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Misères d’un papa-poussette au temps de #metoo et de « l’égalité femmes-hommes »


Dans le 11e arrondissement de Paris, un mâle blanc fait de drôles de rencontres en emmenant son fils à la maternelle. Entre les mères asexuées, les islamistes affligés et les papas « dégenrés », les aventures d’un homme d’avant devenu un nouveau père.


Pour de sombres histoires d’égalité hommes-femmes, je conduis parfois mon fils et la poussette à la crèche. On roule dans les flaques d’eau, on effarouche les pigeons et sur 500 mètres, je réponds à mille questions sur la ville, sur le petit bonhomme vert du feu rouge ou sur le son et lumière du camion poubelle. C’est un petit trajet qui me rend plutôt gai jusqu’au moment où nous croisons du monde, ce qui finit toujours par arriver aux heures de pointe dans le 11e arrondissement de Paris.

Comment j’ai pu en arriver là…

Difficile, dans mon quartier à la pointe du progressisme, de ne pas tomber sur une femme attendrie par notre spectacle de rue sur la paternité maternante et sur l’agonie du patriarcat. Inoffensif derrière ma poussette comme un cabot en muselière, je suis souvent la proie de regards pleins d’empathie et de sourires bienveillants. Il arrive même que l’on m’adresse la parole pour un brin de causette sans plus de manières, sans ambiguïté et sans crainte. Je suis poli et je réponds aux dames, mais je ressors plutôt vexé de ces échanges d’égal à égal puériculturellement parlant. Moi, modeste bourreau des cœurs et vétéran de la guerre des sexes, moi que l’on a sorti de tant d’histoires insulté, maudit et menacé, et parfois dénoncé, jeté à la rue à toute heure, et en slip par tous les temps, moi que l’on a giflé, griffé, mordu et battu, moi que l’on ne pousse que dans les bras de sa pire ennemie, voilà que l’on m’approche sans précautions et sans le moindre égard pour le caractère dangereusement lubrique et dominant de mon genre. Je me demande comment j’ai pu en arriver là quand je quitte la milf[tooltips content= »Mother I’d like to fuck »]1[/tooltips] sans méfiance en repensant à des vidéos de sexe forcé.

SOS virilité 

Il m’arrive aussi, dans mon territoire gagné par la diversité, de tomber sur des Français venus de pays où les poussettes pour homme ne courent pas les rues et où la domination masculine est plus qu’un concept. Ma paranoïa ne manque jamais de me faire remarquer derrière les capuches et les djellabas qui glandent, ou les passe-montagnes qui bossent, des regards moqueurs et des sourires narquois. Il ne se passe jamais rien, mais je me fais toujours un film. Je déroule en passant un scénario dans lequel les « racailles » et les « islamistes » me traitent de « pédé ». Comme dans mon histoire je n’ai pas plus de conversation que l’inspecteur Harry et que pour faire taire la rumeur, un bon bourre-pif vaut mieux qu’un long discours, un stigmatisé finit KO sur le trottoir. Je reprends ensuite mes esprits, la poussette et le chemin de la crèche en ajustant le bonnet sur les oreilles du petit.

Je la ramène moins quand je passe au milieu d’une patrouille de l’opération sentinelle. Je regarde avec envie ces fusils d’assaut qu’ils caressent comme l’espoir de dégommer des islamistes et je pense au Sahel, à son climat et à ses putes torrides, mais à l’instant précis où je les croise, j’ai l’air, entre quatre guerriers, d’une nounou.

Les fils de l’homme

Mais ma plus grande crainte reste de croiser un type avec une poussette et un gosse dedans. Je relève alors la tête en signe de dédain et je regarde ailleurs. Sans cette précaution, je pourrais subir l’humiliation de regards complices et de sourires gênants. Je presse le pas pour échapper à toute tentative de dialogue. Certains en sont friands : « Sympa cette forme de biberon ! C’est quelle marque ? Vous l’avez trouvé où ? » Je préfère ne pas, comme disait l’autre. Dans la rue, quand j’aperçois un mec avec une poche kangourou, je change de trottoir. Dans le bus, je me tiens le plus éloigné possible des trentenaires à landau, barbus et débraillés, avec leurs têtes de congé paternité. Je ne veux pas être vu en compagnie de ces fiottes castrées, de corvée de chiard parce que madame porte la culotte depuis plus tôt qu’eux le matin pour aller au boulot. Je n’ai rien à faire avec ces papas « dégenrés », désexués et décomplexés qui se pavanent, qui caquettent et qui promènent, nourrissent et torchent Côme ou Timothée. Moi, ça n’a rien à voir. Je veux bien être gentil mais je ne suis pas un ange.

Arrivé à la crèche, je confie le petit à des créatures taillées pour le job et je ressors libre de reprendre ma route et ma vie d’homme quand le téléphone sonne. C’est sa mère qui vient au rapport : « Ça s’est bien passé avec le petit ? – RAS. Comme d’habitude ! »

Faites-vous mal: lisez le Nouveau Magazine littéraire!

Ma vie littéraire a longtemps été bercée par le Magazine du même nom. J’y ai été longtemps abonné, j’avais conservé religieusement certains numéros exemplaires — avant qu’une inondation ne les gâche irrémédiablement. Et le papier imprimé retourna à la pulpe…

Formule gagnante : un dossier, le plus souvent remarquable, sur un auteur consacré ou un mouvement littéraire, et des articles intelligents sur ce qui venait de paraître. Ajoutez à cela une lecture diagonale des titres offerts par votre libraire, et vous avez trouvé la formule du Comment parler des livres que l’on n’a pas lus chère à Pierre Bayard — indispensable, Bayard.

Le Nouveau Magazine littéraire a tué le père

Vous dire comme j’ai bondi d’espoir quand j’ai trouvé il y a quelques jours dans un kiosque le Nouveau Magazine littéraire. D’instinct, j’ai acheté les trois numéros parus, de janvier à mars.

Erreur fatale. « L’espoir, vaincu, pleure… » J’ai rarement lu autant d’âneries en si peu de pages. Résumé malheureusement objectif, en commençant par le numéro de janvier.

J’aurais dû me méfier : un mensuel qui offre pour fêter le début de l’année quatre pages à Najat Vallaud-Belkacem (elle hésitait encore à l’époque entre la direction — rémunérée — du PS et une vie dans l’édition) pour faire sa pub aurait dû m’être suspect. Suivi d’un article de Cécile Alduy sur la Droite où la « chercheuse associée au CEVIPOF » affirme — à propos de Wauquiez  : « Il est l’homme qu’on ne pourra pas faire taire, celui qui lève ‘l’omerta’. Comme si Elisabeth Levy, Alain Finkielkraut, Pascal Brückner, Eric Zemmour, Natacha Polony ou Valeurs actuelles ne saturaient pas déjà les ondes et les librairies des mêmes refrains. » Ah, comme c’est doux à l’oreille, ces listes de futures proscriptions…L’époque est à la balance.

C’est curieux, quand même, que cette Gauche bobo qui se cherche des idées n’en trouve que dans l’exécration. En fait, elle est exactement sur les positions de Drumont, de Barrès et de Brunetière (qui a inventé le mot « intellectuel » pour désigner Zola et ses amis), anti-dreyfusards notoires. Ciel ! L’antisémitisme ne serait-il décidément pas là où l’on voudrait, par habitude, le chercher ?

En clair, la droite ne serait-elle pas, en ce moment, à gauche ? Et vice versa, forcément…

Antigone contre les forces du mâle

Comme je tiens à être exhaustif et objectif, ce même numéro héberge un excellent article de Marc Wiezmann sur les dérives de la famille Merah, à partir d’enregistrements effectués à Fresnes des conversations entre Abdelkader Merah (le frère de Mohamed de sinistre mémoire) et sa mère. Tout à fait glaçant — et attendu en même temps. Les chiens font des chiens.

En février, rebelote. Numéro spécial femmes. « D’Antigone à #MeToo », clame la couverture. Pauvre Antigone — et surtout, pauvre Créon.

Passons (on passe beaucoup, à lire le Nouveau Magazine littéraire) sur les imprécations féministes d’Elsa Dorlin, qui assène trois pages durant tous les clichés machos qu’elle a pu trouver dans son inconscient torturé — elle qui est travaillée d’une « rage emmurée » qui fait bien entendu penser à la fin d’Antigone, à qui est consacré un long dossier dans lequel on lit finalement un nombre sidérant d’absurdités.

« De quoi est-elle le nom ? », se demande Sarah Chiche, qui a coordonné le dossier. « Une héroïne de notre temps », en butte à un monde d’hommes (Œdipe, Etéocle, Polynice, Hémon et Créon pour finir). Il n’y a guère que l’article un tant soit peu érudit de Daniel Loayza, le seul à distinguer ce qui est du ressort de la loi familiale (philia) et de la loi civile (andres — forcément, seuls les hommes votaient, à Athènes), et à dire en filigrane qu’Antigone est une figure de la réaction, de la tradition, du mythe contre l’Histoire. Etonnez-vous qu’entre le XVIIème et le XVIIIème on se soit tant intéressé à cette histoire — merci à Christian Biet, même s’il ne m’aime plus, pour les recherches érudites qu’il fit en son temps sur les diverses versions d’Œdipe.

Le mythe, c’est ce qui refuse l’entrée des hommes (et des femmes) dans le processus historique. Fils et filles — tenants de la tradition — contre le père, représentant de l’Etat : c’est ainsi que Rostam a défait Sourab dans la légende iranienne. Et que Créon élimine Antigone : il a cent fois raison. Cette gamine en pleine crise adolescente est réactionnaire au sens plein, et Créon a lu Gabriel Naudé et ses Considérations politiques sur le coup d’Etat (1640). 

Créon, oui — mais pas Kaouther Adimi, à qui son professeur de Français demandait : « Qui sont vos Antigone ? » Ma foi, j’espère que ce n’est plus personne — du moins si l’on tient à une analyse politique, et non aux imprécations stériles de pétroleuses perturbées par l’acné juvénile.

Manon Lescaut et Carmen ont-elles été pré-violées ?

Mais quand même, dans ce numéro, la palme du crétinisme revient à ma consœur Sophie Rabau, enseignante à Paris-III, qui suggère de traquer dans la littérature toutes les traces de viol antérieures aux histoires que racontent les œuvres. Si. Médée ? Violée — c’est pour ça qu’elle cède à Jason. Ne cèdent sans doute que des femmes pré-violées, particulièrement à des héros favorisées par diverses déesses. Nausicaa ? Violée itou — par Ulysse, aussi désemparé soit-il quand il aborde les côtes phéacienne. Mélisande ? Violée — c’est pour ça qu’on la prend aux cheveux sans doute… Et Manon Lescaut, et la Célimène du Misanthrope, toutes violées antérieurement…

Et Carmen, dont…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

 

C'est le français qu'on assassine

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Considérations politiques sur les coups d'État

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Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ?

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Le « jambon-beurre », le sandwich de tous les Français ?

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Le prix du fameux « jambon-beurre », et le traitement médiatique qui est réservé à sa mise en concurrence par le « burger », en font un révélateur des fractures françaises. 


« C’est un comble, que dis-je, une hérésie au pays de la baguette ! », lance la journaliste de BFM TV en ouverture de son journal de 7h30 hier matin, sur-jouant son agacement. Le pays de la baguette ? Mais c’est chez nous ça ! Que se passe-t-il donc de si grave dans notre bon vieux pays ? Son collègue masculin précise : « Mais exactement, ça faisait un moment que cela poussait, et le burger est bel et bien en train de détrôner le jambon-beurre. Cette fois-ci, c’est fait ». S’en suit un reportage.

4€ à Paris, 2,48€ à Tulle

« C’est une petite révolution », prévient la voix off, avant que les chiffres effrayants du dépassement de notre jambon-beurre tricolore par cet envahissant burger ne viennent s’afficher à l’écran. Avec 9% de croissance et 1,4 milliard d’unités écoulées en 2017, une étude annuelle, révélée par Le Parisien, confirme le terrible constat.

Pas forcément américain, il peut toutefois être français, et très artisanal. Voilà comment BFM TV tentera de nous rassurer face à cette invasion. De plus, le jambon-beurre, il lui reste de « bons jours devant lui ». Ses atouts ? Pour ce boulanger interrogé par notre chaine d’info préférée, il garde un « côté rassurant » pour le consommateur qui n’aurait « pas envie de s’aventurer vers les nouvelles tendances ».

Le prix moyen du jambon-beurre s’établit, toujours selon la même étude, à 2,94€. Toutefois, de fortes disparités régionales sont constatées. Paris a la palme du jambon-beurre le plus onéreux, il y atteint un prix moyen de 4€, quand François Hollande et Julie Gayet peuvent, eux, se régaler pour la modique somme de 2,48€ dans « leur » bonne ville de Tulle.

Pernaut résiste à l’invasion

Moins polémique, mais tout aussi complet, Jean-Pierre Pernaut, dans son édition de 13h sur TF1, a voulu en avoir le cœur net : « Est-ce que les Français sont toujours aussi attachés à leur traditionnel jambon beurre ? » Il a pris la décision d’envoyer une équipe enquêter à Lille. « C’est la base, c’est gourmand. Pas besoin de beaucoup d’artifices pour avoir de bonnes choses », témoigne pleine de bon sens la première consommatrice rencontrée.

« Les ventes de jambon-beurre baissent pourtant », nous confirme TF1. Une sympathique boulangère lilloise nous rassure : « Cela reste l’indémodable, et LE sandwich bien français ». Ouf, à Lille ils ne sont pas tous passés au hamburger yankee.

Passés dans l’arrière-boutique pour rencontrer le boulanger, les journalistes de TF1 ont découvert ce qui fait le secret d’un « bon » jambon-beurre. « Du bon jambon à l’os, du beurre fermier, une bonne baguette, et le tour est joué », s’enflamme l’artisan. La recette du jambon-beurre semble en effet relativement simple ! « Un produit 100% Français, 100% terroir », confirme notre boulanger. « Un sandwich qui murmure à nos mémoires », conclue TF1. Ainsi, le sandwich reste LE compagnon de nos pauses déjeuners. Mais indétrônable ou pas ? A l’inverse de BFM TV, TF1 fait de la résistance : « Irremplaçable, bon et pas cher », commente Jean-Pierre Pernaut qui ne compte pas se laisser envahir de sitôt.

Le jambon-beurre, pas le sandwich de la France d’en-haut ?

La différence de traitement entre les deux antennes, même sur ce sujet si anecdotique, est intéressante. Dans « la première édition » de BFM TV, plutôt regardée par un public urbain avant de partir au bureau, l’info a été présentée en ouverture en forme de clin d’œil, et avec quelque dérision. Sur TF1 à 13h, le sujet a été inséré au milieu du JT, et était nettement plus premier degré. Le public monstre de TF1 à midi, bien plus péri-urbain (si ce n’est rural ou « France périphérique » au sens du géographe Christophe Guilluy), ne trouve peut-être pas aussi cocasse la compétition que se livrent burgers et sandwichs bon marché au jambon. Si le cadre, dit « dynamique », qui a regardé BFM TV s’en va claquer 15 € à midi pour déjeuner un bon burger en terrasse, la France de Pernaut est en partie inquiète de voir la mondialisation bouleverser ses habitudes, jusque dans l’alimentation. Cette France, qui ne peut parfois pas mettre tellement plus de 4 ou 5 € pour un sandwich avec boisson à midi, n’est peut-être pas la France qui va se ruer sur les urnes pour revoter Macron dans 5 ans, sauf résultats économiques époustouflants.

Telford: silence, on viole !


A Telford, ville ouvrière du centre de l’Angleterre, des centaines de jeunes filles blanches ont été sexuellement agressées, pendant près de 40 ans, par des gangs d’origine indo-pakistanaise. Les autorités locales sont accusées d’avoir tenté d’étouffer l’affaire, par peur d’être taxées de racisme. 


Tandis que les dirigeants européens s’inquiètent des affaires secouant les romanesques guerres entre services secrets russes et britanniques, un scandale d’une importance et d’une gravité inouïes, dont on parle bizarrement fort peu de ce côté-ci du chanel, secoue l’Angleterre. Les viols, crimes, exploitations, tortures diverses dont ont été victimes des centaines de jeunes filles, on évoque des centaines de victimes, depuis une quarantaine d’années, à Telford, petite ville nouvelle du Shropshire sise loin des préoccupations hors-sol de la capitale, par des gangs d’origine pakistanaise et bangladaise.

Telford, la défaite du « Padamalgam » 

Pour le coup, pourtant, il s’agit bien d’une « attaque sur son sol » (pour reprendre l’expression employée récemment par Emmanuel Macron au sujet de l’affaire d’espionnage),  subie par la population britannique, et dans les grandes largeurs celle-ci.  La discrétion de certains médias constitue déjà un problème : ce sujet est-il déconsidéré par peur de stigmatiser les minorités, en l’occurrence indo-pakistanaises, dont font partie les coupables de ces faits atroces ? Comme dans l’insupportable affaire des agressions de masse de Cologne, le peuple, notamment féminin, est invité à se taire et à se faire violer en silence pour ne pas attiser les « haines » et nuire au pathos multiculturaliste en vigueur.

C’est pourtant ce silence, censure ou autocensure, qui attise les ressentiments au lieu de les éliminer. Reconnaître et nommer le réel, le prendre en compte dans toute son étendue, est pourtant fondamental, comme y incitent, par exemple, la députée conservatrice de Telford, Lucy Allan, ou encore l’ancien ministre travailliste du Gouvernement de Tony Blair, Jack Straw, qui mentionne l’une des causes du problème qui serait liée à l’origine culturelle des agresseurs. Leur environnement culturel les prédisposerait à voir dans les jeunes filles blanches de leur pays d’accueil de la « viande facile ». Le dire n’est pas stigmatiser l’ensemble de la population indo-pakistanais, bien au contraire, c’est une manière de protéger ceux qui se sont intégrés aux valeurs du pays hôte contre ceux qui les rejettent ou les violent.

Ne balance pas ton porc minoritaire

Comment expliquer aussi le silence des mouvements féministes, adeptes de #metoo et d’autres phénomènes médiatiques lyncheurs et autocentrés, sur cette abominable affaire ? L’abolition du réel qui dérange. Faire tomber un people ou un homme politique par des allégations, voilà qui est porteur. Soutenir des pauvres filles de milieux déshérités victimes de gangs pakistanais, bof, ça ne rentre pas dans le cadre idéologique. Et, ce qui compte, c’est de toujours faire entrer le réel dans l’idéologie, quitte à le pervertir. Au besoin, on change de réel, ou on le nie.

A lire aussi: Balance ton porc… sauf celui de La Chapelle-Pajol?

C’est à ce même silence coupable et complice auquel se sont heurtées les victimes qui, durant des années, ont tenté d’alerter les services sociaux et les enquêteurs britanniques. La plupart du temps sans le moindre succès. Ainsi, et pour ne parler que de la période la plus récente de cette histoire à côté de laquelle Gilles de Rais fait figure de bon père de famille, sur 715 signalements depuis 3 ans, seule la moitié a fait l’objet d’un semblant de prise en charge. Les victimes ont été sommées de se taire. Les autorités ont fermé les yeux. Comble d’une absurdité digne de l’angoissante dystopie The Handmaid’s Tale. L’une des personnes chargées d’enquêter dans la ville de Rotherham, théâtre des mêmes crimes qu’à Telford, a été contrainte de suivre un stage de « sensibilisation à la diversité ». Ah bon, mais pour quoi faire ? Y aurait-il donc un lien ?

Le « thatcherisme » est passé par là

Mais on ne peut pas se contenter de dénoncer les ravages de la moraline injectée à gros tuyaux dans les veines d’une population déshéritée, qui a eu, en prime, le mauvais goût de voter pour le Brexit, contrairement aux élites des grandes villes. Ce scandale humain, social, à l’échelle d’une ville et d’un pays tout entier, a aussi été rendu possible par la lente déshérence des services publics et sociaux anglais depuis des décennies. Le thatchérisme, puis les politiques contraintes d’austérité n’ont eu de cesse de diminuer les ressources et les ambitions des services publics, alors que les effets de la crise ont renforcé les besoins adressés à ces services. L’effet de ciseau est imparable et d’une cruauté sans pareil.

En dépit du fiasco d’Outreau, auquel cette aberration de masse fait vaguement songer, on peut penser que pareil manquement des services publics de protection des populations et des victimes déclarées n’aurait pas pu se produire en France. En tout cas, pas encore et tant que des services publics à peu près correctement dotés en moyens et en personnels continuent de fonctionner. Il est à noter, du reste, que ces services sociaux anglais de protection de l’enfance font l’objet, depuis quelques années, de très sévères critiques pour leur politique d’une extrême violence consistant à enlever des bébés à leurs parents pour des raisons « préventives » : on retire leur enfant à des parents afin de prévenir d’éventuels mauvais traitements. Phénomène remarquablement mis à jour par le documentaire « Les enfants volés d’Angleterre » diffusé en 2016 par France Télévisions.

On pourrait être tenté de suggérer aux services sociaux de se concentrer sur les risques avérés, les choses concrètes des vraies victimes de vrais crimes, plutôt que d’extrapoler sur une philosophie pénale de la sûreté pour le moins douteuse. Ou alors d’aller jusqu’au bout de leur logique douteuse et d’appliquer ce même principe de « précaution » non seulement aux victimes potentielles mais aussi aux personnes dont on pourrait imaginer qu’elles pourraient se rendre coupables d’un crime…

« America »: la révolte des « lamentables » qui ont voté pour Trump

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America, le documentaire de Claus Drexel, plonge au cœur de l’Amérique des « petits blancs », méprisés par Hillary Clinton, qui ont porté Donald Trump à la présidence des Etats-Unis. 


Il faut avoir un culot monstre pour intituler America un documentaire consacré à l’exploration d’une bourgade de 450 habitants isolée sur les hauts plateaux du nord de l’Arizona, située à deux heures de route de la première agglomération digne du nom de ville. Cette provocation n’est pourtant ni gratuite, ni frivole : l’Amérique, aux yeux du réalisateur franco-allemand, Claus Drexel, ne peut se comprendre si l’on passe à coté des lieux et des gens vivant et pensant à l’écart des métropoles, parce qu’ils sont nés là, ou qu’ils ont choisi de s’y établir après un parcours de vie chaotique.

Racistes, réacs, incultes, grossiers…

L’intuition du réalisateur a été la bonne : dès que Claus Drexel a pris connaissance de la nomination de Donald Trump comme candidat républicain à la présidence des Etats-Unis, il s’est immergé pendant sept mois, avec son équipe, à Seligman, une localité symbolique de cette Amérique périphérique, réputée réactionnaire, raciste, celle du « white trash », cette racaille blanche qui s’est rassemblée, à la surprise générale, pour imposer un bouffon narcissique, inculte et grossier dans la dernière ligne droite de la course à la Maison Blanche.

Claus Drexel serait, selon ses biographes, un lointain descendant de Martin Luther. De son illustre ancêtre, il a dû hériter de la conviction que tout individu porte la responsabilité de son salut, donc de la conduite de son existence. Cela lui épargne les lunettes déformantes de l’idéologie expliquant le monde par la dichotomie entre les dominants et les dominés, et lui permet de filmer avec empathie des gens qui assument crânement des opinions, des valeurs et des comportements suscitant l’opprobre des élites éclairées, conscientes de leur supériorité morale dans tous les domaines. Comment peut-on être un fan des armes à feu, favorable à la peine de mort, réticent à légaliser l’IVG, opposé au mariage gay sans être au pire une ordure, au mieux une victime de l’aliénation propre au « lumpenproletariat » stigmatisé par Marx et Engels ?

L’Amérique, leur trésor

Vu de Seligman, avec l’œil de Claus Drexel, l’affaire est moins simple que l’on voudrait nous le faire croire. Au fil des entretiens en situation, chez eux, dans les bars, ou dans les magnifiques espaces du nord de l’Arizona, on découvre que ces gens-là, pour la plupart des cabossés de la vie, survivant grâce à des petits boulots de barmans, serveuses, garçons de ferme, fossoyeurs, ou titulaire de retraites trop minimes pour rester en ville possèdent un trésor : l’Amérique dont ils se sentent les gardiens de l’âme en préservant leur liberté, dans tous les domaines.

A lire aussi: Taxes sur l’acier et l’aluminium: Donald Trump accusé de défendre son économie

Posséder des armes n’est pas négociable : « Si quelqu’un vient tirer dans mon bar qu’est ce que je fais ? Appeler la police ? Elle mettra au moins deux heures à venir, si elle vient ! Ici tout le monde est armé, et un agresseur sait qu’il sera descendu s’il s’avise de déconner… », constate le mastroquet. Sandy, infirmière militaire à la retraite, caresse amoureusement sa « beauté noire », un pistolet couleur ébène qui ne la quitte jamais. Réglementer le port d’armes ? « Vous n’y pensez pas ! Ici c’est l’Arizona ! », fulmine cette jeune maman, qui estime qu’à cinq ans son fils sera en mesure de commencer son entraînement de fine gâchette.

La fierté des pauvres

En fond sonore, on entend les retransmissions radios des meetings des candidats à la présidence. Donald Trump : « Je serai le plus grand président que l’Amérique n’a jamais eu ! » A Seligman, on rigole. Gonflé le mec ! On le croit à moitié, ou au quart, mais au moins il sait nous causer et nous distraire ! La dame noire qui est venue s’installer à Seligman en raison du climat sec ne votera pas pour lui, mais pas pour Hillary Clinton. Elle était fan de Bernie Sanders. A la radio Hillary Clinton s’emballe : « La moitié des électeurs de mon concurrent sont un ramassis de lamentables (a basket of deplorables) xénophobes, homophobes, islamophobes ! »

Là, ça leur reste en travers de la gorge : à Seligman, c’est Angel Paladillo, 90 ans, ancien barbier fils d’immigrants mexicains qui a sauvé le village dans les années 1980 en relançant le tourisme nostalgique sur la mythique route 66. Un ferrailleur barbu et patriote présente fièrement sa quatrième épouse, une afro-américaine, à la caméra… Tous ces gens-là, à la différence des « oubliés » européens de la mondialisation ne demandent pas à l’Etat de les prendre en charge, d’assurer l’égalité des territoires et des conditions. Ils ont la fierté des pauvres, l’arrogance de ceux qui pensent avoir choisi leur destin. A la fin du film, Trump est élu, et Seligman restera Seligman, le plus beau pays du monde.

America, un film de Claus Drexel, toujours à l’affiche dans quelques salles à Paris et dans quelques grandes villes…

« Mennel a repris des théories assez répandues chez les musulmans de France »


Pour le sociologue spécialiste de l’islam de France, la jeune fille qui chante en public, même voilée, ne peut que scandaliser les salafistes. Mais beaucoup de musulmans du quotidien partagent ses thèses complotistes. Ceux qui veulent organiser le culte musulman auront fort à faire pour rattraper ces millions de brebis égarées. 


Causeur. La vague de terreur islamiste qui a frappé notre pays depuis 2015 a-t-elle modifié le rapport des musulmans de France à l’islamisme ?

Tarik Yildiz. Incontestablement. Les attentats ont polarisé les uns et les autres. Une frange assez importante des musulmans de France y a vu un complot islamophobe et dénoncé un prétexte pour dénigrer les musulmans. Mais une autre partie des musulmans du pays a vécu ces événements comme l’ensemble des Français, comprenant qu’il y a un souci avec une certaine interprétation/expression de l’islam et qu’il faut absolument faire quelque chose.

A lire aussi: Alain Finkielkraut: Mennel ou la nouvelle France

Pourtant, si on en croit l’enquête de l’Institut Montaigne, 28 % des musulmans de France estiment que la charia prévaut sur la loi de la République et cette proportion atteint 50% chez les jeunes. Confirmez-vous ces tendances ?

Les résultats obtenus par l’Institut Montaigne traduisent une certaine réalité : si on les interroge, beaucoup de musulmans se disent favorables à la charia. Mais entre la théorie et la pratique, la marche est assez haute ! Ils ne sont majoritairement pas enclins  à appliquer les préceptes islamiques dans leur vie quotidienne. C’est ce que j’appelle des « musulmans superficiels ». On retrouve notamment ce profil chez les délinquants au surmoi islamiste qui basculent en quelques mois dans le djihadisme, comme Salah Abdeslam.

Sans faire de raccourci douteux, on constate aussi de sacrés paradoxes chez Mennel Ibtissem, candidate de « The Voice ». Comme l’a noté Gilles Kepel, une femme musulmane qui chante représente une abomination pour les salafistes, fût-elle voilée et perméable à certaines thèses complotistes…

C’est en effet un paradoxe. N’importe quel musulman radical maudira Mennel parce qu’elle chante sur de la musique profane accompagnée d’instruments, se maquille, et se produit en public. Sur les forums islamistes, on lit des propos comme « Ma sœur, reviens à la raison. Arrête tout ça ! » Reste que Mennel a repris des théories qui sont loin d’être marginales au sein de la population musulmane de France et plus généralement des banlieues françaises. L’idée que le terrorisme est le fruit d’une manigance de l’Etat, des juifs ou d’autres groupes perçus comme anti-musulmans est assez répandue, et pas seulement chez les plus radicaux. Sur les réseaux sociaux, Mennel a écrit ce qu’elle pensait : on en veut aux musulmans qui sont déjà discriminés et marginalisés. L’Ipsos a récemment publié une étude sur les théories du complot. Quoique critiquable, cette enquête révèle l’importance du phénomène chez l’ensemble des Français. Et cette tendance est exacerbée au sein de la population musulmane.

Une telle paranoïa nourrit le désir de regroupement communautaire. Ceux que vous appelez dans votre livre les « musulmans communautaristes » ne s’opposent pas frontalement aux valeurs de la société française mais organisent leur entre-soi. En France, est-il aujourd’hui possible de vivre en vase clos dans un univers pratiquement 100% « hallal » ?

On y vient de plus en plus. Une partie de la population musulmane a le projet assumé de copier le modèle multiculturel anglo-saxon de façon à faire toute sa vie dans un environnement islamique : fréquenter des établissements hallal, scolariser ses enfants dans des écoles musulmanes, etc. Ce séparatisme culturel n’empêche pas d’entretenir des relations cordiales avec le reste de la société. Simplement, chacun reste chez soi, on ne se mélange pas, on se côtoie quand on y est obligé en minimisant au maximum ses rapports avec l’extérieur. Ce mode de vie concerne souvent des franges éduquées, et non pas les courants violents les plus problématiques. Ses adeptes reprennent même parfois à leur compte le concept de laïcité, en le ramenant au droit de pratiquer librement sa religion sans faire de mal aux autres, et défendent la discrimination positive.

Ces musulmans communautaristes rechignent-ils à s’engager dans des associations islamiques depuis que des ONG telles que Baraka city ont été accusées de soutenir le djihad ?

Pas vraiment. Quand tel ou tel scandale révèle les connivences de certaines associations avec le djihadisme, la plupart des musulmans militants continuent leurs activités. Au fond d’eux-mêmes, bien au-delà du cercle des communautaristes, nombre de musulmans français n’y croient pas vraiment. En cas de descente de police contre une association, le sentiment dominant est moins « Attention, ils sont en train de monter une filière » que « Tiens, une opération de répression se monte contre les musulmans. »

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Si l’Etat a lancé une opération spectaculaire,  c’est pour organiser l’islam de France. Quelles sont les différentes positions des musulmans de France face au projet d’Emmanuel Macron ?

Il y a de tout. Pour différentes raisons, une partie des musulmans estime que ce n’est pas à l’Etat d’organiser l’islam de France. Dans cette catégorie, on trouve par exemple ceux que j’appelle les « musulmans discrets », très républicains, pour lesquels cette démarche bafoue les principes de la République. Un autre partie des opposants se demande pourquoi le gouvernement n’en demande pas autant aux chrétiens et aux juifs. Ce sentiment du deux poids deux mesures est extrêmement fréquent.

En somme, ce projet d’organisation du culte fait l’unanimité des musulmans contre lui.

Il y a des oppositions très fortes. Même les musulmans qui y sont plutôt favorables en critiquent les modalités. J’en entends beaucoup dire : « Si c’est pour refaire le CFCM avec Dalil Boubakeur, ce n’est pas la peine. » Certains souhaiteraient avoir des représentants nationaux au sein d’une instance représentative mais selon leur propre conception des choses, à l’exclusion des autres.  De toute façon, les plus radicaux ne seront pas représentés. Ils voient les interlocuteurs musulmans de l’Etat comme des « collabos ». Paradoxalement, l’un des buts de la restructuration de l’islam de France est justement de les toucher de manière indirecte mais cela ne fonctionnera pas.

Pourquoi êtes-vous si pessimiste ?

Parce qu’il est impossible de désigner des responsables musulmans qui conviendraient à tout le monde. À la moindre perte de légitimité, ces figures ne toucheront plus personne.

 

Xi Jinping menace Taïwan d’une… « punition de l’histoire »

Xi Jinping inquiète le monde. Dans son discours conclusif des travaux de l’assemblée nationale populaire à Pékin du 20 mars 2018, le « leader du peuple » chinois a menacé la pacifique démocratie taïwanaise d’être « punie par l’histoire ». « Seuls ceux qui menacent considèrent les autres comme une menace », a-t-il dans le même temps affirmé. Comment concilier ces deux affirmations qui paraissent contradictoires ?

L’Histoire « avec sa grande hache »

C’est bien d’une « punition » qui n’a rien d’imaginaire – plus de 1 000 missiles chinois sont pointés vers l’île – que Xi menace le gouvernement taïwanais, dont le seul crime est de s’en tenir à la volonté de son peuple. Les habitants de l’île ne voient en effet rien d’attrayant dans la perspective d’abandonner leur souveraineté au profit d’un pays soumis à une dictature dont les institutions sont de plus en plus totalitaires. Sans compter que l’identité de Taïwan, pays insulaire qui n’a jamais appartenu à la République populaire de Chine, et est entré dans la modernité sous l’influence des colons japonais, est très différente de celle du continent, malgré tous les discours chinois mettant en avant les liens « raciaux » entre les Hans qui peuplent les deux rives du détroit. « Le sang est plus épais que l’eau » du détroit de Taïwan qui sépare l’île du Continent ne cesse en effet de répéter Pékin.

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Mais à suivre Xi, ce n’est pas Pékin qui exécuterait la sentence qu’il prononce. C’est l’Histoire elle-même, « avec sa grande hache » – selon l’heureuse expression de Georges Pérec – qui se chargerait de « punir » ceux qui marcheraient à contre-courant de son flot irrésistible. Se fait jour ici la réinterprétation nationaliste, très prégnante en Chine, du « sens de l’histoire » propre au marxisme : la « renaissance » de la nation (ou de la « race ») chinoise est un mouvement historique dont le Parti communiste est à la fois le moteur et l’instrument.

Crime et châtiments

Mais transparait aussi dans cette expression l’idiosyncrasie légiste chinoise dont nous sommes moins familiers en Occident. On rassemble sous le terme « légisme » quelques penseurs politiques qui inspirèrent le premier empereur qui, il y a vingt-trois siècles, unifia au fil de l’épée les royaumes de la Chine ancienne. Il régna d’une main de fer sous l’influence de Li Si, un intellectuel lui-même influencé par les écrits glaçants de son condisciple Han Fei qu’il poussa au suicide.

En invoquant la « punition de l’Histoire », Xi procède à une objectivisation d’un processus humain qui n’est pas sans rappeler la conception de l’organisation du cosmos et des sociétés humaines que se faisaient, il y a plus de 2 000 ans, les légistes chinois, dont l’influence sur la pensée politique chinoise traditionnelle ne saurait être surestimée. Dans cette conception, le Prince était l’origine et le garant de l’ordre naturel dont l’ordre humain était une simple émanation. Dans un tel dispositif, ce sont les châtiments et les récompenses octroyés par le Prince qui sont les instruments du maintien de l’ordre social et naturel. Il faut donc que les châtiments du Prince s’exercent avec toute la rigueur et l’implacabilité d’un châtiment divin, d’une catastrophe naturelle, ou, dans le cas d’espèce, d’une sorte de divinité historique moins amène encore que notre Clio (je ne parle pas de la voiture). Le deuxième caractère chinois du terme employé ici par Xi Jinping lorsqu’il se fait le porte-parole du jugement de l’histoire est justement le terme employé par les légistes lorsqu’ils parlent des « châtiments » grâce auxquels le Prince peut régner. Il n’y a ici aucune place à l’arbitraire ou à la liberté. Dans le Han Feizi, du susnommé Han Fei – un des textes les plus importants du légisme -, le législateur ou le principe (la forme que prend le Prince dans ce système de pensée), est identifiée au néant. Il est inexorable et semble se confondre avec la loi qu’il est chargé d’appliquer.

Le sens de l’histoire post-historique

Les Occidentaux ont longtemps avalisé la fable selon laquelle la « Chine » (des deux côtés du détroit de Taïwan) devait nécessairement se réunir parce que, comme le pensaient déjà Nixon et Kissinger au moment du rapprochement de la Chine et des États-Unis à la fin des années 1960, c’était le sens de l’Histoire, alors que la Chine s’apprêtait à retrouver, pensait-on, sa splendeur passée. Mais ce « sens de l’Histoire » se devait d’être pacifique et harmonieux, « post-historique » aurait dit Philippe Muray. Ironiquement, c’est Taïwan, ce pays qui s’efforce de complaire à l’Occident, qui est le plus « post-historique ». Taïwan est, par exemple, le seul pays asiatique à avoir autorisé le mariage entre personnes du même sexe. Il passe aux yeux d’une autre civilisation que la nôtre pour une unité politique obsolète qui sera bientôt balayée.

Nous pensions avoir enfoncé le dernier clou dans le cercueil de cette sanguinaire Histoire. L’islamisme politique avait déjà sérieusement ébranlé cette rassurante conviction. Voilà qu’une vieille théorie politique chinoise, qui informe l’action politique et diplomatique d’un pays de plus en plus puissant sur la scène internationale, nous prouve que nos doutes étaient décidément fondés.

Avis de décès médiatique: le PS n’intéresse plus personne

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Si le Parti socialiste (PS) est vraiment en train de mourir, c’est un événement. Ce n’est pas tous les jours que l’on assiste au crépuscule d’une formation politique au passé si prestigieux, qu’on la considère comme quasi-cinquantenaire (l’appellation Parti socialiste date de 1969) ou comme plus que centenaire (la SFIO ayant été fondée en 1905).

Sur le dark web, les gens paient cher pour regarder des vidéos d’agonies. Mais personne n’est prêt à débourser un kopeck pour suivre la mort lente du PS (Pâques, qui approche à grands pas, vient toutefois nous rappeler que les résurrections sont possibles). Or, l’information étant devenue un bien de consommation courante, si elle ne fait pas vendre, elle perd tout intérêt auprès de ceux qui la produisent.

Une médiatisation timide

Il n’aura échappé à personne que l’élection du Premier secrétaire du PS fait l’objet d’une médiatisation très timide. Ainsi, sur le site de Causeur, il n’y a guère que le très héroïque David Desgouilles qui se soit imposé le visionnage intégral du débat du 7 mars afin de rédiger l’article que voici.

Je tiens de source sûre que, tous médias confondus, les articles traitant de l’actualité du Parti socialiste font un bide. De fait, à ma connaissance, ces derniers jours, aucun titre de la grande presse ne s’est risqué à faire sa Une sur cette élection : pas assez vendeur.

A lire aussi: Débat du PS: pour la première fois, un petit parti avait les honneurs d’une grande chaîne

Que les médias puissent aujourd’hui, au lendemain du premier tour, massivement titrer sur: « qui est Olivier Faure, le nouveau Premier secrétaire du Parti socialiste? » est symptomatique. On réserve habituellement ce genre de questions aux gens qui sortent de nulle part. Quand la personne est déjà connue, on tente le faux scoop avec « qui est vraiment untel? » (l’article ne contenant, en général, aucune révélation). Dans les contextes d’élections, la question « qui est untel ? » est posée dès l’officialisation des candidatures, afin que nous sachions qui sont les compétiteurs en présence. Sur cette base, d’habitude, les médias élaborent une scénarisation en distribuant les rôles: le favori, le challenger, l’outsider, etc. On traque ou on provoque les attaques personnelles et on demande aux uns de réagir aux réactions des autres. De cette manière, on parvient tant bien que mal à intéresser les gens à ce qui ne les intéresse pas.

L’échec des vieilles ficelles

Ils ont essayé de faire comme d’habitude. Mais cela n’a pas marché. Alors, ils ont laissé tomber.

Lors de l’ouverture des candidatures…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux <<<

 


Edwy Plenel à ONPC: la liberté de la presse (et la paix dans le monde), c’est lui

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Une fois encore invité d’honneur de l’émission de Laurent Ruquier, Edwy Plenel était samedi dans « On n’est pas couché » pour fêter les 10 ans de Mediapart et nous faire prendre conscience des services qu’il nous rend. On dit merci qui ?


Comme tous les « samedis soir sur la terre », comme le chante Francis Cabrel, nombre de Français sont sortis samedi soir pour s’aimer ou pour boire jusqu’à plus soif. En cette soirée de la Saint-Patrick, la consommation de bière était privilégiée. Toutefois, 1 million de résistants sont restés devant leur poste de télé, pour suivre les débats d’On n’est pas couché. Ce samedi soir, à 23 heures, un célèbre journaliste de 65 ans, qu’on dit sur le départ, était sur le point d’y faire une annonce fracassante.

Laurent Ruquier et sa fine équipe recevaient Edwy Plenel. Le journaliste – que l’animateur qualifie d’ « engagé » – était fier de célébrer avec nous les 10 ans de son site Mediapart ; il avait donc tout loisir de donner son avis sur plein de choses. Et de faire au passage une énième promo lourdingue à son média en ligne indépendant qui cartonne. Monsieur Plenel, commerçant, indiqua ainsi que tout Mediapart était en accès gratuit jusqu’à dimanche soir. Une promotion exceptionnelle.

Parole de vigile

La parole d’Edwy Plenel, qui est aussi celle de l’ancien rédac’ chef du journal de référence, est toujours attendue. Pour toute une gauche en tout cas, c’est un peu « Père Plenel ». Va-t-il parler de la libération-de-la-parole-des-femmes dans son homélie, lui qui a balancé le porc Denis Baupin avant l’heure ? Va-t-il parler de Tariq Ramadan ? Quel rôle envisage-t-il pour les journalistes à l’ère de l’invasion des fake news ?

A lire aussi: ONPC: Christine Angot, orgueil et préjugés

Les fidèles de l’émission savent que les invités secondaires rentrent dès le début, les pauvres… Qu’ils soient petits chanteurs, rappeurs branchés, acteurs envoyés de force par la production d’un film, comiques du moment ou starlettes de la télévision, ils doivent rester assis pendant toute l’émission derrière une espèce de pupitre, écouter les blagues de Ruquier et les vacheries assénées aux uns et aux autres, en applaudissant, de préférence. Chacun attend son tour. Les invités vedettes, eux, ne rentrent sur scène que pour leur intervention. C’est tout leur privilège. Edwy Plenel fait naturellement partie de cette seconde catégorie d’invités.

Arrivé sous les vivas du public, Edwy Plenel n’a pas fuit les questions gênantes. Ca, c’est bon pour les politiques ! Lui ne mange pas de ce pain là.

On dit Merci qui ? Merci Edwy !

Comme chaque année, Edwy Plenel était venu présenter un nouveau livre. Cette fois c’était La valeur de l’information, plaidoyer pour un journalisme indépendant, qui raconte aussi la folle épopée Mediapart, modèle payant à succès auquel « personne ne croyait », sauf lui et trois autres visionnaires. Edwy Plenel, toujours modeste, est revenu en détail sur le succès de ce « journal vivant » qu’il a lancé pour l’ « intérêt général ».

Toutefois, le « journaliste engagé » se désengage. Il le confie, il s’apprête à passer la main. Mais Edwy Plenel a conscience d’être une « tête de gondole ». Passer le flambeau est une vraie responsabilité, le titre Mediapart étant lui même garant de la salubrité de notre République. Avec 45 journalistes à temps plein sous sa responsabilité, on le comprend bien, passer la main ne sera pas chose aisée. Heureusement, comme souvent, Edwy Plenel fait preuve d’un sacré sens de l’organisation. Et de la modestie. « Tant que ce n’est pas prêt, je ne pars pas », nous a-t-il rassuré. Alors que « le mensonge gagne, que la vérité est en péril » (les fake news, Trump, tout ça, tout ça), Edwy Plenel est conscient de sa responsabilité historique.

Mediapart, le service public privatisé

Laurent Ruquier, aux petits soins, lui a bien sûr rendu hommage. Il a rappelé les affaires révélées par Mediapart pendant ces 10 ans : l’affaire Bettencourt, l’affaire Cahuzac, l’affaire Sarkozy-Khadafi. « Parfois en insistant car peu de gens voulaient vous suivre », a précisé Laurent Ruquier. En insistant « tout le temps », a corrigé Monsieur Plenel.

Edwy Plenel, aux anges, a révélé le point commun aux trois affaires : l’évasion et la fraude fiscale. Salauds de riches ! « Des riches qui ne contribuent pas à la loi commune et aux impôts. […] Ils ne paient pas ce qu’il faut pour les hôpitaux, les écoles, les trains, les routes etc. » C’est confirmé : Mediapart a bien œuvré, toutes ces années, pour l’intérêt général. « Le seul objet, c’est le bien public. Un journal vivant, c’est ça ». Efficacité, sobriété.

Et que rétorque Edwy Plenel à ceux qui n’aiment pas Mediapart ? « Je dis toujours à tous ceux qui nous critiquent : en 10 ans de Mediapart, est-ce que vous pouvez trouver UNE information, UNE, qui se soit avérée fausse, et une information qui se soit avérée inutile dans le débat public ? TOUTES ont pour but d’animer ce débat public, de mettre à l’agenda des questions qui sont utiles ». Tout simplement.

Des infos « 100% vraies ». Edwy Plenel pourrait ajouter cet argument dans ses annonces commerciales, ça en jette ! Certains auraient pu lui répondre que certaines des méthodes de Mediapart, ou sa ligne idéologique, étaient critiquables. Mais non, personne ne l’a fait.

ONPC n’est pas Edwy

Car Monsieur Plenel confie à ses journalistes le rôle « d’aller chercher ces informations que les puissants nous cachent, que ce soit le pouvoir économique ou politique ». Kai kai ! Revoilà les riches et Sarkozy ! Dit comme cela, tout parait simple ? C’est pourtant un sacerdoce. Edwy Plenel ne cesse de le dire à ses journalistes : «Donnez, donnez au citoyen».

« Le journalisme, c’est bousculer, déranger. Ce n’est pas dire ‘Tout va bien Madame la marquise’ » Ce n’est visiblement pas le cas d’ONPC. Si l’émission de Laurent Ruquier est connue pour susciter des divisions entre ses invités, si Yann Moix et Christine Angot sont des snipers payés pour polémiquer et clasher les invités, Edwy Plenel a réussi l’exploit de mettre tout le monde d’accord. Tant mieux, puisque c’est dans l’intérêt général.

Frère Tariq et Calimero Plenel

La Une de Charlie Hebdo à propos de Tariq Ramadan, Laurent Ruquier pense qu’elle peut avoir « chagriné » Edwy Plenel. Mais il veut en avoir le coeur net : « tout le monde vous l’a déjà posée cette question. Et je pense qu’on vous l’a déjà posée 18 fois, non ? Au fond, vous ne saviez pas… Autrement vous en auriez parlé. » On n’imagine pas le patron d’un journal diffusant 100% d’informations vraies répondre « non » à ça. Edwy Plenel a bien confirmé les dires de notre animateur, redoutable intervieweur ce soir-là. Aussi curieux que cela puisse paraître, si Edwy Plenel et son équipe étaient capables de faire le décompte du nombre de poils aux fesses du président Sarkozy, sur celui de Tariq Ramadan, ils n’ont, à l’époque, rien trouvé. D’ailleurs, « personne ne savait ». Même l’islamophobe Caroline Fourest ?

A lire aussi: Elisabeth Lévy: Plenel contre Charlie : j’ai choisi mon camp

Pour la forme, Yann Moix a quand même décidé d’objecter : « ce qu’on se dit ,nous, de l’extérieur, c’est qu’un journal comme Mediapart n’a pas pour habitude de ne rien trouver sur un sujet où d’autres, au même moment, ont averti […]. Le téléspectateur lambda se dit que c’est très étrange ». Là, la moustache d’Edwy Plenel s’est un peu hérissée. Mais Mediapart a cherché partout et, à part « un musulman religieux traditionnaliste » (sic) qui détestait Ramadan et qui leur a dit que c’était un « fornicateur qui boit de l’alcool », il n’avait rien trouvé. Pas de chance sur ce dossier-ci. Arguant que tout ce qu’on lui reproche à ce sujet est « une légende pure », dénonçant plus tard une « cabale », défendant Mediapart qui a publié une enquête en plusieurs volets sur Tariq Ramadan (qui a même déplu à ce dernier !), il a rappelé, que, comme pour l’affaire Baupin, il a sa méthode : il lui faut au moins 10 témoignages ou 10 plaintes de femmes pour qu’une affaire de violences sexuelles puisse sortir dans les colonnes de son média.

En tant que « tête de gondole » des rédactions les plus prestigieuses, Edwy Plenel le rappelle : il a toujours été l’objet d’accusations foireuses. Autrefois au Monde, on l’accusait d’être un « agent de la CIA », aujourd’hui à Mediapart, on l’accuse d’être « islamo-gauchiste ». Rien que des calomnies on vous dit !

Critiquer la presse, c’est mal

La guerre contre Charlie Hebdo ? C’est loin derrière lui tout ça. D’ailleurs, « deux journaux indépendants, s’ils se font la guerre, ils font le jeu des ennemis de la presse. » Vu comme ça…

Les propos de Manuel Valls ? « C’est autre chose, ça. C’est une attaque politique. […] En tant qu’homme politique ayant occupé les plus hautes fonctions de l’Etat, il ne peut pas dire ça. Car il s’attaque à notre Constitution ». Bigre, c’est sérieux tout ça. « On ne peut pas être Charlie, et demander qu’on interdise de débat public un journal. » De mémoire, c’était seulement aux relations ambiguës d’Edwy Plenel avec la mouvance de Tariq Ramadan que l’ancien Premier ministre voulait faire « rendre gorge ».

Survolté, Edwy Plenel a ensuite mis Valls et Mélenchon dans le même sac. Jean-Luc Mélenchon qui estime la haine des médias « juste et saine », c’est un péril majeur ! « Attention attention ! C’est une liberté fondamentale qui est au service des gens, qui est au service du droit de savoir », nous alerte-t-il, devant un Laurent Ruquier et tout un auditoire inquiets.

Comme il était déjà un peu tard, j’ai usé, moi, de mon droit d’aller me coucher. Ce n’était qu’un « samedi soir sur la terre ».

Bertrand Cantat: ne confondez pas vengeance et justice !


On peut détester Bertrand Cantat mais on doit respecter le droit. Du point de vue de la justice, le chanteur a payé son crime. Tenter de faire annuler ses concerts, c’est contester la justice.


Durant le second débat télévisé de 1988 entre George Bush (père) et Michael Dukakis, le présentateur Bernard Shaw posa au gouverneur du Massachusetts une question quelque peu provocante : « Si Kitty Dukakis était violée et tuée, seriez-vous favorable à une sentence de mort irrévocable pour le meurtrier ? »

C’était l’occasion ou jamais pour le candidat démocrate d’expliquer la différence entre la Justice et la vengeance. Au lieu de cela, il s’enferra dans des positions de principe qui certes lui faisaient honneur, mais qui ouvrirent un boulevard au candidat républicain, élu quelques jours plus tard avec une écrasante avance.

Bertrand Cantat, 1964-2018

J’ai pensé à cette scène en voyant, il y a quelques jours, Bernard Cantat se faire lyncher à Grenoble par une foule en délire — et s’en tirer parce que les responsables de la sécurité le protégèrent. Le concert qu’il devait donner a été annulé — et tous ceux prévus cet été : Cantat est professionnellement mort — et humainement aussi. Né en 1964, tué en flagrant délire par le tribunal de l’opinion publique en mars 2018.

A lire aussi: Cantat, l’homme pressé de nous faire la morale

Je me fiche de Bertrand Cantat, et Noir désir n’a jamais été ma tasse de thé. Mais la scène est en soi répugnante. Voilà un homme qui, quelles que soient notre opinion sur la mort de Marie Trintignant et la réputation de violence que se traîne le chanteur, a accompli l’intégralité de sa peine, prononcée par un tribunal lituanien (eux aussi s’en contrefichent, de Cantat) pour coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Huit ans, dont il a fait l’essentiel en prison, puis en liberté conditionnelle sous étroite surveillance — selon la loi. Mais peu importe aux manifestantes qui souhaitent accrocher son scalp à leur ceinture. Qu’elles appellent au boycott de ses concerts, passe encore. Qu’elles veuillent sa mort… Qu’elles le traitent d’assassin…

Si Jacqueline Sauvage était un homme…

Assassin. Un qualificatif qui convient bien à Jacqueline Sauvage, parce que c’est la raison pour laquelle deux jurys populaires successifs l’ont condamnée à 10 ans de prison — qu’elle n’a pas faits parce que la rue est désormais la fabrique du Droit.

Ce serait une femme qui aurait tué son compagnon dans une crise de colère, aurait-elle droit, une décennie plus tard, au même déchaînement de haine recuite ? Jacqueline Sauvage serait un homme, aurait-elle eu droit, de la part de François Hollande, à la même mansuétude ? Qu’est-ce que c’est que cette justice à géométrie variable ? 123 femmes en 2016 tuées par leur compagnon, certes. Mais 34 hommes tués par leur compagne la même année, et dont personne ne parle. Des femmes violentes, cela existe, et bien plus souvent qu’on ne croit.

Il n’y a pas de « droit à la vengeance », mais…

Philippe Laflaquière, le juge qui a fait libérer Cantat, a exprimé sur France Info son inquiétude sur ce tribunal de la rue qui tend à se substituer à la justice des tribunaux — suspectés d’obéir à des pressions diverses dès que l’accusé est connu, alors que l’on pourrait aussi bien dire le contraire. Françoise Nyssen, ministre de la Culture, a déclaré : « Bertrand Cantat a été jugé, il a le droit de vivre sa vie » — ajoutant que son ministère n’avait pas à intervenir dans la programmation des salles de spectacle. Régis de Castelnau, avocat, a tenté d’analyser le scandale que constitue la justice selon Twitter… Rien n’y fait. Et d’aucunes de souhaiter que Cantat meure — quitte à y mettre la main.

A lire aussi: Faire taire Bertrand Cantat, c’est faire chanter la démocratie

Qu’on me comprenne bien. Si demain Nadine Trintignant tue Cantat en lui tirant dans le ventre le chargeur entier d’un Glock 17, je ne la blâmerai pas : il n’y a pas de « droit à la vengeance » (les deux termes sont incompatibles, qu’on se le dise), mais…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

 

C'est le français qu'on assassine

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Misères d’un papa-poussette au temps de #metoo et de « l’égalité femmes-hommes »

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Affiche du film "Ce qui vous attend si vous attendez un enfant", réalisé par Kirk Jones, 2012. ©DR

Dans le 11e arrondissement de Paris, un mâle blanc fait de drôles de rencontres en emmenant son fils à la maternelle. Entre les mères asexuées, les islamistes affligés et les papas « dégenrés », les aventures d’un homme d’avant devenu un nouveau père.


Pour de sombres histoires d’égalité hommes-femmes, je conduis parfois mon fils et la poussette à la crèche. On roule dans les flaques d’eau, on effarouche les pigeons et sur 500 mètres, je réponds à mille questions sur la ville, sur le petit bonhomme vert du feu rouge ou sur le son et lumière du camion poubelle. C’est un petit trajet qui me rend plutôt gai jusqu’au moment où nous croisons du monde, ce qui finit toujours par arriver aux heures de pointe dans le 11e arrondissement de Paris.

Comment j’ai pu en arriver là…

Difficile, dans mon quartier à la pointe du progressisme, de ne pas tomber sur une femme attendrie par notre spectacle de rue sur la paternité maternante et sur l’agonie du patriarcat. Inoffensif derrière ma poussette comme un cabot en muselière, je suis souvent la proie de regards pleins d’empathie et de sourires bienveillants. Il arrive même que l’on m’adresse la parole pour un brin de causette sans plus de manières, sans ambiguïté et sans crainte. Je suis poli et je réponds aux dames, mais je ressors plutôt vexé de ces échanges d’égal à égal puériculturellement parlant. Moi, modeste bourreau des cœurs et vétéran de la guerre des sexes, moi que l’on a sorti de tant d’histoires insulté, maudit et menacé, et parfois dénoncé, jeté à la rue à toute heure, et en slip par tous les temps, moi que l’on a giflé, griffé, mordu et battu, moi que l’on ne pousse que dans les bras de sa pire ennemie, voilà que l’on m’approche sans précautions et sans le moindre égard pour le caractère dangereusement lubrique et dominant de mon genre. Je me demande comment j’ai pu en arriver là quand je quitte la milf[tooltips content= »Mother I’d like to fuck »]1[/tooltips] sans méfiance en repensant à des vidéos de sexe forcé.

SOS virilité 

Il m’arrive aussi, dans mon territoire gagné par la diversité, de tomber sur des Français venus de pays où les poussettes pour homme ne courent pas les rues et où la domination masculine est plus qu’un concept. Ma paranoïa ne manque jamais de me faire remarquer derrière les capuches et les djellabas qui glandent, ou les passe-montagnes qui bossent, des regards moqueurs et des sourires narquois. Il ne se passe jamais rien, mais je me fais toujours un film. Je déroule en passant un scénario dans lequel les « racailles » et les « islamistes » me traitent de « pédé ». Comme dans mon histoire je n’ai pas plus de conversation que l’inspecteur Harry et que pour faire taire la rumeur, un bon bourre-pif vaut mieux qu’un long discours, un stigmatisé finit KO sur le trottoir. Je reprends ensuite mes esprits, la poussette et le chemin de la crèche en ajustant le bonnet sur les oreilles du petit.

Je la ramène moins quand je passe au milieu d’une patrouille de l’opération sentinelle. Je regarde avec envie ces fusils d’assaut qu’ils caressent comme l’espoir de dégommer des islamistes et je pense au Sahel, à son climat et à ses putes torrides, mais à l’instant précis où je les croise, j’ai l’air, entre quatre guerriers, d’une nounou.

Les fils de l’homme

Mais ma plus grande crainte reste de croiser un type avec une poussette et un gosse dedans. Je relève alors la tête en signe de dédain et je regarde ailleurs. Sans cette précaution, je pourrais subir l’humiliation de regards complices et de sourires gênants. Je presse le pas pour échapper à toute tentative de dialogue. Certains en sont friands : « Sympa cette forme de biberon ! C’est quelle marque ? Vous l’avez trouvé où ? » Je préfère ne pas, comme disait l’autre. Dans la rue, quand j’aperçois un mec avec une poche kangourou, je change de trottoir. Dans le bus, je me tiens le plus éloigné possible des trentenaires à landau, barbus et débraillés, avec leurs têtes de congé paternité. Je ne veux pas être vu en compagnie de ces fiottes castrées, de corvée de chiard parce que madame porte la culotte depuis plus tôt qu’eux le matin pour aller au boulot. Je n’ai rien à faire avec ces papas « dégenrés », désexués et décomplexés qui se pavanent, qui caquettent et qui promènent, nourrissent et torchent Côme ou Timothée. Moi, ça n’a rien à voir. Je veux bien être gentil mais je ne suis pas un ange.

Arrivé à la crèche, je confie le petit à des créatures taillées pour le job et je ressors libre de reprendre ma route et ma vie d’homme quand le téléphone sonne. C’est sa mère qui vient au rapport : « Ça s’est bien passé avec le petit ? – RAS. Comme d’habitude ! »

Faites-vous mal: lisez le Nouveau Magazine littéraire!

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Raphaël Glucksmann est le directeur de la rédaction du Nouveau Magazine littéraire. ©JOEL SAGET / AFP

Ma vie littéraire a longtemps été bercée par le Magazine du même nom. J’y ai été longtemps abonné, j’avais conservé religieusement certains numéros exemplaires — avant qu’une inondation ne les gâche irrémédiablement. Et le papier imprimé retourna à la pulpe…

Formule gagnante : un dossier, le plus souvent remarquable, sur un auteur consacré ou un mouvement littéraire, et des articles intelligents sur ce qui venait de paraître. Ajoutez à cela une lecture diagonale des titres offerts par votre libraire, et vous avez trouvé la formule du Comment parler des livres que l’on n’a pas lus chère à Pierre Bayard — indispensable, Bayard.

Le Nouveau Magazine littéraire a tué le père

Vous dire comme j’ai bondi d’espoir quand j’ai trouvé il y a quelques jours dans un kiosque le Nouveau Magazine littéraire. D’instinct, j’ai acheté les trois numéros parus, de janvier à mars.

Erreur fatale. « L’espoir, vaincu, pleure… » J’ai rarement lu autant d’âneries en si peu de pages. Résumé malheureusement objectif, en commençant par le numéro de janvier.

J’aurais dû me méfier : un mensuel qui offre pour fêter le début de l’année quatre pages à Najat Vallaud-Belkacem (elle hésitait encore à l’époque entre la direction — rémunérée — du PS et une vie dans l’édition) pour faire sa pub aurait dû m’être suspect. Suivi d’un article de Cécile Alduy sur la Droite où la « chercheuse associée au CEVIPOF » affirme — à propos de Wauquiez  : « Il est l’homme qu’on ne pourra pas faire taire, celui qui lève ‘l’omerta’. Comme si Elisabeth Levy, Alain Finkielkraut, Pascal Brückner, Eric Zemmour, Natacha Polony ou Valeurs actuelles ne saturaient pas déjà les ondes et les librairies des mêmes refrains. » Ah, comme c’est doux à l’oreille, ces listes de futures proscriptions…L’époque est à la balance.

C’est curieux, quand même, que cette Gauche bobo qui se cherche des idées n’en trouve que dans l’exécration. En fait, elle est exactement sur les positions de Drumont, de Barrès et de Brunetière (qui a inventé le mot « intellectuel » pour désigner Zola et ses amis), anti-dreyfusards notoires. Ciel ! L’antisémitisme ne serait-il décidément pas là où l’on voudrait, par habitude, le chercher ?

En clair, la droite ne serait-elle pas, en ce moment, à gauche ? Et vice versa, forcément…

Antigone contre les forces du mâle

Comme je tiens à être exhaustif et objectif, ce même numéro héberge un excellent article de Marc Wiezmann sur les dérives de la famille Merah, à partir d’enregistrements effectués à Fresnes des conversations entre Abdelkader Merah (le frère de Mohamed de sinistre mémoire) et sa mère. Tout à fait glaçant — et attendu en même temps. Les chiens font des chiens.

En février, rebelote. Numéro spécial femmes. « D’Antigone à #MeToo », clame la couverture. Pauvre Antigone — et surtout, pauvre Créon.

Passons (on passe beaucoup, à lire le Nouveau Magazine littéraire) sur les imprécations féministes d’Elsa Dorlin, qui assène trois pages durant tous les clichés machos qu’elle a pu trouver dans son inconscient torturé — elle qui est travaillée d’une « rage emmurée » qui fait bien entendu penser à la fin d’Antigone, à qui est consacré un long dossier dans lequel on lit finalement un nombre sidérant d’absurdités.

« De quoi est-elle le nom ? », se demande Sarah Chiche, qui a coordonné le dossier. « Une héroïne de notre temps », en butte à un monde d’hommes (Œdipe, Etéocle, Polynice, Hémon et Créon pour finir). Il n’y a guère que l’article un tant soit peu érudit de Daniel Loayza, le seul à distinguer ce qui est du ressort de la loi familiale (philia) et de la loi civile (andres — forcément, seuls les hommes votaient, à Athènes), et à dire en filigrane qu’Antigone est une figure de la réaction, de la tradition, du mythe contre l’Histoire. Etonnez-vous qu’entre le XVIIème et le XVIIIème on se soit tant intéressé à cette histoire — merci à Christian Biet, même s’il ne m’aime plus, pour les recherches érudites qu’il fit en son temps sur les diverses versions d’Œdipe.

Le mythe, c’est ce qui refuse l’entrée des hommes (et des femmes) dans le processus historique. Fils et filles — tenants de la tradition — contre le père, représentant de l’Etat : c’est ainsi que Rostam a défait Sourab dans la légende iranienne. Et que Créon élimine Antigone : il a cent fois raison. Cette gamine en pleine crise adolescente est réactionnaire au sens plein, et Créon a lu Gabriel Naudé et ses Considérations politiques sur le coup d’Etat (1640). 

Créon, oui — mais pas Kaouther Adimi, à qui son professeur de Français demandait : « Qui sont vos Antigone ? » Ma foi, j’espère que ce n’est plus personne — du moins si l’on tient à une analyse politique, et non aux imprécations stériles de pétroleuses perturbées par l’acné juvénile.

Manon Lescaut et Carmen ont-elles été pré-violées ?

Mais quand même, dans ce numéro, la palme du crétinisme revient à ma consœur Sophie Rabau, enseignante à Paris-III, qui suggère de traquer dans la littérature toutes les traces de viol antérieures aux histoires que racontent les œuvres. Si. Médée ? Violée — c’est pour ça qu’elle cède à Jason. Ne cèdent sans doute que des femmes pré-violées, particulièrement à des héros favorisées par diverses déesses. Nausicaa ? Violée itou — par Ulysse, aussi désemparé soit-il quand il aborde les côtes phéacienne. Mélisande ? Violée — c’est pour ça qu’on la prend aux cheveux sans doute… Et Manon Lescaut, et la Célimène du Misanthrope, toutes violées antérieurement…

Et Carmen, dont…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

 

C'est le français qu'on assassine

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Considérations politiques sur les coups d'État

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Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ?

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Le « jambon-beurre », le sandwich de tous les Français ?

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©LOIC VENANCE / AFP

Le prix du fameux « jambon-beurre », et le traitement médiatique qui est réservé à sa mise en concurrence par le « burger », en font un révélateur des fractures françaises. 


« C’est un comble, que dis-je, une hérésie au pays de la baguette ! », lance la journaliste de BFM TV en ouverture de son journal de 7h30 hier matin, sur-jouant son agacement. Le pays de la baguette ? Mais c’est chez nous ça ! Que se passe-t-il donc de si grave dans notre bon vieux pays ? Son collègue masculin précise : « Mais exactement, ça faisait un moment que cela poussait, et le burger est bel et bien en train de détrôner le jambon-beurre. Cette fois-ci, c’est fait ». S’en suit un reportage.

4€ à Paris, 2,48€ à Tulle

« C’est une petite révolution », prévient la voix off, avant que les chiffres effrayants du dépassement de notre jambon-beurre tricolore par cet envahissant burger ne viennent s’afficher à l’écran. Avec 9% de croissance et 1,4 milliard d’unités écoulées en 2017, une étude annuelle, révélée par Le Parisien, confirme le terrible constat.

Pas forcément américain, il peut toutefois être français, et très artisanal. Voilà comment BFM TV tentera de nous rassurer face à cette invasion. De plus, le jambon-beurre, il lui reste de « bons jours devant lui ». Ses atouts ? Pour ce boulanger interrogé par notre chaine d’info préférée, il garde un « côté rassurant » pour le consommateur qui n’aurait « pas envie de s’aventurer vers les nouvelles tendances ».

Le prix moyen du jambon-beurre s’établit, toujours selon la même étude, à 2,94€. Toutefois, de fortes disparités régionales sont constatées. Paris a la palme du jambon-beurre le plus onéreux, il y atteint un prix moyen de 4€, quand François Hollande et Julie Gayet peuvent, eux, se régaler pour la modique somme de 2,48€ dans « leur » bonne ville de Tulle.

Pernaut résiste à l’invasion

Moins polémique, mais tout aussi complet, Jean-Pierre Pernaut, dans son édition de 13h sur TF1, a voulu en avoir le cœur net : « Est-ce que les Français sont toujours aussi attachés à leur traditionnel jambon beurre ? » Il a pris la décision d’envoyer une équipe enquêter à Lille. « C’est la base, c’est gourmand. Pas besoin de beaucoup d’artifices pour avoir de bonnes choses », témoigne pleine de bon sens la première consommatrice rencontrée.

« Les ventes de jambon-beurre baissent pourtant », nous confirme TF1. Une sympathique boulangère lilloise nous rassure : « Cela reste l’indémodable, et LE sandwich bien français ». Ouf, à Lille ils ne sont pas tous passés au hamburger yankee.

Passés dans l’arrière-boutique pour rencontrer le boulanger, les journalistes de TF1 ont découvert ce qui fait le secret d’un « bon » jambon-beurre. « Du bon jambon à l’os, du beurre fermier, une bonne baguette, et le tour est joué », s’enflamme l’artisan. La recette du jambon-beurre semble en effet relativement simple ! « Un produit 100% Français, 100% terroir », confirme notre boulanger. « Un sandwich qui murmure à nos mémoires », conclue TF1. Ainsi, le sandwich reste LE compagnon de nos pauses déjeuners. Mais indétrônable ou pas ? A l’inverse de BFM TV, TF1 fait de la résistance : « Irremplaçable, bon et pas cher », commente Jean-Pierre Pernaut qui ne compte pas se laisser envahir de sitôt.

Le jambon-beurre, pas le sandwich de la France d’en-haut ?

La différence de traitement entre les deux antennes, même sur ce sujet si anecdotique, est intéressante. Dans « la première édition » de BFM TV, plutôt regardée par un public urbain avant de partir au bureau, l’info a été présentée en ouverture en forme de clin d’œil, et avec quelque dérision. Sur TF1 à 13h, le sujet a été inséré au milieu du JT, et était nettement plus premier degré. Le public monstre de TF1 à midi, bien plus péri-urbain (si ce n’est rural ou « France périphérique » au sens du géographe Christophe Guilluy), ne trouve peut-être pas aussi cocasse la compétition que se livrent burgers et sandwichs bon marché au jambon. Si le cadre, dit « dynamique », qui a regardé BFM TV s’en va claquer 15 € à midi pour déjeuner un bon burger en terrasse, la France de Pernaut est en partie inquiète de voir la mondialisation bouleverser ses habitudes, jusque dans l’alimentation. Cette France, qui ne peut parfois pas mettre tellement plus de 4 ou 5 € pour un sandwich avec boisson à midi, n’est peut-être pas la France qui va se ruer sur les urnes pour revoter Macron dans 5 ans, sauf résultats économiques époustouflants.

Telford: silence, on viole !

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Image d'illustration. Salisbury. SIPA. AP22177427_000009

A Telford, ville ouvrière du centre de l’Angleterre, des centaines de jeunes filles blanches ont été sexuellement agressées, pendant près de 40 ans, par des gangs d’origine indo-pakistanaise. Les autorités locales sont accusées d’avoir tenté d’étouffer l’affaire, par peur d’être taxées de racisme. 


Tandis que les dirigeants européens s’inquiètent des affaires secouant les romanesques guerres entre services secrets russes et britanniques, un scandale d’une importance et d’une gravité inouïes, dont on parle bizarrement fort peu de ce côté-ci du chanel, secoue l’Angleterre. Les viols, crimes, exploitations, tortures diverses dont ont été victimes des centaines de jeunes filles, on évoque des centaines de victimes, depuis une quarantaine d’années, à Telford, petite ville nouvelle du Shropshire sise loin des préoccupations hors-sol de la capitale, par des gangs d’origine pakistanaise et bangladaise.

Telford, la défaite du « Padamalgam » 

Pour le coup, pourtant, il s’agit bien d’une « attaque sur son sol » (pour reprendre l’expression employée récemment par Emmanuel Macron au sujet de l’affaire d’espionnage),  subie par la population britannique, et dans les grandes largeurs celle-ci.  La discrétion de certains médias constitue déjà un problème : ce sujet est-il déconsidéré par peur de stigmatiser les minorités, en l’occurrence indo-pakistanaises, dont font partie les coupables de ces faits atroces ? Comme dans l’insupportable affaire des agressions de masse de Cologne, le peuple, notamment féminin, est invité à se taire et à se faire violer en silence pour ne pas attiser les « haines » et nuire au pathos multiculturaliste en vigueur.

C’est pourtant ce silence, censure ou autocensure, qui attise les ressentiments au lieu de les éliminer. Reconnaître et nommer le réel, le prendre en compte dans toute son étendue, est pourtant fondamental, comme y incitent, par exemple, la députée conservatrice de Telford, Lucy Allan, ou encore l’ancien ministre travailliste du Gouvernement de Tony Blair, Jack Straw, qui mentionne l’une des causes du problème qui serait liée à l’origine culturelle des agresseurs. Leur environnement culturel les prédisposerait à voir dans les jeunes filles blanches de leur pays d’accueil de la « viande facile ». Le dire n’est pas stigmatiser l’ensemble de la population indo-pakistanais, bien au contraire, c’est une manière de protéger ceux qui se sont intégrés aux valeurs du pays hôte contre ceux qui les rejettent ou les violent.

Ne balance pas ton porc minoritaire

Comment expliquer aussi le silence des mouvements féministes, adeptes de #metoo et d’autres phénomènes médiatiques lyncheurs et autocentrés, sur cette abominable affaire ? L’abolition du réel qui dérange. Faire tomber un people ou un homme politique par des allégations, voilà qui est porteur. Soutenir des pauvres filles de milieux déshérités victimes de gangs pakistanais, bof, ça ne rentre pas dans le cadre idéologique. Et, ce qui compte, c’est de toujours faire entrer le réel dans l’idéologie, quitte à le pervertir. Au besoin, on change de réel, ou on le nie.

A lire aussi: Balance ton porc… sauf celui de La Chapelle-Pajol?

C’est à ce même silence coupable et complice auquel se sont heurtées les victimes qui, durant des années, ont tenté d’alerter les services sociaux et les enquêteurs britanniques. La plupart du temps sans le moindre succès. Ainsi, et pour ne parler que de la période la plus récente de cette histoire à côté de laquelle Gilles de Rais fait figure de bon père de famille, sur 715 signalements depuis 3 ans, seule la moitié a fait l’objet d’un semblant de prise en charge. Les victimes ont été sommées de se taire. Les autorités ont fermé les yeux. Comble d’une absurdité digne de l’angoissante dystopie The Handmaid’s Tale. L’une des personnes chargées d’enquêter dans la ville de Rotherham, théâtre des mêmes crimes qu’à Telford, a été contrainte de suivre un stage de « sensibilisation à la diversité ». Ah bon, mais pour quoi faire ? Y aurait-il donc un lien ?

Le « thatcherisme » est passé par là

Mais on ne peut pas se contenter de dénoncer les ravages de la moraline injectée à gros tuyaux dans les veines d’une population déshéritée, qui a eu, en prime, le mauvais goût de voter pour le Brexit, contrairement aux élites des grandes villes. Ce scandale humain, social, à l’échelle d’une ville et d’un pays tout entier, a aussi été rendu possible par la lente déshérence des services publics et sociaux anglais depuis des décennies. Le thatchérisme, puis les politiques contraintes d’austérité n’ont eu de cesse de diminuer les ressources et les ambitions des services publics, alors que les effets de la crise ont renforcé les besoins adressés à ces services. L’effet de ciseau est imparable et d’une cruauté sans pareil.

En dépit du fiasco d’Outreau, auquel cette aberration de masse fait vaguement songer, on peut penser que pareil manquement des services publics de protection des populations et des victimes déclarées n’aurait pas pu se produire en France. En tout cas, pas encore et tant que des services publics à peu près correctement dotés en moyens et en personnels continuent de fonctionner. Il est à noter, du reste, que ces services sociaux anglais de protection de l’enfance font l’objet, depuis quelques années, de très sévères critiques pour leur politique d’une extrême violence consistant à enlever des bébés à leurs parents pour des raisons « préventives » : on retire leur enfant à des parents afin de prévenir d’éventuels mauvais traitements. Phénomène remarquablement mis à jour par le documentaire « Les enfants volés d’Angleterre » diffusé en 2016 par France Télévisions.

On pourrait être tenté de suggérer aux services sociaux de se concentrer sur les risques avérés, les choses concrètes des vraies victimes de vrais crimes, plutôt que d’extrapoler sur une philosophie pénale de la sûreté pour le moins douteuse. Ou alors d’aller jusqu’au bout de leur logique douteuse et d’appliquer ce même principe de « précaution » non seulement aux victimes potentielles mais aussi aux personnes dont on pourrait imaginer qu’elles pourraient se rendre coupables d’un crime…

« America »: la révolte des « lamentables » qui ont voté pour Trump

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"America" (2017), un documentaire de Claus Drexel sur l'Amérique qui a voté pour Trump. ©Diaphana

America, le documentaire de Claus Drexel, plonge au cœur de l’Amérique des « petits blancs », méprisés par Hillary Clinton, qui ont porté Donald Trump à la présidence des Etats-Unis. 


Il faut avoir un culot monstre pour intituler America un documentaire consacré à l’exploration d’une bourgade de 450 habitants isolée sur les hauts plateaux du nord de l’Arizona, située à deux heures de route de la première agglomération digne du nom de ville. Cette provocation n’est pourtant ni gratuite, ni frivole : l’Amérique, aux yeux du réalisateur franco-allemand, Claus Drexel, ne peut se comprendre si l’on passe à coté des lieux et des gens vivant et pensant à l’écart des métropoles, parce qu’ils sont nés là, ou qu’ils ont choisi de s’y établir après un parcours de vie chaotique.

Racistes, réacs, incultes, grossiers…

L’intuition du réalisateur a été la bonne : dès que Claus Drexel a pris connaissance de la nomination de Donald Trump comme candidat républicain à la présidence des Etats-Unis, il s’est immergé pendant sept mois, avec son équipe, à Seligman, une localité symbolique de cette Amérique périphérique, réputée réactionnaire, raciste, celle du « white trash », cette racaille blanche qui s’est rassemblée, à la surprise générale, pour imposer un bouffon narcissique, inculte et grossier dans la dernière ligne droite de la course à la Maison Blanche.

Claus Drexel serait, selon ses biographes, un lointain descendant de Martin Luther. De son illustre ancêtre, il a dû hériter de la conviction que tout individu porte la responsabilité de son salut, donc de la conduite de son existence. Cela lui épargne les lunettes déformantes de l’idéologie expliquant le monde par la dichotomie entre les dominants et les dominés, et lui permet de filmer avec empathie des gens qui assument crânement des opinions, des valeurs et des comportements suscitant l’opprobre des élites éclairées, conscientes de leur supériorité morale dans tous les domaines. Comment peut-on être un fan des armes à feu, favorable à la peine de mort, réticent à légaliser l’IVG, opposé au mariage gay sans être au pire une ordure, au mieux une victime de l’aliénation propre au « lumpenproletariat » stigmatisé par Marx et Engels ?

L’Amérique, leur trésor

Vu de Seligman, avec l’œil de Claus Drexel, l’affaire est moins simple que l’on voudrait nous le faire croire. Au fil des entretiens en situation, chez eux, dans les bars, ou dans les magnifiques espaces du nord de l’Arizona, on découvre que ces gens-là, pour la plupart des cabossés de la vie, survivant grâce à des petits boulots de barmans, serveuses, garçons de ferme, fossoyeurs, ou titulaire de retraites trop minimes pour rester en ville possèdent un trésor : l’Amérique dont ils se sentent les gardiens de l’âme en préservant leur liberté, dans tous les domaines.

A lire aussi: Taxes sur l’acier et l’aluminium: Donald Trump accusé de défendre son économie

Posséder des armes n’est pas négociable : « Si quelqu’un vient tirer dans mon bar qu’est ce que je fais ? Appeler la police ? Elle mettra au moins deux heures à venir, si elle vient ! Ici tout le monde est armé, et un agresseur sait qu’il sera descendu s’il s’avise de déconner… », constate le mastroquet. Sandy, infirmière militaire à la retraite, caresse amoureusement sa « beauté noire », un pistolet couleur ébène qui ne la quitte jamais. Réglementer le port d’armes ? « Vous n’y pensez pas ! Ici c’est l’Arizona ! », fulmine cette jeune maman, qui estime qu’à cinq ans son fils sera en mesure de commencer son entraînement de fine gâchette.

La fierté des pauvres

En fond sonore, on entend les retransmissions radios des meetings des candidats à la présidence. Donald Trump : « Je serai le plus grand président que l’Amérique n’a jamais eu ! » A Seligman, on rigole. Gonflé le mec ! On le croit à moitié, ou au quart, mais au moins il sait nous causer et nous distraire ! La dame noire qui est venue s’installer à Seligman en raison du climat sec ne votera pas pour lui, mais pas pour Hillary Clinton. Elle était fan de Bernie Sanders. A la radio Hillary Clinton s’emballe : « La moitié des électeurs de mon concurrent sont un ramassis de lamentables (a basket of deplorables) xénophobes, homophobes, islamophobes ! »

Là, ça leur reste en travers de la gorge : à Seligman, c’est Angel Paladillo, 90 ans, ancien barbier fils d’immigrants mexicains qui a sauvé le village dans les années 1980 en relançant le tourisme nostalgique sur la mythique route 66. Un ferrailleur barbu et patriote présente fièrement sa quatrième épouse, une afro-américaine, à la caméra… Tous ces gens-là, à la différence des « oubliés » européens de la mondialisation ne demandent pas à l’Etat de les prendre en charge, d’assurer l’égalité des territoires et des conditions. Ils ont la fierté des pauvres, l’arrogance de ceux qui pensent avoir choisi leur destin. A la fin du film, Trump est élu, et Seligman restera Seligman, le plus beau pays du monde.

America, un film de Claus Drexel, toujours à l’affiche dans quelques salles à Paris et dans quelques grandes villes…

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« Mennel a repris des théories assez répandues chez les musulmans de France »

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Le sociologue Tarik Yildiz, 2017. ©Hannah Assouline

Pour le sociologue spécialiste de l’islam de France, la jeune fille qui chante en public, même voilée, ne peut que scandaliser les salafistes. Mais beaucoup de musulmans du quotidien partagent ses thèses complotistes. Ceux qui veulent organiser le culte musulman auront fort à faire pour rattraper ces millions de brebis égarées. 


Causeur. La vague de terreur islamiste qui a frappé notre pays depuis 2015 a-t-elle modifié le rapport des musulmans de France à l’islamisme ?

Tarik Yildiz. Incontestablement. Les attentats ont polarisé les uns et les autres. Une frange assez importante des musulmans de France y a vu un complot islamophobe et dénoncé un prétexte pour dénigrer les musulmans. Mais une autre partie des musulmans du pays a vécu ces événements comme l’ensemble des Français, comprenant qu’il y a un souci avec une certaine interprétation/expression de l’islam et qu’il faut absolument faire quelque chose.

A lire aussi: Alain Finkielkraut: Mennel ou la nouvelle France

Pourtant, si on en croit l’enquête de l’Institut Montaigne, 28 % des musulmans de France estiment que la charia prévaut sur la loi de la République et cette proportion atteint 50% chez les jeunes. Confirmez-vous ces tendances ?

Les résultats obtenus par l’Institut Montaigne traduisent une certaine réalité : si on les interroge, beaucoup de musulmans se disent favorables à la charia. Mais entre la théorie et la pratique, la marche est assez haute ! Ils ne sont majoritairement pas enclins  à appliquer les préceptes islamiques dans leur vie quotidienne. C’est ce que j’appelle des « musulmans superficiels ». On retrouve notamment ce profil chez les délinquants au surmoi islamiste qui basculent en quelques mois dans le djihadisme, comme Salah Abdeslam.

Sans faire de raccourci douteux, on constate aussi de sacrés paradoxes chez Mennel Ibtissem, candidate de « The Voice ». Comme l’a noté Gilles Kepel, une femme musulmane qui chante représente une abomination pour les salafistes, fût-elle voilée et perméable à certaines thèses complotistes…

C’est en effet un paradoxe. N’importe quel musulman radical maudira Mennel parce qu’elle chante sur de la musique profane accompagnée d’instruments, se maquille, et se produit en public. Sur les forums islamistes, on lit des propos comme « Ma sœur, reviens à la raison. Arrête tout ça ! » Reste que Mennel a repris des théories qui sont loin d’être marginales au sein de la population musulmane de France et plus généralement des banlieues françaises. L’idée que le terrorisme est le fruit d’une manigance de l’Etat, des juifs ou d’autres groupes perçus comme anti-musulmans est assez répandue, et pas seulement chez les plus radicaux. Sur les réseaux sociaux, Mennel a écrit ce qu’elle pensait : on en veut aux musulmans qui sont déjà discriminés et marginalisés. L’Ipsos a récemment publié une étude sur les théories du complot. Quoique critiquable, cette enquête révèle l’importance du phénomène chez l’ensemble des Français. Et cette tendance est exacerbée au sein de la population musulmane.

Une telle paranoïa nourrit le désir de regroupement communautaire. Ceux que vous appelez dans votre livre les « musulmans communautaristes » ne s’opposent pas frontalement aux valeurs de la société française mais organisent leur entre-soi. En France, est-il aujourd’hui possible de vivre en vase clos dans un univers pratiquement 100% « hallal » ?

On y vient de plus en plus. Une partie de la population musulmane a le projet assumé de copier le modèle multiculturel anglo-saxon de façon à faire toute sa vie dans un environnement islamique : fréquenter des établissements hallal, scolariser ses enfants dans des écoles musulmanes, etc. Ce séparatisme culturel n’empêche pas d’entretenir des relations cordiales avec le reste de la société. Simplement, chacun reste chez soi, on ne se mélange pas, on se côtoie quand on y est obligé en minimisant au maximum ses rapports avec l’extérieur. Ce mode de vie concerne souvent des franges éduquées, et non pas les courants violents les plus problématiques. Ses adeptes reprennent même parfois à leur compte le concept de laïcité, en le ramenant au droit de pratiquer librement sa religion sans faire de mal aux autres, et défendent la discrimination positive.

Ces musulmans communautaristes rechignent-ils à s’engager dans des associations islamiques depuis que des ONG telles que Baraka city ont été accusées de soutenir le djihad ?

Pas vraiment. Quand tel ou tel scandale révèle les connivences de certaines associations avec le djihadisme, la plupart des musulmans militants continuent leurs activités. Au fond d’eux-mêmes, bien au-delà du cercle des communautaristes, nombre de musulmans français n’y croient pas vraiment. En cas de descente de police contre une association, le sentiment dominant est moins « Attention, ils sont en train de monter une filière » que « Tiens, une opération de répression se monte contre les musulmans. »

A lire aussi: Enquête: des associations antirépublicaines subventionnées par l’Etat

Si l’Etat a lancé une opération spectaculaire,  c’est pour organiser l’islam de France. Quelles sont les différentes positions des musulmans de France face au projet d’Emmanuel Macron ?

Il y a de tout. Pour différentes raisons, une partie des musulmans estime que ce n’est pas à l’Etat d’organiser l’islam de France. Dans cette catégorie, on trouve par exemple ceux que j’appelle les « musulmans discrets », très républicains, pour lesquels cette démarche bafoue les principes de la République. Un autre partie des opposants se demande pourquoi le gouvernement n’en demande pas autant aux chrétiens et aux juifs. Ce sentiment du deux poids deux mesures est extrêmement fréquent.

En somme, ce projet d’organisation du culte fait l’unanimité des musulmans contre lui.

Il y a des oppositions très fortes. Même les musulmans qui y sont plutôt favorables en critiquent les modalités. J’en entends beaucoup dire : « Si c’est pour refaire le CFCM avec Dalil Boubakeur, ce n’est pas la peine. » Certains souhaiteraient avoir des représentants nationaux au sein d’une instance représentative mais selon leur propre conception des choses, à l’exclusion des autres.  De toute façon, les plus radicaux ne seront pas représentés. Ils voient les interlocuteurs musulmans de l’Etat comme des « collabos ». Paradoxalement, l’un des buts de la restructuration de l’islam de France est justement de les toucher de manière indirecte mais cela ne fonctionnera pas.

Pourquoi êtes-vous si pessimiste ?

Parce qu’il est impossible de désigner des responsables musulmans qui conviendraient à tout le monde. À la moindre perte de légitimité, ces figures ne toucheront plus personne.

Qui sont-ils ?: Enquête sur les jeunes Musulmans de France

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Xi Jinping menace Taïwan d’une… « punition de l’histoire »

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Xi Jinping a menacé Taïwan d'une "punition de l'histoire", Pékin, 20 mars 2018. SIPA. AP22180269_000041

Xi Jinping inquiète le monde. Dans son discours conclusif des travaux de l’assemblée nationale populaire à Pékin du 20 mars 2018, le « leader du peuple » chinois a menacé la pacifique démocratie taïwanaise d’être « punie par l’histoire ». « Seuls ceux qui menacent considèrent les autres comme une menace », a-t-il dans le même temps affirmé. Comment concilier ces deux affirmations qui paraissent contradictoires ?

L’Histoire « avec sa grande hache »

C’est bien d’une « punition » qui n’a rien d’imaginaire – plus de 1 000 missiles chinois sont pointés vers l’île – que Xi menace le gouvernement taïwanais, dont le seul crime est de s’en tenir à la volonté de son peuple. Les habitants de l’île ne voient en effet rien d’attrayant dans la perspective d’abandonner leur souveraineté au profit d’un pays soumis à une dictature dont les institutions sont de plus en plus totalitaires. Sans compter que l’identité de Taïwan, pays insulaire qui n’a jamais appartenu à la République populaire de Chine, et est entré dans la modernité sous l’influence des colons japonais, est très différente de celle du continent, malgré tous les discours chinois mettant en avant les liens « raciaux » entre les Hans qui peuplent les deux rives du détroit. « Le sang est plus épais que l’eau » du détroit de Taïwan qui sépare l’île du Continent ne cesse en effet de répéter Pékin.

A lire aussi: Chine: Xi Jinping président à vie, le triomphe posthume de Mao

Mais à suivre Xi, ce n’est pas Pékin qui exécuterait la sentence qu’il prononce. C’est l’Histoire elle-même, « avec sa grande hache » – selon l’heureuse expression de Georges Pérec – qui se chargerait de « punir » ceux qui marcheraient à contre-courant de son flot irrésistible. Se fait jour ici la réinterprétation nationaliste, très prégnante en Chine, du « sens de l’histoire » propre au marxisme : la « renaissance » de la nation (ou de la « race ») chinoise est un mouvement historique dont le Parti communiste est à la fois le moteur et l’instrument.

Crime et châtiments

Mais transparait aussi dans cette expression l’idiosyncrasie légiste chinoise dont nous sommes moins familiers en Occident. On rassemble sous le terme « légisme » quelques penseurs politiques qui inspirèrent le premier empereur qui, il y a vingt-trois siècles, unifia au fil de l’épée les royaumes de la Chine ancienne. Il régna d’une main de fer sous l’influence de Li Si, un intellectuel lui-même influencé par les écrits glaçants de son condisciple Han Fei qu’il poussa au suicide.

En invoquant la « punition de l’Histoire », Xi procède à une objectivisation d’un processus humain qui n’est pas sans rappeler la conception de l’organisation du cosmos et des sociétés humaines que se faisaient, il y a plus de 2 000 ans, les légistes chinois, dont l’influence sur la pensée politique chinoise traditionnelle ne saurait être surestimée. Dans cette conception, le Prince était l’origine et le garant de l’ordre naturel dont l’ordre humain était une simple émanation. Dans un tel dispositif, ce sont les châtiments et les récompenses octroyés par le Prince qui sont les instruments du maintien de l’ordre social et naturel. Il faut donc que les châtiments du Prince s’exercent avec toute la rigueur et l’implacabilité d’un châtiment divin, d’une catastrophe naturelle, ou, dans le cas d’espèce, d’une sorte de divinité historique moins amène encore que notre Clio (je ne parle pas de la voiture). Le deuxième caractère chinois du terme employé ici par Xi Jinping lorsqu’il se fait le porte-parole du jugement de l’histoire est justement le terme employé par les légistes lorsqu’ils parlent des « châtiments » grâce auxquels le Prince peut régner. Il n’y a ici aucune place à l’arbitraire ou à la liberté. Dans le Han Feizi, du susnommé Han Fei – un des textes les plus importants du légisme -, le législateur ou le principe (la forme que prend le Prince dans ce système de pensée), est identifiée au néant. Il est inexorable et semble se confondre avec la loi qu’il est chargé d’appliquer.

Le sens de l’histoire post-historique

Les Occidentaux ont longtemps avalisé la fable selon laquelle la « Chine » (des deux côtés du détroit de Taïwan) devait nécessairement se réunir parce que, comme le pensaient déjà Nixon et Kissinger au moment du rapprochement de la Chine et des États-Unis à la fin des années 1960, c’était le sens de l’Histoire, alors que la Chine s’apprêtait à retrouver, pensait-on, sa splendeur passée. Mais ce « sens de l’Histoire » se devait d’être pacifique et harmonieux, « post-historique » aurait dit Philippe Muray. Ironiquement, c’est Taïwan, ce pays qui s’efforce de complaire à l’Occident, qui est le plus « post-historique ». Taïwan est, par exemple, le seul pays asiatique à avoir autorisé le mariage entre personnes du même sexe. Il passe aux yeux d’une autre civilisation que la nôtre pour une unité politique obsolète qui sera bientôt balayée.

Nous pensions avoir enfoncé le dernier clou dans le cercueil de cette sanguinaire Histoire. L’islamisme politique avait déjà sérieusement ébranlé cette rassurante conviction. Voilà qu’une vieille théorie politique chinoise, qui informe l’action politique et diplomatique d’un pays de plus en plus puissant sur la scène internationale, nous prouve que nos doutes étaient décidément fondés.

Avis de décès médiatique: le PS n’intéresse plus personne

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Cérémonie des voeux de la section du Parti socialiste de Pantin, janvier 2018. SIPA. 00841842_000035

Si le Parti socialiste (PS) est vraiment en train de mourir, c’est un événement. Ce n’est pas tous les jours que l’on assiste au crépuscule d’une formation politique au passé si prestigieux, qu’on la considère comme quasi-cinquantenaire (l’appellation Parti socialiste date de 1969) ou comme plus que centenaire (la SFIO ayant été fondée en 1905).

Sur le dark web, les gens paient cher pour regarder des vidéos d’agonies. Mais personne n’est prêt à débourser un kopeck pour suivre la mort lente du PS (Pâques, qui approche à grands pas, vient toutefois nous rappeler que les résurrections sont possibles). Or, l’information étant devenue un bien de consommation courante, si elle ne fait pas vendre, elle perd tout intérêt auprès de ceux qui la produisent.

Une médiatisation timide

Il n’aura échappé à personne que l’élection du Premier secrétaire du PS fait l’objet d’une médiatisation très timide. Ainsi, sur le site de Causeur, il n’y a guère que le très héroïque David Desgouilles qui se soit imposé le visionnage intégral du débat du 7 mars afin de rédiger l’article que voici.

Je tiens de source sûre que, tous médias confondus, les articles traitant de l’actualité du Parti socialiste font un bide. De fait, à ma connaissance, ces derniers jours, aucun titre de la grande presse ne s’est risqué à faire sa Une sur cette élection : pas assez vendeur.

A lire aussi: Débat du PS: pour la première fois, un petit parti avait les honneurs d’une grande chaîne

Que les médias puissent aujourd’hui, au lendemain du premier tour, massivement titrer sur: « qui est Olivier Faure, le nouveau Premier secrétaire du Parti socialiste? » est symptomatique. On réserve habituellement ce genre de questions aux gens qui sortent de nulle part. Quand la personne est déjà connue, on tente le faux scoop avec « qui est vraiment untel? » (l’article ne contenant, en général, aucune révélation). Dans les contextes d’élections, la question « qui est untel ? » est posée dès l’officialisation des candidatures, afin que nous sachions qui sont les compétiteurs en présence. Sur cette base, d’habitude, les médias élaborent une scénarisation en distribuant les rôles: le favori, le challenger, l’outsider, etc. On traque ou on provoque les attaques personnelles et on demande aux uns de réagir aux réactions des autres. De cette manière, on parvient tant bien que mal à intéresser les gens à ce qui ne les intéresse pas.

L’échec des vieilles ficelles

Ils ont essayé de faire comme d’habitude. Mais cela n’a pas marché. Alors, ils ont laissé tomber.

Lors de l’ouverture des candidatures…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux <<<

 


Edwy Plenel à ONPC: la liberté de la presse (et la paix dans le monde), c’est lui

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Edwy Plenel lors don énième passage dans "On n'est pas couché" sur France 2, 17 mars 2018.

Une fois encore invité d’honneur de l’émission de Laurent Ruquier, Edwy Plenel était samedi dans « On n’est pas couché » pour fêter les 10 ans de Mediapart et nous faire prendre conscience des services qu’il nous rend. On dit merci qui ?


Comme tous les « samedis soir sur la terre », comme le chante Francis Cabrel, nombre de Français sont sortis samedi soir pour s’aimer ou pour boire jusqu’à plus soif. En cette soirée de la Saint-Patrick, la consommation de bière était privilégiée. Toutefois, 1 million de résistants sont restés devant leur poste de télé, pour suivre les débats d’On n’est pas couché. Ce samedi soir, à 23 heures, un célèbre journaliste de 65 ans, qu’on dit sur le départ, était sur le point d’y faire une annonce fracassante.

Laurent Ruquier et sa fine équipe recevaient Edwy Plenel. Le journaliste – que l’animateur qualifie d’ « engagé » – était fier de célébrer avec nous les 10 ans de son site Mediapart ; il avait donc tout loisir de donner son avis sur plein de choses. Et de faire au passage une énième promo lourdingue à son média en ligne indépendant qui cartonne. Monsieur Plenel, commerçant, indiqua ainsi que tout Mediapart était en accès gratuit jusqu’à dimanche soir. Une promotion exceptionnelle.

Parole de vigile

La parole d’Edwy Plenel, qui est aussi celle de l’ancien rédac’ chef du journal de référence, est toujours attendue. Pour toute une gauche en tout cas, c’est un peu « Père Plenel ». Va-t-il parler de la libération-de-la-parole-des-femmes dans son homélie, lui qui a balancé le porc Denis Baupin avant l’heure ? Va-t-il parler de Tariq Ramadan ? Quel rôle envisage-t-il pour les journalistes à l’ère de l’invasion des fake news ?

A lire aussi: ONPC: Christine Angot, orgueil et préjugés

Les fidèles de l’émission savent que les invités secondaires rentrent dès le début, les pauvres… Qu’ils soient petits chanteurs, rappeurs branchés, acteurs envoyés de force par la production d’un film, comiques du moment ou starlettes de la télévision, ils doivent rester assis pendant toute l’émission derrière une espèce de pupitre, écouter les blagues de Ruquier et les vacheries assénées aux uns et aux autres, en applaudissant, de préférence. Chacun attend son tour. Les invités vedettes, eux, ne rentrent sur scène que pour leur intervention. C’est tout leur privilège. Edwy Plenel fait naturellement partie de cette seconde catégorie d’invités.

Arrivé sous les vivas du public, Edwy Plenel n’a pas fuit les questions gênantes. Ca, c’est bon pour les politiques ! Lui ne mange pas de ce pain là.

On dit Merci qui ? Merci Edwy !

Comme chaque année, Edwy Plenel était venu présenter un nouveau livre. Cette fois c’était La valeur de l’information, plaidoyer pour un journalisme indépendant, qui raconte aussi la folle épopée Mediapart, modèle payant à succès auquel « personne ne croyait », sauf lui et trois autres visionnaires. Edwy Plenel, toujours modeste, est revenu en détail sur le succès de ce « journal vivant » qu’il a lancé pour l’ « intérêt général ».

Toutefois, le « journaliste engagé » se désengage. Il le confie, il s’apprête à passer la main. Mais Edwy Plenel a conscience d’être une « tête de gondole ». Passer le flambeau est une vraie responsabilité, le titre Mediapart étant lui même garant de la salubrité de notre République. Avec 45 journalistes à temps plein sous sa responsabilité, on le comprend bien, passer la main ne sera pas chose aisée. Heureusement, comme souvent, Edwy Plenel fait preuve d’un sacré sens de l’organisation. Et de la modestie. « Tant que ce n’est pas prêt, je ne pars pas », nous a-t-il rassuré. Alors que « le mensonge gagne, que la vérité est en péril » (les fake news, Trump, tout ça, tout ça), Edwy Plenel est conscient de sa responsabilité historique.

Mediapart, le service public privatisé

Laurent Ruquier, aux petits soins, lui a bien sûr rendu hommage. Il a rappelé les affaires révélées par Mediapart pendant ces 10 ans : l’affaire Bettencourt, l’affaire Cahuzac, l’affaire Sarkozy-Khadafi. « Parfois en insistant car peu de gens voulaient vous suivre », a précisé Laurent Ruquier. En insistant « tout le temps », a corrigé Monsieur Plenel.

Edwy Plenel, aux anges, a révélé le point commun aux trois affaires : l’évasion et la fraude fiscale. Salauds de riches ! « Des riches qui ne contribuent pas à la loi commune et aux impôts. […] Ils ne paient pas ce qu’il faut pour les hôpitaux, les écoles, les trains, les routes etc. » C’est confirmé : Mediapart a bien œuvré, toutes ces années, pour l’intérêt général. « Le seul objet, c’est le bien public. Un journal vivant, c’est ça ». Efficacité, sobriété.

Et que rétorque Edwy Plenel à ceux qui n’aiment pas Mediapart ? « Je dis toujours à tous ceux qui nous critiquent : en 10 ans de Mediapart, est-ce que vous pouvez trouver UNE information, UNE, qui se soit avérée fausse, et une information qui se soit avérée inutile dans le débat public ? TOUTES ont pour but d’animer ce débat public, de mettre à l’agenda des questions qui sont utiles ». Tout simplement.

Des infos « 100% vraies ». Edwy Plenel pourrait ajouter cet argument dans ses annonces commerciales, ça en jette ! Certains auraient pu lui répondre que certaines des méthodes de Mediapart, ou sa ligne idéologique, étaient critiquables. Mais non, personne ne l’a fait.

ONPC n’est pas Edwy

Car Monsieur Plenel confie à ses journalistes le rôle « d’aller chercher ces informations que les puissants nous cachent, que ce soit le pouvoir économique ou politique ». Kai kai ! Revoilà les riches et Sarkozy ! Dit comme cela, tout parait simple ? C’est pourtant un sacerdoce. Edwy Plenel ne cesse de le dire à ses journalistes : «Donnez, donnez au citoyen».

« Le journalisme, c’est bousculer, déranger. Ce n’est pas dire ‘Tout va bien Madame la marquise’ » Ce n’est visiblement pas le cas d’ONPC. Si l’émission de Laurent Ruquier est connue pour susciter des divisions entre ses invités, si Yann Moix et Christine Angot sont des snipers payés pour polémiquer et clasher les invités, Edwy Plenel a réussi l’exploit de mettre tout le monde d’accord. Tant mieux, puisque c’est dans l’intérêt général.

Frère Tariq et Calimero Plenel

La Une de Charlie Hebdo à propos de Tariq Ramadan, Laurent Ruquier pense qu’elle peut avoir « chagriné » Edwy Plenel. Mais il veut en avoir le coeur net : « tout le monde vous l’a déjà posée cette question. Et je pense qu’on vous l’a déjà posée 18 fois, non ? Au fond, vous ne saviez pas… Autrement vous en auriez parlé. » On n’imagine pas le patron d’un journal diffusant 100% d’informations vraies répondre « non » à ça. Edwy Plenel a bien confirmé les dires de notre animateur, redoutable intervieweur ce soir-là. Aussi curieux que cela puisse paraître, si Edwy Plenel et son équipe étaient capables de faire le décompte du nombre de poils aux fesses du président Sarkozy, sur celui de Tariq Ramadan, ils n’ont, à l’époque, rien trouvé. D’ailleurs, « personne ne savait ». Même l’islamophobe Caroline Fourest ?

A lire aussi: Elisabeth Lévy: Plenel contre Charlie : j’ai choisi mon camp

Pour la forme, Yann Moix a quand même décidé d’objecter : « ce qu’on se dit ,nous, de l’extérieur, c’est qu’un journal comme Mediapart n’a pas pour habitude de ne rien trouver sur un sujet où d’autres, au même moment, ont averti […]. Le téléspectateur lambda se dit que c’est très étrange ». Là, la moustache d’Edwy Plenel s’est un peu hérissée. Mais Mediapart a cherché partout et, à part « un musulman religieux traditionnaliste » (sic) qui détestait Ramadan et qui leur a dit que c’était un « fornicateur qui boit de l’alcool », il n’avait rien trouvé. Pas de chance sur ce dossier-ci. Arguant que tout ce qu’on lui reproche à ce sujet est « une légende pure », dénonçant plus tard une « cabale », défendant Mediapart qui a publié une enquête en plusieurs volets sur Tariq Ramadan (qui a même déplu à ce dernier !), il a rappelé, que, comme pour l’affaire Baupin, il a sa méthode : il lui faut au moins 10 témoignages ou 10 plaintes de femmes pour qu’une affaire de violences sexuelles puisse sortir dans les colonnes de son média.

En tant que « tête de gondole » des rédactions les plus prestigieuses, Edwy Plenel le rappelle : il a toujours été l’objet d’accusations foireuses. Autrefois au Monde, on l’accusait d’être un « agent de la CIA », aujourd’hui à Mediapart, on l’accuse d’être « islamo-gauchiste ». Rien que des calomnies on vous dit !

Critiquer la presse, c’est mal

La guerre contre Charlie Hebdo ? C’est loin derrière lui tout ça. D’ailleurs, « deux journaux indépendants, s’ils se font la guerre, ils font le jeu des ennemis de la presse. » Vu comme ça…

Les propos de Manuel Valls ? « C’est autre chose, ça. C’est une attaque politique. […] En tant qu’homme politique ayant occupé les plus hautes fonctions de l’Etat, il ne peut pas dire ça. Car il s’attaque à notre Constitution ». Bigre, c’est sérieux tout ça. « On ne peut pas être Charlie, et demander qu’on interdise de débat public un journal. » De mémoire, c’était seulement aux relations ambiguës d’Edwy Plenel avec la mouvance de Tariq Ramadan que l’ancien Premier ministre voulait faire « rendre gorge ».

Survolté, Edwy Plenel a ensuite mis Valls et Mélenchon dans le même sac. Jean-Luc Mélenchon qui estime la haine des médias « juste et saine », c’est un péril majeur ! « Attention attention ! C’est une liberté fondamentale qui est au service des gens, qui est au service du droit de savoir », nous alerte-t-il, devant un Laurent Ruquier et tout un auditoire inquiets.

Comme il était déjà un peu tard, j’ai usé, moi, de mon droit d’aller me coucher. Ce n’était qu’un « samedi soir sur la terre ».

Bertrand Cantat: ne confondez pas vengeance et justice !

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Une femme manifeste contre la tenue d'un concert de Bertrand Cantat à Montpellier, mars 2018. SIPA. 00849298_000005

On peut détester Bertrand Cantat mais on doit respecter le droit. Du point de vue de la justice, le chanteur a payé son crime. Tenter de faire annuler ses concerts, c’est contester la justice.


Durant le second débat télévisé de 1988 entre George Bush (père) et Michael Dukakis, le présentateur Bernard Shaw posa au gouverneur du Massachusetts une question quelque peu provocante : « Si Kitty Dukakis était violée et tuée, seriez-vous favorable à une sentence de mort irrévocable pour le meurtrier ? »

C’était l’occasion ou jamais pour le candidat démocrate d’expliquer la différence entre la Justice et la vengeance. Au lieu de cela, il s’enferra dans des positions de principe qui certes lui faisaient honneur, mais qui ouvrirent un boulevard au candidat républicain, élu quelques jours plus tard avec une écrasante avance.

Bertrand Cantat, 1964-2018

J’ai pensé à cette scène en voyant, il y a quelques jours, Bernard Cantat se faire lyncher à Grenoble par une foule en délire — et s’en tirer parce que les responsables de la sécurité le protégèrent. Le concert qu’il devait donner a été annulé — et tous ceux prévus cet été : Cantat est professionnellement mort — et humainement aussi. Né en 1964, tué en flagrant délire par le tribunal de l’opinion publique en mars 2018.

A lire aussi: Cantat, l’homme pressé de nous faire la morale

Je me fiche de Bertrand Cantat, et Noir désir n’a jamais été ma tasse de thé. Mais la scène est en soi répugnante. Voilà un homme qui, quelles que soient notre opinion sur la mort de Marie Trintignant et la réputation de violence que se traîne le chanteur, a accompli l’intégralité de sa peine, prononcée par un tribunal lituanien (eux aussi s’en contrefichent, de Cantat) pour coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Huit ans, dont il a fait l’essentiel en prison, puis en liberté conditionnelle sous étroite surveillance — selon la loi. Mais peu importe aux manifestantes qui souhaitent accrocher son scalp à leur ceinture. Qu’elles appellent au boycott de ses concerts, passe encore. Qu’elles veuillent sa mort… Qu’elles le traitent d’assassin…

Si Jacqueline Sauvage était un homme…

Assassin. Un qualificatif qui convient bien à Jacqueline Sauvage, parce que c’est la raison pour laquelle deux jurys populaires successifs l’ont condamnée à 10 ans de prison — qu’elle n’a pas faits parce que la rue est désormais la fabrique du Droit.

Ce serait une femme qui aurait tué son compagnon dans une crise de colère, aurait-elle droit, une décennie plus tard, au même déchaînement de haine recuite ? Jacqueline Sauvage serait un homme, aurait-elle eu droit, de la part de François Hollande, à la même mansuétude ? Qu’est-ce que c’est que cette justice à géométrie variable ? 123 femmes en 2016 tuées par leur compagnon, certes. Mais 34 hommes tués par leur compagne la même année, et dont personne ne parle. Des femmes violentes, cela existe, et bien plus souvent qu’on ne croit.

Il n’y a pas de « droit à la vengeance », mais…

Philippe Laflaquière, le juge qui a fait libérer Cantat, a exprimé sur France Info son inquiétude sur ce tribunal de la rue qui tend à se substituer à la justice des tribunaux — suspectés d’obéir à des pressions diverses dès que l’accusé est connu, alors que l’on pourrait aussi bien dire le contraire. Françoise Nyssen, ministre de la Culture, a déclaré : « Bertrand Cantat a été jugé, il a le droit de vivre sa vie » — ajoutant que son ministère n’avait pas à intervenir dans la programmation des salles de spectacle. Régis de Castelnau, avocat, a tenté d’analyser le scandale que constitue la justice selon Twitter… Rien n’y fait. Et d’aucunes de souhaiter que Cantat meure — quitte à y mettre la main.

A lire aussi: Faire taire Bertrand Cantat, c’est faire chanter la démocratie

Qu’on me comprenne bien. Si demain Nadine Trintignant tue Cantat en lui tirant dans le ventre le chargeur entier d’un Glock 17, je ne la blâmerai pas : il n’y a pas de « droit à la vengeance » (les deux termes sont incompatibles, qu’on se le dise), mais…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

 

C'est le français qu'on assassine

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