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On ne va quand même pas emmurer les banlieues…

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L’application du confinement en banlieue a été compliquée. Euphémisme… Covid-19 a en effet apporté de nouvelles illustrations de l’inquiétant séparatisme qui gangrène des quartiers. À la prochaine pandémie, faudra-t-il être intraitable avec les territoires perdus de nos villes?


Déjà, il faut rappeler que les habitants de ces quartiers tout à tour appelés difficiles, de reconquête républicaine, séparatistes ou prioritaires pour la politique de la ville, ne sont pas les seuls à mal respecter les contraintes du confinement. Au début de la pandémie, les foules entassées gare Montparnasse ou les familles en goguette dans les parcs avaient bien des profils ! 

Une fois ceci posé…

Mais toutes les situations ne sont pas comparables. Il y a un monde qui sépare le bobo capricieux des bandes attaquant les patrouilles au mortier. Ce n’est pas n’importe où qu’une policière est grièvement blessée à la tête par un jet de pavé. Ce n’est pas n’importe où que les pompiers ont de plus en plus de difficultés pour intervenir à cause des agressions. Ce n’est pas n’importe où que des « jeunes » tendent des embuscades aux médecins et aux ambulances. Même le plus fervent adepte du politiquement correct sait parfaitement de quoi il est question lorsque Laurent Nuñez dit aux préfets « Ce n’est pas une priorité que de faire respecter dans certains quartiers les fermetures de commerces et de faire cesser les rassemblements. »

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Le refus de se plier aux règles communes, dont le confinement n’est qu’un cas particulier, y est endémique, et les prédateurs qui y prospèrent abjects. Voyez les agressions de soignants aux abords de la gare du Nord, au point que l’hôpital Lariboisière a dû embaucher des gardes du corps pour les escorter ! Démission de l’État ! Catastrophique banalité d’une situation qui à elle seule justifierait le limogeage d’un Préfet de Police et d’un ministre de l’Intérieur se résignant à pareil fiasco.

Pas d’amalgame ?

La tentation est grande de considérer que les forces de l’ordre ont mieux à faire en ce moment que de gérer les caprices de « certains quartiers » et de leur imposer le confinement (sans même parler des autres lois). Tout nous pousse à envisager les habitants de ces quartiers comme une catégorie uniforme, à commencer par le discours victimaire qui en fait les victimes identiques et interchangeables d’une société injuste/néo-coloniale/raciste/islamophobe/etc. Avec ces prémisses, cette catégorie est aussi celle, haïssable, des tags à la gloire de Mohammed Merah, des islamistes, des trafics, des violences urbaines, de l’antisémitisme, du sexisme, de la haine anti-France et du racisme anti-Blancs. Dès lors, qu’ils se débrouillent entre eux et autant emmurer les banlieues, en n’oubliant pas les barbelés, les miradors et des mitrailleuses bien chargées….

Choquant ? Ce n’est que l’aboutissement logique de décennies de renoncements. La « tolérance » envers des normes anthropologiques tribales, le laxisme judiciaire et la « culture de l’excuse », sans parler des multiples communautarismes, aboutissent inéluctablement à ce résultat. Des enclaves, dont le reste de la France ne pourra que vouloir se débarrasser une fois qu’il en aura assez d’y déverser les milliards perdus de la politique de la ville. « Séparatisme » disait Emmanuel Macron. Nous y sommes.

Mais la réalité n’est pas aussi caricaturale que le prétendent les adeptes des assignations identitaires, qu’elles soient racialistes ou sociologisantes. Les individus ne sont pas que des excroissances de leurs origines. La culture, l’éducation, l’environnement sont un point de départ ouvrant sur de vastes horizons, non un mur infranchissable. Ceux qui défendent le déterminisme font preuve d’un mépris incroyable envers la volonté humaine, et nient la liberté pour ne pas avoir à affronter la responsabilité. Trop lâches pour regarder en face la réalité du fait que certains choisissent le mal, ils prétendent qu’il n’y a pas de libre-arbitre. Oui il y a des tendances générales, mais nul n’en est irrémédiablement prisonnier, pas plus les habitants de « certains quartiers » que vous ou moi.

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Même dans ces territoires perdus il y a des gens bien. Majoritaires, minoritaires ? « Supprimeras-tu vraiment le juste avec le méchant ? Peut-être y a-t-il 50 justes dans la ville. Les supprimeras-tu aussi ? » Et s’il n’y a que 40 justes, ou seulement 10 ? « Traiter le juste comme le coupable, ce n’est pas ta manière de faire ! »

Bien sûr, la politique n’est pas la justice divine. Il faut parfois sacrifier des justes pour en sauver d’autres. Bombarder les enfants de Dresde pour sauver les enfants d’Auschwitz, décision terrible. L’heure est-elle venue de sacrifier ceux de nos concitoyens qui vivent dans « certains quartiers » mais respectent nos lois et nos valeurs ? De les abandonner à la sauvagerie des bandes, de trahir l’espoir qu’ils placent dans la République et dans la France ? De voir en eux des dommages collatéraux inévitables pour contrer la menace que les autres habitants de ces mêmes quartiers font peser sur la communauté nationale dans son ensemble ? Résolument, non.

Covid-19 révélateur du “séparatisme” évoqué par Macron

Parce que les gens bien de ces quartiers en valent la peine, mais pas seulement. Le Covid-19 n’est pas la peste noire. Les quartiers seront toujours là demain. La délinquance, l’esprit tribal et le fanatisme seront toujours là. Faut-il trahir aujourd’hui ceux qui demain pourraient être nos alliés ?

On parle de « séparatisme », mais ce n’est pas que cela. L’habitude de se gaver de subventions et d’aides pour ensuite cracher sur la France est un parasitisme. La délinquance qui cherche naturellement à étendre son terrain de chasse est une prédation. L’islam théocratique est un impérialisme, un projet universel, total et totalitaire, et chaque territoire conquis ne fait que l’encourager à conquérir encore plus. Les trois s’ajoutent et se renforcent, ce n’est pas par hasard que la sourate 8 s’appelle « le Butin » et règle le partage des fruits du pillage et des razzias. Nous ne sommes pas aux États-Unis, où les musulmans représentent à peine 1% de la population et où les gangs sont loin de tous partager cet imaginaire de conquête religieuse. En France, emmurons les quartiers islamisés en les laissant à leur propre loi, et tôt ou tard il en sortira une armée – lisez Ibn Khaldoun, David Galula et Driss Ghali.

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Il nous faut contre-attaquer en distinguant les justes des coupables, comme de la « majorité silencieuse » au silence souvent complice. Prouver aux habitants des quartiers qui respectent les lois de la République que la République les protège, et prouver à ceux qui piétinent la France que la France est bien assez forte pour les mettre au pas, au lieu de leur donner une fois encore l’exemple de la pusillanimité de l’État.

L’impuissance de l’État n’est plus une option

Mais est-ce le moment ? Oui, et justement parce que nous sommes en pleine pandémie.

La peur de la contagion brise les tabous, même dans les quartiers beaucoup commencent à craindre pour eux-mêmes, malgré l’obscurantisme de prédicateurs qui voient en leur dieu un génie de la lampe les protégeant de la contagion. Les propos de Laurent Nuñez ont fait scandale, y compris dans une frange de l’opinion qui d’ordinaire hurle au « retour des heures les plus sombres » chaque fois qu’une patrouille de police tente de faire respecter la loi. Le mépris affiché de certains envers des règles nécessaires à la sécurité de tous, les trafics de masques et de médicaments, les agressions contre les soignants, obligent à constater la barbarie de la dérive tribale des dernières décennies.

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Et si cette fermeté provoquait un nouveau 2005 ? Au lieu de trépigner en criant « unité nationale, unité nationale », le gouvernement peut décréter l’état de siège. Comme nos hôpitaux, nos forces armées ont été affaiblies par des décennies de logique comptable à la petite semaine, mais elles restent de grande valeur. L’état de droit est toujours préférable aux tribunaux d’exception (même si depuis le mur des cons d’aucuns pourraient davantage faire confiance à un tribunal militaire qu’à un tribunal du syndicat de la magistrature!!), mais la loi martiale reste préférable à loi des milices. Or, le peuple ne tolère plus les caprices et les exactions de « certains quartiers », et le jour arrive où il prendra les choses en main si l’État ne le fait pas. Et le peuple sera animé par une colère légitime, mais portant hélas le risque d’une violence qui ne se donnera pas la peine d’épargner les 50 justes. Oui, renoncer à employer la force, c’est faire le lit de la violence.

L’impuissance publique n’est pas une fatalité. La seule fatalité, c’est que le choix prolongé de l’impuissance conduit inévitablement à la tyrannie, à la brutalité ou au chaos.

Les territoires conquis de l'islamisme

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Audiard, bateleur de mots

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Le dernier défenseur de la langue française fêtera son centenaire en mai prochain


Je vais panthéoniser Michel Audiard, le mettre sous cloche, lui construire un mausolée bien douillet, un panier garni tapissé de velours, le couvrir d’ors, oui, je vais faire reluire sa prose, oser la comparer aux maîtres-verriers de la Renaissance, je veux qu’il illumine désormais toutes vos pensées. Voilà quelle fut ma première réaction quand le rédacteur en chef Culture de Causeur sollicita mon magistère goguenard pour écrire quelques lignes sur le dialoguiste star, né en mai 1920. Le p’tit cycliste du XIVème arrondissement, seulement titulaire d’un chétif certif’, aura droit aux honneurs de l’exégèse ; à l’élévation d’une cathédrale sémantique, car c’est un gothique flamboyant dont vous ignorez certainement la geste chevaleresque. Je vous promets des envolées lyriques et, qui sait, nous tutoierons ensemble les profondeurs de l’histoire, nous effleurerons même cette identité française, si sauvage et taquine.

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Le dernier témoin

À l’heure des multi-diplômés qui dirigent le monde, qu’un môme de Paris sans réelle qualification, sans le sou et « sans piston », ait réussi à se graver un nom juste par ses mots, ça me fascine. Je n’en reviens toujours pas. Il est le dernier témoin de la civilisation de l’écrit. Après lui, le déluge des images a noyé le texte, l’a relégué au rang de faire-valoir, de prothèse esthétique à usage des beaux parleurs. Nous ne mesurons que depuis très récemment les ravages de la syntaxe houleuse et de l’émoticône-roi. L’écrit s’est fait la malle au mitan des années 1990 dans les brumes de la mondialisation qui avait décidé, en haut lieu, de le sacrifier alors que pendant des siècles, on l’avait sanctifié. L’écrit, élitiste par nature et inflammable par destination, n’était décidément plus compatible avec cette nouvelle société inclusive plus sérieuse qu’un conclave. Les bibliothèques devinrent des asiles de fous, les librairies des foyers de résistance et les écrivains des surnuméraires. On les tolérait encore par-ci, par-là, comme un élément pittoresque du paysage culturel, leur utilité patrimoniale permettait de raviver à moindre coût le tissu économico-touristique des terroirs enclavés. La littérature comme tour-operator. George Sand sert aujourd’hui de tête de gondole aux produits du Berry, on connait mieux sa recette des œufs au vin que ses romans ruraux.

Casquette vissée et clope au bec

La gueule d’Audiard, casquette vissée et clope au bec, rameutera demain des millions de petits Chinois venus visiter les catacombes ou le lion de Denfert. On le distribuera en magnet dans les magasins Darty pour tout achat d’un frigo neuf. Il en va ainsi des icones commerciales, leur marchandisation n’a aucune limite. Son œuvre sera recyclée et absorbée jusqu’à ce qu’on oublie sa propre dramaturgie, l’attelage improbable d’une nostalgie poignante et l’humour désespéré des bistrots. Sa patte si singulière et peu amène avec l’espèce humaine sera balayée. On ne retiendra plus que la gloriole scénique en oubliant les humeurs vagabondes, les ferments des démons intérieurs, les cris dans la nuit. Il n’y a plus que les séminaristes et les indigents pour croire aux vertus du verbe, à son pouvoir quasi-magique de transcender l’existence. Car, ne vous y trompez pas, le contact avec la prose d’Audiard, peut plonger dans l’abîme. Oui, vous allez rire, pétarader, fanfaronner, et puis vous serez saisi par le doute et l’effroi. Oui, vous tremblerez car ce rigolo pudique et complexe n’écrit jamais à blanc. Il charge ses phrases. Elles siffleront comme les balles de l’ennemi au-dessus d’une tranchée. Le cinéma de papa, les alcools suicidaires et les écrits des réprouvés faisant partie de ma panoplie hussard, amoureux des voitures à essence pour aggraver mon cas, c’est dire mon état de précarité dans la société actuelle. Je resterai son homme de bar, son fan béat. En quoi suis-je habilité à évoquer la mémoire d’un type que je n’ai jamais rencontré et qui a fait l’objet d’innombrables biographies aussi épaisses que le bottin ? On ânonne ses phrases dans les hémicycles et les dîners en ville. De Pantin à l’Hôtel de la Trémoille dans le VIIIème, sa résidence d’artiste, la France parle le Audiard par esprit de contradiction et par amusement benêt. 

Admirez l’artiste

La postérité n’est qu’un cache-sexe, elle masque les intentions premières, elle nie les parcours chaotiques, elle résume et finit par esquiver. Toute célébrité repose sur le mensonge. Je ne prétends pas vous dire la vérité sur l’homme, simplement me souvenir que cet écrivain de l’écran a inventé plus qu’un style, une manière de mettre à distance les événements et d’enjoliver la conversation. Si revoir les films dialogués par Audiard procure un plaisir presque physique, les mots de ses romans coulent comme l’eau vive dans mes veines. Alors, je me tais. Et je vous laisse juge. Admirez l’artiste : « Tandis que là-bas, dans l’Est, la Ligne bleue des Vosges semblait n’être plus qu’un souvenir, l’éclairage « anti-aérien » bleutait les soirs de Paris. C’était assez joli. Les réverbères ressemblaient à des boules de méthylène, les verrières des gares paraissaient surplombées d’un ciel d’Azur. Même une ravelure comme la gare Montparnasse prenait un petit air cannois. » Le p’tit cheval de retour – Julliard (1975)

Le p'tit cheval de retour - NE

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Allemagne: les nôtres avant les autres


En Allemagne, la coordination entre les différents échelons du système sanitaire et la chaîne de production industrielle ont permis d’endiguer l’épidémie en pratiquant des dépistages massifs. Sans jamais se soucier du reste de l’Europe.


 

La crise du coronavirus met à nu les fragilités et les qualités organisationnelles des États. Depuis quelques jours, on s’interroge, en France, sur les raisons d’un nombre de morts moins important en Allemagne. Le 31 mars au soir, il y a environ 68 000 personnes identifiées comme infectées par le Covid-19 outre-Rhin ; et seulement 710 morts. À comparer avec les 3 523 morts français pour 52 000 personnes infectées identifiées.

Depuis trente ans au moins, les dirigeants français ont sans cesse le « modèle allemand » à la bouche. Il fallait avoir la même politique monétaire que l’Allemagne, réformer le Code du travail pour aller dans le même sens que notre voisin, etc. J’ai montré dans un livre récent[tooltips content= »Paris-Berlin : la survie de l’Europe, Gallimard, 2019″][1][/tooltips] que l’imitation de l’Allemagne par nos gouvernants a été le plus souvent superficielle. Dans le cas qui nous occupe, l’importation du « modèle allemand » n’est plus à l’ordre du jour.

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La politique allemande contre le coronavirus présente quatre caractéristiques.

  1. La décentralisation. On serait tenté de commencer par une boutade. Heureusement pour notre voisin, la chancelière est politiquement très affaiblie. Elle ne cherche pas à se mêler en permanence de la gestion de crise. C’est à l’opposé du comportement du président français. Cependant, affirmer que le gouvernement central est absent dans l’organisation de la lutte contre la pandémie serait injuste vis-à-vis de l’excellent ministre de la Santé, Jens Spahn. Ce qui l’emporte, c’est en fait un facteur essentiel, la décentralisation dans la gestion du pays ; l’existence au niveau des Länder de ministères de la santé régionaux permet une gestion de la crise au plus près du terrain. Il y a même un niveau encore en dessous dans la subsidiarité allemande : les services locaux de santé publique ; ce sont eux précisément qui sont compétents dans la prévention et la lutte contre les maladies infectieuses. Une dispute comme celle qui concerne les travaux du professeur Raoult est impensable en Allemagne. La possibilité d’expérimenter un traitement contre la maladie aurait été entérinée au niveau régional. Par comparaison, nos agences régionales de santé apparaissent comme des démultiplications à moyenne échelle des comportements centralistes français. Bien entendu, on ne transpose pas du jour au lendemain une gestion subsidiaire de la santé. En revanche, la France pourrait apprendre à faire confiance aux dizaines d’initiatives proposées sur le terrain, mais bridées ou non relayées par les services déconcentrés de l’État ou les agences.
  2. L’anticipation et la coordination. Cette grande décentralisation n’a pas empêché la coordination entre les ministères de la santé régionaux dès la dernière décade de janvier lorsque la naissance d’une possible pandémie a été identifiée. Les ministres-présidents de Bavière, du Bade-Wurtemberg et de Rhénanie-du-Nord/Westphalie se sont entendus pour prendre des mesures communes dès qu’il est apparu que la maladie diffusait selon la diagonale de la prospérité et du dynamisme industriel allemands, à travers leurs trois Länder. Il faut admirer la manière dont on est passé, chez notre voisin, de l’anticipation à l’action. Bien entendu, les organisations patronales allemandes, dont les bureaux à l’étranger maillent la planète, ont représenté une source d’information de premier plan, comme elles le font toujours. Elles ont averti, par leurs réseaux, de l’ampleur que prenait l’épidémie en Chine et de la vitesse à laquelle elle se répandait en Asie. On n’aura pas la cruauté d’insister sur le manque d’anticipation du gouvernement français, par comparaison à l’Allemagne. Ni sur le manque de coordination des secteurs : on fait un spectacle du transport de malades en train aménagé ou en hélicoptère (vers l’Allemagne), mais on est incapable de remplir les lits mis à disposition par les hôpitaux et cliniques privés à quelques kilomètres d’hôpitaux publics engorgés.
  3. Les responsables allemands n’ont dès lors pas hésité sur la méthode à choisir : les tests les plus nombreux possibles. La réplique de la méthode coréenne ? Sans aucun doute. Et c’est bien la seule méthode qui fonctionne pour aboutir à un confinement ciblé plutôt qu’un confinement généralisé. On a, en Europe occidentale, énormément insisté sur les possibles atteintes à la vie privée et aux droits individuels qu’implique le traçage pratiqué par les Coréens. Mais il suffit de regarder le cas allemand pour se rendre compte que les tests massifs sont compatibles avec des méthodes moins intrusives. L’Allemagne met en œuvre un dépistage massif et précoce, avec des dizaines de milliers de tests réalisés quotidiennement et un confinement individuel. Par contraste, la France apparaît très archaïque, sans qu’on puisse invoquer le manque de tests : notre pays disposait d’un stock initial ; une entreprise coréenne proposait d’en livrer 20 000 par jour et n’a pas obtenu de réponse du ministère de la Santé.
  4. L’Allemagne a été capable de produire rapidement des millions de masques, du gel hydroalcoolique et le matériel nécessaire à la lutte contre la pandémie. Cela renvoie bien entendu à la stratégie allemande d’adaptation à la mondialisation : notre voisin n’a jamais délocalisé toute une chaîne de production ; les Allemands ont toujours fait attention à garder la maîtrise de l’assemblage. Ils conservent une infrastructure industrielle suffisante sur place. Il n’a pas fallu beaucoup de temps pour faire démarrer la fabrication de masques. C’est bien l’industrie pharmaceutique allemande qui fabrique les tests que le pays utilise quotidiennement à grande échelle. Par comparaison, notre pays paie la perte de maîtrise des chaînes de production industrielle.

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Évidemment, tout n’est pas recommandable dans l’attitude allemande face à la pandémie. Le reste de l’Europe a été frappé par l’indifférence tranquille avec laquelle la chancelière n’a pas prononcé le mot « Europe » lorsqu’elle s’est adressée aux Allemands pour leur demander de respecter les règles d’un confinement partiel, adapté au fonctionnement de l’économie. Tout comme durant la crise économique et financière de 2008-2011, l’Allemagne fait cavalier seul, à bien des égards. Les autorités françaises ont été mises devant le fait accompli de la fermeture de la frontière entre les deux pays. Aucune coordination n’a lieu à l’échelle européenne. La subsidiarité allemande est ascendante ; et lorsque le pays est confronté à un danger majeur, l’effort de coordination ne remonte pas plus haut que la nation. Pour l’instant, Berlin continue de s’opposer à un relâchement des conditions de contrôle du Mécanisme européen de stabilité (« réformes structurelles » en échange d’un accès à l’aide d’urgence européenne). Car c’est bien le paradoxe de la situation actuelle. Tandis que le président français continue, contre toute évidence, de parler de solidarité européenne, le pays qui fut longtemps notre partenaire favori de construction européenne est en train de redécouvrir, tranquillement, les vertus de la solidarité et de l’efficacité nationales.

Génie de Ruth Rendell

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À force de fréquenter les bouquinistes, on a empilé les livres depuis des années. Le confinement est l’occasion de les lire ou les relire. Aujourd’hui, Ruth Rendell.


Ceux qui aiment faire les bouquinistes sauront de quoi je parle. On y trouve des livres qu’on n’aurait jamais acheté autrement en se disant : « Ce sera pour plus tard ». Le résultat est qu’ils s’empilent un peu partout, parfois pendant des dizaines d’années au nom du « Ce sera pour plus tard. » Il semble qu’en ces temps de confinement, le « plus tard » soit arrivé. C’est donc ainsi que nous nous sommes décidés à lire Vera va mourir de Ruth Rendell, paru dans les années 80 au Royaume-Uni et dans les années 90 en France, dans la collection Grands Détectives de 10-18 qui a permis de faire découvrir le couple suédois, Sjöwall et Wahlöö, l’italien Scerbanenco, le Juge Ti de Van Gulik ou encore les flics hollandais de Van de Wetering.

Bien plus qu’un roman policier

Quand on lit Vera va mourir on mesure encore une fois l’absurdité des étiquettes. Ruth Rendell, morte en 2015, anoblie par la reine et qui a siégé à la chambre des Lords, certes du côté travailliste, a toujours été classée dans « Les reines du crime » anglaises, héritières d’Agatha Christie et Dorothy Sayers avec son amie PD James ou, aujourd’hui, Frances Fyfield et Minette Walters. Vera va mourir est pourtant, par son ampleur et sa manière de se servir du temps comme révélateur, un roman proprement proustien où une narratrice cherche davantage une confirmation qu’une solution à une énigme qui renvoie aux fêlures de toute une société.

La narratrice, Faith, qui appartient à la upper middle class BCBG, se souvient d’un de ces événements tellement traumatisants qu’on les passe dans les familles sous silence pour des générations. Dans les années 50, la tante de Faith, Vera, a été jugée, condamnée à mort et exécutée, chose rarissime au Royaume-Uni surtout s’agissant d’une femme. Si Faith se souvient, c’est parce qu’un journaliste a l’intention, trente ans après, d’écrire sur cette affaire. Alors Faith fait un retour sur elle-même, sur ce qu’elle a pu comprendre de ce qui s’était passé depuis son enfance, dans cette famille. On voyage ainsi dans l’Angleterre des années 20, puis celle du Blitz et de la seconde guerre mondiale jusqu’à nos jours. Évidemment, la mémoire ne progresse pas chronologiquement. Ruth Rendell peut ainsi nous balader, à tous les sens du terme, dans une campagne anglaise qui n’a pas changé depuis Thomas Hardy et une société aussi subtilement qu’impitoyablement codifiée et séparée entre classes sociales qui s’ignorent avec une exquise politesse.

Pourquoi Vera a-t-elle fini pendue?

Toute la technique admirable de Ruth Rendell est d’arriver à nous passionner pour ce voyage immobile en jouant d’un dévoilement très progressif de la vérité, en multipliant les fausses pistes psychologiques et les impasses des souvenirs faussés. Pourquoi Vera, cette femme solitaire, pauvre et snob – le pire des mélanges – qui a élevé comme une mère sa demi-sœur Eden d’une beauté ravageuse, s’est retrouvée au bout d’une corde alors qu’on l’imaginait plutôt finir en préparant des scones pour boire le thé en contemplant au mur des encadrements de Beatrix Potter. La réponse surprendra, même le lecteur entrainé à qui on ne la fait pas. 

Vera va mourir, l’air de rien, a tout d’un roman total, capable d’appréhender les grands moments historiques de l’Angleterre au vingtième siècle comme les abîmes des psychés puritaines travaillées en profondeur par des névroses sexuelles qui explosent avec une brutalité soudaine avant que le couvercle ne se referme, pour longtemps, voire pour toujours.

On ne s’étonnera pas donc que Vera va mourir s’élève, comme tous les grands livres, à la hauteur du mythe : « Le meurtre déborde sur toute une famille, il imprime par procuration la marque de Caïn sur une douzaine de fronts, et même si ces marques pâlissent en proportion du degré de parenté, elles sont là et elles brûlent dans le cerveau. Une question, une parole lancée par hasard, les remettent au jour de même qu’une écriture invisible apparaît et chatoie quand on l’expose au feu. »

Véra va mourir

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Marcel Proust et la photo d’Edgar Aubert

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Le billet du vaurien


Proust aimait collectionner les photos. Il en demandait à ses proches, il en donnait volontiers de lui-même et bien des séquences fondamentales de la Recherche sont liées à une photo. Brassaï décrit Proust comme une sorte de photographe mental, considérant son propre corps comme une plaque ultra-sensible qui sut capter et emmagasiner dans sa jeunesse des milliers d’impressions et qui, parti à la recherche du temps perdu, consacra tout son temps à les développer et à les fixer, rendant ainsi visible l’image latente de toute sa vie, dans cette photographie gigantesque, dans ce film inouï, que constitue À la recherche du temps perdu.

Brassaï, dans Marcel Proust sous l’emprise de la photographie, raconte comment à vingt-deux ans Marcel s’était épris d’un jeune éphèbe, Edgar Aubert, fils d’un magistrat genevois. Au dos de la photographie que lui donna Aubert, était inscrit en guise de dédicace : « Look at my face; my name is Might Have Been. I am also called No More, Too Late, Farewell. » Proust ignorait que ces mots étaient extraits d’un sonnet du peintre préraphaélite Dante Gabriel Rossetti. Ce sonnet avait pour titre : « Stillborn Love ». Il était prémonitoire. Quelques semaines plus tard, Edgar Aubert fut emporté par une appendicite aiguë.

Cette dédicace accompagna et hanta Proust tout au long de son existence : ce qui aurait pu être et ce qui n’a pas été. Ce qui aurait pu être et ce qui n’a pas été, ce fut aussi le leitmotiv du narrateur pour Albertine. Albertine dont, dès lors qu’elle a disparu et qu’il entreprend de la faire rechercher, il montre une photo à son meilleur ami, Robert de Saint-Loup. Ce dernier reste figé de stupéfaction : « C’est ça la jeune fille que tu aimes ? » finit-il par lancer. Marcel essaie de deviner les pensées de Saint-Loup : « Comment c’est pour ça qu’il a pu se faire tant de bile, tant de chagrin, faire tant de folies ! », incapable de comprendre que ce que nous aimons est d’abord une création de notre imagination, ensuite l’enjeu d’une lutte à mort et enfin un être flou aux contours incertains, parfois interchangeables, qui a pour nom : Might Have Been.

Ce qu’il en demeure, on peut le scruter sur une photo. On peut également le réinventer en lisant Proust, car, après tout, qui sait si nous n’avons pas aimé Albertine plus que les êtres auxquels nous déclarions notre passion, car elle était encore plus irréelle, encore plus insaisissable et qu’elle au moins elle échappait au Temps ?

Marcel Proust sous l'emprise de la photographie

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Le corona bat Arnaud Montebourg à son propre jeu

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Dans la presse, Arnaud Montebourg semble se réjouir que la mondialisation soit “terminée”. Une revanche pour celui qui s’était fait chiper son portefeuille ministériel par Macron en 2014. Quand il faut amuser la galerie et donner de la voix à gauche, on peut toujours compter sur lui. Benoît Rayski raille la campagne de récupération du socialiste, déjà en 2022 alors que la crise sanitaire n’est même pas terminée…


L’ancien ministre du Redressement productif avait un peu disparu ces derniers temps. Ce serait mentir que de dire qu’il nous manquait. Mais l’ennui s’étant abattu sur nous en cette période monotone de confinement, nous sommes quand même heureux de son retour qui nous égaie.

En une de Libération

Et c’est un retour fracassant. Trois interviews : l’une à Libération, l’autre au Figaro et la troisième, la plus goûteuse, que nous gardons pour la fin. Comme tout le monde, Montebourg déplore les morts du coronavirus.

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Et c’est le cœur saignant qu’il désigne les coupables de cette hécatombe: ces libéraux au pouvoir qui ont délaissé le service public en abandonnant nos hôpitaux… En même temps, car ce prophète voit large, il accuse la mondialisation, elle aussi porteuse de morts. En effet comment imaginer que sans elle un virus mortel aurait pu impunément partir de Wuhan pour arriver en Bourgogne où Arnaud Montebourg réside ?

Faire son miel de la crise sanitaire

Nul doute non plus que s’il avait été au pouvoir il aurait depuis des années prévu – c’est un visionnaire – l’arrivée du virus. Nous sommes sûrs il aurait multiplié par dix le nombre de nos hôpitaux ! Oui, grâce à lui des milliers de médecins et des dizaines de milliers d’infirmières auraient été formés ! Et peut-être même qu’au milieu de ses ruches il aurait mis au point un vaccin 100% français, bio et équitable ?

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Puisque nous sommes dans les ruches, restons-y. Comme chacun sait Montebourg, petit entrepreneur, fabrique du miel, de l’hydromel et du pain d’épices. D’ailleurs Astérix et Obélix viennent de temps en temps chez lui pour s’abreuver de cette boisson gauloise et repartent avec des sangliers que notre valeureux Gaulois a chassés pour eux. Montebourg est un vrai patriote. Et il résiste courageusement aux envahisseurs capitalistes mondialisés.

Ne ratez pas son interview sur France 3 Bourgogne. Il est là avec un beau tablier où figure une devise émouvante : « bleu, blanc, ruche ». Il vante avec conviction les mérites de ses délicieux produits. Chez ce petit gars bien de chez nous on trouve tout. Sauf de la matière grise.

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La Bataille du made in France

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« Cette espèce de grève générale volontaire me paraît suicidaire »


Il y a quelques jours, une méchante rumeur a couru au sujet de Jean-Marie Le Pen : il aurait été infecté par le Covid-19. Démentant ce bruit malveillant, le fondateur du Front national répond aux questions de Causeur. Confinement, causes de la pandémie, monde d’après : le Menhir, 92 ans, bon pied bon oeil, déplore notre impréparation et notre sujétion à la Chine mais récuse tout parallèle avec la guerre de 40. Entretien.


Daoud Boughezala. Jean-Marie Le Pen bonjour. Je commencerai par une question des plus simples : comment allez-vous en ces temps de pandémie ?

Jean-Marie Le Pen. Une fake news a annoncé que j’avais été touché par le coronavirus mais le cadavre bouge encore ! (rires) C’est inexact, je suis comme tout le monde obligé de rester chez moi mais cela ne me prive pas et me débarrasse d’un certain nombre de fâcheux.

Enfant, vous avez vécu la débâcle de 1940. Comme Emmanuel Macron, dressez-vous un parallèle entre cette guerre bien réelle et la « guerre sanitaire » en cours ?

Non, il n’y a rien de comparable. À part le terme de guerre, je ne vois aucune comparaison raisonnable entre la situation créée par la pandémie et un conflit de la dimension de la Seconde guerre mondiale ou peut-être de la future.

Vous avez traversé la guerre de 1940 puis participé à l’expédition de Suez en 56. Face à la mort qui rôde, les Français et Européens ont-ils perdu le sens du tragique ?

Oui. Je trouve d’ailleurs leur réaction assez étonnante et disproportionnée. Dans ce domaine, les médias jouent un rôle d’accélération qui n’est pas toujours souhaitable. On affole un peu les gens alors que ce n’est pas la première fois qu’il y a une pandémie. Il y en eut de plus meurtrières que celle-ci – encore qu’on n’en connaisse pas les dimensions ni la durée. Il est probable qu’étendue à l’Afrique, à l’Amérique du sud et à un certain nombre d’autres continents, elle deviendra plus meurtrière encore.

Justement, plus de la moitié de l’humanité se trouve actuellement confinée. Faute de vaccin et de traitement, le confinement décidé par le gouvernement français est-il un moindre mal ?

La stratégie de confinement a ses limites, en particulier ses limites temporelles. Ce qu’on est capable de faire pendant trois semaines ne peut pas être imposé à l’ensemble des pays du monde, ou même à certains d’entre eux, pendant deux ans ou plus. L’affrontement avec le virus est donc probablement inéluctable. Je considère donc la formule de contingentement comme un recul devant les responsabilités de front. Reste que cette pandémie a eu un mérite : elle a révélé un certain nombre de choses qui n’étaient pas perçues par les Français. La première, c’est sans doute que notre organisation sanitaire et hospitalière n’était pas à la hauteur des risques courus par notre civilisation. Ensuite, la crise a révélé notre formidable sujétion à l’égard de la Chine communiste. Quand on apprend que la Chine fabrique les médicaments, les pièces de rechange et le reste, on se dit que le monde ne peut pas s’arrêter et se mettre aux ordres d’une puissance étrangère. C’est le reflux de l’idée nationale qui est responsable des risques pris.

La mondialisation n’est-elle pas également un des remèdes à la crise sanitaire dont la résolution nécessiterait une certaine solidarité internationale et européenne ?

Je ne crois pas du tout à la solidarité internationale et européenne dans cette circonstance, ni d’ailleurs dans la plupart des autres. Le danger qui nous menace va exiger de nous une concentration de nos moyens nationaux et un retour psychologique et affectif vers la mère patrie. Les Français devront se serrer les coudes en même temps que la ceinture. Nous ne ferons pas l’économie de l’affrontement avec le virus. Ce n’est pas la première fois que nos peuples sont confrontés à des problèmes de cette nature. Il y a notamment eu la grippe espagnole après la Première guerre mondiale qui a fait entre cinquante et cent millions de morts. Aujourd’hui, compte tenu de l’augmentation de la population mondiale, de la circulation des personnes et des produits, la possibilité de contagion est très grande. Nous sommes menacés d’un déferlement migratoire formidable quand les économies auront été appauvries et que la misère règnera sur le monde. La déferlante migratoire sera très aggravée alors que notre législation est une législation de portes ouvertes.

Qu’auriez-vous fait à la place du président de la République Emmanuel Macron ?

C’est très difficile de se mettre à sa place car il dispose d’éléments d’information que je n’ai pas. A priori, le confinement n’est pas projetable dans la durée. C’est évidemment une mesure provisoire mais si on n’a pas trouvé de formule de fond pour la remplacer, elle ne servira à rien. Quand on démontera cette opération, les risques seront considérables. D’autant que ni l’opinion ni les observateurs ne se rendent compte de ce que sera la situation d’après.

À quoi pensez-vous ? L’effondrement économique ?

Il faut partir d’un chiffre : la population mondiale est passée de deux à huit milliards d’habitants en l’espace de cinquante ans. Les problèmes sanitaires et les mesures qui les entourent vont provoquer une catastrophe économique et donc sociale. Les mouvements de migration, déjà très importants et redoutables, qui se sont produits dans le monde, vont s’aggraver très lourdement. Or, personne n’envisage cette situation-là ni ne propose les solutions qui nous permettraient de conserver notre indépendance nationale et notre sécurité personnelle. On lutte avec les moyens médicaux qui sont à notre disposition mais le confinement ne me paraît pas forcément la seule solution possible. En tout cas, elle n’est pas durable.

Une autre politique sanitaire aurait consisté à laisser filer la maladie deux mois pour atteindre une immunité de groupe, au risque d’une hécatombe chez les plus âgés. Auriez-vous consenti à sacrifier des dizaines de milliers de vies ?

Cela ne présente pas en ces termes. Mais on aurait pu ne pas confiner. Cette espèce de grève générale volontaire me paraît suicidaire. Je sais que nos salles d’opération rencontrent de grandes difficultés, en particulier s’agissant des pathologies pulmonaires. On manque d’instruments et on s’aperçoit de la faiblesse de notre organisation sanitaire bien que nous proclamions être le pays le mieux équipé du monde. C’est piteux !

Même la communauté scientifique se divise quant aux solutions à adopter. Que pensez-vous du débat sur l’usage de la chloroquine qu’a déclenché le Pr Raoult ?

Dans la situation actuelle, tous les moyens doivent être explorés pour essayer d’endiguer la pandémie. La querelle que l’on fait au Pr Raoult me paraît dérisoire. Lui au moins propose une solution. Le décret qui a été pris pour limiter l’usage de la chloroquine me paraît absolument scandaleux et insultant. Alors que tout le monde sait que ce médicament peut avoir son efficacité dans les premiers jours de la maladie, le décret affirme qu’on ne pourra l’utiliser qu’en phase terminale. C’est se foutre du monde.

La semaine a été riche en rebondissements internationaux et européens. Alors que l’Allemagne et les Pays-Bas refusaient l’émission de corona-bonds, l’Eurogroupe a adopté le Mécanisme européen de solidarité. Y êtes-vous opposé ?

Je constate une fois de plus que l’Europe est un leurre. Ce sont des assemblages de mots, d’ambitions et d’organisations diverses qui n’ont pas ce qui fait l’histoire, c’est-à-dire la force. L’Europe n’a pas la force ni la volonté d’agir comme tel. Si la moitié des Européens est pour et la moitié contre, cela veut dire que l’Europe est totalement impuissante. D’ailleurs, elle s’est révélée comme telle dans ces circonstances comme dans d’autres.

Pour clore cet entretien, j’aimerais comprendre pourquoi vous avez lancé un appel à la Banque de France afin de « sanctuariser l’or des Français ».

J’essaie de jouer mon rôle d’anticipation. Si gouverner c’est prévoir, il est essentiel de se demander ce qui va se produire demain et surtout après-demain pour essayer de prendre les mesures qui empêcheraient le malheur. Or, comme je sais que l’un des atouts de la France est son stock d’or, par conséquent que la tentation sera grande pour le pouvoir de s’en servir, je dis que les Français doivent être attachés à la défense de leur bas de laine. Ne laissons pas toucher à ce trésor de guerre qui se valorise chaque jour à mesure que la situation se dégrade sur le plan économique et politique.

Aujourd’hui que notre monnaie (l’euro) n’est plus nationale ni indexée sur l’or, que craignez-vous ? La ruine des petits épargnants ?

Bien sûr. C’est même pour les défendre que je lance l’alerte sur la disposition de notre stock d’or qui devait être conservé sans esprit de recul.

Mémoires : Fils de la nation

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Ukraine, le pays qui répond à la crise par le libéralisme

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Sous la pression du FMI, le président ukrainien a précipité la mise en place de la réforme agraire pour que le pays échappe au marasme économique.


La majorité absolue des députés de la Rada ukrainienne s’est prononcée dans la nuit du 30 au 31 mars en faveur du projet de loi ouvrant le marché des terres agricoles. Le texte, déjà adopté en première lecture le 13 novembre dernier, a provoqué d’intenses débats et des protestations musclées l’automne dernier. Les manifestations organisées par l’opposition aux abords du Parlement s’étaient soldées par des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre. Le décès d’un homme des suites d’un arrêt cardiaque ainsi que le tabassage médiatisé d’un autre par la police avaient poussé le pouvoir à renvoyer le projet de loi aux calendes grecques.

Sept tentatives

C’est que depuis l’indépendance de l’Ukraine, un moratoire rend impossible toute velléité de libéralisation du secteur foncier. Sa levée constitue l’un des principaux serpents de mer de la politique intérieure du pays : l’opération a été tentée sept fois depuis 1991 !

Selon la Banque Mondiale, la libéralisation de l’exploitation des plus de 40 millions d’hectares de terres noires du grenier à blé de l’Europe pourrait rapporter entre 700 millions et 1,5 milliard de dollars à l’économie ukrainienne. 

En pratique, le statu quo signifiait que la terre appartient aux petits propriétaires qui sont libres de les louer à plus gros qu’eux mais pas de la vendre à leur guise. L’Ukraine figure ainsi avec la Biélorussie, Cuba, le Congo, la Corée du Nord, le Tadjikistan et le Venezuela dans le petit groupe des États réfractaires à toute forme d’assouplissement.

Cette situation entraînait un regrettable manque à gagner pour les élites libérales, les institutions internationales et les investisseurs étrangers qui pointent la sous-exploitation de l’immense potentiel agricole ukrainien. Mais beaucoup de petits exploitants ukrainiens y voyaient une chance inestimable tant ils craignaient la latifundisation du pays par les oligarques nationaux et les géants mondiaux. Selon la Banque Mondiale, la libéralisation de l’exploitation des plus de 40 millions d’hectares de terres noires du grenier à blé de l’Europe pourrait rapporter entre 700 millions et 1,5 milliard de dollars à l’économie ukrainienne. Pas de quoi enthousiasmer la population. Selon un sondage du Centre Razoumkov réalisé début février, 69% des Ukrainiens souhaiteraient que la question soit tranchée par un referendum et 72% se prononceraient pour le maintien du moratoire. De fait, l’obstruction parlementaire systématique pratiquée par l’opposition a abouti à la présentation de plusieurs milliers d’amendements depuis l’automne. Dans ces conditions, il n’était pas dit que le projet passe, d’autant plus que le cote de popularité du pouvoir ne cesse de s’effriter. Tout ceci valait avant le début de la crise du Covid-19.

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Dix milliards du FMI si…

Car le vote des députés ukrainiens est directement lié à l’apparition du « virus chinois ». Alors que les très soviétiques infrastructures médicales du pays ne seront sans doute pas en mesure de contenir l’épidémie, le confinement généralisé de la population décidé le 11 mars promet de produire des effets dévastateurs sur une économie déjà exsangue. Pour faire face à l’apocalypse annoncée, le FMI a promis une enveloppe de dix milliards de dollars. Deux conditions ont été toutefois posées à l’Ukraine : ne pas revenir sur la nationalisation de la Privatbank de l’oligarque Ihor Kolomoïsky (réputé pour être le marionnettiste occulte du président ukrainien) et réaliser au plus vite une réforme foncière digne de ce nom. Le 29 mars, le président Volodymyr Zelensky s’est donc solennellement exprimé devant les députés ukrainiens réunis à la Rada pour les enjoindre d’obtempérer fissa afin d’éviter la banqueroute et le défaut de paiement. Dès le lendemain, ils se sont exécutés le petit doigt sur la couture du pantalon. Trois grandes étapes sont prévues afin de faire entrer en vigueur la nouvelle loi. À partir du 1er juillet 2021, seules les personnes physiques de citoyenneté ukrainienne pourront acquérir des terres agricoles dans la limite de 100 hectares. À partir du 1er janvier 2024, les personnes juridiques ukrainiennes pourront à leur tour acheter un maximum 10 000 hectares. Enfin, un referendum devra décider si les étrangers pourront ou non investir dans l’agriculture ukrainienne. Signe que les précautions élémentaires ont été prises pour rassurer les masses en colère, le législateur a dans sa grande sagesse exclut d’avance toute possibilité d’acquisition de terres par les États étrangers. Enfin, il est tenu pour dit que les propriétés de l’État et des communes ne sont pas à vendre. Ouf.

Le roi du chocolat vire de bord

Les députés des deux partis libéraux Solidarité Européenne (de l’ancien président Petro Porochenko) et « Voix » (du chanteur pop Sviatoslav Vakartchouk), représentants de l’opinion « patriote galicienne » et euromaïdaniste, n’ont pas hésité à voter en faveur du projet de loi au nom de la nécessité impérieuse de sauver l’économie ukrainienne de l’effondrement. Et ce, alors qu’ils s’y opposaient bruyamment en novembre dernier, manifestant dans les rues de Kiev aux côtés des agriculteurs et des nationalistes. Derrière la nouvelle rhétorique pragmatique de l’opposition, il est difficile de ne pas soupçonner un ralliement politique opportun aux préconisations de l’Union Européenne qui pousse depuis des mois l’Ukraine à libéraliser son marché foncier au nom des critères de convergence du Partenariat oriental. Pour l’ex-président et « roi du chocolat » Petro Porochenko, il est vital de continuer à se poser en champion de l’intégration euro-atlantique sans compromettre sa virginité patriotique. Il est d’ailleurs symptomatique que Volodymyr Zelensky ait obtenu le soutien de plusieurs médias d’opinion ouest-ukrainienne d’habitude plutôt prompts à l’attaquer comme « l’homme de la capitulation ». Dans cette affaire, ceux qui feignaient de voir dans l’ancien comique antisystème le représentant du camp de la revanche, le masque bouffon du « Parti des Régions » ou la « main du Kremlin » sont bien obligés de lui trouver des vertus inattendues dans la droite lignée de son prédécesseur. Car porté au pouvoir par une société épuisée par la guerre, revenue de ses illusions révolutionnaires et divisée par les maladresses de l’ukrainisation, Volodymyr Zelensky n’en reste pas moins pro-occidental.

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Vive le marché

La chaîne de télévision 24 Kanal, propriété de l’épouse du maire de Lviv Andri Sadovy, n’a eu de cesse de dénoncer les « populistes » provincialistes, xénophobes et autoritaires (en un mot, les Petits Russes) qui propageraient des « mythes » au sujet de la réforme foncière. En s’opposant à la mise en vente du pays, ils empêcheraient ainsi l’Ukraine d’épouser pleinement les normes libérales des « pays civilisés ». Un esprit taquin observerait que l’Ukraine de l’Ouest est sans doute le seul endroit au monde où le patriotisme consiste actuellement à défendre la loi du marché libre et non faussé, la société ouverte et la mondialisation heureuse. Ironie de l’histoire, l’Occident fantasmé par l’élite ukrainienne est en train de redécouvrir douloureusement les nécessités vertueuses de l’autonomie, du localisme et du protectionnisme.

Non aux Russes !

En guise de vaseline, les partisans de la réforme foncière répètent à qui veut l’entendre que la vente de terres agricoles restera strictement interdite aux citoyens du « pays-agresseur », aux résidents des « territoires temporairement occupés » ainsi qu’aux étrangers établis dans une bande de 50 kilomètres à compter de la frontière. Gloire à l’Ukraine quand même !

Seule véritable réfractaire au changement, le dinosaure politique Ioulia Timochenko a énergiquement accusé un pouvoir de « voleurs » de travailler pour le compte des « spéculateurs internationaux » et de « profiter du confinement » pour vendre la terre des Ukrainiens. Quant au président du parti nationaliste Svoboda Oleh Tyahnybok, il a dénoncé sur Facebook la nouvelle loi « criminelle » en ces termes : « Jusqu’à hier, l’Ukraine avait 44 ennemis à la Rada (Ndlr : les députés pro-russes). À partir d’aujourd’hui, elle en a 259 de plus ». En Ukraine, il n’est pas toujours facile de distinguer l’ami de l’ennemi.

Pandémie: sidérés, mais pas surpris

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On a eu beau s’enfermer dans le déni, on sentait bien que quelque chose ne tournait pas rond dans le monde tel qu’il allait.


Honnêtement, alors que le confinement s’installe, qui peut se déclarer surpris ? Sidéré, sans aucun doute, mais pas surpris. La sidération, c’est le bouleversement brutal de toutes nos habitudes : la vie ralentie, les sorties avec une autorisation comme si nous étions redevenus des collégiens, à cette différence que nous la signons nous-mêmes et que nous ne demandons plus à nos parents de le faire. Nos parents, maintenant, nous nous inquiétons parce qu’ils sont dans un EHPAD ou parce qu’ils sont seuls chez eux et que nous essayons de leur apprendre le maniement de Skype pour voir leur visage, pour nous rendre compte s’ils se nourrissent correctement, si leur regard ne dément leur voix qu’ils veulent rassurante. Oui, nous sommes sidérés par les rues vides, par le chant des oiseaux revenus. Sidérés encore par le sinistre rendez-vous quotidien avec Jérôme Salomon et son décompte patelin et monocorde des morts, sidérés par la bêtise de Sibeth N’Diaye qui profère une énormité à chaque fois qu’elle ouvre la bouche, ce qui est ennuyeux pour une porte-parole. 

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Comme un mauvais roman d’anticipation

Mais non, nous ne sommes pas surpris. Nous mesurons seulement à quel point nous avons été dans le déni. Le monde nous alertait pourtant à chaque fois qu’un morceau de banquise se détachait des pôles, que les glaciers se réduisaient comme une peau de chagrin sur les cartes satellite, que la déforestation détruisait des écosystèmes entiers.

Mais qui peut se déclarer surpris, au fond de lui-même ? En tout cas, pas le lecteur de science-fiction. Les récits d’effondrement, depuis les années 60-70 (Ballard, Brunner, K.Dick) ont tous donné une version précise et prophétique de notre fin. Pas l’amateur de séries, qui entre effroi et extase, regarde depuis des années des apocalypses zombie, parfaite métaphore de la contamination. 

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Ce n’est pas comme si cette inquiétude datait d’hier matin, ce n’est pas comme si la collapsologie n’était pas devenue via Yves Cochet ou Pablo Servigne, un courant de pensée qui nous disait, dans l’indifférence ou sous les huées, que ça n’allait pas pouvoir continuer comme ça. Cassandre est toujours détestée et on ne lit plus assez les Evangiles : « Vous écouterez de vos oreilles, et vous n’entendrez point ; vous regarderez de vos yeux, et vous ne verrez point. »

Les soignants vivent un cauchemar depuis des années

D’ailleurs pas besoin d’être un Black Bloc pour comprendre que le monde techno-marchand porte en lui sa propre catastrophe planétaire. Le pape François, dans son encyclique de 2015, Laudato si, a vu le tsunami arriver : « Beaucoup de ceux qui détiennent plus de ressources et de pouvoir économique ou politique semblent surtout s’évertuer à masquer les problèmes (…) Mais beaucoup de symptômes indiquent que ces effets ne cesseront pas d’empirer si nous maintenons les modèles actuels. »

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Sidérés mais pas surpris, à l’image des soignants débordés et mal équipés qui s’époumonaient dans le silence médiatique, en indiquant qu’une logique managériale de flux tendu pour l’hôpital conduirait un jour ou l’autre à un cauchemar. Qui se souvient, dans ceux qui applaudissent, que les urgences, au commencement de l’épidémie, étaient en grève depuis un an pour tenter de nous alerter?

Alors, non, l’argument du pouvoir, le dernier dans sa pitoyable communication, ne tient pas : « On ne pouvait pas savoir ». Mais si, vous pouviez. Seulement, à l’image caricaturale du patron de l’ARS du Grand Est, sèchement limogé parce que son comportement prenait l’allure d’une psychose, lui qui voulait continuer à supprimer des lits et des personnels dès que la pandémie serait passée, vous étiez vous aussi enfermés dans un déni infiniment plus grave que le nôtre puisque vous, vous aviez toutes les cartes en main. Mais vous ne vouliez pas voir, par lâcheté, intérêt, idéologie, que les idées ont des conséquences concrètes, et que ces conséquences sont devenues notre très dystopique présent.

Va falloir qu’on parle, vous savez, quand on va ressortir : on a deux ou trois trucs à vous dire…

De quoi Raoult est-il le nom?

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Alors que le chef de l’État a rencontré le virologue marseillais jeudi, à la fois pour neutraliser le risque qu’il représente et pour tenter de capter un peu de son aura, il paraît essentiel de chercher à décrypter le symbole et le symptôme Raoult.


A la faveur de la plus grave crise sanitaire et économique traversée par la France contemporaine, une figure s’est imposée, celle de Didier Raoult. En quelques semaines, à la faveur de l’épidémie du Covid 19, l’ombre du médecin a grandi : une ombre bienfaisante pour ses partisans, inquiétante pour ses détracteurs. Pour certains, la cristallisation du débat autour de la figure du médecin Marseillais prouve que les grands évènements font les grands personnages. Pour d’autres, l’ego démesuré et le style provocateur du chercheur prouvent que les situations anxiogènes font le jeu des gourous.

Suivant qu’on le tienne pour une sorte de général de Gaulle en blouse blanche ou de général Boulanger chevelu, le professeur Raoult est perçu comme un symbole de guérison ou un symptôme d’aggravation des maux de la nation. Comme toujours en période de crise, la France s’est coupée en deux. Le pays est désormais divisé entre admirateurs et détracteurs de Didier Raoult.

Symbolique politiquement

Alors que plus de 7000 de nos concitoyens luttent en réanimation, la question de l’efficacité de la thérapie proposée par le fondateur de l’IHU Méditerranée est, bien sûr, vitale. Mais elle excède nos compétences comme notre propos. Nous ne traiterons ni de l’homme – il y aurait sûrement beaucoup à en dire – ni de son ordonnance ; mais du sens politique et symbolique que la polémique née à son propos peut revêtir. De quoi Raoult est-il le nom ?

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Le médecin marseillais incarne, sûrement à son corps défendant, la revanche des petits contre les gros et, bien sûr, celle des provinciaux contre la capitale. La France de Raoult ne roule peut-être pas toute en diesel et ne fume pas nécessairement des clopes mais c’est celle de ceux qui parlent sans filtre et ne craignent pas de détoner.

Emmanuel Macron rend visite au Pr Didier Raoult à Marseille, jeudi dernier. Image: capture d'écran compte Twitter du médecin
Emmanuel Macron rend visite au Pr Didier Raoult à Marseille, jeudi dernier. Image: capture d’écran compte Twitter du médecin

Les détracteurs de Didier Raoult ne s’y sont pas trompés. Ses adversaires ont tout de suite parlé à son sujet de populisme et de résurgence des gilets jaunes. « Il faut faire taire ce connard » a vociféré Daniel Cohn-Bendit. Dans un contexte marqué par une défiance croissante des Français à l’égard de leur classe dirigeante, l’hostilité franche, presque instinctive et quasi unanime des « sachants » à son égard a certainement contribué à l’immense popularité dont jouit le virologue auprès d’un grand nombre de nos compatriotes.

Un effet comète? 

Un autre facteur du rejet et de l’adhésion que le lauréat d’un grand prix de l’académie de médecine a su susciter, réside dans sa capacité à incarner simultanément le prestige d’un mandarin et l’insolence d’un trublion. Raoult, c’est la gouaille et la générosité sous la coupole. Coluche et Pasteur, Bigard et Lavoisier réconciliés.

Si ce scientifique est devenu, sans nécessairement l’avoir voulu, le héraut de la France d’en bas, c’est qu’il a révélé la possibilité d’un populisme surdiplômé sachant se dresser contre les « importants ». C’est déjà la recette éprouvée avec succès par un Emmanuel Todd qui se présente comme chercheur à Cambridge et raille (souvent à fort juste titre) la faiblesse intellectuelle des « élites ».

Le succès du Marseillais, c’est celui d’un savant « de la haute » qui entend défendre la base contre l’incurie du sommet. La popularité du virologue semble ainsi traduire en creux l’attente d’une élite populiste. La haine qu’il suscite révèle peut-être aussi la peur d’une caste qui se sent vaciller.

Raoult, c’est aussi une sorte d’effet comète. Il n’y avait rien et soudain le chercheur a traversé le ciel médiatique. L’émergence irrésistible et imprévisible du personnage, la vitesse de propagation de sa parole sur les ondes ne sont d’ailleurs pas sans analogies avec la redoutable contagiosité et agressivité du Covid. Raoult semble avoir été d’autant plus vite propulsé sur le devant de la scène qu’il sortait de nulle part. La viralité du phénomène Raoult traduit peut-être une nécessité plus profonde qu’un simple besoin de virginité.

Le principe de précaution fustigé

Jusqu’ici quelques voix parvenaient, au prix de mille courbettes et contorsions à critiquer mezzo voce le main Stream, tout en prenant grand soin de ne pas perdre leur strapontin dans le barnum politico-médiatique. D’un coup, ces résistants de cour à la pensée unique passent pour des tièdes. Les animaux domestiques dévorent rarement leur dresseur. Par contraste, le fauve en blouse blanche paraît incontrôlable. L’aplomb incroyable et la férocité même de ses propos font mouche. Le virologue ne prend aucun gant, aucune précaution. Il avance à visage découvert et sans mâcher ses mots. Car si l’épidémiologiste avance des arguments logiques qu’il prend soin de formuler avec calme, ce qu’il sous-entend est dévastateur pour le pouvoir. Le verbe du Sudiste est un coup de pistolet dans une salle de concert. La capacité de percolation de son discours paraît directement corrélée à sa force de percussion. Elle permet de mesurer la puissance de feu d’une parole à la fois argumentée, sincère et brutale dans l’univers aseptisé de la com, des éléments de langage empesés. Le succès de Didier Raoult autant que son rejet, tiennent ainsi probablement du fait qu’il ne refuse de rester à sa place.

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L’homme qui prétend vaincre le Covid ne cesse pourtant de le répéter : « je ne parle que de ce que je connais ». Il présente lui-même sa parole comme une parole d’autorité. L’autorité se fonde sur la connaissance bien sûr mais aussi sur une échelle de valeurs partagée par son détenteur et par ceux sur qui elle s’exerce. L’autorité qui vient du latin augere (augmenter) tend aussi à élever celui qui s’en réclame et ceux qui la reconnaisse. Enfin, l’autorité offre toujours à celui qui s’en réclame un excellent moyen de monter sur ses ergots. Par nature et a fortiori si elle est multiple, l’autorité tend à dépasser son propre cadre.

Didier Raoult se présente à la fois comme un soldat de la médecine, un chercheur, épidémiologiste, spécialiste des virus et épistémologue. Du haut de cette modestie, le Marseillais fustige le principe de précaution, le rejet de toute prise de risque, le refus d’assumer ses responsabilités, le jargon destiné à tenir à distance le commun des mortels. Il prend exactement le contrepied de nos dirigeants qui s’abritent derrière des comités Théodule pour édicter des doctrines fondées sur un « rationnel scientifique ».

Photo: GERARD JULIEN / AFP
Photo: GERARD JULIEN / AFP

A contraire, Didier Raoult explique que la science peut se tromper et que nous devons nous garder de lui vouer un culte et adopter, à son égard, une posture pragmatique. « Donner moi des trouveurs et non des chercheurs », disait de Gaulle. « Peu importe que les chats soient noirs ou blancs, l’essentiel est qu’ils attrapent des souris », disait Den Xiaoping. Le médecin de la Timone aurait pu être l’auteur des deux formules. En ce sens, même si la comparaison peut paraître excessive, sa parole semble faire écho à celle d’un célèbre général de brigade qui, s’appuyant sur son expérience pratique de l’arme blindée et sur ses analyses prémonitoires avait dit haut et clair son fait à un état-major désastreux. Le professeur de médecine incarne, lui aussi, une légitimité qui se dresse contre la légalité.

La force de conviction comme la capacité d’irritation provoquée par cet anticonformiste résident en ceci qu’il conteste un paradigme, un modèle, un ensemble d’idées reçues qui, selon lui, sont celles du pouvoir en place et qui le condamne à l’impotence. Jouant d’un formidable effet contraste, Didier Raoult propose une thérapie « bricolée » dont il prétend qu’elle marche alors que les autorités invoquent la science pour reconnaître leur impuissance face au virus.

Un artiste

L’ordonnance Raoult possède un je-ne-sais-quoi de vintage. L’une des forces de la thérapie Raoult, c’est de paraître s’appuyer sur une médecine à l’ancienne, du temps où Hippocrate ne servait pas encore Mercure. Sans qu’il ait besoin de le dire, celui qui se présente comme le tombeur du coronavirus, se réclame d’un art qui servait encore à soigner les malades et qui n’était pas encore une science enrégimentée par les laboratoires. Doux comme la colombe et rusé comme le serpent, recommandent les Écritures. Didier Raoult qui travaille avec le géant pharmaceutique Novartis n’hésite pas à s’en prendre aux essais « randomisés » avec cohortes massives et tests en double aveugle.

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La médication proposée par le Marseillais n’est pas très innovante. C’est une association de molécules peu coûteuses et déjà connues qui, administrée dans les délais prescrits, prétend son défenseur, s’avère efficace. Un remède peu sophistiqué mais ingénieux qui semble parfaitement correspondre au célèbre système D national.

Voilà qui ne pouvait qu’horripiler la classe dirigeante (qui n’a que les mots « Europe » et « globalisation » à la bouche et qui assimile constamment et scandaleusement fierté nationale et repli nationaliste). Extravagant paradoxe, c’est une solution élaborée en France, par un médecin français et qui est en passe d’être adoptée dans le monde entier sauf dans l’Hexagone.

Le destin de l’association de chloroquine et azythromycine fait un peu songer à celui de la combinaison puissance de feu et vitesse motorisée prônée par le colonel de Gaulle. Lue et appliquée en Allemagne, cette doctrine provoquera risée et haussement d’épaule à l’école de guerre. Aujourd’hui, la Chine, les États-Unis et de nombreux pays semblent fonder plus d’espoir dans cette thérapie made in Marseille que nos propres autorités. Comme si le monde entier avait davantage confiance en la France que l’élite française n’avait confiance en elle-même et en nous. Si Raoult a raison, la pusillanimité des autorités est en effet scandaleuse. S’il a tort, les faux espoirs que suscite son cynisme sont sordides.

Raoult est-il un manipulateur ou un sauveur ? Il est encore trop tôt pour le dire mais il a déjà mis en place ses réseaux, ouvert sa page Facebook et créé de multiples comités de soutien. La seule question qui se pose est désormais de savoir si les Français devront ou non attendre 2022 pour retrouver le visage désormais familier du médecin marseillais.

On ne va quand même pas emmurer les banlieues…

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Image d'archive, Clichy sous © Bois JOBARD/SIPA Numéro de reportage : 00620168_000015

L’application du confinement en banlieue a été compliquée. Euphémisme… Covid-19 a en effet apporté de nouvelles illustrations de l’inquiétant séparatisme qui gangrène des quartiers. À la prochaine pandémie, faudra-t-il être intraitable avec les territoires perdus de nos villes?


Déjà, il faut rappeler que les habitants de ces quartiers tout à tour appelés difficiles, de reconquête républicaine, séparatistes ou prioritaires pour la politique de la ville, ne sont pas les seuls à mal respecter les contraintes du confinement. Au début de la pandémie, les foules entassées gare Montparnasse ou les familles en goguette dans les parcs avaient bien des profils ! 

Une fois ceci posé…

Mais toutes les situations ne sont pas comparables. Il y a un monde qui sépare le bobo capricieux des bandes attaquant les patrouilles au mortier. Ce n’est pas n’importe où qu’une policière est grièvement blessée à la tête par un jet de pavé. Ce n’est pas n’importe où que les pompiers ont de plus en plus de difficultés pour intervenir à cause des agressions. Ce n’est pas n’importe où que des « jeunes » tendent des embuscades aux médecins et aux ambulances. Même le plus fervent adepte du politiquement correct sait parfaitement de quoi il est question lorsque Laurent Nuñez dit aux préfets « Ce n’est pas une priorité que de faire respecter dans certains quartiers les fermetures de commerces et de faire cesser les rassemblements. »

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Le refus de se plier aux règles communes, dont le confinement n’est qu’un cas particulier, y est endémique, et les prédateurs qui y prospèrent abjects. Voyez les agressions de soignants aux abords de la gare du Nord, au point que l’hôpital Lariboisière a dû embaucher des gardes du corps pour les escorter ! Démission de l’État ! Catastrophique banalité d’une situation qui à elle seule justifierait le limogeage d’un Préfet de Police et d’un ministre de l’Intérieur se résignant à pareil fiasco.

Pas d’amalgame ?

La tentation est grande de considérer que les forces de l’ordre ont mieux à faire en ce moment que de gérer les caprices de « certains quartiers » et de leur imposer le confinement (sans même parler des autres lois). Tout nous pousse à envisager les habitants de ces quartiers comme une catégorie uniforme, à commencer par le discours victimaire qui en fait les victimes identiques et interchangeables d’une société injuste/néo-coloniale/raciste/islamophobe/etc. Avec ces prémisses, cette catégorie est aussi celle, haïssable, des tags à la gloire de Mohammed Merah, des islamistes, des trafics, des violences urbaines, de l’antisémitisme, du sexisme, de la haine anti-France et du racisme anti-Blancs. Dès lors, qu’ils se débrouillent entre eux et autant emmurer les banlieues, en n’oubliant pas les barbelés, les miradors et des mitrailleuses bien chargées….

Choquant ? Ce n’est que l’aboutissement logique de décennies de renoncements. La « tolérance » envers des normes anthropologiques tribales, le laxisme judiciaire et la « culture de l’excuse », sans parler des multiples communautarismes, aboutissent inéluctablement à ce résultat. Des enclaves, dont le reste de la France ne pourra que vouloir se débarrasser une fois qu’il en aura assez d’y déverser les milliards perdus de la politique de la ville. « Séparatisme » disait Emmanuel Macron. Nous y sommes.

Mais la réalité n’est pas aussi caricaturale que le prétendent les adeptes des assignations identitaires, qu’elles soient racialistes ou sociologisantes. Les individus ne sont pas que des excroissances de leurs origines. La culture, l’éducation, l’environnement sont un point de départ ouvrant sur de vastes horizons, non un mur infranchissable. Ceux qui défendent le déterminisme font preuve d’un mépris incroyable envers la volonté humaine, et nient la liberté pour ne pas avoir à affronter la responsabilité. Trop lâches pour regarder en face la réalité du fait que certains choisissent le mal, ils prétendent qu’il n’y a pas de libre-arbitre. Oui il y a des tendances générales, mais nul n’en est irrémédiablement prisonnier, pas plus les habitants de « certains quartiers » que vous ou moi.

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Même dans ces territoires perdus il y a des gens bien. Majoritaires, minoritaires ? « Supprimeras-tu vraiment le juste avec le méchant ? Peut-être y a-t-il 50 justes dans la ville. Les supprimeras-tu aussi ? » Et s’il n’y a que 40 justes, ou seulement 10 ? « Traiter le juste comme le coupable, ce n’est pas ta manière de faire ! »

Bien sûr, la politique n’est pas la justice divine. Il faut parfois sacrifier des justes pour en sauver d’autres. Bombarder les enfants de Dresde pour sauver les enfants d’Auschwitz, décision terrible. L’heure est-elle venue de sacrifier ceux de nos concitoyens qui vivent dans « certains quartiers » mais respectent nos lois et nos valeurs ? De les abandonner à la sauvagerie des bandes, de trahir l’espoir qu’ils placent dans la République et dans la France ? De voir en eux des dommages collatéraux inévitables pour contrer la menace que les autres habitants de ces mêmes quartiers font peser sur la communauté nationale dans son ensemble ? Résolument, non.

Covid-19 révélateur du “séparatisme” évoqué par Macron

Parce que les gens bien de ces quartiers en valent la peine, mais pas seulement. Le Covid-19 n’est pas la peste noire. Les quartiers seront toujours là demain. La délinquance, l’esprit tribal et le fanatisme seront toujours là. Faut-il trahir aujourd’hui ceux qui demain pourraient être nos alliés ?

On parle de « séparatisme », mais ce n’est pas que cela. L’habitude de se gaver de subventions et d’aides pour ensuite cracher sur la France est un parasitisme. La délinquance qui cherche naturellement à étendre son terrain de chasse est une prédation. L’islam théocratique est un impérialisme, un projet universel, total et totalitaire, et chaque territoire conquis ne fait que l’encourager à conquérir encore plus. Les trois s’ajoutent et se renforcent, ce n’est pas par hasard que la sourate 8 s’appelle « le Butin » et règle le partage des fruits du pillage et des razzias. Nous ne sommes pas aux États-Unis, où les musulmans représentent à peine 1% de la population et où les gangs sont loin de tous partager cet imaginaire de conquête religieuse. En France, emmurons les quartiers islamisés en les laissant à leur propre loi, et tôt ou tard il en sortira une armée – lisez Ibn Khaldoun, David Galula et Driss Ghali.

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Il nous faut contre-attaquer en distinguant les justes des coupables, comme de la « majorité silencieuse » au silence souvent complice. Prouver aux habitants des quartiers qui respectent les lois de la République que la République les protège, et prouver à ceux qui piétinent la France que la France est bien assez forte pour les mettre au pas, au lieu de leur donner une fois encore l’exemple de la pusillanimité de l’État.

L’impuissance de l’État n’est plus une option

Mais est-ce le moment ? Oui, et justement parce que nous sommes en pleine pandémie.

La peur de la contagion brise les tabous, même dans les quartiers beaucoup commencent à craindre pour eux-mêmes, malgré l’obscurantisme de prédicateurs qui voient en leur dieu un génie de la lampe les protégeant de la contagion. Les propos de Laurent Nuñez ont fait scandale, y compris dans une frange de l’opinion qui d’ordinaire hurle au « retour des heures les plus sombres » chaque fois qu’une patrouille de police tente de faire respecter la loi. Le mépris affiché de certains envers des règles nécessaires à la sécurité de tous, les trafics de masques et de médicaments, les agressions contre les soignants, obligent à constater la barbarie de la dérive tribale des dernières décennies.

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Et si cette fermeté provoquait un nouveau 2005 ? Au lieu de trépigner en criant « unité nationale, unité nationale », le gouvernement peut décréter l’état de siège. Comme nos hôpitaux, nos forces armées ont été affaiblies par des décennies de logique comptable à la petite semaine, mais elles restent de grande valeur. L’état de droit est toujours préférable aux tribunaux d’exception (même si depuis le mur des cons d’aucuns pourraient davantage faire confiance à un tribunal militaire qu’à un tribunal du syndicat de la magistrature!!), mais la loi martiale reste préférable à loi des milices. Or, le peuple ne tolère plus les caprices et les exactions de « certains quartiers », et le jour arrive où il prendra les choses en main si l’État ne le fait pas. Et le peuple sera animé par une colère légitime, mais portant hélas le risque d’une violence qui ne se donnera pas la peine d’épargner les 50 justes. Oui, renoncer à employer la force, c’est faire le lit de la violence.

L’impuissance publique n’est pas une fatalité. La seule fatalité, c’est que le choix prolongé de l’impuissance conduit inévitablement à la tyrannie, à la brutalité ou au chaos.

Les territoires conquis de l'islamisme

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Audiard, bateleur de mots

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Michel Audiard © Collection ChristopheL via AFP

Le dernier défenseur de la langue française fêtera son centenaire en mai prochain


Je vais panthéoniser Michel Audiard, le mettre sous cloche, lui construire un mausolée bien douillet, un panier garni tapissé de velours, le couvrir d’ors, oui, je vais faire reluire sa prose, oser la comparer aux maîtres-verriers de la Renaissance, je veux qu’il illumine désormais toutes vos pensées. Voilà quelle fut ma première réaction quand le rédacteur en chef Culture de Causeur sollicita mon magistère goguenard pour écrire quelques lignes sur le dialoguiste star, né en mai 1920. Le p’tit cycliste du XIVème arrondissement, seulement titulaire d’un chétif certif’, aura droit aux honneurs de l’exégèse ; à l’élévation d’une cathédrale sémantique, car c’est un gothique flamboyant dont vous ignorez certainement la geste chevaleresque. Je vous promets des envolées lyriques et, qui sait, nous tutoierons ensemble les profondeurs de l’histoire, nous effleurerons même cette identité française, si sauvage et taquine.

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Le dernier témoin

À l’heure des multi-diplômés qui dirigent le monde, qu’un môme de Paris sans réelle qualification, sans le sou et « sans piston », ait réussi à se graver un nom juste par ses mots, ça me fascine. Je n’en reviens toujours pas. Il est le dernier témoin de la civilisation de l’écrit. Après lui, le déluge des images a noyé le texte, l’a relégué au rang de faire-valoir, de prothèse esthétique à usage des beaux parleurs. Nous ne mesurons que depuis très récemment les ravages de la syntaxe houleuse et de l’émoticône-roi. L’écrit s’est fait la malle au mitan des années 1990 dans les brumes de la mondialisation qui avait décidé, en haut lieu, de le sacrifier alors que pendant des siècles, on l’avait sanctifié. L’écrit, élitiste par nature et inflammable par destination, n’était décidément plus compatible avec cette nouvelle société inclusive plus sérieuse qu’un conclave. Les bibliothèques devinrent des asiles de fous, les librairies des foyers de résistance et les écrivains des surnuméraires. On les tolérait encore par-ci, par-là, comme un élément pittoresque du paysage culturel, leur utilité patrimoniale permettait de raviver à moindre coût le tissu économico-touristique des terroirs enclavés. La littérature comme tour-operator. George Sand sert aujourd’hui de tête de gondole aux produits du Berry, on connait mieux sa recette des œufs au vin que ses romans ruraux.

Casquette vissée et clope au bec

La gueule d’Audiard, casquette vissée et clope au bec, rameutera demain des millions de petits Chinois venus visiter les catacombes ou le lion de Denfert. On le distribuera en magnet dans les magasins Darty pour tout achat d’un frigo neuf. Il en va ainsi des icones commerciales, leur marchandisation n’a aucune limite. Son œuvre sera recyclée et absorbée jusqu’à ce qu’on oublie sa propre dramaturgie, l’attelage improbable d’une nostalgie poignante et l’humour désespéré des bistrots. Sa patte si singulière et peu amène avec l’espèce humaine sera balayée. On ne retiendra plus que la gloriole scénique en oubliant les humeurs vagabondes, les ferments des démons intérieurs, les cris dans la nuit. Il n’y a plus que les séminaristes et les indigents pour croire aux vertus du verbe, à son pouvoir quasi-magique de transcender l’existence. Car, ne vous y trompez pas, le contact avec la prose d’Audiard, peut plonger dans l’abîme. Oui, vous allez rire, pétarader, fanfaronner, et puis vous serez saisi par le doute et l’effroi. Oui, vous tremblerez car ce rigolo pudique et complexe n’écrit jamais à blanc. Il charge ses phrases. Elles siffleront comme les balles de l’ennemi au-dessus d’une tranchée. Le cinéma de papa, les alcools suicidaires et les écrits des réprouvés faisant partie de ma panoplie hussard, amoureux des voitures à essence pour aggraver mon cas, c’est dire mon état de précarité dans la société actuelle. Je resterai son homme de bar, son fan béat. En quoi suis-je habilité à évoquer la mémoire d’un type que je n’ai jamais rencontré et qui a fait l’objet d’innombrables biographies aussi épaisses que le bottin ? On ânonne ses phrases dans les hémicycles et les dîners en ville. De Pantin à l’Hôtel de la Trémoille dans le VIIIème, sa résidence d’artiste, la France parle le Audiard par esprit de contradiction et par amusement benêt. 

Admirez l’artiste

La postérité n’est qu’un cache-sexe, elle masque les intentions premières, elle nie les parcours chaotiques, elle résume et finit par esquiver. Toute célébrité repose sur le mensonge. Je ne prétends pas vous dire la vérité sur l’homme, simplement me souvenir que cet écrivain de l’écran a inventé plus qu’un style, une manière de mettre à distance les événements et d’enjoliver la conversation. Si revoir les films dialogués par Audiard procure un plaisir presque physique, les mots de ses romans coulent comme l’eau vive dans mes veines. Alors, je me tais. Et je vous laisse juge. Admirez l’artiste : « Tandis que là-bas, dans l’Est, la Ligne bleue des Vosges semblait n’être plus qu’un souvenir, l’éclairage « anti-aérien » bleutait les soirs de Paris. C’était assez joli. Les réverbères ressemblaient à des boules de méthylène, les verrières des gares paraissaient surplombées d’un ciel d’Azur. Même une ravelure comme la gare Montparnasse prenait un petit air cannois. » Le p’tit cheval de retour – Julliard (1975)

Le p'tit cheval de retour - NE

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Allemagne: les nôtres avant les autres

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Angela Merkel, Berlin, 22 mars 2020 Michael Kappeler / POOL / AFP

En Allemagne, la coordination entre les différents échelons du système sanitaire et la chaîne de production industrielle ont permis d’endiguer l’épidémie en pratiquant des dépistages massifs. Sans jamais se soucier du reste de l’Europe.


 

La crise du coronavirus met à nu les fragilités et les qualités organisationnelles des États. Depuis quelques jours, on s’interroge, en France, sur les raisons d’un nombre de morts moins important en Allemagne. Le 31 mars au soir, il y a environ 68 000 personnes identifiées comme infectées par le Covid-19 outre-Rhin ; et seulement 710 morts. À comparer avec les 3 523 morts français pour 52 000 personnes infectées identifiées.

Depuis trente ans au moins, les dirigeants français ont sans cesse le « modèle allemand » à la bouche. Il fallait avoir la même politique monétaire que l’Allemagne, réformer le Code du travail pour aller dans le même sens que notre voisin, etc. J’ai montré dans un livre récent[tooltips content= »Paris-Berlin : la survie de l’Europe, Gallimard, 2019″][1][/tooltips] que l’imitation de l’Allemagne par nos gouvernants a été le plus souvent superficielle. Dans le cas qui nous occupe, l’importation du « modèle allemand » n’est plus à l’ordre du jour.

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La politique allemande contre le coronavirus présente quatre caractéristiques.

  1. La décentralisation. On serait tenté de commencer par une boutade. Heureusement pour notre voisin, la chancelière est politiquement très affaiblie. Elle ne cherche pas à se mêler en permanence de la gestion de crise. C’est à l’opposé du comportement du président français. Cependant, affirmer que le gouvernement central est absent dans l’organisation de la lutte contre la pandémie serait injuste vis-à-vis de l’excellent ministre de la Santé, Jens Spahn. Ce qui l’emporte, c’est en fait un facteur essentiel, la décentralisation dans la gestion du pays ; l’existence au niveau des Länder de ministères de la santé régionaux permet une gestion de la crise au plus près du terrain. Il y a même un niveau encore en dessous dans la subsidiarité allemande : les services locaux de santé publique ; ce sont eux précisément qui sont compétents dans la prévention et la lutte contre les maladies infectieuses. Une dispute comme celle qui concerne les travaux du professeur Raoult est impensable en Allemagne. La possibilité d’expérimenter un traitement contre la maladie aurait été entérinée au niveau régional. Par comparaison, nos agences régionales de santé apparaissent comme des démultiplications à moyenne échelle des comportements centralistes français. Bien entendu, on ne transpose pas du jour au lendemain une gestion subsidiaire de la santé. En revanche, la France pourrait apprendre à faire confiance aux dizaines d’initiatives proposées sur le terrain, mais bridées ou non relayées par les services déconcentrés de l’État ou les agences.
  2. L’anticipation et la coordination. Cette grande décentralisation n’a pas empêché la coordination entre les ministères de la santé régionaux dès la dernière décade de janvier lorsque la naissance d’une possible pandémie a été identifiée. Les ministres-présidents de Bavière, du Bade-Wurtemberg et de Rhénanie-du-Nord/Westphalie se sont entendus pour prendre des mesures communes dès qu’il est apparu que la maladie diffusait selon la diagonale de la prospérité et du dynamisme industriel allemands, à travers leurs trois Länder. Il faut admirer la manière dont on est passé, chez notre voisin, de l’anticipation à l’action. Bien entendu, les organisations patronales allemandes, dont les bureaux à l’étranger maillent la planète, ont représenté une source d’information de premier plan, comme elles le font toujours. Elles ont averti, par leurs réseaux, de l’ampleur que prenait l’épidémie en Chine et de la vitesse à laquelle elle se répandait en Asie. On n’aura pas la cruauté d’insister sur le manque d’anticipation du gouvernement français, par comparaison à l’Allemagne. Ni sur le manque de coordination des secteurs : on fait un spectacle du transport de malades en train aménagé ou en hélicoptère (vers l’Allemagne), mais on est incapable de remplir les lits mis à disposition par les hôpitaux et cliniques privés à quelques kilomètres d’hôpitaux publics engorgés.
  3. Les responsables allemands n’ont dès lors pas hésité sur la méthode à choisir : les tests les plus nombreux possibles. La réplique de la méthode coréenne ? Sans aucun doute. Et c’est bien la seule méthode qui fonctionne pour aboutir à un confinement ciblé plutôt qu’un confinement généralisé. On a, en Europe occidentale, énormément insisté sur les possibles atteintes à la vie privée et aux droits individuels qu’implique le traçage pratiqué par les Coréens. Mais il suffit de regarder le cas allemand pour se rendre compte que les tests massifs sont compatibles avec des méthodes moins intrusives. L’Allemagne met en œuvre un dépistage massif et précoce, avec des dizaines de milliers de tests réalisés quotidiennement et un confinement individuel. Par contraste, la France apparaît très archaïque, sans qu’on puisse invoquer le manque de tests : notre pays disposait d’un stock initial ; une entreprise coréenne proposait d’en livrer 20 000 par jour et n’a pas obtenu de réponse du ministère de la Santé.
  4. L’Allemagne a été capable de produire rapidement des millions de masques, du gel hydroalcoolique et le matériel nécessaire à la lutte contre la pandémie. Cela renvoie bien entendu à la stratégie allemande d’adaptation à la mondialisation : notre voisin n’a jamais délocalisé toute une chaîne de production ; les Allemands ont toujours fait attention à garder la maîtrise de l’assemblage. Ils conservent une infrastructure industrielle suffisante sur place. Il n’a pas fallu beaucoup de temps pour faire démarrer la fabrication de masques. C’est bien l’industrie pharmaceutique allemande qui fabrique les tests que le pays utilise quotidiennement à grande échelle. Par comparaison, notre pays paie la perte de maîtrise des chaînes de production industrielle.

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Évidemment, tout n’est pas recommandable dans l’attitude allemande face à la pandémie. Le reste de l’Europe a été frappé par l’indifférence tranquille avec laquelle la chancelière n’a pas prononcé le mot « Europe » lorsqu’elle s’est adressée aux Allemands pour leur demander de respecter les règles d’un confinement partiel, adapté au fonctionnement de l’économie. Tout comme durant la crise économique et financière de 2008-2011, l’Allemagne fait cavalier seul, à bien des égards. Les autorités françaises ont été mises devant le fait accompli de la fermeture de la frontière entre les deux pays. Aucune coordination n’a lieu à l’échelle européenne. La subsidiarité allemande est ascendante ; et lorsque le pays est confronté à un danger majeur, l’effort de coordination ne remonte pas plus haut que la nation. Pour l’instant, Berlin continue de s’opposer à un relâchement des conditions de contrôle du Mécanisme européen de stabilité (« réformes structurelles » en échange d’un accès à l’aide d’urgence européenne). Car c’est bien le paradoxe de la situation actuelle. Tandis que le président français continue, contre toute évidence, de parler de solidarité européenne, le pays qui fut longtemps notre partenaire favori de construction européenne est en train de redécouvrir, tranquillement, les vertus de la solidarité et de l’efficacité nationales.

Paris-Berlin : la survie de l'Europe

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Génie de Ruth Rendell

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La romancière anglaise Ruth Rendell (1930-2015) SAEZ PASCAL/SIPA Numéro de reportage: SIPAUSA30085160_000003

À force de fréquenter les bouquinistes, on a empilé les livres depuis des années. Le confinement est l’occasion de les lire ou les relire. Aujourd’hui, Ruth Rendell.


Ceux qui aiment faire les bouquinistes sauront de quoi je parle. On y trouve des livres qu’on n’aurait jamais acheté autrement en se disant : « Ce sera pour plus tard ». Le résultat est qu’ils s’empilent un peu partout, parfois pendant des dizaines d’années au nom du « Ce sera pour plus tard. » Il semble qu’en ces temps de confinement, le « plus tard » soit arrivé. C’est donc ainsi que nous nous sommes décidés à lire Vera va mourir de Ruth Rendell, paru dans les années 80 au Royaume-Uni et dans les années 90 en France, dans la collection Grands Détectives de 10-18 qui a permis de faire découvrir le couple suédois, Sjöwall et Wahlöö, l’italien Scerbanenco, le Juge Ti de Van Gulik ou encore les flics hollandais de Van de Wetering.

Bien plus qu’un roman policier

Quand on lit Vera va mourir on mesure encore une fois l’absurdité des étiquettes. Ruth Rendell, morte en 2015, anoblie par la reine et qui a siégé à la chambre des Lords, certes du côté travailliste, a toujours été classée dans « Les reines du crime » anglaises, héritières d’Agatha Christie et Dorothy Sayers avec son amie PD James ou, aujourd’hui, Frances Fyfield et Minette Walters. Vera va mourir est pourtant, par son ampleur et sa manière de se servir du temps comme révélateur, un roman proprement proustien où une narratrice cherche davantage une confirmation qu’une solution à une énigme qui renvoie aux fêlures de toute une société.

La narratrice, Faith, qui appartient à la upper middle class BCBG, se souvient d’un de ces événements tellement traumatisants qu’on les passe dans les familles sous silence pour des générations. Dans les années 50, la tante de Faith, Vera, a été jugée, condamnée à mort et exécutée, chose rarissime au Royaume-Uni surtout s’agissant d’une femme. Si Faith se souvient, c’est parce qu’un journaliste a l’intention, trente ans après, d’écrire sur cette affaire. Alors Faith fait un retour sur elle-même, sur ce qu’elle a pu comprendre de ce qui s’était passé depuis son enfance, dans cette famille. On voyage ainsi dans l’Angleterre des années 20, puis celle du Blitz et de la seconde guerre mondiale jusqu’à nos jours. Évidemment, la mémoire ne progresse pas chronologiquement. Ruth Rendell peut ainsi nous balader, à tous les sens du terme, dans une campagne anglaise qui n’a pas changé depuis Thomas Hardy et une société aussi subtilement qu’impitoyablement codifiée et séparée entre classes sociales qui s’ignorent avec une exquise politesse.

Pourquoi Vera a-t-elle fini pendue?

Toute la technique admirable de Ruth Rendell est d’arriver à nous passionner pour ce voyage immobile en jouant d’un dévoilement très progressif de la vérité, en multipliant les fausses pistes psychologiques et les impasses des souvenirs faussés. Pourquoi Vera, cette femme solitaire, pauvre et snob – le pire des mélanges – qui a élevé comme une mère sa demi-sœur Eden d’une beauté ravageuse, s’est retrouvée au bout d’une corde alors qu’on l’imaginait plutôt finir en préparant des scones pour boire le thé en contemplant au mur des encadrements de Beatrix Potter. La réponse surprendra, même le lecteur entrainé à qui on ne la fait pas. 

Vera va mourir, l’air de rien, a tout d’un roman total, capable d’appréhender les grands moments historiques de l’Angleterre au vingtième siècle comme les abîmes des psychés puritaines travaillées en profondeur par des névroses sexuelles qui explosent avec une brutalité soudaine avant que le couvercle ne se referme, pour longtemps, voire pour toujours.

On ne s’étonnera pas donc que Vera va mourir s’élève, comme tous les grands livres, à la hauteur du mythe : « Le meurtre déborde sur toute une famille, il imprime par procuration la marque de Caïn sur une douzaine de fronts, et même si ces marques pâlissent en proportion du degré de parenté, elles sont là et elles brûlent dans le cerveau. Une question, une parole lancée par hasard, les remettent au jour de même qu’une écriture invisible apparaît et chatoie quand on l’expose au feu. »

Véra va mourir

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Marcel Proust et la photo d’Edgar Aubert

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Image d'illustration Pixabay

Le billet du vaurien


Proust aimait collectionner les photos. Il en demandait à ses proches, il en donnait volontiers de lui-même et bien des séquences fondamentales de la Recherche sont liées à une photo. Brassaï décrit Proust comme une sorte de photographe mental, considérant son propre corps comme une plaque ultra-sensible qui sut capter et emmagasiner dans sa jeunesse des milliers d’impressions et qui, parti à la recherche du temps perdu, consacra tout son temps à les développer et à les fixer, rendant ainsi visible l’image latente de toute sa vie, dans cette photographie gigantesque, dans ce film inouï, que constitue À la recherche du temps perdu.

Brassaï, dans Marcel Proust sous l’emprise de la photographie, raconte comment à vingt-deux ans Marcel s’était épris d’un jeune éphèbe, Edgar Aubert, fils d’un magistrat genevois. Au dos de la photographie que lui donna Aubert, était inscrit en guise de dédicace : « Look at my face; my name is Might Have Been. I am also called No More, Too Late, Farewell. » Proust ignorait que ces mots étaient extraits d’un sonnet du peintre préraphaélite Dante Gabriel Rossetti. Ce sonnet avait pour titre : « Stillborn Love ». Il était prémonitoire. Quelques semaines plus tard, Edgar Aubert fut emporté par une appendicite aiguë.

Cette dédicace accompagna et hanta Proust tout au long de son existence : ce qui aurait pu être et ce qui n’a pas été. Ce qui aurait pu être et ce qui n’a pas été, ce fut aussi le leitmotiv du narrateur pour Albertine. Albertine dont, dès lors qu’elle a disparu et qu’il entreprend de la faire rechercher, il montre une photo à son meilleur ami, Robert de Saint-Loup. Ce dernier reste figé de stupéfaction : « C’est ça la jeune fille que tu aimes ? » finit-il par lancer. Marcel essaie de deviner les pensées de Saint-Loup : « Comment c’est pour ça qu’il a pu se faire tant de bile, tant de chagrin, faire tant de folies ! », incapable de comprendre que ce que nous aimons est d’abord une création de notre imagination, ensuite l’enjeu d’une lutte à mort et enfin un être flou aux contours incertains, parfois interchangeables, qui a pour nom : Might Have Been.

Ce qu’il en demeure, on peut le scruter sur une photo. On peut également le réinventer en lisant Proust, car, après tout, qui sait si nous n’avons pas aimé Albertine plus que les êtres auxquels nous déclarions notre passion, car elle était encore plus irréelle, encore plus insaisissable et qu’elle au moins elle échappait au Temps ?

Marcel Proust sous l'emprise de la photographie

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Le corona bat Arnaud Montebourg à son propre jeu

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Le labeur quotidien méconnu de l'ancien ministre. Contre les gouttelettes, il est paré! © Alain ROBERT/SIPA Numéro de reportage: 00876684_000034

 


Dans la presse, Arnaud Montebourg semble se réjouir que la mondialisation soit “terminée”. Une revanche pour celui qui s’était fait chiper son portefeuille ministériel par Macron en 2014. Quand il faut amuser la galerie et donner de la voix à gauche, on peut toujours compter sur lui. Benoît Rayski raille la campagne de récupération du socialiste, déjà en 2022 alors que la crise sanitaire n’est même pas terminée…


L’ancien ministre du Redressement productif avait un peu disparu ces derniers temps. Ce serait mentir que de dire qu’il nous manquait. Mais l’ennui s’étant abattu sur nous en cette période monotone de confinement, nous sommes quand même heureux de son retour qui nous égaie.

En une de Libération

Et c’est un retour fracassant. Trois interviews : l’une à Libération, l’autre au Figaro et la troisième, la plus goûteuse, que nous gardons pour la fin. Comme tout le monde, Montebourg déplore les morts du coronavirus.

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Et c’est le cœur saignant qu’il désigne les coupables de cette hécatombe: ces libéraux au pouvoir qui ont délaissé le service public en abandonnant nos hôpitaux… En même temps, car ce prophète voit large, il accuse la mondialisation, elle aussi porteuse de morts. En effet comment imaginer que sans elle un virus mortel aurait pu impunément partir de Wuhan pour arriver en Bourgogne où Arnaud Montebourg réside ?

Faire son miel de la crise sanitaire

Nul doute non plus que s’il avait été au pouvoir il aurait depuis des années prévu – c’est un visionnaire – l’arrivée du virus. Nous sommes sûrs il aurait multiplié par dix le nombre de nos hôpitaux ! Oui, grâce à lui des milliers de médecins et des dizaines de milliers d’infirmières auraient été formés ! Et peut-être même qu’au milieu de ses ruches il aurait mis au point un vaccin 100% français, bio et équitable ?

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Puisque nous sommes dans les ruches, restons-y. Comme chacun sait Montebourg, petit entrepreneur, fabrique du miel, de l’hydromel et du pain d’épices. D’ailleurs Astérix et Obélix viennent de temps en temps chez lui pour s’abreuver de cette boisson gauloise et repartent avec des sangliers que notre valeureux Gaulois a chassés pour eux. Montebourg est un vrai patriote. Et il résiste courageusement aux envahisseurs capitalistes mondialisés.

Ne ratez pas son interview sur France 3 Bourgogne. Il est là avec un beau tablier où figure une devise émouvante : « bleu, blanc, ruche ». Il vante avec conviction les mérites de ses délicieux produits. Chez ce petit gars bien de chez nous on trouve tout. Sauf de la matière grise.

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La Bataille du made in France

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« Cette espèce de grève générale volontaire me paraît suicidaire »

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Jean-Marie Le Pen. Auteurs : Lionel Guericolas/MPP/SIPA Numéro de reportage : 00939860_000009

Il y a quelques jours, une méchante rumeur a couru au sujet de Jean-Marie Le Pen : il aurait été infecté par le Covid-19. Démentant ce bruit malveillant, le fondateur du Front national répond aux questions de Causeur. Confinement, causes de la pandémie, monde d’après : le Menhir, 92 ans, bon pied bon oeil, déplore notre impréparation et notre sujétion à la Chine mais récuse tout parallèle avec la guerre de 40. Entretien.


Daoud Boughezala. Jean-Marie Le Pen bonjour. Je commencerai par une question des plus simples : comment allez-vous en ces temps de pandémie ?

Jean-Marie Le Pen. Une fake news a annoncé que j’avais été touché par le coronavirus mais le cadavre bouge encore ! (rires) C’est inexact, je suis comme tout le monde obligé de rester chez moi mais cela ne me prive pas et me débarrasse d’un certain nombre de fâcheux.

Enfant, vous avez vécu la débâcle de 1940. Comme Emmanuel Macron, dressez-vous un parallèle entre cette guerre bien réelle et la « guerre sanitaire » en cours ?

Non, il n’y a rien de comparable. À part le terme de guerre, je ne vois aucune comparaison raisonnable entre la situation créée par la pandémie et un conflit de la dimension de la Seconde guerre mondiale ou peut-être de la future.

Vous avez traversé la guerre de 1940 puis participé à l’expédition de Suez en 56. Face à la mort qui rôde, les Français et Européens ont-ils perdu le sens du tragique ?

Oui. Je trouve d’ailleurs leur réaction assez étonnante et disproportionnée. Dans ce domaine, les médias jouent un rôle d’accélération qui n’est pas toujours souhaitable. On affole un peu les gens alors que ce n’est pas la première fois qu’il y a une pandémie. Il y en eut de plus meurtrières que celle-ci – encore qu’on n’en connaisse pas les dimensions ni la durée. Il est probable qu’étendue à l’Afrique, à l’Amérique du sud et à un certain nombre d’autres continents, elle deviendra plus meurtrière encore.

Justement, plus de la moitié de l’humanité se trouve actuellement confinée. Faute de vaccin et de traitement, le confinement décidé par le gouvernement français est-il un moindre mal ?

La stratégie de confinement a ses limites, en particulier ses limites temporelles. Ce qu’on est capable de faire pendant trois semaines ne peut pas être imposé à l’ensemble des pays du monde, ou même à certains d’entre eux, pendant deux ans ou plus. L’affrontement avec le virus est donc probablement inéluctable. Je considère donc la formule de contingentement comme un recul devant les responsabilités de front. Reste que cette pandémie a eu un mérite : elle a révélé un certain nombre de choses qui n’étaient pas perçues par les Français. La première, c’est sans doute que notre organisation sanitaire et hospitalière n’était pas à la hauteur des risques courus par notre civilisation. Ensuite, la crise a révélé notre formidable sujétion à l’égard de la Chine communiste. Quand on apprend que la Chine fabrique les médicaments, les pièces de rechange et le reste, on se dit que le monde ne peut pas s’arrêter et se mettre aux ordres d’une puissance étrangère. C’est le reflux de l’idée nationale qui est responsable des risques pris.

La mondialisation n’est-elle pas également un des remèdes à la crise sanitaire dont la résolution nécessiterait une certaine solidarité internationale et européenne ?

Je ne crois pas du tout à la solidarité internationale et européenne dans cette circonstance, ni d’ailleurs dans la plupart des autres. Le danger qui nous menace va exiger de nous une concentration de nos moyens nationaux et un retour psychologique et affectif vers la mère patrie. Les Français devront se serrer les coudes en même temps que la ceinture. Nous ne ferons pas l’économie de l’affrontement avec le virus. Ce n’est pas la première fois que nos peuples sont confrontés à des problèmes de cette nature. Il y a notamment eu la grippe espagnole après la Première guerre mondiale qui a fait entre cinquante et cent millions de morts. Aujourd’hui, compte tenu de l’augmentation de la population mondiale, de la circulation des personnes et des produits, la possibilité de contagion est très grande. Nous sommes menacés d’un déferlement migratoire formidable quand les économies auront été appauvries et que la misère règnera sur le monde. La déferlante migratoire sera très aggravée alors que notre législation est une législation de portes ouvertes.

Qu’auriez-vous fait à la place du président de la République Emmanuel Macron ?

C’est très difficile de se mettre à sa place car il dispose d’éléments d’information que je n’ai pas. A priori, le confinement n’est pas projetable dans la durée. C’est évidemment une mesure provisoire mais si on n’a pas trouvé de formule de fond pour la remplacer, elle ne servira à rien. Quand on démontera cette opération, les risques seront considérables. D’autant que ni l’opinion ni les observateurs ne se rendent compte de ce que sera la situation d’après.

À quoi pensez-vous ? L’effondrement économique ?

Il faut partir d’un chiffre : la population mondiale est passée de deux à huit milliards d’habitants en l’espace de cinquante ans. Les problèmes sanitaires et les mesures qui les entourent vont provoquer une catastrophe économique et donc sociale. Les mouvements de migration, déjà très importants et redoutables, qui se sont produits dans le monde, vont s’aggraver très lourdement. Or, personne n’envisage cette situation-là ni ne propose les solutions qui nous permettraient de conserver notre indépendance nationale et notre sécurité personnelle. On lutte avec les moyens médicaux qui sont à notre disposition mais le confinement ne me paraît pas forcément la seule solution possible. En tout cas, elle n’est pas durable.

Une autre politique sanitaire aurait consisté à laisser filer la maladie deux mois pour atteindre une immunité de groupe, au risque d’une hécatombe chez les plus âgés. Auriez-vous consenti à sacrifier des dizaines de milliers de vies ?

Cela ne présente pas en ces termes. Mais on aurait pu ne pas confiner. Cette espèce de grève générale volontaire me paraît suicidaire. Je sais que nos salles d’opération rencontrent de grandes difficultés, en particulier s’agissant des pathologies pulmonaires. On manque d’instruments et on s’aperçoit de la faiblesse de notre organisation sanitaire bien que nous proclamions être le pays le mieux équipé du monde. C’est piteux !

Même la communauté scientifique se divise quant aux solutions à adopter. Que pensez-vous du débat sur l’usage de la chloroquine qu’a déclenché le Pr Raoult ?

Dans la situation actuelle, tous les moyens doivent être explorés pour essayer d’endiguer la pandémie. La querelle que l’on fait au Pr Raoult me paraît dérisoire. Lui au moins propose une solution. Le décret qui a été pris pour limiter l’usage de la chloroquine me paraît absolument scandaleux et insultant. Alors que tout le monde sait que ce médicament peut avoir son efficacité dans les premiers jours de la maladie, le décret affirme qu’on ne pourra l’utiliser qu’en phase terminale. C’est se foutre du monde.

La semaine a été riche en rebondissements internationaux et européens. Alors que l’Allemagne et les Pays-Bas refusaient l’émission de corona-bonds, l’Eurogroupe a adopté le Mécanisme européen de solidarité. Y êtes-vous opposé ?

Je constate une fois de plus que l’Europe est un leurre. Ce sont des assemblages de mots, d’ambitions et d’organisations diverses qui n’ont pas ce qui fait l’histoire, c’est-à-dire la force. L’Europe n’a pas la force ni la volonté d’agir comme tel. Si la moitié des Européens est pour et la moitié contre, cela veut dire que l’Europe est totalement impuissante. D’ailleurs, elle s’est révélée comme telle dans ces circonstances comme dans d’autres.

Pour clore cet entretien, j’aimerais comprendre pourquoi vous avez lancé un appel à la Banque de France afin de « sanctuariser l’or des Français ».

J’essaie de jouer mon rôle d’anticipation. Si gouverner c’est prévoir, il est essentiel de se demander ce qui va se produire demain et surtout après-demain pour essayer de prendre les mesures qui empêcheraient le malheur. Or, comme je sais que l’un des atouts de la France est son stock d’or, par conséquent que la tentation sera grande pour le pouvoir de s’en servir, je dis que les Français doivent être attachés à la défense de leur bas de laine. Ne laissons pas toucher à ce trésor de guerre qui se valorise chaque jour à mesure que la situation se dégrade sur le plan économique et politique.

Aujourd’hui que notre monnaie (l’euro) n’est plus nationale ni indexée sur l’or, que craignez-vous ? La ruine des petits épargnants ?

Bien sûr. C’est même pour les défendre que je lance l’alerte sur la disposition de notre stock d’or qui devait être conservé sans esprit de recul.

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Ukraine, le pays qui répond à la crise par le libéralisme

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DONETSK REGION, UKRAINE - MARCH 20, 2020: Farmers sowing spring crops in a field of the Gornyak agricultural enterprise in the Kommunarivka village of Starobesheve District. Valentin Sprinchak/TASS/Sipa USA/29505985/AK/2003201642

Sous la pression du FMI, le président ukrainien a précipité la mise en place de la réforme agraire pour que le pays échappe au marasme économique.


La majorité absolue des députés de la Rada ukrainienne s’est prononcée dans la nuit du 30 au 31 mars en faveur du projet de loi ouvrant le marché des terres agricoles. Le texte, déjà adopté en première lecture le 13 novembre dernier, a provoqué d’intenses débats et des protestations musclées l’automne dernier. Les manifestations organisées par l’opposition aux abords du Parlement s’étaient soldées par des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre. Le décès d’un homme des suites d’un arrêt cardiaque ainsi que le tabassage médiatisé d’un autre par la police avaient poussé le pouvoir à renvoyer le projet de loi aux calendes grecques.

Sept tentatives

C’est que depuis l’indépendance de l’Ukraine, un moratoire rend impossible toute velléité de libéralisation du secteur foncier. Sa levée constitue l’un des principaux serpents de mer de la politique intérieure du pays : l’opération a été tentée sept fois depuis 1991 !

Selon la Banque Mondiale, la libéralisation de l’exploitation des plus de 40 millions d’hectares de terres noires du grenier à blé de l’Europe pourrait rapporter entre 700 millions et 1,5 milliard de dollars à l’économie ukrainienne. 

En pratique, le statu quo signifiait que la terre appartient aux petits propriétaires qui sont libres de les louer à plus gros qu’eux mais pas de la vendre à leur guise. L’Ukraine figure ainsi avec la Biélorussie, Cuba, le Congo, la Corée du Nord, le Tadjikistan et le Venezuela dans le petit groupe des États réfractaires à toute forme d’assouplissement.

Cette situation entraînait un regrettable manque à gagner pour les élites libérales, les institutions internationales et les investisseurs étrangers qui pointent la sous-exploitation de l’immense potentiel agricole ukrainien. Mais beaucoup de petits exploitants ukrainiens y voyaient une chance inestimable tant ils craignaient la latifundisation du pays par les oligarques nationaux et les géants mondiaux. Selon la Banque Mondiale, la libéralisation de l’exploitation des plus de 40 millions d’hectares de terres noires du grenier à blé de l’Europe pourrait rapporter entre 700 millions et 1,5 milliard de dollars à l’économie ukrainienne. Pas de quoi enthousiasmer la population. Selon un sondage du Centre Razoumkov réalisé début février, 69% des Ukrainiens souhaiteraient que la question soit tranchée par un referendum et 72% se prononceraient pour le maintien du moratoire. De fait, l’obstruction parlementaire systématique pratiquée par l’opposition a abouti à la présentation de plusieurs milliers d’amendements depuis l’automne. Dans ces conditions, il n’était pas dit que le projet passe, d’autant plus que le cote de popularité du pouvoir ne cesse de s’effriter. Tout ceci valait avant le début de la crise du Covid-19.

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Dix milliards du FMI si…

Car le vote des députés ukrainiens est directement lié à l’apparition du « virus chinois ». Alors que les très soviétiques infrastructures médicales du pays ne seront sans doute pas en mesure de contenir l’épidémie, le confinement généralisé de la population décidé le 11 mars promet de produire des effets dévastateurs sur une économie déjà exsangue. Pour faire face à l’apocalypse annoncée, le FMI a promis une enveloppe de dix milliards de dollars. Deux conditions ont été toutefois posées à l’Ukraine : ne pas revenir sur la nationalisation de la Privatbank de l’oligarque Ihor Kolomoïsky (réputé pour être le marionnettiste occulte du président ukrainien) et réaliser au plus vite une réforme foncière digne de ce nom. Le 29 mars, le président Volodymyr Zelensky s’est donc solennellement exprimé devant les députés ukrainiens réunis à la Rada pour les enjoindre d’obtempérer fissa afin d’éviter la banqueroute et le défaut de paiement. Dès le lendemain, ils se sont exécutés le petit doigt sur la couture du pantalon. Trois grandes étapes sont prévues afin de faire entrer en vigueur la nouvelle loi. À partir du 1er juillet 2021, seules les personnes physiques de citoyenneté ukrainienne pourront acquérir des terres agricoles dans la limite de 100 hectares. À partir du 1er janvier 2024, les personnes juridiques ukrainiennes pourront à leur tour acheter un maximum 10 000 hectares. Enfin, un referendum devra décider si les étrangers pourront ou non investir dans l’agriculture ukrainienne. Signe que les précautions élémentaires ont été prises pour rassurer les masses en colère, le législateur a dans sa grande sagesse exclut d’avance toute possibilité d’acquisition de terres par les États étrangers. Enfin, il est tenu pour dit que les propriétés de l’État et des communes ne sont pas à vendre. Ouf.

Le roi du chocolat vire de bord

Les députés des deux partis libéraux Solidarité Européenne (de l’ancien président Petro Porochenko) et « Voix » (du chanteur pop Sviatoslav Vakartchouk), représentants de l’opinion « patriote galicienne » et euromaïdaniste, n’ont pas hésité à voter en faveur du projet de loi au nom de la nécessité impérieuse de sauver l’économie ukrainienne de l’effondrement. Et ce, alors qu’ils s’y opposaient bruyamment en novembre dernier, manifestant dans les rues de Kiev aux côtés des agriculteurs et des nationalistes. Derrière la nouvelle rhétorique pragmatique de l’opposition, il est difficile de ne pas soupçonner un ralliement politique opportun aux préconisations de l’Union Européenne qui pousse depuis des mois l’Ukraine à libéraliser son marché foncier au nom des critères de convergence du Partenariat oriental. Pour l’ex-président et « roi du chocolat » Petro Porochenko, il est vital de continuer à se poser en champion de l’intégration euro-atlantique sans compromettre sa virginité patriotique. Il est d’ailleurs symptomatique que Volodymyr Zelensky ait obtenu le soutien de plusieurs médias d’opinion ouest-ukrainienne d’habitude plutôt prompts à l’attaquer comme « l’homme de la capitulation ». Dans cette affaire, ceux qui feignaient de voir dans l’ancien comique antisystème le représentant du camp de la revanche, le masque bouffon du « Parti des Régions » ou la « main du Kremlin » sont bien obligés de lui trouver des vertus inattendues dans la droite lignée de son prédécesseur. Car porté au pouvoir par une société épuisée par la guerre, revenue de ses illusions révolutionnaires et divisée par les maladresses de l’ukrainisation, Volodymyr Zelensky n’en reste pas moins pro-occidental.

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Vive le marché

La chaîne de télévision 24 Kanal, propriété de l’épouse du maire de Lviv Andri Sadovy, n’a eu de cesse de dénoncer les « populistes » provincialistes, xénophobes et autoritaires (en un mot, les Petits Russes) qui propageraient des « mythes » au sujet de la réforme foncière. En s’opposant à la mise en vente du pays, ils empêcheraient ainsi l’Ukraine d’épouser pleinement les normes libérales des « pays civilisés ». Un esprit taquin observerait que l’Ukraine de l’Ouest est sans doute le seul endroit au monde où le patriotisme consiste actuellement à défendre la loi du marché libre et non faussé, la société ouverte et la mondialisation heureuse. Ironie de l’histoire, l’Occident fantasmé par l’élite ukrainienne est en train de redécouvrir douloureusement les nécessités vertueuses de l’autonomie, du localisme et du protectionnisme.

Non aux Russes !

En guise de vaseline, les partisans de la réforme foncière répètent à qui veut l’entendre que la vente de terres agricoles restera strictement interdite aux citoyens du « pays-agresseur », aux résidents des « territoires temporairement occupés » ainsi qu’aux étrangers établis dans une bande de 50 kilomètres à compter de la frontière. Gloire à l’Ukraine quand même !

Seule véritable réfractaire au changement, le dinosaure politique Ioulia Timochenko a énergiquement accusé un pouvoir de « voleurs » de travailler pour le compte des « spéculateurs internationaux » et de « profiter du confinement » pour vendre la terre des Ukrainiens. Quant au président du parti nationaliste Svoboda Oleh Tyahnybok, il a dénoncé sur Facebook la nouvelle loi « criminelle » en ces termes : « Jusqu’à hier, l’Ukraine avait 44 ennemis à la Rada (Ndlr : les députés pro-russes). À partir d’aujourd’hui, elle en a 259 de plus ». En Ukraine, il n’est pas toujours facile de distinguer l’ami de l’ennemi.

Pandémie: sidérés, mais pas surpris

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Jeudi Saint. L'archevêque de Paris Michel Aupetit bénit Paris et la France depuis l'esplanade de la basilique du Sacré-cœur, sur la butte de Montmartre à Paris, le 9 avril © CELLARD MATHIEU/SIPA Numéro de reportage: 00955090_000018

 


On a eu beau s’enfermer dans le déni, on sentait bien que quelque chose ne tournait pas rond dans le monde tel qu’il allait.


Honnêtement, alors que le confinement s’installe, qui peut se déclarer surpris ? Sidéré, sans aucun doute, mais pas surpris. La sidération, c’est le bouleversement brutal de toutes nos habitudes : la vie ralentie, les sorties avec une autorisation comme si nous étions redevenus des collégiens, à cette différence que nous la signons nous-mêmes et que nous ne demandons plus à nos parents de le faire. Nos parents, maintenant, nous nous inquiétons parce qu’ils sont dans un EHPAD ou parce qu’ils sont seuls chez eux et que nous essayons de leur apprendre le maniement de Skype pour voir leur visage, pour nous rendre compte s’ils se nourrissent correctement, si leur regard ne dément leur voix qu’ils veulent rassurante. Oui, nous sommes sidérés par les rues vides, par le chant des oiseaux revenus. Sidérés encore par le sinistre rendez-vous quotidien avec Jérôme Salomon et son décompte patelin et monocorde des morts, sidérés par la bêtise de Sibeth N’Diaye qui profère une énormité à chaque fois qu’elle ouvre la bouche, ce qui est ennuyeux pour une porte-parole. 

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Comme un mauvais roman d’anticipation

Mais non, nous ne sommes pas surpris. Nous mesurons seulement à quel point nous avons été dans le déni. Le monde nous alertait pourtant à chaque fois qu’un morceau de banquise se détachait des pôles, que les glaciers se réduisaient comme une peau de chagrin sur les cartes satellite, que la déforestation détruisait des écosystèmes entiers.

Mais qui peut se déclarer surpris, au fond de lui-même ? En tout cas, pas le lecteur de science-fiction. Les récits d’effondrement, depuis les années 60-70 (Ballard, Brunner, K.Dick) ont tous donné une version précise et prophétique de notre fin. Pas l’amateur de séries, qui entre effroi et extase, regarde depuis des années des apocalypses zombie, parfaite métaphore de la contamination. 

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Ce n’est pas comme si cette inquiétude datait d’hier matin, ce n’est pas comme si la collapsologie n’était pas devenue via Yves Cochet ou Pablo Servigne, un courant de pensée qui nous disait, dans l’indifférence ou sous les huées, que ça n’allait pas pouvoir continuer comme ça. Cassandre est toujours détestée et on ne lit plus assez les Evangiles : « Vous écouterez de vos oreilles, et vous n’entendrez point ; vous regarderez de vos yeux, et vous ne verrez point. »

Les soignants vivent un cauchemar depuis des années

D’ailleurs pas besoin d’être un Black Bloc pour comprendre que le monde techno-marchand porte en lui sa propre catastrophe planétaire. Le pape François, dans son encyclique de 2015, Laudato si, a vu le tsunami arriver : « Beaucoup de ceux qui détiennent plus de ressources et de pouvoir économique ou politique semblent surtout s’évertuer à masquer les problèmes (…) Mais beaucoup de symptômes indiquent que ces effets ne cesseront pas d’empirer si nous maintenons les modèles actuels. »

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Sidérés mais pas surpris, à l’image des soignants débordés et mal équipés qui s’époumonaient dans le silence médiatique, en indiquant qu’une logique managériale de flux tendu pour l’hôpital conduirait un jour ou l’autre à un cauchemar. Qui se souvient, dans ceux qui applaudissent, que les urgences, au commencement de l’épidémie, étaient en grève depuis un an pour tenter de nous alerter?

Alors, non, l’argument du pouvoir, le dernier dans sa pitoyable communication, ne tient pas : « On ne pouvait pas savoir ». Mais si, vous pouviez. Seulement, à l’image caricaturale du patron de l’ARS du Grand Est, sèchement limogé parce que son comportement prenait l’allure d’une psychose, lui qui voulait continuer à supprimer des lits et des personnels dès que la pandémie serait passée, vous étiez vous aussi enfermés dans un déni infiniment plus grave que le nôtre puisque vous, vous aviez toutes les cartes en main. Mais vous ne vouliez pas voir, par lâcheté, intérêt, idéologie, que les idées ont des conséquences concrètes, et que ces conséquences sont devenues notre très dystopique présent.

Va falloir qu’on parle, vous savez, quand on va ressortir : on a deux ou trois trucs à vous dire…

De quoi Raoult est-il le nom?

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Le Pr Raoult et le président Macron à Marseille, le 9 avril 2020. Image: capture d'écran YouTube / BFMTV

Alors que le chef de l’État a rencontré le virologue marseillais jeudi, à la fois pour neutraliser le risque qu’il représente et pour tenter de capter un peu de son aura, il paraît essentiel de chercher à décrypter le symbole et le symptôme Raoult.


A la faveur de la plus grave crise sanitaire et économique traversée par la France contemporaine, une figure s’est imposée, celle de Didier Raoult. En quelques semaines, à la faveur de l’épidémie du Covid 19, l’ombre du médecin a grandi : une ombre bienfaisante pour ses partisans, inquiétante pour ses détracteurs. Pour certains, la cristallisation du débat autour de la figure du médecin Marseillais prouve que les grands évènements font les grands personnages. Pour d’autres, l’ego démesuré et le style provocateur du chercheur prouvent que les situations anxiogènes font le jeu des gourous.

Suivant qu’on le tienne pour une sorte de général de Gaulle en blouse blanche ou de général Boulanger chevelu, le professeur Raoult est perçu comme un symbole de guérison ou un symptôme d’aggravation des maux de la nation. Comme toujours en période de crise, la France s’est coupée en deux. Le pays est désormais divisé entre admirateurs et détracteurs de Didier Raoult.

Symbolique politiquement

Alors que plus de 7000 de nos concitoyens luttent en réanimation, la question de l’efficacité de la thérapie proposée par le fondateur de l’IHU Méditerranée est, bien sûr, vitale. Mais elle excède nos compétences comme notre propos. Nous ne traiterons ni de l’homme – il y aurait sûrement beaucoup à en dire – ni de son ordonnance ; mais du sens politique et symbolique que la polémique née à son propos peut revêtir. De quoi Raoult est-il le nom ?

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Le médecin marseillais incarne, sûrement à son corps défendant, la revanche des petits contre les gros et, bien sûr, celle des provinciaux contre la capitale. La France de Raoult ne roule peut-être pas toute en diesel et ne fume pas nécessairement des clopes mais c’est celle de ceux qui parlent sans filtre et ne craignent pas de détoner.

Emmanuel Macron rend visite au Pr Didier Raoult à Marseille, jeudi dernier. Image: capture d'écran compte Twitter du médecin
Emmanuel Macron rend visite au Pr Didier Raoult à Marseille, jeudi dernier. Image: capture d’écran compte Twitter du médecin

Les détracteurs de Didier Raoult ne s’y sont pas trompés. Ses adversaires ont tout de suite parlé à son sujet de populisme et de résurgence des gilets jaunes. « Il faut faire taire ce connard » a vociféré Daniel Cohn-Bendit. Dans un contexte marqué par une défiance croissante des Français à l’égard de leur classe dirigeante, l’hostilité franche, presque instinctive et quasi unanime des « sachants » à son égard a certainement contribué à l’immense popularité dont jouit le virologue auprès d’un grand nombre de nos compatriotes.

Un effet comète? 

Un autre facteur du rejet et de l’adhésion que le lauréat d’un grand prix de l’académie de médecine a su susciter, réside dans sa capacité à incarner simultanément le prestige d’un mandarin et l’insolence d’un trublion. Raoult, c’est la gouaille et la générosité sous la coupole. Coluche et Pasteur, Bigard et Lavoisier réconciliés.

Si ce scientifique est devenu, sans nécessairement l’avoir voulu, le héraut de la France d’en bas, c’est qu’il a révélé la possibilité d’un populisme surdiplômé sachant se dresser contre les « importants ». C’est déjà la recette éprouvée avec succès par un Emmanuel Todd qui se présente comme chercheur à Cambridge et raille (souvent à fort juste titre) la faiblesse intellectuelle des « élites ».

Le succès du Marseillais, c’est celui d’un savant « de la haute » qui entend défendre la base contre l’incurie du sommet. La popularité du virologue semble ainsi traduire en creux l’attente d’une élite populiste. La haine qu’il suscite révèle peut-être aussi la peur d’une caste qui se sent vaciller.

Raoult, c’est aussi une sorte d’effet comète. Il n’y avait rien et soudain le chercheur a traversé le ciel médiatique. L’émergence irrésistible et imprévisible du personnage, la vitesse de propagation de sa parole sur les ondes ne sont d’ailleurs pas sans analogies avec la redoutable contagiosité et agressivité du Covid. Raoult semble avoir été d’autant plus vite propulsé sur le devant de la scène qu’il sortait de nulle part. La viralité du phénomène Raoult traduit peut-être une nécessité plus profonde qu’un simple besoin de virginité.

Le principe de précaution fustigé

Jusqu’ici quelques voix parvenaient, au prix de mille courbettes et contorsions à critiquer mezzo voce le main Stream, tout en prenant grand soin de ne pas perdre leur strapontin dans le barnum politico-médiatique. D’un coup, ces résistants de cour à la pensée unique passent pour des tièdes. Les animaux domestiques dévorent rarement leur dresseur. Par contraste, le fauve en blouse blanche paraît incontrôlable. L’aplomb incroyable et la férocité même de ses propos font mouche. Le virologue ne prend aucun gant, aucune précaution. Il avance à visage découvert et sans mâcher ses mots. Car si l’épidémiologiste avance des arguments logiques qu’il prend soin de formuler avec calme, ce qu’il sous-entend est dévastateur pour le pouvoir. Le verbe du Sudiste est un coup de pistolet dans une salle de concert. La capacité de percolation de son discours paraît directement corrélée à sa force de percussion. Elle permet de mesurer la puissance de feu d’une parole à la fois argumentée, sincère et brutale dans l’univers aseptisé de la com, des éléments de langage empesés. Le succès de Didier Raoult autant que son rejet, tiennent ainsi probablement du fait qu’il ne refuse de rester à sa place.

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L’homme qui prétend vaincre le Covid ne cesse pourtant de le répéter : « je ne parle que de ce que je connais ». Il présente lui-même sa parole comme une parole d’autorité. L’autorité se fonde sur la connaissance bien sûr mais aussi sur une échelle de valeurs partagée par son détenteur et par ceux sur qui elle s’exerce. L’autorité qui vient du latin augere (augmenter) tend aussi à élever celui qui s’en réclame et ceux qui la reconnaisse. Enfin, l’autorité offre toujours à celui qui s’en réclame un excellent moyen de monter sur ses ergots. Par nature et a fortiori si elle est multiple, l’autorité tend à dépasser son propre cadre.

Didier Raoult se présente à la fois comme un soldat de la médecine, un chercheur, épidémiologiste, spécialiste des virus et épistémologue. Du haut de cette modestie, le Marseillais fustige le principe de précaution, le rejet de toute prise de risque, le refus d’assumer ses responsabilités, le jargon destiné à tenir à distance le commun des mortels. Il prend exactement le contrepied de nos dirigeants qui s’abritent derrière des comités Théodule pour édicter des doctrines fondées sur un « rationnel scientifique ».

Photo: GERARD JULIEN / AFP
Photo: GERARD JULIEN / AFP

A contraire, Didier Raoult explique que la science peut se tromper et que nous devons nous garder de lui vouer un culte et adopter, à son égard, une posture pragmatique. « Donner moi des trouveurs et non des chercheurs », disait de Gaulle. « Peu importe que les chats soient noirs ou blancs, l’essentiel est qu’ils attrapent des souris », disait Den Xiaoping. Le médecin de la Timone aurait pu être l’auteur des deux formules. En ce sens, même si la comparaison peut paraître excessive, sa parole semble faire écho à celle d’un célèbre général de brigade qui, s’appuyant sur son expérience pratique de l’arme blindée et sur ses analyses prémonitoires avait dit haut et clair son fait à un état-major désastreux. Le professeur de médecine incarne, lui aussi, une légitimité qui se dresse contre la légalité.

La force de conviction comme la capacité d’irritation provoquée par cet anticonformiste résident en ceci qu’il conteste un paradigme, un modèle, un ensemble d’idées reçues qui, selon lui, sont celles du pouvoir en place et qui le condamne à l’impotence. Jouant d’un formidable effet contraste, Didier Raoult propose une thérapie « bricolée » dont il prétend qu’elle marche alors que les autorités invoquent la science pour reconnaître leur impuissance face au virus.

Un artiste

L’ordonnance Raoult possède un je-ne-sais-quoi de vintage. L’une des forces de la thérapie Raoult, c’est de paraître s’appuyer sur une médecine à l’ancienne, du temps où Hippocrate ne servait pas encore Mercure. Sans qu’il ait besoin de le dire, celui qui se présente comme le tombeur du coronavirus, se réclame d’un art qui servait encore à soigner les malades et qui n’était pas encore une science enrégimentée par les laboratoires. Doux comme la colombe et rusé comme le serpent, recommandent les Écritures. Didier Raoult qui travaille avec le géant pharmaceutique Novartis n’hésite pas à s’en prendre aux essais « randomisés » avec cohortes massives et tests en double aveugle.

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La médication proposée par le Marseillais n’est pas très innovante. C’est une association de molécules peu coûteuses et déjà connues qui, administrée dans les délais prescrits, prétend son défenseur, s’avère efficace. Un remède peu sophistiqué mais ingénieux qui semble parfaitement correspondre au célèbre système D national.

Voilà qui ne pouvait qu’horripiler la classe dirigeante (qui n’a que les mots « Europe » et « globalisation » à la bouche et qui assimile constamment et scandaleusement fierté nationale et repli nationaliste). Extravagant paradoxe, c’est une solution élaborée en France, par un médecin français et qui est en passe d’être adoptée dans le monde entier sauf dans l’Hexagone.

Le destin de l’association de chloroquine et azythromycine fait un peu songer à celui de la combinaison puissance de feu et vitesse motorisée prônée par le colonel de Gaulle. Lue et appliquée en Allemagne, cette doctrine provoquera risée et haussement d’épaule à l’école de guerre. Aujourd’hui, la Chine, les États-Unis et de nombreux pays semblent fonder plus d’espoir dans cette thérapie made in Marseille que nos propres autorités. Comme si le monde entier avait davantage confiance en la France que l’élite française n’avait confiance en elle-même et en nous. Si Raoult a raison, la pusillanimité des autorités est en effet scandaleuse. S’il a tort, les faux espoirs que suscite son cynisme sont sordides.

Raoult est-il un manipulateur ou un sauveur ? Il est encore trop tôt pour le dire mais il a déjà mis en place ses réseaux, ouvert sa page Facebook et créé de multiples comités de soutien. La seule question qui se pose est désormais de savoir si les Français devront ou non attendre 2022 pour retrouver le visage désormais familier du médecin marseillais.