Accueil Site Page 166

Michel Orcel ou l’élégance de ceux qui n’ont pas la carte

0

L’écrivain et traducteur Michel Orcel publie ses mémoires.


Jean-Pierre Marielle et Jean Rochefort (qui étaient amis dans la vie) s’étaient amusés un jour à classer leurs confrères en deux catégories : les acteurs qui « ont la carte » et ceux qui ne l’ont pas. « Avoir la carte », c’est faire partie de l’establishment, bénéficier tacitement de l’indulgence de la critique et des puissants, en être bien vu et reconnu. Mais qui donc donne « la carte » ? Kafka s’était posé la question et avait tenté d’y répondre : personne en particulier. « On » décide. Un « on » d’autant plus tyrannique qu’il est impersonnel et invisible, intériorisé par chacun de nous et dont les médias dominants ne sont que les relais serviles. Dans le langage courant, le pronom « on » a d’ailleurs peu à peu remplacé le « nous », signe que le sujet contemporain s’efface, se nie et se plie à la volonté du « on ».

Who’s Who de choc

Quelqu’un devrait ainsi un jour écrire le Who’s Who de tous ceux qui n’ont pas la carte. Dans ce savoureux dictionnaire, on trouverait nombre d’hommes et de femmes de grand talent qui, parce qu’ils ont refusé de se soumettre à la loi du marché, vivent pour la plupart très sobrement, à l’écart des bruyantes futilités. Socialement et sur le plan de « la carrière », ce sont presque des ratés : ils ne seront donc jamais invités par Léa Salamé ou Augustin Trapenard. Mais humainement et moralement, ce sont les meilleurs. Né à Marseille en 1952, l’écrivain, traducteur, éditeur et psychanalyste Michel Orcel aurait à coup sûr toute sa place dans ce Who’s Who de choc !

Publiés en juin dernier, ses Mémoires écrits sur l’eau sont un livre qui se déguste à petites gorgées, comme un vin de Toscane bu à l’ombre des citronniers. C’est l’autoportrait d’un être multiple, complexe, à la fois sensible et fulminant, et le tableau balzacien de quarante ans d’histoire intellectuelle française.

Notre société aimant coller des étiquettes sur le front des gens pour leur attribuer une valeur marchande, disons, pour identifier le personnage, que Michel Orcel est d’abord un traducteur de génie – de l’italien vers le français, surtout. Il est à Dante, l’Arioste, le Tasse et Leopardi ce qu’André Markowicz est à Pouchkine, Gogol, Dostoïevski, Tourgueniev et Tchekhov : un passeur capable, après des décennies d’immersion dans la musique de leur langue, de restituer le souffle, la diction, la voix, l’âme et l’univers intérieur de ces grands poètes. Au début des années 1980, Giacomo Leopardi (1798-1837) était encore quasiment inconnu en France, peu et mal traduit, ignoré, incompris, pendant que les éditions Gallimard consacraient des volumes à des écrivains de bien moindre envergure. Orcel fut ainsi le premier à révéler aux lecteurs français le génie de ce poète et penseur, désormais reconnu comme l’égal de Keats et de Hölderlin « pour son amour de la Grèce antique et sa nostalgie d’un monde désormais déserté par les dieux ». Mais Leopardi, nous dit-il, annonce surtout Schopenhauer et le premier Nietzsche (dont il fut un « éducateur ») par son nihilisme absolu, proprement renversant si l’on songe qu’il écrivait en pleine effervescence progressiste. 

A lire aussi: Histoire géo: un cours magistral!

Dans son travail, Michel Orcel s’est toujours identifié à la formule de son maître et ami, le grand écrivain suisse Philippe Jaccottet : « Le traducteur qui, sans faire aucun contresens, tue le chant, est un malfaiteur. Il importe de ne jamais trahir ce qui fait, dans un poème, que les choses tiennent ensemble et deviennent un organisme vivant. » Magnifique !

Sa traduction de La Divine Comédie de Dante — dont le troisième tome, le Paradis, parut en 2021 pour le 700e anniversaire de la mort du poète — fut ainsi saluée par le Corriere della sera comme « la meilleure traduction de la Divina Commedia dont la France dispose aujourd’hui ».

Mais comment un Français de 2025 pourrait-il se délecter de la musique de Dante et ressentir sa beauté, son rythme, la virtuosité de ses tercets aux rimes disposées avec un art tout mathématique ? Le fait est que Michel Orcel est parvenu à créer une langue en français, fluide et inspirée, qui respecte rigoureusement l’endécasyllabe italien. C’est ce que reconnurent, à côté de ses romans et de ses essais, Cioran, André-Pieyre de Mandiargues, Yves Bonnefoy, Jean Starobinski, Marc Fumaroli, Frédéric Vitoux, qui lui témoignèrent par écrit leur admiration et ne lui marchandèrent pas leur amitié.

Soie italienne

Citons Yves Bonnefoyà propos de l’Arioste : « Je vois bien que j’ai entre les mains, grâce à vous, le texte qui me donnera ce que ma science insuffisante n’est pas en mesure de m’offrir, les profondeurs d’une œuvre admirable. Merci pour ce monument de la traduction contemporaine, qui achève de faire de vous le meilleur représentant de l’Italie poétique en France, en français… »

À lire ses Mémoires, écrits dans un style aussi précieux que de la soie italienne, mais d’où émergent ici et là des coups d’épée et des pages hilarantes, dignes de Feydeau, sur les bassesses et les fourberies des grands éditeurs parisiens (voleurs, plagiaires, mauvais payeurs, etc.), on se rend compte qu’un homme aussi peu courtisan que Michel Orcel ne pouvait décidément pas « avoir la carte » ! Voyez plutôt.

Chrétien fervent et monarchiste, malgré ses idées sociales, il s’est mis à dos la gauche. Passionné par la civilisation arabo-musulmane (qu’il a étudiée à la Sorbonne sous la direction du grand savant Roger Arnaldez), il s’est mis à dos une certaine droite.

Dans un cas comme dans l’autre, notre époque se complaît dans la bêtise et l’ignorance.

« Comme Louis Massignon, écrit-il, j’ai été l’hôte de l’Islam, comme lui, c’est en passant par l’Islam que j’ai retrouvé la foi chrétienne. Qu’on s’imagine quelle est ma liberté ! »

Tout en dénonçant furieusement l’islamisation progressive de la France par les frères musulmans (n’oublions pas que les wahhabites avaient déjà tué la civilisation arabo-musulmane, dont le raffinement, la sensualité, l’amour du vin, la science et la tolérance surpassaient alors ceux de l’Occident chrétien), Michel Orcel a toujours défendu la dignité de l’islam en tant que religion abrahamique. Comme Charles de Foucauld, il rappelle que juifs, chrétiens et musulmans sont monothéistes et croient tous au même Dieu, unique incréé, créateur de l’Univers. Si l’islamisme gangrène aujourd’hui notre pays, c’est parce que la France s’est détournée du christianisme et de son histoire nationale. Pour avoir dit ces vérités évidentes, des hommes comme Michel Orcel doivent être mis au cachot.

Succulent carnage

Ses Mémoires écrits sur l’eau captivent aussi le lecteur par leur dimension métaphysique. L’auteur confesse ainsi le sentiment d’être « traversé », comme si une puissance qui le dépasse agissait à la racine de son être, comme si quelque chose de ses lointains ancêtres continuait à vivre en lui d’une façon totalement inimaginable. Un jour, il se rend dans le Piémont et découvre un village. Foudroyé par ce qu’il voit, il éprouve la sensation de connaître parfaitement ce lieu où il n’a pourtant jamais mis les pieds : une mémoire inconsciente se transmettrait-elle en nous, de génération en génération ?

A lire aussi: Claude Simon, l’enfant du désastre

La racine du patronyme Orcel, c’est l’ursus latin. On comprend mieux ainsi pourquoi notre auteur distribue allègrement les coups de griffes à toutes les célébrités qui l’ont offensé ! Succulent carnage. Sa voix chaude et amicale, pourtant, évoque celle du ténor Carlo Bergonzi.

Mélomane dans l’âme, Michel Orcel est du reste l’auteur d’une biographie de référence de Giuseppe Verdi (Verdi La vie et le mélodrame, Grasset, 2000). « Verdi incarne l’archétype du génie populaire italien » (raison pour laquelle les snobs wagnériens, comme Boulez, ont toujours vu de haut ce compositeur qu’ils jugeaient « mal dégrossi » et « insuffisamment formé »), mais « un génie qu’il faut étudier attentivement pour découvrir tout ce qu’il recèle de culture littéraire et musicale ».

Retiré à Nice, où à près de 73 ans, il continue d’écrire, d’éditer et de recevoir des patients, Michel Orcel se rit maintenant de la « société du spectacle » qui l’a écarté.

Son amie Florence Delay, immortelle Jeanne d’Arc de Robert Bresson (elle vient de nous quitter le 1er juillet dernier), lui avait un jour écrit ces mots : « Dès la première phrase, votre livre est époustouflant. Le secret de sa composition (…) réunit l’enfant, l’érudit, le lecteur, l’archéologue, le promeneur, par la grâce toute française du conteur. »

Des mots sensibles qui s’appliquent tout aussi bien à ces Mémoires écrits sur l’eau !

Mémoires écrits sur l’eau. 648 pages. Editions ARCADES AMBO

La Baronne déracinée

0

« Dis-moi que tu m’aimes, papa. Que je te manque. Dis-moi que si je rentre, tu vas réapparaître. Dis-moi que si je reviens, tu vas ressusciter. »

Issues de la page 83, ces quatre phrases résument bien le nœud de l’histoire que nous propose Delphine Bertholon, dans son dernier roman La Baronne perchée.

Le titre serait-il un clin d’œil à l’œuvre d’Italo Calvino et à Côme Laverse du Rondeau ? Cela ne fait aucun doute. D’autant que Billie (référence à Billie Holiday et à sa chanson « Solitude »), personnage principal de l’opus, est toute aussi singulière que le célèbre baron.

Afin d’attirer l’attention de son père indifférent, Léo, qui, rongé par le chagrin provoqué par la mort de son épouse Mathilde (décédée en couche en donnant naissance à la petite), la délaisse, cette jeune rousse de 12 ans décide, un beau jour de vacances, d’aller vivre dans une cabane perchée dans les arbres au sein d’un parc d’accrobranche abandonné, en face de la mer.

Elle empoisonnait sa fille

Une drôle d’idée ! Pas tant que ça. La jeune fille entend ainsi retrouver ses racines. Comprendre. Comprendre les siens. Au fond d’elle-même, inconsciemment, ne se sent-elle pas responsable de la mort de sa mère qui, fragilisée à cause d’une génitrice atteinte du syndrome de Münchhausen, l’empoisonnait à petits feux, à petites doses ? Tout à fait possible. « Léo avait eu beau se taper la tête contre les murs, c’était son corps, c’était son choix. Il n’avait rien pu faire pour la dissuader de poursuivre cette grossesse qui finirait par la tuer, comme les docteurs l’avaient craint. Il avait toujours soupçonné Mathilde de ne pas tenir tant que ça à la vie… Ou bien c’était un truc de mère, le sacrifice, une chose qu’il ne pourrait jamais comprendre. » 

A lire aussi, Thomas Morales: D’un canapé à un fauteuil

Résultat : brisé par la peine, Léo boit ; pourtant il « n’ en avait pas toujours été ainsi. Il n’avait jamais été l’archétype du « père aimant et protecteur », certes, mais les choses s’étaient dégradées. Toutes les choses. La maison, la voiture, leur relation. Il rentrait tard, parlait de moins en moins et buvait plus qu’avant. » Lorsqu’il constate la disparition de sa fille Billie, Léo panique ; il ne sait par quel bout attraper l’événement. Il prend conseil auprès de Nelly, une jeune journaliste qui lui a tapé dans l’œil. Mais ce n’est pas simple. L’histoire se complique encore un peu plus quand apparaît, sous l’arbre de Billie, un vieil homme qui prétend être son grand-père…

Auteur d’une dizaine d’ouvrages, Delphine Bertholon sait, ici, passionner ses lecteurs avec un roman sans prétention littéraire, mais vif, bien construit et parfaitement ancré dans la réalité d’aujourd’hui. Ses personnages « sonnent » vrai ; les dialogues aussi. Les intrigues nous tiennent en haleine. À l’instar de Billie, elle a réussi son coup.

La Baronne perchée, Delphine Bertholon ; Buchet/Chastel ; 238 pages.

La baronne perchée

Price: ---

0 used & new available from

Le baron perché

Price: ---

0 used & new available from

Bien le bonjour du Népal

0

Le capitaine Pooja Thapa – professionnelle incorruptible, queer replète à cheveux ras et aux traits disgracieux, moulée dans son jeans, affectant cette froideur toute virile justifiant qu’on lui donne du « Sir » selon l’usage local pour s’adresser aux policiers – est envoyé de Katmandou pour, aidée de son adjointe Matama, enquêter sur l’enlèvement crapuleux de deux enfants, dont le fils d’un député qui finance un mouvement insurrectionnel dans cette région peuplée par l’ethnie hindouiste des madhesi, soit 25% de la population de cette enclave entre Chine et Inde qui s’appelle le Népal : une minorité, paraît-il, discriminée culturellement et linguistiquement.

A ne pas manquer, Jean Chauvet: Tant qu’il y aura des films

Un thriller népalais distribué en France, voilà qui n’est pas chose courante. Présenté au Festival de Venise en 2024, Pooja, Sir sort à présent en salles dans une version non censurée, ce qui ne fut pas le cas dans l’espace autochtone. La mise en œuvre de ce long métrage n’a pas été une sinécure s’il faut en croire le cinéaste : un tournage en pleine mousson, ajourné d’abord en raison de la pandémie de Covid, puis à cause d’une maladie dont fut atteinte Asha Magrati, grande figure du théâtre au Népal, ici dans le rôle-titre…

A lire aussi: Amir, victime d’un festival de haine anti-israélienne en Belgique

Sous l’alibi d’une intrigue au suspense un peu poussif, l’arrière-plan sociologique et politique demeure manifestement ce qui importait à Deepak Rauniyar : sur fond de couvre-feu, d’émeutes et de répression par l’impérialisme du Nord, l’argument, pour le spectateur occidental non averti du contexte, gagnerait à se voir assorti d’un mode d’emploi.  C’est toute la limite d’une fiction inféodée à l’intention documentaire. Saluons quand même la prise de risque de cette échappée népalaise dans la fournaise de l’été.

Pooja, Sir Film de Deepak Rauniyar. Népal, couleur, 2024. Durée: 1h49. En salles le 23 juillet.

Le Mur des comptes

Chaque mois, le vice-président de l’Institut des libertés décode l’actualité économique. Et le compte n’y est pas.


Le Mur des comptes devrait toujours débuter par un rappel des chiffres concernant la France. Notre endettement public s’élève désormais à 3 345 milliards d’euros, soit 114 % du PIB. Notre dépense publique, qui représente 57,1 % du PIB, se répartit ainsi : 34 % pour le social, 14,5 % pour les retraites, 12,4 % pour la maladie, 2,3 % pour la famille, 1,8 % pour le chômage et 1,3 % pour la lutte contre l’exclusion. Nos comptes publics accuseront cette année un déficit d’au moins 5,6 % du PIB, avec un paiement des intérêts de la dette qui devrait atteindre 65 milliards. La croissance nominale annuelle de l’économie française plafonne quant à elle à 2,5 %, ce qui est en dessous de nos taux d’intérêt à long terme. La démographie s’effondre. La productivité recule. Tout cela se traduit par un déficit annuel du commerce extérieur de plus de 80 milliards et une position extérieure nette (l’endettement des Français vis-à-vis du reste du monde) de 800 milliards. La situation ressemble bien à celle décrite par Frédéric Bastiat dans son essai Harmonies économiques en 1850: une « grande fiction par laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde ». On attend donc avec impatience la présentation par François Bayrou de son « Plan pluriannuel de redressement des comptes publics ». Quand il est rentré à Matignon, le Premier ministre a indiqué qu’il s’estimait « au pied de l’Himalaya budgétaire ». Pour le moment, il ne semble pas avoir trouvé son piolet.

A lire aussi, Dominique Labarrière: Bayrou en père la rigueur

Le Plan de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) prévoit un investissement public de 300 milliards. Si une partie de cet ambitieux programme est consacrée à la relance du nucléaire, la plus grande proportion est consacrée aux énergies renouvelables. Il s’agit ni plus ni moins d’ici 2030 de multiplier par deux le nombre d’éoliennes terrestres en France, par cinquante celui des éoliennes en mer et par quatre la quantité des panneaux solaires – fabriqués en Chine – installés sur notre territoire. Tout cela coûte très cher au consommateur et au contribuable puisqu’entre 2010 et 2024 le prix de l’électricité a plus que doublé. Heureusement, un moratoire a été adopté sur le développement de nouveaux projets. Les industriels ont tiré la sonnette d’alarme. Mais les politiques sont-ils pour autant vaccinés contre l’écologie punitive ?

MaPrimRénov’ a déjà coûté 2,5 milliards d’euros depuis le début de l’année, et 3,4 milliards en 2024. Ce système de subvention est destiné à améliorer l’isolation des habitations et à aider les propriétaires à installer des chaudières plus écologiques chez eux. Le gouvernement a annoncé qu’il était suspendu à partir du 1er juillet, au motif « d’une surchauffe des services instructeurs et d’un niveau élevé de fraude ». Il faut dire que les acteurs du marché de la rénovation – qui ont multiplié les démarchages téléphoniques répétitifs et surtout très agressifs auprès des particuliers – avaient senti le filon… Tous ces allers-retours représentent un véritable cauchemar pour les entreprises du secteur et pour leurs clients. On avait déjà l’habitude de voir l’État assommer les propriétaires avec la taxe foncière et l’impôt sur la fortune immobilière. Mais la politique écologique d’Emmanuel Macron ajoute un supplice supplémentaire pour des centaines de milliers d’entre eux, qui se retrouvent carrément interdits de louer leurs biens classés G au diagnostic de performance énergétique (DPE). Afin de ne pas être en reste, Anne Hidalgo a maintenu à Paris l’encadrement des loyers. Ce dossier illustre de manière dramatique la façon calamiteuse dont la France est gérée.

L’hécatombe se poursuit en France dans les sociétés de technologie. Dernier exemple en date, la société Carmat, qui développe un cœur artificiel orthotopique, autorégulé et bioprothétique, est au bord de la cessation de paiements. L’État ne semble pas s’activer pour l’aider, alors qu’il est intervenu une fois de plus pour sauver la papeterie Chapelle-Darblay (52 millions à la demande du maire socialiste de Rouen et de la CGT) et la cristallerie d’Arques (en dix ans plus de 250 millions de fonds publics y ont été injectés). En revanche, rien n’a été fait pour maintenir l’activité de la start-up française Visibrain, spécialisée dans les logiciels de surveillance des sujets sensibles sur les réseaux sociaux. Le service d’information du gouvernement aurait pu, par exemple, s’équiper avec ce logiciel. Il a préféré se fournir auprès du canadien Talkwalker, détenu par des fonds américains ! Cela permettra au Pentagone de connaître en temps réel les thèmes qui intéressent nos autorités…

Le vrai coût de l’immigration en France mériterait d’être évalué convenablement, c’est-à-dire en prenant en compte les dépenses liées à l’accueil, l’hébergement, l’accès aux soins, l’éducation, l’aide sociale ainsi que toutes les dépenses liées à la sécurité et à l’intégration. On sait que le budget de l’Aide médicale d’État (AME) devrait atteindre 1,2 milliard en 2025 et on pense que les coûts d’hébergement d’urgence dépasseront le milliard d’euros. Problème, tous ces chiffres ne sont pas consolidés. C’est la raison pour laquelle Éric Ciotti, patron des députés UDR à l’Assemblée, a demandé la création d’une commission d’enquête sur le sujet.

A lire aussi, Didier Desrimais: Mesures budgétaires: Bayrou épargne l’immigration! Pourtant…

L’industrie automobile européenne est morte. Sachant qu’on peut acheter en Suisse un SUV de la marque chinoise BYD pour 20 000 francs alors que la Porsche Macan est vendue autour de 80 000 francs, c’est bientôt la fin. En vingt ans, la production automobile a reculé des deux tiers en France, avec à présent seulement 1,3 million d’unités produites par an et un déficit commercial du secteur s’élevant à 4,8 milliards d’euros, rien qu’au premier trimestre 2025.

La Caisse nationale d’allocations familiales n’a pas pu obtenir la certification de ses états financiers de la part de la Cour des comptes pour l’exercice 2023. La raison : 6,3 milliards de prestations ont été versés « en dehors du cadre réglementaire ». On retrouve parmi les bénéficiaires de ces sommes beaucoup de retraités algériens extrêmement âgés, dont la preuve qu’ils sont toujours en vie n’est pas très documentée.

Le nombre de fonctionnaires ne cesse d’augmenter. Durant le premier quinquennat Macron (2017-2022), il a progressé de 177 000, contre une hausse de 126 000 sous Hollande (2012-2017) et de 35 000 sous Sarkozy (2007-2012).

L’esprit français en dix paradoxes

À la recherche de l’esprit français


1/ Vouer une haine farouche à son voisin de palier, mais donner les clés de son pays au premier venu ;

2/ Fantasmer sur la Révolution française tout en préférant les héritiers à ceux dont la réussite par l’effort renvoie à ses échecs ;

3/ Donner des leçons de liberté à la terre entière, mais agoniser chez soi sous la bureaucratie et les injonctions morales du jour ;

4/ Applaudir les « soignants » sur son balcon, plaindre les professeurs devant son poste de télévision et en appeler, la gorge nouée, à la grandeur de l’État. Puis insulter son médecin à cause de l’attente, prendre un avocat pour annuler une sanction scolaire et rêver du SMIC pour le personnel politique ;

5/ Penser que la politique est un métier, mais qu’il faudrait mettre un handicapé à la tête du ministère de l’Autonomie et du Handicap ;

6/ Juger honteux que le reste du monde ne sache pas placer la France sur une carte, mais juger inutile d’enseigner les départements français à ses enfants ;

7/ Citer Chateaubriand dans sa bibliothèque (Mitterrand), poser devant Stendhal et Gide (Macron), mais faire comme s’il n’y avait plus de culture française ;

8/ Faire entrer dans le palmarès de nos personnalités préférées des stars enguenillées sur le sol français, mais en costume-cravate partout ailleurs ;

9/ Être aimable comme une porte de prison et partir en vacances dans des pays où les gens sont tellement plus chaleureux qu’en France ;

10/ Enfin, pérorer sur les saveurs de la Gariguette et acheter tout l’été de la fraise belge.

Tour: enfin une et pas n’importe laquelle!

0

Valentin Paret-Peintre a offert à la France une victoire éclatante au sommet du Mont Ventoux lors de la 16ᵉ étape du Tour, en s’imposant avec sang-froid et panache face aux favoris.


Décoiffant Mont Chauve, peut-on dire ! Il a enfin offert à la France cette victoire d’étape qu’elle n’espérait presque plus. Il lui a fallu attendre la 16ème et l’entame de la 3ème et dernière semaine d’une compétition menée à un train d’enfer depuis son départ de Lille. Pourtant, jusqu’alors, les Tricolores n’avaient pas démérité.

Kevin Vauquelin, coqueluche du public français

Faute d’avoir un postulant à ramener la tunique jaune à Paris, ils collectionnaient les places d’honneur, comme, par exemple, lors de l’étape inaugurale, où ils font 4ème (Anthony Turgis), 6ème (Clément Russo), 7ème (Paul Penhoët), ou encore lors du contre-la-montre de Caen où Bruno Armirail (champion de France de la spécialité) se classe 4ème, et Kevin Vauquelin fait 5ème et s’installe au milieu du Top 10, devenant la coqueluche d’un incroyable public enthousiaste qui l’ovationne le long du parcours. Sans omettre la 3ème place à Carcassonne, au sprint, de Julian Alaphilippe, dans cette 15ème étape qu’il avait cru remporter…   

C’est un jeune Haut-Savoyard, de 24 ans, filiforme (1,76 m pour 52 kg), surnommé « La miette » par le peloton, barbu, au regard ténébreux, bref un physique de Don Quichotte, inconnu du grand public mais apprécié, voire convoité, dans le milieu cycliste pour ses qualités de grimpeur, Valentin Paret-Peintre, qui s’est imposé mardi au sommet du mythique Mont Ventoux.

Dit Mont Chauve à cause du paysage désolé de pierraille qu’il exhibe, il a été onze fois au menu de la Grande boucle depuis 1947, gagné six fois par des Français, dont le dernier en date était Richard Virenque en 2002, à son retour après une saison de suspension pour dopage (affaire Festina). Il a été aussi le 13 juillet 1967 le théâtre du tragique décès du coureur anglais Tom Simpson qui a conduit le cyclisme à engager la lutte contre le dopage. Bourré d’amphétamines et de cognac, sous une canicule d’enfer, il avait soudain décroché du groupe de tête à quelques kms de l’arrivée, zigzagué puis s’était effondré sur le bas-côté pour ne plus se relever…    

Bien que réputé très bordélique dans sa vie quotidienne, Paret-Peintre a mené sa course de main de maître, faisant preuve d’un grand sang-froid, à l’instar d’un as du poker. Cette 16ème étape était convoitée par Pogacar. D’après bien des commentateurs, il l’avait déjà remportée avant même l’avoir disputée. C’était sans compter sur la formation d’une tacite et spontanée union sacrée entre toutes les équipes contre lui. Dès le départ, à l’instigation de l’équipe Wisma-Lease a bike de Vingegaard, ça fusait de tous les côtés.

Pogacar débordé

Au bout d’une heure de course ébouriffante au cours de laquelle plus de 50 km étaient parcourus, l’équipe UAE de Pogacar était débordée. Un groupe d’une trentaine de coureurs se détachait et portait l’avance à plus de six minutes.

Ayant carte blanche depuis l’abandon de son leader Remco Evenepoel alors que ce dernier était encore 3ème au général, dans l’étape de Pau-Luchon Superbagnères, Paret-Peintre s’y glissait. De ce groupe, sous l’impulsion de Julian Alaphilippe, un autre groupe de huit unités s’extirpait et naviguait devant avec 1’30’’ d’avance jusqu’aux premières pentes du Ventoux. Au lieu d’en faire partie, Paret-Peintre a eu l’intelligence de rester au chaud dans le second et de s’épargner.

Après quelques km de montée, quand l’usure commençait à se manifester à l’avant, il a lâché ses watts et, pareil à un oiseau de proie, il a avalé tous ceux qui le précédaient jusqu’à se caler dans la roue du combatif et intrépide Irlandais Ben Healy qui semblait en posture de l’emporter. Un mano à mano très tactique s’engageait entre les deux. Prenant le dernier virage à la corde, Paret-Peintre, dans un rush à y laisser son dernier souffle, lui portait l’estocade…

Une victoire dans le Ventoux, et de cette manière, en dit long sur le potentiel du bonhomme qui dispute sa première grande boucle où il avait été amené par son équipe belge, Soudal-Quick Step, juste pour être le chien de garde en montagne d’Evenepoel, troisième l’an dernier et qui ambitionnait au moins de réitérer.

Derrière Paret-Peintre et Healy, à un peu plus de 40’’, s’est déroulé un second mano à mano, entre Pogacar et Vingegaard qui s’est terminé par un match nul, mais prémonitoire sans doute d’une grande explication dans les deux étapes alpestres de jeudi et vendredi. Finalement, il n’est pas sûr que le Tour se soit terminé à Hautacam. On dit de Vingegaard, qui n’abdique jamais, qu’il est l’homme de la troisième semaine…

Sur la piste du vrai Indiana Jones: Voyage au bout d'un mythe

Price: ---

0 used & new available from

Mesures budgétaires: Bayrou épargne l’immigration! Pourtant…

Peu de temps après la signature par les journalistes de la charte de Marseille, qui encadre de manière plus stricte la façon dont ils sont autorisés à parler d’immigration, le Premier ministre passe sous silence les coûts colossaux liés à la submersion migratoire que connaît actuellement le pays, dans ses propositions d’économies budgétaires. Grande analyse.


En 2018, une conférence intergouvernementale coordonnée par les Nations Unies accouche du Pacte de Marrakech, un « Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières ». Dès l’introduction dudit pacte, il est entendu que la « gouvernance » mondiale est incontournable et que les élites se doivent de consolider l’ingénierie sociale et immigrationniste mise en place depuis des années : « Par le présent Pacte mondial, nous nous engageons collectivement à améliorer la coopération en matière de migration internationale. Les migrations ont toujours fait partie de l’expérience humaine depuis les débuts de l’Histoire (on dirait du Boucheron !), et nous reconnaissons qu’à l’heure de la mondialisation, elles sont facteurs de prospérité, d’innovation et de développement durable, et qu’une meilleure gouvernance peut permettre d’optimiser ces effets positifs. » Depuis 2018, ce sont près de 500 000 immigrés qui entrent chaque année en France. Les problèmes inhérents à cette submersion migratoire sont incontestables et concernent aussi bien l’insécurité culturelle que physique. L’économie, les services et les comptes publics subissent eux aussi les effets d’un trop grand nombre d’immigrés qui ne s’intègrent plus qu’à la marge et profitent d’un système social excessivement généreux.

OID contre Terra Nova : la bataille des chiffres

Dans un entretien donné à Boulevard Voltaire[1], Nicolas Pouvreau-Monti, directeur général de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie (OID), considère que « le faible taux d’emploi des immigrés nous coûte 100 milliards d’euros par an ». Le dernier rapport de l’OID sur l’impact de l’immigration en France rappelle que « les immigrés perçoivent un montant moyen annuel de prestations sociales deux fois supérieur à celui des personnes sans ascendance migratoire (2 380 euros contre 1 200 euros en 2019), voire près de trois fois supérieur pour les immigrés originaires d’Afrique (3 130 euros). » Par ailleurs, « 35 % des immigrés âgés de 18 à 59 ans occupaient un logement social en 2019-2020, contre 11 % sans ascendance migratoire ». Conclusion : « En France, l’immigration dégrade les comptes publics et réduit le pouvoir d’achat des natifs, ces derniers devant être davantage imposés pour compenser ce déficit contributif . » La Fondation Terra Nova et Éric Woerth méprisent ces chiffres – « l’immigration a un coût zéro », affirme ce dernier sans craindre le ridicule. Les Gueux commençant de montrer des gestes d’exaspération, l’oligarchie politico-médiatique ressert son étreinte propagandiste et s’efforce de bâillonner ses contradicteurs. Pour cela, tous les moyens sont bons.

Sous la férule du Syndicat national des journalistes (SNJ), des médias de gauche – Mediapart, L’Humanité, Politis, Reporterre, Rue89, France médias monde (médias publics comprenant RFI, France 24, InfoMigrants), entre autres – ont signé, le 29 avril dernier, une Charte de Marseille qui « souhaite répondre aux défis journalistiques liés aux migrations » et « vise à soutenir les journalistes et les professionnels des médias dans leur souhait de proposer une couverture de qualité, précise, complète et éthique des questions migratoires », apprend-on dans son préambule. En vérité, cette charte est prévue pour que la réalité soit dissimulée et que la submersion migratoire bénéficie d’un traitement de faveur dans les médias. Ainsi, après avoir appelé les professionnels à « s’interroger sur leurs propres perceptions et biais », elle « recommande aux journalistes de ne mentionner l’origine, la religion ou l’ethnie que s’ils estiment que cela est pertinent pour l’information du public ». Chacun aura compris ce que cela veut dire en termes de manipulation de l’information, en particulier quand celle-ci concerne l’insécurité grandissante corrélée à une immigration massive. Afin de se former sur les « migrations », les journalistes devront se pencher sur les « travaux scientifiques les plus récents » – il est à craindre que ce seront plutôt ceux de François Héran et d’Hervé Le Bras que ceux de Michèle Tribalat et de l’OID. Par ailleurs, les rédactions sont invitées à évaluer régulièrement les « pratiques journalistiques en vigueur » et à rectifier « les informations fausses ou erronées sur le sujet des migrations » – par conséquent, un « travail de fact-checking est recommandé » afin « d’exposer les mécanismes de la désinformation et des stéréotypes sur les migrations ». Tous les bonimenteurs médiatiques – les fact-checkers de Libération, du Monde, de l’audiovisuel public et de Conspiracy Watch – se frottent les mains : leur travail propagandiste est plébiscité par les médias progressistes de l’extrême centre, de la gauche et de l’extrême gauche, c’est-à-dire les quatre cinquièmes des médias. Ces recommandations ne sont pas sans rappeler celles du Pacte de Marrakech préconisant que « la question des migrants et des migrations soit abordée de façon plus réaliste, humaine et constructive ». La Charte de Marseille appelle par conséquent à lutter contre « la haine visant les migrants » et à « être vigilant sur les termes employés » – les professionnels des médias devront être attentifs « aux questions des migrations et à la terminologie afférente ». De la même manière qu’elle s’évertue à effacer certains termes – ceux désignant les immigrés « illégaux », « irréguliers », « clandestins » ou « sous OQTF » – la novlangue immigrationniste a imposé l’usage des mots « migrant » et « migration » pour camoufler une réalité conduisant tout bonnement, dans un grand nombre de pays européens, à un remplacement accéléré des populations par une immigration majoritairement extra-européenne.

Une chance pour l’Europe !

Autre pacte, même but : Le Pacte migration et asile échafaudé par Mme von der Leyen est aligné sur l’objectif principal des élites européennes, à savoir favoriser l’immigration en laissant croire qu’elle est maîtrisée et qu’elle est une chance pour l’Europe. L’annonce d’un « renforcement des frontières extérieures de l’UE » a fait amèrement sourire Fabrice Leggeri, ex-directeur de l’agence Frontex (2015-2022) et témoin direct de la complaisance des autorités envers les ONG et associations immigrationnistes. Ce Pacte asile et migration qui prévoit, au lieu de ralentir drastiquement les flux migratoires, de les « réguler » et de les répartir entre les États membres de l’UE selon « leurs besoins », a bien entendu été soutenu par le gouvernement français. Au Parlement européen, Raphaël Glucksmann, promoteur d’une immigration qu’il juge indispensable, n’a pas voté pour la majorité des textes composant ce pacte. Toujours plus loin, toujours plus fort : il aurait souhaité « une solidarité et une politique migratoire commune » encore plus larges, une répartition obligatoire des demandeurs d’asile entre les pays membres de l’UE, l’absence de « filtrage » aux frontières de l’Europe – et ne parlons pas des frontières nationales, une horreur absolue pour cet euro-atlantiste qui dit se sentir plus à l’aise à Berlin ou à New York qu’en Picardie. Raphaël Glucksmann[2], dont le but est de dissoudre la France dans une mosaïque de territoires européens dépendant d’un pouvoir central bruxellois lui-même aux ordres des nouvelles élites de l’empire davosien, diversitaire et immigrationniste, est actuellement chouchouté par les médias, l’audiovisuel public en tête. Normal : l’oligarchie politico-médiatique promeut un projet qui n’a de sens et d’intérêt que pour les anywhere, ces nouvelles élites mondialistes qui méprisent le peuple français, les Gueux de souche, la piétaille enracinée.

Il y a quelques jours, Aurore Bergé a annoncé son intention d’augmenter les subventions de certaines associations afin que celles-ci puissent recruter plus de personnel pour signaler auprès de l’Arcom « les propos haineux » tenus sur les plateformes internet et les réseaux sociaux. La Fédération des centres LGBTI+, Osez le féminisme, le Planning familial et, surtout, SOS Racisme et l’ADDAM (Association de défense contre les discriminations et les actes anti-musulmans), feront partie de ces indicateurs payés par le pouvoir pour traquer le moindre propos qui pourrait déplaire à la nomenklatura woke, progressiste et immigrationniste. En limitant la liberté d’expression grâce à de nébuleuses notions comme « les contenus haineux », l’opportuniste Aurore Bergé applique à la lettre les instructions du DSA, cet organe de surveillance des services numériques en Europe concocté par le fossoyeur d’entreprises françaises, l’ex-mamamouchi de la Commission européenne, le factotum de Mme von der Leyen, j’ai nommé Thierry Breton. La France, au bord de la faillite, est en train de s’effondrer sous le poids d’une immigration qui lui coûte au bas mot cent milliards d’euros par an. Pendant ce temps, Mme Bergé distribue l’argent des contribuables à des associations progressistes et immigrationnistes réunies en coopérative de délateurs. Quant à l’ancien Haut-commissaire au Plan n’ayant jamais su planifier autre chose que sa carrière… 

Des sources d’économies négligées

… 43,8 milliards d’euros. Ce sont les économies que le Premier ministre compte faire faire à l’État français. Pour obtenir ce résultat, aucune mesure annoncée ne concerne l’immigration. En revanche, les retraités les plus « aisés » – ceux qui touchent au-dessus de… 20 000 euros par an ! – vont se faire gruger deux fois : la première avec le gel du montant de leurs pensions, la deuxième avec la suppression de l’abattement fiscal de 10 %. Ouvrons une parenthèse pour signaler les sujets que François Bayrou n’a pas abordés et qui auraient pourtant pu constituer des sources d’économies autrement plus conséquentes que la chasse aux prescriptions d’antibiotiques et la suppression de deux jours fériés. Dans le cadre de la PPE (Programmation Pluriannuelle de l’Énergie), l’État a annoncé des dépenses stratosphériques pour développer les énergies dites renouvelables : plus de trente milliards d’euros par an, pendant dix ans. Pour payer la note, le prix de l’électricité va continuer de grimper et d’étrangler les ménages, les artisans, les entreprises. Ce programme nuisible, imposé par l’UE, ne sert qu’à enrichir, d’une manière ou d’une autre, une petite caste d’activistes écologistes, de technocrates bruxellois et d’entreprises allemandes, danoises, espagnoles et chinoises faisant commerce d’éoliennes ou de panneaux photovoltaïques. Par ailleurs, les administrations publiques (État + collectivités territoriales) versent chaque année 16 milliards d’euros de subventions aux associations, y compris celles qui œuvrent à la destruction de la France par tous les moyens possibles – une bonne partie de ce pactole serait assurément plus utile au bon fonctionnement de nos hôpitaux publics ou de notre parc nucléaire, par exemple. L’audiovisuel public, lui, nous coûte 4 milliards par an au bas mot, Mme Ernotte ayant explosé le budget de la télé publique en 2024. Une partie de cet argent sert à payer grassement la directrice de France TV, certaines vedettes journalistiques et des sociétés privées comme Mediawan, société co-fondée par Xavier Niel et l’actionnaire principal du groupe Le Monde (Le Monde, Le Nouvel Obs, Télérama, etc.), le très bien-pensant Matthieu Pigasse – Mediawan produit entre autres les émissions de propagande “C à vous”, “C dans l’air”, “C ce soir”. D’autre part, aux 25 milliards que la France verse déjà dans les caisses de l’UE chaque année, il était prévu d’ajouter 7 milliards à partir de 2026 – dans sa grande sagesse, en ces temps difficiles, le gouvernement français prévoit de n’en ajouter que… 5,7[3] !. Enfin, et pour revenir à notre sujet initial, les coûts faramineux et les effets destructeurs et bientôt irréversibles de l’immigration ne semblent pas devoir faire bouger d’un iota les autorités. Au contraire : depuis 2017, année de l’élection du plus catastrophique de nos présidents de la République, il n’y a jamais eu autant de délivrances de cartes de séjour et le nombre de demandeurs d’asile a explosé, alimentant de facto l’immigration illégale. Comme si cela ne suffisait pas, la CNDA (Cour nationale du droit d’asile), après avoir jugé en 2024 que toutes les femmes afghanes le désirant pouvaient obtenir le statut de réfugié dans l’Hexagone, vient d’accorder aux Gazaouis le droit de prétendre à ce même statut. “Statut de réfugié” veut dire : obtention sans délai d’une carte de séjour valable 10 ans, inscription directe à la CAF (permettant de toucher le RSA, les allocations familiales, etc.), accès gratuit aux soins via la CMU, gratuité des transports, hébergement social et, bien entendu, rapprochement familial des conjoints et enfants mineurs restés dans le pays d’origine. Tandis que les Français sont appelés à se serrer encore un peu plus la ceinture, les cordons de la bourse publique pour l’immigration n’ont jamais été aussi élastiques. Il devient impossible de chiffrer autrement qu’en dizaines de milliards les dépenses inhérentes à une immigration que personne, au sein des élites, ne souhaite ralentir. La nomination, sur proposition du Premier ministre, de l’archi-immigrationniste Najat Vallaud-Belkacem à la Cour des comptes, confirme deux choses : la première est que les socialistes restent les rois du grenouillage[4] ; la deuxième est que, quoi qu’il arrive lors de prochaines élections présidentielles ou législatives, le système est si bien verrouillé – à l’intérieur par les juridictions et les autorités administratives ou publiques dites indépendantes (Conseil constitutionnel, Conseil d’État, Cour des comptes, Défenseur des droits, Arcom, etc.), à l’extérieur par les instances bruxelloises (CE, CEDH, CJUE, etc.) qui font la loi – qu’il sera extrêmement difficile de réduire efficacement l’immigration et, par conséquent, de remettre à flot les comptes publics. Tout le monde l’a compris. Sauf François Bayrou qui s’étonne que « la France [soit] devenue le pays le plus pessimiste au monde ».


[1] https://www.bvoltaire.fr/le-faible-taux-demploi-des-immigres-nous-coute-100-milliards-deuros-par-an/

[2] Pour plus de renseignements sur ce personnage, je renvoie à mon papier du 4 juin 2024, Qui est réellement Raphaël Glucksmann ? https://www.causeur.fr/qui-est-reellement-raphael-glucksmann-europeennes-rwanda-georgie-ukraine-284016

[3] À ce propos, Ursula von der Leyen vient d’annoncer « le budget de l’UE le plus ambitieux jamais proposé » pour la période 2028-2034 : 2000 millards d’euros ! Le précédent budget,  pour la période 2021-2027, était de 1200 milliards. Le gouvernement allemand juge cette hausse « inacceptable » et a décidé de ne pas soutenir « la taxation supplémentaire des entreprises proposée par la Commission ». Et la France ? Par la voix de Benjamin Haddad, son ministre chargé de l’Europe, la France reprend les propos enthousiastes de Mme von der Leyen et est prête à continuer de saigner ses concitoyens et ses entreprises pour complaire à la techno-structure bruxelloise.   

[4] Sur Cnews et dans Le Figaro, Paul Sugy a décrit avec force détails le « système Moscovici » et ce qu’il appelle la « boîte noire totale », à savoir le monde de la haute fonction publique, surtout en qui concerne « les nominations et donc, derrière, les renvois d’ascenseur et les petits copinages ». https://www.lefigaro.fr/actualite-france/la-cour-des-comptes-cimetiere-des-elephants-socialistes-ou-pierre-moscovici-fait-regner-la-loi-de-la-jungle-20250718

Le bourgeois de la Rue Vavin: carrément méchant, jamais content?

Alors que la polémique concernant l’ouverture prochaine d’une supérette Carrefour City était à peine naissante, nos intrépides reporters ont fait un tour chez les autres commerçants du fameux quartier. Les signataires de la pétition (qu’ils l’aient vraiment signée, comme l’écrit le magazine du Monde, ou finalement pas) militent pour la préservation du caractère historique d’une rue qui est déjà largement amochée et où la plupart des commerces sont des franchises.


C’est un petit écrin parisien, enchâssé entre le jardin du Luxembourg et la silhouette de la tour Montparnasse, à trois coups de pédale en Vélib’ du Panthéon, de l’Institut et d’Assas. Le charme du VIème arrondissement qui n’a pas échappé aux producteurs d’Emily in Paris. Au croisement des rues Bréa et Vavin, une bohème intellectuelle y a fait souche. Le quartier a son histoire : jadis lieu de cabaret, l’arrivée des comédiens, intellectuels ou universitaires l’a fait gagner en valeur et l’a rendu unique : on peut y croiser un maoïste devenu éditeur de poésie voisin d’un journaliste économique, d’un ancien haut fonctionnaire et d’une amicale Charles Péguy.

Rive gauche, à Paris, adieu mon pays…

Ici, l’immobilier frise les 20 000 euros du mètre carré. Les enfants font souvent leur scolarité à Stanislas ou Henri IV. Le charme discret de la bourgeoisie façon Éric Rohmer… qui pourrait être bientôt ternie par le bruit et l’odeur des livreurs à 6h du matin ! Il fallait oser : une supérette Carrefour City, ouverte de 6h à 22h, avec tout ce que cela implique de mendiants et de lycéens dévoreurs de PastaBox, au rez-de-chaussée d’un immeuble signé de l’architecte Henri Sauvage.


Déjà, il y a vingt-cinq ans, Alain Souchon chantait: «Les marchands malappris/Qui ailleurs ont déjà tout pris/Viennent vendre leurs habits en librairie». Aujourd’hui, c’est un magasin de jouets Oxybul qui fait les frais de ce grand remplacement commercial. Un choc, une offense pour le terroir germanopratin ! Assez pour que la bohème chic sorte les fourches et déclenche une micro-insurrection d’élégance. Lancée par Bruno Segré, ex-journaliste économique, une pétition s’opposant à la supérette a fait le tour du quartier. La liste des signataires ? Presque un casting à la Ardisson années 90 : chanteurs anarchistes ou actrices embarqués aux côtés d’académiciens et d’écrivains conservateurs… tous réunis dans une improbable convergence des luttes.

A lire aussi, Didier Desrimais: Pour avoir ton brevet, révise en écoutant France inter!

Dans cet ancien fief janséniste, foyer des frondes parlementaires sous l’Ancien Régime, on se mobilise comme on milite : en chuchotant. Quelques-uns se défendent d’avoir signé toute pétition, à l’image de Pierre Richard, flottant en artiste au-dessus des contingences : « Je ne sais même pas ce que c’est, un Carrefour City ».

Il se dégage/ Des cartons d’emballage

« On a bien abordé le sujet une fois au magasin, oui… » nous confie la commerçante de primeurs, « mais vous aurez du mal à trouver quelqu’un pour en parler ». Dans le VIème, au beau milieu du mois de juillet, à peu près tout le monde est déjà à la Baule ou à Saint-Jean-Cap-Ferrat. Il ne reste que les salariés d’astreinte, ce dimanche, lesquels évidemment, n’habitent pas les lieux. « On en parlait pendant la brocante, certains voulaient afficher la pétition, dans le commerce » nous confie le primeur. « Vous aurez du mal à trouver des gens pour être franchement contre », nous confie un tavernier qui parle « de tabou ». « Ah c’est sûr que c’est sans doute moins charmant d’avoir un Carrefour City qu’un vieux magasin de jouets… » lance débonnaire le client d’un bar.

La démarche des pétitionnaires n’a pas été comprise. On peut même dire que l’effet sur l’opinion a été désastreux. Les chroniqueurs sur LCI et CNews ont épousé la vague populiste et se sont rangés du côté des rieurs qui se moquent de cette révolte en tweed. « Les clodos, c’est universel ! Je ne comprends pas bien l’origine de cette opposition », nous dit cette serveuse d’un lieu culturel à proximité. Elle-même vient du XIXème arrondissement, « haut lieu du crack ». « En même temps, les habitants du VIème sont peut-être simplement attachés à leurs commerces de proximité », nuance son collègue. Des commerces de proximité ? Rue Vavin, il y en a. Un vendeur de mocassins avec une affiche « à céder » sur la devanture, et quelques primeurs donc. Pour le reste, tout est franchisé. Les Franprix, les boulangeries, les glaciers, la lingerie, le très bourgeois magasin de prêt à porter Armor Lux et les aussi peu comestibles qu’esthétiques Subway et O Tacos… et un détail qui dit tout : un coiffeur criard décoré façon Spiderman avec vitrophanie bleu électrique et sièges en skaï ! La défaite de la permanente après la défaite de la pensée…

Plus de touristes ploucs que de membres de l’intelligentsia en ce dimanche…

Difficile de croiser des riverains dans ces rues où déambule surtout le contingent du tourisme international en sac de randonnée urbaine, avec short, débardeur et tatouages. Les ploucs sont partout ! Et les bourges saturent, eux qui voyaient ce quartier comme un refuge bohème associant les vieux propriétaires parisiens aux figures émergentes de la culture et du journalisme. Selon le maire LR Jean-Pierre Lecoq, peu soucieux de son avenir électoral dans le quartier, il est normal que ces privilégiés à qui le personnel fait les courses, goûte à la vraie vie : « Un village d’enfants gâtés qui croient que tout leur appartient (…) une grande partie des pétitionnaires ont bossé ou bossent dans la finance. Ils ont contribué à financiariser l’économie et donc tuer les commerces de proximité les moins rentables1 ». « Il y a également un Carrefour 30 m plus loin, ça n’a pas attiré de voyous ou empêché le quartier de vivre, que je sache » assure un restaurateur. On peut se demander d’ailleurs pourquoi multiplier autant de supérettes dans un si petit périmètre. Pourtant, « c’est de la pure logique économique » nous assure-t-on. Et les riverains pétitionnaires seraient un peu moins nantis que ne le pensent les roturiers que cette révolte bourgeoise indigne. « Ces gens ont moins d’argent qu’on ne le pense. Le prix de l’immobilier s’y négocie à 20 000 € ou 30 000 € le mètre et ces gens qui héritent souvent de biens mobiliers ont certes du bien mais ils ne rivalisent pas avec les fortunes internationales » assure un connaisseur du quartier. « Ils n’ont même pas 30 € à mettre dans un déjeuner » peste la cuisinière. Et si c’était le vrai souci ? ce quartier, gentrifié depuis longtemps par la bourgeoisie française, l’est aujourd’hui par l’aristocratie financière internationale. Ce sont les franchises et les investisseurs internationaux – américains, qataris, ukrainiens – qui rachètent beaucoup de murs et fonds de commerces. Et les propriétaires d’appartements ou de magasins du coin préfèrent leur vendre à eux quand on leur propose les prix les plus attractifs.

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: L’IA, ou la médiocrité généralisée

On fait des gorges chaudes sur ces nantis du VIème adeptes du NIMBY (Not In My BackYard), comme s’il était absolument scandaleux que les riverains s’intéressent à l’évolution de leur quartier. Les médias étaient beaucoup plus indulgents avec les révoltes anti-gentrification à Londres2, hostiles à l’implantation de bars à céréales dans des quartiers jadis populaires. Les pétitionnaires ne sont certes pas les damnés de la terre. Leurs biens valent des millions, quand beaucoup d’entre eux hésiteraient à s’offrir une bouteille de pommard un samedi soir au bistrot du coin… Alors que faire ? Liquider l’appartement pour passer la retraite au vert, et vendre l’âme du quartier ? Beaucoup cèdent à la tentation, forcément. Sans pétition, ni micro, ni assemblée de copropriété, sans aucune conscience patrimoniale, les nouvelles fortunes du monde rachètent mur par mur le quartier… Le quartier a connu ses heures de gloire, mais désormais avec le Qatar, les fonds de pension immobiliers ou les géants de la distribution, le mauvais goût et les touristes en short auront le dernier mot ! Et ceux qui rêvaient encore de vivre aujourd’hui « le monde d’hier » avec un quartier à la Stefan Zweig se réveillent avec Spiderman…


  1. https://www.cnews.fr/videos/france/2025-07-20/cest-un-village-denfants-gates-qui-croient-que-tout-leur-appartient-une ↩︎
  2. https://www.franceinfo.fr/monde/europe/a-londres-un-bar-a-cereales-attaque-par-des-manifestants-anti-gentrication_1102465.html ↩︎

À en perdre la tête

À la recherche de l’esprit français


Il a quelque chose de Cyrano. Peut-être l’insolence. Peut-être le panache. Peut-être le courage. Peut-être encore cet esprit français qui répugne à se courber devant une autorité jugée illégitime. Il s’appelle Henri II de Montmorency et a vécu au début du XVIIe siècle. Gouverneur du Languedoc, il fait de Béziers sa « capitale ».

En 1632, il décide de faire tomber Louis XIII, rien que ça. Pour lui, le royaume de France vire à la tyrannie. Avec son âme damnée Richelieu, le roi soumet toutes les provinces rebelles, sans aucune pitié. La Rochelle et ses 23 000 morts affamés s’en souviennent. Qui parle encore du village de Nègrepelisse où Louis XIII fit pendre tous les hommes aux arbres de leurs jardins et violer toutes les femmes par la troupe ? Un Poutine en perruque et chemise de soie.

A lire aussi, Père Jérôme Prigent: Liberté, spiritualité, fraternité

Le jour J, le duc passe le Rubicon et fait arrêter le représentant du roi. Puis déclare le Languedoc indépendant. Pétrifiée, la noblesse locale l’abandonne, tout comme le frère du roi qui complotait avec lui ! Sans troupe ou presque, Montmorency se lance malgré tout dans un combat désespéré face à l’armée royale. Voyant la défaite inéluctable, il cherche la mort en chargeant sabre au clair contre les rangs ennemis. Gravement blessé, il est fait prisonnier, puis décapité. Le roi a fait un exemple en éliminant le représentant d’une des plus vieilles familles de France. Un choc qui glace l’Europe entière.

L’ordre règne. Le Midi est mis au pas. Mais la rébellion du duc coule toujours dans les veines de ces éternels rebelles qui peuplent les rives de la Méditerranée. Nous venons d’installer son buste en plein centre de Béziers. Une nouvelle provocation ? Non, un goût immodéré pour l’esprit frondeur. Pour l’esprit français ?

Pour une libéralisation du financement de la vie politique

0

La démocratie française meurt d’asphyxie, car elle est étouffée par des règles dépassées, étroitement contrôlées par des juges tatillons et les experts-comptables.


La récente inéligibilité prononcée à l’encontre de plusieurs députés, dont Marine Le Pen, pour des manquements d’ordre administratif contestables, jette une lumière crue sur une dérive dangereuse de notre système démocratique. Celle d’une République de la défiance, gouvernée par un pouvoir administratif tatillon qui place la politique sous surveillance étroite, non pas au nom de l’intégrité démocratique, mais au nom d’un formalisme étouffant. Il est temps de sortir la démocratie française de ce corset bureaucratique.

Assistants parlementaires européens : ça se discute

Ces décisions d’inéligibilité ne relèvent ni de la corruption, ni d’un enrichissement personnel, ni même de véritables fraudes. Il s’agit d’erreurs ou d’interprétations discutables sur des comptes de campagne, des délais de remboursement, des factures mal libellées dans un contexte de délais très serrés et de réticence des banques à ouvrir des comptes. Dans une République saine, ce type d’incident se règle par des rappels, des amendes ou des ajustements comptables. Mais en France, cela conduit – sans appel – à la mort politique. La disproportion entre les fautes commises et leurs conséquences est flagrant, au détriment du respect dû au vote des électeurs. Le débat politique vit sous la menace d’une instrumentalisation de la réglementation par un appareil juridico-administratif partisan qui élimine les prétendants qui lui déplaisent (François Fillon, Marine Le Pen).

A lire aussi, Dominique Labarrière: Sophia, Najat, honneur et déshonneur

À ce titre, la comparaison avec la Suisse est éclairante. Ce pays, que personne ne soupçonnera de faiblesse démocratique, n’impose aucune restriction au financement des partis ou des campagnes électorales. Tout y repose sur la transparence, non sur l’interdiction. Chaque citoyen, chaque entreprise peut soutenir un candidat ou une cause, dans le cadre du droit commun. Résultat : une vie démocratique vivante, fluide, où les idées circulent librement et où l’administration n’érige pas la complexité en obstacle à l’engagement politique.

La France, à l’inverse, impose des plafonds de dépenses dérisoires, un contrôle tatillon sur chaque centime dépensé, des interdictions absurdes de publicité dans les médias ou sur internet, et une exigence démesurée de 500 parrainages d’élus pour se présenter à la présidence de la République. Ces contraintes ne protègent pas la démocratie : elles l’étouffent. Elles en font un monopole, financé par l’Etat, pour des rentiers professionnels. Elles favorisent les grands partis installés, disposant d’un appareil capable de décrypter et manipuler ce labyrinthe réglementaire, et découragent les candidats indépendants, les mouvements émergents, les voix nouvelles. Et ce, alors que nous avons besoin de renouveau, de diversité politique et de créativité institutionnelle.

Défiance généralisée

Dans ce domaine, comme dans beaucoup d’autres, il faut en finir avec la logique de la défiance, fondée sur la multiplication des interdits et des règlementations directives et intrusives. Il faut passer à une logique de confiance dans les citoyens et les candidats, où la liberté d’agir est la règle, et la contrainte l’exception. Cela suppose une réforme en profondeur fondée sur quelques principes simples :

La liberté de financement : tout citoyen ou personne morale (association, entreprise, syndicat…) devrait pouvoir soutenir financièrement une campagne, dans un cadre public clair, avec déclaration obligatoire des dons et des dépenses. La publicité, y compris audiovisuelle et surtout numérique, doit être autorisée.

Un plafond de dépenses doublé : les limites actuelles des dépenses de campagne sont trop basses pour permettre une réelle visibilité, notamment pour les personnalités nouvelles ou hors partis. Rehausser les plafonds permettrait de créer une véritable concurrence et un minimum de professionnalisme et de qualité, tout en diminuant les risques de dérapages comme ceux de la campagne 2012 de Nicolas Sarkozy.

A lire aussi, Rodolphe Bosselut: Procès Le Pen en appel av. 2027: «Ce que certains appellent une faveur s’avère être un piège diabolique pour la défense»

La fin du monopole public de financement des partis : le soutien public doit exister, mais ne saurait être exclusif. Il étouffe la concurrence politique et réduit la vie partisane à une gestion comptable d’instances subventionnées dépendantes de l’Etat et de sa technocratie.

Un allègement drastique des conditions de candidature à la présidentielle : l’exigence de 500 parrainages verrouille le système au profit des partis installés et prive les électeurs de nombreux choix légitimes. Elle siphonne une énergie folle qui plombe les candidats alternatifs au détriment du débat démocratique. Elle doit être remplacée par une exigence plus ouverte et représentative (par exemple un seuil de signatures citoyennes ou de catégories d’élus élargies).

Une limitation du pouvoir des autorités administratives indépendantes (CNCCFP, Conseil d’État, Conseil constitutionnel) dans l’interprétation arbitraire des règles. Il faut évidemment permettre l’exercice d’un appel devant la Justice, surtout dans le cas de l’inéligibilité. La démocratie ne doit pas dépendre d’appréciations subjectives sur une facture ou un pourcentage de dépassement.

La France ne manque pas de talents ni de volontés pour réinventer la politique. Mais elle les décourage. Elle les entrave. Elle les élimine trop souvent non pas sur le terrain des idées ou des urnes, mais sur celui du formalisme bureaucratique ou des contraintes financières. En prétendant garantir l’égalité entre les candidats par une série de restrictions, elle fabrique une inégalité de fait entre les professionnels de la politique et les autres, entre les tenants du système et ceux qui le contestent.

Il est temps de redonner à la vie démocratique française un espace de respiration et de liberté. Cela ne signifie pas l’anarchie : cela signifie que les règles doivent protéger les libertés, non les entraver.

La démocratie meurt d’asphyxie quand elle devient une affaire d’experts-comptables, de juges et de bureaucrates contrôleurs. Elle vit quand elle permet à chacun de s’exprimer, de convaincre, de proposer, de se lancer. La déréglementation du financement de la vie politique est la condition préalable d’un renouveau démocratique.

Michel Orcel ou l’élégance de ceux qui n’ont pas la carte

0
DR.

L’écrivain et traducteur Michel Orcel publie ses mémoires.


Jean-Pierre Marielle et Jean Rochefort (qui étaient amis dans la vie) s’étaient amusés un jour à classer leurs confrères en deux catégories : les acteurs qui « ont la carte » et ceux qui ne l’ont pas. « Avoir la carte », c’est faire partie de l’establishment, bénéficier tacitement de l’indulgence de la critique et des puissants, en être bien vu et reconnu. Mais qui donc donne « la carte » ? Kafka s’était posé la question et avait tenté d’y répondre : personne en particulier. « On » décide. Un « on » d’autant plus tyrannique qu’il est impersonnel et invisible, intériorisé par chacun de nous et dont les médias dominants ne sont que les relais serviles. Dans le langage courant, le pronom « on » a d’ailleurs peu à peu remplacé le « nous », signe que le sujet contemporain s’efface, se nie et se plie à la volonté du « on ».

Who’s Who de choc

Quelqu’un devrait ainsi un jour écrire le Who’s Who de tous ceux qui n’ont pas la carte. Dans ce savoureux dictionnaire, on trouverait nombre d’hommes et de femmes de grand talent qui, parce qu’ils ont refusé de se soumettre à la loi du marché, vivent pour la plupart très sobrement, à l’écart des bruyantes futilités. Socialement et sur le plan de « la carrière », ce sont presque des ratés : ils ne seront donc jamais invités par Léa Salamé ou Augustin Trapenard. Mais humainement et moralement, ce sont les meilleurs. Né à Marseille en 1952, l’écrivain, traducteur, éditeur et psychanalyste Michel Orcel aurait à coup sûr toute sa place dans ce Who’s Who de choc !

Publiés en juin dernier, ses Mémoires écrits sur l’eau sont un livre qui se déguste à petites gorgées, comme un vin de Toscane bu à l’ombre des citronniers. C’est l’autoportrait d’un être multiple, complexe, à la fois sensible et fulminant, et le tableau balzacien de quarante ans d’histoire intellectuelle française.

Notre société aimant coller des étiquettes sur le front des gens pour leur attribuer une valeur marchande, disons, pour identifier le personnage, que Michel Orcel est d’abord un traducteur de génie – de l’italien vers le français, surtout. Il est à Dante, l’Arioste, le Tasse et Leopardi ce qu’André Markowicz est à Pouchkine, Gogol, Dostoïevski, Tourgueniev et Tchekhov : un passeur capable, après des décennies d’immersion dans la musique de leur langue, de restituer le souffle, la diction, la voix, l’âme et l’univers intérieur de ces grands poètes. Au début des années 1980, Giacomo Leopardi (1798-1837) était encore quasiment inconnu en France, peu et mal traduit, ignoré, incompris, pendant que les éditions Gallimard consacraient des volumes à des écrivains de bien moindre envergure. Orcel fut ainsi le premier à révéler aux lecteurs français le génie de ce poète et penseur, désormais reconnu comme l’égal de Keats et de Hölderlin « pour son amour de la Grèce antique et sa nostalgie d’un monde désormais déserté par les dieux ». Mais Leopardi, nous dit-il, annonce surtout Schopenhauer et le premier Nietzsche (dont il fut un « éducateur ») par son nihilisme absolu, proprement renversant si l’on songe qu’il écrivait en pleine effervescence progressiste. 

A lire aussi: Histoire géo: un cours magistral!

Dans son travail, Michel Orcel s’est toujours identifié à la formule de son maître et ami, le grand écrivain suisse Philippe Jaccottet : « Le traducteur qui, sans faire aucun contresens, tue le chant, est un malfaiteur. Il importe de ne jamais trahir ce qui fait, dans un poème, que les choses tiennent ensemble et deviennent un organisme vivant. » Magnifique !

Sa traduction de La Divine Comédie de Dante — dont le troisième tome, le Paradis, parut en 2021 pour le 700e anniversaire de la mort du poète — fut ainsi saluée par le Corriere della sera comme « la meilleure traduction de la Divina Commedia dont la France dispose aujourd’hui ».

Mais comment un Français de 2025 pourrait-il se délecter de la musique de Dante et ressentir sa beauté, son rythme, la virtuosité de ses tercets aux rimes disposées avec un art tout mathématique ? Le fait est que Michel Orcel est parvenu à créer une langue en français, fluide et inspirée, qui respecte rigoureusement l’endécasyllabe italien. C’est ce que reconnurent, à côté de ses romans et de ses essais, Cioran, André-Pieyre de Mandiargues, Yves Bonnefoy, Jean Starobinski, Marc Fumaroli, Frédéric Vitoux, qui lui témoignèrent par écrit leur admiration et ne lui marchandèrent pas leur amitié.

Soie italienne

Citons Yves Bonnefoyà propos de l’Arioste : « Je vois bien que j’ai entre les mains, grâce à vous, le texte qui me donnera ce que ma science insuffisante n’est pas en mesure de m’offrir, les profondeurs d’une œuvre admirable. Merci pour ce monument de la traduction contemporaine, qui achève de faire de vous le meilleur représentant de l’Italie poétique en France, en français… »

À lire ses Mémoires, écrits dans un style aussi précieux que de la soie italienne, mais d’où émergent ici et là des coups d’épée et des pages hilarantes, dignes de Feydeau, sur les bassesses et les fourberies des grands éditeurs parisiens (voleurs, plagiaires, mauvais payeurs, etc.), on se rend compte qu’un homme aussi peu courtisan que Michel Orcel ne pouvait décidément pas « avoir la carte » ! Voyez plutôt.

Chrétien fervent et monarchiste, malgré ses idées sociales, il s’est mis à dos la gauche. Passionné par la civilisation arabo-musulmane (qu’il a étudiée à la Sorbonne sous la direction du grand savant Roger Arnaldez), il s’est mis à dos une certaine droite.

Dans un cas comme dans l’autre, notre époque se complaît dans la bêtise et l’ignorance.

« Comme Louis Massignon, écrit-il, j’ai été l’hôte de l’Islam, comme lui, c’est en passant par l’Islam que j’ai retrouvé la foi chrétienne. Qu’on s’imagine quelle est ma liberté ! »

Tout en dénonçant furieusement l’islamisation progressive de la France par les frères musulmans (n’oublions pas que les wahhabites avaient déjà tué la civilisation arabo-musulmane, dont le raffinement, la sensualité, l’amour du vin, la science et la tolérance surpassaient alors ceux de l’Occident chrétien), Michel Orcel a toujours défendu la dignité de l’islam en tant que religion abrahamique. Comme Charles de Foucauld, il rappelle que juifs, chrétiens et musulmans sont monothéistes et croient tous au même Dieu, unique incréé, créateur de l’Univers. Si l’islamisme gangrène aujourd’hui notre pays, c’est parce que la France s’est détournée du christianisme et de son histoire nationale. Pour avoir dit ces vérités évidentes, des hommes comme Michel Orcel doivent être mis au cachot.

Succulent carnage

Ses Mémoires écrits sur l’eau captivent aussi le lecteur par leur dimension métaphysique. L’auteur confesse ainsi le sentiment d’être « traversé », comme si une puissance qui le dépasse agissait à la racine de son être, comme si quelque chose de ses lointains ancêtres continuait à vivre en lui d’une façon totalement inimaginable. Un jour, il se rend dans le Piémont et découvre un village. Foudroyé par ce qu’il voit, il éprouve la sensation de connaître parfaitement ce lieu où il n’a pourtant jamais mis les pieds : une mémoire inconsciente se transmettrait-elle en nous, de génération en génération ?

A lire aussi: Claude Simon, l’enfant du désastre

La racine du patronyme Orcel, c’est l’ursus latin. On comprend mieux ainsi pourquoi notre auteur distribue allègrement les coups de griffes à toutes les célébrités qui l’ont offensé ! Succulent carnage. Sa voix chaude et amicale, pourtant, évoque celle du ténor Carlo Bergonzi.

Mélomane dans l’âme, Michel Orcel est du reste l’auteur d’une biographie de référence de Giuseppe Verdi (Verdi La vie et le mélodrame, Grasset, 2000). « Verdi incarne l’archétype du génie populaire italien » (raison pour laquelle les snobs wagnériens, comme Boulez, ont toujours vu de haut ce compositeur qu’ils jugeaient « mal dégrossi » et « insuffisamment formé »), mais « un génie qu’il faut étudier attentivement pour découvrir tout ce qu’il recèle de culture littéraire et musicale ».

Retiré à Nice, où à près de 73 ans, il continue d’écrire, d’éditer et de recevoir des patients, Michel Orcel se rit maintenant de la « société du spectacle » qui l’a écarté.

Son amie Florence Delay, immortelle Jeanne d’Arc de Robert Bresson (elle vient de nous quitter le 1er juillet dernier), lui avait un jour écrit ces mots : « Dès la première phrase, votre livre est époustouflant. Le secret de sa composition (…) réunit l’enfant, l’érudit, le lecteur, l’archéologue, le promeneur, par la grâce toute française du conteur. »

Des mots sensibles qui s’appliquent tout aussi bien à ces Mémoires écrits sur l’eau !

Mémoires écrits sur l’eau. 648 pages. Editions ARCADES AMBO

La Baronne déracinée

0
La romancière française Delphine Bertholon © Philippe Matsas

« Dis-moi que tu m’aimes, papa. Que je te manque. Dis-moi que si je rentre, tu vas réapparaître. Dis-moi que si je reviens, tu vas ressusciter. »

Issues de la page 83, ces quatre phrases résument bien le nœud de l’histoire que nous propose Delphine Bertholon, dans son dernier roman La Baronne perchée.

Le titre serait-il un clin d’œil à l’œuvre d’Italo Calvino et à Côme Laverse du Rondeau ? Cela ne fait aucun doute. D’autant que Billie (référence à Billie Holiday et à sa chanson « Solitude »), personnage principal de l’opus, est toute aussi singulière que le célèbre baron.

Afin d’attirer l’attention de son père indifférent, Léo, qui, rongé par le chagrin provoqué par la mort de son épouse Mathilde (décédée en couche en donnant naissance à la petite), la délaisse, cette jeune rousse de 12 ans décide, un beau jour de vacances, d’aller vivre dans une cabane perchée dans les arbres au sein d’un parc d’accrobranche abandonné, en face de la mer.

Elle empoisonnait sa fille

Une drôle d’idée ! Pas tant que ça. La jeune fille entend ainsi retrouver ses racines. Comprendre. Comprendre les siens. Au fond d’elle-même, inconsciemment, ne se sent-elle pas responsable de la mort de sa mère qui, fragilisée à cause d’une génitrice atteinte du syndrome de Münchhausen, l’empoisonnait à petits feux, à petites doses ? Tout à fait possible. « Léo avait eu beau se taper la tête contre les murs, c’était son corps, c’était son choix. Il n’avait rien pu faire pour la dissuader de poursuivre cette grossesse qui finirait par la tuer, comme les docteurs l’avaient craint. Il avait toujours soupçonné Mathilde de ne pas tenir tant que ça à la vie… Ou bien c’était un truc de mère, le sacrifice, une chose qu’il ne pourrait jamais comprendre. » 

A lire aussi, Thomas Morales: D’un canapé à un fauteuil

Résultat : brisé par la peine, Léo boit ; pourtant il « n’ en avait pas toujours été ainsi. Il n’avait jamais été l’archétype du « père aimant et protecteur », certes, mais les choses s’étaient dégradées. Toutes les choses. La maison, la voiture, leur relation. Il rentrait tard, parlait de moins en moins et buvait plus qu’avant. » Lorsqu’il constate la disparition de sa fille Billie, Léo panique ; il ne sait par quel bout attraper l’événement. Il prend conseil auprès de Nelly, une jeune journaliste qui lui a tapé dans l’œil. Mais ce n’est pas simple. L’histoire se complique encore un peu plus quand apparaît, sous l’arbre de Billie, un vieil homme qui prétend être son grand-père…

Auteur d’une dizaine d’ouvrages, Delphine Bertholon sait, ici, passionner ses lecteurs avec un roman sans prétention littéraire, mais vif, bien construit et parfaitement ancré dans la réalité d’aujourd’hui. Ses personnages « sonnent » vrai ; les dialogues aussi. Les intrigues nous tiennent en haleine. À l’instar de Billie, elle a réussi son coup.

La Baronne perchée, Delphine Bertholon ; Buchet/Chastel ; 238 pages.

La baronne perchée

Price: ---

0 used & new available from

Le baron perché

Price: ---

0 used & new available from

Bien le bonjour du Népal

0
© Aadi Films / ARP Sélection

Le capitaine Pooja Thapa – professionnelle incorruptible, queer replète à cheveux ras et aux traits disgracieux, moulée dans son jeans, affectant cette froideur toute virile justifiant qu’on lui donne du « Sir » selon l’usage local pour s’adresser aux policiers – est envoyé de Katmandou pour, aidée de son adjointe Matama, enquêter sur l’enlèvement crapuleux de deux enfants, dont le fils d’un député qui finance un mouvement insurrectionnel dans cette région peuplée par l’ethnie hindouiste des madhesi, soit 25% de la population de cette enclave entre Chine et Inde qui s’appelle le Népal : une minorité, paraît-il, discriminée culturellement et linguistiquement.

A ne pas manquer, Jean Chauvet: Tant qu’il y aura des films

Un thriller népalais distribué en France, voilà qui n’est pas chose courante. Présenté au Festival de Venise en 2024, Pooja, Sir sort à présent en salles dans une version non censurée, ce qui ne fut pas le cas dans l’espace autochtone. La mise en œuvre de ce long métrage n’a pas été une sinécure s’il faut en croire le cinéaste : un tournage en pleine mousson, ajourné d’abord en raison de la pandémie de Covid, puis à cause d’une maladie dont fut atteinte Asha Magrati, grande figure du théâtre au Népal, ici dans le rôle-titre…

A lire aussi: Amir, victime d’un festival de haine anti-israélienne en Belgique

Sous l’alibi d’une intrigue au suspense un peu poussif, l’arrière-plan sociologique et politique demeure manifestement ce qui importait à Deepak Rauniyar : sur fond de couvre-feu, d’émeutes et de répression par l’impérialisme du Nord, l’argument, pour le spectateur occidental non averti du contexte, gagnerait à se voir assorti d’un mode d’emploi.  C’est toute la limite d’une fiction inféodée à l’intention documentaire. Saluons quand même la prise de risque de cette échappée népalaise dans la fournaise de l’été.

Pooja, Sir Film de Deepak Rauniyar. Népal, couleur, 2024. Durée: 1h49. En salles le 23 juillet.

Le Mur des comptes

0
DR.

Chaque mois, le vice-président de l’Institut des libertés décode l’actualité économique. Et le compte n’y est pas.


Le Mur des comptes devrait toujours débuter par un rappel des chiffres concernant la France. Notre endettement public s’élève désormais à 3 345 milliards d’euros, soit 114 % du PIB. Notre dépense publique, qui représente 57,1 % du PIB, se répartit ainsi : 34 % pour le social, 14,5 % pour les retraites, 12,4 % pour la maladie, 2,3 % pour la famille, 1,8 % pour le chômage et 1,3 % pour la lutte contre l’exclusion. Nos comptes publics accuseront cette année un déficit d’au moins 5,6 % du PIB, avec un paiement des intérêts de la dette qui devrait atteindre 65 milliards. La croissance nominale annuelle de l’économie française plafonne quant à elle à 2,5 %, ce qui est en dessous de nos taux d’intérêt à long terme. La démographie s’effondre. La productivité recule. Tout cela se traduit par un déficit annuel du commerce extérieur de plus de 80 milliards et une position extérieure nette (l’endettement des Français vis-à-vis du reste du monde) de 800 milliards. La situation ressemble bien à celle décrite par Frédéric Bastiat dans son essai Harmonies économiques en 1850: une « grande fiction par laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde ». On attend donc avec impatience la présentation par François Bayrou de son « Plan pluriannuel de redressement des comptes publics ». Quand il est rentré à Matignon, le Premier ministre a indiqué qu’il s’estimait « au pied de l’Himalaya budgétaire ». Pour le moment, il ne semble pas avoir trouvé son piolet.

A lire aussi, Dominique Labarrière: Bayrou en père la rigueur

Le Plan de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) prévoit un investissement public de 300 milliards. Si une partie de cet ambitieux programme est consacrée à la relance du nucléaire, la plus grande proportion est consacrée aux énergies renouvelables. Il s’agit ni plus ni moins d’ici 2030 de multiplier par deux le nombre d’éoliennes terrestres en France, par cinquante celui des éoliennes en mer et par quatre la quantité des panneaux solaires – fabriqués en Chine – installés sur notre territoire. Tout cela coûte très cher au consommateur et au contribuable puisqu’entre 2010 et 2024 le prix de l’électricité a plus que doublé. Heureusement, un moratoire a été adopté sur le développement de nouveaux projets. Les industriels ont tiré la sonnette d’alarme. Mais les politiques sont-ils pour autant vaccinés contre l’écologie punitive ?

MaPrimRénov’ a déjà coûté 2,5 milliards d’euros depuis le début de l’année, et 3,4 milliards en 2024. Ce système de subvention est destiné à améliorer l’isolation des habitations et à aider les propriétaires à installer des chaudières plus écologiques chez eux. Le gouvernement a annoncé qu’il était suspendu à partir du 1er juillet, au motif « d’une surchauffe des services instructeurs et d’un niveau élevé de fraude ». Il faut dire que les acteurs du marché de la rénovation – qui ont multiplié les démarchages téléphoniques répétitifs et surtout très agressifs auprès des particuliers – avaient senti le filon… Tous ces allers-retours représentent un véritable cauchemar pour les entreprises du secteur et pour leurs clients. On avait déjà l’habitude de voir l’État assommer les propriétaires avec la taxe foncière et l’impôt sur la fortune immobilière. Mais la politique écologique d’Emmanuel Macron ajoute un supplice supplémentaire pour des centaines de milliers d’entre eux, qui se retrouvent carrément interdits de louer leurs biens classés G au diagnostic de performance énergétique (DPE). Afin de ne pas être en reste, Anne Hidalgo a maintenu à Paris l’encadrement des loyers. Ce dossier illustre de manière dramatique la façon calamiteuse dont la France est gérée.

L’hécatombe se poursuit en France dans les sociétés de technologie. Dernier exemple en date, la société Carmat, qui développe un cœur artificiel orthotopique, autorégulé et bioprothétique, est au bord de la cessation de paiements. L’État ne semble pas s’activer pour l’aider, alors qu’il est intervenu une fois de plus pour sauver la papeterie Chapelle-Darblay (52 millions à la demande du maire socialiste de Rouen et de la CGT) et la cristallerie d’Arques (en dix ans plus de 250 millions de fonds publics y ont été injectés). En revanche, rien n’a été fait pour maintenir l’activité de la start-up française Visibrain, spécialisée dans les logiciels de surveillance des sujets sensibles sur les réseaux sociaux. Le service d’information du gouvernement aurait pu, par exemple, s’équiper avec ce logiciel. Il a préféré se fournir auprès du canadien Talkwalker, détenu par des fonds américains ! Cela permettra au Pentagone de connaître en temps réel les thèmes qui intéressent nos autorités…

Le vrai coût de l’immigration en France mériterait d’être évalué convenablement, c’est-à-dire en prenant en compte les dépenses liées à l’accueil, l’hébergement, l’accès aux soins, l’éducation, l’aide sociale ainsi que toutes les dépenses liées à la sécurité et à l’intégration. On sait que le budget de l’Aide médicale d’État (AME) devrait atteindre 1,2 milliard en 2025 et on pense que les coûts d’hébergement d’urgence dépasseront le milliard d’euros. Problème, tous ces chiffres ne sont pas consolidés. C’est la raison pour laquelle Éric Ciotti, patron des députés UDR à l’Assemblée, a demandé la création d’une commission d’enquête sur le sujet.

A lire aussi, Didier Desrimais: Mesures budgétaires: Bayrou épargne l’immigration! Pourtant…

L’industrie automobile européenne est morte. Sachant qu’on peut acheter en Suisse un SUV de la marque chinoise BYD pour 20 000 francs alors que la Porsche Macan est vendue autour de 80 000 francs, c’est bientôt la fin. En vingt ans, la production automobile a reculé des deux tiers en France, avec à présent seulement 1,3 million d’unités produites par an et un déficit commercial du secteur s’élevant à 4,8 milliards d’euros, rien qu’au premier trimestre 2025.

La Caisse nationale d’allocations familiales n’a pas pu obtenir la certification de ses états financiers de la part de la Cour des comptes pour l’exercice 2023. La raison : 6,3 milliards de prestations ont été versés « en dehors du cadre réglementaire ». On retrouve parmi les bénéficiaires de ces sommes beaucoup de retraités algériens extrêmement âgés, dont la preuve qu’ils sont toujours en vie n’est pas très documentée.

Le nombre de fonctionnaires ne cesse d’augmenter. Durant le premier quinquennat Macron (2017-2022), il a progressé de 177 000, contre une hausse de 126 000 sous Hollande (2012-2017) et de 35 000 sous Sarkozy (2007-2012).

L’esprit français en dix paradoxes

0
© Hassah Assouline / Causeur

À la recherche de l’esprit français


1/ Vouer une haine farouche à son voisin de palier, mais donner les clés de son pays au premier venu ;

2/ Fantasmer sur la Révolution française tout en préférant les héritiers à ceux dont la réussite par l’effort renvoie à ses échecs ;

3/ Donner des leçons de liberté à la terre entière, mais agoniser chez soi sous la bureaucratie et les injonctions morales du jour ;

4/ Applaudir les « soignants » sur son balcon, plaindre les professeurs devant son poste de télévision et en appeler, la gorge nouée, à la grandeur de l’État. Puis insulter son médecin à cause de l’attente, prendre un avocat pour annuler une sanction scolaire et rêver du SMIC pour le personnel politique ;

5/ Penser que la politique est un métier, mais qu’il faudrait mettre un handicapé à la tête du ministère de l’Autonomie et du Handicap ;

6/ Juger honteux que le reste du monde ne sache pas placer la France sur une carte, mais juger inutile d’enseigner les départements français à ses enfants ;

7/ Citer Chateaubriand dans sa bibliothèque (Mitterrand), poser devant Stendhal et Gide (Macron), mais faire comme s’il n’y avait plus de culture française ;

8/ Faire entrer dans le palmarès de nos personnalités préférées des stars enguenillées sur le sol français, mais en costume-cravate partout ailleurs ;

9/ Être aimable comme une porte de prison et partir en vacances dans des pays où les gens sont tellement plus chaleureux qu’en France ;

10/ Enfin, pérorer sur les saveurs de la Gariguette et acheter tout l’été de la fraise belge.

Tour: enfin une et pas n’importe laquelle!

0
Le Français Valentin Paret Peintre (en bleu) suivi par l'Irlandais Ben Healy (en rose) dans l'étape du Mont-Ventoux, 22 juillet 2025 © Thibault Camus/AP/SIPA

Valentin Paret-Peintre a offert à la France une victoire éclatante au sommet du Mont Ventoux lors de la 16ᵉ étape du Tour, en s’imposant avec sang-froid et panache face aux favoris.


Décoiffant Mont Chauve, peut-on dire ! Il a enfin offert à la France cette victoire d’étape qu’elle n’espérait presque plus. Il lui a fallu attendre la 16ème et l’entame de la 3ème et dernière semaine d’une compétition menée à un train d’enfer depuis son départ de Lille. Pourtant, jusqu’alors, les Tricolores n’avaient pas démérité.

Kevin Vauquelin, coqueluche du public français

Faute d’avoir un postulant à ramener la tunique jaune à Paris, ils collectionnaient les places d’honneur, comme, par exemple, lors de l’étape inaugurale, où ils font 4ème (Anthony Turgis), 6ème (Clément Russo), 7ème (Paul Penhoët), ou encore lors du contre-la-montre de Caen où Bruno Armirail (champion de France de la spécialité) se classe 4ème, et Kevin Vauquelin fait 5ème et s’installe au milieu du Top 10, devenant la coqueluche d’un incroyable public enthousiaste qui l’ovationne le long du parcours. Sans omettre la 3ème place à Carcassonne, au sprint, de Julian Alaphilippe, dans cette 15ème étape qu’il avait cru remporter…   

C’est un jeune Haut-Savoyard, de 24 ans, filiforme (1,76 m pour 52 kg), surnommé « La miette » par le peloton, barbu, au regard ténébreux, bref un physique de Don Quichotte, inconnu du grand public mais apprécié, voire convoité, dans le milieu cycliste pour ses qualités de grimpeur, Valentin Paret-Peintre, qui s’est imposé mardi au sommet du mythique Mont Ventoux.

Dit Mont Chauve à cause du paysage désolé de pierraille qu’il exhibe, il a été onze fois au menu de la Grande boucle depuis 1947, gagné six fois par des Français, dont le dernier en date était Richard Virenque en 2002, à son retour après une saison de suspension pour dopage (affaire Festina). Il a été aussi le 13 juillet 1967 le théâtre du tragique décès du coureur anglais Tom Simpson qui a conduit le cyclisme à engager la lutte contre le dopage. Bourré d’amphétamines et de cognac, sous une canicule d’enfer, il avait soudain décroché du groupe de tête à quelques kms de l’arrivée, zigzagué puis s’était effondré sur le bas-côté pour ne plus se relever…    

Bien que réputé très bordélique dans sa vie quotidienne, Paret-Peintre a mené sa course de main de maître, faisant preuve d’un grand sang-froid, à l’instar d’un as du poker. Cette 16ème étape était convoitée par Pogacar. D’après bien des commentateurs, il l’avait déjà remportée avant même l’avoir disputée. C’était sans compter sur la formation d’une tacite et spontanée union sacrée entre toutes les équipes contre lui. Dès le départ, à l’instigation de l’équipe Wisma-Lease a bike de Vingegaard, ça fusait de tous les côtés.

Pogacar débordé

Au bout d’une heure de course ébouriffante au cours de laquelle plus de 50 km étaient parcourus, l’équipe UAE de Pogacar était débordée. Un groupe d’une trentaine de coureurs se détachait et portait l’avance à plus de six minutes.

Ayant carte blanche depuis l’abandon de son leader Remco Evenepoel alors que ce dernier était encore 3ème au général, dans l’étape de Pau-Luchon Superbagnères, Paret-Peintre s’y glissait. De ce groupe, sous l’impulsion de Julian Alaphilippe, un autre groupe de huit unités s’extirpait et naviguait devant avec 1’30’’ d’avance jusqu’aux premières pentes du Ventoux. Au lieu d’en faire partie, Paret-Peintre a eu l’intelligence de rester au chaud dans le second et de s’épargner.

Après quelques km de montée, quand l’usure commençait à se manifester à l’avant, il a lâché ses watts et, pareil à un oiseau de proie, il a avalé tous ceux qui le précédaient jusqu’à se caler dans la roue du combatif et intrépide Irlandais Ben Healy qui semblait en posture de l’emporter. Un mano à mano très tactique s’engageait entre les deux. Prenant le dernier virage à la corde, Paret-Peintre, dans un rush à y laisser son dernier souffle, lui portait l’estocade…

Une victoire dans le Ventoux, et de cette manière, en dit long sur le potentiel du bonhomme qui dispute sa première grande boucle où il avait été amené par son équipe belge, Soudal-Quick Step, juste pour être le chien de garde en montagne d’Evenepoel, troisième l’an dernier et qui ambitionnait au moins de réitérer.

Derrière Paret-Peintre et Healy, à un peu plus de 40’’, s’est déroulé un second mano à mano, entre Pogacar et Vingegaard qui s’est terminé par un match nul, mais prémonitoire sans doute d’une grande explication dans les deux étapes alpestres de jeudi et vendredi. Finalement, il n’est pas sûr que le Tour se soit terminé à Hautacam. On dit de Vingegaard, qui n’abdique jamais, qu’il est l’homme de la troisième semaine…

Sur la piste du vrai Indiana Jones: Voyage au bout d'un mythe

Price: ---

0 used & new available from

Mesures budgétaires: Bayrou épargne l’immigration! Pourtant…

0
Saint-Denis (93), octobre 2020 Michel © Setboun/SIPA

Peu de temps après la signature par les journalistes de la charte de Marseille, qui encadre de manière plus stricte la façon dont ils sont autorisés à parler d’immigration, le Premier ministre passe sous silence les coûts colossaux liés à la submersion migratoire que connaît actuellement le pays, dans ses propositions d’économies budgétaires. Grande analyse.


En 2018, une conférence intergouvernementale coordonnée par les Nations Unies accouche du Pacte de Marrakech, un « Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières ». Dès l’introduction dudit pacte, il est entendu que la « gouvernance » mondiale est incontournable et que les élites se doivent de consolider l’ingénierie sociale et immigrationniste mise en place depuis des années : « Par le présent Pacte mondial, nous nous engageons collectivement à améliorer la coopération en matière de migration internationale. Les migrations ont toujours fait partie de l’expérience humaine depuis les débuts de l’Histoire (on dirait du Boucheron !), et nous reconnaissons qu’à l’heure de la mondialisation, elles sont facteurs de prospérité, d’innovation et de développement durable, et qu’une meilleure gouvernance peut permettre d’optimiser ces effets positifs. » Depuis 2018, ce sont près de 500 000 immigrés qui entrent chaque année en France. Les problèmes inhérents à cette submersion migratoire sont incontestables et concernent aussi bien l’insécurité culturelle que physique. L’économie, les services et les comptes publics subissent eux aussi les effets d’un trop grand nombre d’immigrés qui ne s’intègrent plus qu’à la marge et profitent d’un système social excessivement généreux.

OID contre Terra Nova : la bataille des chiffres

Dans un entretien donné à Boulevard Voltaire[1], Nicolas Pouvreau-Monti, directeur général de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie (OID), considère que « le faible taux d’emploi des immigrés nous coûte 100 milliards d’euros par an ». Le dernier rapport de l’OID sur l’impact de l’immigration en France rappelle que « les immigrés perçoivent un montant moyen annuel de prestations sociales deux fois supérieur à celui des personnes sans ascendance migratoire (2 380 euros contre 1 200 euros en 2019), voire près de trois fois supérieur pour les immigrés originaires d’Afrique (3 130 euros). » Par ailleurs, « 35 % des immigrés âgés de 18 à 59 ans occupaient un logement social en 2019-2020, contre 11 % sans ascendance migratoire ». Conclusion : « En France, l’immigration dégrade les comptes publics et réduit le pouvoir d’achat des natifs, ces derniers devant être davantage imposés pour compenser ce déficit contributif . » La Fondation Terra Nova et Éric Woerth méprisent ces chiffres – « l’immigration a un coût zéro », affirme ce dernier sans craindre le ridicule. Les Gueux commençant de montrer des gestes d’exaspération, l’oligarchie politico-médiatique ressert son étreinte propagandiste et s’efforce de bâillonner ses contradicteurs. Pour cela, tous les moyens sont bons.

Sous la férule du Syndicat national des journalistes (SNJ), des médias de gauche – Mediapart, L’Humanité, Politis, Reporterre, Rue89, France médias monde (médias publics comprenant RFI, France 24, InfoMigrants), entre autres – ont signé, le 29 avril dernier, une Charte de Marseille qui « souhaite répondre aux défis journalistiques liés aux migrations » et « vise à soutenir les journalistes et les professionnels des médias dans leur souhait de proposer une couverture de qualité, précise, complète et éthique des questions migratoires », apprend-on dans son préambule. En vérité, cette charte est prévue pour que la réalité soit dissimulée et que la submersion migratoire bénéficie d’un traitement de faveur dans les médias. Ainsi, après avoir appelé les professionnels à « s’interroger sur leurs propres perceptions et biais », elle « recommande aux journalistes de ne mentionner l’origine, la religion ou l’ethnie que s’ils estiment que cela est pertinent pour l’information du public ». Chacun aura compris ce que cela veut dire en termes de manipulation de l’information, en particulier quand celle-ci concerne l’insécurité grandissante corrélée à une immigration massive. Afin de se former sur les « migrations », les journalistes devront se pencher sur les « travaux scientifiques les plus récents » – il est à craindre que ce seront plutôt ceux de François Héran et d’Hervé Le Bras que ceux de Michèle Tribalat et de l’OID. Par ailleurs, les rédactions sont invitées à évaluer régulièrement les « pratiques journalistiques en vigueur » et à rectifier « les informations fausses ou erronées sur le sujet des migrations » – par conséquent, un « travail de fact-checking est recommandé » afin « d’exposer les mécanismes de la désinformation et des stéréotypes sur les migrations ». Tous les bonimenteurs médiatiques – les fact-checkers de Libération, du Monde, de l’audiovisuel public et de Conspiracy Watch – se frottent les mains : leur travail propagandiste est plébiscité par les médias progressistes de l’extrême centre, de la gauche et de l’extrême gauche, c’est-à-dire les quatre cinquièmes des médias. Ces recommandations ne sont pas sans rappeler celles du Pacte de Marrakech préconisant que « la question des migrants et des migrations soit abordée de façon plus réaliste, humaine et constructive ». La Charte de Marseille appelle par conséquent à lutter contre « la haine visant les migrants » et à « être vigilant sur les termes employés » – les professionnels des médias devront être attentifs « aux questions des migrations et à la terminologie afférente ». De la même manière qu’elle s’évertue à effacer certains termes – ceux désignant les immigrés « illégaux », « irréguliers », « clandestins » ou « sous OQTF » – la novlangue immigrationniste a imposé l’usage des mots « migrant » et « migration » pour camoufler une réalité conduisant tout bonnement, dans un grand nombre de pays européens, à un remplacement accéléré des populations par une immigration majoritairement extra-européenne.

Une chance pour l’Europe !

Autre pacte, même but : Le Pacte migration et asile échafaudé par Mme von der Leyen est aligné sur l’objectif principal des élites européennes, à savoir favoriser l’immigration en laissant croire qu’elle est maîtrisée et qu’elle est une chance pour l’Europe. L’annonce d’un « renforcement des frontières extérieures de l’UE » a fait amèrement sourire Fabrice Leggeri, ex-directeur de l’agence Frontex (2015-2022) et témoin direct de la complaisance des autorités envers les ONG et associations immigrationnistes. Ce Pacte asile et migration qui prévoit, au lieu de ralentir drastiquement les flux migratoires, de les « réguler » et de les répartir entre les États membres de l’UE selon « leurs besoins », a bien entendu été soutenu par le gouvernement français. Au Parlement européen, Raphaël Glucksmann, promoteur d’une immigration qu’il juge indispensable, n’a pas voté pour la majorité des textes composant ce pacte. Toujours plus loin, toujours plus fort : il aurait souhaité « une solidarité et une politique migratoire commune » encore plus larges, une répartition obligatoire des demandeurs d’asile entre les pays membres de l’UE, l’absence de « filtrage » aux frontières de l’Europe – et ne parlons pas des frontières nationales, une horreur absolue pour cet euro-atlantiste qui dit se sentir plus à l’aise à Berlin ou à New York qu’en Picardie. Raphaël Glucksmann[2], dont le but est de dissoudre la France dans une mosaïque de territoires européens dépendant d’un pouvoir central bruxellois lui-même aux ordres des nouvelles élites de l’empire davosien, diversitaire et immigrationniste, est actuellement chouchouté par les médias, l’audiovisuel public en tête. Normal : l’oligarchie politico-médiatique promeut un projet qui n’a de sens et d’intérêt que pour les anywhere, ces nouvelles élites mondialistes qui méprisent le peuple français, les Gueux de souche, la piétaille enracinée.

Il y a quelques jours, Aurore Bergé a annoncé son intention d’augmenter les subventions de certaines associations afin que celles-ci puissent recruter plus de personnel pour signaler auprès de l’Arcom « les propos haineux » tenus sur les plateformes internet et les réseaux sociaux. La Fédération des centres LGBTI+, Osez le féminisme, le Planning familial et, surtout, SOS Racisme et l’ADDAM (Association de défense contre les discriminations et les actes anti-musulmans), feront partie de ces indicateurs payés par le pouvoir pour traquer le moindre propos qui pourrait déplaire à la nomenklatura woke, progressiste et immigrationniste. En limitant la liberté d’expression grâce à de nébuleuses notions comme « les contenus haineux », l’opportuniste Aurore Bergé applique à la lettre les instructions du DSA, cet organe de surveillance des services numériques en Europe concocté par le fossoyeur d’entreprises françaises, l’ex-mamamouchi de la Commission européenne, le factotum de Mme von der Leyen, j’ai nommé Thierry Breton. La France, au bord de la faillite, est en train de s’effondrer sous le poids d’une immigration qui lui coûte au bas mot cent milliards d’euros par an. Pendant ce temps, Mme Bergé distribue l’argent des contribuables à des associations progressistes et immigrationnistes réunies en coopérative de délateurs. Quant à l’ancien Haut-commissaire au Plan n’ayant jamais su planifier autre chose que sa carrière… 

Des sources d’économies négligées

… 43,8 milliards d’euros. Ce sont les économies que le Premier ministre compte faire faire à l’État français. Pour obtenir ce résultat, aucune mesure annoncée ne concerne l’immigration. En revanche, les retraités les plus « aisés » – ceux qui touchent au-dessus de… 20 000 euros par an ! – vont se faire gruger deux fois : la première avec le gel du montant de leurs pensions, la deuxième avec la suppression de l’abattement fiscal de 10 %. Ouvrons une parenthèse pour signaler les sujets que François Bayrou n’a pas abordés et qui auraient pourtant pu constituer des sources d’économies autrement plus conséquentes que la chasse aux prescriptions d’antibiotiques et la suppression de deux jours fériés. Dans le cadre de la PPE (Programmation Pluriannuelle de l’Énergie), l’État a annoncé des dépenses stratosphériques pour développer les énergies dites renouvelables : plus de trente milliards d’euros par an, pendant dix ans. Pour payer la note, le prix de l’électricité va continuer de grimper et d’étrangler les ménages, les artisans, les entreprises. Ce programme nuisible, imposé par l’UE, ne sert qu’à enrichir, d’une manière ou d’une autre, une petite caste d’activistes écologistes, de technocrates bruxellois et d’entreprises allemandes, danoises, espagnoles et chinoises faisant commerce d’éoliennes ou de panneaux photovoltaïques. Par ailleurs, les administrations publiques (État + collectivités territoriales) versent chaque année 16 milliards d’euros de subventions aux associations, y compris celles qui œuvrent à la destruction de la France par tous les moyens possibles – une bonne partie de ce pactole serait assurément plus utile au bon fonctionnement de nos hôpitaux publics ou de notre parc nucléaire, par exemple. L’audiovisuel public, lui, nous coûte 4 milliards par an au bas mot, Mme Ernotte ayant explosé le budget de la télé publique en 2024. Une partie de cet argent sert à payer grassement la directrice de France TV, certaines vedettes journalistiques et des sociétés privées comme Mediawan, société co-fondée par Xavier Niel et l’actionnaire principal du groupe Le Monde (Le Monde, Le Nouvel Obs, Télérama, etc.), le très bien-pensant Matthieu Pigasse – Mediawan produit entre autres les émissions de propagande “C à vous”, “C dans l’air”, “C ce soir”. D’autre part, aux 25 milliards que la France verse déjà dans les caisses de l’UE chaque année, il était prévu d’ajouter 7 milliards à partir de 2026 – dans sa grande sagesse, en ces temps difficiles, le gouvernement français prévoit de n’en ajouter que… 5,7[3] !. Enfin, et pour revenir à notre sujet initial, les coûts faramineux et les effets destructeurs et bientôt irréversibles de l’immigration ne semblent pas devoir faire bouger d’un iota les autorités. Au contraire : depuis 2017, année de l’élection du plus catastrophique de nos présidents de la République, il n’y a jamais eu autant de délivrances de cartes de séjour et le nombre de demandeurs d’asile a explosé, alimentant de facto l’immigration illégale. Comme si cela ne suffisait pas, la CNDA (Cour nationale du droit d’asile), après avoir jugé en 2024 que toutes les femmes afghanes le désirant pouvaient obtenir le statut de réfugié dans l’Hexagone, vient d’accorder aux Gazaouis le droit de prétendre à ce même statut. “Statut de réfugié” veut dire : obtention sans délai d’une carte de séjour valable 10 ans, inscription directe à la CAF (permettant de toucher le RSA, les allocations familiales, etc.), accès gratuit aux soins via la CMU, gratuité des transports, hébergement social et, bien entendu, rapprochement familial des conjoints et enfants mineurs restés dans le pays d’origine. Tandis que les Français sont appelés à se serrer encore un peu plus la ceinture, les cordons de la bourse publique pour l’immigration n’ont jamais été aussi élastiques. Il devient impossible de chiffrer autrement qu’en dizaines de milliards les dépenses inhérentes à une immigration que personne, au sein des élites, ne souhaite ralentir. La nomination, sur proposition du Premier ministre, de l’archi-immigrationniste Najat Vallaud-Belkacem à la Cour des comptes, confirme deux choses : la première est que les socialistes restent les rois du grenouillage[4] ; la deuxième est que, quoi qu’il arrive lors de prochaines élections présidentielles ou législatives, le système est si bien verrouillé – à l’intérieur par les juridictions et les autorités administratives ou publiques dites indépendantes (Conseil constitutionnel, Conseil d’État, Cour des comptes, Défenseur des droits, Arcom, etc.), à l’extérieur par les instances bruxelloises (CE, CEDH, CJUE, etc.) qui font la loi – qu’il sera extrêmement difficile de réduire efficacement l’immigration et, par conséquent, de remettre à flot les comptes publics. Tout le monde l’a compris. Sauf François Bayrou qui s’étonne que « la France [soit] devenue le pays le plus pessimiste au monde ».


[1] https://www.bvoltaire.fr/le-faible-taux-demploi-des-immigres-nous-coute-100-milliards-deuros-par-an/

[2] Pour plus de renseignements sur ce personnage, je renvoie à mon papier du 4 juin 2024, Qui est réellement Raphaël Glucksmann ? https://www.causeur.fr/qui-est-reellement-raphael-glucksmann-europeennes-rwanda-georgie-ukraine-284016

[3] À ce propos, Ursula von der Leyen vient d’annoncer « le budget de l’UE le plus ambitieux jamais proposé » pour la période 2028-2034 : 2000 millards d’euros ! Le précédent budget,  pour la période 2021-2027, était de 1200 milliards. Le gouvernement allemand juge cette hausse « inacceptable » et a décidé de ne pas soutenir « la taxation supplémentaire des entreprises proposée par la Commission ». Et la France ? Par la voix de Benjamin Haddad, son ministre chargé de l’Europe, la France reprend les propos enthousiastes de Mme von der Leyen et est prête à continuer de saigner ses concitoyens et ses entreprises pour complaire à la techno-structure bruxelloise.   

[4] Sur Cnews et dans Le Figaro, Paul Sugy a décrit avec force détails le « système Moscovici » et ce qu’il appelle la « boîte noire totale », à savoir le monde de la haute fonction publique, surtout en qui concerne « les nominations et donc, derrière, les renvois d’ascenseur et les petits copinages ». https://www.lefigaro.fr/actualite-france/la-cour-des-comptes-cimetiere-des-elephants-socialistes-ou-pierre-moscovici-fait-regner-la-loi-de-la-jungle-20250718

Le bourgeois de la Rue Vavin: carrément méchant, jamais content?

Dans le chic 6e arrondissement, c'est le drame, un sympathique magasin de jouets Oxybul va être remplacé par un supermarché © L. Rabouille

Alors que la polémique concernant l’ouverture prochaine d’une supérette Carrefour City était à peine naissante, nos intrépides reporters ont fait un tour chez les autres commerçants du fameux quartier. Les signataires de la pétition (qu’ils l’aient vraiment signée, comme l’écrit le magazine du Monde, ou finalement pas) militent pour la préservation du caractère historique d’une rue qui est déjà largement amochée et où la plupart des commerces sont des franchises.


C’est un petit écrin parisien, enchâssé entre le jardin du Luxembourg et la silhouette de la tour Montparnasse, à trois coups de pédale en Vélib’ du Panthéon, de l’Institut et d’Assas. Le charme du VIème arrondissement qui n’a pas échappé aux producteurs d’Emily in Paris. Au croisement des rues Bréa et Vavin, une bohème intellectuelle y a fait souche. Le quartier a son histoire : jadis lieu de cabaret, l’arrivée des comédiens, intellectuels ou universitaires l’a fait gagner en valeur et l’a rendu unique : on peut y croiser un maoïste devenu éditeur de poésie voisin d’un journaliste économique, d’un ancien haut fonctionnaire et d’une amicale Charles Péguy.

Rive gauche, à Paris, adieu mon pays…

Ici, l’immobilier frise les 20 000 euros du mètre carré. Les enfants font souvent leur scolarité à Stanislas ou Henri IV. Le charme discret de la bourgeoisie façon Éric Rohmer… qui pourrait être bientôt ternie par le bruit et l’odeur des livreurs à 6h du matin ! Il fallait oser : une supérette Carrefour City, ouverte de 6h à 22h, avec tout ce que cela implique de mendiants et de lycéens dévoreurs de PastaBox, au rez-de-chaussée d’un immeuble signé de l’architecte Henri Sauvage.


Déjà, il y a vingt-cinq ans, Alain Souchon chantait: «Les marchands malappris/Qui ailleurs ont déjà tout pris/Viennent vendre leurs habits en librairie». Aujourd’hui, c’est un magasin de jouets Oxybul qui fait les frais de ce grand remplacement commercial. Un choc, une offense pour le terroir germanopratin ! Assez pour que la bohème chic sorte les fourches et déclenche une micro-insurrection d’élégance. Lancée par Bruno Segré, ex-journaliste économique, une pétition s’opposant à la supérette a fait le tour du quartier. La liste des signataires ? Presque un casting à la Ardisson années 90 : chanteurs anarchistes ou actrices embarqués aux côtés d’académiciens et d’écrivains conservateurs… tous réunis dans une improbable convergence des luttes.

A lire aussi, Didier Desrimais: Pour avoir ton brevet, révise en écoutant France inter!

Dans cet ancien fief janséniste, foyer des frondes parlementaires sous l’Ancien Régime, on se mobilise comme on milite : en chuchotant. Quelques-uns se défendent d’avoir signé toute pétition, à l’image de Pierre Richard, flottant en artiste au-dessus des contingences : « Je ne sais même pas ce que c’est, un Carrefour City ».

Il se dégage/ Des cartons d’emballage

« On a bien abordé le sujet une fois au magasin, oui… » nous confie la commerçante de primeurs, « mais vous aurez du mal à trouver quelqu’un pour en parler ». Dans le VIème, au beau milieu du mois de juillet, à peu près tout le monde est déjà à la Baule ou à Saint-Jean-Cap-Ferrat. Il ne reste que les salariés d’astreinte, ce dimanche, lesquels évidemment, n’habitent pas les lieux. « On en parlait pendant la brocante, certains voulaient afficher la pétition, dans le commerce » nous confie le primeur. « Vous aurez du mal à trouver des gens pour être franchement contre », nous confie un tavernier qui parle « de tabou ». « Ah c’est sûr que c’est sans doute moins charmant d’avoir un Carrefour City qu’un vieux magasin de jouets… » lance débonnaire le client d’un bar.

La démarche des pétitionnaires n’a pas été comprise. On peut même dire que l’effet sur l’opinion a été désastreux. Les chroniqueurs sur LCI et CNews ont épousé la vague populiste et se sont rangés du côté des rieurs qui se moquent de cette révolte en tweed. « Les clodos, c’est universel ! Je ne comprends pas bien l’origine de cette opposition », nous dit cette serveuse d’un lieu culturel à proximité. Elle-même vient du XIXème arrondissement, « haut lieu du crack ». « En même temps, les habitants du VIème sont peut-être simplement attachés à leurs commerces de proximité », nuance son collègue. Des commerces de proximité ? Rue Vavin, il y en a. Un vendeur de mocassins avec une affiche « à céder » sur la devanture, et quelques primeurs donc. Pour le reste, tout est franchisé. Les Franprix, les boulangeries, les glaciers, la lingerie, le très bourgeois magasin de prêt à porter Armor Lux et les aussi peu comestibles qu’esthétiques Subway et O Tacos… et un détail qui dit tout : un coiffeur criard décoré façon Spiderman avec vitrophanie bleu électrique et sièges en skaï ! La défaite de la permanente après la défaite de la pensée…

Plus de touristes ploucs que de membres de l’intelligentsia en ce dimanche…

Difficile de croiser des riverains dans ces rues où déambule surtout le contingent du tourisme international en sac de randonnée urbaine, avec short, débardeur et tatouages. Les ploucs sont partout ! Et les bourges saturent, eux qui voyaient ce quartier comme un refuge bohème associant les vieux propriétaires parisiens aux figures émergentes de la culture et du journalisme. Selon le maire LR Jean-Pierre Lecoq, peu soucieux de son avenir électoral dans le quartier, il est normal que ces privilégiés à qui le personnel fait les courses, goûte à la vraie vie : « Un village d’enfants gâtés qui croient que tout leur appartient (…) une grande partie des pétitionnaires ont bossé ou bossent dans la finance. Ils ont contribué à financiariser l’économie et donc tuer les commerces de proximité les moins rentables1 ». « Il y a également un Carrefour 30 m plus loin, ça n’a pas attiré de voyous ou empêché le quartier de vivre, que je sache » assure un restaurateur. On peut se demander d’ailleurs pourquoi multiplier autant de supérettes dans un si petit périmètre. Pourtant, « c’est de la pure logique économique » nous assure-t-on. Et les riverains pétitionnaires seraient un peu moins nantis que ne le pensent les roturiers que cette révolte bourgeoise indigne. « Ces gens ont moins d’argent qu’on ne le pense. Le prix de l’immobilier s’y négocie à 20 000 € ou 30 000 € le mètre et ces gens qui héritent souvent de biens mobiliers ont certes du bien mais ils ne rivalisent pas avec les fortunes internationales » assure un connaisseur du quartier. « Ils n’ont même pas 30 € à mettre dans un déjeuner » peste la cuisinière. Et si c’était le vrai souci ? ce quartier, gentrifié depuis longtemps par la bourgeoisie française, l’est aujourd’hui par l’aristocratie financière internationale. Ce sont les franchises et les investisseurs internationaux – américains, qataris, ukrainiens – qui rachètent beaucoup de murs et fonds de commerces. Et les propriétaires d’appartements ou de magasins du coin préfèrent leur vendre à eux quand on leur propose les prix les plus attractifs.

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: L’IA, ou la médiocrité généralisée

On fait des gorges chaudes sur ces nantis du VIème adeptes du NIMBY (Not In My BackYard), comme s’il était absolument scandaleux que les riverains s’intéressent à l’évolution de leur quartier. Les médias étaient beaucoup plus indulgents avec les révoltes anti-gentrification à Londres2, hostiles à l’implantation de bars à céréales dans des quartiers jadis populaires. Les pétitionnaires ne sont certes pas les damnés de la terre. Leurs biens valent des millions, quand beaucoup d’entre eux hésiteraient à s’offrir une bouteille de pommard un samedi soir au bistrot du coin… Alors que faire ? Liquider l’appartement pour passer la retraite au vert, et vendre l’âme du quartier ? Beaucoup cèdent à la tentation, forcément. Sans pétition, ni micro, ni assemblée de copropriété, sans aucune conscience patrimoniale, les nouvelles fortunes du monde rachètent mur par mur le quartier… Le quartier a connu ses heures de gloire, mais désormais avec le Qatar, les fonds de pension immobiliers ou les géants de la distribution, le mauvais goût et les touristes en short auront le dernier mot ! Et ceux qui rêvaient encore de vivre aujourd’hui « le monde d’hier » avec un quartier à la Stefan Zweig se réveillent avec Spiderman…


  1. https://www.cnews.fr/videos/france/2025-07-20/cest-un-village-denfants-gates-qui-croient-que-tout-leur-appartient-une ↩︎
  2. https://www.franceinfo.fr/monde/europe/a-londres-un-bar-a-cereales-attaque-par-des-manifestants-anti-gentrication_1102465.html ↩︎

À en perdre la tête

0
© Hannah Assouline / Causeur

À la recherche de l’esprit français


Il a quelque chose de Cyrano. Peut-être l’insolence. Peut-être le panache. Peut-être le courage. Peut-être encore cet esprit français qui répugne à se courber devant une autorité jugée illégitime. Il s’appelle Henri II de Montmorency et a vécu au début du XVIIe siècle. Gouverneur du Languedoc, il fait de Béziers sa « capitale ».

En 1632, il décide de faire tomber Louis XIII, rien que ça. Pour lui, le royaume de France vire à la tyrannie. Avec son âme damnée Richelieu, le roi soumet toutes les provinces rebelles, sans aucune pitié. La Rochelle et ses 23 000 morts affamés s’en souviennent. Qui parle encore du village de Nègrepelisse où Louis XIII fit pendre tous les hommes aux arbres de leurs jardins et violer toutes les femmes par la troupe ? Un Poutine en perruque et chemise de soie.

A lire aussi, Père Jérôme Prigent: Liberté, spiritualité, fraternité

Le jour J, le duc passe le Rubicon et fait arrêter le représentant du roi. Puis déclare le Languedoc indépendant. Pétrifiée, la noblesse locale l’abandonne, tout comme le frère du roi qui complotait avec lui ! Sans troupe ou presque, Montmorency se lance malgré tout dans un combat désespéré face à l’armée royale. Voyant la défaite inéluctable, il cherche la mort en chargeant sabre au clair contre les rangs ennemis. Gravement blessé, il est fait prisonnier, puis décapité. Le roi a fait un exemple en éliminant le représentant d’une des plus vieilles familles de France. Un choc qui glace l’Europe entière.

L’ordre règne. Le Midi est mis au pas. Mais la rébellion du duc coule toujours dans les veines de ces éternels rebelles qui peuplent les rives de la Méditerranée. Nous venons d’installer son buste en plein centre de Béziers. Une nouvelle provocation ? Non, un goût immodéré pour l’esprit frondeur. Pour l’esprit français ?

Pour une libéralisation du financement de la vie politique

0
Jugement de Marine Le Pen et de 26 membres du RN dans l'affaire des assistants d'eurodeputés, Paris, 31 mars 2025 © CYRIL PECQUENARD/SIPA

La démocratie française meurt d’asphyxie, car elle est étouffée par des règles dépassées, étroitement contrôlées par des juges tatillons et les experts-comptables.


La récente inéligibilité prononcée à l’encontre de plusieurs députés, dont Marine Le Pen, pour des manquements d’ordre administratif contestables, jette une lumière crue sur une dérive dangereuse de notre système démocratique. Celle d’une République de la défiance, gouvernée par un pouvoir administratif tatillon qui place la politique sous surveillance étroite, non pas au nom de l’intégrité démocratique, mais au nom d’un formalisme étouffant. Il est temps de sortir la démocratie française de ce corset bureaucratique.

Assistants parlementaires européens : ça se discute

Ces décisions d’inéligibilité ne relèvent ni de la corruption, ni d’un enrichissement personnel, ni même de véritables fraudes. Il s’agit d’erreurs ou d’interprétations discutables sur des comptes de campagne, des délais de remboursement, des factures mal libellées dans un contexte de délais très serrés et de réticence des banques à ouvrir des comptes. Dans une République saine, ce type d’incident se règle par des rappels, des amendes ou des ajustements comptables. Mais en France, cela conduit – sans appel – à la mort politique. La disproportion entre les fautes commises et leurs conséquences est flagrant, au détriment du respect dû au vote des électeurs. Le débat politique vit sous la menace d’une instrumentalisation de la réglementation par un appareil juridico-administratif partisan qui élimine les prétendants qui lui déplaisent (François Fillon, Marine Le Pen).

A lire aussi, Dominique Labarrière: Sophia, Najat, honneur et déshonneur

À ce titre, la comparaison avec la Suisse est éclairante. Ce pays, que personne ne soupçonnera de faiblesse démocratique, n’impose aucune restriction au financement des partis ou des campagnes électorales. Tout y repose sur la transparence, non sur l’interdiction. Chaque citoyen, chaque entreprise peut soutenir un candidat ou une cause, dans le cadre du droit commun. Résultat : une vie démocratique vivante, fluide, où les idées circulent librement et où l’administration n’érige pas la complexité en obstacle à l’engagement politique.

La France, à l’inverse, impose des plafonds de dépenses dérisoires, un contrôle tatillon sur chaque centime dépensé, des interdictions absurdes de publicité dans les médias ou sur internet, et une exigence démesurée de 500 parrainages d’élus pour se présenter à la présidence de la République. Ces contraintes ne protègent pas la démocratie : elles l’étouffent. Elles en font un monopole, financé par l’Etat, pour des rentiers professionnels. Elles favorisent les grands partis installés, disposant d’un appareil capable de décrypter et manipuler ce labyrinthe réglementaire, et découragent les candidats indépendants, les mouvements émergents, les voix nouvelles. Et ce, alors que nous avons besoin de renouveau, de diversité politique et de créativité institutionnelle.

Défiance généralisée

Dans ce domaine, comme dans beaucoup d’autres, il faut en finir avec la logique de la défiance, fondée sur la multiplication des interdits et des règlementations directives et intrusives. Il faut passer à une logique de confiance dans les citoyens et les candidats, où la liberté d’agir est la règle, et la contrainte l’exception. Cela suppose une réforme en profondeur fondée sur quelques principes simples :

La liberté de financement : tout citoyen ou personne morale (association, entreprise, syndicat…) devrait pouvoir soutenir financièrement une campagne, dans un cadre public clair, avec déclaration obligatoire des dons et des dépenses. La publicité, y compris audiovisuelle et surtout numérique, doit être autorisée.

Un plafond de dépenses doublé : les limites actuelles des dépenses de campagne sont trop basses pour permettre une réelle visibilité, notamment pour les personnalités nouvelles ou hors partis. Rehausser les plafonds permettrait de créer une véritable concurrence et un minimum de professionnalisme et de qualité, tout en diminuant les risques de dérapages comme ceux de la campagne 2012 de Nicolas Sarkozy.

A lire aussi, Rodolphe Bosselut: Procès Le Pen en appel av. 2027: «Ce que certains appellent une faveur s’avère être un piège diabolique pour la défense»

La fin du monopole public de financement des partis : le soutien public doit exister, mais ne saurait être exclusif. Il étouffe la concurrence politique et réduit la vie partisane à une gestion comptable d’instances subventionnées dépendantes de l’Etat et de sa technocratie.

Un allègement drastique des conditions de candidature à la présidentielle : l’exigence de 500 parrainages verrouille le système au profit des partis installés et prive les électeurs de nombreux choix légitimes. Elle siphonne une énergie folle qui plombe les candidats alternatifs au détriment du débat démocratique. Elle doit être remplacée par une exigence plus ouverte et représentative (par exemple un seuil de signatures citoyennes ou de catégories d’élus élargies).

Une limitation du pouvoir des autorités administratives indépendantes (CNCCFP, Conseil d’État, Conseil constitutionnel) dans l’interprétation arbitraire des règles. Il faut évidemment permettre l’exercice d’un appel devant la Justice, surtout dans le cas de l’inéligibilité. La démocratie ne doit pas dépendre d’appréciations subjectives sur une facture ou un pourcentage de dépassement.

La France ne manque pas de talents ni de volontés pour réinventer la politique. Mais elle les décourage. Elle les entrave. Elle les élimine trop souvent non pas sur le terrain des idées ou des urnes, mais sur celui du formalisme bureaucratique ou des contraintes financières. En prétendant garantir l’égalité entre les candidats par une série de restrictions, elle fabrique une inégalité de fait entre les professionnels de la politique et les autres, entre les tenants du système et ceux qui le contestent.

Il est temps de redonner à la vie démocratique française un espace de respiration et de liberté. Cela ne signifie pas l’anarchie : cela signifie que les règles doivent protéger les libertés, non les entraver.

La démocratie meurt d’asphyxie quand elle devient une affaire d’experts-comptables, de juges et de bureaucrates contrôleurs. Elle vit quand elle permet à chacun de s’exprimer, de convaincre, de proposer, de se lancer. La déréglementation du financement de la vie politique est la condition préalable d’un renouveau démocratique.