Causeur. Après le scandale Weinstein, des femmes dénoncent des hommes sur les réseaux sociaux, parfois avec force noms et détails, sans la moindre preuve, sinon leur parole. Vous avez déclaré que tout ce qui contribuait à la libération de la parole des femmes était positif. Votre rôle, comme secrétaire d’État chargée de « l’égalité entre les femmes et les hommes » n’était-il pas de mettre en garde contre ce lynchage ?

Marlène Schiappa. Je n’ai pas vu de lynchage. Si c’était le cas, je serais intervenue. Mais comme la garde des Sceaux et tant d’autres, je considère que cela contribue à faire parler les femmes de ce qu’elles subissent. Pour autant, mon rôle n’est pas d’encourager à utiliser le hashtag « balance ton porc » : ma toute première réaction sur le sujet a été de dire que Twitter ne remplaçait pas le tribunal, même si tout ce qui permet de libérer la parole des femmes va dans le bon sens. Et je rappelle que la présomption d’innocence prévaut pour tout le monde – Tariq Ramadan, un député ou le voisin d’à côté. La justice doit se faire dans les deux sens : il faut poursuivre les présumés harceleurs, mais la justice condamne aussi la diffamation.

Vous n’avez peut-être pas encouragé, mais vous n’avez pas condamné. L’initiatrice de Balance ton porc demande des noms et des détails.  Ni vous, ni la garde des Sceaux n’avez alerté sur cette suppression de la garantie essentielle de toute justice qu’est la procédure contradictoire. N’êtes-vous pas effrayée par la mécanique qui s’enclenche ? Toute femme qui s’est sentie offusquée, ou qui n’a pas obtenu la promotion qu’elle escomptait, peut trouver un micro ou une caméra devant lesquels proclamer « Je suis victime ». À en juger par le récit médiatique, nous vivons dans le pays le plus invivable du monde pour les femmes. À votre avis, cela correspond-il à la réalité ? 

Vous me demandez mon avis. Ce que je vis n’est pas forcément représentatif de la vie des femmes en France. Je n’ai jamais été harcelée sexuellement dans ma vie professionnelle et ne fais pas le ménage chez moi. Or, les chiffres nous disent que 72% des femmes font les tâches ménagères, ce qui prouve bien que la vie des femmes n’est pas la même que celle des hommes.

Mais je vous demande votre opinion sur l’état de la France, dont on nous raconte qu’elle est un enfer pour les femmes !  

Un jour, une de mes grands-mères m’a expliqué qu’elle avait arrêté de travailler pour ne pas être obligée de supporter son patron, qui lui mettait la main sur la cuisse. Des progrès ont été accomplis génération après génération. Mais aujourd’hui, à peine 10 % des viols donnent suite à une plainte, car l’auteur provient généralement de la famille ou de l’entourage de la victime. Globalement, les femmes sont moins bien payées, sont davantage victimes des violences sexuelles, et quasiment toutes ont été harcelées au moins une fois dans les transports en commun. On peut aussi dire que tout va bien si vous le souhaitez, mais ce serait faux ! Pourquoi ignorer ces faits ?

Il est difficile de croire à cette étude, mais passons. Demandez aux gens s’ils sont victimes de ceci ou de cela, ils vous répondront tous « oui » !

Ne critiquons pas un excès en formulant une opinion elle aussi caricaturale. Il ne s’agit pas d’imposer une victimisation générale. En revanche, il est important de faire prendre conscience aux auteurs d’actes de harcèlement la portée et la gravité de leurs actes. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle notre campagne contre les violences sexuelles est tournée vers les agresseurs et non pas uniquement les victimes de ces actes. Trop de choses inacceptables sont encore tues aujourd’hui.

Peut-être, mais la victimisation triomphe dès lors que la parole des femmes ne saurait être mise en doute. Ex-fan de ces actrices

Article réservé aux abonnés

60 % de l’article reste à lire…

Pour poursuivre la lecture de cet article Abonnez-vous dès maintenant.

ABONNEMENT 100% NUMERIQUE
  • Tout Causeur.fr en illimité
  • Le magazine disponible la veille de la sortie kiosque
  • Tous les anciens numéros
3 €80par mois
Novembre 2017 - #51

Article extrait du Magazine Causeur

Lire la suite