Un grave danger menace la liberté de la presse en France. Ce danger s’appelle Charlie Hebdo. C’est (résumé avec un micro-zeste de mauvaise foi), ce qu’affirment les 130 signataires d’un texte intitulé « En défense d’Edwy Plenel et de Mediapart » – et publié sur Mediapart. Alors que la France honore les 130 victimes du 13 novembre 2015 – et avec elles, toutes celles tombées sous les coups du terrorisme islamiste –, il y avait en effet urgence à faire cesser « la campagne inique » et « dangereuse » menée contre « le symbole d’une presse libre, indépendante des pouvoirs quels qu’ils soient, au service du droit de savoir des citoyennes et des citoyens.» Rappelons, pour ceux qui auraient manqué cet événement planétaire, que ce mauvais coup contre la démocratie est une « Une » de Charlie Hebdo dessinée par Coco, où on voit Edwy Plenel se prendre, si l’on peut dire, les pieds dans sa célèbre moustache, celle-ci lui servant à ne rien voir, ne rien entendre et ne rien dire au sujet de Tariq Ramadan.

À Mediapart, on a le sens du symbole. Le fait que cette prétendue « campagne » ait été menée par une rédaction qui a payé un lourd tribut à cette liberté de la presse si chère à Plenel aurait pu conduire celui-ci à tempérer ou à reporter ses protestations. Mais non, rien ne vaut à côté de l’honneur blessé de notre éminent confrère qui ne prend pas tant de gants avec celui des autres. L’occasion de jouer la vertu outragée, un rôle qu’affectionne le patron de Mediapart, était trop belle. Depuis mercredi dernier, c’est Voltaire qu’on assassine et même Manouchian : notre redresseur de torts n’a pas hésité à comparer la « Une » scélérate à l’affiche rouge, ce qui fait de lui l’égal du chef de la MOI (Main d’œuvre immigrée, la résistance juive), et qui fait de Coco…, mieux vaut ne pas chercher. La décence, il y a des maisons pour ça ?

Irresponsable et ridicule

Il nous a ensuite expliqué que cette caricature de Plenel s’inscrivait dans une « guerre contre tous les musulmans » menée par une « gauche égarée ». Passe encore qu’il s’auto-accorde ainsi un statut d’icône des musulmans – il est vrai qu’il y a une place de maître-à-penser à prendre. Mais accuser Charlie de mener une guerre contre tous les musulmans, avec le risque que ces propos soient repris en boucle sur les réseaux sociaux, est carrément irresponsable.

Enfin, à la veille du 13 novembre, il a donc rameuté le ban et l’arrière-ban du gauchisme universitaire pour accuser Charlie Hebdo d’être derrière une « campagne politique qui, loin de défendre la cause des femmes, la manipule pour imposer à notre pays un agenda délétère, fait de haine et de peur ». Rien que ça. Les copains, il faut arrêter l’herbe bio d’urgence. Ce genre de diatribe, déjà passablement ridicule qu

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