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Testament d’un terroriste islamiste


Est-il bien raisonnable de laisser un cinéaste déraisonnable commenter chaque mois l’actualité en toute liberté ? Assurément non. Causeur a donc décidé de le faire. 


Je suis fiché S.

Je suis le prochain.

Vous pourrez interroger mes voisins. Après…

Ils vous diront tous que j’étais calme, gentil, serviable… Je suis une menace endogène. Je vis avec ma famille. Tranquille. Je dis bonjour, pardon et je porte les paniers des vieilles dames.

Vous croyez quoi ? Que je vais tout faire pour me faire remarquer avant d’agir ? Que je vais aller m’entraîner au tir dans les bois alors que je sais que je suis fiché ?

On passe toujours à l’acte brusquement. Parce qu’il faut bien qu’il y ait un commencement après avoir été discret.

Je n’ai pas pu partir en Syrie.

Mais je serai utile ici.

Je suis ce que vous appelez « un petit dealer multirécidiviste ». Je suis une recrue précieuse parce que je connais suffisamment bien les trucs des keufs pour pouvoir les déjouer et parce que j’ai fait suffisamment de mal dans le passé pour avoir besoin de faire beaucoup de bien maintenant que j’ai compris. Longtemps, j’ai été dans l’illégal d’après vos lois qui ne sont pas celles de Dieu, mais aussi, malheureusement, dans l’illicite.

Car seul Allah le Très Haut a le droit de déclarer une chose licite ou illicite. Ici, des gens ont rendu licites certaines choses déclarées illicites par Allah. D’autres ont rendu illicites certaines choses déclarées licites par Allah. Grâce à mes frères, j’ai appris que je pouvais me rattraper en agissant pour le bien d’Allah. J’ai compris que, quoi que je fasse, je ne suis pas dans l’illicite quand j’agis pour la gloire d’Allah.

Je sais faire maintenant, grâce à eux, la différence entre al-hallal et al-haram.

Je ris d’avance de leur négociateur qui voudra parlementer « pour que ça se termine bien ». Je parlementerai. Le temps que le buzz parte dans les médias, le temps que le monde sache que je suis un soldat d’Allah, le temps que le monde se rappelle qu’il ne faut pas oublier d’avoir peur.

Mais croyez-vous que je me serais donné tout ce mal pour rater ensuite l’occasion inespérée de tomber en martyr, c’est-à-dire d’avoir la certitude d’accéder au paradis ? Il y a d’autres moyens d’y accéder bien sûr. Mais ils ne sont pas totalement certains. Surtout pour quelqu’un qui comme moi a vécu jusqu’il y a peu dans la mécréance et la délinquance.

Si on ne me laisse pas mourir en martyr, je ne pourrai pas labelliser du sceau du bien mon passé dissolu. Alors, au moment où je vais avoir accès à tout ce qui me fait rêver alors que je ne l’aurai jamais ici-bas, imaginez-vous que je vais renoncer parce qu’un kafir me jouera de la flûte ?

323 frères, déjà, sont revenus de Syrie et d’Irak. On est 20 000 fichés en France ! Vous pensez qu’on ne sait pas que vous n’avez pas les moyens de nous surveiller efficacement ?

Vous croyez qu’on ne sait pas combien de dizaines de milliers de policiers il faudrait pour réussir à tous nous tracer correctement ? Vous croyez qu’on se gêne pour vous balader, pour vous occuper afin de laisser le champ libre à nos frères qui ont besoin de quelques heures de tranquillité pour faire ce qu’ils ont à faire ?

Je me suis bien amusé quand j’ai laissé un message sur le Facebook d’un type que je ne connaissais même pas, mais qui avait un nom arabe et quelques photos des frères en Syrie sur son profil. Je lui ai écrit : « Je t’amène la guitare la semaine prochaine… »

Le type a répondu « Quelle guitare ? » et je lui ai répondu « Oh pardon, erreur d’aiguillage ».

Et puis j’ai cherché le profil d’un autre type avec un nom arabe et des photos des frères sur son profil, un type que je ne connaissais pas non plus et j’ai écrit : « J’ai prévenu pour le concert. C’est la semaine prochaine. » Le type ne m’a même pas répondu, mais sinon je lui aurais dit un truc du genre : « OK, si la musique ne t’intéresse plus…. »

Ensuite, j’ai attendu que la semaine passe et il m’a bien semblé que j’avais les keufs au cul. Et le lundi, je me suis levé à cinq heures, je me suis fait un petit kawa et à cinq heures trente, je sortais de l’immeuble avec un étui à guitare…

Ils m’ont suivi toute la matinée…

J’ai fait plein d’arrêts, je suis revenu sur mes pas, reparti dans l’autre sens… Je ne sais pas quelles voitures me suivaient, mais quel que soit l’endroit, je n’étais jamais le seul automobiliste. Ou alors il y avait au moins une moto. Finalement, j’ai laissé l’étui sur un parking vers trois heures de l’après-midi et je suis rentré chez moi.

J’imagine leur tête quand ils l’ont ouvert ! Il n’y avait rien dedans.

J’ai bien dû mobiliser une dizaine de flics avec mon histoire. Pendant ce temps-là, les frères des environs étaient tranquilles pour faire ce qu’ils avaient à faire. Peu de chance qu’il y ait assez de monde pour les suivre en même temps que moi. Surtout qu’eux, ils n’avaient laissé aucune trace de ce qu’ils allaient faire. Même moi je ne sais pas ce qu’ils avaient à faire. Je savais juste qu’ils avaient besoin d’une demi-journée de tranquillité. Il a suffi d’une phrase échangée à la mosquée et je savais comment aider…

Demain, c’est moi qui aurai un truc à faire.

Demain, c’est moi qui occuperai le terrain. Vous nous faites reculer là-bas, mais ici on continuera d’exister. En semant la terreur et la mort. En occupant le devant de la scène. Vous ne libérerez pas vos pensées de la crainte qu’on vous inspire. On recule géographiquement pour le moment, mais on ne cède pas un pouce sur le terrain de l’effroi.

Ne cherchez pas les « donneurs d’ordre », on n’est pas Al-Qaida.

On n’est pas dans une structure militaire avec une élite qui commande des troupes.

On fait du roommate-terrorisme, on est les colocataires de vos sociétés et vous n’y pouvez rien. On est les Uber du terrorisme. On apporte notre propre voiture et le pourcentage que prend Daech sur chacune de nos courses, c’est la crainte qu’il continue d’inspirer malgré son recul territorial.

Et nos femmes ont des ventres et elles enfanteront pour perpétuer de génération en génération la vraie parole d’Allah.

J’étais destiné à n’être personne et je peux devenir quelqu’un en mourant pour la gloire du Très Haut. Moi, le rien du tout, je peux être individualisé par la mort en gagnant de surcroît ma place au paradis.

Je vous dis à demain…

Ou rendez-vous là-haut pour les meilleurs d’entre vous…

Le petit terroriste

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Il faut, au contraire, augmenter le nombre de parlementaires

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La réforme des institutions présentée, le 4 avril, par le Premier ministre Edouard Philippe prévoit une réduction du nombre de parlementaires. Un projet démagogique qui renforcera la France des villes et le pouvoir du président Macron.


Depuis quelques années, une large majorité des forces politiques, pour une fois en phase avec la majorité des sondés, se prononce pour une réduction du nombre de parlementaires. Un jour, quelqu’un a décrété que députés et sénateurs étaient décidément trop nombreux et que cela coûtait trop cher au contribuable. On en a profité pour expliquer que nous possédions un nombre record de parlementaires payés à ne rien faire, et l’idée s’est installée. Ne craignant aucun paradoxe, certains ajoutaient qu’il valait mieux avoir moins de députés et qu’ils puissent recruter davantage d’assistants, ce qui entrait en collision avec le premier objectif cité de réduire les coûts, tout en favorisant le népotisme par rapport à la démocratie.

La France n’est pas l’Amérique

En fait, nous n’avons pas trop de parlementaires. Au lieu de comparer avec l’Etat fédéral américain – comble de la malhonnêteté intellectuelle -, comparons plutôt avec un pays de taille et structure équivalentes, comme le Royaume-Uni, et on constatera qu’il ne faudrait pas réduire le nombre de parlementaires mais plutôt l’augmenter.

On a l’habitude. Quand il avait fallu réduire le nombre de régions, il avait été martelé pendant des années que nos régions étaient moins peuplées que celles de notre voisin et principal partenaire allemand. Or, les régions françaises d’avant 2015 étaient en moyenne déjà plus peuplées que les Länder. Ce n’était pas la taille des régions allemandes qui faisaient leur force mais les compétences dont elles avaient la charge. A l’heure où le gouvernement prétend lutter contre les fameuses « fake news », peut-être faudrait-il, plutôt que de les entretenir, tordre le cou à ces légendes urbaines.

La « France périphérique » a besoin de parlementaires

En fait, pour se faire bien voir de certains électeurs qui pensent qu’ils sont trop nombreux pour le peu de travail qu’ils semblent effectuer, ce qui est d’ailleurs le plus souvent injuste, les partis politiques avaient quasiment tous intégré cette réduction du nombre de parlementaires dans leurs programmes. Ainsi, il est piquant d’entendre aujourd’hui Bruno Retailleau, l’un des plus proches de François Fillon, s’alarmer du danger que fait peser cette mesure sur la représentation des territoires alors que son ami proposait de tailler à la hache dans les effectifs de députés et sénateurs. Il faut dire que François Fillon proposait de tailler à la hache dans tous les effectifs dont il aurait eu la charge, ce qui n’a d’ailleurs pas été pour rien dans la chute qu’il a subi entre le 1er décembre 2016 et le 25 janvier 2017, chute bien plus forte, rappelons-le, que celle qu’il a connu ensuite après les révélations du Canard enchaîné. Mais puisque Bruno Retailleau et autres anciens soutiens de François Fillon se sentent dorénavant plus soucieux de la représentativité de tous les territoires, ne boudons pas notre satisfaction.

Car l’heure est à la dénonciation – légitime la plupart du temps – de « Macron, l’homme des métropoles ». Diminuer le nombre des députés et sénateurs, c’est augmenter le nombre de communes qu’un parlementaire de la France périphérique devra couvrir dans sa circonscription, alors que celui de la France urbaine aura la partie la plus facile. Diminuer ce nombre, cela se traduira forcément par un avantage pour les métropoles, celle qui a voté le plus pour le président de la République. Diminuer ce nombre, enfin, en ajoutant une dose de 15% d’élus à la proportionnelle désignés par les appareils politiques parisiens, réduira considérablement le poids des territoires dans les choix publics. Tout le contraire de ce qu’il faut faire pour renouer avec une cohésion nationale et réconcilier France des villes et France des champs.

La République au pas

Mais il ne faut pas s’y tromper, la décision d’Emmanuel Macron n’est pas seulement dirigée contre les adversaires de La République En Marche (LREM). Elle est en fait dirigée principalement contre les députés du parti présidentiel. En se réservant le droit de désigner directement, grâce à la proportionnelle, une partie des futurs élus à l’Assemblée nationale, et de diminuer une bonne partie des futurs effectifs du groupe parlementaire LREM élus dans les territoires, il pose sur leur tempe la menace de ne pas être reconduits dans leurs fonctions en 2022. L’investiture sera très chère et on le leur signifie. Quelle meilleure arme pour calmer une majorité hétérogène, faite de membres sélectionnés sans doute très rapidement l’an dernier, et qui pourrait commencer à se montrer un peu remuante voire frondeuse ?

On a beau expliquer à l’Elysée qu’un tiers des parlementaires LREM ne travaille pas ou peu et qu’il ne serait pas illégitime de ne conserver que les députés utiles à la nation, on se montre dubitatif, expérience aidant, sur le fait que le tiers de députés qui disparaîtra de la circulation sera celle qui comprend les moins travailleurs. Les « godillots » seront forcément favorisés. Les personnalités indépendantes et de conviction seront éliminées. Il n’y aura que des perdants à cette réforme démagogique : les territoires, les convictions, le citoyen et même le contribuable. Si, par chance, cette réforme de nos institutions est soumise au référendum, on espère que des personnalités fortes mouilleront leur chemise pour l’expliquer.

Dérapage

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Les entreprises françaises ont la phobie des chômeurs


Si la France a la phobie du chômage, c’est parce que ses entreprises ont la phobie des chômeurs. Elles préfèrent souvent débaucher des employés plutôt que de puiser dans l’important vivier de chômeurs français qualifiés et compétents.


C’est une question que personne ne semble vous poser. Pourtant, Edouard Philippe, j’ai sous les yeux pléthore de CV de candidats de grande expérience, et dont les compétences professionnelles et les qualités personnelles sont indéniables, en recherche d’emploi. Comment expliquez-vous que les entreprises ne se les arrachent pas ?

Et si on contrôlait le recrutement des entreprises ?

A l’ « offre raisonnable d’emploi » que doivent accepter les chômeurs, pourquoi ne pas opposer un principe de réciprocité, un « refus raisonnable d’embauche » aux employeurs. Pourquoi les employeurs ne seraient-ils pas, eux-aussi, suivis dans leurs sélections de candidats recrutés ? Leurs décisions sont parfois arrêtées sur la base d’a priori profondément ancrés dans la société française, comme le fait de croire qu’un candidat débauché serait plus compétent qu’un talent inemployé. Ils privilégient quasi systématiquement les personnes en poste au détriment de celles en recherche active d’emploi qui, dès lors, ne peuvent plus se réinsérer.

A lire aussi: Emploi: les recruteurs sont-ils tous compétents pour juger si vous l’êtes ?

Vous vous faites, Monsieur le Premier ministre, le chantre de la fin des tabous. Je vous prends au mot. Qu’attendez-vous pour agir en ce sens plutôt que d’opposer les Français sur leur âge (jeunes/ seniors) ou leur statut (salariés, chômeurs, retraités…) ? Qu’attendez-vous pour oser dire : « Oui, dans le système actuel, une personne compétente peut se retrouver, pour longtemps, au chômage (2 ans, 5 ans, sa vie restante ?). Oui, les plus méritants sont aussi touchés par ce fléau qui, dans une société culpabilisante, peut, psychologiquement comme physiquement, détruire leur vie » ?

Le développement de l’auto-entrepreneuriat n’améliore que les statistiques du chômage

Ne me dites-pas qu’en tant qu’ancien maire du Havre, vous n’avez pas rencontré la détresse de ces personnes expérimentées, techniquement compétentes, actives dans leur recherche d’emploi et, pourtant, sur le banc de touche. J’ose espérer que vous n’allez pas dépenser l’argent d’un Etat exsangue pour les  faire contrôler par des conseillers Pôle Emploi n’ayant pas, pour la plupart, leur niveau de compétences !

D’ailleurs, certains d’entre eux ne vous offriront pas cette opportunité : ils sont devenus entrepreneurs (auto-entrepreneurs souvent pour tenter de s’en sortir), un statut convoité par beaucoup de nos concitoyens. Mais ces derniers  savent-ils que la moyenne de leurs revenus mensuels est de 490 euros, soit un niveau inférieur à celui du RSA ? La baisse du nombre de chômeurs ne serait-elle pas, en grande partie, le résultat d’un phénomène de vases communicants, les chômeurs devenant des autoentrepreneurs aux revenus quasi inexistants ?

Vaincre la phobie du chômage 

Vous savez qu’il faut fluidifier le marché du travail. Cela ne se décrète pas simplement à coups d’ordonnances. Cela suppose un profond changement de mentalité et de culture en France, notamment au sein des grandes entreprises. En cette période de profonds bouleversements et de transition, il n’y a très probablement pas, à un moment donné, suffisamment de travail rémunéré pour tous. C’est un simple état de fait, au moins à court terme. Il faut l’assumer.

Dans ce contexte, et en laissant de côté l’expatriation en tant que solution, il convient de faire tourner les effectifs pour que ceux, en poste, acceptent d’évoluer en passant parfois par une phase d’entre-deux appelée « chômage ou formation », pendant que d’autres, hors-poste, retrouvent un emploi. Ce turn-over  qui devrait être naturel est bloqué par la peur du chômage au cœur du système français depuis des décennies. N’est-ce pas de votre ressort de contribuer à vaincre cette phobie ?

A lire aussi: Non, Edouard Philippe, il ne suffit pas d’être compétent pour trouver un travail

Cela ne se fera pas, à mon sens, en opposant les uns aux autres, en ajoutant des mesures coercitives à l’endroit des demandeurs d’emploi,  en maintenant des tabous ou en entretenant le déni  mais par toujours plus de pédagogie, de courage,  en sachant vous entourer de personnes empathiques ayant elles-mêmes déjà vécu des revers dans leur vie professionnelle et prêtes à en témoigner pour transformer la société française. Sans une vision lucide et juste du marché du travail, accompagnée d’un projet social compris et partagé, vos efforts risquent bien de ne pas délivrer les résultats escomptés.

"Vous êtes trop qualifiée pour le poste..."

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Alain Finkielkraut: « Nous nous devons d’honorer la mémoire d’Arnaud Beltrame »


Morceaux choisis de l’Esprit de l’escalier, par Alain Finkielkraut.


Qu’est-ce que le populisme ? (11 mars)

Une déferlante populiste est-elle en train de submerger l’Europe ? Avant de répondre à cette question, il faut s’entendre sur la signification du mot. Les trois grandes composantes du populisme, dans son acception classique, sont l’anti-élitisme, l’anti-intellectualisme et le refus de l’altérité sous toutes ses formes. « Le poisson pourrit par la tête », disait Pierre Poujade, qui défendait d’un même souffle ceux d’ici contre ceux d’ailleurs et les petits contre les gros.

Cette façon de voir et de parler n’a pas disparu comme par enchantement, mais ce qui différencie notre situation des années 50 du XXe siècle, c’est, pour reprendre l’expression très éclairante de Dominique Reynié, « la percée du populisme patrimonial ». Ce populisme invoque le droit à la continuité historique, car, comme dit Ortega y Gasset : « L’homme n’est jamais un premier homme, il ne peut continuer à vivre qu’à un certain niveau de passé accumulé, voilà son seul trésor, son privilège, son signe. »

Après Hitler, on a voulu purger les identités nationales et l’identité européenne de toute consistance identitaire, sur le modèle habermassien du « patriotisme constitutionnel ». Il n’y a donc plus d’élitisme patrimonial et c’est le populisme qui remplit ce vide. Le peuple, ou certains segments du peuple, veut la préservation d’un monde que les classes dominantes ont entrepris de remplacer par les règles du marché et du droit. Une telle attitude est qualifiée de xénophobe. Ainsi confond-on dans un même opprobre la peur de l’étranger et la douleur de devenir étranger chez soi. On peut glisser de la douleur à la peur et de la peur à la haine, certaines formations politiques en Europe cèdent à cette horrible tentation. Ce n’est pas en criminalisant la douleur, mais en lui donnant statut et en cherchant les moyens d’y remédier qu’on pourra faire barrage à ces mauvais penchants. Pour l’heure, comme l’écrit Guillaume Perrault dans Le Figaro : « Des masses d’Italiens ont eu le sentiment que la volonté résolue d’un changement radical en matière d’asile, d’immigration et de nationalité ne pouvait trouver une expression, bien sûr, au Parti démocrate, celui de Matteo Renzi, ni même à Forza Italia prisonnière de son europhilie inconditionnelle et solidaire des règles juridiques contraignantes imposées par l’Union. Une majorité du pays a ainsi rappelé à ses élus qu’ils ne sont pas là pour la surveiller, mais pour appliquer sa volonté. » Volonté non seulement xénophobe mais europhobe, nous dit-on. Regardons-y de plus près.

A lire aussi: Alain Finkielkraut sur l’alternative entre populisme et politiquement correct et sur la journée des droits des femmes

Au nom des impératifs de l’économie, des exigences de la morale et de « l’avantage que représente la diversité culturelle », le Conseil européen et la Commission réclament avec une constance que rien n’entame toujours plus d’immigration extra-européenne. Or, en changeant de population, l’Europe est amenée à changer d’identité. Si, comme le dit Stephen Smith, l’africanisation de l’Europe est inéluctable, l’Europe ne sera plus l’Europe, tout simplement. Qui donc est europhobe ? Celui qui ne supporte pas de voir disparaître la civilisation européenne, ou celui qui ne la voit même pas agoniser, obnubilé qu’il est par les droits de l’homme, les valeurs universelles et l’anti-élitisme ? L’anti-élitisme des élites, telle est la grande et triste nouveauté de notre temps. Bérénice Levet, dans son livre Le Crépuscule des idoles progressistes, en donne quelques exemples éloquents. En 2015, la médiathèque musicale de Paris organisait une exposition dont l’intitulé était : « Le classique ne me rasera plus ! » et dont voici l’argumentaire : « Sérieuse, la musique classique ? Raffinée ? Distinguée ? Élégante ? Tu parles ! De la caricature au gag, de l’humour tonique au mauvais goût le plus radical, venez découvrir comment l’édition phonographique a pu casser l’image un peu surannée et élitiste de la musique classique, à travers une sélection de pochettes issue des collections patrimoniales de la médiathèque. » Lors de la folle journée de Nantes en 2008, Schubert était relooké « en costard sans cravate et parfaitement à l’aise dans ses baskets ». Et en 2010, Chopin, affublé d’un polo rouge, main sur la hanche, était représenté bras dessus bras dessous avec une George Sand en tee-shirt blanc portant une inscription en rouge…

La nouvelle élite progressiste est décontractée, ne s’intéresse à son patrimoine que pour en faire l’appendice de la « world culture », une prémonition décoiffante du rock ou du rap, en somme. Alors même qu’elle milite ardemment pour le renforcement de l’Union européenne, cette élite apporte son concours rigolard à l’enterrement de l’Europe.

Qu’est-ce que le néoféminisme ? (11 mars)

Le 8 mars, Journée internationale des femmes, Libération consacrait sa couverture au scandale des inégalités salariales. « Malgré la loi, lisait-on, l’écart des salaires est toujours de 25% en France. » Ici, la désintox, comme disent les journaux, s’impose. Partout, dans le monde occidental, on fait la même constatation : les femmes vont majoritairement vers des professions moins rémunérées : le soin, les relations humaines, les ONG, la médecine, la justice, l’enseignement, plutôt que l’engineering, l’industrie ou la finance. La différence de salaires résulte donc de leurs choix et non d’une discrimination de la part des employeurs. Les femmes, de surcroît, n’ont pas le même engagement dans le travail, qu’elles aient ou non des enfants, elles font moins d’heures supplémentaires, elles sont moins dans la concurrence. Ce sont surtout des femmes qui travaillent à temps partiel ou qui prennent leur mercredi. Peut-être arrivera-t-on, demain, en combattant dès la plus tendre enfance les « stéréotypes de genre » à l’indifférenciation des sexes. Aujourd’hui, en tout cas, la discrimination salariale qui sévit encore ici ou là est très sévèrement sanctionnée. Les fautifs sont passibles du tribunal correctionnel et ils risquent non seulement une très grosse amende, mais la prison.

Il faut aussi rappeler qu’à la direction des ressources humaines des entreprises, à l’Inspection du travail et dans la magistrature, les femmes sont d’ores et déjà très majoritaires. Un autre chiffre plus modeste est avancé : on dit qu’au même poste, les femmes gagnent 9% de moins que les hommes. C’est vrai, mais là encore, la responsabilité de l’employeur n’est pas toujours engagée : les carrières n’évoluent pas au même rythme, les femmes choisissent beaucoup plus souvent que les hommes de travailler à temps partiel, et en plus du congé maternité, elles prennent souvent un congé parental. Les médias, décidément, sont fâchés avec les faits.

Quelques jours avant le 8 mars, un collectif de professionnels du 7e art a réclamé des quotas pour une égalité réelle des sexes dans les métiers du cinéma. Il s’agit, écrivaient notamment Annie Duperey, Isabelle Carré, Éva Darlan et Yamina Benguigui, de mettre fin à la répartition inéquitable des subventions et de faire émerger de nouvelles figures dans la création et l’industrie de la culture : « Le cinéma a besoin de l’imagination des femmes, de la fabrication de leurs images, de leurs histoires, pour en finir avec les stéréotypes haineux de l’esthétique dominante. » Autrement dit, Fellini, Bergman, Charlie Chaplin, Alain Resnais, Lars Von Trier, ne sont pas des artistes irremplaçables, ce sont les représentants interchangeables de la gent masculine. De même, les femmes doivent être entendues en tant que femmes, en tant qu’exemplaires de leur espèce, et de l’exemplaire à l’exemplarité il n’y a qu’un pas, allègrement franchi par Frances McDormand lors de la cérémonie des Oscars.  « L’objectif, a dit l’actrice récompensée, est de donner une représentation réaliste des femmes, et d’imposer une histoire de l’égalité. » Comment imaginer, dans ces conditions, un personnage féminin odieux ou dominateur ?

Dans Le Monde daté du 9 mars et paru le 8, Hélène Bekmezian et Sylvie Kauffmann affirment fièrement : « Cinq mois après, #metoo est toujours là. » Elles saluent le hashtag lancé par Sandra Muller, elle-même cible de comportements déplacés : #balancetonporc. « La violence de cette formule était révélatrice de ressentiments accumulés par celles qui subissent en silence, conscientes de la protection accordée par la société au système de la domination sexuelle. » Je rappelle que la France dispose de l’arsenal juridique le plus répressif à l’égard des comportements machistes, et je voudrais à mon tour, après cinq mois de campagne effrénée, dresser un bilan et risquer une définition du néoféminisme.

Le néoféminisme est un amalgamisme : les viols et les propositions indécentes sont mis dans le même sac. Le « porc » de Sandra Muller lui avait dit qu’elle avait de gros seins et qu’il allait la faire jouir toute la nuit, elle a été scandalisée, il n’a pas insisté. Le gouvernement vient de faire entrer cet amalgamisme dans la loi en instaurant le délit d’outrage sexiste, qui crée une continuité criminelle entre des comportements totalement dissemblables.

Le néoféminisme est un réalisme socialiste : dans un monde où le Mal vient du mâle, et du mâle exclusivement, les femmes appartiennent toutes au camp du Bien, et c’est leur souffrance et leur révolte que l’art a pour mission de mettre en scène.

Le néoféminisme est un combat acharné contre ce qui reste de différence des sexes dans les façons d’être, de faire et de sentir des hommes et des femmes.

Le néoféminisme, enfin, est un bovarysme : comme les contestataires de Mai 68 qui se prenaient pour des révolutionnaires ou pour des résistants, les néoféministes vivent dans un monde imaginaire et se conçoivent autres qu’elles ne sont. Il y a encore des violences, des agressions, des atteintes sexuelles, mais le journal Le Monde a mis un place une task force de quinze journalistes pour décrire un système d’oppression, alors que jamais dans l’histoire de l’humanité les femmes n’ont été aussi libres qu’aujourd’hui en Europe occidentale, et si les choses changent demain, ce sera du fait de la déseuropéanisation de l’Europe. Que les choses soient claires : je ne remets pas en cause les conquêtes du féminisme. Elles sont inestimables. Ce qui m’inquiète, c’est la victoire que le néoféminisme est en train de remporter sur le féminisme de Simone de Beauvoir et d’Élisabeth Badinter.

Le 8 mars est aussi la date choisie par le Guide suprême de la République islamique pour opposer, dans un grand discours, la chasteté de la femme musulmane aux mœurs décadentes de l’Occident et pour justifier ainsi l’emprisonnement des femmes iraniennes qui osent enlever le voile. Cette coïncidence devrait amener à réfléchir et à ne pas se tromper de combat. Mais peut-être s’agit-il dans cette campagne de stigmatiser toutes les civilisations, et particulièrement la nôtre, pour ne pas stigmatiser l’islam.

Trèbes : l’admiration l’emporte sur l’effroi (25 mars)

Après les attaques meurtrières de Carcassonne et de Trèbes, le gouvernement a promis de lutter contre le terrorisme islamiste avec une détermination sans faille. Dont acte. Mais quand on apprend que l’assassin, bien que fiché S, n’était l’objet d’aucune surveillance particulière, on a de quoi s’inquiéter. Cela ne signifie pas que la police fait mal son travail, mais qu’elle est submergée. Il y a trop d’individus dangereux et susceptibles de passer à l’acte pour les capacités de contrôle et de répression d’un État démocratique. Nous n’en avons donc pas fini avec le terrorisme. Et quand bien même nous sortirions vainqueurs de ce combat, nous n’en aurions pas fini avec l’islamisme. L’arbre des attentats ne doit pas nous cacher la forêt des Molenbeek qui se multiplient sur le territoire national, à l’image de la cité Ozanam à Carcassonne, ce quartier interdit aux journalistes où habitait le terroriste et où les policiers venus perquisitionner ont été accueillis par des insultes et des jets de pierre.

A lire aussi: Attaques terroristes dans l’Aude : l’analyse d’Alain Finkielkraut

Mais, cette fois, l’horreur et l’angoisse n’ont pas le dernier mot. L’admiration l’emporte sur l’effroi. La figure de l’assassin est éclipsée par celle du lieutenant-colonel de gendarmerie qui a fait don de lui-même. On qualifie Arnaud Beltrame de héros. Je ne récuserai bien évidemment pas ce terme. Je ne suis pas sûr néanmoins qu’il soit le plus approprié. Arnaud Beltrame n’a pas risqué sa vie pour la patrie, mais pour sauver la vie d’une otage. Il a proposé au terroriste de se substituer à elle et celui-ci a accepté. Le dévouement qui va jusqu’au « mourir pour l’Autre », c’est, très exactement, nous dit Levinas, la définition de la sainteté.

Avec ce sacrifice, en tout cas, on est aux antipodes du kamikaze qui ne donne pas sa vie mais qui, en transformant son corps en arme de destruction, cherche à tuer au nom d’Allah le plus possible d’apostats ou d’infidèles.

Je ne demande pas la béatification d’Arnaud Beltrame, ce n’est pas de mon ressort. Mais plus encore qu’un hommage, ce saint-cyrien sorti major de sa promotion et qui, après l’École de guerre, a choisi la gendarmerie, mérite des obsèques nationales. Nous, la nation, nous nous devons d’honorer sa mémoire et de l’intégrer pour toujours à la nôtre.

En terrain miné

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La seule exactitude

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Marche blanche contre l’antisémitisme: pourquoi le Crif avait raison

Il faut être d’une singulière mauvaise foi pour faire porter au Crif la responsabilité des incidents survenus au cours de la marche blanche en hommage à Mireille Knoll. Son président, Francis Kalifat avait déclaré avant cette marche que la présence de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon n’y était pas souhaitée. Le Crif n’a jamais prétendu interdire quoi que ce soit. Il était prévisible que des incidents se produiraient avec la présence de ces deux personnes et ils ont bien eu lieu. Le propos de Kalifat était donc fondé dans sa prévision et son anticipation. S’il ne l’avait pas dit, de quelle turpitude aurait-il été accusé : de collaboration, de tolérance pour les extrêmes : l’une qui est allée danser la valse avec d’anciens nostalgiques nazis et l’autre pour sa haine très progressiste d’Israël. Fallait-il composer avec ces gens-là ? Serait-ce par esprit sectaire que ces deux-là n’étaient pas souhaités ou par souci de prévention de désordres prévisibles ?

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L’alibi antisioniste…

C’est la haine obsessionnelle d’Israël, c’est l’alibi antisioniste qui a donné à l’antisémitisme ses lettres de noblesse. Cette « forme renouvelée de l’antisémitisme », pour reprendre les mots du président de la République, n’est que la reformulation d’une constante. Elle permet de rendre acceptable sinon vertueuse le déni d’une légitimité : celle de l’affirmation nationale du peuple juif. Que cette incapacité à penser la complexité de cette question soit le fait de personnes de bonne foi de gauche et de droite ne change rien au résultat. Que d’autres à droite de la droite fassent mine d’oublier que l’antisémitisme traditionnel de certains d’entre eux cohabitait avec la haine d’Israël ne change rien non plus au résultat. Que le Quai d’Orsay fasse semblant de ne pas être au courant de sa complaisance passée à l’égard des formes les plus extrémistes du mouvement palestinien ne change rien à l’affaire. Que le moraliste en chef de Libération, Laurent Joffrin soit aussi oublieux de certains de ses éditoriaux compassionnels pour angelots turcs du Mavi Marmara, pour la sainteté de Stéphane Hessel ne change rien non plus au résultat.

…rend le fond de l’air irrespirable

C’est bien l’amalgame de ces composantes diverses qui a permis à l’air du temps de devenir irrespirable pour les Juifs. C’est cet ensemble de vecteurs qui rend possible la situation ubuesque actuelle qui convoque au tribunal un historien coupable d’avoir énoncé une vérité connue de tous : l’antisémitisme est une constante dans la plupart des mentalités arabo-musulmanes. La haine d’Israël est l’explication magique de l’enfermement intellectuel et psychique de ces sociétés. Que les plaignants s’affublent du faux-nez de l’antiracisme pour accuser Georges Bensoussan de racisme anti-arabe et d’islamophobie, ne change rien non plus au résultat, ils ont ajouté leur part à la pollution culturelle présente.

Ce bilan est un désastre. Que certains estiment reconstruire leur virginité en se défaussant sur le Crif de leur propre aveuglement ou de ce qu’ils ont eux-mêmes contribué à construire relève de l’imposture.


Une France soumise - Les voix du refus

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Israël / Gaza : ce que cache la « Marche du retour »

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Derrière la vision simpliste qu’en ont la plupart des médias, la « Marche du retour » – qui a fait plusieurs morts vendredi 30 mars à Gaza – cache une réalité plus compliquée.


Vendredi dernier, des dizaines de milliers de Palestiniens se sont massés dans cinq points de la zone frontalière qui sépare la bande de Gaza d’Israël. Soudain, plusieurs centaines d’entre eux se sont mis en mouvement.

Une  « manifestation pacifique » avec des éléments armés

Avançant en terrain découvert vers les clôtures marquant la frontière, ils ont été arrêtés net par des tireurs d’élite postés du côté israélien. D’autres Palestiniens, armés ceux-ci, ont essayé de placer des charges explosives près de la clôture frontalière, tentant de se rapprocher des soldats israéliens pour leur tirer dessus ou profitant d’une brèche dans la clôture pour s’infiltrer en territoire israélien et commettre un attentat. Bilan humain : 17 palestiniens tués. La clôture a résisté et empêché une entrée massive de Palestiniens en territoire israélien. On ne peut qu’imaginer le bilan humain si jamais ce que les médias qualifient trop facilement de « manifestation pacifique » avait atteint son objectif, à savoir forcer la clôture et faire traverser la frontière à des (dizaines de) milliers de Palestiniens.

Il suffit des images, des reportages et des insinuations habituels (« Le Premier ministre israélien félicite l’armée après que celle-ci a tué 17 Palestiniens vendredi… ») pour que le message subliminal passe : les méchants Israéliens ont encore massacré d’innocents Palestiniens. Peu importe si entre un tiers (selon le Hamas) ou deux tiers (selon l’armée israélienne) des Palestiniens tués combattaient au sein de la branche armée du Hamas ou du Djihad islamique. A aucun moment la possibilité que la responsabilité repose sur un autre acteur qu’Israël n’a été évoquée. Pourtant, l’information est disponible, même en français.

L’autre « Nakba »

Observons ce que pense l’Autorité palestinienne elle-même de la situation à Gaza. Un peu d’analyse lexicographique permet d’éclaircir les choses. La création de l’Etat d’Israël en 1948 a été vécue comme une tragédie sous le nom arabe de « Nakba ». Ce mot signifiant désastre ou catastrophe désigne plus précisément la défaite des Arabes de Palestine au terme de la guerre civile qui les opposa aux Juifs du pays en 1947-1948 puis leur exode massif. C’est probablement le mot le plus chargé – émotionnellement et politiquement – dans ce lexique.

Pourtant, en juin 2017, l’Autorité palestinienne a repris ce terme pour qualifier le coup d’Etat que le Hamas avait perpétré à Gaza une décennie plus tôt. C’est en vain que vous chercherez cette information dans les articles sur les graves incidents survenus à la frontière entre Israël et la bande Gaza vendredi dernier. Il n’y est pas davantage fait mention de la tentative d’assassinat du Premier ministre de l’Autorité palestinienne Rami Hamdallah pendant une visite officielle à Gaza il y a à peine trois semaines.

En outre, l’Autorité palestinienne a diminué la rémunération de ses anciens fonctionnaires à Gaza (payés depuis une décennie sans rien faire mais contribuant largement à l’activité économique) et a cessé de fournir du fuel à Gaza. Bref, le tableau se précise : dans la lutte entre Ramallah (Fatah) et Gaza (Hamas), tous les moyens sont bons pour faire plier l’adversaire. D’autant qu’Israël portera toujours le chapeau. Ce n’est pas très compliqué : dans le cadre de la négociation politique entre Ramallah et Gaza sur une réconciliation et la reprise du contrôle de la bande de Gaza par l’Autorité palestinienne, cette dernière fait subir une forte pression économique aux habitants de la « prison à ciel ouvert ».

Si « La Marche du retour » avait réussi…

Mais le plus intéressant est un autre détail, cité en boucle sans que personne ne s’interroge sur son sens : qu’est-ce que « La Marche du retour » ? Et de quel « retour » s’agit-il exactement ? Le lecteur occidental pense spontanément au retour des réfugiés palestiniens dans leur pays d’origine. Or, tout dépend du « pays » dont on parle. Tandis que les Occidentaux y voient un synonyme de « patrie », c’est-à-dire le territoire de l’Etat-nation, de nombreux Palestiniens, notamment les habitants des camps de réfugiés de la bande de Gaza, entendent par là leur village. Ceux qui ont marché vers Israël vendredi dernier ne réclamaient donc pas une solution de nature politique (un Etat) mais aspiraient à retrouver les maisons qu’ils ont quittées il y a soixante-dix ans et dont ils ont souvent gardé la clé. Autrement dit, le projet d’un retour dans leurs foyers exige la destruction de l’Etat d’Israël.

Quoi qu’on en dise, les Palestiniens ne sont pas dans le double langage. Beaucoup d’entre eux se trouvent simplement dans une phase de l’évolution de leur culture politique qui leur empêche de distinguer propriété et souveraineté, clan et nation.

Ceux qui critiquent, parfois à raison, le gouvernement israélien, devraient donc se souvenir des raisons pour lesquelles les électeurs israéliens votent pour Netanyahou. Depuis qu’Israël a totalement évacué la bande de Gaza en 2005, les Israéliens estiment qu’une majorité de Palestiniens reste incapable d’accepter la moindre solution politique.

Guerre commerciale: quand le monde s’éveillera, la Chine tremblera

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La guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine a déjà lieu. Si la Chine vient de répliquer à l’offensive de Donald Trump, elle pourrait vite s’essouffler. Surtout si l’Europe finit par suivre son cousin américain…


Donald Trump a été élu sur un programme de protection de l’industrie et des emplois américains. Et il fait ce qu’il avait annoncé, pendant que les médias ne se focalisent que sur des affaires privées, inventées, déformées ou amplifiées. D’autres commentateurs, ignorants du droit américain ou formatés (comme l’ancien président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet) critiquent ses actions pour ses changements d’axes fréquents sans comprendre qu’il s’agit là de l’essence même de son habileté à négocier.

Donald Trump remet l’Empire à côté du village

Il a, par exemple, annoncé aux Canadiens et aux Européens son intention de taxer les importations d’acier (25%) et d’aluminium (10%) avant de revenir sur cette mesure, mais en maintenant la surtaxation sur les métaux chinois… Il semble qu’il ait négocié avec ces partenaires occidentaux une action concertée – ou en tout cas une neutralité – dans sa confrontation avec la Chine.

Rappelons qu’après avoir obtenu le visa de l’United States International Trade Commission (USITC), comportant des élus démocrates et républicains, les Etats-Unis avaient lourdement taxé les lave-linge coréens et les panneaux photovoltaïques chinois… L’USITC fonctionne selon des critères juridiques étrangers à l’esprit de l’OMC (et inconnus en droit français) qui sont simplement de savoir si une importation « peut ou non affecter l’industrie américaine ». Plusieurs enquêtes de ce type sont en cours, par exemple sur les fabricants de toners chinois.

A lire aussi: Le libre-échange, c’est la guerre commerciale

Mal connues et, encore moins, analysées en France, de nouvelles taxes sur les importations chinoises viennent d’être instituées par l’administration américaine, toujours après avis positif de l’USITC. Le 12 mars, c’est un autre comité (le CFIUS) pour l’investissement étranger aux États-Unis qui avait recommandé à l’administration Trump de bloquer l’OPA hostile du fabricant de semi-conducteurs chinois Broadcom sur l’entreprise de technologie sans fil américaine Qualcomm. Puis Washington avait adopté les mesures sur l’acier et l’aluminium. Et, déjà, on annonce des mesures pour protéger les technologies américaines et mettre fin au système des joint ventures que Pékin impose aux investisseurs étrangers sur son territoire, ce qui permet aux entreprises chinoises d’acquérir à peu de frais les brevets et know-how des géants américains. Le président Trump a annoncé, le 22 mars, que les États-Unis imposeraient de nouvelles taxes sur quelque 60 milliards de dollars d’importations chinoises. Les États-Unis doivent dévoiler d’ici peu la liste de 1.300 (!) produits chinois qui pourraient être surtaxés à la suite de l’enquête dite « section 301 » sur les transferts de technologies.

Xi Jinping tombe dans le piège de Donald Trump

Pour ne pas perdre la face, les Chinois – s’imaginant sans doute pouvoir à terme renégocier avec les Etats-Unis comme les Européens l’ont fait – sont tombés dans le piège tendu par le président Trump et ont, à leur tour, taxé en douanes, le 26 mars, pas moins de 128 produits américains : notamment le porc, le vin et certains fruits. Depuis le 2 avril, ces produits importés en Chine seront frappés de droits de douane supplémentaires de 15 à 25 %.

Le déficit commercial entre la Chine et les Etats-Unis est gigantesque (près de 400 milliards $) mais le président chinois Xi Jinping, exalté par le statut quasi impérial dont il vient de se doter, a précipitamment et imprudemment mordu à l’appât de Donald Trump. Il n’en sortira pas sans dommages. L’économie chinoise, calquée sur le plan de développement japonais des années 1960, a absolument besoin d’exporter pour survivre et absorber les ondes sociales de son immense exode rural. Nul ne peut prédire quelles en seront les conséquences sur l’économie chinoise puis, inévitablement, sur la situation politique intérieure de l’Empire du Milieu. Le ton des médias chinois, dopés au succès industriel et militaire du pays, est menaçant: ils proclament que la Chine n’a pas peur d’une guerre commerciale et retrouvent leur rhétorique communiste agressive. Aux Etats-Unis, même les démocrates qui détestent le plus Donald Trump adoptent ses éléments de langage, telle la sénatrice Elizabeth Warren qui, après avoir rencontré vendredi et samedi le vice-premier ministre Liu He, stratège de la politique économique, a déclaré avoir eu « une discussion approfondie sur la façon dont les mesures chinoises qui faussent les échanges commerciaux finissent par porter préjudice aux travailleurs américains». On voit que l’on se rapproche des élections mid term !

La course aux désarmements

Et le mouvement ne semble pas près de s’achever car le président Trump vient de signer un mémorandum donnant pour instructions au représentant des États-Unis pour le commerce extérieur (USTR) d’envisager une augmentation des droits de douane sur certains produits que la Chine exporte vers les États-Unis, y compris dans les domaines de l’aérospatial, de l’armement, de la machinerie et des technologies de l’information et de la communication. D’après une enquête de l’USTR, certaines actions politiques et pratiques du gouvernement chinois, liées au transfert de technologies, à la propriété intellectuelle et à l’innovation, étaient déraisonnables ou discriminatoires et imposaient un fardeau ou des restrictions sur le commerce américain.

A lire aussi: Donald Trump et Kim Jong-un : un barrage pour le Pacifique

Donald Trump a demandé aux départements et organismes compétents de collaborer avec le secrétaire au Trésor pour proposer des mesures visant à remédier aux préjudices causés aux États-Unis par les pratiques d’investissements de la Chine en matière d’acquisition des technologies sensibles qui ne sont pas encore entièrement couvertes par les textes en vigueur. Le 25 mars, le président déclarait: « Sous mon gouvernement, le vol de la prospérité américaine prendra fin. Nous allons défendre notre industrie et créer – enfin – un système concurrentiel équitable pour les travailleurs américains ». Il ressort en effet de l’enquête précitée que la Chine obligerait les entreprises américaines à céder leurs droits de propriété intellectuelle pour avoir accès aux marchés chinois, par exemple en exigeant que les entreprises automobiles étrangères (à énergies nouvelles) concèdent les technologies entrant dans leur fabrication. Robert Lighthizer, le représentant des États-Unis pour le Commerce extérieur, a diffusé un communiqué dénonçant « les pratiques commerciales injustes et sans précédent de la Chine [qui] représentent un sérieux défi non seulement pour les États-Unis, mais aussi pour nos alliés et partenaires à travers le monde ». C’est un message en direction des Européens. Saurons-nous saisir cette opportunité et suivre le « brise-glace » ? S’il peut être gênant pendant quelque temps pour les Etats-Unis (et l’Europe) d’importer moins de Chine, mais avec un effet reconstituant à terme de leur tissu industriel, il peut être fatal bien plus vite pour la Chine de ne plus exporter…

Quand la Chine s'éveillera...: ... Le monde tremblera

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Dans la tête de Xi Jinping

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Que reste-t-il de la Britpop? Noel Gallagher!

Maintenant que Pulp, Supergrass, Blur, Oasis, Boo Radleys, Elastica, Suede et autres groupes fers de lance du mouvement Britpop des années 1990 ont enfin disparu des radars, ne reste qu’un survivant, l’unique, le meilleur de tout ce petit monde : Noel Gallagher, seul rescapé d’Oasis, puisque Liam son frère se fourvoie désormais dans une soupe à la fraise froide et insipide comme une reprise de Radiohead par Lana Del Rey.

Look back in Noel Gallagher

La Britpop, souvenez-vous : ce phénomène musical monté de toutes pièces par les médias pour réactiver le mythe d’une rivalité à la hauteur de celle, imaginaire, entre les Beatles et les Rolling Stones, avec Blur dans le rôle des gentils néo-scarabées et Oasis dans celui des nouvelles pierres qui roulent. Sauf qu’entre ces deux nouveaux camps la guerre était bien réelle, Noel Gallagher (compositeur d’Oasis) allant jusqu’à déclarer en 1995 : « Je déteste Damon Albarn (leader de Blur). J’espère qu’il attrapera le sida et mourra. » Aujourd’hui, Noel et Damon sont copains comme cochons, les belles histoires d’amitié commencent souvent par un petit malentendu.

Au tournant des années 2010, Gallagher a pris son envol en « solo », avec un nouveau groupe : High Flying Birds. Oasis a disparu des écrans le jour où les frères ennemis se sont une dernière fois fendus la gueule, à coups de Fender, juste avant d’entrer sur la scène du Festival Rock en Seine, le 28 août 2009. A la guerre comme Gallagher…

L’évaporation d’Oasis a révélé un désert : le mouvement Britpop tout entier n’était qu’un mirage. Noel Gallagher, lui, continue de dispenser sa bonne musique aux foules et ses sorties promotionnelles ne passent toujours pas inaperçues. Bien sûr, on pourrait consacrer tout un papier aux coups de gueule légendaires du lads mancunien, comme les récents « F**k Jeremy Corbyn. He’s a Communist » (qui pourrait dire ça en France sans risquer de se faire ostraciser ? Cf. les propos récents de Philippe Torreton dans l’émission C à Vous) ou encore « Politicians ? They’re f**king idiots. They’re economists, that’s all they are » (source : The Independent, 30/11/2017). Sa vision du Brexit, limpide, paraît bien mesurée à côté. En français : « On a demandé au peuple de voter, le peuple a voté, ça s’appelle la démocratie, ceux que cela dérange ou inquiète devraient passer à autre chose » (source : The Telegraph, 16/11/2017). Cette liberté réelle d’expression n’empêche pas le chanteur de vendre des wagons de disques, outre-Manche et ailleurs. En effet, sa musique reste sa meilleure carte de visite pour mettre tout le monde d’accord. Dès son premier essai officiel post-Oasis, Noel Gallagher’s High Flying Birds (2011), le rescapé de la Britpop nous a littéralement téléportés sur la Carnaby Street des légendes mods, avec des chansons sorties du baluchon d’un George Harrison période All Things Must Pass – émancipé lui aussi du joug de ses frères ennemis – entre nébuleuses psyché et ballades en or pur. Un lien ontologique unit ces deux-là : l’influence de John Lennon.

La preuve en son et lumière :

Quatre ans plus tard, en 2015, Noel récidive avec la même insolente efficacité et prouve par la même occasion que son nouveau groupe porte décidément bien son nom, effaçant d’un battement d’aile le souvenir diffus d’Oasis :

Aujourd’hui, l’artiste sort un disque où paix intérieure et zen émoi investissent l’espace. Pour preuve, le titre de l’objet : Who Built The Moon ? Avec cette troisième pièce apportée à son édifice lunaire, Gallagher se construit une place solide dans la constellation des étoiles du rock. Quand on vous dit qu’il prend un peu plus d’altitude à chaque album : il faut avoir une sacrée hauteur de vue pour voir dans notre planète un monde merveilleux…

Who Built The Moon ? est un condensé de pop vintage et de glam rock aux grands espaces psychédéliques, parfois bluesy, où les guitares s’ébrouent en apesanteur ; une musique cristallisant tout ce qui a participé à la grandeur et à la décadence de « la perfide Albion » sur la scène musicale internationale des 50 dernières années. De la Britpop, à la sauce Noel Gallagher : 100% Britrock !

Le voyage sur la lune passera par Paris : Noel Gallagher sera en concert à l’Olympia le 4 avril.

Embarquement immédiat :

Who Built The Moon

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« La combativité sociale était bien plus forte en 1995 »


Pour le politologue Stéphane Rozès, une majorité de Français consent aux réformes de Macron. Mais l’opinion étant très largement souverainiste et attachée au modèle social français, le président devra obtenir des gages de Bruxelles et Berlin, sans quoi un scénario semblable aux grèves de 1995 ne sera plus à exclure.


Causeur. En novembre-décembre 1995, alors que la grève des cheminots était, de façon étonnante, soutenue par une partie de l’opinion, vous avez inventé le concept de « grève par procuration ». Mais 2018 ne sera pas un remake de 1995, écriviez-vous en substance dans Le Monde du 3 mars. Que s’est-il passé pendant ce quasi-quart de siècle ?   

Stéphane Rozès. Bien sûr, en dehors de la SNCF, la combativité sociale était bien plus forte en 1995. Mais la capacité d’un mouvement social à faire reculer un gouvernement dépend aussi et même surtout de la coagulation entre des grèves bloquantes et l’opinion. Autrement dit, ce ne sont pas les facteurs économiques et sociaux qui sont déterminants, mais la variable politico-idéologique. En 1995, deux Français sur trois soutenaient le mouvement qui bloquait le pays bien qu’il les gênât en tant qu’usagers. Cela a créé une rupture dans la perception, par rapport aux mouvements sociaux précédents, durant lesquels les grévistes étaient considérés comme des égoïstes arc-boutés sur leurs privilèges corporatistes. C’est que l’opinion s’était servie des grévistes par procuration pour envoyer un message au président Chirac. Élu sur la « fracture sociale », il semblait au travers du plan Juppé tourner le dos à son contrat avec la nation en lui demandant de s’adapter aux contraintes extérieures européennes pour amener la France à se mettre dans les clous de la mise en place de l’euro.

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En somme, nous considérions que les cheminots, en se battant pour leur retraite, défendaient l’intérêt général ? Avions-nous raison ou était-ce une illusion ?

Si le cheminot et les autres grévistes deviennent la figure de la défense de l’intérêt général, c’est qu’au début des années 1990, le pays était devenu idéologiquement antilibéral au plan économique. Après la chute du mur de Berlin, avec le passage du capitalisme managérial au capitalisme financier, 55% des Français se sont mis à penser qu’ils pouvaient devenir exclus, SDF ou chômeurs de longue durée. Devenus incapables, dans la mondialisation néolibérale, de se projeter dans un avenir meilleur, les Français font un retour vers la nation protectrice, la République, les services publics, perçus comme autant de boucliers face à la dérégulation des marchés. S’est alors formé un large front idéologique anti-néolibéral entre classes populaires et moyennes, dont la pétition Bourdieu, portée par la petite bourgeoisie intellectuelle, fut l’expression. Seuls Chevènement et Séguin portaient politiquement ces valeurs. 1995 a été un mouvement d’interpellation des gouvernants et des élites par le peuple, mouvement qui a agrégé la question sociale et la question nationale.

Du reste, Erik Israélewicz, alors patron du Monde, parlait de la première révolte contre la mondialisation.

C’était bien vu ! Comme sondeur, travaillant confidentiellement pour Alain Juppé et la direction de la CGT, j’avais constaté que prise isolément, chaque mesure du plan Juppé était soutenue par l’opinion, mais que le plan était rejeté pour des raisons politiques profondes. Les syndicalistes furent autant surpris que le Paris politico-médiatique par le soutien de l’opinion aux grévistes. En réalité, il ne s’agissait pas de défendre leurs intérêts matériels, mais leurs intérêts moraux communs. Quant aux pétitionnaires qui, autour de Rosanvallon, s’opposèrent à Bourdieu, ils croyaient eux aussi rejouer les disputes idéologiques sur la question sociale des années 1970-1980. Or, loin de conforter la démocratie et la lutte contre un totalitarisme, alors disparu, le libre déploiement des marchés semblait remettre en cause la démocratie elle-même, tandis que le président Chirac paraissait, au travers du plan Juppé, agir sous la contrainte d’une Europe réduite au rôle de relais de la mondialisation néolibérale.

Vingt-trois ans plus tard, dans la France de Macron, cette forme de critique de la mondialisation semble avoir perdu la partie. Ce retournement de l’opinion traduit-il une résignation à l’inévitable ou une véritable adhésion ?

Si l’individualisme et le repli ont pu progresser depuis le début des années 1990, la France est toujours très majoritairement anti-néolibérale et attachée à la souveraineté nationale, à la République et à notre modèle social. Ce qui change, par rapport à 1995, c’est la séquence politique : si les réformes du gouvernement Philippe ne suscitent pas l’adhésion, si le président Macron est impopulaire, pour l’heure, le pays consent à laisser le pouvoir avancer dans ses réformes sans le bloquer.

Pourquoi ce consentement politique alors même que les réformes entamées sont douloureuses socialement, voire perçues comme injustes ?

À cause de l’alternative impossible présentée explicitement ou implicitement par les gouvernants successifs et l’Europe : survivre ou conserver notre identité. Emmanuel Macron prétend la dépasser. Il ne veut ni résister ni plier devant la mondialisation. Il a été élu sur l’idée que ce n’étaient pas les Français les responsables de leur malheur, mais le système politique. Il les invitait à se mettre en marche à partir de leurs talents. Il affirme devant le Congrès que le « premier mandat que [lui] ont confié les Français c’est de restaurer la souveraineté de la nation ». Sous la direction de cette figure bonapartiste, la France est prête à accepter quelques coups de canif dans son modèle pour reconquérir son destin. La question nationale pour l’heure préempte la question sociale.

Si des gens sont prêts à sacrifier ce merveilleux modèle social, c’est sans doute qu’il ne remplit plus ses fonctions d’intégration et qu’il est devenu l’objet d’un festival de ressentiments.  Beaucoup pensent qu’il y a d’un côté ceux qui cotisent et de l’autre ceux qui reçoivent…

Les Français estiment que la SNCF, l’école ou l’hôpital ne fonctionnent pas assez bien, mais ils demeurent attachés au service public et à ses missions : égalité, continuité, accessibilité, mais aussi qualité et réactivité. Reste à savoir si les réformes actuelles visent à adapter notre modèle social vieux de plusieurs siècles ou à le remettre en cause. Un modèle structure anthropologiquement une communauté humaine, on n’en change pas comme de veste. Et son efficacité dépend à la fois de son imaginaire, des institutions politiques, des modalités économiques et des rapports sociaux. C’est l’économicisme au sommet de l’État qui explique notre recul économique et notre dépression politique.

La réponse de Macron satisfait-elle les Français ?

La voie est étroite. Comme la bicyclette, le macronisme tient tant qu’il est en mouvement ! Il doit avancer en conciliant l’idée que le pays est en marche et l’assurance qu’il adapte et sauvegarde notre modèle. Pour l’heure, le pays consent au macronisme, mais si l’Europe ne redonne pas des marges de manœuvre, l’opinion pourrait instrumentaliser le cheminot – ou n’importe quelle catégorie – dans une jacquerie interpellant les pouvoirs.

Georges Bensoussan, le procès d’un innocent ?


Accusé d’incitation à la haine par les apôtres de l’islamophobie pour avoir cité de mémoire, dans le contexte particulier d’un débat, les propos du sociologue Smaïn Laacher évoquant la dimension culturelle de l’antisémitisme « dans les familles arabes », l’historien de la Shoah Georges Bensoussan, a été relaxé il y a un an. Jeudi 29 mars avait lieu son procès en appel.


L’absurde disputait au droit la tenue du procès en appel de Georges Bensoussan, jeudi 29 mars. Un procès est affaire de symbole, de codes culturels, de rituels, tout comme le droit s’inspire de la culture qui l’a construit. Quand la cour entre dans la salle d’audience tout le monde se lève.

Faites entrer la femme voilée

Être le témoin de la présentation d’une vidéo apportée par une femme voilée à la présidence du tribunal, comme témoignage à charge contre Georges Bensoussan, avait quelque chose de totalement surréaliste. Comment la présidente a-t-elle pu ne pas exiger de cette personne de se présenter tête nue devant la cour ? La farce, la mauvaise foi, le dévoiement des mots ont révélé en creux comment le droit peut être détourné, dévoyé. Feindre d’utiliser les armes de la justice pour détruire le vrai, feindre de respecter les règles de la démocratie pour imposer un ordre totalitaire, tel était l’enjeu fondamental du procès en appel de Georges Bensoussan.

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Il faut être particulièrement aveugle pour ne pas le voir. Ce que veulent les parties civiles c’est le faire condamner, c’est pouvoir afficher à leur tableau de chasse ce superbe trophée : l’historien du Mémorial de la Shoah ne serait qu’un raciste anti-musulman et anti-arabe qui se dissimulerait à l’ombre de ses travaux portant sur les crimes nazis commis contre les Juifs. Cette stratégie de djihad judiciaire mise au point par le Comité contre l’islamophobie en France (CCIF) sait utiliser les moyens du droit qui régissent une société démocratique, elle sait se faire passer pour victime et accabler celui qui la dévoile pour le désigner comme agresseur.

Demande de requalification pour « injure raciale »

Comment l’Etat peut-il se prêter à cette sinistre mascarade ? Comment ces signalements pour provocation à la haine ont-ils pu être déclarés recevables par le Ministère public au lieu d’être éconduits ? Comment cette procédure d’appel peut-elle se tenir avec la participation du parquet aux côtés des parties civiles ? L’avocat général a reconnu qu’elle n’avait rien trouvé dans les mots de Georges Bensoussan qui puisse accréditer l’idée d’une incitation à la haine raciale. Mais les pitbulls de l’islamisme ne lâchent pas aussi aisément leur proie. Une astuce juridique a permis, donc, en dernière minute,  aux parties civiles de demander la requalification comme « injure raciale » des mots de Georges Bensoussan. Cette nouvelle disposition permettrait aux parties civiles un réajustement stratégique quand elles ont été déboutées de leur plainte initiale.

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L’absurde serait triomphant dans cette farce judiciaire si jamais le tribunal retenait cet argument. Que de temps perdu, d’énergie gaspillée, de salaires dépensés, de moyens mobilisés cet après-midi de mars. Vingt-quatre heures après avoir honoré la mémoire de victimes de l’islamisme, voilà que l’Etat consentirait au renversement des rôles !

Ce n’était pas à Georges Bensoussan d’être assis dans le box des accusés mais à ceux qui l’accusent d’y figurer. Avant Georges Bensoussan, il y a déjà eu Robert Redeker, Pascal Bruckner, Charlie Hebdo, Mohamed Louizi et d’autres. Ces actions en justice font partie de la panoplie des moyens déployés par les islamistes pour culpabiliser et réduire au silenceaprès avoir semé la terreur. Comment peut-on ne pas reconnaître ces ennemis alors que dans le même temps c’est leur idéologie qui inspire les jouisseurs de mort ? Si un jour un historien se penche sur les raisons de cette étrange défaite des années 2000, il devra regarder les archives de ce procès.

Testament d’un terroriste islamiste

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©Jung Yeon-Je

Est-il bien raisonnable de laisser un cinéaste déraisonnable commenter chaque mois l’actualité en toute liberté ? Assurément non. Causeur a donc décidé de le faire. 


Je suis fiché S.

Je suis le prochain.

Vous pourrez interroger mes voisins. Après…

Ils vous diront tous que j’étais calme, gentil, serviable… Je suis une menace endogène. Je vis avec ma famille. Tranquille. Je dis bonjour, pardon et je porte les paniers des vieilles dames.

Vous croyez quoi ? Que je vais tout faire pour me faire remarquer avant d’agir ? Que je vais aller m’entraîner au tir dans les bois alors que je sais que je suis fiché ?

On passe toujours à l’acte brusquement. Parce qu’il faut bien qu’il y ait un commencement après avoir été discret.

Je n’ai pas pu partir en Syrie.

Mais je serai utile ici.

Je suis ce que vous appelez « un petit dealer multirécidiviste ». Je suis une recrue précieuse parce que je connais suffisamment bien les trucs des keufs pour pouvoir les déjouer et parce que j’ai fait suffisamment de mal dans le passé pour avoir besoin de faire beaucoup de bien maintenant que j’ai compris. Longtemps, j’ai été dans l’illégal d’après vos lois qui ne sont pas celles de Dieu, mais aussi, malheureusement, dans l’illicite.

Car seul Allah le Très Haut a le droit de déclarer une chose licite ou illicite. Ici, des gens ont rendu licites certaines choses déclarées illicites par Allah. D’autres ont rendu illicites certaines choses déclarées licites par Allah. Grâce à mes frères, j’ai appris que je pouvais me rattraper en agissant pour le bien d’Allah. J’ai compris que, quoi que je fasse, je ne suis pas dans l’illicite quand j’agis pour la gloire d’Allah.

Je sais faire maintenant, grâce à eux, la différence entre al-hallal et al-haram.

Je ris d’avance de leur négociateur qui voudra parlementer « pour que ça se termine bien ». Je parlementerai. Le temps que le buzz parte dans les médias, le temps que le monde sache que je suis un soldat d’Allah, le temps que le monde se rappelle qu’il ne faut pas oublier d’avoir peur.

Mais croyez-vous que je me serais donné tout ce mal pour rater ensuite l’occasion inespérée de tomber en martyr, c’est-à-dire d’avoir la certitude d’accéder au paradis ? Il y a d’autres moyens d’y accéder bien sûr. Mais ils ne sont pas totalement certains. Surtout pour quelqu’un qui comme moi a vécu jusqu’il y a peu dans la mécréance et la délinquance.

Si on ne me laisse pas mourir en martyr, je ne pourrai pas labelliser du sceau du bien mon passé dissolu. Alors, au moment où je vais avoir accès à tout ce qui me fait rêver alors que je ne l’aurai jamais ici-bas, imaginez-vous que je vais renoncer parce qu’un kafir me jouera de la flûte ?

323 frères, déjà, sont revenus de Syrie et d’Irak. On est 20 000 fichés en France ! Vous pensez qu’on ne sait pas que vous n’avez pas les moyens de nous surveiller efficacement ?

Vous croyez qu’on ne sait pas combien de dizaines de milliers de policiers il faudrait pour réussir à tous nous tracer correctement ? Vous croyez qu’on se gêne pour vous balader, pour vous occuper afin de laisser le champ libre à nos frères qui ont besoin de quelques heures de tranquillité pour faire ce qu’ils ont à faire ?

Je me suis bien amusé quand j’ai laissé un message sur le Facebook d’un type que je ne connaissais même pas, mais qui avait un nom arabe et quelques photos des frères en Syrie sur son profil. Je lui ai écrit : « Je t’amène la guitare la semaine prochaine… »

Le type a répondu « Quelle guitare ? » et je lui ai répondu « Oh pardon, erreur d’aiguillage ».

Et puis j’ai cherché le profil d’un autre type avec un nom arabe et des photos des frères sur son profil, un type que je ne connaissais pas non plus et j’ai écrit : « J’ai prévenu pour le concert. C’est la semaine prochaine. » Le type ne m’a même pas répondu, mais sinon je lui aurais dit un truc du genre : « OK, si la musique ne t’intéresse plus…. »

Ensuite, j’ai attendu que la semaine passe et il m’a bien semblé que j’avais les keufs au cul. Et le lundi, je me suis levé à cinq heures, je me suis fait un petit kawa et à cinq heures trente, je sortais de l’immeuble avec un étui à guitare…

Ils m’ont suivi toute la matinée…

J’ai fait plein d’arrêts, je suis revenu sur mes pas, reparti dans l’autre sens… Je ne sais pas quelles voitures me suivaient, mais quel que soit l’endroit, je n’étais jamais le seul automobiliste. Ou alors il y avait au moins une moto. Finalement, j’ai laissé l’étui sur un parking vers trois heures de l’après-midi et je suis rentré chez moi.

J’imagine leur tête quand ils l’ont ouvert ! Il n’y avait rien dedans.

J’ai bien dû mobiliser une dizaine de flics avec mon histoire. Pendant ce temps-là, les frères des environs étaient tranquilles pour faire ce qu’ils avaient à faire. Peu de chance qu’il y ait assez de monde pour les suivre en même temps que moi. Surtout qu’eux, ils n’avaient laissé aucune trace de ce qu’ils allaient faire. Même moi je ne sais pas ce qu’ils avaient à faire. Je savais juste qu’ils avaient besoin d’une demi-journée de tranquillité. Il a suffi d’une phrase échangée à la mosquée et je savais comment aider…

Demain, c’est moi qui aurai un truc à faire.

Demain, c’est moi qui occuperai le terrain. Vous nous faites reculer là-bas, mais ici on continuera d’exister. En semant la terreur et la mort. En occupant le devant de la scène. Vous ne libérerez pas vos pensées de la crainte qu’on vous inspire. On recule géographiquement pour le moment, mais on ne cède pas un pouce sur le terrain de l’effroi.

Ne cherchez pas les « donneurs d’ordre », on n’est pas Al-Qaida.

On n’est pas dans une structure militaire avec une élite qui commande des troupes.

On fait du roommate-terrorisme, on est les colocataires de vos sociétés et vous n’y pouvez rien. On est les Uber du terrorisme. On apporte notre propre voiture et le pourcentage que prend Daech sur chacune de nos courses, c’est la crainte qu’il continue d’inspirer malgré son recul territorial.

Et nos femmes ont des ventres et elles enfanteront pour perpétuer de génération en génération la vraie parole d’Allah.

J’étais destiné à n’être personne et je peux devenir quelqu’un en mourant pour la gloire du Très Haut. Moi, le rien du tout, je peux être individualisé par la mort en gagnant de surcroît ma place au paradis.

Je vous dis à demain…

Ou rendez-vous là-haut pour les meilleurs d’entre vous…

Le petit terroriste

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Il faut, au contraire, augmenter le nombre de parlementaires

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Edouard Philippe à l'Assemblée nationale, avril 2018. SIPA. 00852729_000020

La réforme des institutions présentée, le 4 avril, par le Premier ministre Edouard Philippe prévoit une réduction du nombre de parlementaires. Un projet démagogique qui renforcera la France des villes et le pouvoir du président Macron.


Depuis quelques années, une large majorité des forces politiques, pour une fois en phase avec la majorité des sondés, se prononce pour une réduction du nombre de parlementaires. Un jour, quelqu’un a décrété que députés et sénateurs étaient décidément trop nombreux et que cela coûtait trop cher au contribuable. On en a profité pour expliquer que nous possédions un nombre record de parlementaires payés à ne rien faire, et l’idée s’est installée. Ne craignant aucun paradoxe, certains ajoutaient qu’il valait mieux avoir moins de députés et qu’ils puissent recruter davantage d’assistants, ce qui entrait en collision avec le premier objectif cité de réduire les coûts, tout en favorisant le népotisme par rapport à la démocratie.

La France n’est pas l’Amérique

En fait, nous n’avons pas trop de parlementaires. Au lieu de comparer avec l’Etat fédéral américain – comble de la malhonnêteté intellectuelle -, comparons plutôt avec un pays de taille et structure équivalentes, comme le Royaume-Uni, et on constatera qu’il ne faudrait pas réduire le nombre de parlementaires mais plutôt l’augmenter.

On a l’habitude. Quand il avait fallu réduire le nombre de régions, il avait été martelé pendant des années que nos régions étaient moins peuplées que celles de notre voisin et principal partenaire allemand. Or, les régions françaises d’avant 2015 étaient en moyenne déjà plus peuplées que les Länder. Ce n’était pas la taille des régions allemandes qui faisaient leur force mais les compétences dont elles avaient la charge. A l’heure où le gouvernement prétend lutter contre les fameuses « fake news », peut-être faudrait-il, plutôt que de les entretenir, tordre le cou à ces légendes urbaines.

La « France périphérique » a besoin de parlementaires

En fait, pour se faire bien voir de certains électeurs qui pensent qu’ils sont trop nombreux pour le peu de travail qu’ils semblent effectuer, ce qui est d’ailleurs le plus souvent injuste, les partis politiques avaient quasiment tous intégré cette réduction du nombre de parlementaires dans leurs programmes. Ainsi, il est piquant d’entendre aujourd’hui Bruno Retailleau, l’un des plus proches de François Fillon, s’alarmer du danger que fait peser cette mesure sur la représentation des territoires alors que son ami proposait de tailler à la hache dans les effectifs de députés et sénateurs. Il faut dire que François Fillon proposait de tailler à la hache dans tous les effectifs dont il aurait eu la charge, ce qui n’a d’ailleurs pas été pour rien dans la chute qu’il a subi entre le 1er décembre 2016 et le 25 janvier 2017, chute bien plus forte, rappelons-le, que celle qu’il a connu ensuite après les révélations du Canard enchaîné. Mais puisque Bruno Retailleau et autres anciens soutiens de François Fillon se sentent dorénavant plus soucieux de la représentativité de tous les territoires, ne boudons pas notre satisfaction.

Car l’heure est à la dénonciation – légitime la plupart du temps – de « Macron, l’homme des métropoles ». Diminuer le nombre des députés et sénateurs, c’est augmenter le nombre de communes qu’un parlementaire de la France périphérique devra couvrir dans sa circonscription, alors que celui de la France urbaine aura la partie la plus facile. Diminuer ce nombre, cela se traduira forcément par un avantage pour les métropoles, celle qui a voté le plus pour le président de la République. Diminuer ce nombre, enfin, en ajoutant une dose de 15% d’élus à la proportionnelle désignés par les appareils politiques parisiens, réduira considérablement le poids des territoires dans les choix publics. Tout le contraire de ce qu’il faut faire pour renouer avec une cohésion nationale et réconcilier France des villes et France des champs.

La République au pas

Mais il ne faut pas s’y tromper, la décision d’Emmanuel Macron n’est pas seulement dirigée contre les adversaires de La République En Marche (LREM). Elle est en fait dirigée principalement contre les députés du parti présidentiel. En se réservant le droit de désigner directement, grâce à la proportionnelle, une partie des futurs élus à l’Assemblée nationale, et de diminuer une bonne partie des futurs effectifs du groupe parlementaire LREM élus dans les territoires, il pose sur leur tempe la menace de ne pas être reconduits dans leurs fonctions en 2022. L’investiture sera très chère et on le leur signifie. Quelle meilleure arme pour calmer une majorité hétérogène, faite de membres sélectionnés sans doute très rapidement l’an dernier, et qui pourrait commencer à se montrer un peu remuante voire frondeuse ?

On a beau expliquer à l’Elysée qu’un tiers des parlementaires LREM ne travaille pas ou peu et qu’il ne serait pas illégitime de ne conserver que les députés utiles à la nation, on se montre dubitatif, expérience aidant, sur le fait que le tiers de députés qui disparaîtra de la circulation sera celle qui comprend les moins travailleurs. Les « godillots » seront forcément favorisés. Les personnalités indépendantes et de conviction seront éliminées. Il n’y aura que des perdants à cette réforme démagogique : les territoires, les convictions, le citoyen et même le contribuable. Si, par chance, cette réforme de nos institutions est soumise au référendum, on espère que des personnalités fortes mouilleront leur chemise pour l’expliquer.

Dérapage

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Les entreprises françaises ont la phobie des chômeurs

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Manifestation de chômeurs et de précaires à Paris, janvier 2013. SIPA. 00651303_000009

Si la France a la phobie du chômage, c’est parce que ses entreprises ont la phobie des chômeurs. Elles préfèrent souvent débaucher des employés plutôt que de puiser dans l’important vivier de chômeurs français qualifiés et compétents.


C’est une question que personne ne semble vous poser. Pourtant, Edouard Philippe, j’ai sous les yeux pléthore de CV de candidats de grande expérience, et dont les compétences professionnelles et les qualités personnelles sont indéniables, en recherche d’emploi. Comment expliquez-vous que les entreprises ne se les arrachent pas ?

Et si on contrôlait le recrutement des entreprises ?

A l’ « offre raisonnable d’emploi » que doivent accepter les chômeurs, pourquoi ne pas opposer un principe de réciprocité, un « refus raisonnable d’embauche » aux employeurs. Pourquoi les employeurs ne seraient-ils pas, eux-aussi, suivis dans leurs sélections de candidats recrutés ? Leurs décisions sont parfois arrêtées sur la base d’a priori profondément ancrés dans la société française, comme le fait de croire qu’un candidat débauché serait plus compétent qu’un talent inemployé. Ils privilégient quasi systématiquement les personnes en poste au détriment de celles en recherche active d’emploi qui, dès lors, ne peuvent plus se réinsérer.

A lire aussi: Emploi: les recruteurs sont-ils tous compétents pour juger si vous l’êtes ?

Vous vous faites, Monsieur le Premier ministre, le chantre de la fin des tabous. Je vous prends au mot. Qu’attendez-vous pour agir en ce sens plutôt que d’opposer les Français sur leur âge (jeunes/ seniors) ou leur statut (salariés, chômeurs, retraités…) ? Qu’attendez-vous pour oser dire : « Oui, dans le système actuel, une personne compétente peut se retrouver, pour longtemps, au chômage (2 ans, 5 ans, sa vie restante ?). Oui, les plus méritants sont aussi touchés par ce fléau qui, dans une société culpabilisante, peut, psychologiquement comme physiquement, détruire leur vie » ?

Le développement de l’auto-entrepreneuriat n’améliore que les statistiques du chômage

Ne me dites-pas qu’en tant qu’ancien maire du Havre, vous n’avez pas rencontré la détresse de ces personnes expérimentées, techniquement compétentes, actives dans leur recherche d’emploi et, pourtant, sur le banc de touche. J’ose espérer que vous n’allez pas dépenser l’argent d’un Etat exsangue pour les  faire contrôler par des conseillers Pôle Emploi n’ayant pas, pour la plupart, leur niveau de compétences !

D’ailleurs, certains d’entre eux ne vous offriront pas cette opportunité : ils sont devenus entrepreneurs (auto-entrepreneurs souvent pour tenter de s’en sortir), un statut convoité par beaucoup de nos concitoyens. Mais ces derniers  savent-ils que la moyenne de leurs revenus mensuels est de 490 euros, soit un niveau inférieur à celui du RSA ? La baisse du nombre de chômeurs ne serait-elle pas, en grande partie, le résultat d’un phénomène de vases communicants, les chômeurs devenant des autoentrepreneurs aux revenus quasi inexistants ?

Vaincre la phobie du chômage 

Vous savez qu’il faut fluidifier le marché du travail. Cela ne se décrète pas simplement à coups d’ordonnances. Cela suppose un profond changement de mentalité et de culture en France, notamment au sein des grandes entreprises. En cette période de profonds bouleversements et de transition, il n’y a très probablement pas, à un moment donné, suffisamment de travail rémunéré pour tous. C’est un simple état de fait, au moins à court terme. Il faut l’assumer.

Dans ce contexte, et en laissant de côté l’expatriation en tant que solution, il convient de faire tourner les effectifs pour que ceux, en poste, acceptent d’évoluer en passant parfois par une phase d’entre-deux appelée « chômage ou formation », pendant que d’autres, hors-poste, retrouvent un emploi. Ce turn-over  qui devrait être naturel est bloqué par la peur du chômage au cœur du système français depuis des décennies. N’est-ce pas de votre ressort de contribuer à vaincre cette phobie ?

A lire aussi: Non, Edouard Philippe, il ne suffit pas d’être compétent pour trouver un travail

Cela ne se fera pas, à mon sens, en opposant les uns aux autres, en ajoutant des mesures coercitives à l’endroit des demandeurs d’emploi,  en maintenant des tabous ou en entretenant le déni  mais par toujours plus de pédagogie, de courage,  en sachant vous entourer de personnes empathiques ayant elles-mêmes déjà vécu des revers dans leur vie professionnelle et prêtes à en témoigner pour transformer la société française. Sans une vision lucide et juste du marché du travail, accompagnée d’un projet social compris et partagé, vos efforts risquent bien de ne pas délivrer les résultats escomptés.

"Vous êtes trop qualifiée pour le poste..."

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Alain Finkielkraut: « Nous nous devons d’honorer la mémoire d’Arnaud Beltrame »

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Alain Finkielkraut, septembre 2017. ©Hannah ASSOULINE/Opale/Leemage

Morceaux choisis de l’Esprit de l’escalier, par Alain Finkielkraut.


Qu’est-ce que le populisme ? (11 mars)

Une déferlante populiste est-elle en train de submerger l’Europe ? Avant de répondre à cette question, il faut s’entendre sur la signification du mot. Les trois grandes composantes du populisme, dans son acception classique, sont l’anti-élitisme, l’anti-intellectualisme et le refus de l’altérité sous toutes ses formes. « Le poisson pourrit par la tête », disait Pierre Poujade, qui défendait d’un même souffle ceux d’ici contre ceux d’ailleurs et les petits contre les gros.

Cette façon de voir et de parler n’a pas disparu comme par enchantement, mais ce qui différencie notre situation des années 50 du XXe siècle, c’est, pour reprendre l’expression très éclairante de Dominique Reynié, « la percée du populisme patrimonial ». Ce populisme invoque le droit à la continuité historique, car, comme dit Ortega y Gasset : « L’homme n’est jamais un premier homme, il ne peut continuer à vivre qu’à un certain niveau de passé accumulé, voilà son seul trésor, son privilège, son signe. »

Après Hitler, on a voulu purger les identités nationales et l’identité européenne de toute consistance identitaire, sur le modèle habermassien du « patriotisme constitutionnel ». Il n’y a donc plus d’élitisme patrimonial et c’est le populisme qui remplit ce vide. Le peuple, ou certains segments du peuple, veut la préservation d’un monde que les classes dominantes ont entrepris de remplacer par les règles du marché et du droit. Une telle attitude est qualifiée de xénophobe. Ainsi confond-on dans un même opprobre la peur de l’étranger et la douleur de devenir étranger chez soi. On peut glisser de la douleur à la peur et de la peur à la haine, certaines formations politiques en Europe cèdent à cette horrible tentation. Ce n’est pas en criminalisant la douleur, mais en lui donnant statut et en cherchant les moyens d’y remédier qu’on pourra faire barrage à ces mauvais penchants. Pour l’heure, comme l’écrit Guillaume Perrault dans Le Figaro : « Des masses d’Italiens ont eu le sentiment que la volonté résolue d’un changement radical en matière d’asile, d’immigration et de nationalité ne pouvait trouver une expression, bien sûr, au Parti démocrate, celui de Matteo Renzi, ni même à Forza Italia prisonnière de son europhilie inconditionnelle et solidaire des règles juridiques contraignantes imposées par l’Union. Une majorité du pays a ainsi rappelé à ses élus qu’ils ne sont pas là pour la surveiller, mais pour appliquer sa volonté. » Volonté non seulement xénophobe mais europhobe, nous dit-on. Regardons-y de plus près.

A lire aussi: Alain Finkielkraut sur l’alternative entre populisme et politiquement correct et sur la journée des droits des femmes

Au nom des impératifs de l’économie, des exigences de la morale et de « l’avantage que représente la diversité culturelle », le Conseil européen et la Commission réclament avec une constance que rien n’entame toujours plus d’immigration extra-européenne. Or, en changeant de population, l’Europe est amenée à changer d’identité. Si, comme le dit Stephen Smith, l’africanisation de l’Europe est inéluctable, l’Europe ne sera plus l’Europe, tout simplement. Qui donc est europhobe ? Celui qui ne supporte pas de voir disparaître la civilisation européenne, ou celui qui ne la voit même pas agoniser, obnubilé qu’il est par les droits de l’homme, les valeurs universelles et l’anti-élitisme ? L’anti-élitisme des élites, telle est la grande et triste nouveauté de notre temps. Bérénice Levet, dans son livre Le Crépuscule des idoles progressistes, en donne quelques exemples éloquents. En 2015, la médiathèque musicale de Paris organisait une exposition dont l’intitulé était : « Le classique ne me rasera plus ! » et dont voici l’argumentaire : « Sérieuse, la musique classique ? Raffinée ? Distinguée ? Élégante ? Tu parles ! De la caricature au gag, de l’humour tonique au mauvais goût le plus radical, venez découvrir comment l’édition phonographique a pu casser l’image un peu surannée et élitiste de la musique classique, à travers une sélection de pochettes issue des collections patrimoniales de la médiathèque. » Lors de la folle journée de Nantes en 2008, Schubert était relooké « en costard sans cravate et parfaitement à l’aise dans ses baskets ». Et en 2010, Chopin, affublé d’un polo rouge, main sur la hanche, était représenté bras dessus bras dessous avec une George Sand en tee-shirt blanc portant une inscription en rouge…

La nouvelle élite progressiste est décontractée, ne s’intéresse à son patrimoine que pour en faire l’appendice de la « world culture », une prémonition décoiffante du rock ou du rap, en somme. Alors même qu’elle milite ardemment pour le renforcement de l’Union européenne, cette élite apporte son concours rigolard à l’enterrement de l’Europe.

Qu’est-ce que le néoféminisme ? (11 mars)

Le 8 mars, Journée internationale des femmes, Libération consacrait sa couverture au scandale des inégalités salariales. « Malgré la loi, lisait-on, l’écart des salaires est toujours de 25% en France. » Ici, la désintox, comme disent les journaux, s’impose. Partout, dans le monde occidental, on fait la même constatation : les femmes vont majoritairement vers des professions moins rémunérées : le soin, les relations humaines, les ONG, la médecine, la justice, l’enseignement, plutôt que l’engineering, l’industrie ou la finance. La différence de salaires résulte donc de leurs choix et non d’une discrimination de la part des employeurs. Les femmes, de surcroît, n’ont pas le même engagement dans le travail, qu’elles aient ou non des enfants, elles font moins d’heures supplémentaires, elles sont moins dans la concurrence. Ce sont surtout des femmes qui travaillent à temps partiel ou qui prennent leur mercredi. Peut-être arrivera-t-on, demain, en combattant dès la plus tendre enfance les « stéréotypes de genre » à l’indifférenciation des sexes. Aujourd’hui, en tout cas, la discrimination salariale qui sévit encore ici ou là est très sévèrement sanctionnée. Les fautifs sont passibles du tribunal correctionnel et ils risquent non seulement une très grosse amende, mais la prison.

Il faut aussi rappeler qu’à la direction des ressources humaines des entreprises, à l’Inspection du travail et dans la magistrature, les femmes sont d’ores et déjà très majoritaires. Un autre chiffre plus modeste est avancé : on dit qu’au même poste, les femmes gagnent 9% de moins que les hommes. C’est vrai, mais là encore, la responsabilité de l’employeur n’est pas toujours engagée : les carrières n’évoluent pas au même rythme, les femmes choisissent beaucoup plus souvent que les hommes de travailler à temps partiel, et en plus du congé maternité, elles prennent souvent un congé parental. Les médias, décidément, sont fâchés avec les faits.

Quelques jours avant le 8 mars, un collectif de professionnels du 7e art a réclamé des quotas pour une égalité réelle des sexes dans les métiers du cinéma. Il s’agit, écrivaient notamment Annie Duperey, Isabelle Carré, Éva Darlan et Yamina Benguigui, de mettre fin à la répartition inéquitable des subventions et de faire émerger de nouvelles figures dans la création et l’industrie de la culture : « Le cinéma a besoin de l’imagination des femmes, de la fabrication de leurs images, de leurs histoires, pour en finir avec les stéréotypes haineux de l’esthétique dominante. » Autrement dit, Fellini, Bergman, Charlie Chaplin, Alain Resnais, Lars Von Trier, ne sont pas des artistes irremplaçables, ce sont les représentants interchangeables de la gent masculine. De même, les femmes doivent être entendues en tant que femmes, en tant qu’exemplaires de leur espèce, et de l’exemplaire à l’exemplarité il n’y a qu’un pas, allègrement franchi par Frances McDormand lors de la cérémonie des Oscars.  « L’objectif, a dit l’actrice récompensée, est de donner une représentation réaliste des femmes, et d’imposer une histoire de l’égalité. » Comment imaginer, dans ces conditions, un personnage féminin odieux ou dominateur ?

Dans Le Monde daté du 9 mars et paru le 8, Hélène Bekmezian et Sylvie Kauffmann affirment fièrement : « Cinq mois après, #metoo est toujours là. » Elles saluent le hashtag lancé par Sandra Muller, elle-même cible de comportements déplacés : #balancetonporc. « La violence de cette formule était révélatrice de ressentiments accumulés par celles qui subissent en silence, conscientes de la protection accordée par la société au système de la domination sexuelle. » Je rappelle que la France dispose de l’arsenal juridique le plus répressif à l’égard des comportements machistes, et je voudrais à mon tour, après cinq mois de campagne effrénée, dresser un bilan et risquer une définition du néoféminisme.

Le néoféminisme est un amalgamisme : les viols et les propositions indécentes sont mis dans le même sac. Le « porc » de Sandra Muller lui avait dit qu’elle avait de gros seins et qu’il allait la faire jouir toute la nuit, elle a été scandalisée, il n’a pas insisté. Le gouvernement vient de faire entrer cet amalgamisme dans la loi en instaurant le délit d’outrage sexiste, qui crée une continuité criminelle entre des comportements totalement dissemblables.

Le néoféminisme est un réalisme socialiste : dans un monde où le Mal vient du mâle, et du mâle exclusivement, les femmes appartiennent toutes au camp du Bien, et c’est leur souffrance et leur révolte que l’art a pour mission de mettre en scène.

Le néoféminisme est un combat acharné contre ce qui reste de différence des sexes dans les façons d’être, de faire et de sentir des hommes et des femmes.

Le néoféminisme, enfin, est un bovarysme : comme les contestataires de Mai 68 qui se prenaient pour des révolutionnaires ou pour des résistants, les néoféministes vivent dans un monde imaginaire et se conçoivent autres qu’elles ne sont. Il y a encore des violences, des agressions, des atteintes sexuelles, mais le journal Le Monde a mis un place une task force de quinze journalistes pour décrire un système d’oppression, alors que jamais dans l’histoire de l’humanité les femmes n’ont été aussi libres qu’aujourd’hui en Europe occidentale, et si les choses changent demain, ce sera du fait de la déseuropéanisation de l’Europe. Que les choses soient claires : je ne remets pas en cause les conquêtes du féminisme. Elles sont inestimables. Ce qui m’inquiète, c’est la victoire que le néoféminisme est en train de remporter sur le féminisme de Simone de Beauvoir et d’Élisabeth Badinter.

Le 8 mars est aussi la date choisie par le Guide suprême de la République islamique pour opposer, dans un grand discours, la chasteté de la femme musulmane aux mœurs décadentes de l’Occident et pour justifier ainsi l’emprisonnement des femmes iraniennes qui osent enlever le voile. Cette coïncidence devrait amener à réfléchir et à ne pas se tromper de combat. Mais peut-être s’agit-il dans cette campagne de stigmatiser toutes les civilisations, et particulièrement la nôtre, pour ne pas stigmatiser l’islam.

Trèbes : l’admiration l’emporte sur l’effroi (25 mars)

Après les attaques meurtrières de Carcassonne et de Trèbes, le gouvernement a promis de lutter contre le terrorisme islamiste avec une détermination sans faille. Dont acte. Mais quand on apprend que l’assassin, bien que fiché S, n’était l’objet d’aucune surveillance particulière, on a de quoi s’inquiéter. Cela ne signifie pas que la police fait mal son travail, mais qu’elle est submergée. Il y a trop d’individus dangereux et susceptibles de passer à l’acte pour les capacités de contrôle et de répression d’un État démocratique. Nous n’en avons donc pas fini avec le terrorisme. Et quand bien même nous sortirions vainqueurs de ce combat, nous n’en aurions pas fini avec l’islamisme. L’arbre des attentats ne doit pas nous cacher la forêt des Molenbeek qui se multiplient sur le territoire national, à l’image de la cité Ozanam à Carcassonne, ce quartier interdit aux journalistes où habitait le terroriste et où les policiers venus perquisitionner ont été accueillis par des insultes et des jets de pierre.

A lire aussi: Attaques terroristes dans l’Aude : l’analyse d’Alain Finkielkraut

Mais, cette fois, l’horreur et l’angoisse n’ont pas le dernier mot. L’admiration l’emporte sur l’effroi. La figure de l’assassin est éclipsée par celle du lieutenant-colonel de gendarmerie qui a fait don de lui-même. On qualifie Arnaud Beltrame de héros. Je ne récuserai bien évidemment pas ce terme. Je ne suis pas sûr néanmoins qu’il soit le plus approprié. Arnaud Beltrame n’a pas risqué sa vie pour la patrie, mais pour sauver la vie d’une otage. Il a proposé au terroriste de se substituer à elle et celui-ci a accepté. Le dévouement qui va jusqu’au « mourir pour l’Autre », c’est, très exactement, nous dit Levinas, la définition de la sainteté.

Avec ce sacrifice, en tout cas, on est aux antipodes du kamikaze qui ne donne pas sa vie mais qui, en transformant son corps en arme de destruction, cherche à tuer au nom d’Allah le plus possible d’apostats ou d’infidèles.

Je ne demande pas la béatification d’Arnaud Beltrame, ce n’est pas de mon ressort. Mais plus encore qu’un hommage, ce saint-cyrien sorti major de sa promotion et qui, après l’École de guerre, a choisi la gendarmerie, mérite des obsèques nationales. Nous, la nation, nous nous devons d’honorer sa mémoire et de l’intégrer pour toujours à la nôtre.

En terrain miné

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La seule exactitude

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Marche blanche contre l’antisémitisme: pourquoi le Crif avait raison

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kalifat lepen melenchon antisemitisme
Marche blanche en hommage à Mireille Knoll. Francis Kalifat, président du Crif, entouré du porte-parole du gouvernement et du ministre de l'Intérieur. Sipa. Numéro de reportage : AP22183595_000010.

Il faut être d’une singulière mauvaise foi pour faire porter au Crif la responsabilité des incidents survenus au cours de la marche blanche en hommage à Mireille Knoll. Son président, Francis Kalifat avait déclaré avant cette marche que la présence de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon n’y était pas souhaitée. Le Crif n’a jamais prétendu interdire quoi que ce soit. Il était prévisible que des incidents se produiraient avec la présence de ces deux personnes et ils ont bien eu lieu. Le propos de Kalifat était donc fondé dans sa prévision et son anticipation. S’il ne l’avait pas dit, de quelle turpitude aurait-il été accusé : de collaboration, de tolérance pour les extrêmes : l’une qui est allée danser la valse avec d’anciens nostalgiques nazis et l’autre pour sa haine très progressiste d’Israël. Fallait-il composer avec ces gens-là ? Serait-ce par esprit sectaire que ces deux-là n’étaient pas souhaités ou par souci de prévention de désordres prévisibles ?

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L’alibi antisioniste…

C’est la haine obsessionnelle d’Israël, c’est l’alibi antisioniste qui a donné à l’antisémitisme ses lettres de noblesse. Cette « forme renouvelée de l’antisémitisme », pour reprendre les mots du président de la République, n’est que la reformulation d’une constante. Elle permet de rendre acceptable sinon vertueuse le déni d’une légitimité : celle de l’affirmation nationale du peuple juif. Que cette incapacité à penser la complexité de cette question soit le fait de personnes de bonne foi de gauche et de droite ne change rien au résultat. Que d’autres à droite de la droite fassent mine d’oublier que l’antisémitisme traditionnel de certains d’entre eux cohabitait avec la haine d’Israël ne change rien non plus au résultat. Que le Quai d’Orsay fasse semblant de ne pas être au courant de sa complaisance passée à l’égard des formes les plus extrémistes du mouvement palestinien ne change rien à l’affaire. Que le moraliste en chef de Libération, Laurent Joffrin soit aussi oublieux de certains de ses éditoriaux compassionnels pour angelots turcs du Mavi Marmara, pour la sainteté de Stéphane Hessel ne change rien non plus au résultat.

…rend le fond de l’air irrespirable

C’est bien l’amalgame de ces composantes diverses qui a permis à l’air du temps de devenir irrespirable pour les Juifs. C’est cet ensemble de vecteurs qui rend possible la situation ubuesque actuelle qui convoque au tribunal un historien coupable d’avoir énoncé une vérité connue de tous : l’antisémitisme est une constante dans la plupart des mentalités arabo-musulmanes. La haine d’Israël est l’explication magique de l’enfermement intellectuel et psychique de ces sociétés. Que les plaignants s’affublent du faux-nez de l’antiracisme pour accuser Georges Bensoussan de racisme anti-arabe et d’islamophobie, ne change rien non plus au résultat, ils ont ajouté leur part à la pollution culturelle présente.

Ce bilan est un désastre. Que certains estiment reconstruire leur virginité en se défaussant sur le Crif de leur propre aveuglement ou de ce qu’ils ont eux-mêmes contribué à construire relève de l’imposture.


Une France soumise - Les voix du refus

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Israël / Gaza : ce que cache la « Marche du retour »

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hamas fatah israel marche retour
Jeunes palestiniens à la frontière entre Gaza et Israël, 2 avril 2018. Sipa. Numéro de reportage : 00852618_000023.

Derrière la vision simpliste qu’en ont la plupart des médias, la « Marche du retour » – qui a fait plusieurs morts vendredi 30 mars à Gaza – cache une réalité plus compliquée.


Vendredi dernier, des dizaines de milliers de Palestiniens se sont massés dans cinq points de la zone frontalière qui sépare la bande de Gaza d’Israël. Soudain, plusieurs centaines d’entre eux se sont mis en mouvement.

Une  « manifestation pacifique » avec des éléments armés

Avançant en terrain découvert vers les clôtures marquant la frontière, ils ont été arrêtés net par des tireurs d’élite postés du côté israélien. D’autres Palestiniens, armés ceux-ci, ont essayé de placer des charges explosives près de la clôture frontalière, tentant de se rapprocher des soldats israéliens pour leur tirer dessus ou profitant d’une brèche dans la clôture pour s’infiltrer en territoire israélien et commettre un attentat. Bilan humain : 17 palestiniens tués. La clôture a résisté et empêché une entrée massive de Palestiniens en territoire israélien. On ne peut qu’imaginer le bilan humain si jamais ce que les médias qualifient trop facilement de « manifestation pacifique » avait atteint son objectif, à savoir forcer la clôture et faire traverser la frontière à des (dizaines de) milliers de Palestiniens.

Il suffit des images, des reportages et des insinuations habituels (« Le Premier ministre israélien félicite l’armée après que celle-ci a tué 17 Palestiniens vendredi… ») pour que le message subliminal passe : les méchants Israéliens ont encore massacré d’innocents Palestiniens. Peu importe si entre un tiers (selon le Hamas) ou deux tiers (selon l’armée israélienne) des Palestiniens tués combattaient au sein de la branche armée du Hamas ou du Djihad islamique. A aucun moment la possibilité que la responsabilité repose sur un autre acteur qu’Israël n’a été évoquée. Pourtant, l’information est disponible, même en français.

L’autre « Nakba »

Observons ce que pense l’Autorité palestinienne elle-même de la situation à Gaza. Un peu d’analyse lexicographique permet d’éclaircir les choses. La création de l’Etat d’Israël en 1948 a été vécue comme une tragédie sous le nom arabe de « Nakba ». Ce mot signifiant désastre ou catastrophe désigne plus précisément la défaite des Arabes de Palestine au terme de la guerre civile qui les opposa aux Juifs du pays en 1947-1948 puis leur exode massif. C’est probablement le mot le plus chargé – émotionnellement et politiquement – dans ce lexique.

Pourtant, en juin 2017, l’Autorité palestinienne a repris ce terme pour qualifier le coup d’Etat que le Hamas avait perpétré à Gaza une décennie plus tôt. C’est en vain que vous chercherez cette information dans les articles sur les graves incidents survenus à la frontière entre Israël et la bande Gaza vendredi dernier. Il n’y est pas davantage fait mention de la tentative d’assassinat du Premier ministre de l’Autorité palestinienne Rami Hamdallah pendant une visite officielle à Gaza il y a à peine trois semaines.

En outre, l’Autorité palestinienne a diminué la rémunération de ses anciens fonctionnaires à Gaza (payés depuis une décennie sans rien faire mais contribuant largement à l’activité économique) et a cessé de fournir du fuel à Gaza. Bref, le tableau se précise : dans la lutte entre Ramallah (Fatah) et Gaza (Hamas), tous les moyens sont bons pour faire plier l’adversaire. D’autant qu’Israël portera toujours le chapeau. Ce n’est pas très compliqué : dans le cadre de la négociation politique entre Ramallah et Gaza sur une réconciliation et la reprise du contrôle de la bande de Gaza par l’Autorité palestinienne, cette dernière fait subir une forte pression économique aux habitants de la « prison à ciel ouvert ».

Si « La Marche du retour » avait réussi…

Mais le plus intéressant est un autre détail, cité en boucle sans que personne ne s’interroge sur son sens : qu’est-ce que « La Marche du retour » ? Et de quel « retour » s’agit-il exactement ? Le lecteur occidental pense spontanément au retour des réfugiés palestiniens dans leur pays d’origine. Or, tout dépend du « pays » dont on parle. Tandis que les Occidentaux y voient un synonyme de « patrie », c’est-à-dire le territoire de l’Etat-nation, de nombreux Palestiniens, notamment les habitants des camps de réfugiés de la bande de Gaza, entendent par là leur village. Ceux qui ont marché vers Israël vendredi dernier ne réclamaient donc pas une solution de nature politique (un Etat) mais aspiraient à retrouver les maisons qu’ils ont quittées il y a soixante-dix ans et dont ils ont souvent gardé la clé. Autrement dit, le projet d’un retour dans leurs foyers exige la destruction de l’Etat d’Israël.

Quoi qu’on en dise, les Palestiniens ne sont pas dans le double langage. Beaucoup d’entre eux se trouvent simplement dans une phase de l’évolution de leur culture politique qui leur empêche de distinguer propriété et souveraineté, clan et nation.

Ceux qui critiquent, parfois à raison, le gouvernement israélien, devraient donc se souvenir des raisons pour lesquelles les électeurs israéliens votent pour Netanyahou. Depuis qu’Israël a totalement évacué la bande de Gaza en 2005, les Israéliens estiment qu’une majorité de Palestiniens reste incapable d’accepter la moindre solution politique.

Guerre commerciale: quand le monde s’éveillera, la Chine tremblera

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Une femme passe à côté d'un vendeur de produits dérivés de l'armée américaine à Pékin en Chine, mars 2018. SIPA. AP22181606_000008

La guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine a déjà lieu. Si la Chine vient de répliquer à l’offensive de Donald Trump, elle pourrait vite s’essouffler. Surtout si l’Europe finit par suivre son cousin américain…


Donald Trump a été élu sur un programme de protection de l’industrie et des emplois américains. Et il fait ce qu’il avait annoncé, pendant que les médias ne se focalisent que sur des affaires privées, inventées, déformées ou amplifiées. D’autres commentateurs, ignorants du droit américain ou formatés (comme l’ancien président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet) critiquent ses actions pour ses changements d’axes fréquents sans comprendre qu’il s’agit là de l’essence même de son habileté à négocier.

Donald Trump remet l’Empire à côté du village

Il a, par exemple, annoncé aux Canadiens et aux Européens son intention de taxer les importations d’acier (25%) et d’aluminium (10%) avant de revenir sur cette mesure, mais en maintenant la surtaxation sur les métaux chinois… Il semble qu’il ait négocié avec ces partenaires occidentaux une action concertée – ou en tout cas une neutralité – dans sa confrontation avec la Chine.

Rappelons qu’après avoir obtenu le visa de l’United States International Trade Commission (USITC), comportant des élus démocrates et républicains, les Etats-Unis avaient lourdement taxé les lave-linge coréens et les panneaux photovoltaïques chinois… L’USITC fonctionne selon des critères juridiques étrangers à l’esprit de l’OMC (et inconnus en droit français) qui sont simplement de savoir si une importation « peut ou non affecter l’industrie américaine ». Plusieurs enquêtes de ce type sont en cours, par exemple sur les fabricants de toners chinois.

A lire aussi: Le libre-échange, c’est la guerre commerciale

Mal connues et, encore moins, analysées en France, de nouvelles taxes sur les importations chinoises viennent d’être instituées par l’administration américaine, toujours après avis positif de l’USITC. Le 12 mars, c’est un autre comité (le CFIUS) pour l’investissement étranger aux États-Unis qui avait recommandé à l’administration Trump de bloquer l’OPA hostile du fabricant de semi-conducteurs chinois Broadcom sur l’entreprise de technologie sans fil américaine Qualcomm. Puis Washington avait adopté les mesures sur l’acier et l’aluminium. Et, déjà, on annonce des mesures pour protéger les technologies américaines et mettre fin au système des joint ventures que Pékin impose aux investisseurs étrangers sur son territoire, ce qui permet aux entreprises chinoises d’acquérir à peu de frais les brevets et know-how des géants américains. Le président Trump a annoncé, le 22 mars, que les États-Unis imposeraient de nouvelles taxes sur quelque 60 milliards de dollars d’importations chinoises. Les États-Unis doivent dévoiler d’ici peu la liste de 1.300 (!) produits chinois qui pourraient être surtaxés à la suite de l’enquête dite « section 301 » sur les transferts de technologies.

Xi Jinping tombe dans le piège de Donald Trump

Pour ne pas perdre la face, les Chinois – s’imaginant sans doute pouvoir à terme renégocier avec les Etats-Unis comme les Européens l’ont fait – sont tombés dans le piège tendu par le président Trump et ont, à leur tour, taxé en douanes, le 26 mars, pas moins de 128 produits américains : notamment le porc, le vin et certains fruits. Depuis le 2 avril, ces produits importés en Chine seront frappés de droits de douane supplémentaires de 15 à 25 %.

Le déficit commercial entre la Chine et les Etats-Unis est gigantesque (près de 400 milliards $) mais le président chinois Xi Jinping, exalté par le statut quasi impérial dont il vient de se doter, a précipitamment et imprudemment mordu à l’appât de Donald Trump. Il n’en sortira pas sans dommages. L’économie chinoise, calquée sur le plan de développement japonais des années 1960, a absolument besoin d’exporter pour survivre et absorber les ondes sociales de son immense exode rural. Nul ne peut prédire quelles en seront les conséquences sur l’économie chinoise puis, inévitablement, sur la situation politique intérieure de l’Empire du Milieu. Le ton des médias chinois, dopés au succès industriel et militaire du pays, est menaçant: ils proclament que la Chine n’a pas peur d’une guerre commerciale et retrouvent leur rhétorique communiste agressive. Aux Etats-Unis, même les démocrates qui détestent le plus Donald Trump adoptent ses éléments de langage, telle la sénatrice Elizabeth Warren qui, après avoir rencontré vendredi et samedi le vice-premier ministre Liu He, stratège de la politique économique, a déclaré avoir eu « une discussion approfondie sur la façon dont les mesures chinoises qui faussent les échanges commerciaux finissent par porter préjudice aux travailleurs américains». On voit que l’on se rapproche des élections mid term !

La course aux désarmements

Et le mouvement ne semble pas près de s’achever car le président Trump vient de signer un mémorandum donnant pour instructions au représentant des États-Unis pour le commerce extérieur (USTR) d’envisager une augmentation des droits de douane sur certains produits que la Chine exporte vers les États-Unis, y compris dans les domaines de l’aérospatial, de l’armement, de la machinerie et des technologies de l’information et de la communication. D’après une enquête de l’USTR, certaines actions politiques et pratiques du gouvernement chinois, liées au transfert de technologies, à la propriété intellectuelle et à l’innovation, étaient déraisonnables ou discriminatoires et imposaient un fardeau ou des restrictions sur le commerce américain.

A lire aussi: Donald Trump et Kim Jong-un : un barrage pour le Pacifique

Donald Trump a demandé aux départements et organismes compétents de collaborer avec le secrétaire au Trésor pour proposer des mesures visant à remédier aux préjudices causés aux États-Unis par les pratiques d’investissements de la Chine en matière d’acquisition des technologies sensibles qui ne sont pas encore entièrement couvertes par les textes en vigueur. Le 25 mars, le président déclarait: « Sous mon gouvernement, le vol de la prospérité américaine prendra fin. Nous allons défendre notre industrie et créer – enfin – un système concurrentiel équitable pour les travailleurs américains ». Il ressort en effet de l’enquête précitée que la Chine obligerait les entreprises américaines à céder leurs droits de propriété intellectuelle pour avoir accès aux marchés chinois, par exemple en exigeant que les entreprises automobiles étrangères (à énergies nouvelles) concèdent les technologies entrant dans leur fabrication. Robert Lighthizer, le représentant des États-Unis pour le Commerce extérieur, a diffusé un communiqué dénonçant « les pratiques commerciales injustes et sans précédent de la Chine [qui] représentent un sérieux défi non seulement pour les États-Unis, mais aussi pour nos alliés et partenaires à travers le monde ». C’est un message en direction des Européens. Saurons-nous saisir cette opportunité et suivre le « brise-glace » ? S’il peut être gênant pendant quelque temps pour les Etats-Unis (et l’Europe) d’importer moins de Chine, mais avec un effet reconstituant à terme de leur tissu industriel, il peut être fatal bien plus vite pour la Chine de ne plus exporter…

Quand la Chine s'éveillera...: ... Le monde tremblera

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Dans la tête de Xi Jinping

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Que reste-t-il de la Britpop? Noel Gallagher!

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Noel Gallagher, New York, février 2018.

Maintenant que Pulp, Supergrass, Blur, Oasis, Boo Radleys, Elastica, Suede et autres groupes fers de lance du mouvement Britpop des années 1990 ont enfin disparu des radars, ne reste qu’un survivant, l’unique, le meilleur de tout ce petit monde : Noel Gallagher, seul rescapé d’Oasis, puisque Liam son frère se fourvoie désormais dans une soupe à la fraise froide et insipide comme une reprise de Radiohead par Lana Del Rey.

Look back in Noel Gallagher

La Britpop, souvenez-vous : ce phénomène musical monté de toutes pièces par les médias pour réactiver le mythe d’une rivalité à la hauteur de celle, imaginaire, entre les Beatles et les Rolling Stones, avec Blur dans le rôle des gentils néo-scarabées et Oasis dans celui des nouvelles pierres qui roulent. Sauf qu’entre ces deux nouveaux camps la guerre était bien réelle, Noel Gallagher (compositeur d’Oasis) allant jusqu’à déclarer en 1995 : « Je déteste Damon Albarn (leader de Blur). J’espère qu’il attrapera le sida et mourra. » Aujourd’hui, Noel et Damon sont copains comme cochons, les belles histoires d’amitié commencent souvent par un petit malentendu.

Au tournant des années 2010, Gallagher a pris son envol en « solo », avec un nouveau groupe : High Flying Birds. Oasis a disparu des écrans le jour où les frères ennemis se sont une dernière fois fendus la gueule, à coups de Fender, juste avant d’entrer sur la scène du Festival Rock en Seine, le 28 août 2009. A la guerre comme Gallagher…

L’évaporation d’Oasis a révélé un désert : le mouvement Britpop tout entier n’était qu’un mirage. Noel Gallagher, lui, continue de dispenser sa bonne musique aux foules et ses sorties promotionnelles ne passent toujours pas inaperçues. Bien sûr, on pourrait consacrer tout un papier aux coups de gueule légendaires du lads mancunien, comme les récents « F**k Jeremy Corbyn. He’s a Communist » (qui pourrait dire ça en France sans risquer de se faire ostraciser ? Cf. les propos récents de Philippe Torreton dans l’émission C à Vous) ou encore « Politicians ? They’re f**king idiots. They’re economists, that’s all they are » (source : The Independent, 30/11/2017). Sa vision du Brexit, limpide, paraît bien mesurée à côté. En français : « On a demandé au peuple de voter, le peuple a voté, ça s’appelle la démocratie, ceux que cela dérange ou inquiète devraient passer à autre chose » (source : The Telegraph, 16/11/2017). Cette liberté réelle d’expression n’empêche pas le chanteur de vendre des wagons de disques, outre-Manche et ailleurs. En effet, sa musique reste sa meilleure carte de visite pour mettre tout le monde d’accord. Dès son premier essai officiel post-Oasis, Noel Gallagher’s High Flying Birds (2011), le rescapé de la Britpop nous a littéralement téléportés sur la Carnaby Street des légendes mods, avec des chansons sorties du baluchon d’un George Harrison période All Things Must Pass – émancipé lui aussi du joug de ses frères ennemis – entre nébuleuses psyché et ballades en or pur. Un lien ontologique unit ces deux-là : l’influence de John Lennon.

La preuve en son et lumière :

Quatre ans plus tard, en 2015, Noel récidive avec la même insolente efficacité et prouve par la même occasion que son nouveau groupe porte décidément bien son nom, effaçant d’un battement d’aile le souvenir diffus d’Oasis :

Aujourd’hui, l’artiste sort un disque où paix intérieure et zen émoi investissent l’espace. Pour preuve, le titre de l’objet : Who Built The Moon ? Avec cette troisième pièce apportée à son édifice lunaire, Gallagher se construit une place solide dans la constellation des étoiles du rock. Quand on vous dit qu’il prend un peu plus d’altitude à chaque album : il faut avoir une sacrée hauteur de vue pour voir dans notre planète un monde merveilleux…

Who Built The Moon ? est un condensé de pop vintage et de glam rock aux grands espaces psychédéliques, parfois bluesy, où les guitares s’ébrouent en apesanteur ; une musique cristallisant tout ce qui a participé à la grandeur et à la décadence de « la perfide Albion » sur la scène musicale internationale des 50 dernières années. De la Britpop, à la sauce Noel Gallagher : 100% Britrock !

Le voyage sur la lune passera par Paris : Noel Gallagher sera en concert à l’Olympia le 4 avril.

Embarquement immédiat :

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« La combativité sociale était bien plus forte en 1995 »

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Cheminots et étudiants défilent ensemble dans les rues de Marseille, le 30 novembre 1995. ©GEORGES GOBET / AFP

Pour le politologue Stéphane Rozès, une majorité de Français consent aux réformes de Macron. Mais l’opinion étant très largement souverainiste et attachée au modèle social français, le président devra obtenir des gages de Bruxelles et Berlin, sans quoi un scénario semblable aux grèves de 1995 ne sera plus à exclure.


Causeur. En novembre-décembre 1995, alors que la grève des cheminots était, de façon étonnante, soutenue par une partie de l’opinion, vous avez inventé le concept de « grève par procuration ». Mais 2018 ne sera pas un remake de 1995, écriviez-vous en substance dans Le Monde du 3 mars. Que s’est-il passé pendant ce quasi-quart de siècle ?   

Stéphane Rozès. Bien sûr, en dehors de la SNCF, la combativité sociale était bien plus forte en 1995. Mais la capacité d’un mouvement social à faire reculer un gouvernement dépend aussi et même surtout de la coagulation entre des grèves bloquantes et l’opinion. Autrement dit, ce ne sont pas les facteurs économiques et sociaux qui sont déterminants, mais la variable politico-idéologique. En 1995, deux Français sur trois soutenaient le mouvement qui bloquait le pays bien qu’il les gênât en tant qu’usagers. Cela a créé une rupture dans la perception, par rapport aux mouvements sociaux précédents, durant lesquels les grévistes étaient considérés comme des égoïstes arc-boutés sur leurs privilèges corporatistes. C’est que l’opinion s’était servie des grévistes par procuration pour envoyer un message au président Chirac. Élu sur la « fracture sociale », il semblait au travers du plan Juppé tourner le dos à son contrat avec la nation en lui demandant de s’adapter aux contraintes extérieures européennes pour amener la France à se mettre dans les clous de la mise en place de l’euro.

A lire aussi: Grèves SNCF 2018: un parfum de Thatcher 1984

En somme, nous considérions que les cheminots, en se battant pour leur retraite, défendaient l’intérêt général ? Avions-nous raison ou était-ce une illusion ?

Si le cheminot et les autres grévistes deviennent la figure de la défense de l’intérêt général, c’est qu’au début des années 1990, le pays était devenu idéologiquement antilibéral au plan économique. Après la chute du mur de Berlin, avec le passage du capitalisme managérial au capitalisme financier, 55% des Français se sont mis à penser qu’ils pouvaient devenir exclus, SDF ou chômeurs de longue durée. Devenus incapables, dans la mondialisation néolibérale, de se projeter dans un avenir meilleur, les Français font un retour vers la nation protectrice, la République, les services publics, perçus comme autant de boucliers face à la dérégulation des marchés. S’est alors formé un large front idéologique anti-néolibéral entre classes populaires et moyennes, dont la pétition Bourdieu, portée par la petite bourgeoisie intellectuelle, fut l’expression. Seuls Chevènement et Séguin portaient politiquement ces valeurs. 1995 a été un mouvement d’interpellation des gouvernants et des élites par le peuple, mouvement qui a agrégé la question sociale et la question nationale.

Du reste, Erik Israélewicz, alors patron du Monde, parlait de la première révolte contre la mondialisation.

C’était bien vu ! Comme sondeur, travaillant confidentiellement pour Alain Juppé et la direction de la CGT, j’avais constaté que prise isolément, chaque mesure du plan Juppé était soutenue par l’opinion, mais que le plan était rejeté pour des raisons politiques profondes. Les syndicalistes furent autant surpris que le Paris politico-médiatique par le soutien de l’opinion aux grévistes. En réalité, il ne s’agissait pas de défendre leurs intérêts matériels, mais leurs intérêts moraux communs. Quant aux pétitionnaires qui, autour de Rosanvallon, s’opposèrent à Bourdieu, ils croyaient eux aussi rejouer les disputes idéologiques sur la question sociale des années 1970-1980. Or, loin de conforter la démocratie et la lutte contre un totalitarisme, alors disparu, le libre déploiement des marchés semblait remettre en cause la démocratie elle-même, tandis que le président Chirac paraissait, au travers du plan Juppé, agir sous la contrainte d’une Europe réduite au rôle de relais de la mondialisation néolibérale.

Vingt-trois ans plus tard, dans la France de Macron, cette forme de critique de la mondialisation semble avoir perdu la partie. Ce retournement de l’opinion traduit-il une résignation à l’inévitable ou une véritable adhésion ?

Si l’individualisme et le repli ont pu progresser depuis le début des années 1990, la France est toujours très majoritairement anti-néolibérale et attachée à la souveraineté nationale, à la République et à notre modèle social. Ce qui change, par rapport à 1995, c’est la séquence politique : si les réformes du gouvernement Philippe ne suscitent pas l’adhésion, si le président Macron est impopulaire, pour l’heure, le pays consent à laisser le pouvoir avancer dans ses réformes sans le bloquer.

Pourquoi ce consentement politique alors même que les réformes entamées sont douloureuses socialement, voire perçues comme injustes ?

À cause de l’alternative impossible présentée explicitement ou implicitement par les gouvernants successifs et l’Europe : survivre ou conserver notre identité. Emmanuel Macron prétend la dépasser. Il ne veut ni résister ni plier devant la mondialisation. Il a été élu sur l’idée que ce n’étaient pas les Français les responsables de leur malheur, mais le système politique. Il les invitait à se mettre en marche à partir de leurs talents. Il affirme devant le Congrès que le « premier mandat que [lui] ont confié les Français c’est de restaurer la souveraineté de la nation ». Sous la direction de cette figure bonapartiste, la France est prête à accepter quelques coups de canif dans son modèle pour reconquérir son destin. La question nationale pour l’heure préempte la question sociale.

Si des gens sont prêts à sacrifier ce merveilleux modèle social, c’est sans doute qu’il ne remplit plus ses fonctions d’intégration et qu’il est devenu l’objet d’un festival de ressentiments.  Beaucoup pensent qu’il y a d’un côté ceux qui cotisent et de l’autre ceux qui reçoivent…

Les Français estiment que la SNCF, l’école ou l’hôpital ne fonctionnent pas assez bien, mais ils demeurent attachés au service public et à ses missions : égalité, continuité, accessibilité, mais aussi qualité et réactivité. Reste à savoir si les réformes actuelles visent à adapter notre modèle social vieux de plusieurs siècles ou à le remettre en cause. Un modèle structure anthropologiquement une communauté humaine, on n’en change pas comme de veste. Et son efficacité dépend à la fois de son imaginaire, des institutions politiques, des modalités économiques et des rapports sociaux. C’est l’économicisme au sommet de l’État qui explique notre recul économique et notre dépression politique.

La réponse de Macron satisfait-elle les Français ?

La voie est étroite. Comme la bicyclette, le macronisme tient tant qu’il est en mouvement ! Il doit avancer en conciliant l’idée que le pays est en marche et l’assurance qu’il adapte et sauvegarde notre modèle. Pour l’heure, le pays consent au macronisme, mais si l’Europe ne redonne pas des marges de manœuvre, l’opinion pourrait instrumentaliser le cheminot – ou n’importe quelle catégorie – dans une jacquerie interpellant les pouvoirs.

Georges Bensoussan, le procès d’un innocent ?

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Georges Bensoussan, 2016. ©DRFP/Leemage

Accusé d’incitation à la haine par les apôtres de l’islamophobie pour avoir cité de mémoire, dans le contexte particulier d’un débat, les propos du sociologue Smaïn Laacher évoquant la dimension culturelle de l’antisémitisme « dans les familles arabes », l’historien de la Shoah Georges Bensoussan, a été relaxé il y a un an. Jeudi 29 mars avait lieu son procès en appel.


L’absurde disputait au droit la tenue du procès en appel de Georges Bensoussan, jeudi 29 mars. Un procès est affaire de symbole, de codes culturels, de rituels, tout comme le droit s’inspire de la culture qui l’a construit. Quand la cour entre dans la salle d’audience tout le monde se lève.

Faites entrer la femme voilée

Être le témoin de la présentation d’une vidéo apportée par une femme voilée à la présidence du tribunal, comme témoignage à charge contre Georges Bensoussan, avait quelque chose de totalement surréaliste. Comment la présidente a-t-elle pu ne pas exiger de cette personne de se présenter tête nue devant la cour ? La farce, la mauvaise foi, le dévoiement des mots ont révélé en creux comment le droit peut être détourné, dévoyé. Feindre d’utiliser les armes de la justice pour détruire le vrai, feindre de respecter les règles de la démocratie pour imposer un ordre totalitaire, tel était l’enjeu fondamental du procès en appel de Georges Bensoussan.

A lire aussi: Bensoussan: nouveau Drumont?

Il faut être particulièrement aveugle pour ne pas le voir. Ce que veulent les parties civiles c’est le faire condamner, c’est pouvoir afficher à leur tableau de chasse ce superbe trophée : l’historien du Mémorial de la Shoah ne serait qu’un raciste anti-musulman et anti-arabe qui se dissimulerait à l’ombre de ses travaux portant sur les crimes nazis commis contre les Juifs. Cette stratégie de djihad judiciaire mise au point par le Comité contre l’islamophobie en France (CCIF) sait utiliser les moyens du droit qui régissent une société démocratique, elle sait se faire passer pour victime et accabler celui qui la dévoile pour le désigner comme agresseur.

Demande de requalification pour « injure raciale »

Comment l’Etat peut-il se prêter à cette sinistre mascarade ? Comment ces signalements pour provocation à la haine ont-ils pu être déclarés recevables par le Ministère public au lieu d’être éconduits ? Comment cette procédure d’appel peut-elle se tenir avec la participation du parquet aux côtés des parties civiles ? L’avocat général a reconnu qu’elle n’avait rien trouvé dans les mots de Georges Bensoussan qui puisse accréditer l’idée d’une incitation à la haine raciale. Mais les pitbulls de l’islamisme ne lâchent pas aussi aisément leur proie. Une astuce juridique a permis, donc, en dernière minute,  aux parties civiles de demander la requalification comme « injure raciale » des mots de Georges Bensoussan. Cette nouvelle disposition permettrait aux parties civiles un réajustement stratégique quand elles ont été déboutées de leur plainte initiale.

A lire aussi: Alain Finkielkraut réagit au procès de Georges Bensoussan

L’absurde serait triomphant dans cette farce judiciaire si jamais le tribunal retenait cet argument. Que de temps perdu, d’énergie gaspillée, de salaires dépensés, de moyens mobilisés cet après-midi de mars. Vingt-quatre heures après avoir honoré la mémoire de victimes de l’islamisme, voilà que l’Etat consentirait au renversement des rôles !

Ce n’était pas à Georges Bensoussan d’être assis dans le box des accusés mais à ceux qui l’accusent d’y figurer. Avant Georges Bensoussan, il y a déjà eu Robert Redeker, Pascal Bruckner, Charlie Hebdo, Mohamed Louizi et d’autres. Ces actions en justice font partie de la panoplie des moyens déployés par les islamistes pour culpabiliser et réduire au silenceaprès avoir semé la terreur. Comment peut-on ne pas reconnaître ces ennemis alors que dans le même temps c’est leur idéologie qui inspire les jouisseurs de mort ? Si un jour un historien se penche sur les raisons de cette étrange défaite des années 2000, il devra regarder les archives de ce procès.