Brigitte Lahaie au festival Epona à Cabourg, octobre 1996. SIPA. 00290532_000004

La France peut s’enorgueillir d’avoir encore de vrais chercheurs qui s’attaquent à des sujets de fond. Tout un patrimoine olé olé à (re)découvrir pour les générations en mal de repères. Deux ans de travail, une campagne de financement participatif, des heures d’un visionnage attentif, des entretiens avec tous les hommes forts de « l’âge d’or du X français » et, bien évidemment, la collaboration personnelle de Brigitte à ce projet hors-norme. Gloire donc à ces deux cinéphiles sans œillères idéologiques, historiens irréprochables et infatigables chasseurs d’images, qui ont traqué l’étrange, le fantastique, l’érotique, le porno ou le comique dans le parcours d’une actrice de charme devenue une star populaire. Quelques années seulement au service d’un cinéma dit de « mauvais » genre, moqué, décrié mais toujours autant regardé, ont fait de Brigitte, la madone des crises pétrolières !

Il n’y avait pas que Giscard à avoir la barre. Rappelons qu’elle arrêta sa carrière « hard » en 1980 avant que Mitterrand n’investisse l’Elysée. Cédric Grand Guillot et Guillaume Le Disez ont donc fait œuvre de pédagogie, d’enthousiasme et d’érudition dans une imposante somme, « Les films de culte », aux Editions Glénat, un beau livre réservé à un public averti. Un pavé de 350 pages (richement illustré) lancé dans la mare des bien-pensants pour qui seul le cinéma traditionnel a droit de cité. Un cri d’amour surtout pour cet autre cinéma, sorte d’itinéraire bis, flirtant avec les limites de la loi et parfois celles du bon goût, réalisé avec très peu de moyens et dégagé de toutes valeurs bourgeoises, à la fois révolutionnaire et stéréotypé dans son esthétique, d’une grande inventivité gestuelle mais non dénué de quelques lourdeurs scénaristiques, qui déshabillait les femmes et en disait finalement long sur ces années 70/80. Parenthèse enchantée d’un cinéma d’exploitation aujourd’hui disparu, de salles de quartier fermées, de films potaches et fascinants qui ne rentraient dans aucune case. C’était bien avant l’arrivée de la VHS et du virus du Sida. Les corps jouissaient sans entraves. On ne parlait pas d’industrie du sexe, de viagra, de chirurgie plastique et d’artifices pour soutenir notamment la courbe des ventes. Un cinéma pratiqué entre copains consentants, 100 % d’origine naturelle, où la fesse s’ébattait librement dans le champ de la caméra.

« Je suis à prendre »

Notre pays traversé alors par des mouvements contradictoires tanguait entre le désir d’ouvrir les vannes et ses vieux réflexes calotins. Le film X arrivait à point nommé pour dérouiller une société corsetée. Son avènement aurait été un épiphénomène si une star ne lui avait pas donné ses lettres de noblesse. Une légende était née, timide et entreprenante, réservée et délurée, perverse et insoumise. Les deux auteurs retracent scrupuleusement, étape par étape, la filmographie d’une « femme qui assumera totalement et fièrement d’avoir été libre dans sa vie et à l’écran ». Quand Brigitte monte à Paris en 1976, elle se fait refouler de plusieurs agences de mannequins en raison de sa forte poitrine. Elle répond à une annonce de France-Soir où justement cette particularité anatomique était fortement recommandée. Suivront cent films et une notoriété jamais égalée dans ce milieu secret. On se permet de l’appeler Brigitte, n’y voyez aucune familiarité, plutôt la preuve du lien unique qu’elle a su tisser avec ses spectateurs.

Elle est entrée dans le cœur des français, à la télé d’abord, son passage chez Pivot dans « Apostrophes » lui fit accéder à une large reconnaissance et par la suite, sur les ondes, depuis la rentrée à Sud Radio, elle continue de conseiller et confesser des dizaines de milliers d’auditeurs chaque jour. Qu’est-ce qui fait le charme de Brigitte ? Une certaine réserve, une audace assurément, une incroyable force de caractère, un corps outrageusement désirable, une intelligence des situations, cette fille-là, elle est terrible. Le lecteur plongera avec bonheur dans cette histoire de France parallèle. Il fera la connaissance de ces infatigables artilleurs, je parle ici du quarteron de valeureux sabreurs composé de Dominique Aveline, Richard Allan, Alban Ceray et Jean-Pierre Armand, mais aussi de Francis Mischkind le distributeur roi, des réalisateurs Claude Bernard-Aubert, Gérard Kikoïne, Francis Leroi, Jean Rollin, Jess Franco ou du metteur en lumière René Chateau. Toute une époque. Et comment résister à des titres aussi savoureux que l’explicite « Je suis à prendre », le champêtre « Parties de chasse en Sologne » ou l’énigmatique « Touchez pas au zizi » !

Brigitte Lahaie – Les films de culte – Cédric GrandGuillot et Guillaume Le Disez – Editions Glénat

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