La France est ce pays où plus d’1,5 millions de gens qualifiés sont au chômage. Parce que les recruteurs ne sont pas toujours compétents et que le travail semble « réservé » à ceux qui en ont déjà un…


Il est grand temps de briser une omerta bien française : des personnes compétentes et expérimentées sont au chômage. Notre Premier ministre, Edouard Philippe, a pourtant martelé au Salon des Entrepreneurs, le 7 février 2018, que « la meilleure des sécurités, [était] la compétence de chaque individu ».

Pour trouver un travail, il faut déjà avoir un travail

Tous âges confondus, 1 612 010 demandeurs d’emploi de niveau Bac + 2 au moins étaient inscrits à Pole Emploi en France métropolitaine au 31 décembre 20171.

L’Association pour l’Emploi des Cadres (APEC) se félicite pourtant du nombre anticipé d’embauches de cadres en 2018 : 271 000 contre 240 000 en 2017. Mais combien d’années faudra-t-il à ce rythme pour écouler le stock de chômeurs de niveau Bac +2 et plus ? Sur la base de ces derniers chiffres, il faudrait de 6 à 7 ans à condition de ne pas recruter de cadres déjà en poste. Or, la réalité, qui intègre le « turn- over » est cruelle : les premiers recrutés sont  les salariés déjà en poste que les entreprises vont débaucher. Si l’on tient compte des licenciements, démissions, départs en retraite… les effectifs de cadres n’ont progressé que de 54000 en 2017. Il faudrait donc près de 30 ans pour écouler le « stock » des 1 612 010 demandeurs d’emploi actuels de niveau minimum Bac+2 !

Les 35-50 ans, la tranche d’âge ignorée

Sur ce « stock » de talents inemployés, l’acharnement à les présenter par classe d’âge,  surtout à opposer lesdits « juniors » aux « seniors », en vient à occulter ceux qui ont entre 35 et 50 ans soit plus de 615 260 professionnels potentiellement compétents, expérimentés, en pleine force de l’âge et qui ne demandent qu’à travailler !

Pour l’heure, ils font peu de bruit car il y a une certaine pudeur à dire : « j’ai fait des études, j’ai développé des aptitudes, je cultive mes réseaux et pourtant,  je ne trouve pas de boulot ! ». Les politiques de tous bords évitent d’aborder ce sujet qui met mal à l’aise et ne font ainsi qu’amplifier le phénomène.

Ces 35-50 ans, diplômés, parfois de nos meilleures écoles et universités, qui ont déjà fait leurs preuves,  étaient « seulement », si j’ose dire, 285 850 au 31 décembre 2007. En dix ans, leur nombre a plus que doublé (+ 115 %). Nous avons un gisement de talents inemployés que nous gâchons voire détruisons, alors même qu’il devrait servir à redresser le pays !

Il ne suffit plus d’être compétent…

D’après notre Premier ministre, « tout investissement en matière de compétences est un investissement qui paie et qui rapporte ». Si en théorie, cela sonne vrai, peut-il faire fi de ce que ressentent ceux qui l’écoutent, bien formés et expérimentés et qui ne retrouvent pas le chemin d’un travail rémunéré ? Ah, s’il suffisait d’être compétent, monsieur le Premier ministre, pour retrouver un emploi en France !

A contrario, ne connaissez-vous pas des personnes en poste, extrêmement bien rémunérées, ayant atteint leur degré d’incompétence comme l’a théorisé Laurence J. Peter et Raymond Hull dans leur ouvrage Le Principe de Peter ? N’est-ce pas celles-là même qui s’octroient souvent le pouvoir de jauger et juger, lors d’embauches, de futurs subalternes ?

Recruteurs incompétents et statistiques manipulées

C’est bien là où le bât blesse ! Ne faut-il pas revoir en profondeur les critères de recrutement au sein de certaines entreprises ? Sont-elles toutes capables de recruter correctement sur des bases objectives et non discriminatoires ?

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Ce qui est certain, c’est que, depuis des années, les Français se laissent enfumer par des statistiques manipulées à des fins de communication politique et au service de certains pouvoirs.

Monsieur Philippe, allez-vous continuer à alimenter l’omerta ou, finalement, avoir le courage de la briser ? Cela induira de nombreuses remises en cause de positions dominantes et figées et ne se fera pas sans casse au sein d’un système français qui doit se réformer à tout prix. C’est pourtant une condition sine qua non pour changer de regard sur le chômage, faire émerger une nouvelle vision du monde du travail et trouver de véritables solutions collectivement salvatrices et porteuses d’avenir pour tous.

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