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L’Unef et compagnie, machines à inventer des conneries

Intersectionnel, tu perds ton sang-froid

L’Unef et compagnie, machines à inventer des conneries
©Soleil

Est-il bien raisonnable de laisser un cinéaste déraisonnable commenter chaque mois l’actualité en toute liberté ? Assurément non. Causeur a donc décidé de le faire. 


« En tant que femme transgenre racisée, je suis intersectionnelle. Mais ma racisation fait de moi une personne plus privilégiée qu’une personne afro descendante et c’est à cause du colorisme qui crée un privilège entre les personnes racisées. » Ainsi parlait Zamora-Cruz, Clémence de son prénom, de l’Inter-LGBT au cours de l’atelier de l’UNEF « Le racisme et les autres discriminations, des oppressions qui se cumulent. »

Venus tout droit du Stupidistan, ils sont parmi nous !

Comme elle aime à le faire depuis un certain temps, l’UNEF a foutu une bande d’ethnomasochistes dans une salle pour tenter d’extraire expérimentalement toute la puissance morale, psychique et physique présente afin de générer une sorte de concentré de fragilité et de connerie. Je ne vous ferai pas languir plus longtemps : l’expérience est un succès !

Des choses très intéressantes en sont ressorties.

Les exa.men. (women) ont été démasqués. Ils sont une construction plurisociale oppressive conçue pour reproduire les filtres excluants de notre société.

À l’unanimité de la main levée, une motion a été votée demandant la libération de la parole générant la possibilité pour chacun.e.o.a.i.w de remplir sa feuille comme i.e.a.o.w.le.s. le veulent. Ce qui serait d’autant plus pertinent que toutes les réponses se valant, rien n’est exact, rien n’est faux.

Une autre motion pour que cesse l’oppression raciale systémique que l’on retrouve jusque dans la blancheur du papier utilisé pour les examens.

Pourquoi ne pas prendre du papier racisé ? L’homme blanc de plus de cinquante ans verrait ce que ça fait d’être tenu d’écrire sur une feuille qui ne le représente pas !

Et ne venez pas me dire que le mâle blanc mûr a passé ses examens depuis longtemps. Le mâle blanc est le mal. Quand bien même il ne serait pas arithmétiquement quinquagénaire, il est tout de même un descendant de colons et un abuseur de racisés en devenir.

L’encre noire, allégorie de l’esclavage, reste encore beaucoup trop courante. Raciser le papier la rendrait inopérante.

Une motion est en cours pour choisir la couleur de l’encre à employer sur le papier noir, la blanche étant évidemment exclue.

Moi même, en tant que juifo-descendant de la ligne Balard-Créteil, je suis en permanence en but à cette racisation qui m’a fait prendre conscience de l’importance du carré de l’hypoténussitude, même si, étant donné ma blanchitude, le colorisme m’a épargné ou plutôt m’a donné des privilèges involontaires sur mes amis afro-montants par l’ascenseur vu qu’ils habitent trois étages sous le mien. J’ai trop souvent subi l’oppression de la petite croix laissée dans la marge par le professeur pour signifier que telle ligne de mon dur labeur était lue et approuvée. Au nom de quoi n’aurais-je pas le droit à une étoile de David en lieu et place de cette marque d’impérialisme religieux ?

Vous supposiez le temps où l’on enfermait en toute bonne conscience des humains dans des cases heureusement révolu ?

Erreur ! Quelques nostalgiques du colonialisme envahissent les institutions et veulent cantonner chacun à ce qui est censé le caractériser. Là où je ne distingue que quelqu’un de bien ou un gros con, eux ont la capacité de débiter les gens en tranche par couleur, religion ou préférence sexuelle.

Ces nouveaux colons de la pensée occupent avec succès de nouveaux territoires universitaires, syndicaux, associatifs, politiques ou artistiques. Le planning familial, Act Up, l’UNEF et bien d’autres sont autant de victoires dont stations de métro et avenues prendront peut-être le nom dans un avenir cauchemardesque.

Inculte comme un mâle blanc, j’avoue avoir été obligé de chercher d’où venait l’« intersectionnalité ». C’est un concept universitaire élaboré par la juriste américaine noire Kimberlé Crenshaw il y a trente ans, dans la continuation du « Black Feminism ».

Il consistait à analyser la manière dont être noire et femme entraînait un cumul des discriminations

Pertinent dans le contexte américain de l’époque, il s’est exporté avec le succès que l’on sait, enflant au cours des années de toutes les discriminations imaginables et surtout de celles inimaginables. Il est au passage assez savoureux de voir la gauche la plus radicale importer une problématique raciste et ghettoïsée US en la plaquant sur une culture méditerranéenne qui est au contraire celle du mélange. On attend avec impatience le moment où elle réclamera le MacDo pour tous…

C’est ainsi que de glissements sémantiques en dérapages contrôlés, ces néoracistes en arrivent à organiser des camps décoloniaux réservés aux uns et interdits aux autres, à empêcher une représentation des Suppliantes, d’Eschyle, à la Sorbonne, assimilant les masques sombres portés par les acteurs à la pratique raciste du « Blackface », à demander le retrait d’une fresque qui commémore l’abolition de l’esclavage, exposée à l’Assemblée nationale depuis 28 ans. Les personnages noirs y sont représentés avec de grosses lèvres…

Ils interdisent Finkielkraut de débat à Science-Po au nom d’un groupe autoproclamé « antiraciste intersectionnel », tandis que, dans un tweet, la Ligue de défense noire africaine appelle à rien de moins qu’« éradiquer » les « ethnohiérachistes » ( on ne rit pas), dont Élisabeth Lévy – à qui elle fait un affront sans précédent en la mettant dans le même sac que France Culture –, citée parmi les 15 noms à « éradiquer »

Ces associations devenues gardiennes de l’ordre moral adoptent des conduites fascistes suivant une trajectoire modélisée : embrasement sur les réseaux sociaux, insultes, appels au boycott/annulation/suppression, relais associatifs avec communiqués abscons aux relents inquisitoriaux puis terreur physique « in Real Life ».

Il est clair que tout cela fleure bon son Pol Pot et les camps de rééducation.

Enfin, clair… je veux dire… facile à comprendre. Et quand c’est facile à comprendre, c’est pas spécialement clair. Ça peut très bien être foncé aussi.

Il est donc foncé que ces bienfaiteurs de l’humanité représentent un véritable danger dont il faut se soucier très vite, comme il aurait fallu se soucier plus tôt de la montée de l’islamisme qui, suivant le même schéma, paralysait tout humaniste à géométrie variable soucieux de ne pas stigmatiser.

« Je suis vieux, noir, juif et borgne… alors je pense que si je suis populaire, c’est parce que je chante bien ! » disait Sammy Davis Jr…

Mai 2019 - Causeur #68

Article extrait du Magazine Causeur


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est cinéaste et scénariste. Il a notamment réalisé La journée de la jupe (2009).

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