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Enquête : Comment les migrants adultes se font passer pour des mineurs isolés


En deux ans, le nombre de clandestins mineurs non accompagnés, donc inexpulsables, a doublé en France. Leur prise en charge absorbe autour d’un milliard d’euro. Une tâche que l’Etat et les départements vont sous-traiter au secteur associatif, malgré les risque de dérives financières. 


Ils étaient 13 000 au 31 décembre 2016, et 18 000 six mois plus tard, selon un rapport sénatorial[tooltips content= »Rapport remis au Sénat le 28 juin 2017, par le sénateur Jean-Pierre Godefroy et la sénatrice Elisabeth Doineau. »]1[/tooltips]. Ils seront 25 000 au minimum à la fin de l’année. Les arrivées de mineurs non accompagnés (MNA, appelés « mineurs étrangers isolés » jusqu’en 2016) explosent. Mineurs, ou prétendus tels. Pour entrer en France sans papiers, en effet, la minorité est un sésame. Le mineur étranger est non expulsable et n’a pas besoin de titre de séjour. Il bénéficie de plein droit d’une prise en charge par les services de l’aide sociale à l’enfance (ASE), gérés par les départements, au même titre qu’un mineur français. Quelques jours seulement après son enregistrement par l’administration, le juge ou le procureur prennent une ordonnance provisoire de placement qui s’impose à la collectivité. Les magistrats peuvent même exiger de la collectivité territoriale, sous astreinte, qu’elle fournisse des vêtements adaptés aux mineurs.

Un dossier à 1 milliard d’euros

Les réseaux d’immigration, manifestement, ont flairé l’aubaine. Des filières difficiles à retracer se sont mises en place, donnant des résultats improbables. Cet été, le département des Hautes-Alpes a vu affluer des dizaines de jeunes, venus à près de 90 % de trois pays seulement : la Guinée-Conakry, la Côte d’Ivoire et le Mali. Pour la seule journée du lundi 21 août, la préfecture de Gap a enregistré 76 arrivées de mineurs ou prétendus tels, soit davantage que pendant toute l’année 2016 ! Le Département les a logés dans le lycée agricole de Gap, qui a rapidement saturé. Les jours suivants, il y a eu 35 nouvelles arrivées. Une trentaine de personnes ont été logées dans la salle paroissiale Saint-Arnoux, toujours à Gap. Las, fin août, il a fallu l’évacuer en catastrophe : une épidémie de gale s’était déclarée, a fait savoir le représentant local de la Cimade (Comité inter mouvements auprès des évacués). Les cols de l’Échelle et du Montgenèvre séparent les Hautes-Alpes de l’Italie. La situation devenant difficile à Vintimille-Menton, les passeurs remontent manifestement vers des routes plus au nord, très difficiles à fermer. Toutefois, surprise, certains des Guinéens arrivés dans les Hautes-Alpes disent avoir transité par l’Espagne. Pourquoi ont-ils atterri à Gap ? Mystère.

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Le Conseil départemental a examiné le dossier le 7 novembre, en urgence. À cette date, ce département moins peuplé que le 11e arrondissement de Paris (140 000 habitants) enregistrait le total ahurissant de 882 arrivées de mineurs non accompagnés depuis le début de l’année. Après examen de leurs papiers, entretien, voire examen médical, 35 % ont été considérés comme majeurs.

Sur décision de justice, 25 vont être pris en charge par le Conseil départemental. Celui-ci a lancé un appel à projets pour créer deux centres d’hébergement. Budget prévisionnel : 70 euros par jour, soit 25 550 euros par an, auxquels il faut ajouter les salaires des travailleurs sociaux. Dans un appel à projet similaire, diffusé en juillet, le Département de l’Ardèche estime qu’il faut prévoir une « dotation annuelle se situant entre 50 000 et 70 000 euros » par mineur. Soit, pour 20 000 personnes, la bagatelle de 1 milliard d’euros et ce montant sera certainement dépassé en 2018, selon l’Assemblée des départements de France (ADF). Depuis un an, toutes tendances politiques confondues, c’est la bronca dans les exécutifs départementaux. Le coût de l’ASE devient insupportable. Les foyers étant saturés, il faut payer l’hôtel aux mineurs. Le gouvernement a mis au point une clé de répartition, afin de soulager les départements qui font office de porte d’entrée, comme les Alpes-Maritimes ou la Seine-Saint-Denis, qui abrite Roissy. Sur la base de divers critères (population, capacité des services, etc.), la Lozère doit accueillir 0,11 % du total, le Nord-Pas-de-Calais 4,57 %.

Pour l’ADF, c’est un cautère sur une jambe de bois. « Nous demandons à l’État d’assumer ses fonctions régaliennes, martèle un porte-parole. Les départements ne peuvent assumer les carences du contrôle aux frontières, qui est une politique nationale. » Concrètement, les départements demandent que l’État assume la procédure d’évaluation et l’hébergement d’urgence. En théorie, l’évaluation est une simple formalité, réglée en cinq jours : examen des papiers, entretien, examen médical. En pratique, les services départementaux sont tellement débordés que la procédure s’étale sur des mois et devient ruineuse. Le Premier ministre Édouard Philippe a donné son accord de principe le 20 octobre. L’État va assumer, les modalités restant à préciser.

Migration business

Selon Violaine Husson, responsable nationale à la Cimade, « les départements veulent en réalité sortir les mineurs étrangers de l’ASE et s’en débarrasser », à charge pour l’État de créer un statut ad hoc. La Cimade pointe deux risques. Le premier est juridique, avec une possible rupture d’égalité devant la loi, si les deux régimes ne se valent pas, ce qui entraînera des recours et une belle pagaille procédurale, animés par des vautours en robe noire… « Je suis écœurée par certains de mes confrères qui défendent soi-disant les mineurs étrangers, rage l’avocate de deux départements français. Ils prennent des poses humanitaires, mais ils se moquent éperdument de leurs clients. Ils draguent les associations, ils se bousculent pour récupérer des dossiers qu’ils traitent à la chaîne, en écorchant les noms. Et c’est la collectivité qui passe pour inhumaine ? Soyons sérieux ! »

Le second risque est plus pernicieux, c’est le développement exponentiel d’un business de la prise en charge, qui existe déjà. Les « MNA » constituent une opportunité à 1 milliard d’euros et il y a bataille pour capter des parts de marché. Depuis 2013, le Groupe d’information et de soutien aux immigrés (Gisti) évoque les jeux d’intérêts financiers générés par les migrations. Il ne s’agit pas seulement des passeurs libyens. En France, de multiples associations se positionnent pour prendre en charge les migrants. Dans le cas des mineurs, dénonce Violaine Husson, « on a un conflit d’intérêts flagrant, quand la même structure évalue l’âge du demandeur et le prend en charge s’il est mineur ». La tentation, bien entendu, est d’adapter les résultats de l’évaluation aux capacités d’hébergement. Pour la Cimade, le risque est que des mineurs soient déboutés à tort. « À court terme, c’est ce qui va se passer, confirme un fonctionnaire du Département de la Loire-Atlantique. La Cimade a entièrement raison. Mais à moyen terme, on s’expose au risque inverse. Si on débloque des crédits pour permettre à des associations de faire face à l’augmentation des arrivées de mineurs, elles vont recruter des encadrants et agrandir leurs locaux. Dans trois ou cinq ans, si les flux se tarissent, elles feront pression pour prendre des jeunes adultes, dans le but de faire tourner la machine. »

Vous êtes No Border ? Les virus aussi.

Les mineurs et les jeunes adultes qui arrivent en France d’Afghanistan ou de Guinée ne sont évidemment pas à jour de leurs vaccinations. Selon une étude présentée en avril 2017 par le docteur Sylvain Nappez, du Centre de prévention des maladies transmissibles du Centre hospitalier universitaire d’Amiens, « les risques pour les pays d’Europe d’épidémies de maladies infectieuses du fait des flux migratoires sont faibles », mais ils ne sont pas nuls. Ce qui peut rendre la situation critique est que les migrants arrivent dans un pays où la méfiance envers les vaccins atteint des sommets. Quatre Français sur dix estimaient qu’ils n’étaient pas sûrs, selon une étude de l’Institut national de veille sanitaire (INVS) publiée début 2016. La rougeole, que les médecins pensaient éradiquée (330 000 cas en 1986, moins de 400 en 2014), fait un retour en force depuis deux ans. Les migrants sont un groupe à risque. Pour eux-mêmes d’abord, car la rougeole tue, et pour les pays des populations d’accueil également. À Calais, en 2016, une souche inhabituelle de la rougeole a circulé dans un camp, touchant neuf migrants, un bénévole et trois soignants. À Calais et à Grande-Synthe, 245 personnes ont été vaccinées en urgence, raconte le Bulletin épidémiologique hebdomadaire de l’INVS en date du 5 septembre 2017. Le très sérieux Scandinavian Journal of Public Health (« Journal scandinave de santé publique ») a tiré la sonnette d’alarme dès novembre 2015 : « Certaines recrudescences de rougeole dans l’UE sont dues à des couvertures vaccinales suboptimales dans les populations migrantes », écrivaient dans ses colonnes des épidémiologistes de la London School of Economics and Political Science, sous la direction de Gemma A. Williams. C’est une réalité. Faut-il la taire, quitte à laisser mourir les migrants de maladies d’un autre âge, sous prétexte de ne pas les stigmatiser ?

Tous ne fuient pas les combats ou la misère

À quoi faut-il s’attendre ? Combien seront-ils demain ? Ni la Cimade ni l’ADF ne se risquent au moindre pronostic. Néanmoins, ceux qui pensent que la croissance au Sud et la fin de la guerre en Syrie tariront les arrivées risquent d’être déçus. Selon le rapport sénatorial de juin, les moins de 12 ans syriens, afghans et somaliens sont rarissimes parmi les MNA. Ceux-ci ont pour l’essentiel, entre 16 et 18 ans, et ils arrivent massivement d’Afrique subsaharienne (71 %), plus particulièrement d’Afrique de l’Ouest (44 %) et du Sahel (27 %). Sur le plan économique, les perspectives en Afrique de l’Ouest n’ont pas été aussi bonnes depuis très longtemps. La croissance des PIB en 2016 est impressionnante : + 5,2 % en Guinée-Conakry, + 5,3 % au Mali, + 6,6 % au Sénégal, + 8,8 % en Côte d’Ivoire. Envoyer un jeune en Europe coûte cher. L’enrichissement relatif (le PIB par habitant du Sénégal a doublé depuis 2000, à 970 dollars par tête en 2016) fait que les parentèles africaines sont plus nombreuses à cotiser pour financer les départs. Ce n’est pas la misère croissante qui accélère l’exil, mais un timide regain de prospérité. Le cas du Mali est éloquent. Des opérations antidjihadistes sont en cours, la dernière famine remonte à 2012 seulement et on y trouve des camps de réfugiés, mais tout cela dans le Sahel. Le Mali est grand (1,24 million de km2). La région d’où vient l’essentiel des Maliens de France depuis les années 1970 est celle de Kayes, à l’ouest, très loin du Sahel. Elle est pauvre, selon nos critères, mais elle est à l’abri de la guerre et de la famine. L’émigration y est conçue comme une filière économique à part entière. Il y a même une Coordination des associations pour le développement de la région de Kayes en France (Caderkaf) ! De nombreux témoignages portent à croire que les mineurs maliens isolés de 2017 suivent cette filière. Le Parisien du 31 octobre 2017 s’attendrissait ingénument qu’un jeune Malien isolé, fraîchement arrivé, ait croisé sur un terrain de foot « pour la première fois un autre garçon originaire, comme lui, de Kayes… »

Des mineurs avec des dents de sagesse…

Par Gil Mihaely

Le docteur N., la soixantaine, est dentiste. Son cabinet se situe dans un arrondissement populaire du nord de Paris. Connu pour ne pas trier ses patients, à la différence de certains de ses confrères, il soigne tout le monde, y compris les sans-papiers couverts par l’aide médicale d’État (AME). C’est probablement cette réputation qui, fin 2011, a décidé une association d’aide aux migrants mineurs isolés à lui demander de soigner les jeunes dont elle s’occupe.

Après que N. a accepté, une petite dizaine de jeunes hommes afghans se présentent pendant quelques mois à sa clinique pour des rendez-vous fixés et pris en charge par l’association. Très vite, le dentiste se rend compte que l’âge déclaré de ces jeunes hommes, tous supposés avoir 15 ans, ne correspond pas toujours à l’état de leur dentition : certains ont déjà leurs dents de sagesse. Or, celles-ci ne poussent que très rarement avant 16 ou 17 ans, souvent plus tard, sinon jamais.

Sans être dupe, le docteur N. garde ses observations pour lui, content de rendre service à des braves gens, sympathiques et polis dont l’un, bien intégré en France, lui a même rendu visite il y a quelques mois, presque cinq ans après son dernier rendez-vous au cabinet dentaire ! Début 2012, un autre patient afghan envoyé par l’association suscite la curiosité du dentiste : censé être mineur, cet individu semble significativement plus âgé que les autres. Après quelques échanges, le docteur N. apprend que l’homme est dans sa trentaine… Ce fut le dernier patient envoyé par l’association dont le docteur N. n’a plus jamais eu de nouvelles. De quoi laisser songeur : tous les mineurs isolés pris en charge par l’association à partir du printemps 2012 avaient-ils une dentition parfaite ? Les bénévoles ont-ils trouvé un autre dentiste meilleur et moins cher ? À moins que sa discussion avec le migrant trentenaire, rapportée à l’association, ait fait comprendre à ses dirigeants que le médecin était parfaitement au courant de leur petit manège… On ne le saura probablement jamais.

 

Solère-Urvoas: tiens, la justice va moins vite que pour Fillon

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D’après Le Canard enchaîné, Jean-Jacques Urvoas, alors ministre de la Justice, aurait informé Thierry Solère, ancien député LR aujourd’hui en marche, d’une enquête le concernant.


Alors comme ça, le garde des Sceaux violerait ses obligations qui sont celles de diriger une administration chargée du contrôle du respect de la loi dans un État de droit. Comment ? Si l’on en croit les gazettes, Jean-Jacques Urvoas, alors ministre de la Justice en exercice (janvier 2016-mai 2017) aurait sollicité de ses services une information sur une enquête préliminaire en cours. Il en a le droit, et c’est ainsi qu’une note émanant du parquet de Versailles, et  « blanchie » pour que n’y apparaisse aucune référence, est arrivée sur son bureau.

Elle concernait Thierry Solère, ci-devant parlementaire LR soupçonné d’avoir pris des libertés avec un certain nombre de règles fiscales et financières. Le contenu de cette note lui aurait été prestement adressé par le ministre. Celui-ci commettant à cette occasion, si les dires du Canard sont avérés, une violation de la loi protégeant le secret de l’enquête.

Probité à géométrie variable

Bel exploit de la part d’un garde des Sceaux. Et d’une ! Transmission supposée dont Urvoas connaissait le caractère rigoureusement illicite puisque, soucieux de discrétion, il aurait utilisé la messagerie cryptée Telegram, vous savez celle dont précisément raffolent les terroristes, car elle met leurs échanges à l’abri de la curiosité policière. Et de deux ! Et pourquoi cette faute lourde, doublée d’une infraction pénale ? Si l’on en croit les médias, pour permettre à Thierry Solère d’organiser sa défense, et éventuellement de ne pas être gêné dans la mise en œuvre de la trahison politique de ses amis. Et de trois !

Sans illusion sur ce qui se passe dans les cuisines d’un État où il arrive que l’on prépare des tambouilles malodorantes, force est de constater que nos Filochard et Ribouldingue, par ailleurs grands pourvoyeurs de cours de morale, viennent de nous donner une jolie leçon d’exigence de probité à géométrie variable. En affichant un sentiment d’impunité nourri de la bonne conscience du camp du Bien. Camp du Bien auquel Urvoas appartient depuis longtemps, et que Solère s’efforce sinueusement de rejoindre, de préférence en gardant ses armes et ses bagages dès lors qu’ils sont lucratifs, comme l’a montré l’épisode de la questure.

Solère, Macron, Fillon: chacun son rythme!

Ajoutons quelques remarques, histoire d’épicer le plat. Jean-Jacques Urvoas, on nous l’a assez répété lors de son arrivée place Vendôme, est un fin juriste. Il aura du mal à plaider l’ignorance lorsqu’on lui demandera quelques explications sur sa fulgurante innovation visant à donner à l’enquête préliminaire un caractère contradictoire. Le présumé receleur Thierry Solère nous avait déjà fait une démonstration de l’élasticité de ses convictions politiques, les malintentionnés prétendent que cette élasticité serait également présente dans ses pratiques fiscales et financières. Eh bien cette fois-ci, la (supposée) violation à son profit de la loi par un ministre, « adversaire » politique par ailleurs, lui apparaît banale. Tellement banale qu’il aurait pieusement conservé le message crypté sur son téléphone et que sa défense nous fait aujourd’hui savoir qu’en fait tout cela était légitime, puisque des éléments de l’enquête le concernant avaient été transmis à la presse, et publiés. Et pour compenser une violation du secret de l’enquête, il fallait en faire commettre une autre au ministre de la Justice lui-même ! Normal on vous dit, où est le problème ?

A lire aussi: Affaire Fillon: Canard qui s’en dédit

Continuons à céder à nos mauvais penchants, pour constater qu’en matière de justice politico-médiatique, le deux poids deux mesures règne en maître. Lors des polémiques sur les conditions fulgurantes, concertées et parfaitement inhabituelles, dans lesquelles avait été lancée l’opération judiciaire de destruction de la candidature Fillon à la présidentielle, le premier président et le procureur général de la Cour de cassation, pour justifier la célérité compulsive du parquet national financier (PNF) et du Pôle du même nom, nous avait expliqué, dans un communiqué commun qui constituait une grande première, qu’en matière de procédure c’était chacun son rythme. Effectivement, chacun son rythme. On sait depuis plusieurs mois que le déplacement à Las Vegas du candidat Macron aurait donné lieu à la commission d’un délit de favoritisme. L’organisation en avait été confiée à une agence sans mise en concurrence et en violation des règles du code des marchés publics. Fait qui a été reconnu par l’agence publique France business dans un communiqué. D’autres informations ont filtré dans la presse selon lesquelles madame Muriel Pénicaud, aujourd’hui ministre du Travail, aurait quelques comptes à rendre. Le dossier qui, paraît-il, comprendrait en plus quelques éléments préoccupants concernant le financement de la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron, dort d’un sommeil paisible.

Concernant celui d’Urvoas et Solère, les faits seraient connus depuis le 26 juin, et le parquet de Versailles les aurait transmis… le 5 décembre dernier au procureur général de la Cour de cassation qui a la compétence pour saisir la Cour de justice de la République !

Tout doux, chacun son rythme on vous dit. Et puis, ne soyez pas de mauvaise foi, regardez pour Richard Ferrand, le classement sans suite est arrivé très vite.

Vous voyez bien.

Les graffeurs bulgares sont moins soviétiques que les antiracistes français

Parler de sculpture est devenu une activité à risque. En France, nombre de braves justiciers rêvent de déboulonner, ici une statue de Colbert, là un buste de Jules Ferry. À l’autre bout du continent, une fresque mémorielle soviétique a créé une brouille étatique entre la Russie et la Bulgarie. Mais la comparaison s’arrête là. Car à l’opposé des décolonialistes qui nous font la morale, les artistes de rue postcommunistes, eux, privilégient la rigolade.

« En phase avec le temps. »

À Sofia, un tagueur non identifié a fait scandale en s’attaquant à l’imposant monument stalinien érigé dans les années 1950 à la gloire des soldats de l’Armée rouge. Plutôt que de pétitionner pour sa destruction, il a badigeonné les fiers libérateurs de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, les transformant en icônes de la culture populaire américaine.

Ainsi Sacha est devenu Superman, Grichka a endossé le costume de Ronald McDonald, tandis qu’Ivan joue le Joker de Batman. Last but not least, en plein milieu de cette escouade de super-héros, on retrouve le Père Noël, qui était interdit de séjour à l’époque de la domination soviétique. Sur le socle, notre graffeur inconnu a inscrit une sentence simple, mais cruelle : « En phase avec le temps. »

Comme de bien entendu, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a immédiatement exigé que l’auteur de cet « acte de vandalisme » soit retrouvé et sévèrement puni. Mais il aurait tort de contester la justesse du propos. Qu’on le veuille ou non, ça fait longtemps que Captain America a ringardisé tous les soldats inconnus de la planète.

Libérons la République populaire de France

Saoulés au patriotisme et à la nostalgie, les Russes refusent de l’admettre. Il vrai qu’avec la chute de l’Empire, la mode du déboulonnage les affecte certainement plus que le reste du monde. En 2007, dans un square de Riga, un des leurs a même perdu la vie dans une vaine tentative de redresser le monument en bronze d’un soldat soviétique que des Estoniens non reconnaissants avaient décidé de jeter à terre. L’histoire n’a pas retenu son nom.

À Sofia, les autorités ont finalement effacé la peinture sacrilège sans autre forme de procès. Preuve, s’il en fallait une, que les temps ont changé et que, depuis bientôt trois décennies, les artistes ou simples citoyens des anciens pays satellites de l’URSS sont libres de se moquer, à tort ou à raison, de qui bon leur plaît. À bon entendeur français, salut !

Chômage des jeunes, mode d’emploi

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Un professeur à l’université de Turin, Pietro Garibaldi, a fait le 30 novembre, au colloque du Conseil d’orientation des retraites (COR), une communication remarquable, mais déprimante, sur un effet pervers du relèvement de l’âge de la retraite en Italie. Tenues de garder leurs « seniors », les entreprises italiennes embauchent beaucoup moins de jeunes, si bien que, malgré leur nombre plus que modeste, ceux-ci souffrent d’un chômage épouvantable.

De moins en moins de jeunes, mais…

La démographie italienne est catastrophique depuis le milieu des années 1980 : pour un pays dont la population est approximativement aussi nombreuse que celle de la France, moins de 600 000 naissances par an depuis 1985 (contre un million en 1965 !) et seulement 474 000 (face à 608 000 décès) en 2016. Nés dans les années 1990, les jeunes Italiens se présentent aujourd’hui, et depuis plus d’une dizaine d’années, sur le marché du travail à raison de 550 000 par an environ, au lieu d’à peu près 750 000 en France. Quant aux Italiens qui arrivent à l’âge de la retraite, nés dans les années 1950, ils appartiennent à des classes d’âge de 850 000 approximativement : l’Italie, comme la France, a connu son baby-boom.

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Dans ces conditions, les jeunes devraient être accueillis à bras ouverts par les employeurs, comme étant rares et donc précieux ! Or, ce n’est pas du tout ce qui se passe. 37 % des personnes de moins de 25 ans sont au chômage en Italie contre 24 % en France, 19 % en moyenne européenne, et 7 % en Allemagne.

Confiance dans l’immigration et confort du « senior »

Une première raison peut être cherchée du côté de l’immigration, nettement plus importante qu’en France : le nombre d’étrangers présents en Italie est passé d’un peu moins de 2 millions en 1990 à un peu plus de 5 millions en 2016, en dépit de très nombreuses naturalisations (jusqu’à 178 000 en 2015). Mais la concurrence des entrées d’immigrés sur le marché de l’emploi italien n’explique pas tout : Pietro Garibaldi montre que la prolongation des carrières professionnelles constitue un facteur statistique très important.

Essayons de décrypter ce phénomène. Il résulte vraisemblablement d’une conjonction de facteurs. Citons en premier lieu l’atonie économique d’un pays vieillissant, dont les entreprises veulent bien conserver leurs travailleurs âgés, parce qu’elles les connaissent et parce qu’ils ne sont plus là pour très longtemps, alors qu’un jeune, en cas de diminution des commandes, devrait être licencié. Deuxièmement, garder un « vieux » une année de plus, c’est comme embaucher en CDD d’un an, avec l’avantage de bien connaître celui dont on s’assure ainsi les services. Troisièmement, les immigrés, quel que soit leur âge, sont souvent moins exigeants. Quatrièmement, les femmes étant peu mobilisées par des grossesses et des responsabilités parentales se portent davantage sur le marché du travail. Cinquièmement, et nous arrêterons là une liste qui pourrait évidemment être prolongée dans une étude plus détaillée, les jeunes les mieux formés n’ont pas tous envie de rester en Italie, loin s’en faut : une forte proportion d’entre eux prend la direction de l’étranger, laissant derrière eux des contemporains moins employables.

Il y a pourtant des solutions…

Ainsi le recul de l’âge de la retraite est-il dramatique dans un pays où la démographie est en berne, où l’économie est peu dynamique et où l’immigration est forte. De plus la situation risque d’empirer, ou du moins de ne pas s’améliorer, en raison d’effets cumulatifs : moins l’emploi sera bon, plus les jeunes convenablement formés s’expatrieront, moins la production progressera, moins les couples auront le cœur à mettre des enfants au monde, plus il faudra relever l’âge de la retraite et donc moins les jeunes restés au pays trouveront du travail.

Pour sortir de ce cercle vicieux il convient probablement de ne pas exagérer la vitesse de relèvement de l’âge de la retraite, de freiner le plus possible l’immigration, d’agir énergiquement en faveur de la natalité, et d’améliorer au maximum l’employabilité des jeunes. A cet égard, le système italien de formation initiale, comme son homologue français, a sans doute bien des progrès à accomplir.

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La France diffère de l’Italie surtout sur un point : la natalité, bien que décroissante depuis 3 ans – nous activons régulièrement la sonnette d’alarme à ce sujet – n’y est pas aussi catastrophique qu’au sud des Alpes. Il sera un peu moins difficile chez nous de réaliser le maintien au travail des seniors sans sacrifier l’emploi des jeunes, mais cela ne veut pas dire que ce sera facile. L’amélioration de la formation, initiale et continue, le freinage de l’immigration et le renforcement de la politique familiale sont des directions à emprunter dans notre pays comme en Italie. Si nous n’agissons pas sur ces trois leviers avant que la situation ne se dégrade trop, le maintien des seniors au travail en moyenne quelques années de plus, qui devrait être une des grandes évolutions des 10 ou 20 prochaines années, débouchera sur des drames analogues à ceux que vivent nos voisins du sud, et particulièrement ceux d’entre eux qui devraient faire leur entrée dans la vie active et se heurtent à une porte, sinon verrouillée, du moins à peine entrouverte.

Les femmes ne sont pas une espèce menacée

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L’édito d’Elisabeth Lévy


Nous ne savions pas. Il y a à peine quelques semaines, nous vivions encore dans l’illusion que notre merveilleux pays, résistant à l’américanisation des relations entre les hommes et les femmes, savait encore conjuguer égalité et différence, séduction et respect. On pouvait dire « heureux comme une femme en France ».

Shakespeare out of love

Inconscients que nous étions. Grâce au tsunami de la parole libérée, nous ne pouvons plus ignorer que toute femme, en France, a été, est ou sera une victime, que la culture du viol sévit à tous les étages, en particulier ceux où le mâle blanc et riche exerce sa détestable domination et que se commet un jour sur trois un effroyable féminicide, terme que Le Monde emploie désormais sans guillemets car ces 109 meurtres (en 2016) ne résulteraient pas de tragédies singulières, mais « d’une logique de domination des hommes sur les femmes ». Et ne parlez surtout pas de crime passionnel, cet oxymore est à bannir. « L’amour et la violence ne sont pas compatibles », décrète Edouard Durand, juge des enfants au tribunal de Bobigny, qui n’a jamais dû lire Racine, Shakespeare ou Stendhal – ni d’ailleurs aucun chef-d’œuvre de la littérature. Les défenseurs des femmes en danger sont coutumiers de ce genre d’assertions sur ce que doivent être l’amour et la sexualité. Derrière la compassion, évidemment légitime pour les femmes agressées, violentées ou violées, mais peut-être excessive pour les « victimes » de dragueurs insistants, et légèrement incongrue s’agissant de femmes qui, se repentant après-coup d’avoir cédé à des avances par peur de torpiller leur carrière ou de passer pour coincées, se déclarent traumatisées, on sent vite percer une pulsion normative et punitive.

En attendant, le sort des 40 hommes tués en 2016 par leur compagne n’émeut pas grand monde. Comme l’a remarqué Alain Finkielkraut, lors du raout organisé le 26 octobre pour célébrer « l’égalité femmes-hommes, grande cause du quinquennat », devant le gratin du féminisme pleurnichard qui a succédé aux joyeuses guerrières des temps héroïques, ces victimes trop mâles n’ont pas eu droit à la minute de silence observée à la demande du président de la République pour les femmes assassinées. Si ça se trouve, ils avaient bien cherché ce qui leur est arrivé.

#MoiPas

Il a suffi de deux mois d’hystérie collective pour que les femmes soient officiellement déclarées espèce protégée – ce qui fait au passage des hommes une espèce surveillée. « Au fond, nous vivons dans une société qui maltraite les femmes », proclamaient quelques jours plus tôt, dans un appel au président de la République, une centaine de pétitionnaires de sexe exclusivement féminin menées par l’inévitable Caro de Haas, sainte madone de la convergence des luttes. Affirmer que la société maltraite les femmes parce que des femmes sont maltraitées, cela revient à prétendre qu’elle ne respecte pas la vie humaine parce qu’on enregistre chaque année plusieurs centaines d’homicides (entre personnes de même sexe) ou qu’elle bafoue la propriété parce qu’on n’a pas éradiqué le vol. C’est surtout passer par pertes et profits le formidable bouleversement des rapports entre les sexes qui a donné aux femmes la maîtrise de leur destin. Que des injustices perdurent, c’est indéniable – même les hommes en font l’expérience. Il est possible que les femmes en subissent plus et sur une plus grande échelle que ce qu’on croyait. À en juger par nombre de témoignages, la jeune génération, pourtant biberonnée au politiquement correct, n’est pas toujours plus respectueuse que les aînés auxquels elle prodigue volontiers des leçons de maintien.

Il n’empêche. Quand Edwy Plenel déclare que la révolution féministe ne fait que commencer, ça fiche la trouille. Au lendemain du discours présidentiel, Jacques Toubon publiait ce tweet : « En cas de harcèlement sexuel, c’est à l’auteur des faits de démontrer devant la justice qu’il n’y a pas eu harcèlement. Le Défenseur des droits soutient les victimes et enquête pour les aider à gagner. » Quand un homme investi d’un titre aussi solennel que « Défenseur des droits » propose tranquillement de renverser la charge de la preuve, ce qui signifie qu’une accusation vaudrait condamnation, on se dit que cette merveilleuse révolution n’est pas loin d’inventer sa loi des suspects. Alors au risque de passer pour un cœur sec, cela me donne furieusement envie de lancer le hashtag « Moi pas ! »

Les Rien-pensants

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60 millions de pleurnichards, et moi, et moi, et moi…

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Quoi qu’en dise le chœur des pleureuses de tous bords, notre pays n’est ni l’Alabama, ni l’Afghanistan, ni le Zimbabwe. Geindre à l’idée d’être discriminé, grand-remplacé ou simplement perdu dans ce monde absurde : tel est le sanglot de l’homme blanc de peur.


Si les idéologies ne sont certainement pas aussi finies que cela fût massivement dit à la fin du XXème siècle, l’intelligibilité du Monde et de l’Histoire s’est tout de même bien fait forniquer sa race et sa classe, depuis le délitement du moment d’hégémonisme occidental et la Noël 91 à Moscou.

Perdu dans un monde maniaco-dépressif

Sartre était finalement bien un chien bâté et Aron un laquais faible. Sans projet, sans ennemi digne de ce nom (pas de sarrasins, pas de rosbifs, pas de boches, pas de rouges, rien que quelques pieds nickelés méchants) et surtout assommé par un monde moins multipolaire que maniaco-dépressif – en sus mal expliqué par des experts nuls – ce con de Français est perdu.

Il est perdu, comme un enfant perdu dans un hypermarché où 300 pays plein d’étrangers ont remplacé 300 fromages très français. Alors il pleurniche, il geint, sans même la moindre conscience de sa névrose infantile, ce petit con.

Il n’est d’ailleurs jamais aussi content de lui que quand il peut pleurer à chaudes larmes, qui (salauds de riches !) pour Jean d’Ormesson ? Qui (salauds de pauvres !) pour Johnny Hallyday ? Il y aurait une anthropologie culturelle à réactualiser, une actualité des logiques lacrymales à écrire, tant la glorification des gens-qui-pleurent exhibés partout, dit quelque chose de notre état collectif. Marcel Mauss saurait faire cela, mais bon il est mort sous Georges Bidault et Staline, à une époque où cela valait encore la peine d’analyser phénomènes et signes.

Les méchants sont méchants

Le reste du temps, toute morve ravalée, il geint. Il geint de veulerie, comprenant fugacement que dans cette société faussement fluide, sa grande capacité d’action superficielle est inversement proportionnelle à l’idée même de transformations profondes.

Alors il geint. Il geint d’être discriminé, en faisant croire qu’il vit dans le monde de Frantz Fanon et Maya Angelou. Il geint d’être discriminé en Olympe de Gouges sur l’échafaud. Il geint d’être grand-remplacé, fermier blanc Zimbabwéen. Il geint parce que les méchants sont méchants et que personne n’aime les juifs. Du PIR au CRIF et d’OLF au FN, la grande farandole des pleureur.ses. Ouin ouin ouin je n’ai pas d’idée, pas de projet, mais regardez comme je pleurniche bien et surtout mieux que les autres. Le concours de celui qui a la plus grosse larme. Même pas des larmes de rites funéraires antiques, mais de bonnes grosses larmes bien sincères. Or, c’est là qu’est précisément le problème. La victimisation de tous par tous tout le temps n’est plus vécue principalement comme une technique, un vice, une anecdote du combat politique. Elle est devenue le combat politique. Le « je suis extrêmement choqué » de l’improbable Copé est devenu la norme du débat public, le cadre ridiculement étroit dans lequel s’enferre la parole. Il suffit de perdre un peu son temps sur internet, d’y lire les commentaires partout, pour ne voir que des pistolets braqués sur des tempes nimbant des yeux rougis.

Les dominants pleurnichent aussi!

On reproche depuis longtemps à la gauche, qu’elle soit « morale » ou même « olfactive » (tout ce qui n’est pas la gauche est nauséabond), d’utiliser cette technique, dans un but de disqualification de l’adversaire. Peu importe, tant que cela n’était qu’une technique, un artifice bien compris de la rhétorique politicienne et journalistique. Cependant, comme toujours avec les artefacts puissants (Dieu, l’Etat, la Famille…), l’on finit par oublier leur caractère construit. Eh voilà donc une belle démocratie lacrymale où les dominants pleurnichent eux-aussi toutes leurs glandes : patrons geignards, bourgeois craintifs, bobos flippés, politiques extrêmement choqués ! Même les intellectuels de plateaux n’analysent plus grand chose, inaudibles entre deux sanglots, entre deux délations tristes ou invectives au ras des chrysanthèmes… La conséquence morbide de cette démocratie lacrymale est que toutes les causes finissent par s’y valoir, nivelées par les larmes. Il n’y a plus de racisme, plus d’oppression, plus de discrimination, juste des dominants qui pleurent et des dominés qui pleurent… juste des gens qui pleurent… juste des pleurs… juste de la flotte salée dégueulasse !

Je finirai, intimement, ce billet inutile et gratuit, en convoquant Freud et Lacan : « Maman ! Regarde maman ! Regarde comme j’ai bien geint ! »

Pas de porno pour Noël, le dernier cinéma X de Paris va fermer

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Le Beverley fermera fin décembre, un peu avant Noël. Il était le dernier cinéma X de la capitale.

Aujourd’hui, il n’est plus rentable. Quelques vieux fidèles résistent encore mais en vain.

On ne peut qu’être soulagé par cette disparition progressive. Les cinémas pornos sont en effet des endroits répugnants où la masturbation collective est souvent la norme. Ils sont l’expression non de la débauche mais de la défaite, d’une misère sexuelle telle, qu’elle consent à s’afficher publiquement.

La fin d’un monde répugnant…

Le dispositif de ces établissements est assez simple : un groupe d’hommes dans la salle et seulement deux femmes : une à l’écran, une à la caisse. C’est tout.

Céline, dans Voyage au bout de la Nuit, nous donne un aperçu de ce que pouvait être l’ambiance pendant les projections. Lui ne parle pas d’un cinéma porno mais d’une sorte de souterrain aménagé, à New-York, dans lequel des hommes se soulagent comme ils peuvent : « Entre hommes, comme ça, sans façons, aux rires de tous ceux qui étaient autour, accompagnés des encouragements qu’ils se donnaient, comme au football ». On ne peut mieux résumer l’état de déchéance morale qui régnait dans ces salles.

A la sortie des cinémas X, il n’y a jamais grand monde. On se cache pour rentrer, on se cache pour sortir et chaque spectateur est un caméléon : honteux, confus et débraillé.

…qui va me manquer

Pourtant, malgré tous ces défauts, la disparition de ces salles m’affecte. Kundera a une phrase, que je n’arrive plus à retrouver, sur l’ombre de la mélancolie, qui teinterait toute chose disparue d’un agréable regret, y compris la guillotine.

Cette mélancolie, je l’éprouve aujourd’hui, car les quartiers dans lesquels j’ai grandi (La Madeleine et Pigalle) étaient les hauts lieux de la pornographie à Paris. L’un est plus connu que l’autre mais je vous recommande de passer rue Godot de Moroy, vous y verrez des sex-shops anachroniques et des prostitués parlant un dialecte aujourd’hui disparu : le parisien.

Elles m’ont vu pousser et je les ai vues vieillir. Elles disparaissent peu à peu avec ces cinémas, et leur absence fait le lit d’un nouveau monde, nettement moins commode.

A lire aussi: Lahaie d’honneur

En effet, cette pornographie publique, collective et payante est progressivement remplacée par une autre, gratuite, privée et individualiste. L’extinction progressive des lieux de jouissance groupée aura de graves conséquences sociales car quand la République des branleurs abdique, c’est la démocratie sociale et solidaire qui est en danger.

Moi, je ne suis jamais rentré dans ces cinémas. J’ai essayé pourtant. J’avais 12 ans et, avec un ami, nous nous étions déguisés en adulte, affublés de manteaux et chapeaux pour forcer le trait. La caissière me reconnut, je pâlis, nous courûmes. C’était peine perdue, j’habitais à 100 mètres et tout le quartier me connaissait. J’étais humilié mais c’est un pur souvenir.

Tout ça pour dire que les « pornshops », les vieilles prostituées parisiennes et les cinéma X constituaient un monde. Un monde certes particulier, contrôlé en grande partie par la mafia et peu ragoutant sans doute, mais qui avait ses beautés.

La morale bourgeoise a gagné, le porno va disparaître

Je serais même prêt à parier que les quelques spectateurs fidèles de ces cinémas n’y vont pas pour jouir (ils ne peuvent plus les pauvres), mais pour se souvenir, pour garder en mémoire une époque où les salles étaient pleines de collégiens curieux, de vétérans amochés, de religieuses excitées.

On ne peut pas revenir en arrière, et ces cinémas, comme les magazines coquins et les « sex shops », sont appelés à disparaître totalement du paysage urbain, si bien qu’à terme, l’espace public sera vidé de toute référence explicite à la pornographie.

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C’est peut-être préférable. Cependant j’y vois une sorte de victoire de la morale bourgeoise 2.0. Il est vrai que voir des vieux qui consomment du cul, ce n’est pas très agréable, surtout pour une ville jeune et dynamique comme Paris. Il incombe par conséquent aux services administratifs de la mairie d’organiser l’exode massif de ces vieux pervers. Des cars biodégradables et sexuellement neutres seront loués pour l’occasion.

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Non à la cigarette (et à Kev Adams) au cinéma !

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Depuis que la ministre de la Santé Agnès Buzyn a déclaré vouloir interdire le tabac dans les films, c’est l’effervescence !

La fin des pipes au cinéma?

Nadine Grelet-Certenais, sénatrice PS de la Sarthe, en pointe dans ce combat souligne que « 70 % des nouveaux films français mettent à l’image au moins une fois une personne en train de fumer. » Ce qui, selon elle, contribue à banaliser la consommation de tabac au sein de la population. Des professionnels du cinéma sont déjà montés au créneau pour rappeler qu’un art n’a pas pour mission de modifier la société, mais d’en rendre compte… Quelle étape, ensuite ? L’effacement des cigarettes et pipes des films du patrimoine ? Le retournage complet de grands chefs d’œuvres afin d’en faire disparaître toute référence au tabac ? Et pourquoi s’arrêter en si bon chemin dans cette furie hygiéniste et morale ? Après le tabac, l’alcool, les courses-poursuites (qui devront se faire en respectant scrupuleusement le code de la route), les pratiques à risque de toute nature, comme par exemple de traverser une rue en dehors des passages piétons. Afin de faciliter le travail de la future commission qui sera chargée de la normalisation de tous les grands films du passé, voici quelques pistes que nous soumettons modestement…

Exit John Wayne…

Il faudra commencer par s’occuper de la question des westerns, et en priorité du cas John Wayne. Il faudra le doter de cigarettes électroniques et le faire aller à rollers : il est inacceptable que des chevaux soient exploités sur un tournage. Il faudra ensuite retourner intégralement la série du Parrain, afin de ne pas favoriser les pratiques criminelles : les différents personnages ne feront pas partie de la mafia, mais seront les gérants d’un petit bar-tabac familial et ma foi bien sympathique.

Afin de ne pas encourager la pédophilie, il sera obligatoire de retourner intégralement Lolita de Stanley Kubrick : les deux protagonistes devront avoir strictement le même âge, au jour près.

…et « les films qui font du bien » avec Kev Adams

Il sera nécessaire de refaire également La fureur de vivre… exit les courses de voitures, les jeunes se livreront à leurs pratiques suicidaires dans un mini-golf, encadrés par des éducateurs et des agents d’ambiance. Parce que la sécurité routière est une priorité nationale, il faudra retourner Easy Rider, le chef d’œuvre de Dennis Hopper… les rebelles à moto, voilà une image bien trop mortifère ! Les personnages évolueront sur des Segway, ou éventuellement des patinettes électriques.

Et sinon, si la ministre elle avait le pouvoir d’interdire AUSSI les films avec Kev Adams dedans, les comédies familiales poussives où les acteurs s’ennuient ostensiblement, les films adaptés de jeux vidéo, les films « engagés » avec Vincent Lindon dedans, Guillaume Gallienne, les comédies « sociétales » sur des sujets « concernants », les films qui suscitent cette phrase des critiques paresseux : « un film qui fait du bien ! » Voilà. Pour un début.

Jacques Julliard: « Les socialistes souffrent d’une mauvaise conscience coloniale »


L’historien Jacques Julliard, qui vient de publier L’Esprit du peuple, critique sans détour les orientations du socialisme d’aujourd’hui.


Causeur. Dans le divorce entre la gauche et les classes populaires dont vous faites la chronique désenchantée, la question de l’immigration est-elle le principal sujet de conflit ?

Jacques Julliard. L’un des principaux, en tous cas. Depuis quarante ans, comme à la fin du XIXe siècle, mais à une échelle bien supérieure, les classes populaires ont l’impression, à tort ou à raison, que les immigrés prennent en partie leur travail. Avec de surcroît une pression sur l’habitat, on est arrivé au résultat que décrit Christophe Guilluy : concentration des immigrés dans certains quartiers, généralement populaires, formation d’une France périphérique qui se sent oubliée et exclue du système politique. Or, même s’ils sont « discriminés », comme on dit maintenant, beaucoup d’immigrés peuvent – comme le prolétariat ouvrier du passé – avoir l’impression de faire partie du jeu politique. En revanche, beaucoup de membres des classes populaires – ouvriers, employés, artisans, commerçants – ont l’impression de disparaître sans laisser de traces ni d’adresse.

Il y aurait donc deux classes populaires : « immigrés » et « périphériques »…

Incontestablement. Comme les Français périphériques n’ont pas vraiment de porte-paroles, ils reprochent implicitement à la gauche d’avoir choisi un nouveau prolétariat au détriment de l’ancien. D’où leur vote en faveur du Front national. Malgré certaines velléités de résistance du Parti communiste, qui n’occupe plus qu’une place marginale, le sentiment d’exclusion culturelle précède même celui d’exclusion économique. Au fond, aussi longtemps qu’il n’était exclu qu’économiquement, le prolétariat acceptait sa condition tout en la combattant. Maintenant qu’il est exclu culturellement, il la supporte beaucoup moins.

La gauche est mal à l’aise avec la question de la nation

Pourquoi la gauche a-t-elle choisi l’immigré aux dépens du « petit Blanc » ?

Les socialistes français éprouvent une mauvaise conscience coloniale vis-à-vis des immigrés, en particulier maghrébins et surtout algériens. Cela n’explique pas tout, mais le complexe Guy Mollet reste ancré dans le subconscient des socialistes. Et en vertu d’un phénomène classique en psychologie, ils ont surcompensé en affichant leur préoccupation pour le sort des immigrés, ce qui ne veut pas dire que celui-ci se soit formidablement amélioré… C’est tout de même chez les immigrés qu’il y a la plus forte proportion de chômeurs ! Consciemment, la gauche veut aussi être fidèle à son héritage marxiste en inventant un nouveau prolétariat. À ceci près que Marx ne voulait pas entendre parler du sous-prolétariat – le fameux lumpenprolétariat – ou d’un prolétariat de rechange. Quand il dirigeait la CFDT, Edmond Maire a été le premier à dire : « On ne peut pas réduire le prolétariat français à la vieille classe ouvrière, il y a aussi les immigrés, les chômeurs, les différents exclus… »

Dès l’origine, le camp des Lumières postule l’existence d’un homme universel. La gauche croit-elle toutes les cultures miscibles dans l’internationalisme ?

Il peut y avoir de cela. La gauche est mal à l’aise avec la question de la nation depuis un certain temps. C’est assez curieux parce que la synthèse de Jaurès, entre le patriotisme, l’attachement à la nation et l’internationalisme, avait permis à la gauche de dépasser la contradiction interne du nationalisme. Aujourd’hui, la crainte de faire le jeu du nationalisme de droite a détourné une partie de la gauche du patriotisme lui-même.

La gauche n’a pas attendu de gouverner la France (1981-1986, 1988-1993, 1993-1997) pour s’imposer idéologiquement durant les Trente Glorieuses. À l’époque, sur quels ressorts s’appuyait-elle ?

Après-guerre, la gauche s’est développée avec la volonté légitime de moderniser la France. Pendant que l’Assemblée nationale n’était qu’un théâtre d’ombres, entre les syndicats, l’administration, les hauts fonctionnaires et un patronat intelligent, il y a eu grâce au Plan une sorte de « shadow cabinet » de la Ve République. Les cadres du Club Jean Moulin comme Simon Nora ou François Bloch-Lainé n’étaient pas seulement des technocrates, mais de vrais patriotes issus des rangs de la Résistance. Avec la chute de l’Union soviétique et le triomphe de la mondialisation, cette période a pris fin et il en est resté une coupure profonde entre la gauche du progrès technique et la gauche de la justice sociale, autrefois alliées. Aujourd’hui, la gauche se divise en gros entre les tenants du progrès, héritiers du courant PS-CFDT, qui entendent créer de la richesse avant de la redistribuer, et l’extrême gauche de l’axe PC-CGT qui se dit : « Si on arrive au pouvoir, il faut vite redistribuer parce qu’on n’y restera pas longtemps ! »

On ne peut pas dire que Hollande ait été « immigrationniste »

Aussi divergentes soient-elles, ces deux gauches s’accordent à voir dans l’immigration une chance pour la France et dans sa remise en cause l’expression de pulsions xénophobes, voire racistes.

C’est surtout vrai de la gauche intellectuelle. On ne peut pas dire que Hollande ait été « immigrationniste ». Pendant la crise des migrants, alors qu’Angela Merkel a perdu des plumes en accueillant 1 million d’immigrés, le gouvernement Hollande a freiné des quatre fers ! Et pour cause : 80 % des Français, sinon davantage, pensent que l’immigration pose des problèmes d’intégration. Seule une minorité d’extrême gauche, qui rejoint ici le patronat, répète mécaniquement que l’immigration est une chance et ne pose absolument aucun problème. Quant à moi, je pense que l’immigration peut constituer une chance, peut être une nécessité, à condition que l’intégration soit assurée.

Peut-être, mais cette minorité est surreprésentée dans les médias où on pense spontanément que l’immigration est un bienfait et la société multiculturelle un progrès.

Mais on peut parfaitement concevoir une société multiethnique qui ne soit pas une simple juxtaposition de communautés ! Cela s’appelle en anglais le melting pot, et en français l’intégration. Telle est la politique allemande d’Angela Merkel, beaucoup plus fidèle à la conception française de la nation que la France elle-même.

De l’immigrationnisme, la gauche radicale est passé par l’islamo-gauchisme qui voit dans les masses musulmanes un ferment révolutionnaire. Que pèse cette mouvance ?

Cette croyance est partagée par très peu de gens. Dans la polémique qui oppose Charlie Hebdo et Mediapart, on aurait tort d’imaginer qu’il s’agit de deux camps d’importance comparable. Derrière Charlie Hebdo, il y a 4 millions de Français qui ont défilé !

La France est un des pays les moins racistes du monde !

Certes, même s’ils n’avaient pas tous les mêmes priorités. Mais que pensent-ils aujourd’hui ?

Rien n’indique qu’ils aient changé, au contraire. Ils ne partagent que rarement les idées de Charlie Hebdo, mais ils exigent que Charlie ait le droit de s’exprimer, fût-ce de façon provocatrice. C’est ce que nie Plenel, pour qui le problème de l’islam est artificiellement gonflé par une société à tendance raciste pour exclure les musulmans. Or, la France est un des pays les moins racistes du monde ! Alors qu’on a subi des assauts terribles qui ont fait 235 morts, il n’y a eu ni pogrom ni réaction antimusulmane généralisée. Mais la réalité importe peu à l’antiracisme d’extrême gauche dont l’obsession est de faire passer la gauche modérée pour raciste, de la même manière que les trotskistes, dans l’Allemagne des années 1930, traitaient les sociaux-démocrates de meilleurs alliés d’Hitler.

Cette technique éprouvée doit aussi beaucoup aux années SOS Racisme, une création de François Mitterrand que vous désignez comme le dernier grand socialiste patriote. Pourquoi avez-vous tant de mansuétude envers le président qui a ouvert les vannes de l’immigration ?

C’est plutôt Giscard qui a ouvert les vannes en faisant admettre le regroupement familial sous la pression du patronat. Je n’ai pas l’habitude de défendre Mitterrand, mais, comme Jaurès, il tenait les deux bouts de la chaîne : il restait patriote et national avec l’horizon européen en ligne de mire. Quoi qu’il en soit, dans cette affaire d’immigration, les responsabilités sont largement partagées entre droite et gauche. Ainsi, beaucoup de patrons exigent-ils que nous importions de la main d’œuvre parce que les Français, même de fraîche date, ne veulent plus faire un certain nombre de métiers. L’immigration massive s’est donc faite en deux temps : le patronat en a soutenu l’idée puis une certaine gauche, pour des raisons complètement différentes, a légitimé le phénomène.

Et dans la foulée, elle a adopté la même attitude, fondée sur le refus de toute critique à l’égard de l’islam.

Je le crois. Et c’est là que la gauche est vraiment responsable. Curieusement, elle a pour l’islam des complaisances qu’elle n’a pas eu jadis pour le catholicisme alors que cette religion fermée – je ne parle même pas du terrorisme – est aux antipodes de ses valeurs traditionnelles. Beaucoup de choses se jouent autour de la notion de laïcité. Lorsque par ouverture d’esprit, la gauche lâche progressivement sur la laïcité, elle perd ses bases.

Je m’étonne que le débat sur l’islam se fasse sans les musulmans

Entre le retour de l’antisémitisme, l’islamisation des territoires perdus, la montée du péril terroriste, l’universaliste que vous êtes a dû trouver ces vingt dernières années éprouvantes. Avec de telles différences entre les Français, peut-on encore vivre ensemble ?

Ne nous voilons pas la face : le problème posé par l’apparition de l’islam en France ne sera pas résolu par la politique, mais, en grande partie, par la confrontation culturelle.

Que voulez-vous dire par là ?

Il n’appartient pas à l’État de réformer les religions. C’est de la confrontation entre les religions au sein d’une société libre que peut naître une évolution. Ce qui n’est pas acceptable, c’est la prétention de l’islam à devenir la religion dominante, voire la religion unique, dans tout pays où il est présent.

Dans ce contexte, le rôle de l’État se borne à maintenir la laïcité intégralement, c’est-à-dire à exiger de tous ce qu’on a obtenu, non sans mal, des catholiques au début du XXe siècle. D’ailleurs, je m’étonne que le débat sur l’islam se fasse sans les musulmans. C’est peut-être ce qui explique la violence de cet affrontement qui est tout de même un peu artificiel. Il n’y a pas de guerre civile en France, sauf au niveau des intellectuels ! En attendant, le camp de l’accommodement a subi une perte fracassante avec la chute de la maison Ramadan qui a conjugué la tartufferie à l’islamisme.

Pendant ce temps, une autre partie de la jeunesse redécouvre ses racines chrétiennes qu’on croyait enfouies. Consciemment ou non, la renaissance de la droite catholique est-elle une réplique à la montée d’un islam conquérant ?

Parlons plutôt d’émulation. Mais cette affirmation identitaire chrétienne n’est pas agressive. Par exemple, la Manif pour tous ne s’est jamais présentée comme un mouvement antimusulmans – bien au contraire, elle en a accueilli certains dans ses démonstrations.  Probablement limité, le revival catholique va de pair avec la prise de conscience de la part des couches moyennes de la société française qu’elles ne sont plus dans le coup. Du moins, que la gauche ne les assume plus. De la même manière que la société a repoussé le prolétariat de la banlieue proche à la banlieue éloignée, la gauche a repoussé les catholiques de la banlieue proche de la République jusqu’aux tréfonds conservateurs de la société française. Aujourd’hui que le catholicisme se refait à droite, je conseillerais à ses représentants de ne pas reproduire les erreurs des cathos de gauche : ne cédez pas à la tentation de l’horizontalisme, considérez que votre vocation est différente. Pour le reste, ma foi, que le meilleur gagne !

Le Parti socialiste avait voté « oui » à Pétain et « non » à de Gaulle !

En tant que catho de gauche, avez-vous l’impression de représenter une espèce disparue ?

Je n’ai jamais été un catho de gauche, mais un socialiste religieux. En tout cas, l’affaire du « mariage pour tous » a interrompu le rapprochement historique entre le catholicisme et la gauche engagé depuis le début du XXe siècle. J’ai fait remarquer à Hollande qu’il était en train d’inverser une tradition dont Rocard, Mitterrand et la plupart des grands républicains étaient les symboles. À gauche, il y avait un assemblage de catholiques, de protestants et de juifs qui n’ont jamais mis la question religieuse au premier plan, mais qui témoignaient de la présence du spirituel dans les combats politiques. Aujourd’hui, c’est le vide.

Finalement, que reste-t-il de vos amours avec la gauche ?

Même si Macron a réussi a accomplir le rêve d’un centre puissant, jamais réalisé depuis la Restauration, la gauche, en tant qu’expression d’une bipartition de toute société, me paraît devoir continuer. Dans toute assemblée, il se définit une gauche et une droite, c’est-à-dire un parti de l’ordre et un parti du progrès. Paradoxalement, alors que la social-démocratie n’a jamais été électoralement aussi faible, jamais elle n’a autant été l’idéal commun. Qu’ils soient chinois, brésiliens ou indiens, les ouvriers demandent plus de protection sociale à travers un État-providence dont la social-démocratie a été l’expression.

Mais il manque aussi des hommes, notamment au PS. Historiquement, la gauche française s’est toujours réunifiée à partir d’un leader charismatique venu de l’extérieur, souvent des républicains bourgeois tels que Jaurès, Blum, Mendès-France, Mitterrand. Cependant si la gauche manque d’une colonne vertébrale idéologique, c’est aussi parce qu’elle n’a toujours pas digéré son passé : il ne faut pas oublier qu’avant d’être colonialiste, le Parti socialiste avait voté « oui » à Pétain et « non » à de Gaulle !

Quant à moi, je n’ai pas de problème avec ma culture historique de gauche, ni avec le peuple de gauche, qui à la différence de nombre de ses chefs, reste fidèle à ses valeurs. J’étais anticolonialiste, je le reste. J’étais laïque, je le reste. J’étais attaché à l’École républicaine, à la langue française, à la littérature française, je le reste plus que jamais. J’étais social-démocrate, je constate que l’aspiration au welfare state et aux libertés politiques reste l’aspiration de tous les peuples de la Terre. Les partis politiques passent, les cultures politiques demeurent.

L'Esprit du peuple

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Laissons nos enfants apporter leurs portables à l’école!

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Faute de pouvoir en réglementer l’usage du portable à l’école et au collège, le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer a décidé d’interdire l’objet. Analyse d’un aveu de faiblesse.


Reprenant une promesse de campagne d’Emmanuel Macron, le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, d’habitude mieux inspiré, a annoncé l’interdiction des téléphones portables dans les écoles et collèges dès la rentrée 2018. Il s’agirait, comme il le déclarait en septembre à L’Express, de « protéger nos élèves de la dispersion occasionnée par les écrans et les téléphones ». Si l’on ne peut qu’être d’accord avec un tel objectif, il est permis de formuler quelques réserves sur cette proposition.

Rappelons d’abord qu’un portable, téléphone ou smartphone, est un instrument dont l’utilisation n’est pas automatique, et qui ne décide pas à la place de son propriétaire ; que tous ou presque disposent de touches (le fameux « mode avion ») qui empêchent d’être avertis en temps réel de l’arrivée de messages ; et que tous ont une touche on/off qui permet d’arrêter l’appareil.

Une disposition déjà existante

Tenant compte de ces caractéristiques, rien ne semble plus facile que d’interdire l’usage d’un tel appareil en salle de classe et de sanctionner ceux qui violent cette interdiction. Or que nous dit le Code de l’Éducation dans son article L511-5 ? « Dans les écoles maternelles, les écoles élémentaires et les collèges, l’utilisation durant toute activité d’enseignement et dans les lieux prévus par le règlement intérieur, par un élève, d’un téléphone mobile est interdite ». Bref, nous avons, depuis la loi du 12 juillet 2010 qui a créé l’article en question, tous les moyens pour protéger les chers petits contre eux-mêmes.

Mais c’est là que le bât blesse. L’administration sait pertinemment que les enseignants de nombreux établissements n’ont ni l’autorité ni les moyens pour interdire cet usage en classe. Il n’est même pas dit que, dans la gigantesque pétaudière qu’ils gardiennent, entre cris d’animaux, insultes et gestes déplacés, le fait que les quatre lascars du fond visionnent une « sextape » sur leur portable ne leur apporte pas un peu de paix…

De l’utilité du portable

Pourtant, d’autres élèves ont besoin de leur portable. Ceux par exemple, dans nos villes de province, dont les parents qui travaillent sont, ce soir-là, en retard pour venir les chercher. Ceux qui doivent prévenir des parents qui s’inquiètent que leur prof est absent, et qu’ils sortiront plus tôt, mais iront chez X faire leurs devoirs. Les élèves normaux en quelque sorte. Ceux qui ne regardent pas de vidéos en cours, qui ne lisent même pas leurs messages, ceux qui respectent l’autorité de l’enseignant et viennent bénéficier de l’école de la République pour étudier.

Au nom de quoi alors cette mesure d’interdiction générale ? Au nom de la grande tradition de lâcheté de l’administration française. Plutôt que de prendre de face les contrevenants et de les sanctionner, elle préfère toujours édicter une mesure générale, qui ne paraît donc pas stigmatisante envers les perturbateurs, et gêne ainsi tout le monde, y compris ceux qui ne posent aucun problème, pour ne pas fâcher ces quelques-uns qui détruisent le système. On n’arrive pas à interdire l’usage ? Interdisons l’objet.

La saisie de portable est un sport de combat

Ce serait pourtant reculer pour mieux sauter, car l’organisation matérielle de la chose semble bien délicate. Première solution, interdire aux élèves de venir à l’école avec un portable et confisquer ceux des contrevenants. Mais on voit mal ceux, enseignants ou personnel, qui étaient jusque-là incapables de leur demander de seulement les couper, se saisir matériellement des appareils, à moins d’avoir fait quelques années de krav-maga… et, de toute manière, une telle mesure de confiscation ne pourrait sans doute pas être légalement mise en œuvre par des enseignants. Deuxième solution, le stockage à l’entrée de l’établissement des portables. On imagine les difficultés : le temps matériel pour le dépôt et le retrait de centaines d’élèves, la construction de casiers, l’existence d’une salle sécurisée… Et l’on retrouve là encore les possibilités de fraudes et la difficulté – pour ne pas dire la quasi-impossibilité – de les sanctionner. Troisième solution, certainement la plus efficace, serait la mise en place d’un brouilleur dans l’établissement, mais quid alors du personnel ?

La République mise en situation de faiblesse

Bref, par manque d’autorité, on va mettre en place des usines à gaz totalement inefficaces qui finiront par buter sur ce même manque d’autorité. Tout recteur pourrait d’ores et déjà fournir au ministre la liste des établissements où une telle mesure ne pourra matériellement pas être mise en place. Or cette inefficacité tristement prévisible n’a rien de neutre, car elle placera une fois de plus la République en situation de faiblesse dans certains territoires. Encore une règle en effet dont certains se feront – à peu de frais – gloire de s’affranchir.

Benjamin Constant le disait : « Dans les réactions contre les hommes, le gouvernement a surtout besoin de fermeté ». La mesure proposée n’est pas cette mesure de fermeté qu’aurait été l’interdiction, dûment sanctionnée, de l’usage des portables en cours – bref, le simple respect du Code de l’Éducation. Ce n’est qu’une mesure d’évitement du conflit qui, comme toute mesure de ce type, affaiblira seulement un peu plus celui qui s’y livre.

Enquête : Comment les migrants adultes se font passer pour des mineurs isolés

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En deux ans, le nombre de clandestins mineurs non accompagnés, donc inexpulsables, a doublé en France. Leur prise en charge absorbe autour d’un milliard d’euro. Une tâche que l’Etat et les départements vont sous-traiter au secteur associatif, malgré les risque de dérives financières. 


Ils étaient 13 000 au 31 décembre 2016, et 18 000 six mois plus tard, selon un rapport sénatorial[tooltips content= »Rapport remis au Sénat le 28 juin 2017, par le sénateur Jean-Pierre Godefroy et la sénatrice Elisabeth Doineau. »]1[/tooltips]. Ils seront 25 000 au minimum à la fin de l’année. Les arrivées de mineurs non accompagnés (MNA, appelés « mineurs étrangers isolés » jusqu’en 2016) explosent. Mineurs, ou prétendus tels. Pour entrer en France sans papiers, en effet, la minorité est un sésame. Le mineur étranger est non expulsable et n’a pas besoin de titre de séjour. Il bénéficie de plein droit d’une prise en charge par les services de l’aide sociale à l’enfance (ASE), gérés par les départements, au même titre qu’un mineur français. Quelques jours seulement après son enregistrement par l’administration, le juge ou le procureur prennent une ordonnance provisoire de placement qui s’impose à la collectivité. Les magistrats peuvent même exiger de la collectivité territoriale, sous astreinte, qu’elle fournisse des vêtements adaptés aux mineurs.

Un dossier à 1 milliard d’euros

Les réseaux d’immigration, manifestement, ont flairé l’aubaine. Des filières difficiles à retracer se sont mises en place, donnant des résultats improbables. Cet été, le département des Hautes-Alpes a vu affluer des dizaines de jeunes, venus à près de 90 % de trois pays seulement : la Guinée-Conakry, la Côte d’Ivoire et le Mali. Pour la seule journée du lundi 21 août, la préfecture de Gap a enregistré 76 arrivées de mineurs ou prétendus tels, soit davantage que pendant toute l’année 2016 ! Le Département les a logés dans le lycée agricole de Gap, qui a rapidement saturé. Les jours suivants, il y a eu 35 nouvelles arrivées. Une trentaine de personnes ont été logées dans la salle paroissiale Saint-Arnoux, toujours à Gap. Las, fin août, il a fallu l’évacuer en catastrophe : une épidémie de gale s’était déclarée, a fait savoir le représentant local de la Cimade (Comité inter mouvements auprès des évacués). Les cols de l’Échelle et du Montgenèvre séparent les Hautes-Alpes de l’Italie. La situation devenant difficile à Vintimille-Menton, les passeurs remontent manifestement vers des routes plus au nord, très difficiles à fermer. Toutefois, surprise, certains des Guinéens arrivés dans les Hautes-Alpes disent avoir transité par l’Espagne. Pourquoi ont-ils atterri à Gap ? Mystère.

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Le Conseil départemental a examiné le dossier le 7 novembre, en urgence. À cette date, ce département moins peuplé que le 11e arrondissement de Paris (140 000 habitants) enregistrait le total ahurissant de 882 arrivées de mineurs non accompagnés depuis le début de l’année. Après examen de leurs papiers, entretien, voire examen médical, 35 % ont été considérés comme majeurs.

Sur décision de justice, 25 vont être pris en charge par le Conseil départemental. Celui-ci a lancé un appel à projets pour créer deux centres d’hébergement. Budget prévisionnel : 70 euros par jour, soit 25 550 euros par an, auxquels il faut ajouter les salaires des travailleurs sociaux. Dans un appel à projet similaire, diffusé en juillet, le Département de l’Ardèche estime qu’il faut prévoir une « dotation annuelle se situant entre 50 000 et 70 000 euros » par mineur. Soit, pour 20 000 personnes, la bagatelle de 1 milliard d’euros et ce montant sera certainement dépassé en 2018, selon l’Assemblée des départements de France (ADF). Depuis un an, toutes tendances politiques confondues, c’est la bronca dans les exécutifs départementaux. Le coût de l’ASE devient insupportable. Les foyers étant saturés, il faut payer l’hôtel aux mineurs. Le gouvernement a mis au point une clé de répartition, afin de soulager les départements qui font office de porte d’entrée, comme les Alpes-Maritimes ou la Seine-Saint-Denis, qui abrite Roissy. Sur la base de divers critères (population, capacité des services, etc.), la Lozère doit accueillir 0,11 % du total, le Nord-Pas-de-Calais 4,57 %.

Pour l’ADF, c’est un cautère sur une jambe de bois. « Nous demandons à l’État d’assumer ses fonctions régaliennes, martèle un porte-parole. Les départements ne peuvent assumer les carences du contrôle aux frontières, qui est une politique nationale. » Concrètement, les départements demandent que l’État assume la procédure d’évaluation et l’hébergement d’urgence. En théorie, l’évaluation est une simple formalité, réglée en cinq jours : examen des papiers, entretien, examen médical. En pratique, les services départementaux sont tellement débordés que la procédure s’étale sur des mois et devient ruineuse. Le Premier ministre Édouard Philippe a donné son accord de principe le 20 octobre. L’État va assumer, les modalités restant à préciser.

Migration business

Selon Violaine Husson, responsable nationale à la Cimade, « les départements veulent en réalité sortir les mineurs étrangers de l’ASE et s’en débarrasser », à charge pour l’État de créer un statut ad hoc. La Cimade pointe deux risques. Le premier est juridique, avec une possible rupture d’égalité devant la loi, si les deux régimes ne se valent pas, ce qui entraînera des recours et une belle pagaille procédurale, animés par des vautours en robe noire… « Je suis écœurée par certains de mes confrères qui défendent soi-disant les mineurs étrangers, rage l’avocate de deux départements français. Ils prennent des poses humanitaires, mais ils se moquent éperdument de leurs clients. Ils draguent les associations, ils se bousculent pour récupérer des dossiers qu’ils traitent à la chaîne, en écorchant les noms. Et c’est la collectivité qui passe pour inhumaine ? Soyons sérieux ! »

Le second risque est plus pernicieux, c’est le développement exponentiel d’un business de la prise en charge, qui existe déjà. Les « MNA » constituent une opportunité à 1 milliard d’euros et il y a bataille pour capter des parts de marché. Depuis 2013, le Groupe d’information et de soutien aux immigrés (Gisti) évoque les jeux d’intérêts financiers générés par les migrations. Il ne s’agit pas seulement des passeurs libyens. En France, de multiples associations se positionnent pour prendre en charge les migrants. Dans le cas des mineurs, dénonce Violaine Husson, « on a un conflit d’intérêts flagrant, quand la même structure évalue l’âge du demandeur et le prend en charge s’il est mineur ». La tentation, bien entendu, est d’adapter les résultats de l’évaluation aux capacités d’hébergement. Pour la Cimade, le risque est que des mineurs soient déboutés à tort. « À court terme, c’est ce qui va se passer, confirme un fonctionnaire du Département de la Loire-Atlantique. La Cimade a entièrement raison. Mais à moyen terme, on s’expose au risque inverse. Si on débloque des crédits pour permettre à des associations de faire face à l’augmentation des arrivées de mineurs, elles vont recruter des encadrants et agrandir leurs locaux. Dans trois ou cinq ans, si les flux se tarissent, elles feront pression pour prendre des jeunes adultes, dans le but de faire tourner la machine. »

Vous êtes No Border ? Les virus aussi.

Les mineurs et les jeunes adultes qui arrivent en France d’Afghanistan ou de Guinée ne sont évidemment pas à jour de leurs vaccinations. Selon une étude présentée en avril 2017 par le docteur Sylvain Nappez, du Centre de prévention des maladies transmissibles du Centre hospitalier universitaire d’Amiens, « les risques pour les pays d’Europe d’épidémies de maladies infectieuses du fait des flux migratoires sont faibles », mais ils ne sont pas nuls. Ce qui peut rendre la situation critique est que les migrants arrivent dans un pays où la méfiance envers les vaccins atteint des sommets. Quatre Français sur dix estimaient qu’ils n’étaient pas sûrs, selon une étude de l’Institut national de veille sanitaire (INVS) publiée début 2016. La rougeole, que les médecins pensaient éradiquée (330 000 cas en 1986, moins de 400 en 2014), fait un retour en force depuis deux ans. Les migrants sont un groupe à risque. Pour eux-mêmes d’abord, car la rougeole tue, et pour les pays des populations d’accueil également. À Calais, en 2016, une souche inhabituelle de la rougeole a circulé dans un camp, touchant neuf migrants, un bénévole et trois soignants. À Calais et à Grande-Synthe, 245 personnes ont été vaccinées en urgence, raconte le Bulletin épidémiologique hebdomadaire de l’INVS en date du 5 septembre 2017. Le très sérieux Scandinavian Journal of Public Health (« Journal scandinave de santé publique ») a tiré la sonnette d’alarme dès novembre 2015 : « Certaines recrudescences de rougeole dans l’UE sont dues à des couvertures vaccinales suboptimales dans les populations migrantes », écrivaient dans ses colonnes des épidémiologistes de la London School of Economics and Political Science, sous la direction de Gemma A. Williams. C’est une réalité. Faut-il la taire, quitte à laisser mourir les migrants de maladies d’un autre âge, sous prétexte de ne pas les stigmatiser ?

Tous ne fuient pas les combats ou la misère

À quoi faut-il s’attendre ? Combien seront-ils demain ? Ni la Cimade ni l’ADF ne se risquent au moindre pronostic. Néanmoins, ceux qui pensent que la croissance au Sud et la fin de la guerre en Syrie tariront les arrivées risquent d’être déçus. Selon le rapport sénatorial de juin, les moins de 12 ans syriens, afghans et somaliens sont rarissimes parmi les MNA. Ceux-ci ont pour l’essentiel, entre 16 et 18 ans, et ils arrivent massivement d’Afrique subsaharienne (71 %), plus particulièrement d’Afrique de l’Ouest (44 %) et du Sahel (27 %). Sur le plan économique, les perspectives en Afrique de l’Ouest n’ont pas été aussi bonnes depuis très longtemps. La croissance des PIB en 2016 est impressionnante : + 5,2 % en Guinée-Conakry, + 5,3 % au Mali, + 6,6 % au Sénégal, + 8,8 % en Côte d’Ivoire. Envoyer un jeune en Europe coûte cher. L’enrichissement relatif (le PIB par habitant du Sénégal a doublé depuis 2000, à 970 dollars par tête en 2016) fait que les parentèles africaines sont plus nombreuses à cotiser pour financer les départs. Ce n’est pas la misère croissante qui accélère l’exil, mais un timide regain de prospérité. Le cas du Mali est éloquent. Des opérations antidjihadistes sont en cours, la dernière famine remonte à 2012 seulement et on y trouve des camps de réfugiés, mais tout cela dans le Sahel. Le Mali est grand (1,24 million de km2). La région d’où vient l’essentiel des Maliens de France depuis les années 1970 est celle de Kayes, à l’ouest, très loin du Sahel. Elle est pauvre, selon nos critères, mais elle est à l’abri de la guerre et de la famine. L’émigration y est conçue comme une filière économique à part entière. Il y a même une Coordination des associations pour le développement de la région de Kayes en France (Caderkaf) ! De nombreux témoignages portent à croire que les mineurs maliens isolés de 2017 suivent cette filière. Le Parisien du 31 octobre 2017 s’attendrissait ingénument qu’un jeune Malien isolé, fraîchement arrivé, ait croisé sur un terrain de foot « pour la première fois un autre garçon originaire, comme lui, de Kayes… »

Des mineurs avec des dents de sagesse…

Par Gil Mihaely

Le docteur N., la soixantaine, est dentiste. Son cabinet se situe dans un arrondissement populaire du nord de Paris. Connu pour ne pas trier ses patients, à la différence de certains de ses confrères, il soigne tout le monde, y compris les sans-papiers couverts par l’aide médicale d’État (AME). C’est probablement cette réputation qui, fin 2011, a décidé une association d’aide aux migrants mineurs isolés à lui demander de soigner les jeunes dont elle s’occupe.

Après que N. a accepté, une petite dizaine de jeunes hommes afghans se présentent pendant quelques mois à sa clinique pour des rendez-vous fixés et pris en charge par l’association. Très vite, le dentiste se rend compte que l’âge déclaré de ces jeunes hommes, tous supposés avoir 15 ans, ne correspond pas toujours à l’état de leur dentition : certains ont déjà leurs dents de sagesse. Or, celles-ci ne poussent que très rarement avant 16 ou 17 ans, souvent plus tard, sinon jamais.

Sans être dupe, le docteur N. garde ses observations pour lui, content de rendre service à des braves gens, sympathiques et polis dont l’un, bien intégré en France, lui a même rendu visite il y a quelques mois, presque cinq ans après son dernier rendez-vous au cabinet dentaire ! Début 2012, un autre patient afghan envoyé par l’association suscite la curiosité du dentiste : censé être mineur, cet individu semble significativement plus âgé que les autres. Après quelques échanges, le docteur N. apprend que l’homme est dans sa trentaine… Ce fut le dernier patient envoyé par l’association dont le docteur N. n’a plus jamais eu de nouvelles. De quoi laisser songeur : tous les mineurs isolés pris en charge par l’association à partir du printemps 2012 avaient-ils une dentition parfaite ? Les bénévoles ont-ils trouvé un autre dentiste meilleur et moins cher ? À moins que sa discussion avec le migrant trentenaire, rapportée à l’association, ait fait comprendre à ses dirigeants que le médecin était parfaitement au courant de leur petit manège… On ne le saura probablement jamais.

 

Solère-Urvoas: tiens, la justice va moins vite que pour Fillon

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Jean-Jacques Urvoas (à gauche) et Thierry Solère. SIPA. 00724373_000005 / 00807047_000039

D’après Le Canard enchaîné, Jean-Jacques Urvoas, alors ministre de la Justice, aurait informé Thierry Solère, ancien député LR aujourd’hui en marche, d’une enquête le concernant.


Alors comme ça, le garde des Sceaux violerait ses obligations qui sont celles de diriger une administration chargée du contrôle du respect de la loi dans un État de droit. Comment ? Si l’on en croit les gazettes, Jean-Jacques Urvoas, alors ministre de la Justice en exercice (janvier 2016-mai 2017) aurait sollicité de ses services une information sur une enquête préliminaire en cours. Il en a le droit, et c’est ainsi qu’une note émanant du parquet de Versailles, et  « blanchie » pour que n’y apparaisse aucune référence, est arrivée sur son bureau.

Elle concernait Thierry Solère, ci-devant parlementaire LR soupçonné d’avoir pris des libertés avec un certain nombre de règles fiscales et financières. Le contenu de cette note lui aurait été prestement adressé par le ministre. Celui-ci commettant à cette occasion, si les dires du Canard sont avérés, une violation de la loi protégeant le secret de l’enquête.

Probité à géométrie variable

Bel exploit de la part d’un garde des Sceaux. Et d’une ! Transmission supposée dont Urvoas connaissait le caractère rigoureusement illicite puisque, soucieux de discrétion, il aurait utilisé la messagerie cryptée Telegram, vous savez celle dont précisément raffolent les terroristes, car elle met leurs échanges à l’abri de la curiosité policière. Et de deux ! Et pourquoi cette faute lourde, doublée d’une infraction pénale ? Si l’on en croit les médias, pour permettre à Thierry Solère d’organiser sa défense, et éventuellement de ne pas être gêné dans la mise en œuvre de la trahison politique de ses amis. Et de trois !

Sans illusion sur ce qui se passe dans les cuisines d’un État où il arrive que l’on prépare des tambouilles malodorantes, force est de constater que nos Filochard et Ribouldingue, par ailleurs grands pourvoyeurs de cours de morale, viennent de nous donner une jolie leçon d’exigence de probité à géométrie variable. En affichant un sentiment d’impunité nourri de la bonne conscience du camp du Bien. Camp du Bien auquel Urvoas appartient depuis longtemps, et que Solère s’efforce sinueusement de rejoindre, de préférence en gardant ses armes et ses bagages dès lors qu’ils sont lucratifs, comme l’a montré l’épisode de la questure.

Solère, Macron, Fillon: chacun son rythme!

Ajoutons quelques remarques, histoire d’épicer le plat. Jean-Jacques Urvoas, on nous l’a assez répété lors de son arrivée place Vendôme, est un fin juriste. Il aura du mal à plaider l’ignorance lorsqu’on lui demandera quelques explications sur sa fulgurante innovation visant à donner à l’enquête préliminaire un caractère contradictoire. Le présumé receleur Thierry Solère nous avait déjà fait une démonstration de l’élasticité de ses convictions politiques, les malintentionnés prétendent que cette élasticité serait également présente dans ses pratiques fiscales et financières. Eh bien cette fois-ci, la (supposée) violation à son profit de la loi par un ministre, « adversaire » politique par ailleurs, lui apparaît banale. Tellement banale qu’il aurait pieusement conservé le message crypté sur son téléphone et que sa défense nous fait aujourd’hui savoir qu’en fait tout cela était légitime, puisque des éléments de l’enquête le concernant avaient été transmis à la presse, et publiés. Et pour compenser une violation du secret de l’enquête, il fallait en faire commettre une autre au ministre de la Justice lui-même ! Normal on vous dit, où est le problème ?

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Continuons à céder à nos mauvais penchants, pour constater qu’en matière de justice politico-médiatique, le deux poids deux mesures règne en maître. Lors des polémiques sur les conditions fulgurantes, concertées et parfaitement inhabituelles, dans lesquelles avait été lancée l’opération judiciaire de destruction de la candidature Fillon à la présidentielle, le premier président et le procureur général de la Cour de cassation, pour justifier la célérité compulsive du parquet national financier (PNF) et du Pôle du même nom, nous avait expliqué, dans un communiqué commun qui constituait une grande première, qu’en matière de procédure c’était chacun son rythme. Effectivement, chacun son rythme. On sait depuis plusieurs mois que le déplacement à Las Vegas du candidat Macron aurait donné lieu à la commission d’un délit de favoritisme. L’organisation en avait été confiée à une agence sans mise en concurrence et en violation des règles du code des marchés publics. Fait qui a été reconnu par l’agence publique France business dans un communiqué. D’autres informations ont filtré dans la presse selon lesquelles madame Muriel Pénicaud, aujourd’hui ministre du Travail, aurait quelques comptes à rendre. Le dossier qui, paraît-il, comprendrait en plus quelques éléments préoccupants concernant le financement de la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron, dort d’un sommeil paisible.

Concernant celui d’Urvoas et Solère, les faits seraient connus depuis le 26 juin, et le parquet de Versailles les aurait transmis… le 5 décembre dernier au procureur général de la Cour de cassation qui a la compétence pour saisir la Cour de justice de la République !

Tout doux, chacun son rythme on vous dit. Et puis, ne soyez pas de mauvaise foi, regardez pour Richard Ferrand, le classement sans suite est arrivé très vite.

Vous voyez bien.

Les graffeurs bulgares sont moins soviétiques que les antiracistes français

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©D.R.

Parler de sculpture est devenu une activité à risque. En France, nombre de braves justiciers rêvent de déboulonner, ici une statue de Colbert, là un buste de Jules Ferry. À l’autre bout du continent, une fresque mémorielle soviétique a créé une brouille étatique entre la Russie et la Bulgarie. Mais la comparaison s’arrête là. Car à l’opposé des décolonialistes qui nous font la morale, les artistes de rue postcommunistes, eux, privilégient la rigolade.

« En phase avec le temps. »

À Sofia, un tagueur non identifié a fait scandale en s’attaquant à l’imposant monument stalinien érigé dans les années 1950 à la gloire des soldats de l’Armée rouge. Plutôt que de pétitionner pour sa destruction, il a badigeonné les fiers libérateurs de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, les transformant en icônes de la culture populaire américaine.

Ainsi Sacha est devenu Superman, Grichka a endossé le costume de Ronald McDonald, tandis qu’Ivan joue le Joker de Batman. Last but not least, en plein milieu de cette escouade de super-héros, on retrouve le Père Noël, qui était interdit de séjour à l’époque de la domination soviétique. Sur le socle, notre graffeur inconnu a inscrit une sentence simple, mais cruelle : « En phase avec le temps. »

Comme de bien entendu, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a immédiatement exigé que l’auteur de cet « acte de vandalisme » soit retrouvé et sévèrement puni. Mais il aurait tort de contester la justesse du propos. Qu’on le veuille ou non, ça fait longtemps que Captain America a ringardisé tous les soldats inconnus de la planète.

Libérons la République populaire de France

Saoulés au patriotisme et à la nostalgie, les Russes refusent de l’admettre. Il vrai qu’avec la chute de l’Empire, la mode du déboulonnage les affecte certainement plus que le reste du monde. En 2007, dans un square de Riga, un des leurs a même perdu la vie dans une vaine tentative de redresser le monument en bronze d’un soldat soviétique que des Estoniens non reconnaissants avaient décidé de jeter à terre. L’histoire n’a pas retenu son nom.

À Sofia, les autorités ont finalement effacé la peinture sacrilège sans autre forme de procès. Preuve, s’il en fallait une, que les temps ont changé et que, depuis bientôt trois décennies, les artistes ou simples citoyens des anciens pays satellites de l’URSS sont libres de se moquer, à tort ou à raison, de qui bon leur plaît. À bon entendeur français, salut !

Chômage des jeunes, mode d’emploi

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Salon de l'emploi à Nimes, 2016. SIPA. 00749088_000004

Un professeur à l’université de Turin, Pietro Garibaldi, a fait le 30 novembre, au colloque du Conseil d’orientation des retraites (COR), une communication remarquable, mais déprimante, sur un effet pervers du relèvement de l’âge de la retraite en Italie. Tenues de garder leurs « seniors », les entreprises italiennes embauchent beaucoup moins de jeunes, si bien que, malgré leur nombre plus que modeste, ceux-ci souffrent d’un chômage épouvantable.

De moins en moins de jeunes, mais…

La démographie italienne est catastrophique depuis le milieu des années 1980 : pour un pays dont la population est approximativement aussi nombreuse que celle de la France, moins de 600 000 naissances par an depuis 1985 (contre un million en 1965 !) et seulement 474 000 (face à 608 000 décès) en 2016. Nés dans les années 1990, les jeunes Italiens se présentent aujourd’hui, et depuis plus d’une dizaine d’années, sur le marché du travail à raison de 550 000 par an environ, au lieu d’à peu près 750 000 en France. Quant aux Italiens qui arrivent à l’âge de la retraite, nés dans les années 1950, ils appartiennent à des classes d’âge de 850 000 approximativement : l’Italie, comme la France, a connu son baby-boom.

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Dans ces conditions, les jeunes devraient être accueillis à bras ouverts par les employeurs, comme étant rares et donc précieux ! Or, ce n’est pas du tout ce qui se passe. 37 % des personnes de moins de 25 ans sont au chômage en Italie contre 24 % en France, 19 % en moyenne européenne, et 7 % en Allemagne.

Confiance dans l’immigration et confort du « senior »

Une première raison peut être cherchée du côté de l’immigration, nettement plus importante qu’en France : le nombre d’étrangers présents en Italie est passé d’un peu moins de 2 millions en 1990 à un peu plus de 5 millions en 2016, en dépit de très nombreuses naturalisations (jusqu’à 178 000 en 2015). Mais la concurrence des entrées d’immigrés sur le marché de l’emploi italien n’explique pas tout : Pietro Garibaldi montre que la prolongation des carrières professionnelles constitue un facteur statistique très important.

Essayons de décrypter ce phénomène. Il résulte vraisemblablement d’une conjonction de facteurs. Citons en premier lieu l’atonie économique d’un pays vieillissant, dont les entreprises veulent bien conserver leurs travailleurs âgés, parce qu’elles les connaissent et parce qu’ils ne sont plus là pour très longtemps, alors qu’un jeune, en cas de diminution des commandes, devrait être licencié. Deuxièmement, garder un « vieux » une année de plus, c’est comme embaucher en CDD d’un an, avec l’avantage de bien connaître celui dont on s’assure ainsi les services. Troisièmement, les immigrés, quel que soit leur âge, sont souvent moins exigeants. Quatrièmement, les femmes étant peu mobilisées par des grossesses et des responsabilités parentales se portent davantage sur le marché du travail. Cinquièmement, et nous arrêterons là une liste qui pourrait évidemment être prolongée dans une étude plus détaillée, les jeunes les mieux formés n’ont pas tous envie de rester en Italie, loin s’en faut : une forte proportion d’entre eux prend la direction de l’étranger, laissant derrière eux des contemporains moins employables.

Il y a pourtant des solutions…

Ainsi le recul de l’âge de la retraite est-il dramatique dans un pays où la démographie est en berne, où l’économie est peu dynamique et où l’immigration est forte. De plus la situation risque d’empirer, ou du moins de ne pas s’améliorer, en raison d’effets cumulatifs : moins l’emploi sera bon, plus les jeunes convenablement formés s’expatrieront, moins la production progressera, moins les couples auront le cœur à mettre des enfants au monde, plus il faudra relever l’âge de la retraite et donc moins les jeunes restés au pays trouveront du travail.

Pour sortir de ce cercle vicieux il convient probablement de ne pas exagérer la vitesse de relèvement de l’âge de la retraite, de freiner le plus possible l’immigration, d’agir énergiquement en faveur de la natalité, et d’améliorer au maximum l’employabilité des jeunes. A cet égard, le système italien de formation initiale, comme son homologue français, a sans doute bien des progrès à accomplir.

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La France diffère de l’Italie surtout sur un point : la natalité, bien que décroissante depuis 3 ans – nous activons régulièrement la sonnette d’alarme à ce sujet – n’y est pas aussi catastrophique qu’au sud des Alpes. Il sera un peu moins difficile chez nous de réaliser le maintien au travail des seniors sans sacrifier l’emploi des jeunes, mais cela ne veut pas dire que ce sera facile. L’amélioration de la formation, initiale et continue, le freinage de l’immigration et le renforcement de la politique familiale sont des directions à emprunter dans notre pays comme en Italie. Si nous n’agissons pas sur ces trois leviers avant que la situation ne se dégrade trop, le maintien des seniors au travail en moyenne quelques années de plus, qui devrait être une des grandes évolutions des 10 ou 20 prochaines années, débouchera sur des drames analogues à ceux que vivent nos voisins du sud, et particulièrement ceux d’entre eux qui devraient faire leur entrée dans la vie active et se heurtent à une porte, sinon verrouillée, du moins à peine entrouverte.

Les femmes ne sont pas une espèce menacée

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Elisabeth Lévy

L’édito d’Elisabeth Lévy


Nous ne savions pas. Il y a à peine quelques semaines, nous vivions encore dans l’illusion que notre merveilleux pays, résistant à l’américanisation des relations entre les hommes et les femmes, savait encore conjuguer égalité et différence, séduction et respect. On pouvait dire « heureux comme une femme en France ».

Shakespeare out of love

Inconscients que nous étions. Grâce au tsunami de la parole libérée, nous ne pouvons plus ignorer que toute femme, en France, a été, est ou sera une victime, que la culture du viol sévit à tous les étages, en particulier ceux où le mâle blanc et riche exerce sa détestable domination et que se commet un jour sur trois un effroyable féminicide, terme que Le Monde emploie désormais sans guillemets car ces 109 meurtres (en 2016) ne résulteraient pas de tragédies singulières, mais « d’une logique de domination des hommes sur les femmes ». Et ne parlez surtout pas de crime passionnel, cet oxymore est à bannir. « L’amour et la violence ne sont pas compatibles », décrète Edouard Durand, juge des enfants au tribunal de Bobigny, qui n’a jamais dû lire Racine, Shakespeare ou Stendhal – ni d’ailleurs aucun chef-d’œuvre de la littérature. Les défenseurs des femmes en danger sont coutumiers de ce genre d’assertions sur ce que doivent être l’amour et la sexualité. Derrière la compassion, évidemment légitime pour les femmes agressées, violentées ou violées, mais peut-être excessive pour les « victimes » de dragueurs insistants, et légèrement incongrue s’agissant de femmes qui, se repentant après-coup d’avoir cédé à des avances par peur de torpiller leur carrière ou de passer pour coincées, se déclarent traumatisées, on sent vite percer une pulsion normative et punitive.

En attendant, le sort des 40 hommes tués en 2016 par leur compagne n’émeut pas grand monde. Comme l’a remarqué Alain Finkielkraut, lors du raout organisé le 26 octobre pour célébrer « l’égalité femmes-hommes, grande cause du quinquennat », devant le gratin du féminisme pleurnichard qui a succédé aux joyeuses guerrières des temps héroïques, ces victimes trop mâles n’ont pas eu droit à la minute de silence observée à la demande du président de la République pour les femmes assassinées. Si ça se trouve, ils avaient bien cherché ce qui leur est arrivé.

#MoiPas

Il a suffi de deux mois d’hystérie collective pour que les femmes soient officiellement déclarées espèce protégée – ce qui fait au passage des hommes une espèce surveillée. « Au fond, nous vivons dans une société qui maltraite les femmes », proclamaient quelques jours plus tôt, dans un appel au président de la République, une centaine de pétitionnaires de sexe exclusivement féminin menées par l’inévitable Caro de Haas, sainte madone de la convergence des luttes. Affirmer que la société maltraite les femmes parce que des femmes sont maltraitées, cela revient à prétendre qu’elle ne respecte pas la vie humaine parce qu’on enregistre chaque année plusieurs centaines d’homicides (entre personnes de même sexe) ou qu’elle bafoue la propriété parce qu’on n’a pas éradiqué le vol. C’est surtout passer par pertes et profits le formidable bouleversement des rapports entre les sexes qui a donné aux femmes la maîtrise de leur destin. Que des injustices perdurent, c’est indéniable – même les hommes en font l’expérience. Il est possible que les femmes en subissent plus et sur une plus grande échelle que ce qu’on croyait. À en juger par nombre de témoignages, la jeune génération, pourtant biberonnée au politiquement correct, n’est pas toujours plus respectueuse que les aînés auxquels elle prodigue volontiers des leçons de maintien.

Il n’empêche. Quand Edwy Plenel déclare que la révolution féministe ne fait que commencer, ça fiche la trouille. Au lendemain du discours présidentiel, Jacques Toubon publiait ce tweet : « En cas de harcèlement sexuel, c’est à l’auteur des faits de démontrer devant la justice qu’il n’y a pas eu harcèlement. Le Défenseur des droits soutient les victimes et enquête pour les aider à gagner. » Quand un homme investi d’un titre aussi solennel que « Défenseur des droits » propose tranquillement de renverser la charge de la preuve, ce qui signifie qu’une accusation vaudrait condamnation, on se dit que cette merveilleuse révolution n’est pas loin d’inventer sa loi des suspects. Alors au risque de passer pour un cœur sec, cela me donne furieusement envie de lancer le hashtag « Moi pas ! »

Les Rien-pensants

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60 millions de pleurnichards, et moi, et moi, et moi…

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victime racisme islamophobie
Hommage populaire à Johnny Hallyday, Paris, décembre 2017. Numéro de reportage : 00835390_000016.

Quoi qu’en dise le chœur des pleureuses de tous bords, notre pays n’est ni l’Alabama, ni l’Afghanistan, ni le Zimbabwe. Geindre à l’idée d’être discriminé, grand-remplacé ou simplement perdu dans ce monde absurde : tel est le sanglot de l’homme blanc de peur.


Si les idéologies ne sont certainement pas aussi finies que cela fût massivement dit à la fin du XXème siècle, l’intelligibilité du Monde et de l’Histoire s’est tout de même bien fait forniquer sa race et sa classe, depuis le délitement du moment d’hégémonisme occidental et la Noël 91 à Moscou.

Perdu dans un monde maniaco-dépressif

Sartre était finalement bien un chien bâté et Aron un laquais faible. Sans projet, sans ennemi digne de ce nom (pas de sarrasins, pas de rosbifs, pas de boches, pas de rouges, rien que quelques pieds nickelés méchants) et surtout assommé par un monde moins multipolaire que maniaco-dépressif – en sus mal expliqué par des experts nuls – ce con de Français est perdu.

Il est perdu, comme un enfant perdu dans un hypermarché où 300 pays plein d’étrangers ont remplacé 300 fromages très français. Alors il pleurniche, il geint, sans même la moindre conscience de sa névrose infantile, ce petit con.

Il n’est d’ailleurs jamais aussi content de lui que quand il peut pleurer à chaudes larmes, qui (salauds de riches !) pour Jean d’Ormesson ? Qui (salauds de pauvres !) pour Johnny Hallyday ? Il y aurait une anthropologie culturelle à réactualiser, une actualité des logiques lacrymales à écrire, tant la glorification des gens-qui-pleurent exhibés partout, dit quelque chose de notre état collectif. Marcel Mauss saurait faire cela, mais bon il est mort sous Georges Bidault et Staline, à une époque où cela valait encore la peine d’analyser phénomènes et signes.

Les méchants sont méchants

Le reste du temps, toute morve ravalée, il geint. Il geint de veulerie, comprenant fugacement que dans cette société faussement fluide, sa grande capacité d’action superficielle est inversement proportionnelle à l’idée même de transformations profondes.

Alors il geint. Il geint d’être discriminé, en faisant croire qu’il vit dans le monde de Frantz Fanon et Maya Angelou. Il geint d’être discriminé en Olympe de Gouges sur l’échafaud. Il geint d’être grand-remplacé, fermier blanc Zimbabwéen. Il geint parce que les méchants sont méchants et que personne n’aime les juifs. Du PIR au CRIF et d’OLF au FN, la grande farandole des pleureur.ses. Ouin ouin ouin je n’ai pas d’idée, pas de projet, mais regardez comme je pleurniche bien et surtout mieux que les autres. Le concours de celui qui a la plus grosse larme. Même pas des larmes de rites funéraires antiques, mais de bonnes grosses larmes bien sincères. Or, c’est là qu’est précisément le problème. La victimisation de tous par tous tout le temps n’est plus vécue principalement comme une technique, un vice, une anecdote du combat politique. Elle est devenue le combat politique. Le « je suis extrêmement choqué » de l’improbable Copé est devenu la norme du débat public, le cadre ridiculement étroit dans lequel s’enferre la parole. Il suffit de perdre un peu son temps sur internet, d’y lire les commentaires partout, pour ne voir que des pistolets braqués sur des tempes nimbant des yeux rougis.

Les dominants pleurnichent aussi!

On reproche depuis longtemps à la gauche, qu’elle soit « morale » ou même « olfactive » (tout ce qui n’est pas la gauche est nauséabond), d’utiliser cette technique, dans un but de disqualification de l’adversaire. Peu importe, tant que cela n’était qu’une technique, un artifice bien compris de la rhétorique politicienne et journalistique. Cependant, comme toujours avec les artefacts puissants (Dieu, l’Etat, la Famille…), l’on finit par oublier leur caractère construit. Eh voilà donc une belle démocratie lacrymale où les dominants pleurnichent eux-aussi toutes leurs glandes : patrons geignards, bourgeois craintifs, bobos flippés, politiques extrêmement choqués ! Même les intellectuels de plateaux n’analysent plus grand chose, inaudibles entre deux sanglots, entre deux délations tristes ou invectives au ras des chrysanthèmes… La conséquence morbide de cette démocratie lacrymale est que toutes les causes finissent par s’y valoir, nivelées par les larmes. Il n’y a plus de racisme, plus d’oppression, plus de discrimination, juste des dominants qui pleurent et des dominés qui pleurent… juste des gens qui pleurent… juste des pleurs… juste de la flotte salée dégueulasse !

Je finirai, intimement, ce billet inutile et gratuit, en convoquant Freud et Lacan : « Maman ! Regarde maman ! Regarde comme j’ai bien geint ! »

Pas de porno pour Noël, le dernier cinéma X de Paris va fermer

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Maurice Laroche, le directeur du dernier cinéma porno de Paris, "Le Beverley". ©STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Le Beverley fermera fin décembre, un peu avant Noël. Il était le dernier cinéma X de la capitale.

Aujourd’hui, il n’est plus rentable. Quelques vieux fidèles résistent encore mais en vain.

On ne peut qu’être soulagé par cette disparition progressive. Les cinémas pornos sont en effet des endroits répugnants où la masturbation collective est souvent la norme. Ils sont l’expression non de la débauche mais de la défaite, d’une misère sexuelle telle, qu’elle consent à s’afficher publiquement.

La fin d’un monde répugnant…

Le dispositif de ces établissements est assez simple : un groupe d’hommes dans la salle et seulement deux femmes : une à l’écran, une à la caisse. C’est tout.

Céline, dans Voyage au bout de la Nuit, nous donne un aperçu de ce que pouvait être l’ambiance pendant les projections. Lui ne parle pas d’un cinéma porno mais d’une sorte de souterrain aménagé, à New-York, dans lequel des hommes se soulagent comme ils peuvent : « Entre hommes, comme ça, sans façons, aux rires de tous ceux qui étaient autour, accompagnés des encouragements qu’ils se donnaient, comme au football ». On ne peut mieux résumer l’état de déchéance morale qui régnait dans ces salles.

A la sortie des cinémas X, il n’y a jamais grand monde. On se cache pour rentrer, on se cache pour sortir et chaque spectateur est un caméléon : honteux, confus et débraillé.

…qui va me manquer

Pourtant, malgré tous ces défauts, la disparition de ces salles m’affecte. Kundera a une phrase, que je n’arrive plus à retrouver, sur l’ombre de la mélancolie, qui teinterait toute chose disparue d’un agréable regret, y compris la guillotine.

Cette mélancolie, je l’éprouve aujourd’hui, car les quartiers dans lesquels j’ai grandi (La Madeleine et Pigalle) étaient les hauts lieux de la pornographie à Paris. L’un est plus connu que l’autre mais je vous recommande de passer rue Godot de Moroy, vous y verrez des sex-shops anachroniques et des prostitués parlant un dialecte aujourd’hui disparu : le parisien.

Elles m’ont vu pousser et je les ai vues vieillir. Elles disparaissent peu à peu avec ces cinémas, et leur absence fait le lit d’un nouveau monde, nettement moins commode.

A lire aussi: Lahaie d’honneur

En effet, cette pornographie publique, collective et payante est progressivement remplacée par une autre, gratuite, privée et individualiste. L’extinction progressive des lieux de jouissance groupée aura de graves conséquences sociales car quand la République des branleurs abdique, c’est la démocratie sociale et solidaire qui est en danger.

Moi, je ne suis jamais rentré dans ces cinémas. J’ai essayé pourtant. J’avais 12 ans et, avec un ami, nous nous étions déguisés en adulte, affublés de manteaux et chapeaux pour forcer le trait. La caissière me reconnut, je pâlis, nous courûmes. C’était peine perdue, j’habitais à 100 mètres et tout le quartier me connaissait. J’étais humilié mais c’est un pur souvenir.

Tout ça pour dire que les « pornshops », les vieilles prostituées parisiennes et les cinéma X constituaient un monde. Un monde certes particulier, contrôlé en grande partie par la mafia et peu ragoutant sans doute, mais qui avait ses beautés.

La morale bourgeoise a gagné, le porno va disparaître

Je serais même prêt à parier que les quelques spectateurs fidèles de ces cinémas n’y vont pas pour jouir (ils ne peuvent plus les pauvres), mais pour se souvenir, pour garder en mémoire une époque où les salles étaient pleines de collégiens curieux, de vétérans amochés, de religieuses excitées.

On ne peut pas revenir en arrière, et ces cinémas, comme les magazines coquins et les « sex shops », sont appelés à disparaître totalement du paysage urbain, si bien qu’à terme, l’espace public sera vidé de toute référence explicite à la pornographie.

A lire aussi: Comment faire jouir une femme

C’est peut-être préférable. Cependant j’y vois une sorte de victoire de la morale bourgeoise 2.0. Il est vrai que voir des vieux qui consomment du cul, ce n’est pas très agréable, surtout pour une ville jeune et dynamique comme Paris. Il incombe par conséquent aux services administratifs de la mairie d’organiser l’exode massif de ces vieux pervers. Des cars biodégradables et sexuellement neutres seront loués pour l’occasion.

Voyage au bout de la nuit - Prix Renaudot 1932

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Le Cinéma X

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Non à la cigarette (et à Kev Adams) au cinéma !

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Kev Adams. 2016. Sipa. Numéro de reportage : 00741810_000001.

Depuis que la ministre de la Santé Agnès Buzyn a déclaré vouloir interdire le tabac dans les films, c’est l’effervescence !

La fin des pipes au cinéma?

Nadine Grelet-Certenais, sénatrice PS de la Sarthe, en pointe dans ce combat souligne que « 70 % des nouveaux films français mettent à l’image au moins une fois une personne en train de fumer. » Ce qui, selon elle, contribue à banaliser la consommation de tabac au sein de la population. Des professionnels du cinéma sont déjà montés au créneau pour rappeler qu’un art n’a pas pour mission de modifier la société, mais d’en rendre compte… Quelle étape, ensuite ? L’effacement des cigarettes et pipes des films du patrimoine ? Le retournage complet de grands chefs d’œuvres afin d’en faire disparaître toute référence au tabac ? Et pourquoi s’arrêter en si bon chemin dans cette furie hygiéniste et morale ? Après le tabac, l’alcool, les courses-poursuites (qui devront se faire en respectant scrupuleusement le code de la route), les pratiques à risque de toute nature, comme par exemple de traverser une rue en dehors des passages piétons. Afin de faciliter le travail de la future commission qui sera chargée de la normalisation de tous les grands films du passé, voici quelques pistes que nous soumettons modestement…

Exit John Wayne…

Il faudra commencer par s’occuper de la question des westerns, et en priorité du cas John Wayne. Il faudra le doter de cigarettes électroniques et le faire aller à rollers : il est inacceptable que des chevaux soient exploités sur un tournage. Il faudra ensuite retourner intégralement la série du Parrain, afin de ne pas favoriser les pratiques criminelles : les différents personnages ne feront pas partie de la mafia, mais seront les gérants d’un petit bar-tabac familial et ma foi bien sympathique.

Afin de ne pas encourager la pédophilie, il sera obligatoire de retourner intégralement Lolita de Stanley Kubrick : les deux protagonistes devront avoir strictement le même âge, au jour près.

…et « les films qui font du bien » avec Kev Adams

Il sera nécessaire de refaire également La fureur de vivre… exit les courses de voitures, les jeunes se livreront à leurs pratiques suicidaires dans un mini-golf, encadrés par des éducateurs et des agents d’ambiance. Parce que la sécurité routière est une priorité nationale, il faudra retourner Easy Rider, le chef d’œuvre de Dennis Hopper… les rebelles à moto, voilà une image bien trop mortifère ! Les personnages évolueront sur des Segway, ou éventuellement des patinettes électriques.

Et sinon, si la ministre elle avait le pouvoir d’interdire AUSSI les films avec Kev Adams dedans, les comédies familiales poussives où les acteurs s’ennuient ostensiblement, les films adaptés de jeux vidéo, les films « engagés » avec Vincent Lindon dedans, Guillaume Gallienne, les comédies « sociétales » sur des sujets « concernants », les films qui suscitent cette phrase des critiques paresseux : « un film qui fait du bien ! » Voilà. Pour un début.

Jacques Julliard: « Les socialistes souffrent d’une mauvaise conscience coloniale »

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Historien et journaliste spécialiste des gauches françaises, Jacques Julliard vient de publier "L'Esprit du peuple". Photo: Hannah Assouline

L’historien Jacques Julliard, qui vient de publier L’Esprit du peuple, critique sans détour les orientations du socialisme d’aujourd’hui.


Causeur. Dans le divorce entre la gauche et les classes populaires dont vous faites la chronique désenchantée, la question de l’immigration est-elle le principal sujet de conflit ?

Jacques Julliard. L’un des principaux, en tous cas. Depuis quarante ans, comme à la fin du XIXe siècle, mais à une échelle bien supérieure, les classes populaires ont l’impression, à tort ou à raison, que les immigrés prennent en partie leur travail. Avec de surcroît une pression sur l’habitat, on est arrivé au résultat que décrit Christophe Guilluy : concentration des immigrés dans certains quartiers, généralement populaires, formation d’une France périphérique qui se sent oubliée et exclue du système politique. Or, même s’ils sont « discriminés », comme on dit maintenant, beaucoup d’immigrés peuvent – comme le prolétariat ouvrier du passé – avoir l’impression de faire partie du jeu politique. En revanche, beaucoup de membres des classes populaires – ouvriers, employés, artisans, commerçants – ont l’impression de disparaître sans laisser de traces ni d’adresse.

Il y aurait donc deux classes populaires : « immigrés » et « périphériques »…

Incontestablement. Comme les Français périphériques n’ont pas vraiment de porte-paroles, ils reprochent implicitement à la gauche d’avoir choisi un nouveau prolétariat au détriment de l’ancien. D’où leur vote en faveur du Front national. Malgré certaines velléités de résistance du Parti communiste, qui n’occupe plus qu’une place marginale, le sentiment d’exclusion culturelle précède même celui d’exclusion économique. Au fond, aussi longtemps qu’il n’était exclu qu’économiquement, le prolétariat acceptait sa condition tout en la combattant. Maintenant qu’il est exclu culturellement, il la supporte beaucoup moins.

La gauche est mal à l’aise avec la question de la nation

Pourquoi la gauche a-t-elle choisi l’immigré aux dépens du « petit Blanc » ?

Les socialistes français éprouvent une mauvaise conscience coloniale vis-à-vis des immigrés, en particulier maghrébins et surtout algériens. Cela n’explique pas tout, mais le complexe Guy Mollet reste ancré dans le subconscient des socialistes. Et en vertu d’un phénomène classique en psychologie, ils ont surcompensé en affichant leur préoccupation pour le sort des immigrés, ce qui ne veut pas dire que celui-ci se soit formidablement amélioré… C’est tout de même chez les immigrés qu’il y a la plus forte proportion de chômeurs ! Consciemment, la gauche veut aussi être fidèle à son héritage marxiste en inventant un nouveau prolétariat. À ceci près que Marx ne voulait pas entendre parler du sous-prolétariat – le fameux lumpenprolétariat – ou d’un prolétariat de rechange. Quand il dirigeait la CFDT, Edmond Maire a été le premier à dire : « On ne peut pas réduire le prolétariat français à la vieille classe ouvrière, il y a aussi les immigrés, les chômeurs, les différents exclus… »

Dès l’origine, le camp des Lumières postule l’existence d’un homme universel. La gauche croit-elle toutes les cultures miscibles dans l’internationalisme ?

Il peut y avoir de cela. La gauche est mal à l’aise avec la question de la nation depuis un certain temps. C’est assez curieux parce que la synthèse de Jaurès, entre le patriotisme, l’attachement à la nation et l’internationalisme, avait permis à la gauche de dépasser la contradiction interne du nationalisme. Aujourd’hui, la crainte de faire le jeu du nationalisme de droite a détourné une partie de la gauche du patriotisme lui-même.

La gauche n’a pas attendu de gouverner la France (1981-1986, 1988-1993, 1993-1997) pour s’imposer idéologiquement durant les Trente Glorieuses. À l’époque, sur quels ressorts s’appuyait-elle ?

Après-guerre, la gauche s’est développée avec la volonté légitime de moderniser la France. Pendant que l’Assemblée nationale n’était qu’un théâtre d’ombres, entre les syndicats, l’administration, les hauts fonctionnaires et un patronat intelligent, il y a eu grâce au Plan une sorte de « shadow cabinet » de la Ve République. Les cadres du Club Jean Moulin comme Simon Nora ou François Bloch-Lainé n’étaient pas seulement des technocrates, mais de vrais patriotes issus des rangs de la Résistance. Avec la chute de l’Union soviétique et le triomphe de la mondialisation, cette période a pris fin et il en est resté une coupure profonde entre la gauche du progrès technique et la gauche de la justice sociale, autrefois alliées. Aujourd’hui, la gauche se divise en gros entre les tenants du progrès, héritiers du courant PS-CFDT, qui entendent créer de la richesse avant de la redistribuer, et l’extrême gauche de l’axe PC-CGT qui se dit : « Si on arrive au pouvoir, il faut vite redistribuer parce qu’on n’y restera pas longtemps ! »

On ne peut pas dire que Hollande ait été « immigrationniste »

Aussi divergentes soient-elles, ces deux gauches s’accordent à voir dans l’immigration une chance pour la France et dans sa remise en cause l’expression de pulsions xénophobes, voire racistes.

C’est surtout vrai de la gauche intellectuelle. On ne peut pas dire que Hollande ait été « immigrationniste ». Pendant la crise des migrants, alors qu’Angela Merkel a perdu des plumes en accueillant 1 million d’immigrés, le gouvernement Hollande a freiné des quatre fers ! Et pour cause : 80 % des Français, sinon davantage, pensent que l’immigration pose des problèmes d’intégration. Seule une minorité d’extrême gauche, qui rejoint ici le patronat, répète mécaniquement que l’immigration est une chance et ne pose absolument aucun problème. Quant à moi, je pense que l’immigration peut constituer une chance, peut être une nécessité, à condition que l’intégration soit assurée.

Peut-être, mais cette minorité est surreprésentée dans les médias où on pense spontanément que l’immigration est un bienfait et la société multiculturelle un progrès.

Mais on peut parfaitement concevoir une société multiethnique qui ne soit pas une simple juxtaposition de communautés ! Cela s’appelle en anglais le melting pot, et en français l’intégration. Telle est la politique allemande d’Angela Merkel, beaucoup plus fidèle à la conception française de la nation que la France elle-même.

De l’immigrationnisme, la gauche radicale est passé par l’islamo-gauchisme qui voit dans les masses musulmanes un ferment révolutionnaire. Que pèse cette mouvance ?

Cette croyance est partagée par très peu de gens. Dans la polémique qui oppose Charlie Hebdo et Mediapart, on aurait tort d’imaginer qu’il s’agit de deux camps d’importance comparable. Derrière Charlie Hebdo, il y a 4 millions de Français qui ont défilé !

La France est un des pays les moins racistes du monde !

Certes, même s’ils n’avaient pas tous les mêmes priorités. Mais que pensent-ils aujourd’hui ?

Rien n’indique qu’ils aient changé, au contraire. Ils ne partagent que rarement les idées de Charlie Hebdo, mais ils exigent que Charlie ait le droit de s’exprimer, fût-ce de façon provocatrice. C’est ce que nie Plenel, pour qui le problème de l’islam est artificiellement gonflé par une société à tendance raciste pour exclure les musulmans. Or, la France est un des pays les moins racistes du monde ! Alors qu’on a subi des assauts terribles qui ont fait 235 morts, il n’y a eu ni pogrom ni réaction antimusulmane généralisée. Mais la réalité importe peu à l’antiracisme d’extrême gauche dont l’obsession est de faire passer la gauche modérée pour raciste, de la même manière que les trotskistes, dans l’Allemagne des années 1930, traitaient les sociaux-démocrates de meilleurs alliés d’Hitler.

Cette technique éprouvée doit aussi beaucoup aux années SOS Racisme, une création de François Mitterrand que vous désignez comme le dernier grand socialiste patriote. Pourquoi avez-vous tant de mansuétude envers le président qui a ouvert les vannes de l’immigration ?

C’est plutôt Giscard qui a ouvert les vannes en faisant admettre le regroupement familial sous la pression du patronat. Je n’ai pas l’habitude de défendre Mitterrand, mais, comme Jaurès, il tenait les deux bouts de la chaîne : il restait patriote et national avec l’horizon européen en ligne de mire. Quoi qu’il en soit, dans cette affaire d’immigration, les responsabilités sont largement partagées entre droite et gauche. Ainsi, beaucoup de patrons exigent-ils que nous importions de la main d’œuvre parce que les Français, même de fraîche date, ne veulent plus faire un certain nombre de métiers. L’immigration massive s’est donc faite en deux temps : le patronat en a soutenu l’idée puis une certaine gauche, pour des raisons complètement différentes, a légitimé le phénomène.

Et dans la foulée, elle a adopté la même attitude, fondée sur le refus de toute critique à l’égard de l’islam.

Je le crois. Et c’est là que la gauche est vraiment responsable. Curieusement, elle a pour l’islam des complaisances qu’elle n’a pas eu jadis pour le catholicisme alors que cette religion fermée – je ne parle même pas du terrorisme – est aux antipodes de ses valeurs traditionnelles. Beaucoup de choses se jouent autour de la notion de laïcité. Lorsque par ouverture d’esprit, la gauche lâche progressivement sur la laïcité, elle perd ses bases.

Je m’étonne que le débat sur l’islam se fasse sans les musulmans

Entre le retour de l’antisémitisme, l’islamisation des territoires perdus, la montée du péril terroriste, l’universaliste que vous êtes a dû trouver ces vingt dernières années éprouvantes. Avec de telles différences entre les Français, peut-on encore vivre ensemble ?

Ne nous voilons pas la face : le problème posé par l’apparition de l’islam en France ne sera pas résolu par la politique, mais, en grande partie, par la confrontation culturelle.

Que voulez-vous dire par là ?

Il n’appartient pas à l’État de réformer les religions. C’est de la confrontation entre les religions au sein d’une société libre que peut naître une évolution. Ce qui n’est pas acceptable, c’est la prétention de l’islam à devenir la religion dominante, voire la religion unique, dans tout pays où il est présent.

Dans ce contexte, le rôle de l’État se borne à maintenir la laïcité intégralement, c’est-à-dire à exiger de tous ce qu’on a obtenu, non sans mal, des catholiques au début du XXe siècle. D’ailleurs, je m’étonne que le débat sur l’islam se fasse sans les musulmans. C’est peut-être ce qui explique la violence de cet affrontement qui est tout de même un peu artificiel. Il n’y a pas de guerre civile en France, sauf au niveau des intellectuels ! En attendant, le camp de l’accommodement a subi une perte fracassante avec la chute de la maison Ramadan qui a conjugué la tartufferie à l’islamisme.

Pendant ce temps, une autre partie de la jeunesse redécouvre ses racines chrétiennes qu’on croyait enfouies. Consciemment ou non, la renaissance de la droite catholique est-elle une réplique à la montée d’un islam conquérant ?

Parlons plutôt d’émulation. Mais cette affirmation identitaire chrétienne n’est pas agressive. Par exemple, la Manif pour tous ne s’est jamais présentée comme un mouvement antimusulmans – bien au contraire, elle en a accueilli certains dans ses démonstrations.  Probablement limité, le revival catholique va de pair avec la prise de conscience de la part des couches moyennes de la société française qu’elles ne sont plus dans le coup. Du moins, que la gauche ne les assume plus. De la même manière que la société a repoussé le prolétariat de la banlieue proche à la banlieue éloignée, la gauche a repoussé les catholiques de la banlieue proche de la République jusqu’aux tréfonds conservateurs de la société française. Aujourd’hui que le catholicisme se refait à droite, je conseillerais à ses représentants de ne pas reproduire les erreurs des cathos de gauche : ne cédez pas à la tentation de l’horizontalisme, considérez que votre vocation est différente. Pour le reste, ma foi, que le meilleur gagne !

Le Parti socialiste avait voté « oui » à Pétain et « non » à de Gaulle !

En tant que catho de gauche, avez-vous l’impression de représenter une espèce disparue ?

Je n’ai jamais été un catho de gauche, mais un socialiste religieux. En tout cas, l’affaire du « mariage pour tous » a interrompu le rapprochement historique entre le catholicisme et la gauche engagé depuis le début du XXe siècle. J’ai fait remarquer à Hollande qu’il était en train d’inverser une tradition dont Rocard, Mitterrand et la plupart des grands républicains étaient les symboles. À gauche, il y avait un assemblage de catholiques, de protestants et de juifs qui n’ont jamais mis la question religieuse au premier plan, mais qui témoignaient de la présence du spirituel dans les combats politiques. Aujourd’hui, c’est le vide.

Finalement, que reste-t-il de vos amours avec la gauche ?

Même si Macron a réussi a accomplir le rêve d’un centre puissant, jamais réalisé depuis la Restauration, la gauche, en tant qu’expression d’une bipartition de toute société, me paraît devoir continuer. Dans toute assemblée, il se définit une gauche et une droite, c’est-à-dire un parti de l’ordre et un parti du progrès. Paradoxalement, alors que la social-démocratie n’a jamais été électoralement aussi faible, jamais elle n’a autant été l’idéal commun. Qu’ils soient chinois, brésiliens ou indiens, les ouvriers demandent plus de protection sociale à travers un État-providence dont la social-démocratie a été l’expression.

Mais il manque aussi des hommes, notamment au PS. Historiquement, la gauche française s’est toujours réunifiée à partir d’un leader charismatique venu de l’extérieur, souvent des républicains bourgeois tels que Jaurès, Blum, Mendès-France, Mitterrand. Cependant si la gauche manque d’une colonne vertébrale idéologique, c’est aussi parce qu’elle n’a toujours pas digéré son passé : il ne faut pas oublier qu’avant d’être colonialiste, le Parti socialiste avait voté « oui » à Pétain et « non » à de Gaulle !

Quant à moi, je n’ai pas de problème avec ma culture historique de gauche, ni avec le peuple de gauche, qui à la différence de nombre de ses chefs, reste fidèle à ses valeurs. J’étais anticolonialiste, je le reste. J’étais laïque, je le reste. J’étais attaché à l’École républicaine, à la langue française, à la littérature française, je le reste plus que jamais. J’étais social-démocrate, je constate que l’aspiration au welfare state et aux libertés politiques reste l’aspiration de tous les peuples de la Terre. Les partis politiques passent, les cultures politiques demeurent.

L'Esprit du peuple

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Laissons nos enfants apporter leurs portables à l’école!

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Lille, 2009. Sipa. Numéro de reportage : 00586886_000004.

Faute de pouvoir en réglementer l’usage du portable à l’école et au collège, le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer a décidé d’interdire l’objet. Analyse d’un aveu de faiblesse.


Reprenant une promesse de campagne d’Emmanuel Macron, le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, d’habitude mieux inspiré, a annoncé l’interdiction des téléphones portables dans les écoles et collèges dès la rentrée 2018. Il s’agirait, comme il le déclarait en septembre à L’Express, de « protéger nos élèves de la dispersion occasionnée par les écrans et les téléphones ». Si l’on ne peut qu’être d’accord avec un tel objectif, il est permis de formuler quelques réserves sur cette proposition.

Rappelons d’abord qu’un portable, téléphone ou smartphone, est un instrument dont l’utilisation n’est pas automatique, et qui ne décide pas à la place de son propriétaire ; que tous ou presque disposent de touches (le fameux « mode avion ») qui empêchent d’être avertis en temps réel de l’arrivée de messages ; et que tous ont une touche on/off qui permet d’arrêter l’appareil.

Une disposition déjà existante

Tenant compte de ces caractéristiques, rien ne semble plus facile que d’interdire l’usage d’un tel appareil en salle de classe et de sanctionner ceux qui violent cette interdiction. Or que nous dit le Code de l’Éducation dans son article L511-5 ? « Dans les écoles maternelles, les écoles élémentaires et les collèges, l’utilisation durant toute activité d’enseignement et dans les lieux prévus par le règlement intérieur, par un élève, d’un téléphone mobile est interdite ». Bref, nous avons, depuis la loi du 12 juillet 2010 qui a créé l’article en question, tous les moyens pour protéger les chers petits contre eux-mêmes.

Mais c’est là que le bât blesse. L’administration sait pertinemment que les enseignants de nombreux établissements n’ont ni l’autorité ni les moyens pour interdire cet usage en classe. Il n’est même pas dit que, dans la gigantesque pétaudière qu’ils gardiennent, entre cris d’animaux, insultes et gestes déplacés, le fait que les quatre lascars du fond visionnent une « sextape » sur leur portable ne leur apporte pas un peu de paix…

De l’utilité du portable

Pourtant, d’autres élèves ont besoin de leur portable. Ceux par exemple, dans nos villes de province, dont les parents qui travaillent sont, ce soir-là, en retard pour venir les chercher. Ceux qui doivent prévenir des parents qui s’inquiètent que leur prof est absent, et qu’ils sortiront plus tôt, mais iront chez X faire leurs devoirs. Les élèves normaux en quelque sorte. Ceux qui ne regardent pas de vidéos en cours, qui ne lisent même pas leurs messages, ceux qui respectent l’autorité de l’enseignant et viennent bénéficier de l’école de la République pour étudier.

Au nom de quoi alors cette mesure d’interdiction générale ? Au nom de la grande tradition de lâcheté de l’administration française. Plutôt que de prendre de face les contrevenants et de les sanctionner, elle préfère toujours édicter une mesure générale, qui ne paraît donc pas stigmatisante envers les perturbateurs, et gêne ainsi tout le monde, y compris ceux qui ne posent aucun problème, pour ne pas fâcher ces quelques-uns qui détruisent le système. On n’arrive pas à interdire l’usage ? Interdisons l’objet.

La saisie de portable est un sport de combat

Ce serait pourtant reculer pour mieux sauter, car l’organisation matérielle de la chose semble bien délicate. Première solution, interdire aux élèves de venir à l’école avec un portable et confisquer ceux des contrevenants. Mais on voit mal ceux, enseignants ou personnel, qui étaient jusque-là incapables de leur demander de seulement les couper, se saisir matériellement des appareils, à moins d’avoir fait quelques années de krav-maga… et, de toute manière, une telle mesure de confiscation ne pourrait sans doute pas être légalement mise en œuvre par des enseignants. Deuxième solution, le stockage à l’entrée de l’établissement des portables. On imagine les difficultés : le temps matériel pour le dépôt et le retrait de centaines d’élèves, la construction de casiers, l’existence d’une salle sécurisée… Et l’on retrouve là encore les possibilités de fraudes et la difficulté – pour ne pas dire la quasi-impossibilité – de les sanctionner. Troisième solution, certainement la plus efficace, serait la mise en place d’un brouilleur dans l’établissement, mais quid alors du personnel ?

La République mise en situation de faiblesse

Bref, par manque d’autorité, on va mettre en place des usines à gaz totalement inefficaces qui finiront par buter sur ce même manque d’autorité. Tout recteur pourrait d’ores et déjà fournir au ministre la liste des établissements où une telle mesure ne pourra matériellement pas être mise en place. Or cette inefficacité tristement prévisible n’a rien de neutre, car elle placera une fois de plus la République en situation de faiblesse dans certains territoires. Encore une règle en effet dont certains se feront – à peu de frais – gloire de s’affranchir.

Benjamin Constant le disait : « Dans les réactions contre les hommes, le gouvernement a surtout besoin de fermeté ». La mesure proposée n’est pas cette mesure de fermeté qu’aurait été l’interdiction, dûment sanctionnée, de l’usage des portables en cours – bref, le simple respect du Code de l’Éducation. Ce n’est qu’une mesure d’évitement du conflit qui, comme toute mesure de ce type, affaiblira seulement un peu plus celui qui s’y livre.