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Ça manque de meufs

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Qui a dit : « Si ça manque de meufs parmi eux, on voit bien que ça ne manque pas d’intelligence » ?

1 – Monseigneur André Vingt-Trois, Archevêque de Paris, à propos de la volonté de L’Église catholique de réserver l’état sacerdotal aux hommes.

2 – Jean-Marie Bigard dans un de ses sketches.

3 – Virginie Despentes à propos de l’absence de représentantes du sexe féminin dans l’équipe du film Les Misérables venue recevoir son César sur la scène de la salle Pleyel.

 

 

 

Solution

La bonne réponse est la réponse 3. Virginie Despentes, dans Libération, le 1er mars 2020 : Désormais on se lève et on se barre.

Mgr Vingt-Trois avait déclaré le 6 novembre 2008 : « Le tout n’est pas d’avoir une jupe, c’est d’avoir quelque chose dans la tête ».

Jean-Marie Bigard n’aurait jamais osé dire une chose pareille.

Encore un coup des Russes?

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Le journaliste Brice Couturier voit la main de la Russie partout. Notre chroniqueur David Desgouilles appelle l’ardent défenseur d’Emmanuel Macron à garder raison.


Cher Brice Couturier,

Nous nous connaissons peu. La seule fois où j’ai eu l’honneur de vous rencontrer, c’était lors de la première réunion du Comité Orwell, présidé par Natacha Polony. Vous y aviez alors côtoyé le gratin du souverainisme métapolitique français, ce qui, de la part de l’ancien rédacteur en chef du Meilleur des mondes, constituait la marque d’une grande ouverture d’esprit. Des amis communs m’avaient loué votre honnêteté intellectuelle, votre travail sérieux. Enfin, j’avais eu la surprise de découvrir que vous citiez une de mes tribunes dans votre livre Macron, président philosophe, ce qui tendait à indiquer que l’estime pouvait bien être réciproque.

Complot russe

Mais depuis l’été 2018, il faut bien reconnaître que nous nous sommes perdus. Alors que l’affaire Benalla défrayait la chronique, tous ceux qui émettaient quelques critiques sur la gestion présidentielle de cette affaire devenaient, de votre part, des complices d’un complot russe. Tous ceux qui vous faisaient remarquer que cette idée fixe était déraisonnable étaient renvoyés fissa dans le même camp. Quelques mois plus tard, les gilets jaunes eux aussi devenaient les outils de la volonté poutinienne de déstabiliser l’Occident.

Évidemment, ceux qui, comme moi, acceptaient l’invitation de Frédéric Taddéi sur RT France devenaient de facto des agents du FSB au mieux, des collabos au pire. En pleine crise des gilets jaunes, juste après l’intervention présidentielle du 10 décembre, j’y devisais justement avec Christophe Di Pompeo, député LREM du Nord. Ensemble, nous y avions salué la volonté présidentielle de tourner le dos aux sacro-saints 3% de Maastricht. Il y a quelques semaines, je retournais chez Taddéi pour y défendre cette fois le droit à la vie privée de Benjamin Griveaux. Les agents du FSB sont rudement malins, n’est-ce pas ?

À lire aussi: Frédéric Taddéï : « Je me fous d’être payé par Poutine ! »

Poutine entendrait générer la panique dans l’Union européenne

Pour vous, ceux qui critiquaient notre bon président-philosophe, journalistes, hommes politiques ou « polémistes », faisaient le jeu ou le lit de Vladimir Poutine. Il s’agissait en fait de la même méthode employée pour fustiger le Rassemblement national, sauf que le président russe fiche quand même vachement plus la trouille quand il parle que le duo de Montretout. Mais cela tombe bien, Marine Le Pen était évidemment aussi une pro-russe. Comme Mélenchon, comme Dupont-Aignan. Votre hôtesse du Comité Orwell était aussi classée dans cette catégorie. La pauvre a le tort de se prénommer Natacha (elle ne se cache même pas !) et le propriétaire de Marianne est tchèque, c’est quand même évident qu’elle est à la solde de Poutine.

Et puis samedi soir, vous avez triomphalement twitté une dépêche de l’agence Reuters. Le coronavirus, c’était les Russes aussi. Il faut dire que, comme Natacha, il ne se cache pas: dans coronavirus, il y a « russe ». Pourquoi n’y avait-on pas pensé plus tôt ?

La dépêche cite « un document de l’Union européenne », dont on n’a malheureusement pas les détails, et qui prouverait l’implication du gouvernement de Vladimir Poutine « pour générer la panique » en Europe de l’Ouest…

Injonctions contradictoires

Le FSB perd la main. S’il voulait générer la panique dans les rues, c’est un peu raté. Vous-même, Brice Couturier, constatez avec dépit que bien des Gaulois réfractaires ne se plient pas comme il le faudrait au confinement. Vous avez même fustigé, avec raison, une manifestation des gilets jaunes qui n’avaient pas l’air plus paniqués que cela. Vous avez même cité un papier de Jacques Julliard, publié dans Marianne par l’agent Natacha P. Il faut vous reprendre! Personnellement, j’ai davantage l’impression que ce sont plutôt les cercueils de Bergame ou les prises de paroles des soignants de nos hôpitaux surchargés qui commencent à produire des effets d’une crainte – et non d’une panique – bienvenue en la circonstance. Il est bien possible aussi que les injonctions contradictoires adressées aux Français depuis quinze jours puissent aussi provoquer davantage de panique que la moindre fausse nouvelle d’un bot russe.

À lire aussi: Face au COVID-19, Macron promet de ne plus être grippe-sou

Ce n’est quand même pas Poutine qui a conseillé à tout le monde de se rendre au théâtre, avant de fermer les écoles quatre jours plus tard ! Deux jours après, on nous interdisait d’aller dans les bars, puis on nous invitait à aller voter dès le lendemain, avant de nous confiner tout de suite après, en nous expliquant qu’il fallait quand même aller travailler…

Désertons Twitter!

Entendons-nous. Je suis parfaitement conscient que la position d’Emmanuel Macron n’est pas facile et je reconnais bien volontiers qu’il n’est pas évident que d’autres feraient mieux que lui en la circonstance. Mais est-il bien raisonnable, cher Brice Couturier, de céder encore à la facilité de désigner l’ours russe ? N’avons-nous pas d’autres sujets plus urgents à traiter ? N’avons-nous pas une crise sanitaire et bientôt économique et sociale sur les bras ? Que l’Union européenne, qui montre sa totale inutilité quand la situation est grave, n’ait d’autres choses à faire que de pondre des rapports aux conclusions abracadabrantesques, passe encore. Mais vous ?

Aussi, je me permets de vous renvoyer à ma tribune du 16 août dernier dans Le Figaro. Cher Brice Couturier, profitez du confinement : arrêtez de twitter. Ce n’est bon pour personne, ni pour la cohésion de notre pays. Je le sais d’expérience, gazouiller en 280 signes ne donne pas ce qu’il y a de meilleur en nous. Le tweet est au journaliste ce que l’achat compulsif de papier toilette en temps de crise est à l’homme de la rue. Vous valez beaucoup mieux que ça. Si l’envie vous prenait de développer votre pensée dans ces colonnes, je ne doute pas que Causeur l’accueillerait volontiers.

Au plaisir de se revoir dans une réunion, si nous ne restons pas confinés trop longtemps, ou si l’Ours russe ne nous a pas mangés.

Bien cordialement,

Dérapage

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L’homme est un virus pour l’homme

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Épisode 1: Je tranche


Le virus m’a coupé le souffle. C’était quand ? Au mois de décembre, non ? On découvre d’un coup le coronavirus et la ville de Wuhan et déjà je suis assommée de mises en garde en provenance des Etats-Unis. Ce virus, c’est moins que rien. Un truc des Démocrates pour embêter Trump. En peu de temps, c’est repris par des sympathisants ici en France. Frappée par la suffisance de ces douteurs, je décide qu’il faut trancher vite et bien. Oui c’est sérieux. Non, on n’en fait pas trop. Je suivais alors le progrès de l’épidémie à travers mon antenne japonaise, me faisant des soucis pour lui. Nous n’étions qu’à nos débuts ici en France. Je comptais remettre ce papier début mars…
Mais…

Paris, le 10 mars

Oui, c’est terrifiant. Un ennemi caché, masqué, omniprésent, inconnu de nos anticorps, coriace, rapace et sans merci. Que faire pour se protéger de cette bestiole nanoscopique qui ne respecte aucune barrière ? Se laver les mains. Les chiffres montent et on commence à connaître les méthodes du coronavirus qui, laissé en liberté, réduit les poumons en lambeaux. Par rapport à ce monstre aux appétits dévorants, la microparticule polluante serait un adorable animal de compagnie. Mais ce n’est qu’en Chine, poumon de l’économie mondiale, qu’on rajoute des zéros au nombre de morts et de contaminés. 

Ce ne sont que des Chinois, frappés en pleine modernisation. D’un saut d’imaginaire on traverse le marché de bêtes sauvages et arrive à la confirmation d’une transmission humaine. Oui, c’est terrible. Le contact humain, cette chaleur qui éclaire la vie, devient nocif. Et si par malheur la victime est hospitalisée, elle est coupée de tout ce qui ressemble à un être vivant. Les soignants en tenue de protection maximum, les mains gantées, la voix mutée, la tendresse et le dévouement imperceptibles. Tu ne verras plus jamais tes proches, qui ne viendront pas te dire adieu. Tu perdras le souffle et la chair. Tu mourras entouré d’extraterrestres sans lune. 

Avec un mélange de désapprobation et de soulagement, on observait les mesures draconiennes imposées par les autorités chinoises : isolement des patients, des contaminés, des honnêtes citoyens, des villes, d’une province et l’arrêt de toute activité en dehors de la subsistance de base. Nous, on s’isolait de la Chine, c’est normal. 

La métaphore du Diamond Princess

Mais rien n’est étanche. On traquait ci et là de riches touristes chinois qui auraient apporté le virus dans leurs bagages Louis Vuitton, des ouvriers-coolies rentrés de vacances et des passagers de paquebots de croisière, découverts contaminés après coup. Le Diamond Princess, bloqué au large de Yokohama, les passagers confinés dans leurs cabines devenues cellules, commence à produire des chiffres qui montent en spirale. Les voyageurs to nowhere restent figés, ne résistent pas. Les jours passent. Le virus circule librement dans le bateau qui n’a pas le droit de bouger. Les prisonniers sont l’un après l’autre infectés, certains évacués vers des hôpitaux japonais, d’autres maintenus en « quarantaine » sur le navire. Le gouvernement israélien plaide en vain l’autorisation de sauver les siens. Un médecin japonais déjoue la surveillance, monte sur le bateau, fait le tour des installations et sonne l’alarme : c’est un incubateur du virus.

Comment comprendre la paralysie des clients argentés qui se laissent piéger de la sorte ? Ils ont payé pour être pris en main, pris en charge, dorlotés et, en l’occurrence, livrés aux appétits ogresques du coronavirus. Avant la fin du supplice, 617 sont mordus. Mais le virus chinois avait déjà commencé à se promener au Japon et des cas uniques à pointer dans nos beaux pays non-asiatiques. Les touristes sont bloqués, le virus n’a pas besoin de visa. Nous voici devant l’inévitable. Que faire ? Se laver les mains.

Querelle entre les fiers-à-bras et les réalistes

Alors qu’il devient évident que le coronavirus est un problème planétaire, les sceptiques bombent le torse aux cris de pas de panique. Au-dessus de la mêlée, plus calés que les épidémiologistes de réputation internationale, ne souffrant d’aucun symptôme attribuable à ce coronavirus médiocre, ils rigolent à voir les faiblards courir dans tous les sens pour éviter d’être touchés par leur voisin ou par le rhume. Oui, mon frère, ce n’est qu’un petit rhume et si certains en meurent c’est qu’ils étaient déjà vieux et mal portants.  

Leur camarade de lutte contre l’hystérie, c’est la grippe. Ils se promènent avec les chiffres sous le bras, prêts à ridiculiser quiconque prétend que le coronavirus mérite deux lignes dans la presse écrite et une émission de télévision et encore.

C’est une posture valorisante, preuve d’indépendance d’esprit. Sauf qu’ils citent toujours les mêmes arguments. Ras le bol du tapage médiatique. On est en train d’annuler des matchs de foot et de détruire l’économie pour des broutilles. Tout comme les passagers du Diamond Princess mesmérisés par une réalité aussi brutale qu’inattendue, les fiers sceptiques s’arrêtent net dans un petit monde circonscrit par leur peur. D’abord, ça touche très peu de gens. Même en Chine, à l’épicentre, la plupart des porteurs du virus guérissent, le taux de mortalité est négligeable, on nous a déjà fait le cinéma avec le SARS, Zika et d’autres dont on a oublié le nom.   

N’est-ce pas séduisant ? Je ne l’ai pas, tu ne l’as pas, haro sur les paranos. Les spécialistes n’en savent rien, les autorités courent derrière la foule au lieu de m’écouter car je sais tout. Je sais, par exemple, que les chiffres actuels, somme toute modestes par rapport à la population planétaire, sont définitifs. C’est fini… ou quasiment fini. Quelle rigolade ! Pas de panique disent les fiers-à-bras. Ça passera.  Pensez aux morts de la grippe. Pourquoi pas aux accidentés de la route ? 

L’incertitude me gagne

En fait, ces chiffres « modestes » sont le résultat des mesures que les savent-tout méprisent. Selon une étude (que je ne suis pas en mesure de vérifier) en l’absence des mesures, certes inadéquates, prises pendant les deux semaines de confinement sur le Diamond Princess, on aurait eu 2970 au lieu de 617 infectés. Il n’y a que l’Iran pour appliquer la leçon des fiers sceptiques. On y meurt nombreux. 

Peu importe. Les esprits élevés le répètent à l’envie : le coronavirus, ce n’est rien. C’est un rhume. Comment savoir ? On ne parle que du coronavirus du matin au soir, mais ça reste abstrait. Les porteurs sains ne savent même pas qu’ils sont infectés. Les cas graves disparaissent pour resurgir en chiffres. Enfin, ceux qui vont, sauf imprévu, guérir souffrent, parait-il, de la fièvre et d’une toux sèche. 

Toutefois, ils sont un peu comme les passagers du Diamond Princess, figés dans l’incertitude. Moi, par exemple. Depuis trois jours je tousse, une toux sèche qui ne répond à aucun remède de confort, ni sirop ni dragées. La poitrine se tord en spasmes incontrôlables. Ce n’est pas la grippe (survivante de la grippe asiatique de 1957, je ne l’ai plus jamais attrapée). J’ai eu une bronchite il y a 25 ans. Sinon, jamais de toux. Alors ? Si ce n’est pas le coronavirus c’est un concours de circonstances invraisemblable. Je suis bien dans la tranche d’âge des vulnérables, mais j’ai une santé de jeunesse. J’achète un thermomètre, le dernier s’est épuisé à ne rien faire, comme celui d’avant. 37°9 ne me dit rien, je ne sais même pas ce que c’est la fièvre.

Qu’est-ce qui m’arrive ? Je fais mon intéressante ?

Je l’ai ? Moi ? Le coronavirus ?

Il ne faut pas dire n’importe quoi !

Bon…  si je l’ai, je saurai au moins tenir un carnet de bord !

>>> Suite demain… <<<

Le port du masque « à la hongkongaise » comme alternative au confinement


Ce courrier a été adressé par Florence de Changy à Martin Hirsch, le directeur de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris. Alors que le gouvernement nous dit que le port du masque n’est pas utile et que la polémique enfle en France, la journaliste observe les bons résultats obtenus à Hong Kong.


Bonjour Monsieur, 

Je suis journaliste à Hong Kong pour Le Monde, Radio France et RFI. (…) Comme tout le monde, j’observe la gravité de la situation. Or, sur la base de l’expérience hongkongaise, une solution simple pour enrayer l’aggravation de la situation me saute aux yeux. Car prévenir nos proches n’a servi à rien. En dépit de notre expérience à Hong Kong, plusieurs membres de ma famille et des amis proches ont déjà attrapé le Covid-19, à des degrés divers de gravité. D’autres n’y échapperont pas. 

Depuis une semaine, le gouvernement français a assigné à résidence la quasi-totalité de la population pour empêcher les gens de se contaminer les uns les autres, en interdisant même les promenades au grand air et sur les plages. Ces mesures extrêmes « à la chinoise » ne sont pas viables ou soutenables au-delà de quelques jours. D’une part, les Français n’auront pas la docilité et la patience des Chinois face aux consignes gouvernementales. D’autre part, le terrible impact, social et économique, que va avoir ce confinement risque de s’avérer fortement disproportionné aux résultats obtenus sur la maitrise de l’épidémie. 

Par contraste, l’exemple hongkongais a montré que lorsqu’une population dans son entière totalité adopte le port du masque, comme forme de confinement individuel, la propagation du virus peut être quasiment arrêtée. Malgré une densité démographique parmi les plus fortes de la planète (7 millions et demi d’habitants qui cohabitent pour la plupart dans des espaces minuscules avec une très forte proximité dans la vie quotidienne), malgré des échanges intenses de personnes avec la Chine, et malgré la proximité géographique des premiers épicentres (jusqu’à la fermeture des frontières mi février), Hongkong doit déplorer à ce jour quatre morts du Covid-19, oui quatre…

Je suis donc ahurie d’entendre les autorités sanitaires françaises continuer d’affirmer que le masque ne sert à rien ou à presque rien. Cela me semble grave et dangereux alors qu’il faudrait au contraire inciter tous les Français à en porter, pas seulement le corps médical et les forces de l’ordre. 

Car tout le monde s’accorde à dire que le virus se propage essentiellement par les mini-gouttes de salive porteuses du virus que tout un chacun émet, en plus ou moins grande quantité, en toussant et éternuant, mais aussi en parlant, en mangeant etc… Le masque, même de mauvaise qualité, est donc l’écran physique le plus évident qui soit pour faire obstacle à la propagation du virus. Il ne sert pas à se protéger du virus (et c’est vrai qu’il protège assez mal), mais il sert à protéger les autres de soi. Exemple: plusieurs chauffeurs de taxi qui portaient le masque à Hong Kong ont été contaminés car leurs passagers ne le portaient pas. À cet égard, quand un médecin ausculte un patient potentiellement porteur, il serait sans doute plus efficace pour protéger le médecin que ce soit le patient qui porte le masque et non l’inverse…

Il faut donc promouvoir le port du masque comme un acte citoyen d’intérêt collectif.

Dans une épidémie, chacun devrait se considérer comme porteur potentiel, et protéger les autres de soi, pas l’inverse. C’est ce message qu’il me semble important de faire passer.

Dès lors qu’ils ont vu réapparaitre le spectre du Sras de 2003, fin janvier, les Hongkongais ont repris le port du masque comme un seul homme, du jour au lendemain, et en dépit de la grave pénurie qui avait lieu ici aussi. L’attitude des Hongkongais a été d’autant plus admirable qu’elle s’est faite en dépit des consignes gouvernementales lesquelles, comme en France, ne recommandaient le port du masque que pour les malades et les soignants. 

Se laver les mains est l’étape numéro 2 : utile quand le virus est déjà sur les claviers d’ordinateur, les rampes d’escalator, les billets de banque, les pièces, les cartes de crédit, les poignées de porte, les écrans tactiles, les étales de fruits, les caddys de supermarchés… Mais le port du masque réduit considérablement, en amont, la dispersion du virus. Cela parait élémentaire comme raisonnement. 

Alors que l’une de mes sœurs, médecin à Versailles (et mère de 5 enfants) a eu un mal fou à trouver ses 18 masques hebdomadaires (pharmacies en rupture de stocks), la Chine est actuellement en surproduction de masques. Je viens d’interviewer quelqu’un à Hangzhou qui m’a confirmé pouvoir livrer des millions de masques en France en quelques jours. Il est faux de dire qu’il n’y a pas de masques disponibles. Comme vous le savez sans doute, de nombreuses usines chinoises ont transformé leurs chaînes de production pour produire des masques (de différentes qualités, de ceux à usage unique jusqu’aux normes les plus élevées). Mais la France a imposé des restrictions (décret du premier ministre du 13 mars 2020) qui semblent compliquer et ralentir l’importation et la distribution des masques en France. 

Inonder le marché français de masques et en imposer l’utilisation par tous permettrait de lever assez rapidement le confinement. Les masques pourraient être subventionnés ou distribués gratuitement, ce qui couterait beaucoup moins cher à l’économie que les conséquences d’un confinement drastique ‘à la chinoise’. Entre le confinement et le port du masque comme forme de confinement individuel et mobile, les Français ne devraient pas hésiter longtemps. 

Je vous remercie de votre attention en espérant sincèrement que ce rapport d’expérience pourra vous être utile et incitera les autorités françaises à vite évoluer dans leur gestion de cette crise afin de privilégier des solutions humaines et efficaces, à commencer par le port du masque comme mode de confinement mobile et individuel.

Et maintenant, le spectre de l’Italexit

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Partout dans le monde, les chefs de gouvernements rivalisent dans la surenchère, pour préserver les économies nationales. En Allemagne, Angela Merkel se met en quarantaine. Ce sont les banques italiennes qui inquiètent le plus. La péninsule dénombre le plus de victimes du coronavirus au monde.


Depuis que les « élites » ont été saisies par la peur, chaque décision nouvelle des États et des banques centrales vient compliquer l’énoncé du nouveau problème économique et financier issu du coronavirus. Les règles de prudence budgétaire ont volé en éclats au point qu’on assiste à une sorte de surenchère des gouvernements : c’est à qui fera le plus pour soutenir son économie. Le tabou des nationalisations a sauté : les compagnies aériennes, Boeing, Renault sont concernées. Et même les banques détentrices de mauvais prêts !

Sauvez l’euro 2

Mais la dernière intervention massive de la Banque Centrale Européenne, décidée en urgence, sous la forme d’une injection de 750 milliards d’euros en contrepartie d’emprunts publics et privés, semble plus signifiante que toute autre. Christine Lagarde a assorti l’opération d’un commentaire en forme d’aveu, en proclamant qu’elle devait sauver l’euro. Encore ! Voilà en effet de quoi surprendre les bonnes âmes qui pensaient l’euro confirmé une fois pour toutes.

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Dans son principe, la chose est simple. Les écarts entre les « bons » emprunts de l’Allemagne et les « mauvais » emprunts de la Grèce et de l’Italie se sont subitement creusés, laissant craindre une répétition de l’épisode qui a couru entre 2010 et 2012. Et c’est pour cela surtout que la BCE a réalisé une opération sans précédent dans son histoire. Avec un succès relatif, car les taux apparents sur la dette grecque ont été réduits de 6,5% à 2,5% et les taux italiens de 2,5% à 1,5%.

Inquiétude pour les banques italiennes

C’est l’Italie qui est au cœur du problème. La faillite de la Grèce serait infiniment moins dolosive en raison du poids minime de son économie et du fait oublié qu’une grande partie de sa dette publique a été transférée des banques vers les États partenaires de la zone entre 2010 et 2012. Tandis qu’une masse de dettes du Trésor italien demeure détenue par les banques de la péninsule.

Le spectre d’un Italexit de la zone euro, de la part de ce pays signataire du Traité de Rome (!), a donc ressurgi. 

A lire aussi: Kits de dépistage anti-Corona : l’Italie en exporte… aux Etats-Unis

Et d’autant plus que son économie, pourtant riche d’entreprises créatives, s’est crucifiée avec la monnaie unique : son PIB par tête est aujourd’hui égal à celui de 2000 en attendant de comptabiliser les effets de la nouvelle récession. Oui, l’euro pourrait donc bien être en sursis.

« Décolonialisme » : vous l’aimez en littérature, vous l’adorerez en sciences


Depuis cinq ans, des étudiants d’Afrique du Sud tournent en rond, tentant de définir ce que seraient une « algèbre décolonialisée » ou des interactions moléculaires indigènes.


À la base, un constat. Depuis un siècle, le corpus des connaissances est établi par des Blancs, principalement américains, britanniques, allemands, français et suédois. Ils trustent les récompenses, prix Nobel ou médaille Field [tooltips content= »Classement des Nobel fin 2018 : USA, 377 ; Royaume-Uni, 130 ; Allemagne, 108 ; France, 69 ; Suède, 31. Vient ensuite le Japon, avec 27 Nobel, mais c’est un pays qui existe encore moins que la Chine, dans la pensée indigéniste décoloniale. »][1][/tooltips], souvent pour des raisons évidentes. Les investissements en R&D de la France ou de l’Allemagne dépassent très largement ceux de l’Afrique entière, sans même parler des États-Unis. Et n’oublions pas l’écrasante domination des hommes chez les Nobel : 96 % des lauréats. Le débat a pris un tour aigu en Afrique du Sud, ou des activistes ont entrepris de décoloniser les sciences à partir de 2015, sous le mot d’ordre « Rhodes doit tomber » (Rhodes must fall). Allusion à Cecil J. Rhodes, magnat des mines, blanc, qui a donné le terrain où se trouve l’université du Cap.

À lire aussi: Le décolonialisme, mauvaise fée de ce monde

En arts ou en littérature, l’entreprise décoloniale n’est pas immédiatement vouée à l’échec. Il est toujours possible d’inscrire des auteurs africains ou des artistes antillais au programme, quitte à verser un peu dans la discrimination positive au nom de la diversité culturelle. En maths ou en physique, en revanche… « Ce qu’implique la décolonisation des maths n’est pas très clair », écrivait en décembre 2018 le magazine américain Undark, à propos du mouvement sud-africain. « Revoir les programmes pour promouvoir des contributions non occidentales et promouvoir des méthodes pédagogiques nouvelles basées sur les cultures indigènes » seraient des pistes, tout comme « une plus grande ouverture à des idées extérieures au courant académique dominant ». Quelles idées exactement, mystère. « D’autres vont plus loin, poursuit le magazine, remettant en question les fondements des mathématiques eux-mêmes. » Pour les remplacer par quoi, mystère encore plus grand. Des vidéos ahurissantes de jeunes Noirs sud-africains décrétant que la science blanche est à rejeter sont visibles sur YouTube. Ils ont été partiellement entendus. La statue de Cecil J. Rhodes, qui se trouvait à l’entrée du campus du Cap, a été mise à bas en 2015. En mai 2018, le Sunday Times titrait sur « La perte de crédibilité des universités d’Afrique du Sud »…

Genre en sciences, retour de manivelle

Si la thématique de la décolonisation des sciences n’a pas vraiment pris en France, la question du genre de ces mêmes sciences est le thème d’innombrables contributions de philosophes et de sociologues. Le nombre ne doit pas faire illusion : aucun d’entre eux n’a pu définir ce que serait, par exemple, une géométrie « dégenrée ». « Ils militent en fait pour une féminisation des filières scientifiques, ce qui revient à vouloir accélérer un mouvement lent, mais profond, qui se passe assez bien d’eux », analyse un directeur de recherche du CNRS. « En ce qui concerne le genre dans les contenus eux-mêmes, une percée se dessine, mais elle ne fera pas plaisir aux féministes. En biologie et en chimie, elle consiste à mieux prendre en compte le sexe des cellules, qu’elles proviennent d’humains ou d’invertébrés, pour limiter les erreurs d’interprétation [tooltips content= »Voir à ce sujet Cara Tannenbaum et al., « Sex and gender analysis improves science and engineering », in Nature, n° 575, novembre 2019. »][2][/tooltips]. » Ce qui va, horresco referens, dans le sens de la différence biologiquement fondée des sexes.

Un bienheureux sous le soleil de Satan

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Nazarin, un film méconnu de Luis Buñuel


Si les grands chefs-d’œuvres signés par Luis Buñuel dans les années soixante et soixante-dix (Belle de jour, Tristana, Cet Obscur Objet du désir…) lui permettent d’acquérir une reconnaissance internationale, ses films mexicains sont aujourd’hui inconnus du public français qui n’a pas la possibilité de les voir[tooltips content= »Il était prévu que ce film ressorte avant l’épidémie mais rien ne nous empêche de prendre date pour le jour béni où les salles obscures rouvriront NDLR »](1)[/tooltips]. 

Un film mexicain de 1959

Buñuel débute sa carrière avec Le Chien andalou (1929) et L’Age d’or (1930), deux films marqués par l’influence du surréalisme. Après Terre sans pain (1933), interdit par la jeune République espagnole qui n’apprécie pas la transcription au cinéma des mœurs de ses régions les plus déshéritées, il ne tourne plus. De 1934 à 1936, vivant entre Madrid et Paris, il effectue de nombreux métiers, travaillant pour la Paramount puis réalisant pour l’Espagne, des films commerciaux – exigeant que son nom ne figure pas au générique – afin de faire vivre sa famille. Lorsque la guerre civile se déclenche, il se met au service de la République espagnole, effectuant diverses missions… Puis, il part aux États-Unis où il sert la cause républicaine. Il y reste huit ans, trahit par son ami Salvador Dali, qui rejette sur lui l’entière responsabilité des propos marxistes de L’Age d’or. Mis en cause par une campagne de presse et surveillé par la FBI, Luis Buñuel part au Mexique. Entre 1946 et 1965, il y tourne 24 films pour la plupart superbes (Los Olvivados, Suzana la perverse, Les Aventures de Robinson Crusoé, La Vie criminelle d’Archibald de la Cruz, La Mort en ce jardin, Nazarin, La Jeune fille, Viridiana, L’Ange exterminateur…).

A lire aussi: Cinéma: voir « Roma » et mourir

Au Mexique, en 1900, pendant le règne du dictateur Porfirio Diaz, le père Nazario (Nazarin), un prêtre humble et bon, vit et partage la  misère profonde des gens d’un petit village. Une dispute entre prostituées l’amène à héberger et protéger l’une d’entre elles, Andara, soupçonnée du meurtre de sa cousine. Désavoué par l’Église, il doit fuir et mène une vie d’errance et de mendicité. Il rencontre à nouveau sur son chemin Andara et Béatriz qui à la suite d’un miracle – un acte de prière et d’amour – deviennent ses disciples…  Nazarin, interprété par l’excellent Francisco Rabal, prêtre extrêmement pieux, mène une vie austère et se consacre par la charité et la prière au service de ses compatriotes en contradiction avec les principes des institutions religieuses mexicaines. « Vivre de charité n’est pas un précepte assez digne », lui dit un curé. Face à sa hiérarchie, Nazarín, imperturbable, continue de vivre sa foi dans la pauvreté et l’amour de son prochain.  

Une foi à l’épreuve

Avec une mise en scène très dépouillée, des cadres rigoureux et sobres, et la superbe lumière en noir et blanc de son chef-opérateur Gabriel Figueroa[tooltips content= »illustre chef-opérateur de Que Viva Mexico de Serguei Eisentein, de Dieu est mort de John Ford et du grand cinéaste mexicain Emilio Fernandez »](2)[/tooltips], Luis Buñuel peint un portrait cruel et amer de ce bienheureux.

Condamné à errer dans un Mexique ravagé par la pauvreté, la famine, les épidémies et l’injustice, Nazarin se trouve désemparé car sa bonté et sa charité ne semblent pouvoir sauver personne du Mal. Face à la méchanceté et la cruauté des hommes, il ne rencontre que violences, doutes, trahisons, désolations, qui mettent en péril la force de sa foi, sa quête spirituelle, sa volonté d’appliquer le message des Évangiles. Sa vie semble se dérouler sous l’aride soleil de Satan.

Ce film plein d’ironie peut sembler être une charge sévère contre le catholicisme. Mais nous constatons que la foi inébranlable de Nazarin porte en fait le message christique à plusieurs reprises, quand bien même l’ombre du doute et le travail du diable marquent un instant le visage du prêtre avant la fin. Une petite fille est guérie à la suite de sa prière, Andara ne l’abandonnera jamais. Un assassin et pilleur d’églises lui vient en aide, et une vendeuse de fruits lui offre un ananas qu’il accepte in extrémis lors de sa marche vers la prison. Nous suivons le calvaire du bienheureux Nazarin qui rachète malgré-eux les fautes des hommes. Les voies du Seigneur sont impénétrables et font de ce film âpre et ascétique, un chef-d’œuvre lumineux.

Nazarin un film de Luis Buñuel – 1959 – 1h35 

Interprétation: Francisco Rabal (Nazarin), Marga López (Beatriz), Rita Macedo (Andara), Jesús Fernández (Ujo) 

Nazarin

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Et mes libertés c’est du poulet?


L’unanimisme a quelque chose d’effrayant.


L’information continue, a dit le président. C’était classe, ce souci de ne pas suspendre la discussion démocratique. Je n’avais pas compris qu’il s’agissait d’un ordre de réquisition au service de l’effort de guerre. Bref, que l’information, devait, sous l’injonction de civisme, se muer en propagande. L’entretien donné par le président au JDD de ce jour est un modèle du genre

Bien entendu, l’un des rôles des médias est de diffuser abondamment les consignes gouvernementales – lavez-vous les mains et tenez-vous à distance, et je rigole tant que ce n’est pas interdit mais c’est sérieux. À ce sujet, Oliver Véran a déclaré samedi 21 mars que « la désinvolture et la légèreté » n’étaient pas de mise. Pour la désinvolture, d’accord, mais pour la légèreté, il me semble que nous en avons toujours besoin et que s’il m’en reste encore dans six semaines, vous serez bien contents que je vous en donne un peu. 

Si les journaux continuent à paraître et les médias audiovisuels à diffuser, ce n’est pas pour faire la claque du gouvernement

Il est donc légitime que les médias soient le truchement du gouvernement, voire qu’ils fournissent aux citoyens une assistance pratique en élaborant au jour le jour les modalités d’application de mesures générales. Beaucoup s’y emploient excellemment – bien qu’aucun n’ait encore rappelé au bon peuple que le coït était un facteur de propagation. On attend pour cela que le président déclare solennellement à la télévision : « Mes chers compatriotes, plus de sexe ! » Pardon, je blague encore. C’est nerveux. 

La liberté d’expression n’est pas encore abolie

Mais je reviens à mes moutons – médiatiques. Un certain nombre de mes excellents confrères et parfois amis semblent penser que leur rôle se limite à la diffusion de la parole publique et que la critique ou la contestation de celle-ci relève de la haute trahison. Pas de polémiques ! « Être confiné et montrer du doigt les responsables, je trouve cela totalement indécent », affirme Jean-François Kahn dans Le Point. Il ne s’agit pas de dénoncer mais éventuellement de critiquer. Cher Jean-François, ce qui serait encore plus antipatriotique que la polémique serait d’être un peuple de bénis-oui-oui, acceptant et même exigeant les prochains tours de vis sans la moindre délibération démocratique. Quand nos libertés les plus fondamentales sont en jeu, notre devoir est d’exiger une réponse proportionnée. J’accepte de les sacrifier largement, mais pas plus que le strict nécessaire. Enfin, la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 étant toujours en vigueur, la liberté d’expression n’a donc pas été abolie. 

Si les journaux continuent à paraître et les médias audiovisuels à diffuser, ce n’est pas pour faire la claque du gouvernement. Accepter la règle ne signifie pas l’approuver dans ses moindres détails. Ni faire le travail de la police. À titre d’exemple, il faudra qu’on m’explique pourquoi le vélo serait interdit, alors que les Allemands encouragent cette activité bonne pour la tête, bonne pour les poumons et qui place nécessairement le cycliste adulte à plus d’un mètre d’un autre humain. 

Or, nombre de journalistes ne se contentent même pas d’applaudir bruyamment le gouvernement : devenus une avant-garde fanatique, ils le précèdent, l’appellent du matin au soir à ne pas avoir la main qui tremble. Eh bien si, pour suspendre des libertés, on doit avoir la main qui tremble. 

Réprimez ! Aggravez ! Sanctionnez ! Claquemurage général ! Couvre-feu ! Les grenouilles demandent des lois ! Tout le week-end, j’ai entendu des confrères morigéner faussement des ministres ravis : « Qu’attendez-vous pour serrer la vis ? » « C’est ça, confinés ? » : Le Parisien balance en « une » les mauvais citoyens qui ont interprété de façon trop souple la notion de « sortie dérogatoire ». 

une-le-parisien-confinementRentre chez toi ! Le grand argument pour obtenir de nous, non seulement l’obéissance mais l’adhésion absolue, est que c’est la science qui te le dit. Nous savons et vous ne savez pas. Eh bien avec tout le respect que j’ai pour « les soignants » et « sachants », nous ne sommes pas en médecinocratie et leur parole ne saurait être d’Evangile. Du reste, contrairement à ce qu’on nous dit, la science ne parle pas d’une seule voix. L’excellent professeur Salomon n’a pas été élu, ni nommé président par intérim. Gouverner, c’est encore choisir : c’est l’exécutif qui prend les décisions et c’est lui qui en sera comptable devant les Français. 

Un peu de mesure

Certes, si nous ne sortions plus qu’une fois par semaine, le travail des soignants (et des forces de l’ordre) serait grandement facilité. Mais si les exigences de ces professions essentielles doivent être prioritaires, elles ne peuvent pas être exclusives. Elles doivent être conciliées avec les besoins de l’ensemble de la population. La supportabilité des mesures de confinement est une des données de l’équation. On remarquera d’ailleurs que les appels au durcissement viennent plus rarement des cités HLM de banlieue et des micro-studios des métropoles que des vastes appartements bourgeois ou des confortables maisons campagnardes où sont confinés ceux qui sermonnent les Français. Alors, loin de moi l’idée de leur reprocher leurs belles datchas, je suis ravie que leur confinement soit plaisant, mais qu’ils aient un peu de mesure dans leurs leçons de morale. 

Qu’on arrête de nous prendre pour des buses en prétendant cent fois par jour que tout ce que nous n’avons pas est inutile

Il serait, parait-il, vraiment irresponsable voire criminel de critiquer, voire de simplement questionner, la gestion gouvernementale de la crise depuis six semaines: l’ennemi était inconnu, on ne pouvait pas savoir, rappellent quotidiennement des élus et des médecins. Bref, on navigue à vue. On ne reprochera donc pas à Emmanuel Macron d’être allé au théâtre le 6 mars et d’avoir proclamé le 11 mars que nous ne renoncerions à rien et surtout pas à nos terrasses. On ne jettera pas non plus la pierre aux scientifiques qui nous ont dit des semaines durant ce que nous voulions entendre, à savoir que l’épidémie n’était pas plus grave qu’une méchante grippe – certains le disent encore d’ailleurs. On concèdera cependant que le retard à l’allumage de toutes ces éminences, suivi d’un brutal virage sur l’aile, ne les qualifie pas particulièrement pour assener des certitudes aujourd’hui. S’ils se sont trompés en n’en faisant pas assez hier, ils peuvent encore se tromper en décidant demain de réduire encore plus nos libertés. De plus, les mêmes n’ont cessé de nous expliquer qu’on n’arrêterait pas l’épidémie, qu’on ne pourrait que la ralentir. En somme, même des mesures radicales (qui par définition ne peuvent être imposées à 100 % des Français, sinon nous ne mourrons pas du Covid-19 mais de faim) ne produiront que des résultats relatifs. Que des femmes soient battues ou que des gens deviennent dingue à cause du confinement n’aidera pas les soignants. Autrement dit, peut-être faut-il alentir l’épidémie un peu moins vite pour préserver ce qui reste de la vie et de l’économie. En tout cas, il y a encore là des choix qui doivent pouvoir être discutés. 

De plus, la parole publique, qu’elle soit politique ou scientifique, serait plus crédible si on ne nous racontait pas des bobards absurdes, en nous expliquant que la science a toujours raison contre le bon sens. Or, trois exemples démontrent le contraire. 

L’exemple le plus criant de bidonnage éhonté tient aux palinodies sur les masques, qui à en croire Le Monde, font bien marrer les Chinois. Rappelons d’abord que, le 26 février, le professeur Salomon déclarait devant la Commission des affaires sociales du Sénat que la pénurie de masques n’était pas un sujet.   

Il s’est trompé, mais soyons indulgent : ce n’était pas de sa faute. Aujourd’hui, il nous explique, et nous sommes parfaitement capables de l’entendre, que, faute de masques en nombre suffisant, il faut les réserver aux professions prioritaires. Que la France ne parvienne même pas à protéger ses médecins est juste insupportable. Et que l’on rappelle à l’ordre les syndicalistes ou les personnels qui s’en émeuvent l’est tout autant. Apprendra-t-on un jour que c’est le corps médical qui, bien involontairement et au risque de sa propre vie, a été le premier propagateur du virus ? 

Incroyables assertions

En revanche, le défilé d’experts jurant que les masques ne protègent pas le péquin moyen relève juste du foutage de gueule. Si j’ai bien compris, le danger principal vient du fait que nous pouvons être contaminés sans le savoir et croiser des gens contaminés sans le savoir. Si un masque protège un médecin qui croise des gens infectés, pourquoi serait-il inutile pour moi ? Cette aberration logique n’ayant pas tenu très longtemps, Sibeth Ndiaye est montée au front avec cet argument hilarant : on ne sait pas les mettre. Et bien sûr, on est trop cons pour apprendre. Or, voilà qu’en prime, le gel hydro-alcoolique, qu’on nous encourage à utiliser en toutes circonstances, vient lui aussi à manquer cruellement dans les hôpitaux. Une devinette : dans combien de temps nous dira-t-on que le gel ne sert à rien pour les citoyens lambda ? 

Le deuxième cas d’assertions proprement incroyable concerne les tests, eux aussi inutiles à entendre le professeur Salomon : « Nous avons choisi une autre stratégie », a-t-il affirmé samedi. Tu parles Charles ! Un enfant de dix ans peut comprendre que nous n’avons rien choisi du tout, puisque des tests, il n’y en a pas. J’attends toujours le journaliste qui posera cette question simple : pourquoi un double test systématique (à deux ou trois semaines d’intervalle prenant en compte la période d’incubation) de toute la population ne permettrait-il pas d’éviter le confinement des personnes non-infectées ? Et pourquoi, depuis quinze jours, n’avons-nous pas lancé la production ? Il est déjà assez agaçant que la France soit un pays du Tiers-monde sur le plan de l’équipement sanitaire, qu’on arrête de nous prendre pour des buses en prétendant cent fois par jour que tout ce que nous n’avons pas est inutile.

Un mot encore sur la chloroquine du professeur Raoult. Jusqu’à récemment, ce produit était en vente quasi libre, il suffisait de déclarer qu’on partait en Afrique pour obtenir une ordonnance. Depuis le mois de janvier, c’est-à-dire depuis que l’on sait qu’il a peut-être des effets positifs sur les malades du coronavirus, il est passé dans la catégorie de substances dangereuses au motif qu’on n’a pas pu encore faire d’essais sur les effets secondaires. Alors, il y a peut-être un risque d’effets particuliers sur des patients infectés par le Covid-19, mais là encore, plutôt que de faire les gros yeux en engueulant les gens qui cherchent à en acheter, les blouses blanches devraient plutôt nous expliquer pourquoi un médicament si facile d’accès hier est une « substance vénéneuse » aujourd’hui. On est allés à l’école, si ça se trouve, on pigera. 

Ce ne sont pas des vacances

On me dira qu’il y a au moins une chose incontestable. Si les médecins réclament, que les politiques mettent en œuvre et que les journalistes encouragent des restrictions aussi drastiques de nos libertés constitutionnelles, c’est forcément pour notre bien. Sans doute. N’empêche qu’au-delà des dures nécessités imposées par la maladie, on sent flotter dans l’air une libido de contrôle, de flicage et de punition qui s’exprime dans la phrase, devenue un mantra : « Ce ne sont pas des vacances ». Traduction, il faut que vous en baviez. Samedi, un médecin a lâché le morceau sur LCI : « Ce n’est pas seulement pour la contagion, mais pour l’image. Il y a des gens qui souffrent et qui travaillent ». Se porteront-ils mieux si tout le monde souffre autant qu’eux ? La même passion de surveillance et de punition anime les policiers qui engueulent une dame sortie pour acheter du coca (regardez la vidéo, c’est à pleurer. Z’allez pas me dire que c’est indispensable, ma petite dame ! Et vous, vous avez quoi dans votre cabas, du chocolat, mais vous allez rendre ça tout de suite ! Mauvais citoyen !)

Ce dolorisme tatillon et soupçonneux est incompréhensible si on oublie une dimension, qui est celle de la jouissance inconsciente du pouvoir, qu’il s’agisse du policier, du juge, de l’élu ou du commentateur: en l’occurrence, cette jouissance s’harmonise opportunément avec l’intérêt général, mais jusqu’à quand Jusqu’où ? Un peuple claquemuré et effrayé, une assemblée en sommeil, des syndicats absents et des médias le petit doigt sur la couture du pantalon : quel pouvoir ne rêverait d’un tel alignement des planètes ? Quant aux journalistes, ils peuvent s’adonner à l’une de leurs activités favorites : faire la leçon au peuple qui vote mal, pense mal, et maintenant se confine mal. Et montrer qu’eux sont de bons petits soldats.

Alors, certes, puisque nous n’avons ni masques, ni gels, ni tests et que nous avons tardé à prendre conscience de la gravité de la crise, le confinement général est aujourd’hui la seule solution. Donc, nous restons chez nous. Mais ni les cris d’orfraie des éditorialistes, ni les certitudes des experts n’ont réussi à me convaincre qu’il était indispensable de durcir le confinement et de réduire un peu plus nos libertés. On a encore le droit de le dire. Surtout, si toutes ces têtes qui prétendent penser pour nous veulent qu’on les croie, qu’elles se souviennent que nous sommes des adultes et pas des enfants apeurés à qui il suffit de dire cent fois par jour d’aller se laver les mains. 

«Une hécatombe programmée s’annonce à Mayotte»


Département d’outre-mer en plein Océan indien, l’île de Mayotte n’est absolument pas en mesure d’affronter l’épidémie de Covid-19. Avec seize lits de réanimation pour 400 000 habitants, l’Etat qui engage des moyens insuffisants et le risque d’une vague migratoire supplémentaire de Comoriens malades, l’hypothèse d’un effondrement sanitaire grandit de jour en jour. Le député (LR) Mansour Kamardine sonne le tocsin et appelle le gouvernement à agir. Entretien.


Daoud Boughezala. Jusqu’à présent, seuls onze cas de Coronavirus ont été détectés sur les quatre cent mille habitants de l’île de Mayotte. Pourquoi craignez-vous l’effondrement du système de santé local ? (Mise à jour : dimanche 22 mars,  à Mayotte, un médecin de ville ainsi qu’un médecin hospitalier ont été contrôlés positifs au coronavirus)

Mansour Kamardine. La propagation de l’épidémie de coronavirus est plus fulgurante à Mayotte qu’en métropole. En effet, le nombre de cas avérés a été multiplié par onze en exactement une semaine. Or la détection médicale à Mayotte est plus faible que dans n’importe quel autre département français compte tenu d’un nombre de médecins de ville par habitant vingt fois inférieur à la moyenne nationale. L’épidémie progressera sournoisement et sans bruit pour encore quelques jours, puis, soudainement, à très court terme, saturera brutalement les capacités de réanimation du Centre hospitalier de Mayotte qui ne compte que 16 lits de réanimation pour 400 000 habitants. Entre le premier cas détecté le 14 mars et la saturation des capacités hospitalières, il ne se passera qu’environ deux semaines. Alors qu’en métropole on espère encore éviter la saturation des capacités de réanimation plus de deux mois après le premier cas détecté, à Mayotte, les praticiens hospitaliers annoncent déjà une inadéquation extrême entre les capacités de soins et les besoins, une semaine seulement après le premier cas détecté.

Or Mayotte est une île située à plus de 9 000 kilomètres de la métropole dans un environnement régional qui n’a pas les capacités de lui venir en secours, y compris l’île de La Réunion, située à 1 400 kilomètres et qui doit également faire face à l’épidémie.

De plus, le terreau urbain à Mayotte est extrêmement favorable au développement de l’épidémie. En effet, promiscuité et insalubrité caractérisent une partie importante des zones d’habitation. Selon les données de l’Insee, 54% de l’habitat est insalubre. Pire, 29% des habitations n’ont pas l’eau courante. De plus, la concentration humaine, notamment d’enfants et de jeunes gens, dans les cases en tôle des bidonvilles rend quasi impossible l’application des consignes de sécurité sanitaire, notamment la distanciation physique des individus.

Enfin, comme dans de nombreux endroits de France, les masques chirurgicaux, les masques FFP2, les gants blouses lunettes de protection et les produits aseptisant manquent déjà à l’hôpital.

Tout cela, le gouvernement le sait parfaitement. Or il a annoncé qu’il n’y aurait pas de moyens supplémentaires pour les collectivités d’Outremer. C’est donc bien une hécatombe programmée qui s’annonce. Il nous reste exactement une semaine pour l’éviter selon les praticiens de l’hôpital eux-mêmes, ce qui nécessite des décisions immédiates pour avoir le temps d’acheminer des renforts et des moyens supplémentaires à 9 000 kilomètres de Paris.

La fermeture des cafés, restaurants, cinémas, théâtres, universités et musée est-elle appliquée à Mayotte comme en métropole ? Les Mahorais sont-ils également confinés chez eux pour endiguer l’épidémie ?

Après une tergiversation incompréhensible en ce qui concerne la fermeture des écoles, les règles en métropole s’appliquent désormais également à Mayotte. L’île fonctionne donc en mode de service minimum avec ordre de confinement des personnes selon les mêmes règles qu’ailleurs sur le territoire national. La fréquence des barges de transport collectif entre Petite-Terre et Grande-Terre est fortement réduite, tout comme celle des avions de et vers La Réunion et la métropole. Avec un petit décalage au départ, la fermeture des cafés, des restaurants, de l’unique cinéma, de l’université et des quelques rares musées est effective. Les plages et le lagon sont interdits de fréquentation, les cérémonies sont reportées, les lieux de cultes sont fermés notamment les mosquées, les forces de l’ordre interviennent pour faire respecter les règles et commencent à verbaliser les contrevenants.

Néanmoins, la faiblesse des effectifs de police et de gendarmerie fait planer le risque d’un relâchement des pratiques, notamment dans les zones à forte concentration de population, en particulier de la part d’une jeunesse qui doit ressentir péniblement le confinement (55% des habitants a moins de 20 ans). Les risques de débordement sont donc patents. S’ajoutent à cela les 10 000 à 15 000 jeunes livrés à eux-mêmes, souvent sans encadrement familial, vivant dans un habitat précaire et dans l’instabilité sociale. Au-delà des risques sanitaires, nous sommes donc également confrontés à Mayotte à d’importants risques de troubles à l’ordre public. Je crains un véritable effondrement des capacités régaliennes de l’État. C’est pourquoi le renforcement sensible des forces de maintien de l’ordre et la mobilisation coordonnée des forces militaires sont des impératifs urgents.

Quelles mesures l’État a-t-il prises pour combattre le Covid-19 à Mayotte ?

La seule mesure spécifique est une initiative de l’Agence Régionale de Santé qui a installé il y a quelques jours un filtrage des passagers à l’aéroport consistant à prendre la température, à demander aux passagers s’ils souffrent de symptômes du coronavirus et à leur remettre un formulaire d’information. Cette initiative arrive trop tard puisque le virus circule déjà à Mayotte et que les porteurs asymptomatiques sont nombreux.

Le gouvernement n’a donc pris aucune mesure pour protéger Mayotte de l’épidémie, alors qu’il y a moins de deux semaines l’île n’était pas touchée et qu’il était aisé de contrôler l’importation du virus à partir des trois seuls points d’entrée à Mayotte que sont l’aéroport de Pamandzi, le port de passagers de Dzaoudzi et le port de marchandises de Longoni. Avant l’arrivée du coronavirus, j’ai demandé en vain la mise en œuvre de mesures de sécurité sanitaire strictes appliquées aux acteurs locaux des trois zones aéroportuaires et la pratique de tests systématiques pour les arrivants à Mayotte. Je regrette que le gouvernement ne m’ait pas écouté. Je le regrette d’autant que cela signifie qu’il ne tire pas les conséquences de l’échec criant de sa stratégie en métropole, ni même les conséquences de la réussite à maîtriser l’épidémie de certains pays comme la Corée du Sud et le Japon qui ont pourtant étaient touchés par le coronavirus avant la France. Il n’est même pas tenu compte des recommandations de l’OMS !

Globalement, que vous inspire la gestion de la crise au sommet de l’Etat ?

Depuis deux mois, l’exécutif multiplie les injonctions contradictoires. Il est incompréhensible qu’il institue à la fois le confinement d’une partie de la population et pousse en même temps des millions de Français à travailler à l’extérieur, dans des secteurs non essentiels, les exposant de fait à un réel risque de contamination pour eux et pour leurs familles qui sont confinées. Là est le principal vecteur actuel de contamination en métropole. Le gouvernement ne pourra durablement faire porter le chapeau aux personnes confinées qui vont prendre l’air dehors et se dégourdir les jambes pour masquer sa responsabilité dans les contaminations des actifs du secteur privé et de leurs familles. Le double discours doit cesser. L’amateurisme et la légèreté doivent laisser la place à l’action résolue et efficace. L’ensemble des activités non essentielles exigeant de sortir du confinement doivent être stoppées pour briser la dynamique épidémique en métropole et la ralentir outremer.

Je demande en urgence absolue pour Mayotte l’envoi d’équipements de sécurité sanitaire par fret aérien, d’un navire hôpital, d’un stock de chloroquine et d’azithromycine, de tests rapides portables de détection en nombre, d’un bâtiment de souveraineté de la Marine Nationale et de plusieurs centaines de personnels des forces de l’ordre.

Au-delà du seul cas de Mayotte, le gouvernement engage-t-il suffisamment de moyens contre la progression du Covid-19 dans les autres Dom-Tom ?

Non. Le gouvernement semble avoir décidé de sacrifier les ultramarins. En effet, il refuse de renforcer les moyens des collectivités d’Outremer alors qu’elles sont déjà les moins bien dotées de la République, faisant le pari que la saturation des capacités médicales outremer n’arrivera qu’après la décrue des besoins de mobilisation en métropole. Or il est établi que les capacités hospitalières outremer seront saturées dans plusieurs territoires avant même que le pic de l’épidémie soit atteint en métropole. C’est le cas à Mayotte où l’épidémie aura débuté sept semaines après son début en métropole, mais qui subira une paralysie de son système de santé alors que des lits de réanimation seront encore disponibles en métropole. Gouverner c’est prévoir. En la matière, avec deux mois de recul, le gouvernement n’a pas su gouverner. Face à l’agitation médiatique de la crise en métropole, il n’est pas acceptable que les territoires les plus fragiles de la République soient sacrifiés dans le huis-clos et le silence par des gouvernants qui connaissent la situation. Je refuse que le gouvernement abandonne les 400 000 habitants de Mayotte au même sort que celui qui a été réservé aux pensionnaires de l’EHPAD de Thise dans le Doubs et dont même la mémoire a été effacée pour amenuir les glaçantes statistiques des victimes du coronavirus. Errare humanum est, sed perseverare diabolicum.

L’immigration clandestine en provenance des Comores voisines se poursuit-elle malgré les progrès du Corona ?

Malheureusement, des kwassas chargés de clandestins continuent d’arriver à Mayotte en provenance de l’Union des Comores. Ils ne sont plus interpellés depuis que le centre de rétention administrative a été fermé et que les expulsions ont été stoppées. Les autorités comoriennes ont saisi le premier cas déclaré de contamination à Mayotte pour décider, de nouveau, de bloquer la réadmission de leurs ressortissants. De plus, l’épidémie débute parallèlement aux Comores voisines, ce qui risque d’entraîner une très importante vague migratoire vers Mayotte. Là encore, le gouvernement le sait mais n’en tire pas les conséquences en matière de renforcement de la marine nationale, ni de renforcement des effectifs de police aux frontières, ni en termes de création de structures d’accueil et de confinement à terre. Cette inertie coupable risque d’entraîner d’inévitables tensions communautaires, les Mahorais qui sont déjà minoritaires chez eux n’en pouvant plus.

Mayotte est assise sur un volcan et a vécu un tremblement de terre de magnitude 5.3 samedi. Les esprits sont inquiets car Mayotte tremble d’être entraînée dans la spirale diabolique de trois crises s’alimentant dangereusement les unes avec les unes. L’effondrement des capacités hospitalières risque d’entraîner un effondrement général de l’État à Mayotte favorisant une vague migratoire qui attisera le risque d’embrasement communautaire généralisé. Une tragédie humaine est devant nous. Il reste quelques jours au gouvernement pour l’éviter.

Basile, vous êtes juif?


Ah quel moi, mes amis ! Pas une minute à moi… J’ai relu Les Misérables à vélo et enquêté sur les Oscars 2020, tout en devenant juif ashkénaze. À 4,2 %, mais quand même !


TOY STORY 4, OU LA COLÈRE DE L’HOMME BLANC

dimanche 9 février

Samedi 25 janvier, dans l’émission culte « Saturday Night Live » (NBC), l’humoriste maison Melissa Villasenor plaisante sur les Oscars à venir. Son sketch, parlé et chanté sur l’air du temps, est lourd d’un message. À l’en croire, la quasi-totalité des films nommés pour l’Oscar aurait en fait un seul vrai sujet : « La colère de l’homme blanc » (« white male rage »).

À l’appui de cette thèse, foin d’arguments ! Melissa fait dans la méthode Coué, ici repeinte aux couleurs du comique de répétition. Sur un air de samba, elle nous livre donc trois couplets satiriques, d’autant plus redondants que le refrain lui-même en est triplé :

Sur Joker, de Todd Philips : « […] Ce dont le film parle vraiment / C’est la colère de l’homme blanc / La colère de l’homme blanc / La colère de l’homme blanc ! »

Sur The Irishman, de Scorsese : « Ça dure trois heures / Ils sont vieux et ils sont jeunes / C’est la colère de l’homme blanc… » (ter)

Et comme les meilleures blagues ont une fin, le dernier couplet englobe tout le reste de la sélection ou presque (le dernier Tarantino, 1917, Jojo Rabbit et même Toy Story 4) dans la même accusation : white male rage partout !

Amusant de voir cette dinde gigoter, toute fière, sur son pont aux ânes féministo-diversitaire. Dans le genre comique, ça m’a rappelé Charline Vanhoenacker. Certes, chaque strophe de la chansonnière engagée est ponctuée de rires d’approbation, mais vous me direz, avec la technique, de nos jours…

Quoi qu’il en soit, quinze jours plus tard, Melissa a l’air con. L’Oscar du Meilleur Film (même pas « étranger ») est attribué à Parasite, un excellent film sud-coréen garanti 100 % sans mâle blanc.

N’empêche ! Tout ça m’a donné envie de voir Toy Story 4.

 

LES MISÉRABLES FONT DU VÉLO

vendredi 14 février

Ce n’est pas le tout d’élever des enfants ; encore faut-il éviter qu’ils vous dépassent au point de vous regarder de haut.

Ces derniers temps, Bastien puis sa cadette Constance se sont mis à causer littérature – entre autres – avec moi, quitte à me demander au passage un avis ou une précision sur telle œuvre qu’ils étudiaient. Parmi celles-ci, le plus gros morceau reste bien sûr Les Misérables (le livre de Hugo, pas le film de M. Ly). Quinze cents pages dans « La Pléiade », sans compter les trois cents de « Notes et variantes », heureusement facultatives à ce stade.

Tout avait commencé en douceur à l’approche de leurs bacs de français respectifs. J’arrivais encore à gérer, et je n’étais pas peu fier de ces enfants du siècle dont l’appétence pour les lettres avait survécu aux smartphones et traversé la Toile. Songer qu’il y a des parents qui, pour garder le contact, doivent se taper Fortnite Battle Royale III, Red Dead Redemption II et Booba Ier

Quant à moi, là où j’ai vraiment senti le vent du boulet, c’est lorsque ma progéniture a abordé la prépa littéraire. Face à des questions de plus en plus pointues, dans les brumes de mes souvenirs d’objecteur scolaire, impossible de lutter !

Si encore ça s’était passé au téléphone, peut-être aurais-je pu, au fil de la conversation, me bricoler discrètement une antisèche internet – en gagnant du temps à coup de généralités sur la nécessaire « recontextualisation » de la question et autres balançoires.

Là, face à face, pas d’échappatoire possible ! Il m’a donc fallu, en diverses circonstances, avouer à ma progéniture mon ignorance, recouverte du manteau de Noë de l’oubli – non sans minorer au passage l’importance de l’affaire pour la compréhension de l’œuvre.

N’empêche ! Pour maintenir le dialogue, une remise à niveau s’imposait, et d’abord concernant le pavé hugolien. Mais que faire ? Un peu tard pour me replonger dans cet océan où je m’étais déjà noyé, moi qui lis moins vite que les autres n’écrivent. Et beaucoup trop tard pour les « versions abrégées » à l’usage des enfants, les miens n’en étant plus.

Enfin, Audible vint ! Grâce à ce catalogue de livres-podcasts, découvert à point nommé, j’ai pu finalement « relire » en temps utile Les Miz’. Soixante heures d’écoute quand même ! Mais l’affaire a été bouclée en trois semaines, entre le vélo et la marche quotidiens, les repas solitaires et même les ablutions – suivant en cela le conseil de l’excellent Cami, auteur entre autres chefs-d’œuvre d’un Pour lire sous la douche qui fait encore autorité.

Désormais ils peuvent y aller avec leurs questions-pièges, les Bastien et autres Constance… Je suis incollable sur Petit Gervais, le père Mabeuf et même Tholomyès ! Espérons seulement qu’ils ne se lancent pas maintenant dans La Recherche…

 

BASILE, VOUS ÊTES JUIF ?

samedi 22 février

Pour la Saint-Basile, je me suis offert mon test ADN. Un coton-tige à l’intérieur de chaque joue, et hop ! Un mois plus tard, les résultats tombaient. Me voilà donc à 60 % « européen du nord et de l’ouest », sans surprise, mais aussi un tiers ibère, et même juif ashkénaze à 4,2 % ! Aussitôt j’ai fait part de la nouvelle à mes « amis » Facebook, et leurs commentaires reflètent l’enrichissante diversité de mes relations :

« Welcome bro, Mazel Tov and see you for Pourim ! » m’accueille Marc Cohen.

« Ce n’est pas possible ! Il faut réclamer une contre-expertise », proteste Hubert Mensch, ex-animateur de Nazisme & Dialogue au sein de Jalons.

Les autres, que je ne connais pas en vrai (IRL pour « in real life », en geek moderne) partent un peu dans tous les sens :

« T’inquiète pas, c’est du bon cholestérol ! » me rassure l’un ; « Ne vous plaignez pas, vous auriez pu avoir 1 % de sépharade » galèje un autre. On n’échappe même pas, hélas, aux plus douteux clichés : « C’est le moment de demander un prêt bancaire ! »

Que de tels propos puissent être tenus sur mon mur FB, croyez bien que j’en suis le premier gêné ! D’autant que je m’interrogeais justement : à présent qu’on est cousins, ne serait-ce pas le moment de demander à la reine Élisabeth une augmentation, ne serait-ce que de 4,2 % ?

 

FIVE EASY PIECES

Dans les pastiches de Proust, il y a autant de Proust que de pastiche.

89 % des Français pensent que les autres ont tort (sondage OnionWay).

Qu’est-ce que tu ferais, si t’étais toi ?

Ce soir, régime dissocié : Cristal Roederer et chasselas de Moissac.

Assez parlé de moi ! Dites-moi plutôt ce que vous en pensez…

Ça manque de meufs

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45e cérémonie des César © PIERRE VILLARD/SIPA Numéro de reportage: 00947509_000050

Qui a dit : « Si ça manque de meufs parmi eux, on voit bien que ça ne manque pas d’intelligence » ?

1 – Monseigneur André Vingt-Trois, Archevêque de Paris, à propos de la volonté de L’Église catholique de réserver l’état sacerdotal aux hommes.

2 – Jean-Marie Bigard dans un de ses sketches.

3 – Virginie Despentes à propos de l’absence de représentantes du sexe féminin dans l’équipe du film Les Misérables venue recevoir son César sur la scène de la salle Pleyel.

 

 

 

Solution

La bonne réponse est la réponse 3. Virginie Despentes, dans Libération, le 1er mars 2020 : Désormais on se lève et on se barre.

Mgr Vingt-Trois avait déclaré le 6 novembre 2008 : « Le tout n’est pas d’avoir une jupe, c’est d’avoir quelque chose dans la tête ».

Jean-Marie Bigard n’aurait jamais osé dire une chose pareille.

Encore un coup des Russes?

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Brice Couturier © Hannah Assouline

Le journaliste Brice Couturier voit la main de la Russie partout. Notre chroniqueur David Desgouilles appelle l’ardent défenseur d’Emmanuel Macron à garder raison.


Cher Brice Couturier,

Nous nous connaissons peu. La seule fois où j’ai eu l’honneur de vous rencontrer, c’était lors de la première réunion du Comité Orwell, présidé par Natacha Polony. Vous y aviez alors côtoyé le gratin du souverainisme métapolitique français, ce qui, de la part de l’ancien rédacteur en chef du Meilleur des mondes, constituait la marque d’une grande ouverture d’esprit. Des amis communs m’avaient loué votre honnêteté intellectuelle, votre travail sérieux. Enfin, j’avais eu la surprise de découvrir que vous citiez une de mes tribunes dans votre livre Macron, président philosophe, ce qui tendait à indiquer que l’estime pouvait bien être réciproque.

Complot russe

Mais depuis l’été 2018, il faut bien reconnaître que nous nous sommes perdus. Alors que l’affaire Benalla défrayait la chronique, tous ceux qui émettaient quelques critiques sur la gestion présidentielle de cette affaire devenaient, de votre part, des complices d’un complot russe. Tous ceux qui vous faisaient remarquer que cette idée fixe était déraisonnable étaient renvoyés fissa dans le même camp. Quelques mois plus tard, les gilets jaunes eux aussi devenaient les outils de la volonté poutinienne de déstabiliser l’Occident.

Évidemment, ceux qui, comme moi, acceptaient l’invitation de Frédéric Taddéi sur RT France devenaient de facto des agents du FSB au mieux, des collabos au pire. En pleine crise des gilets jaunes, juste après l’intervention présidentielle du 10 décembre, j’y devisais justement avec Christophe Di Pompeo, député LREM du Nord. Ensemble, nous y avions salué la volonté présidentielle de tourner le dos aux sacro-saints 3% de Maastricht. Il y a quelques semaines, je retournais chez Taddéi pour y défendre cette fois le droit à la vie privée de Benjamin Griveaux. Les agents du FSB sont rudement malins, n’est-ce pas ?

À lire aussi: Frédéric Taddéï : « Je me fous d’être payé par Poutine ! »

Poutine entendrait générer la panique dans l’Union européenne

Pour vous, ceux qui critiquaient notre bon président-philosophe, journalistes, hommes politiques ou « polémistes », faisaient le jeu ou le lit de Vladimir Poutine. Il s’agissait en fait de la même méthode employée pour fustiger le Rassemblement national, sauf que le président russe fiche quand même vachement plus la trouille quand il parle que le duo de Montretout. Mais cela tombe bien, Marine Le Pen était évidemment aussi une pro-russe. Comme Mélenchon, comme Dupont-Aignan. Votre hôtesse du Comité Orwell était aussi classée dans cette catégorie. La pauvre a le tort de se prénommer Natacha (elle ne se cache même pas !) et le propriétaire de Marianne est tchèque, c’est quand même évident qu’elle est à la solde de Poutine.

Et puis samedi soir, vous avez triomphalement twitté une dépêche de l’agence Reuters. Le coronavirus, c’était les Russes aussi. Il faut dire que, comme Natacha, il ne se cache pas: dans coronavirus, il y a « russe ». Pourquoi n’y avait-on pas pensé plus tôt ?

La dépêche cite « un document de l’Union européenne », dont on n’a malheureusement pas les détails, et qui prouverait l’implication du gouvernement de Vladimir Poutine « pour générer la panique » en Europe de l’Ouest…

Injonctions contradictoires

Le FSB perd la main. S’il voulait générer la panique dans les rues, c’est un peu raté. Vous-même, Brice Couturier, constatez avec dépit que bien des Gaulois réfractaires ne se plient pas comme il le faudrait au confinement. Vous avez même fustigé, avec raison, une manifestation des gilets jaunes qui n’avaient pas l’air plus paniqués que cela. Vous avez même cité un papier de Jacques Julliard, publié dans Marianne par l’agent Natacha P. Il faut vous reprendre! Personnellement, j’ai davantage l’impression que ce sont plutôt les cercueils de Bergame ou les prises de paroles des soignants de nos hôpitaux surchargés qui commencent à produire des effets d’une crainte – et non d’une panique – bienvenue en la circonstance. Il est bien possible aussi que les injonctions contradictoires adressées aux Français depuis quinze jours puissent aussi provoquer davantage de panique que la moindre fausse nouvelle d’un bot russe.

À lire aussi: Face au COVID-19, Macron promet de ne plus être grippe-sou

Ce n’est quand même pas Poutine qui a conseillé à tout le monde de se rendre au théâtre, avant de fermer les écoles quatre jours plus tard ! Deux jours après, on nous interdisait d’aller dans les bars, puis on nous invitait à aller voter dès le lendemain, avant de nous confiner tout de suite après, en nous expliquant qu’il fallait quand même aller travailler…

Désertons Twitter!

Entendons-nous. Je suis parfaitement conscient que la position d’Emmanuel Macron n’est pas facile et je reconnais bien volontiers qu’il n’est pas évident que d’autres feraient mieux que lui en la circonstance. Mais est-il bien raisonnable, cher Brice Couturier, de céder encore à la facilité de désigner l’ours russe ? N’avons-nous pas d’autres sujets plus urgents à traiter ? N’avons-nous pas une crise sanitaire et bientôt économique et sociale sur les bras ? Que l’Union européenne, qui montre sa totale inutilité quand la situation est grave, n’ait d’autres choses à faire que de pondre des rapports aux conclusions abracadabrantesques, passe encore. Mais vous ?

Aussi, je me permets de vous renvoyer à ma tribune du 16 août dernier dans Le Figaro. Cher Brice Couturier, profitez du confinement : arrêtez de twitter. Ce n’est bon pour personne, ni pour la cohésion de notre pays. Je le sais d’expérience, gazouiller en 280 signes ne donne pas ce qu’il y a de meilleur en nous. Le tweet est au journaliste ce que l’achat compulsif de papier toilette en temps de crise est à l’homme de la rue. Vous valez beaucoup mieux que ça. Si l’envie vous prenait de développer votre pensée dans ces colonnes, je ne doute pas que Causeur l’accueillerait volontiers.

Au plaisir de se revoir dans une réunion, si nous ne restons pas confinés trop longtemps, ou si l’Ours russe ne nous a pas mangés.

Bien cordialement,

Dérapage

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L’homme est un virus pour l’homme

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Vue aérienne du Diamond Princess dans le port de Yokohama, le 21 février 2020 © Masahiro Sugimoto/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22430703_000036

Épisode 1: Je tranche


Le virus m’a coupé le souffle. C’était quand ? Au mois de décembre, non ? On découvre d’un coup le coronavirus et la ville de Wuhan et déjà je suis assommée de mises en garde en provenance des Etats-Unis. Ce virus, c’est moins que rien. Un truc des Démocrates pour embêter Trump. En peu de temps, c’est repris par des sympathisants ici en France. Frappée par la suffisance de ces douteurs, je décide qu’il faut trancher vite et bien. Oui c’est sérieux. Non, on n’en fait pas trop. Je suivais alors le progrès de l’épidémie à travers mon antenne japonaise, me faisant des soucis pour lui. Nous n’étions qu’à nos débuts ici en France. Je comptais remettre ce papier début mars…
Mais…

Paris, le 10 mars

Oui, c’est terrifiant. Un ennemi caché, masqué, omniprésent, inconnu de nos anticorps, coriace, rapace et sans merci. Que faire pour se protéger de cette bestiole nanoscopique qui ne respecte aucune barrière ? Se laver les mains. Les chiffres montent et on commence à connaître les méthodes du coronavirus qui, laissé en liberté, réduit les poumons en lambeaux. Par rapport à ce monstre aux appétits dévorants, la microparticule polluante serait un adorable animal de compagnie. Mais ce n’est qu’en Chine, poumon de l’économie mondiale, qu’on rajoute des zéros au nombre de morts et de contaminés. 

Ce ne sont que des Chinois, frappés en pleine modernisation. D’un saut d’imaginaire on traverse le marché de bêtes sauvages et arrive à la confirmation d’une transmission humaine. Oui, c’est terrible. Le contact humain, cette chaleur qui éclaire la vie, devient nocif. Et si par malheur la victime est hospitalisée, elle est coupée de tout ce qui ressemble à un être vivant. Les soignants en tenue de protection maximum, les mains gantées, la voix mutée, la tendresse et le dévouement imperceptibles. Tu ne verras plus jamais tes proches, qui ne viendront pas te dire adieu. Tu perdras le souffle et la chair. Tu mourras entouré d’extraterrestres sans lune. 

Avec un mélange de désapprobation et de soulagement, on observait les mesures draconiennes imposées par les autorités chinoises : isolement des patients, des contaminés, des honnêtes citoyens, des villes, d’une province et l’arrêt de toute activité en dehors de la subsistance de base. Nous, on s’isolait de la Chine, c’est normal. 

La métaphore du Diamond Princess

Mais rien n’est étanche. On traquait ci et là de riches touristes chinois qui auraient apporté le virus dans leurs bagages Louis Vuitton, des ouvriers-coolies rentrés de vacances et des passagers de paquebots de croisière, découverts contaminés après coup. Le Diamond Princess, bloqué au large de Yokohama, les passagers confinés dans leurs cabines devenues cellules, commence à produire des chiffres qui montent en spirale. Les voyageurs to nowhere restent figés, ne résistent pas. Les jours passent. Le virus circule librement dans le bateau qui n’a pas le droit de bouger. Les prisonniers sont l’un après l’autre infectés, certains évacués vers des hôpitaux japonais, d’autres maintenus en « quarantaine » sur le navire. Le gouvernement israélien plaide en vain l’autorisation de sauver les siens. Un médecin japonais déjoue la surveillance, monte sur le bateau, fait le tour des installations et sonne l’alarme : c’est un incubateur du virus.

Comment comprendre la paralysie des clients argentés qui se laissent piéger de la sorte ? Ils ont payé pour être pris en main, pris en charge, dorlotés et, en l’occurrence, livrés aux appétits ogresques du coronavirus. Avant la fin du supplice, 617 sont mordus. Mais le virus chinois avait déjà commencé à se promener au Japon et des cas uniques à pointer dans nos beaux pays non-asiatiques. Les touristes sont bloqués, le virus n’a pas besoin de visa. Nous voici devant l’inévitable. Que faire ? Se laver les mains.

Querelle entre les fiers-à-bras et les réalistes

Alors qu’il devient évident que le coronavirus est un problème planétaire, les sceptiques bombent le torse aux cris de pas de panique. Au-dessus de la mêlée, plus calés que les épidémiologistes de réputation internationale, ne souffrant d’aucun symptôme attribuable à ce coronavirus médiocre, ils rigolent à voir les faiblards courir dans tous les sens pour éviter d’être touchés par leur voisin ou par le rhume. Oui, mon frère, ce n’est qu’un petit rhume et si certains en meurent c’est qu’ils étaient déjà vieux et mal portants.  

Leur camarade de lutte contre l’hystérie, c’est la grippe. Ils se promènent avec les chiffres sous le bras, prêts à ridiculiser quiconque prétend que le coronavirus mérite deux lignes dans la presse écrite et une émission de télévision et encore.

C’est une posture valorisante, preuve d’indépendance d’esprit. Sauf qu’ils citent toujours les mêmes arguments. Ras le bol du tapage médiatique. On est en train d’annuler des matchs de foot et de détruire l’économie pour des broutilles. Tout comme les passagers du Diamond Princess mesmérisés par une réalité aussi brutale qu’inattendue, les fiers sceptiques s’arrêtent net dans un petit monde circonscrit par leur peur. D’abord, ça touche très peu de gens. Même en Chine, à l’épicentre, la plupart des porteurs du virus guérissent, le taux de mortalité est négligeable, on nous a déjà fait le cinéma avec le SARS, Zika et d’autres dont on a oublié le nom.   

N’est-ce pas séduisant ? Je ne l’ai pas, tu ne l’as pas, haro sur les paranos. Les spécialistes n’en savent rien, les autorités courent derrière la foule au lieu de m’écouter car je sais tout. Je sais, par exemple, que les chiffres actuels, somme toute modestes par rapport à la population planétaire, sont définitifs. C’est fini… ou quasiment fini. Quelle rigolade ! Pas de panique disent les fiers-à-bras. Ça passera.  Pensez aux morts de la grippe. Pourquoi pas aux accidentés de la route ? 

L’incertitude me gagne

En fait, ces chiffres « modestes » sont le résultat des mesures que les savent-tout méprisent. Selon une étude (que je ne suis pas en mesure de vérifier) en l’absence des mesures, certes inadéquates, prises pendant les deux semaines de confinement sur le Diamond Princess, on aurait eu 2970 au lieu de 617 infectés. Il n’y a que l’Iran pour appliquer la leçon des fiers sceptiques. On y meurt nombreux. 

Peu importe. Les esprits élevés le répètent à l’envie : le coronavirus, ce n’est rien. C’est un rhume. Comment savoir ? On ne parle que du coronavirus du matin au soir, mais ça reste abstrait. Les porteurs sains ne savent même pas qu’ils sont infectés. Les cas graves disparaissent pour resurgir en chiffres. Enfin, ceux qui vont, sauf imprévu, guérir souffrent, parait-il, de la fièvre et d’une toux sèche. 

Toutefois, ils sont un peu comme les passagers du Diamond Princess, figés dans l’incertitude. Moi, par exemple. Depuis trois jours je tousse, une toux sèche qui ne répond à aucun remède de confort, ni sirop ni dragées. La poitrine se tord en spasmes incontrôlables. Ce n’est pas la grippe (survivante de la grippe asiatique de 1957, je ne l’ai plus jamais attrapée). J’ai eu une bronchite il y a 25 ans. Sinon, jamais de toux. Alors ? Si ce n’est pas le coronavirus c’est un concours de circonstances invraisemblable. Je suis bien dans la tranche d’âge des vulnérables, mais j’ai une santé de jeunesse. J’achète un thermomètre, le dernier s’est épuisé à ne rien faire, comme celui d’avant. 37°9 ne me dit rien, je ne sais même pas ce que c’est la fièvre.

Qu’est-ce qui m’arrive ? Je fais mon intéressante ?

Je l’ai ? Moi ? Le coronavirus ?

Il ne faut pas dire n’importe quoi !

Bon…  si je l’ai, je saurai au moins tenir un carnet de bord !

>>> Suite demain… <<<

Le port du masque « à la hongkongaise » comme alternative au confinement

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Deux fillettes à l'aéroport de Hong Kong, le 23 mars 2020 © Kin Cheung/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22441048_000001

Ce courrier a été adressé par Florence de Changy à Martin Hirsch, le directeur de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris. Alors que le gouvernement nous dit que le port du masque n’est pas utile et que la polémique enfle en France, la journaliste observe les bons résultats obtenus à Hong Kong.


Bonjour Monsieur, 

Je suis journaliste à Hong Kong pour Le Monde, Radio France et RFI. (…) Comme tout le monde, j’observe la gravité de la situation. Or, sur la base de l’expérience hongkongaise, une solution simple pour enrayer l’aggravation de la situation me saute aux yeux. Car prévenir nos proches n’a servi à rien. En dépit de notre expérience à Hong Kong, plusieurs membres de ma famille et des amis proches ont déjà attrapé le Covid-19, à des degrés divers de gravité. D’autres n’y échapperont pas. 

Depuis une semaine, le gouvernement français a assigné à résidence la quasi-totalité de la population pour empêcher les gens de se contaminer les uns les autres, en interdisant même les promenades au grand air et sur les plages. Ces mesures extrêmes « à la chinoise » ne sont pas viables ou soutenables au-delà de quelques jours. D’une part, les Français n’auront pas la docilité et la patience des Chinois face aux consignes gouvernementales. D’autre part, le terrible impact, social et économique, que va avoir ce confinement risque de s’avérer fortement disproportionné aux résultats obtenus sur la maitrise de l’épidémie. 

Par contraste, l’exemple hongkongais a montré que lorsqu’une population dans son entière totalité adopte le port du masque, comme forme de confinement individuel, la propagation du virus peut être quasiment arrêtée. Malgré une densité démographique parmi les plus fortes de la planète (7 millions et demi d’habitants qui cohabitent pour la plupart dans des espaces minuscules avec une très forte proximité dans la vie quotidienne), malgré des échanges intenses de personnes avec la Chine, et malgré la proximité géographique des premiers épicentres (jusqu’à la fermeture des frontières mi février), Hongkong doit déplorer à ce jour quatre morts du Covid-19, oui quatre…

Je suis donc ahurie d’entendre les autorités sanitaires françaises continuer d’affirmer que le masque ne sert à rien ou à presque rien. Cela me semble grave et dangereux alors qu’il faudrait au contraire inciter tous les Français à en porter, pas seulement le corps médical et les forces de l’ordre. 

Car tout le monde s’accorde à dire que le virus se propage essentiellement par les mini-gouttes de salive porteuses du virus que tout un chacun émet, en plus ou moins grande quantité, en toussant et éternuant, mais aussi en parlant, en mangeant etc… Le masque, même de mauvaise qualité, est donc l’écran physique le plus évident qui soit pour faire obstacle à la propagation du virus. Il ne sert pas à se protéger du virus (et c’est vrai qu’il protège assez mal), mais il sert à protéger les autres de soi. Exemple: plusieurs chauffeurs de taxi qui portaient le masque à Hong Kong ont été contaminés car leurs passagers ne le portaient pas. À cet égard, quand un médecin ausculte un patient potentiellement porteur, il serait sans doute plus efficace pour protéger le médecin que ce soit le patient qui porte le masque et non l’inverse…

Il faut donc promouvoir le port du masque comme un acte citoyen d’intérêt collectif.

Dans une épidémie, chacun devrait se considérer comme porteur potentiel, et protéger les autres de soi, pas l’inverse. C’est ce message qu’il me semble important de faire passer.

Dès lors qu’ils ont vu réapparaitre le spectre du Sras de 2003, fin janvier, les Hongkongais ont repris le port du masque comme un seul homme, du jour au lendemain, et en dépit de la grave pénurie qui avait lieu ici aussi. L’attitude des Hongkongais a été d’autant plus admirable qu’elle s’est faite en dépit des consignes gouvernementales lesquelles, comme en France, ne recommandaient le port du masque que pour les malades et les soignants. 

Se laver les mains est l’étape numéro 2 : utile quand le virus est déjà sur les claviers d’ordinateur, les rampes d’escalator, les billets de banque, les pièces, les cartes de crédit, les poignées de porte, les écrans tactiles, les étales de fruits, les caddys de supermarchés… Mais le port du masque réduit considérablement, en amont, la dispersion du virus. Cela parait élémentaire comme raisonnement. 

Alors que l’une de mes sœurs, médecin à Versailles (et mère de 5 enfants) a eu un mal fou à trouver ses 18 masques hebdomadaires (pharmacies en rupture de stocks), la Chine est actuellement en surproduction de masques. Je viens d’interviewer quelqu’un à Hangzhou qui m’a confirmé pouvoir livrer des millions de masques en France en quelques jours. Il est faux de dire qu’il n’y a pas de masques disponibles. Comme vous le savez sans doute, de nombreuses usines chinoises ont transformé leurs chaînes de production pour produire des masques (de différentes qualités, de ceux à usage unique jusqu’aux normes les plus élevées). Mais la France a imposé des restrictions (décret du premier ministre du 13 mars 2020) qui semblent compliquer et ralentir l’importation et la distribution des masques en France. 

Inonder le marché français de masques et en imposer l’utilisation par tous permettrait de lever assez rapidement le confinement. Les masques pourraient être subventionnés ou distribués gratuitement, ce qui couterait beaucoup moins cher à l’économie que les conséquences d’un confinement drastique ‘à la chinoise’. Entre le confinement et le port du masque comme forme de confinement individuel et mobile, les Français ne devraient pas hésiter longtemps. 

Je vous remercie de votre attention en espérant sincèrement que ce rapport d’expérience pourra vous être utile et incitera les autorités françaises à vite évoluer dans leur gestion de cette crise afin de privilégier des solutions humaines et efficaces, à commencer par le port du masque comme mode de confinement mobile et individuel.

Et maintenant, le spectre de l’Italexit

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À Rome, un drapeau italien, sur un balcon d'immeuble donnant sur une ville complètement à l'arrêt, le 19 mars 2020 © Cecilia Fabiano/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22439993_000007

Partout dans le monde, les chefs de gouvernements rivalisent dans la surenchère, pour préserver les économies nationales. En Allemagne, Angela Merkel se met en quarantaine. Ce sont les banques italiennes qui inquiètent le plus. La péninsule dénombre le plus de victimes du coronavirus au monde.


Depuis que les « élites » ont été saisies par la peur, chaque décision nouvelle des États et des banques centrales vient compliquer l’énoncé du nouveau problème économique et financier issu du coronavirus. Les règles de prudence budgétaire ont volé en éclats au point qu’on assiste à une sorte de surenchère des gouvernements : c’est à qui fera le plus pour soutenir son économie. Le tabou des nationalisations a sauté : les compagnies aériennes, Boeing, Renault sont concernées. Et même les banques détentrices de mauvais prêts !

Sauvez l’euro 2

Mais la dernière intervention massive de la Banque Centrale Européenne, décidée en urgence, sous la forme d’une injection de 750 milliards d’euros en contrepartie d’emprunts publics et privés, semble plus signifiante que toute autre. Christine Lagarde a assorti l’opération d’un commentaire en forme d’aveu, en proclamant qu’elle devait sauver l’euro. Encore ! Voilà en effet de quoi surprendre les bonnes âmes qui pensaient l’euro confirmé une fois pour toutes.

A lire aussi: « L’Italie n’est pas le bouillon de culture de l’Europe »

Dans son principe, la chose est simple. Les écarts entre les « bons » emprunts de l’Allemagne et les « mauvais » emprunts de la Grèce et de l’Italie se sont subitement creusés, laissant craindre une répétition de l’épisode qui a couru entre 2010 et 2012. Et c’est pour cela surtout que la BCE a réalisé une opération sans précédent dans son histoire. Avec un succès relatif, car les taux apparents sur la dette grecque ont été réduits de 6,5% à 2,5% et les taux italiens de 2,5% à 1,5%.

Inquiétude pour les banques italiennes

C’est l’Italie qui est au cœur du problème. La faillite de la Grèce serait infiniment moins dolosive en raison du poids minime de son économie et du fait oublié qu’une grande partie de sa dette publique a été transférée des banques vers les États partenaires de la zone entre 2010 et 2012. Tandis qu’une masse de dettes du Trésor italien demeure détenue par les banques de la péninsule.

Le spectre d’un Italexit de la zone euro, de la part de ce pays signataire du Traité de Rome (!), a donc ressurgi. 

A lire aussi: Kits de dépistage anti-Corona : l’Italie en exporte… aux Etats-Unis

Et d’autant plus que son économie, pourtant riche d’entreprises créatives, s’est crucifiée avec la monnaie unique : son PIB par tête est aujourd’hui égal à celui de 2000 en attendant de comptabiliser les effets de la nouvelle récession. Oui, l’euro pourrait donc bien être en sursis.

« Décolonialisme » : vous l’aimez en littérature, vous l’adorerez en sciences

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Cellules humaines © Pixabay

Depuis cinq ans, des étudiants d’Afrique du Sud tournent en rond, tentant de définir ce que seraient une « algèbre décolonialisée » ou des interactions moléculaires indigènes.


À la base, un constat. Depuis un siècle, le corpus des connaissances est établi par des Blancs, principalement américains, britanniques, allemands, français et suédois. Ils trustent les récompenses, prix Nobel ou médaille Field [tooltips content= »Classement des Nobel fin 2018 : USA, 377 ; Royaume-Uni, 130 ; Allemagne, 108 ; France, 69 ; Suède, 31. Vient ensuite le Japon, avec 27 Nobel, mais c’est un pays qui existe encore moins que la Chine, dans la pensée indigéniste décoloniale. »][1][/tooltips], souvent pour des raisons évidentes. Les investissements en R&D de la France ou de l’Allemagne dépassent très largement ceux de l’Afrique entière, sans même parler des États-Unis. Et n’oublions pas l’écrasante domination des hommes chez les Nobel : 96 % des lauréats. Le débat a pris un tour aigu en Afrique du Sud, ou des activistes ont entrepris de décoloniser les sciences à partir de 2015, sous le mot d’ordre « Rhodes doit tomber » (Rhodes must fall). Allusion à Cecil J. Rhodes, magnat des mines, blanc, qui a donné le terrain où se trouve l’université du Cap.

À lire aussi: Le décolonialisme, mauvaise fée de ce monde

En arts ou en littérature, l’entreprise décoloniale n’est pas immédiatement vouée à l’échec. Il est toujours possible d’inscrire des auteurs africains ou des artistes antillais au programme, quitte à verser un peu dans la discrimination positive au nom de la diversité culturelle. En maths ou en physique, en revanche… « Ce qu’implique la décolonisation des maths n’est pas très clair », écrivait en décembre 2018 le magazine américain Undark, à propos du mouvement sud-africain. « Revoir les programmes pour promouvoir des contributions non occidentales et promouvoir des méthodes pédagogiques nouvelles basées sur les cultures indigènes » seraient des pistes, tout comme « une plus grande ouverture à des idées extérieures au courant académique dominant ». Quelles idées exactement, mystère. « D’autres vont plus loin, poursuit le magazine, remettant en question les fondements des mathématiques eux-mêmes. » Pour les remplacer par quoi, mystère encore plus grand. Des vidéos ahurissantes de jeunes Noirs sud-africains décrétant que la science blanche est à rejeter sont visibles sur YouTube. Ils ont été partiellement entendus. La statue de Cecil J. Rhodes, qui se trouvait à l’entrée du campus du Cap, a été mise à bas en 2015. En mai 2018, le Sunday Times titrait sur « La perte de crédibilité des universités d’Afrique du Sud »…

Genre en sciences, retour de manivelle

Si la thématique de la décolonisation des sciences n’a pas vraiment pris en France, la question du genre de ces mêmes sciences est le thème d’innombrables contributions de philosophes et de sociologues. Le nombre ne doit pas faire illusion : aucun d’entre eux n’a pu définir ce que serait, par exemple, une géométrie « dégenrée ». « Ils militent en fait pour une féminisation des filières scientifiques, ce qui revient à vouloir accélérer un mouvement lent, mais profond, qui se passe assez bien d’eux », analyse un directeur de recherche du CNRS. « En ce qui concerne le genre dans les contenus eux-mêmes, une percée se dessine, mais elle ne fera pas plaisir aux féministes. En biologie et en chimie, elle consiste à mieux prendre en compte le sexe des cellules, qu’elles proviennent d’humains ou d’invertébrés, pour limiter les erreurs d’interprétation [tooltips content= »Voir à ce sujet Cara Tannenbaum et al., « Sex and gender analysis improves science and engineering », in Nature, n° 575, novembre 2019. »][2][/tooltips]. » Ce qui va, horresco referens, dans le sens de la différence biologiquement fondée des sexes.

Un bienheureux sous le soleil de Satan

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Francisco Rabal dans le film "Nazarin" de Luis Bunuel (1959) © NANA PRODUCTIONS/SIPA Numéro de reportage: 00568192_000001


Nazarin, un film méconnu de Luis Buñuel


Si les grands chefs-d’œuvres signés par Luis Buñuel dans les années soixante et soixante-dix (Belle de jour, Tristana, Cet Obscur Objet du désir…) lui permettent d’acquérir une reconnaissance internationale, ses films mexicains sont aujourd’hui inconnus du public français qui n’a pas la possibilité de les voir[tooltips content= »Il était prévu que ce film ressorte avant l’épidémie mais rien ne nous empêche de prendre date pour le jour béni où les salles obscures rouvriront NDLR »](1)[/tooltips]. 

Un film mexicain de 1959

Buñuel débute sa carrière avec Le Chien andalou (1929) et L’Age d’or (1930), deux films marqués par l’influence du surréalisme. Après Terre sans pain (1933), interdit par la jeune République espagnole qui n’apprécie pas la transcription au cinéma des mœurs de ses régions les plus déshéritées, il ne tourne plus. De 1934 à 1936, vivant entre Madrid et Paris, il effectue de nombreux métiers, travaillant pour la Paramount puis réalisant pour l’Espagne, des films commerciaux – exigeant que son nom ne figure pas au générique – afin de faire vivre sa famille. Lorsque la guerre civile se déclenche, il se met au service de la République espagnole, effectuant diverses missions… Puis, il part aux États-Unis où il sert la cause républicaine. Il y reste huit ans, trahit par son ami Salvador Dali, qui rejette sur lui l’entière responsabilité des propos marxistes de L’Age d’or. Mis en cause par une campagne de presse et surveillé par la FBI, Luis Buñuel part au Mexique. Entre 1946 et 1965, il y tourne 24 films pour la plupart superbes (Los Olvivados, Suzana la perverse, Les Aventures de Robinson Crusoé, La Vie criminelle d’Archibald de la Cruz, La Mort en ce jardin, Nazarin, La Jeune fille, Viridiana, L’Ange exterminateur…).

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Au Mexique, en 1900, pendant le règne du dictateur Porfirio Diaz, le père Nazario (Nazarin), un prêtre humble et bon, vit et partage la  misère profonde des gens d’un petit village. Une dispute entre prostituées l’amène à héberger et protéger l’une d’entre elles, Andara, soupçonnée du meurtre de sa cousine. Désavoué par l’Église, il doit fuir et mène une vie d’errance et de mendicité. Il rencontre à nouveau sur son chemin Andara et Béatriz qui à la suite d’un miracle – un acte de prière et d’amour – deviennent ses disciples…  Nazarin, interprété par l’excellent Francisco Rabal, prêtre extrêmement pieux, mène une vie austère et se consacre par la charité et la prière au service de ses compatriotes en contradiction avec les principes des institutions religieuses mexicaines. « Vivre de charité n’est pas un précepte assez digne », lui dit un curé. Face à sa hiérarchie, Nazarín, imperturbable, continue de vivre sa foi dans la pauvreté et l’amour de son prochain.  

Une foi à l’épreuve

Avec une mise en scène très dépouillée, des cadres rigoureux et sobres, et la superbe lumière en noir et blanc de son chef-opérateur Gabriel Figueroa[tooltips content= »illustre chef-opérateur de Que Viva Mexico de Serguei Eisentein, de Dieu est mort de John Ford et du grand cinéaste mexicain Emilio Fernandez »](2)[/tooltips], Luis Buñuel peint un portrait cruel et amer de ce bienheureux.

Condamné à errer dans un Mexique ravagé par la pauvreté, la famine, les épidémies et l’injustice, Nazarin se trouve désemparé car sa bonté et sa charité ne semblent pouvoir sauver personne du Mal. Face à la méchanceté et la cruauté des hommes, il ne rencontre que violences, doutes, trahisons, désolations, qui mettent en péril la force de sa foi, sa quête spirituelle, sa volonté d’appliquer le message des Évangiles. Sa vie semble se dérouler sous l’aride soleil de Satan.

Ce film plein d’ironie peut sembler être une charge sévère contre le catholicisme. Mais nous constatons que la foi inébranlable de Nazarin porte en fait le message christique à plusieurs reprises, quand bien même l’ombre du doute et le travail du diable marquent un instant le visage du prêtre avant la fin. Une petite fille est guérie à la suite de sa prière, Andara ne l’abandonnera jamais. Un assassin et pilleur d’églises lui vient en aide, et une vendeuse de fruits lui offre un ananas qu’il accepte in extrémis lors de sa marche vers la prison. Nous suivons le calvaire du bienheureux Nazarin qui rachète malgré-eux les fautes des hommes. Les voies du Seigneur sont impénétrables et font de ce film âpre et ascétique, un chef-d’œuvre lumineux.

Nazarin un film de Luis Buñuel – 1959 – 1h35 

Interprétation: Francisco Rabal (Nazarin), Marga López (Beatriz), Rita Macedo (Andara), Jesús Fernández (Ujo) 

Nazarin

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Et mes libertés c’est du poulet?

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"Mes chers compatriotes, le confinement est enfin terminé!" © Montage Causeur

L’unanimisme a quelque chose d’effrayant.


L’information continue, a dit le président. C’était classe, ce souci de ne pas suspendre la discussion démocratique. Je n’avais pas compris qu’il s’agissait d’un ordre de réquisition au service de l’effort de guerre. Bref, que l’information, devait, sous l’injonction de civisme, se muer en propagande. L’entretien donné par le président au JDD de ce jour est un modèle du genre

Bien entendu, l’un des rôles des médias est de diffuser abondamment les consignes gouvernementales – lavez-vous les mains et tenez-vous à distance, et je rigole tant que ce n’est pas interdit mais c’est sérieux. À ce sujet, Oliver Véran a déclaré samedi 21 mars que « la désinvolture et la légèreté » n’étaient pas de mise. Pour la désinvolture, d’accord, mais pour la légèreté, il me semble que nous en avons toujours besoin et que s’il m’en reste encore dans six semaines, vous serez bien contents que je vous en donne un peu. 

Si les journaux continuent à paraître et les médias audiovisuels à diffuser, ce n’est pas pour faire la claque du gouvernement

Il est donc légitime que les médias soient le truchement du gouvernement, voire qu’ils fournissent aux citoyens une assistance pratique en élaborant au jour le jour les modalités d’application de mesures générales. Beaucoup s’y emploient excellemment – bien qu’aucun n’ait encore rappelé au bon peuple que le coït était un facteur de propagation. On attend pour cela que le président déclare solennellement à la télévision : « Mes chers compatriotes, plus de sexe ! » Pardon, je blague encore. C’est nerveux. 

La liberté d’expression n’est pas encore abolie

Mais je reviens à mes moutons – médiatiques. Un certain nombre de mes excellents confrères et parfois amis semblent penser que leur rôle se limite à la diffusion de la parole publique et que la critique ou la contestation de celle-ci relève de la haute trahison. Pas de polémiques ! « Être confiné et montrer du doigt les responsables, je trouve cela totalement indécent », affirme Jean-François Kahn dans Le Point. Il ne s’agit pas de dénoncer mais éventuellement de critiquer. Cher Jean-François, ce qui serait encore plus antipatriotique que la polémique serait d’être un peuple de bénis-oui-oui, acceptant et même exigeant les prochains tours de vis sans la moindre délibération démocratique. Quand nos libertés les plus fondamentales sont en jeu, notre devoir est d’exiger une réponse proportionnée. J’accepte de les sacrifier largement, mais pas plus que le strict nécessaire. Enfin, la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 étant toujours en vigueur, la liberté d’expression n’a donc pas été abolie. 

Si les journaux continuent à paraître et les médias audiovisuels à diffuser, ce n’est pas pour faire la claque du gouvernement. Accepter la règle ne signifie pas l’approuver dans ses moindres détails. Ni faire le travail de la police. À titre d’exemple, il faudra qu’on m’explique pourquoi le vélo serait interdit, alors que les Allemands encouragent cette activité bonne pour la tête, bonne pour les poumons et qui place nécessairement le cycliste adulte à plus d’un mètre d’un autre humain. 

Or, nombre de journalistes ne se contentent même pas d’applaudir bruyamment le gouvernement : devenus une avant-garde fanatique, ils le précèdent, l’appellent du matin au soir à ne pas avoir la main qui tremble. Eh bien si, pour suspendre des libertés, on doit avoir la main qui tremble. 

Réprimez ! Aggravez ! Sanctionnez ! Claquemurage général ! Couvre-feu ! Les grenouilles demandent des lois ! Tout le week-end, j’ai entendu des confrères morigéner faussement des ministres ravis : « Qu’attendez-vous pour serrer la vis ? » « C’est ça, confinés ? » : Le Parisien balance en « une » les mauvais citoyens qui ont interprété de façon trop souple la notion de « sortie dérogatoire ». 

une-le-parisien-confinementRentre chez toi ! Le grand argument pour obtenir de nous, non seulement l’obéissance mais l’adhésion absolue, est que c’est la science qui te le dit. Nous savons et vous ne savez pas. Eh bien avec tout le respect que j’ai pour « les soignants » et « sachants », nous ne sommes pas en médecinocratie et leur parole ne saurait être d’Evangile. Du reste, contrairement à ce qu’on nous dit, la science ne parle pas d’une seule voix. L’excellent professeur Salomon n’a pas été élu, ni nommé président par intérim. Gouverner, c’est encore choisir : c’est l’exécutif qui prend les décisions et c’est lui qui en sera comptable devant les Français. 

Un peu de mesure

Certes, si nous ne sortions plus qu’une fois par semaine, le travail des soignants (et des forces de l’ordre) serait grandement facilité. Mais si les exigences de ces professions essentielles doivent être prioritaires, elles ne peuvent pas être exclusives. Elles doivent être conciliées avec les besoins de l’ensemble de la population. La supportabilité des mesures de confinement est une des données de l’équation. On remarquera d’ailleurs que les appels au durcissement viennent plus rarement des cités HLM de banlieue et des micro-studios des métropoles que des vastes appartements bourgeois ou des confortables maisons campagnardes où sont confinés ceux qui sermonnent les Français. Alors, loin de moi l’idée de leur reprocher leurs belles datchas, je suis ravie que leur confinement soit plaisant, mais qu’ils aient un peu de mesure dans leurs leçons de morale. 

Qu’on arrête de nous prendre pour des buses en prétendant cent fois par jour que tout ce que nous n’avons pas est inutile

Il serait, parait-il, vraiment irresponsable voire criminel de critiquer, voire de simplement questionner, la gestion gouvernementale de la crise depuis six semaines: l’ennemi était inconnu, on ne pouvait pas savoir, rappellent quotidiennement des élus et des médecins. Bref, on navigue à vue. On ne reprochera donc pas à Emmanuel Macron d’être allé au théâtre le 6 mars et d’avoir proclamé le 11 mars que nous ne renoncerions à rien et surtout pas à nos terrasses. On ne jettera pas non plus la pierre aux scientifiques qui nous ont dit des semaines durant ce que nous voulions entendre, à savoir que l’épidémie n’était pas plus grave qu’une méchante grippe – certains le disent encore d’ailleurs. On concèdera cependant que le retard à l’allumage de toutes ces éminences, suivi d’un brutal virage sur l’aile, ne les qualifie pas particulièrement pour assener des certitudes aujourd’hui. S’ils se sont trompés en n’en faisant pas assez hier, ils peuvent encore se tromper en décidant demain de réduire encore plus nos libertés. De plus, les mêmes n’ont cessé de nous expliquer qu’on n’arrêterait pas l’épidémie, qu’on ne pourrait que la ralentir. En somme, même des mesures radicales (qui par définition ne peuvent être imposées à 100 % des Français, sinon nous ne mourrons pas du Covid-19 mais de faim) ne produiront que des résultats relatifs. Que des femmes soient battues ou que des gens deviennent dingue à cause du confinement n’aidera pas les soignants. Autrement dit, peut-être faut-il alentir l’épidémie un peu moins vite pour préserver ce qui reste de la vie et de l’économie. En tout cas, il y a encore là des choix qui doivent pouvoir être discutés. 

De plus, la parole publique, qu’elle soit politique ou scientifique, serait plus crédible si on ne nous racontait pas des bobards absurdes, en nous expliquant que la science a toujours raison contre le bon sens. Or, trois exemples démontrent le contraire. 

L’exemple le plus criant de bidonnage éhonté tient aux palinodies sur les masques, qui à en croire Le Monde, font bien marrer les Chinois. Rappelons d’abord que, le 26 février, le professeur Salomon déclarait devant la Commission des affaires sociales du Sénat que la pénurie de masques n’était pas un sujet.   

Il s’est trompé, mais soyons indulgent : ce n’était pas de sa faute. Aujourd’hui, il nous explique, et nous sommes parfaitement capables de l’entendre, que, faute de masques en nombre suffisant, il faut les réserver aux professions prioritaires. Que la France ne parvienne même pas à protéger ses médecins est juste insupportable. Et que l’on rappelle à l’ordre les syndicalistes ou les personnels qui s’en émeuvent l’est tout autant. Apprendra-t-on un jour que c’est le corps médical qui, bien involontairement et au risque de sa propre vie, a été le premier propagateur du virus ? 

Incroyables assertions

En revanche, le défilé d’experts jurant que les masques ne protègent pas le péquin moyen relève juste du foutage de gueule. Si j’ai bien compris, le danger principal vient du fait que nous pouvons être contaminés sans le savoir et croiser des gens contaminés sans le savoir. Si un masque protège un médecin qui croise des gens infectés, pourquoi serait-il inutile pour moi ? Cette aberration logique n’ayant pas tenu très longtemps, Sibeth Ndiaye est montée au front avec cet argument hilarant : on ne sait pas les mettre. Et bien sûr, on est trop cons pour apprendre. Or, voilà qu’en prime, le gel hydro-alcoolique, qu’on nous encourage à utiliser en toutes circonstances, vient lui aussi à manquer cruellement dans les hôpitaux. Une devinette : dans combien de temps nous dira-t-on que le gel ne sert à rien pour les citoyens lambda ? 

Le deuxième cas d’assertions proprement incroyable concerne les tests, eux aussi inutiles à entendre le professeur Salomon : « Nous avons choisi une autre stratégie », a-t-il affirmé samedi. Tu parles Charles ! Un enfant de dix ans peut comprendre que nous n’avons rien choisi du tout, puisque des tests, il n’y en a pas. J’attends toujours le journaliste qui posera cette question simple : pourquoi un double test systématique (à deux ou trois semaines d’intervalle prenant en compte la période d’incubation) de toute la population ne permettrait-il pas d’éviter le confinement des personnes non-infectées ? Et pourquoi, depuis quinze jours, n’avons-nous pas lancé la production ? Il est déjà assez agaçant que la France soit un pays du Tiers-monde sur le plan de l’équipement sanitaire, qu’on arrête de nous prendre pour des buses en prétendant cent fois par jour que tout ce que nous n’avons pas est inutile.

Un mot encore sur la chloroquine du professeur Raoult. Jusqu’à récemment, ce produit était en vente quasi libre, il suffisait de déclarer qu’on partait en Afrique pour obtenir une ordonnance. Depuis le mois de janvier, c’est-à-dire depuis que l’on sait qu’il a peut-être des effets positifs sur les malades du coronavirus, il est passé dans la catégorie de substances dangereuses au motif qu’on n’a pas pu encore faire d’essais sur les effets secondaires. Alors, il y a peut-être un risque d’effets particuliers sur des patients infectés par le Covid-19, mais là encore, plutôt que de faire les gros yeux en engueulant les gens qui cherchent à en acheter, les blouses blanches devraient plutôt nous expliquer pourquoi un médicament si facile d’accès hier est une « substance vénéneuse » aujourd’hui. On est allés à l’école, si ça se trouve, on pigera. 

Ce ne sont pas des vacances

On me dira qu’il y a au moins une chose incontestable. Si les médecins réclament, que les politiques mettent en œuvre et que les journalistes encouragent des restrictions aussi drastiques de nos libertés constitutionnelles, c’est forcément pour notre bien. Sans doute. N’empêche qu’au-delà des dures nécessités imposées par la maladie, on sent flotter dans l’air une libido de contrôle, de flicage et de punition qui s’exprime dans la phrase, devenue un mantra : « Ce ne sont pas des vacances ». Traduction, il faut que vous en baviez. Samedi, un médecin a lâché le morceau sur LCI : « Ce n’est pas seulement pour la contagion, mais pour l’image. Il y a des gens qui souffrent et qui travaillent ». Se porteront-ils mieux si tout le monde souffre autant qu’eux ? La même passion de surveillance et de punition anime les policiers qui engueulent une dame sortie pour acheter du coca (regardez la vidéo, c’est à pleurer. Z’allez pas me dire que c’est indispensable, ma petite dame ! Et vous, vous avez quoi dans votre cabas, du chocolat, mais vous allez rendre ça tout de suite ! Mauvais citoyen !)

Ce dolorisme tatillon et soupçonneux est incompréhensible si on oublie une dimension, qui est celle de la jouissance inconsciente du pouvoir, qu’il s’agisse du policier, du juge, de l’élu ou du commentateur: en l’occurrence, cette jouissance s’harmonise opportunément avec l’intérêt général, mais jusqu’à quand Jusqu’où ? Un peuple claquemuré et effrayé, une assemblée en sommeil, des syndicats absents et des médias le petit doigt sur la couture du pantalon : quel pouvoir ne rêverait d’un tel alignement des planètes ? Quant aux journalistes, ils peuvent s’adonner à l’une de leurs activités favorites : faire la leçon au peuple qui vote mal, pense mal, et maintenant se confine mal. Et montrer qu’eux sont de bons petits soldats.

Alors, certes, puisque nous n’avons ni masques, ni gels, ni tests et que nous avons tardé à prendre conscience de la gravité de la crise, le confinement général est aujourd’hui la seule solution. Donc, nous restons chez nous. Mais ni les cris d’orfraie des éditorialistes, ni les certitudes des experts n’ont réussi à me convaincre qu’il était indispensable de durcir le confinement et de réduire un peu plus nos libertés. On a encore le droit de le dire. Surtout, si toutes ces têtes qui prétendent penser pour nous veulent qu’on les croie, qu’elles se souviennent que nous sommes des adultes et pas des enfants apeurés à qui il suffit de dire cent fois par jour d’aller se laver les mains. 

«Une hécatombe programmée s’annonce à Mayotte»

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Maternité de Mamoudzou (Mayotte). SIPA/ DUPUY Florent. Feature Reference: 00623885_000012

Département d’outre-mer en plein Océan indien, l’île de Mayotte n’est absolument pas en mesure d’affronter l’épidémie de Covid-19. Avec seize lits de réanimation pour 400 000 habitants, l’Etat qui engage des moyens insuffisants et le risque d’une vague migratoire supplémentaire de Comoriens malades, l’hypothèse d’un effondrement sanitaire grandit de jour en jour. Le député (LR) Mansour Kamardine sonne le tocsin et appelle le gouvernement à agir. Entretien.


Daoud Boughezala. Jusqu’à présent, seuls onze cas de Coronavirus ont été détectés sur les quatre cent mille habitants de l’île de Mayotte. Pourquoi craignez-vous l’effondrement du système de santé local ? (Mise à jour : dimanche 22 mars,  à Mayotte, un médecin de ville ainsi qu’un médecin hospitalier ont été contrôlés positifs au coronavirus)

Mansour Kamardine. La propagation de l’épidémie de coronavirus est plus fulgurante à Mayotte qu’en métropole. En effet, le nombre de cas avérés a été multiplié par onze en exactement une semaine. Or la détection médicale à Mayotte est plus faible que dans n’importe quel autre département français compte tenu d’un nombre de médecins de ville par habitant vingt fois inférieur à la moyenne nationale. L’épidémie progressera sournoisement et sans bruit pour encore quelques jours, puis, soudainement, à très court terme, saturera brutalement les capacités de réanimation du Centre hospitalier de Mayotte qui ne compte que 16 lits de réanimation pour 400 000 habitants. Entre le premier cas détecté le 14 mars et la saturation des capacités hospitalières, il ne se passera qu’environ deux semaines. Alors qu’en métropole on espère encore éviter la saturation des capacités de réanimation plus de deux mois après le premier cas détecté, à Mayotte, les praticiens hospitaliers annoncent déjà une inadéquation extrême entre les capacités de soins et les besoins, une semaine seulement après le premier cas détecté.

Or Mayotte est une île située à plus de 9 000 kilomètres de la métropole dans un environnement régional qui n’a pas les capacités de lui venir en secours, y compris l’île de La Réunion, située à 1 400 kilomètres et qui doit également faire face à l’épidémie.

De plus, le terreau urbain à Mayotte est extrêmement favorable au développement de l’épidémie. En effet, promiscuité et insalubrité caractérisent une partie importante des zones d’habitation. Selon les données de l’Insee, 54% de l’habitat est insalubre. Pire, 29% des habitations n’ont pas l’eau courante. De plus, la concentration humaine, notamment d’enfants et de jeunes gens, dans les cases en tôle des bidonvilles rend quasi impossible l’application des consignes de sécurité sanitaire, notamment la distanciation physique des individus.

Enfin, comme dans de nombreux endroits de France, les masques chirurgicaux, les masques FFP2, les gants blouses lunettes de protection et les produits aseptisant manquent déjà à l’hôpital.

Tout cela, le gouvernement le sait parfaitement. Or il a annoncé qu’il n’y aurait pas de moyens supplémentaires pour les collectivités d’Outremer. C’est donc bien une hécatombe programmée qui s’annonce. Il nous reste exactement une semaine pour l’éviter selon les praticiens de l’hôpital eux-mêmes, ce qui nécessite des décisions immédiates pour avoir le temps d’acheminer des renforts et des moyens supplémentaires à 9 000 kilomètres de Paris.

La fermeture des cafés, restaurants, cinémas, théâtres, universités et musée est-elle appliquée à Mayotte comme en métropole ? Les Mahorais sont-ils également confinés chez eux pour endiguer l’épidémie ?

Après une tergiversation incompréhensible en ce qui concerne la fermeture des écoles, les règles en métropole s’appliquent désormais également à Mayotte. L’île fonctionne donc en mode de service minimum avec ordre de confinement des personnes selon les mêmes règles qu’ailleurs sur le territoire national. La fréquence des barges de transport collectif entre Petite-Terre et Grande-Terre est fortement réduite, tout comme celle des avions de et vers La Réunion et la métropole. Avec un petit décalage au départ, la fermeture des cafés, des restaurants, de l’unique cinéma, de l’université et des quelques rares musées est effective. Les plages et le lagon sont interdits de fréquentation, les cérémonies sont reportées, les lieux de cultes sont fermés notamment les mosquées, les forces de l’ordre interviennent pour faire respecter les règles et commencent à verbaliser les contrevenants.

Néanmoins, la faiblesse des effectifs de police et de gendarmerie fait planer le risque d’un relâchement des pratiques, notamment dans les zones à forte concentration de population, en particulier de la part d’une jeunesse qui doit ressentir péniblement le confinement (55% des habitants a moins de 20 ans). Les risques de débordement sont donc patents. S’ajoutent à cela les 10 000 à 15 000 jeunes livrés à eux-mêmes, souvent sans encadrement familial, vivant dans un habitat précaire et dans l’instabilité sociale. Au-delà des risques sanitaires, nous sommes donc également confrontés à Mayotte à d’importants risques de troubles à l’ordre public. Je crains un véritable effondrement des capacités régaliennes de l’État. C’est pourquoi le renforcement sensible des forces de maintien de l’ordre et la mobilisation coordonnée des forces militaires sont des impératifs urgents.

Quelles mesures l’État a-t-il prises pour combattre le Covid-19 à Mayotte ?

La seule mesure spécifique est une initiative de l’Agence Régionale de Santé qui a installé il y a quelques jours un filtrage des passagers à l’aéroport consistant à prendre la température, à demander aux passagers s’ils souffrent de symptômes du coronavirus et à leur remettre un formulaire d’information. Cette initiative arrive trop tard puisque le virus circule déjà à Mayotte et que les porteurs asymptomatiques sont nombreux.

Le gouvernement n’a donc pris aucune mesure pour protéger Mayotte de l’épidémie, alors qu’il y a moins de deux semaines l’île n’était pas touchée et qu’il était aisé de contrôler l’importation du virus à partir des trois seuls points d’entrée à Mayotte que sont l’aéroport de Pamandzi, le port de passagers de Dzaoudzi et le port de marchandises de Longoni. Avant l’arrivée du coronavirus, j’ai demandé en vain la mise en œuvre de mesures de sécurité sanitaire strictes appliquées aux acteurs locaux des trois zones aéroportuaires et la pratique de tests systématiques pour les arrivants à Mayotte. Je regrette que le gouvernement ne m’ait pas écouté. Je le regrette d’autant que cela signifie qu’il ne tire pas les conséquences de l’échec criant de sa stratégie en métropole, ni même les conséquences de la réussite à maîtriser l’épidémie de certains pays comme la Corée du Sud et le Japon qui ont pourtant étaient touchés par le coronavirus avant la France. Il n’est même pas tenu compte des recommandations de l’OMS !

Globalement, que vous inspire la gestion de la crise au sommet de l’Etat ?

Depuis deux mois, l’exécutif multiplie les injonctions contradictoires. Il est incompréhensible qu’il institue à la fois le confinement d’une partie de la population et pousse en même temps des millions de Français à travailler à l’extérieur, dans des secteurs non essentiels, les exposant de fait à un réel risque de contamination pour eux et pour leurs familles qui sont confinées. Là est le principal vecteur actuel de contamination en métropole. Le gouvernement ne pourra durablement faire porter le chapeau aux personnes confinées qui vont prendre l’air dehors et se dégourdir les jambes pour masquer sa responsabilité dans les contaminations des actifs du secteur privé et de leurs familles. Le double discours doit cesser. L’amateurisme et la légèreté doivent laisser la place à l’action résolue et efficace. L’ensemble des activités non essentielles exigeant de sortir du confinement doivent être stoppées pour briser la dynamique épidémique en métropole et la ralentir outremer.

Je demande en urgence absolue pour Mayotte l’envoi d’équipements de sécurité sanitaire par fret aérien, d’un navire hôpital, d’un stock de chloroquine et d’azithromycine, de tests rapides portables de détection en nombre, d’un bâtiment de souveraineté de la Marine Nationale et de plusieurs centaines de personnels des forces de l’ordre.

Au-delà du seul cas de Mayotte, le gouvernement engage-t-il suffisamment de moyens contre la progression du Covid-19 dans les autres Dom-Tom ?

Non. Le gouvernement semble avoir décidé de sacrifier les ultramarins. En effet, il refuse de renforcer les moyens des collectivités d’Outremer alors qu’elles sont déjà les moins bien dotées de la République, faisant le pari que la saturation des capacités médicales outremer n’arrivera qu’après la décrue des besoins de mobilisation en métropole. Or il est établi que les capacités hospitalières outremer seront saturées dans plusieurs territoires avant même que le pic de l’épidémie soit atteint en métropole. C’est le cas à Mayotte où l’épidémie aura débuté sept semaines après son début en métropole, mais qui subira une paralysie de son système de santé alors que des lits de réanimation seront encore disponibles en métropole. Gouverner c’est prévoir. En la matière, avec deux mois de recul, le gouvernement n’a pas su gouverner. Face à l’agitation médiatique de la crise en métropole, il n’est pas acceptable que les territoires les plus fragiles de la République soient sacrifiés dans le huis-clos et le silence par des gouvernants qui connaissent la situation. Je refuse que le gouvernement abandonne les 400 000 habitants de Mayotte au même sort que celui qui a été réservé aux pensionnaires de l’EHPAD de Thise dans le Doubs et dont même la mémoire a été effacée pour amenuir les glaçantes statistiques des victimes du coronavirus. Errare humanum est, sed perseverare diabolicum.

L’immigration clandestine en provenance des Comores voisines se poursuit-elle malgré les progrès du Corona ?

Malheureusement, des kwassas chargés de clandestins continuent d’arriver à Mayotte en provenance de l’Union des Comores. Ils ne sont plus interpellés depuis que le centre de rétention administrative a été fermé et que les expulsions ont été stoppées. Les autorités comoriennes ont saisi le premier cas déclaré de contamination à Mayotte pour décider, de nouveau, de bloquer la réadmission de leurs ressortissants. De plus, l’épidémie débute parallèlement aux Comores voisines, ce qui risque d’entraîner une très importante vague migratoire vers Mayotte. Là encore, le gouvernement le sait mais n’en tire pas les conséquences en matière de renforcement de la marine nationale, ni de renforcement des effectifs de police aux frontières, ni en termes de création de structures d’accueil et de confinement à terre. Cette inertie coupable risque d’entraîner d’inévitables tensions communautaires, les Mahorais qui sont déjà minoritaires chez eux n’en pouvant plus.

Mayotte est assise sur un volcan et a vécu un tremblement de terre de magnitude 5.3 samedi. Les esprits sont inquiets car Mayotte tremble d’être entraînée dans la spirale diabolique de trois crises s’alimentant dangereusement les unes avec les unes. L’effondrement des capacités hospitalières risque d’entraîner un effondrement général de l’État à Mayotte favorisant une vague migratoire qui attisera le risque d’embrasement communautaire généralisé. Une tragédie humaine est devant nous. Il reste quelques jours au gouvernement pour l’éviter.

Basile, vous êtes juif?

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Toy Story 4, un film misogyne et raciste. © Disney/ Pixar

Ah quel moi, mes amis ! Pas une minute à moi… J’ai relu Les Misérables à vélo et enquêté sur les Oscars 2020, tout en devenant juif ashkénaze. À 4,2 %, mais quand même !


TOY STORY 4, OU LA COLÈRE DE L’HOMME BLANC

dimanche 9 février

Samedi 25 janvier, dans l’émission culte « Saturday Night Live » (NBC), l’humoriste maison Melissa Villasenor plaisante sur les Oscars à venir. Son sketch, parlé et chanté sur l’air du temps, est lourd d’un message. À l’en croire, la quasi-totalité des films nommés pour l’Oscar aurait en fait un seul vrai sujet : « La colère de l’homme blanc » (« white male rage »).

À l’appui de cette thèse, foin d’arguments ! Melissa fait dans la méthode Coué, ici repeinte aux couleurs du comique de répétition. Sur un air de samba, elle nous livre donc trois couplets satiriques, d’autant plus redondants que le refrain lui-même en est triplé :

Sur Joker, de Todd Philips : « […] Ce dont le film parle vraiment / C’est la colère de l’homme blanc / La colère de l’homme blanc / La colère de l’homme blanc ! »

Sur The Irishman, de Scorsese : « Ça dure trois heures / Ils sont vieux et ils sont jeunes / C’est la colère de l’homme blanc… » (ter)

Et comme les meilleures blagues ont une fin, le dernier couplet englobe tout le reste de la sélection ou presque (le dernier Tarantino, 1917, Jojo Rabbit et même Toy Story 4) dans la même accusation : white male rage partout !

Amusant de voir cette dinde gigoter, toute fière, sur son pont aux ânes féministo-diversitaire. Dans le genre comique, ça m’a rappelé Charline Vanhoenacker. Certes, chaque strophe de la chansonnière engagée est ponctuée de rires d’approbation, mais vous me direz, avec la technique, de nos jours…

Quoi qu’il en soit, quinze jours plus tard, Melissa a l’air con. L’Oscar du Meilleur Film (même pas « étranger ») est attribué à Parasite, un excellent film sud-coréen garanti 100 % sans mâle blanc.

N’empêche ! Tout ça m’a donné envie de voir Toy Story 4.

 

LES MISÉRABLES FONT DU VÉLO

vendredi 14 février

Ce n’est pas le tout d’élever des enfants ; encore faut-il éviter qu’ils vous dépassent au point de vous regarder de haut.

Ces derniers temps, Bastien puis sa cadette Constance se sont mis à causer littérature – entre autres – avec moi, quitte à me demander au passage un avis ou une précision sur telle œuvre qu’ils étudiaient. Parmi celles-ci, le plus gros morceau reste bien sûr Les Misérables (le livre de Hugo, pas le film de M. Ly). Quinze cents pages dans « La Pléiade », sans compter les trois cents de « Notes et variantes », heureusement facultatives à ce stade.

Tout avait commencé en douceur à l’approche de leurs bacs de français respectifs. J’arrivais encore à gérer, et je n’étais pas peu fier de ces enfants du siècle dont l’appétence pour les lettres avait survécu aux smartphones et traversé la Toile. Songer qu’il y a des parents qui, pour garder le contact, doivent se taper Fortnite Battle Royale III, Red Dead Redemption II et Booba Ier

Quant à moi, là où j’ai vraiment senti le vent du boulet, c’est lorsque ma progéniture a abordé la prépa littéraire. Face à des questions de plus en plus pointues, dans les brumes de mes souvenirs d’objecteur scolaire, impossible de lutter !

Si encore ça s’était passé au téléphone, peut-être aurais-je pu, au fil de la conversation, me bricoler discrètement une antisèche internet – en gagnant du temps à coup de généralités sur la nécessaire « recontextualisation » de la question et autres balançoires.

Là, face à face, pas d’échappatoire possible ! Il m’a donc fallu, en diverses circonstances, avouer à ma progéniture mon ignorance, recouverte du manteau de Noë de l’oubli – non sans minorer au passage l’importance de l’affaire pour la compréhension de l’œuvre.

N’empêche ! Pour maintenir le dialogue, une remise à niveau s’imposait, et d’abord concernant le pavé hugolien. Mais que faire ? Un peu tard pour me replonger dans cet océan où je m’étais déjà noyé, moi qui lis moins vite que les autres n’écrivent. Et beaucoup trop tard pour les « versions abrégées » à l’usage des enfants, les miens n’en étant plus.

Enfin, Audible vint ! Grâce à ce catalogue de livres-podcasts, découvert à point nommé, j’ai pu finalement « relire » en temps utile Les Miz’. Soixante heures d’écoute quand même ! Mais l’affaire a été bouclée en trois semaines, entre le vélo et la marche quotidiens, les repas solitaires et même les ablutions – suivant en cela le conseil de l’excellent Cami, auteur entre autres chefs-d’œuvre d’un Pour lire sous la douche qui fait encore autorité.

Désormais ils peuvent y aller avec leurs questions-pièges, les Bastien et autres Constance… Je suis incollable sur Petit Gervais, le père Mabeuf et même Tholomyès ! Espérons seulement qu’ils ne se lancent pas maintenant dans La Recherche…

 

BASILE, VOUS ÊTES JUIF ?

samedi 22 février

Pour la Saint-Basile, je me suis offert mon test ADN. Un coton-tige à l’intérieur de chaque joue, et hop ! Un mois plus tard, les résultats tombaient. Me voilà donc à 60 % « européen du nord et de l’ouest », sans surprise, mais aussi un tiers ibère, et même juif ashkénaze à 4,2 % ! Aussitôt j’ai fait part de la nouvelle à mes « amis » Facebook, et leurs commentaires reflètent l’enrichissante diversité de mes relations :

« Welcome bro, Mazel Tov and see you for Pourim ! » m’accueille Marc Cohen.

« Ce n’est pas possible ! Il faut réclamer une contre-expertise », proteste Hubert Mensch, ex-animateur de Nazisme & Dialogue au sein de Jalons.

Les autres, que je ne connais pas en vrai (IRL pour « in real life », en geek moderne) partent un peu dans tous les sens :

« T’inquiète pas, c’est du bon cholestérol ! » me rassure l’un ; « Ne vous plaignez pas, vous auriez pu avoir 1 % de sépharade » galèje un autre. On n’échappe même pas, hélas, aux plus douteux clichés : « C’est le moment de demander un prêt bancaire ! »

Que de tels propos puissent être tenus sur mon mur FB, croyez bien que j’en suis le premier gêné ! D’autant que je m’interrogeais justement : à présent qu’on est cousins, ne serait-ce pas le moment de demander à la reine Élisabeth une augmentation, ne serait-ce que de 4,2 % ?

 

FIVE EASY PIECES

Dans les pastiches de Proust, il y a autant de Proust que de pastiche.

89 % des Français pensent que les autres ont tort (sondage OnionWay).

Qu’est-ce que tu ferais, si t’étais toi ?

Ce soir, régime dissocié : Cristal Roederer et chasselas de Moissac.

Assez parlé de moi ! Dites-moi plutôt ce que vous en pensez…