime lui aussi – d’avoir des enfants, c’est une chose, mais il ne faut pas inverser la cause : l’infertilité psychologique, comme la biologique, ne sont pas de la responsabilité de la société. Christiane Taubira n’est pas juste lorsqu’elle dit « Ne peut-on pas accepter qu’un couple homo ou une personne homo ait le même droit de se reproduire qu’un couple hétéro ou une personne hétéro de ne pas le faire ? » . Le problème n’est pas le droit, mais la possibilité : comment ce couple va faire pour « se reproduire » ; il faut pour cela un homme et une femme.

On dissocie déjà la vie amoureuse de l’éducation

Le problème sociétal ou plutôt psycho-sociétal est que le couple est un pilier de notre société. Des couples constitués de deux hommes ou de deux femmes veulent avoir un enfant qui soit le fruit de leur amour et de leur vie sexuelle, ce qui n’est pas possible. Mais il est parfaitement possible, la loi et la morale l’autorisent, d’élever son enfant sans vivre en couple avec son père/sa mère. C’est même déjà très fréquent et cela se passe bien dans la grande majorité des cas. Si l’on dissocie la vie sexuelle de la procréation, pourquoi ne pas dissocier aussi la vie amoureuse (et sexuelle) de l’éducation et de la transmission parentale. Il est envisageable  d’avoir un enfant avec une personne de l’autre sexe et de vivre sa vie amoureuse et sexuelle avec un autre partenaire, éventuellement du même sexe. On a suffisamment d’expérience à l’heure actuelle pour pouvoir dire que cela n’engendre pas de problème particulier chez les enfants : ils ont un père, une mère, et ceux-ci ont chacun leur conjoint respectifs du même sexe ou non. La société pourrait, et ce serait un progrès, donner un statut au rapport que l’enfant entretient avec le conjoint, ou la conjointe de son parent, statut qui ne se substituerait pas à celui de parent, et empiéterait pas sur le rôle parental.

Une discussion pour tous

Il s’agit donc, en résumé, d’aider des personnes – très peu nombreuses relativement – à avoir des enfants, les aimer, les éduquer, alors même qu’elles n’ont pas ou ne peuvent avoir un partenaire du sexe opposé pour réaliser, en couple, ce projet.  La complexe et coûteuse machinerie médicale n’est pas la seule voie à examiner. Il est donc absolument nécessaire de discuter, comme l’affirment Elisabeth Schemla et Laurent Alexandre. Mais pourquoi limiter cette discussion à un dialogue entre les bio-conservateurs et les bio-progressistes ? Ce clivage risque de tourner au match entre les « pour » et les « contre » où l’on demande ensuite aux sondages de déterminer qui a gagné. Il vaut mieux ouvrir le débat à tous ceux qui le veulent et surtout à ceux qui ne sont a priori ni pour ni contre mais ont simplement envie de réfléchir et de ne pas avaler n’importe quoi. On pourra ainsi « tourner le dos à l’impréparation, aux atermoiements, à la mollesse qui ont prévalu quand François Hollande a tenu sa promesse électorale du mariage pour tous. » comme le dit très justement Elisabeth Schemla.

La guerre des intelligences

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