Eric Zemmour, Omar Sy et Harvey Weinstein sont dans un bateau. Devinez qui tombe à l’eau… Autopsie d’une polémique nulle et non avenue.


En 2014, le réalisateur Abel Ferrara sortait Welcome To New York, film ambitieux et polémique censé narrer la déchéance de Dominique Strauss-Kahn, projetant les néons rouges des clubs de strip-tease sur ces quelques jours qui ont transformé un président de la République en puissance, ivre de sa position de directeur général du Fonds monétaire international, en satyre habitué des soirées échangistes les plus glauques, sinon en criminel accusé du viol d’une femme de ménage devenue le symbole des violences faites aux femmes.

Joué par Depardieu, le personnage de Dominique Strauss-Kahn, rebaptisé Devereaux pour éviter les procès, montrait un homme dévoré par ses turpitudes, accro à la luxure, libidineux, boulimique de stupre, avide d’argent, grognant comme un goret affamé réclamant le sein maternel, sorte de pornocrate pipi-caca dont les jours heureux s’écoulaient à la manière du Salo ou les 120 journées de Sodome.

Les scandales sexuels révèlent les tensions identitaires

Dans un monde de dominants, les relations adultérines se limitent parfois au simple échange de liquide séminal, consommation rapide de femmes interchangeables pour se décharger d’un trop plein de testostérone. Qui, d’ailleurs, pourrait se refuser à ces grands enfants-rois habitués à être servis, révérés et admirés ? Néanmoins, la boulimie sexuelle des Dominique Strauss-Kahn et des Harvey Weinstein ne sauraient en faire des coupables, sans qu’ils n’aient le droit de se défendre. Car nous sommes passés d’un excès à un autre. Autrefois, les femmes étaient forcément tentatrices, jamais victimes d’agressions. Aujourd’hui, il suffit de « balancer un porc » anonymement sur les réseaux sociaux pour qu’une vie soit brisée.

Ces scandales sexuels agissent comme de puissants révélateurs des tensions à l’œuvre au sein de nos sociétés. Ainsi, les révélations multiples qui ont visé Harvey Weinstein ont eu des répercussions beaucoup plus larges, générant des débats et des commentaires, souvent outranciers. D’un Didier Lestrade dénonçant d’hypothétiques solidarités communautaires « sionistes » (avant d’effacer son tweet), à d’autres fustigeant la cabale antisémite que subirait Harvey Weinstein, les réactions n’ont pas toujours fait preuve de mesure, se déportant sur un terrain ethno-culturel tristement habituel.

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Pourtant, rien de bien mystérieux dans une affaire au schéma très classique, vieux comme le monde, opposant celles qui couchent pour réussir à ceux qui réussissent pour coucher. Si les agressions sexuelles sont prouvées, Harvey Weinstein sera condamné. Fin de l’histoire ? Non, le « porc » doit être montré en place publique, exhibé pour l’exemple, et, avec lui, le système patriarcal qui l’a engendré.

Sy criminalise Zemmour

Les habitués des polémiques se sont donc baignés avec entrain dans ce capharnaüm médiatique. Eric Zemmour a notamment profité de l’occasion pour répondre à l’acteur Omar Sy, qui vient d’annuler sa tournée de promotion pour le remake de Knock : « Ici-même Omar Sy a demandé qu’on ne m’invite plus et m’a traité de criminel. Je veux simplement lui signaler qu’un criminel, c’est quelqu’un qui a commis un crime. Je sais bien que de Trappes à Hollywood il n’a pas eu le temps de maîtriser la langue française. Je pourrais l’attaquer en justice pour diffamation. Entre parenthèse, des criminels, il en a côtoyé si j’en crois les médias puisqu’il était très ami avec Monsieur Weinstein. »

De quoi transformer un sujet minuscule qui n’intéresse personne, la pensée de « la personnalité préférée des Français » étant aussi indigente qu’attendu, en un débat de société tenant en haleine le cercle de la raison déraisonnante, toutes tendances confondues.

…qui le nazifie

Il est dommage qu’Eric Zemmour, qui avait bien commencé en remettant à sa place Omar Sy et son épouse hystérique sur les réseaux sociaux, n’ait pas su se retenir d’en rajouter une couche. Soucieux de ne pas être assimilée aux lyncheurs de « porcs », il a ainsi affirmé « Moi, vous savez, dès que je vois une meute, je me méfie. Et là, c’est vraiment des méthodes étonnantes de délation. C’est-à-dire, pendant la guerre, on aurait dit de libérer la parole aussi. ‘Dénonce ton juif’, ça aurait été parfait. […] C’est de la délation, point barre, c’est tout ce que c’est. » Pourquoi atteindre si promptement le point Godwin quand on en subit aussi régulièrement les conséquences ? Oui, le hashtag « Balance ton porc » est une idiotie, une de plus dans un monde où l’hystérie est la norme. Hystérie d’une société du spectacle où Eric Zemmour joue le rôle d’épouvantail avec bonheur.

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Gabriel Robin est attaché au groupe "Europe des nations et des libertés" du Parlement européen.