Il n’a pas échappé aux observateurs patentés que l’exercice du pouvoir par le jeune Emmanuel Macron était placé sous le signe de la verticalité, en français moderne dans le registre du « top to bottom ». L’idée même que la réforme, ou la « révolution », qu’il entend mettre en marche puisse survenir par le génie d’un peuple concepteur et acteur majeur de son destin lui est totalement étrangère, et aurait même tendance à l’irriter fortement. Emmanuel Macron a deux boussoles qui lui indiquent le sud, c’est à dire les directions à éviter absolument : la présidence mollassonne et bavarde de son prédécesseur, et la cacophonie impuissante et délétère des happenings de Nuit debout.

Droit dans ses bottes

Je dis, je fais, je nomme : la méthode est claire, qui m’aime me suive, rendez-vous en 2022 pour compter les bouses à la fin du marché !

Les paresseux à moitié incultes qui se prélassent dans les grandes rédactions de nos médias principaux, ressortent, pour faire les malins, les vieilles rengaines pour fustiger ce retour de « l’exercice solitaire du pouvoir » que la gauche reprochait à De Gaulle, de « l’hyper-présidence » liberticide, étiquette collée à Sarkozy par l’immense démocrate (modèle Lev Davidovitch) Edwy Plenel. Les plus instruits évoquent la figure de Bonaparte confisquant la Révolution française pour nous conduire vers l’Empire, son hubris dévastatrice et la police de Joseph Fouché…

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Tout cela est risible : les gadgets prétendument démocratiques récents, comme les primaires au sein des partis politiques – importation stupide d’un système politique américain totalement inadapté à la civilisation française – ont amplement démontré leur nocivité. Qu’un président de la République désigne le chef du parti chargé d’organiser le soutien politique à son action n’a vraiment rien de choquant : tout le monde, avant lui, l’a fait, avec plus ou moins de bonheur dans le choix de la personne chargée de cette tâche. Et trouver quelqu’un qui ne soit ni un incapable, ni un intrigant n’est pas une mince affaire : le peuple des militants a une fâcheuse tendance à se tirer une salve de balles dans le pied quand on lui laisse le dernier mot. Les affrontements Copé-Fillon et Ségolène Royal-Martine-Aubry n’ont pas été pour rien dans la désaffection du peuple pour les vieux partis ! L’avenir nous dira si Christophe Castaner sera pour Macron ce que Jospin fut pour Mitterrand, ou Harlem Désir pour François Hollande. J’aurais plutôt tendance à privilégier la première hypothèse, mais je peux me tromper…

Juste une mise au pas

En revanche, s’il me fallait évoquer l’histoire de notre vieux pays pour esquisser un bilan des six premiers mois de présidence macronienne, c’est plutôt le cardinal de Richelieu que Bonaparte qui émergerait de la galerie de portraits transmise par mes bons maîtres du lycée. Le Richelieu qui démantèle les châteaux forts des « Grands » du royaume, ceux qui en prennent à leur aise avec le pouvoir d’un roi malade et dépressif. Il les met sous la férule des intendants, qui veillent à faire remonter vers le centre les richesses ponctionnées sur le travail des paysans et des bourgeois, affame les protestants de La Rochelle pour qu’ils ne jouent pas perso dans la mondialisation de l’époque (commerce triangulaire et autres joyeusetés), fait dans le « sociétal » en interdisant les duels qui bafouent la justice royale, et prépare le terrain pour que le féodal arrogant se mue en courtisan obséquieux et soumis à la Cour du Roi Soleil.

On ne peut qu’être frappé par le fil rouge qui relie les réformes instaurées au pas de charge par le nouveau pouvoir élyséen : au-delà de ce qui avait été annoncé pendant la campagne électorale, on trouve toujours, dans un coin d’une ordonnance, d’une loi ou d’un décret une mesure annexe qui vise à démanteler les citadelles néo-féodales de notre République. Réforme du marché du travail ? Au passage, la gestion paritaire de l’assurance chômage, source de financement et de perpétuation  des bureaucraties syndicales va repasser sous contrôle de l’Etat au motif que les non-salariés vont désormais en bénéficier. Réforme des aides au logement ? Le magot des organismes HLM, alimenté en grande partie par les aides publiques au logement est rogné, avant que l’Etat ne s’immisce plus avant au sein de ce fromage contrôlé par les barons politiques locaux qui l’utilisent un peu trop comme instrument de clientélisme électoral. Les emplois aidés ? Même motif et même punition pour ce système dont l’esprit a été détourné  pour distribuer des jobs aux affidés du maire, ou à leurs enfants. Réforme de l’assurance maladie ? Adieu les mutuelles étudiantes où se reproduisaient les générations d’apparatchiks du PS ! Fin de la réserve parlementaire, boîte à sucre servant aux députés et sénateurs à se faire des amis pour la vie ! Et pour couronner le tout, un coup génial : la réduction de 50% des promotions annuelles dans l’ordre de la Légion d’honneur, réduisant d’autant le nombre de breloques que leur proximité avec le pouvoir pouvait permettre à ces petits ou grands barons d’attribuer à leur clientèle.

Collomb, Le Drian: irréductibles jusqu’à quand?

Emmanuel Macron, cependant, ne peut se permettre (pas encore ?) de remplir son devoir d’ingratitude envers ceux qui lui ont permis d’accéder au trône, les super-barons ex socialistes Gérard Collomb et Jean-Yves Le Drian, dont l’autorité et la toute puissance dans leurs fiefs respectifs – la métropole lyonnaise et la Bretagne – échappent à la mainmise élyséenne. Mais leurs jours politiques sont comptés : à soixante-dix balais, on est plus proche de la sortie que de l’augmentation.