Maintenant que Pulp, Supergrass, Blur, Oasis, Boo Radleys, Elastica, Suede et autres groupes fers de lance du mouvement Britpop des années 1990 ont enfin disparu des radars, ne reste qu’un survivant, l’unique, le meilleur de tout ce petit monde : Noel Gallagher, seul rescapé d’Oasis, puisque Liam son frère se fourvoie désormais dans une soupe à la fraise froide et insipide comme une reprise de Radiohead par Lana Del Rey.

Look back in Noel Gallagher

La Britpop, souvenez-vous : ce phénomène musical monté de toutes pièces par les médias pour réactiver le mythe d’une rivalité à la hauteur de celle, imaginaire, entre les Beatles et les Rolling Stones, avec Blur dans le rôle des gentils néo-scarabées et Oasis dans celui des nouvelles pierres qui roulent. Sauf qu’entre ces deux nouveaux camps la guerre était bien réelle, Noel Gallagher (compositeur d’Oasis) allant jusqu’à déclarer en 1995 : « Je déteste Damon Albarn (leader de Blur). J’espère qu’il attrapera le sida et mourra. » Aujourd’hui, Noel et Damon sont copains comme cochons, les belles histoires d’amitié commencent souvent par un petit malentendu.

Au tournant des années 2010, Gallagher a pris son envol en « solo », avec un nouveau groupe : High Flying Birds. Oasis a disparu des écrans le jour où les frères ennemis se sont une dernière fois fendus la gueule, à coups de Fender, juste avant d’entrer sur la scène du Festival Rock en Seine, le 28 août 2009. A la guerre comme Gallagher…

L’évaporation d’Oasis a révélé un désert : le mouvement Britpop tout entier n’était qu’un mirage. Noel Gallagher, lui, continue de dispenser sa bonne musique aux foules et ses sorties promotionnelles ne passent toujours pas inaperçues. Bien sûr, on pourrait consacrer tout un papier aux coups de gueule légendaires du lads mancunien, comme les récents « F**k Jeremy Corbyn. He’s a Communist » (qui pourrait dire ça en France sans risquer de se faire ostraciser ? Cf. les propos récents de Philippe Torreton dans l’émission C à Vous) ou encore « Politicians ? They’re f**king idiots. They’re economists, that’s all they are » (source : The Independent, 30/11/2017). Sa vision du Brexit, limpide, paraît bien mesurée à côté. En français : « On a demandé au peuple de voter, le peuple a voté, ça s’appelle la démocratie, ceux que cela dérange ou inquiète devraient passer à autre chose » (source : The Telegraph, 16/11/2017). Cette liberté réelle d’expression n’empêche pas le chanteur de vendre des wagons de disques, outre-Manche et ailleurs. En effet, sa musique reste sa meilleure carte de visite pour mettre tout le monde d’accord. Dès son premier essai officiel post-Oasis, Noel Gallagher’s High Flying Birds (2011), le rescapé de la Britpop nous a littéralement téléportés sur la Carnaby Street des légendes mods, avec des chansons sorties du baluchon d’un George Harrison période All Things Must Pass – émancipé lui aussi du joug de ses frères ennemis – entre nébuleuses psyché et ballades en or pur. Un lien ontologique unit ces deux-là : l’influence de John Lennon.

La preuve en son et lumière :

Quatre ans plus tard, en 2015, Noel récidive avec la même insolente efficacité et prouve par la même occasion que son nouveau groupe porte décidément bien son nom, effaçant d’un battement d’aile le souvenir diffus d’Oasis :

Aujourd’hui, l’artiste sort un disque où paix intérieure et zen émoi investissent l’espace. Pour preuve, le titre de l’objet : Who Built The Moon ? Avec cette troisième pièce apportée à son édifice lunaire, Gallagher se construit une place solide dans la constellation des étoiles du rock. Quand on vous dit qu’il prend un peu plus d’altitude à chaque album : il faut avoir une sacrée hauteur de vue pour voir dans notre planète un monde merveilleux…

Who Built The Moon ? est un condensé de pop vintage et de glam rock aux grands espaces psychédéliques, parfois bluesy, où les guitares s’ébrouent en apesanteur ; une musique cristallisant tout ce qui a participé à la grandeur et à la décadence de « la perfide Albion » sur la scène musicale internationale des 50 dernières années. De la Britpop, à la sauce Noel Gallagher : 100% Britrock !

Le voyage sur la lune passera par Paris : Noel Gallagher sera en concert à l’Olympia le 4 avril.

Embarquement immédiat :

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