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Affaire Weinstein : le désir masculin présumé coupable

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Si l’affaire Weinstein, avec les remous qui l’entourent, est comme une rumeur, à l’échelon mondial et à l’ère des réseaux sociaux, polarisant autour d’un événement particulier, des inquiétudes et des préjugés, il s’agit cette fois de bien plus qu’une agitation de l’opinion et des médias. Nombre d’agressions sont avérées et associées à des comportements répandus. La moitié dominante de la société se trouve démasquée par la mise au jour de violences dont les causes sont générales et les effets durables puisque le viol est une brutalité qui dévalue la victime à ses propres yeux comme devant les autres, femme violée et fille perdue voisinant dans les mentalités.

Étalage de linge sale

La nouveauté n’est pas qu’on dénonce le viol mais la position de révélateur social qu’on tend à lui attribuer, sans que la gravité du forfait soit pour autant oubliée. Au lieu que l’exceptionnel se banalise, cette fois, c’est l’exceptionnel qui s’empare du banal, étend son ombre sur lui. Mais cet étalage de linge sale ne paraît entraîner aucune interrogation sur la présence dans notre société de mœurs qui permettent le crime en même temps que d’une ardeur à le dénoncer. Cette dualité ne paraît paradoxalement guère dissociable du simplisme de nos passions post-démocratiques. Parce qu’elles sont simplistes, elles rendent instable le fonctionnement d’une société, qui parfois se voue à l’émancipation et parfois à la « transparence », à la dénonciation, peinant à assumer la complexité qu’elle vit. Aussi, l’affaire Weinstein elle-même, plutôt que le viol et le harcèlement, est-elle un analyseur pertinent pour jauger la conscience sociale.

Pourquoi ce déchainement d’indignations et de suspicions ? Les activistes de la cause des femmes répondent que ce qui était une banalité dissimulée depuis la fondation du monde arrive à la conscience commune au bout d’un long processus d’émancipation qui permet enfin aux victimes de se faire écouter. Cette thèse oublie la nouveauté de ce que décrivent les activistes mêmes : la mixité généralisée dans l’espace public et la « complémentarité hiérarchique » que notre modernité a instaurée entre hommes et femmes dans les bureaux, les commerces, les hôpitaux… alors que la société traditionnelle séparait les métiers et les rôles féminins et masculins, ne permettant en dehors de la famille que peu de rencontres et très codées.

Le banal et l’odieux

C’est donc de notre monde et de lui seul que l’on parle quand on répète que le viol toujours possible est l’horizon des côtoiements entre hommes et femmes. Le harcèlement, concept nouveau, intervient ici pour décrire dans ce monde la transition entre le banal et l’odieux. Il est souvent rapporté à I ’inégalité hiérarchique entre les sexes. Le rôle de cette inégalité n’est pas niable, mais de là à soutenir que l’égalité véritable résoudrait le problème du harcèlement, il y a une marge. D’abord, en bonne logique, pour mettre fin au harcèlement du supérieur, il faudrait que toutes les positions de pouvoir, et non la moitié, soient occupées par les victimes potentielles. A supposer que cela soit possible, ce serait une injustice flagrante, qui favoriserait les chantages de femmes sur les hommes. D’ailleurs, la promiscuité égalitaire aussi favorise le harcèlement, comme dans les campus américains, où Facebook a été inventé pour gérer cette situation. De même, dans les nombreuses fêtes entre copains et collègues, où il arrive que « ça dérape ».

C’est pourquoi le féminisme militant se trouve obligé d’invoquer aussi une cause générale, la nature ou du moins la mentalité des hommes tels qu’on les connaît actuellement. Malheureusement, pour changer cette donnée de base, on ne trouve pas d’autre moyen que la sanction pénale (insuffisante si l’on ne veut pas d’un régime des suspects), ou l’éducation, à quoi on ne donne guère d’autre contenu que le ressassement des bons principes.

La moitié des femmes françaises harcelée ?

Le recours aux stratégies pénales et éducatives révèle au fond l’incapacité de notre société post-démocratique à s’interroger sur elle-même et à sortir de l’a priori qui la porte à ne se voir que comme un entassement de désirs et de griefs individuels. Elle n’y parviendra pas sans une vue non-mythologique de ce qu’est concrètement le harcèlement et si l’on ne se demande pas quelle vie commune nous pouvons, hommes et femmes, chercher à mener ensemble.

On a propagé l’idée que le harcèlement est non seulement répandu (dans les transports en commun en particulier) mais général. La moitié des femmes en France dit avoir été harcelée ou avoir subi des attouchements. Mais que recouvre ce chiffre ? S’agit-il de femmes persécutées quotidiennement ou épisodiquement ? Les harceleurs sévissent-ils partout ? Pourquoi le dogme du harcèlement généralisé fait-il oublier les questions d’hier sur la situation des femmes dans les « quartiers » ? Et puis qui sont les harceleurs ? Une minorité de récidivistes obsessionnels peut-être. Les témoignages venus de milieux particulièrement en évidence, comme les assemblées parlementaires, disent que les femmes se communiquent des listes de personnages dangereux. Cela suggère qu’ils sont une faible minorité. Mais, dans le déballage actuel, on ne trouve pas de quoi cerner précisément le phénomène harcèlement. On préfère les accusations globales.

Les mystères de la relation sexuelle

La croyance à la généralité du harcèlement repose sur un préjugé : en attendant la grande rééducation, une fatalité pousse les hommes à exercer contre les femmes une violence qui ne fait que mettre en œuvre le contraste naturel entre sexualité active et sexualité passive, autant dire entre les proies et les brutes. On sait pourtant qu’en la matière, la passivité n’est pas nécessairement innocente, qu’il y a des consentements intéressés, ceux des « promues sur canapé » et naguère des courtisanes. Ce n’est pas la même chose qu’un viol ! Certes, mais cela montre que d’un sexe à l’autre, la différence n’est pas celle de la vertu et du vice.

Le militantisme actuel nous oriente vers une vision fausse de la relation sexuelle. Le viol, a-t-on dit, est un rapport sexuel réduit à son commencement. La formule a le mérite d’insister sur l’importance de ce qui est absent dans le viol, la relation établie, donc la temporalité. La relation sexuelle est une relation, entre deux personnes et aussi entre deux humanités  qui ont à se reconnaître mutuellement et qui parfois y réussissent. La plupart des zélotes du « moi aussi ! » doivent le croire au fond puisqu’elles évitent (Irène Théry l’a noté) de nommer ceux qu’elles accusent. Elles semblent penser elles aussi qu’il y a une relation à restaurer plus que des condamnations à prononcer.

Il y a une vie après le harcèlement

Ce que par contre, elles ne semblent pas voir, c’est que le travail de réparation du lien ne peut attendre que le harcèlement ait disparu. Si cette réparation s’oppose à des violences qui sont parfois dans les habitudes, c’est en les prenant en compte pour les dépasser. Juliette Binoche le dit dans une interview au Monde : il y a une vie malgré les harcèlements et on peut même même faire un bon usage de ceux-ci, grâce à la résistance qu’ leur oppose ; ils infligent des « blessures » qui permettent de « se structurer » La générosité de l’actrice, lui fait espérer une réconciliation au-delà de la guerre des sexes, grâce aux femmes, si elles savent sortir la masculinité de son animalité, l’orienter « vers son humanité », à travers la reconnaissance de ses faiblesses.

Faire du rapport entre les sexes une pratique sociale permet aussi d’identifier le harcèlement, de le distinguer de propos légers qui lui ressemblent : le harcèlement ne participe pas d’une relation, c’est une parole, un geste, un regard qui pèse sur celle qui le reçoit parce qu’il ne sollicite aucune réponse. Il est le contraire de la galanterie qui, comme Claude Habib l’a montré, poursuit un échange continu, travers la dissymétrie et même l’inégalité.

C’est pourquoi la réconciliation entre les hommes et les femmes n’est guère pensable dans une société délabrée où les violences que l’on condamne ne sont pas séparables d’autres traits comme l’accessibilité de la pornographie et le style des publicités.

Inégalités et réconciliation

Mais les militantes du spécifique semblent vouloir ignorer cela, s’obsédant de pénalisation et de rééducation. A cause de l’étroitesse de leur vision, elles sont aussi amenées à prendre sur d’autres questions des positions  inspirées par l’anthropologie individualiste. Ainsi la « théorie du genre », surgeon du féminisme et naguère à la mode, a fait écrire à l’anthropologue David Le Breton que pour chacun, le sexe est comme une jambe de bois, « la prothèse d’un moi en quête d’une identité provisoire ». Le physique méprisé a fait retour ; on répète que le corps, est pour la femme le lieu essentiel, celui de l’aliénation ou de la libération. Mais on reste dans l’individualisme, passant seulement de l’individualisme psychique à l’individualisme physique, celui qui fait qu’on exige une PMA à la demande. Comment ne pas voir pourtant que la procréation sans père est pour les hommes-une injure plus grave que les grossièretés humiliantes qui visent les femmes ?

De quelque côté qu’on se tourne, on rencontre la prétention, le postulat, d’un individu ne dépendant de rien, n’ayant pas d’appartenance, seulement des droits et des défenses. L’affaire Weinstein le montre, cela ne permet d’espérer aucune réconciliation entre hommes et femmes.  Il nous faut réorienter notre boussole… vers l’art de faire société, de faire entrer les relations entre hommes et femmes dans un jeu de relations ouvertes. Mais de cette réorientation, ce sont sans doute ceux qui actuellement font le plus de bruit qui sont le moins capables.

Le Goût de la vie commune

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Affaire Weinstein: Et Farrow mit le bazar à Hollywood

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Nous étions quatre amis ce soir-là dans mon restaurant japonais favori : un producteur de cinéma, un écrivain américain, un philosophe réputé pour son antiféminisme et moi-même. Très vite, deux flacons de saké avaient suffi, la conversation en vint à l’affaire Weinstein, l’homme qu’il convenait de haïr pour son comportement libidineux à l’endroit des actrices et sa grossièreté. Accusé de viol et de harcèlement sexuel, il était poursuivi par des meutes de femelles outragées. « Décidément, fit spirituellement observer le philosophe, cela va faire une sacrée concurrence à madame Angot. C’est comme si elle se retrouvait à un bal avec des centaines de femmes portant la même robe qu’elle. »

Œdipe is back

L’écrivain américain, lui, était fasciné par la personnalité de Ronan Farrow, un jeune génie, prétendait-il, qui était le fils de l’actrice Mia Farrow et de Woody Allen. C’est lui qui avait fait éclater la bombe Weinstein dans The New Yorker, après des mois d’enquête. C’est lui aussi qui avait accusé son père d’attouchements sexuels sur sa sœur, la petite Dylan, alors âgée de 7 ans. « Ce jeune homme, avait poursuivi l’écrivain américain, a de la suite dans les idées, d’autant que Weinstein est un des producteurs de Woody Allen et son ami. » Il est vrai que la réaction de Woody Allen se bornant à dire que c’est une bien triste histoire ne l’avait pas grandi aux yeux de son fils, animé par une forme de Némésis qui lui donne une énergie incroyable. Bref, Œdipe is back.

Louise Brooks disait…

Quant au producteur de cinéma, il ne décolérait pas. « Comment des petites connes peuvent-elles aller seules la nuit dans la chambre d’un homme sans se douter de ce qui va leur arriver ? Après avoir perdu leur virginité, elles voudront retrouver leur dignité… laissez-moi rire et ne pas être dupe de ces stratagèmes infantiles. » Je lui rappelais ce que Louise Brooks m’avait confié : les filles qui veulent faire du cinéma sont soit des putes, soit des folles. Et le plus souvent les deux. Il approuva. Je me souvenais d’ailleurs de Claude Chabrol – j’étais alors critique de cinéma – me montrant des centaines de photos de femmes nues lui proposant de tourner dans ses films. Au dos, il y avait leur nom et leur numéro de téléphone. Généreux, il m’avait dit : « Prends celles qui te plaisent ! »

Le saké ayant assoupi le philosophe, il risqua une hypothèse farfelue : « Et si tout cela n’était qu’un coup monté à grande échelle pour dissimuler ce qui se passe réellement et qui est le véritable danger : l’islamisation de l’Europe ? » Nous nous regardâmes consternés. En revanche, l’écrivain américain fit pertinemment observer que des scandales de ce genre, il s’en produisait toutes les semaines à Bollywood, ou à Nollywood, au Nigeria, et que personne n’y prêtait la moindre attention.

« Je veux des femmes chimériques ! »

La suprématie d’Hollywood demeurait incontestable et les scandales qui s’y produisaient ne comptaient pas pour peu dans son hégémonie. Ils étaient simplement l’envers du rêve américain et se passer d’eux, ne pas les monter en épingle, serait suicidaire. Après tout, le film fondateur du cinéma américain, Naissance d’une nation, tourné par Griffith – grand amateur de nymphettes – est à la gloire du Ku Klux Klan. Et son assistant, Mack Sennet, un illettré de génie qui forma Chaplin, le répétait volontiers : « Personne de sérieux ne s’embarque dans l’aventure cinématographique, comme aucun bourgeois sérieux ne s’était embarqué avec Colomb pour aller découvrir les Amériques, mais uniquement des aventuriers un peu fous et chimériques. »  Notre philosophe se leva alors pour clamer : « Je veux des femmes chimériques ! » Puis, il sombra dans un coma éthylique qui devait ressembler au film d’Ida Lupino, tourné en 1950, qui avait pour titre Outrageous et qui dénonçait déjà les viols de jeunes actrices éméchées à Hollywood. En dépit du talent d’Ida Lupino, ce fut un bide. L’indignation morale a sa place dans les lieux de culte, pas dans les salles obscures. Et les actrices qui feignent de ne pas savoir à quoi elles s’engagent méritent l’Oscar de l’hypocrisie.

La Bible des scandales hollywoodiens cartonne

De retour chez moi, Marie m’apprend que la Bible des scandales hollywoodiens, Hollywood Babylone de Kenneth Anger, est en tête des ventes sur Amazon. Et indisponible avant quinze jours. Heureusement, il m’en reste un exemplaire. Je passe la nuit ou ce qu’il en reste à le relire. J’y retrouve Roscoe Arbuckle, dit Fatty, un aide-plombier découvert par Mack Sennet en 1913 quand il était venu déboucher une conduite d’évacuation chez le producteur. Il fit une carrière d’acteur et de producteur prodigieuse avant d’être accusé de viol. Seul Buster Keaton lui demeura fidèle. J’y retrouve Erich von Stroheim et ses orgies viennoises, Frances Farmer vendue par des psychiatres à des marins, Gene Tierney et tant d’autres. J’y retrouve aussi cette phrase de Kenneth Anger inspirée par Chaplin : « Le propre du génie consiste souvent en une capacité infinie à survivre. »

Lolita go home!

Chaplin nous ramène évidemment aux lolitas. Car la véritable toile de fond, le milieu naturel d’expression et d’existence de la nymphette est évidemment le cinéma. À Hollywood, les lolitas sont ces jeunes filles, aspirantes actrices, starlettes, bébés catins, beautés de pacotille, poupées de cire ou de chiffon prêtes à tout pour apparaître à l’écran. Après tout, n’est-ce pas le rôle même de toute actrice que de vendre son corps et son sex-appeal à la caméra, qu’elle tourne ou non ? À Hollywood, les mères ne sont jamais loin. Quand un scandale éclate, impliquant une de ces lolitas et un homme bien plus âgé (Chaplin, Errol Flynn ou Polanski), on les retrouve au tribunal, outragées ; elles qui avaient auparavant veillé à ce que chaque parcelle du corps de leur petite poupée trouve son acheteur à bon prix.

Une dernière question me taraudait avant de trouver le sommeil : « Peu importe qui a séduit qui. Mais celui ou celle qui apparaît comme le plus faible, est-il suffisamment armé pour jouer contre le plus fort ? » Je laisse à chacun le soin d’y répondre, mais je serais enclin à penser que la distribution de ces deux rôles n’est pas toujours celle qu’on imagine.

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Hommes-femmes, et si on essayait la normalité?

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Pas un jour. Pas un jour sans sa bataille rangée entre militants féministes et alter-féministes, son éloge des femmes au foyer ou de la virilité, sa polémique sur un prof macho et sa dénonciation d’un harceleur sexuel, jeté en pâture au mépris de la présomption d’innocence. Les relations naturelles entre les hommes et les femmes sont hystérisées, utilisées à des fins d’ingénierie sociale, ou, au contraire, fantasmées par les nostalgiques de la France d’hier, citations de Gabin et robe fendue de Miou-Miou en prime.

Homme ou femme, mode d’emploi

On entre dans votre chambre à coucher au nom de la morale ou de la décence commune. Après que l’on vous a enseigné ce qu’il fallait manger, ce que vous aviez le droit de dire, comment vous deviez élever vos enfants ; certains vous indiquent désormais ce que devrait être un homme ou une femme, quand d’autres vous demandent de ne plus l’être, voire de vous flageller pour expier les péchés naturels que vous vous apprêtez naturellement à commettre.
À grand renfort de clichés, les éditocrates suppléent la classe politique, surenchérissent dès que l’occasion se présente. On rentre en indignation comme en religion. Cyril Lignac lance une émission intitulée « Les Rois du Gâteau » ? Il ne faut que trente minutes à Nora Bouazzouni, journaliste à Libération, pour s’en offusquer sur les « réseaux sociaux », se demandant si M6 n’aurait pas pu trouver un nom « non-genré » tel que « les as », « les pros » ou « les génies ».

La guerre des sexes est une réalité

Attendez trente minutes supplémentaires pour qu’un opposant rédige un billet enflammé censé défendre notre virilité bafouée, la bêtise des « gauchistes », sinon le cynisme des « islamo-gauchistes » qui tapent sur l’homme occidental, forcément émasculé depuis mai 1968, mais louent les damnés de la terre ontologiques que sont les immigrés de confession musulmane et leurs descendants. Et encore, nous avons évité « La Reine des Tartes », sans quoi les associations LGBT auraient lancé une pétition, vexés de la crypto-homophobie systémique de la chaîne de Nicolas de Tavernost.
La guerre des sexes est une réalité, soit qu’on veuille les remplacer par une multitude de genres, soit qu’on entende les replacer dans leur bon droit. Mais qui se soucie de « monsieur tout le monde », pardon, de « monsieur et madame tout le monde » ? Personne. Du reste, ce dernier a autre chose à faire que de se livrer à des conflits picrocholins, dont les batailles se livrent sur Twitter, les bancs des facultés d’études sociologiques postmarxistes ou les revues, dont les acteurs sont en butte à la censure tout en ayant leur rond de serviette chez BFM TV et dans les salons germanoprantins.

D’un manichéisme l’autre

Oh, il ne me viendrait pas à l’esprit de nier l’extrême bêtise d’une frange de déconstructivistes, ces fanatiques de l’indifférenciation, dont les utopies conceptuelles post-raciales et post-« genrés » sont souvent le paravent d’une haine maladive des hommes, de préférence des hommes d’ascendance européenne, privilégiés, pervers et narcissiques. Toutefois, faut-il répondre à des discours biaisés, que la nature et l’histoire contredisent, par des images d’Epinal et des formules incantatoires ? Substituer un manichéisme à un autre revient à se livrer, pieds et poings liés, au conformisme de l’anticonformisme. À tous, une seule réponse : l’éloge de l’indifférence, ce sain détachement qui forme les hommes libres. Et, of course, les femmes.

Retraites: moins de dépense publique, plus de bébés!

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Les partenaires sociaux, réunis pour mettre la dernière main à la fusion de l’AGIRC (Association pour le régime de retraite complémentaire des salariés) et de l’ARRCO (Association pour le régime de retraite complémentaire des salariés), envisagent naturellement les nouvelles mesures à prendre pour éviter la faillite du système, en déficit chronique (2,1 milliards d’euros en 2016, après 3 milliards d’euros en 2015). Il est déjà prévu, depuis le mois de juillet, que le taux d’appel des cotisations passe de 125 % à 127 % ; les « salaires de référence », c’est-à-dire le prix d’achat du point, seront augmentés de 3,3 % en 2018 ; cela s’ajoute aux dispositions antérieures visant à rogner les majorations de pension accordées aux parents de familles nombreuses et à réduire la pension de ceux qui ne refuseraient pas de retarder un peu la liquidation de leur pension.

On n’arrête pas un train en lui criant après

La CGT grogne, cela va de soi, mais on n’arrête pas un train en lui criant après. La diminution de la générosité des retraites par répartition est inscrite dans les données démographiques depuis plusieurs décennies : la diminution de la fécondité et l’allongement de la durée de la vie ne datent pas d’hier ! Et il faudrait un sacré toupet pour dire que l’alarme n’a pas été sonnée depuis longtemps, et avec insistance : votre serviteur, par exemple, y a consacré un premier livre en 1993 (Quelles retraites en l’an 2000 ?), un second en 1999 (Retraites en péril), un troisième en 2004, pointant l’insuffisance des mesures prises par les pouvoirs publics en 2003 (Sauver les retraites ?), et un quatrième en 2008 (Urgence retraites).

La retraite à 60 ans : une mesure démago

Le problème est très simple : En 1950, l’âge de la retraite (65 ans) était à peu près égal à l’espérance de vie ; en 1982, des démagogues ont instauré la retraite à 60 ans, alors que l’espérance de vie avait beaucoup augmenté et promettait de continuer, et alors que le baby-boom avait pris fin depuis une quinzaine d’années. Ensuite, leurs successeurs à la tête de l’État et les responsables des régimes complémentaires ont essayé de remonter la pente, avec une grande timidité et un savoir-faire des plus modestes. L’essentiel de l’effort a été demandé aux cotisants, qui ont payé de plus en plus, et à l’État, qui a pris en charge une bonne part des déficits.

Cette prise en charge ne s’est pas accompagnée d’une augmentation suffisante des impôts : la gestion désastreuse des retraites s’est combinée à d’autres erreurs chroniques de la gouvernance publique pour produire une envolée des déficits et de la dette publics. Maintenant nous sommes dans un fichu pétrin, avec sur le dos une procédure pour déficit excessif conduite par les autorités européennes : l’inconséquence des responsables a toujours des conséquences fâcheuses.

Il faut diminuer la dépense publique

La solution est connue : il faut diminuer la dépense publique, si possible sans réduire les services rendus par le secteur public, et donc en améliorant son efficacité. En matière de retraites, des économies de gestion sont réalisables : l’unification des régimes, si elle est menée à bien (accélérez le rythme, monsieur Delevoye !) peut économiser 2 à 3 milliards. Il faut dans toutes les administrations faire des gains de productivité, ce qui requiert une meilleure gestion des services, et aussi une simplification drastique de la réglementation. Mais nous n’échapperons pas à une réduction de la générosité des retraites par répartition, en poussant année après année les différents curseurs, comme le font les partenaires sociaux, la mort dans l’âme, pour l’ARRCO-AGIRC.

… et redresser la natalité

Et pour le long terme, un redressement de la natalité serait fichtrement bienvenu ! Depuis 3 ans, le nombre des naissances en France métropolitaine (hélas les chiffres sont plus longs à sortir pour l’Outre-mer) a baissé d’environ 7 % : si cela continue, les répercussions s’en feront sentir pour les pensions dans un quart de siècle. Nos dirigeants seraient donc bien avisés de revoir leur politique de coups de canif dans la politique familiale. Car il ne faut pas se faire trop d’illusions : ce ne sont pas les robots qui paieront nos retraites ! Même dans trente ou quarante ans, quand ils auront largement proliférés, ce sont toujours les revenus d’activité des travailleurs dont il faudra prélever une partie pour la transférer aux retraités.

Relancer le christianisme par la pub? Chiche!

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Nous recevons toutes sortes de visiteurs improbables, chez Havas. Mais quand celui-ci a franchi le seuil de notre siège, à Puteaux…

C’était un homme tout en longueur, le visage osseux, tourmenté, d’un être en proie à bien des doutes et des démons, victorieusement vaincus. « Il y avait sur sa figure la lutte de deux principes opposés, une nature mauvaise domptée par la volonté, peut-être par le repentir » dit justement Dumas. Les yeux enfoncés, le regard sombrement lumineux, les cheveux gris en brosse, il tenait à la fois de l’ancien parachutiste et du prédicateur d’apocalypses. Savonarole ressuscité !

Nous l’avons fait patienter dans l’un des canapés Boca qui agrémentent la réception. Dans ces lèvres de polyuréthane inspirées à Dali par celles de Mae West (mais les nôtres appartiennent au remodelage de l’objet par le Studio 65 sur celles de Marilyn), il avait l’air aussi à l’aise qu’une truite saisie au bleu dans une poêle chaude. Quand je l’ai reçu enfin, il paraissait à point — comme la truite susdite. Plus écarlate que le lycra rouge baiser du canapé.

Fidèle, fidèle, dis-moi qui est la plus belle

Il s’est présenté. Il était prêtre (ce qui ne m’étonna point : même en civil, il avait l’air d’être en soutane), et était mandaté discrètement par le Vatican pour explorer la possibilité (la faisabilité, dit-on désormais en français global) d’une campagne visant à relancer le catholicisme.

« Nous perdons des fidèles chaque jour, depuis des années », a-t-il expliqué. « Une hémorragie que nous ne nous expliquons pas. »

J’ai discrètement consulté ma Bible — je veux bien entendu parler du Net. Qui m’a révélé, si je puis dire, que près de 65% des Français ne se reconnaissent dans aucune religion, et que la plupart d’entre eux s’affirment athées. « Quel magnifique marché potentiel ! », me suis-je exclamé en lui communiquant ces chiffres — qu’il connaissait, hélas… Après tout, nous avons fait boire Evian, il y a quelques années, à un bon nombre de vieux qui se sont identifiés à nos plongeurs (tous des ex-champions recrutés pour la circonstance).

Et à une quantité de jeunes femmes convaincues qu’elles y trouveraient l’eau de Jouvence et de résurrection de leurs petits capitons.

Sans parler de celles qui ont réellement cru, sans que nous l’ayons dit, que c’était l’eau-miracle des biberons — alors qu’elle a plutôt un effet laxatif, mais chut !…

Nos chrétiens ont du talent!

Mon visiteur m’a avoué que cette vieille campagne — « We Will Rock You » remixé par KCPK avec des intonations enfantines — avait décidé la hiérarchie catholique à oser cette démarche quelque peu iconoclaste sur laquelle il nous demandait, bien sûr, la plus grande discrétion.

« Nous avons eu une grande concertation, à Rome, et le Saint Père (j’appartiens à la même congrégation que lui — il n’y a que des jésuites pour oser la modernité) s’est enthousiasmé de nos propositions. « Ce serait formidable, a-t-il dit, si dans toutes les églises, les fidèles pouvaient…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli

Harcèlement féministe: Habeas Porcus

A lire aussi: 13 Novembre : deux ans après, déni et compromissions continuent

 


Avant même que la justice s’en mêle, les magistrates de #balancetonporc ont déjà condamné l’ensemble de la gent masculine. Quand il s’agit de stigmatiser tous les hommes, les féministes n’ont pas peur de l’amalgame.


 

Les temps d’émotion obligatoire peuvent susciter, chez les esprits contrariants, de coupables tendances goguenardes, qu’il vaudrait mieux savoir réprimer. Quand tous les marteaux du moment se mettent à taper en chœur sur le même clou, tenter de glisser un doigt de contradiction, ou plus grave encore, d’ironie, est plutôt périlleux. Ainsi, apprend-on, entre mille nouvelles de la même veine, que le ministre britannique de l’Environnement s’est fait poisser pour une « blague douteuse » – que je trouve pour ma part très drôle – et de surcroît très facile à adapter chez nous. Entrant dans le studio de BBC Radio 4, Michael Gove a déclaré : « C’est comme entrer dans la chambre à coucher de Harvey Weinstein – on espère en sortir avec sa dignité intacte. » La plaisanterie a, paraît-il, beaucoup amusé l’auditoire présent, mais précise l’article, « elle a été largement condamnée sur les réseaux sociaux », ce qui laisse penser que la merveilleuse génération ne rigole pas beaucoup. Ou alors des blagues d’Alex Wizorek.

Et comme la justice se rend désormais sur Twitter, le ministre a dû s’excuser.

Le problème, c’est la blague

Cet épisode a valeur d’apologue. Pour le parti de « la parole libérée », le problème, c’est la blague. Pour les défenseurs de l’humour libre, ce sont les excuses. Quand Carol Galand, l’une des activistes du mouvement antiporc, se réjouit parce que « les #metoo qui se sont répandus comme un feu de forêt ont mis sur le grill des milliers de porcs, vaste méchoui d’une omerta honteuse », le mâle blanc ne s’insurge pas contre cette animalisation, il implore son pardon. On saluera BHL qui pour le coup, s’est énervé – « Je n’aime pas qu’on traite un homme de porc ! » –, Alain Finkielkraut, qui ne cède rien à la pression ambiante (pages 50-51), sans oublier Jaccard, Mandon, Rosenzweig et tous ceux qui prennent le risque de se voir dénoncés comme complices de l’infâme. Mais pour l’essentiel, la gent masculine se tient à carreau. L’homme occidentalisé n’est pas un porc, mais un repentant. Face à la forêt planétaire de doigts accusateurs, il finit par croire à sa propre culpabilité. « Je me suis mal exprimé », confesse Bruno Lemaire, coupable, non pas de gestes indécents (on a vraiment du mal à l’imaginer), mais de refus de dénoncer.

« J’ai honte pour les hommes », roucoule le chef Yves Camdeborde dans un numéro du Parisien qui figurera un jour dans les annales de la domination féminine, où seize people mâles (dont François Hollande, voir encadré) s’engagent pour la sauvegarde de nos amies les femmes. Ces seize-là, suppose-t-on, n’ont jamais contraint aucune femme, mais ils ne le feront plus. Plus de blagues lourdes, plus de regards insistants, plus d’avances « non désirées ». Plus rien qui puisse mettre une femme mal à l’aise, comme l’expliquera bientôt aux contrevenants le « zéro-six antirelous » (comprenez le numéro de mobile qu’on utilisera comme un leurre antidragueur et au bout duquel le relou se fera sermonner – espérons qu’ils ne choisiront pas une voix trop sexy). À mon humble avis, beaucoup d’histoires d’amour commencent par quelque chose qui peut mettre mal à l’aise, mais passons.

L’inévitable Caroline De Haas ayant semble-t-il échoué à faire reculer le président sur sa réforme du droit du travail, elle a dégainé là où on l’attendait, c’est-à-dire en balançant Eugénie Bastié comme « l’alliée indéfectible des agresseurs ». Si tu n’es pas avec moi, tu es avec les cogneurs. Dialectique, quand tu nous tiens.

Un spectre hante le féminisme : l’esprit de sérieux

Il faut cependant répondre, non pas à cet argument lourdingue, mais à tous ceux qui s’indignent sincèrement que l’on plaisante alors que nous voyons défiler sur nos écrans des femmes, brisées ou combatives, qui relatent pour certaines un véritable calvaire où la contrainte sexuelle se double de sévices, pour d’autres une situation pesante, pour d’autres encore un incident pénible. Certains de ces témoignages sont difficilement supportables et appellent la compassion, l’effroi, voire la furieuse envie de planter quelques coups de genou dans quelques génitoires dûment sélectionnées. Mais l’esprit de sérieux qui s’est abattu sur le féminisme ne rend pas cette souffrance plus tolérable, au contraire. Du reste, ce n’est pas seulement l’humour qui est placé sous surveillance, mais tout propos sur le sujet, surtout s’il est tenu par un homme. Le fossé abyssal entre ce qui se raconte en privé (où on blague à tout va y compris sur les moments difficiles) et ce qu’on ose dire publiquement révèle une forme de terreur.

La peur des hommes célébrée comme une victoire

Bien sûr, nul n’a été arrêté pour avoir contesté le déballage en cours, mais tout homme public, qu’il officie dans le show-biz, la politique ou les médias, sait qu’il pourrait perdre son job, des contrats et l’estime de ses contemporains pour un mot de trop. Quelques-uns ont renoncé à intervenir dans ce numéro, persuadés de ne récolter que des ennuis – incluant parfois une bonne engueulade de madame. On ne saurait leur donner tort. En attendant, un pays où des adultes craignent de soutenir publiquement une opinion minoritaire n’est pas libre. Que la censure ne soit pas imposée par le pouvoir mais par les réseaux sociaux et qu’on ne risque pas sa vie mais sa vie sociale ne rend pas ce climat étouffant plus supportable. « La peur change de camp », s’enchantent des féministes, bruyamment applaudies par des hommes qui consentent ainsi à leur destitution. Quel aveu que cette peur des hommes célébrée comme une victoire !

Ce n’est donc pas de la souffrance qu’on s’amuse, mais du flot de sottises que l’on entend à son sujet. Les indignés d’aujourd’hui ne cessent de s’émerveiller de la libération de la parole, oubliant à quel point ils la trouvaient malodorante, cette parole libérée, quand elle pointait la sécession en cours dans l’islam européen, et combien il était alors urgent de l’interdire. Tenir en suspicion les témoignages de ceux qui vivent au quotidien le choc des civilisations (des ploucs) n’était pas un crime, mais un devoir moral. Les mêmes, aujourd’hui, ne se soucient guère de la liberté de parole de tous ceux qui trouvent la délation aussi abjecte que les agissements qu’elle vise, et encore moins de celle des porcs présumés.

Un tableau mensonger de la vie des femmes et des hommes

Il y a deux raisons fondamentales (et pas mal d’accessoires) d’être terrifié par la mécanique irrépressible qui s’est mise en place à partir d’un scandale hollywoodien certes déplorable, mais assez classique : tout d’abord, on ne saurait obtenir justice en suspendant les formes et les garanties essentielles de la justice ; ensuite, ce déferlement de vérités individuelles brosse un tableau global mensonger de la vie des femmes et des hommes en France.

« Toi aussi, raconte, en donnant le nom et les détails, un harcèlement dont tu as été victime. » C’est avec ce message, dont nous avons charitablement corrigé l’orthographe, que Sandra Muller, journaliste basée aux États-Unis, a lancé le 13 octobre le hashtag « balance ton porc », la grammaire suggérant que toute femme a un porc à balancer.

Comme l’observe alors Le Monde, extatique, « le verrou a sauté. La vanne s’est ouverte. » En quelques jours, des centaines de microrécits sont publiés, l’écœurant côtoyant le futile et le sordide l’anodin. L’une parle d’attouchements subis à 11 ans, l’autre d’une blague sur ses bottes. Très vite, des noms sont divulgués : dans la liste noire qui s’enrichit d’heure en heure, on trouve un ancien ministre balancé par la fille d’un autre, quelques journalistes et animateurs, un député promptement débarqué de son groupe.

La seule façon d’obtenir justice, c’est de porter plainte

Qu’une femme ayant subi une agression sans pouvoir se défendre ait le sentiment de rétablir la balance en jetant le nom de son agresseur en pâture au public, on peut le comprendre. Il n’en est pas moins choquant que la quasi-totalité de la classe médiatique et politique, garde des Sceaux compris, l’encourage dans cette fâcheuse illusion. Votée en 1679 par le Parlement anglais, la loi sur l’Habeas corpus (qui intègre des dispositions antérieures) prévoit que « toute personne arrêtée a le droit de savoir pourquoi elle est arrêtée et de quoi elle est accusée ». Ce principe, inscrit dans notre droit bien avant 1789, est encore l’un des fondements de toute justice démocratique, puisque c’est de lui que découle le caractère contradictoire d’un procès équitable. C’est sans doute difficile à admettre quand on a eu affaire à un gros dégueulasse, mais c’est ainsi : la seule façon d’obtenir justice, c’est de porter plainte et de se plier aux règles formelles exigées par la procédure. La justice ne fait pas son boulot, répondra-t-on. Admettons qu’il reste dans nos commissariats et dans nos prétoires des dinosaures qui détournent la tête quand une femme vient demander leur protection. On a du mal à croire que ce soit la règle. De plus, faut-il, au prétexte que la justice fonctionne mal, laisser les femmes se faire justice elles-mêmes ? Cette nouvelle forme du pilori envoie aussi aux oubliettes la présomption d’innocence à laquelle même le dernier des salauds a droit. Tandis que Murielle Salmona réclame à leur profit une « présomption de vérité » (!), des femmes se déclarent « humiliées » qu’on mette leur parole en doute. Mais le premier devoir de tout juge est de mettre en doute la parole de la victime présumée. Même quand elle est criante de vérité.

Mémoire d’un gros dégueulasse

Il faut donc se défier du réflexe qui nous fait penser « bien fait pour sa gueule ! » quand les turpitudes de tel ou tel sont étalées – et plus encore quand l’étalage confirme la piètre opinion que l’on avait du personnage. Après avoir entendu l’effroyable récit de Henda Ayari sur Tariq Ramadan, on s’en veut de mégoter sa solidarité à une femme qui a eu le courage de parler. Car, bien sûr, on la croit, et c’est tout le problème : pour moi, comme pour les millions de Français qui l’ont entendue, Ramadan est déjà coupable. Et il a été condamné sans jugement. Il est vrai que, contrairement à tous ceux à qui on reprochera des faits prescrits, lui aura droit, malgré tout, à un procès. Mais quelle qu’en soit l’issue, il restera aux yeux de tous comme un gros dégueulasse.

Au lieu de faire croire aux femmes agressées qu’elles obtiendront toutes réparation et d’agiter le fantasme de l’imprescriptibilité des crimes sexuels (également contraire à tout notre droit), on devrait avoir le courage de dire aux femmes que la justice des hommes ne peut pas réparer toutes les injustices de l’existence et que, sauf s’ils ont laissé des traces physiques, des méfaits commis entre quatre yeux ont toutes les chances de rester impunis, comme le sont du reste des milliers de crimes et délits qui passent à travers les mailles de notre système libéral. En leur racontant le contraire, en les invitant à « se lâcher », on ne les aide pas, on les traite comme des enfants qui demandent à être consolés, serait-ce par des mensonges.

Vivre (et penser) au milieu des porcs

Moi aussi ! Moi aussi ! Mon chef ! Mon collègue ! Mon plombier ! Mon prof de macramé ! Mon dentiste ! À en juger par le succès viral de ce hashtag en forme de cri du cœur, on vivait au milieu des porcs et on ne le savait pas. Du cinéma à l’hôpital, de la fonction publique au journalisme, du monde du sport à l’armée, tous les milieux, toutes les corporations ont été invitées à faire leur examen de conscience. « Je ne savais pas que c’était aussi répandu », déclarent les hommes interrogés par Le Parisien. Sauf qu’on ne le sait toujours pas. À entendre les récits qui se succèdent, emplissant tout l’espace médiatique, confortés par une litanie de chiffres terrifiants, la révolution féministe n’a jamais eu lieu et la vie des femmes est un chemin de croix – maltraitance sur fond d’omerta. Il n’y a plus des femmes singulières, mais « nous les femmes », comme l’écrit Laure Adler dans un texte sobrement intitulé « La nuit des femmes » et publié par Madame Figaro le 20 octobre. « Nous les femmes. Nous les femmes qui sommes déshonorées, déconsidérées, violentées dans notre intégrité physique et psychique, dans notre dignité d’être humain. Nous les femmes qui n’osons pas énoncer la violence dont nous sommes l’objet, justement parce que nous ne sommes plus sujets. Nous les femmes, quand sortirons-nous de notre nuit immémoriale, douloureuse, silencieuse ? » Alors que le Code pénal sanctionne (et heureusement) tout l’éventail des mauvais traitements infligés aux femmes et que ces comportements suscitent un haut-le-cœur général, ce pathos délirant m’a donné un fou rire.

Extension du domaine du harcèlement

Tout comme celui de Carol Galland qui a appelé les femmes harcelées à manifester le dimanche 29 octobre. « Non, il n’est pas normal que la quasi-totalité des femmes cache au creux de son cœur une salissure qui la dégoûte et lui fait honte », écrit cette amatrice de méchoui qui ne cache pas grand-chose au creux du sien car elle exhibe tous les sentiments qui s’y trouvent, assaisonnés de force formules prétendument drôles. Avant d’ajouter : « Les femmes sont tellement brisées qu’aujourd’hui, elles vont jusqu’à penser qu’un rassemblement #metoo ouvert aux hommes serait dangereux pour elles. » On appréciera la réduction de toutes les femmes à de petites choses perdant leurs moyens en présence d’un butor. Un siècle de féminisme pour en arriver là.

Seulement, ce ne sont pas « les femmes », mais moins de 2 000 personnes qui ont répondu à son appel dans toute la France, le dimanche 29 octobre, ce qui n’a pas empêché les perroquets de la radio publique de se féliciter que le combat quitte Internet pour descendre dans la rue. L’échec patent de ce happening victimaire laisse supposer que, comme pour l’écriture inclusive, c’est une avant-garde groupusculaire et radicale qui veut faire passer les déviances pour la norme et la transgression pour la règle. Notons que cette même avant-garde préfère regarder ailleurs quand l’infériorité des femmes est effectivement la norme, c’est-à-dire dans les quartiers islamisés. Caroline De Haas, qui n’a pas de la « merde raciste dans les yeux », voit des porcs partout, sauf à Cologne ou à la Chapelle-Pajol où il n’y a, pour elle, que des victimes de l’islamophobie.

Seulement, pour accomplir ce tour de passe-passe et faire admettre comme une vérité que toute femme ou presque avait déjà été harcelée, il a fallu, comme l’analyse Finkielkraut, étendre considérablement le domaine du harcèlement. « Si nous aussi on donnait les noms des prédateurs sexuels qui nous ont 1/ manqué de respect verbalement 2/ tenté des tripotages », suggère Sandra Muller dans un deuxième tweet.

Les « agitées du porte-plainte » (Muray)

Si on désigne comme prédateurs tous les hommes qui ont un jour manqué de respect verbalement à une femme, on n’a pas fini de rire. Alors que se préparent les festivités du cinquantième anniversaire de Mai-68, la rage punitive et policière des héritières de la joyeuse libération sexuelle a de quoi terrifier.

Toutes les femmes n’ont pas subi de violences ou d’outrages. En revanche, toutes ont eu à faire avec le désir des hommes et toutes savent que, s’il est souvent un délicieux hommage, il peut aussi être importun, pesant, embarrassant. Tant qu’il ne s’impose pas par la force physique, le chantage ou la pression morale – pratiques sanctionnées par la loi –, il relève des relations entre adultes et non de la surveillance citoyenne. Or, à entendre les « agitées du porte-plainte », pour reprendre la tranchante expression de Muray, on devrait verbaliser tous les amoureux suffisamment transis pour ne pas se laisser décourager à la première rebuffade – dont notre littérature regorge. Et comme il l’a écrit en 1991 dans le texte inédit que nous publions (pages 42-43), derrière la lutte contre le harcèlement, « c’est bel et bien le sexuel qui est aujourd’hui l’objet d’une entreprise de criminalisation, ou plutôt de re-criminalisation, acharnée ».

Quand la demande égalitaire s’offusque de toute différence, en particulier de l’entêtante différence des sexes, la sexualité demeure le refuge de la dissymétrie acceptée, de la domination fluctuante et, surtout, du secret qui protège la chambre à coucher (ou la table de la cuisine) de l’aveuglante et déprimante lumière de la transparence. Reste à savoir pour combien de temps. Muray aimait à ce sujet citer « La Colère de Samson », poème de Vigny : « Bientôt, se retirant dans un hideux royaume, La Femme aura Gomorrhe et l’Homme aura Sodome, Et se jetant, de loin, un regard irrité, Les deux sexes mourront chacun de son côté. » Alors que l’on prétend nous faire croire que l’humanité se partage entre victimes et porcs, l’âge de la séparation a peut-être commencé.

Les Rien-pensants

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Arrêt sur la croix de Ploërmel: une « laïque » surprise pour les islamistes

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Autant le dire : je ne suis pas un enthousiaste de l’arrêt du Conseil d’Etat du 25 octobre 2017 demandant à la commune de Ploërmel de retirer la croix qui surplombe la statue de Jean-Paul II érigée sur une place de cette ville.

Une erreur formelle de la commune

Certes l’article 28 de la loi du 9 décembre 1905 dite loi de séparation de l’Eglise et  de l’Etat semble sans appel : « Il est interdit, à l’avenir, d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires ainsi que des musées ou expositions ».

Il est vrai aussi que la commune a commis une erreur en ajoutant la croix à la statue sans recourir à une délibération spéciale.

Mais l’article 2 de la même loi est tout aussi clair : « La République ne reconnaît, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte. »  Or la pratique étendue qui consiste pour une commune à vendre un terrain au franc symbolique ou à conclure un bail emphytéotique avec une  association  pour qu’elle y construise une mosquée n’est-elle pas, qu’on le veuille ou non, une subvention à peine déguisée ?

Des accommodements raisonnables

Il faut donc sortir de la lettre de la loi et parler d’« accommodements raisonnables ». C’est d’ ailleurs dans cet esprit qu’ à son commencement,  le Conseil d’Etat avait, très sagement, appliqué la loi  de 1905, permettant par exemple les processions dès lors qu’elle ne se troublaient pas l’ordre public.

Il eût été possible par exemple de prendre en considération le fait que le principal élément du monument était le statue du pape, l’arche et croix n’en étant que l’accessoire ; une croix abstraite, ce n’est tout de même pas la même chose qu’un crucifix !

Je ne puis en tous cas suivre Régis de Castelnau quand il écrit : « Pourquoi créer des précédents et réclamer ainsi pour les chrétiens des  « accommodements raisonnables »  en essayant de contourner la loi ? Alors qu’il est essentiel justement de les refuser et de les combattre fermement dès lors qu’ils émanent du salafisme ou du wahhabisme. »

… pour l’islam

Le problème c’est que ces accommodements, on ne les refuse précisément pas à l’islam et encore moins les combat-on, même quand ils ne sont pas raisonnables. Précédent ou pas,  qui croit sérieusement qu’on le fera dans l’avenir ? Qui ignore qu’il y a des quartiers entiers  où les femmes ne peuvent pas sortir sans voile, où on ne peut pas manger ou fumer dans la rue un jour de Ramadan ? Si la religion musulmane intimide quand  elle ne représente que 10 % de la population, qu’en sera-t-il  quand elle en représentera  20 ou 30%, ce qui arrivera nécessairement, même sans immigration supplémentaire,  si on prolonge les courbes de population ?

Pas d’accommodements raisonnables pour les catholiques, beaucoup d’accommodements déraisonnables pour les musulmans : telle apparaît la situation actuelle aux yeux d’une partie de l’opinion, bien au-delà des seuls croyants.

Le laïcisme, un produit chrétien devenu fou

Heureusement, l’islam n’admet pas les images: on  ne dressera donc pas de statue de Mahomet dans les quartiers où il est majoritaire, mais si d’aventure  on s’avisait d’y installer un croissant géant ,  qui osera  s’ y opposer ? Les  libres penseurs, si prompts  à tirer sur l’ambulance d’un catholicisme déclinant, seront-ils  alors si hardis ? Et que décideront les juges ?

Loin de freiner l’investissement de la sphère publique par l’islam, une décision de ce genre va  au contraire l’encourager. Voici pourquoi : dans l’esprit des islamistes et même de beaucoup de simples musulmans sous influence, le monde est  simple : il est le lieu d’une  guerre sans merci que les « croisés » font aux musulmans. Les croisés : pas seulement  le pape ou les évêques, mais tout aussi bien le Grand Orient ou le comité d’action laïque[tooltips content=’Et souvent l’Etat d’Israël lui-même.’]2[/tooltips],  bref tout ce qui, dans ses contradictions, constitue  la civilisation   occidentale. Espérer leur faire comprendre qu’au-dessus des religions trône le principe de laïcité est illusoire ; et d’ailleurs ils ont sans doute raison : le laïcisme est un sous-produit de l’Europe chrétienne; seul face à un courant religieux en pleine vigueur, il y a peu de chances qu’il s’impose.

Vers une nouvelle crise inconoclaste

Nous risquons de faire la même erreur que l’empereur byzantin Constantin V (741 -775) qui, face à la poussée de l’islam, crut mieux se défendre en l’imitant par l’interdiction des images : ce fut la crise iconoclaste  laquelle  eut surtout pour effet de mettre un peu plus de pagaille dans le camp byzantin.

Pour les islamistes, si les « croisés » enlèvent eux-mêmes  les croix, c’est qu’ils sont déjà en position  de faiblesse, prêts pour la dhimmitude. Feu vert donc pour pousser le bouchon un peu plus loin…

Le Brésil, un géant sans boussole

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A douze mois des élections présidentielle et législatives prévues en octobre 2018, le paysage politique brésilien est un champ de ruine. Cependant, une chose est sûre : le président Temer, arrivé au pouvoir en août 2016 après la destitution de Dilma Roussef, a annoncé qu’il ne se présentera pas à sa propre succession. Ne dépassant pas les 3%, la cote de popularité de cet homme qui n’a pas été élu président par le suffrage universel est un fait politique en soi. Elle participe de l’ambiance de fin de règne qui s’est abattue sur Brasilia avec ses affaires et ses coups de théâtre.

La République née de la Constitution de 1988, celle qui a consacré le retour de la démocratie après 21 ans de dictature militaire (1964-1985), agonise. Presque tous les partis politiques sont empêtrés à un degré ou un autre dans le scandale Lava Jato (ou Lavage Express) du nom d’une opération conjointe de la Police Fédérale et du ministère public. A l’origine une simple affaire de trafic de drogue, Lava Jato a jeté la lumière, en trois ans d’instruction, sur des détournements de fonds publics de l’ordre de 12 milliards de dollars. Les enquêteurs ont dévoilé la collusion entre technocrates et politiciens pour mettre en coupe réglée les entreprises publiques (hydrocarbures, électricité, banque, etc.) au point de conduire Petrobras, un symbole de l’orgueil national, au bord de la banqueroute (deux milliards de dollars perdus au titre de la corruption).

La mise à sac de l’économie brésilienne

Non contents de piller les entreprises étatiques, les partis de gouvernement ont établi un pacte avec les groupes du BTP pour surfacturer les chantiers publics dans le but de financer les campagnes électorales. C’est ainsi que les Brésiliens ont assisté, les yeux écarquillés, à l’arrestation chez lui de Marcelo Oderbrecht, le « prince » du BTP, accusé d’avoir mis en place, dans le plus grand secret, une « direction des paiements structurés », dont la seule fonction était de verser de l’argent au profit de politiciens brésiliens et latino-américains. Le PDG croupit en prison depuis juin 2015, un fait presque unique dans les annales judiciaires brésiliennes où les puissants ont la réputation de passer entre les mailles du filet.

La mise à sac de l’économie brésilienne a eu lieu, dans ces proportions vertigineuses, parce que les institutions l’ont permise ou n’ont pu s’y opposer. Et même si la police fédérale et une partie du ministère public ont redoré leur blason grâce à Lava Jato, l’impression qui reste est celle de vivre sous une gouvernance capable de laisser se produire le plus grand hold-up de l’histoire de la corruption.

Les Brésiliens se rendent compte qu’ils entretiennent un système politique qui coûte extrêmement cher (9 000 euros en salaire, 12 000 euros en frais de bouche, une allocation logement et un voucher pour l’essence. En sus, ils ont toute discrétion pour dépenser 25 000 euros par mois pour payer jusqu’à 25 assistants. Les cas sont nombeux où les assistants n’ont jamais mis les pieds à Brasilia et reversent 50 % ou plus de leur salaire au député) sans permettre au pays de réaliser son légendaire potentiel, célébré récemment par son intégration, au début du millénaire, aux « BRICS » (le Brésil, La Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud), l’acronyme des cinq pays supposés devenir les superpuissances du XXIe siècle. Bien au contraire, il lui fait perdre occasion sur occasion de devenir enfin un pays « sérieux » (pour paraphraser l’expression attribuée à De Gaulle) :

– La croissance – condition préalable à la réduction des inégalités – est à la traîne, le PIB a reculé de 3,8% en 2015 et de 3,5% en 2016.

– La violence endémique n’a pas disparu et le Brésil reste le champion du monde des homicides (plus de 59 000 assassinats par an, avec un taux d’homicide plus élevé que le Mexique), la guerre des rues au Brésil a tué en cinq ans (2011-2015) plus que le conflit interne syrien (278 839 contre 256 124 morts).

– Privé des moyens de ses ambitions, le Brésil est en retrait sur la scène diplomatique, il est le grand absent du processus de paix en Colombie où le rôle du médiateur est revenu aux Cubains, et il a du mal à engager les Américains dans un partenariat stratégique qui sortirait son économie de l’ornière. Le peu d’entrain des Américains à prendre position concernant l’impeachment de Dilma et leur silence quant aux réformes menées par Michel Temer montrent que Washington n’a pas encore pardonné au Brésil ses « errements » passés : soutien indéfectible au Venezuela, histoire d’amour avec le régime cubain et flirt avec l’Iran d’Ahmadinejad.

Lula, 77 ans, figure du renouveau?

Dans ce contexte, le Brésil a besoin d’une rénovation politique urgente et audacieuse. Rien n’indique qu’elle aura lieu en 2018. Les candidats potentiels ou déclarés sont au mieux des représentants de l’establishment, au pire des figures extrêmement clivantes. Alors que le pays a besoin de meneurs capables de rassembler autour d’une vision ambitieuse, la classe politique s’enferme dans son ghetto de Brasilia et travaille à huis-clos à défaire l’opération Lava Jato.

Si les élections avaient lieu aujourd’hui, Lula (Parti des Travailleurs – PT) serait élu président. Le vieux routier de la politique brésilienne (77 ans) aurait 20% des voix au premier tour, une prouesse pour un homme politique qui vient d’être condamné en première instance à neuf ans d’emprisonnement pour corruption passive et blanchiment d’argent. Lula est en effet un phénomène politique, un homme d’Etat d’une grande stature et un excellent orateur. Il est un des rares à s’adresser aux masses populaires dans un langage qui suscite leur attention. Toutefois, le corps électoral de 2018 n’est pas celui de la première décennie des années 2000 lorsque Lula gouvernait le Brésil : la classe moyenne ne lui fait pas confiance pour retrouver le pouvoir d’achat perdu lors de la crise et les ouvriers syndiqués des grandes villes du Sud-Est (comme São Paulo) sont déçus par le comportement du PT dont les trois derniers trésoriers sont derrière les barreaux ou inculpés pour corruption.

Bolsonero, Trump do Janeiro

Deuxième dans les sondages et promis à participer à un hypothétique second tour contre Lula, Jair Bolsonaro (62 ans, Partido Social Cristão) est le candidat du désarroi et de l’exaspération. Cet ancien militaire de carrière, porté par la petite classe moyenne et la jeunesse des villes exposées au chômage et à la violence, affectionne la polémique et n’a pas froid aux yeux lorsqu’il s’agit de critiquer l’avortement, d’exiger le rétablissement de la peine de mort et d’autoriser le réarmement de la population. Jouant à fond la carte « antisystème », Bolsonaro ne recule devant aucune provocation à destination de la Gauche et du politiquement correct. Misogyne, homophobe et exaltant sans retenue la dictature militaire et sa pratique systématique de la torture, il fait peur à l’establishment car il attire des jeunes qui auraient voté à gauche (PT ou extrême-gauche) il y a quelques années, c’est-à-dire avant Lava Jato et l’expansion du crime organisé aux quatre coins du pays (Nordeste, Amazonie, Sud), propageant ainsi une guerre des gangs qui se fait à coup de décapitations (en prison) et de couvre-feux improvisés (en ville).

Au sein des forces de sécurité, Bolsonaro remporte une grande adhésion parmi les sous-officiers et les hommes de troupe. Ces derniers sont exaspérés par un régime pénal jugé laxiste et qui accorde des garanties généreuses à des criminels récidivistes. C’est ainsi que des mafieux ont le droit, plusieurs fois par an, de quitter la prison pour quelques jours en famille (Noël, fête des Pères, etc.), beaucoup en profitent pour s’évader ou régler leurs comptes aux agents qui les ont incarcérés. Et dans un pays où l’on abat deux policiers par jour, il n’est pas étonnant de voir les hommes les plus exposés au danger développer une sympathie pour un tenant de la ligne dure.

Si Lula se fait élire, ceux qui innovent et produisent promettent de faire leur valise direction Miami ; et si Bolsonaro passe, le peuple de gauche, une bonne partie de la société civile et les vainqueurs de la mondialisation ne supporteront pas d’avoir un père fouettard à Brasilia.

Le centre en retrait

Au centre de l’échiquier politique, la panne de leadership est encore plus patente qu’aux extrêmes. Geraldo Alckmin (64 ans), gouverneur de São Paulo, a de grandes chances de se faire investir comme candidat du parti de centre gauche, le PSDB. Ce médecin, à la tête d’un Etat qui compte 42 millions d’habitants, ne brille ni par son charisme ni par son bilan, entaché par les déboires du plan d’expansion du métro (retards, explosion du budget) et la crise de l’eau potable (2014-2015) durant laquelle la plus grande ville du Brésil a compris que les pouvoirs publics n’avaient pas fait les investissements nécessaires pour la prémunir contre le risque d’une année sans pluies.

La surprise pourrait venir du centre et du bouillonnant João Doria (59 ans), le nouveau maire de São Paulo (11 millions d’habitants). Allié au gouverneur Alckmin auquel il doit son entrée en politique, Doria est encore grisé par son succès électoral (élu au premier tour aux municipales l’an dernier) et laisse croire qu’il pourrait tenter sa chance à la présidentielle de 2018. Il trahirait ainsi son mentor en politique et causerait un cataclysme au sein du PSDB.

João Doria souhaite incarner le renouveau et a des arguments sérieux à faire valoir. Preuve en est qu’il a réussi à gagner la majorité des suffrages dans les quartiers déshérités de l’est de São Paulo, un fief traditionnel du PT. Doria se présente comme un travailleur (João trabalhador) qui se lève aux aurores et enchaîne les réunions et les déplacements 7/7 jours. Né dans une famille de la haute bourgeoisie paulista, il travaille depuis ses 14 ans et a construit un groupe de référence dans le domaine des médias et de la publicité. Riche, il laisse croire qu’il n’a pas besoin de se servir dans la caisse, un clin d’œil à des électeurs sidérés par les détournements de fonds aux niveaux local et national.

Adepte des visites surprise aux hôpitaux et aux écoles relevant de la mairie, Doria est effectivement un OVNI dans une classe politique perçue comme cynique et insensible au sort des plus vulnérables. Mais il a besoin d’un bilan positif et dans les plus brefs délais, condition sine qua non pour quitter la mairie de São Paulo en plein mandat et annoncer sa candidature à l’élection suprême. Or, pour le moment, Doria a du mal à faire accélérer la machine administrative en charge des routes défoncées et des fleuves pollués de la ville la plus riche d’Amérique Latine.

Pas un pays pour Macron

Les jeux sont ouverts et tout peut arriver d’ici octobre 2018. Pour le moment, aucune des quatre personnalités mentionnées ci-dessus ne parvient à formuler un projet ambitieux qui puisse rassembler le pays et lui faire dépasser la crise actuelle.

Une alliance entre Doria et Bolsonaro semble improbable voire contre-nature. Doria est un vainqueur de la mondialisation, il parle bien le Français, l’Anglais et l’Italien. Il admire Macron, Macri l’argentin et Bloomberg, l’ex-maire de New York. Bolsonaro est un type du peuple qui est devenu quelqu’un grâce à l’armée (simple capitaine). Les deux ont en commun la capacité d’engager les masses populaires : l’un pour faire croire que moins d’Etat et plus de Marché sont la solution, l’autre pour fustiger le désordre moral et social. Ils sont sur le chemin de la collusion sur le plan des mœurs à moins que leur détestation de Lula et du PT les pousse à se dédire au point de se renier.

Quid d’un scénario à la Macron ? Un outsider proche des milieux économiques devra développer un discours qui résonne auprès d’un pays fait de plusieurs « peuples » et qui vivent dans des moments historiques différents. São Paulo regarde avec envie du côté de la Californie pour sa capacité d’innovation, voire de la Chine pour son succès commercial ; le Nordeste lui se bat encore contre l’extrême pauvreté ; et les Etats du Nord, c’est-à-dire ceux de l’immense Amazonie, oscillent entre le far West et l’économie verte…

Depuis Brésil, terre d’avenir de Stéphane Zweig (1941), évoquer le merveilleux futur qui attend cet immense pays gâté par la nature est devenu un cliché. Entre temps le romancier autrichien émerveillé s’est donné la mort – quelques mois après la publication de son éloge du Brésil – et les promesses, y compris la plus récente portée par Lula, se sont avérées être des illusions. Quelque chose de profond semble condamner la société brésilienne – ainsi que bon nombre d’autres sociétés de l’Amérique du Sud – à l’échec. Or, pour le moment, aucun projet, aucune formation politique ne semblent en mesure de proposer aux 200 millions de Brésiliens une sortie collective de l’impasse. Et au-dessus plane la sinistre observation d’Albert Camus qui y a passé quelques semaines pendant l’été 1949 : « le Brésil avec sa mince armature moderne plaquée sur cet immense continent grouillant de forces naturelles et primitives me fait penser à un building, rongé de plus en plus avant par d’invisibles termites. » L’armature s’est épaissie depuis mais les invisibles termites semblent plus que jamais à l’œuvre.

Marlène Schiappa: « Je n’ai jamais soutenu l’écriture inclusive ni son enseignement à l’école! »

Retrouvez la première partie de l’entretien ici. 

Malgré ces drames, le sexe faible a globalement triomphé de la société patriarcale. Les féministes ne sont-elles pas « mauvaises gagnantes », selon la formule d’Alain Finkielkraut ?

Non. Si des avancées ont effectivement été faites, beaucoup de chemin reste à parcourir. Vous semblez croire à ce que Christine Delphy appelle le mythe de « l’égalité-déjà-là ». Regardez combien de femmes dirigent une entreprise du CAC 40 en France. Une seule ! Et combien y a-t-il de femmes expertes à la télévision ?

Le nombre de femmes patronnes ou expertes n’est peut-être pas le bon critère. Il y a une majorité de femmes magistrates et nul ne dit que les hommes sont discriminés. Et dans les médias, quoi qu’on dise, il n’y a pas une discrimination globale des femmes. 

Tout dépend des métiers. Dans des secteurs exposés comme les nôtres, c’est parfois une chance d’être une femme. Une chef d’entreprise au Havre m’a confié que c’était aussi un atout, pour elle, d’être une femme dans un milieu d’hommes.

Il y a cependant des endroits en France où l’infériorité des femmes est acceptée, ce sont les quartiers qui connaissent une islamisation rampante. Or, interpellée à ce sujet sur LCI, vous avez déclaré qu’il y avait aussi du harcèlement boulevard Saint-Germain, même s’il était moins visible.

Mon propos a été déformé dans une retranscription sur Twitter, où sorti du contexte. Ce jour-là, sur LCI, je répondais à un débatteur prétendant que les femmes ne se faisaient pas harceler dans les beaux quartiers. Alors qu’on me montrait des images réalisées par Sofie Peeters, victime d’agressions à Bruxelles, j’ai simplement déclaré que le harcèlement était réparti sous des formes différentes dans tous les quartiers.

Il semble qu’on ait cependant du mal à affronter le réel. Vous avez cité Sofie Peeters qui s’est faite incendier pour avoir dénoncé des harceleurs de rue d’origine immigrée ! Et rappelez-vous ce qui s’est passé après Cologne : ceux qui ont analysé ces événements comme une manifestation aiguë du choc des cultures ont été accusés d’avoir « de la merde raciste dans les yeux ». 

L’affaire de Cologne me tient à cœur. Dans mon livre Où sont les violeurs ? (L’Aube, 2017), je dénonce les viols et les agressions de Cologne. J’ai été l’une des seules parmi les féministes à le faire. Et j’ai insisté sur le fait qu’on ne devrait pas excuser un viol sous prétexte de la couleur ou de l’origine de la personne qui viole. Je l’ai répété à l’Assemblée nationale où on m’a répondu : « Ne croyez-vous pas que ça va stigmatiser les quartiers ? » J’ai répliqué que l’origine n’était ni une circonstance aggravante ni une circonstance atténuante. Je me fiche de l’origine du violeur, l’acte reste tout aussi grave.

Mais elle est parfois un facteur explicatif. Du reste, vous concédez que certaines cultures, plus patriarcales et moins égalitaires, traitent beaucoup moins bien les femmes que la nôtre.

Il y a des problèmes spécifiques dans ces quartiers. Récemment, j’ai reçu le réseau de femmes Mamans en marche qui m’ont parlé de deux problèmes totalement ignorés : la sortie de polygamie et l’enfermement conjugal. Comment fait-on, en arrivant en France, pour sortir de la polygamie, quand votre mariage n’est pas reconnu et que vous bataillez pour obtenir la garde des enfants ? Des immigrées de première génération de l’association Femmes unies m’ont appris que beaucoup d’épouses restaient enfermées chez elles en permanence, isolées par le fait qu’elles ne parlent pas le français. Et il faut aussi parler de l’excision dont beaucoup croient qu’il est légal de la faire subir aux femmes à l’étranger avant de les ramener en France ! J’ai mené une campagne sur ce thème dans les quartiers dits « à risque ». Mais je ne dirais pas que l’inégalité femmes-hommes est une donnée forcement culturelle.

Ah bon ? L’excision n’est guère répandue chez les « vieux Français ». Alors pourquoi nier l’évidence ? 

Ce n’est pas ce que j’ai dit. Mais j’ai également reçu une délégation de femmes saoudiennes qui venaient d’obtenir le droit de conduire et qui étaient très déçues de constater que nous avions ici un tel écart salarial entre les femmes et les hommes. De même, en France, les femmes d’origine européenne n’échappent pas aux violences. Il suffit d’aller au 3919, le numéro d’appel de détresse, pour s’apercevoir à quel point ce fléau est également réparti.

La violence n’épargne pas non plus les couples homosexuels. 

J’ai soulevé ce problème très tôt. Alors maire adjointe au Mans, j’ai d’ailleurs organisé un colloque sur les violences au sein des couples lesbiens.

On comprend votre attachement viscéral à l’égalité. Mais comment pouvez-vous défendre l’écriture inclusive dont l’Académie française dit qu’elle est un péril mortel pour notre langue ? Vous sentez-vous opprimée par la grammaire ? 

Il est temps de rétablir la vérité : je n’ai jamais soutenu l’écriture inclusive ni son enseignement à l’école ! Enseigner aux enfants que la phrase commence par une majuscule et se termine par un point tout en leur expliquant qu’on doit parfois mettre un point au milieu d’un mot serait tout simplement ubuesque… En revanche, je suis favorable à la féminisation orale des noms. Cela me paraît important de « visibiliser » les femmes – excusez le néologisme – en disant « Françaises et Français », « celles et ceux », etc.

Le reformatage du langage est toujours un préalable à celui de la pensée. Que vous inspire cette négation de la différence sexuelle ?

Le Reseau que j’ai créé il y a dix ans est intitulé : Maman travaille. Maman et non les parents quel que soit leur genre…  J’ai aussi coordonné un livre qui s’appelle Lettres à mon utérus (La Musardine, 2016). Je me sens proche des féministes différentialistes et essentialistes tout en admettant, avec Élisabeth Badinter, que l’instinct maternel est une forme de construction sociale. Cependant, je conçois que le congé paternité n’ait pas la même durée que le congé maternité, qui existe aussi pour des raisons biologiques.

Dans votre lettre ouverte à Manuel Valls publiée en 2014, vous dénonciez la dénonciation de l’antisémitisme des banlieues comme « un dangereux cliché, stéréotypé et stigmatisant ». Le pensez-vous encore ?  

C’est une ancienne tribune. Je répondais à une phrase attribuée à Manuel Valls accusant les quartiers populaires d’être intrinsèquement, en bloc, antisémites. Mais j’y condamnais aussi fermement l’antisémitisme puisque j’écrivais : « c’est un fléau, une horreur, une abomination ». Quand j’ai été nommée au gouvernement, j’ai fait ma première visite avec Iannis Roder, co-auteur des Territoires perdus de la République, dans le collège dans lequel il lutte contre le sexisme, l’homophobie, l’antisémitisme avec une grande intelligence. Il faut le voir et le combattre, évidemment, sans caricature d’aucune sorte. Quant à Manuel Valls, nous nous sommes rencontrés plusieurs fois depuis, il m’arrive de le consulter, comme d’autres, sur mes projets de loi. J’ai du respect pour l’ancien Premier ministre qu’il est.

Une France soumise - Les voix du refus

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L’islamo-gauchisme, moteur de l’ordre islamo-libertaire

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Un récent article du Figaro Magazine a osé publier une liste d’intellectuels et de politiques soupçonnés de faire le jeu, de près ou de loin, du projet d’islamisation de la France ; et ce, tant au niveau culturel qu’au niveau politico-religieux. Depuis plusieurs années déjà, chaque camp politique dans ce pays constitue une liste très exhaustive des adversaires qu’elle entend fasciser ; ceci se faisant dans la plus pure tradition soviétique. Pas de doute : le climat intellectuel est devenu « nauséabond ». Dans cet article du Fig Mag, il est question de démontrer qu’une prétendue « Fachosphère » dénoncée par les politologues de gauche constituée de noms illustres comme ceux d’Eric Zemmour, Michel Onfray, Alain Finkielkraut, Renaud Camus, Robert Ménard ou Elisabeth Lévy n’est, en réalité, qu’un contrepoids idéologique, pour ne pas dire un simple sursaut, face à ce qui pourrait s’appeler l’ « Islamosphère ».

Qui est l’ennemi?

Dans cette perspective, il convient de savoir identifier l’ennemi : autant celui qui « n’est pas Charlie » après le 7 janvier 2015 que celui qui ne se scandalise pas assez bruyamment de l’attaque de l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes survenue deux jours après. Aujourd’hui, les diseux sont les vrais faiseux. Définitivement, « qui ne dit mot consent ». En somme, les « idiots utiles » de l’islamisation de la France sont tellement nombreux qu’une liste quand bien même non-exhaustive les concernant ne suffirait jamais à les dénombrer de manière claire et distincte. Pour ces personnes, l’islamisation du territoire français doit se produire sur la base de la victimisation des minorités musulmanes à cause de la lointaine colonisation réalisée par la France, sur le continent africain principalement. Malgré tout, il convient d’essayer de voir de qui on parle dans le climat actuel : Edwy Plenel, Pascal Boniface, François Burgat, Alain Gresh, Alain Soral, Christiane Taubira, Danièle Obono ; et ce, sans oublier les gourous des quartiers dits « populaires » comme Tariq Ramadan et Houria Bouteldja. Il faut le dire franchement : l’essentiel, pour nous, n’est pas là. L’essentiel c’est l’idéologie, pas les individus.

Misère de l’économisme

Selon l’ordre philosophique, il s’agit toujours de manifester précisément les articulations d’un ordre idéologique. La première chose à dire est que l’islam est venu combler dans « les quartiers » un appauvrissement spirituel inhérent à l’enrichissement matériel et individuel. Les centres-villes se sont enrichis, les banlieues et les zones périphériques se sont appauvries. De là, a découlé un projet « économiciste » partagé par la gauche rocardienne et la droite orléaniste. Le credo de ce projet de société est simple à entendre : « Faisons de l’argent, pas la guerre ». Cette idéologie-là n’est rien d’autre que la résultante de la pensée soixante-huitarde la plus dévoyée : l’instauration de l’ordre libéral-libertaire.

Les slogans de ce courant idéologique pleuvent comme à Gravelotte : « L’agresseur n’est pas celui qui se révolte, mais celui qui s’affirme » / « L’anarchie c’est je » / « Nous sommes le pouvoir » / « Frontières = Répression » / « Assez d’églises » / « Interdit d’interdire ! » / « L’infini n’a pas d’accent » / « Civisme rime avec Fascisme » / « Rien » / « Bientôt de charmantes ruines » / « Désirer c’est bien ! Réaliser ses désirs c’est mieux » / « Baisez-vous les uns les autres sinon ils vous baisent » / « Les murs ont des oreilles. Vos oreilles ont des murs » / « Vivre sans temps mort, jouir sans entraves ». Cet humanisme-là n’est rien d’autre qu’un nihilisme : parler systématiquement d’humanisme pour finalement annihiler politiquement l’humanité. En bref, la morale a dissous le politique. Les individus sont pensés comme étant déterminés par un conflit de classes et de mass-médias. Ici et là, une sève se lève. Les sentiments l’ont emporté sur les tourments, les idées sur la vérité. Toute réalité est « idéellisée ».

Les frères Ramadan ont conquis l’hégémonie culturelle

La complicité de nombreux intellectuels, cités plus haut, dans la tentative de récupérer à souhait une manne électorale provenant des populations se percevant comme victimes collatérales de la colonisation ? Voilà le moteur de l’islamo-gauchisme. Toute population se pompe comme au travers d’une perfusion. Il s’agit d’influer sur l’intellectuel pour mieux déterminer le culturel. Aujourd’hui, la véritable « hégémonie culturelle » est ancrée au fond d’une réalité dont peu parviennent à soupçonner l’existence. Depuis les attentats sanglants des années 2015/2016 (Charlie/Bataclan/Nice…), ce n’est pas la parole « raciste » qui s’est libérée, mais bel et bien une parole plus pernicieuse, celle qui s’exprime en faveur d’une logique d’accommodements raisonnables avec les injonctions de l’islam dans l’espace public. Le discours est simple : culpabiliser la France à l’endroit de son histoire millénaire. Le colonisateur est devenu le véritable envahisseur.

Les musulmans sont donc des « martyrs » et les autres Français des gougnafiers. Le commerce des mots va de pair avec l’échange de maux. Les frères Ramadan (Hani et Tariq Ramadan) étaient devenus des maîtres penseurs, leurs défenseurs des maîtres censeurs. Une guerre d’influence est en jeu. Et les événements récents, depuis le 11 septembre 2001, ont galvanisé une jeunesse immigrée initialement aliénée à l’économie de marché.

Le multiculturalisme n’est pas un humanisme

Il faut condamner l’obsession de la paix perpétuelle, celle-ci empêchant de penser le réel. Aujourd’hui, l’économie islamique est enseignée à l’université, le port du voile islamique autorisé dans les magasins H&M et les tenues islamiques sont de plus en plus visibles dans les gradins des émissions de télévision (il suffit de regarder Touche pas à mon poste de Cyril Hanouna pour s’en convaincre). Notre jeunesse cherche individuellement et désespérément une raison à son existence. Et le désespoir motive, soit la torpeur soit la terreur. En conclusion, ce qui se déploie sous nos yeux, à l’échelle micro-économique comme à l’échelle macro-économique, n’est rien d’autre qu’un ordre islamo-libertaire.

Affaire Weinstein : le désir masculin présumé coupable

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FREDERIC J. BROWN, Frederick M. Brown, Tiziana FABI, Don EMMERT, Laurent EMMANUEL, Yann COATSALIOU / AFP

Si l’affaire Weinstein, avec les remous qui l’entourent, est comme une rumeur, à l’échelon mondial et à l’ère des réseaux sociaux, polarisant autour d’un événement particulier, des inquiétudes et des préjugés, il s’agit cette fois de bien plus qu’une agitation de l’opinion et des médias. Nombre d’agressions sont avérées et associées à des comportements répandus. La moitié dominante de la société se trouve démasquée par la mise au jour de violences dont les causes sont générales et les effets durables puisque le viol est une brutalité qui dévalue la victime à ses propres yeux comme devant les autres, femme violée et fille perdue voisinant dans les mentalités.

Étalage de linge sale

La nouveauté n’est pas qu’on dénonce le viol mais la position de révélateur social qu’on tend à lui attribuer, sans que la gravité du forfait soit pour autant oubliée. Au lieu que l’exceptionnel se banalise, cette fois, c’est l’exceptionnel qui s’empare du banal, étend son ombre sur lui. Mais cet étalage de linge sale ne paraît entraîner aucune interrogation sur la présence dans notre société de mœurs qui permettent le crime en même temps que d’une ardeur à le dénoncer. Cette dualité ne paraît paradoxalement guère dissociable du simplisme de nos passions post-démocratiques. Parce qu’elles sont simplistes, elles rendent instable le fonctionnement d’une société, qui parfois se voue à l’émancipation et parfois à la « transparence », à la dénonciation, peinant à assumer la complexité qu’elle vit. Aussi, l’affaire Weinstein elle-même, plutôt que le viol et le harcèlement, est-elle un analyseur pertinent pour jauger la conscience sociale.

Pourquoi ce déchainement d’indignations et de suspicions ? Les activistes de la cause des femmes répondent que ce qui était une banalité dissimulée depuis la fondation du monde arrive à la conscience commune au bout d’un long processus d’émancipation qui permet enfin aux victimes de se faire écouter. Cette thèse oublie la nouveauté de ce que décrivent les activistes mêmes : la mixité généralisée dans l’espace public et la « complémentarité hiérarchique » que notre modernité a instaurée entre hommes et femmes dans les bureaux, les commerces, les hôpitaux… alors que la société traditionnelle séparait les métiers et les rôles féminins et masculins, ne permettant en dehors de la famille que peu de rencontres et très codées.

Le banal et l’odieux

C’est donc de notre monde et de lui seul que l’on parle quand on répète que le viol toujours possible est l’horizon des côtoiements entre hommes et femmes. Le harcèlement, concept nouveau, intervient ici pour décrire dans ce monde la transition entre le banal et l’odieux. Il est souvent rapporté à I ’inégalité hiérarchique entre les sexes. Le rôle de cette inégalité n’est pas niable, mais de là à soutenir que l’égalité véritable résoudrait le problème du harcèlement, il y a une marge. D’abord, en bonne logique, pour mettre fin au harcèlement du supérieur, il faudrait que toutes les positions de pouvoir, et non la moitié, soient occupées par les victimes potentielles. A supposer que cela soit possible, ce serait une injustice flagrante, qui favoriserait les chantages de femmes sur les hommes. D’ailleurs, la promiscuité égalitaire aussi favorise le harcèlement, comme dans les campus américains, où Facebook a été inventé pour gérer cette situation. De même, dans les nombreuses fêtes entre copains et collègues, où il arrive que « ça dérape ».

C’est pourquoi le féminisme militant se trouve obligé d’invoquer aussi une cause générale, la nature ou du moins la mentalité des hommes tels qu’on les connaît actuellement. Malheureusement, pour changer cette donnée de base, on ne trouve pas d’autre moyen que la sanction pénale (insuffisante si l’on ne veut pas d’un régime des suspects), ou l’éducation, à quoi on ne donne guère d’autre contenu que le ressassement des bons principes.

La moitié des femmes françaises harcelée ?

Le recours aux stratégies pénales et éducatives révèle au fond l’incapacité de notre société post-démocratique à s’interroger sur elle-même et à sortir de l’a priori qui la porte à ne se voir que comme un entassement de désirs et de griefs individuels. Elle n’y parviendra pas sans une vue non-mythologique de ce qu’est concrètement le harcèlement et si l’on ne se demande pas quelle vie commune nous pouvons, hommes et femmes, chercher à mener ensemble.

On a propagé l’idée que le harcèlement est non seulement répandu (dans les transports en commun en particulier) mais général. La moitié des femmes en France dit avoir été harcelée ou avoir subi des attouchements. Mais que recouvre ce chiffre ? S’agit-il de femmes persécutées quotidiennement ou épisodiquement ? Les harceleurs sévissent-ils partout ? Pourquoi le dogme du harcèlement généralisé fait-il oublier les questions d’hier sur la situation des femmes dans les « quartiers » ? Et puis qui sont les harceleurs ? Une minorité de récidivistes obsessionnels peut-être. Les témoignages venus de milieux particulièrement en évidence, comme les assemblées parlementaires, disent que les femmes se communiquent des listes de personnages dangereux. Cela suggère qu’ils sont une faible minorité. Mais, dans le déballage actuel, on ne trouve pas de quoi cerner précisément le phénomène harcèlement. On préfère les accusations globales.

Les mystères de la relation sexuelle

La croyance à la généralité du harcèlement repose sur un préjugé : en attendant la grande rééducation, une fatalité pousse les hommes à exercer contre les femmes une violence qui ne fait que mettre en œuvre le contraste naturel entre sexualité active et sexualité passive, autant dire entre les proies et les brutes. On sait pourtant qu’en la matière, la passivité n’est pas nécessairement innocente, qu’il y a des consentements intéressés, ceux des « promues sur canapé » et naguère des courtisanes. Ce n’est pas la même chose qu’un viol ! Certes, mais cela montre que d’un sexe à l’autre, la différence n’est pas celle de la vertu et du vice.

Le militantisme actuel nous oriente vers une vision fausse de la relation sexuelle. Le viol, a-t-on dit, est un rapport sexuel réduit à son commencement. La formule a le mérite d’insister sur l’importance de ce qui est absent dans le viol, la relation établie, donc la temporalité. La relation sexuelle est une relation, entre deux personnes et aussi entre deux humanités  qui ont à se reconnaître mutuellement et qui parfois y réussissent. La plupart des zélotes du « moi aussi ! » doivent le croire au fond puisqu’elles évitent (Irène Théry l’a noté) de nommer ceux qu’elles accusent. Elles semblent penser elles aussi qu’il y a une relation à restaurer plus que des condamnations à prononcer.

Il y a une vie après le harcèlement

Ce que par contre, elles ne semblent pas voir, c’est que le travail de réparation du lien ne peut attendre que le harcèlement ait disparu. Si cette réparation s’oppose à des violences qui sont parfois dans les habitudes, c’est en les prenant en compte pour les dépasser. Juliette Binoche le dit dans une interview au Monde : il y a une vie malgré les harcèlements et on peut même même faire un bon usage de ceux-ci, grâce à la résistance qu’ leur oppose ; ils infligent des « blessures » qui permettent de « se structurer » La générosité de l’actrice, lui fait espérer une réconciliation au-delà de la guerre des sexes, grâce aux femmes, si elles savent sortir la masculinité de son animalité, l’orienter « vers son humanité », à travers la reconnaissance de ses faiblesses.

Faire du rapport entre les sexes une pratique sociale permet aussi d’identifier le harcèlement, de le distinguer de propos légers qui lui ressemblent : le harcèlement ne participe pas d’une relation, c’est une parole, un geste, un regard qui pèse sur celle qui le reçoit parce qu’il ne sollicite aucune réponse. Il est le contraire de la galanterie qui, comme Claude Habib l’a montré, poursuit un échange continu, travers la dissymétrie et même l’inégalité.

C’est pourquoi la réconciliation entre les hommes et les femmes n’est guère pensable dans une société délabrée où les violences que l’on condamne ne sont pas séparables d’autres traits comme l’accessibilité de la pornographie et le style des publicités.

Inégalités et réconciliation

Mais les militantes du spécifique semblent vouloir ignorer cela, s’obsédant de pénalisation et de rééducation. A cause de l’étroitesse de leur vision, elles sont aussi amenées à prendre sur d’autres questions des positions  inspirées par l’anthropologie individualiste. Ainsi la « théorie du genre », surgeon du féminisme et naguère à la mode, a fait écrire à l’anthropologue David Le Breton que pour chacun, le sexe est comme une jambe de bois, « la prothèse d’un moi en quête d’une identité provisoire ». Le physique méprisé a fait retour ; on répète que le corps, est pour la femme le lieu essentiel, celui de l’aliénation ou de la libération. Mais on reste dans l’individualisme, passant seulement de l’individualisme psychique à l’individualisme physique, celui qui fait qu’on exige une PMA à la demande. Comment ne pas voir pourtant que la procréation sans père est pour les hommes-une injure plus grave que les grossièretés humiliantes qui visent les femmes ?

De quelque côté qu’on se tourne, on rencontre la prétention, le postulat, d’un individu ne dépendant de rien, n’ayant pas d’appartenance, seulement des droits et des défenses. L’affaire Weinstein le montre, cela ne permet d’espérer aucune réconciliation entre hommes et femmes.  Il nous faut réorienter notre boussole… vers l’art de faire société, de faire entrer les relations entre hommes et femmes dans un jeu de relations ouvertes. Mais de cette réorientation, ce sont sans doute ceux qui actuellement font le plus de bruit qui sont le moins capables.

Le Goût de la vie commune

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Affaire Weinstein: Et Farrow mit le bazar à Hollywood

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Ronan Farrow et Harvey Weinstein. Sipa. Numéro de reportage : AP21560854_000052 et Sipa. Numéro de reportage : AP22117227_000004.

Nous étions quatre amis ce soir-là dans mon restaurant japonais favori : un producteur de cinéma, un écrivain américain, un philosophe réputé pour son antiféminisme et moi-même. Très vite, deux flacons de saké avaient suffi, la conversation en vint à l’affaire Weinstein, l’homme qu’il convenait de haïr pour son comportement libidineux à l’endroit des actrices et sa grossièreté. Accusé de viol et de harcèlement sexuel, il était poursuivi par des meutes de femelles outragées. « Décidément, fit spirituellement observer le philosophe, cela va faire une sacrée concurrence à madame Angot. C’est comme si elle se retrouvait à un bal avec des centaines de femmes portant la même robe qu’elle. »

Œdipe is back

L’écrivain américain, lui, était fasciné par la personnalité de Ronan Farrow, un jeune génie, prétendait-il, qui était le fils de l’actrice Mia Farrow et de Woody Allen. C’est lui qui avait fait éclater la bombe Weinstein dans The New Yorker, après des mois d’enquête. C’est lui aussi qui avait accusé son père d’attouchements sexuels sur sa sœur, la petite Dylan, alors âgée de 7 ans. « Ce jeune homme, avait poursuivi l’écrivain américain, a de la suite dans les idées, d’autant que Weinstein est un des producteurs de Woody Allen et son ami. » Il est vrai que la réaction de Woody Allen se bornant à dire que c’est une bien triste histoire ne l’avait pas grandi aux yeux de son fils, animé par une forme de Némésis qui lui donne une énergie incroyable. Bref, Œdipe is back.

Louise Brooks disait…

Quant au producteur de cinéma, il ne décolérait pas. « Comment des petites connes peuvent-elles aller seules la nuit dans la chambre d’un homme sans se douter de ce qui va leur arriver ? Après avoir perdu leur virginité, elles voudront retrouver leur dignité… laissez-moi rire et ne pas être dupe de ces stratagèmes infantiles. » Je lui rappelais ce que Louise Brooks m’avait confié : les filles qui veulent faire du cinéma sont soit des putes, soit des folles. Et le plus souvent les deux. Il approuva. Je me souvenais d’ailleurs de Claude Chabrol – j’étais alors critique de cinéma – me montrant des centaines de photos de femmes nues lui proposant de tourner dans ses films. Au dos, il y avait leur nom et leur numéro de téléphone. Généreux, il m’avait dit : « Prends celles qui te plaisent ! »

Le saké ayant assoupi le philosophe, il risqua une hypothèse farfelue : « Et si tout cela n’était qu’un coup monté à grande échelle pour dissimuler ce qui se passe réellement et qui est le véritable danger : l’islamisation de l’Europe ? » Nous nous regardâmes consternés. En revanche, l’écrivain américain fit pertinemment observer que des scandales de ce genre, il s’en produisait toutes les semaines à Bollywood, ou à Nollywood, au Nigeria, et que personne n’y prêtait la moindre attention.

« Je veux des femmes chimériques ! »

La suprématie d’Hollywood demeurait incontestable et les scandales qui s’y produisaient ne comptaient pas pour peu dans son hégémonie. Ils étaient simplement l’envers du rêve américain et se passer d’eux, ne pas les monter en épingle, serait suicidaire. Après tout, le film fondateur du cinéma américain, Naissance d’une nation, tourné par Griffith – grand amateur de nymphettes – est à la gloire du Ku Klux Klan. Et son assistant, Mack Sennet, un illettré de génie qui forma Chaplin, le répétait volontiers : « Personne de sérieux ne s’embarque dans l’aventure cinématographique, comme aucun bourgeois sérieux ne s’était embarqué avec Colomb pour aller découvrir les Amériques, mais uniquement des aventuriers un peu fous et chimériques. »  Notre philosophe se leva alors pour clamer : « Je veux des femmes chimériques ! » Puis, il sombra dans un coma éthylique qui devait ressembler au film d’Ida Lupino, tourné en 1950, qui avait pour titre Outrageous et qui dénonçait déjà les viols de jeunes actrices éméchées à Hollywood. En dépit du talent d’Ida Lupino, ce fut un bide. L’indignation morale a sa place dans les lieux de culte, pas dans les salles obscures. Et les actrices qui feignent de ne pas savoir à quoi elles s’engagent méritent l’Oscar de l’hypocrisie.

La Bible des scandales hollywoodiens cartonne

De retour chez moi, Marie m’apprend que la Bible des scandales hollywoodiens, Hollywood Babylone de Kenneth Anger, est en tête des ventes sur Amazon. Et indisponible avant quinze jours. Heureusement, il m’en reste un exemplaire. Je passe la nuit ou ce qu’il en reste à le relire. J’y retrouve Roscoe Arbuckle, dit Fatty, un aide-plombier découvert par Mack Sennet en 1913 quand il était venu déboucher une conduite d’évacuation chez le producteur. Il fit une carrière d’acteur et de producteur prodigieuse avant d’être accusé de viol. Seul Buster Keaton lui demeura fidèle. J’y retrouve Erich von Stroheim et ses orgies viennoises, Frances Farmer vendue par des psychiatres à des marins, Gene Tierney et tant d’autres. J’y retrouve aussi cette phrase de Kenneth Anger inspirée par Chaplin : « Le propre du génie consiste souvent en une capacité infinie à survivre. »

Lolita go home!

Chaplin nous ramène évidemment aux lolitas. Car la véritable toile de fond, le milieu naturel d’expression et d’existence de la nymphette est évidemment le cinéma. À Hollywood, les lolitas sont ces jeunes filles, aspirantes actrices, starlettes, bébés catins, beautés de pacotille, poupées de cire ou de chiffon prêtes à tout pour apparaître à l’écran. Après tout, n’est-ce pas le rôle même de toute actrice que de vendre son corps et son sex-appeal à la caméra, qu’elle tourne ou non ? À Hollywood, les mères ne sont jamais loin. Quand un scandale éclate, impliquant une de ces lolitas et un homme bien plus âgé (Chaplin, Errol Flynn ou Polanski), on les retrouve au tribunal, outragées ; elles qui avaient auparavant veillé à ce que chaque parcelle du corps de leur petite poupée trouve son acheteur à bon prix.

Une dernière question me taraudait avant de trouver le sommeil : « Peu importe qui a séduit qui. Mais celui ou celle qui apparaît comme le plus faible, est-il suffisamment armé pour jouer contre le plus fort ? » Je laisse à chacun le soin d’y répondre, mais je serais enclin à penser que la distribution de ces deux rôles n’est pas toujours celle qu’on imagine.

Hollywood Babylone

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Hommes-femmes, et si on essayait la normalité?

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"Les Choses de la vie" avec Romy Schneider et Michel Piccoli. AFP. FIDA CINEMATOGRAFICA / LIRA FILM / COLLECTION CHRISTOPHEL

Pas un jour. Pas un jour sans sa bataille rangée entre militants féministes et alter-féministes, son éloge des femmes au foyer ou de la virilité, sa polémique sur un prof macho et sa dénonciation d’un harceleur sexuel, jeté en pâture au mépris de la présomption d’innocence. Les relations naturelles entre les hommes et les femmes sont hystérisées, utilisées à des fins d’ingénierie sociale, ou, au contraire, fantasmées par les nostalgiques de la France d’hier, citations de Gabin et robe fendue de Miou-Miou en prime.

Homme ou femme, mode d’emploi

On entre dans votre chambre à coucher au nom de la morale ou de la décence commune. Après que l’on vous a enseigné ce qu’il fallait manger, ce que vous aviez le droit de dire, comment vous deviez élever vos enfants ; certains vous indiquent désormais ce que devrait être un homme ou une femme, quand d’autres vous demandent de ne plus l’être, voire de vous flageller pour expier les péchés naturels que vous vous apprêtez naturellement à commettre.
À grand renfort de clichés, les éditocrates suppléent la classe politique, surenchérissent dès que l’occasion se présente. On rentre en indignation comme en religion. Cyril Lignac lance une émission intitulée « Les Rois du Gâteau » ? Il ne faut que trente minutes à Nora Bouazzouni, journaliste à Libération, pour s’en offusquer sur les « réseaux sociaux », se demandant si M6 n’aurait pas pu trouver un nom « non-genré » tel que « les as », « les pros » ou « les génies ».

La guerre des sexes est une réalité

Attendez trente minutes supplémentaires pour qu’un opposant rédige un billet enflammé censé défendre notre virilité bafouée, la bêtise des « gauchistes », sinon le cynisme des « islamo-gauchistes » qui tapent sur l’homme occidental, forcément émasculé depuis mai 1968, mais louent les damnés de la terre ontologiques que sont les immigrés de confession musulmane et leurs descendants. Et encore, nous avons évité « La Reine des Tartes », sans quoi les associations LGBT auraient lancé une pétition, vexés de la crypto-homophobie systémique de la chaîne de Nicolas de Tavernost.
La guerre des sexes est une réalité, soit qu’on veuille les remplacer par une multitude de genres, soit qu’on entende les replacer dans leur bon droit. Mais qui se soucie de « monsieur tout le monde », pardon, de « monsieur et madame tout le monde » ? Personne. Du reste, ce dernier a autre chose à faire que de se livrer à des conflits picrocholins, dont les batailles se livrent sur Twitter, les bancs des facultés d’études sociologiques postmarxistes ou les revues, dont les acteurs sont en butte à la censure tout en ayant leur rond de serviette chez BFM TV et dans les salons germanoprantins.

D’un manichéisme l’autre

Oh, il ne me viendrait pas à l’esprit de nier l’extrême bêtise d’une frange de déconstructivistes, ces fanatiques de l’indifférenciation, dont les utopies conceptuelles post-raciales et post-« genrés » sont souvent le paravent d’une haine maladive des hommes, de préférence des hommes d’ascendance européenne, privilégiés, pervers et narcissiques. Toutefois, faut-il répondre à des discours biaisés, que la nature et l’histoire contredisent, par des images d’Epinal et des formules incantatoires ? Substituer un manichéisme à un autre revient à se livrer, pieds et poings liés, au conformisme de l’anticonformisme. À tous, une seule réponse : l’éloge de l’indifférence, ce sain détachement qui forme les hommes libres. Et, of course, les femmes.

Retraites: moins de dépense publique, plus de bébés!

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Manifestation de la CGT pour les retraites. Byline / Source / Credit BORIS HORVAT / AFP.

Les partenaires sociaux, réunis pour mettre la dernière main à la fusion de l’AGIRC (Association pour le régime de retraite complémentaire des salariés) et de l’ARRCO (Association pour le régime de retraite complémentaire des salariés), envisagent naturellement les nouvelles mesures à prendre pour éviter la faillite du système, en déficit chronique (2,1 milliards d’euros en 2016, après 3 milliards d’euros en 2015). Il est déjà prévu, depuis le mois de juillet, que le taux d’appel des cotisations passe de 125 % à 127 % ; les « salaires de référence », c’est-à-dire le prix d’achat du point, seront augmentés de 3,3 % en 2018 ; cela s’ajoute aux dispositions antérieures visant à rogner les majorations de pension accordées aux parents de familles nombreuses et à réduire la pension de ceux qui ne refuseraient pas de retarder un peu la liquidation de leur pension.

On n’arrête pas un train en lui criant après

La CGT grogne, cela va de soi, mais on n’arrête pas un train en lui criant après. La diminution de la générosité des retraites par répartition est inscrite dans les données démographiques depuis plusieurs décennies : la diminution de la fécondité et l’allongement de la durée de la vie ne datent pas d’hier ! Et il faudrait un sacré toupet pour dire que l’alarme n’a pas été sonnée depuis longtemps, et avec insistance : votre serviteur, par exemple, y a consacré un premier livre en 1993 (Quelles retraites en l’an 2000 ?), un second en 1999 (Retraites en péril), un troisième en 2004, pointant l’insuffisance des mesures prises par les pouvoirs publics en 2003 (Sauver les retraites ?), et un quatrième en 2008 (Urgence retraites).

La retraite à 60 ans : une mesure démago

Le problème est très simple : En 1950, l’âge de la retraite (65 ans) était à peu près égal à l’espérance de vie ; en 1982, des démagogues ont instauré la retraite à 60 ans, alors que l’espérance de vie avait beaucoup augmenté et promettait de continuer, et alors que le baby-boom avait pris fin depuis une quinzaine d’années. Ensuite, leurs successeurs à la tête de l’État et les responsables des régimes complémentaires ont essayé de remonter la pente, avec une grande timidité et un savoir-faire des plus modestes. L’essentiel de l’effort a été demandé aux cotisants, qui ont payé de plus en plus, et à l’État, qui a pris en charge une bonne part des déficits.

Cette prise en charge ne s’est pas accompagnée d’une augmentation suffisante des impôts : la gestion désastreuse des retraites s’est combinée à d’autres erreurs chroniques de la gouvernance publique pour produire une envolée des déficits et de la dette publics. Maintenant nous sommes dans un fichu pétrin, avec sur le dos une procédure pour déficit excessif conduite par les autorités européennes : l’inconséquence des responsables a toujours des conséquences fâcheuses.

Il faut diminuer la dépense publique

La solution est connue : il faut diminuer la dépense publique, si possible sans réduire les services rendus par le secteur public, et donc en améliorant son efficacité. En matière de retraites, des économies de gestion sont réalisables : l’unification des régimes, si elle est menée à bien (accélérez le rythme, monsieur Delevoye !) peut économiser 2 à 3 milliards. Il faut dans toutes les administrations faire des gains de productivité, ce qui requiert une meilleure gestion des services, et aussi une simplification drastique de la réglementation. Mais nous n’échapperons pas à une réduction de la générosité des retraites par répartition, en poussant année après année les différents curseurs, comme le font les partenaires sociaux, la mort dans l’âme, pour l’ARRCO-AGIRC.

… et redresser la natalité

Et pour le long terme, un redressement de la natalité serait fichtrement bienvenu ! Depuis 3 ans, le nombre des naissances en France métropolitaine (hélas les chiffres sont plus longs à sortir pour l’Outre-mer) a baissé d’environ 7 % : si cela continue, les répercussions s’en feront sentir pour les pensions dans un quart de siècle. Nos dirigeants seraient donc bien avisés de revoir leur politique de coups de canif dans la politique familiale. Car il ne faut pas se faire trop d’illusions : ce ne sont pas les robots qui paieront nos retraites ! Même dans trente ou quarante ans, quand ils auront largement proliférés, ce sont toujours les revenus d’activité des travailleurs dont il faudra prélever une partie pour la transférer aux retraités.

Relancer le christianisme par la pub? Chiche!

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"Tout le monde il beau, tout le monde il est gentil", film de Jean Yanne (1972). AFP. BELSTAR PRODUCTIONS / ARCHIVES DU 7EME ART / PHOTO12.

Nous recevons toutes sortes de visiteurs improbables, chez Havas. Mais quand celui-ci a franchi le seuil de notre siège, à Puteaux…

C’était un homme tout en longueur, le visage osseux, tourmenté, d’un être en proie à bien des doutes et des démons, victorieusement vaincus. « Il y avait sur sa figure la lutte de deux principes opposés, une nature mauvaise domptée par la volonté, peut-être par le repentir » dit justement Dumas. Les yeux enfoncés, le regard sombrement lumineux, les cheveux gris en brosse, il tenait à la fois de l’ancien parachutiste et du prédicateur d’apocalypses. Savonarole ressuscité !

Nous l’avons fait patienter dans l’un des canapés Boca qui agrémentent la réception. Dans ces lèvres de polyuréthane inspirées à Dali par celles de Mae West (mais les nôtres appartiennent au remodelage de l’objet par le Studio 65 sur celles de Marilyn), il avait l’air aussi à l’aise qu’une truite saisie au bleu dans une poêle chaude. Quand je l’ai reçu enfin, il paraissait à point — comme la truite susdite. Plus écarlate que le lycra rouge baiser du canapé.

Fidèle, fidèle, dis-moi qui est la plus belle

Il s’est présenté. Il était prêtre (ce qui ne m’étonna point : même en civil, il avait l’air d’être en soutane), et était mandaté discrètement par le Vatican pour explorer la possibilité (la faisabilité, dit-on désormais en français global) d’une campagne visant à relancer le catholicisme.

« Nous perdons des fidèles chaque jour, depuis des années », a-t-il expliqué. « Une hémorragie que nous ne nous expliquons pas. »

J’ai discrètement consulté ma Bible — je veux bien entendu parler du Net. Qui m’a révélé, si je puis dire, que près de 65% des Français ne se reconnaissent dans aucune religion, et que la plupart d’entre eux s’affirment athées. « Quel magnifique marché potentiel ! », me suis-je exclamé en lui communiquant ces chiffres — qu’il connaissait, hélas… Après tout, nous avons fait boire Evian, il y a quelques années, à un bon nombre de vieux qui se sont identifiés à nos plongeurs (tous des ex-champions recrutés pour la circonstance).

Et à une quantité de jeunes femmes convaincues qu’elles y trouveraient l’eau de Jouvence et de résurrection de leurs petits capitons.

Sans parler de celles qui ont réellement cru, sans que nous l’ayons dit, que c’était l’eau-miracle des biberons — alors qu’elle a plutôt un effet laxatif, mais chut !…

Nos chrétiens ont du talent!

Mon visiteur m’a avoué que cette vieille campagne — « We Will Rock You » remixé par KCPK avec des intonations enfantines — avait décidé la hiérarchie catholique à oser cette démarche quelque peu iconoclaste sur laquelle il nous demandait, bien sûr, la plus grande discrétion.

« Nous avons eu une grande concertation, à Rome, et le Saint Père (j’appartiens à la même congrégation que lui — il n’y a que des jésuites pour oser la modernité) s’est enthousiasmé de nos propositions. « Ce serait formidable, a-t-il dit, si dans toutes les églises, les fidèles pouvaient…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli

Harcèlement féministe: Habeas Porcus

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BERTRAND GUAY / AFP

A lire aussi: 13 Novembre : deux ans après, déni et compromissions continuent

 


Avant même que la justice s’en mêle, les magistrates de #balancetonporc ont déjà condamné l’ensemble de la gent masculine. Quand il s’agit de stigmatiser tous les hommes, les féministes n’ont pas peur de l’amalgame.


 

Les temps d’émotion obligatoire peuvent susciter, chez les esprits contrariants, de coupables tendances goguenardes, qu’il vaudrait mieux savoir réprimer. Quand tous les marteaux du moment se mettent à taper en chœur sur le même clou, tenter de glisser un doigt de contradiction, ou plus grave encore, d’ironie, est plutôt périlleux. Ainsi, apprend-on, entre mille nouvelles de la même veine, que le ministre britannique de l’Environnement s’est fait poisser pour une « blague douteuse » – que je trouve pour ma part très drôle – et de surcroît très facile à adapter chez nous. Entrant dans le studio de BBC Radio 4, Michael Gove a déclaré : « C’est comme entrer dans la chambre à coucher de Harvey Weinstein – on espère en sortir avec sa dignité intacte. » La plaisanterie a, paraît-il, beaucoup amusé l’auditoire présent, mais précise l’article, « elle a été largement condamnée sur les réseaux sociaux », ce qui laisse penser que la merveilleuse génération ne rigole pas beaucoup. Ou alors des blagues d’Alex Wizorek.

Et comme la justice se rend désormais sur Twitter, le ministre a dû s’excuser.

Le problème, c’est la blague

Cet épisode a valeur d’apologue. Pour le parti de « la parole libérée », le problème, c’est la blague. Pour les défenseurs de l’humour libre, ce sont les excuses. Quand Carol Galand, l’une des activistes du mouvement antiporc, se réjouit parce que « les #metoo qui se sont répandus comme un feu de forêt ont mis sur le grill des milliers de porcs, vaste méchoui d’une omerta honteuse », le mâle blanc ne s’insurge pas contre cette animalisation, il implore son pardon. On saluera BHL qui pour le coup, s’est énervé – « Je n’aime pas qu’on traite un homme de porc ! » –, Alain Finkielkraut, qui ne cède rien à la pression ambiante (pages 50-51), sans oublier Jaccard, Mandon, Rosenzweig et tous ceux qui prennent le risque de se voir dénoncés comme complices de l’infâme. Mais pour l’essentiel, la gent masculine se tient à carreau. L’homme occidentalisé n’est pas un porc, mais un repentant. Face à la forêt planétaire de doigts accusateurs, il finit par croire à sa propre culpabilité. « Je me suis mal exprimé », confesse Bruno Lemaire, coupable, non pas de gestes indécents (on a vraiment du mal à l’imaginer), mais de refus de dénoncer.

« J’ai honte pour les hommes », roucoule le chef Yves Camdeborde dans un numéro du Parisien qui figurera un jour dans les annales de la domination féminine, où seize people mâles (dont François Hollande, voir encadré) s’engagent pour la sauvegarde de nos amies les femmes. Ces seize-là, suppose-t-on, n’ont jamais contraint aucune femme, mais ils ne le feront plus. Plus de blagues lourdes, plus de regards insistants, plus d’avances « non désirées ». Plus rien qui puisse mettre une femme mal à l’aise, comme l’expliquera bientôt aux contrevenants le « zéro-six antirelous » (comprenez le numéro de mobile qu’on utilisera comme un leurre antidragueur et au bout duquel le relou se fera sermonner – espérons qu’ils ne choisiront pas une voix trop sexy). À mon humble avis, beaucoup d’histoires d’amour commencent par quelque chose qui peut mettre mal à l’aise, mais passons.

L’inévitable Caroline De Haas ayant semble-t-il échoué à faire reculer le président sur sa réforme du droit du travail, elle a dégainé là où on l’attendait, c’est-à-dire en balançant Eugénie Bastié comme « l’alliée indéfectible des agresseurs ». Si tu n’es pas avec moi, tu es avec les cogneurs. Dialectique, quand tu nous tiens.

Un spectre hante le féminisme : l’esprit de sérieux

Il faut cependant répondre, non pas à cet argument lourdingue, mais à tous ceux qui s’indignent sincèrement que l’on plaisante alors que nous voyons défiler sur nos écrans des femmes, brisées ou combatives, qui relatent pour certaines un véritable calvaire où la contrainte sexuelle se double de sévices, pour d’autres une situation pesante, pour d’autres encore un incident pénible. Certains de ces témoignages sont difficilement supportables et appellent la compassion, l’effroi, voire la furieuse envie de planter quelques coups de genou dans quelques génitoires dûment sélectionnées. Mais l’esprit de sérieux qui s’est abattu sur le féminisme ne rend pas cette souffrance plus tolérable, au contraire. Du reste, ce n’est pas seulement l’humour qui est placé sous surveillance, mais tout propos sur le sujet, surtout s’il est tenu par un homme. Le fossé abyssal entre ce qui se raconte en privé (où on blague à tout va y compris sur les moments difficiles) et ce qu’on ose dire publiquement révèle une forme de terreur.

La peur des hommes célébrée comme une victoire

Bien sûr, nul n’a été arrêté pour avoir contesté le déballage en cours, mais tout homme public, qu’il officie dans le show-biz, la politique ou les médias, sait qu’il pourrait perdre son job, des contrats et l’estime de ses contemporains pour un mot de trop. Quelques-uns ont renoncé à intervenir dans ce numéro, persuadés de ne récolter que des ennuis – incluant parfois une bonne engueulade de madame. On ne saurait leur donner tort. En attendant, un pays où des adultes craignent de soutenir publiquement une opinion minoritaire n’est pas libre. Que la censure ne soit pas imposée par le pouvoir mais par les réseaux sociaux et qu’on ne risque pas sa vie mais sa vie sociale ne rend pas ce climat étouffant plus supportable. « La peur change de camp », s’enchantent des féministes, bruyamment applaudies par des hommes qui consentent ainsi à leur destitution. Quel aveu que cette peur des hommes célébrée comme une victoire !

Ce n’est donc pas de la souffrance qu’on s’amuse, mais du flot de sottises que l’on entend à son sujet. Les indignés d’aujourd’hui ne cessent de s’émerveiller de la libération de la parole, oubliant à quel point ils la trouvaient malodorante, cette parole libérée, quand elle pointait la sécession en cours dans l’islam européen, et combien il était alors urgent de l’interdire. Tenir en suspicion les témoignages de ceux qui vivent au quotidien le choc des civilisations (des ploucs) n’était pas un crime, mais un devoir moral. Les mêmes, aujourd’hui, ne se soucient guère de la liberté de parole de tous ceux qui trouvent la délation aussi abjecte que les agissements qu’elle vise, et encore moins de celle des porcs présumés.

Un tableau mensonger de la vie des femmes et des hommes

Il y a deux raisons fondamentales (et pas mal d’accessoires) d’être terrifié par la mécanique irrépressible qui s’est mise en place à partir d’un scandale hollywoodien certes déplorable, mais assez classique : tout d’abord, on ne saurait obtenir justice en suspendant les formes et les garanties essentielles de la justice ; ensuite, ce déferlement de vérités individuelles brosse un tableau global mensonger de la vie des femmes et des hommes en France.

« Toi aussi, raconte, en donnant le nom et les détails, un harcèlement dont tu as été victime. » C’est avec ce message, dont nous avons charitablement corrigé l’orthographe, que Sandra Muller, journaliste basée aux États-Unis, a lancé le 13 octobre le hashtag « balance ton porc », la grammaire suggérant que toute femme a un porc à balancer.

Comme l’observe alors Le Monde, extatique, « le verrou a sauté. La vanne s’est ouverte. » En quelques jours, des centaines de microrécits sont publiés, l’écœurant côtoyant le futile et le sordide l’anodin. L’une parle d’attouchements subis à 11 ans, l’autre d’une blague sur ses bottes. Très vite, des noms sont divulgués : dans la liste noire qui s’enrichit d’heure en heure, on trouve un ancien ministre balancé par la fille d’un autre, quelques journalistes et animateurs, un député promptement débarqué de son groupe.

La seule façon d’obtenir justice, c’est de porter plainte

Qu’une femme ayant subi une agression sans pouvoir se défendre ait le sentiment de rétablir la balance en jetant le nom de son agresseur en pâture au public, on peut le comprendre. Il n’en est pas moins choquant que la quasi-totalité de la classe médiatique et politique, garde des Sceaux compris, l’encourage dans cette fâcheuse illusion. Votée en 1679 par le Parlement anglais, la loi sur l’Habeas corpus (qui intègre des dispositions antérieures) prévoit que « toute personne arrêtée a le droit de savoir pourquoi elle est arrêtée et de quoi elle est accusée ». Ce principe, inscrit dans notre droit bien avant 1789, est encore l’un des fondements de toute justice démocratique, puisque c’est de lui que découle le caractère contradictoire d’un procès équitable. C’est sans doute difficile à admettre quand on a eu affaire à un gros dégueulasse, mais c’est ainsi : la seule façon d’obtenir justice, c’est de porter plainte et de se plier aux règles formelles exigées par la procédure. La justice ne fait pas son boulot, répondra-t-on. Admettons qu’il reste dans nos commissariats et dans nos prétoires des dinosaures qui détournent la tête quand une femme vient demander leur protection. On a du mal à croire que ce soit la règle. De plus, faut-il, au prétexte que la justice fonctionne mal, laisser les femmes se faire justice elles-mêmes ? Cette nouvelle forme du pilori envoie aussi aux oubliettes la présomption d’innocence à laquelle même le dernier des salauds a droit. Tandis que Murielle Salmona réclame à leur profit une « présomption de vérité » (!), des femmes se déclarent « humiliées » qu’on mette leur parole en doute. Mais le premier devoir de tout juge est de mettre en doute la parole de la victime présumée. Même quand elle est criante de vérité.

Mémoire d’un gros dégueulasse

Il faut donc se défier du réflexe qui nous fait penser « bien fait pour sa gueule ! » quand les turpitudes de tel ou tel sont étalées – et plus encore quand l’étalage confirme la piètre opinion que l’on avait du personnage. Après avoir entendu l’effroyable récit de Henda Ayari sur Tariq Ramadan, on s’en veut de mégoter sa solidarité à une femme qui a eu le courage de parler. Car, bien sûr, on la croit, et c’est tout le problème : pour moi, comme pour les millions de Français qui l’ont entendue, Ramadan est déjà coupable. Et il a été condamné sans jugement. Il est vrai que, contrairement à tous ceux à qui on reprochera des faits prescrits, lui aura droit, malgré tout, à un procès. Mais quelle qu’en soit l’issue, il restera aux yeux de tous comme un gros dégueulasse.

Au lieu de faire croire aux femmes agressées qu’elles obtiendront toutes réparation et d’agiter le fantasme de l’imprescriptibilité des crimes sexuels (également contraire à tout notre droit), on devrait avoir le courage de dire aux femmes que la justice des hommes ne peut pas réparer toutes les injustices de l’existence et que, sauf s’ils ont laissé des traces physiques, des méfaits commis entre quatre yeux ont toutes les chances de rester impunis, comme le sont du reste des milliers de crimes et délits qui passent à travers les mailles de notre système libéral. En leur racontant le contraire, en les invitant à « se lâcher », on ne les aide pas, on les traite comme des enfants qui demandent à être consolés, serait-ce par des mensonges.

Vivre (et penser) au milieu des porcs

Moi aussi ! Moi aussi ! Mon chef ! Mon collègue ! Mon plombier ! Mon prof de macramé ! Mon dentiste ! À en juger par le succès viral de ce hashtag en forme de cri du cœur, on vivait au milieu des porcs et on ne le savait pas. Du cinéma à l’hôpital, de la fonction publique au journalisme, du monde du sport à l’armée, tous les milieux, toutes les corporations ont été invitées à faire leur examen de conscience. « Je ne savais pas que c’était aussi répandu », déclarent les hommes interrogés par Le Parisien. Sauf qu’on ne le sait toujours pas. À entendre les récits qui se succèdent, emplissant tout l’espace médiatique, confortés par une litanie de chiffres terrifiants, la révolution féministe n’a jamais eu lieu et la vie des femmes est un chemin de croix – maltraitance sur fond d’omerta. Il n’y a plus des femmes singulières, mais « nous les femmes », comme l’écrit Laure Adler dans un texte sobrement intitulé « La nuit des femmes » et publié par Madame Figaro le 20 octobre. « Nous les femmes. Nous les femmes qui sommes déshonorées, déconsidérées, violentées dans notre intégrité physique et psychique, dans notre dignité d’être humain. Nous les femmes qui n’osons pas énoncer la violence dont nous sommes l’objet, justement parce que nous ne sommes plus sujets. Nous les femmes, quand sortirons-nous de notre nuit immémoriale, douloureuse, silencieuse ? » Alors que le Code pénal sanctionne (et heureusement) tout l’éventail des mauvais traitements infligés aux femmes et que ces comportements suscitent un haut-le-cœur général, ce pathos délirant m’a donné un fou rire.

Extension du domaine du harcèlement

Tout comme celui de Carol Galland qui a appelé les femmes harcelées à manifester le dimanche 29 octobre. « Non, il n’est pas normal que la quasi-totalité des femmes cache au creux de son cœur une salissure qui la dégoûte et lui fait honte », écrit cette amatrice de méchoui qui ne cache pas grand-chose au creux du sien car elle exhibe tous les sentiments qui s’y trouvent, assaisonnés de force formules prétendument drôles. Avant d’ajouter : « Les femmes sont tellement brisées qu’aujourd’hui, elles vont jusqu’à penser qu’un rassemblement #metoo ouvert aux hommes serait dangereux pour elles. » On appréciera la réduction de toutes les femmes à de petites choses perdant leurs moyens en présence d’un butor. Un siècle de féminisme pour en arriver là.

Seulement, ce ne sont pas « les femmes », mais moins de 2 000 personnes qui ont répondu à son appel dans toute la France, le dimanche 29 octobre, ce qui n’a pas empêché les perroquets de la radio publique de se féliciter que le combat quitte Internet pour descendre dans la rue. L’échec patent de ce happening victimaire laisse supposer que, comme pour l’écriture inclusive, c’est une avant-garde groupusculaire et radicale qui veut faire passer les déviances pour la norme et la transgression pour la règle. Notons que cette même avant-garde préfère regarder ailleurs quand l’infériorité des femmes est effectivement la norme, c’est-à-dire dans les quartiers islamisés. Caroline De Haas, qui n’a pas de la « merde raciste dans les yeux », voit des porcs partout, sauf à Cologne ou à la Chapelle-Pajol où il n’y a, pour elle, que des victimes de l’islamophobie.

Seulement, pour accomplir ce tour de passe-passe et faire admettre comme une vérité que toute femme ou presque avait déjà été harcelée, il a fallu, comme l’analyse Finkielkraut, étendre considérablement le domaine du harcèlement. « Si nous aussi on donnait les noms des prédateurs sexuels qui nous ont 1/ manqué de respect verbalement 2/ tenté des tripotages », suggère Sandra Muller dans un deuxième tweet.

Les « agitées du porte-plainte » (Muray)

Si on désigne comme prédateurs tous les hommes qui ont un jour manqué de respect verbalement à une femme, on n’a pas fini de rire. Alors que se préparent les festivités du cinquantième anniversaire de Mai-68, la rage punitive et policière des héritières de la joyeuse libération sexuelle a de quoi terrifier.

Toutes les femmes n’ont pas subi de violences ou d’outrages. En revanche, toutes ont eu à faire avec le désir des hommes et toutes savent que, s’il est souvent un délicieux hommage, il peut aussi être importun, pesant, embarrassant. Tant qu’il ne s’impose pas par la force physique, le chantage ou la pression morale – pratiques sanctionnées par la loi –, il relève des relations entre adultes et non de la surveillance citoyenne. Or, à entendre les « agitées du porte-plainte », pour reprendre la tranchante expression de Muray, on devrait verbaliser tous les amoureux suffisamment transis pour ne pas se laisser décourager à la première rebuffade – dont notre littérature regorge. Et comme il l’a écrit en 1991 dans le texte inédit que nous publions (pages 42-43), derrière la lutte contre le harcèlement, « c’est bel et bien le sexuel qui est aujourd’hui l’objet d’une entreprise de criminalisation, ou plutôt de re-criminalisation, acharnée ».

Quand la demande égalitaire s’offusque de toute différence, en particulier de l’entêtante différence des sexes, la sexualité demeure le refuge de la dissymétrie acceptée, de la domination fluctuante et, surtout, du secret qui protège la chambre à coucher (ou la table de la cuisine) de l’aveuglante et déprimante lumière de la transparence. Reste à savoir pour combien de temps. Muray aimait à ce sujet citer « La Colère de Samson », poème de Vigny : « Bientôt, se retirant dans un hideux royaume, La Femme aura Gomorrhe et l’Homme aura Sodome, Et se jetant, de loin, un regard irrité, Les deux sexes mourront chacun de son côté. » Alors que l’on prétend nous faire croire que l’humanité se partage entre victimes et porcs, l’âge de la séparation a peut-être commencé.

Les Rien-pensants

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Arrêt sur la croix de Ploërmel: une « laïque » surprise pour les islamistes

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Croix de Ploërmel. DAMIEN MEYER / AFP.

Autant le dire : je ne suis pas un enthousiaste de l’arrêt du Conseil d’Etat du 25 octobre 2017 demandant à la commune de Ploërmel de retirer la croix qui surplombe la statue de Jean-Paul II érigée sur une place de cette ville.

Une erreur formelle de la commune

Certes l’article 28 de la loi du 9 décembre 1905 dite loi de séparation de l’Eglise et  de l’Etat semble sans appel : « Il est interdit, à l’avenir, d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires ainsi que des musées ou expositions ».

Il est vrai aussi que la commune a commis une erreur en ajoutant la croix à la statue sans recourir à une délibération spéciale.

Mais l’article 2 de la même loi est tout aussi clair : « La République ne reconnaît, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte. »  Or la pratique étendue qui consiste pour une commune à vendre un terrain au franc symbolique ou à conclure un bail emphytéotique avec une  association  pour qu’elle y construise une mosquée n’est-elle pas, qu’on le veuille ou non, une subvention à peine déguisée ?

Des accommodements raisonnables

Il faut donc sortir de la lettre de la loi et parler d’« accommodements raisonnables ». C’est d’ ailleurs dans cet esprit qu’ à son commencement,  le Conseil d’Etat avait, très sagement, appliqué la loi  de 1905, permettant par exemple les processions dès lors qu’elle ne se troublaient pas l’ordre public.

Il eût été possible par exemple de prendre en considération le fait que le principal élément du monument était le statue du pape, l’arche et croix n’en étant que l’accessoire ; une croix abstraite, ce n’est tout de même pas la même chose qu’un crucifix !

Je ne puis en tous cas suivre Régis de Castelnau quand il écrit : « Pourquoi créer des précédents et réclamer ainsi pour les chrétiens des  « accommodements raisonnables »  en essayant de contourner la loi ? Alors qu’il est essentiel justement de les refuser et de les combattre fermement dès lors qu’ils émanent du salafisme ou du wahhabisme. »

… pour l’islam

Le problème c’est que ces accommodements, on ne les refuse précisément pas à l’islam et encore moins les combat-on, même quand ils ne sont pas raisonnables. Précédent ou pas,  qui croit sérieusement qu’on le fera dans l’avenir ? Qui ignore qu’il y a des quartiers entiers  où les femmes ne peuvent pas sortir sans voile, où on ne peut pas manger ou fumer dans la rue un jour de Ramadan ? Si la religion musulmane intimide quand  elle ne représente que 10 % de la population, qu’en sera-t-il  quand elle en représentera  20 ou 30%, ce qui arrivera nécessairement, même sans immigration supplémentaire,  si on prolonge les courbes de population ?

Pas d’accommodements raisonnables pour les catholiques, beaucoup d’accommodements déraisonnables pour les musulmans : telle apparaît la situation actuelle aux yeux d’une partie de l’opinion, bien au-delà des seuls croyants.

Le laïcisme, un produit chrétien devenu fou

Heureusement, l’islam n’admet pas les images: on  ne dressera donc pas de statue de Mahomet dans les quartiers où il est majoritaire, mais si d’aventure  on s’avisait d’y installer un croissant géant ,  qui osera  s’ y opposer ? Les  libres penseurs, si prompts  à tirer sur l’ambulance d’un catholicisme déclinant, seront-ils  alors si hardis ? Et que décideront les juges ?

Loin de freiner l’investissement de la sphère publique par l’islam, une décision de ce genre va  au contraire l’encourager. Voici pourquoi : dans l’esprit des islamistes et même de beaucoup de simples musulmans sous influence, le monde est  simple : il est le lieu d’une  guerre sans merci que les « croisés » font aux musulmans. Les croisés : pas seulement  le pape ou les évêques, mais tout aussi bien le Grand Orient ou le comité d’action laïque[tooltips content=’Et souvent l’Etat d’Israël lui-même.’]2[/tooltips],  bref tout ce qui, dans ses contradictions, constitue  la civilisation   occidentale. Espérer leur faire comprendre qu’au-dessus des religions trône le principe de laïcité est illusoire ; et d’ailleurs ils ont sans doute raison : le laïcisme est un sous-produit de l’Europe chrétienne; seul face à un courant religieux en pleine vigueur, il y a peu de chances qu’il s’impose.

Vers une nouvelle crise inconoclaste

Nous risquons de faire la même erreur que l’empereur byzantin Constantin V (741 -775) qui, face à la poussée de l’islam, crut mieux se défendre en l’imitant par l’interdiction des images : ce fut la crise iconoclaste  laquelle  eut surtout pour effet de mettre un peu plus de pagaille dans le camp byzantin.

Pour les islamistes, si les « croisés » enlèvent eux-mêmes  les croix, c’est qu’ils sont déjà en position  de faiblesse, prêts pour la dhimmitude. Feu vert donc pour pousser le bouchon un peu plus loin…

Le Brésil, un géant sans boussole

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A douze mois des élections présidentielle et législatives prévues en octobre 2018, le paysage politique brésilien est un champ de ruine. Cependant, une chose est sûre : le président Temer, arrivé au pouvoir en août 2016 après la destitution de Dilma Roussef, a annoncé qu’il ne se présentera pas à sa propre succession. Ne dépassant pas les 3%, la cote de popularité de cet homme qui n’a pas été élu président par le suffrage universel est un fait politique en soi. Elle participe de l’ambiance de fin de règne qui s’est abattue sur Brasilia avec ses affaires et ses coups de théâtre.

La République née de la Constitution de 1988, celle qui a consacré le retour de la démocratie après 21 ans de dictature militaire (1964-1985), agonise. Presque tous les partis politiques sont empêtrés à un degré ou un autre dans le scandale Lava Jato (ou Lavage Express) du nom d’une opération conjointe de la Police Fédérale et du ministère public. A l’origine une simple affaire de trafic de drogue, Lava Jato a jeté la lumière, en trois ans d’instruction, sur des détournements de fonds publics de l’ordre de 12 milliards de dollars. Les enquêteurs ont dévoilé la collusion entre technocrates et politiciens pour mettre en coupe réglée les entreprises publiques (hydrocarbures, électricité, banque, etc.) au point de conduire Petrobras, un symbole de l’orgueil national, au bord de la banqueroute (deux milliards de dollars perdus au titre de la corruption).

La mise à sac de l’économie brésilienne

Non contents de piller les entreprises étatiques, les partis de gouvernement ont établi un pacte avec les groupes du BTP pour surfacturer les chantiers publics dans le but de financer les campagnes électorales. C’est ainsi que les Brésiliens ont assisté, les yeux écarquillés, à l’arrestation chez lui de Marcelo Oderbrecht, le « prince » du BTP, accusé d’avoir mis en place, dans le plus grand secret, une « direction des paiements structurés », dont la seule fonction était de verser de l’argent au profit de politiciens brésiliens et latino-américains. Le PDG croupit en prison depuis juin 2015, un fait presque unique dans les annales judiciaires brésiliennes où les puissants ont la réputation de passer entre les mailles du filet.

La mise à sac de l’économie brésilienne a eu lieu, dans ces proportions vertigineuses, parce que les institutions l’ont permise ou n’ont pu s’y opposer. Et même si la police fédérale et une partie du ministère public ont redoré leur blason grâce à Lava Jato, l’impression qui reste est celle de vivre sous une gouvernance capable de laisser se produire le plus grand hold-up de l’histoire de la corruption.

Les Brésiliens se rendent compte qu’ils entretiennent un système politique qui coûte extrêmement cher (9 000 euros en salaire, 12 000 euros en frais de bouche, une allocation logement et un voucher pour l’essence. En sus, ils ont toute discrétion pour dépenser 25 000 euros par mois pour payer jusqu’à 25 assistants. Les cas sont nombeux où les assistants n’ont jamais mis les pieds à Brasilia et reversent 50 % ou plus de leur salaire au député) sans permettre au pays de réaliser son légendaire potentiel, célébré récemment par son intégration, au début du millénaire, aux « BRICS » (le Brésil, La Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud), l’acronyme des cinq pays supposés devenir les superpuissances du XXIe siècle. Bien au contraire, il lui fait perdre occasion sur occasion de devenir enfin un pays « sérieux » (pour paraphraser l’expression attribuée à De Gaulle) :

– La croissance – condition préalable à la réduction des inégalités – est à la traîne, le PIB a reculé de 3,8% en 2015 et de 3,5% en 2016.

– La violence endémique n’a pas disparu et le Brésil reste le champion du monde des homicides (plus de 59 000 assassinats par an, avec un taux d’homicide plus élevé que le Mexique), la guerre des rues au Brésil a tué en cinq ans (2011-2015) plus que le conflit interne syrien (278 839 contre 256 124 morts).

– Privé des moyens de ses ambitions, le Brésil est en retrait sur la scène diplomatique, il est le grand absent du processus de paix en Colombie où le rôle du médiateur est revenu aux Cubains, et il a du mal à engager les Américains dans un partenariat stratégique qui sortirait son économie de l’ornière. Le peu d’entrain des Américains à prendre position concernant l’impeachment de Dilma et leur silence quant aux réformes menées par Michel Temer montrent que Washington n’a pas encore pardonné au Brésil ses « errements » passés : soutien indéfectible au Venezuela, histoire d’amour avec le régime cubain et flirt avec l’Iran d’Ahmadinejad.

Lula, 77 ans, figure du renouveau?

Dans ce contexte, le Brésil a besoin d’une rénovation politique urgente et audacieuse. Rien n’indique qu’elle aura lieu en 2018. Les candidats potentiels ou déclarés sont au mieux des représentants de l’establishment, au pire des figures extrêmement clivantes. Alors que le pays a besoin de meneurs capables de rassembler autour d’une vision ambitieuse, la classe politique s’enferme dans son ghetto de Brasilia et travaille à huis-clos à défaire l’opération Lava Jato.

Si les élections avaient lieu aujourd’hui, Lula (Parti des Travailleurs – PT) serait élu président. Le vieux routier de la politique brésilienne (77 ans) aurait 20% des voix au premier tour, une prouesse pour un homme politique qui vient d’être condamné en première instance à neuf ans d’emprisonnement pour corruption passive et blanchiment d’argent. Lula est en effet un phénomène politique, un homme d’Etat d’une grande stature et un excellent orateur. Il est un des rares à s’adresser aux masses populaires dans un langage qui suscite leur attention. Toutefois, le corps électoral de 2018 n’est pas celui de la première décennie des années 2000 lorsque Lula gouvernait le Brésil : la classe moyenne ne lui fait pas confiance pour retrouver le pouvoir d’achat perdu lors de la crise et les ouvriers syndiqués des grandes villes du Sud-Est (comme São Paulo) sont déçus par le comportement du PT dont les trois derniers trésoriers sont derrière les barreaux ou inculpés pour corruption.

Bolsonero, Trump do Janeiro

Deuxième dans les sondages et promis à participer à un hypothétique second tour contre Lula, Jair Bolsonaro (62 ans, Partido Social Cristão) est le candidat du désarroi et de l’exaspération. Cet ancien militaire de carrière, porté par la petite classe moyenne et la jeunesse des villes exposées au chômage et à la violence, affectionne la polémique et n’a pas froid aux yeux lorsqu’il s’agit de critiquer l’avortement, d’exiger le rétablissement de la peine de mort et d’autoriser le réarmement de la population. Jouant à fond la carte « antisystème », Bolsonaro ne recule devant aucune provocation à destination de la Gauche et du politiquement correct. Misogyne, homophobe et exaltant sans retenue la dictature militaire et sa pratique systématique de la torture, il fait peur à l’establishment car il attire des jeunes qui auraient voté à gauche (PT ou extrême-gauche) il y a quelques années, c’est-à-dire avant Lava Jato et l’expansion du crime organisé aux quatre coins du pays (Nordeste, Amazonie, Sud), propageant ainsi une guerre des gangs qui se fait à coup de décapitations (en prison) et de couvre-feux improvisés (en ville).

Au sein des forces de sécurité, Bolsonaro remporte une grande adhésion parmi les sous-officiers et les hommes de troupe. Ces derniers sont exaspérés par un régime pénal jugé laxiste et qui accorde des garanties généreuses à des criminels récidivistes. C’est ainsi que des mafieux ont le droit, plusieurs fois par an, de quitter la prison pour quelques jours en famille (Noël, fête des Pères, etc.), beaucoup en profitent pour s’évader ou régler leurs comptes aux agents qui les ont incarcérés. Et dans un pays où l’on abat deux policiers par jour, il n’est pas étonnant de voir les hommes les plus exposés au danger développer une sympathie pour un tenant de la ligne dure.

Si Lula se fait élire, ceux qui innovent et produisent promettent de faire leur valise direction Miami ; et si Bolsonaro passe, le peuple de gauche, une bonne partie de la société civile et les vainqueurs de la mondialisation ne supporteront pas d’avoir un père fouettard à Brasilia.

Le centre en retrait

Au centre de l’échiquier politique, la panne de leadership est encore plus patente qu’aux extrêmes. Geraldo Alckmin (64 ans), gouverneur de São Paulo, a de grandes chances de se faire investir comme candidat du parti de centre gauche, le PSDB. Ce médecin, à la tête d’un Etat qui compte 42 millions d’habitants, ne brille ni par son charisme ni par son bilan, entaché par les déboires du plan d’expansion du métro (retards, explosion du budget) et la crise de l’eau potable (2014-2015) durant laquelle la plus grande ville du Brésil a compris que les pouvoirs publics n’avaient pas fait les investissements nécessaires pour la prémunir contre le risque d’une année sans pluies.

La surprise pourrait venir du centre et du bouillonnant João Doria (59 ans), le nouveau maire de São Paulo (11 millions d’habitants). Allié au gouverneur Alckmin auquel il doit son entrée en politique, Doria est encore grisé par son succès électoral (élu au premier tour aux municipales l’an dernier) et laisse croire qu’il pourrait tenter sa chance à la présidentielle de 2018. Il trahirait ainsi son mentor en politique et causerait un cataclysme au sein du PSDB.

João Doria souhaite incarner le renouveau et a des arguments sérieux à faire valoir. Preuve en est qu’il a réussi à gagner la majorité des suffrages dans les quartiers déshérités de l’est de São Paulo, un fief traditionnel du PT. Doria se présente comme un travailleur (João trabalhador) qui se lève aux aurores et enchaîne les réunions et les déplacements 7/7 jours. Né dans une famille de la haute bourgeoisie paulista, il travaille depuis ses 14 ans et a construit un groupe de référence dans le domaine des médias et de la publicité. Riche, il laisse croire qu’il n’a pas besoin de se servir dans la caisse, un clin d’œil à des électeurs sidérés par les détournements de fonds aux niveaux local et national.

Adepte des visites surprise aux hôpitaux et aux écoles relevant de la mairie, Doria est effectivement un OVNI dans une classe politique perçue comme cynique et insensible au sort des plus vulnérables. Mais il a besoin d’un bilan positif et dans les plus brefs délais, condition sine qua non pour quitter la mairie de São Paulo en plein mandat et annoncer sa candidature à l’élection suprême. Or, pour le moment, Doria a du mal à faire accélérer la machine administrative en charge des routes défoncées et des fleuves pollués de la ville la plus riche d’Amérique Latine.

Pas un pays pour Macron

Les jeux sont ouverts et tout peut arriver d’ici octobre 2018. Pour le moment, aucune des quatre personnalités mentionnées ci-dessus ne parvient à formuler un projet ambitieux qui puisse rassembler le pays et lui faire dépasser la crise actuelle.

Une alliance entre Doria et Bolsonaro semble improbable voire contre-nature. Doria est un vainqueur de la mondialisation, il parle bien le Français, l’Anglais et l’Italien. Il admire Macron, Macri l’argentin et Bloomberg, l’ex-maire de New York. Bolsonaro est un type du peuple qui est devenu quelqu’un grâce à l’armée (simple capitaine). Les deux ont en commun la capacité d’engager les masses populaires : l’un pour faire croire que moins d’Etat et plus de Marché sont la solution, l’autre pour fustiger le désordre moral et social. Ils sont sur le chemin de la collusion sur le plan des mœurs à moins que leur détestation de Lula et du PT les pousse à se dédire au point de se renier.

Quid d’un scénario à la Macron ? Un outsider proche des milieux économiques devra développer un discours qui résonne auprès d’un pays fait de plusieurs « peuples » et qui vivent dans des moments historiques différents. São Paulo regarde avec envie du côté de la Californie pour sa capacité d’innovation, voire de la Chine pour son succès commercial ; le Nordeste lui se bat encore contre l’extrême pauvreté ; et les Etats du Nord, c’est-à-dire ceux de l’immense Amazonie, oscillent entre le far West et l’économie verte…

Depuis Brésil, terre d’avenir de Stéphane Zweig (1941), évoquer le merveilleux futur qui attend cet immense pays gâté par la nature est devenu un cliché. Entre temps le romancier autrichien émerveillé s’est donné la mort – quelques mois après la publication de son éloge du Brésil – et les promesses, y compris la plus récente portée par Lula, se sont avérées être des illusions. Quelque chose de profond semble condamner la société brésilienne – ainsi que bon nombre d’autres sociétés de l’Amérique du Sud – à l’échec. Or, pour le moment, aucun projet, aucune formation politique ne semblent en mesure de proposer aux 200 millions de Brésiliens une sortie collective de l’impasse. Et au-dessus plane la sinistre observation d’Albert Camus qui y a passé quelques semaines pendant l’été 1949 : « le Brésil avec sa mince armature moderne plaquée sur cet immense continent grouillant de forces naturelles et primitives me fait penser à un building, rongé de plus en plus avant par d’invisibles termites. » L’armature s’est épaissie depuis mais les invisibles termites semblent plus que jamais à l’œuvre.

Brésil, terre d'avenir

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Marlène Schiappa: « Je n’ai jamais soutenu l’écriture inclusive ni son enseignement à l’école! »

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marlene schiappa ecriture inclusive
Marlène Schiappa à l'école Simon Bolivar, Paris XIXe, septembre 2017. Numéro de reportage : 00821293_000028.

Retrouvez la première partie de l’entretien ici. 

Malgré ces drames, le sexe faible a globalement triomphé de la société patriarcale. Les féministes ne sont-elles pas « mauvaises gagnantes », selon la formule d’Alain Finkielkraut ?

Non. Si des avancées ont effectivement été faites, beaucoup de chemin reste à parcourir. Vous semblez croire à ce que Christine Delphy appelle le mythe de « l’égalité-déjà-là ». Regardez combien de femmes dirigent une entreprise du CAC 40 en France. Une seule ! Et combien y a-t-il de femmes expertes à la télévision ?

Le nombre de femmes patronnes ou expertes n’est peut-être pas le bon critère. Il y a une majorité de femmes magistrates et nul ne dit que les hommes sont discriminés. Et dans les médias, quoi qu’on dise, il n’y a pas une discrimination globale des femmes. 

Tout dépend des métiers. Dans des secteurs exposés comme les nôtres, c’est parfois une chance d’être une femme. Une chef d’entreprise au Havre m’a confié que c’était aussi un atout, pour elle, d’être une femme dans un milieu d’hommes.

Il y a cependant des endroits en France où l’infériorité des femmes est acceptée, ce sont les quartiers qui connaissent une islamisation rampante. Or, interpellée à ce sujet sur LCI, vous avez déclaré qu’il y avait aussi du harcèlement boulevard Saint-Germain, même s’il était moins visible.

Mon propos a été déformé dans une retranscription sur Twitter, où sorti du contexte. Ce jour-là, sur LCI, je répondais à un débatteur prétendant que les femmes ne se faisaient pas harceler dans les beaux quartiers. Alors qu’on me montrait des images réalisées par Sofie Peeters, victime d’agressions à Bruxelles, j’ai simplement déclaré que le harcèlement était réparti sous des formes différentes dans tous les quartiers.

Il semble qu’on ait cependant du mal à affronter le réel. Vous avez cité Sofie Peeters qui s’est faite incendier pour avoir dénoncé des harceleurs de rue d’origine immigrée ! Et rappelez-vous ce qui s’est passé après Cologne : ceux qui ont analysé ces événements comme une manifestation aiguë du choc des cultures ont été accusés d’avoir « de la merde raciste dans les yeux ». 

L’affaire de Cologne me tient à cœur. Dans mon livre Où sont les violeurs ? (L’Aube, 2017), je dénonce les viols et les agressions de Cologne. J’ai été l’une des seules parmi les féministes à le faire. Et j’ai insisté sur le fait qu’on ne devrait pas excuser un viol sous prétexte de la couleur ou de l’origine de la personne qui viole. Je l’ai répété à l’Assemblée nationale où on m’a répondu : « Ne croyez-vous pas que ça va stigmatiser les quartiers ? » J’ai répliqué que l’origine n’était ni une circonstance aggravante ni une circonstance atténuante. Je me fiche de l’origine du violeur, l’acte reste tout aussi grave.

Mais elle est parfois un facteur explicatif. Du reste, vous concédez que certaines cultures, plus patriarcales et moins égalitaires, traitent beaucoup moins bien les femmes que la nôtre.

Il y a des problèmes spécifiques dans ces quartiers. Récemment, j’ai reçu le réseau de femmes Mamans en marche qui m’ont parlé de deux problèmes totalement ignorés : la sortie de polygamie et l’enfermement conjugal. Comment fait-on, en arrivant en France, pour sortir de la polygamie, quand votre mariage n’est pas reconnu et que vous bataillez pour obtenir la garde des enfants ? Des immigrées de première génération de l’association Femmes unies m’ont appris que beaucoup d’épouses restaient enfermées chez elles en permanence, isolées par le fait qu’elles ne parlent pas le français. Et il faut aussi parler de l’excision dont beaucoup croient qu’il est légal de la faire subir aux femmes à l’étranger avant de les ramener en France ! J’ai mené une campagne sur ce thème dans les quartiers dits « à risque ». Mais je ne dirais pas que l’inégalité femmes-hommes est une donnée forcement culturelle.

Ah bon ? L’excision n’est guère répandue chez les « vieux Français ». Alors pourquoi nier l’évidence ? 

Ce n’est pas ce que j’ai dit. Mais j’ai également reçu une délégation de femmes saoudiennes qui venaient d’obtenir le droit de conduire et qui étaient très déçues de constater que nous avions ici un tel écart salarial entre les femmes et les hommes. De même, en France, les femmes d’origine européenne n’échappent pas aux violences. Il suffit d’aller au 3919, le numéro d’appel de détresse, pour s’apercevoir à quel point ce fléau est également réparti.

La violence n’épargne pas non plus les couples homosexuels. 

J’ai soulevé ce problème très tôt. Alors maire adjointe au Mans, j’ai d’ailleurs organisé un colloque sur les violences au sein des couples lesbiens.

On comprend votre attachement viscéral à l’égalité. Mais comment pouvez-vous défendre l’écriture inclusive dont l’Académie française dit qu’elle est un péril mortel pour notre langue ? Vous sentez-vous opprimée par la grammaire ? 

Il est temps de rétablir la vérité : je n’ai jamais soutenu l’écriture inclusive ni son enseignement à l’école ! Enseigner aux enfants que la phrase commence par une majuscule et se termine par un point tout en leur expliquant qu’on doit parfois mettre un point au milieu d’un mot serait tout simplement ubuesque… En revanche, je suis favorable à la féminisation orale des noms. Cela me paraît important de « visibiliser » les femmes – excusez le néologisme – en disant « Françaises et Français », « celles et ceux », etc.

Le reformatage du langage est toujours un préalable à celui de la pensée. Que vous inspire cette négation de la différence sexuelle ?

Le Reseau que j’ai créé il y a dix ans est intitulé : Maman travaille. Maman et non les parents quel que soit leur genre…  J’ai aussi coordonné un livre qui s’appelle Lettres à mon utérus (La Musardine, 2016). Je me sens proche des féministes différentialistes et essentialistes tout en admettant, avec Élisabeth Badinter, que l’instinct maternel est une forme de construction sociale. Cependant, je conçois que le congé paternité n’ait pas la même durée que le congé maternité, qui existe aussi pour des raisons biologiques.

Dans votre lettre ouverte à Manuel Valls publiée en 2014, vous dénonciez la dénonciation de l’antisémitisme des banlieues comme « un dangereux cliché, stéréotypé et stigmatisant ». Le pensez-vous encore ?  

C’est une ancienne tribune. Je répondais à une phrase attribuée à Manuel Valls accusant les quartiers populaires d’être intrinsèquement, en bloc, antisémites. Mais j’y condamnais aussi fermement l’antisémitisme puisque j’écrivais : « c’est un fléau, une horreur, une abomination ». Quand j’ai été nommée au gouvernement, j’ai fait ma première visite avec Iannis Roder, co-auteur des Territoires perdus de la République, dans le collège dans lequel il lutte contre le sexisme, l’homophobie, l’antisémitisme avec une grande intelligence. Il faut le voir et le combattre, évidemment, sans caricature d’aucune sorte. Quant à Manuel Valls, nous nous sommes rencontrés plusieurs fois depuis, il m’arrive de le consulter, comme d’autres, sur mes projets de loi. J’ai du respect pour l’ancien Premier ministre qu’il est.

Une France soumise - Les voix du refus

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L’islamo-gauchisme, moteur de l’ordre islamo-libertaire

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Edwy Plenel. AFP PHOTO / LOIC VENANCE

Un récent article du Figaro Magazine a osé publier une liste d’intellectuels et de politiques soupçonnés de faire le jeu, de près ou de loin, du projet d’islamisation de la France ; et ce, tant au niveau culturel qu’au niveau politico-religieux. Depuis plusieurs années déjà, chaque camp politique dans ce pays constitue une liste très exhaustive des adversaires qu’elle entend fasciser ; ceci se faisant dans la plus pure tradition soviétique. Pas de doute : le climat intellectuel est devenu « nauséabond ». Dans cet article du Fig Mag, il est question de démontrer qu’une prétendue « Fachosphère » dénoncée par les politologues de gauche constituée de noms illustres comme ceux d’Eric Zemmour, Michel Onfray, Alain Finkielkraut, Renaud Camus, Robert Ménard ou Elisabeth Lévy n’est, en réalité, qu’un contrepoids idéologique, pour ne pas dire un simple sursaut, face à ce qui pourrait s’appeler l’ « Islamosphère ».

Qui est l’ennemi?

Dans cette perspective, il convient de savoir identifier l’ennemi : autant celui qui « n’est pas Charlie » après le 7 janvier 2015 que celui qui ne se scandalise pas assez bruyamment de l’attaque de l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes survenue deux jours après. Aujourd’hui, les diseux sont les vrais faiseux. Définitivement, « qui ne dit mot consent ». En somme, les « idiots utiles » de l’islamisation de la France sont tellement nombreux qu’une liste quand bien même non-exhaustive les concernant ne suffirait jamais à les dénombrer de manière claire et distincte. Pour ces personnes, l’islamisation du territoire français doit se produire sur la base de la victimisation des minorités musulmanes à cause de la lointaine colonisation réalisée par la France, sur le continent africain principalement. Malgré tout, il convient d’essayer de voir de qui on parle dans le climat actuel : Edwy Plenel, Pascal Boniface, François Burgat, Alain Gresh, Alain Soral, Christiane Taubira, Danièle Obono ; et ce, sans oublier les gourous des quartiers dits « populaires » comme Tariq Ramadan et Houria Bouteldja. Il faut le dire franchement : l’essentiel, pour nous, n’est pas là. L’essentiel c’est l’idéologie, pas les individus.

Misère de l’économisme

Selon l’ordre philosophique, il s’agit toujours de manifester précisément les articulations d’un ordre idéologique. La première chose à dire est que l’islam est venu combler dans « les quartiers » un appauvrissement spirituel inhérent à l’enrichissement matériel et individuel. Les centres-villes se sont enrichis, les banlieues et les zones périphériques se sont appauvries. De là, a découlé un projet « économiciste » partagé par la gauche rocardienne et la droite orléaniste. Le credo de ce projet de société est simple à entendre : « Faisons de l’argent, pas la guerre ». Cette idéologie-là n’est rien d’autre que la résultante de la pensée soixante-huitarde la plus dévoyée : l’instauration de l’ordre libéral-libertaire.

Les slogans de ce courant idéologique pleuvent comme à Gravelotte : « L’agresseur n’est pas celui qui se révolte, mais celui qui s’affirme » / « L’anarchie c’est je » / « Nous sommes le pouvoir » / « Frontières = Répression » / « Assez d’églises » / « Interdit d’interdire ! » / « L’infini n’a pas d’accent » / « Civisme rime avec Fascisme » / « Rien » / « Bientôt de charmantes ruines » / « Désirer c’est bien ! Réaliser ses désirs c’est mieux » / « Baisez-vous les uns les autres sinon ils vous baisent » / « Les murs ont des oreilles. Vos oreilles ont des murs » / « Vivre sans temps mort, jouir sans entraves ». Cet humanisme-là n’est rien d’autre qu’un nihilisme : parler systématiquement d’humanisme pour finalement annihiler politiquement l’humanité. En bref, la morale a dissous le politique. Les individus sont pensés comme étant déterminés par un conflit de classes et de mass-médias. Ici et là, une sève se lève. Les sentiments l’ont emporté sur les tourments, les idées sur la vérité. Toute réalité est « idéellisée ».

Les frères Ramadan ont conquis l’hégémonie culturelle

La complicité de nombreux intellectuels, cités plus haut, dans la tentative de récupérer à souhait une manne électorale provenant des populations se percevant comme victimes collatérales de la colonisation ? Voilà le moteur de l’islamo-gauchisme. Toute population se pompe comme au travers d’une perfusion. Il s’agit d’influer sur l’intellectuel pour mieux déterminer le culturel. Aujourd’hui, la véritable « hégémonie culturelle » est ancrée au fond d’une réalité dont peu parviennent à soupçonner l’existence. Depuis les attentats sanglants des années 2015/2016 (Charlie/Bataclan/Nice…), ce n’est pas la parole « raciste » qui s’est libérée, mais bel et bien une parole plus pernicieuse, celle qui s’exprime en faveur d’une logique d’accommodements raisonnables avec les injonctions de l’islam dans l’espace public. Le discours est simple : culpabiliser la France à l’endroit de son histoire millénaire. Le colonisateur est devenu le véritable envahisseur.

Les musulmans sont donc des « martyrs » et les autres Français des gougnafiers. Le commerce des mots va de pair avec l’échange de maux. Les frères Ramadan (Hani et Tariq Ramadan) étaient devenus des maîtres penseurs, leurs défenseurs des maîtres censeurs. Une guerre d’influence est en jeu. Et les événements récents, depuis le 11 septembre 2001, ont galvanisé une jeunesse immigrée initialement aliénée à l’économie de marché.

Le multiculturalisme n’est pas un humanisme

Il faut condamner l’obsession de la paix perpétuelle, celle-ci empêchant de penser le réel. Aujourd’hui, l’économie islamique est enseignée à l’université, le port du voile islamique autorisé dans les magasins H&M et les tenues islamiques sont de plus en plus visibles dans les gradins des émissions de télévision (il suffit de regarder Touche pas à mon poste de Cyril Hanouna pour s’en convaincre). Notre jeunesse cherche individuellement et désespérément une raison à son existence. Et le désespoir motive, soit la torpeur soit la terreur. En conclusion, ce qui se déploie sous nos yeux, à l’échelle micro-économique comme à l’échelle macro-économique, n’est rien d’autre qu’un ordre islamo-libertaire.