À la campagne, le bruit des tondeuses couvre, d’habitude, le chant du coq. Au printemps, l’ennemi en zone rurale, ce n’est pas la basse-cour mais l’homme pressé de dilapider son temps libre. Au premier rayon de soleil, il retourne son lopin de terre avec une énergie suspecte. Il se fait entendre, de préférence, le dimanche, vers quatorze heures après le rosbeef trop cuit. Un signal secret donne le top départ du « Grand Prix de la tonte » dans tous les quartiers de l’hexagone. L’émulation gagne même les zones pavillonnaires. Ce Français se rappelle de ses ancêtres cultivateurs, il s’imagine en laboureur, en semeur, en gardien sourcilleux des parcs et jardins. Et si ce gazon revêche lui donnait enfin une consistance familiale et une raison de payer le crédit d’une résidence secondaire ?
La virilité que l’époque veut bien nous laisser
Son épouse et ses enfants le regardent comme un étranger. Dès qu’il met les pieds dehors, il est obligé de s’agiter. Il pourrait construire des maquettes dans son grenier, s’intéresser à la philatélie ou jouer à la canasta, il s’y refuse obstinément. Son amusement doit être sonore, son honneur est en jeu, il est question de virilité dans cet acte libérateur. En rasant, chaque week-end, sa pelouse rachitique carbonisée par plusieurs étés caniculaires, il semble communier avec son arrière-grand-père, affirmer sa lignée agraire. Il faut voir dans cette coutume dominicale, une sorte d’héritage, de répétition qui confine à l’obstination. Son propre père lui aura appris deux choses essentielles dans la vie : allumer un barbecue et tondre en respectant les bordures. Il y met une telle force de conviction qui, reconnaissons-le, laisse les spectateurs de ce spectacle, à la fois admiratifs et angoissés. Je fais partie d’une autre race, celle qui regarde depuis mon enfance les espaces verts avec une certaine appréhension. Quand vous avez été élevé par un paysagiste latiniste, un orfèvre des massifs, un expert en plantes vivaces, le trauma est profond. À l’âge adulte, je suis encore pris de panique quand on prononce devant moi, des mots aussi inoffensifs que Euphorbia polychroma ou Thalictrum aquilegiifolium. Pourtant, je ne consulte pas et je n’ai jamais intenté un procès à mon père. Aux beaux jours, c’est donc à celui qui paradera sur le tracteur le plus puissant, le plus bariolé aussi. On se croirait dans les paddocks du Circuit du Castellet. Les écuries de course n’ont rien à envier à la démesure de ces nouveaux engins de jardinage. Il faut voir ces pilotes du dimanche, casqués et gantés, cintrés dans des combinaisons ignifugées, au volant de ces voraces machines tondeuses. Elles valent le prix d’une voiture sans permis et doivent abattre le 0 à 100 km/h en moins de cinq secondes.
Plus un bruit
Tout ça, c’était avant le confinement. Il y eut bien dans les premières semaines, le beau temps aidant, une excitation compréhensible et légitime, l’occasion de se défouler avec la bénédiction gouvernementale du « rester chez soi ». Un derby s’est clandestinement organisé, entre les gens du bourg, ceux qui habitent vers l’étang et puis les excentrés de la zone artisanale. Chacun voulait afficher le jardin le plus net, le plus présentable, le plus chimiquement pur. Les greens du golf le plus proche ne pouvaient rivaliser avec cette concurrence déloyale. Et puis, chaque jour, l’entrain diminua, l’incertitude du déconfinement poussa le jardinier à l’introspection. Il délaissa sa bête de concours dans son garage. À peine, la nettoyait-il à la peau de chamois ? Les routes et les jardins devinrent silencieux. Seul le craquement des parquets, à la nuit venue, rassurait les dormeurs du Val de Loire. Les vieilles demeures continuaient à crier leur désespoir en libérant leurs rhumatismes. La différence entre un citadin et un rural se situe là. Quand on a vécu à la campagne, on s’est habitué à ces lentes agonies nocturnes qui terrifient les vacanciers. Les anciennes maisons nous font partager leur malheur, écoutons-les. Hier soir, avant de me coucher, je lisais cette phrase de l’écrivain A.D.G tirée de Je suis un roman noir (Série noire/Gallimard numéro 1692) : « La première et la seule richesse aujourd’hui, c’est le silence, l’existence ouatée est hors de prix ». Et bizarrement, j’aurais donné cher pour entendre le son agaçant d’une mobylette au pot trafiqué, signe d’une époque où la jeunesse de notre pays était libre de ses mouvements.
Kalifat est une série suédoise de huit épisodes qui m’a été plusieurs fois recommandée.
J’avoue avoir hésité à la regarder ; cette période était suffisamment angoissante sans en rajouter, mais j’ai fini cependant par capituler, en me disant que les thriller offraient un certain réconfort durant les périodes de grandes incertitudes, une catharsis en quelque sorte, on troque la peur d’un ennemi invisible, contre la peur d’un autre qui l’est beaucoup moins.
Je vais vous épargner les commentaires sur les qualités esthétiques de la série, je ne suis de toute façon pas qualifiée pour cela, en revanche, outre les acteurs, dont le jeu fut admirable, j’ai trouvé que la série était très intéressante à bien des égards, je tacherai de dire pourquoi, et n’ayez crainte, je ne ferai aucun spoil dans ce texte !
Une fiction entre Suède et Syrie
La mise en place du décor, la description des protagonistes et des enjeux s’étalaient un peu longuement sur les trois premiers épisodes. L’action se situe essentiellement entre la Suède et la Syrie, en 2015, époque durant laquelle les départs d’Européens vers l’État islamique avaient explosé.
Selon les estimations, jusqu’en 2017, 1000 personnes auraient quitté la France pour l’EI, environ 800 pour l’Allemagne et la Grande-Bretagne, et 300 en ce qui concerne la Suède, ce qui est un chiffre important comparé à la densité démographique de ce pays, comptant seulement une dizaine de millions d’habitants.
Le retour des djihadistes européens Source: AFP
La série dresse le portrait de personnages ayant des profils divers, et dont les chemins s’entrecroisent, les protagonistes entretiennent des liens directs ou indirects entre eux : Pervin et Husam sont deux jeunes Suédois partis faire le djihad en Syrie.
Dès le premier épisode on nous suggère que Pervin est horrifiée par la vie qu’elle mène à Raqqa et qu’elle regrette son choix, mais nous ignorons tout du parcours de leur embrigadement ; de leurs motivations ou de la manière dont ils ont rejoint l’EI.
Cela sera implicitement éclairé par l’histoire en miroir de Sulle et Lisha, ces deux sœurs adolescentes et musulmanes, tout à fait intégrées dans la société suédoise, qui seront influencées par un maître à penser très charismatique, et qui vont basculer dans l’Islam radical et se porter candidates pour partir en Syrie.
Depuis Raqqa, Pervin est en relation avec Fatima/Eva, une policière suédoise avec qui elle a négocié une extradition en échange d’informations sur un futur attentat en Suède.
Attentat dans lequel Jokob, un Suédois converti à l’islam, est impliqué. Son passé de délinquant lui fait rencontrer Allah lors d’un séjour en prison, il entraîne son petit frère, légèrement simple d’esprit. Avec un père absent, une mère hostile et démissionnaire, les deux frères n’aspirent qu’à une seule chose : mourir en martyrs et jouir des vierges au paradis d’Allah.
Une tension insoutenable
Si l’action fut donc un peu longue à se mettre en place dans les premiers épisodes, à partir du quatrième, les événements s’accélèrent et s’enchaînent à une allure vertigineuse, je reconnais volontiers les avoir regardés en une seule soirée tant le scénario me tenait en haleine, la tension me paraissait parfois insoutenable. Bien qu’il s’agisse d’une fiction, il est évident que les auteurs et scénaristes s’étaient bien documentés sur le sujet, il est d’ailleurs fort probable que les protagonistes, et certaines situations, puisent largement leur source dans le réel.
Par ailleurs, la série met bien en lumière les mécanismes d’embrigadement utilisés par les recruteurs du djihad. Les ficelles de ces procédés peuvent sembler grossières, c’est néanmoins des schémas qui se répètent, des constantes communes à plusieurs récits, aussi bien transposables en Belgique qu’en France, voire en Algérie.
Voici ces quelques éléments redondants que j’ai pu relever
Le fantasme du califat: La chute de l’empire ottoman, en 1920, marque la fin du dernier califat, depuis, certains n’auront de cesse d’espérer sa résurrection ; l’organisation des Frères Musulmans, qui prône le retour du califat, est fondée en 1928. Et ce n’est pas non plus un hasard si le président Erdogan est apprécié dans de nombreux pays musulmans, car il incarne la figure de l’homme fort, celui qui va restaurer le califat, et faire renaître un « âge d’or islamique », car dans l’imaginaire de nombreux musulmans, le Califat est associé à une époque heureuse et prospère.
Dans la série, le concept de Califat est évoqué en termes laudatifs, une « terre promise », présentée comme une société utopique où règne la justice, la paix et l’équité, tout le contraire de la société suédoise islamophobe et raciste, le discours victimaire est sciemment alimenté par les islamistes afin d’entretenir la défiance envers les institutions de l’État, et nourrir un désir de vengeance.
L’enjeu du voile et le conflit générationnel : Lorsque les adolescentes sont mises en contact avec le « vrai Islam », elles sont subtilement poussées à vêtir le voile, une sorte de premier signe d’allégeance.
Le désir de Sulle de porter le voile débouche sur un conflit avec son père, celui-ci, très peu pratiquant, y est farouchement opposé. Ce genre de conflit générationnel existe bel et bien dans de nombreuses familles musulmanes, les parents sécularisés sont perçus par la nouvelle génération comme des « égarés » qui ignorent tout du « vrai islam ».
Le conflit générationnel se cristallise également autour de la tuerie de Charlie Hebdo, les parents découvrent avec stupéfaction et effarement que leur fille fait l’apologie du terrorisme et justifie ces crimes par de la légitime défense.
Théories du complot et utilisation de la question israélo-palestinienne: Cette tendance est exposée dès le deuxième épisode, Ibbe, un enseignant, à priori sans histoire, utilise la question palestinienne pour repérer les cibles potentielles, les futures prétendantes au jihad. Dounia Bouzar, anthropologue spécialiste de la radicalisation, a évoqué ce point à plusieurs reprises ; les recruteurs du jihad utilisent souvent l’argument de la question palestinienne comme « amorce ».
Lors d’une scène, l’adolescente Sulle lance à sa mère qu’il ne faut pas croire la désinformation des médias en ce qui concerne l’État islamique, niant ou justifiant ainsi les atrocités commises par les jihadistes. D’après moi, si ce genre de discours rencontre un large succès, notamment auprès des sympathisants du Califat, c’est simplement que le recours aux théories du complot permet de réduire la dissonance cognitive qui existe entre les discours martelés et la réalité.
Besoin d’appartenance : Le besoin d’appartenance est selon les spécialistes de la psychologie un besoin fondamental, les humains, dans leur grande majorité, ont besoin de sentir qu’ils appartiennent à un groupe, à plus forte raison au début de leur vie, pendant la construction identitaire.
Pour les deux frères convertis, il est implicitement suggéré que leur radicalisation serait en lien avec l’absence d’une figure paternelle. L’Islam radical, par son côté rigoriste et autoritaire, serait en quelque sorte une réparation des dysfonctionnements familiaux. La Suède fut parmi les pays européens qui s’est tristement illustré dans l’export de jihadiste en Syrie. Cela n’est pas si surprenant que cela, car les signes précurseurs furent nombreux : la levée de boucliers contre la ministre Nyamko Sabuni, l’assassinat de Théo van Gogh, suivi de l’exil de la députée Ayaan Hirsi Ali furent des signaux.
La série soulève donc les nombreuses problématiques liées à la radicalisation islamique en Suède, mais également la question du retour des jihadistes et celle du traitement judiciaire. A découvrir.
La crise du Covid-19 ne nous frappe pas tant parce qu’elle est forte que parce que l’Etat est faible et bloqué sur tous les plans. Démonstration.
Il y a beaucoup à dire sur la crise. Même si nous ne bougeons pas, l’ensemble des choses autour de nous bouge sans cesse, et la lenteur apparente du temps fait ressortir les lignes de force avec encore plus d’acuité. Ainsi en est-il des failles béantes de notre organisation, et des ruses cousues de fil blanc que sont les stratégies, si on peut employer ce mot, de nos dirigeants.
Un confinement bien commode
Sur le fond, le gouvernement paraît complètement dans l’impasse. J’avais déjà indiqué que le confinement, outre son aspect purement sanitaire, avait ceci d’intéressant pour nos dirigeants qu’il permettait de museler d’un coup toutes les formes d’opposition ou presque. En effet, ce n’est pas la même chose de faire des déclarations ou des critiques depuis l’estrade d’un meeting, de l’Assemblée nationale, d’un JT ou d’une émission TV, de la rue ou même du perron de l’Elysée, ou bien de les faire avec son petit portable d’un coin de son salon. L’image symbolique n’est pas du tout la même. Le chef de l’Etat et son gouvernement, eux, ne subissent pas cette contrainte.
De même, j’avais pensé que le gouvernement craignait plus la crise médiatique (le spectacle de notre système de santé outrageusement débordé) que la crise sanitaire elle-même (il faut rappeler que le total des décès des maladies cardiovasculaires et du cancer en France est d’environ 300 000 par an, et le total global d’environ 600 000, soit respectivement 800 et 1600 par jour, il est vrai pas tous contagieux, mais surtout répartis au long de l’année), et plus encore la crise économique, parce qu’il savait que la crise sanitaire serait probablement provisoire, alors que la crise économique sera certainement durable, et qu’elle viendra grossir, jusqu’à la présidentielle et bien au-delà, les rangs des gilets jaunes et des vrais opposants, dont Emmanuel Macron n’a pas traité en profondeur le mécontentement, préférant le show du « Grand Débat » à la mise en œuvre d’une véritable réponse, une solide politique sociale.
J’avais pensé enfin que le mérite principal du confinement était qu’il permettait à nos dirigeants de gagner du temps et, après s’être sérieusement ratés lors de la première manche, de se relancer en préparant très bien la seconde. Il était en effet essentiel de permettre, aussi vite que possible, à la machine économique de repartir, pour éviter la catastrophe de la faillite en masse des PME, que les mesures de sauvegarde de l’Etat ne suffiront certainement pas à éviter. Pour cette raison, le confinement devait être court.
Ni masques ni tests
Or la prolongation annoncée montre qu’ils ont raté cette occasion. En la décidant lundi soir, Emmanuel Macron a pris un risque, politique et économique, énorme. Pourquoi l’a-t-il fait ? A cette première question, nous avons déjà la réponse. C’est parce que les instruments nécessaires pour passer à la deuxième étape, la phase « masques et kits de dépistage pour tous », n’ont pas été prêts à temps. Mais comment est-ce possible ?
Pourquoi tant d’Etats (si nous avons le courage de nous comparer aux meilleurs), dans lesquels nous devons compter la plupart des pays asiatiques, mais aussi les pays nordiques, l’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie, la Russie, même le Maroc et le Bénin, ont-ils été capables de se fournir et de s’organiser à temps, alors que nous ne l’avons pas fait ?
A cela, une réponse principale : la chaîne de commandement du pays ne fonctionne plus, ni en bas, ni au milieu, ni en haut.
Les cliniques snobées
En bas, des affaires aussi scandaleuses que la non-utilisation des cliniques privées (parce que les prix de cession des services facturés par celles-ci ont pris trop de temps à être négociés, et qu’aucun hôpital public n’a voulu prendre le risque d’envoyer ses malades à l’avance, sans avoir reçu préalablement l’aval de sa hiérarchie, ou encore la non-homologation des masques proposés pourtant par des PME « agiles » (parce que ça ne « rentre pas dans les clous », ou encore l’interdiction faite aux pharmacies de se fournir en masques sous le prétexte que cela déclencherait une panique dans le pays, ont montré que l’administratif français est fossilisé, incapable, aujourd’hui, de fédérer les initiatives, et de récupérer au profit de la nation tout le dynamisme du privé.
Au milieu, les Agences Régionales de Santé, on le sait maintenant, sont essentiellement, à la différence du modèle allemand, des relais de l’Etat dont il faut surtout remarquer la dimension bureaucratique et l’obsession budgétaire, et la panique face à toute forme de décision.
De même, on a vu aussi à quel point des organismes comme le Conseil Scientifique ou le CARE pouvaient être inefficaces, quand ce n’est pas contre-productifs, confondant démarche scientifique et démarche médicale, temps de paix et temps de « guerre », et faisant tout ce qui est possible pour torpiller les initiatives du Pr Raoult, au point qu’on peut se demander ce qui guide leurs décisions, l’intérêt général ou bien leurs intérêts oligarchiques et particuliers.
Pagaille à tous les étages
Au sommet de l’Etat, la pagaille et l’indécision sont les mêmes, et c’est peut-être ce qui est le plus grave. Tout se passe en fait comme dans les régimes communistes, où seule compte la propagande. Peu importe la vérité, du moment que le discours justifie l’action politique : nos chefs ont d’abord, dans un premier temps, essayé le déni. Nous en avons eu tous les exemples possibles. Ensuite, lorsqu’ils ont vu qu’ils seraient débordés par les faits, ils ont choisi de nier l’utilité des masques et des kits, puisqu’ils n’en avaient pas. Lorsqu’ils ont vu qu’ils ne pouvaient pas, là non plus, éviter la vague, ils ont choisi de confiner.
A ce moment-là, la première manche était perdue, mais pas la seconde. Pour le chef de l’Etat, avec cette « fenêtre de tir », une évolution du discours et de l’action étaient possibles. Quitte à accuser ses subordonnés d’incompétence (ce qui est facile à mettre en scène), il lui fallait « manger son chapeau », changer brutalement et de direction et de braquet. Il disposait d’un mois, un temps très précieux, pour passer du « masques et kits pour personne » au « masques et kits pour tous ». Mais il ne l’a pas fait. Il s’est piégé lui-même, avec son propre discours. Par orgueil, parce qu’il décide tout lui-même, et pour ne pas avoir à se déjuger, ce qu’il déteste faire, il n’a pas osé changer à chaud les chefs et la stratégie de son armée, pour la mettre en urgence en ordre de bataille.
Désordre en haut, pas de libertés en bas
Au lieu de quoi, il a amorcé un lent virage politique (l’affirmation selon laquelle les masques seraient « en même temps » utiles et inutiles), virage qui n’est pas même terminé. Ce qui fait qu’aujourd’hui, l’ordre d’en haut (« tout le monde aux postes de combat ! »), n’est pas encore venu. Les plans, les troupes et les fusils ne sont toujours pas prêts. On n’a même pas mobilisé en masse les entreprises françaises, on a attendu que les Américains soient sur le marché chinois pour nous porter aux achats, et on interdit aux pharmacies de vendre… Macron fait maintenant, avec beaucoup de peine, le (petit) mea culpa qu’il aurait dû faire il y a un mois. Et il n’a pas d’autre solution, à ce stade, que de confiner pour un mois de plus, afin d’éviter de prolonger la catastrophe sanitaire, la plus visible. Et il est clair que le gouvernement n’arrêtera pas non plus, malgré un grand plan de sauvetage, la catastrophe des PME qui est déjà en cours. Cependant, ses méthodes étant bien connues, nous savons déjà qu’il fera tout pour la nier. Au final, une bonne partie des PME seront ruinées, et les finances publiques aussi…
Sur le plan de la forme, l’impasse et l’impéritie sont tout autant visibles. Au début, après la phase du déni, le gouvernement a choisi de dramatiser la crise. C’est à cela que sert le décompte macabre que l’on nous sert tous les soirs. A cela, plusieurs raisons.
D’abord, la communication de l’Etat obéit au principe du proverbe arabe : « Baise la main que tu ne peux couper ». En d’autres termes : « Si tu ne peux cacher la crise, au moins, montre que tu es dynamique : surfe-la ». C’est à cela qu’a servi le transport hypermédiatisé de malades en hélicoptère et en TGV, alors que le service disponible de la clinique privée, à 100 mètres de là, était sans doute vide…
Plus l’Etat dramatise, plus il se scie les pattes
Ensuite, puisque l’on prend 10 buts à 0 au premier match, il s’agit de montrer que c’est l’attaque adverse qui est très forte, et pas notre défense qui est très faible. Si on a Messi, Ronaldo et Mbappe en face, après tout, on n’est peut-être pas si mauvais. Plus le virus paraîtra dangereux et anxiogène, mieux ça passera auprès d’une opinion terrorisée. Après tout, face à cette épidémie terrible, « on fait pour le mieux ».
Mais cette communication est un piège pour l’Etat lui-même. Parce qu’elle doit se coupler « en même temps » avec une dédramatisation nécessaire, pour que ceux qui le peuvent aillent quand même travailler, et c’est vital. Et les deux choses, en tout cas tant qu’on n’a pas de kits et de masques, sont incompatibles. Car quel chef d’entreprise prendra le risque d’obliger ses employés à venir s’ils ne sont ni dépistés, ni protégés ? Plus l’Etat dramatise (pour se protéger…), plus il se scie les pattes…. Et ensuite, lorsque pour mobiliser pour le travail, il devra, comme avec les masques, expliquer que ce qui était si dangereux hier n’est en fait pas si dangereux aujourd’hui, combien de temps lui faudra-t-il pour « retourner son discours » ? Et qui le croira ?
On n’a pas de masques parce que Macron ne veut pas reconnaître qu’il avait dit qu’on en avait beaucoup, puis qu’il n’en fallait pas. On ne peut pas sortir du confinement parce qu’on n’a pas de masques. On ne peut pas retravailler si on ne sort pas du confinement. Le virus est très dangereux, mais demain, il ne sera pas si dangereux. « On est mal, patron… ». Et ça ne va pas s’arranger.
La délinquance itinérante est une menace criminelle qui perdure depuis de trop longues années. Elle passe sous les radars, notamment médiatiques en raison de signaux faibles et malgré un préjudice conséquent pour les citoyens.
Le 27 février 2020, quatre hommes issus de la communauté des gens du voyage ont été interpellés en flagrant délit de cambriolage. Ces derniers sont suspectés d’avoir commis 97 cambriolages en moins d’un mois, pour un préjudice évalué à 135 000 euros [tooltips content=’https://www.rtl.fr/actu/justice-faits-divers/rennes-quatre-hommes-suspectes-de-97-cambriolages-en-moins-d-un-mois-7800202257‘](1)[/tooltips]. Cet exemple fait partie des innombrables faits divers similaires, dont la matrice commune est ce que l’on nomme la délinquance itinérante.
Si cette criminalité est peu évoquée dans les médias (hors presse quotidienne régionale), il s’avère pour autant que « le premier adversaire du gendarme dans sa zone de compétence est malheureusement bien souvent le délinquant itinérant »[tooltips content=’PRADEL (J.) et DALLEST (J.) (dir.), La criminalité organisée, LexisNexis, Paris, 2012, p. 129.’](2)[/tooltips]. Il revient à l’Office central de lutte contre la délinquance itinérante (OCLDI) de combattre cette menace criminelle qui sévit en permanence sur tout le territoire métropolitain.
Quels sont les acteurs de la délinquance itinérante ?
On entend, en premier lieu, par délinquance itinérante, les malfaiteurs issus de la communauté des « gens du voyage ». L’Office central de lutte contre la délinquance itinérante a d’ailleurs constaté que ces malfaiteurs – sédentarisés ou non – se sont spécialisés dans certains domaines de criminalité spécifiques.
Il y a les voleurs de fret par arraisonnement du véhicule ou vol du véhicule dans l’entrepôt (les « freteux »), les casseurs de coffres, les arracheurs de distributeurs de billets (DAB), les cambrioleurs, les « saucissonneurs » (qui ficellent les victimes avant de les dévaliser), les voleurs par ruse ou usage de fausse qualité (ou « ruseurs »), ou encore les escrocs aux faux jades, faux ivoires, faux tapis… (appelés quant à eux « jadistes ») [tooltips content=’Ibid., p. 78.’](3)[/tooltips].
Pour exemple, les casses se sont multipliés à l’automne 2003. Une cinquantaine de magasins de téléphone, de parfumeries et de bureaux de tabac ont été cambriolés de nuit. Il a fallu neuf mois d’enquête, et la création de la cellule « Carpates 12 » en mai 2004, pour que les gendarmes arrêtent une trentaine de suspects à Paris et sa banlieue. Ces casseurs opéraient par équipes de trois ou quatre, et faisaient des trajets de nuit entre la région parisienne et les lieux des casses, situés à plus de 500 kilomètres [tooltips content=’PIERRAT (J.), Mafias, gangs et cartels. La criminalité internationale en France, Ed. Denoël, Paris, 2008, p. 168-169.’](4)[/tooltips].
Seconde illustration, cette fois-ci dans le sud-est de la France en 2010. Une trentaine d’individus ont été interpellés par la Gendarmerie. Ils étaient directement liés à un vaste trafic de métaux volés aux chantiers de BTP, à la SNCF ou aux déchetteries. Les diverses enquêtes ont pu démontrer que 3 400 tonnes de métaux ont été revendues pour un total de 700 000€. En plus du vol, du travail dissimulé et des fraudes aux prestations sociales ont aussi été mis au jour [tooltips content=’PRADEL (J.) et DALLEST (J.) (dir.), op. cit., 2012, p. 129.’](5)[/tooltips].
Dans tous les cas, on peut retrouver un point commun à toutes ces équipes : professionnalisme, audace et détermination, solidarité et secret.
Gens du voyage de chez nous et… malfaiteurs venus de l’Est
En second lieu, la délinquance itinérante concerne aussi les malfaiteurs issus des pays d’Europe de l’Est. Le plus grand nombre de ces malfaiteurs provient de Roumanie. Cette criminalité s’explique par une facilité de…
Christophe, le chanteur mythique d’Aline ou des Mots bleus, était aussi amateur de belles voitures. Il est décédé hier du coronavirus.
Ce matin, « J’ai envie de raconter une histoire ». J’emprunte cette première phrase à Drieu et son État civil paru en 1921. Car, tout au long de la journée, les hommages se succèderont. Et, fait étonnant, ils seront sincères pour la plupart d’entre eux, ce qui est rarissime quand une « personnalité » disparaît. Bien malgré lui, le chanteur fera cette union nationale si fragile et fugace, trompeuse et recelant cependant mille vérités. Il réunit la France dans ce qu’elle a de plus complexe et antagoniste. Il aura fait le pont, sans se trahir, sans s’imposer, avec ce dilettantisme souverain que nous aimions tant, entre la variétoche sucrée, le souvenir brumeux des yéyés, les pointus de l’électro, les arriérés du synthé et tous les possédés de musique de chambre qui se réveillent à la nuit tombée.
Lui avait fait l’union sacrée!
Il aura mis dans une même pochette d’album, des mondes qui s’ignorent d’habitude, les sectaires des disquaires et ma voisine d’à côté, soixante-dix-neuf ans, retraitée de l’éducation nationale, qui chante « Aline », avec ce bel enthousiasme juvénile. Christophe, sans le vouloir, donnait une consistance à ce corps social disparate et éclaté. Il ne briguait pourtant aucun mandat, ni aucun strapontin.
Ce matin, ces « deux France », couvrant plusieurs générations, sont tristes d’avoir perdu un compagnon fidèle.
Il a toujours été là, mutique et indispensable, les soirs de déshérence quand l’amertume est en passe de l’emporter, quand, à bout de souffle, l’horizon se poudroie d’incertitudes. Par une magie inexplicable et une foi inébranlable dans cette voix en apesanteur, également dans cette scansion distendue sublime qui sonne comme un appel du large, il a maintenu un fil invisible entre nous et lui. Christophe s’écoute dans sa chair, dans ses secrets intimes, c’est un mystique qui feint de s’ignorer. Tenter de percer son mystère n’aurait pas de sens. Il aura été pour moi, un moine vespéral, une sorte de conseiller spirituel en veste Renoma et boots en veau velours. Au fil des années, ses mêmes tubes répétés à l’infini, polis et façonnés « hecho a mano » comme disent les torcedoras de la Havane, nous traversent, nous harponnent, nous guident. Toujours les mêmes mots à la sonorité trafiquée qui conservent une virginité ; son talent se nichait là ; dans la recherche d’une émotion nouvelle avec un même matériau, originel, intact, brut et changeant à la fois. L’alchimiste Christophe, à la destinée filandreuse, cent fois déclaré mort par l’industrie du disque, et si présent dans le cœur de ses fans, son public s’étoffant, se renouvelant, ne soustrayant jamais. Quel artiste français peut en dire autant ? Je m’égare, je perds le fil de ma pensée, c’est le premier effet de Christophe, il tord la réalité, lui fait prendre des méandres insoupçonnés. D’autres que moi plus instruits en harmonie, parleront de lui.
Daniel Bevilacqua et les belles voitures
Les rares fois où j’ai croisé cet oiseau de nuit, c’était en fin de matinée, à la Poste du Boulevard du Montparnasse, en discussion avec un guichetier. C’est dire ma proximité avec l’artiste, ma légitimité à le célébrer, en ce jour, est proche du néant. Il faillit bien préfacer notre livre Dictionnaire élégant de l’automobile avec l’ami Jean-Pierre Montal. Il avait donné son accord et puis, il nous avait filé entre les doigts, pris par d’autres projets. Je crois qu’il avait aimé notre nostalgie pétaradante et partagé notre adoration du talon-pointe. Si je m’autorise à évoquer la mémoire de Daniel Bevilacqua, c’est que « Je suis peut-être démodé ». Aujourd’hui, les baby-boomers, c’est-à-dire, mes parents, mes oncles, les pères de mes copains, viennent de prendre un premier coup de poignard. L’alerte est sérieuse. Ils savent leur existence en quarantaine depuis que ce satané Covid-19 plane sur leurs foyers. Ce virus, asphyxiant et meurtrier, porte le nom d’une fusée, comme celles des illustrés futuristes de leur jeunesse, au temps de Blek le Roc et de Chuck Berry. Une façon de les narguer, de leur faire peur, ils sont désormais en sursis. Christophe ressemblait à nos pères, des petits mecs classieux et rêveurs qui se sont fait une place à leur mesure. Lui, le gars de Juvisy, d’ascendance italienne, avec tous ces métiers manuels en héritage, Elvis et Hollywood en palissade au fond du jardin, la bagnole comme exutoire, tout un bric-à-brac d’objets qui tenait chaud dans la froideur des banlieues, et surtout cet appétit vorace pour la mythologie des « Trente Glorieuses ». Cette caverne d’Ali Baba qui faisait briller les yeux des prolos. Je n’oublierai jamais le regard enamouré qu’il portait sur sa brocante flamboyante, les chromes d’une Cadillac, un flipper étincelant, une guitare mexicaine, ce goût du « beau » et de l’étrange. Un jour, je l’ai vu débarquer dans une émission de télé estivale, il était à ce moment-là entre deux eaux, il n’avait pas encore accédé à son aura de prince de la nuit, il était au volant d’une Ferrari Daytona. Et je me suis dit, que ce dandy un peu maudit, un peu vieilli avait une allure comme on n’en verra plus jamais.
Un entretien avec Vaclav Smil, le penseur de l’énergie. Article publié dans le N°4 du magazine Transitions & Energies.
Vaclav Smil est sans doute l’universitaire le plus influent sur les grandes questions relatives à l’énergie. Depuis son bureau dans sa maison toute proche de l’université du Manitoba à Winnipeg au Canada, ce professeur de 76 ans a écrit des dizaines de livres qui ont changé la compréhension des problématiques planétaires de l’énergie. Vaclav Smil a abordé des sujets extrêmement variés allant des problèmes d’environnement de la Chine, à la modification des habitudes alimentaires au Japon en passant par l’histoire de l’énergie et des civilisations, celle des transitions énergétiques et la question majeure de la croissance sans limites dans un monde fini.
Certains de ses livres ont marqué des générations de scientifiques, politiques, dirigeants et investisseurs. L’un des fans les plus convaincus de Vaclav Smil est Bill Gates, le cofondateur de Microsoft. Il explique « attendre la sortie du nouveau livre de Smil comme certaines personnes attendent le prochain film de La Guerre des étoiles ». Mais aucun des ouvrages de Vaclav Smil n’est traduit en français… Une illustration du retard de la France dans la compréhension de ses questions.
Vaclav Smil appartient à une espèce en voie de disparition, les généralistes. Dans le monde académique moderne, tout pousse à la spécialisation de plus en plus étroite. Vaclav Smil reconnaît que ses goûts éclectiques ont sans doute compliqué sa carrière. Mais son talent à synthétiser et à souligner les inflexions et les évolutions majeures dans des domaines différents fait sa force. Il lui a permis, par exemple, de montrer comment les évolutions énergétiques se diffusent par capillarité dans les économies et les sociétés.
Les « vérités » de Vaclav Smil ne font plaisir à personne. Il met en garde les militants du climat sur la réalité de la dépendance du monde moderne aux énergies fossiles et sur les hypothèses « farfelues » qui leur permettent de construire des scénarios de transition rapide. Il s’en prend également aux optimistes béats qui pensent que la technologie permettra à la civilisation de survivre et qu’il n’y a pas de limites physiques à la croissance économique. Vaclav Smil n’est pas critique du discours écologique dominant pour le plaisir. Il est un partisan convaincu du changement climatique et de la nécessité de se passer des énergies fossiles et de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Mais cela ne se fera pas pour lui avec des slogans et en ignorant les faits.
Il considère que le travail universitaire méticuleux et obsessionnel qu’il mène depuis plus d’un demi-siècle offre une évaluation claire des défis et qu’il ne s’agit pas d’une justification à l’inaction. Il souligne qu’il n’appartient à aucun camp, si ce n’est celui du savoir. « Je ne me suis jamais trompé sur les grandes questions de l’énergie et de l’environnement, parce que je n’ai rien à vendre », affirme-t-il. Si de nombreux organismes et institutions sollicitent ses conseils et ses avis, Vaclav Smil n’est pas, pour autant, un personnage médiatique et public. Il n’aime pas les interviews qu’il trouve trop simplificatrices et considère que ses livres parlent pour lui.
Transitions & Energies. La transition énergétique, c’est-à-dire remplacer les énergies fossiles par d’autres n’émettant plus de gaz à effet de serre, est un projet sans équivalent par son ampleur dans l’histoire économique et politique. À tel point qu’il est impossible d’avoir une idée précise des infrastructures et des technologies à développer et des investissements à réaliser. Sans parler des comportements à faire évoluer. Pourtant, notamment en Europe, de nombreux gouvernements, institutions, organisations et partis politiques minimisent les difficultés. Pour eux, c’est avant tout une question de volonté. Comment l’expliquez-vous ?
Vaclav Smil. Les gens n’en ont rien à faire du monde réel. Ils imaginent un magnifique avenir vert… On peut parler de refus de la réalité, de refus des faits. Le domaine de la transition énergétique est un monde de fictions et de rêves, à la fois de la part de ceux qui pensent qu’il suffit de le vouloir pour se passer des énergies fossiles et de ceux qui croient que l’on peut continuer comme si de rien n’était et que la technologie va nous sauver.
Il faut bien prendre la mesure des choses. La transition d’un monde totalement dominé et façonné par les …
Le président américain, se fiant à son intuition, a décidé de troquer l’hydroxychloroquine contre le confinement pour en finir avec ce Covid-19. Le gouvernement fédéral distribue déjà, massivement, le comprimé-sésame ; le pays rouvrira d’un bond, l’économie sera radieuse à temps pour les présidentielles de novembre 2020. Tel un Idi Amin Dada, Trump jette le petit trublion Fauci dans la gueule du crocodile Peter Navarro, son très nerveux conseiller en commerce. Béni d’un doctorat en sciences sociales, Navarro prêche l’évangile de l’hydroxychloroquine. Le 13 avril, le président américain s’octroie les pleins pouvoirs.
Après le déluge la foi
À l’heure des cataclysmes, l’homme élabore des croyances démesurées. Des idées majestueuses, une vision, une puissance, le messie. Ces derniers jours, les Juifs ont vécu en temps réel l’exode et l’alliance. Les Chrétiens, de leur côté, ont commémoré la crucifixion et la résurrection du Christ. Autrefois c’était la saison de la chasse aux Juifs, coupables de la mort du messie. Des drames catastrophes / croyances se rejouent à travers les époques. L’homme poursuit son train-train, allant vers un toujours plus… et ce n’est pas méprisable. Soudain, du fond de la terre, du cœur d’obscures forêts, du ciel fracassé par des forces contraires, un malheur énorme s’abat sur lui. Nous ne sommes pas nés pour être anéantis ! On se redresse, on lève les yeux, on cherche la lumière.
Le drame d’affliction/salut se déroule à petite échelle en temps normal. La politique aussi, disloquée, peut devenir religion.
L’adoration du vélo
Aujourd’hui à Paris on respire l’air lavé à la grande eau du confinement. Cela pourrait renforcer les croyances d’électeurs acquis à la stratégie du maire Hidalgo, qui avait déclaré, peu avant le tous-aux-abris, que le vélo pourrait remplacer le camion de l’artisan et du livreur. Ça fait des années qu’elle se bat maladroitement pour chasser l’automobile de sa ville. Le coronavirus vient et d’un coup on ne livre quasiment rien, les places de stationnement sont aussi vides que les jardins, ne passent que les éboueurs qu’on apprécie et les ambulances qu’on redoute. À présent, l’air me semble aussi pur qu’au premier jour de la terre. Le soir on admire Vénus dans un ciel étoilé. Le jour, le soleil mord méridionalement. Aucun des tristes candidats oubliés sur les panneaux électoraux ne pourrait nous promettre un tel salut environnemental. De là à conclure qu’il vaudrait mieux voter coronavirus que Hidalgo… quoi ?
Les fidèles s’entêtent
Le gouvernement israélien s’est heurté au refus des Haredim (ultra-orthodoxes en français) de respecter les mesures de confinement. Ils se réunissaient nombreux et se retrouvaient en nombre disproportionné parmi les victimes du Covid-19. On a redoublé les opérations pédagogiques … et on a bouclé leurs quartiers. Les membres de la secte la-di-da de Tel Aviv sont, eux aussi, réfractaires.
Aux États-Unis, le droit de remplir les églises à Pâques a été âprement disputé. Certains élus, au nom de la liberté de culte garantie par la Constitution, ont refusé d’interdire ces rassemblements. D’autres, soucieux de la santé publique, ont mis les églises au même régime que tout autre lieu public, s’attirant les foudres du sénateur Rand Paul et des menaces de la part du puissant ministre de la justice, William Barr, qui promet de sévir, en temps voulu, contre les oppresseurs. Deux semaines après des funérailles down home dans un coin du Sud profond, le Covid-19 a semé la mort dans les environs. N’empêche, de vaillants pasteurs s’estiment plus à même de combattre le satané virus en réunissant les fidèles par milliers sous le signe du Seigneur. Pour ne rien dire de Qom.
Saül sur le chemin de Damas
Sous pression de l’effroyable pandémie, des religions sont créées, modifiées, abandonnées et des croyants changent de chapelle. C’est le cas d’un site que je ne nommerai pas, animé par des anciens gauchistes recyclés en anti-islamistes qui manient le clavier comme un alphabet de bombes incendiaires. Aujourd’hui, ce site prêche l’orthodoxie radicale anti-confinement dans le contexte d’une guerre de religion contre l’État. Une récente livraison donne : 1. Raoult, sauveur des malades, damné par les hérétiques, qui condamnent les misérables à une mort atroce. 2. Le confinement tue notre pays. 3. Le remède est pire que le mal. 4. Les pays qui laissent vivre leurs citoyens s’en sortent mieux que les cons de confineurs. 5. Macron ver de terre, Raoult notre roi, Trump son disciple. Là-bas, aux États-Unis, on sait apprécier le cocktail hydroxychloroquine. 6. Notre messie, lapidé par les pharisiens, vilipendé par les marchands du temple, crucifié par l’ancienne ministre de la santé et son époux Big Pharma.
La série de salves ci-dessus notée se termine avec un long très long texte, absolument complice et totalement admiratif, à la gloire de … Tenez-vous bien. À la gloire de Dieudonné M’bala M’bala.
Sans lui pas de salut
À la différence d’autres commentateurs, je ne suis pas épidémiologie, infectiologue ou médecin de campagne. Je suis romancière-épistémologue, intriguée par la fabrication de la pensée individuelle, collective et, maintenant, dans des conditions extrêmes. Pour savoir si la dénommée hydroxychloroquine agit de façon conséquente et positive sur le nouveau coronavirus, je devrais être un essai clinique à part entière. Faute de quoi, je ne peux que juger au pif.
Des médicaments bien agréés et pourtant nocifs, ça existe. Des traitements miracles qui ne le sont pas, aussi. Des molécules potentiellement efficaces contre ce virus qui nous traque, il y en a plusieurs. L’avigan japonais, l’immunosuppresseur interféron, le tocilizumab contre l’orage cytokinique et encore des traitements à base de placenta, sérum, etc.
Comment l’hydroxychloroquine est-elle devenue un article de foi ? De ses débuts comme traitement prometteur contre le Covid-19, elle devient rapidement une doctrine de pensée magique. Et docteur Raoult, le messie. Celui qui empêche l’application immédiate et généralisée du traitement conçu par l’unique sauveur est l’antéchrist. La demande de preuves par voie d’essais cliniques, c’est du blasphème. Quoi ? Un groupe témoin traité au placébo ? Ils vont mourir, tous, et ce sera de ta faute ! Une fois ancrée la conviction que le salut vient du cocktail hydroxychloroquine + azithromycine, administré selon le protocole du docteur Raoult, tout débat devient guerre de religion. En contrepartie de l’adoration vouée à Didier Raoult brûle une haine meurtrière des pharisiens : le président Macron, le comité scientifique, les mandarins …
Taux d’immortalité global, par région et par pays
Au pire, les chances de mourir du Covid-19 sont faibles, même pour les personnes âgées, les obèses, les mal portants, les soignants sans masque et les resquilleurs ne respectant pas la distance sociale. Également, les chances de mourir du cancer, infarctus, attentat, accident sont modestes par rapport à la population globale.
Or, la chance de mourir tout court est de 100%. Ce qui explique la recherche de solutions magiques : un comprimé pour tuer le virus mangeur d’hommes, un sauveur, un messie qui se fait attendre depuis des millénaires, le paradis pour soulager la douleur de quitter ce bas-monde …
La religion des vacances
Comment parler des croyants sans évoquer les adeptes du rituel des vacances ? À peine s’annonce l’espoir d’une libération sous contrôle sanitaire d’ici un petit mois, que salariés et syndicalistes se dressent sur leurs ergots pour défendre les saintes vacances. Ce n’est pas parce qu’on est resté contraints et forcés deux mois dans la baraque qu’on va bosser cet été pardi ! On n’est pas des amerloques workaholic, nous, on n’est pas des salarymen japonais. Seigneur ! Donnez-nous notre pain quotidien, notre weekend chéri et nos vacances sanctifiées.
A suivre, Episode 7 : Avançons masqués
Quelle tête aurons-nous le 11 mai à la sortie des cavernes ? Les cheveux poussés n’importe comment, les blondes virées en brunettes, la barbe encombrante, le maquillage en rupture de stock, des bourrelets, des cernes … Des grossesses.
Mais on aura quelle tête ? On ne le sait pas. On ne va pas se voir.
Écrire en pleurant sur le dernier des Bevilacqua, le petit rital de Juvisy-sur-Orge où il est né le 13 octobre 1945 et qu’il restera toute sa vie. J’espère être à la hauteur. Beaucoup de choses ont déjà été dites cette nuit dans les (bonnes) nécros qui fleurissent, alors essayons d’être singulière pour rendre hommage au plus singulier des chanteurs français. En réanimation depuis le 26 mars, Christophe n’aura pas résisté au Covid-19. Lui qui se définissait comme « un autodidacte de la vie » – quelle jolie expression -, n’a pas trouvé le mode d’emploi pour terrasser le maudit virus.
Un chanteur si singulier
Je vais donc essayer d’évoquer mon Daniel Bevilacqua à moi. Il avait pris pour pseudonyme et nom de scène Christophe, car sa grand-mère lui avait offert une médaille du saint patron des voyageurs, lui qui jouait sa vie lorsqu’il conduisait ses bolides à la James Dean. Il faut croire que Saint Christophe veillait effectivement sur lui car on finit par lui retirer son permis. Il s’est vengé en composant la musique de The sunny road to Salina, un film de Georges Lautner de 1970.
J’avais six ans en 1974, lorsque j’ai découvert Señorita chez Danielle Gilbert. Je m’en souviens presque comme si c’était hier, j’étais fascinée, je ne comprenais pas grand-chose au texte mais « remets ta robe de taffetas » ça me faisait rêver. J’ai appris plus tard que le riff de guitare était glam, clin d’œil peut-être à Marc Bolan qui trouva la mort en 1974 dans un accident de voiture. Hasard objectif aurait dit André Breton[tooltips content= »Marc Bolan est le symbole du glam rock, très populaire en Angleterre dans les années 70, Senorita s’en inspire. Bolan est mort dans un spectaculaire accident de voiture en 74, année où le titre est sorti »](1)[/tooltips]
Dandy ?
Dandy lit-on partout. Oui, mais dandy « au style différent de tous les autres », comme il le chante dans Succès Fou. Son style était en effet absolument inédit, mélange de garçon coiffeur et de Brummel moderne magnifié par sa présence, sa grâce naturelle et un peu brute.
Les références aux vêtements sont omniprésentes dans ses chansons. Le « smocking de soie rose » du dandy maudit des Paradis Perdus qui déambule dans « ce monde qui s’effondre ». Le revers de son smocking blanc cassé de « La dolce Vita », son Italie cinématographique et fantasmée.
Artisan du son et oiseau de nuit
L’Italie, il l’évoquera dans sa chanson la plus personnelle et autobiographique « Le dernier des Bevilacqua » en 1974. Juvisy-sur-Orge devient alors le temps d’une chanson les faubourgs de Rome, mais comme dans un Rome pasolinien, à Juvisy aussi « il faut être un homme », il raconte sa vie de joueur, de tête brulée de la chanson où « les soirées de gala sont un peu tragiques quelquefois ». Le petit banlieusard côtoie le chanteur lumineux: « J’ai bientôt 30 ans et je peux faire la musique que j’aime ». La musique qu’il aime c’est cette obsession des sons. Il ne se considérait pas comme chanteur mais comme artisan du son, il composait ses chansons comme un canevas sonore. Il considérait chacun de ses morceaux comme des courts métrages devant se plier aux sons qu’il mettra des nuits à imaginer.
Il avait inversé le cours du temps pour vivre la nuit, selon la légende. « J’aime bien traîner, composer, rêver, je réfléchis aussi la nuit ».
Dans les années 90, il quitte définitivement ses oripeaux de chanteur à minettes que les journalistes et une partie du public lui avaient fait endosser. Il n’est plus l’interprète d’Aline, son tube providentiel et maudit, et devient ce chanteur presque élitiste célébré par les Inrocks, qui comme d’habitude n’ont rien compris. Avec le sublime album Bevilacqua sorti en 1996, Christophe est simplement devenu lui-même. Le voyou amateur de bagnoles et le magicien des sons, qui me font presque penser au Rimbaud de Voyelles.
Un faiseur d’atmosphères
Il rend hommage à Enzo Ferrari « Il re del’automobile » qu’il chante en italien forcément. Les sublimes morceaux « Le tourne cœur » ou « Je l’aime à l’envers « sont des condensés de ses talents de faiseur d’atmosphères, morceaux servis par des textes de pure poésie : « Je sais quelque chose contre un jour maudit comme un lundi entre la rose ou le poignard ». « Le cuir noir protège du désespoir ». En amoureuse des mots, je fus terrassée. Ces mots bleus-là ne me quitteront jamais. L’album se clôture par un très court morceau, comme une confession: « Je cherche toujours ». Il a trouvé.
Je termine cette chronique, comme je l’ai commencée. En larmes.
Ma guerre en short. La chronique de Cyril Bennasar
Chez Praud l’autre soir, les images de Grigny confiné mais en feu tournaient en boucle dans le fond du décor. On y voyait des émeutiers à l’offensive, des feux d’artifice dirigés contre la police, des voitures en flammes et des forces de l’ordre qui, selon la formule de Linda Kebab, se plaçaient « en position de sécurité », reculaient pour éviter l’affrontement, se mettaient à l’abri. En duplex, la représentante du syndicat policier qui avait fourni les vidéos faisait remarquer que les médias « mainstream », habituellement fort zélés à faire la lumière sur les violences policières avaient très peu informé sur les violences subies par les policiers ce soir-là.
La peur n’est pas dans le camp que vous croyez
Soucieuse de rétablir un équilibre dans l’information, la syndicaliste policière intervenait à la télé pour nous faire savoir que les policiers aussi sont des victimes, pour nous dire que les professionnels censés garder la paix et maintenir l’ordre n’ont pas le monopole de la violence, et pour nous montrer une police inoffensive, qui face à des bandes de petits merdeux incendiaires, recule, contient, mais ne contre-attaque jamais. Déjà à Grigny il y a quelques années, des policiers ont failli brûler dans leur voiture incendiée plutôt que de tirer dans le tas de leurs assaillants pour sauver leur peau. Même en état de légitime défense, même en danger de mort, le policier a la main qui tremble au moment de saisir son arme.
Grigny cette nuit, pompiers et policiers piégés, caillassés, cibles de mortiers.
La raison : rejet du confinement pour maintenir le trafic de stups. Des journaux palabrent répression dans les quartiers. Nous, nous témoignons de loi de caïds sur les habitants. #confinementjour26pic.twitter.com/MreWcioWmv
La répression a si mauvaise presse que la police choisit de se montrer maltraitée plutôt que maltraitante et préfère apparaitre impuissante plutôt que blessante. Au lieu de nous faire savoir qu’elle fait son boulot, la force publique nous signale qu’elle y renonce quand ça devient dangereux. On peut être inquiet quand des gens censés s’interposer entre nous et les barbares ont l’air d’avoir appris d’abord et surtout à ne pas tirer. Évidemment, il arrive encore que des policiers dégomment un déséquilibré qui les agresse avec un couteau et un cri de guerre islamique mais cela relève plus de l’assistance au suicide que d’une véritable répression.
Nostalgie de la peur du gendarme
Toutes ces images de flics sur la défensive finissent par avoir un effet désastreux sur le moral, et quand la réalité devient déprimante, quand le laxisme n’inspire plus que désespoir et dégoût, on se prend à fantasmer une police répressive. On devient nostalgique de l’époque où la peur du gendarme inhibait le voleur comme la peur de la bavure inhibe aujourd’hui le gendarme et on se souvient de ces temps pas si lointains où l’on ne laissait pas impunis les affronts, les injures, les outrages faits à une police républicaine mandatée par des élus du peuple. On se met à rêver à une reconquête des territoires perdus, à la mode coloniale, avec tambours et sans hésitations, avec trompettes et sans scrupules, et si l’on projette les méthodes (discutables) et les succès (discutés) de nos aïeux sur les réalités d’aujourd’hui, on se surprend à fantasmer les vainqueurs de la bataille d’Argenteuil, de Grigny ou de la Courneuve posant fièrement pour la photo de la victoire, le menton haut, les moustaches triomphantes, les bras croisés et le pied droit posé sur un tas de cadavres de racailles.
Sans réhabiliter ces déplorables excès, on peut se souvenir de toutes ces victoires remportées contre la délinquance ou le crime quand on les combat. On pense à ces pompiers corses qui ont la paix depuis que des citoyens sont descendus dans la rue pour les défendre après un guet-apens en menaçant leurs agresseurs, non pas de poursuites judiciaires mais de passages à tabac. On repense à ces commerçants aux Pays-Bas dans les années soixante-dix, qui, excédés par des voleurs récidivistes parce qu’impunis ou pas assez punis pour être dissuadés, avaient embauché des mercenaires pour rendre la justice une bonne fois pour toutes, lesquels avaient rempli leur mission à l’issue d’une bataille rangée, en transformant la bande de délinquants en une bande de bras cassés, au sens propre. On se rappelle aussi que Mussolini avait, à coup d’exécutions sommaires et en moins de temps qu’il n’en faut à nos États de droit pour le dire, réglé le problème immémorial et soi-disant insoluble, de la mafia. On repense à la façon dont certains régimes autoritaires traitaient des minorités timorées qui ne demandaient qu’à se faire oublier, comme le tsar de Russie qui déclarait vouloir appliquer aux juifs de son empire la règle des trois tiers : en éliminer un tiers, en déporter un tiers, en convertir un tiers. Et on se dit en voyant la façon dont certaines de nos minorités se comportent, que les leçons que l’on a retenues du passé ne sont peut-être pas les bonnes.
La honte et le désespoir font le lit de qui vous savez
Après des décennies d’un laxisme et d’un excusisme qui ne parviennent plus à masquer la lâcheté de nos dirigeants, complexés par je ne sais quelle culpabilité post-coloniale et tremblants devant les journalistes droit-de-l’hommistes et fouilles-merde de Libération ou du Monde, on en arriverait presque à regretter ces solutions cruelles, liberticides et définitives aux problèmes d’insécurité qui se sont posés autrefois. On peut, sans aller jusqu’à regretter je ne sais quel fascisme et en restant résolument républicains, regarder en face, comme on le fait pour se défendre contre la pandémie, ce qui a marché ailleurs. Ce qui est sûr, c’est que toutes ces années honteuses et désespérantes à espérer qu’un populisme éclairé et humaniste éteigne les feux et neutralise les incendiaires, auront été plus utiles à nous faire comprendre la montée des fascismes et les origines du totalitarisme que les essais nombreux et volumineux de tous les historiens.
Les opinions occidentales sont actuellement fort timides à condamner l’abomination communiste chinoise, laquelle est pour beaucoup dans notre malheur.
Les grands médias français ne ratent pas une occasion de s’en prendre au Président Trump, et de l’accuser de tous les maux, quitte à mentir, et ils ne ratent pas une occasion non plus de dépeindre les États-Unis sous le pire jour. Le fait que le coronavirus chinois provoque des centaines de morts chaque jour à New-York et frappe la ville si lourdement les mène à multiplier les reportages qui présentent la situation américaine comme une catastrophe absolue. Se trouve oublié au passage que les États-Unis ne se limitent pas à la ville de New York… Ni que celle-ci compte 8,6 millions d’habitants, et que si on y ajoute ses banlieues, cela fait une agglomération de 23 millions d’habitants, soit environ sept pour cent de la population du pays !
Anti-américanisme malvenu
Le fait que les hôpitaux de New York arrivent à saturation conduit à des déductions médiatiques hâtives et fausses sur les hôpitaux du reste du pays, qui, eux, ne sont pas à saturation, et le fait que les États-Unis aient aujourd’hui apparemment le plus grand nombre de cas détectés les conduit à dire que les États-Unis sont le principal pays touché aujourd’hui, ce qui ne peut se dire que si on oublie que les États-Unis ont 330 millions d’habitants, soit cinq fois plus que la France, 5,5 fois plus que l’Italie, et 6,5 fois plus que l’Espagne. Si on n’oublie pas de rappeler ces proportions, on voit immédiatement qu’en nombre de cas et en nombre de morts par millions d’habitants, les États-Unis sont, pour l’heure, moins touchés que la France, l’Italie et l’Espagne.
Je vois derrière cette façon de regarder les États-Unis sous un prisme déformant et malsain la vieille haine anti-américaine reposant sur l’envie face à un pays qui est et restera la première puissance du monde. J’y vois aussi une façon de pousser les Français à se résigner à leur sort. J’y vois, bien sûr, des colorations anti-capitalistes destinées à inciter les Français à penser que la principale puissance capitaliste sur terre produit de l’atrocité.
Et je constate en parallèle une grande mansuétude vis-à-vis du dictateur chinois, Xi Jinping. Je constate que les reportages sur la Chine sont très rarement aussi féroces que ceux qui portent sur les États-Unis, ce qui montre une préférence inavouée, mais délétère, trompeuse et potentiellement ou effectivement destructrice.
On leur passe tout, on leur dit rien
Il faut le répéter, semble-t-il : la Chine n’est pas un pays qui a su accoupler capitalisme et communisme comme je le lis ici ou là en France. C’est un pays toujours totalitaire où des Chinois membres du parti communiste se voient autorisés à bâtir des entreprises qui paraissent capitalistes, mais sont tenues par une soumission stricte au parti communiste et agissent à son service. C’est un pays où la liberté d’entreprendre, la liberté de parler, de penser et de choisir n’existent pas. C’est un pays dont les dirigeants ont pour ambition une hégémonie mondiale reposant sur la destruction et l’asservissement du monde occidental. C’est un pays dont les dirigeants se conduisent en léninistes et pensent, comme Lénine en son temps, que les Occidentaux leur vendront à eux, dirigeants léninistes, la corde qui servira à les pendre, eux, Occidentaux. Et depuis deux décennies, cela a fonctionné, hélas. La Chine a offert aux Occidentaux une main d’œuvre bon marché qui ne fait jamais grève, et des prix de production très attractifs. Des Occidentaux ont fait fabriquer en Chine et, pour cela, ont du se plier aux conditions chinoises : céder leurs brevets, leur savoir faire, leur propriété intellectuelle, voire leurs droits de propriété. Des dirigeants occidentaux ont ouvert leurs marchés aux produits fabriqués en Chine, et les pays dont les marchés ont été inondés ont vu leurs entreprises fermer et se sont places en dépendance de la Chine.
La Chine restant un pays avec des traditions barbares, une épidémie s’y est produit.
La Chine étant un pays communiste, elle a menti, et l’épidémie est devenue pandémie.
Le monde occidental subit à présent les milliers de morts de la pandémie. La Chine essaie maintenant de voir comment elle pourrait tirer avantage du désastre. Il est impératif de regarder la réalité en face: le désastre est un désastre communiste chinois. La Chine devra en subir toutes les conséquences. L’Occident devra en tirer toutes les conclusions requises.
À la campagne, le bruit des tondeuses couvre, d’habitude, le chant du coq. Au printemps, l’ennemi en zone rurale, ce n’est pas la basse-cour mais l’homme pressé de dilapider son temps libre. Au premier rayon de soleil, il retourne son lopin de terre avec une énergie suspecte. Il se fait entendre, de préférence, le dimanche, vers quatorze heures après le rosbeef trop cuit. Un signal secret donne le top départ du « Grand Prix de la tonte » dans tous les quartiers de l’hexagone. L’émulation gagne même les zones pavillonnaires. Ce Français se rappelle de ses ancêtres cultivateurs, il s’imagine en laboureur, en semeur, en gardien sourcilleux des parcs et jardins. Et si ce gazon revêche lui donnait enfin une consistance familiale et une raison de payer le crédit d’une résidence secondaire ?
La virilité que l’époque veut bien nous laisser
Son épouse et ses enfants le regardent comme un étranger. Dès qu’il met les pieds dehors, il est obligé de s’agiter. Il pourrait construire des maquettes dans son grenier, s’intéresser à la philatélie ou jouer à la canasta, il s’y refuse obstinément. Son amusement doit être sonore, son honneur est en jeu, il est question de virilité dans cet acte libérateur. En rasant, chaque week-end, sa pelouse rachitique carbonisée par plusieurs étés caniculaires, il semble communier avec son arrière-grand-père, affirmer sa lignée agraire. Il faut voir dans cette coutume dominicale, une sorte d’héritage, de répétition qui confine à l’obstination. Son propre père lui aura appris deux choses essentielles dans la vie : allumer un barbecue et tondre en respectant les bordures. Il y met une telle force de conviction qui, reconnaissons-le, laisse les spectateurs de ce spectacle, à la fois admiratifs et angoissés. Je fais partie d’une autre race, celle qui regarde depuis mon enfance les espaces verts avec une certaine appréhension. Quand vous avez été élevé par un paysagiste latiniste, un orfèvre des massifs, un expert en plantes vivaces, le trauma est profond. À l’âge adulte, je suis encore pris de panique quand on prononce devant moi, des mots aussi inoffensifs que Euphorbia polychroma ou Thalictrum aquilegiifolium. Pourtant, je ne consulte pas et je n’ai jamais intenté un procès à mon père. Aux beaux jours, c’est donc à celui qui paradera sur le tracteur le plus puissant, le plus bariolé aussi. On se croirait dans les paddocks du Circuit du Castellet. Les écuries de course n’ont rien à envier à la démesure de ces nouveaux engins de jardinage. Il faut voir ces pilotes du dimanche, casqués et gantés, cintrés dans des combinaisons ignifugées, au volant de ces voraces machines tondeuses. Elles valent le prix d’une voiture sans permis et doivent abattre le 0 à 100 km/h en moins de cinq secondes.
Plus un bruit
Tout ça, c’était avant le confinement. Il y eut bien dans les premières semaines, le beau temps aidant, une excitation compréhensible et légitime, l’occasion de se défouler avec la bénédiction gouvernementale du « rester chez soi ». Un derby s’est clandestinement organisé, entre les gens du bourg, ceux qui habitent vers l’étang et puis les excentrés de la zone artisanale. Chacun voulait afficher le jardin le plus net, le plus présentable, le plus chimiquement pur. Les greens du golf le plus proche ne pouvaient rivaliser avec cette concurrence déloyale. Et puis, chaque jour, l’entrain diminua, l’incertitude du déconfinement poussa le jardinier à l’introspection. Il délaissa sa bête de concours dans son garage. À peine, la nettoyait-il à la peau de chamois ? Les routes et les jardins devinrent silencieux. Seul le craquement des parquets, à la nuit venue, rassurait les dormeurs du Val de Loire. Les vieilles demeures continuaient à crier leur désespoir en libérant leurs rhumatismes. La différence entre un citadin et un rural se situe là. Quand on a vécu à la campagne, on s’est habitué à ces lentes agonies nocturnes qui terrifient les vacanciers. Les anciennes maisons nous font partager leur malheur, écoutons-les. Hier soir, avant de me coucher, je lisais cette phrase de l’écrivain A.D.G tirée de Je suis un roman noir (Série noire/Gallimard numéro 1692) : « La première et la seule richesse aujourd’hui, c’est le silence, l’existence ouatée est hors de prix ». Et bizarrement, j’aurais donné cher pour entendre le son agaçant d’une mobylette au pot trafiqué, signe d’une époque où la jeunesse de notre pays était libre de ses mouvements.
Kalifat est une série suédoise de huit épisodes qui m’a été plusieurs fois recommandée.
J’avoue avoir hésité à la regarder ; cette période était suffisamment angoissante sans en rajouter, mais j’ai fini cependant par capituler, en me disant que les thriller offraient un certain réconfort durant les périodes de grandes incertitudes, une catharsis en quelque sorte, on troque la peur d’un ennemi invisible, contre la peur d’un autre qui l’est beaucoup moins.
Je vais vous épargner les commentaires sur les qualités esthétiques de la série, je ne suis de toute façon pas qualifiée pour cela, en revanche, outre les acteurs, dont le jeu fut admirable, j’ai trouvé que la série était très intéressante à bien des égards, je tacherai de dire pourquoi, et n’ayez crainte, je ne ferai aucun spoil dans ce texte !
Une fiction entre Suède et Syrie
La mise en place du décor, la description des protagonistes et des enjeux s’étalaient un peu longuement sur les trois premiers épisodes. L’action se situe essentiellement entre la Suède et la Syrie, en 2015, époque durant laquelle les départs d’Européens vers l’État islamique avaient explosé.
Selon les estimations, jusqu’en 2017, 1000 personnes auraient quitté la France pour l’EI, environ 800 pour l’Allemagne et la Grande-Bretagne, et 300 en ce qui concerne la Suède, ce qui est un chiffre important comparé à la densité démographique de ce pays, comptant seulement une dizaine de millions d’habitants.
Le retour des djihadistes européens Source: AFP
La série dresse le portrait de personnages ayant des profils divers, et dont les chemins s’entrecroisent, les protagonistes entretiennent des liens directs ou indirects entre eux : Pervin et Husam sont deux jeunes Suédois partis faire le djihad en Syrie.
Dès le premier épisode on nous suggère que Pervin est horrifiée par la vie qu’elle mène à Raqqa et qu’elle regrette son choix, mais nous ignorons tout du parcours de leur embrigadement ; de leurs motivations ou de la manière dont ils ont rejoint l’EI.
Cela sera implicitement éclairé par l’histoire en miroir de Sulle et Lisha, ces deux sœurs adolescentes et musulmanes, tout à fait intégrées dans la société suédoise, qui seront influencées par un maître à penser très charismatique, et qui vont basculer dans l’Islam radical et se porter candidates pour partir en Syrie.
Depuis Raqqa, Pervin est en relation avec Fatima/Eva, une policière suédoise avec qui elle a négocié une extradition en échange d’informations sur un futur attentat en Suède.
Attentat dans lequel Jokob, un Suédois converti à l’islam, est impliqué. Son passé de délinquant lui fait rencontrer Allah lors d’un séjour en prison, il entraîne son petit frère, légèrement simple d’esprit. Avec un père absent, une mère hostile et démissionnaire, les deux frères n’aspirent qu’à une seule chose : mourir en martyrs et jouir des vierges au paradis d’Allah.
Une tension insoutenable
Si l’action fut donc un peu longue à se mettre en place dans les premiers épisodes, à partir du quatrième, les événements s’accélèrent et s’enchaînent à une allure vertigineuse, je reconnais volontiers les avoir regardés en une seule soirée tant le scénario me tenait en haleine, la tension me paraissait parfois insoutenable. Bien qu’il s’agisse d’une fiction, il est évident que les auteurs et scénaristes s’étaient bien documentés sur le sujet, il est d’ailleurs fort probable que les protagonistes, et certaines situations, puisent largement leur source dans le réel.
Par ailleurs, la série met bien en lumière les mécanismes d’embrigadement utilisés par les recruteurs du djihad. Les ficelles de ces procédés peuvent sembler grossières, c’est néanmoins des schémas qui se répètent, des constantes communes à plusieurs récits, aussi bien transposables en Belgique qu’en France, voire en Algérie.
Voici ces quelques éléments redondants que j’ai pu relever
Le fantasme du califat: La chute de l’empire ottoman, en 1920, marque la fin du dernier califat, depuis, certains n’auront de cesse d’espérer sa résurrection ; l’organisation des Frères Musulmans, qui prône le retour du califat, est fondée en 1928. Et ce n’est pas non plus un hasard si le président Erdogan est apprécié dans de nombreux pays musulmans, car il incarne la figure de l’homme fort, celui qui va restaurer le califat, et faire renaître un « âge d’or islamique », car dans l’imaginaire de nombreux musulmans, le Califat est associé à une époque heureuse et prospère.
Dans la série, le concept de Califat est évoqué en termes laudatifs, une « terre promise », présentée comme une société utopique où règne la justice, la paix et l’équité, tout le contraire de la société suédoise islamophobe et raciste, le discours victimaire est sciemment alimenté par les islamistes afin d’entretenir la défiance envers les institutions de l’État, et nourrir un désir de vengeance.
L’enjeu du voile et le conflit générationnel : Lorsque les adolescentes sont mises en contact avec le « vrai Islam », elles sont subtilement poussées à vêtir le voile, une sorte de premier signe d’allégeance.
Le désir de Sulle de porter le voile débouche sur un conflit avec son père, celui-ci, très peu pratiquant, y est farouchement opposé. Ce genre de conflit générationnel existe bel et bien dans de nombreuses familles musulmanes, les parents sécularisés sont perçus par la nouvelle génération comme des « égarés » qui ignorent tout du « vrai islam ».
Le conflit générationnel se cristallise également autour de la tuerie de Charlie Hebdo, les parents découvrent avec stupéfaction et effarement que leur fille fait l’apologie du terrorisme et justifie ces crimes par de la légitime défense.
Théories du complot et utilisation de la question israélo-palestinienne: Cette tendance est exposée dès le deuxième épisode, Ibbe, un enseignant, à priori sans histoire, utilise la question palestinienne pour repérer les cibles potentielles, les futures prétendantes au jihad. Dounia Bouzar, anthropologue spécialiste de la radicalisation, a évoqué ce point à plusieurs reprises ; les recruteurs du jihad utilisent souvent l’argument de la question palestinienne comme « amorce ».
Lors d’une scène, l’adolescente Sulle lance à sa mère qu’il ne faut pas croire la désinformation des médias en ce qui concerne l’État islamique, niant ou justifiant ainsi les atrocités commises par les jihadistes. D’après moi, si ce genre de discours rencontre un large succès, notamment auprès des sympathisants du Califat, c’est simplement que le recours aux théories du complot permet de réduire la dissonance cognitive qui existe entre les discours martelés et la réalité.
Besoin d’appartenance : Le besoin d’appartenance est selon les spécialistes de la psychologie un besoin fondamental, les humains, dans leur grande majorité, ont besoin de sentir qu’ils appartiennent à un groupe, à plus forte raison au début de leur vie, pendant la construction identitaire.
Pour les deux frères convertis, il est implicitement suggéré que leur radicalisation serait en lien avec l’absence d’une figure paternelle. L’Islam radical, par son côté rigoriste et autoritaire, serait en quelque sorte une réparation des dysfonctionnements familiaux. La Suède fut parmi les pays européens qui s’est tristement illustré dans l’export de jihadiste en Syrie. Cela n’est pas si surprenant que cela, car les signes précurseurs furent nombreux : la levée de boucliers contre la ministre Nyamko Sabuni, l’assassinat de Théo van Gogh, suivi de l’exil de la députée Ayaan Hirsi Ali furent des signaux.
La série soulève donc les nombreuses problématiques liées à la radicalisation islamique en Suède, mais également la question du retour des jihadistes et celle du traitement judiciaire. A découvrir.
La crise du Covid-19 ne nous frappe pas tant parce qu’elle est forte que parce que l’Etat est faible et bloqué sur tous les plans. Démonstration.
Il y a beaucoup à dire sur la crise. Même si nous ne bougeons pas, l’ensemble des choses autour de nous bouge sans cesse, et la lenteur apparente du temps fait ressortir les lignes de force avec encore plus d’acuité. Ainsi en est-il des failles béantes de notre organisation, et des ruses cousues de fil blanc que sont les stratégies, si on peut employer ce mot, de nos dirigeants.
Un confinement bien commode
Sur le fond, le gouvernement paraît complètement dans l’impasse. J’avais déjà indiqué que le confinement, outre son aspect purement sanitaire, avait ceci d’intéressant pour nos dirigeants qu’il permettait de museler d’un coup toutes les formes d’opposition ou presque. En effet, ce n’est pas la même chose de faire des déclarations ou des critiques depuis l’estrade d’un meeting, de l’Assemblée nationale, d’un JT ou d’une émission TV, de la rue ou même du perron de l’Elysée, ou bien de les faire avec son petit portable d’un coin de son salon. L’image symbolique n’est pas du tout la même. Le chef de l’Etat et son gouvernement, eux, ne subissent pas cette contrainte.
De même, j’avais pensé que le gouvernement craignait plus la crise médiatique (le spectacle de notre système de santé outrageusement débordé) que la crise sanitaire elle-même (il faut rappeler que le total des décès des maladies cardiovasculaires et du cancer en France est d’environ 300 000 par an, et le total global d’environ 600 000, soit respectivement 800 et 1600 par jour, il est vrai pas tous contagieux, mais surtout répartis au long de l’année), et plus encore la crise économique, parce qu’il savait que la crise sanitaire serait probablement provisoire, alors que la crise économique sera certainement durable, et qu’elle viendra grossir, jusqu’à la présidentielle et bien au-delà, les rangs des gilets jaunes et des vrais opposants, dont Emmanuel Macron n’a pas traité en profondeur le mécontentement, préférant le show du « Grand Débat » à la mise en œuvre d’une véritable réponse, une solide politique sociale.
J’avais pensé enfin que le mérite principal du confinement était qu’il permettait à nos dirigeants de gagner du temps et, après s’être sérieusement ratés lors de la première manche, de se relancer en préparant très bien la seconde. Il était en effet essentiel de permettre, aussi vite que possible, à la machine économique de repartir, pour éviter la catastrophe de la faillite en masse des PME, que les mesures de sauvegarde de l’Etat ne suffiront certainement pas à éviter. Pour cette raison, le confinement devait être court.
Ni masques ni tests
Or la prolongation annoncée montre qu’ils ont raté cette occasion. En la décidant lundi soir, Emmanuel Macron a pris un risque, politique et économique, énorme. Pourquoi l’a-t-il fait ? A cette première question, nous avons déjà la réponse. C’est parce que les instruments nécessaires pour passer à la deuxième étape, la phase « masques et kits de dépistage pour tous », n’ont pas été prêts à temps. Mais comment est-ce possible ?
Pourquoi tant d’Etats (si nous avons le courage de nous comparer aux meilleurs), dans lesquels nous devons compter la plupart des pays asiatiques, mais aussi les pays nordiques, l’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie, la Russie, même le Maroc et le Bénin, ont-ils été capables de se fournir et de s’organiser à temps, alors que nous ne l’avons pas fait ?
A cela, une réponse principale : la chaîne de commandement du pays ne fonctionne plus, ni en bas, ni au milieu, ni en haut.
Les cliniques snobées
En bas, des affaires aussi scandaleuses que la non-utilisation des cliniques privées (parce que les prix de cession des services facturés par celles-ci ont pris trop de temps à être négociés, et qu’aucun hôpital public n’a voulu prendre le risque d’envoyer ses malades à l’avance, sans avoir reçu préalablement l’aval de sa hiérarchie, ou encore la non-homologation des masques proposés pourtant par des PME « agiles » (parce que ça ne « rentre pas dans les clous », ou encore l’interdiction faite aux pharmacies de se fournir en masques sous le prétexte que cela déclencherait une panique dans le pays, ont montré que l’administratif français est fossilisé, incapable, aujourd’hui, de fédérer les initiatives, et de récupérer au profit de la nation tout le dynamisme du privé.
Au milieu, les Agences Régionales de Santé, on le sait maintenant, sont essentiellement, à la différence du modèle allemand, des relais de l’Etat dont il faut surtout remarquer la dimension bureaucratique et l’obsession budgétaire, et la panique face à toute forme de décision.
De même, on a vu aussi à quel point des organismes comme le Conseil Scientifique ou le CARE pouvaient être inefficaces, quand ce n’est pas contre-productifs, confondant démarche scientifique et démarche médicale, temps de paix et temps de « guerre », et faisant tout ce qui est possible pour torpiller les initiatives du Pr Raoult, au point qu’on peut se demander ce qui guide leurs décisions, l’intérêt général ou bien leurs intérêts oligarchiques et particuliers.
Pagaille à tous les étages
Au sommet de l’Etat, la pagaille et l’indécision sont les mêmes, et c’est peut-être ce qui est le plus grave. Tout se passe en fait comme dans les régimes communistes, où seule compte la propagande. Peu importe la vérité, du moment que le discours justifie l’action politique : nos chefs ont d’abord, dans un premier temps, essayé le déni. Nous en avons eu tous les exemples possibles. Ensuite, lorsqu’ils ont vu qu’ils seraient débordés par les faits, ils ont choisi de nier l’utilité des masques et des kits, puisqu’ils n’en avaient pas. Lorsqu’ils ont vu qu’ils ne pouvaient pas, là non plus, éviter la vague, ils ont choisi de confiner.
A ce moment-là, la première manche était perdue, mais pas la seconde. Pour le chef de l’Etat, avec cette « fenêtre de tir », une évolution du discours et de l’action étaient possibles. Quitte à accuser ses subordonnés d’incompétence (ce qui est facile à mettre en scène), il lui fallait « manger son chapeau », changer brutalement et de direction et de braquet. Il disposait d’un mois, un temps très précieux, pour passer du « masques et kits pour personne » au « masques et kits pour tous ». Mais il ne l’a pas fait. Il s’est piégé lui-même, avec son propre discours. Par orgueil, parce qu’il décide tout lui-même, et pour ne pas avoir à se déjuger, ce qu’il déteste faire, il n’a pas osé changer à chaud les chefs et la stratégie de son armée, pour la mettre en urgence en ordre de bataille.
Désordre en haut, pas de libertés en bas
Au lieu de quoi, il a amorcé un lent virage politique (l’affirmation selon laquelle les masques seraient « en même temps » utiles et inutiles), virage qui n’est pas même terminé. Ce qui fait qu’aujourd’hui, l’ordre d’en haut (« tout le monde aux postes de combat ! »), n’est pas encore venu. Les plans, les troupes et les fusils ne sont toujours pas prêts. On n’a même pas mobilisé en masse les entreprises françaises, on a attendu que les Américains soient sur le marché chinois pour nous porter aux achats, et on interdit aux pharmacies de vendre… Macron fait maintenant, avec beaucoup de peine, le (petit) mea culpa qu’il aurait dû faire il y a un mois. Et il n’a pas d’autre solution, à ce stade, que de confiner pour un mois de plus, afin d’éviter de prolonger la catastrophe sanitaire, la plus visible. Et il est clair que le gouvernement n’arrêtera pas non plus, malgré un grand plan de sauvetage, la catastrophe des PME qui est déjà en cours. Cependant, ses méthodes étant bien connues, nous savons déjà qu’il fera tout pour la nier. Au final, une bonne partie des PME seront ruinées, et les finances publiques aussi…
Sur le plan de la forme, l’impasse et l’impéritie sont tout autant visibles. Au début, après la phase du déni, le gouvernement a choisi de dramatiser la crise. C’est à cela que sert le décompte macabre que l’on nous sert tous les soirs. A cela, plusieurs raisons.
D’abord, la communication de l’Etat obéit au principe du proverbe arabe : « Baise la main que tu ne peux couper ». En d’autres termes : « Si tu ne peux cacher la crise, au moins, montre que tu es dynamique : surfe-la ». C’est à cela qu’a servi le transport hypermédiatisé de malades en hélicoptère et en TGV, alors que le service disponible de la clinique privée, à 100 mètres de là, était sans doute vide…
Plus l’Etat dramatise, plus il se scie les pattes
Ensuite, puisque l’on prend 10 buts à 0 au premier match, il s’agit de montrer que c’est l’attaque adverse qui est très forte, et pas notre défense qui est très faible. Si on a Messi, Ronaldo et Mbappe en face, après tout, on n’est peut-être pas si mauvais. Plus le virus paraîtra dangereux et anxiogène, mieux ça passera auprès d’une opinion terrorisée. Après tout, face à cette épidémie terrible, « on fait pour le mieux ».
Mais cette communication est un piège pour l’Etat lui-même. Parce qu’elle doit se coupler « en même temps » avec une dédramatisation nécessaire, pour que ceux qui le peuvent aillent quand même travailler, et c’est vital. Et les deux choses, en tout cas tant qu’on n’a pas de kits et de masques, sont incompatibles. Car quel chef d’entreprise prendra le risque d’obliger ses employés à venir s’ils ne sont ni dépistés, ni protégés ? Plus l’Etat dramatise (pour se protéger…), plus il se scie les pattes…. Et ensuite, lorsque pour mobiliser pour le travail, il devra, comme avec les masques, expliquer que ce qui était si dangereux hier n’est en fait pas si dangereux aujourd’hui, combien de temps lui faudra-t-il pour « retourner son discours » ? Et qui le croira ?
On n’a pas de masques parce que Macron ne veut pas reconnaître qu’il avait dit qu’on en avait beaucoup, puis qu’il n’en fallait pas. On ne peut pas sortir du confinement parce qu’on n’a pas de masques. On ne peut pas retravailler si on ne sort pas du confinement. Le virus est très dangereux, mais demain, il ne sera pas si dangereux. « On est mal, patron… ». Et ça ne va pas s’arranger.
La police face à la délinquance itinérante : une guerre qui continue et n'est pas prêt de s’arrêter, Auteurs : FRED SCHEIBER/SIPA, Numéro de reportage : 00954988_000002.
La délinquance itinérante est une menace criminelle qui perdure depuis de trop longues années. Elle passe sous les radars, notamment médiatiques en raison de signaux faibles et malgré un préjudice conséquent pour les citoyens.
Le 27 février 2020, quatre hommes issus de la communauté des gens du voyage ont été interpellés en flagrant délit de cambriolage. Ces derniers sont suspectés d’avoir commis 97 cambriolages en moins d’un mois, pour un préjudice évalué à 135 000 euros [tooltips content=’https://www.rtl.fr/actu/justice-faits-divers/rennes-quatre-hommes-suspectes-de-97-cambriolages-en-moins-d-un-mois-7800202257‘](1)[/tooltips]. Cet exemple fait partie des innombrables faits divers similaires, dont la matrice commune est ce que l’on nomme la délinquance itinérante.
Si cette criminalité est peu évoquée dans les médias (hors presse quotidienne régionale), il s’avère pour autant que « le premier adversaire du gendarme dans sa zone de compétence est malheureusement bien souvent le délinquant itinérant »[tooltips content=’PRADEL (J.) et DALLEST (J.) (dir.), La criminalité organisée, LexisNexis, Paris, 2012, p. 129.’](2)[/tooltips]. Il revient à l’Office central de lutte contre la délinquance itinérante (OCLDI) de combattre cette menace criminelle qui sévit en permanence sur tout le territoire métropolitain.
Quels sont les acteurs de la délinquance itinérante ?
On entend, en premier lieu, par délinquance itinérante, les malfaiteurs issus de la communauté des « gens du voyage ». L’Office central de lutte contre la délinquance itinérante a d’ailleurs constaté que ces malfaiteurs – sédentarisés ou non – se sont spécialisés dans certains domaines de criminalité spécifiques.
Il y a les voleurs de fret par arraisonnement du véhicule ou vol du véhicule dans l’entrepôt (les « freteux »), les casseurs de coffres, les arracheurs de distributeurs de billets (DAB), les cambrioleurs, les « saucissonneurs » (qui ficellent les victimes avant de les dévaliser), les voleurs par ruse ou usage de fausse qualité (ou « ruseurs »), ou encore les escrocs aux faux jades, faux ivoires, faux tapis… (appelés quant à eux « jadistes ») [tooltips content=’Ibid., p. 78.’](3)[/tooltips].
Pour exemple, les casses se sont multipliés à l’automne 2003. Une cinquantaine de magasins de téléphone, de parfumeries et de bureaux de tabac ont été cambriolés de nuit. Il a fallu neuf mois d’enquête, et la création de la cellule « Carpates 12 » en mai 2004, pour que les gendarmes arrêtent une trentaine de suspects à Paris et sa banlieue. Ces casseurs opéraient par équipes de trois ou quatre, et faisaient des trajets de nuit entre la région parisienne et les lieux des casses, situés à plus de 500 kilomètres [tooltips content=’PIERRAT (J.), Mafias, gangs et cartels. La criminalité internationale en France, Ed. Denoël, Paris, 2008, p. 168-169.’](4)[/tooltips].
Seconde illustration, cette fois-ci dans le sud-est de la France en 2010. Une trentaine d’individus ont été interpellés par la Gendarmerie. Ils étaient directement liés à un vaste trafic de métaux volés aux chantiers de BTP, à la SNCF ou aux déchetteries. Les diverses enquêtes ont pu démontrer que 3 400 tonnes de métaux ont été revendues pour un total de 700 000€. En plus du vol, du travail dissimulé et des fraudes aux prestations sociales ont aussi été mis au jour [tooltips content=’PRADEL (J.) et DALLEST (J.) (dir.), op. cit., 2012, p. 129.’](5)[/tooltips].
Dans tous les cas, on peut retrouver un point commun à toutes ces équipes : professionnalisme, audace et détermination, solidarité et secret.
Gens du voyage de chez nous et… malfaiteurs venus de l’Est
En second lieu, la délinquance itinérante concerne aussi les malfaiteurs issus des pays d’Europe de l’Est. Le plus grand nombre de ces malfaiteurs provient de Roumanie. Cette criminalité s’explique par une facilité de…
Christophe, le chanteur mythique d’Aline ou des Mots bleus, était aussi amateur de belles voitures. Il est décédé hier du coronavirus.
Ce matin, « J’ai envie de raconter une histoire ». J’emprunte cette première phrase à Drieu et son État civil paru en 1921. Car, tout au long de la journée, les hommages se succèderont. Et, fait étonnant, ils seront sincères pour la plupart d’entre eux, ce qui est rarissime quand une « personnalité » disparaît. Bien malgré lui, le chanteur fera cette union nationale si fragile et fugace, trompeuse et recelant cependant mille vérités. Il réunit la France dans ce qu’elle a de plus complexe et antagoniste. Il aura fait le pont, sans se trahir, sans s’imposer, avec ce dilettantisme souverain que nous aimions tant, entre la variétoche sucrée, le souvenir brumeux des yéyés, les pointus de l’électro, les arriérés du synthé et tous les possédés de musique de chambre qui se réveillent à la nuit tombée.
Lui avait fait l’union sacrée!
Il aura mis dans une même pochette d’album, des mondes qui s’ignorent d’habitude, les sectaires des disquaires et ma voisine d’à côté, soixante-dix-neuf ans, retraitée de l’éducation nationale, qui chante « Aline », avec ce bel enthousiasme juvénile. Christophe, sans le vouloir, donnait une consistance à ce corps social disparate et éclaté. Il ne briguait pourtant aucun mandat, ni aucun strapontin.
Ce matin, ces « deux France », couvrant plusieurs générations, sont tristes d’avoir perdu un compagnon fidèle.
Il a toujours été là, mutique et indispensable, les soirs de déshérence quand l’amertume est en passe de l’emporter, quand, à bout de souffle, l’horizon se poudroie d’incertitudes. Par une magie inexplicable et une foi inébranlable dans cette voix en apesanteur, également dans cette scansion distendue sublime qui sonne comme un appel du large, il a maintenu un fil invisible entre nous et lui. Christophe s’écoute dans sa chair, dans ses secrets intimes, c’est un mystique qui feint de s’ignorer. Tenter de percer son mystère n’aurait pas de sens. Il aura été pour moi, un moine vespéral, une sorte de conseiller spirituel en veste Renoma et boots en veau velours. Au fil des années, ses mêmes tubes répétés à l’infini, polis et façonnés « hecho a mano » comme disent les torcedoras de la Havane, nous traversent, nous harponnent, nous guident. Toujours les mêmes mots à la sonorité trafiquée qui conservent une virginité ; son talent se nichait là ; dans la recherche d’une émotion nouvelle avec un même matériau, originel, intact, brut et changeant à la fois. L’alchimiste Christophe, à la destinée filandreuse, cent fois déclaré mort par l’industrie du disque, et si présent dans le cœur de ses fans, son public s’étoffant, se renouvelant, ne soustrayant jamais. Quel artiste français peut en dire autant ? Je m’égare, je perds le fil de ma pensée, c’est le premier effet de Christophe, il tord la réalité, lui fait prendre des méandres insoupçonnés. D’autres que moi plus instruits en harmonie, parleront de lui.
Daniel Bevilacqua et les belles voitures
Les rares fois où j’ai croisé cet oiseau de nuit, c’était en fin de matinée, à la Poste du Boulevard du Montparnasse, en discussion avec un guichetier. C’est dire ma proximité avec l’artiste, ma légitimité à le célébrer, en ce jour, est proche du néant. Il faillit bien préfacer notre livre Dictionnaire élégant de l’automobile avec l’ami Jean-Pierre Montal. Il avait donné son accord et puis, il nous avait filé entre les doigts, pris par d’autres projets. Je crois qu’il avait aimé notre nostalgie pétaradante et partagé notre adoration du talon-pointe. Si je m’autorise à évoquer la mémoire de Daniel Bevilacqua, c’est que « Je suis peut-être démodé ». Aujourd’hui, les baby-boomers, c’est-à-dire, mes parents, mes oncles, les pères de mes copains, viennent de prendre un premier coup de poignard. L’alerte est sérieuse. Ils savent leur existence en quarantaine depuis que ce satané Covid-19 plane sur leurs foyers. Ce virus, asphyxiant et meurtrier, porte le nom d’une fusée, comme celles des illustrés futuristes de leur jeunesse, au temps de Blek le Roc et de Chuck Berry. Une façon de les narguer, de leur faire peur, ils sont désormais en sursis. Christophe ressemblait à nos pères, des petits mecs classieux et rêveurs qui se sont fait une place à leur mesure. Lui, le gars de Juvisy, d’ascendance italienne, avec tous ces métiers manuels en héritage, Elvis et Hollywood en palissade au fond du jardin, la bagnole comme exutoire, tout un bric-à-brac d’objets qui tenait chaud dans la froideur des banlieues, et surtout cet appétit vorace pour la mythologie des « Trente Glorieuses ». Cette caverne d’Ali Baba qui faisait briller les yeux des prolos. Je n’oublierai jamais le regard enamouré qu’il portait sur sa brocante flamboyante, les chromes d’une Cadillac, un flipper étincelant, une guitare mexicaine, ce goût du « beau » et de l’étrange. Un jour, je l’ai vu débarquer dans une émission de télé estivale, il était à ce moment-là entre deux eaux, il n’avait pas encore accédé à son aura de prince de la nuit, il était au volant d’une Ferrari Daytona. Et je me suis dit, que ce dandy un peu maudit, un peu vieilli avait une allure comme on n’en verra plus jamais.
Un entretien avec Vaclav Smil, le penseur de l’énergie. Article publié dans le N°4 du magazine Transitions & Energies.
Vaclav Smil est sans doute l’universitaire le plus influent sur les grandes questions relatives à l’énergie. Depuis son bureau dans sa maison toute proche de l’université du Manitoba à Winnipeg au Canada, ce professeur de 76 ans a écrit des dizaines de livres qui ont changé la compréhension des problématiques planétaires de l’énergie. Vaclav Smil a abordé des sujets extrêmement variés allant des problèmes d’environnement de la Chine, à la modification des habitudes alimentaires au Japon en passant par l’histoire de l’énergie et des civilisations, celle des transitions énergétiques et la question majeure de la croissance sans limites dans un monde fini.
Certains de ses livres ont marqué des générations de scientifiques, politiques, dirigeants et investisseurs. L’un des fans les plus convaincus de Vaclav Smil est Bill Gates, le cofondateur de Microsoft. Il explique « attendre la sortie du nouveau livre de Smil comme certaines personnes attendent le prochain film de La Guerre des étoiles ». Mais aucun des ouvrages de Vaclav Smil n’est traduit en français… Une illustration du retard de la France dans la compréhension de ses questions.
Vaclav Smil appartient à une espèce en voie de disparition, les généralistes. Dans le monde académique moderne, tout pousse à la spécialisation de plus en plus étroite. Vaclav Smil reconnaît que ses goûts éclectiques ont sans doute compliqué sa carrière. Mais son talent à synthétiser et à souligner les inflexions et les évolutions majeures dans des domaines différents fait sa force. Il lui a permis, par exemple, de montrer comment les évolutions énergétiques se diffusent par capillarité dans les économies et les sociétés.
Les « vérités » de Vaclav Smil ne font plaisir à personne. Il met en garde les militants du climat sur la réalité de la dépendance du monde moderne aux énergies fossiles et sur les hypothèses « farfelues » qui leur permettent de construire des scénarios de transition rapide. Il s’en prend également aux optimistes béats qui pensent que la technologie permettra à la civilisation de survivre et qu’il n’y a pas de limites physiques à la croissance économique. Vaclav Smil n’est pas critique du discours écologique dominant pour le plaisir. Il est un partisan convaincu du changement climatique et de la nécessité de se passer des énergies fossiles et de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Mais cela ne se fera pas pour lui avec des slogans et en ignorant les faits.
Il considère que le travail universitaire méticuleux et obsessionnel qu’il mène depuis plus d’un demi-siècle offre une évaluation claire des défis et qu’il ne s’agit pas d’une justification à l’inaction. Il souligne qu’il n’appartient à aucun camp, si ce n’est celui du savoir. « Je ne me suis jamais trompé sur les grandes questions de l’énergie et de l’environnement, parce que je n’ai rien à vendre », affirme-t-il. Si de nombreux organismes et institutions sollicitent ses conseils et ses avis, Vaclav Smil n’est pas, pour autant, un personnage médiatique et public. Il n’aime pas les interviews qu’il trouve trop simplificatrices et considère que ses livres parlent pour lui.
Transitions & Energies. La transition énergétique, c’est-à-dire remplacer les énergies fossiles par d’autres n’émettant plus de gaz à effet de serre, est un projet sans équivalent par son ampleur dans l’histoire économique et politique. À tel point qu’il est impossible d’avoir une idée précise des infrastructures et des technologies à développer et des investissements à réaliser. Sans parler des comportements à faire évoluer. Pourtant, notamment en Europe, de nombreux gouvernements, institutions, organisations et partis politiques minimisent les difficultés. Pour eux, c’est avant tout une question de volonté. Comment l’expliquez-vous ?
Vaclav Smil. Les gens n’en ont rien à faire du monde réel. Ils imaginent un magnifique avenir vert… On peut parler de refus de la réalité, de refus des faits. Le domaine de la transition énergétique est un monde de fictions et de rêves, à la fois de la part de ceux qui pensent qu’il suffit de le vouloir pour se passer des énergies fossiles et de ceux qui croient que l’on peut continuer comme si de rien n’était et que la technologie va nous sauver.
Il faut bien prendre la mesure des choses. La transition d’un monde totalement dominé et façonné par les …
Le président américain, se fiant à son intuition, a décidé de troquer l’hydroxychloroquine contre le confinement pour en finir avec ce Covid-19. Le gouvernement fédéral distribue déjà, massivement, le comprimé-sésame ; le pays rouvrira d’un bond, l’économie sera radieuse à temps pour les présidentielles de novembre 2020. Tel un Idi Amin Dada, Trump jette le petit trublion Fauci dans la gueule du crocodile Peter Navarro, son très nerveux conseiller en commerce. Béni d’un doctorat en sciences sociales, Navarro prêche l’évangile de l’hydroxychloroquine. Le 13 avril, le président américain s’octroie les pleins pouvoirs.
Après le déluge la foi
À l’heure des cataclysmes, l’homme élabore des croyances démesurées. Des idées majestueuses, une vision, une puissance, le messie. Ces derniers jours, les Juifs ont vécu en temps réel l’exode et l’alliance. Les Chrétiens, de leur côté, ont commémoré la crucifixion et la résurrection du Christ. Autrefois c’était la saison de la chasse aux Juifs, coupables de la mort du messie. Des drames catastrophes / croyances se rejouent à travers les époques. L’homme poursuit son train-train, allant vers un toujours plus… et ce n’est pas méprisable. Soudain, du fond de la terre, du cœur d’obscures forêts, du ciel fracassé par des forces contraires, un malheur énorme s’abat sur lui. Nous ne sommes pas nés pour être anéantis ! On se redresse, on lève les yeux, on cherche la lumière.
Le drame d’affliction/salut se déroule à petite échelle en temps normal. La politique aussi, disloquée, peut devenir religion.
L’adoration du vélo
Aujourd’hui à Paris on respire l’air lavé à la grande eau du confinement. Cela pourrait renforcer les croyances d’électeurs acquis à la stratégie du maire Hidalgo, qui avait déclaré, peu avant le tous-aux-abris, que le vélo pourrait remplacer le camion de l’artisan et du livreur. Ça fait des années qu’elle se bat maladroitement pour chasser l’automobile de sa ville. Le coronavirus vient et d’un coup on ne livre quasiment rien, les places de stationnement sont aussi vides que les jardins, ne passent que les éboueurs qu’on apprécie et les ambulances qu’on redoute. À présent, l’air me semble aussi pur qu’au premier jour de la terre. Le soir on admire Vénus dans un ciel étoilé. Le jour, le soleil mord méridionalement. Aucun des tristes candidats oubliés sur les panneaux électoraux ne pourrait nous promettre un tel salut environnemental. De là à conclure qu’il vaudrait mieux voter coronavirus que Hidalgo… quoi ?
Les fidèles s’entêtent
Le gouvernement israélien s’est heurté au refus des Haredim (ultra-orthodoxes en français) de respecter les mesures de confinement. Ils se réunissaient nombreux et se retrouvaient en nombre disproportionné parmi les victimes du Covid-19. On a redoublé les opérations pédagogiques … et on a bouclé leurs quartiers. Les membres de la secte la-di-da de Tel Aviv sont, eux aussi, réfractaires.
Aux États-Unis, le droit de remplir les églises à Pâques a été âprement disputé. Certains élus, au nom de la liberté de culte garantie par la Constitution, ont refusé d’interdire ces rassemblements. D’autres, soucieux de la santé publique, ont mis les églises au même régime que tout autre lieu public, s’attirant les foudres du sénateur Rand Paul et des menaces de la part du puissant ministre de la justice, William Barr, qui promet de sévir, en temps voulu, contre les oppresseurs. Deux semaines après des funérailles down home dans un coin du Sud profond, le Covid-19 a semé la mort dans les environs. N’empêche, de vaillants pasteurs s’estiment plus à même de combattre le satané virus en réunissant les fidèles par milliers sous le signe du Seigneur. Pour ne rien dire de Qom.
Saül sur le chemin de Damas
Sous pression de l’effroyable pandémie, des religions sont créées, modifiées, abandonnées et des croyants changent de chapelle. C’est le cas d’un site que je ne nommerai pas, animé par des anciens gauchistes recyclés en anti-islamistes qui manient le clavier comme un alphabet de bombes incendiaires. Aujourd’hui, ce site prêche l’orthodoxie radicale anti-confinement dans le contexte d’une guerre de religion contre l’État. Une récente livraison donne : 1. Raoult, sauveur des malades, damné par les hérétiques, qui condamnent les misérables à une mort atroce. 2. Le confinement tue notre pays. 3. Le remède est pire que le mal. 4. Les pays qui laissent vivre leurs citoyens s’en sortent mieux que les cons de confineurs. 5. Macron ver de terre, Raoult notre roi, Trump son disciple. Là-bas, aux États-Unis, on sait apprécier le cocktail hydroxychloroquine. 6. Notre messie, lapidé par les pharisiens, vilipendé par les marchands du temple, crucifié par l’ancienne ministre de la santé et son époux Big Pharma.
La série de salves ci-dessus notée se termine avec un long très long texte, absolument complice et totalement admiratif, à la gloire de … Tenez-vous bien. À la gloire de Dieudonné M’bala M’bala.
Sans lui pas de salut
À la différence d’autres commentateurs, je ne suis pas épidémiologie, infectiologue ou médecin de campagne. Je suis romancière-épistémologue, intriguée par la fabrication de la pensée individuelle, collective et, maintenant, dans des conditions extrêmes. Pour savoir si la dénommée hydroxychloroquine agit de façon conséquente et positive sur le nouveau coronavirus, je devrais être un essai clinique à part entière. Faute de quoi, je ne peux que juger au pif.
Des médicaments bien agréés et pourtant nocifs, ça existe. Des traitements miracles qui ne le sont pas, aussi. Des molécules potentiellement efficaces contre ce virus qui nous traque, il y en a plusieurs. L’avigan japonais, l’immunosuppresseur interféron, le tocilizumab contre l’orage cytokinique et encore des traitements à base de placenta, sérum, etc.
Comment l’hydroxychloroquine est-elle devenue un article de foi ? De ses débuts comme traitement prometteur contre le Covid-19, elle devient rapidement une doctrine de pensée magique. Et docteur Raoult, le messie. Celui qui empêche l’application immédiate et généralisée du traitement conçu par l’unique sauveur est l’antéchrist. La demande de preuves par voie d’essais cliniques, c’est du blasphème. Quoi ? Un groupe témoin traité au placébo ? Ils vont mourir, tous, et ce sera de ta faute ! Une fois ancrée la conviction que le salut vient du cocktail hydroxychloroquine + azithromycine, administré selon le protocole du docteur Raoult, tout débat devient guerre de religion. En contrepartie de l’adoration vouée à Didier Raoult brûle une haine meurtrière des pharisiens : le président Macron, le comité scientifique, les mandarins …
Taux d’immortalité global, par région et par pays
Au pire, les chances de mourir du Covid-19 sont faibles, même pour les personnes âgées, les obèses, les mal portants, les soignants sans masque et les resquilleurs ne respectant pas la distance sociale. Également, les chances de mourir du cancer, infarctus, attentat, accident sont modestes par rapport à la population globale.
Or, la chance de mourir tout court est de 100%. Ce qui explique la recherche de solutions magiques : un comprimé pour tuer le virus mangeur d’hommes, un sauveur, un messie qui se fait attendre depuis des millénaires, le paradis pour soulager la douleur de quitter ce bas-monde …
La religion des vacances
Comment parler des croyants sans évoquer les adeptes du rituel des vacances ? À peine s’annonce l’espoir d’une libération sous contrôle sanitaire d’ici un petit mois, que salariés et syndicalistes se dressent sur leurs ergots pour défendre les saintes vacances. Ce n’est pas parce qu’on est resté contraints et forcés deux mois dans la baraque qu’on va bosser cet été pardi ! On n’est pas des amerloques workaholic, nous, on n’est pas des salarymen japonais. Seigneur ! Donnez-nous notre pain quotidien, notre weekend chéri et nos vacances sanctifiées.
A suivre, Episode 7 : Avançons masqués
Quelle tête aurons-nous le 11 mai à la sortie des cavernes ? Les cheveux poussés n’importe comment, les blondes virées en brunettes, la barbe encombrante, le maquillage en rupture de stock, des bourrelets, des cernes … Des grossesses.
Mais on aura quelle tête ? On ne le sait pas. On ne va pas se voir.
Écrire en pleurant sur le dernier des Bevilacqua, le petit rital de Juvisy-sur-Orge où il est né le 13 octobre 1945 et qu’il restera toute sa vie. J’espère être à la hauteur. Beaucoup de choses ont déjà été dites cette nuit dans les (bonnes) nécros qui fleurissent, alors essayons d’être singulière pour rendre hommage au plus singulier des chanteurs français. En réanimation depuis le 26 mars, Christophe n’aura pas résisté au Covid-19. Lui qui se définissait comme « un autodidacte de la vie » – quelle jolie expression -, n’a pas trouvé le mode d’emploi pour terrasser le maudit virus.
Un chanteur si singulier
Je vais donc essayer d’évoquer mon Daniel Bevilacqua à moi. Il avait pris pour pseudonyme et nom de scène Christophe, car sa grand-mère lui avait offert une médaille du saint patron des voyageurs, lui qui jouait sa vie lorsqu’il conduisait ses bolides à la James Dean. Il faut croire que Saint Christophe veillait effectivement sur lui car on finit par lui retirer son permis. Il s’est vengé en composant la musique de The sunny road to Salina, un film de Georges Lautner de 1970.
J’avais six ans en 1974, lorsque j’ai découvert Señorita chez Danielle Gilbert. Je m’en souviens presque comme si c’était hier, j’étais fascinée, je ne comprenais pas grand-chose au texte mais « remets ta robe de taffetas » ça me faisait rêver. J’ai appris plus tard que le riff de guitare était glam, clin d’œil peut-être à Marc Bolan qui trouva la mort en 1974 dans un accident de voiture. Hasard objectif aurait dit André Breton[tooltips content= »Marc Bolan est le symbole du glam rock, très populaire en Angleterre dans les années 70, Senorita s’en inspire. Bolan est mort dans un spectaculaire accident de voiture en 74, année où le titre est sorti »](1)[/tooltips]
Dandy ?
Dandy lit-on partout. Oui, mais dandy « au style différent de tous les autres », comme il le chante dans Succès Fou. Son style était en effet absolument inédit, mélange de garçon coiffeur et de Brummel moderne magnifié par sa présence, sa grâce naturelle et un peu brute.
Les références aux vêtements sont omniprésentes dans ses chansons. Le « smocking de soie rose » du dandy maudit des Paradis Perdus qui déambule dans « ce monde qui s’effondre ». Le revers de son smocking blanc cassé de « La dolce Vita », son Italie cinématographique et fantasmée.
Artisan du son et oiseau de nuit
L’Italie, il l’évoquera dans sa chanson la plus personnelle et autobiographique « Le dernier des Bevilacqua » en 1974. Juvisy-sur-Orge devient alors le temps d’une chanson les faubourgs de Rome, mais comme dans un Rome pasolinien, à Juvisy aussi « il faut être un homme », il raconte sa vie de joueur, de tête brulée de la chanson où « les soirées de gala sont un peu tragiques quelquefois ». Le petit banlieusard côtoie le chanteur lumineux: « J’ai bientôt 30 ans et je peux faire la musique que j’aime ». La musique qu’il aime c’est cette obsession des sons. Il ne se considérait pas comme chanteur mais comme artisan du son, il composait ses chansons comme un canevas sonore. Il considérait chacun de ses morceaux comme des courts métrages devant se plier aux sons qu’il mettra des nuits à imaginer.
Il avait inversé le cours du temps pour vivre la nuit, selon la légende. « J’aime bien traîner, composer, rêver, je réfléchis aussi la nuit ».
Dans les années 90, il quitte définitivement ses oripeaux de chanteur à minettes que les journalistes et une partie du public lui avaient fait endosser. Il n’est plus l’interprète d’Aline, son tube providentiel et maudit, et devient ce chanteur presque élitiste célébré par les Inrocks, qui comme d’habitude n’ont rien compris. Avec le sublime album Bevilacqua sorti en 1996, Christophe est simplement devenu lui-même. Le voyou amateur de bagnoles et le magicien des sons, qui me font presque penser au Rimbaud de Voyelles.
Un faiseur d’atmosphères
Il rend hommage à Enzo Ferrari « Il re del’automobile » qu’il chante en italien forcément. Les sublimes morceaux « Le tourne cœur » ou « Je l’aime à l’envers « sont des condensés de ses talents de faiseur d’atmosphères, morceaux servis par des textes de pure poésie : « Je sais quelque chose contre un jour maudit comme un lundi entre la rose ou le poignard ». « Le cuir noir protège du désespoir ». En amoureuse des mots, je fus terrassée. Ces mots bleus-là ne me quitteront jamais. L’album se clôture par un très court morceau, comme une confession: « Je cherche toujours ». Il a trouvé.
Je termine cette chronique, comme je l’ai commencée. En larmes.
Ma guerre en short. La chronique de Cyril Bennasar
Chez Praud l’autre soir, les images de Grigny confiné mais en feu tournaient en boucle dans le fond du décor. On y voyait des émeutiers à l’offensive, des feux d’artifice dirigés contre la police, des voitures en flammes et des forces de l’ordre qui, selon la formule de Linda Kebab, se plaçaient « en position de sécurité », reculaient pour éviter l’affrontement, se mettaient à l’abri. En duplex, la représentante du syndicat policier qui avait fourni les vidéos faisait remarquer que les médias « mainstream », habituellement fort zélés à faire la lumière sur les violences policières avaient très peu informé sur les violences subies par les policiers ce soir-là.
La peur n’est pas dans le camp que vous croyez
Soucieuse de rétablir un équilibre dans l’information, la syndicaliste policière intervenait à la télé pour nous faire savoir que les policiers aussi sont des victimes, pour nous dire que les professionnels censés garder la paix et maintenir l’ordre n’ont pas le monopole de la violence, et pour nous montrer une police inoffensive, qui face à des bandes de petits merdeux incendiaires, recule, contient, mais ne contre-attaque jamais. Déjà à Grigny il y a quelques années, des policiers ont failli brûler dans leur voiture incendiée plutôt que de tirer dans le tas de leurs assaillants pour sauver leur peau. Même en état de légitime défense, même en danger de mort, le policier a la main qui tremble au moment de saisir son arme.
Grigny cette nuit, pompiers et policiers piégés, caillassés, cibles de mortiers.
La raison : rejet du confinement pour maintenir le trafic de stups. Des journaux palabrent répression dans les quartiers. Nous, nous témoignons de loi de caïds sur les habitants. #confinementjour26pic.twitter.com/MreWcioWmv
La répression a si mauvaise presse que la police choisit de se montrer maltraitée plutôt que maltraitante et préfère apparaitre impuissante plutôt que blessante. Au lieu de nous faire savoir qu’elle fait son boulot, la force publique nous signale qu’elle y renonce quand ça devient dangereux. On peut être inquiet quand des gens censés s’interposer entre nous et les barbares ont l’air d’avoir appris d’abord et surtout à ne pas tirer. Évidemment, il arrive encore que des policiers dégomment un déséquilibré qui les agresse avec un couteau et un cri de guerre islamique mais cela relève plus de l’assistance au suicide que d’une véritable répression.
Nostalgie de la peur du gendarme
Toutes ces images de flics sur la défensive finissent par avoir un effet désastreux sur le moral, et quand la réalité devient déprimante, quand le laxisme n’inspire plus que désespoir et dégoût, on se prend à fantasmer une police répressive. On devient nostalgique de l’époque où la peur du gendarme inhibait le voleur comme la peur de la bavure inhibe aujourd’hui le gendarme et on se souvient de ces temps pas si lointains où l’on ne laissait pas impunis les affronts, les injures, les outrages faits à une police républicaine mandatée par des élus du peuple. On se met à rêver à une reconquête des territoires perdus, à la mode coloniale, avec tambours et sans hésitations, avec trompettes et sans scrupules, et si l’on projette les méthodes (discutables) et les succès (discutés) de nos aïeux sur les réalités d’aujourd’hui, on se surprend à fantasmer les vainqueurs de la bataille d’Argenteuil, de Grigny ou de la Courneuve posant fièrement pour la photo de la victoire, le menton haut, les moustaches triomphantes, les bras croisés et le pied droit posé sur un tas de cadavres de racailles.
Sans réhabiliter ces déplorables excès, on peut se souvenir de toutes ces victoires remportées contre la délinquance ou le crime quand on les combat. On pense à ces pompiers corses qui ont la paix depuis que des citoyens sont descendus dans la rue pour les défendre après un guet-apens en menaçant leurs agresseurs, non pas de poursuites judiciaires mais de passages à tabac. On repense à ces commerçants aux Pays-Bas dans les années soixante-dix, qui, excédés par des voleurs récidivistes parce qu’impunis ou pas assez punis pour être dissuadés, avaient embauché des mercenaires pour rendre la justice une bonne fois pour toutes, lesquels avaient rempli leur mission à l’issue d’une bataille rangée, en transformant la bande de délinquants en une bande de bras cassés, au sens propre. On se rappelle aussi que Mussolini avait, à coup d’exécutions sommaires et en moins de temps qu’il n’en faut à nos États de droit pour le dire, réglé le problème immémorial et soi-disant insoluble, de la mafia. On repense à la façon dont certains régimes autoritaires traitaient des minorités timorées qui ne demandaient qu’à se faire oublier, comme le tsar de Russie qui déclarait vouloir appliquer aux juifs de son empire la règle des trois tiers : en éliminer un tiers, en déporter un tiers, en convertir un tiers. Et on se dit en voyant la façon dont certaines de nos minorités se comportent, que les leçons que l’on a retenues du passé ne sont peut-être pas les bonnes.
La honte et le désespoir font le lit de qui vous savez
Après des décennies d’un laxisme et d’un excusisme qui ne parviennent plus à masquer la lâcheté de nos dirigeants, complexés par je ne sais quelle culpabilité post-coloniale et tremblants devant les journalistes droit-de-l’hommistes et fouilles-merde de Libération ou du Monde, on en arriverait presque à regretter ces solutions cruelles, liberticides et définitives aux problèmes d’insécurité qui se sont posés autrefois. On peut, sans aller jusqu’à regretter je ne sais quel fascisme et en restant résolument républicains, regarder en face, comme on le fait pour se défendre contre la pandémie, ce qui a marché ailleurs. Ce qui est sûr, c’est que toutes ces années honteuses et désespérantes à espérer qu’un populisme éclairé et humaniste éteigne les feux et neutralise les incendiaires, auront été plus utiles à nous faire comprendre la montée des fascismes et les origines du totalitarisme que les essais nombreux et volumineux de tous les historiens.
Numéro de reportage: SIPAUSA31528240_000001 Auteurs : EPN/Newscom/SIPA
Les opinions occidentales sont actuellement fort timides à condamner l’abomination communiste chinoise, laquelle est pour beaucoup dans notre malheur.
Les grands médias français ne ratent pas une occasion de s’en prendre au Président Trump, et de l’accuser de tous les maux, quitte à mentir, et ils ne ratent pas une occasion non plus de dépeindre les États-Unis sous le pire jour. Le fait que le coronavirus chinois provoque des centaines de morts chaque jour à New-York et frappe la ville si lourdement les mène à multiplier les reportages qui présentent la situation américaine comme une catastrophe absolue. Se trouve oublié au passage que les États-Unis ne se limitent pas à la ville de New York… Ni que celle-ci compte 8,6 millions d’habitants, et que si on y ajoute ses banlieues, cela fait une agglomération de 23 millions d’habitants, soit environ sept pour cent de la population du pays !
Anti-américanisme malvenu
Le fait que les hôpitaux de New York arrivent à saturation conduit à des déductions médiatiques hâtives et fausses sur les hôpitaux du reste du pays, qui, eux, ne sont pas à saturation, et le fait que les États-Unis aient aujourd’hui apparemment le plus grand nombre de cas détectés les conduit à dire que les États-Unis sont le principal pays touché aujourd’hui, ce qui ne peut se dire que si on oublie que les États-Unis ont 330 millions d’habitants, soit cinq fois plus que la France, 5,5 fois plus que l’Italie, et 6,5 fois plus que l’Espagne. Si on n’oublie pas de rappeler ces proportions, on voit immédiatement qu’en nombre de cas et en nombre de morts par millions d’habitants, les États-Unis sont, pour l’heure, moins touchés que la France, l’Italie et l’Espagne.
Je vois derrière cette façon de regarder les États-Unis sous un prisme déformant et malsain la vieille haine anti-américaine reposant sur l’envie face à un pays qui est et restera la première puissance du monde. J’y vois aussi une façon de pousser les Français à se résigner à leur sort. J’y vois, bien sûr, des colorations anti-capitalistes destinées à inciter les Français à penser que la principale puissance capitaliste sur terre produit de l’atrocité.
Et je constate en parallèle une grande mansuétude vis-à-vis du dictateur chinois, Xi Jinping. Je constate que les reportages sur la Chine sont très rarement aussi féroces que ceux qui portent sur les États-Unis, ce qui montre une préférence inavouée, mais délétère, trompeuse et potentiellement ou effectivement destructrice.
On leur passe tout, on leur dit rien
Il faut le répéter, semble-t-il : la Chine n’est pas un pays qui a su accoupler capitalisme et communisme comme je le lis ici ou là en France. C’est un pays toujours totalitaire où des Chinois membres du parti communiste se voient autorisés à bâtir des entreprises qui paraissent capitalistes, mais sont tenues par une soumission stricte au parti communiste et agissent à son service. C’est un pays où la liberté d’entreprendre, la liberté de parler, de penser et de choisir n’existent pas. C’est un pays dont les dirigeants ont pour ambition une hégémonie mondiale reposant sur la destruction et l’asservissement du monde occidental. C’est un pays dont les dirigeants se conduisent en léninistes et pensent, comme Lénine en son temps, que les Occidentaux leur vendront à eux, dirigeants léninistes, la corde qui servira à les pendre, eux, Occidentaux. Et depuis deux décennies, cela a fonctionné, hélas. La Chine a offert aux Occidentaux une main d’œuvre bon marché qui ne fait jamais grève, et des prix de production très attractifs. Des Occidentaux ont fait fabriquer en Chine et, pour cela, ont du se plier aux conditions chinoises : céder leurs brevets, leur savoir faire, leur propriété intellectuelle, voire leurs droits de propriété. Des dirigeants occidentaux ont ouvert leurs marchés aux produits fabriqués en Chine, et les pays dont les marchés ont été inondés ont vu leurs entreprises fermer et se sont places en dépendance de la Chine.
La Chine restant un pays avec des traditions barbares, une épidémie s’y est produit.
La Chine étant un pays communiste, elle a menti, et l’épidémie est devenue pandémie.
Le monde occidental subit à présent les milliers de morts de la pandémie. La Chine essaie maintenant de voir comment elle pourrait tirer avantage du désastre. Il est impératif de regarder la réalité en face: le désastre est un désastre communiste chinois. La Chine devra en subir toutes les conséquences. L’Occident devra en tirer toutes les conclusions requises.