Les dermatologues observent des engelures cutanées qui pourraient être liées au virus. Covid-19 est loin d’avoir livré ses mystères.


En consultation ou en téléconsultation de dermatologie, il n’est pas étonnant à l’heure actuelle d’observer des dermites d’irritation au gel hydroalcoolique ou aux lavages antiseptiques, ni de constater une recrudescence de certaines pathologies dont l’angoisse a pu être un facteur déclenchant : zona, poussée de psoriasis…

Des engelures pendant 15 jours ?

En revanche, certains signes dermatologiques, dans ce contexte épidémique, n’ont pas manqué de faire réagir nombre d’entre nous et nos collègues médecins généralistes. 

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Le Dr Luc Sulimovic, président du syndicat des dermatologues, a lancé un groupe Whatsapp, qui compte plus de 400 dermatologues libéraux, hospitaliers, militaires, pour échanger sur nos retours. La Société Française de dermatologie nous a demandé de colliger les cas observés tout comme aux États-Unis son équivalent l’AAD (American Academy of Dermatology).

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D’abord, ces lésions rouges ou violacées un peu gonflées, permanentes, prurigineuses souvent, sensibles parfois, des orteils et des doigts, mimant des engelures, régressant en 8 à 15 jours. Habituellement, les engelures, forme d’acrosyndrome (trouble vaso-moteur des extrémités), surviennent en saison froide. Il existe d’autres types d’acrosyndrome comme le phénomène de Raynaud qui lui est plutôt intermittent et évolue par phases, avec des atteintes artérielles très douloureuses chez les sujets prédisposés (tabagiques, diabétiques). Les atteintes des extrémités, en particulier les orteils bleus, peuvent se manifester lors d’infections sévères et étendues, surtout en milieu hospitalier.

Le mystère reste entier

Hors là, nous remarquons ces lésions en ce moment, alors qu’il fait beau, souvent chez des adolescents, enfants, adultes jeunes, sans antécédent particulier, qui vont bien. Ils ne présentent la plupart du temps peu ou pas (ou plus) de signes faisant suspecter une infection à Covid-19 : la fièvre, la toux, la fatigue sont rares chez ces patients. Il existe un écart entre la pauvreté de la symptomatologie infectieuse et les lésions parfois très importantes des orteils ou des doigts parfois violacées presque noires. Le nombre élevé de cas similaires, le terrain, les circonstances d’apparition font donc évoquer un lien entre ce coronavirus et la peau. 

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D’autres atteintes dermatologiques ont été observées en Asie, en Europe et aux États-Unis : des éruptions urticariennes peu spécifiques sans cause retrouvée, des éruptions ressemblant à des varicelles, des éruptions mimant des réactions cutanées au soleil alors même que les patients confinés n’ont pas été exposés au soleil et qu’ils n’ont pas pris de médicament favorisant ce type de réaction… Une recrudescence d’atteintes des mains et des pieds (bulles, nodules douloureux…) est à considérer chez les petits enfants.

Enfin, des atteintes muqueuses à type d’aphtes sont également rapportées.

Il n’est pas possible de conclure à une relation avec le Sars Cov2 formellement à ce stade.

Seules des hypothèses sont émises. D’abord il faut rechercher le virus en sachant que cette recherche est surtout intéressante dans le sang (voire dans les prélèvements de peau) puisque le virus peut ne plus être présent au niveau du pharynx, et que la PCR revient souvent négative, au moment de l’apparition de ces signes cutanés.

Caillots de sang ? Réponse immunitaire ?

Puis le ou les mécanismes de l’apparition de ces lésions dermatologiques seront à identifier et à expliciter.

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On sait notamment grâce aux pneumologues que le caractère thrombogène (favorisant les caillots de sang) de ce virus est largement suspecté d’où les embolies, thromboses, micro-thromboses au niveau pulmonaire mais aussi cérébral (même en l’absence de terrain propice aux AVC), digestif… On a également l’impression que ce virus entraîne une réponse immunitaire décuplée, il conviendra de rechercher s’il déclenche des phénomènes immunitaires dans la peau.

Ces deux éléments sont des pistes de travail, à étayer grâce à nos différents bilans biologiques, histologiques.

Ce nouveau virus n’a pas fini de nous étonner tant il est l’origine de tableaux cliniques variés en touchant de multiples organes. Hormis l’atteinte broncho-pulmonaire qui en fait souvent sa sévérité, la perte de goût et d’odorat devenues classiques en quelques semaines, les diarrhées par atteinte digestive, il est possible que ce virus affecte la peau.

L’enquête est en cours.

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