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Basile, vous êtes juif?


Ah quel moi, mes amis ! Pas une minute à moi… J’ai relu Les Misérables à vélo et enquêté sur les Oscars 2020, tout en devenant juif ashkénaze. À 4,2 %, mais quand même !


TOY STORY 4, OU LA COLÈRE DE L’HOMME BLANC

dimanche 9 février

Samedi 25 janvier, dans l’émission culte « Saturday Night Live » (NBC), l’humoriste maison Melissa Villasenor plaisante sur les Oscars à venir. Son sketch, parlé et chanté sur l’air du temps, est lourd d’un message. À l’en croire, la quasi-totalité des films nommés pour l’Oscar aurait en fait un seul vrai sujet : « La colère de l’homme blanc » (« white male rage »).

À l’appui de cette thèse, foin d’arguments ! Melissa fait dans la méthode Coué, ici repeinte aux couleurs du comique de répétition. Sur un air de samba, elle nous livre donc trois couplets satiriques, d’autant plus redondants que le refrain lui-même en est triplé :

Sur Joker, de Todd Philips : « […] Ce dont le film parle vraiment / C’est la colère de l’homme blanc / La colère de l’homme blanc / La colère de l’homme blanc ! »

Sur The Irishman, de Scorsese : « Ça dure trois heures / Ils sont vieux et ils sont jeunes / C’est la colère de l’homme blanc… » (ter)

Et comme les meilleures blagues ont une fin, le dernier couplet englobe tout le reste de la sélection ou presque (le dernier Tarantino, 1917, Jojo Rabbit et même Toy Story 4) dans la même accusation : white male rage partout !

Amusant de voir cette dinde gigoter, toute fière, sur son pont aux ânes féministo-diversitaire. Dans le genre comique, ça m’a rappelé Charline Vanhoenacker. Certes, chaque strophe de la chansonnière engagée est ponctuée de rires d’approbation, mais vous me direz, avec la technique, de nos jours…

Quoi qu’il en soit, quinze jours plus tard, Melissa a l’air con. L’Oscar du Meilleur Film (même pas « étranger ») est attribué à Parasite, un excellent film sud-coréen garanti 100 % sans mâle blanc.

N’empêche ! Tout ça m’a donné envie de voir Toy Story 4.

 

LES MISÉRABLES FONT DU VÉLO

vendredi 14 février

Ce n’est pas le tout d’élever des enfants ; encore faut-il éviter qu’ils vous dépassent au point de vous regarder de haut.

Ces derniers temps, Bastien puis sa cadette Constance se sont mis à causer littérature – entre autres – avec moi, quitte à me demander au passage un avis ou une précision sur telle œuvre qu’ils étudiaient. Parmi celles-ci, le plus gros morceau reste bien sûr Les Misérables (le livre de Hugo, pas le film de M. Ly). Quinze cents pages dans « La Pléiade », sans compter les trois cents de « Notes et variantes », heureusement facultatives à ce stade.

Tout avait commencé en douceur à l’approche de leurs bacs de français respectifs. J’arrivais encore à gérer, et je n’étais pas peu fier de ces enfants du siècle dont l’appétence pour les lettres avait survécu aux smartphones et traversé la Toile. Songer qu’il y a des parents qui, pour garder le contact, doivent se taper Fortnite Battle Royale III, Red Dead Redemption II et Booba Ier

Quant à moi, là où j’ai vraiment senti le vent du boulet, c’est lorsque ma progéniture a abordé la prépa littéraire. Face à des questions de plus en plus pointues, dans les brumes de mes souvenirs d’objecteur scolaire, impossible de lutter !

Si encore ça s’était passé au téléphone, peut-être aurais-je pu, au fil de la conversation, me bricoler discrètement une antisèche internet – en gagnant du temps à coup de généralités sur la nécessaire « recontextualisation » de la question et autres balançoires.

Là, face à face, pas d’échappatoire possible ! Il m’a donc fallu, en diverses circonstances, avouer à ma progéniture mon ignorance, recouverte du manteau de Noë de l’oubli – non sans minorer au passage l’importance de l’affaire pour la compréhension de l’œuvre.

N’empêche ! Pour maintenir le dialogue, une remise à niveau s’imposait, et d’abord concernant le pavé hugolien. Mais que faire ? Un peu tard pour me replonger dans cet océan où je m’étais déjà noyé, moi qui lis moins vite que les autres n’écrivent. Et beaucoup trop tard pour les « versions abrégées » à l’usage des enfants, les miens n’en étant plus.

Enfin, Audible vint ! Grâce à ce catalogue de livres-podcasts, découvert à point nommé, j’ai pu finalement « relire » en temps utile Les Miz’. Soixante heures d’écoute quand même ! Mais l’affaire a été bouclée en trois semaines, entre le vélo et la marche quotidiens, les repas solitaires et même les ablutions – suivant en cela le conseil de l’excellent Cami, auteur entre autres chefs-d’œuvre d’un Pour lire sous la douche qui fait encore autorité.

Désormais ils peuvent y aller avec leurs questions-pièges, les Bastien et autres Constance… Je suis incollable sur Petit Gervais, le père Mabeuf et même Tholomyès ! Espérons seulement qu’ils ne se lancent pas maintenant dans La Recherche…

 

BASILE, VOUS ÊTES JUIF ?

samedi 22 février

Pour la Saint-Basile, je me suis offert mon test ADN. Un coton-tige à l’intérieur de chaque joue, et hop ! Un mois plus tard, les résultats tombaient. Me voilà donc à 60 % « européen du nord et de l’ouest », sans surprise, mais aussi un tiers ibère, et même juif ashkénaze à 4,2 % ! Aussitôt j’ai fait part de la nouvelle à mes « amis » Facebook, et leurs commentaires reflètent l’enrichissante diversité de mes relations :

« Welcome bro, Mazel Tov and see you for Pourim ! » m’accueille Marc Cohen.

« Ce n’est pas possible ! Il faut réclamer une contre-expertise », proteste Hubert Mensch, ex-animateur de Nazisme & Dialogue au sein de Jalons.

Les autres, que je ne connais pas en vrai (IRL pour « in real life », en geek moderne) partent un peu dans tous les sens :

« T’inquiète pas, c’est du bon cholestérol ! » me rassure l’un ; « Ne vous plaignez pas, vous auriez pu avoir 1 % de sépharade » galèje un autre. On n’échappe même pas, hélas, aux plus douteux clichés : « C’est le moment de demander un prêt bancaire ! »

Que de tels propos puissent être tenus sur mon mur FB, croyez bien que j’en suis le premier gêné ! D’autant que je m’interrogeais justement : à présent qu’on est cousins, ne serait-ce pas le moment de demander à la reine Élisabeth une augmentation, ne serait-ce que de 4,2 % ?

 

FIVE EASY PIECES

Dans les pastiches de Proust, il y a autant de Proust que de pastiche.

89 % des Français pensent que les autres ont tort (sondage OnionWay).

Qu’est-ce que tu ferais, si t’étais toi ?

Ce soir, régime dissocié : Cristal Roederer et chasselas de Moissac.

Assez parlé de moi ! Dites-moi plutôt ce que vous en pensez…

Sibeth Ndiaye ne sait pas utiliser un masque


Horreur: Sibeth Ndiaye ne peut pas porter de masque! On craint le pire pour elle. Si elle venait à être contaminée qui porterait la bonne parole du gouvernement ? 


Une confession ? Non un SOS ! Sibeth Ndiaye a pris BFMTV à témoin de sa détresse. Écoutons-la. Et vous autres, les sans cœur, les cyniques et les adeptes du “on ne nous la fait pas”, passez votre chemin. Le désespoir d’une jeune femme mérite autre chose que vos gras ricanements. 

Peaux normales à mixtes

Voici ce qu’elle a dit d’une voix qu’on suppose tremblante d’émotion. “Vous savez quoi ? Je ne sais pas utiliser un masque. Je pourrais dire : Je suis une ministre, je me mets un masque mais, en fait, je ne sais pas l’utiliser”. Puis elle a précisé : “Parce que l’utilisation d’un masque, ce sont des gestes techniques précis, sinon on se gratte le nez sous le masque, on a du virus sur les mains, on en a une utilisation qui n’est pas bonne et cela peut être contreproductif”. 

A lire aussi: Covid-19: vivement l’été?

En conséquence de quoi, seule une personne compétente pourrait mettre un masque à Sibeth Ndiaye. Mais qui ? Pas Macron, car il est occupé à sauver la France. Blanquer, peut-être ? En effet depuis la fermeture des établissements scolaires, il est désœuvré. Mais nous avons regardé ses mains de près : il a de gros doigts et serait certainement maladroit. 

Exfoliation intense et effets indésirables

Reste Olivier Véran, médecin de formation et donc compétent. Il s’est défilé. “Écoute Sibeth, si je te pose un masque des dizaines de milliers d’infirmières vont me demander la même chose”. À première vue, de plus, la porte-parole du gouvernement a une jolie peau. Dieu sait quels dommages un masque pourrait lui occasionner. Il lui faudrait une crème protectrice contre ce masque aux effets dévastateurs. Mais, pauvre, pauvre Sibeth, toutes les boutiques d’esthétique où elle voudrait s’achalander sont fermées.

Pauvre Sibeth! De toute façon – et ça règle le problème – il n’y a pas de masques. C’est d’après Sibeth Ndiaye, la faute de Fillon. Le Premier ministre de Sarkozy, accuse-t-elle, a considéré en 2011 que nous n’avions plus besoin de masques. C’était il y a neuf ans ! Depuis, il y a eu Hollande puis Macron. Qu’ont-ils fait pour réparer l’erreur de Fillon ? Heureusement les pharmacies par temps de confinement restent ouvertes. On y trouve des sparadraps. Sibeth Ndiaye ferait bien d’en acheter. Pour se le coller sur la bouche…

La Crimée et ses poétesses


Les aventures d’un écrivain-traducteur dans l’ex-URSS (Premier épisode)


En débarquant à Moscou, par cette soirée du mois d’août, l’avion avait pris un sérieux retard et la correspondance pour Simféropol, capitale de la Crimée, quoique dans le même terminal, décollait une dizaine de minutes plus tard. Le personnel de la compagnie nous accueillit avec des : courez, courez, et on nous ouvrit un couloir spécial pour contrôle des passeports accéléré. J’arrivai à la seconde fouille prévue pour les vols domestiques au trot, dégoulinant. À mi-chemin de la porte d’embarquement, je découvris que j’avais laissé mon ordinateur à la fouille. Demi-tour. Je récupérai mon instrument de travail et repartis cette fois au galop. Mais, à la porte d’embarquement, la queue n’avait pas bougé. À mesure que le retard prévu de notre vol s’allongeait, j’avais de plus en plus soif. Lorsqu’ils affichèrent deux solides heures de retard, je pris une bière. L’avion venu en sens inverse Simféropol-Moscou s’était posé en catastrophe à la suite d’une avarie et l’aéroport était en plein branle-bas de combat. 

Je décidai alors d’appeler la secrétaire du jury de poésie de la Saison Intellectuelle de la ville balnéaire de Saki qui m’invitait pour la seconde fois à juger poèmes, proses et chansons sous une chaleur de plomb au bord de la Mer Noire. L’ayant prévenue du contretemps, je me rassérénai. Ce ne fut qu’en cours de vol que je m’aperçus avoir oublié le téléphone au comptoir, sans doute un peu paf. À Simféropol, personne ne m’attendait. Et je n’avais plus de téléphone. Je pris la décision d’essayer mon charme décadent sur la demoiselle du bureau d’information. Il était deux heures du matin, elle n’était pas débordée. Elle acceptait d’appeler un numéro local. Heureusement, la secrétaire du jury avait eu le bon goût de s’en dégotter un. Sinon, il fallait dormir dans l’aéroport et envoyer un message le lendemain par pigeon voyageur à Saki distante d’environ 40 km. En l’attendant, je repris une bière. La température n’avait pas baissé et les émotions me dessèchent la gorge. Au moment de payer, je n’avais que des euros. Oui mais… En raison de l’embargo sur cette république autonome imposé par l’UE, il est impossible de payer en devises non échangeables. Heureusement, la secrétaire accepta de carmer sans objection, arrivant fort tard dans l’aéroport désert…

L’année précédente, la compagnie aérienne avait égaré ma valoche et, quittant une ville de nord de l’Europe où la température était de 19° au soleil, j’avais atterri à Saki où elle avoisinait les 35°, sans même une paire de chaussettes de rechange, en blazer et pantalon à pinces, aussitôt trempé de sueur. Mon grand uniforme de fleuron de la Culture Française — à tordre. La NSA me suivait donc pas à pas chaque année, multipliant les obstacles à un voyage serein vers la République hors-la-loi et l’azur poétique. L’année prochaine, ils descendent mon zinc par une erreur à l’iranienne…

Sur place, on dormait mal dans la nuit surchauffée.

Le lendemain matin, constat : j’avais oublié montre et réveil chez moi. Or, je vous prie de croire que dans ce genre de réjouissances, on ne vous invite pas pour coincer la bulle. Les deuxième et troisième jours sont à trente-cinq poèmes et nouvelles, chansons de bardes, on doit aussi juger dessins et œuvres graphiques. À peine le temps de déjeuner. En fin de journée conciliabules du jury à huis-clos pour le verdict. Horaire très serré. Si on veut avoir le temps d’une sieste ou de se baquer face à la Turquie, il faut avoir l’heure.

De toute urgence, je partis donc dans l’enclave balnéaire de la ville, localité à part que les taxis ne trouvent jamais, un village de vacances mais en plus pauvre, Russie oblige. Un petit dédale entre des piaules à louer où s’entassent les boutiques à bouées, crème solaire et maillots de bain. Même la grande roue est rouillée, sur la plage. Et toute la Russie du peuple s’y déverse en famille, avec ses transistors, ses costauds patibulaires, ses matrones criardes, sa marmaille agressive et ses canettes de bière. Un certain nombre de ces Russes sont d’ailleurs ukrainiens : les guerres fratricides c’est comme ça, on se déteste cordialement, mais on continue à se fréquenter. Une ambiance de Côte d’Azur 1962, à l’apogée des congés payés, des blousons noirs et du Touring Club. Des cliques de Caucasiens qui vendent des fruits, des souvenirs et protègent les bars-restaurants chachliks. Tous les soirs vers 23 heures, ça commence à hurler lorsque bière et vodka atteignent le seuil critique. Mais ça fait du bien. On sort de la ville connectée, et du confort abrutissant. Décrassage d’adrénaline.  

Bref, je cherchais un réveille-matin aux alentours d’un square pelé lorsqu’on m’appela par mon prénom. Aussitôt sur mes gardes, je révisai mentalement mes prises secrètes contre la NSA, parce que je ne connais vraiment personne à Saki en dehors du jury et des candidats poètes tous regroupés dans l’unique hôtel de standing abritant la Saison Intellectuelle le Lady. C’était une voix féminine. Je me tournai vers une inconnue d’un certain âge aux yeux océaniques, d’un bleu, mais d’un bleu… Je me radoucis. Elle m’avait vu à la tribune, disait-elle, à Nijni-Novgorod un an et demi auparavant, au festival Gorki. Elle allait se baigner, voulais-je me joindre à elle. Ça n’entrait absolument pas dans mon ordre du jour. D’ailleurs, j’avais aussi oublié mon maillot de bain.

Vers 18 h — la chaleur avait à peine diminué —  les choses sérieuses démarraient : l’ouverture de la Saison Intellectuelle en présence des autorités municipales dans la cour intérieure de l’hôtel où toute l’enclave se précipitait en soirée pour écouter chanteuses et DJ se succédant sur une scène dressée pour l’occasion. La cérémonie atteignit les sommets du kitsch : Des acteurs figuraient Jupiter sur l’Olympe, entourée des muses des arts, parmi lesquelles la chanteuse vedette des soirées animées, une blonde opulente dont la sculpturale poitrine gonflait une toge blanche à liséré d’or — grands renforts de déclarations lyriques au micro. J’assistais au spectacle avec une certaine perplexité, lorsque surgit un couple de très jeunes écrivains avec lesquels j’avais fraternisé l’année précédente, Rina et Egor, qui préféraient Burroughs, Desnos, Doronine, Limonov et moi, à Pouchkine, Gorki, Akounine et consorts. Ils m’entraînèrent au bar situé plus loin sur la plage pour parler de littérature avec l’enthousiasme de leur âge, tandis qu’un soleil rouge plongeait dans l’eau, ensanglantant nos pintes de bière. Je manquai donc l’appel sur scène du romancier français, ce qu’on me rappela le lendemain avec une pointe d’aigreur.

La poésie dadaïste du décor et l’humour objectif des circonstances me plaisaient et même le boulot. Un mi-temps, la première journée : quinze poétesses en matinée, l’après-midi consacré aux bardes ukrainiens. Je ne parle pas l’ukrainien…

Ce matin-là, ces dames récitaient des vers dans la catégorie « Nature ». Après une enfilade de platitudes printanières sur l’éclosion des roses dans les jardins de rombières, la belle Margarita, qui vivait entre l’Ukraine et Milan, portait des robes à froufrous et des voiles à ses chapeaux, fila une fort élégante métaphore entre rousseur des feuilles d’automne et flétrissure de la peau d’arrière-saison…

Covid-19: vivement l’été?

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À Salt Lake City, une enveloppe de 200 000 dollars a été attribuée en urgence à des chercheurs pour mieux connaître la résistance du coronavirus. Alors, pourra-t-on retourner à la plage cet été ?


Fabriquer des coronavirus artificiels et sans nocivité pour comprendre comment le virus résiste à la chaleur, à l’humidité et à l’impact d’autres facteurs environnementaux : voici la riche idée d’une équipe de physiciens de l’université de l’Utah. Leur projet vise à mettre à la disposition des responsables de la santé publique – en ces temps de crise des gouvernants – un modèle permettant de comprendre comment le nouveau Coronavirus réagira au changement de saison, aux rayons du soleil (UV) et à la montée de la température de l’air. Autrement dit, cette équipe souhaite répondre à l’une des principales questions que pose le SARS-CoV-2 (nom du virus responsable de la maladie Covid-19) : le printemps et l’été feront-ils stopper ou au moins ralentir la propagation de ce fléau ?

On sait déjà que le SARS-CoV-2 se propage de la même manière que le virus de la grippe, c’est-à-dire sous forme de petites gouttelettes de mucus en suspension dans l’air. On sait aussi que les virus perdent généralement leur capacité d’infecter en même temps que leur intégrité structurelle, c’est-à-dire qu’exposés à l’air libre ils s’abiment.

Un virus n’est pas un organisme vivant

Depuis que le biologiste hollandais Martinius Beijernick les a identifiés pour la première fois à la toute fin du XIXe siècle, on sait que les virus sont des petits « paquets de code génétique » et non pas des formes de vie (c’est-à-dire des organismes capables de se reproduire comme les microbes). Ces petites coquilles à l’intérieur desquelles se trouvent des « instructions génétiques » utilisent les mécanismes reproductifs des cellules hôtes qu’ils envahissent et parasitent pour se reproduire. Ce processus d’invasion et de parasitage est la cause de la maladie, et dans le cas qui nous intéresse, la Covid-19.

Ainsi, l’étude de la physique de l’évolution des gouttelettes voyageant entre la personne infectée et les personnes non porteuses, dans différentes conditions de température et d’humidité, devrait nous renseigner à quel point cette exposition à l’air les casse et détériore et donc dans quelle mesure elle les rend – ou pas – inoffensifs car non infectieux. Mécaniquement parlant il s’agit d’évaluer comment l’enveloppe extérieure protectrice du virus réagit à l’air dans différentes conditions.

Crash-tests

Les deux physiciens Michael Vershinin et Saveez Saffarian qui gèrent l’équipe de Salt Lake City, viennent de recevoir une subvention de près de 200 000 dollars de la National Science Foundation (NSF) pour cette étude urgente. Leurs recherches consistent à travailler avec des versions synthétiques de ces coquilles vides – sans génomes viraux à l’intérieur car il ne s’agit pas d’un virus artificiel mais uniquement de faire des crash-tests pour la « voiture » du virus -, modélisées et fabriquées en laboratoire à partir du génome séquencé du SRAS-CoV-2. Cette réplique fidèle de l’emballage du virus permet de faire des tests pour savoir dans quelles conditions cette coquille s’effondre et le virus « meurt ».

Nous aussi, Français, avons hâte de prendre l’air !

Pour manipuler des nanoparticules factices – comme les coquilles vides artificielles des virus -le laboratoire de Saveez Vershinin utilise un outil appelé « pince optique » (pour aller vite, des faisceaux de lumière focalisés) permettant de déplacer et de sonder les molécules individuelles. Son collègue Michael Saffarian est quant à lui expert en techniques permettant de suivre les particules virales individuelles.

Les résultats de l’étude n’apporteront ni remède ni vaccin mais pourraient influencer la durée de mise en place des politiques de distanciation et de verrouillage social. Il n’est pas impossible que notre président, le ton sévère et le regard sombre, flanqué de son Haut conseil scientifique, nous envoie tous en vacances au soleil.

Ishikawa Takaboku et mon colt Smith and Wesson

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Le billet du vaurien


L’autre soir, une jeune Japonaise – quand j’écris « jeune », ce n’est pas quinze ans, mais vingt – est passée chez moi. Je lui ai proposé de partager mon modeste dîner : des patates douces et du rosbif. Ravie, elle a accepté. Et, divine surprise, sans que je le lui demande, elle a aussitôt fait la vaisselle qui traînait et préparé la table. Quelle Française aurait eu cette délicatesse ? Elle m’avait également apporté des gâteaux japonais. Quand elle a remarqué que j’étais fatigué et on l’est vite à soixante-dix-neuf ans, elle s’est éclipsée et, à peine de retour chez elle, m’a envoyé un mail dont je retranscris la dernière phrase : «  I can’t wait to see you next time. » Ce n’est sans doute pas vrai, mais cela réchauffe le cœur. Elle se nomme Yuzuki Fujimoto – Dieu que j’aime la sonorité de ces noms japonais. Elle est inscrite à Sciences Po. Je l’avais draguée à un arrêt de bus.

En me réveillant ce matin – une très bonne nuit pour une fois – je songeais que je m’étais trompé de pays : c’est au Japon que j’aurais dû vivre. Yuzuki a été très surprise de trouver côte à côte sur mon bureau (et ce n’était pas une mise en scène préparée) les poèmes d’Ishikawa Takuboku « Ceux que l’on oublie difficilement » en version bilingue et mon colt Smith and Wesson. Je l’ai rassurée en lui disant que chaque Suisse devait avoir une arme chez lui. Elle l’a pris précautionneusement entre ses doigts et mes pensées se sont envolées ailleurs… où j’ai retrouvé ce poème d’Ishikawa :

Trop tôt les douceurs de l’amour
Les tristesses je les ai connues
J’ai vieilli trop tôt


Dans un autre registre, ce mail de mon ami et traducteur mexicain, Guillermo de la Mora. Il me fait remarquer que je suis né au milieu de la Deuxième Guerre mondiale, un fait d’importance capitale pour lui. Il ajoute : « Les jeunes n’ont pas connu la guerre et cela les rend facilement stupides. En temps de paix, il faut trouver une bataille en soi pour se connaître, sinon on ne fait que déambuler sur terre comme du bétail ». Je comprends qu’il prenne plaisir à me traduire…

Confession d'un gentil garçon

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Wattstax, l’autre Woodstock

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Guy Darol replace le concert du 20 août 1972 dans la longue lutte des afro-américains pour l’égalité des droits civiques 


Son break couleur beige escorté par des motards a pénétré dans l’enceinte du Los Angeles Memorial Coliseum. Sur la pelouse même où les joueurs de football s’affrontent tous les week-ends, devant un public d’habitude peu concerné par la ségrégation raciale. Ce jour-là, au cœur de l’été 1972, plus de 100 000 spectateurs noirs, venus essentiellement des quartiers pauvres de la ville, l’attendaient. Isaac Hayes était alors considéré comme le « Black Moses », un messie au crâne lustré et à la voix caverneuse. Shaft, c’était lui, le chantre du combat pour la dignité noire et des corps entrelacés au milieu de la nuit. Le Black Power était dans toutes les têtes, en ce tout début des années 1970. Son arrivée sur la scène serait l’apothéose d’un événement censé redonner foi et fierté à une communauté épuisée, lasse et meurtrie par tant d’années d’injustices. 

Guy Darol aime les dissidents

Le racisme n’en finissait pas de distiller son fiel. La plus grande démocratie du monde n’arrivait toujours pas à dépasser son trauma originel et calmer cette colère sourde. L’émeute, à intervalles réguliers, était devenue un moyen d’expression toujours sévèrement réprimé. L’oppression minait les rapports sociaux de tout un pays. L’Amérique en plein shoot de surconsommation et dans l’impasse vietnamienne préférait fermer les yeux. L’heure de la réconciliation et du partage n’avait pas encore sonné. À ce moment-là de l’histoire, Isaac Hayes incarnait un modèle d’émancipation et de réussite. Sa musique profonde et lancinante, sorte de mélopée amoureuse où l’âme vient s’échouer certains soirs de déprime, sonnait comme un acte de résistance. Il avait digéré et disséqué l’amertume des révoltés pour en extraire une force tellurique. La ligne de basse hypnotique, les cuivres à la rescousse pour supporter les envolées lyriques et puis ce timbre unique qui tangue comme un tanker en haute mer. La « Soul music » avait trouvé son maître à penser. De l’amour ou de la rage, on ne sait toujours pas qui sort gagnant de ce combat musical. Ce jour-là, Isaac est sorti de sa voiture, un étrange chapeau mou en forme de cloche lui couvrait la moitié du visage et il était emmitouflé dans une cape bariolée. 

Une clameur s’empara du stade. Dans les gradins, on se trémoussait avec la même ferveur que sur le plateau de l’émission télé « Soul Train » animée par Don Cornelius. Les premières notes de « Shaft » résonnèrent comme un appel à la liberté. Le pasteur Jesse Jackson lui ôta son couvre-chef très lentement dans un geste biblique. Issac apparut, lunettes verres fumés et torse nu couvert de chaînes en or. Ce fut le clou d’un spectacle incroyable et d’une prise de conscience générationnelle. Quelques heures auparavant, toute l’essence de la musique noire américaine avait défilé. On avait vu Rufus Thomas en costume-bermuda rose, « The Bar-Kays », « The Staple Singers » ou encore la reine Carla Thomas. Ils étaient tous là. La mythologie Wattstax était née. Pour en comprendre la portée et la mystique, un seul auteur français était capable de relever ce défi. C’est-à-dire croiser les messages politiques notamment les modes d’action du Black Power et la variété des sons. Guy Darol a toujours porté un intérêt aux dissidents et aux outsiders du Rock. Ce grand spécialiste de Zappa et de l’écrivain André Hardellet ne s’enferre dans aucune frontière idéologique. Sa prose fluide coule comme une cascade de mots susurrés par Otis Redding. « Wattstax est un mot-valise, lourd de nombreuses significations. C’est la contraction de Watts et de Stax, le rapprochement d’une révolte furieuse et d’un label enraciné à Memphis, dans le Sud profond longtemps ostracisé » écrit-il, dans l’avant-propos de Wattstax, 20 août 1972, une fierté noire aux éditions Castor Astral dans la collection « A day in the Life ». Qui se souvient de cette émeute des habitants du quartier de Watts survenue à l’été 1965 qui aboutira à près de 4 000 arrestations ? Le rêve américain se désintégrait face au chômage, à la pauvreté, aux tensions récurrentes avec la police et à la ghettoïsation d’une partie de la ville. Sept ans plus tard, l’idée germa de rassembler ces exclus sur l’autel de la musique avec un slogan, ce cri qui vient de l’intérieur, « I Am Somebody » et d’honorer aussi la mémoire de Martin Luther King. 

Affirmation de soi

Reprendre son destin en main, voilà à quoi aspirait cette foule. « Wattstax serait l’expression de sa fierté et la musique participait de l’honneur et de la délivrance » résume Guy Darol. Wattstax prit également la forme d’un documentaire qui, près de quarante-cinq ans plus tard mérite un visionnage attentif. Wattstax fut un creuset où tous les genres étaient respectés, le Gospel, le ryhtm and blues, le jazz, le funk et même le rap y puisera sa veine pamphlétaire. Vers 15 heures, Jesse Jackson prit le micro et déclara : « Notre peuple a une âme. Notre expérience détermine la texture. Le goût et le son sont notre âme. On vit peut-être dans un taudis mais le taudis ne vit pas en nous. On est peut-être en prison, mais la prison n’est pas en nous… ». Et une jeunesse américaine se fit entendre.

Wattstax – 20 août 1972, une fierté noire de Guy Darol – Le Castor Astral

Haut les masques!


L’épidémie de Covid19 s’aggrave et le gouvernement durcit et étend son arme principale, si ce n’est unique : le confinement. Ce confinement, pour nécessaire qu’il ait été dans les premiers temps, est en train de devenir le paravent de l’inaction du gouvernement dans un domaine régalien : la production des armes pour faire la guerre… en l’occurrence les masques!


Depuis le début, on nous répète qu’il ne sert à rien de mettre un masque pour se protéger. Ce qui est à la fois vrai et faux. Le masque ne sert pas à protéger le porteur, il sert à protéger son environnement ! L’exemple du chirurgien est ici éloquent. Au bloc opératoire, on porte un masque non pas pour se protéger contre le patient, mais pour protéger le patient. L’opérateur (et tout le personnel) évite ainsi d’arroser celui qui est fragile avec ses propres sécrétions contaminantes.

Généralisons le port du masque

Dans une épidémie à vecteur respiratoire, le port du masque est absolument essentiel pour l’ensemble de la population. Car cela évite aux porteurs sains (déjà contaminants) de répandre leurs miasmes partout. Quand je dis partout, c’est : en face à face, et aussi sur les structures (barres du métro, poignées de portes, boutons d’ascenseur, clavier et souris d’ordinateur, etc.) que les autres vont toucher pour se contaminer à leur tour, en portant leurs mains souillées à la bouche.

Cela n’empêche pas les autres mesures de distanciation sociale : rester à un mètre, ne pas se faire la bise ou se serrer la main, se laver fréquemment les mains… Mais cela les renforce considérablement, notamment en diminuant la contamination passive du milieu environnant.

A lire aussi: Con-finé ou le syndrome du manchot

Ainsi, il faut généraliser le port du masque, et non pas le réserver aux personnels de santé. L’ensemble de la population doit être équipée de masques simples, les masques dits « chirurgicaux », qui protègent vers l’extérieur. Quant aux soignants qui sont exposés beaucoup plus massivement aux projections, ils doivent en plus être munis de masques renforcés (filtering facepiece 2 « FFP2 »), qui protègent non seulement vers l’extérieur mais aussi vers l’intérieur, de lunettes de protection, de gants et de combinaison. C’est d’ailleurs exactement ce qu’ont fait les pays asiatiques, qui ont inversé la courbe de l’épidémie.

L’effort de guerre impossible

Le gouvernement, tout fiérot, nous annonce que nous produisons 6 millions de masques par semaine. Mais pour une population de 60 millions d’habitants, c’est 600 millions par semaine qu’il faudrait ! Incapable de produire cet effort de guerre, le gouvernement en est réduit à interdire aux gens de sortir de chez eux, c’est-à-dire à prolonger le confinement. Et de nous expliquer doctement que le masque ne sert à rien, qu’il est difficile à manipuler – ce qui est faux : un masque de protection personnelle est difficile à manipuler, car il ne faut pas le toucher pour ne pas se recontaminer ; mais un masque de protection collective ne pose aucun problème particulier de manipulation : on peut bien toucher ses propres sécrétions sans risque… Tout cela pour masquer (c’est le cas de le dire) la pénurie à laquelle il est incapable de remédier. Alors, il est plus facile d’interdire, c’est-à-dire de confiner.

Mais le confinement aura un terme et, en l’absence de masques, cela aboutira à un inéluctable rebond de contamination. Il faut donc profiter de cette période pour mettre le paquet sur la production d’équipements de protection, c’est-à-dire essentiellement de masques – masques chirurgicaux pour la population générale, FFP2 pour les soignants. Dès que l’ensemble de la population sera équipée, on pourra alléger le confinement. On pourra rouvrir les commerces essentiels (par exemple les librairies et bibliothèques… on peut très bien lire avec un masque), les salles de spectacle (pas de problème pour le cinéma ; bémol pour le spectacle vivant, où les comédiens et chanteurs, qui projettent leur voix, arrosent copieusement leurs partenaires et les spectateurs du premier rang), et bien sûr les entreprises.

Pour un confinement court

Mais il faudra que tout le monde porte un masque, tout le temps. En tant que chirurgien, passant de longues heures au bloc opératoire dissimulée derrière cette petite bande de papier, je peux vous assurer que ce n’est pas du tout gênant ! On s’y habitue très bien. Il faut simplement bien l’ajuster et le pincer au niveau du nez, pour éviter la formation de buée sur les lunettes. Une fois masqué et au prix de quelques modifications de comportement « à la japonaise » (comme des salutations à distance), on pourra reprendre une vie presque normale. Mais pour cela, il faut que le gouvernement s’active au lieu d’interdire.

A lire ensuite: La principale victime du coronavirus? 30 ans d’idéologie dominante…

Ainsi, le confinement est actuellement nécessaire, mais pour une période courte. Il doit avant tout nous permettre de nous mettre en ordre de bataille (je reprends les métaphores guerrières qui ont la cote), en développant considérablement la production des produits de première nécessité. Et tant qu’à faire, on pourrait aussi produire à toute vitesse des respirateurs pour les réanimations qui sont dépassées par les malades graves (actuellement +1000 malades sur un total de 5000 lits équipés). Ce ne sont tout de même pas des machines bien compliquées ! Si on n’avait pas liquidé une part immense de notre appareil de production, au prétexte que l’usine du monde est en Chine, on n’en serait pas là. Pendant les deux guerres mondiales, les belligérants ont su produire des quantités phénoménales de matériel, chez eux et très vite. Et on n’est pas capable de coudre des pièces de papier et d’assembler quelques boulons et transistors pour nous sauver la mise ! C’est honteux et minable.

Récupérant pour la bonne cause un célèbre aphorisme, je n’hésite pas à proclamer : Larvatus prodeo !  Et au travers de mon petit filtre à particules, à distance réglementaire d’un bon mètre, je m’incline respectueusement devant tous les fidèles lecteurs de Causeur.

Do-it-yourself !

Depuis la parution de mon petit billet sur l’intérêt des masques pour tous, la polémique sur le sujet n’a fait que se renforcer. Témoin cette lettre ouverte de Florence de Changy (correspondante du Monde à Hong Kong) à Martin Hirsch, directeur de l’AP-HP.

Que les gouvernements successifs aient fait preuve d’impréparation dans cette affaire, nous privant des stocks stratégiques que leurs prédécesseurs avaient accumulés, cela ne fait pas de doute. Qu’ils aient fait ce choix sous la pression de contraintes budgétaires légitimes, non plus. Il est certain qu’on essaie actuellement, au plus haut niveau, de réparer les erreurs passées. Par les commandes massives de matériel de protection, par l’activation des circuits de production français, le gouvernement fait ce qu’il faut et ce qu’il peut. Nous ne pouvons qu’encourager ces efforts.

Et pourquoi pas aussi participer à ce mouvement ?

En effet, si le simple citoyen n’a évidemment pas les moyens de faire sortir de terre, d’un coup de baguette magique, les masques industriels manquants (en particulier les masques FFP2), ne peut-il confectionner lui-même les masques artisanaux dont il a besoin pour son propre usage ? Tous ces millions de confinés, qui tournent en rond chez eux, pourraient appliquer une méthode do-it-yourself. Les enfants même pourraient se voir utilement occupés avec un bricolage amusant. Avec un peu de tissu, on peut aboutir à une protection certainement pas parfaite, encore moins professionnelle, mais qui limite les dégâts. 

La comparaison avec l’effort de guerre de nos aînés est instructive. On se souvient que, pendant la première guerre mondiale, la population civile toute entière était mise au travail. Femmes, enfants, invalides, personnes âgées… Tous aidaient à fabriquer des pansements, en mettant « en charpie » des textiles hors d’usage. 

Que tout un chacun applique cette recette ancestrale : découper quelques torchons inutilisés, en faire des rectangles à coudre sur eux-mêmes (pour avoir une double face), y ajuster des cordons en haut et en bas… On a là un masque fort convenable, sur-mesure, lavable, réutilisable. Avec une vingtaine de ces élégants accessoires par personne, on sera paré quand, d’ici quelques jours ou quelques semaines, le confinement se desserrant, la vie sociale redeviendra (un peu) possible. Surtout, on limitera ainsi le risque de « deuxième vague » que tous les spécialistes redoutent.

Moi qui ne suis plus de première jeunesse, je me souviens de l’époque d’avant les casaques et masques à usage unique, ce qu’on appelle le non-tissé. Les tenues chirurgicales étaient alors en tissu, « bavette » comprise – bavette qui était solidaire de la casaque stérile qu’on enfile après s’être lavé les mains, et qu’on fait nouer derrière le dos et derrière la tête par l’infirmière ; puis on se gante stérilement ; enfin on ramène un rabat stérile vers l’avant et on le noue soi-même sur la ceinture. 

image1Je viens d’apprendre qu’une de mes anciennes collègues, retraitée depuis quelques années, s’est mise à la confection de tels masques en tissu. Soline (son nom n’a pas été changé) a des mains (et un cœur) en or. Ancienne anesthésiste de haut niveau, elle a d’abord proposé son aide à l’hôpital près de chez elle. Mais, quoique en bonne santé, elle était trop âgée pour ne pas prendre un risque majeur en se dévouant au contact de patients contagieux. Aussi, elle a décidé de fabriquer depuis chez elle des masques pour renforcer l’équipement défaillant de cet hôpital. Le résultat est magnifique (photo 1) ! Suivant son exemple, je vous envoie une photo de mes propres efforts. Je suis un peu moins douée qu’elle en couture, mais la protection n’attend pas l’élégance (photo 2) !

image2Encore une fois, il ne s’agit pas de se confectionner égoïstement son petit scaphandre individuel, mais de s’équiper pour diminuer son impact sur les autres. Il s’agit bien d’une démarche civique, et non individualiste. Mais en période d’épidémie, qui ne comprend que protéger les autres c’est se protéger soi-même ? 

Alors, à vos tissus, vos ciseaux et vos aiguilles ! Et rendez-vous à la fin du confinement pour dire à nos gouvernants (qui sont aussi nos élus) : « Non seulement nous ne sommes pas indisciplinés, non seulement nous ne sommes pas égoïstes, non seulement nous ne sommes pas idiots, mais, tous ensemble, nous pouvons contribuer à la victoire sur l’épidémie qui s’est abattue sur notre pays ! ».

Con-finé ou le syndrome du manchot


C’était comment la vie il y a trois semaines? Comment c’était déjà l’existence avant les gestes barrières, la distanciation, les matches de foot à huis clos et la bourse à  – 25% ?


Pas si mal. Déjà, on n’avait pas à penser à tous ses gestes dès qu’on levait le petit doigt. On n’était pas non plus des flippés de la poignée de main. Des constipés du bisou ou des capons du CAC 40. On allait au boulot en train ou en métro en s’accrochant à la barre de maintien à pleines mains. Comme des gamins sur les torsades des cochons de manège. Et c’était parti pour un tour. On ouvrait les portes des wagons d’un pouce, sans vergogne, comme des grands. On serrait la pince à tous les mecs au bistrot le matin, sans se méfier. Sans parfois même connaître les blases des clients qu’on croisait tous les jours. On embrassait les filles à pleines joues dans les bureaux et on buvait des cafés à la machine en tripotant les touillettes à sucre, sans jamais se soucier une seconde de l’hygiène du type qui avait pu les charger dans la bécane. On se léchait même les doigts quand la mayonnaise débordait des sandwiches au poulet. Beurk ! C’est dire si on était inconscient. Ça n’était pas bien ragoûtant. Mais par rapport à aujourd’hui, c’était finalement le paradis. Moi je vous le dis.

Mais ça, c’était avant. Il y a trois semaines. Il y a un siècle, pour paraphraser Joe Dassin. Ou Agnès Buzyn. Ce n’était pas l’été indien bien sûr, juste le printemps naissant. Quand nous étions insouciants. Sales et pas méchants. En somme une bande d’inconscients.

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Ce matin, en enfilant mes souliers avec un chausse-pied métallique préalablement désinfecté et en faisant glisser mes quelques pièces de monnaie dans ma poche à l’aide d’une enveloppe (neuve) pour éviter le « toucher de ferraille », je me suis souvenu de ces instants révolus. De ces bonheurs simples. Et surtout, je me suis posé la question qu’on peut lire maintenant sur toutes les lèvres. Pardon sur tous les masques. L’interrogation que tous les gens sont en droit de se poser : mais qu’est-ce qu’on va bien pouvoir devenir ?

Il est 7h00 et j’ai un seul objectif, récupérer mon PC portable au bureau, je n’ai pas d’imprimante à la maison. Alors, j’ai gribouillé une déclaration sur l’honneur à la main. Ça vaut ce que ça vaut. J’ai nettoyé la télécommande de mon parking, donc je suis clean. Au moins au sens où l’entend le collège des spécialistes cher au cœur du gouvernement. Mais les clefs de la voiture? Je les avais oubliées celles-là. Il faut bien que je les touche, moi, les clefs de la bagnole. Et elles ne sont certainement pas propres, les cochonnes ! J’essaye de me souvenir de la dernière fois qu’une autre personne les a touchées? Était-ce le mécano du garage ou le voiturier du Petit Pergolèse? Enfin quand les restos étaient encore ouverts… Bon, c’était la semaine dernière. Paraît que le virus ne vit que douze heures sur les surfaces, alors les clefs c’est bon? Oui, mais les bips qui sont sur le trousseau ? Ils sont plus plats. Celui de l’ascenseur et celui de mon bureau ? Faut bien que je les frotte sur les déclencheurs magnétiques pour ouvrir les portes, quand même? Moi je suis propre, l’hygiène ça toujours été mon truc, mais les autres? S’il y a quelqu’un d’infecté qui a passé son bip sale à l’entrée avant moi, il va compromettre mon bip propre alors? Hein? Bon je sais ce que je vais faire, je vais prendre une lingette pour nettoyer le support.

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Mais avant, il faut que j’aille déjà faire le plein. Et je vais donc devoir toucher la pompe à essence, de par le fait. Mais comment faire ? Un pistolet c’est déjà dégoûtant. Avec tous les résidus d’hydrocarbures qui traînent. Mais avec des vrais morceaux de Corona dessus, c’est encore pire. J’ai trouvé, je vais prendre les gants au distributeur Total. En espérant que le type qui les a posés dans la bécane avait les mains propres. Air connu. Pas gagné. Et pour payer? Je vais faire comment pour payer? Il va falloir que je donne ma carte au pompiste et il va la toucher. Ah le saligaud! Et pourtant je l’avais si bien nettoyée. Bon, j’ai une idée, je vais prendre vingt euros de SP95. Comme ça, je pourrai faire un sans contact sans qu’il la touche. Malin. Je serai quitte pour nettoyer le dessous de ma Mastercard.

Me voilà enfin devant mon bureau. Je n’ai pas payé le stationnement. Pas envie de salir ma CB dans le parcmètre. J’espère que les contractuels resteront aussi confinés. Ça c’est peut-être la seule bonne nouvelle de cette crise sanitaire. Les chieurs sont aussi en quarantaine. Les emmerdeurs à l’isolement. Plus de PV ! D’un autre côté, comme on ne peut plus se déplacer… Il faut que j’arrive à tirer la porte d’entrée sans toucher la poignée. Facile, j’ai mis mes gants de déneigement qui traînaient dans ma boîte à gants, souvenir de l’époque où on pouvait encore skier. Pas très pratique de bosser avec des moufles, mais ça suffit bien pour ouvrir une lourde. Je ne suis pas non plus neurologue. Pareil pour l’ascenseur. Mais je manque de précision. J’ai dû appuyer sur trois étages à la fois. Me suis arrêté quatre fois avant le huitième. Et j’ai barré le passage à la femme de ménage au cinq. Une ascension comme un chemin de croix. Maintenant il faut que je retire mes gants. Je peux enlever le côté gauche, ça oui, mais pour l’autre, il va bien falloir que je touche le côté droit avec la main. C’est évident. Je me gratterais bien le nez pour trouver une solution. Mais je ne veux pas me souiller le visage. Tant pis, je prends le risque. J’enlève mes gants à l’ancienne. Je vais être bon pour me laver les mains. D’un autre côté, il est 8h et c’est finalement la première fois que je les passe au savon. Pas mal pour un mardi. J’ai déjà nettoyé mon volant et les poignées de la voiture au gel hydro. Ma carte bleue, mon portable et les bips d’entrée à la javelle. Maintenant il faut que je me fasse un café. Mais je vais mettre quoi comme eau dans le réservoir ? Pas celle du robinet quand même ? Ben je n’ai que ça. Et si c’est pour toucher une bouteille en plastique d’origine inconnue, non merci. Et les dosettes de Nespresso? Hein? Où est-ce qu’elles sont fabriquées ces saletés de dosettes? Me suis lavé une tasse au Paic Citron, ça donne un petit goût lemon au moka, mais on n’est jamais trop prudent et j’ai baissé le levier du mélangeur avec le coude. Je n’ai plus qu’à appuyer sur le bouton marche, mais avec quoi? Je n’ai que mes clefs sur moi. Ah non, pas les clefs, je viens de les laver! Je vais prendre une serviette en papier. En espérant que le type qui a chargé la bécane aux toilettes avait les mains propres. Air connu. Ça y est, j’ai bu mon café. La journée peut commencer. Enfin presque s’achever, car, avec la meilleure volonté du monde, il n’y a pas grand-chose à faire. Je pourrais rester là toute la journée je suis seul dans l’immeuble. Le business est au point mort. Le téléphone n’arrête pourtant pas de sonner. Mais c’est toujours pour la même raison. « Et vous, vous avez pu partir ? » Non, mais fuir pour quoi faire ? Pour s’éloigner des grandes villes les plus touchées mais les mieux équipées en urgences ? Urgences débordées d’ailleurs. Ou foutre le camp à la campagne pour éviter que les enfants nous rendent dingues ? Faire la queue pour le pain ici ou ailleurs… Il y a une blague qui se répand en ce moment sur les réseaux sociaux comme un virus. Si on se précipite sur les pâtes et le papier toilette, c’est que les Français sont obsédés par deux choses, le blé et le cul. C’est pas faux. Bon, faut que j’enfile mes moufles pour reprendre l’ascenseur avec mon PC sous le bras. Je vais aller m’acheter un Twix au tabac avant de me confiner, y a plus que ça d’ouvert. On ressemble tous à des manchots à pousser les portes avec les pieds. Et puis je vais quand même aller vérifier l’action Fujifilm, il paraît qu’ils ont trouvé un médicament antigrippal qui a marché sur les Chinois. Y a pas que les pâtes dans la vie. Y a aussi l’oseille.

Facho de circonstance

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La Réaction de Côme Martin-Karl, roman drôle et glacé, raconte l’errance d’un trentenaire parmi les groupes de l’ultra-droite.


 

Côme Martin-Karl, dont La Réaction est le troisième roman au compteur, est d’une noirceur réjouissante dans sa manière de passer au crible la galaxie de tous les groupuscules d’extrême-droite, identitaires, ultraroyalistes, complotistes, catholiques sédévacantistes, terreplatistes, et autres agités du bocal amusants et folkloriques, parfois dangereux. Son héros et narrateur, qui s’appelle Mathieu Richard, comme tout le monde, a la trentaine glandeuse après une école de commerce de troisième zone et une enfance dans le glacis pavillonnaire d’une famille recomposée.

Il y a une génération, il aurait très bien pu être du genre à tirer sur un président de la République le jour d’un défilé du 14 juillet mais il se révèle assez aboulique, au bout du compte. Surtout, il n’entretient aucune illusion sur son engagement, ne croit pas à grand- chose, même quand il adhère à un obscur Renouveau Réactionnaire et participe à une manif qui va avoir son martyr dans une baston avec les antifas. 

Mathieu s’est fait un petit nom dans les milieux ultras par son art du trolling avec les profils de Béarnais2souche et quelques autres. Il vit chez un jeune aristo fin de race au peignoir crasseux qui ne mange que des saucisses cocktails. L’aristo fait le mécène pour Mathieu et deux autres trolls, une catho de « Joie et combat » et un masculiniste malingre. Pour compléter le tout, Mathieu est gay assumé, ce qui n’est pas si mal vu que ça dans un milieu où on garde un souvenir mouillé des statues d’Arno Breker. Un exemple du ton pince sans-rire de Côme Martin-Karl. C’est Mathieu qui parle de la rencontre de son ancien amant avec un jeune musulman converti : « Ils s’étaient rencontrés lors d’un colloque sur Bernanos, ç’a avait été un coup de foudre. Ils s’étaient chastement fréquentés pendant quelques temps, avant de coucher ensemble comme il est de coutume chez les chrétiens pratiquants ».

Au-delà de la peinture froide et hilarante de cette ultra-droite, il y a dans La Réaction le portrait d’une France toujours plus droitisée où les idées les plus folles – de la névrose mérovingienne (qui estime que le cauchemar commence avec l’imprimerie) au racisme biologique le plus décomplexé- finissent par infuser dans l’ensemble de la société, notamment via les médias, à l’exemple du Père Marie-Marie, gourou du Renouveau Réactionnaire qui avec sa tronche de moine des croisades, finit comme chroniqueur appointé d’un talk-show de chaîne d’info continue.

À travers le pâle Mathieu Richard, dépressif caché capable d’une subtile autodérision, c’est aussi le portrait d’un homme sans qualités, plus proche du Meursault de Camus que du cadet d’Ernst Von Salomon qui nous est donné ici.  L’erreur serait de penser qu’il s’agirait d’un roman de gauche (elle en prend pour son grade) : on est plutôt ici du côté du Nimier du Hussard Bleu ou des Epées. Un des personnages de Nimier ne déclarait-il pas : « Je préfère rester fasciste bien que ce soit baroque et fatiguant » ? Alors que Mathieu Richard, lui, n’aura finalement gardé que la fatigue qui le mènera à un destin paradoxal dans une France qui appliquera, dans un futur proche, les idées auxquelles il aura fait semblant de croire.

Virus de rappel


On ne veut pas briser vos rêves, mais le coronavirus tient lieu de piqure de rappel.


A tous les crédules…

A ceux qui comptent sur les exosquelettes ou les prothèses bioniques pour réaliser des performances physiques ou intellectuelles surpassant celles que leur laissaient espérer les capacités issues de leur procréation ; à ceux qui attendent qu’on leur introduise des implants dans le cerveau pour améliorer leurs capacités cognitives et communiquer par la pensée avec des robots ou d’autres individus, ignorant qu’en transférant à ces instruments leurs fonctions physiques ou cérébrales, ils laissent s’atrophier leurs organes, et que l’homme augmenté produira une humanité d’avortons.

A ceux qui pensent que l’intelligence artificielle pourra suppléer les humains pour opérer des choix dans de multiples domaines, comme assurer la rationalité du recrutement des entreprises, éclairer les magistrats sur l’opportunité de maintenir en prison les délinquants en fonction du risque de récidive, ou encore laisser aux drones ou aux robots tueurs la décision de faire feu, dispensant les hommes de choix éthiques difficiles, alors que la responsabilité des décisions prises échoira toujours aux hommes, en dernière instance.

A lire aussi: Code informatique, algorithmes des GAFA: désamorcer la machine infernale

A ceux qui croient que nos informations et nos pensées peuvent s’évader de leurs pesants supports traditionnels, s’imaginant qu’elles sont en sécurité dans « le cloud », léger et flottant très haut dans le ciel, ne sachant pas, ou feignant d’ignorer qu’elles sont au contraire stockées bien sur terre dans des « data centers » énergivores et polluants.

A ceux qui affirment que l’esprit pourra survivre au corps, qu’il sera possible d’en sauvegarder toutes les données en les gravant sur des disques durs, et que nous pourrons remplacer nos corps par des machines contrôlées par la réplique numérique de notre cerveau, ignorant que celui-ci est infiniment plus qu’une accumulation de données, et que l’âme restera à jamais inaccessible.

A ceux surtout qui sont convaincus qu’il sera possible de vaincre la mort ; comptant sur la cryogénie et l’aboutissement du projet Calico de Google pour ressusciter puis accéder à l’immortalité… et qui constatent aujourd’hui qu’un virus peut toujours menacer la vie sur toute la planète.

A ceux qui espéraient que les « GAFAM » débarrasseraient l’humanité de ses carcans de préjugés, par le prodige d’une communication libérée de toutes ses entraves, et construiraient une société dans laquelle la transparence généralisée sera garante de l’accomplissement de toutes les vertus, et de l’éradication de tous les vices, rechignant à constater que les réseaux sociaux sont le terreau sur lequel se développent la haine et de nouvelles formes de violence, se diffusent les fausses informations, et produisent des régressions qui vont jusqu’à ringardiser l’idée de vérité…

A tous les crédules abusés par l’idée que la 5G est le vecteur du progrès et de l’épanouissement de l’individu, doté par la magie numérique d’une foule d’objets connectés intelligents lui simplifiant la vie ; convaincus que d’allumer les lampes, ouvrir les rideaux, ou mettre en route robots ménagers et télévision par une commande vocale est le sommet du bonheur, en faisant l’impasse sur l’énormité de la consommation d’énergie, et toutes les atteintes à l’environnement que cela implique, sans voir surtout que cela augmente terriblement la fragilité de la société, sa vulnérabilité aux grandes pannes et aux sabotages…

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Aux prisonniers de la bulle cognitive, aux addicts à la manette, aux possédés du clic, aux captifs des réseaux et de la haine, fascinés par leur propre image, aux exhibitionnistes de facebook ou d’Instagram, aux possédés de Netflix, aux abusés de Whatsapp, aux 45% de français, dont 66% des jeunes entre 18 et 29 ans qui passent entre deux et six heures par jour sur leur smartphone, et qui considérent que la vraie vie, c’est-à-dire celle qui intéresse, qui capte l’attention, qui procure émerveillement, surprises en tout genre, émotions fortes, etc se situe derrière les écrans…

A celles ou ceux qui pensent que la distinction entre les sexes est ringarde, qu’en attribuer un à la naissance est un abus de pouvoir de la société, une atteinte à une liberté fondamentale, et que les progrès de la science permettront de retarder le choix jusqu’à un âge avancé, ou, mieux encore de l’abolir, sans reconnaître qu’il s’agirait d’une mutation anthropologique mettant en danger un des équilibres fondamentaux de l’humanité.

A ceux qui s’émeuvent de l’illectronisme et en appellent à la solidarité pour aider les anciens à surmonter cette pathologie, en oubliant que l’illettrisme concerne encore 7% de la population adulte et sévit encore dans la jeunesse… Ou encore que Pepper le robot résoudra la question de la solitude des personnes âgées et amènera la joie dans les EHPAD, dispensant les humains de leur devoir de solidarité…

A tous ceux qui proclament qu’ils se sont faits par eux-mêmes, qu’ils ne doivent rien à personne, qu’ils sont totalement libres de leurs opinions, et considèrent comme une agression la prétention de quiconque de les remettre en cause, qui ont la conviction de ne devoir qu’à eux-mêmes leurs réussites, et renvoient aux pesanteurs et archaïsmes de la société la responsabilité de leurs échecs… tous ceux-là s’aperçoivent aujourd’hui, par la malfaisance d’un virus, qu’ils vivent en société, et sont solidaires des autres, pour le pire sinon pour le meilleur, qu’ils le veuillent on non….

A tous ceux qui croyaient que le programme cartésien de maîtrise et de possession de la nature était accompli, et qu’au-delà un monde artificiel s’émancipant radicalement de son emprise était en cours d’élaboration….

Coronavirus vous en informe : le réel est de retour.

 

Basile, vous êtes juif?

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Toy Story 4, un film misogyne et raciste. © Disney/ Pixar

Ah quel moi, mes amis ! Pas une minute à moi… J’ai relu Les Misérables à vélo et enquêté sur les Oscars 2020, tout en devenant juif ashkénaze. À 4,2 %, mais quand même !


TOY STORY 4, OU LA COLÈRE DE L’HOMME BLANC

dimanche 9 février

Samedi 25 janvier, dans l’émission culte « Saturday Night Live » (NBC), l’humoriste maison Melissa Villasenor plaisante sur les Oscars à venir. Son sketch, parlé et chanté sur l’air du temps, est lourd d’un message. À l’en croire, la quasi-totalité des films nommés pour l’Oscar aurait en fait un seul vrai sujet : « La colère de l’homme blanc » (« white male rage »).

À l’appui de cette thèse, foin d’arguments ! Melissa fait dans la méthode Coué, ici repeinte aux couleurs du comique de répétition. Sur un air de samba, elle nous livre donc trois couplets satiriques, d’autant plus redondants que le refrain lui-même en est triplé :

Sur Joker, de Todd Philips : « […] Ce dont le film parle vraiment / C’est la colère de l’homme blanc / La colère de l’homme blanc / La colère de l’homme blanc ! »

Sur The Irishman, de Scorsese : « Ça dure trois heures / Ils sont vieux et ils sont jeunes / C’est la colère de l’homme blanc… » (ter)

Et comme les meilleures blagues ont une fin, le dernier couplet englobe tout le reste de la sélection ou presque (le dernier Tarantino, 1917, Jojo Rabbit et même Toy Story 4) dans la même accusation : white male rage partout !

Amusant de voir cette dinde gigoter, toute fière, sur son pont aux ânes féministo-diversitaire. Dans le genre comique, ça m’a rappelé Charline Vanhoenacker. Certes, chaque strophe de la chansonnière engagée est ponctuée de rires d’approbation, mais vous me direz, avec la technique, de nos jours…

Quoi qu’il en soit, quinze jours plus tard, Melissa a l’air con. L’Oscar du Meilleur Film (même pas « étranger ») est attribué à Parasite, un excellent film sud-coréen garanti 100 % sans mâle blanc.

N’empêche ! Tout ça m’a donné envie de voir Toy Story 4.

 

LES MISÉRABLES FONT DU VÉLO

vendredi 14 février

Ce n’est pas le tout d’élever des enfants ; encore faut-il éviter qu’ils vous dépassent au point de vous regarder de haut.

Ces derniers temps, Bastien puis sa cadette Constance se sont mis à causer littérature – entre autres – avec moi, quitte à me demander au passage un avis ou une précision sur telle œuvre qu’ils étudiaient. Parmi celles-ci, le plus gros morceau reste bien sûr Les Misérables (le livre de Hugo, pas le film de M. Ly). Quinze cents pages dans « La Pléiade », sans compter les trois cents de « Notes et variantes », heureusement facultatives à ce stade.

Tout avait commencé en douceur à l’approche de leurs bacs de français respectifs. J’arrivais encore à gérer, et je n’étais pas peu fier de ces enfants du siècle dont l’appétence pour les lettres avait survécu aux smartphones et traversé la Toile. Songer qu’il y a des parents qui, pour garder le contact, doivent se taper Fortnite Battle Royale III, Red Dead Redemption II et Booba Ier

Quant à moi, là où j’ai vraiment senti le vent du boulet, c’est lorsque ma progéniture a abordé la prépa littéraire. Face à des questions de plus en plus pointues, dans les brumes de mes souvenirs d’objecteur scolaire, impossible de lutter !

Si encore ça s’était passé au téléphone, peut-être aurais-je pu, au fil de la conversation, me bricoler discrètement une antisèche internet – en gagnant du temps à coup de généralités sur la nécessaire « recontextualisation » de la question et autres balançoires.

Là, face à face, pas d’échappatoire possible ! Il m’a donc fallu, en diverses circonstances, avouer à ma progéniture mon ignorance, recouverte du manteau de Noë de l’oubli – non sans minorer au passage l’importance de l’affaire pour la compréhension de l’œuvre.

N’empêche ! Pour maintenir le dialogue, une remise à niveau s’imposait, et d’abord concernant le pavé hugolien. Mais que faire ? Un peu tard pour me replonger dans cet océan où je m’étais déjà noyé, moi qui lis moins vite que les autres n’écrivent. Et beaucoup trop tard pour les « versions abrégées » à l’usage des enfants, les miens n’en étant plus.

Enfin, Audible vint ! Grâce à ce catalogue de livres-podcasts, découvert à point nommé, j’ai pu finalement « relire » en temps utile Les Miz’. Soixante heures d’écoute quand même ! Mais l’affaire a été bouclée en trois semaines, entre le vélo et la marche quotidiens, les repas solitaires et même les ablutions – suivant en cela le conseil de l’excellent Cami, auteur entre autres chefs-d’œuvre d’un Pour lire sous la douche qui fait encore autorité.

Désormais ils peuvent y aller avec leurs questions-pièges, les Bastien et autres Constance… Je suis incollable sur Petit Gervais, le père Mabeuf et même Tholomyès ! Espérons seulement qu’ils ne se lancent pas maintenant dans La Recherche…

 

BASILE, VOUS ÊTES JUIF ?

samedi 22 février

Pour la Saint-Basile, je me suis offert mon test ADN. Un coton-tige à l’intérieur de chaque joue, et hop ! Un mois plus tard, les résultats tombaient. Me voilà donc à 60 % « européen du nord et de l’ouest », sans surprise, mais aussi un tiers ibère, et même juif ashkénaze à 4,2 % ! Aussitôt j’ai fait part de la nouvelle à mes « amis » Facebook, et leurs commentaires reflètent l’enrichissante diversité de mes relations :

« Welcome bro, Mazel Tov and see you for Pourim ! » m’accueille Marc Cohen.

« Ce n’est pas possible ! Il faut réclamer une contre-expertise », proteste Hubert Mensch, ex-animateur de Nazisme & Dialogue au sein de Jalons.

Les autres, que je ne connais pas en vrai (IRL pour « in real life », en geek moderne) partent un peu dans tous les sens :

« T’inquiète pas, c’est du bon cholestérol ! » me rassure l’un ; « Ne vous plaignez pas, vous auriez pu avoir 1 % de sépharade » galèje un autre. On n’échappe même pas, hélas, aux plus douteux clichés : « C’est le moment de demander un prêt bancaire ! »

Que de tels propos puissent être tenus sur mon mur FB, croyez bien que j’en suis le premier gêné ! D’autant que je m’interrogeais justement : à présent qu’on est cousins, ne serait-ce pas le moment de demander à la reine Élisabeth une augmentation, ne serait-ce que de 4,2 % ?

 

FIVE EASY PIECES

Dans les pastiches de Proust, il y a autant de Proust que de pastiche.

89 % des Français pensent que les autres ont tort (sondage OnionWay).

Qu’est-ce que tu ferais, si t’étais toi ?

Ce soir, régime dissocié : Cristal Roederer et chasselas de Moissac.

Assez parlé de moi ! Dites-moi plutôt ce que vous en pensez…

Sibeth Ndiaye ne sait pas utiliser un masque

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Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement lors du compte-rendu du conseil des ministres du 4 mars 2020. © Stephane Lemouton -POOL/SIPA Numéro de reportage: 00948239_000008

Horreur: Sibeth Ndiaye ne peut pas porter de masque! On craint le pire pour elle. Si elle venait à être contaminée qui porterait la bonne parole du gouvernement ? 


Une confession ? Non un SOS ! Sibeth Ndiaye a pris BFMTV à témoin de sa détresse. Écoutons-la. Et vous autres, les sans cœur, les cyniques et les adeptes du “on ne nous la fait pas”, passez votre chemin. Le désespoir d’une jeune femme mérite autre chose que vos gras ricanements. 

Peaux normales à mixtes

Voici ce qu’elle a dit d’une voix qu’on suppose tremblante d’émotion. “Vous savez quoi ? Je ne sais pas utiliser un masque. Je pourrais dire : Je suis une ministre, je me mets un masque mais, en fait, je ne sais pas l’utiliser”. Puis elle a précisé : “Parce que l’utilisation d’un masque, ce sont des gestes techniques précis, sinon on se gratte le nez sous le masque, on a du virus sur les mains, on en a une utilisation qui n’est pas bonne et cela peut être contreproductif”. 

A lire aussi: Covid-19: vivement l’été?

En conséquence de quoi, seule une personne compétente pourrait mettre un masque à Sibeth Ndiaye. Mais qui ? Pas Macron, car il est occupé à sauver la France. Blanquer, peut-être ? En effet depuis la fermeture des établissements scolaires, il est désœuvré. Mais nous avons regardé ses mains de près : il a de gros doigts et serait certainement maladroit. 

Exfoliation intense et effets indésirables

Reste Olivier Véran, médecin de formation et donc compétent. Il s’est défilé. “Écoute Sibeth, si je te pose un masque des dizaines de milliers d’infirmières vont me demander la même chose”. À première vue, de plus, la porte-parole du gouvernement a une jolie peau. Dieu sait quels dommages un masque pourrait lui occasionner. Il lui faudrait une crème protectrice contre ce masque aux effets dévastateurs. Mais, pauvre, pauvre Sibeth, toutes les boutiques d’esthétique où elle voudrait s’achalander sont fermées.

Pauvre Sibeth! De toute façon – et ça règle le problème – il n’y a pas de masques. C’est d’après Sibeth Ndiaye, la faute de Fillon. Le Premier ministre de Sarkozy, accuse-t-elle, a considéré en 2011 que nous n’avions plus besoin de masques. C’était il y a neuf ans ! Depuis, il y a eu Hollande puis Macron. Qu’ont-ils fait pour réparer l’erreur de Fillon ? Heureusement les pharmacies par temps de confinement restent ouvertes. On y trouve des sparadraps. Sibeth Ndiaye ferait bien d’en acheter. Pour se le coller sur la bouche…

La Crimée et ses poétesses

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Une femme et son chien au bord de la mer Noire en Russie. Image d'illustration Unsplash.

Les aventures d’un écrivain-traducteur dans l’ex-URSS (Premier épisode)


En débarquant à Moscou, par cette soirée du mois d’août, l’avion avait pris un sérieux retard et la correspondance pour Simféropol, capitale de la Crimée, quoique dans le même terminal, décollait une dizaine de minutes plus tard. Le personnel de la compagnie nous accueillit avec des : courez, courez, et on nous ouvrit un couloir spécial pour contrôle des passeports accéléré. J’arrivai à la seconde fouille prévue pour les vols domestiques au trot, dégoulinant. À mi-chemin de la porte d’embarquement, je découvris que j’avais laissé mon ordinateur à la fouille. Demi-tour. Je récupérai mon instrument de travail et repartis cette fois au galop. Mais, à la porte d’embarquement, la queue n’avait pas bougé. À mesure que le retard prévu de notre vol s’allongeait, j’avais de plus en plus soif. Lorsqu’ils affichèrent deux solides heures de retard, je pris une bière. L’avion venu en sens inverse Simféropol-Moscou s’était posé en catastrophe à la suite d’une avarie et l’aéroport était en plein branle-bas de combat. 

Je décidai alors d’appeler la secrétaire du jury de poésie de la Saison Intellectuelle de la ville balnéaire de Saki qui m’invitait pour la seconde fois à juger poèmes, proses et chansons sous une chaleur de plomb au bord de la Mer Noire. L’ayant prévenue du contretemps, je me rassérénai. Ce ne fut qu’en cours de vol que je m’aperçus avoir oublié le téléphone au comptoir, sans doute un peu paf. À Simféropol, personne ne m’attendait. Et je n’avais plus de téléphone. Je pris la décision d’essayer mon charme décadent sur la demoiselle du bureau d’information. Il était deux heures du matin, elle n’était pas débordée. Elle acceptait d’appeler un numéro local. Heureusement, la secrétaire du jury avait eu le bon goût de s’en dégotter un. Sinon, il fallait dormir dans l’aéroport et envoyer un message le lendemain par pigeon voyageur à Saki distante d’environ 40 km. En l’attendant, je repris une bière. La température n’avait pas baissé et les émotions me dessèchent la gorge. Au moment de payer, je n’avais que des euros. Oui mais… En raison de l’embargo sur cette république autonome imposé par l’UE, il est impossible de payer en devises non échangeables. Heureusement, la secrétaire accepta de carmer sans objection, arrivant fort tard dans l’aéroport désert…

L’année précédente, la compagnie aérienne avait égaré ma valoche et, quittant une ville de nord de l’Europe où la température était de 19° au soleil, j’avais atterri à Saki où elle avoisinait les 35°, sans même une paire de chaussettes de rechange, en blazer et pantalon à pinces, aussitôt trempé de sueur. Mon grand uniforme de fleuron de la Culture Française — à tordre. La NSA me suivait donc pas à pas chaque année, multipliant les obstacles à un voyage serein vers la République hors-la-loi et l’azur poétique. L’année prochaine, ils descendent mon zinc par une erreur à l’iranienne…

Sur place, on dormait mal dans la nuit surchauffée.

Le lendemain matin, constat : j’avais oublié montre et réveil chez moi. Or, je vous prie de croire que dans ce genre de réjouissances, on ne vous invite pas pour coincer la bulle. Les deuxième et troisième jours sont à trente-cinq poèmes et nouvelles, chansons de bardes, on doit aussi juger dessins et œuvres graphiques. À peine le temps de déjeuner. En fin de journée conciliabules du jury à huis-clos pour le verdict. Horaire très serré. Si on veut avoir le temps d’une sieste ou de se baquer face à la Turquie, il faut avoir l’heure.

De toute urgence, je partis donc dans l’enclave balnéaire de la ville, localité à part que les taxis ne trouvent jamais, un village de vacances mais en plus pauvre, Russie oblige. Un petit dédale entre des piaules à louer où s’entassent les boutiques à bouées, crème solaire et maillots de bain. Même la grande roue est rouillée, sur la plage. Et toute la Russie du peuple s’y déverse en famille, avec ses transistors, ses costauds patibulaires, ses matrones criardes, sa marmaille agressive et ses canettes de bière. Un certain nombre de ces Russes sont d’ailleurs ukrainiens : les guerres fratricides c’est comme ça, on se déteste cordialement, mais on continue à se fréquenter. Une ambiance de Côte d’Azur 1962, à l’apogée des congés payés, des blousons noirs et du Touring Club. Des cliques de Caucasiens qui vendent des fruits, des souvenirs et protègent les bars-restaurants chachliks. Tous les soirs vers 23 heures, ça commence à hurler lorsque bière et vodka atteignent le seuil critique. Mais ça fait du bien. On sort de la ville connectée, et du confort abrutissant. Décrassage d’adrénaline.  

Bref, je cherchais un réveille-matin aux alentours d’un square pelé lorsqu’on m’appela par mon prénom. Aussitôt sur mes gardes, je révisai mentalement mes prises secrètes contre la NSA, parce que je ne connais vraiment personne à Saki en dehors du jury et des candidats poètes tous regroupés dans l’unique hôtel de standing abritant la Saison Intellectuelle le Lady. C’était une voix féminine. Je me tournai vers une inconnue d’un certain âge aux yeux océaniques, d’un bleu, mais d’un bleu… Je me radoucis. Elle m’avait vu à la tribune, disait-elle, à Nijni-Novgorod un an et demi auparavant, au festival Gorki. Elle allait se baigner, voulais-je me joindre à elle. Ça n’entrait absolument pas dans mon ordre du jour. D’ailleurs, j’avais aussi oublié mon maillot de bain.

Vers 18 h — la chaleur avait à peine diminué —  les choses sérieuses démarraient : l’ouverture de la Saison Intellectuelle en présence des autorités municipales dans la cour intérieure de l’hôtel où toute l’enclave se précipitait en soirée pour écouter chanteuses et DJ se succédant sur une scène dressée pour l’occasion. La cérémonie atteignit les sommets du kitsch : Des acteurs figuraient Jupiter sur l’Olympe, entourée des muses des arts, parmi lesquelles la chanteuse vedette des soirées animées, une blonde opulente dont la sculpturale poitrine gonflait une toge blanche à liséré d’or — grands renforts de déclarations lyriques au micro. J’assistais au spectacle avec une certaine perplexité, lorsque surgit un couple de très jeunes écrivains avec lesquels j’avais fraternisé l’année précédente, Rina et Egor, qui préféraient Burroughs, Desnos, Doronine, Limonov et moi, à Pouchkine, Gorki, Akounine et consorts. Ils m’entraînèrent au bar situé plus loin sur la plage pour parler de littérature avec l’enthousiasme de leur âge, tandis qu’un soleil rouge plongeait dans l’eau, ensanglantant nos pintes de bière. Je manquai donc l’appel sur scène du romancier français, ce qu’on me rappela le lendemain avec une pointe d’aigreur.

La poésie dadaïste du décor et l’humour objectif des circonstances me plaisaient et même le boulot. Un mi-temps, la première journée : quinze poétesses en matinée, l’après-midi consacré aux bardes ukrainiens. Je ne parle pas l’ukrainien…

Ce matin-là, ces dames récitaient des vers dans la catégorie « Nature ». Après une enfilade de platitudes printanières sur l’éclosion des roses dans les jardins de rombières, la belle Margarita, qui vivait entre l’Ukraine et Milan, portait des robes à froufrous et des voiles à ses chapeaux, fila une fort élégante métaphore entre rousseur des feuilles d’automne et flétrissure de la peau d’arrière-saison…

Covid-19: vivement l’été?

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corona covid ete sante
Plage du Cap Ferret. SIPA/ Ugo Amez. Feature Reference: 00916300_000072

À Salt Lake City, une enveloppe de 200 000 dollars a été attribuée en urgence à des chercheurs pour mieux connaître la résistance du coronavirus. Alors, pourra-t-on retourner à la plage cet été ?


Fabriquer des coronavirus artificiels et sans nocivité pour comprendre comment le virus résiste à la chaleur, à l’humidité et à l’impact d’autres facteurs environnementaux : voici la riche idée d’une équipe de physiciens de l’université de l’Utah. Leur projet vise à mettre à la disposition des responsables de la santé publique – en ces temps de crise des gouvernants – un modèle permettant de comprendre comment le nouveau Coronavirus réagira au changement de saison, aux rayons du soleil (UV) et à la montée de la température de l’air. Autrement dit, cette équipe souhaite répondre à l’une des principales questions que pose le SARS-CoV-2 (nom du virus responsable de la maladie Covid-19) : le printemps et l’été feront-ils stopper ou au moins ralentir la propagation de ce fléau ?

On sait déjà que le SARS-CoV-2 se propage de la même manière que le virus de la grippe, c’est-à-dire sous forme de petites gouttelettes de mucus en suspension dans l’air. On sait aussi que les virus perdent généralement leur capacité d’infecter en même temps que leur intégrité structurelle, c’est-à-dire qu’exposés à l’air libre ils s’abiment.

Un virus n’est pas un organisme vivant

Depuis que le biologiste hollandais Martinius Beijernick les a identifiés pour la première fois à la toute fin du XIXe siècle, on sait que les virus sont des petits « paquets de code génétique » et non pas des formes de vie (c’est-à-dire des organismes capables de se reproduire comme les microbes). Ces petites coquilles à l’intérieur desquelles se trouvent des « instructions génétiques » utilisent les mécanismes reproductifs des cellules hôtes qu’ils envahissent et parasitent pour se reproduire. Ce processus d’invasion et de parasitage est la cause de la maladie, et dans le cas qui nous intéresse, la Covid-19.

Ainsi, l’étude de la physique de l’évolution des gouttelettes voyageant entre la personne infectée et les personnes non porteuses, dans différentes conditions de température et d’humidité, devrait nous renseigner à quel point cette exposition à l’air les casse et détériore et donc dans quelle mesure elle les rend – ou pas – inoffensifs car non infectieux. Mécaniquement parlant il s’agit d’évaluer comment l’enveloppe extérieure protectrice du virus réagit à l’air dans différentes conditions.

Crash-tests

Les deux physiciens Michael Vershinin et Saveez Saffarian qui gèrent l’équipe de Salt Lake City, viennent de recevoir une subvention de près de 200 000 dollars de la National Science Foundation (NSF) pour cette étude urgente. Leurs recherches consistent à travailler avec des versions synthétiques de ces coquilles vides – sans génomes viraux à l’intérieur car il ne s’agit pas d’un virus artificiel mais uniquement de faire des crash-tests pour la « voiture » du virus -, modélisées et fabriquées en laboratoire à partir du génome séquencé du SRAS-CoV-2. Cette réplique fidèle de l’emballage du virus permet de faire des tests pour savoir dans quelles conditions cette coquille s’effondre et le virus « meurt ».

Nous aussi, Français, avons hâte de prendre l’air !

Pour manipuler des nanoparticules factices – comme les coquilles vides artificielles des virus -le laboratoire de Saveez Vershinin utilise un outil appelé « pince optique » (pour aller vite, des faisceaux de lumière focalisés) permettant de déplacer et de sonder les molécules individuelles. Son collègue Michael Saffarian est quant à lui expert en techniques permettant de suivre les particules virales individuelles.

Les résultats de l’étude n’apporteront ni remède ni vaccin mais pourraient influencer la durée de mise en place des politiques de distanciation et de verrouillage social. Il n’est pas impossible que notre président, le ton sévère et le regard sombre, flanqué de son Haut conseil scientifique, nous envoie tous en vacances au soleil.

Ishikawa Takaboku et mon colt Smith and Wesson

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Ishikawa Takaboku, le "Rimbaud" japonais. Photo D.R.

Le billet du vaurien


L’autre soir, une jeune Japonaise – quand j’écris « jeune », ce n’est pas quinze ans, mais vingt – est passée chez moi. Je lui ai proposé de partager mon modeste dîner : des patates douces et du rosbif. Ravie, elle a accepté. Et, divine surprise, sans que je le lui demande, elle a aussitôt fait la vaisselle qui traînait et préparé la table. Quelle Française aurait eu cette délicatesse ? Elle m’avait également apporté des gâteaux japonais. Quand elle a remarqué que j’étais fatigué et on l’est vite à soixante-dix-neuf ans, elle s’est éclipsée et, à peine de retour chez elle, m’a envoyé un mail dont je retranscris la dernière phrase : «  I can’t wait to see you next time. » Ce n’est sans doute pas vrai, mais cela réchauffe le cœur. Elle se nomme Yuzuki Fujimoto – Dieu que j’aime la sonorité de ces noms japonais. Elle est inscrite à Sciences Po. Je l’avais draguée à un arrêt de bus.

En me réveillant ce matin – une très bonne nuit pour une fois – je songeais que je m’étais trompé de pays : c’est au Japon que j’aurais dû vivre. Yuzuki a été très surprise de trouver côte à côte sur mon bureau (et ce n’était pas une mise en scène préparée) les poèmes d’Ishikawa Takuboku « Ceux que l’on oublie difficilement » en version bilingue et mon colt Smith and Wesson. Je l’ai rassurée en lui disant que chaque Suisse devait avoir une arme chez lui. Elle l’a pris précautionneusement entre ses doigts et mes pensées se sont envolées ailleurs… où j’ai retrouvé ce poème d’Ishikawa :

Trop tôt les douceurs de l’amour
Les tristesses je les ai connues
J’ai vieilli trop tôt


Dans un autre registre, ce mail de mon ami et traducteur mexicain, Guillermo de la Mora. Il me fait remarquer que je suis né au milieu de la Deuxième Guerre mondiale, un fait d’importance capitale pour lui. Il ajoute : « Les jeunes n’ont pas connu la guerre et cela les rend facilement stupides. En temps de paix, il faut trouver une bataille en soi pour se connaître, sinon on ne fait que déambuler sur terre comme du bétail ». Je comprends qu’il prenne plaisir à me traduire…

Confession d'un gentil garçon

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Wattstax, l’autre Woodstock

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Isaac Hayes au Festival Wattstax en 1973 © RONALDGRANT/MARY EVANS/SIPA Numéro de reportage: 51415043_000001

Guy Darol replace le concert du 20 août 1972 dans la longue lutte des afro-américains pour l’égalité des droits civiques 


Son break couleur beige escorté par des motards a pénétré dans l’enceinte du Los Angeles Memorial Coliseum. Sur la pelouse même où les joueurs de football s’affrontent tous les week-ends, devant un public d’habitude peu concerné par la ségrégation raciale. Ce jour-là, au cœur de l’été 1972, plus de 100 000 spectateurs noirs, venus essentiellement des quartiers pauvres de la ville, l’attendaient. Isaac Hayes était alors considéré comme le « Black Moses », un messie au crâne lustré et à la voix caverneuse. Shaft, c’était lui, le chantre du combat pour la dignité noire et des corps entrelacés au milieu de la nuit. Le Black Power était dans toutes les têtes, en ce tout début des années 1970. Son arrivée sur la scène serait l’apothéose d’un événement censé redonner foi et fierté à une communauté épuisée, lasse et meurtrie par tant d’années d’injustices. 

Guy Darol aime les dissidents

Le racisme n’en finissait pas de distiller son fiel. La plus grande démocratie du monde n’arrivait toujours pas à dépasser son trauma originel et calmer cette colère sourde. L’émeute, à intervalles réguliers, était devenue un moyen d’expression toujours sévèrement réprimé. L’oppression minait les rapports sociaux de tout un pays. L’Amérique en plein shoot de surconsommation et dans l’impasse vietnamienne préférait fermer les yeux. L’heure de la réconciliation et du partage n’avait pas encore sonné. À ce moment-là de l’histoire, Isaac Hayes incarnait un modèle d’émancipation et de réussite. Sa musique profonde et lancinante, sorte de mélopée amoureuse où l’âme vient s’échouer certains soirs de déprime, sonnait comme un acte de résistance. Il avait digéré et disséqué l’amertume des révoltés pour en extraire une force tellurique. La ligne de basse hypnotique, les cuivres à la rescousse pour supporter les envolées lyriques et puis ce timbre unique qui tangue comme un tanker en haute mer. La « Soul music » avait trouvé son maître à penser. De l’amour ou de la rage, on ne sait toujours pas qui sort gagnant de ce combat musical. Ce jour-là, Isaac est sorti de sa voiture, un étrange chapeau mou en forme de cloche lui couvrait la moitié du visage et il était emmitouflé dans une cape bariolée. 

Une clameur s’empara du stade. Dans les gradins, on se trémoussait avec la même ferveur que sur le plateau de l’émission télé « Soul Train » animée par Don Cornelius. Les premières notes de « Shaft » résonnèrent comme un appel à la liberté. Le pasteur Jesse Jackson lui ôta son couvre-chef très lentement dans un geste biblique. Issac apparut, lunettes verres fumés et torse nu couvert de chaînes en or. Ce fut le clou d’un spectacle incroyable et d’une prise de conscience générationnelle. Quelques heures auparavant, toute l’essence de la musique noire américaine avait défilé. On avait vu Rufus Thomas en costume-bermuda rose, « The Bar-Kays », « The Staple Singers » ou encore la reine Carla Thomas. Ils étaient tous là. La mythologie Wattstax était née. Pour en comprendre la portée et la mystique, un seul auteur français était capable de relever ce défi. C’est-à-dire croiser les messages politiques notamment les modes d’action du Black Power et la variété des sons. Guy Darol a toujours porté un intérêt aux dissidents et aux outsiders du Rock. Ce grand spécialiste de Zappa et de l’écrivain André Hardellet ne s’enferre dans aucune frontière idéologique. Sa prose fluide coule comme une cascade de mots susurrés par Otis Redding. « Wattstax est un mot-valise, lourd de nombreuses significations. C’est la contraction de Watts et de Stax, le rapprochement d’une révolte furieuse et d’un label enraciné à Memphis, dans le Sud profond longtemps ostracisé » écrit-il, dans l’avant-propos de Wattstax, 20 août 1972, une fierté noire aux éditions Castor Astral dans la collection « A day in the Life ». Qui se souvient de cette émeute des habitants du quartier de Watts survenue à l’été 1965 qui aboutira à près de 4 000 arrestations ? Le rêve américain se désintégrait face au chômage, à la pauvreté, aux tensions récurrentes avec la police et à la ghettoïsation d’une partie de la ville. Sept ans plus tard, l’idée germa de rassembler ces exclus sur l’autel de la musique avec un slogan, ce cri qui vient de l’intérieur, « I Am Somebody » et d’honorer aussi la mémoire de Martin Luther King. 

Affirmation de soi

Reprendre son destin en main, voilà à quoi aspirait cette foule. « Wattstax serait l’expression de sa fierté et la musique participait de l’honneur et de la délivrance » résume Guy Darol. Wattstax prit également la forme d’un documentaire qui, près de quarante-cinq ans plus tard mérite un visionnage attentif. Wattstax fut un creuset où tous les genres étaient respectés, le Gospel, le ryhtm and blues, le jazz, le funk et même le rap y puisera sa veine pamphlétaire. Vers 15 heures, Jesse Jackson prit le micro et déclara : « Notre peuple a une âme. Notre expérience détermine la texture. Le goût et le son sont notre âme. On vit peut-être dans un taudis mais le taudis ne vit pas en nous. On est peut-être en prison, mais la prison n’est pas en nous… ». Et une jeunesse américaine se fit entendre.

Wattstax – 20 août 1972, une fierté noire de Guy Darol – Le Castor Astral

Wattstax - 20 août 1972, une fierté noire

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Haut les masques!

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masques confinement corona covid
Authors: Kirsty Wigglesworth/AP/SIPA; Feature Reference: AP22440637_000006

L’épidémie de Covid19 s’aggrave et le gouvernement durcit et étend son arme principale, si ce n’est unique : le confinement. Ce confinement, pour nécessaire qu’il ait été dans les premiers temps, est en train de devenir le paravent de l’inaction du gouvernement dans un domaine régalien : la production des armes pour faire la guerre… en l’occurrence les masques!


Depuis le début, on nous répète qu’il ne sert à rien de mettre un masque pour se protéger. Ce qui est à la fois vrai et faux. Le masque ne sert pas à protéger le porteur, il sert à protéger son environnement ! L’exemple du chirurgien est ici éloquent. Au bloc opératoire, on porte un masque non pas pour se protéger contre le patient, mais pour protéger le patient. L’opérateur (et tout le personnel) évite ainsi d’arroser celui qui est fragile avec ses propres sécrétions contaminantes.

Généralisons le port du masque

Dans une épidémie à vecteur respiratoire, le port du masque est absolument essentiel pour l’ensemble de la population. Car cela évite aux porteurs sains (déjà contaminants) de répandre leurs miasmes partout. Quand je dis partout, c’est : en face à face, et aussi sur les structures (barres du métro, poignées de portes, boutons d’ascenseur, clavier et souris d’ordinateur, etc.) que les autres vont toucher pour se contaminer à leur tour, en portant leurs mains souillées à la bouche.

Cela n’empêche pas les autres mesures de distanciation sociale : rester à un mètre, ne pas se faire la bise ou se serrer la main, se laver fréquemment les mains… Mais cela les renforce considérablement, notamment en diminuant la contamination passive du milieu environnant.

A lire aussi: Con-finé ou le syndrome du manchot

Ainsi, il faut généraliser le port du masque, et non pas le réserver aux personnels de santé. L’ensemble de la population doit être équipée de masques simples, les masques dits « chirurgicaux », qui protègent vers l’extérieur. Quant aux soignants qui sont exposés beaucoup plus massivement aux projections, ils doivent en plus être munis de masques renforcés (filtering facepiece 2 « FFP2 »), qui protègent non seulement vers l’extérieur mais aussi vers l’intérieur, de lunettes de protection, de gants et de combinaison. C’est d’ailleurs exactement ce qu’ont fait les pays asiatiques, qui ont inversé la courbe de l’épidémie.

L’effort de guerre impossible

Le gouvernement, tout fiérot, nous annonce que nous produisons 6 millions de masques par semaine. Mais pour une population de 60 millions d’habitants, c’est 600 millions par semaine qu’il faudrait ! Incapable de produire cet effort de guerre, le gouvernement en est réduit à interdire aux gens de sortir de chez eux, c’est-à-dire à prolonger le confinement. Et de nous expliquer doctement que le masque ne sert à rien, qu’il est difficile à manipuler – ce qui est faux : un masque de protection personnelle est difficile à manipuler, car il ne faut pas le toucher pour ne pas se recontaminer ; mais un masque de protection collective ne pose aucun problème particulier de manipulation : on peut bien toucher ses propres sécrétions sans risque… Tout cela pour masquer (c’est le cas de le dire) la pénurie à laquelle il est incapable de remédier. Alors, il est plus facile d’interdire, c’est-à-dire de confiner.

Mais le confinement aura un terme et, en l’absence de masques, cela aboutira à un inéluctable rebond de contamination. Il faut donc profiter de cette période pour mettre le paquet sur la production d’équipements de protection, c’est-à-dire essentiellement de masques – masques chirurgicaux pour la population générale, FFP2 pour les soignants. Dès que l’ensemble de la population sera équipée, on pourra alléger le confinement. On pourra rouvrir les commerces essentiels (par exemple les librairies et bibliothèques… on peut très bien lire avec un masque), les salles de spectacle (pas de problème pour le cinéma ; bémol pour le spectacle vivant, où les comédiens et chanteurs, qui projettent leur voix, arrosent copieusement leurs partenaires et les spectateurs du premier rang), et bien sûr les entreprises.

Pour un confinement court

Mais il faudra que tout le monde porte un masque, tout le temps. En tant que chirurgien, passant de longues heures au bloc opératoire dissimulée derrière cette petite bande de papier, je peux vous assurer que ce n’est pas du tout gênant ! On s’y habitue très bien. Il faut simplement bien l’ajuster et le pincer au niveau du nez, pour éviter la formation de buée sur les lunettes. Une fois masqué et au prix de quelques modifications de comportement « à la japonaise » (comme des salutations à distance), on pourra reprendre une vie presque normale. Mais pour cela, il faut que le gouvernement s’active au lieu d’interdire.

A lire ensuite: La principale victime du coronavirus? 30 ans d’idéologie dominante…

Ainsi, le confinement est actuellement nécessaire, mais pour une période courte. Il doit avant tout nous permettre de nous mettre en ordre de bataille (je reprends les métaphores guerrières qui ont la cote), en développant considérablement la production des produits de première nécessité. Et tant qu’à faire, on pourrait aussi produire à toute vitesse des respirateurs pour les réanimations qui sont dépassées par les malades graves (actuellement +1000 malades sur un total de 5000 lits équipés). Ce ne sont tout de même pas des machines bien compliquées ! Si on n’avait pas liquidé une part immense de notre appareil de production, au prétexte que l’usine du monde est en Chine, on n’en serait pas là. Pendant les deux guerres mondiales, les belligérants ont su produire des quantités phénoménales de matériel, chez eux et très vite. Et on n’est pas capable de coudre des pièces de papier et d’assembler quelques boulons et transistors pour nous sauver la mise ! C’est honteux et minable.

Récupérant pour la bonne cause un célèbre aphorisme, je n’hésite pas à proclamer : Larvatus prodeo !  Et au travers de mon petit filtre à particules, à distance réglementaire d’un bon mètre, je m’incline respectueusement devant tous les fidèles lecteurs de Causeur.

Do-it-yourself !

Depuis la parution de mon petit billet sur l’intérêt des masques pour tous, la polémique sur le sujet n’a fait que se renforcer. Témoin cette lettre ouverte de Florence de Changy (correspondante du Monde à Hong Kong) à Martin Hirsch, directeur de l’AP-HP.

Que les gouvernements successifs aient fait preuve d’impréparation dans cette affaire, nous privant des stocks stratégiques que leurs prédécesseurs avaient accumulés, cela ne fait pas de doute. Qu’ils aient fait ce choix sous la pression de contraintes budgétaires légitimes, non plus. Il est certain qu’on essaie actuellement, au plus haut niveau, de réparer les erreurs passées. Par les commandes massives de matériel de protection, par l’activation des circuits de production français, le gouvernement fait ce qu’il faut et ce qu’il peut. Nous ne pouvons qu’encourager ces efforts.

Et pourquoi pas aussi participer à ce mouvement ?

En effet, si le simple citoyen n’a évidemment pas les moyens de faire sortir de terre, d’un coup de baguette magique, les masques industriels manquants (en particulier les masques FFP2), ne peut-il confectionner lui-même les masques artisanaux dont il a besoin pour son propre usage ? Tous ces millions de confinés, qui tournent en rond chez eux, pourraient appliquer une méthode do-it-yourself. Les enfants même pourraient se voir utilement occupés avec un bricolage amusant. Avec un peu de tissu, on peut aboutir à une protection certainement pas parfaite, encore moins professionnelle, mais qui limite les dégâts. 

La comparaison avec l’effort de guerre de nos aînés est instructive. On se souvient que, pendant la première guerre mondiale, la population civile toute entière était mise au travail. Femmes, enfants, invalides, personnes âgées… Tous aidaient à fabriquer des pansements, en mettant « en charpie » des textiles hors d’usage. 

Que tout un chacun applique cette recette ancestrale : découper quelques torchons inutilisés, en faire des rectangles à coudre sur eux-mêmes (pour avoir une double face), y ajuster des cordons en haut et en bas… On a là un masque fort convenable, sur-mesure, lavable, réutilisable. Avec une vingtaine de ces élégants accessoires par personne, on sera paré quand, d’ici quelques jours ou quelques semaines, le confinement se desserrant, la vie sociale redeviendra (un peu) possible. Surtout, on limitera ainsi le risque de « deuxième vague » que tous les spécialistes redoutent.

Moi qui ne suis plus de première jeunesse, je me souviens de l’époque d’avant les casaques et masques à usage unique, ce qu’on appelle le non-tissé. Les tenues chirurgicales étaient alors en tissu, « bavette » comprise – bavette qui était solidaire de la casaque stérile qu’on enfile après s’être lavé les mains, et qu’on fait nouer derrière le dos et derrière la tête par l’infirmière ; puis on se gante stérilement ; enfin on ramène un rabat stérile vers l’avant et on le noue soi-même sur la ceinture. 

image1Je viens d’apprendre qu’une de mes anciennes collègues, retraitée depuis quelques années, s’est mise à la confection de tels masques en tissu. Soline (son nom n’a pas été changé) a des mains (et un cœur) en or. Ancienne anesthésiste de haut niveau, elle a d’abord proposé son aide à l’hôpital près de chez elle. Mais, quoique en bonne santé, elle était trop âgée pour ne pas prendre un risque majeur en se dévouant au contact de patients contagieux. Aussi, elle a décidé de fabriquer depuis chez elle des masques pour renforcer l’équipement défaillant de cet hôpital. Le résultat est magnifique (photo 1) ! Suivant son exemple, je vous envoie une photo de mes propres efforts. Je suis un peu moins douée qu’elle en couture, mais la protection n’attend pas l’élégance (photo 2) !

image2Encore une fois, il ne s’agit pas de se confectionner égoïstement son petit scaphandre individuel, mais de s’équiper pour diminuer son impact sur les autres. Il s’agit bien d’une démarche civique, et non individualiste. Mais en période d’épidémie, qui ne comprend que protéger les autres c’est se protéger soi-même ? 

Alors, à vos tissus, vos ciseaux et vos aiguilles ! Et rendez-vous à la fin du confinement pour dire à nos gouvernants (qui sont aussi nos élus) : « Non seulement nous ne sommes pas indisciplinés, non seulement nous ne sommes pas égoïstes, non seulement nous ne sommes pas idiots, mais, tous ensemble, nous pouvons contribuer à la victoire sur l’épidémie qui s’est abattue sur notre pays ! ».

Con-finé ou le syndrome du manchot

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© Unsplash

C’était comment la vie il y a trois semaines? Comment c’était déjà l’existence avant les gestes barrières, la distanciation, les matches de foot à huis clos et la bourse à  – 25% ?


Pas si mal. Déjà, on n’avait pas à penser à tous ses gestes dès qu’on levait le petit doigt. On n’était pas non plus des flippés de la poignée de main. Des constipés du bisou ou des capons du CAC 40. On allait au boulot en train ou en métro en s’accrochant à la barre de maintien à pleines mains. Comme des gamins sur les torsades des cochons de manège. Et c’était parti pour un tour. On ouvrait les portes des wagons d’un pouce, sans vergogne, comme des grands. On serrait la pince à tous les mecs au bistrot le matin, sans se méfier. Sans parfois même connaître les blases des clients qu’on croisait tous les jours. On embrassait les filles à pleines joues dans les bureaux et on buvait des cafés à la machine en tripotant les touillettes à sucre, sans jamais se soucier une seconde de l’hygiène du type qui avait pu les charger dans la bécane. On se léchait même les doigts quand la mayonnaise débordait des sandwiches au poulet. Beurk ! C’est dire si on était inconscient. Ça n’était pas bien ragoûtant. Mais par rapport à aujourd’hui, c’était finalement le paradis. Moi je vous le dis.

Mais ça, c’était avant. Il y a trois semaines. Il y a un siècle, pour paraphraser Joe Dassin. Ou Agnès Buzyn. Ce n’était pas l’été indien bien sûr, juste le printemps naissant. Quand nous étions insouciants. Sales et pas méchants. En somme une bande d’inconscients.

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Ce matin, en enfilant mes souliers avec un chausse-pied métallique préalablement désinfecté et en faisant glisser mes quelques pièces de monnaie dans ma poche à l’aide d’une enveloppe (neuve) pour éviter le « toucher de ferraille », je me suis souvenu de ces instants révolus. De ces bonheurs simples. Et surtout, je me suis posé la question qu’on peut lire maintenant sur toutes les lèvres. Pardon sur tous les masques. L’interrogation que tous les gens sont en droit de se poser : mais qu’est-ce qu’on va bien pouvoir devenir ?

Il est 7h00 et j’ai un seul objectif, récupérer mon PC portable au bureau, je n’ai pas d’imprimante à la maison. Alors, j’ai gribouillé une déclaration sur l’honneur à la main. Ça vaut ce que ça vaut. J’ai nettoyé la télécommande de mon parking, donc je suis clean. Au moins au sens où l’entend le collège des spécialistes cher au cœur du gouvernement. Mais les clefs de la voiture? Je les avais oubliées celles-là. Il faut bien que je les touche, moi, les clefs de la bagnole. Et elles ne sont certainement pas propres, les cochonnes ! J’essaye de me souvenir de la dernière fois qu’une autre personne les a touchées? Était-ce le mécano du garage ou le voiturier du Petit Pergolèse? Enfin quand les restos étaient encore ouverts… Bon, c’était la semaine dernière. Paraît que le virus ne vit que douze heures sur les surfaces, alors les clefs c’est bon? Oui, mais les bips qui sont sur le trousseau ? Ils sont plus plats. Celui de l’ascenseur et celui de mon bureau ? Faut bien que je les frotte sur les déclencheurs magnétiques pour ouvrir les portes, quand même? Moi je suis propre, l’hygiène ça toujours été mon truc, mais les autres? S’il y a quelqu’un d’infecté qui a passé son bip sale à l’entrée avant moi, il va compromettre mon bip propre alors? Hein? Bon je sais ce que je vais faire, je vais prendre une lingette pour nettoyer le support.

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Mais avant, il faut que j’aille déjà faire le plein. Et je vais donc devoir toucher la pompe à essence, de par le fait. Mais comment faire ? Un pistolet c’est déjà dégoûtant. Avec tous les résidus d’hydrocarbures qui traînent. Mais avec des vrais morceaux de Corona dessus, c’est encore pire. J’ai trouvé, je vais prendre les gants au distributeur Total. En espérant que le type qui les a posés dans la bécane avait les mains propres. Air connu. Pas gagné. Et pour payer? Je vais faire comment pour payer? Il va falloir que je donne ma carte au pompiste et il va la toucher. Ah le saligaud! Et pourtant je l’avais si bien nettoyée. Bon, j’ai une idée, je vais prendre vingt euros de SP95. Comme ça, je pourrai faire un sans contact sans qu’il la touche. Malin. Je serai quitte pour nettoyer le dessous de ma Mastercard.

Me voilà enfin devant mon bureau. Je n’ai pas payé le stationnement. Pas envie de salir ma CB dans le parcmètre. J’espère que les contractuels resteront aussi confinés. Ça c’est peut-être la seule bonne nouvelle de cette crise sanitaire. Les chieurs sont aussi en quarantaine. Les emmerdeurs à l’isolement. Plus de PV ! D’un autre côté, comme on ne peut plus se déplacer… Il faut que j’arrive à tirer la porte d’entrée sans toucher la poignée. Facile, j’ai mis mes gants de déneigement qui traînaient dans ma boîte à gants, souvenir de l’époque où on pouvait encore skier. Pas très pratique de bosser avec des moufles, mais ça suffit bien pour ouvrir une lourde. Je ne suis pas non plus neurologue. Pareil pour l’ascenseur. Mais je manque de précision. J’ai dû appuyer sur trois étages à la fois. Me suis arrêté quatre fois avant le huitième. Et j’ai barré le passage à la femme de ménage au cinq. Une ascension comme un chemin de croix. Maintenant il faut que je retire mes gants. Je peux enlever le côté gauche, ça oui, mais pour l’autre, il va bien falloir que je touche le côté droit avec la main. C’est évident. Je me gratterais bien le nez pour trouver une solution. Mais je ne veux pas me souiller le visage. Tant pis, je prends le risque. J’enlève mes gants à l’ancienne. Je vais être bon pour me laver les mains. D’un autre côté, il est 8h et c’est finalement la première fois que je les passe au savon. Pas mal pour un mardi. J’ai déjà nettoyé mon volant et les poignées de la voiture au gel hydro. Ma carte bleue, mon portable et les bips d’entrée à la javelle. Maintenant il faut que je me fasse un café. Mais je vais mettre quoi comme eau dans le réservoir ? Pas celle du robinet quand même ? Ben je n’ai que ça. Et si c’est pour toucher une bouteille en plastique d’origine inconnue, non merci. Et les dosettes de Nespresso? Hein? Où est-ce qu’elles sont fabriquées ces saletés de dosettes? Me suis lavé une tasse au Paic Citron, ça donne un petit goût lemon au moka, mais on n’est jamais trop prudent et j’ai baissé le levier du mélangeur avec le coude. Je n’ai plus qu’à appuyer sur le bouton marche, mais avec quoi? Je n’ai que mes clefs sur moi. Ah non, pas les clefs, je viens de les laver! Je vais prendre une serviette en papier. En espérant que le type qui a chargé la bécane aux toilettes avait les mains propres. Air connu. Ça y est, j’ai bu mon café. La journée peut commencer. Enfin presque s’achever, car, avec la meilleure volonté du monde, il n’y a pas grand-chose à faire. Je pourrais rester là toute la journée je suis seul dans l’immeuble. Le business est au point mort. Le téléphone n’arrête pourtant pas de sonner. Mais c’est toujours pour la même raison. « Et vous, vous avez pu partir ? » Non, mais fuir pour quoi faire ? Pour s’éloigner des grandes villes les plus touchées mais les mieux équipées en urgences ? Urgences débordées d’ailleurs. Ou foutre le camp à la campagne pour éviter que les enfants nous rendent dingues ? Faire la queue pour le pain ici ou ailleurs… Il y a une blague qui se répand en ce moment sur les réseaux sociaux comme un virus. Si on se précipite sur les pâtes et le papier toilette, c’est que les Français sont obsédés par deux choses, le blé et le cul. C’est pas faux. Bon, faut que j’enfile mes moufles pour reprendre l’ascenseur avec mon PC sous le bras. Je vais aller m’acheter un Twix au tabac avant de me confiner, y a plus que ça d’ouvert. On ressemble tous à des manchots à pousser les portes avec les pieds. Et puis je vais quand même aller vérifier l’action Fujifilm, il paraît qu’ils ont trouvé un médicament antigrippal qui a marché sur les Chinois. Y a pas que les pâtes dans la vie. Y a aussi l’oseille.

Facho de circonstance

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L'écrivain Côme Martin-Karl Photo: Gallimard

La Réaction de Côme Martin-Karl, roman drôle et glacé, raconte l’errance d’un trentenaire parmi les groupes de l’ultra-droite.


 

Côme Martin-Karl, dont La Réaction est le troisième roman au compteur, est d’une noirceur réjouissante dans sa manière de passer au crible la galaxie de tous les groupuscules d’extrême-droite, identitaires, ultraroyalistes, complotistes, catholiques sédévacantistes, terreplatistes, et autres agités du bocal amusants et folkloriques, parfois dangereux. Son héros et narrateur, qui s’appelle Mathieu Richard, comme tout le monde, a la trentaine glandeuse après une école de commerce de troisième zone et une enfance dans le glacis pavillonnaire d’une famille recomposée.

Il y a une génération, il aurait très bien pu être du genre à tirer sur un président de la République le jour d’un défilé du 14 juillet mais il se révèle assez aboulique, au bout du compte. Surtout, il n’entretient aucune illusion sur son engagement, ne croit pas à grand- chose, même quand il adhère à un obscur Renouveau Réactionnaire et participe à une manif qui va avoir son martyr dans une baston avec les antifas. 

Mathieu s’est fait un petit nom dans les milieux ultras par son art du trolling avec les profils de Béarnais2souche et quelques autres. Il vit chez un jeune aristo fin de race au peignoir crasseux qui ne mange que des saucisses cocktails. L’aristo fait le mécène pour Mathieu et deux autres trolls, une catho de « Joie et combat » et un masculiniste malingre. Pour compléter le tout, Mathieu est gay assumé, ce qui n’est pas si mal vu que ça dans un milieu où on garde un souvenir mouillé des statues d’Arno Breker. Un exemple du ton pince sans-rire de Côme Martin-Karl. C’est Mathieu qui parle de la rencontre de son ancien amant avec un jeune musulman converti : « Ils s’étaient rencontrés lors d’un colloque sur Bernanos, ç’a avait été un coup de foudre. Ils s’étaient chastement fréquentés pendant quelques temps, avant de coucher ensemble comme il est de coutume chez les chrétiens pratiquants ».

Au-delà de la peinture froide et hilarante de cette ultra-droite, il y a dans La Réaction le portrait d’une France toujours plus droitisée où les idées les plus folles – de la névrose mérovingienne (qui estime que le cauchemar commence avec l’imprimerie) au racisme biologique le plus décomplexé- finissent par infuser dans l’ensemble de la société, notamment via les médias, à l’exemple du Père Marie-Marie, gourou du Renouveau Réactionnaire qui avec sa tronche de moine des croisades, finit comme chroniqueur appointé d’un talk-show de chaîne d’info continue.

À travers le pâle Mathieu Richard, dépressif caché capable d’une subtile autodérision, c’est aussi le portrait d’un homme sans qualités, plus proche du Meursault de Camus que du cadet d’Ernst Von Salomon qui nous est donné ici.  L’erreur serait de penser qu’il s’agirait d’un roman de gauche (elle en prend pour son grade) : on est plutôt ici du côté du Nimier du Hussard Bleu ou des Epées. Un des personnages de Nimier ne déclarait-il pas : « Je préfère rester fasciste bien que ce soit baroque et fatiguant » ? Alors que Mathieu Richard, lui, n’aura finalement gardé que la fatigue qui le mènera à un destin paradoxal dans une France qui appliquera, dans un futur proche, les idées auxquelles il aura fait semblant de croire.

La réaction

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Virus de rappel

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Les italiens font la queue devant un super-marché à Rome le 20/03/2020. © Andrew Medichini/AP/SIPA

On ne veut pas briser vos rêves, mais le coronavirus tient lieu de piqure de rappel.


A tous les crédules…

A ceux qui comptent sur les exosquelettes ou les prothèses bioniques pour réaliser des performances physiques ou intellectuelles surpassant celles que leur laissaient espérer les capacités issues de leur procréation ; à ceux qui attendent qu’on leur introduise des implants dans le cerveau pour améliorer leurs capacités cognitives et communiquer par la pensée avec des robots ou d’autres individus, ignorant qu’en transférant à ces instruments leurs fonctions physiques ou cérébrales, ils laissent s’atrophier leurs organes, et que l’homme augmenté produira une humanité d’avortons.

A ceux qui pensent que l’intelligence artificielle pourra suppléer les humains pour opérer des choix dans de multiples domaines, comme assurer la rationalité du recrutement des entreprises, éclairer les magistrats sur l’opportunité de maintenir en prison les délinquants en fonction du risque de récidive, ou encore laisser aux drones ou aux robots tueurs la décision de faire feu, dispensant les hommes de choix éthiques difficiles, alors que la responsabilité des décisions prises échoira toujours aux hommes, en dernière instance.

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A ceux qui croient que nos informations et nos pensées peuvent s’évader de leurs pesants supports traditionnels, s’imaginant qu’elles sont en sécurité dans « le cloud », léger et flottant très haut dans le ciel, ne sachant pas, ou feignant d’ignorer qu’elles sont au contraire stockées bien sur terre dans des « data centers » énergivores et polluants.

A ceux qui affirment que l’esprit pourra survivre au corps, qu’il sera possible d’en sauvegarder toutes les données en les gravant sur des disques durs, et que nous pourrons remplacer nos corps par des machines contrôlées par la réplique numérique de notre cerveau, ignorant que celui-ci est infiniment plus qu’une accumulation de données, et que l’âme restera à jamais inaccessible.

A ceux surtout qui sont convaincus qu’il sera possible de vaincre la mort ; comptant sur la cryogénie et l’aboutissement du projet Calico de Google pour ressusciter puis accéder à l’immortalité… et qui constatent aujourd’hui qu’un virus peut toujours menacer la vie sur toute la planète.

A ceux qui espéraient que les « GAFAM » débarrasseraient l’humanité de ses carcans de préjugés, par le prodige d’une communication libérée de toutes ses entraves, et construiraient une société dans laquelle la transparence généralisée sera garante de l’accomplissement de toutes les vertus, et de l’éradication de tous les vices, rechignant à constater que les réseaux sociaux sont le terreau sur lequel se développent la haine et de nouvelles formes de violence, se diffusent les fausses informations, et produisent des régressions qui vont jusqu’à ringardiser l’idée de vérité…

A tous les crédules abusés par l’idée que la 5G est le vecteur du progrès et de l’épanouissement de l’individu, doté par la magie numérique d’une foule d’objets connectés intelligents lui simplifiant la vie ; convaincus que d’allumer les lampes, ouvrir les rideaux, ou mettre en route robots ménagers et télévision par une commande vocale est le sommet du bonheur, en faisant l’impasse sur l’énormité de la consommation d’énergie, et toutes les atteintes à l’environnement que cela implique, sans voir surtout que cela augmente terriblement la fragilité de la société, sa vulnérabilité aux grandes pannes et aux sabotages…

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Aux prisonniers de la bulle cognitive, aux addicts à la manette, aux possédés du clic, aux captifs des réseaux et de la haine, fascinés par leur propre image, aux exhibitionnistes de facebook ou d’Instagram, aux possédés de Netflix, aux abusés de Whatsapp, aux 45% de français, dont 66% des jeunes entre 18 et 29 ans qui passent entre deux et six heures par jour sur leur smartphone, et qui considérent que la vraie vie, c’est-à-dire celle qui intéresse, qui capte l’attention, qui procure émerveillement, surprises en tout genre, émotions fortes, etc se situe derrière les écrans…

A celles ou ceux qui pensent que la distinction entre les sexes est ringarde, qu’en attribuer un à la naissance est un abus de pouvoir de la société, une atteinte à une liberté fondamentale, et que les progrès de la science permettront de retarder le choix jusqu’à un âge avancé, ou, mieux encore de l’abolir, sans reconnaître qu’il s’agirait d’une mutation anthropologique mettant en danger un des équilibres fondamentaux de l’humanité.

A ceux qui s’émeuvent de l’illectronisme et en appellent à la solidarité pour aider les anciens à surmonter cette pathologie, en oubliant que l’illettrisme concerne encore 7% de la population adulte et sévit encore dans la jeunesse… Ou encore que Pepper le robot résoudra la question de la solitude des personnes âgées et amènera la joie dans les EHPAD, dispensant les humains de leur devoir de solidarité…

A tous ceux qui proclament qu’ils se sont faits par eux-mêmes, qu’ils ne doivent rien à personne, qu’ils sont totalement libres de leurs opinions, et considèrent comme une agression la prétention de quiconque de les remettre en cause, qui ont la conviction de ne devoir qu’à eux-mêmes leurs réussites, et renvoient aux pesanteurs et archaïsmes de la société la responsabilité de leurs échecs… tous ceux-là s’aperçoivent aujourd’hui, par la malfaisance d’un virus, qu’ils vivent en société, et sont solidaires des autres, pour le pire sinon pour le meilleur, qu’ils le veuillent on non….

A tous ceux qui croyaient que le programme cartésien de maîtrise et de possession de la nature était accompli, et qu’au-delà un monde artificiel s’émancipant radicalement de son emprise était en cours d’élaboration….

Coronavirus vous en informe : le réel est de retour.