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À la recherche de l’esprit français


Peut-être vous demandez-vous quelle mouche nous a piqués pour consacrer notre dossier d’été à une notion aussi évanescente et fort éloignée, semble-t-il, des préoccupations immédiates de nos contemporains – même si beaucoup ressentent douloureusement une absence qu’ils ne savent plus nommer.

Cette mouche, c’est notre ami Jean-Michel Delacomptée. En février, il a publié une somme magistrale justement intitulée Grandeur de l’esprit français (Cherche midi), en dix portraits, d’Ambroise Paré à Saint-Simon en passant par François II, Racine, La Fontaine et Bossuet. « Pour évaluer une société, écrit-il, il faut examiner le sort qu’elle réserve à l’esprit. Cette touche d’aérien, de soyeux, d’ample, de délié. D’aristocratique, finalement, si l’on admet que l’aristocratie représente moins une classe sociale que le goût des discours élevés, des profondeurs subtiles et des formes tenues, à rebours du nivellement faussement démocratique qui les écrase. » Autant dire que notre époque, qui déteste les hiérarchies et pratique l’avachissement de masse, coche toutes les cases du saccage.

Si les artistes et les auteurs interrogés dans nos pages ont chacun leur propre conception de l’esprit français, tous sont d’accord pour déplorer son lent effacement, ne serait-ce que parce qu’il ne peut naître que dans cet incubateur qu’est la langue française, dont Jean-Luc Mélenchon demande qu’elle soit désormais appelée « notre langue créole commune ». Alors que nous n’aimons plus guère les choses de l’esprit et tendons à exécrer tout ce qui est national, l’esprit français s’apparente à un chef-d’œuvre en péril, un de ces biens immatériels dont on découvre le besoin qu’on en avait au moment où ils disparaissent.

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Toutefois, il y a deux façons de s’emparer de cet objet insaisissable, selon qu’on le regarde avec les yeux de la lucidité ou ceux de l’amour.

La première, c’est de considérer l’ensemble des traits de caractère et des comportements qui, au fil des siècles, sont devenus une manière d’être, autrement dit de tout prendre, le pire et le meilleur. On mentionnera alors, à côté d’un esprit frondeur qui a engendré Molière et Astérix, une tendance à la délation, courant de la Terreur au wokisme en passant par la Collaboration, ou encore, les oscillations entre l’amour de la liberté et l’accommodement avec la servitude. Sans parler des passions tristes que sont l’envie, la jalousie et la haine impuissante, qui ont fleuri sur notre obsession de l’égalité. En somme, on admettra que, comme chez n’importe quel peuple, et du reste chez tout être humain, l’esprit français fait cohabiter grandeur et petitesse. Dans ce registre légèrement grinçant, Peggy Sastre l’identifie comme la cohabitation « entre l’élan et la lâcheté, la révolte et la soumission, entre l’admirable et le mesquin ».

Mais on peut aussi définir l’esprit français à partir du roman national, ce grand récit que nous nous faisons de notre histoire. On ne conserve alors que les mille facettes de ce diamant singulier qui attirait autrefois les artistes et qui fait aujourd’hui courir les touristes. Peut-être est-ce parce qu’ils sont doués pour le bonheur que Frédéric Beigbeder, Franck Ferrand et bien d’autres se consolent de la médiocrité des temps présents par les merveilles léguées par le passé, qui ne sont pas seulement des cathédrales et des châteaux mais aussi le goût de la conversation civilisée et l’art de parler aux femmes – et des femmes.

C’est cela que nous avons voulu retenir, cette fête des sens et de l’intelligence que célébrera prochainement le musée du Grand Siècle à Saint-Cloud. Un anti-musée de l’immigration pour ainsi dire, imaginé pour tous ceux qui, dans le monde, vibrent encore au mot « France », évocateur de douceur de vivre et de majesté, de belle ouvrage et, peut-être plus encore, de légèreté. N’oublions jamais ce qu’écrivait Montesquieu, qui s’y connaissait en esprit, il y a très exactement trois siècles : « La gravité est le bouclier des sots. »

Pour avoir ton brevet, révise en écoutant France inter!

Propagande et endoctrinement à l’École : la preuve par le Brevet des collèges 2025 ! Le corrigé de l’épreuve de géographie reprend les arguments écologistes diffusés en boucle sur France Inter. En histoire, les élèves ont été priés de ne retenir que les torts imputables à la France dans les exactions de la guerre d’Algérie — mieux que Sébastien Delogu sur la télévision d’État algérienne ! Quant à l’épreuve d’enseignement moral et civique, elle exigeait bien entendu de réciter le catéchisme habituel sur « l’égalité femmes-hommes » et proposait aux plus brillants de composer un discours pour la journée du 8 mars.


L’effondrement de l’Éducation nationale n’est pas le fait du hasard. Il est le fruit de décisions prises de longue date par une oligarchie politico-économico-médiatique dont l’objectif est de transformer en profondeur la société afin qu’elle corresponde à celle que la télévision publique de Mme Ernotte promeut par tous les moyens possibles. Pour ce faire, il est impératif d’empêcher l’émergence de tout esprit critique pouvant remettre en cause ce nouveau monde façonné par et pour cette oligarchie, au détriment de la majorité de la population. Cette caste contrôle la politique, la culture et l’information. Elle méprise les Gueux et concocte depuis cinquante ans des rapports nationaux et européens ne dissimulant rien de son projet mais difficilement accessibles depuis qu’un journalisme paresseux, inculte et aux ordres, se contente d’être la courroie de transmission d’un système qui l’avantage. Le journalisme de l’audiovisuel public et de la presse mainstream est devenu, à l’image de l’Éducation nationale, un outil de propagande au service des puissants de Davos, de l’administration technocratique de l’UE, des organisations supra-nationales, des « élites » qui décident du sort de la population en s’asseyant dessus.

À ceux qui douteraient encore que l’École n’est plus le lieu de la transmission du savoir mais celui de la propagande et de l’endoctrinement, je propose de prendre connaissance des sujets de géographie, d’histoire et d’enseignement moral et civique du Brevet des collèges, série générale, de cette année. C’est édifiant.  

1) Géographie

Il a été demandé aux collégiens « d’analyser et comprendre des documents en géographie ». Les documents en question – un article de journal et une « carte de la vallée de la batterie » – concernent l’implantation d’une « gigafactory », une « usine de fabrication de batteries et de leurs composants » dans la région Hauts de France. Le corrigé de l’épreuve proposé aux enseignants relève tout bonnement de la propagande écologiste : l’élève qui aura su expliquer que la « vallée de la batterie » bénéficie d’une position géographique stratégique, que l’implantation de cette « gigafactory » profitera à toute la région en générant de nombreux emplois, que la voiture électrique est l’avenir et les Hauts de France le nouvel Eldorado d’une industrie « qui va dynamiser la région », a de fortes chances de récolter une excellente note ! On ne voit d’ailleurs pas comment il pourrait en être autrement : depuis plusieurs années, en effet, « l’éducation au développement durable (EDD) fait partie des missions de l’École inscrites dans le Code de l’éducation », est-il écrit sur le site du ministère de l’Éducation nationale. Chaque classe a pour obligation de désigner des éco-délégués qui, « mieux formés, mèneront des projets locaux valorisés par un prix annuel ». Le ministère précise que « cet enseignement vise à développer une conscience écologique et citoyenne chez les élèves, en leur donnant des clés pour comprendre et agir face aux défis environnementaux ». En réalité, cet « enseignement » vise à catéchiser nos jeunes élèves, à leur bourrer le crâne, à les transformer en Gardes verts d’une société dans laquelle toute contradiction apportée à l’écologisme doit être éliminée.

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Si, malgré le travail d’endoctrinement de l’École, le jeune futur citoyen n’a toujours pas compris qu’il est hors de question de remettre en cause le rapport du GIEC, l’idéologie de l’écologie politique et les oukases de l’UE sur la « transition écologique », la radio publique sera là pour le lui rappeler. Le 3 juillet, sur France Inter, Patrick Cohen a profité de son édito politique pour réaffirmer le bien fondé, selon lui, des ZFE, du plan ZAN (Zéro artificialisation nette), de la fin des moteurs thermiques en 2035 et du développement de l’éolien et du photovoltaïque, et pour reprocher à Bruno Retailleau, François-Xavier Bellamy et Julien Aubert d’avoir écrit, dans Le Figaro, une tribune intitulée Rebâtir un parc nucléaire et stopper le financement des renouvelables. D’après M. Cohen, les auteurs de cette tribune auraient subi « la pression politique et médiatique du RN et de ses soutiens », parmi lesquels il compte « les chaînes Bolloré ». M. Cohen fait partie de cette « bourgeoisie urbaine qui se sert de l’écologie pour protéger ses interêts » décrite par Christophe Guilluy. Éminents représentants de la caste médiatique écolo-woke, chantres de la liberté d’expression dès lors qu’elle correspond à leur ligne de pensée et est sévèrement encadrée par l’Arcom, les journalistes de la radio publique apprécient que l’École, loin de former des esprits capables de critiquer un système qui leur convient parfaitement, façonne les futurs auditeurs d’un média qui ne cache plus son mépris pour les Gueux. Le lendemain 4 juillet, sur la même radio, à 6h45, la journaliste Célia Guilleret fustigera, lors de sa chronique “Planète verte”, la tribune de Bruno Retailleau en reprenant à son compte les déclarations du… syndicat des énergies renouvelables disant son « ras le bol de voir sa filière diabolisée presque tous les jours par le RN et maintenant par les Républicains ». Le même jour, sur la même radio, Pascal Canfin, eurodéputé Renew, ex-EELV, ancien directeur de WWF France, fossoyeur en chef de notre industrie et de notre agriculture, sera l’invité de Marion Lhour et dénoncera « la contre-offensive anti-écologique » qui, selon lui, forme une « base idéologique qui est le trumpisme européen – et qui est celle des médias Bolloré, celle de CNews, etc. » Cette matinale a été l’exemple parfait de ce que la directrice et les journalistes de Radio France entendent par « pluralisme »…      

Rien n’est laissé au hasard. L’Éducation aux médias et à l’information inculquée maintenant à nos enfants dès… la maternelle, n’a pas pour but « d’accompagner les élèves pour les aider à se repérer dans les méandres de l’information », comme le soutient le dossier pédagogique 2025 de cette nouvelle discipline, mais plutôt de les préparer à accueillir comme une parole divine les informations issues de l’AFP, de l’audiovisuel public, des médias prêts à tout pour continuer de percevoir les subventions publiques octroyées par le pouvoir en place, des fact-checkers officiels du pouvoir – ceux du Monde, de Libération et de Conspiracy Watch et de les détourner des médias alternatifs, bollorisés ou indépendants qui, au grand dam de l’oligarchie politico-médiatique, sont de plus en plus suivis par les Gueux. Confrontés à la triste et dure réalité de leur pays fracassé, ces derniers ne supportent plus l’arrogance d’une caste qui les méprise. Le système en place espère pouvoir assujettir leurs enfants à une nouvelle religion préconisant le partage inéquitable et une charité bien ordonnée qui commence par lui-même. L’Éducation nationale et les médias sont les lieux d’apprentissage de ce nouveau culte.

2) Histoire

« Le monde depuis 1945. Dans un développement construit d’une vingtaine de lignes, expliquez l’accès à l’indépendance d’une colonie de votre choix. Vous préciserez les principaux acteurs, les étapes et les conséquences. » Le choix du sujet, on l’aura compris, n’est pas neutre. Le corrigé de l’épreuve ne l’est pas plus ; il ne laisse planer aucun doute sur les sous-entendus, le présupposé étant que les collégiens auront choisi « la guerre d’Algérie, cas le plus souvent étudié en classe ». M. Tebboune est aux anges et l’élève Delogu, cancre parmi les cancres, opine du chef à sa lecture : « Dès 1954, le Front de libération nationale (FLN) lance une insurrection armée lors de la “Toussaint rouge” le 1er novembre. […] Entre 1956 et 1959, la guerre s’intensifie : l’armée obtient les “pouvoirs spéciaux” et mène une lutte brutale, notamment lors de la bataille d’Alger où elle utilise la torture. […] Le Général de Gaulle évolue progressivement vers l’idée d’une autodétermination du peuple algérien. Cette décision déclenche l’opposition des partisans de “l’Algérie française” dont certains, regroupés dans l’OAS, ont recours au terrorisme. L’OAS mène des attentats en Algérie et en France. La répression touche aussi les Algériens de métropole, comme lors de la manifestation du 17 octobre 1961, au cours de laquelle près de 200 personnes sont tuées à Paris. » Sont ensuite rapidement évoqués les accords d’Évian de 1962, le départ des pieds-noirs, le fait que « contrairement à l’Inde, l’Algérie dut arracher son émancipation par la force ».

Une correction du corrigé s’impose. Le jour de la « Toussaint rouge », 70 attentats du FLN ont lieu en Algérie – des mouvements nationalistes, comme le Mouvement national algérien (MNA) et le Parti communiste algérien, dénonceront ces exactions. Au contraire de ce que laisse entendre le corrigé officiel, les actes de terrorisme n’ont pas été l’apanage de l’OAS. Le FLN s’est particulièrement distingué dans cet exercice de terreur. On se souviendra, entre autres, des massacres d’août 1955, dans le Constantinois, qui virent la mort de 171 civils européens et de 10 000 musulmans trop « modérés », ou du massacre d’Oran, le 5 juillet 1962 – trois mois après la signature des accords d’Évian – où plus de trois cents civils européens furent tués par l’Armée de libération nationale, le bras armé du FLN. Sur le territoire français, le FLN fit tuer environ 6000 Algériens opposés à sa ligne et commit près de 10 000 attentats entre 1956 et 1961. En ce qui concerne la torture, les sbires du FLN l’ont pratiquée avec encore plus d’entrain que l’armée française, aussi bien sur les pieds-noirs que sur les harkis et les musulmans « modérés », pendant la guerre et après l’indépendance[1]. Quant à la manifestation du 17 octobre 1961, un peu de contexte n’aurait pas nui : en 1961, la tension est à son comble et le FLN veut contrôler la communauté algérienne vivant en France. Depuis le début du conflit, des opposants algériens refusant de payer « l’impôt révolutionnaire », des gendarmes et des policiers français sont régulièrement assassinés par le FLN sur le sol français – 22 policiers ont ainsi été tués de janvier à octobre 1961. Le 5 octobre 1961, un couvre-feu est imposé aux Algériens par les autorités. Le but : empêcher les réunions clandestines et l’acheminement des armes vers les nombreuses planques du FLN. La police parvient à démanteler les réseaux du FLN qui décide alors d’organiser une manifestation devant converger vers la place de la Concorde et l’Élysée : entre 20 000 et 30 000 Algériens – certains venus sous la contrainte, de peur des représailles en cas de refus – sont encadrés par le FLN. Le chiffre de 200 morts repris dans le corrigé de l’épreuve est celui d’un mythe entretenu par le gouvernement algérien et les partis de gauche et d’extrême gauche français, en particulier le Parti communiste. L’historien Jean-Paul Brunet, auteur d’un livre de référence sur cet événement[2], déclare au journaliste Guillaume Perrault, dans Le Figaro du 17 octobre 2016 : « J’évalue les victimes à 14 certaines, 4 probables, 8 vraisemblables et 6 possibles, soit un total de 32 si l’on retient l’estimation haute. » À la question : « Le chiffre de plusieurs centaines de victimes, souvent avancé, serait donc sans fondement ? », il répond : « On n’arrive à ce chiffre fantaisiste qu’en attribuant à la police des meurtres d’Algériens perpétrés par le FLN qui cherchait à raffermir son contrôle sur les Algériens en métropole. Le FLN tuait des Algériens qui refusaient de rejoindre ses rangs, de payer leurs “cotisations” ou d’observer les préceptes coraniques. » Nous voilà fort éloigné du « massacre des Algériens » par la police française propagé par la presse, ou des affirmations d’Omar Boudaoud, un des responsables de la manifestation, sur « les pendaisons dans le bois de Vincennes et une Seine remplie de cadavres », affirmations qui seront reprises sans aucun recul par Benjamin Stora dans un entretien donné au Nouvel Observateur en janvier 2003. La France, qui compte sur son sol plusieurs millions d’individus algériens ou d’origine algérienne, se soumet à l’histoire officielle du pouvoir algérien et de la gauche française dans l’espoir de canaliser et d’amadouer sa « rue arabe ». La compromission, jusqu’au plus haut sommet de l’État, est totale. Des représentants communautaristes en profitent pour importer en France une lecture historique échafaudée par le pouvoir algérien et pour glorifier des militants du FLN qui, s’ils méritent possiblement la reconnaissance de l’Algérie, ont été des ennemis de notre pays. Quelques jours après les examens du Brevet, le président du département de Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel, et le maire de Bobigny, Abdel Sadi, ont rebaptisé la maison du Parc de la Bergère de cette commune du nom de la Franco-algérienne Danièle Djamila Amrane-Minne, une poseuse de bombes du FLN qui participa à plusieurs attentats dans des lieux publics d’Alger. Ils ont choisi la date du 5 juillet afin de « célébrer l’anniversaire de l’indépendance de l’Algérie ». Ils n’ont bien sûr pas dit un mot sur le journaliste sportif Christophe Gleizes et l’écrivain Boualem Sansal, injustement emprisonnées dans les geôles algériennes. Le lendemain, l’actrice Camélia Jordana a rendu hommage, sur le média Liik, à son grand-père, un des hauts responsables du FLN pendant la guerre d’Algérie. « C’est la classe quand tu es d’origine algérienne », déclare-t-elle. En revanche, être Française ne semble pas devoir déclencher chez cette artiste choyée par le monde dit de la culture et par les médias un enthousiasme particulier, bien au contraire…

3) Enseignement moral et civique.

Là encore, le sujet n’a pas été choisi au hasard : « Situation pratique : Égalité femmes – hommes. »  Document 1 : une affiche de « la campagne en faveur de l’égalité filles – garçons » mettant en avant la mathématicienne Ada Lovelace et affirmant que « seulement 11 % des étudiants en école d’informatique sont des femmes ». Document 2 : l’article 1er de la Constitution de le Ve République. Questions (l’administration scolaire appelle questions des exercices d’endoctrinement) : « Identifiez l’inégalité mise en avant par cette affiche. » – « Expliquez l’intérêt de recourir à cette figure (celle d’Ada Lovelace) pour corriger une inégalité. » – « Vous devez rédiger un discours à l’occasion du 8 mars, journée internationale des droits des femmes. Vous montrez (sic) que les inégalités femmes-hommes, contraires aux valeurs de la République, existent encore et vous présentez (sic) deux idées concrètes pour sensibiliser les élèves de votre collège à ce problème. » Cette épreuve tombe à point nommé : elle coïncide avec le lancement du plan Filles et Maths décidé par Mme Borne, ministre de l’Éducation nationale, et censé améliorer le pourcentage de femmes dans « les métiers d’ingénieurs et du numérique ». En revanche, comme l’a souligné récemment Jean-Paul Brighelli dans ces colonnes, il n’est pas prévu de plan Garçons et Lettres – ni, me permets-je d’ajouter, de « plan de formation des enseignants à la prévention des biais de genre et des stéréotypes » ayant conduit à une sur-représentation des femmes dans un grand nombre de « professions valorisantes ».

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Quelques chiffres étaieront cet état de fait inégalitaire : 57 % des jeunes femmes sont aujourd’hui diplômées de l’enseignement supérieur contre à peine 47 % des jeunes hommes. Les femmes de moins de 30 ans n’occupent plus que 38 % des emplois d’ouvriers non qualifiés (vs 60 % pour les femmes de plus de 50 ans), 16 % des métiers d’agriculteurs, d’éleveurs ou de bûcherons (vs 36 % pour les femmes de plus de 50 ans), 18 % des métiers de bouchers, de charcutiers ou de boulangers (vs 32 % pour les femmes de plus de 50 ans)[3]. Les professions médicales sont aujourd’hui majoritairement féminines – 67 % des étudiants en médecine, odontologie et pharmacie sont des… étudiantes. Idem pour les professions juridiques  – 74 % des étudiants inscrits en première année de droit sont des… étudiantes ; 69 % des magistrats sont des… magistrates. Les cadres des services administratifs, comptables et financiers et les cadres de la fonction publique sont majoritairement des femmes – respectivement 53 % et 59 %. Le monde ouvrier, en particulier dans le bâtiment, la manutention industrielle, l’automobile, la conduite d’engins de chantier ou de poids lourds, etc., reste, lui, très majoritairement masculin. Ces chiffres, qui montrent une nette tendance à la disparition de la gent masculine dans de plus en plus d’emplois supérieurs qualifiés, et donc une inégalité flagrante en faveur des femmes, ne contredisent-ils pas certaines « valeurs de la République », dont une, lafameuse parité, semble devoir surpasser toutes les autres mais est régulièrement mise en défaut ? « Les jeunes hommes, interroge l’historien Pierre Vermeren, sont-ils de trop dans la société française ?[4] »  La question mérite d’être posée : « la réussite scolaire et universitaire des filles, qui, à situation comparable, surclassent partout les garçons, sauf en sciences (seul ce second sujet n’est pas tabou), la déliquescence de leurs domaines professionnels traditionnels, l’artisanat, l’industrie, l’agriculture et la chose militaire, et, plus généralement, l’abandon des activités productives, transférées à l’étranger, au profit des services qui sont plus propices aux femmes », écrit Pierre Vermeren, contribuent à un véritable phénomène de masse : la perte de confiance, d’estime, de motivation de millions de jeunes hommes qui se réfugient de plus en plus dans la drogue, l’alcool, les jeux en réseau, la pornographie. Cette dernière se substitue à la fréquentation des jeunes femmes ; le célibat progresse, encouragé par une écologie radicale qui dénonce la « masculinité toxique et le patriarcat » et admoneste les couples qui font des enfants.

Cerise sur le gâteau

Savez-vous quel est l’auteur sur lequel ont dû bûcher nos collégiens durant l’épreuve de français du même Brevet ? Je vous le donne en mille : Simone de Beauvoir ! Le texte choisi, extrait de La Force de l’âge, est censé mettre en valeur la ville dans laquelle cette intellectuelle stalinienne, maoïste, castriste, réputée cependant pour ses écrits « féministes » mais également pour ses propos acerbes sur ses compatriotes durant et après la guerre d’Algérie – « Ces gens dans les rues, consentants ou étourdis, c’étaient des bourreaux d’Arabes : tous coupables. »[5]  – débarque pour occuper son premier poste de professeur : Marseille – « la plus grande ville algérienne de France », dixit son maire actuel, l’inénarrable Benoît Payan. Quand je vous dis que rien n’est laissé au hasard…  


[1] L’historien Jean-Jacques Jordi a pu consulter, pendant quatre ans, des archives inédites de la guerre d’Algérie. Il en a tiré un livre, Un silence d’État : Les disparus civils européens de la guerre d’Algérie (2011), une étude sur les exactions commises durant et après la guerre d’Algérie et, plus particulièrement, sur le rôle du FLN dans la disparition de milliers de civils européens. Certains passages font froid dans le dos : « Un rapport parle de la découverte des corps de “40 Européens séquestrés, jouant le rôle de donneurs de sang pour les combattants du FLN”. Le 21 avril 1962, des gendarmes d’Oran découvrent “quatre Européens entièrement dévêtus, la peau collée aux os et complètement vidés de leur sang. Ces personnes n’ont pas été égorgées, mais vidées de leur sang de manière chirurgicale”. Cette collecte de sang se déroule parfois avec la complicité de “médecins français” acquis à l’indépendance. Aucun ne sera inquiété après leur retour en France. »

[2] Jean-Paul Brunet, Police contre FLN, le drame d’octobre 1961, 1999, Éditions Flammarion.

[3] Source Insee. Rapport de 2016 montrant que « les plus fortes augmentations du taux de féminisation concernent des métiers qualifiés ».

[4] Pierre Vermeren, “Les jeunes hommes sont-ils en trop dans la société française”, Le Figaro, 17 décembre 2021.

[5] Simone de Beauvoir, La Force des choses, Folio Gallimard.

Bleu comme la nuit

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Les cartes postales de l’été de Pascal Louvrier (2)


En fouillant dans la boite aux livres sur la place du village, face au cinéma, j’ai trouvé un livre de Frédéric H. Fajardie, Bleu de méthylène. Des jeunes gens, vingt-ans guère plus, anciens élèves chahuteurs, souvent sadiques avec leur prof d’histoire-géo, ont un point commun : on retrouve leur tête dans une décharge publique, soigneusement découpée par une tronçonneuse électrique. On dirait un roman noir écrit par Bret Easton Ellis. Mais non, c’est un écrivain bien français, « le dernier des bolchéviques » comme il se définissait lui-même, né à Paris le 28 août 1947, dans le quartier de Tolbiac, propice aux sombres intrigues policières, et mort dans la même ville le jeudi 1 mai à l’âge de soixante ans – âge indiqué dans ce roman noir écrit en 1982. Mourir le jour de la fête du Travail pour un homme de gauche, c’est vraiment aller au bout de ses idées.

Héritier de la gauche prolétarienne

C’était un type de gauche, oui, mais pas la gauche Mitterrand, version Vichy. Pas la gauche « caviar », comme Serge July, BHL, André Glucksmann, ou encore Kouchner. À propos du bon docteur, l’écrivain déclara : « C’est le mec qui va amarrer sa jonque à Deauville ». Non, c’est un héritier de la gauche prolétarienne. On peut même dire que c’est un révolutionnaire, fils de libraire, qui n’a rien à perdre puisqu’il ne possède rien. Bon, après, ça se complique, car il achète un appartement, une maison de campagne, une grosse bagnole. C’est le basculement, les choses vous possèdent alors qu’on croyait les posséder. Classique. Frédéric H. Fajardie, nom de plume de Ronald Moreau, révère Céline et ne déteste pas Drieu la Rochelle. Il semble attirer par les corps démembrés, les aubes sales sur la Butte-aux-Cailles, il vacille pour un parfum de femme, fume et picole trop pour oublier l’inoubliable, l’enfance. Il a obtenu son bac à 25 ans, a passé plusieurs licences, la rage au ventre, pour en remontrer aux fils de bourgeois. C’est un revanchard, mais uniquement pour alimenter sa prose noire et rester fidèle à son idéal rouge. C’est un Julien Sorel qui donne dans le social, parce qu’il sait que la classe dominante vend son âme à celui qui protège son compte en banque. Fajardie a des valeurs : celles qui font que l’homme peut se regarder dans la glace : honneur, fidélité, courage. Il lutte, même si cette lutte est perdue d’avance, contre le triomphe de la marchandise. Il est hanté par la guerre d’Espagne qu’il revisite dans ses romans sans espoir. Il sait que ça s’est joué sur cette terre qui n’aime pas les tièdes. Tiens voilà que je parle de lui au présent. Je le trouve sympa en plus avec sa tête au nez trop long et ses lunettes cerclées de fonctionnaire de mairie qu’on croit collabo et qui file de faux papiers aux Juifs. Il loue le fracas des armes quand il s’agit de défendre une esthétique de la révolte. Il est émouvant quand il se damne pour une phrase qui exprime l’indicible. Exemple, première page de Bleu de méthylène : « Il songea qu’il lui avait fallu presque une année pour définir l’odeur de l’herbe coupée : un parfum sucré de pain d’épice et de miel. »

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Paris perdu

C’est en juin que débute l’enquête, en pleine canicule qui « s’était abattue sur la ville comme une main sur un moustique ». La tête découverte et c’est le commissaire principal Inckel, trente-quatre ans, qui est chargé de l’affaire. Un drôle de type, avec une sale histoire de cœur dont il ne parvient pas à s’affranchir. Il cite Homère et porte un calibre 38. Il est entouré de plusieurs inspecteurs, le plus curieux étant Gourmond qui arrose une plante en plastique. Parfois, le Gourmond, il se laisse aller à une confidence : « Je suis de Lisieux. C’est très triste Lisieux. Quand on était gamins, le dimanche, on regardait passer les voitures. On habitait route de Paris, alors on se mettait à la fenêtre. Tout le dimanche à la fenêtre… » Démoralisant.

Fajardie nous entraîne dans un Paris qui n’existe plus. La gentrification a tout rasé, les bistrots avec les œufs durs au zinc, la solidarité, les petites gens. La Suze cassis a vécu, comme le filet de sole pomme vapeur, ou la platine sur laquelle on pose un vinyle, ou encore les vieux pupitres à encriers et tableaux noirs. L’école, voilà le lieu stratégique de l’affaire. On sait très vite que c’est le prof d’histoire-géo malmené qui se venge des humiliations de ses anciens élèves. C’est un malade, sûr de lui, en survêtement bleu roi à bandes blanches. Mais il va falloir le coincer car il est malin. Les rebondissements sordides ne manquent pas. Et puis, il y a la figure féminine incarnée par Olivia Licarie, l’élève préférée du prof timbré, avec de beaux yeux gris illuminant un visage qui ressemble à celui de Monica Vitti. Des personnages paumés, écrasés de soleil « mettant en relief toute la crasse qui recouvre cette grande ville pourrie comme un manteau composé de poussière, de détritus et de crachats », rachetés peut-être par la littérature.

Frédéric H. Fajardie, Bleu de méthylène, Folio. 176 pages

Bleu de méthylène

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Podcast: Bertrand Deckers et la princesse Kate; Aurore Bergé et la haine en ligne; Macron et Starmer dansent le tango

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Notre dernier podcast avant l’été. Avec Bertrand Deckers, Martin Pimentel et Jeremy Stubbs.


Bertrand Deckers nous parle de son nouveau livre consacré à la princesse de Galles, Kate. Qu’est-ce qui se cache derrière cette façade parfaite? Il y a d’abord une mère arriviste qui a travaillé comme quatre au service de l’ascension sociale de sa famille et en particulier de sa fille aînée. On peut dire qu’elle a bien réussi ! Ensuite, Kate elle-même a fait de nombreux sacrifices – peut-être même celui de sa propre santé – afin d’incarner la princesse parfaite. À beaucoup d’égards, elle est la fille spirituelle d’Elizabeth II, partageant avec la reine adulée le sens du devoir et de la retenue. C’est ainsi que, si la famille royale est l’arme secrète de la diplomatie britannique, Kate, par son charme, son assurance et son élégance, est devenue l’arme secrète de la famille royale. On a pu le constater lors de la visite d’État d’Emmanuel Macron au Royaume Uni.

De retour en France, Martin Pimentel nous parle de la dernière fausse bonne idée de notre sous-ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations. Mercredi, Aurore Bergé a annoncé la mise en place d’une coalition pour lutter contre les contenus haineux sur Internet. Une dizaine d’associations seront chargées de faciliter les remontées des contenus qu’elles jugent problématiques auprès de l’Arcom. Cela a tout l’air d’un magnifique bureau des dénonciations !

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Après trois jours de visite d’État au Royaume Uni, où il a bu du champagne avec le roi Charles, échangé des amabilités avec le prince William, et négocié dur avec le Premier ministre, sir Keir Starmer, quel est le bilan d’Emmanuel Macron? D’abord, il a pu annoncer le renforcement de la coopération militaire entre la France et l’Albion autrefois perfide, notamment dans le domaine des armes nucléaires. Il s’agit de construire un parapluie nucléaire pour l’Europe afin que cette dernière puisse affirmer une certaine autonomie et se montrer moins dépendante de l’oncle Sam. Du côté de la Manche, le président français a convaincu les Britanniques qu’ils doivent faire beaucoup plus pour réguler le marché du travail outre-Manche et empêcher les migrants clandestins d’accéder à des petits boulots de livreur de repas. La possibilité de trouver un travail est un élément qui attire les migrants et contribue au modèle économique des gangs de trafiquants. Enfin, la France est d’accord pour accepter que certains clandestins soient expulsés vers l’Hexagone si le Royaume Uni accepte en échange le même nombre de migrants actuellement en France mais ayant une bonne raison de demander asile chez les Britanniques. Le nombre de migrants échangés risque d’être négligeable comparé au nombre de ceux qui traversent la Manche tous les jours. Et le programme doit être approuvé par l’UE, ce qui est peu probable.

Bonnes vacances !

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Heureux comme Dieu en France

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Causeur consacre un grand dossier à l’esprit français dans son nouveau numéro. Voici une contribution de Jean-Pierre Winter.


Mon père, issu d’une nombreuse famille de Juifs hongrois, dont la totalité avait été exterminée par les nazis, en réchappa, puis fut fait prisonnier par les soviétiques venus « libérer » la Hongrie. Détenu dans un camp quelque part en Union Soviétique, il s’échappa, revint dans sa Transylvanie natale, récupéra dans l’appartement ou la maison de ses parents un objet et traversa l’Europe à pied, entièrement démuni, sauf de cet objet, pour arriver enfin, en passant par l’Allemagne, en France. Pourquoi en France ? D’où procédait cette fixation sur la France, sinon de cette idée que bien des Juifs d’Europe centrale, à partir du XIXe siècle tenaient pour une certitude : Heureux comme Dieu en France.

Y croyait-il ? En tout cas suffisamment pour traverser toute l’Europe avec cet objet lourd, venir s’y installer sans en parler la langue, lui-même parlant une langue sans racines connues, le hongrois, à ses risques et périls, mais convaincu qu’il n’y avait pour lui, comme pour d’autres Juifs de son époque, nul autre lieu où se rendre.

Ma mère, Juive hongroise ayant échappé aussi aux persécutions mais venue s’installer toute petite en France pendant l’entre-deux guerres, y était-elle venue pour les mêmes raisons, Heureux comme Dieu en France ?

Cet adage provient probablement du fait que seule la France avait émancipé collectivement les Juifs, aux XVIIIe et XIXe siècles. Mais était-ce si vrai ? En ce qui me concerne, issu de la deuxième génération, né en France, mais porteur d’un passeport de réfugié sur lequel il était écrit « tous pays, sauf la Hongrie », je me suis coulé dans la langue française comme si elle avait été ma langue maternelle de toute éternité. L’esprit français pour moi, et pour beaucoup d’autres, c’était, et c’est encore, la langue française. J’en connu les premiers éblouissements quand au collège on me fit apprendre par cœur des passages entiers de Racine, cet auteur classique dont le théâtre incarnait pour moi la beauté de la poésie française, et qui était aussi l’un des rares auteurs classiques à ne jamais proférer d’antisémitisme et à avoir même puisé dans la Bible hébraïque la source de deux de ses pièces, Esther et Athalie. Racine, quel nom prédestiné !

La langue française, je l’ai habitée, et elle m’a habité, comme elle a possédé Proust, Albert Cohen, Joseph Kassel… L’esprit français, c’est la finesse, les nuances, les contradictions, les aberrations, quand elle est tour à tour simple, évocatrice, équivoque, et en même temps pleine de pièges qu’il faut sans cesse contourner, avec une orthographe qui inclut ce que le hongrois sans racines connues, n’inclue pas, c’est-à-dire une grande partie de son étymologie et donc de son Histoire.

L’esprit français, ce ne sont pas seulement des valeurs, ce ne sont pas des idéaux auxquels s’identifier de force, des « rentrez-vous ça dans la tête », ce sont des successions de convictions qui découlent du fait qu’on pratique sa langue, et qu’il n’est pas possible, la pratiquant, de s’égarer, dans des excès collectifs, bien que, et c’est là sa contradiction majeure, la France incarne l’Universalité, qui s’exprime dans les Droits de l’Homme et du Citoyen, par exemple, et dans les révolutions les plus extrêmes. Heureux comme Dieu en France, c’était aussi cette contradiction qui voulait que, avec l’affaire Dreyfus, on pouvait entendre que ce peuple de France était capable de se déchirer, soit pour condamner à tort, soit pour réhabiliter un simple Juif dont l’histoire allait marquer pour toujours celle non seulement du judaïsme, mais de la France, celle du sionisme, en même temps que l’histoire des plus grands antisémites que la Terre ait connus.

Donc heureux, plus ou moins. Mais revenons à mon père. Quel était cet objet qu’il était venu récupérer au fin fond de la Transylvanie, et qu’il portait avec lui direction Paris ? Ou plus exactement direction le Sentier où, apprenant le yiddish que les Hongrois ne parlaient pas, il croyait qu’il apprenait le français. C’était Les Misérables de Victor Hugo, traduit en hongrois. Pourquoi cet ouvrage était-il dans cette famille, pourquoi cet ouvrage avait-il survécu à la Shoah et aux persécutions soviétiques, au fin fond de la Transylvanie, dans une famille de Juifs probablement orthodoxes ? C’est toute l’énigme qui résume à la fois la particularité et l’universalité de la langue française, si bien incarnée dans cet ouvrage de l’immortel Victor Hugo, héritier des Lumières.

Les Misérables

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Le dîner du Crif, il y a quarante ans et aujourd’hui

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Le 4 juillet a eu lieu le 39e diner du Crif. Depuis 1985, chaque année sauf en 2020, l’année du Covid, le Président du Crif expose au chef de gouvernement ou parfois au chef d’Etat lui-même, les inquiétudes d’une minuscule portion de l’électorat national, 0,8%, et il reçoit en retour des paroles d’amitié et souvent un certain nombre d’engagements.


Dans un salon du Sénat une cinquantaine de personnes ont entendu au cours du premier diner le président Theo Klein s’adresser au Premier ministre Laurent Fabius et lui rappeler l’ancrage républicain indéfectible de la communauté juive de France. Il n’est pas sans intérêt de réfléchir à ce qu’était alors l’environnement de ceux qu’on n’appelait pas encore les Français juifs.

A cette époque, le soutien aux refuzniks soviétiques rassemblait les défenseurs des Droits de l’Homme au-delà des Juifs et mobilisait surtout la gauche de l’échiquier politique. La préparation du procès Barbie, l’affaire du Carmel d’Auschwitz éveillaient les consciences sur ce qu’on commençait d’appeler la Shoah : 1985 fut l’année où est sorti le film de Claude Lanzmann. En même temps, le négationnisme était apparu depuis plusieurs années, et Jean-Marie Le Pen, qui avait obtenu en 1984 11% des votes aux élections européennes, allait fin 1985 lancer la première de ses fameuses petites phrases en dédiant sondiscours à Jean-François Kahn, Jean Daniel, Ivan Levaï et Jean-Pierre Elkabbach, tous qualifiés de menteurs de la presse et dont le nom à consonance juive ne laissait pas de doute sur ce qu’il sous-entendait. 

L’extrême droite était en France l’ennemi unique pour les Juifs et les républicains. Le Moyen Orient était loin, Arafat était unanimement considéré comme un terroriste, même si la France lui avait sauvé la mise en l’exfiltrant en 1982 du Liban vers la Tunisie. Il n’était pas question d’envisager un antisémitisme musulman, d’autant plus que SOS Racisme venait d’être créé et que des Juifs n’y étaient pas pour rien. 

Bayrou solidaire d’Israël

Rétrospectivement, en 1985, la situation pour les Juifs de France faisait donc consensus au sein de la collectivité nationale. Qui pourrait en dire de même aujourd’hui ?

Les discours du 39e diner furent d’une qualité vraiment remarquable, aussi bien celui de Yonathan Arfi que celui de François Bayrou. Un troisième discours fut marquant, celui de Sophia Aram, qui a reçu le Prix Pierrot Kaufmann du Crif et qui a rappelé avec un humour grinçant, percutant et profond, que quoi qu’on pense des Juifs, il faut au moins leur reconnaitre un mérite, leur capacité à créer du lien, par exemple un lien – bien improbable pourtant – entre gauchistes LGBT et islamistes homophobes…

Le Premier ministre a évoqué avec une émotion manifestement sincère sa proximité spirituelle avec le judaïsme, son admiration de chrétien personnaliste pour Charles Péguy, le défenseur de Dreyfus, ses liens avec le Grand Rabbin de France et la passion familiale pour l’hébreu avec une fille qui a étudié à l’Université de Jérusalem. Il a déclaré sa solidarité envers Israël, et je crois me rappeler qu’il a fait partie dans sa jeunesse du petit groupe de parlementaires qui avaient accompagné Jean Kahn, alors président du Crif, dans son voyage de solidarité en Israël à l’époque de la première Guerre du Golfe en 1991.

Cela dit, on sait que le domaine international est aujourd’hui plus que jamais celui du président de la République. Quant aux promesses de renforcer les moyens contre la haine en ligne, d’inciter les parquets à la fermeté et de soutenir la transmission des valeurs républicaines à l’école, je crois malheureusement avoir déjà entendu de pareils engagements dans le passé…

Yonathan Arfi n’élude rien

Chacun devrait lire le discours du président du Crif. Il commence par une phrase d’une déprimante simplicité : «Faut-il demander à nos enfants de baisser la voix quand ils parlent des Juifs ou d’Israël dans le métro?»… mais se termine par une constatation qui sonne comme un espoir et qui est qualifiée de conviction: «Ceux qui aspirent à une République forte, laïque et universaliste constituent le collectif le plus puissant du pays».

Entre temps, Yonathan Arfi n’a rien éludé: citons en vrac, l’insupportable violence du terme dévoyé de génocide pour qualifier l’action d’Israël à Gaza avec comme corollaire la justification des violences contre les Juifs désormais traités de génocidaires, l’affirmation que la cause d’Israël est juste et la constatation que les démocraties n’ont pas le droit de ne pas être fortes, la critique de  la complaisance manifestée envers les Frères Musulmans et envers Al-Jazeera et la proposition d’une amende forfaitaire contre la haine en ligne. 

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Arfi a rappelé les mémoires de Jonathan Sandler, Samuel Paty et Dominique Bernard, tous professeurs et tous assassinés par des islamistes. Il a cité les phrases de Levinas sur le judaïsme comme altérité et celle du rabbin Elie Benamozegh, suivant laquelle le judaisme est « l’universalisme comme fin et le particularisme comme moyen ». Il a fustigé ceux qu’il appelle les «entrepreneurs identitaires» responsables des meurtres racistes de Aboubakar Sissé, et de Hichem Miraou. Il a affirmé que, loin d’être indifférent, le Crif est sensible à la détresse des populations civiles de Gaza, mais que celles-ci ont été jetées dans la guerre par le Hamas.

Il a attaqué Dominique de Villepin, qu’il a traité de populiste mondain, servile avec les dictatures et intransigeant avec les démocraties, devenu un Mélenchon des beaux quartiers. Quant à ce dernier, Arfi a déclaré qu’il est devenu, par son hystérisation systématique du débat, le plus puissant carburant de l’extrême droite et que la priorité politique du Crif était d’aider à rendre résiduelle l’influence de La France insoumise, de façon à démélenchoniser la gauche comme la gauche britannique a su se décorbyniser. Et le président du Crif n’a pas ménagé ses critiques envers Olivier Faure qui refuse d’exclure toute alliance avec LFI.

Le président du Crif a remercié les pouvoirs publics et les élus pour leur engagement contre l’antisémitisme, la mise à jour de l’arsenal législatif et l’organisation des Assises contre l’antisémitisme.

Macron critiqué

Mais il a signalé que, alors que le président de la République pousse à la reconnaissance d’un Etat palestinien, un récent sondage montre que 78% des Français n’y sont pas favorables avant la libération des otages et la reddition du Hamas.

Plus encore, Yonathan Arfi a fustigé, à propos de la récente guerre des douze jours, les positions erratiques de la France, qui soutient les frappes contre la menace nucléaire iranienne et refuse spectaculairement 48 heures plus tard que soient exposés au Bourget les moyens qui ont permis de mener ces opérations. 

Où sont ceux qui critiquent le Crif pour sa prétendue complaisance envers les pouvoirs publics?

Entre le diner de 1985 et celui de 2025 bien des choses ont évidemment changé, même si dès 1989, l’invitation de Arafat à Paris remettra les liens du Crif avec Israël au-devant de la scène.

Le Crif a trois missions statutaires: maintenir la mémoire de l’extermination, lutter contre l’antisémitisme, défendre l’Etat d’Israël.

Le travail des historiens et celui des militants de la mémoire ont révélé la centralité de l’extermination des Juifs au cours de la guerre mondiale. Mais l’enseignement est difficile, le négationnisme a évolué vers l’amalgame et l’aberrante substitution victimaire caractéristique de notre époque fait des Israéliens (des Juifs…) les nouveaux nazis.

L’antisémitisme sous son habillage actuel n’est plus la passion résiduelle de certains nostalgiques de l’Inquisition ou du troisième Reich. Il est devenu un sentiment mobilisateur pour une partie de la jeunesse des démocraties occidentales et un levier pour l’islamisme, ce terme que presque personne n’utilisait en 1985 et dont le danger plane aujourd’hui sur notre propre pays comme sur d’autres. Les menaces qui pèsent sur Israël se sont exacerbées le 7 octobre d’une façon dramatique et imprévisible en 1985. Ce pays n’a pas d’autre choix que de lutter, et la guerre génère des drames. Des menaces planent aussi sur nos propres pays, mais beaucoup préfèrent s’en détourner. Le Crif pense que défendre Israël fait partie de son devoir citoyen français, car les Juifs ne sont souvent que les premiers sur les listes…

Une campagne anti-harcèlement qui fait plouf

Début juillet en Allemagne, Büren (Rhénanie-du-Nord–Westphalie) a lancé une campagne de sensibilisation contre le harcèlement sexuel dans sa piscine municipale, nommée « Été-soleil-sécurité ». Visant à protéger les jeunes baigneurs, elle a suscité une polémique en raison d’une affiche controversée : une femme blanche, rousse et en surpoids, posant la main sur les fesses d’un jeune garçon noir amputé d’une jambe. Ce visuel, jugé « absurde » et éloigné des réalités statistiques, a provoqué un tollé.


L’été commence fort à Büren. Pour sensibiliser les baigneurs aux gestes déplacés, la mairie a lancé une campagne intitulée « Été-soleil-sécurité » dans sa piscine municipale. Le message, en soi, semblait limpide : « Stop ! Les attouchements sont interdits ! », « Personne n’a le droit de te toucher sans ton consentement ». Pour faire passer la pilule, une mascotte toute mignonne — la tortue Tiki — invitait les enfants à signaler tout comportement douteux. Jusque-là, rien à redire.

Sauf que. L’une des affiches a fait grincer des dents. Et pas qu’un peu. On y voit une femme blanche, rousse et en surpoids toucher les fesses d’un garçon noir, handicapé, porteur d’une prothèse de jambe. Une scène censée illustrer une situation de harcèlement… mais qui, pour beaucoup, tient davantage du fantasme que de la prévention efficace. Car les chiffres, eux, racontent une autre histoire. En 2024, le Bundeskriminalamt, la police criminelle fédérale, a recensé 423 agressions sexuelles dans les piscines allemandes. Parmi les 367 auteurs identifiés, environ 65 % étaient non-Allemands. Autrement dit, dans la vraie vie, les profils d’agresseurs ne ressemblent pas franchement à ceux des campagnes d’affichage.

Et comme si ça ne suffisait pas, le timing n’a rien arrangé. Quelques jours avant le lancement de la campagne, le 22 juin, une affaire a choqué tout le pays : neuf jeunes filles, âgées de 11 à 17 ans, ont été victimes d’attouchements dans une piscine de Gelnhausen, en Hesse. Les suspects ? Quatre réfugiés syriens. Dans ce climat tendu, la campagne de Büren a été perçue par certains comme un geste de communication politiquement correct, visant à détourner l’attention des profils réels des agresseurs pour promouvoir une image « inclusive ».

Agressions sexuelles dans les piscines allemandes : la vague qui inquiète       

En Allemagne, les piscines publiques, autrefois synonymes de rires d’enfants et de bronzage, sont devenues le thermomètre d’un pays en surchauffe migratoire. Loin de l’insouciance des plongeons estivaux, ces lieux de détente familiale tournent au cauchemar, saison après saison. Dès 2016, des villes comme Bornheim et Zwickau avaient tiré la sonnette d’alarme, interdisant l’accès aux piscines à certains demandeurs d’asile après une série de plaintes pour harcèlement, attouchements, masturbation dans les jacuzzis ou intrusions dans les vestiaires féminins. Dix ans plus tard, la marée n’est toujours pas redescendue.

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Rien que cette année, dans la piscine de Hof, en Bavière, deux Syriens ont été accusés d’avoir agressé une fillette de 12 ans, la maintenant sous l’eau pendant qu’ils la touchaient. Dans la piscine de Babenhausen, en Hesse, un Roumain de 31 ans, visiblement plus proche du coma éthylique que du plongeon, a été arrêté après avoir molesté trois fillettes de 10 ans. Son taux d’alcoolémie ? 4,21. Les cas s’enchaînent, et l’accumulation finit par dessiner une tendance. En 2023, dans une piscine de Stuttgart, un Syrien de 23 ans a agressé sept adolescentes. En 2021, à Kaufbeuren, six adolescents « à la peau foncée » – toujours non identifiés – auraient agressé trois filles de 12 ans dans les bassins.

Alors qu’une partie des médias évite soigneusement le sujet, les chiffres, eux, parlent d’eux-mêmes. En 2024, la police criminelle de Hesse a enregistré 74 cas de violences sexuelles dans les piscines, un chiffre en nette augmentation par rapport à l’année précédente. Dans 60 % de ces cas, les suspects n’étaient pas nés en Allemagne. Par ailleurs, cette année, dix plaintes pour harcèlement sexuel ont été signalées dans la seule piscine de Cologne.

Réactions médiatiques : entre indignation et satire

Dans la presse, Die Welt et Bild ont relayé une opinion publique indignée, dénonçant une « réécriture idéologique » du réel. Junge Freiheit — le pendant germanique de Causeur — ne manque pas d’ironie : « Le migrant du dessin est censé boiter jusqu’au maître-nageur sensibilisé à la tortue Tiki, après avoir réussi à échapper à la grosse Allemande. » Le journal en profite pour rappeler que, dans des piscines extérieures à Berlin, Munich ou Hambourg, des panneaux en arabe avaient déjà été installés pour tenter de dissuader les agressions sexuelles[1] — sans le moindre succès.

DR.

La CDU, de son côté, affiche ses divisions. Manfred Pentz (CDU), ministre des Affaires européennes de la Hesse, dénonce une campagne « qui ne peut être qu’une mauvaise blague », allant jusqu’à parler d’« insulte pour les victimes ». Même son de cloche chez le policier Manuel Ostermann (CDU), déjà cité ici pour son essai sans concession : « Les agresseurs sont des hommes, majoritairement issus des principaux pays d’origine des demandeurs d’asile. Ne pas les nommer, c’est trahir les victimes. » À l’opposé, le maire de Büren, Burkhard Schwuchow (CDU), a d’abord soutenu fermement la campagne : « Nous avons la responsabilité de protéger les enfants », clamait-il. Mais face au tollé, il a vite changé de ton, affirmant que les visuels visaient à « représenter la diversité et éviter délibérément les stéréotypes ». Avant de conclure, penaud : « Si nous avons pu donner une autre impression, nous vous prions de nous en excuser. » À ce jour, il continue de refuser de révéler les chiffres et les origines des véritables auteurs des agressions survenues dans la piscine de Büren.

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Le SPD s’est retranché derrière une posture prudente, concédant une « maladresse » dans le choix des visuels, sans s’aventurer plus loin. Il faut dire qu’à Gelnhausen, le maire Christian Litzinger (SPD) avait déjà suscité la polémique en attribuant les agressions commises par les quatre Syriens à la « canicule » — une explication jugée aussi légère que déplacée. Tentant de rattraper le tir, Susanne Turlach, présidente du SPD local, avait recentré le débat sur le genre des agresseurs plutôt que leur origine : « Il s’agit de violences sexuelles perpétrées par des hommes contre des femmes », avait-t-elle affirmé. Une déclaration qui n’a pas échappé aux critiques non plus.

Alice Weidel, cheffe de l’AfD, s’est gardée de commenter directement la campagne de prévention contre les attouchements sexuels à Büren. Mais elle n’en a pas moins dénoncé, à plusieurs reprises, la « dégradation de l’ordre public » dans les espaces publics, piscines municipales en tête. Pour elle, ces incidents ne sont rien d’autre que le symptôme d’un « échec de l’État » imputable à une politique migratoire laxiste. Sur X, des cadres locaux de l’AfD, comme Jan Grusdas (Rhénanie-du-Nord-Westphalie), ont fustigé une affiche « ridicule et irréaliste », dénonçant un « gaspillage manifeste de l’argent des contribuables ».

Au fond, la campagne de Büren trahit une impuissance sidérante : comment protéger nos enfants si l’on refuse obstinément de nommer les faits et les responsabilités ? L’Allemagne, prisonnière d’un système vicié par le wokisme et une xénophilie béate, s’enlise dans une autocensure tragique. Cette langue de bois, gorgée de bien-pensance, asphyxie le débat public et abandonne la sécurité des citoyens à une idéologie hors sol. Jusqu’à quand cette hypocrisie dominera-t-elle la parole publique outre-Rhin ? Et combien de femmes et d’enfants devront encore être victimes de ce déni woke, qui érige l’aveuglement en rempart pour les coupables ?


[1]  https://jungefreiheit.de/debatte/kommentar/2025/haben-sie-tiki-gesehen/

Naissances: rien ne va plus…

La ministre Catherine Vautrin vient de détailler une série de mesures gouvernementales pour relancer les naissances. Mais y croit-elle ? Un peu partout autour du globe, et sous les régimes politiques les plus divers, l’humanité demeure récalcitrante à faire plus d’enfants. Il y a forcément une explication…


Voilà au moins trente ou quarante ans, dans l’hebdomadaire L’Express le – génial – dessinateur – Sempé publiait un dessin remarquable. On y voyait une manifestation pléthorique, une foule défilant dans une large avenue. Sempé savait merveilleusement bien dessiner le nombre, le grand nombre de gens. Au milieu de cette foule, en petit forcément, puisque à peu près noyé dans la marée humaine, un quidam brandissait une pancarte sur laquelle on pouvait lire le slogan « Soyons moins ».

Or, c’est dans ce même hebdomadaire, L’Express, que à une si grande distance de temps, il nous est révélé que ce manifestant anonyme aurait finalement été entendu. Ainsi qu’il le souhaitait, nous allons êtes moins. Cela à l’horizon 2100, voire 2050, prédisent les études les moins optimistes.

Deux enfants par femme, du passé

La dénatalité serait donc en marche. Le monde entier serait touché par le phénomène. Y compris les pays musulmans, nous apprend le reportage du magazine. Des pays comme la Tunisie, la Turquie, l’Iran seraient situés au même niveau que la France, où le nombre d’enfants par femme est tombé à 1,6, alors qu’il a été longtemps de 2,02, ce qui faisait de nous de bons élèves comparativement à nos voisins.

Les pouvoirs publics des pays concernés tentent de se saisir du problème, de trouver des moyens afin de doper la natalité. Car un pays qui voit baisser le nombre des naissances, qui échoue à renouveler sa population, et qui donc vieillit, est un pays en voie de déclin. Sans aucune possibilité de revenir en arrière une fois atteint un certain seuil.

Or, remédier à ce fléau est, semble-t-il, tout sauf simple.

Chérie, je veux plus faire des gosses !

L’enquête journalistique de Laureline Dupont et Thomas Mahler nous apprend, par exemple, que la politique volontariste de la Hongrie, mise en place par Victor Orban, instituant une exonération fiscale à vie pour les mères de quatre enfants, puis de deux seulement, n’avait nullement donné les résultats escomptés. Désillusion.

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« On ne nait pas d’une incitation fiscale », écrit Maxime Sbaihi, l’auteur de l’essai, Balançoires vides, paru aux éditions de l’Observatoire en début d’année. Une bonne nouvelle cependant, précise-t-il, « le désir d’enfant est toujours là, malgré les discours médiatiques sur les « Chilfree ».

Du désir à la réalité, les obstacles sont connus, dira-t-on : insertion plus tardive sur le marché du travail, difficultés pour trouver à se loger, casse-tête pour faire garder les petits, incertitudes de diverses natures, sociales, environnementales financières, une réelle absence de visibilité quant à l’avenir, le sien propre mais pas seulement, instabilité chronique du monde, etc, etc.

La ministre française du travail, de la santé, des solidarités Catherine Vautrin vient de dévoiler sa stratégie pour que nous nous remettions à avoir des enfants. Elle en fait un impératif de la politique gouvernementale. « Notre fameux modèle social, né il y a quatre-vingts ans du programme du Conseil national de la Résistance, repose sur la solidarité intergénérationnelle, rappelle-t-elle. Moins d’actifs signifie moins de financements. » Financements des retraites, mais également de la quasi intégralité de la vie sociale.

Soyons moins ?

Aussi, prépare-t-elle un arsenal de mesures destinées à redynamiser la natalité chez nous. Parmi elles, celles qu’on pourrait qualifier de classiques, augmentation du nombre de crèches, incitations financières permettant de choisir plus librement le mode de garde…, mais aussi de plus novatrices : renforcer l’attractivité des métiers de la petite enfance, l’instauration d’un congé de naissance, « plus court que le congé parental, mais mieux rémunéré (…) Un congé qui succèderait au congé maternité et qui pourrait être pris par la mère et le père, à la suite l’un de l’autre, avec un accompagnement financier plus conséquent. » Quant aux familles monoparentales, elles pourront bénéficier de l’aide afférent au mode de garde choisi, non plus jusqu’aux six ans de l’enfant, mais jusqu’à ses douze ans. Une question, est-ce que cela ne reviendrait pas à « encourager » la monoparentalité, dont on ne peut pas dire que, à l’échelle d’un pays, elle soit le modèle de politique de la famille le plus abouti ?

En fait, le problème semble bien être à peu près le même et aussi préoccupant partout dans le monde : comment donner envie d’avoir envie de faire des enfants.

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Or, justement, le constat que le péril est planétaire, touchant donc des pays, des populations aux mœurs, aux rites, aux codes, aux systèmes sociaux différents, voire opposés, pourrait bien nous amener à considérer que le problème se situe, au moins en partie, bien au-delà des questions et des solutions évoquées ici.

J’en reviens donc à mon « Soyons moins » du dessin de Sempé.

Tous les ans, nous sommes amenés à prendre connaissance avec précision du moment où la population mondiale dépasse en consommation ce que la planète est à même de lui fournir. Et ce moment ne cesse de se produire plus tôt dans l’année. Donc, effectivement, on pourrait aisément en déduire que nous sommes trop.

Donc, si j’osais, je me permettrais une hypothèse qui ne vaut que ce qu’elle vaut et qui peut fort bien prêter à ricaner. Est-ce que l’humanité, puisant très mystérieusement son inspiration dans le tréfonds de l’inconscient collectif, voire de l’inconscient archaïque, dont parle Jung, ne freinerait-elle pas de son propre mouvement, sans en avoir une claire conscience, ce déséquilibre croissant entre elle et sa planète ? Voilà qui permettrait d’expliquer que, d’un continent à l’autre, malgré des modes de vie, des cultures, des références philosophique, spirituelles et autres, ainsi que des intérêts très différents, nous nous trouvions devant la même réticence à peupler nos berceaux… Qui contribuerait à expliquer aussi que les initiatives diverses et variées déployées par les pouvoirs publics ne rencontrent finalement que des résultats mitigés. Je le répète. C’est là juste une hypothèse d’école. Absurde peut-être bien. Ou peut-être pas…

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30 GLORIEUSES - LA DÉCONSTRUCTION EN MARCHE

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Quand l’INSEE reproche aux Français d’habiter des logements trop grands

Des logements sous-occupés, en quoi est-ce problématique ? En 2022, un quart des ménages français (soit environ 7,6 millions de résidences principales) disposaient d’au moins trois pièces de plus que nécessaire, principalement des maisons individuelles et souvent occupées par des propriétaires de plus de 60 ans, dont les enfants ont quitté le foyer, s’alarmait récemment l’INSEE…


Nous entrons dans une époque où le totalitarisme ne dit plus son nom. Il ne défile plus en uniforme ni ne vocifère du haut des tribunes. Il avance masqué, habillé des habits du pragmatisme, du bon sens gestionnaire ou du pluralisme culturel. Et c’est précisément là son efficacité: il s’introduit dans nos institutions, nos modes de vie, nos esprits, avec la légitimité tranquille de la norme.

Justice sociale chiffrée

Prenons la dynamique technocratique à l’œuvre dans nos administrations. Elle n’est plus seulement l’expression d’une rationalité bureaucratique nécessaire, mais tend à devenir un système clos sur lui-même, indifférent aux réalités humaines qu’il prétend organiser. L’exemple récent du rapport officiel sur les logements « trop grands », désignant sans le dire une future dépossession ou taxation au nom de l’optimisation des mètres carrés, illustre cette froide déshumanisation. De même, les zones à faibles émissions (ZFE), au nom d’objectifs environnementaux certes légitimes, traduisent une incapacité chronique à penser la justice sociale autrement que sous l’angle du chiffre. Le gouvernement des algorithmes et des schémas produit une dépossession civique silencieuse, où la décision se prétend neutre et nécessaire, là où elle est en réalité profondément politique. C’est là une forme douce de totalitarisme, sans visage ni discours, mais d’autant plus redoutable qu’il ne rencontre guère de résistance conceptuelle ou populaire.

En miroir, un autre totalitarisme, cette fois exogène dans sa matrice mais désormais endogène dans sa stratégie, s’infiltre dans nos structures : celui de l’islamisme politique. Le récent rapport parlementaire sur l’entrisme des Frères musulmans dans les associations, les établissements scolaires, les municipalités, en témoigne avec une inquiétante clarté. L’islamisme ne procède plus principalement par confrontation mais par subversion méthodique, exploitant les failles juridiques et les faiblesses culturelles d’une société désarmée symboliquement. Il avance au nom de la tolérance pour mieux imposer l’intolérable ; il se cache derrière le droit pour miner la démocratie de l’intérieur.

Ces deux périls – le technocratisme déshumanisé et l’islamisme conquérant – semblent opposés, mais procèdent d’une même vacuité collective : celle d’une société qui ne sait plus ce qu’elle veut, ni ce qu’elle est. Ils se nourrissent de notre vide spirituel, de notre effacement volontaire devant l’autorité masquée, de notre peur d’assumer une conflictualité nécessaire. C’est ce contexte qu’il nous faut penser avec lucidité. Car la santé d’une démocratie se mesure à sa capacité de résistance aux folies rationnelles comme aux délires fanatiques.

C’est à partir de ce double diagnostic que nous devons interroger la crise plus vaste – psychique, sociale, politique – que nous traversons. Et c’est là que commence le véritable enjeu.

Angoisses sourdes

Il est devenu impératif de poser la question que toute une époque esquive : que signifie l’état de nos sociétés dites avancées ? L’angoisse qui sourd dans nos existences individuelles, la violence diffuse qui parcourt nos relations sociales, l’instabilité affective, politique, économique, tout cela renvoie moins à des crises conjoncturelles qu’à un dérèglement profond de nos structures anthropologiques et culturelles.

La folie, que l’on croyait confinée dans les marges médicalisées de la psychiatrie, infiltre désormais les comportements ordinaires. Narcissisme exacerbé, ressentiment chronique, perte de la maîtrise de soi : ce sont les nouvelles formes de subjectivité produites par une modernité en crise de sens. Ce n’est pas que l’homme moderne soit devenu fou au sens clinique, c’est que la société elle-même, désorientée par la perte de ses principes fondateurs, génère des comportements déraisonnables devenus la norme.

Nous avons tous été blessés – par l’effondrement des liens traditionnels, par la dérive individualiste d’un monde sans mémoire, par les échecs du travail, de l’éducation ou de la transmission. Une partie de nous a trouvé les moyens de résister, parfois au prix d’un compromis douloureux. Mais d’autres s’enfoncent dans la haine ou la résignation, transmettant à leur tour leur désarroi à des enfants fragilisés, voués à osciller entre violence, soumission ou mégalomanie.

Le drame est que cette détérioration subjective ne constitue pas un obstacle à la réussite sociale – elle en devient parfois le moteur. Les formes pathologiques de la personnalité s’avèrent redoutablement fonctionnelles dans un monde gouverné par la performance et l’image. C’est ainsi que les postes de pouvoir, dans la politique comme dans l’entreprise, sont souvent occupés par des figures cyniques, sans intériorité ni scrupule. Ils captivent les foules par leur force apparente, et leur offrent un miroir dans lequel projeter leur désir de puissance ou leur besoin d’autorité.

De là naît l’irrationalité grandissante du champ politique. On adhère non à des idées mais à des affects. La peur et la colère deviennent moteurs de décision. Le citoyen, privé d’un cadre d’intelligibilité collectif, devient vulnérable aux séductions les plus dangereuses, aux discours les plus simplificateurs. Or, une démocratie ne peut survivre sans un minimum de santé mentale partagée. Sans elle, elle cède à ce que Tocqueville appelait la tentation douce du despotisme, ou à celle, plus brutale, des aventures autoritaires.

Liberté menacée

Cette crise n’est pas uniquement interne. Elle nous expose aux formes nouvelles du totalitarisme, à la fois internes et externes. Le totalitarisme technocratique, celui de la gouvernance algorithmique, du management mondialisé, du contrôle sans visage, s’installe dans nos institutions avec le masque de l’objectivité et de l’efficacité. Il dépolitise le citoyen sous couvert de rationalité. En parallèle, le totalitarisme islamiste, porté par une vision archaïque et fanatique du monde, exploite les failles de notre cohésion, de notre mémoire, de notre volonté collective. L’un endort, l’autre terrorise. Les deux, à leur manière, sapent les fondements mêmes de notre régime de liberté.

Le véritable adversaire, toutefois, demeure cette faiblesse intérieure qui les rend possibles : la perte de conscience de notre responsabilité collective, le refus d’affronter nos ombres, notre inclination à déléguer notre souveraineté à des figures autoritaires ou des systèmes automatisés. Ce n’est pas seulement l’école, la famille, ou l’État qui sont en crise : c’est l’idée même de sujet autonome, moralement constitué, politiquement engagé.

Nous n’échapperons pas à cette spirale sans une refondation intellectuelle et morale. Il ne s’agit pas de revenir à un passé idéalisé, mais de retrouver ce que la démocratie exige : des citoyens capables de discernement, de courage, de fidélité à des principes. La restauration de notre capacité de jugement, la reconstruction des liens symboliques, la réhabilitation du langage commun : voilà le chantier. Il suppose aussi de choisir d’autres figures pour nous représenter – non celles qui nous confortent dans nos faiblesses, mais celles qui nous exigent. La résistance au totalitarisme – qu’il soit technocratique ou islamiste – commence par la reconquête de notre force intérieure. Car aucune puissance extérieure ne triomphe durablement d’un peuple habité par une claire conscience de lui-même, de son histoire, de ce qu’il veut préserver et transmettre. Ce n’est pas la fin du politique que nous vivons. C’est sa mutation radicale. À nous de la conduire, ou de la subir.

Le roman national à la force du mollet


Des rites auxquels le peuple de France pouvait être attaché, il en reste au moins un. Peut-être bien le dernier. Le Tour de France, la Grande Boucle. Les Trois Glorieuses, trois semaines d’une épopée au cours de laquelle la France a rendez-vous avec la France, ses paysages, ses villes, ses monuments, ses populations, ses fortes chaleurs, ses pluies diluviennes, ses vents contraires. Et, chemin faisant, son histoire, épicée en la circonstance de symboles à foisons. Le calvaire des sans grade à l’Alpe d’Huez ou au Mont Ventoux, les mornes plaines des étapes dites de transition, Waterloo d’ennui pour les escalateurs forcenés, les poids ultra-légers de la grimpette, mais aussi le triomphe à la romaine des sprinters sur les larges avenues des villes littéralement en pavoison pour la circonstance. Avec cela, le plus grand salon au monde – à ciel ouvert – du camping-car et du penta-court réunis. Porté sur bedaine prospère de préférence, le penta-court. L’apéro aux senteurs anisées à ras le bitume fumant, une espèce de rite dans le rite. On n’a plus Yvette Horner et son accordéon, les anquetiliens en querelle quasi byzantine avec les poulidoristes. En effet, nous n’avons plus droit à ces joyeusetés-là. Nous le déplorons. L’ambiance bistrot s’en ressent. La France, ces dernières décennies, serait plutôt aux vainqueurs absents. Cependant, il faut y croire encore. Cette fois-ci, la der des der se jouera peut-être au sommet. En bleu blanc rouge ? Faisons un rêve. Le sommet, la Butte Montmartre, bien sûr. Après Vercingétorix du côté du Puy de Dôme, le Gavroche façon Poulbot au Sacré Cœur. Oui, sacré périple au cœur de France, que cette boucle-là. Une victoire française en apothéose de la campagne de France le 27 juillet, voilà qui sonnerait pour beaucoup comme une nouvelle prise de la Bastille. Un 14-juillet de Fête nationale décalé d’une quinzaine. Marianne fermerait sûrement les yeux sur cette innocente entorse. La Bastille prise cette fois sans effusion de sang. Seulement de sueur. Et de larmes de plaisir.

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Trois semaines de roman Nntional, voilà le fond du fond de l’affaire. Grâce à cette internationale du braquet, grâce à la force du mollet de ces héros à casaques chamarrées, surgissant parfois de ce diable vauvert, si cher au dinosaure Zitrone, et recevant au bout de l’effort le bouquet, la bise et les bravos de la victoire. Héros trop blancs que ces forçats du guidon, nous dit-on, pour plaire à tout le monde, vraiment tout le monde, y compris Monsieur Mélenchon et ses porte-bidons créolisés. Dommage. Et tant pis pour ceux-là.

30 GLORIEUSES - LA DÉCONSTRUCTION EN MARCHE

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À la recherche de l’esprit français

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© Causeur

Peut-être vous demandez-vous quelle mouche nous a piqués pour consacrer notre dossier d’été à une notion aussi évanescente et fort éloignée, semble-t-il, des préoccupations immédiates de nos contemporains – même si beaucoup ressentent douloureusement une absence qu’ils ne savent plus nommer.

Cette mouche, c’est notre ami Jean-Michel Delacomptée. En février, il a publié une somme magistrale justement intitulée Grandeur de l’esprit français (Cherche midi), en dix portraits, d’Ambroise Paré à Saint-Simon en passant par François II, Racine, La Fontaine et Bossuet. « Pour évaluer une société, écrit-il, il faut examiner le sort qu’elle réserve à l’esprit. Cette touche d’aérien, de soyeux, d’ample, de délié. D’aristocratique, finalement, si l’on admet que l’aristocratie représente moins une classe sociale que le goût des discours élevés, des profondeurs subtiles et des formes tenues, à rebours du nivellement faussement démocratique qui les écrase. » Autant dire que notre époque, qui déteste les hiérarchies et pratique l’avachissement de masse, coche toutes les cases du saccage.

Si les artistes et les auteurs interrogés dans nos pages ont chacun leur propre conception de l’esprit français, tous sont d’accord pour déplorer son lent effacement, ne serait-ce que parce qu’il ne peut naître que dans cet incubateur qu’est la langue française, dont Jean-Luc Mélenchon demande qu’elle soit désormais appelée « notre langue créole commune ». Alors que nous n’aimons plus guère les choses de l’esprit et tendons à exécrer tout ce qui est national, l’esprit français s’apparente à un chef-d’œuvre en péril, un de ces biens immatériels dont on découvre le besoin qu’on en avait au moment où ils disparaissent.

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Toutefois, il y a deux façons de s’emparer de cet objet insaisissable, selon qu’on le regarde avec les yeux de la lucidité ou ceux de l’amour.

La première, c’est de considérer l’ensemble des traits de caractère et des comportements qui, au fil des siècles, sont devenus une manière d’être, autrement dit de tout prendre, le pire et le meilleur. On mentionnera alors, à côté d’un esprit frondeur qui a engendré Molière et Astérix, une tendance à la délation, courant de la Terreur au wokisme en passant par la Collaboration, ou encore, les oscillations entre l’amour de la liberté et l’accommodement avec la servitude. Sans parler des passions tristes que sont l’envie, la jalousie et la haine impuissante, qui ont fleuri sur notre obsession de l’égalité. En somme, on admettra que, comme chez n’importe quel peuple, et du reste chez tout être humain, l’esprit français fait cohabiter grandeur et petitesse. Dans ce registre légèrement grinçant, Peggy Sastre l’identifie comme la cohabitation « entre l’élan et la lâcheté, la révolte et la soumission, entre l’admirable et le mesquin ».

Mais on peut aussi définir l’esprit français à partir du roman national, ce grand récit que nous nous faisons de notre histoire. On ne conserve alors que les mille facettes de ce diamant singulier qui attirait autrefois les artistes et qui fait aujourd’hui courir les touristes. Peut-être est-ce parce qu’ils sont doués pour le bonheur que Frédéric Beigbeder, Franck Ferrand et bien d’autres se consolent de la médiocrité des temps présents par les merveilles léguées par le passé, qui ne sont pas seulement des cathédrales et des châteaux mais aussi le goût de la conversation civilisée et l’art de parler aux femmes – et des femmes.

C’est cela que nous avons voulu retenir, cette fête des sens et de l’intelligence que célébrera prochainement le musée du Grand Siècle à Saint-Cloud. Un anti-musée de l’immigration pour ainsi dire, imaginé pour tous ceux qui, dans le monde, vibrent encore au mot « France », évocateur de douceur de vivre et de majesté, de belle ouvrage et, peut-être plus encore, de légèreté. N’oublions jamais ce qu’écrivait Montesquieu, qui s’y connaissait en esprit, il y a très exactement trois siècles : « La gravité est le bouclier des sots. »

Pour avoir ton brevet, révise en écoutant France inter!

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© LODI Franck/SIPA

Propagande et endoctrinement à l’École : la preuve par le Brevet des collèges 2025 ! Le corrigé de l’épreuve de géographie reprend les arguments écologistes diffusés en boucle sur France Inter. En histoire, les élèves ont été priés de ne retenir que les torts imputables à la France dans les exactions de la guerre d’Algérie — mieux que Sébastien Delogu sur la télévision d’État algérienne ! Quant à l’épreuve d’enseignement moral et civique, elle exigeait bien entendu de réciter le catéchisme habituel sur « l’égalité femmes-hommes » et proposait aux plus brillants de composer un discours pour la journée du 8 mars.


L’effondrement de l’Éducation nationale n’est pas le fait du hasard. Il est le fruit de décisions prises de longue date par une oligarchie politico-économico-médiatique dont l’objectif est de transformer en profondeur la société afin qu’elle corresponde à celle que la télévision publique de Mme Ernotte promeut par tous les moyens possibles. Pour ce faire, il est impératif d’empêcher l’émergence de tout esprit critique pouvant remettre en cause ce nouveau monde façonné par et pour cette oligarchie, au détriment de la majorité de la population. Cette caste contrôle la politique, la culture et l’information. Elle méprise les Gueux et concocte depuis cinquante ans des rapports nationaux et européens ne dissimulant rien de son projet mais difficilement accessibles depuis qu’un journalisme paresseux, inculte et aux ordres, se contente d’être la courroie de transmission d’un système qui l’avantage. Le journalisme de l’audiovisuel public et de la presse mainstream est devenu, à l’image de l’Éducation nationale, un outil de propagande au service des puissants de Davos, de l’administration technocratique de l’UE, des organisations supra-nationales, des « élites » qui décident du sort de la population en s’asseyant dessus.

À ceux qui douteraient encore que l’École n’est plus le lieu de la transmission du savoir mais celui de la propagande et de l’endoctrinement, je propose de prendre connaissance des sujets de géographie, d’histoire et d’enseignement moral et civique du Brevet des collèges, série générale, de cette année. C’est édifiant.  

1) Géographie

Il a été demandé aux collégiens « d’analyser et comprendre des documents en géographie ». Les documents en question – un article de journal et une « carte de la vallée de la batterie » – concernent l’implantation d’une « gigafactory », une « usine de fabrication de batteries et de leurs composants » dans la région Hauts de France. Le corrigé de l’épreuve proposé aux enseignants relève tout bonnement de la propagande écologiste : l’élève qui aura su expliquer que la « vallée de la batterie » bénéficie d’une position géographique stratégique, que l’implantation de cette « gigafactory » profitera à toute la région en générant de nombreux emplois, que la voiture électrique est l’avenir et les Hauts de France le nouvel Eldorado d’une industrie « qui va dynamiser la région », a de fortes chances de récolter une excellente note ! On ne voit d’ailleurs pas comment il pourrait en être autrement : depuis plusieurs années, en effet, « l’éducation au développement durable (EDD) fait partie des missions de l’École inscrites dans le Code de l’éducation », est-il écrit sur le site du ministère de l’Éducation nationale. Chaque classe a pour obligation de désigner des éco-délégués qui, « mieux formés, mèneront des projets locaux valorisés par un prix annuel ». Le ministère précise que « cet enseignement vise à développer une conscience écologique et citoyenne chez les élèves, en leur donnant des clés pour comprendre et agir face aux défis environnementaux ». En réalité, cet « enseignement » vise à catéchiser nos jeunes élèves, à leur bourrer le crâne, à les transformer en Gardes verts d’une société dans laquelle toute contradiction apportée à l’écologisme doit être éliminée.

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Si, malgré le travail d’endoctrinement de l’École, le jeune futur citoyen n’a toujours pas compris qu’il est hors de question de remettre en cause le rapport du GIEC, l’idéologie de l’écologie politique et les oukases de l’UE sur la « transition écologique », la radio publique sera là pour le lui rappeler. Le 3 juillet, sur France Inter, Patrick Cohen a profité de son édito politique pour réaffirmer le bien fondé, selon lui, des ZFE, du plan ZAN (Zéro artificialisation nette), de la fin des moteurs thermiques en 2035 et du développement de l’éolien et du photovoltaïque, et pour reprocher à Bruno Retailleau, François-Xavier Bellamy et Julien Aubert d’avoir écrit, dans Le Figaro, une tribune intitulée Rebâtir un parc nucléaire et stopper le financement des renouvelables. D’après M. Cohen, les auteurs de cette tribune auraient subi « la pression politique et médiatique du RN et de ses soutiens », parmi lesquels il compte « les chaînes Bolloré ». M. Cohen fait partie de cette « bourgeoisie urbaine qui se sert de l’écologie pour protéger ses interêts » décrite par Christophe Guilluy. Éminents représentants de la caste médiatique écolo-woke, chantres de la liberté d’expression dès lors qu’elle correspond à leur ligne de pensée et est sévèrement encadrée par l’Arcom, les journalistes de la radio publique apprécient que l’École, loin de former des esprits capables de critiquer un système qui leur convient parfaitement, façonne les futurs auditeurs d’un média qui ne cache plus son mépris pour les Gueux. Le lendemain 4 juillet, sur la même radio, à 6h45, la journaliste Célia Guilleret fustigera, lors de sa chronique “Planète verte”, la tribune de Bruno Retailleau en reprenant à son compte les déclarations du… syndicat des énergies renouvelables disant son « ras le bol de voir sa filière diabolisée presque tous les jours par le RN et maintenant par les Républicains ». Le même jour, sur la même radio, Pascal Canfin, eurodéputé Renew, ex-EELV, ancien directeur de WWF France, fossoyeur en chef de notre industrie et de notre agriculture, sera l’invité de Marion Lhour et dénoncera « la contre-offensive anti-écologique » qui, selon lui, forme une « base idéologique qui est le trumpisme européen – et qui est celle des médias Bolloré, celle de CNews, etc. » Cette matinale a été l’exemple parfait de ce que la directrice et les journalistes de Radio France entendent par « pluralisme »…      

Rien n’est laissé au hasard. L’Éducation aux médias et à l’information inculquée maintenant à nos enfants dès… la maternelle, n’a pas pour but « d’accompagner les élèves pour les aider à se repérer dans les méandres de l’information », comme le soutient le dossier pédagogique 2025 de cette nouvelle discipline, mais plutôt de les préparer à accueillir comme une parole divine les informations issues de l’AFP, de l’audiovisuel public, des médias prêts à tout pour continuer de percevoir les subventions publiques octroyées par le pouvoir en place, des fact-checkers officiels du pouvoir – ceux du Monde, de Libération et de Conspiracy Watch et de les détourner des médias alternatifs, bollorisés ou indépendants qui, au grand dam de l’oligarchie politico-médiatique, sont de plus en plus suivis par les Gueux. Confrontés à la triste et dure réalité de leur pays fracassé, ces derniers ne supportent plus l’arrogance d’une caste qui les méprise. Le système en place espère pouvoir assujettir leurs enfants à une nouvelle religion préconisant le partage inéquitable et une charité bien ordonnée qui commence par lui-même. L’Éducation nationale et les médias sont les lieux d’apprentissage de ce nouveau culte.

2) Histoire

« Le monde depuis 1945. Dans un développement construit d’une vingtaine de lignes, expliquez l’accès à l’indépendance d’une colonie de votre choix. Vous préciserez les principaux acteurs, les étapes et les conséquences. » Le choix du sujet, on l’aura compris, n’est pas neutre. Le corrigé de l’épreuve ne l’est pas plus ; il ne laisse planer aucun doute sur les sous-entendus, le présupposé étant que les collégiens auront choisi « la guerre d’Algérie, cas le plus souvent étudié en classe ». M. Tebboune est aux anges et l’élève Delogu, cancre parmi les cancres, opine du chef à sa lecture : « Dès 1954, le Front de libération nationale (FLN) lance une insurrection armée lors de la “Toussaint rouge” le 1er novembre. […] Entre 1956 et 1959, la guerre s’intensifie : l’armée obtient les “pouvoirs spéciaux” et mène une lutte brutale, notamment lors de la bataille d’Alger où elle utilise la torture. […] Le Général de Gaulle évolue progressivement vers l’idée d’une autodétermination du peuple algérien. Cette décision déclenche l’opposition des partisans de “l’Algérie française” dont certains, regroupés dans l’OAS, ont recours au terrorisme. L’OAS mène des attentats en Algérie et en France. La répression touche aussi les Algériens de métropole, comme lors de la manifestation du 17 octobre 1961, au cours de laquelle près de 200 personnes sont tuées à Paris. » Sont ensuite rapidement évoqués les accords d’Évian de 1962, le départ des pieds-noirs, le fait que « contrairement à l’Inde, l’Algérie dut arracher son émancipation par la force ».

Une correction du corrigé s’impose. Le jour de la « Toussaint rouge », 70 attentats du FLN ont lieu en Algérie – des mouvements nationalistes, comme le Mouvement national algérien (MNA) et le Parti communiste algérien, dénonceront ces exactions. Au contraire de ce que laisse entendre le corrigé officiel, les actes de terrorisme n’ont pas été l’apanage de l’OAS. Le FLN s’est particulièrement distingué dans cet exercice de terreur. On se souviendra, entre autres, des massacres d’août 1955, dans le Constantinois, qui virent la mort de 171 civils européens et de 10 000 musulmans trop « modérés », ou du massacre d’Oran, le 5 juillet 1962 – trois mois après la signature des accords d’Évian – où plus de trois cents civils européens furent tués par l’Armée de libération nationale, le bras armé du FLN. Sur le territoire français, le FLN fit tuer environ 6000 Algériens opposés à sa ligne et commit près de 10 000 attentats entre 1956 et 1961. En ce qui concerne la torture, les sbires du FLN l’ont pratiquée avec encore plus d’entrain que l’armée française, aussi bien sur les pieds-noirs que sur les harkis et les musulmans « modérés », pendant la guerre et après l’indépendance[1]. Quant à la manifestation du 17 octobre 1961, un peu de contexte n’aurait pas nui : en 1961, la tension est à son comble et le FLN veut contrôler la communauté algérienne vivant en France. Depuis le début du conflit, des opposants algériens refusant de payer « l’impôt révolutionnaire », des gendarmes et des policiers français sont régulièrement assassinés par le FLN sur le sol français – 22 policiers ont ainsi été tués de janvier à octobre 1961. Le 5 octobre 1961, un couvre-feu est imposé aux Algériens par les autorités. Le but : empêcher les réunions clandestines et l’acheminement des armes vers les nombreuses planques du FLN. La police parvient à démanteler les réseaux du FLN qui décide alors d’organiser une manifestation devant converger vers la place de la Concorde et l’Élysée : entre 20 000 et 30 000 Algériens – certains venus sous la contrainte, de peur des représailles en cas de refus – sont encadrés par le FLN. Le chiffre de 200 morts repris dans le corrigé de l’épreuve est celui d’un mythe entretenu par le gouvernement algérien et les partis de gauche et d’extrême gauche français, en particulier le Parti communiste. L’historien Jean-Paul Brunet, auteur d’un livre de référence sur cet événement[2], déclare au journaliste Guillaume Perrault, dans Le Figaro du 17 octobre 2016 : « J’évalue les victimes à 14 certaines, 4 probables, 8 vraisemblables et 6 possibles, soit un total de 32 si l’on retient l’estimation haute. » À la question : « Le chiffre de plusieurs centaines de victimes, souvent avancé, serait donc sans fondement ? », il répond : « On n’arrive à ce chiffre fantaisiste qu’en attribuant à la police des meurtres d’Algériens perpétrés par le FLN qui cherchait à raffermir son contrôle sur les Algériens en métropole. Le FLN tuait des Algériens qui refusaient de rejoindre ses rangs, de payer leurs “cotisations” ou d’observer les préceptes coraniques. » Nous voilà fort éloigné du « massacre des Algériens » par la police française propagé par la presse, ou des affirmations d’Omar Boudaoud, un des responsables de la manifestation, sur « les pendaisons dans le bois de Vincennes et une Seine remplie de cadavres », affirmations qui seront reprises sans aucun recul par Benjamin Stora dans un entretien donné au Nouvel Observateur en janvier 2003. La France, qui compte sur son sol plusieurs millions d’individus algériens ou d’origine algérienne, se soumet à l’histoire officielle du pouvoir algérien et de la gauche française dans l’espoir de canaliser et d’amadouer sa « rue arabe ». La compromission, jusqu’au plus haut sommet de l’État, est totale. Des représentants communautaristes en profitent pour importer en France une lecture historique échafaudée par le pouvoir algérien et pour glorifier des militants du FLN qui, s’ils méritent possiblement la reconnaissance de l’Algérie, ont été des ennemis de notre pays. Quelques jours après les examens du Brevet, le président du département de Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel, et le maire de Bobigny, Abdel Sadi, ont rebaptisé la maison du Parc de la Bergère de cette commune du nom de la Franco-algérienne Danièle Djamila Amrane-Minne, une poseuse de bombes du FLN qui participa à plusieurs attentats dans des lieux publics d’Alger. Ils ont choisi la date du 5 juillet afin de « célébrer l’anniversaire de l’indépendance de l’Algérie ». Ils n’ont bien sûr pas dit un mot sur le journaliste sportif Christophe Gleizes et l’écrivain Boualem Sansal, injustement emprisonnées dans les geôles algériennes. Le lendemain, l’actrice Camélia Jordana a rendu hommage, sur le média Liik, à son grand-père, un des hauts responsables du FLN pendant la guerre d’Algérie. « C’est la classe quand tu es d’origine algérienne », déclare-t-elle. En revanche, être Française ne semble pas devoir déclencher chez cette artiste choyée par le monde dit de la culture et par les médias un enthousiasme particulier, bien au contraire…

3) Enseignement moral et civique.

Là encore, le sujet n’a pas été choisi au hasard : « Situation pratique : Égalité femmes – hommes. »  Document 1 : une affiche de « la campagne en faveur de l’égalité filles – garçons » mettant en avant la mathématicienne Ada Lovelace et affirmant que « seulement 11 % des étudiants en école d’informatique sont des femmes ». Document 2 : l’article 1er de la Constitution de le Ve République. Questions (l’administration scolaire appelle questions des exercices d’endoctrinement) : « Identifiez l’inégalité mise en avant par cette affiche. » – « Expliquez l’intérêt de recourir à cette figure (celle d’Ada Lovelace) pour corriger une inégalité. » – « Vous devez rédiger un discours à l’occasion du 8 mars, journée internationale des droits des femmes. Vous montrez (sic) que les inégalités femmes-hommes, contraires aux valeurs de la République, existent encore et vous présentez (sic) deux idées concrètes pour sensibiliser les élèves de votre collège à ce problème. » Cette épreuve tombe à point nommé : elle coïncide avec le lancement du plan Filles et Maths décidé par Mme Borne, ministre de l’Éducation nationale, et censé améliorer le pourcentage de femmes dans « les métiers d’ingénieurs et du numérique ». En revanche, comme l’a souligné récemment Jean-Paul Brighelli dans ces colonnes, il n’est pas prévu de plan Garçons et Lettres – ni, me permets-je d’ajouter, de « plan de formation des enseignants à la prévention des biais de genre et des stéréotypes » ayant conduit à une sur-représentation des femmes dans un grand nombre de « professions valorisantes ».

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Quelques chiffres étaieront cet état de fait inégalitaire : 57 % des jeunes femmes sont aujourd’hui diplômées de l’enseignement supérieur contre à peine 47 % des jeunes hommes. Les femmes de moins de 30 ans n’occupent plus que 38 % des emplois d’ouvriers non qualifiés (vs 60 % pour les femmes de plus de 50 ans), 16 % des métiers d’agriculteurs, d’éleveurs ou de bûcherons (vs 36 % pour les femmes de plus de 50 ans), 18 % des métiers de bouchers, de charcutiers ou de boulangers (vs 32 % pour les femmes de plus de 50 ans)[3]. Les professions médicales sont aujourd’hui majoritairement féminines – 67 % des étudiants en médecine, odontologie et pharmacie sont des… étudiantes. Idem pour les professions juridiques  – 74 % des étudiants inscrits en première année de droit sont des… étudiantes ; 69 % des magistrats sont des… magistrates. Les cadres des services administratifs, comptables et financiers et les cadres de la fonction publique sont majoritairement des femmes – respectivement 53 % et 59 %. Le monde ouvrier, en particulier dans le bâtiment, la manutention industrielle, l’automobile, la conduite d’engins de chantier ou de poids lourds, etc., reste, lui, très majoritairement masculin. Ces chiffres, qui montrent une nette tendance à la disparition de la gent masculine dans de plus en plus d’emplois supérieurs qualifiés, et donc une inégalité flagrante en faveur des femmes, ne contredisent-ils pas certaines « valeurs de la République », dont une, lafameuse parité, semble devoir surpasser toutes les autres mais est régulièrement mise en défaut ? « Les jeunes hommes, interroge l’historien Pierre Vermeren, sont-ils de trop dans la société française ?[4] »  La question mérite d’être posée : « la réussite scolaire et universitaire des filles, qui, à situation comparable, surclassent partout les garçons, sauf en sciences (seul ce second sujet n’est pas tabou), la déliquescence de leurs domaines professionnels traditionnels, l’artisanat, l’industrie, l’agriculture et la chose militaire, et, plus généralement, l’abandon des activités productives, transférées à l’étranger, au profit des services qui sont plus propices aux femmes », écrit Pierre Vermeren, contribuent à un véritable phénomène de masse : la perte de confiance, d’estime, de motivation de millions de jeunes hommes qui se réfugient de plus en plus dans la drogue, l’alcool, les jeux en réseau, la pornographie. Cette dernière se substitue à la fréquentation des jeunes femmes ; le célibat progresse, encouragé par une écologie radicale qui dénonce la « masculinité toxique et le patriarcat » et admoneste les couples qui font des enfants.

Cerise sur le gâteau

Savez-vous quel est l’auteur sur lequel ont dû bûcher nos collégiens durant l’épreuve de français du même Brevet ? Je vous le donne en mille : Simone de Beauvoir ! Le texte choisi, extrait de La Force de l’âge, est censé mettre en valeur la ville dans laquelle cette intellectuelle stalinienne, maoïste, castriste, réputée cependant pour ses écrits « féministes » mais également pour ses propos acerbes sur ses compatriotes durant et après la guerre d’Algérie – « Ces gens dans les rues, consentants ou étourdis, c’étaient des bourreaux d’Arabes : tous coupables. »[5]  – débarque pour occuper son premier poste de professeur : Marseille – « la plus grande ville algérienne de France », dixit son maire actuel, l’inénarrable Benoît Payan. Quand je vous dis que rien n’est laissé au hasard…  


[1] L’historien Jean-Jacques Jordi a pu consulter, pendant quatre ans, des archives inédites de la guerre d’Algérie. Il en a tiré un livre, Un silence d’État : Les disparus civils européens de la guerre d’Algérie (2011), une étude sur les exactions commises durant et après la guerre d’Algérie et, plus particulièrement, sur le rôle du FLN dans la disparition de milliers de civils européens. Certains passages font froid dans le dos : « Un rapport parle de la découverte des corps de “40 Européens séquestrés, jouant le rôle de donneurs de sang pour les combattants du FLN”. Le 21 avril 1962, des gendarmes d’Oran découvrent “quatre Européens entièrement dévêtus, la peau collée aux os et complètement vidés de leur sang. Ces personnes n’ont pas été égorgées, mais vidées de leur sang de manière chirurgicale”. Cette collecte de sang se déroule parfois avec la complicité de “médecins français” acquis à l’indépendance. Aucun ne sera inquiété après leur retour en France. »

[2] Jean-Paul Brunet, Police contre FLN, le drame d’octobre 1961, 1999, Éditions Flammarion.

[3] Source Insee. Rapport de 2016 montrant que « les plus fortes augmentations du taux de féminisation concernent des métiers qualifiés ».

[4] Pierre Vermeren, “Les jeunes hommes sont-ils en trop dans la société française”, Le Figaro, 17 décembre 2021.

[5] Simone de Beauvoir, La Force des choses, Folio Gallimard.

Bleu comme la nuit

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L'écrivain français Frédéric H. Fajardie, 1998 © ANDERSEN ULF/SIPA

Les cartes postales de l’été de Pascal Louvrier (2)


En fouillant dans la boite aux livres sur la place du village, face au cinéma, j’ai trouvé un livre de Frédéric H. Fajardie, Bleu de méthylène. Des jeunes gens, vingt-ans guère plus, anciens élèves chahuteurs, souvent sadiques avec leur prof d’histoire-géo, ont un point commun : on retrouve leur tête dans une décharge publique, soigneusement découpée par une tronçonneuse électrique. On dirait un roman noir écrit par Bret Easton Ellis. Mais non, c’est un écrivain bien français, « le dernier des bolchéviques » comme il se définissait lui-même, né à Paris le 28 août 1947, dans le quartier de Tolbiac, propice aux sombres intrigues policières, et mort dans la même ville le jeudi 1 mai à l’âge de soixante ans – âge indiqué dans ce roman noir écrit en 1982. Mourir le jour de la fête du Travail pour un homme de gauche, c’est vraiment aller au bout de ses idées.

Héritier de la gauche prolétarienne

C’était un type de gauche, oui, mais pas la gauche Mitterrand, version Vichy. Pas la gauche « caviar », comme Serge July, BHL, André Glucksmann, ou encore Kouchner. À propos du bon docteur, l’écrivain déclara : « C’est le mec qui va amarrer sa jonque à Deauville ». Non, c’est un héritier de la gauche prolétarienne. On peut même dire que c’est un révolutionnaire, fils de libraire, qui n’a rien à perdre puisqu’il ne possède rien. Bon, après, ça se complique, car il achète un appartement, une maison de campagne, une grosse bagnole. C’est le basculement, les choses vous possèdent alors qu’on croyait les posséder. Classique. Frédéric H. Fajardie, nom de plume de Ronald Moreau, révère Céline et ne déteste pas Drieu la Rochelle. Il semble attirer par les corps démembrés, les aubes sales sur la Butte-aux-Cailles, il vacille pour un parfum de femme, fume et picole trop pour oublier l’inoubliable, l’enfance. Il a obtenu son bac à 25 ans, a passé plusieurs licences, la rage au ventre, pour en remontrer aux fils de bourgeois. C’est un revanchard, mais uniquement pour alimenter sa prose noire et rester fidèle à son idéal rouge. C’est un Julien Sorel qui donne dans le social, parce qu’il sait que la classe dominante vend son âme à celui qui protège son compte en banque. Fajardie a des valeurs : celles qui font que l’homme peut se regarder dans la glace : honneur, fidélité, courage. Il lutte, même si cette lutte est perdue d’avance, contre le triomphe de la marchandise. Il est hanté par la guerre d’Espagne qu’il revisite dans ses romans sans espoir. Il sait que ça s’est joué sur cette terre qui n’aime pas les tièdes. Tiens voilà que je parle de lui au présent. Je le trouve sympa en plus avec sa tête au nez trop long et ses lunettes cerclées de fonctionnaire de mairie qu’on croit collabo et qui file de faux papiers aux Juifs. Il loue le fracas des armes quand il s’agit de défendre une esthétique de la révolte. Il est émouvant quand il se damne pour une phrase qui exprime l’indicible. Exemple, première page de Bleu de méthylène : « Il songea qu’il lui avait fallu presque une année pour définir l’odeur de l’herbe coupée : un parfum sucré de pain d’épice et de miel. »

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Paris perdu

C’est en juin que débute l’enquête, en pleine canicule qui « s’était abattue sur la ville comme une main sur un moustique ». La tête découverte et c’est le commissaire principal Inckel, trente-quatre ans, qui est chargé de l’affaire. Un drôle de type, avec une sale histoire de cœur dont il ne parvient pas à s’affranchir. Il cite Homère et porte un calibre 38. Il est entouré de plusieurs inspecteurs, le plus curieux étant Gourmond qui arrose une plante en plastique. Parfois, le Gourmond, il se laisse aller à une confidence : « Je suis de Lisieux. C’est très triste Lisieux. Quand on était gamins, le dimanche, on regardait passer les voitures. On habitait route de Paris, alors on se mettait à la fenêtre. Tout le dimanche à la fenêtre… » Démoralisant.

Fajardie nous entraîne dans un Paris qui n’existe plus. La gentrification a tout rasé, les bistrots avec les œufs durs au zinc, la solidarité, les petites gens. La Suze cassis a vécu, comme le filet de sole pomme vapeur, ou la platine sur laquelle on pose un vinyle, ou encore les vieux pupitres à encriers et tableaux noirs. L’école, voilà le lieu stratégique de l’affaire. On sait très vite que c’est le prof d’histoire-géo malmené qui se venge des humiliations de ses anciens élèves. C’est un malade, sûr de lui, en survêtement bleu roi à bandes blanches. Mais il va falloir le coincer car il est malin. Les rebondissements sordides ne manquent pas. Et puis, il y a la figure féminine incarnée par Olivia Licarie, l’élève préférée du prof timbré, avec de beaux yeux gris illuminant un visage qui ressemble à celui de Monica Vitti. Des personnages paumés, écrasés de soleil « mettant en relief toute la crasse qui recouvre cette grande ville pourrie comme un manteau composé de poussière, de détritus et de crachats », rachetés peut-être par la littérature.

Frédéric H. Fajardie, Bleu de méthylène, Folio. 176 pages

Bleu de méthylène

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Podcast: Bertrand Deckers et la princesse Kate; Aurore Bergé et la haine en ligne; Macron et Starmer dansent le tango

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La princesse Kate et le président Macron, lors du banquet au château de Windsor, le 8 juillet 2025. Yui Mok/WPA Pool/Shutterstock/SIPA

Notre dernier podcast avant l’été. Avec Bertrand Deckers, Martin Pimentel et Jeremy Stubbs.


Bertrand Deckers nous parle de son nouveau livre consacré à la princesse de Galles, Kate. Qu’est-ce qui se cache derrière cette façade parfaite? Il y a d’abord une mère arriviste qui a travaillé comme quatre au service de l’ascension sociale de sa famille et en particulier de sa fille aînée. On peut dire qu’elle a bien réussi ! Ensuite, Kate elle-même a fait de nombreux sacrifices – peut-être même celui de sa propre santé – afin d’incarner la princesse parfaite. À beaucoup d’égards, elle est la fille spirituelle d’Elizabeth II, partageant avec la reine adulée le sens du devoir et de la retenue. C’est ainsi que, si la famille royale est l’arme secrète de la diplomatie britannique, Kate, par son charme, son assurance et son élégance, est devenue l’arme secrète de la famille royale. On a pu le constater lors de la visite d’État d’Emmanuel Macron au Royaume Uni.

De retour en France, Martin Pimentel nous parle de la dernière fausse bonne idée de notre sous-ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations. Mercredi, Aurore Bergé a annoncé la mise en place d’une coalition pour lutter contre les contenus haineux sur Internet. Une dizaine d’associations seront chargées de faciliter les remontées des contenus qu’elles jugent problématiques auprès de l’Arcom. Cela a tout l’air d’un magnifique bureau des dénonciations !

A lire aussi: Naissances: rien ne va plus…

Après trois jours de visite d’État au Royaume Uni, où il a bu du champagne avec le roi Charles, échangé des amabilités avec le prince William, et négocié dur avec le Premier ministre, sir Keir Starmer, quel est le bilan d’Emmanuel Macron? D’abord, il a pu annoncer le renforcement de la coopération militaire entre la France et l’Albion autrefois perfide, notamment dans le domaine des armes nucléaires. Il s’agit de construire un parapluie nucléaire pour l’Europe afin que cette dernière puisse affirmer une certaine autonomie et se montrer moins dépendante de l’oncle Sam. Du côté de la Manche, le président français a convaincu les Britanniques qu’ils doivent faire beaucoup plus pour réguler le marché du travail outre-Manche et empêcher les migrants clandestins d’accéder à des petits boulots de livreur de repas. La possibilité de trouver un travail est un élément qui attire les migrants et contribue au modèle économique des gangs de trafiquants. Enfin, la France est d’accord pour accepter que certains clandestins soient expulsés vers l’Hexagone si le Royaume Uni accepte en échange le même nombre de migrants actuellement en France mais ayant une bonne raison de demander asile chez les Britanniques. Le nombre de migrants échangés risque d’être négligeable comparé au nombre de ceux qui traversent la Manche tous les jours. Et le programme doit être approuvé par l’UE, ce qui est peu probable.

Bonnes vacances !

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Heureux comme Dieu en France

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Le psychanalyste Jean-Pierre Winter © Hannah Assouline

Causeur consacre un grand dossier à l’esprit français dans son nouveau numéro. Voici une contribution de Jean-Pierre Winter.


Mon père, issu d’une nombreuse famille de Juifs hongrois, dont la totalité avait été exterminée par les nazis, en réchappa, puis fut fait prisonnier par les soviétiques venus « libérer » la Hongrie. Détenu dans un camp quelque part en Union Soviétique, il s’échappa, revint dans sa Transylvanie natale, récupéra dans l’appartement ou la maison de ses parents un objet et traversa l’Europe à pied, entièrement démuni, sauf de cet objet, pour arriver enfin, en passant par l’Allemagne, en France. Pourquoi en France ? D’où procédait cette fixation sur la France, sinon de cette idée que bien des Juifs d’Europe centrale, à partir du XIXe siècle tenaient pour une certitude : Heureux comme Dieu en France.

Y croyait-il ? En tout cas suffisamment pour traverser toute l’Europe avec cet objet lourd, venir s’y installer sans en parler la langue, lui-même parlant une langue sans racines connues, le hongrois, à ses risques et périls, mais convaincu qu’il n’y avait pour lui, comme pour d’autres Juifs de son époque, nul autre lieu où se rendre.

Ma mère, Juive hongroise ayant échappé aussi aux persécutions mais venue s’installer toute petite en France pendant l’entre-deux guerres, y était-elle venue pour les mêmes raisons, Heureux comme Dieu en France ?

Cet adage provient probablement du fait que seule la France avait émancipé collectivement les Juifs, aux XVIIIe et XIXe siècles. Mais était-ce si vrai ? En ce qui me concerne, issu de la deuxième génération, né en France, mais porteur d’un passeport de réfugié sur lequel il était écrit « tous pays, sauf la Hongrie », je me suis coulé dans la langue française comme si elle avait été ma langue maternelle de toute éternité. L’esprit français pour moi, et pour beaucoup d’autres, c’était, et c’est encore, la langue française. J’en connu les premiers éblouissements quand au collège on me fit apprendre par cœur des passages entiers de Racine, cet auteur classique dont le théâtre incarnait pour moi la beauté de la poésie française, et qui était aussi l’un des rares auteurs classiques à ne jamais proférer d’antisémitisme et à avoir même puisé dans la Bible hébraïque la source de deux de ses pièces, Esther et Athalie. Racine, quel nom prédestiné !

La langue française, je l’ai habitée, et elle m’a habité, comme elle a possédé Proust, Albert Cohen, Joseph Kassel… L’esprit français, c’est la finesse, les nuances, les contradictions, les aberrations, quand elle est tour à tour simple, évocatrice, équivoque, et en même temps pleine de pièges qu’il faut sans cesse contourner, avec une orthographe qui inclut ce que le hongrois sans racines connues, n’inclue pas, c’est-à-dire une grande partie de son étymologie et donc de son Histoire.

L’esprit français, ce ne sont pas seulement des valeurs, ce ne sont pas des idéaux auxquels s’identifier de force, des « rentrez-vous ça dans la tête », ce sont des successions de convictions qui découlent du fait qu’on pratique sa langue, et qu’il n’est pas possible, la pratiquant, de s’égarer, dans des excès collectifs, bien que, et c’est là sa contradiction majeure, la France incarne l’Universalité, qui s’exprime dans les Droits de l’Homme et du Citoyen, par exemple, et dans les révolutions les plus extrêmes. Heureux comme Dieu en France, c’était aussi cette contradiction qui voulait que, avec l’affaire Dreyfus, on pouvait entendre que ce peuple de France était capable de se déchirer, soit pour condamner à tort, soit pour réhabiliter un simple Juif dont l’histoire allait marquer pour toujours celle non seulement du judaïsme, mais de la France, celle du sionisme, en même temps que l’histoire des plus grands antisémites que la Terre ait connus.

Donc heureux, plus ou moins. Mais revenons à mon père. Quel était cet objet qu’il était venu récupérer au fin fond de la Transylvanie, et qu’il portait avec lui direction Paris ? Ou plus exactement direction le Sentier où, apprenant le yiddish que les Hongrois ne parlaient pas, il croyait qu’il apprenait le français. C’était Les Misérables de Victor Hugo, traduit en hongrois. Pourquoi cet ouvrage était-il dans cette famille, pourquoi cet ouvrage avait-il survécu à la Shoah et aux persécutions soviétiques, au fin fond de la Transylvanie, dans une famille de Juifs probablement orthodoxes ? C’est toute l’énigme qui résume à la fois la particularité et l’universalité de la langue française, si bien incarnée dans cet ouvrage de l’immortel Victor Hugo, héritier des Lumières.

Les Misérables

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Le dîner du Crif, il y a quarante ans et aujourd’hui

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Yonathan Arfi et François Bayrou au dîner du Crif, au Carrousel du Louvre à Paris, 3 juillet 2025 © J.E.E/SIPA

Le 4 juillet a eu lieu le 39e diner du Crif. Depuis 1985, chaque année sauf en 2020, l’année du Covid, le Président du Crif expose au chef de gouvernement ou parfois au chef d’Etat lui-même, les inquiétudes d’une minuscule portion de l’électorat national, 0,8%, et il reçoit en retour des paroles d’amitié et souvent un certain nombre d’engagements.


Dans un salon du Sénat une cinquantaine de personnes ont entendu au cours du premier diner le président Theo Klein s’adresser au Premier ministre Laurent Fabius et lui rappeler l’ancrage républicain indéfectible de la communauté juive de France. Il n’est pas sans intérêt de réfléchir à ce qu’était alors l’environnement de ceux qu’on n’appelait pas encore les Français juifs.

A cette époque, le soutien aux refuzniks soviétiques rassemblait les défenseurs des Droits de l’Homme au-delà des Juifs et mobilisait surtout la gauche de l’échiquier politique. La préparation du procès Barbie, l’affaire du Carmel d’Auschwitz éveillaient les consciences sur ce qu’on commençait d’appeler la Shoah : 1985 fut l’année où est sorti le film de Claude Lanzmann. En même temps, le négationnisme était apparu depuis plusieurs années, et Jean-Marie Le Pen, qui avait obtenu en 1984 11% des votes aux élections européennes, allait fin 1985 lancer la première de ses fameuses petites phrases en dédiant sondiscours à Jean-François Kahn, Jean Daniel, Ivan Levaï et Jean-Pierre Elkabbach, tous qualifiés de menteurs de la presse et dont le nom à consonance juive ne laissait pas de doute sur ce qu’il sous-entendait. 

L’extrême droite était en France l’ennemi unique pour les Juifs et les républicains. Le Moyen Orient était loin, Arafat était unanimement considéré comme un terroriste, même si la France lui avait sauvé la mise en l’exfiltrant en 1982 du Liban vers la Tunisie. Il n’était pas question d’envisager un antisémitisme musulman, d’autant plus que SOS Racisme venait d’être créé et que des Juifs n’y étaient pas pour rien. 

Bayrou solidaire d’Israël

Rétrospectivement, en 1985, la situation pour les Juifs de France faisait donc consensus au sein de la collectivité nationale. Qui pourrait en dire de même aujourd’hui ?

Les discours du 39e diner furent d’une qualité vraiment remarquable, aussi bien celui de Yonathan Arfi que celui de François Bayrou. Un troisième discours fut marquant, celui de Sophia Aram, qui a reçu le Prix Pierrot Kaufmann du Crif et qui a rappelé avec un humour grinçant, percutant et profond, que quoi qu’on pense des Juifs, il faut au moins leur reconnaitre un mérite, leur capacité à créer du lien, par exemple un lien – bien improbable pourtant – entre gauchistes LGBT et islamistes homophobes…

Le Premier ministre a évoqué avec une émotion manifestement sincère sa proximité spirituelle avec le judaïsme, son admiration de chrétien personnaliste pour Charles Péguy, le défenseur de Dreyfus, ses liens avec le Grand Rabbin de France et la passion familiale pour l’hébreu avec une fille qui a étudié à l’Université de Jérusalem. Il a déclaré sa solidarité envers Israël, et je crois me rappeler qu’il a fait partie dans sa jeunesse du petit groupe de parlementaires qui avaient accompagné Jean Kahn, alors président du Crif, dans son voyage de solidarité en Israël à l’époque de la première Guerre du Golfe en 1991.

Cela dit, on sait que le domaine international est aujourd’hui plus que jamais celui du président de la République. Quant aux promesses de renforcer les moyens contre la haine en ligne, d’inciter les parquets à la fermeté et de soutenir la transmission des valeurs républicaines à l’école, je crois malheureusement avoir déjà entendu de pareils engagements dans le passé…

Yonathan Arfi n’élude rien

Chacun devrait lire le discours du président du Crif. Il commence par une phrase d’une déprimante simplicité : «Faut-il demander à nos enfants de baisser la voix quand ils parlent des Juifs ou d’Israël dans le métro?»… mais se termine par une constatation qui sonne comme un espoir et qui est qualifiée de conviction: «Ceux qui aspirent à une République forte, laïque et universaliste constituent le collectif le plus puissant du pays».

Entre temps, Yonathan Arfi n’a rien éludé: citons en vrac, l’insupportable violence du terme dévoyé de génocide pour qualifier l’action d’Israël à Gaza avec comme corollaire la justification des violences contre les Juifs désormais traités de génocidaires, l’affirmation que la cause d’Israël est juste et la constatation que les démocraties n’ont pas le droit de ne pas être fortes, la critique de  la complaisance manifestée envers les Frères Musulmans et envers Al-Jazeera et la proposition d’une amende forfaitaire contre la haine en ligne. 

A lire aussi:Berlin: 1500 islamistes rêvent d’un califat en plein cœur de l’Europe!

Arfi a rappelé les mémoires de Jonathan Sandler, Samuel Paty et Dominique Bernard, tous professeurs et tous assassinés par des islamistes. Il a cité les phrases de Levinas sur le judaïsme comme altérité et celle du rabbin Elie Benamozegh, suivant laquelle le judaisme est « l’universalisme comme fin et le particularisme comme moyen ». Il a fustigé ceux qu’il appelle les «entrepreneurs identitaires» responsables des meurtres racistes de Aboubakar Sissé, et de Hichem Miraou. Il a affirmé que, loin d’être indifférent, le Crif est sensible à la détresse des populations civiles de Gaza, mais que celles-ci ont été jetées dans la guerre par le Hamas.

Il a attaqué Dominique de Villepin, qu’il a traité de populiste mondain, servile avec les dictatures et intransigeant avec les démocraties, devenu un Mélenchon des beaux quartiers. Quant à ce dernier, Arfi a déclaré qu’il est devenu, par son hystérisation systématique du débat, le plus puissant carburant de l’extrême droite et que la priorité politique du Crif était d’aider à rendre résiduelle l’influence de La France insoumise, de façon à démélenchoniser la gauche comme la gauche britannique a su se décorbyniser. Et le président du Crif n’a pas ménagé ses critiques envers Olivier Faure qui refuse d’exclure toute alliance avec LFI.

Le président du Crif a remercié les pouvoirs publics et les élus pour leur engagement contre l’antisémitisme, la mise à jour de l’arsenal législatif et l’organisation des Assises contre l’antisémitisme.

Macron critiqué

Mais il a signalé que, alors que le président de la République pousse à la reconnaissance d’un Etat palestinien, un récent sondage montre que 78% des Français n’y sont pas favorables avant la libération des otages et la reddition du Hamas.

Plus encore, Yonathan Arfi a fustigé, à propos de la récente guerre des douze jours, les positions erratiques de la France, qui soutient les frappes contre la menace nucléaire iranienne et refuse spectaculairement 48 heures plus tard que soient exposés au Bourget les moyens qui ont permis de mener ces opérations. 

Où sont ceux qui critiquent le Crif pour sa prétendue complaisance envers les pouvoirs publics?

Entre le diner de 1985 et celui de 2025 bien des choses ont évidemment changé, même si dès 1989, l’invitation de Arafat à Paris remettra les liens du Crif avec Israël au-devant de la scène.

Le Crif a trois missions statutaires: maintenir la mémoire de l’extermination, lutter contre l’antisémitisme, défendre l’Etat d’Israël.

Le travail des historiens et celui des militants de la mémoire ont révélé la centralité de l’extermination des Juifs au cours de la guerre mondiale. Mais l’enseignement est difficile, le négationnisme a évolué vers l’amalgame et l’aberrante substitution victimaire caractéristique de notre époque fait des Israéliens (des Juifs…) les nouveaux nazis.

L’antisémitisme sous son habillage actuel n’est plus la passion résiduelle de certains nostalgiques de l’Inquisition ou du troisième Reich. Il est devenu un sentiment mobilisateur pour une partie de la jeunesse des démocraties occidentales et un levier pour l’islamisme, ce terme que presque personne n’utilisait en 1985 et dont le danger plane aujourd’hui sur notre propre pays comme sur d’autres. Les menaces qui pèsent sur Israël se sont exacerbées le 7 octobre d’une façon dramatique et imprévisible en 1985. Ce pays n’a pas d’autre choix que de lutter, et la guerre génère des drames. Des menaces planent aussi sur nos propres pays, mais beaucoup préfèrent s’en détourner. Le Crif pense que défendre Israël fait partie de son devoir citoyen français, car les Juifs ne sont souvent que les premiers sur les listes…

Une campagne anti-harcèlement qui fait plouf

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DR.

Début juillet en Allemagne, Büren (Rhénanie-du-Nord–Westphalie) a lancé une campagne de sensibilisation contre le harcèlement sexuel dans sa piscine municipale, nommée « Été-soleil-sécurité ». Visant à protéger les jeunes baigneurs, elle a suscité une polémique en raison d’une affiche controversée : une femme blanche, rousse et en surpoids, posant la main sur les fesses d’un jeune garçon noir amputé d’une jambe. Ce visuel, jugé « absurde » et éloigné des réalités statistiques, a provoqué un tollé.


L’été commence fort à Büren. Pour sensibiliser les baigneurs aux gestes déplacés, la mairie a lancé une campagne intitulée « Été-soleil-sécurité » dans sa piscine municipale. Le message, en soi, semblait limpide : « Stop ! Les attouchements sont interdits ! », « Personne n’a le droit de te toucher sans ton consentement ». Pour faire passer la pilule, une mascotte toute mignonne — la tortue Tiki — invitait les enfants à signaler tout comportement douteux. Jusque-là, rien à redire.

Sauf que. L’une des affiches a fait grincer des dents. Et pas qu’un peu. On y voit une femme blanche, rousse et en surpoids toucher les fesses d’un garçon noir, handicapé, porteur d’une prothèse de jambe. Une scène censée illustrer une situation de harcèlement… mais qui, pour beaucoup, tient davantage du fantasme que de la prévention efficace. Car les chiffres, eux, racontent une autre histoire. En 2024, le Bundeskriminalamt, la police criminelle fédérale, a recensé 423 agressions sexuelles dans les piscines allemandes. Parmi les 367 auteurs identifiés, environ 65 % étaient non-Allemands. Autrement dit, dans la vraie vie, les profils d’agresseurs ne ressemblent pas franchement à ceux des campagnes d’affichage.

Et comme si ça ne suffisait pas, le timing n’a rien arrangé. Quelques jours avant le lancement de la campagne, le 22 juin, une affaire a choqué tout le pays : neuf jeunes filles, âgées de 11 à 17 ans, ont été victimes d’attouchements dans une piscine de Gelnhausen, en Hesse. Les suspects ? Quatre réfugiés syriens. Dans ce climat tendu, la campagne de Büren a été perçue par certains comme un geste de communication politiquement correct, visant à détourner l’attention des profils réels des agresseurs pour promouvoir une image « inclusive ».

Agressions sexuelles dans les piscines allemandes : la vague qui inquiète       

En Allemagne, les piscines publiques, autrefois synonymes de rires d’enfants et de bronzage, sont devenues le thermomètre d’un pays en surchauffe migratoire. Loin de l’insouciance des plongeons estivaux, ces lieux de détente familiale tournent au cauchemar, saison après saison. Dès 2016, des villes comme Bornheim et Zwickau avaient tiré la sonnette d’alarme, interdisant l’accès aux piscines à certains demandeurs d’asile après une série de plaintes pour harcèlement, attouchements, masturbation dans les jacuzzis ou intrusions dans les vestiaires féminins. Dix ans plus tard, la marée n’est toujours pas redescendue.

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Rien que cette année, dans la piscine de Hof, en Bavière, deux Syriens ont été accusés d’avoir agressé une fillette de 12 ans, la maintenant sous l’eau pendant qu’ils la touchaient. Dans la piscine de Babenhausen, en Hesse, un Roumain de 31 ans, visiblement plus proche du coma éthylique que du plongeon, a été arrêté après avoir molesté trois fillettes de 10 ans. Son taux d’alcoolémie ? 4,21. Les cas s’enchaînent, et l’accumulation finit par dessiner une tendance. En 2023, dans une piscine de Stuttgart, un Syrien de 23 ans a agressé sept adolescentes. En 2021, à Kaufbeuren, six adolescents « à la peau foncée » – toujours non identifiés – auraient agressé trois filles de 12 ans dans les bassins.

Alors qu’une partie des médias évite soigneusement le sujet, les chiffres, eux, parlent d’eux-mêmes. En 2024, la police criminelle de Hesse a enregistré 74 cas de violences sexuelles dans les piscines, un chiffre en nette augmentation par rapport à l’année précédente. Dans 60 % de ces cas, les suspects n’étaient pas nés en Allemagne. Par ailleurs, cette année, dix plaintes pour harcèlement sexuel ont été signalées dans la seule piscine de Cologne.

Réactions médiatiques : entre indignation et satire

Dans la presse, Die Welt et Bild ont relayé une opinion publique indignée, dénonçant une « réécriture idéologique » du réel. Junge Freiheit — le pendant germanique de Causeur — ne manque pas d’ironie : « Le migrant du dessin est censé boiter jusqu’au maître-nageur sensibilisé à la tortue Tiki, après avoir réussi à échapper à la grosse Allemande. » Le journal en profite pour rappeler que, dans des piscines extérieures à Berlin, Munich ou Hambourg, des panneaux en arabe avaient déjà été installés pour tenter de dissuader les agressions sexuelles[1] — sans le moindre succès.

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La CDU, de son côté, affiche ses divisions. Manfred Pentz (CDU), ministre des Affaires européennes de la Hesse, dénonce une campagne « qui ne peut être qu’une mauvaise blague », allant jusqu’à parler d’« insulte pour les victimes ». Même son de cloche chez le policier Manuel Ostermann (CDU), déjà cité ici pour son essai sans concession : « Les agresseurs sont des hommes, majoritairement issus des principaux pays d’origine des demandeurs d’asile. Ne pas les nommer, c’est trahir les victimes. » À l’opposé, le maire de Büren, Burkhard Schwuchow (CDU), a d’abord soutenu fermement la campagne : « Nous avons la responsabilité de protéger les enfants », clamait-il. Mais face au tollé, il a vite changé de ton, affirmant que les visuels visaient à « représenter la diversité et éviter délibérément les stéréotypes ». Avant de conclure, penaud : « Si nous avons pu donner une autre impression, nous vous prions de nous en excuser. » À ce jour, il continue de refuser de révéler les chiffres et les origines des véritables auteurs des agressions survenues dans la piscine de Büren.

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Le SPD s’est retranché derrière une posture prudente, concédant une « maladresse » dans le choix des visuels, sans s’aventurer plus loin. Il faut dire qu’à Gelnhausen, le maire Christian Litzinger (SPD) avait déjà suscité la polémique en attribuant les agressions commises par les quatre Syriens à la « canicule » — une explication jugée aussi légère que déplacée. Tentant de rattraper le tir, Susanne Turlach, présidente du SPD local, avait recentré le débat sur le genre des agresseurs plutôt que leur origine : « Il s’agit de violences sexuelles perpétrées par des hommes contre des femmes », avait-t-elle affirmé. Une déclaration qui n’a pas échappé aux critiques non plus.

Alice Weidel, cheffe de l’AfD, s’est gardée de commenter directement la campagne de prévention contre les attouchements sexuels à Büren. Mais elle n’en a pas moins dénoncé, à plusieurs reprises, la « dégradation de l’ordre public » dans les espaces publics, piscines municipales en tête. Pour elle, ces incidents ne sont rien d’autre que le symptôme d’un « échec de l’État » imputable à une politique migratoire laxiste. Sur X, des cadres locaux de l’AfD, comme Jan Grusdas (Rhénanie-du-Nord-Westphalie), ont fustigé une affiche « ridicule et irréaliste », dénonçant un « gaspillage manifeste de l’argent des contribuables ».

Au fond, la campagne de Büren trahit une impuissance sidérante : comment protéger nos enfants si l’on refuse obstinément de nommer les faits et les responsabilités ? L’Allemagne, prisonnière d’un système vicié par le wokisme et une xénophilie béate, s’enlise dans une autocensure tragique. Cette langue de bois, gorgée de bien-pensance, asphyxie le débat public et abandonne la sécurité des citoyens à une idéologie hors sol. Jusqu’à quand cette hypocrisie dominera-t-elle la parole publique outre-Rhin ? Et combien de femmes et d’enfants devront encore être victimes de ce déni woke, qui érige l’aveuglement en rempart pour les coupables ?


[1]  https://jungefreiheit.de/debatte/kommentar/2025/haben-sie-tiki-gesehen/

Naissances: rien ne va plus…

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La ministre des Familles Catherine Vautrin (ici photographiée en février dernier) prévient : le modèle social français reposant sur la solidarité intergénérationnelle est menacé © S LEMOUTON/SIPA

La ministre Catherine Vautrin vient de détailler une série de mesures gouvernementales pour relancer les naissances. Mais y croit-elle ? Un peu partout autour du globe, et sous les régimes politiques les plus divers, l’humanité demeure récalcitrante à faire plus d’enfants. Il y a forcément une explication…


Voilà au moins trente ou quarante ans, dans l’hebdomadaire L’Express le – génial – dessinateur – Sempé publiait un dessin remarquable. On y voyait une manifestation pléthorique, une foule défilant dans une large avenue. Sempé savait merveilleusement bien dessiner le nombre, le grand nombre de gens. Au milieu de cette foule, en petit forcément, puisque à peu près noyé dans la marée humaine, un quidam brandissait une pancarte sur laquelle on pouvait lire le slogan « Soyons moins ».

Or, c’est dans ce même hebdomadaire, L’Express, que à une si grande distance de temps, il nous est révélé que ce manifestant anonyme aurait finalement été entendu. Ainsi qu’il le souhaitait, nous allons êtes moins. Cela à l’horizon 2100, voire 2050, prédisent les études les moins optimistes.

Deux enfants par femme, du passé

La dénatalité serait donc en marche. Le monde entier serait touché par le phénomène. Y compris les pays musulmans, nous apprend le reportage du magazine. Des pays comme la Tunisie, la Turquie, l’Iran seraient situés au même niveau que la France, où le nombre d’enfants par femme est tombé à 1,6, alors qu’il a été longtemps de 2,02, ce qui faisait de nous de bons élèves comparativement à nos voisins.

Les pouvoirs publics des pays concernés tentent de se saisir du problème, de trouver des moyens afin de doper la natalité. Car un pays qui voit baisser le nombre des naissances, qui échoue à renouveler sa population, et qui donc vieillit, est un pays en voie de déclin. Sans aucune possibilité de revenir en arrière une fois atteint un certain seuil.

Or, remédier à ce fléau est, semble-t-il, tout sauf simple.

Chérie, je veux plus faire des gosses !

L’enquête journalistique de Laureline Dupont et Thomas Mahler nous apprend, par exemple, que la politique volontariste de la Hongrie, mise en place par Victor Orban, instituant une exonération fiscale à vie pour les mères de quatre enfants, puis de deux seulement, n’avait nullement donné les résultats escomptés. Désillusion.

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« On ne nait pas d’une incitation fiscale », écrit Maxime Sbaihi, l’auteur de l’essai, Balançoires vides, paru aux éditions de l’Observatoire en début d’année. Une bonne nouvelle cependant, précise-t-il, « le désir d’enfant est toujours là, malgré les discours médiatiques sur les « Chilfree ».

Du désir à la réalité, les obstacles sont connus, dira-t-on : insertion plus tardive sur le marché du travail, difficultés pour trouver à se loger, casse-tête pour faire garder les petits, incertitudes de diverses natures, sociales, environnementales financières, une réelle absence de visibilité quant à l’avenir, le sien propre mais pas seulement, instabilité chronique du monde, etc, etc.

La ministre française du travail, de la santé, des solidarités Catherine Vautrin vient de dévoiler sa stratégie pour que nous nous remettions à avoir des enfants. Elle en fait un impératif de la politique gouvernementale. « Notre fameux modèle social, né il y a quatre-vingts ans du programme du Conseil national de la Résistance, repose sur la solidarité intergénérationnelle, rappelle-t-elle. Moins d’actifs signifie moins de financements. » Financements des retraites, mais également de la quasi intégralité de la vie sociale.

Soyons moins ?

Aussi, prépare-t-elle un arsenal de mesures destinées à redynamiser la natalité chez nous. Parmi elles, celles qu’on pourrait qualifier de classiques, augmentation du nombre de crèches, incitations financières permettant de choisir plus librement le mode de garde…, mais aussi de plus novatrices : renforcer l’attractivité des métiers de la petite enfance, l’instauration d’un congé de naissance, « plus court que le congé parental, mais mieux rémunéré (…) Un congé qui succèderait au congé maternité et qui pourrait être pris par la mère et le père, à la suite l’un de l’autre, avec un accompagnement financier plus conséquent. » Quant aux familles monoparentales, elles pourront bénéficier de l’aide afférent au mode de garde choisi, non plus jusqu’aux six ans de l’enfant, mais jusqu’à ses douze ans. Une question, est-ce que cela ne reviendrait pas à « encourager » la monoparentalité, dont on ne peut pas dire que, à l’échelle d’un pays, elle soit le modèle de politique de la famille le plus abouti ?

En fait, le problème semble bien être à peu près le même et aussi préoccupant partout dans le monde : comment donner envie d’avoir envie de faire des enfants.

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Or, justement, le constat que le péril est planétaire, touchant donc des pays, des populations aux mœurs, aux rites, aux codes, aux systèmes sociaux différents, voire opposés, pourrait bien nous amener à considérer que le problème se situe, au moins en partie, bien au-delà des questions et des solutions évoquées ici.

J’en reviens donc à mon « Soyons moins » du dessin de Sempé.

Tous les ans, nous sommes amenés à prendre connaissance avec précision du moment où la population mondiale dépasse en consommation ce que la planète est à même de lui fournir. Et ce moment ne cesse de se produire plus tôt dans l’année. Donc, effectivement, on pourrait aisément en déduire que nous sommes trop.

Donc, si j’osais, je me permettrais une hypothèse qui ne vaut que ce qu’elle vaut et qui peut fort bien prêter à ricaner. Est-ce que l’humanité, puisant très mystérieusement son inspiration dans le tréfonds de l’inconscient collectif, voire de l’inconscient archaïque, dont parle Jung, ne freinerait-elle pas de son propre mouvement, sans en avoir une claire conscience, ce déséquilibre croissant entre elle et sa planète ? Voilà qui permettrait d’expliquer que, d’un continent à l’autre, malgré des modes de vie, des cultures, des références philosophique, spirituelles et autres, ainsi que des intérêts très différents, nous nous trouvions devant la même réticence à peupler nos berceaux… Qui contribuerait à expliquer aussi que les initiatives diverses et variées déployées par les pouvoirs publics ne rencontrent finalement que des résultats mitigés. Je le répète. C’est là juste une hypothèse d’école. Absurde peut-être bien. Ou peut-être pas…

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Quand l’INSEE reproche aux Français d’habiter des logements trop grands

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Des logements sous-occupés, en quoi est-ce problématique ? En 2022, un quart des ménages français (soit environ 7,6 millions de résidences principales) disposaient d’au moins trois pièces de plus que nécessaire, principalement des maisons individuelles et souvent occupées par des propriétaires de plus de 60 ans, dont les enfants ont quitté le foyer, s’alarmait récemment l’INSEE…


Nous entrons dans une époque où le totalitarisme ne dit plus son nom. Il ne défile plus en uniforme ni ne vocifère du haut des tribunes. Il avance masqué, habillé des habits du pragmatisme, du bon sens gestionnaire ou du pluralisme culturel. Et c’est précisément là son efficacité: il s’introduit dans nos institutions, nos modes de vie, nos esprits, avec la légitimité tranquille de la norme.

Justice sociale chiffrée

Prenons la dynamique technocratique à l’œuvre dans nos administrations. Elle n’est plus seulement l’expression d’une rationalité bureaucratique nécessaire, mais tend à devenir un système clos sur lui-même, indifférent aux réalités humaines qu’il prétend organiser. L’exemple récent du rapport officiel sur les logements « trop grands », désignant sans le dire une future dépossession ou taxation au nom de l’optimisation des mètres carrés, illustre cette froide déshumanisation. De même, les zones à faibles émissions (ZFE), au nom d’objectifs environnementaux certes légitimes, traduisent une incapacité chronique à penser la justice sociale autrement que sous l’angle du chiffre. Le gouvernement des algorithmes et des schémas produit une dépossession civique silencieuse, où la décision se prétend neutre et nécessaire, là où elle est en réalité profondément politique. C’est là une forme douce de totalitarisme, sans visage ni discours, mais d’autant plus redoutable qu’il ne rencontre guère de résistance conceptuelle ou populaire.

En miroir, un autre totalitarisme, cette fois exogène dans sa matrice mais désormais endogène dans sa stratégie, s’infiltre dans nos structures : celui de l’islamisme politique. Le récent rapport parlementaire sur l’entrisme des Frères musulmans dans les associations, les établissements scolaires, les municipalités, en témoigne avec une inquiétante clarté. L’islamisme ne procède plus principalement par confrontation mais par subversion méthodique, exploitant les failles juridiques et les faiblesses culturelles d’une société désarmée symboliquement. Il avance au nom de la tolérance pour mieux imposer l’intolérable ; il se cache derrière le droit pour miner la démocratie de l’intérieur.

Ces deux périls – le technocratisme déshumanisé et l’islamisme conquérant – semblent opposés, mais procèdent d’une même vacuité collective : celle d’une société qui ne sait plus ce qu’elle veut, ni ce qu’elle est. Ils se nourrissent de notre vide spirituel, de notre effacement volontaire devant l’autorité masquée, de notre peur d’assumer une conflictualité nécessaire. C’est ce contexte qu’il nous faut penser avec lucidité. Car la santé d’une démocratie se mesure à sa capacité de résistance aux folies rationnelles comme aux délires fanatiques.

C’est à partir de ce double diagnostic que nous devons interroger la crise plus vaste – psychique, sociale, politique – que nous traversons. Et c’est là que commence le véritable enjeu.

Angoisses sourdes

Il est devenu impératif de poser la question que toute une époque esquive : que signifie l’état de nos sociétés dites avancées ? L’angoisse qui sourd dans nos existences individuelles, la violence diffuse qui parcourt nos relations sociales, l’instabilité affective, politique, économique, tout cela renvoie moins à des crises conjoncturelles qu’à un dérèglement profond de nos structures anthropologiques et culturelles.

La folie, que l’on croyait confinée dans les marges médicalisées de la psychiatrie, infiltre désormais les comportements ordinaires. Narcissisme exacerbé, ressentiment chronique, perte de la maîtrise de soi : ce sont les nouvelles formes de subjectivité produites par une modernité en crise de sens. Ce n’est pas que l’homme moderne soit devenu fou au sens clinique, c’est que la société elle-même, désorientée par la perte de ses principes fondateurs, génère des comportements déraisonnables devenus la norme.

Nous avons tous été blessés – par l’effondrement des liens traditionnels, par la dérive individualiste d’un monde sans mémoire, par les échecs du travail, de l’éducation ou de la transmission. Une partie de nous a trouvé les moyens de résister, parfois au prix d’un compromis douloureux. Mais d’autres s’enfoncent dans la haine ou la résignation, transmettant à leur tour leur désarroi à des enfants fragilisés, voués à osciller entre violence, soumission ou mégalomanie.

Le drame est que cette détérioration subjective ne constitue pas un obstacle à la réussite sociale – elle en devient parfois le moteur. Les formes pathologiques de la personnalité s’avèrent redoutablement fonctionnelles dans un monde gouverné par la performance et l’image. C’est ainsi que les postes de pouvoir, dans la politique comme dans l’entreprise, sont souvent occupés par des figures cyniques, sans intériorité ni scrupule. Ils captivent les foules par leur force apparente, et leur offrent un miroir dans lequel projeter leur désir de puissance ou leur besoin d’autorité.

De là naît l’irrationalité grandissante du champ politique. On adhère non à des idées mais à des affects. La peur et la colère deviennent moteurs de décision. Le citoyen, privé d’un cadre d’intelligibilité collectif, devient vulnérable aux séductions les plus dangereuses, aux discours les plus simplificateurs. Or, une démocratie ne peut survivre sans un minimum de santé mentale partagée. Sans elle, elle cède à ce que Tocqueville appelait la tentation douce du despotisme, ou à celle, plus brutale, des aventures autoritaires.

Liberté menacée

Cette crise n’est pas uniquement interne. Elle nous expose aux formes nouvelles du totalitarisme, à la fois internes et externes. Le totalitarisme technocratique, celui de la gouvernance algorithmique, du management mondialisé, du contrôle sans visage, s’installe dans nos institutions avec le masque de l’objectivité et de l’efficacité. Il dépolitise le citoyen sous couvert de rationalité. En parallèle, le totalitarisme islamiste, porté par une vision archaïque et fanatique du monde, exploite les failles de notre cohésion, de notre mémoire, de notre volonté collective. L’un endort, l’autre terrorise. Les deux, à leur manière, sapent les fondements mêmes de notre régime de liberté.

Le véritable adversaire, toutefois, demeure cette faiblesse intérieure qui les rend possibles : la perte de conscience de notre responsabilité collective, le refus d’affronter nos ombres, notre inclination à déléguer notre souveraineté à des figures autoritaires ou des systèmes automatisés. Ce n’est pas seulement l’école, la famille, ou l’État qui sont en crise : c’est l’idée même de sujet autonome, moralement constitué, politiquement engagé.

Nous n’échapperons pas à cette spirale sans une refondation intellectuelle et morale. Il ne s’agit pas de revenir à un passé idéalisé, mais de retrouver ce que la démocratie exige : des citoyens capables de discernement, de courage, de fidélité à des principes. La restauration de notre capacité de jugement, la reconstruction des liens symboliques, la réhabilitation du langage commun : voilà le chantier. Il suppose aussi de choisir d’autres figures pour nous représenter – non celles qui nous confortent dans nos faiblesses, mais celles qui nous exigent. La résistance au totalitarisme – qu’il soit technocratique ou islamiste – commence par la reconquête de notre force intérieure. Car aucune puissance extérieure ne triomphe durablement d’un peuple habité par une claire conscience de lui-même, de son histoire, de ce qu’il veut préserver et transmettre. Ce n’est pas la fin du politique que nous vivons. C’est sa mutation radicale. À nous de la conduire, ou de la subir.

Le roman national à la force du mollet

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Le Français Kevin Vauquelin de l'équipe Arkéa-B&B Hotels et le Slovène Tadej Pogačar de l'équipe UAE Team Emirates photographiés lors de la sixième étape du Tour de France 2025, entre Bayeux et Vire Normandie, le jeudi 10 juillet 2025 © Shutterstock/SIPA

Des rites auxquels le peuple de France pouvait être attaché, il en reste au moins un. Peut-être bien le dernier. Le Tour de France, la Grande Boucle. Les Trois Glorieuses, trois semaines d’une épopée au cours de laquelle la France a rendez-vous avec la France, ses paysages, ses villes, ses monuments, ses populations, ses fortes chaleurs, ses pluies diluviennes, ses vents contraires. Et, chemin faisant, son histoire, épicée en la circonstance de symboles à foisons. Le calvaire des sans grade à l’Alpe d’Huez ou au Mont Ventoux, les mornes plaines des étapes dites de transition, Waterloo d’ennui pour les escalateurs forcenés, les poids ultra-légers de la grimpette, mais aussi le triomphe à la romaine des sprinters sur les larges avenues des villes littéralement en pavoison pour la circonstance. Avec cela, le plus grand salon au monde – à ciel ouvert – du camping-car et du penta-court réunis. Porté sur bedaine prospère de préférence, le penta-court. L’apéro aux senteurs anisées à ras le bitume fumant, une espèce de rite dans le rite. On n’a plus Yvette Horner et son accordéon, les anquetiliens en querelle quasi byzantine avec les poulidoristes. En effet, nous n’avons plus droit à ces joyeusetés-là. Nous le déplorons. L’ambiance bistrot s’en ressent. La France, ces dernières décennies, serait plutôt aux vainqueurs absents. Cependant, il faut y croire encore. Cette fois-ci, la der des der se jouera peut-être au sommet. En bleu blanc rouge ? Faisons un rêve. Le sommet, la Butte Montmartre, bien sûr. Après Vercingétorix du côté du Puy de Dôme, le Gavroche façon Poulbot au Sacré Cœur. Oui, sacré périple au cœur de France, que cette boucle-là. Une victoire française en apothéose de la campagne de France le 27 juillet, voilà qui sonnerait pour beaucoup comme une nouvelle prise de la Bastille. Un 14-juillet de Fête nationale décalé d’une quinzaine. Marianne fermerait sûrement les yeux sur cette innocente entorse. La Bastille prise cette fois sans effusion de sang. Seulement de sueur. Et de larmes de plaisir.

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Trois semaines de roman Nntional, voilà le fond du fond de l’affaire. Grâce à cette internationale du braquet, grâce à la force du mollet de ces héros à casaques chamarrées, surgissant parfois de ce diable vauvert, si cher au dinosaure Zitrone, et recevant au bout de l’effort le bouquet, la bise et les bravos de la victoire. Héros trop blancs que ces forçats du guidon, nous dit-on, pour plaire à tout le monde, vraiment tout le monde, y compris Monsieur Mélenchon et ses porte-bidons créolisés. Dommage. Et tant pis pour ceux-là.

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