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L’Uber-terrorisme ou le terrorisme démocratisé


Le terrorisme ubérisé ne s’embarrasse pas de structure centralisée. Aujourd’hui privé de territoire, l’Etat islamique peut compter sur le renfort de djihadistes amateurs qui se livrent à des attaques sporadiques nécessitant une logistique légère.


Dans l’ancien monde – celui dont les équilibres politiques étaient essentiellement déterminés par les luttes d’influence entre le bloc soviétique et l’Occident atlantiste –, le terrorisme était communément employé en tant qu’arme de déstabilisation massive pilotée par les États. À la chute du mur de Berlin, ce sont les organisations paramilitaires les plus radicales (Brigades rouges italiennes, ETA, IRA…) qui s’en sont saisi comme moyen de pression d’envergure au service de leurs revendications politiques. Avec Al-Qaïda, puis avec l’État islamique, l’Occident a assisté à la mutation d’un terrorisme « classique », dont le 11 septembre fut le point culminant, à une forme d’action plus modeste : d’un ensemble d’opérations ciblées, très organisées et ambitieuses, on est peu à peu passé à une myriade d’attaques sporadiques généralement plus improvisées, relevant de logistiques plus triviales.

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« La France est confrontée à un phénomène nouveau, le terrorisme en libre accès », annonçait, résigné, le ministre de l’Intérieur d’alors au lendemain de l’agression au couteau de militaires en poste devant un centre communautaire juif de Nice, un jour de 2015. Depuis, l’Europe a connu moult « voitures folles », « haches incontrôlées » et autres objets du quotidien détournés de leurs usages civils pour donner la mort à des innocents.

La stratégie des mille entailles

Avant Charlie, la grande synagogue de Copenhague, Orly, le Thalys n° 9364, le Bataclan, San Bernardino, Magnanville, le marché de Noël de Berlin, Westminster, la Rambla et New York, des appels à égorger les mécréants en Occident précisaient les moyens à mettre en œuvre. Une vidéo de l’État islamique datée de 2014 harangue ses combattants : « Si vous ne pouvez pas trouver d’engin explosif ou de munitions, alors isolez l’Américain infidèle, le Français infidèle, ou n’importe lequel de ses alliés. Écrasez-lui la tête à coups de pierre, tuez-le avec un couteau, renversez-le avec votre voiture, jetez-le dans le vide, étouffez-le ou empoisonnez-le. »

De telles injonctions relèvent des méthodes de la guérilla, face à un Occident déterminé pour sa part à mener une véritable « guerre contre le terrorisme ». Pour classiques qu’elles soient, elles ont maintes fois prouvé leur efficacité quand les rapports de force entre belligérants étaient asymétriques. Ces stratégies, dites des « mille entailles » ont été théorisées par Al-Qaïda très tôt, dès l’irruption des soldats américains sur le sol irakien. Elles visent à harasser l’ennemi, autant qu’elles encouragent les vocations du plus grand nombre dans leurs libres expressions. Tout extrémiste illuminé, tout délinquant en quête d’accomplissement peut ainsi prétendre rejoindre les cohortes de ceux qui tuent au nom d’une idéologie devenue folle.

Cofidis et nouvelles dentelles

L’islam condamne normalement l’usure. C’est à ce sujet qu’Amedy Coulibaly avait un jour consulté Djamel Beghal, l’« émir » des Buttes-Chaumont, s’enquérant auprès de son maître à penser de la légalité (au regard de la charia) du recours à l’emprunt pour financer ses actions. La réponse fut sans appel : « Les dettes, ça concerne pas la situation actuelle, ça concerne la situation quand on est dans une société accomplie. » (Par « société accomplie », il faut entendre « régie par la loi islamique ».) Plus tard, la France découvrira que, quelques semaines avant la tuerie de l’Hyper Cacher, Coulibaly avait contracté un crédit à la consommation d’un montant de 6 000 euros, qui avait vraisemblablement également servi aux frères Kouachi dans la préparation de leur épopée assassine.

Ces dernières années, plusieurs autres opérations financières similaires ont été observées par les services d’enquête européens. Lorsque l’on se rêve martyr, laisser une ardoise, en plus de familles endeuillées, à un pays que l’on honnit, c’est le meurtrir un peu plus encore. N’en déplaise à Alain Bauer, ce n’est pas un « lumpen-terrorisme » qui est à l’œuvre, mais plutôt un terrorisme démocratisé et consumériste, qui a les faibles moyens de ses modestes ambitions.

La relative aisance à obtenir ce genre de financement grand public, couplée à la modicité des moyens requis par le terrorisme low cost, constitue un enjeu nouveau pour des États occidentaux traditionnellement organisés pour mener des luttes à plus grande échelle (filières de grand banditisme, opérations transnationales de blanchiment d’argent, etc.). La menace terroriste s’étant déplacée au niveau le plus bas des sociétés – celui des individus eux-mêmes – elle ravive la vieille dialectique foucaldienne : surveiller et punir certes, mais sans jamais céder à l’excès de punir en surveillant. Ce serait là une entaille de plus que nos démocraties ne méritent pas.

Françoise Nyssen se prend les pieds dans la tapisserie de Bayeux


Auditionné, le 14 mars, devant la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, le ministre de la Culture, Françoise Nyssen, a été quelque peu balbutiante au moment de parler de la tapisserie de Bayeux…


Françoise Nyssen est une femme formidable. Ainsi, auditionnée par la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, elle a déclaré, sur le prêt récent de la tapisserie de Bayeux aux Anglais, les merveilleuses choses suivantes :


« Cette fameuse affaire de la tapisserie de Bayeux et je dois dire que c’est une sacré opportunité, c’est comme ça que les échanges s’entendent, c’est-à-dire que c’est pas simplement l’idée de prendre la pâti… La pâtisserie ! [elle rit] la tapisserie de Bayeux et de l’amener là bas, ce qui est d’ailleurs intéressant parce que ça dit quelque chose de notre histoire commune qui montre aussi l’éveil qu’ils ont par rapport à montrer quel est… c’est la première bande dessinée historique je dirais d’une certaine façon et donc qui montre leur intérêt à connaître l’histoire telle qu’elle est hein, c’est quand même intéressant en plus de ça en ne sachant pas si elle n’a pas été tissée là bas. Donc tout ça montre comment tout est étroitement tissé si je peux me permettre et c’est à la faveur de cet échange évidemment qu’est-ce que ça veut dire ; ça veut dire on va, une fois que les conditions seront, bien de préservation seront bien établies parce que la dernière fois où elle a été bougé c’était pendant la guerre pour la préserver justement et elle a été roulée donc il ne faut pas trop faire ce genre d’opération mais enfin elles sont possibles aussi puisque elle avait été faite. Mais à la faveur de cette réflexion sur l’échange et bien, la tapisserie va être consolidée, restaurée je ne sais pas si on peut dire c’est le bon terme, documentée aussi, on va utiliser tous les moyens du numérique pour raconter, voir quelle est vraiment son histoire, garder une trace numérique et à la faveur des travaux, heu, du… , c’est un musée, c’est un ? [elle cherche dans ses notes] oui c’est un musée hein. A la faveur du musée de Bayeux qui devrait réouvrir en 2023 si je ne me trompe et bien elle pourrait, une fois toutes les conditions réunies et avec la participation active à tous les niveaux et notamment financières des Anglais qui nous aideront à faire les travaux de restauration et de documentation nécessaires, elles seront un parfait symbole de cet échange. Je trouve que c’est, je vous remercie d’avoir commencer par ça car c’est très donnant-donnant, c’est un parfait exemple de coopération. »


La Tribune de l’artqui rapporte ce gloubi-boulga largement agrammatical et bourré d’erreurs factuelles, s’en étouffe de sidération. Et conseille aux amateurs de beau langage de regarder l’ensemble de la prestation ministérielle – c’était le 14 mars dernier, et la publicité accordée à l’événement n’a pas été à la hauteur de la performance.

Nous avons un ministère de la Culture depuis 1959 — quand De Gaulle a conseillé à Michel Debré, chef du gouvernement, de tailler à Malraux un costard ministériel à sa mesure.

Il s’agissait alors à la fois de donner du grain à moudre à l’opiomane le plus célèbre de France, et de limiter l’influence des intellectuels de gauche, particulièrement des communistes, sur le domaine culturel. C’est probablement la raison qui a poussé Pompidou à pérenniser un ministère qui n’avait pas la faveur de son propre parti — « le plus bête de France », disait Mon Général. Par ailleurs, Pompidou s’y connaissait quelque peu en culture…

Françoise Nyssen ou le principe de Peter

Depuis, les grands noms ne se bousculent pas rue de Valois. Bien sûr, il y eut Jack Lang — mais la Fête de la musique, le principal événement associé à l’homme aux belles chemises, appartient moins à la Culture qu’à la manifestation du passage de l’Homo Sapiens à l’Homo Festivus cher à Philippe Muray. D’ailleurs, à partir de 1986 et l’arrivée de l’ineffable François Léotard à ce poste si envié, l’intitulé « ministère de la Culture et de la Communication », en noyant le poisson culturel dans l’océan médiatique, en dit assez long sur les mutations contemporaines.

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Ces dernières années nous avons eu bien de la chance, avec Fleur Pellerin qui ignorait tout du dernier prix Nobel, Patrick Modiano, et « n’avait pas du tout le temps de lire » depuis qu’elle était installée au ministère. Une bourde qui déclencha les rires de la presse internationale. De quels conseillers s’était-elle entourée pour qu’aucun d’entre eux n’ait trouvé le temps de lui glisser une note sur l’ex-grand prix de l’Académie française (pour les Boulevards de ceinture) et ex-Prix Goncourt (pour Rue des boutiques obscures)?

Quant à Françoise Nyssen, elle est une parfaite illustration du Principe de Peter. Successeur de son père Hubert à la tête d’Actes-Sud, passe encore. Ministre de la Culture, c’est…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

 

Festivus Festivus / Conversations avec Elisabeth Levy

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C'est le français qu'on assassine

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Consommation: les supermarchés ne sont pas une obligation


Non, les supermarchés ne sont pas nécessairement des sources d’économies. Faux acteurs de la concurrence, ils déshumanisent peu à peu nos modes de consommation et nuisent au marché de l’emploi. Leur toute-puissance n’est pas une fatalité. Une tribune du groupe Cincinnatus. 


Savez-vous ce qui s’est passé en 1931 ? C’est la date à laquelle le premier Prisunic ouvrait ses portes, rue de Caumartin à Paris. Par des prix alléchants, le client apprenait à acheter autrement.

La révolution commerciale était en marche, vers un modèle qui devait s’universaliser et s’imposer au reste du territoire. En 1948, l’ouverture du premier « Goulet Turpin » signait la conquête des prix bas…

Le précurseur Edouard Leclerc ouvre son premier libre-service de 50 mètres carrés dans le Landernau en 1949. En 1957, Carrefour installe son premier supermarché en banlieue parisienne, et apparaît un nouveau terme remplaçant celui de « commerce » : la « grande distribution ». Aujourd’hui, le pays compte plus de 10 000 grandes surfaces alimentaires, pour des points de ventes représentant plus de 20 millions de mètres carrés.

La grande redistribution

Le chiffre d’affaires de ces monstres de l’économie était en hausse jusqu’en 2010 ; plus de 600 000 personnes y travaillent ; mais combien d’emplois indirects ont-ils été supprimés ? Des centaines de milliers, des millions peut-être ?

Les centres villes se sont vidés, les petits commerces ont fermé les uns après les autres, laissant place à des franchisés, des coiffeurs, des banques et des compagnies d’assurance… Les clients, attirés par des publicités racoleuses vantant la diversité des produits, le gain de temps, le stationnement facile et des prix séduisants, ont déserté les commerces de proximité pour se rabattre vers ces temples de la consommation moderne que sont les grandes surfaces.

Les quelques centrales d’achat pressurisent les fournisseurs, les rabais demandés aux transformateurs se répercutent sur les produits de base et donc bien souvent sur les producteurs… Ainsi, les 6,3 millions d’agriculteurs de 1955 ne sont plus que 515 000 aujourd’hui, passant de 27% de la population active à 3,5%.

Les plus petites et les moyennes exploitations ont été touchées de plein fouet par la baisse des prix des matières premières. Les plus grandes, moins fragiles, rachètent celles en difficultés, faisant ainsi passer la surface agricole moyenne en France de 10 à 55 hectares.

Leur bonheur est dans le grand pré

Le gouvernement promet un plan d’investissement de 5 milliards pour les exploitations agricoles. Rappelons-nous cependant que le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), qui permet une baisse des cotisations sociales, a surtout bénéficié aux grandes entreprises agro-alimentaires, certaines licenciant d’ailleurs aujourd’hui grâce à la loi pour l’emploi… Grâce au nouveau plan du gouvernement, ce sont une nouvelle fois les grandes structures agricoles qui vont pouvoir rénover ou moderniser leurs exploitations laissant de côté les exploitations plus modestes, incapables d’investir la mise de départ. La course au gigantisme dans l’agriculture devrait donc se poursuivre.

Heureusement, certains Français changent aujourd’hui leur mode de consommation en privilégiant les circuits courts, en évitant les intermédiaires néfastes, permettant ainsi aux producteurs de vivre correctement de leur labeur.

Certaines grandes surfaces ont aussi entendu le message des consommateurs : Système U, Intermarché et quelques Leclerc font l’effort de travailler avec des producteurs locaux. Mais la concurrence de produits importés est réelle et pèse sur nos exportations. Leur qualité est souvent en rapport avec leurs prix bas, le bio étranger n’étant pas soumis à toutes les contraintes locales qui pèsent sur nos exploitations.

Automatisation des caissiers et des consommateurs

Dans les autres secteurs de la distribution, le e-commerce est venu concurrencer les grandes surfaces, ne laissant qu’une petite marge de manœuvre aux commerces de proximité. Les grandes surfaces sont donc dans l’obligation de trouver de nouvelles sources d’économie pour le plus grand plaisir de leurs actionnaires. Les monstres de la distribution alimentaire s’évertuent à baisser leurs charges, l’emploi est donc en première ligne et c’est dans le modernisme qu’ils ont trouvé la solution. Les automates et les caisses automatiques en libre-service remplacent petit à petit les caisses traditionnelles. Comme les péages d’autoroute, ou les guichets des bureaux de Poste, l’humain laisse la place aux machines. Pourtant, le prix des péages et des timbres augmentent régulièrement. La réelle concurrence n’existe pas, il vous suffit pendant les fêtes de Noël de comparer le prix des jouets d’un magasin à l’autre, cette modernisation ne fait pas baisser les prix.

Notre manière de consommer a changé sous la pression des publicités, des prix attractifs, du gain de temps pour se rendre à un seul et unique point de vente. Une nouvelle forme de consommation est née. Faut-il continuer d’y souscrire ?

Petits emplois deviendront grands

Il est temps de remettre l’humain au service de l’humain. Privilégions les services de proximité dont les personnes âgées, entre autres, ont besoin. Nombre de petits métiers bien pratiques ont disparu, remettons les au goût du XXIème siècle : porteur de bagages dans les gares, pompistes dans les stations-services, caissières aux péages, au supermarché, à la poste…

Nous sommes tous responsables de leur disparition, mais rien n’est irréversible : il faut remettre en question ces machines à détruire l’emploi.

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Le néo-féminisme, l’idéologie qui voulait abattre les hommes comme des animaux


La nouvelle campagne d’affichage contre le harcèlement dans les transports en commun et les derniers événements autour de Bertrand Cantat démontrent encore un peu plus la violence du néo-féminisme, qui n’est pas un combat mais une idéologie. 


Deux affaires viennent de donner à voir la tournure prise par ce qu’il convient d’appeler aujourd’hui le néo-féminisme. Le préfixe « néo » met l’accent sur le fait que nous sommes confrontés à quelque chose de nouveau, finalement assez éloigné d’une volonté d’émancipation féminine. Ce nouveau féminisme, fait de volonté de pouvoir, d’androphobie, de pensée magique irrationnelle voire de violence, n’est pas le fruit d’un lobbying bien organisé, il est devenu une idéologie particulière. Il en a les caractéristiques. Cognitives avec ses dogmes : le patriarcat opprime la femme depuis la nuit des temps. Morales avec le jugement : l’homme c’est le mal. Et enfin normatives : avec la mise en place de règles pénales attentatoires aux principes qui gouvernent la matière.

L’enfer néo-féministe est pavé de bonnes intentions

Ces deux affaires d’inégales importances, qui concernent une campagne d’affichage dans le métro d’une part et un des aspects de la polémique autour du retour de Bertrand Cantat d’autre part, donnent à voir comment on passe de revendications légitimes et utiles à la création d’un corpus idéologique détaché de la réalité et penchant vers des formes de fanatisme.

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Dans un souci louable de lutter contre le harcèlement dans les transports en commun, la RATP, la SNCF et la région Île-de-France ont lancé, le 5 mars dernier, une campagne d’affichage. Passablement stupéfiantes ces trois affiches qui transforment une incontestable et déplorable violence en crime des crimes. L’ennui, c’est que même les projets gouvernementaux, avec la création de « l’outrage sexiste », classent juridiquement ce harcèlement de rue, de quais et de wagons, dans les contraventions. Ce qui en fait ce que le code pénal appelle « des violences légères ». Qu’elles soient insupportables pour celles qui en sont victimes dans leur vie de tous les jours ne modifie pas cette qualification, car les mots ont un sens.

Qui a peur du grand méchant homme ?

Ces trois affiches préviennent : « ne minimisons jamais le harcèlement sexuel ». Et pour ce faire, elles y vont fort. Dans un environnement particulièrement hostile apparaît une jeune femme tenant un pilier de wagon. Selon l’affiche, apparaît le fond de la mer, une grotte sombre ou une forêt tout aussi sombre. Derrière la jeune femme, apparaissent des prédateurs menaçants, prêts à déchiqueter leur proie. Et pas n’importe quels prédateurs ! Sont convoqués trois piliers des peurs primales qui hantent l’imaginaire collectif. Tout d’abord les loups, qui attaquent en bande dans les forêts où les humains sont perdus. L’ours ensuite, énorme et puissant plantigrade prêt à broyer. Enfin, celui qui depuis le film de Spielberg provoque la pire des terreurs : le requin, le grand requin blanc. Qui chasse près des plages, au bord de ces rivages où les foules en vacances aiment à s’installer. La peur des loups et des ours est présente dans les traditions, la littérature, les contes pour enfants. Par conséquent aussi dans les têtes, de façon symbolique bien sûr, mais ces bêtes continuent à incarner le pire pour l’homme. Le requin est plus récent, et l’accès à son statut de prédateur numéro un est dû essentiellement au cinéma populaire. Il n’est que de consulter les catalogues de films d’horreur pour constater sa présence récurrente.

Les hommes, des animaux comme les autres

Les concepteurs de cette campagne, qu’on suppose très fiers d’eux, ont-ils mesuré le contenu ahurissant de ces affiches ? Elles réduisent les hommes, qui seraient par nature évidemment auteurs d’incivilités sexistes, à des animaux, prédateurs terrifiants, en passe de massacrer leurs proies. Des mains baladeuses, un frottage de métro, des interpellations insultantes, certes intolérables, sont présentées comme des mutilations mortelles abominables données par des animaux monstrueux. Qu’affichera-t-on lorsqu’il sera question de viol ? Que signifie cette métaphore, cette façon de retirer aux hommes leur humanité, pour en faire des animaux sauvages dont le seul moyen de préserver leurs victimes serait de les abattre ? Que nous raconte le fait que cette campagne n’ait pas provoqué les réactions indignées que méritait un tel sexisme imbécile ? Le problème, c’est que ces délires sont rentrés dans les têtes puisque des publicitaires assimilent ingénument les hommes à des animaux à abattre.

C’est là que l’on mesure les ravages de l’idéologie néo-féministe. On va, à juste titre, ricaner des excès de Caroline de Haas quand elle aligne ses statistiques absurdes selon lesquelles deux hommes sur trois seraient des prédateurs sexuels et l’État français couvrirait des viols de masse sur notre territoire. Que dire alors de ces affiches qui affirment bien pire ?

Cantat, condamné à vie…

La polémique autour du retour de Bertrand Cantat illustre elle aussi, par beaucoup de ses aspects, l’émergence de cette idéologie. Sa peine effectuée, et 15 ans après les faits, le chanteur a souhaité reprendre son activité artistique. Pour se heurter à une clameur considérable qui rassemblait ceux qui légitimement pouvaient être choqués par ce retour, mais aussi et surtout les gros bataillons de ces féministes furieuses bien décidées à le faire taire.

…Sauvage libérée à perpétuité

À les entendre, auteur d’un « féminicide », condamné à une peine trop indulgente, il devait être ostracisé à vie. Malheur à celui qui relevait que les mêmes qui réclamaient la peine de mort civile à l’encontre du chanteur s’étaient battues furieusement pour la libération de Jacqueline Sauvage. Rappelons brièvement que celle-ci a froidement et volontairement abattu son mari de trois balles dans le dos et a, pour cela, été condamnée pour meurtre à deux reprises à 10 ans de réclusion criminelle. Tous ses soutiens ont invoqué des violences qu’elle aurait subies durant les 47 ans de vie commune avec son mari et qui auraient justifié le meurtre. L’instruction et les débats judiciaires ont largement démontré l’absence de réalité de cette explication. Deux auteurs ont réalisé une enquête approfondie et publié un livre, La Vérité sur l’affaire Jacqueline Sauvage, qui démontre le mensonge du story telling sur lequel François Hollande, contre l’avis des magistrats concernés, s’est appuyé pour accorder une grâce à la meurtrière et la dispenser d’effectuer la peine fixée par les juridictions.

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Dès sa sortie de prison, Jacqueline Sauvage s’est précipitée sur les plateaux de télévision, a écrit un livre et accompagne désormais la réalisation d’un film sur son « histoire » avec Muriel Robin dans le rôle-titre. On n’a jamais demandé ce qu’ils en pensaient aux membres de la famille de l’homme abattu, qui n’ont pas eu droit aux mêmes égards que Nadine Trintignant. Vous avez dit indécence ?

Le néo-féminisme est une idéologie

Gare à ceux qui relèvent cette étonnante contradiction, qui voit les mêmes hurler à la mort dans un cas et réclamer le droit de tuer dans l’autre. La seule réponse sera l’insulte et le sentiment de parler à des murs. Et à des fanatiques pour lesquelles le réel n’a aucune importance.

Tuer involontairement une femme serait le crime des crimes ; tuer volontairement un homme toujours justifié. Cette façon du néo-féminisme de voir le monde est bien une idéologie. Totalitaire ?

Hausse de la CSG des retraités: taxez-moi, si vous voulez, mais ne m’humiliez pas!

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La communication était censée être leur fort. Mais la mauvaise réception de l’annonce de la hausse de la CSG des retraités doit beaucoup au manque de tact de certains membres du gouvernement. Leurs déclarations maladroites contribuent à séparer les générations plutôt qu’à les rapprocher. 


Je suis retraité, mais ne manifesterai pas contre les décisions du gouvernement sur la baisse, sensible, du niveau des retraites[tooltips content= »J’admets cependant sans mal que cet article constitue en lui-même une manifestation« ]1[/tooltips]. Malgré le constat de la dégradation de mon niveau de vie depuis plusieurs années, et mon profond malaise devant les décisions et les déclarations publiques quant à la situation morale et financière des retraités, je veux, à mon modeste niveau, laisser la chance au nouveau président, intelligent et dynamique, de mûrir son jugement et son action politique. Propos condescendant voire un brin injurieux, m’objectera-t-on peut-être. Non, pas dans mon esprit, mais précisément c’est ce que j’éprouve, intimement, devant les déclarations et les actes du gouvernement à l’égard des intéressés.

La condescendance des minots

A mon sens d’ailleurs, si les ministres concernés avaient choisi une autre approche socio-psychologique, faite de respect et d’empathie à l’égard des personnes concernées, leur indignation et leur opposition aux décisions brutalement prises à leur détriment auraient été bien moins vives que celles, légitimes et justifiées, auxquelles on assiste actuellement, et qui laisseront des traces dommageables pour l’esprit public et la cohésion nationale. A mes yeux, c’est donc à juste titre que beaucoup de retraités, surtout les moins bien lotis, rejettent avec indignation cette augmentation de 1,7 point de la CSG (en réalité 1,83, rectifient certains économistes), pour financer la baisse des charges sociales des salariés.

Je parlais de condescendance : la faible sensibilité psychologique des êtres, quand elle s’allie à cet obscur et assez enfantin sentiment de puissance que donne une part de pouvoir, surtout politique, pour être répandue, n’en est pas moins dangereuse. On peut pardonner à un supérieur hiérarchique jusqu’à une stupide brutalité verbale, on ne le tiendra jamais quitte de sa condescendance, attitude humiliante, pire encore que l’arrogance ou la morgue. C’est, je crois, Philippe Raynaud[tooltips content= »Auteur notamment de La politesse des Lumières : les lois, les mœurs, les manières, Gallimard, 2013. »]2[/tooltips] qui rapporte ce mot émouvant de Mme de Staël : « Tout homme de goût et d’une certaine élévation d’âme doit avoir le besoin de demander pardon du pouvoir qu’il possède. » Aucune perte, d’aucune sorte, n’en est à craindre, bien au contraire ! On peut, on doit mêler l’autorité et le respect, le pouvoir et l’éthique : il s’agit d’un même devoir de rigueur, envers les autres et envers soi. C’est à peu près ce que signifiait Nietzsche lorsqu’il affirmait que la forme contient du courage.

Voici donc, pour être concret, un aperçu de ces étonnantes déclarations de membres du gouvernement : « Nous demandons un effort de redistribution pour que le travail paie mieux. » L’effort demandé aux retraités porte sur « quelques dizaines voire quelques centaines d’euros par an pour les plus fortunés, il permet à leur génération de tendre la main à la génération plus jeune. » Le gouvernement reconnaît l’effort demandé aux retraités et leur demande « de l’assumer dans l’intérêt de leurs enfants et petits-enfants. »

Du tac au tact

Je dois avouer que cette expression de « tendre la main » me paraît parfaitement grotesque et insupportable en la circonstance. Et Yves Thréard met très exactement l’accent sur l’erreur majeure de procédure dans cette affaire, lorsqu’il note que « dans sa présentation, cette mesure manque de tact ». Il est clair aussi que cette posture cache bien mal l’instrumentalisation, sinon la volonté de culpabilisation des intéressés. La parole affichée de solidarité impérative entre générations vise en fait à dissimuler la volonté de persuasion : en réalité, ce qui est recherché, c’est la neutralisation de toute velléité de réaction ou d’opposition, qu’on aura par avance discréditée par le sentiment de honte suscité chez qui n’envisagerait pas d’accomplir de bonne grâce son devoir civique. Le gouvernement, par ses représentants dans cette affaire, a fonctionné de la façon la plus maladroite et la plus absurde qui soit. On a subtilement tenté d’induire dans l’esprit des retraités, par certaines déclarations plus ou moins délicates que, s’ils n’étaient pas des profiteurs du système, du moins devaient-ils comprendre qu’ils étaient plutôt des nantis, plus ou moins inutiles socialement. On n’allait pas jusqu’à leur demander de bruyantes manifestations de joie, ou simplement de soulagement, mais enfin…

Il n’en reste pas moins que le succès est loin d’être acquis, et il ne sera pas forcément facile de rectifier le tir. Qui, possédant un minimum de dignité, pourrait supporter que des ministres plus ou moins anonymes viennent lui expliquer que la ponction spéciale qu’on va lui imposer est une manifestation de sa solidarité naturelle avec la jeunesse laborieuse du pays ? Ce propos n’est pas seulement discrédité a priori aux yeux de tous ceux, retraités en tête, qui ont assisté impuissants, au fil des années, de la part de l’Etat, à des dérives financières extravagantes, mais il est proprement insultant : le retraité que je suis, et beaucoup avec moi j’en suis sûr, diraient à ces ministres s’ils les rencontraient : « Puisez encore dans mes fonds personnels si vous le décidez ainsi, même contre mon gré, mais de grâce gardez pour vous vos arguments indécents. Je suis encore capable, malgré mon âge, d’aider sur mes propres deniers ceux que je pense nécessaire et juste de soutenir : tout d’abord en effet les jeunes gens de mon entourage qui en ont besoin, mais aussi les associations et fondations de soutien moral et financier que j’estime. »

Confrontation Sociale des Générations

J’aimerais ajouter ici une réflexion qui m’importe. Dans les faits, cette « politique » est comparable à celle induite par la « discrimination positive », qui constitue parfois également une forme de pratique condescendante contre-productive à l’égard des populations immigrées : elle pousse en effet nombre de ceux qui en profitent à la culpabilisation intéressée de la population autochtone et des autorités, ainsi qu’à divers abus ; elle entraîne la suspicion, souvent injustifiée, sur leurs diplômes et leurs fonctions, et elle crée du ressentiment et de l’acrimonie à leur égard. Est ainsi accélérée par l’Etat lui-même une dangereuse césure psychique entre deux parties de la société.[tooltips content= »C’est le point fondamental exprimé depuis de nombreuses années déjà, avec une lucidité et une fermeté exemplaires, par Malika Sorel-Sutter. »]3[/tooltips]

De même, la conduite manipulatrice adoptée sur cette question de la justification de la forte augmentation de la CSG mène, de fait, à l’inverse de ce qu’elle prétend rechercher : la concurrence malsaine, le sentiment aigu d’injustice et de brutalité, la tension sociale enfin, plutôt que la solidarité entre les générations.[tooltips content= »Elle peut apparaître aussi comme un voile porté devant ce qui constitue, pour l’heure, sinon un échec, du moins l’inaboutissement encore d’une politique déterminante, la réduction des déficits publics. »]4[/tooltips]

SNCF: qu’est-ce que Spinetta connaît à cette France-là?


Le rapport Spinetta, qui préfigure la réforme de la SNCF voulue par le gouvernement, est l’oeuvre d’élites qui semblent totalement déconnectées de la France des gares et des trains de région. 


J’avais 5 ans, mon grand-père conduisait des tramways à Marseille, il me faisait parfois monter avec lui, j’étais le roi du monde.

Alors, j’ai voulu devenir conducteur de locomotives. Je ne saisissais pas, à cette époque, ce qu’il peut y avoir de sexualité précoce dans un tel choix.

Mes parents n’étaient pas riches, les modèles réduits coûtaient déjà les yeux de la tête, mais ils m’ont quand même offert une locomotive Pacific — celle sur laquelle Honegger a composé une si belle chose, que Jean Mitry a mise en images…

C’est à peu près à cette époque que j’ai lu, l’un après l’autre, les albums de Tintin. Par exemple, le Temple du soleil, où le capitaine et le reporter prennent un train invraisemblable (mais qui existe) quelque part dans les Andes…

Alors, j’ai soumis ma locomotive et les trois wagons qui composaient toute ma ligne à de sidérantes prestations, gravissant — et sans crémaillère — des montagnes de livres, avant de finir dans quelque précipice habité de piranhas (au moins) et de caïmans (au pire).

Puis j’ai lu la Bête humaine. J’ai même vu le film de Renoir — et je me suis pris pour Gabin.

Mais j’avais compris, avant ça, à quel point le train participe de l’imaginaire érotique. Je l’avais compris vers 12 ans, quand ma mère, qui adorait Gary Cooper, m’amena voir Love in the afternoon — où dans la dernière séquence, Cooper hisse Audrey Hepburn jusqu’à lui, sur le Mistral qui les emporte en Provence. Je l’avais compris vers 13 ans, quand ma mère, qui adorait Cary Grant, m’emmena voir North by Northwest. Et à la dernière image, quand le héros se couche sur la blonde héroïne (Eva Marie Saint, froidement hitchcockienne — sublime), le Code Hays imposa à Hitchcock de couper — ce qu’il fit magistralement, en montrant une pénétration géante et définitive.

North By NorthwestSans compter la geste héroïque des cheminots pendant la guerre, que raconte très bien The Train, de John Frankenheimer. Et là, je me suis pris pour Burt Lancaster.

Ça, c’est la réalité du train dans l’imaginaire. Qu’est-ce qu’un technocrate auquel on a greffé une calculatrice à la place du cœur peut y comprendre ?

Son temps, c’est de l’argent. Le mien, c’est de la poésie.

Mais j’ai pris une foultitude de trains — de vrais trains. Des grands et des petits. Des TGV et des TER. Des Micheline, des trains jaunes dans le Conflent, des trains rouges en Corse. L’un des plus beaux — c’était il y a deux mois —, ce fut entre Toulouse et Clermont-Ferrand. Il y en a cinq par jour, le voyage dure plus de 8 heures, avec deux ou trois changements. On a le temps de musarder dans le Massif Central. Saint-Sulpice, L’Isle-sur-tarn, Gaillac, Cordes-Vintrac, Lexos (un nom d’île grecque !), Laguéoie, Najac, Villefranche-de-Rouergue, Salles-Curbatiers, Capdenac, Figeac, Bagnac, Maurs, Le Rouget, Aurillac, Vic-sur-Cère, Le Lioran, Murat, Neussargues, Massiac-Blesle, Arvant, Brassac-les-Mines (fermées depuis 1978 par un énarque de l’époque), Issoire (chantée par Jules Romains dans les Copains), Clermont-Ferrand enfin. La grande diagonale du vide, comme disent les amateurs de portables, la grande diagonale du paysage hexagonal, diront les amateurs de France périphérique.

A lire aussi: Pour sauver la SNCF, cheminots, battez-vous !

Qu’est-ce que Jean-Cyril Spinetta connaît à cette France-là ? Qu’est-ce qu’un énarque, qui fut l’un des patrons les mieux payés de France, peut imaginer d’un tel voyage ? Son temps, c’est de l’argent. Le mien, c’est de la poésie.

L’Angleterre, le rêve thatcherien de Spinetta 

Le modèle évident du gouvernement, c’est Thatcher. Le modèle que l’on voudrait nous imposer, c’est le rail britannique — qui déraille. Retards incessants, hausse vertigineuse des prix : « Selon des estimations du Labour, écrit Sasha Mitchell dans la Tribune, s’appuyant sur une étude de The Independent, le prix des billets annuels a ainsi augmenté de 27% depuis 2010. Après avoir comparé les prix de 200 lignes, le parti emmené par Jeremy Corbyn, militant de la renationalisation, estime à 2.788 livres (3.222 euros) le coût du pass, soit 594 livres (686 euros) de plus qu’en 2010. Pas mieux, pour le syndicat TUC, selon lequel le prix moyen des billets de train augmente deux fois plus vite que l’inflation. Résultat, les Britanniques déboursent chaque mois six fois plus que les Français simplement pour se rendre sur leur lieu de travail. 14% de leur revenu mensuel, très exactement, contre 2% pour les usagers de l’Hexagone. »

Evidemment, cet argent va dans des poches — pas celles des usagers, pas celles des contribuables.

Un rêve, doit penser Spinetta. Pour lui et ses copains. Pour la petite poignée d’oligarques qui dirigent aujourd’hui l’Europe. « L’économie liée à la fermeture des petites lignes pour le système s’élèverait a minima à 1,2 milliard d’euros annuels (500 millions d’euros sur l’infrastructure et 700 millions sur l’exploitation des trains) »Le Huffington Post a clairement posé les termes du débat. Comme le montre…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

 

C'est le français qu'on assassine

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Amérique latine: 2018, année névralgique

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Dans les prochains mois, quatre grands pays d’Amérique latine iront aux urnes pour élire présidents, députés et sénateurs. Brésil, Mexique, Colombie et Venezuela, quatre facettes différentes d’un continent qui fait du surplace, quatre démocraties qui, jusqu’à présent, n’ont connu de l’histoire que son versant tragique, quatre échecs retentissants d’un projet démocratique qui n’arrive toujours pas à tenir ses promesses : bien-être, sécurité et liberté.

Les « démocraties » de l’extrême

Il n’y a donc rien de grandiose à attendre de ces rendez-vous électoraux. Bien malgré elle, l’Amérique latine est devenue un laboratoire politique où la démocratie fonctionne dans des conditions extrêmes de violence et d’inégalités. On tue plus au Brésil qu’en Syrie (en valeur absolue) et, pourtant, la démocratie brésilienne fonctionne, ou a, du moins, tous les apparats de la légitimité : séparation des pouvoirs, indépendance de la justice, liberté de la presse, etc. A Cali, Caracas et Tijuana, la violence est déchaînée mais les gens votent et les élus légifèrent. Ce paradoxe latino est certainement la première raison de s’intéresser à la vie politique sous les tropiques.

Quand on soulève le capot, on découvre des mœurs politiques très exotiques. Là où le pouvoir est centralisé, il a été brutalement saisi par des forces politiques extrêmement déterminées à marginaliser voire éliminer (par l’exil ou la mort) tous leurs adversaires idéologiques. Venezuela et Colombie s’inscrivent dans cette catégorie de pays polarisés et conflictuels. Là où le pouvoir est décentralisé au sein d’un système fédéral, gauche et droite se sont partagé le gâteau dans une sorte de concurrence policée et dont la raison d’être est d’organiser l’alternance de manière pacifique. Mexique et Brésil sont des pays de consensus suffisamment lâche pour ménager la chèvre et le chou. Ce sont des nations au centre, ce qui change de l’une à l’autre c’est le type de consensus en vigueur : le Mexique choisit l’ouverture à la mondialisation ; le Brésil s’isole, même s’il affirme le contraire.

Ces démocraties de l’extrême sont à bout. Elles sont obligées de remettre en question leur modèle de partage du pouvoir ne serait-ce que parce que les populations le rejettent de plus en plus. Et, si rien n’est fait cette fois encore, le crime organisé, un invité surprise pressé de participer au festin, peut décider de peser de tout son poids sur la chose publique. C’est la deuxième grande raison de suivre de près ces différentes élections.

Venezuela : au-delà de l’arrêt cardiaque 

Election présidentielle prévue le 20 mai 2018

Le drame vénézuélien est connu de tous et la situation à quelques semaines des élections demeure critique. L’opposition vient d’annoncer qu’elle ne va pas participer au scrutin, craignant les fraudes.

Après vingt ans de socialisme bolivarien, le bilan est sans appel. Le développement promis n’a pas eu lieu, la justice sociale non plus. Le gouvernement est dépassé par les vieux démons d’une société qui ne sait pas gérer conflits et contentieux. Résultat : le taux d’homicide à Caracas dépasse les 119 pour 100 000 habitants, l’équivalent d’une zone de guerre, trois fois plus qu’à Rio de Janeiro par exemple.

L’enjeu au Venezuela est de tracer un chemin viable pour se sortir d’une dictature de gauche, sans un bain de sang. Tâche immense d’autant plus que l’armée a goûté au fruit défendu : la cocaïne et son trafic, à la rentabilité indécente. Comment convaincre autant de monde de perdre leurs privilèges politiques et « commerciaux » ?

Colombie : Savoir terminer une guerre

Législatives en mars ; présidentielle pour mai 2018

La principale guérilla a accepté de se dissoudre et de se transformer en force politique. En vertu des accords de paix, elle est assurée d’occuper cinq sièges au Parlement et au Sénat. Bon an mal an, les FARC vont participer du pouvoir et se « ramollir » au point d’œuvrer, eux aussi, pour le statu quo institutionnel. Bien entendu, cette équation n’est pas simple puisque des dissidences des FARC ont fait jour et refusent de rendre les armes. Elles se financent par le trafic de drogue et risquent fort de se convertir en une sorte de mafia « révolutionnaire ». D’autre part, les milices paramilitaires (liées aux grands propriétaires terriens) profitent du retour progressif à la normale pour se venger en assassinant les leaders des FARC sortis de la clandestinité. La liste des écueils est longue encore mais ce qui importe en cette année d’élection est que l’Etat soit en mesure d’étendre l’empire de la loi aux quatre coins du pays, un acquis pour tous les Colombiens après 60 ans de chaos.

A la différence du Brésil, et encore plus du Venezuela, la Colombie est un pays plutôt à droite. Les raisons en sont nombreuses : influence des propriétaires terriens, poids de l’armée et de l’état-major après des décennies de guerre… En réalité, la droite colombienne est robuste et combative car elle figure parmi les rescapés de la guerre civile. Son leader le plus connu, Alvaro Uribe, a perdu son père, sauvagement assassiné par les FARC sous les yeux de sa soeur en 1983. Après des années d’attentats, d’enlèvements et de subversion en tout genre, on a tendance à s’aguerrir ou on disparaît. La droite colombienne a choisi de s’endurcir, au point de devenir intransigeante. C’est ainsi que le parti d’Alvaro Uribe, le Centro democratico, a refusé en bloc les accords de paix. Tant pis, le prix Nobel est allé au président Santos, l’ancien allié d’Uribe. Mais la popularité est du côté de l’aile dure car la population supporte mal de voir les FARC revenir dans le jeu comme si de rien n’était. Lors du scrutin du 11 mars (législatives et sénatoriales), le Centro democratico est devenu le premier parti au Sénat et le deuxième à la chambre basse, et les FARC se sont fait laminés. L’ancienne guérilla qui obligeait ses femmes-soldats à avorter d’office a eu moins de 100 000 voix sur presque 18 millions de suffrages exprimés ! Maigre résultat au terme de 60 ans de guérilla acharnée (et un beau bras d’honneur aux sympathisants des FARC à l’étranger qui ont visiblement exagéré l’adhésion des Colombiens au marxisme révolutionnaire).

Mexique : les limites de l’économisme

Le 1er juillet 2018, les Mexicains éliront président, sénateurs, députés et maires

Pays industriel, membre de l’OCDE, le Mexique est résolument le pays d’Amérique latine le plus ouvert aux investissements extérieurs et au commerce international. Depuis la signature des accords ALENA (1994), Mexique, Etats-Unis et Canada participent d’une même communauté économique élargie. Le pays en a profité, il suffit de voir l’admirable tissu industriel qui s’étend en grappes autour de Guadalajara, Queretaro et Puebla. Mais ce succès économique n’a pas suffi à traiter les maux qui empoisonnent la « civilisation » mexicaine depuis sa naissance tumultueuse sous les Espagnols. Les inégalités ne s’arrangent pas, elles continuent de suivre les divisions raciales et régionales. Bien pire, l’efficacité administrative ne s’est pas améliorée, elle a fléchi devant l’assaut du crime organisé qui a infiltré mairies, polices locales, entreprises publiques et ministères.

Tout s’est écroulé, et la mondialisation a cessé d’être heureuse, lorsque l’ancien président Calderon a lancé, en 2006, une guerre totale contre les cartels. Sans le vouloir et à la surprise générale, il a provoqué une explosion de la violence qui a transformé la vie des Mexicains en un film de terreur : décapitations, mutilations, torture filmée, etc.  Du jamais vu, même dans un pays habitué aux règlements de comptes mafieux.

Après dix ans de lutte, l’Etat et la société ont perdu la guerre. Les cartels dominent en sous-main plusieurs ports mexicains, contrôlent des régions entières et condamnent journalistes et syndicalistes au silence. Ils se sont infiltrés au sein des partis et de l’administration à tous les niveaux, du local au fédéral. Ils jouent à merveille de la décentralisation du pouvoir au Mexique et des rivalités entre régions et Etat central.

Toute issue passerait par une négociation avec un ou plusieurs cartels pour amener la violence à un niveau acceptable et ne pas s’épuiser à faire la guerre à toutes les mafias en même temps. Perspective difficile à formuler en discours électoral et à défendre sur le plan moral.

Brésil : la logique du consensus a vécu

Elections législatives et présidentielle prévues en octobre 2018

Connu pour son insécurité, le Brésil est néanmoins un pays où la politique a toujours été un métier relativement tranquille. Point de guérilla ni d’assassinat politique. Le partage du pouvoir et l’alternance se négocient par l’argent, le népotisme et la cooptation.

Trois groupes de pression prennent en otage le pays et cimentent un statu quo détestable pour la majorité : la haute fonction publique (corporativismo estatal), la gauche culturelle et universitaire et certains milieux économiques (géants du BTP, du secteur financier et de l’agroalimentaire). Chacun à sa manière, ils « tiennent » l’Etat par un subtil mélange de séduction, d’intimidation et de corruption.

En 2018, ce modus vivendi vacille mais ne risque pas de tomber. Peu de candidats veulent lui faire la peau. Bolsonaro, à la droite ou à l’extrême droite selon les analystes, promet de s’y essayer mais il est difficile de croire en ses chances de l’emporter et encore moins en sa capacité à agir une fois au pouvoir. Il n’a pas su ou pas pu s’entourer de cadres en mesure d’incarner une stratégie pour changer la formule magique qui gouverne (et pollue) la politique brésilienne.

A lire aussi: Brésil : à deux doigts de la prison, Lula reste favori de l’élection

Le changement peut venir de là où on l’attend le moins. Sur le front économique, les fondamentaux ne sont pas bons et rien n’interdit de penser à un « arrêt cardiaque » des comptes publics devant l’échec patent de la réforme de la retraite (enterrée en février). Le choc asymétrique peut venir aussi de la rue où, comme à Rio de Janeiro, le crime organisé étend son empire. Dans la Cidade Maravilhosa, la situation a dégénéré en début d’année et a nécessité la mise sous tutelle des forces de police par l’armée fédérale. Ailleurs au Brésil, comme à Fortaleza, Manaus et Salvador, des signaux de détresse sont émis par les autorités et laissent penser que l’armée sera appelée à la rescousse. Que se passera-t-il si les militaires, sous-équipés et constamment critiqués par les médias mainstream, décident de rester dans leurs casernes et de laisser les polices locales se débrouiller ?

De Rio à Mexico en passant par Caracas, c’est le désenchantement. Tous les différents régimes, idéologies et grands leaders qui ont suscité à un moment ou un autre depuis la fin de la seconde mondiale un espoir national ou régional ont plus ou moins déçu. L’heure est donc à un face à face difficile des différentes sociétés sud-américaines avec elles-mêmes, leurs structures, leurs anthropologies, autrement dit tout ce qui fait qu’il n’y au sud des Etats-Unis ni des « Etats-Unis de l’Amérique latine » ni des Etats-nation à l’européenne. Dans ce contexte, la Colombie mérite d’être suivie de près car elle peut être le laboratoire d’une réinvention de la politique en Amérique latine dans un sens plus libéral (du point de vue économique) et débarrassée des illusions marxistes. Les peuples jouent gros car, si rien n’est fait, ils continueront à voyager en seconde classe dans la mondialisation voire de se faire gouverner par les hommes de paille d’El Chapo.

Mai 68, entre la légende dorée et la légende noire


Dans La France d’hier (Stock, 2018), Jean-Pierre Le Goff dresse un tableau contrasté de Mai 68. Le monde adolescent émergent oscillait alors entre campagne et villes nouvelles, catholicisme de papa et individualisme, ordre traditionnel et société des loisirs. On aurait préféré que les révoltés de mai assument davantage le poids du vieux monde. 


Il y a vingt ans, Jean-Pierre Le Goff publiait l’une des plus pertinentes et des plus lucides analyses des événements qui ont secoué la France en mai 1968 et redessiné durablement son visage[tooltips content= »Mai 68, l’héritage impossible, La Découverte, 1998. »]1[/tooltips]. À l’époque de sa publication prédominait encore dans le récit qui en était fait une légende dorée, celle d’une extrême gauche qui aurait, fût-ce en accomplissant une révolution différente de celle qu’elle avait cru accomplir, modernisé positivement la société française, sous la forme de ce que l’on appellera plus tard le « gauchisme culturel ». Face à cette complaisante vulgate, Le Goff avait mis en évidence que l’héritage de Mai 68 comportait des limites, des contradictions et des aspects nihilistes qui rendaient impossible qu’on l’assumât en sa totalité. Cependant, depuis une quinzaine d’années, s’est développée, à la faveur d’un mouvement de balancier, une critique conservatrice de Mai 68 qui réaffirme l’importance de l’autorité, la nécessité de la transmission et la valeur de la tradition, parfois avec pertinence et talent, mais parfois aussi de façon brutale ou excessive, allant jusqu’à prétendre « liquider 68 ». À la légende dorée succède une légende noire, guère plus satisfaisante et tout aussi peu éclairante.

Mai 68, être adolescent dans un monde adolescent

C’est ce qui a décidé Jean-Pierre Le Goff à revenir sur l’interprétation de Mai 68, mais sous une forme nouvelle, existentielle autant qu’intellectuelle, celle d’une ego-histoire, en l’occurrence une autobiographie sociologique. En racontant son enfance et son adolescence dans les deux décennies qui ont précédé l’événement, il restitue le monde adolescent, c’est-à-dire le monde de l’entre-deux, qui a rendu possible le basculement de Mai 68. Il s’agit de faire comprendre « de l’intérieur le climat d’une époque ». Ceux qui appartiennent à la même génération que lui se reconnaîtront sans peine dans son parcours, comme ils reconnaîtront le décor de leurs jeunes années. Il nous parle d’un temps que les moins de 50 ans ne peuvent pas connaître. En ce temps-là, on écoutait « Salut les copains » sur Europe 1, la télévision se répandait dans les foyers, on y regardait Thierry la Fronde et Ivanhoé, mais aussi « Âge tendre et tête de bois ». À la devanture des kiosques s’affichaient France Dimanche, Ici Paris ou Détective, et dans les cafés on jouait au flipper ou au baby-foot tandis que le juke-box passait en boucle les chansons de Johnny – celles de Vince Taylor –, qui ressemblait aux blousons noirs dont les journalistes relataient les tristes exploits, mais aussi de Françoise Hardy à qui nous pouvions tous et toutes nous identifier puisqu’elle allait seule dans les rues, l’âme en peine, sans que personne ne l’aime. Dans les surprises-parties toutefois, les slows succédaient aux rocks, ce qui permettait de flirter au son de Sag Warum.

N’allez pas croire pour autant que Jean-Pierre Le Goff cultive la nostalgie : sa description préfère les jugements de réalité aux jugements de valeur et le ton est celui, objectif, de l’ethnologue, à l’image de son autobiographie qui, à mille lieues de la confession impudique, se tient toujours à distance de l’émotion. C’est que Jean-Pierre Le Goff ne parle de lui-même qu’en tant qu’il porte en lui la forme entière de la condition des garçons qui, ayant grandi dans les années 1950 et 1960, ont vécu l’expérience d’être adolescents dans un monde adolescent. Un monde adolescent, c’est un monde de l’« entre-deux », c’est-à-dire un monde qui est partagé entre l’ancien et le nouveau, entre la pesanteur des traditions et la modernisation galopante, entre l’enracinement et le déracinement. Les campagnes se dépeuplent et s’urbanisent, la mécanisation transforme les paysans en agriculteurs, les axes routiers se développent tandis que les villes s’adaptent à l’automobile, les immeubles et les parkings sortent de terre, la consommation se développe et les loisirs prennent une place de plus en plus importante.

Par-delà les bondieuseries, l’éducation religieuse ouvrait à la réflexion et à l’interrogation métaphysique

Le peuple adolescent n’est alors rien moins que porté aux rêveries passéistes et écologiques auxquelles nous sommes accoutumés aujourd’hui : comme dans une célèbre chanson de Jean Ferrat, il rêve « du formica et du ciné ». Il s’ennuie dans le monde ancien et en supporte mal les pesanteurs et les rigidités. Celles-ci se manifestent surtout dans l’éducation où l’exercice traditionnel de l’autorité impose une discipline sans consentement : « C’est ainsi qu’on fabriquait des révoltés en puissance qui des années plus tard allaient vouloir tout casser. » Scolarisé dans une institution catholique normande, Jean-Pierre Le Goff met en évidence le décalage entre l’« éducation chrétienne d’un autre âge » qui y était dispensée et le monde qui était en train de naître : catéchisme dont les questions et réponses, dogmatiques et stéréotypées, évoquent irrésistiblement celles du mythique manuel du fantassin (« De quoi sont les pieds ? Les pieds sont l’objet de soins attentifs. »), billets de confession, rituels des trois heures de jeûne qui doivent précéder la communion et, plus tard, considérations sentencieuses sur la possibilité de l’amitié entre filles et garçons dont la visée est de retarder autant que possible le moment où ils pourront légitimement accomplir l’œuvre de chair… Et pourtant il était possible d’en prendre et d’en laisser et de multiplier les transgressions. Et pourtant, par-delà les bondieuseries, l’éducation religieuse ouvrait à la réflexion et à l’interrogation métaphysique, constituant ainsi une propédeutique à la philosophie : dans l’espace qu’elle a laissé vide vont pouvoir s’engouffrer les mythologies exotiques les plus dégradées. L’articulation complexe entre l’ancien et le nouveau apparaît encore dans ces humanités dont les rebelles de 68 étaient nourris et qui ont nourri leur rébellion avant d’en devenir les victimes.

Jean-Pierre Le Goff ne dit pas autre chose dans ce beau livre que ce qu’il a dit dans les précédents. Il le dit autrement en inscrivant l’histoire de Mai 68, à travers son itinéraire singulier, dans l’atmosphère, mais aussi dans l’épaisseur, dans la chair des années qui ont rendu possible l’événement. Il le fait sans démagogie ni esprit polémique, avec une sérénité, une honnêteté et une objectivité qui forcent l’admiration.

Jean-Pierre Le Goff, La France d’hier : récit d’un monde adolescent, des années 1950 à Mai 68, Stock, 2018.

Le « séparatisme islamiste » n’avance pas masqué, il est flamboyant

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Signataire de l’appel des 100 intellectuels du Figaro contre le « séparatisme islamiste », Vida Azimi se dresse contre les abus de l’islamisme conquérant qui font régresser la France.


« J’abuse » des droits que vous m’avez donnés, je vous récuse, je vous refuse le moindre contact, je vous pousse dans les encoignures de vos sociétés rassies, brandissant mon éternel « bréviaire des vaincus » (E.M. Cioran), je vous dresse le calvaire des repentis jusque dans vos plus reculés repaires. Moi « dominé » tyrannique, inconséquent et bruyant et vous, dominants consentants, sans sève ni vigueur, usés sous le poids des ans. Vous m’êtes soumis. Non, vous avez déjà abdiqué !

L’affirmation des arrogances victimaires…

Voilà le message envoyé chaque jour par certains « habitants » (je leur refuse le titre de « citoyens » puisqu’ils se complaisent dans l’indigénat) des territoires non pas perdus mais abandonnés d’une République fatiguée, repentante face contre terre et les bras en croix ( ?) ! Indigènes indigents en esprit, migrants arrivant avec mœurs, coutumes et sans gêne. Tout leur est permis, puisqu’on tolère tout d’eux. Il est vrai que depuis que les divisions géographiques de notre pays s’appellent « des territoires », chacun peut venir y planter sa tente, en dépit de la mésentente forcément coupable des primo-arrivants et la République, sans religion civique ni identité, est devenue elle-même une res nullius, un bien sans maître ouvert à tous les appétits de conquête. Le monde est loft, plus de murs ni frontières (qui séparent certes mais protègent aussi). On n’en est même plus au « narcissisme des petites différences » (Freud), mais à l’affirmation des arrogances victimaires soutenue par ce qu’on a honte de désigner du nom d’intelligentsia, mot au demeurant démodé.

…avec le soutien de la République

Pardonnez mon indignation exubérante le deuxième jour du printemps et du nouvel an persan ! « Le moi est haïssable », mais permettez de grâce que j’en parle. L’appel que j’ai signé dans Le Figaro apporte un brin d’espoir, cet « opium d’espérance » (Octave Mirbeau) qui lâche rarement l’humain, ce liant qui fait lien (rien à voir avec le « vivre-ensemble », exercice imposé, érigé en totem). J’ai pourtant du mal à prétendre exercer le « magistère » de l’intellectuel si imposant en France. Je tâtonne, j’essaie d’être un peu intelligente… sans plus. Mais voilà, la Persane que je suis n’en peut plus de souper de l’islam, de sa grandeur comme de ses dérives, de ses guerres ou ses terreurs, matin, midi et soir. Je n’en peux plus de la sollicitude complice de certaines « élites » et des médias vis-à-vis des manifestations férocement identitaires d’une partie de la population – pourquoi dire française puisque ces agitateurs ne veulent pas du pays où ils sont nés pour la plupart.

Si je souscris à l’esprit de ce texte et salue le rayon de lumière qu’il apporte, je ne crois absolument pas que « le séparatisme islamique » avance « masqué ». Bien au contraire, tel un banyan, il affiche ses racines et ce avec le soutien des autorités publiques, désireuses « d’acheter la paix sociale », selon l’expression consacrée. Il a du panache et réunit plus de suffrages autour de lui que la clameur intellectuelle. Ce « séparatisme » est même flamboyant : nos politiques de tous partis se bousculent à la rupture du jeûne du ramadan. Je les mets au défi d’aller partager bientôt l’agneau pascal avec les catholiques français, croyants ou de culture. Pourtant, « catholique », prononcé la première fois en Arménie, signifie « universel ». Oui, la France est doublement universelle, par le baptême de Clovis et par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et devrait le rester.

La France régresse

Depuis l’an de disgrâce 1979 – l’avènement de la République islamique d’Iran -, par-delà la catastrophe personnelle, j’observe chaque jour la régression française. Le peuple français n’est point dupe mais la cécité qualifie les gouvernants et cela empire. Qui remarquait jadis la couleur de la peau de Félix Houphouët-Boigny et de Léopold Sedar-Senghor, ministres de la République ? Le grand Gaston Monnerville, président du Sénat, natif de Cayenne et petit-fils d’esclaves, a-t-il jamais mis en avant la couleur de sa peau ou son ascendance ? Et Mademoiselle Sid-Cara – le général De Gaulle la désignait ainsi – algérienne, fille d’instituteurs et une des premières femmes nommées au gouvernement sous la Ve République ? Qui s’en souvient ? Oui la France a régressé et s’est rétrécie !

Est-il encore temps de refuser les génuflexions aux diktats des minorités abusives et toutes créancières ? Vous, je ne sais pas ! Moi, je ne plie pas ou alors, je n’abuse plus de l’hospitalité française, et je plie bagage…

« Annihilation », le film qui ne met personne d’accord

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Vous ne le verrez pas sur grand écran. Sauf si vous en avez un chez vous. Annihilation, le dernier film de science-fiction avec Natalie Portman, perturbe autant qu’il fait parler. Il n’est pourtant pas diffusé au cinéma en dehors des Etats-Unis. Pour le plus grand bonheur de Netflix…


Lena (Natalie Portman) est une jeune biologiste dont le mari militaire revient d’une mission secrète après un an d’absence. Lena ne le reconnait pas. Malade, incapable d’expliquer son absence prolongée et très diminué, il ne se souvient plus bien d’où il revient. Lena découvre alors l’existence de la zone X qui longe le littoral américain, et dont l’accès est protégé par les militaires. C’est de là qu’est revenu son mari. A part lui, tous les militaires envoyés sur la zone pour percer l’énigme du phénomène ont disparu. Lena décide de rejoindre une mission de cinq femmes destinée à comprendre ce qui est arrivé à son mari. Elle s’engouffre dans la zone X, aussi belle que mystérieuse.

Ce sinistre phénomène inexpliqué, le miroitement, s’étend. Il cache des paysages et des créatures qui ont subi des mutations. Dans ce coin reclus du pays, tout est anormal. La nature, luxuriante, semble y avoir repris ses droits. Plantes et arbres mutants, crocodiles surpuissants : on se croirait sur une autre planète ! Heureusement que nos cinq femmes sont armées et entraînées. Lena enquête. Elle n’est pas sûre de ne pas devenir folle comme les femmes qui l’accompagnent. Elle va au moins tenter de survivre.

Des pressions…

Si cette trame assez classique pourrait correspondre à beaucoup de blockbusters populaires, le film de l’Anglais Alex Garland est plus malin qu’il n’en a l’air. Il apporte une réflexion plus poussée sur le fond que son synopsis ne le laisse à penser de prime abord.

Les effets spéciaux, inédits, sont aussi magnifiques que macabres. Certaines scènes d’action, originales et terrifiantes, sont éprouvantes. Quand ce n’est pas carrément gore. Toutefois, la violence sert le propos. Si l’horreur est un genre à la mode dans les films et les séries depuis quelques années, ici rien n’y est gratuit.

La fin déroutante du film, et les interprétations qui peuvent en être faites, lui confèrent – pour certains – un statut déjà « culte ». D’autres y voient un navet de plus. A n’en pas douter, c’est un fucked-up movie. De la bonne science-fiction en tout cas. Pour un youtubeur, Netflix signe avec Annihilation son premier film « mythique ».

C’est pourquoi on peut regretter le sort réservé par la Paramount au film. La société de production hollywoodienne aurait demandé au réalisateur de changer la fin. Aussi complexe et déroutante qu’elle puisse être, Alex Garland aurait refusé. Pour le réprimander peut-être, et officiellement en raison des critiques négatives des projections-test, le studio décidera de ne projeter le film en salles qu’en Amérique, et de le diffuser directement sur Netflix partout ailleurs. Une bonne affaire pour la plateforme de streaming qui monte qui monte ! C’est un peu dommage pour les spectateurs, le film et ses effets auraient sûrement mérité les salles obscures.

…et dépression

Ce survival féminin peut rappeler la moiteur de Deliverance (1972, John Boorman) ou carrément la terreur de The Descent (2005, Neil Marshall). Ridley Scott, qui a foiré le retour de sa saga Alien avec Prometheus et surtout Alien Covenant pourrait en être jaloux. Que ce soit pour le trouillomètre qui monte haut ou pour l’originalité de l’univers esthétique et la malice du scénario.

Natalie Portman, si jolie, livre une partition tout en sobriété. Ce qui va lui arriver dans ce film étrange, à l’esthétique SF inédite, met mal à l’aise et fait un bien fou en même temps. Tout le plaisir du film est dans la force des interprétations qu’on peut en faire et dans la recherche des détails. Le film rappelle en fait toutes les phases de la dépression. Un cauchemar toujours plus dense à mesure que Lena s’enfonce dans le miroitement de la zone X. La musique lancinante conforte cette impression de douce mélancolie. Elle deviendra plus agressive et plus forte quand Lena entrera trop profondément dans le miroitement et la dépression. Malgré l’horreur, malgré la profonde tristesse, Lena entamera une mue. Sa vie, ses cellules ou son couple, rien ne sera plus comme avant une fois le cancer de la dépression terrassé.

L’Uber-terrorisme ou le terrorisme démocratisé

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©Ik Aldama

Le terrorisme ubérisé ne s’embarrasse pas de structure centralisée. Aujourd’hui privé de territoire, l’Etat islamique peut compter sur le renfort de djihadistes amateurs qui se livrent à des attaques sporadiques nécessitant une logistique légère.


Dans l’ancien monde – celui dont les équilibres politiques étaient essentiellement déterminés par les luttes d’influence entre le bloc soviétique et l’Occident atlantiste –, le terrorisme était communément employé en tant qu’arme de déstabilisation massive pilotée par les États. À la chute du mur de Berlin, ce sont les organisations paramilitaires les plus radicales (Brigades rouges italiennes, ETA, IRA…) qui s’en sont saisi comme moyen de pression d’envergure au service de leurs revendications politiques. Avec Al-Qaïda, puis avec l’État islamique, l’Occident a assisté à la mutation d’un terrorisme « classique », dont le 11 septembre fut le point culminant, à une forme d’action plus modeste : d’un ensemble d’opérations ciblées, très organisées et ambitieuses, on est peu à peu passé à une myriade d’attaques sporadiques généralement plus improvisées, relevant de logistiques plus triviales.

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« La France est confrontée à un phénomène nouveau, le terrorisme en libre accès », annonçait, résigné, le ministre de l’Intérieur d’alors au lendemain de l’agression au couteau de militaires en poste devant un centre communautaire juif de Nice, un jour de 2015. Depuis, l’Europe a connu moult « voitures folles », « haches incontrôlées » et autres objets du quotidien détournés de leurs usages civils pour donner la mort à des innocents.

La stratégie des mille entailles

Avant Charlie, la grande synagogue de Copenhague, Orly, le Thalys n° 9364, le Bataclan, San Bernardino, Magnanville, le marché de Noël de Berlin, Westminster, la Rambla et New York, des appels à égorger les mécréants en Occident précisaient les moyens à mettre en œuvre. Une vidéo de l’État islamique datée de 2014 harangue ses combattants : « Si vous ne pouvez pas trouver d’engin explosif ou de munitions, alors isolez l’Américain infidèle, le Français infidèle, ou n’importe lequel de ses alliés. Écrasez-lui la tête à coups de pierre, tuez-le avec un couteau, renversez-le avec votre voiture, jetez-le dans le vide, étouffez-le ou empoisonnez-le. »

De telles injonctions relèvent des méthodes de la guérilla, face à un Occident déterminé pour sa part à mener une véritable « guerre contre le terrorisme ». Pour classiques qu’elles soient, elles ont maintes fois prouvé leur efficacité quand les rapports de force entre belligérants étaient asymétriques. Ces stratégies, dites des « mille entailles » ont été théorisées par Al-Qaïda très tôt, dès l’irruption des soldats américains sur le sol irakien. Elles visent à harasser l’ennemi, autant qu’elles encouragent les vocations du plus grand nombre dans leurs libres expressions. Tout extrémiste illuminé, tout délinquant en quête d’accomplissement peut ainsi prétendre rejoindre les cohortes de ceux qui tuent au nom d’une idéologie devenue folle.

Cofidis et nouvelles dentelles

L’islam condamne normalement l’usure. C’est à ce sujet qu’Amedy Coulibaly avait un jour consulté Djamel Beghal, l’« émir » des Buttes-Chaumont, s’enquérant auprès de son maître à penser de la légalité (au regard de la charia) du recours à l’emprunt pour financer ses actions. La réponse fut sans appel : « Les dettes, ça concerne pas la situation actuelle, ça concerne la situation quand on est dans une société accomplie. » (Par « société accomplie », il faut entendre « régie par la loi islamique ».) Plus tard, la France découvrira que, quelques semaines avant la tuerie de l’Hyper Cacher, Coulibaly avait contracté un crédit à la consommation d’un montant de 6 000 euros, qui avait vraisemblablement également servi aux frères Kouachi dans la préparation de leur épopée assassine.

Ces dernières années, plusieurs autres opérations financières similaires ont été observées par les services d’enquête européens. Lorsque l’on se rêve martyr, laisser une ardoise, en plus de familles endeuillées, à un pays que l’on honnit, c’est le meurtrir un peu plus encore. N’en déplaise à Alain Bauer, ce n’est pas un « lumpen-terrorisme » qui est à l’œuvre, mais plutôt un terrorisme démocratisé et consumériste, qui a les faibles moyens de ses modestes ambitions.

La relative aisance à obtenir ce genre de financement grand public, couplée à la modicité des moyens requis par le terrorisme low cost, constitue un enjeu nouveau pour des États occidentaux traditionnellement organisés pour mener des luttes à plus grande échelle (filières de grand banditisme, opérations transnationales de blanchiment d’argent, etc.). La menace terroriste s’étant déplacée au niveau le plus bas des sociétés – celui des individus eux-mêmes – elle ravive la vieille dialectique foucaldienne : surveiller et punir certes, mais sans jamais céder à l’excès de punir en surveillant. Ce serait là une entaille de plus que nos démocraties ne méritent pas.

Françoise Nyssen se prend les pieds dans la tapisserie de Bayeux

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Françoise Nyssen, ministre de la Culture, au Salon du livre de Paris, mars 2018. SIPA. 00849837_000003

Auditionné, le 14 mars, devant la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, le ministre de la Culture, Françoise Nyssen, a été quelque peu balbutiante au moment de parler de la tapisserie de Bayeux…


Françoise Nyssen est une femme formidable. Ainsi, auditionnée par la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, elle a déclaré, sur le prêt récent de la tapisserie de Bayeux aux Anglais, les merveilleuses choses suivantes :


« Cette fameuse affaire de la tapisserie de Bayeux et je dois dire que c’est une sacré opportunité, c’est comme ça que les échanges s’entendent, c’est-à-dire que c’est pas simplement l’idée de prendre la pâti… La pâtisserie ! [elle rit] la tapisserie de Bayeux et de l’amener là bas, ce qui est d’ailleurs intéressant parce que ça dit quelque chose de notre histoire commune qui montre aussi l’éveil qu’ils ont par rapport à montrer quel est… c’est la première bande dessinée historique je dirais d’une certaine façon et donc qui montre leur intérêt à connaître l’histoire telle qu’elle est hein, c’est quand même intéressant en plus de ça en ne sachant pas si elle n’a pas été tissée là bas. Donc tout ça montre comment tout est étroitement tissé si je peux me permettre et c’est à la faveur de cet échange évidemment qu’est-ce que ça veut dire ; ça veut dire on va, une fois que les conditions seront, bien de préservation seront bien établies parce que la dernière fois où elle a été bougé c’était pendant la guerre pour la préserver justement et elle a été roulée donc il ne faut pas trop faire ce genre d’opération mais enfin elles sont possibles aussi puisque elle avait été faite. Mais à la faveur de cette réflexion sur l’échange et bien, la tapisserie va être consolidée, restaurée je ne sais pas si on peut dire c’est le bon terme, documentée aussi, on va utiliser tous les moyens du numérique pour raconter, voir quelle est vraiment son histoire, garder une trace numérique et à la faveur des travaux, heu, du… , c’est un musée, c’est un ? [elle cherche dans ses notes] oui c’est un musée hein. A la faveur du musée de Bayeux qui devrait réouvrir en 2023 si je ne me trompe et bien elle pourrait, une fois toutes les conditions réunies et avec la participation active à tous les niveaux et notamment financières des Anglais qui nous aideront à faire les travaux de restauration et de documentation nécessaires, elles seront un parfait symbole de cet échange. Je trouve que c’est, je vous remercie d’avoir commencer par ça car c’est très donnant-donnant, c’est un parfait exemple de coopération. »


La Tribune de l’artqui rapporte ce gloubi-boulga largement agrammatical et bourré d’erreurs factuelles, s’en étouffe de sidération. Et conseille aux amateurs de beau langage de regarder l’ensemble de la prestation ministérielle – c’était le 14 mars dernier, et la publicité accordée à l’événement n’a pas été à la hauteur de la performance.

Nous avons un ministère de la Culture depuis 1959 — quand De Gaulle a conseillé à Michel Debré, chef du gouvernement, de tailler à Malraux un costard ministériel à sa mesure.

Il s’agissait alors à la fois de donner du grain à moudre à l’opiomane le plus célèbre de France, et de limiter l’influence des intellectuels de gauche, particulièrement des communistes, sur le domaine culturel. C’est probablement la raison qui a poussé Pompidou à pérenniser un ministère qui n’avait pas la faveur de son propre parti — « le plus bête de France », disait Mon Général. Par ailleurs, Pompidou s’y connaissait quelque peu en culture…

Françoise Nyssen ou le principe de Peter

Depuis, les grands noms ne se bousculent pas rue de Valois. Bien sûr, il y eut Jack Lang — mais la Fête de la musique, le principal événement associé à l’homme aux belles chemises, appartient moins à la Culture qu’à la manifestation du passage de l’Homo Sapiens à l’Homo Festivus cher à Philippe Muray. D’ailleurs, à partir de 1986 et l’arrivée de l’ineffable François Léotard à ce poste si envié, l’intitulé « ministère de la Culture et de la Communication », en noyant le poisson culturel dans l’océan médiatique, en dit assez long sur les mutations contemporaines.

A lire aussi: Cet oublié nommé Malraux

Ces dernières années nous avons eu bien de la chance, avec Fleur Pellerin qui ignorait tout du dernier prix Nobel, Patrick Modiano, et « n’avait pas du tout le temps de lire » depuis qu’elle était installée au ministère. Une bourde qui déclencha les rires de la presse internationale. De quels conseillers s’était-elle entourée pour qu’aucun d’entre eux n’ait trouvé le temps de lui glisser une note sur l’ex-grand prix de l’Académie française (pour les Boulevards de ceinture) et ex-Prix Goncourt (pour Rue des boutiques obscures)?

Quant à Françoise Nyssen, elle est une parfaite illustration du Principe de Peter. Successeur de son père Hubert à la tête d’Actes-Sud, passe encore. Ministre de la Culture, c’est…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

 

Festivus Festivus / Conversations avec Elisabeth Levy

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C'est le français qu'on assassine

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Consommation: les supermarchés ne sont pas une obligation

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Non, les supermarchés ne sont pas nécessairement des sources d’économies. Faux acteurs de la concurrence, ils déshumanisent peu à peu nos modes de consommation et nuisent au marché de l’emploi. Leur toute-puissance n’est pas une fatalité. Une tribune du groupe Cincinnatus. 


Savez-vous ce qui s’est passé en 1931 ? C’est la date à laquelle le premier Prisunic ouvrait ses portes, rue de Caumartin à Paris. Par des prix alléchants, le client apprenait à acheter autrement.

La révolution commerciale était en marche, vers un modèle qui devait s’universaliser et s’imposer au reste du territoire. En 1948, l’ouverture du premier « Goulet Turpin » signait la conquête des prix bas…

Le précurseur Edouard Leclerc ouvre son premier libre-service de 50 mètres carrés dans le Landernau en 1949. En 1957, Carrefour installe son premier supermarché en banlieue parisienne, et apparaît un nouveau terme remplaçant celui de « commerce » : la « grande distribution ». Aujourd’hui, le pays compte plus de 10 000 grandes surfaces alimentaires, pour des points de ventes représentant plus de 20 millions de mètres carrés.

La grande redistribution

Le chiffre d’affaires de ces monstres de l’économie était en hausse jusqu’en 2010 ; plus de 600 000 personnes y travaillent ; mais combien d’emplois indirects ont-ils été supprimés ? Des centaines de milliers, des millions peut-être ?

Les centres villes se sont vidés, les petits commerces ont fermé les uns après les autres, laissant place à des franchisés, des coiffeurs, des banques et des compagnies d’assurance… Les clients, attirés par des publicités racoleuses vantant la diversité des produits, le gain de temps, le stationnement facile et des prix séduisants, ont déserté les commerces de proximité pour se rabattre vers ces temples de la consommation moderne que sont les grandes surfaces.

Les quelques centrales d’achat pressurisent les fournisseurs, les rabais demandés aux transformateurs se répercutent sur les produits de base et donc bien souvent sur les producteurs… Ainsi, les 6,3 millions d’agriculteurs de 1955 ne sont plus que 515 000 aujourd’hui, passant de 27% de la population active à 3,5%.

Les plus petites et les moyennes exploitations ont été touchées de plein fouet par la baisse des prix des matières premières. Les plus grandes, moins fragiles, rachètent celles en difficultés, faisant ainsi passer la surface agricole moyenne en France de 10 à 55 hectares.

Leur bonheur est dans le grand pré

Le gouvernement promet un plan d’investissement de 5 milliards pour les exploitations agricoles. Rappelons-nous cependant que le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), qui permet une baisse des cotisations sociales, a surtout bénéficié aux grandes entreprises agro-alimentaires, certaines licenciant d’ailleurs aujourd’hui grâce à la loi pour l’emploi… Grâce au nouveau plan du gouvernement, ce sont une nouvelle fois les grandes structures agricoles qui vont pouvoir rénover ou moderniser leurs exploitations laissant de côté les exploitations plus modestes, incapables d’investir la mise de départ. La course au gigantisme dans l’agriculture devrait donc se poursuivre.

Heureusement, certains Français changent aujourd’hui leur mode de consommation en privilégiant les circuits courts, en évitant les intermédiaires néfastes, permettant ainsi aux producteurs de vivre correctement de leur labeur.

Certaines grandes surfaces ont aussi entendu le message des consommateurs : Système U, Intermarché et quelques Leclerc font l’effort de travailler avec des producteurs locaux. Mais la concurrence de produits importés est réelle et pèse sur nos exportations. Leur qualité est souvent en rapport avec leurs prix bas, le bio étranger n’étant pas soumis à toutes les contraintes locales qui pèsent sur nos exploitations.

Automatisation des caissiers et des consommateurs

Dans les autres secteurs de la distribution, le e-commerce est venu concurrencer les grandes surfaces, ne laissant qu’une petite marge de manœuvre aux commerces de proximité. Les grandes surfaces sont donc dans l’obligation de trouver de nouvelles sources d’économie pour le plus grand plaisir de leurs actionnaires. Les monstres de la distribution alimentaire s’évertuent à baisser leurs charges, l’emploi est donc en première ligne et c’est dans le modernisme qu’ils ont trouvé la solution. Les automates et les caisses automatiques en libre-service remplacent petit à petit les caisses traditionnelles. Comme les péages d’autoroute, ou les guichets des bureaux de Poste, l’humain laisse la place aux machines. Pourtant, le prix des péages et des timbres augmentent régulièrement. La réelle concurrence n’existe pas, il vous suffit pendant les fêtes de Noël de comparer le prix des jouets d’un magasin à l’autre, cette modernisation ne fait pas baisser les prix.

Notre manière de consommer a changé sous la pression des publicités, des prix attractifs, du gain de temps pour se rendre à un seul et unique point de vente. Une nouvelle forme de consommation est née. Faut-il continuer d’y souscrire ?

Petits emplois deviendront grands

Il est temps de remettre l’humain au service de l’humain. Privilégions les services de proximité dont les personnes âgées, entre autres, ont besoin. Nombre de petits métiers bien pratiques ont disparu, remettons les au goût du XXIème siècle : porteur de bagages dans les gares, pompistes dans les stations-services, caissières aux péages, au supermarché, à la poste…

Nous sommes tous responsables de leur disparition, mais rien n’est irréversible : il faut remettre en question ces machines à détruire l’emploi.

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Le néo-féminisme, l’idéologie qui voulait abattre les hommes comme des animaux

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La dernière campagne contre le harcèlement sexuel dans les transports en commun tapisse les couloirs du métro parisien, mars 2018. ©Alphacit NEWIM / CrowdSpark

La nouvelle campagne d’affichage contre le harcèlement dans les transports en commun et les derniers événements autour de Bertrand Cantat démontrent encore un peu plus la violence du néo-féminisme, qui n’est pas un combat mais une idéologie. 


Deux affaires viennent de donner à voir la tournure prise par ce qu’il convient d’appeler aujourd’hui le néo-féminisme. Le préfixe « néo » met l’accent sur le fait que nous sommes confrontés à quelque chose de nouveau, finalement assez éloigné d’une volonté d’émancipation féminine. Ce nouveau féminisme, fait de volonté de pouvoir, d’androphobie, de pensée magique irrationnelle voire de violence, n’est pas le fruit d’un lobbying bien organisé, il est devenu une idéologie particulière. Il en a les caractéristiques. Cognitives avec ses dogmes : le patriarcat opprime la femme depuis la nuit des temps. Morales avec le jugement : l’homme c’est le mal. Et enfin normatives : avec la mise en place de règles pénales attentatoires aux principes qui gouvernent la matière.

L’enfer néo-féministe est pavé de bonnes intentions

Ces deux affaires d’inégales importances, qui concernent une campagne d’affichage dans le métro d’une part et un des aspects de la polémique autour du retour de Bertrand Cantat d’autre part, donnent à voir comment on passe de revendications légitimes et utiles à la création d’un corpus idéologique détaché de la réalité et penchant vers des formes de fanatisme.

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Dans un souci louable de lutter contre le harcèlement dans les transports en commun, la RATP, la SNCF et la région Île-de-France ont lancé, le 5 mars dernier, une campagne d’affichage. Passablement stupéfiantes ces trois affiches qui transforment une incontestable et déplorable violence en crime des crimes. L’ennui, c’est que même les projets gouvernementaux, avec la création de « l’outrage sexiste », classent juridiquement ce harcèlement de rue, de quais et de wagons, dans les contraventions. Ce qui en fait ce que le code pénal appelle « des violences légères ». Qu’elles soient insupportables pour celles qui en sont victimes dans leur vie de tous les jours ne modifie pas cette qualification, car les mots ont un sens.

Qui a peur du grand méchant homme ?

Ces trois affiches préviennent : « ne minimisons jamais le harcèlement sexuel ». Et pour ce faire, elles y vont fort. Dans un environnement particulièrement hostile apparaît une jeune femme tenant un pilier de wagon. Selon l’affiche, apparaît le fond de la mer, une grotte sombre ou une forêt tout aussi sombre. Derrière la jeune femme, apparaissent des prédateurs menaçants, prêts à déchiqueter leur proie. Et pas n’importe quels prédateurs ! Sont convoqués trois piliers des peurs primales qui hantent l’imaginaire collectif. Tout d’abord les loups, qui attaquent en bande dans les forêts où les humains sont perdus. L’ours ensuite, énorme et puissant plantigrade prêt à broyer. Enfin, celui qui depuis le film de Spielberg provoque la pire des terreurs : le requin, le grand requin blanc. Qui chasse près des plages, au bord de ces rivages où les foules en vacances aiment à s’installer. La peur des loups et des ours est présente dans les traditions, la littérature, les contes pour enfants. Par conséquent aussi dans les têtes, de façon symbolique bien sûr, mais ces bêtes continuent à incarner le pire pour l’homme. Le requin est plus récent, et l’accès à son statut de prédateur numéro un est dû essentiellement au cinéma populaire. Il n’est que de consulter les catalogues de films d’horreur pour constater sa présence récurrente.

Les hommes, des animaux comme les autres

Les concepteurs de cette campagne, qu’on suppose très fiers d’eux, ont-ils mesuré le contenu ahurissant de ces affiches ? Elles réduisent les hommes, qui seraient par nature évidemment auteurs d’incivilités sexistes, à des animaux, prédateurs terrifiants, en passe de massacrer leurs proies. Des mains baladeuses, un frottage de métro, des interpellations insultantes, certes intolérables, sont présentées comme des mutilations mortelles abominables données par des animaux monstrueux. Qu’affichera-t-on lorsqu’il sera question de viol ? Que signifie cette métaphore, cette façon de retirer aux hommes leur humanité, pour en faire des animaux sauvages dont le seul moyen de préserver leurs victimes serait de les abattre ? Que nous raconte le fait que cette campagne n’ait pas provoqué les réactions indignées que méritait un tel sexisme imbécile ? Le problème, c’est que ces délires sont rentrés dans les têtes puisque des publicitaires assimilent ingénument les hommes à des animaux à abattre.

C’est là que l’on mesure les ravages de l’idéologie néo-féministe. On va, à juste titre, ricaner des excès de Caroline de Haas quand elle aligne ses statistiques absurdes selon lesquelles deux hommes sur trois seraient des prédateurs sexuels et l’État français couvrirait des viols de masse sur notre territoire. Que dire alors de ces affiches qui affirment bien pire ?

Cantat, condamné à vie…

La polémique autour du retour de Bertrand Cantat illustre elle aussi, par beaucoup de ses aspects, l’émergence de cette idéologie. Sa peine effectuée, et 15 ans après les faits, le chanteur a souhaité reprendre son activité artistique. Pour se heurter à une clameur considérable qui rassemblait ceux qui légitimement pouvaient être choqués par ce retour, mais aussi et surtout les gros bataillons de ces féministes furieuses bien décidées à le faire taire.

…Sauvage libérée à perpétuité

À les entendre, auteur d’un « féminicide », condamné à une peine trop indulgente, il devait être ostracisé à vie. Malheur à celui qui relevait que les mêmes qui réclamaient la peine de mort civile à l’encontre du chanteur s’étaient battues furieusement pour la libération de Jacqueline Sauvage. Rappelons brièvement que celle-ci a froidement et volontairement abattu son mari de trois balles dans le dos et a, pour cela, été condamnée pour meurtre à deux reprises à 10 ans de réclusion criminelle. Tous ses soutiens ont invoqué des violences qu’elle aurait subies durant les 47 ans de vie commune avec son mari et qui auraient justifié le meurtre. L’instruction et les débats judiciaires ont largement démontré l’absence de réalité de cette explication. Deux auteurs ont réalisé une enquête approfondie et publié un livre, La Vérité sur l’affaire Jacqueline Sauvage, qui démontre le mensonge du story telling sur lequel François Hollande, contre l’avis des magistrats concernés, s’est appuyé pour accorder une grâce à la meurtrière et la dispenser d’effectuer la peine fixée par les juridictions.

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Dès sa sortie de prison, Jacqueline Sauvage s’est précipitée sur les plateaux de télévision, a écrit un livre et accompagne désormais la réalisation d’un film sur son « histoire » avec Muriel Robin dans le rôle-titre. On n’a jamais demandé ce qu’ils en pensaient aux membres de la famille de l’homme abattu, qui n’ont pas eu droit aux mêmes égards que Nadine Trintignant. Vous avez dit indécence ?

Le néo-féminisme est une idéologie

Gare à ceux qui relèvent cette étonnante contradiction, qui voit les mêmes hurler à la mort dans un cas et réclamer le droit de tuer dans l’autre. La seule réponse sera l’insulte et le sentiment de parler à des murs. Et à des fanatiques pour lesquelles le réel n’a aucune importance.

Tuer involontairement une femme serait le crime des crimes ; tuer volontairement un homme toujours justifié. Cette façon du néo-féminisme de voir le monde est bien une idéologie. Totalitaire ?

Hausse de la CSG des retraités: taxez-moi, si vous voulez, mais ne m’humiliez pas!

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Manifestations de retraités contre la hausse de la CSG, Nice, octobre 2012. SIPA. AP21311572_000001

La communication était censée être leur fort. Mais la mauvaise réception de l’annonce de la hausse de la CSG des retraités doit beaucoup au manque de tact de certains membres du gouvernement. Leurs déclarations maladroites contribuent à séparer les générations plutôt qu’à les rapprocher. 


Je suis retraité, mais ne manifesterai pas contre les décisions du gouvernement sur la baisse, sensible, du niveau des retraites[tooltips content= »J’admets cependant sans mal que cet article constitue en lui-même une manifestation« ]1[/tooltips]. Malgré le constat de la dégradation de mon niveau de vie depuis plusieurs années, et mon profond malaise devant les décisions et les déclarations publiques quant à la situation morale et financière des retraités, je veux, à mon modeste niveau, laisser la chance au nouveau président, intelligent et dynamique, de mûrir son jugement et son action politique. Propos condescendant voire un brin injurieux, m’objectera-t-on peut-être. Non, pas dans mon esprit, mais précisément c’est ce que j’éprouve, intimement, devant les déclarations et les actes du gouvernement à l’égard des intéressés.

La condescendance des minots

A mon sens d’ailleurs, si les ministres concernés avaient choisi une autre approche socio-psychologique, faite de respect et d’empathie à l’égard des personnes concernées, leur indignation et leur opposition aux décisions brutalement prises à leur détriment auraient été bien moins vives que celles, légitimes et justifiées, auxquelles on assiste actuellement, et qui laisseront des traces dommageables pour l’esprit public et la cohésion nationale. A mes yeux, c’est donc à juste titre que beaucoup de retraités, surtout les moins bien lotis, rejettent avec indignation cette augmentation de 1,7 point de la CSG (en réalité 1,83, rectifient certains économistes), pour financer la baisse des charges sociales des salariés.

Je parlais de condescendance : la faible sensibilité psychologique des êtres, quand elle s’allie à cet obscur et assez enfantin sentiment de puissance que donne une part de pouvoir, surtout politique, pour être répandue, n’en est pas moins dangereuse. On peut pardonner à un supérieur hiérarchique jusqu’à une stupide brutalité verbale, on ne le tiendra jamais quitte de sa condescendance, attitude humiliante, pire encore que l’arrogance ou la morgue. C’est, je crois, Philippe Raynaud[tooltips content= »Auteur notamment de La politesse des Lumières : les lois, les mœurs, les manières, Gallimard, 2013. »]2[/tooltips] qui rapporte ce mot émouvant de Mme de Staël : « Tout homme de goût et d’une certaine élévation d’âme doit avoir le besoin de demander pardon du pouvoir qu’il possède. » Aucune perte, d’aucune sorte, n’en est à craindre, bien au contraire ! On peut, on doit mêler l’autorité et le respect, le pouvoir et l’éthique : il s’agit d’un même devoir de rigueur, envers les autres et envers soi. C’est à peu près ce que signifiait Nietzsche lorsqu’il affirmait que la forme contient du courage.

Voici donc, pour être concret, un aperçu de ces étonnantes déclarations de membres du gouvernement : « Nous demandons un effort de redistribution pour que le travail paie mieux. » L’effort demandé aux retraités porte sur « quelques dizaines voire quelques centaines d’euros par an pour les plus fortunés, il permet à leur génération de tendre la main à la génération plus jeune. » Le gouvernement reconnaît l’effort demandé aux retraités et leur demande « de l’assumer dans l’intérêt de leurs enfants et petits-enfants. »

Du tac au tact

Je dois avouer que cette expression de « tendre la main » me paraît parfaitement grotesque et insupportable en la circonstance. Et Yves Thréard met très exactement l’accent sur l’erreur majeure de procédure dans cette affaire, lorsqu’il note que « dans sa présentation, cette mesure manque de tact ». Il est clair aussi que cette posture cache bien mal l’instrumentalisation, sinon la volonté de culpabilisation des intéressés. La parole affichée de solidarité impérative entre générations vise en fait à dissimuler la volonté de persuasion : en réalité, ce qui est recherché, c’est la neutralisation de toute velléité de réaction ou d’opposition, qu’on aura par avance discréditée par le sentiment de honte suscité chez qui n’envisagerait pas d’accomplir de bonne grâce son devoir civique. Le gouvernement, par ses représentants dans cette affaire, a fonctionné de la façon la plus maladroite et la plus absurde qui soit. On a subtilement tenté d’induire dans l’esprit des retraités, par certaines déclarations plus ou moins délicates que, s’ils n’étaient pas des profiteurs du système, du moins devaient-ils comprendre qu’ils étaient plutôt des nantis, plus ou moins inutiles socialement. On n’allait pas jusqu’à leur demander de bruyantes manifestations de joie, ou simplement de soulagement, mais enfin…

Il n’en reste pas moins que le succès est loin d’être acquis, et il ne sera pas forcément facile de rectifier le tir. Qui, possédant un minimum de dignité, pourrait supporter que des ministres plus ou moins anonymes viennent lui expliquer que la ponction spéciale qu’on va lui imposer est une manifestation de sa solidarité naturelle avec la jeunesse laborieuse du pays ? Ce propos n’est pas seulement discrédité a priori aux yeux de tous ceux, retraités en tête, qui ont assisté impuissants, au fil des années, de la part de l’Etat, à des dérives financières extravagantes, mais il est proprement insultant : le retraité que je suis, et beaucoup avec moi j’en suis sûr, diraient à ces ministres s’ils les rencontraient : « Puisez encore dans mes fonds personnels si vous le décidez ainsi, même contre mon gré, mais de grâce gardez pour vous vos arguments indécents. Je suis encore capable, malgré mon âge, d’aider sur mes propres deniers ceux que je pense nécessaire et juste de soutenir : tout d’abord en effet les jeunes gens de mon entourage qui en ont besoin, mais aussi les associations et fondations de soutien moral et financier que j’estime. »

Confrontation Sociale des Générations

J’aimerais ajouter ici une réflexion qui m’importe. Dans les faits, cette « politique » est comparable à celle induite par la « discrimination positive », qui constitue parfois également une forme de pratique condescendante contre-productive à l’égard des populations immigrées : elle pousse en effet nombre de ceux qui en profitent à la culpabilisation intéressée de la population autochtone et des autorités, ainsi qu’à divers abus ; elle entraîne la suspicion, souvent injustifiée, sur leurs diplômes et leurs fonctions, et elle crée du ressentiment et de l’acrimonie à leur égard. Est ainsi accélérée par l’Etat lui-même une dangereuse césure psychique entre deux parties de la société.[tooltips content= »C’est le point fondamental exprimé depuis de nombreuses années déjà, avec une lucidité et une fermeté exemplaires, par Malika Sorel-Sutter. »]3[/tooltips]

De même, la conduite manipulatrice adoptée sur cette question de la justification de la forte augmentation de la CSG mène, de fait, à l’inverse de ce qu’elle prétend rechercher : la concurrence malsaine, le sentiment aigu d’injustice et de brutalité, la tension sociale enfin, plutôt que la solidarité entre les générations.[tooltips content= »Elle peut apparaître aussi comme un voile porté devant ce qui constitue, pour l’heure, sinon un échec, du moins l’inaboutissement encore d’une politique déterminante, la réduction des déficits publics. »]4[/tooltips]

SNCF: qu’est-ce que Spinetta connaît à cette France-là?

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Jean-Cyril Spinetta lors de la présentation de son rapport sur la réforme de la SNCF. Paris, février 2018. ©ERIC PIERMONT / AFP

Le rapport Spinetta, qui préfigure la réforme de la SNCF voulue par le gouvernement, est l’oeuvre d’élites qui semblent totalement déconnectées de la France des gares et des trains de région. 


J’avais 5 ans, mon grand-père conduisait des tramways à Marseille, il me faisait parfois monter avec lui, j’étais le roi du monde.

Alors, j’ai voulu devenir conducteur de locomotives. Je ne saisissais pas, à cette époque, ce qu’il peut y avoir de sexualité précoce dans un tel choix.

Mes parents n’étaient pas riches, les modèles réduits coûtaient déjà les yeux de la tête, mais ils m’ont quand même offert une locomotive Pacific — celle sur laquelle Honegger a composé une si belle chose, que Jean Mitry a mise en images…

C’est à peu près à cette époque que j’ai lu, l’un après l’autre, les albums de Tintin. Par exemple, le Temple du soleil, où le capitaine et le reporter prennent un train invraisemblable (mais qui existe) quelque part dans les Andes…

Alors, j’ai soumis ma locomotive et les trois wagons qui composaient toute ma ligne à de sidérantes prestations, gravissant — et sans crémaillère — des montagnes de livres, avant de finir dans quelque précipice habité de piranhas (au moins) et de caïmans (au pire).

Puis j’ai lu la Bête humaine. J’ai même vu le film de Renoir — et je me suis pris pour Gabin.

Mais j’avais compris, avant ça, à quel point le train participe de l’imaginaire érotique. Je l’avais compris vers 12 ans, quand ma mère, qui adorait Gary Cooper, m’amena voir Love in the afternoon — où dans la dernière séquence, Cooper hisse Audrey Hepburn jusqu’à lui, sur le Mistral qui les emporte en Provence. Je l’avais compris vers 13 ans, quand ma mère, qui adorait Cary Grant, m’emmena voir North by Northwest. Et à la dernière image, quand le héros se couche sur la blonde héroïne (Eva Marie Saint, froidement hitchcockienne — sublime), le Code Hays imposa à Hitchcock de couper — ce qu’il fit magistralement, en montrant une pénétration géante et définitive.

North By NorthwestSans compter la geste héroïque des cheminots pendant la guerre, que raconte très bien The Train, de John Frankenheimer. Et là, je me suis pris pour Burt Lancaster.

Ça, c’est la réalité du train dans l’imaginaire. Qu’est-ce qu’un technocrate auquel on a greffé une calculatrice à la place du cœur peut y comprendre ?

Son temps, c’est de l’argent. Le mien, c’est de la poésie.

Mais j’ai pris une foultitude de trains — de vrais trains. Des grands et des petits. Des TGV et des TER. Des Micheline, des trains jaunes dans le Conflent, des trains rouges en Corse. L’un des plus beaux — c’était il y a deux mois —, ce fut entre Toulouse et Clermont-Ferrand. Il y en a cinq par jour, le voyage dure plus de 8 heures, avec deux ou trois changements. On a le temps de musarder dans le Massif Central. Saint-Sulpice, L’Isle-sur-tarn, Gaillac, Cordes-Vintrac, Lexos (un nom d’île grecque !), Laguéoie, Najac, Villefranche-de-Rouergue, Salles-Curbatiers, Capdenac, Figeac, Bagnac, Maurs, Le Rouget, Aurillac, Vic-sur-Cère, Le Lioran, Murat, Neussargues, Massiac-Blesle, Arvant, Brassac-les-Mines (fermées depuis 1978 par un énarque de l’époque), Issoire (chantée par Jules Romains dans les Copains), Clermont-Ferrand enfin. La grande diagonale du vide, comme disent les amateurs de portables, la grande diagonale du paysage hexagonal, diront les amateurs de France périphérique.

A lire aussi: Pour sauver la SNCF, cheminots, battez-vous !

Qu’est-ce que Jean-Cyril Spinetta connaît à cette France-là ? Qu’est-ce qu’un énarque, qui fut l’un des patrons les mieux payés de France, peut imaginer d’un tel voyage ? Son temps, c’est de l’argent. Le mien, c’est de la poésie.

L’Angleterre, le rêve thatcherien de Spinetta 

Le modèle évident du gouvernement, c’est Thatcher. Le modèle que l’on voudrait nous imposer, c’est le rail britannique — qui déraille. Retards incessants, hausse vertigineuse des prix : « Selon des estimations du Labour, écrit Sasha Mitchell dans la Tribune, s’appuyant sur une étude de The Independent, le prix des billets annuels a ainsi augmenté de 27% depuis 2010. Après avoir comparé les prix de 200 lignes, le parti emmené par Jeremy Corbyn, militant de la renationalisation, estime à 2.788 livres (3.222 euros) le coût du pass, soit 594 livres (686 euros) de plus qu’en 2010. Pas mieux, pour le syndicat TUC, selon lequel le prix moyen des billets de train augmente deux fois plus vite que l’inflation. Résultat, les Britanniques déboursent chaque mois six fois plus que les Français simplement pour se rendre sur leur lieu de travail. 14% de leur revenu mensuel, très exactement, contre 2% pour les usagers de l’Hexagone. »

Evidemment, cet argent va dans des poches — pas celles des usagers, pas celles des contribuables.

Un rêve, doit penser Spinetta. Pour lui et ses copains. Pour la petite poignée d’oligarques qui dirigent aujourd’hui l’Europe. « L’économie liée à la fermeture des petites lignes pour le système s’élèverait a minima à 1,2 milliard d’euros annuels (500 millions d’euros sur l’infrastructure et 700 millions sur l’exploitation des trains) »Le Huffington Post a clairement posé les termes du débat. Comme le montre…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

 

C'est le français qu'on assassine

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#SNCF mon amour !

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Amérique latine: 2018, année névralgique

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A Caracas, en 2018, la nouvelle génération commémore encore le coup d'Etat raté d'Hugo Chavez en 1992. SIPA. AP22160699_000001

Dans les prochains mois, quatre grands pays d’Amérique latine iront aux urnes pour élire présidents, députés et sénateurs. Brésil, Mexique, Colombie et Venezuela, quatre facettes différentes d’un continent qui fait du surplace, quatre démocraties qui, jusqu’à présent, n’ont connu de l’histoire que son versant tragique, quatre échecs retentissants d’un projet démocratique qui n’arrive toujours pas à tenir ses promesses : bien-être, sécurité et liberté.

Les « démocraties » de l’extrême

Il n’y a donc rien de grandiose à attendre de ces rendez-vous électoraux. Bien malgré elle, l’Amérique latine est devenue un laboratoire politique où la démocratie fonctionne dans des conditions extrêmes de violence et d’inégalités. On tue plus au Brésil qu’en Syrie (en valeur absolue) et, pourtant, la démocratie brésilienne fonctionne, ou a, du moins, tous les apparats de la légitimité : séparation des pouvoirs, indépendance de la justice, liberté de la presse, etc. A Cali, Caracas et Tijuana, la violence est déchaînée mais les gens votent et les élus légifèrent. Ce paradoxe latino est certainement la première raison de s’intéresser à la vie politique sous les tropiques.

Quand on soulève le capot, on découvre des mœurs politiques très exotiques. Là où le pouvoir est centralisé, il a été brutalement saisi par des forces politiques extrêmement déterminées à marginaliser voire éliminer (par l’exil ou la mort) tous leurs adversaires idéologiques. Venezuela et Colombie s’inscrivent dans cette catégorie de pays polarisés et conflictuels. Là où le pouvoir est décentralisé au sein d’un système fédéral, gauche et droite se sont partagé le gâteau dans une sorte de concurrence policée et dont la raison d’être est d’organiser l’alternance de manière pacifique. Mexique et Brésil sont des pays de consensus suffisamment lâche pour ménager la chèvre et le chou. Ce sont des nations au centre, ce qui change de l’une à l’autre c’est le type de consensus en vigueur : le Mexique choisit l’ouverture à la mondialisation ; le Brésil s’isole, même s’il affirme le contraire.

Ces démocraties de l’extrême sont à bout. Elles sont obligées de remettre en question leur modèle de partage du pouvoir ne serait-ce que parce que les populations le rejettent de plus en plus. Et, si rien n’est fait cette fois encore, le crime organisé, un invité surprise pressé de participer au festin, peut décider de peser de tout son poids sur la chose publique. C’est la deuxième grande raison de suivre de près ces différentes élections.

Venezuela : au-delà de l’arrêt cardiaque 

Election présidentielle prévue le 20 mai 2018

Le drame vénézuélien est connu de tous et la situation à quelques semaines des élections demeure critique. L’opposition vient d’annoncer qu’elle ne va pas participer au scrutin, craignant les fraudes.

Après vingt ans de socialisme bolivarien, le bilan est sans appel. Le développement promis n’a pas eu lieu, la justice sociale non plus. Le gouvernement est dépassé par les vieux démons d’une société qui ne sait pas gérer conflits et contentieux. Résultat : le taux d’homicide à Caracas dépasse les 119 pour 100 000 habitants, l’équivalent d’une zone de guerre, trois fois plus qu’à Rio de Janeiro par exemple.

L’enjeu au Venezuela est de tracer un chemin viable pour se sortir d’une dictature de gauche, sans un bain de sang. Tâche immense d’autant plus que l’armée a goûté au fruit défendu : la cocaïne et son trafic, à la rentabilité indécente. Comment convaincre autant de monde de perdre leurs privilèges politiques et « commerciaux » ?

Colombie : Savoir terminer une guerre

Législatives en mars ; présidentielle pour mai 2018

La principale guérilla a accepté de se dissoudre et de se transformer en force politique. En vertu des accords de paix, elle est assurée d’occuper cinq sièges au Parlement et au Sénat. Bon an mal an, les FARC vont participer du pouvoir et se « ramollir » au point d’œuvrer, eux aussi, pour le statu quo institutionnel. Bien entendu, cette équation n’est pas simple puisque des dissidences des FARC ont fait jour et refusent de rendre les armes. Elles se financent par le trafic de drogue et risquent fort de se convertir en une sorte de mafia « révolutionnaire ». D’autre part, les milices paramilitaires (liées aux grands propriétaires terriens) profitent du retour progressif à la normale pour se venger en assassinant les leaders des FARC sortis de la clandestinité. La liste des écueils est longue encore mais ce qui importe en cette année d’élection est que l’Etat soit en mesure d’étendre l’empire de la loi aux quatre coins du pays, un acquis pour tous les Colombiens après 60 ans de chaos.

A la différence du Brésil, et encore plus du Venezuela, la Colombie est un pays plutôt à droite. Les raisons en sont nombreuses : influence des propriétaires terriens, poids de l’armée et de l’état-major après des décennies de guerre… En réalité, la droite colombienne est robuste et combative car elle figure parmi les rescapés de la guerre civile. Son leader le plus connu, Alvaro Uribe, a perdu son père, sauvagement assassiné par les FARC sous les yeux de sa soeur en 1983. Après des années d’attentats, d’enlèvements et de subversion en tout genre, on a tendance à s’aguerrir ou on disparaît. La droite colombienne a choisi de s’endurcir, au point de devenir intransigeante. C’est ainsi que le parti d’Alvaro Uribe, le Centro democratico, a refusé en bloc les accords de paix. Tant pis, le prix Nobel est allé au président Santos, l’ancien allié d’Uribe. Mais la popularité est du côté de l’aile dure car la population supporte mal de voir les FARC revenir dans le jeu comme si de rien n’était. Lors du scrutin du 11 mars (législatives et sénatoriales), le Centro democratico est devenu le premier parti au Sénat et le deuxième à la chambre basse, et les FARC se sont fait laminés. L’ancienne guérilla qui obligeait ses femmes-soldats à avorter d’office a eu moins de 100 000 voix sur presque 18 millions de suffrages exprimés ! Maigre résultat au terme de 60 ans de guérilla acharnée (et un beau bras d’honneur aux sympathisants des FARC à l’étranger qui ont visiblement exagéré l’adhésion des Colombiens au marxisme révolutionnaire).

Mexique : les limites de l’économisme

Le 1er juillet 2018, les Mexicains éliront président, sénateurs, députés et maires

Pays industriel, membre de l’OCDE, le Mexique est résolument le pays d’Amérique latine le plus ouvert aux investissements extérieurs et au commerce international. Depuis la signature des accords ALENA (1994), Mexique, Etats-Unis et Canada participent d’une même communauté économique élargie. Le pays en a profité, il suffit de voir l’admirable tissu industriel qui s’étend en grappes autour de Guadalajara, Queretaro et Puebla. Mais ce succès économique n’a pas suffi à traiter les maux qui empoisonnent la « civilisation » mexicaine depuis sa naissance tumultueuse sous les Espagnols. Les inégalités ne s’arrangent pas, elles continuent de suivre les divisions raciales et régionales. Bien pire, l’efficacité administrative ne s’est pas améliorée, elle a fléchi devant l’assaut du crime organisé qui a infiltré mairies, polices locales, entreprises publiques et ministères.

Tout s’est écroulé, et la mondialisation a cessé d’être heureuse, lorsque l’ancien président Calderon a lancé, en 2006, une guerre totale contre les cartels. Sans le vouloir et à la surprise générale, il a provoqué une explosion de la violence qui a transformé la vie des Mexicains en un film de terreur : décapitations, mutilations, torture filmée, etc.  Du jamais vu, même dans un pays habitué aux règlements de comptes mafieux.

Après dix ans de lutte, l’Etat et la société ont perdu la guerre. Les cartels dominent en sous-main plusieurs ports mexicains, contrôlent des régions entières et condamnent journalistes et syndicalistes au silence. Ils se sont infiltrés au sein des partis et de l’administration à tous les niveaux, du local au fédéral. Ils jouent à merveille de la décentralisation du pouvoir au Mexique et des rivalités entre régions et Etat central.

Toute issue passerait par une négociation avec un ou plusieurs cartels pour amener la violence à un niveau acceptable et ne pas s’épuiser à faire la guerre à toutes les mafias en même temps. Perspective difficile à formuler en discours électoral et à défendre sur le plan moral.

Brésil : la logique du consensus a vécu

Elections législatives et présidentielle prévues en octobre 2018

Connu pour son insécurité, le Brésil est néanmoins un pays où la politique a toujours été un métier relativement tranquille. Point de guérilla ni d’assassinat politique. Le partage du pouvoir et l’alternance se négocient par l’argent, le népotisme et la cooptation.

Trois groupes de pression prennent en otage le pays et cimentent un statu quo détestable pour la majorité : la haute fonction publique (corporativismo estatal), la gauche culturelle et universitaire et certains milieux économiques (géants du BTP, du secteur financier et de l’agroalimentaire). Chacun à sa manière, ils « tiennent » l’Etat par un subtil mélange de séduction, d’intimidation et de corruption.

En 2018, ce modus vivendi vacille mais ne risque pas de tomber. Peu de candidats veulent lui faire la peau. Bolsonaro, à la droite ou à l’extrême droite selon les analystes, promet de s’y essayer mais il est difficile de croire en ses chances de l’emporter et encore moins en sa capacité à agir une fois au pouvoir. Il n’a pas su ou pas pu s’entourer de cadres en mesure d’incarner une stratégie pour changer la formule magique qui gouverne (et pollue) la politique brésilienne.

A lire aussi: Brésil : à deux doigts de la prison, Lula reste favori de l’élection

Le changement peut venir de là où on l’attend le moins. Sur le front économique, les fondamentaux ne sont pas bons et rien n’interdit de penser à un « arrêt cardiaque » des comptes publics devant l’échec patent de la réforme de la retraite (enterrée en février). Le choc asymétrique peut venir aussi de la rue où, comme à Rio de Janeiro, le crime organisé étend son empire. Dans la Cidade Maravilhosa, la situation a dégénéré en début d’année et a nécessité la mise sous tutelle des forces de police par l’armée fédérale. Ailleurs au Brésil, comme à Fortaleza, Manaus et Salvador, des signaux de détresse sont émis par les autorités et laissent penser que l’armée sera appelée à la rescousse. Que se passera-t-il si les militaires, sous-équipés et constamment critiqués par les médias mainstream, décident de rester dans leurs casernes et de laisser les polices locales se débrouiller ?

De Rio à Mexico en passant par Caracas, c’est le désenchantement. Tous les différents régimes, idéologies et grands leaders qui ont suscité à un moment ou un autre depuis la fin de la seconde mondiale un espoir national ou régional ont plus ou moins déçu. L’heure est donc à un face à face difficile des différentes sociétés sud-américaines avec elles-mêmes, leurs structures, leurs anthropologies, autrement dit tout ce qui fait qu’il n’y au sud des Etats-Unis ni des « Etats-Unis de l’Amérique latine » ni des Etats-nation à l’européenne. Dans ce contexte, la Colombie mérite d’être suivie de près car elle peut être le laboratoire d’une réinvention de la politique en Amérique latine dans un sens plus libéral (du point de vue économique) et débarrassée des illusions marxistes. Les peuples jouent gros car, si rien n’est fait, ils continueront à voyager en seconde classe dans la mondialisation voire de se faire gouverner par les hommes de paille d’El Chapo.

Mai 68, entre la légende dorée et la légende noire

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A gauche, une manifestation ouvrière en mai 1968; à droite, la manifestation gaulliste des Champs-Elysées, le 30 mai 1968. SIPA. 00319942_000080 / 00557216_000014

Dans La France d’hier (Stock, 2018), Jean-Pierre Le Goff dresse un tableau contrasté de Mai 68. Le monde adolescent émergent oscillait alors entre campagne et villes nouvelles, catholicisme de papa et individualisme, ordre traditionnel et société des loisirs. On aurait préféré que les révoltés de mai assument davantage le poids du vieux monde. 


Il y a vingt ans, Jean-Pierre Le Goff publiait l’une des plus pertinentes et des plus lucides analyses des événements qui ont secoué la France en mai 1968 et redessiné durablement son visage[tooltips content= »Mai 68, l’héritage impossible, La Découverte, 1998. »]1[/tooltips]. À l’époque de sa publication prédominait encore dans le récit qui en était fait une légende dorée, celle d’une extrême gauche qui aurait, fût-ce en accomplissant une révolution différente de celle qu’elle avait cru accomplir, modernisé positivement la société française, sous la forme de ce que l’on appellera plus tard le « gauchisme culturel ». Face à cette complaisante vulgate, Le Goff avait mis en évidence que l’héritage de Mai 68 comportait des limites, des contradictions et des aspects nihilistes qui rendaient impossible qu’on l’assumât en sa totalité. Cependant, depuis une quinzaine d’années, s’est développée, à la faveur d’un mouvement de balancier, une critique conservatrice de Mai 68 qui réaffirme l’importance de l’autorité, la nécessité de la transmission et la valeur de la tradition, parfois avec pertinence et talent, mais parfois aussi de façon brutale ou excessive, allant jusqu’à prétendre « liquider 68 ». À la légende dorée succède une légende noire, guère plus satisfaisante et tout aussi peu éclairante.

Mai 68, être adolescent dans un monde adolescent

C’est ce qui a décidé Jean-Pierre Le Goff à revenir sur l’interprétation de Mai 68, mais sous une forme nouvelle, existentielle autant qu’intellectuelle, celle d’une ego-histoire, en l’occurrence une autobiographie sociologique. En racontant son enfance et son adolescence dans les deux décennies qui ont précédé l’événement, il restitue le monde adolescent, c’est-à-dire le monde de l’entre-deux, qui a rendu possible le basculement de Mai 68. Il s’agit de faire comprendre « de l’intérieur le climat d’une époque ». Ceux qui appartiennent à la même génération que lui se reconnaîtront sans peine dans son parcours, comme ils reconnaîtront le décor de leurs jeunes années. Il nous parle d’un temps que les moins de 50 ans ne peuvent pas connaître. En ce temps-là, on écoutait « Salut les copains » sur Europe 1, la télévision se répandait dans les foyers, on y regardait Thierry la Fronde et Ivanhoé, mais aussi « Âge tendre et tête de bois ». À la devanture des kiosques s’affichaient France Dimanche, Ici Paris ou Détective, et dans les cafés on jouait au flipper ou au baby-foot tandis que le juke-box passait en boucle les chansons de Johnny – celles de Vince Taylor –, qui ressemblait aux blousons noirs dont les journalistes relataient les tristes exploits, mais aussi de Françoise Hardy à qui nous pouvions tous et toutes nous identifier puisqu’elle allait seule dans les rues, l’âme en peine, sans que personne ne l’aime. Dans les surprises-parties toutefois, les slows succédaient aux rocks, ce qui permettait de flirter au son de Sag Warum.

N’allez pas croire pour autant que Jean-Pierre Le Goff cultive la nostalgie : sa description préfère les jugements de réalité aux jugements de valeur et le ton est celui, objectif, de l’ethnologue, à l’image de son autobiographie qui, à mille lieues de la confession impudique, se tient toujours à distance de l’émotion. C’est que Jean-Pierre Le Goff ne parle de lui-même qu’en tant qu’il porte en lui la forme entière de la condition des garçons qui, ayant grandi dans les années 1950 et 1960, ont vécu l’expérience d’être adolescents dans un monde adolescent. Un monde adolescent, c’est un monde de l’« entre-deux », c’est-à-dire un monde qui est partagé entre l’ancien et le nouveau, entre la pesanteur des traditions et la modernisation galopante, entre l’enracinement et le déracinement. Les campagnes se dépeuplent et s’urbanisent, la mécanisation transforme les paysans en agriculteurs, les axes routiers se développent tandis que les villes s’adaptent à l’automobile, les immeubles et les parkings sortent de terre, la consommation se développe et les loisirs prennent une place de plus en plus importante.

Par-delà les bondieuseries, l’éducation religieuse ouvrait à la réflexion et à l’interrogation métaphysique

Le peuple adolescent n’est alors rien moins que porté aux rêveries passéistes et écologiques auxquelles nous sommes accoutumés aujourd’hui : comme dans une célèbre chanson de Jean Ferrat, il rêve « du formica et du ciné ». Il s’ennuie dans le monde ancien et en supporte mal les pesanteurs et les rigidités. Celles-ci se manifestent surtout dans l’éducation où l’exercice traditionnel de l’autorité impose une discipline sans consentement : « C’est ainsi qu’on fabriquait des révoltés en puissance qui des années plus tard allaient vouloir tout casser. » Scolarisé dans une institution catholique normande, Jean-Pierre Le Goff met en évidence le décalage entre l’« éducation chrétienne d’un autre âge » qui y était dispensée et le monde qui était en train de naître : catéchisme dont les questions et réponses, dogmatiques et stéréotypées, évoquent irrésistiblement celles du mythique manuel du fantassin (« De quoi sont les pieds ? Les pieds sont l’objet de soins attentifs. »), billets de confession, rituels des trois heures de jeûne qui doivent précéder la communion et, plus tard, considérations sentencieuses sur la possibilité de l’amitié entre filles et garçons dont la visée est de retarder autant que possible le moment où ils pourront légitimement accomplir l’œuvre de chair… Et pourtant il était possible d’en prendre et d’en laisser et de multiplier les transgressions. Et pourtant, par-delà les bondieuseries, l’éducation religieuse ouvrait à la réflexion et à l’interrogation métaphysique, constituant ainsi une propédeutique à la philosophie : dans l’espace qu’elle a laissé vide vont pouvoir s’engouffrer les mythologies exotiques les plus dégradées. L’articulation complexe entre l’ancien et le nouveau apparaît encore dans ces humanités dont les rebelles de 68 étaient nourris et qui ont nourri leur rébellion avant d’en devenir les victimes.

Jean-Pierre Le Goff ne dit pas autre chose dans ce beau livre que ce qu’il a dit dans les précédents. Il le dit autrement en inscrivant l’histoire de Mai 68, à travers son itinéraire singulier, dans l’atmosphère, mais aussi dans l’épaisseur, dans la chair des années qui ont rendu possible l’événement. Il le fait sans démagogie ni esprit polémique, avec une sérénité, une honnêteté et une objectivité qui forcent l’admiration.

Jean-Pierre Le Goff, La France d’hier : récit d’un monde adolescent, des années 1950 à Mai 68, Stock, 2018.

Le « séparatisme islamiste » n’avance pas masqué, il est flamboyant

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Une femme intégralement voilée proteste contre les caricatures du prophète par Charlie Hebdo, Lille, 2012. SIPA. 00644184_000001

Signataire de l’appel des 100 intellectuels du Figaro contre le « séparatisme islamiste », Vida Azimi se dresse contre les abus de l’islamisme conquérant qui font régresser la France.


« J’abuse » des droits que vous m’avez donnés, je vous récuse, je vous refuse le moindre contact, je vous pousse dans les encoignures de vos sociétés rassies, brandissant mon éternel « bréviaire des vaincus » (E.M. Cioran), je vous dresse le calvaire des repentis jusque dans vos plus reculés repaires. Moi « dominé » tyrannique, inconséquent et bruyant et vous, dominants consentants, sans sève ni vigueur, usés sous le poids des ans. Vous m’êtes soumis. Non, vous avez déjà abdiqué !

L’affirmation des arrogances victimaires…

Voilà le message envoyé chaque jour par certains « habitants » (je leur refuse le titre de « citoyens » puisqu’ils se complaisent dans l’indigénat) des territoires non pas perdus mais abandonnés d’une République fatiguée, repentante face contre terre et les bras en croix ( ?) ! Indigènes indigents en esprit, migrants arrivant avec mœurs, coutumes et sans gêne. Tout leur est permis, puisqu’on tolère tout d’eux. Il est vrai que depuis que les divisions géographiques de notre pays s’appellent « des territoires », chacun peut venir y planter sa tente, en dépit de la mésentente forcément coupable des primo-arrivants et la République, sans religion civique ni identité, est devenue elle-même une res nullius, un bien sans maître ouvert à tous les appétits de conquête. Le monde est loft, plus de murs ni frontières (qui séparent certes mais protègent aussi). On n’en est même plus au « narcissisme des petites différences » (Freud), mais à l’affirmation des arrogances victimaires soutenue par ce qu’on a honte de désigner du nom d’intelligentsia, mot au demeurant démodé.

…avec le soutien de la République

Pardonnez mon indignation exubérante le deuxième jour du printemps et du nouvel an persan ! « Le moi est haïssable », mais permettez de grâce que j’en parle. L’appel que j’ai signé dans Le Figaro apporte un brin d’espoir, cet « opium d’espérance » (Octave Mirbeau) qui lâche rarement l’humain, ce liant qui fait lien (rien à voir avec le « vivre-ensemble », exercice imposé, érigé en totem). J’ai pourtant du mal à prétendre exercer le « magistère » de l’intellectuel si imposant en France. Je tâtonne, j’essaie d’être un peu intelligente… sans plus. Mais voilà, la Persane que je suis n’en peut plus de souper de l’islam, de sa grandeur comme de ses dérives, de ses guerres ou ses terreurs, matin, midi et soir. Je n’en peux plus de la sollicitude complice de certaines « élites » et des médias vis-à-vis des manifestations férocement identitaires d’une partie de la population – pourquoi dire française puisque ces agitateurs ne veulent pas du pays où ils sont nés pour la plupart.

Si je souscris à l’esprit de ce texte et salue le rayon de lumière qu’il apporte, je ne crois absolument pas que « le séparatisme islamique » avance « masqué ». Bien au contraire, tel un banyan, il affiche ses racines et ce avec le soutien des autorités publiques, désireuses « d’acheter la paix sociale », selon l’expression consacrée. Il a du panache et réunit plus de suffrages autour de lui que la clameur intellectuelle. Ce « séparatisme » est même flamboyant : nos politiques de tous partis se bousculent à la rupture du jeûne du ramadan. Je les mets au défi d’aller partager bientôt l’agneau pascal avec les catholiques français, croyants ou de culture. Pourtant, « catholique », prononcé la première fois en Arménie, signifie « universel ». Oui, la France est doublement universelle, par le baptême de Clovis et par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et devrait le rester.

La France régresse

Depuis l’an de disgrâce 1979 – l’avènement de la République islamique d’Iran -, par-delà la catastrophe personnelle, j’observe chaque jour la régression française. Le peuple français n’est point dupe mais la cécité qualifie les gouvernants et cela empire. Qui remarquait jadis la couleur de la peau de Félix Houphouët-Boigny et de Léopold Sedar-Senghor, ministres de la République ? Le grand Gaston Monnerville, président du Sénat, natif de Cayenne et petit-fils d’esclaves, a-t-il jamais mis en avant la couleur de sa peau ou son ascendance ? Et Mademoiselle Sid-Cara – le général De Gaulle la désignait ainsi – algérienne, fille d’instituteurs et une des premières femmes nommées au gouvernement sous la Ve République ? Qui s’en souvient ? Oui la France a régressé et s’est rétrécie !

Est-il encore temps de refuser les génuflexions aux diktats des minorités abusives et toutes créancières ? Vous, je ne sais pas ! Moi, je ne plie pas ou alors, je n’abuse plus de l’hospitalité française, et je plie bagage…

« Annihilation », le film qui ne met personne d’accord

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Natalie Portman dans "Annihilation" d'Alex Garland, 2018.

Vous ne le verrez pas sur grand écran. Sauf si vous en avez un chez vous. Annihilation, le dernier film de science-fiction avec Natalie Portman, perturbe autant qu’il fait parler. Il n’est pourtant pas diffusé au cinéma en dehors des Etats-Unis. Pour le plus grand bonheur de Netflix…


Lena (Natalie Portman) est une jeune biologiste dont le mari militaire revient d’une mission secrète après un an d’absence. Lena ne le reconnait pas. Malade, incapable d’expliquer son absence prolongée et très diminué, il ne se souvient plus bien d’où il revient. Lena découvre alors l’existence de la zone X qui longe le littoral américain, et dont l’accès est protégé par les militaires. C’est de là qu’est revenu son mari. A part lui, tous les militaires envoyés sur la zone pour percer l’énigme du phénomène ont disparu. Lena décide de rejoindre une mission de cinq femmes destinée à comprendre ce qui est arrivé à son mari. Elle s’engouffre dans la zone X, aussi belle que mystérieuse.

Ce sinistre phénomène inexpliqué, le miroitement, s’étend. Il cache des paysages et des créatures qui ont subi des mutations. Dans ce coin reclus du pays, tout est anormal. La nature, luxuriante, semble y avoir repris ses droits. Plantes et arbres mutants, crocodiles surpuissants : on se croirait sur une autre planète ! Heureusement que nos cinq femmes sont armées et entraînées. Lena enquête. Elle n’est pas sûre de ne pas devenir folle comme les femmes qui l’accompagnent. Elle va au moins tenter de survivre.

Des pressions…

Si cette trame assez classique pourrait correspondre à beaucoup de blockbusters populaires, le film de l’Anglais Alex Garland est plus malin qu’il n’en a l’air. Il apporte une réflexion plus poussée sur le fond que son synopsis ne le laisse à penser de prime abord.

Les effets spéciaux, inédits, sont aussi magnifiques que macabres. Certaines scènes d’action, originales et terrifiantes, sont éprouvantes. Quand ce n’est pas carrément gore. Toutefois, la violence sert le propos. Si l’horreur est un genre à la mode dans les films et les séries depuis quelques années, ici rien n’y est gratuit.

La fin déroutante du film, et les interprétations qui peuvent en être faites, lui confèrent – pour certains – un statut déjà « culte ». D’autres y voient un navet de plus. A n’en pas douter, c’est un fucked-up movie. De la bonne science-fiction en tout cas. Pour un youtubeur, Netflix signe avec Annihilation son premier film « mythique ».

C’est pourquoi on peut regretter le sort réservé par la Paramount au film. La société de production hollywoodienne aurait demandé au réalisateur de changer la fin. Aussi complexe et déroutante qu’elle puisse être, Alex Garland aurait refusé. Pour le réprimander peut-être, et officiellement en raison des critiques négatives des projections-test, le studio décidera de ne projeter le film en salles qu’en Amérique, et de le diffuser directement sur Netflix partout ailleurs. Une bonne affaire pour la plateforme de streaming qui monte qui monte ! C’est un peu dommage pour les spectateurs, le film et ses effets auraient sûrement mérité les salles obscures.

…et dépression

Ce survival féminin peut rappeler la moiteur de Deliverance (1972, John Boorman) ou carrément la terreur de The Descent (2005, Neil Marshall). Ridley Scott, qui a foiré le retour de sa saga Alien avec Prometheus et surtout Alien Covenant pourrait en être jaloux. Que ce soit pour le trouillomètre qui monte haut ou pour l’originalité de l’univers esthétique et la malice du scénario.

Natalie Portman, si jolie, livre une partition tout en sobriété. Ce qui va lui arriver dans ce film étrange, à l’esthétique SF inédite, met mal à l’aise et fait un bien fou en même temps. Tout le plaisir du film est dans la force des interprétations qu’on peut en faire et dans la recherche des détails. Le film rappelle en fait toutes les phases de la dépression. Un cauchemar toujours plus dense à mesure que Lena s’enfonce dans le miroitement de la zone X. La musique lancinante conforte cette impression de douce mélancolie. Elle deviendra plus agressive et plus forte quand Lena entrera trop profondément dans le miroitement et la dépression. Malgré l’horreur, malgré la profonde tristesse, Lena entamera une mue. Sa vie, ses cellules ou son couple, rien ne sera plus comme avant une fois le cancer de la dépression terrassé.