On nous serine que l’immigration est un sujet trop clivant pour être débattu. Pourtant, deux tiers des Français réclament qu’on l’arrête ou la réduise drastiquement. La France mérite mieux que ce déni de démocratie.


L’immigration est, on le sait, un sujet explosif, sur lequel il est prudent, dans l’espace public, de se contenter de platitudes compassionnelles, surtout si on est aux affaires ou candidat à l’être. Alors que depuis quarante ans la France est confrontée à une immigration massive dont les partisans les plus zélés ne cessent de proclamer, pour s’en réjouir, qu’elle change le visage du pays, la question a échappé à la délibération démocratique, le simple fait de vouloir qu’on en parle suffisant à classer ceux qui s’y risquaient dans le camp des populistes.

Pour éviter, précisément, que la question soit débattue, on répète sans se poser de question qu’il est clivant. Or, rien n’est plus faux ! Malgré des années de propagande d’État et de béni-oui-ouisme médiatique, entamées sous l’ère SOS Racisme avec le patronage de Mitterrand, le parti immigrationniste est aujourd’hui ultra-minoritaire, y compris chez nombre d’« immigrés de souche ».

Les Français pensent « mal »

« L’Immigration, une chance pour la France », article du culte érigé en dogme incontestable, fait aujourd’hui rigoler tout le monde, sauf dans quelques endroits préservés de toute influence nauséabonde comme la Maison de la Radio. D’après l’enquête Fractures françaises (IPSOS/Steria) de 2016, 65 % des Français pensent qu’« il y a trop d’étrangers en France » (niveau à peu près stable depuis plusieurs années). On peut supposer que, si on lui posait la question directement, cette large majorité se déclarerait favorable au contrôle ou à la réduction drastique des flux migratoires, non pas par haine de l’Autre, mais parce qu’elle observe ou vit au quotidien la sécession culturelle d’une partie de la jeunesse immigrée, signe de la faillite de l’intégration républicaine – quand un tiers des musulmans français estiment que la loi de la République passe après celle de Dieu, il y a peut-être un problème de ce côté-là. D’où la conviction, exprimée par plus de 60 % des sondés, que « d’une manière générale, les immigrés ne font pas d’efforts pour s’intégrer en France » et leur faible confiance dans la capacité de l’islam à s’intégrer (40 %). D’après une autre enquête, réalisée par IFOP pour l’association More in Common en septembre 2016, 56 % des personnes interrogées estiment que l’immigration a eu des conséquences négatives (dont 23 % les jugent « très négatives ») et seulement 16 % pensent qu’elle a eu des effets positifs. Il est vrai qu’une étude ne prouve rien. Quand toutes convergent, et depuis longtemps, on a affaire à des tendances profondes.

Ceux qui, habituellement, adorent tout ce qui est citoyen s’étranglent à l’idée que des responsables politiques pourraient tenir compte de cette aspiration massive à un peu plus de frontières

Deux tiers des Français, cela fait pas mal de monde, incluant forcément des électeurs de gauche, voire des lecteurs de. Cela n’empêche pas Le Monde de proclamer que « l’immigration et l’islam demeurent des sujets clivants en France » (3 juillet 2017). En vérité, il y a peu de sujets qui fassent l’objet d’un aussi large consensus populaire que l’immigration et l’islam. Du coup, ceux qui, habituellement, adorent tout ce qui est citoyen s’étranglent à l’idée que des responsables politiques pourraient tenir compte de cette aspiration massive à un peu plus de frontières. Il faut croire que la voix d’un plouc à l’esprit étriqué (en réalité, de 30 millions de ploucs) ne vaut pas celle d’un journaliste du Monde aux sentiments élevés.

Comment un sujet aussi consensuel que l’immigration peut-il susciter un débat ?

On a beaucoup moins commenté une autre évolution qui aboutit à ce qu’aujourd’hui, une écrasante majorité des responsables politiques considère l’immigration comme une source d’innombrables difficultés, donc, dans le meilleur des cas, comme un mal rendu nécessaire par les engagements et le rang de la France. Derrière les platitudes que tous débitent sur les plateaux, la plupart des élus, en particulier les maires, qui doivent gérer d’inextricables problèmes de scolarisation, de logement et de cohabitation, partagent avec leurs administrés une certitude qui relève du bon sens : si on veut avoir une chance d’enrayer la fragmentation en cours et de relancer l’intégration, il faut impérativement tarir le flux des arrivées. L’extrême gauche mise à part, les seules divergences entre partis ne tiennent pas à la nécessité, mais à la possibilité de le faire, les plus volontaristes en la matière étant ceux qui n’ont jamais été au pouvoir. Du reste, le désamour entre Nicolas Sarkozy et les classes populaires n’a d’autre raison que sa promesse oubliée d’arrêter l’immigration. Enfin, même chez les mélenchonistes, qui ont dû s’apercevoir qu’ils étaient les idiots utiles d’un grand patronat sans-frontiériste pour des raisons évidentes, on en fait beaucoup moins, ces temps-ci, sur la nécessité de l’accueil illimité. Après tout, le pape François lui-même a révisé sa position. S’il faut toujours, selon lui, avoir sur la question des migrants « un cœur ouvert », « un gouvernement, a-t-il aussi déclaré, doit gérer ce problème avec la vertu propre d’un gouvernant, c’est-à-dire la prudence ».

Reste un paradoxe qu’il faut essayer de comprendre. Comment un sujet aussi consensuel peut-il susciter un débat public à la fois explosif et stérile, et une réponse politique inexistante ou embarrassée ? C’est sans doute, en effet que ce sujet est l’enjeu d’un clivage profond, non pas entre la droite et la gauche, ni même entre les élites et le peuple, mais entre une majorité de la population et de la classe politique et une fraction hyperminoritaire des élites qui exerce son pouvoir d’intimidation que grâce à sa surreprésentation médiatique – le caractère forcément positif de l’immigration faisant désormais partie de la pensée s

Article réservé aux abonnés

60 % de l’article reste à lire…

Pour poursuivre la lecture de cet article Abonnez-vous dès maintenant.

ABONNEMENT 100% NUMERIQUE
  • Tout Causeur.fr en illimité
  • Le magazine disponible la veille de la sortie kiosque
  • Tous les anciens numéros
3 €80par mois
Décembre 2017 - #52

Article extrait du Magazine Causeur

Lire la suite