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« May B » de Maguy Marin: une heureuse résurrection

Dernières représentations les 15 et 16 avril


« May B » de Maguy Marin: une heureuse résurrection
MayB © Herve Deroo

Une pièce phare de la danse contemporaine française, plus théâtrale que chorégraphique d’ailleurs, revient sur la scène. Et sa modernité reste étonnante.


45 ans après sa création, May B, l’ouvrage sans doute le plus connu de la chorégraphe et metteur en scène Maguy Marin, a refait surface à Paris.  Et, ce n’est pas une surprise, il est toujours aussi virulent, sa forme demeure toujours aussi transgressive et moderne.

Première invitée du Théâtre national de la Danse dans le cadre de Chaillot-Expérience qui veut faire redécouvrir au public des auteurs emblématiques d’un passé proche, Maguy Marin est ainsi d’emblée, et peut-être à son corps défendant, érigée au rang d’icône de notre époque.

Quelle étrange sensation de redécouvrir une œuvre que l’on a vue à sa création à Angers en 1981. Vue et revue d’ailleurs, car Maguy Marin l’a longtemps conservée au répertoire de sa compagnie tant la demande des théâtres était forte et tant elle l’est encore aujourd’hui, puisque May B a été récemment programmée en Italie, au Portugal, en Belgique, en Suisse, en Suède, en Grèce, en Tunisie, au Japon, en Chine… et partout en France. Elle s’est à juste titre imposée comme un ouvrage emblématique des deux dernières décennies du XXe siècle : ces années bien enfuies, hélas ! et qui furent parmi les plus prolifiques de l’histoire de la scène en France en voyant l’éclosion spectaculaire de chorégraphes aux talents très divers faisant de la danse contemporaine française le « produit » culturel le plus exporté dans le monde durant près de deux décennies.

Courage et détermination

Si les nombreuses productions de Maguy Marin ont été fort inégales, cette dernière n’a jamais hésité à explorer des voies nouvelles avec témérité. Aventureuse, elle ne s’est jamais répétée non plus. Et plus encore, elle a toujours défendu ses options artistiques, comme ses opinions politiques d’ailleurs, avec un courage et une détermination sans failles.

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On a fait de May B un chef d’œuvre. C’est peut-être abusif. Il lui manque pour l’être un je ne sais quoi d’indéfinissable. Mais c’est assurément l’une des pièces exceptionnelles de Maguy Marin et du répertoire. Comme son audacieuse Cendrillon (1985) créée pour le Ballet de Lyon et qui a fait dix fois le tour du monde. Ou comme Umwelt (2004), dénonciation radicale de la dégradation de l’univers par l’homme et qui est probablement ce qu’elle aura fait de plus puissant, de plus ramassé, de plus abouti. May B est aussi une pièce caractéristique d’une époque où l’on osait tout avec conviction et à bien meilleur escient que bien des fausses hardiesses d’aujourd’hui.

May B © Herve Deroo

Dérisoires, lamentables, crapoteux

L’autre sujet d’admiration, c’est la qualité des interprètes actuels. Certes Maguy Marin sait repérer la nature des danseurs qui conviendront à son travail. Et Dieu sait qu’il n’est pas facile d’en trouver ! Mais tout de même ! On n’aurait pas imaginé rencontrer aujourd’hui des personnalités si solidement engagées pour incarner avec autant de mordant les figures dérisoires, lamentables, crapoteuses de May B : les acteurs-danseurs s’y révèlent remarquables, à la hauteur de leur rude tâche. Comme au temps de leurs prédécesseurs, les aventuriers du Ballet-Théâtre de l’Arche, la première compagnie de la chorégraphe. Et l’on croit retrouver fugitivement chez certains d’entre eux l’ombre des grandes figures du temps de la création : Christiane Glick, Daniel Ambash, Luna Blommfield…

Aujourd’hui, devant un public si différent de celui de naguère, moins politisé, moins idéaliste peut-être, mais engagé d’une autre façon dans la société, May B remporte toujours le même éclatant succès, même si ce n’est peut-être pas pour les mêmes raisons. Et le texte musclé lu en fin de spectacle par l’un des interprètes et appelant les spectateurs à lutter contre la barbarie, les guerres, les injustices et « la montée du fascisme », recueille les mêmes ovations qu’il aurait sans doute suscitées jadis.


Autres spectacles de Maguy Marin : Les Applaudissements ne se mangent pas. Théâtre de Chaillot, salle Gémier. Du 15 au 18 avril




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