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Peut-être que la nuit le monde fait la trêve

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Douce nuit, sainte nuit
Tout s’endort, l’astre luit
Chant de Noël

Il y a peut-être un monde des vivants et un monde des morts, qui mourra verra.

Il y a en tout cas à coup sûr le monde du jour et le monde de la nuit. Dans cette séparation immémoriale, chacun trouve plus ou moins sa place : le jour pour les créatures actives (la lumière du jour : un appel au mouvement), la nuit pour les êtres lunaires (l’éclat nocturne : un appel à la contemplation), la nuit ayant toujours eu ce statut particulier d’être comme l’autre monde : passé une certaine heure, l’homme devient un curieux solitaire, son horizon se dépeuple, son rythme intime ralentit (il marche plus lentement, il pense plus précisément), sa vie s’enrobe d’un mystère.

La nuit aussi, quand « tout s’endort et que l’astre luit », des angoisses cachées dans le fond d’une grotte se réveillent subitement : les démons intérieurs nous rendent visite, le sommeil semble avoir barricadé sa porte, le marchand de sable a tracé sa route, alors il faut sortir marcher, s’aérer l’esprit, écouter les bruits de la ville ; on sent en soi un appel à l’exil.

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La rue la nuit est ainsi un pays de gens désœuvrés : insomniaques, rêveurs, amoureux, prostituées, promeneurs sans but, mendiants fatigués. Des inconnus qui se croisent sans se voir, s’approchent sans se parler, un simple geste de la tête suffit, ça cohabite dans un étrange mélange de défiance et de complicité silencieuse. Le monde de la nuit est un pays rassurant. « Peut-être que la nuit le monde fait la trêve » (Alain Bashung, Sur un trapèze).

Mais voyez, finie la sainte nuit, amis lunaires, finie la douceur sous les astres et les réverbères, fermé le pays de la flânerie, cancel le monde des rêveurs, au placard les insomniaques : dès samedi 21h, la journée ne durera plus que quinze heures ; le reste sera un grand trou noir interdit. Les patrouilles veilleront à ce qu’on ne s’y aventure plus, d’ailleurs.

Après le discours du président Macron, mercredi, je me suis empressé de téléphoner à mon amie Louise pour que nous dînions ensemble avant qu’il soit trop tard. Elle me confesse :

« Le couvre-feu, pour moi qui suis insomniaque, est un enfer. Plus de vie nocturne, plus de promenade, me voilà condamnée à vivre avec les gens du jour, à leur rythme, dans un monde blafard. Mon seul répit m’est confisqué, impossible de sortir après 21h sans passe-droit ? Cela veut dire en définitive : impossible de flâner en rêvant sans autorisation. C’est encore pire que le confinement d’avril : nous pouvions au moins sortir une heure faire du footing ou promener notre chien. Désormais, les seules dérogations qui seront données après 21h auront des raisons professionnelles. Comme si seuls l’économique et le professionnel pouvaient encore expliquer qu’on vive la nuit. Crois-moi, il y a beaucoup de victimes non-économiques, et beaucoup de dommages en dehors de la sphère du travail ! Ceux-là, on n’entend pas en parler, parce qu’on ne voit plus le monde des rêveurs. Pourquoi a-t-on tellement oublié qu’il y avait d’autres vies possibles ?… »

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Louise n’a pas tort, dans son genre : c’est tout un pays de l’ombre qui voit se perdre, sans autre forme de procès, sa raison d’être. Qui voudra entendre les habitants de ce pays, puisque leur plainte ne s’exprime pas en langue comptable ? Sommes-nous même capables encore de comprendre que le temps lent, perdu, la contemplation, la flânerie inutile, le silence et l’ombre de la nuit sont des richesses propres, précieusement vacantes, autant que celles qui palpitent dans les comptes de résultat ? Le monde est-il condamné à n’avoir plus jamais de trêve ?

Fatima Ouassak, dernier débat avant le fascisme

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Entre deux entretiens où elle dénonce le racisme d’État, la militante indigéniste travaille pour la Commission nationale du débat public (CNDP), garante de l’impartialité des pouvoirs publics.


Elle se nomme Fatima Ouassak, elle est Française d’origine marocaine, et elle a publié le 27 août à la Découverte un bref essai intitulé La Puissance des mères. Le fil conducteur de son analyse est que les mères des quartiers populaires doivent se transformer en « dragons » dans l’intérêt de leurs enfants, appelés à grandir dans un pays structurellement raciste. « Je lutte pour mes enfants. J’y pense tout le temps. J’ai vraiment peur qu’on me les prenne pour les mettre dans un train. J’estime que l’on se dirige vers un régime autoritaire et que du jour au lendemain, il peut devenir fasciste », déclarait la jeune femme au magazine Reporterre le 15 juin 2019. Dans une tribune publiée en février 2017, elle évoquait une société française « hiérarchisée racialement », dans laquelle « les Blancs font en sorte d’être privilégiés dans l’accès à la propriété, au pouvoir, aux soins, à la reconnaissance ou au confort, au détriment des Non-Blancs qui voient leur accès à ces ressources constamment entravé. » Un pays capitaliste-raciste, dirigé par un appareil d’État qui ne le serait pas moins. En deux mots, l’Afrique du Sud.

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Fatima Ouassak travaille pourtant en ce moment pour une entité publique qui n’avait pas vraiment d’équivalent à Pretoria au temps de l’Apartheid. Elle est garante au sein de la Commission nationale du débat public (CNDP). Créé en 1995, la CNDP est une autorité administrative indépendante, qui organise des consultations sur de grands projets d’aménagement, dans un esprit d’impartialité absolue, garantie par des dispositions statutaires très détaillées. Elle est composée de parlementaires, d’élus locaux, de membres du Conseil d’État, de la Cour de cassation, de la Cour des comptes, du patronat, des syndicats, etc. Bref, elle incarne cette superstructure étatique dont Fatima Ouassak s’époumone à dénoncer le racisme.

Les garants des débats ne sont pas en contrat à durée indéterminée. Ils interviennent ponctuellement, « avec impartialité, équité et intégrité », dit leur charte d’éthique. Le nom de Fatima Ouassak apparait dans plusieurs dossiers, dont deux qui concernent précisément des secteurs populaires présumés « racisés ». Il y a d’abord eu le complexe de loisirs et de commerce EuropaCity dans le Val D’Oise, en 2015-2016 (projet abandonné en 2019). Pour l’heure, elle travaille sur les consultations liées au grand centre hospitalier qui doit sortir de terre à Saint-Ouen en 2027. Si jamais l’AP-HP, maitre d’ouvrage, décidait de rafler les habitants expropriables pour les entasser dans des wagons plombés afin d’accélérer le chantier, Fatima Ouassak serait rapidement avertie.

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Croit-elle vraiment à ses propres outrances ? Causeur lui a posé la question. Elle n’a pas trouvé le temps de nous répondre, mais son parcours parle un peu pour elle. Fille d’immigré, elle est diplômée de l’Institut d’études politiques de Lille. À son poste de garante, elle voit tourner au jour le jour la machine lente, lourde, impersonnelle et impartiale de l’administration française. L’entretien qu’elle avait accordé à Reporterre contient une phrase lucide : « c’est typique de la France, on peut avoir un discours radical à partir du moment où il est hors-sol ». Sur ce point précis, son intégration semble tout à fait aboutie.

Le CV de la militante est consultable ici: 

Français malgré eux: racialistes, décolonialistes, indigénistes : ceux qui veulent déconstruire la France

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Automobile: le retour du malus au poids

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Finalement, la taxe supplémentaire sur le poids des véhicules neufs fait son retour et sera instaurée l’an prochain. Pour contenter la ministre de la Transition énergétique, Barbara Pompili, qui en a fait une question de principe, et ménager l’industrie automobile française, le seuil fixé de 1 800 kilos concernera avant tout les véhicules importés et en petit nombre. Les voitures électriques devraient bénéficier d’exemptions.


La bataille entre le ministère de l’économie et celui de la transition écologique semblait avoir tourné en faveur du premier. Il n’était plus question de taxe nouvelle sur le poids des véhicules, afin notamment de ne pas encore affaiblir un peu plus la production de voitures sur le sol français, en déclin depuis quinze ans. Mais les considérations politiques ont repris le dessus. Emmanuel Macron entend montrer que la Convention citoyenne sur le climat n’était pas un gadget et tenir compte des recommandations, même absurdes, de ces 150 citoyens tirés au sort et devenus par la grâce d’une formation accélérée, dispensée par des organisations militantes, des experts de la transition.  Ils ont hérité d’ailleurs de ces organisations l’obsession anti-automobile.

Contrer la mode des SUV

En tout cas, la caution écologiste du gouvernement, la ministre Barbara Pompili, a finalement confirmé qu’un malus au poids, allait bien s’ajouter l’an prochain au malus sur les émissions de CO2 sur les ventes de voitures neuves. Les acheteurs de véhicules de plus de 1 800 kg paieront l’an prochain un sur-malus. Le débat a été tranché par le premier ministre Jean Castex qui, suprême astuce, a fixé un seuil qui épargne les voitures françaises à l’exception de la Renault Espace 2,0 dCi et touchera en fait très peu de véhicules. Il s’agit en fait avant tout d’une mesure symbolique… N’auraient été théoriquement concernés moins de 1% des véhicules particuliers thermiques neufs vendus en France au cours des 9 premiers mois de l’année 2020 et 2% en 2019. Il s’agit essentiellement de gros SUV et de grandes berlines.

Un amendement sera introduit au projet de loi de finances pour 2021. «Le malus au poids que nous instaurons est un signal fort et nécessaire pour mieux prendre en compte l’empreinte écologique des véhicules les plus lourds», a tweeté la ministre. «L’alourdissement du parc automobile, c’est plus de matériaux et d’énergie consommés, plus de pollution, moins d’espace public disponible», a-t-elle justifié.

Depuis 2010, le poids moyen des voitures diesel a augmenté de 7%, et celui des modèles à essence de 14% explique-t-on au ministère de la transition. On oublie allégrement que les choses sont en fait plus compliquées. La hausse du poids des véhicules, quand elle est liée à l’augmentation continue de leur taille et à la mode difficilement justifiable des SUV, est une aberration. Ce n’est pas pour rien qu’une ville comme Berlin songe à interdire les SUV.

Ne pas pénaliser l’industrie automobile et épargner les véhicules électriques

En revanche, l’augmentation du poids des véhicules est totalement justifiée quand elle est la conséquence de l’augmentation des équipements de sécurité dans les véhicules, d’une plus grande résistance aux chocs et d’une plus grande rigidité qui améliore la tenue de route. Les renforts de chassis, les habitacles indéformables, les airbags… pèsent lourd. Il ne faut pas perdre de vue qu’en dépit des discours publics, la baisse de mortalité sur les routes depuis deux décennies n’est pas liée à la multiplication des radars mais est avant tout la conséquence de l’amélioration spectaculaire de la sécurité passive et active des véhicules.

Le problème du gouvernement était avant tout…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de Transitions & Energies <<<

Drunk, un film fantast-hic!

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Drikke, dit le danois. Drink, dit l’anglais. Et l’allemand, Trinken. « Trink ! », ordonne Rabelais — c’est l’oracle de la Dive bouteille, c’est le « Enivrez-vous ! » baudelairien. Tout cela vient d’une très vieille racine indo-européenne, dhreg-, qui signifiait originairement glisser — et pour glisser, ça glisse bien, ça descend facile — surtout quand c’est bon. Le petit Jésus en culottes de velours, disait mon grand-père…

drunkVous n’êtes pas sans avoir appris par cœur les verbes irréguliers anglais. Drink, drank, drunk, ânonnions-nous. Et donc Drunk, le dernier film de Thomas Vinterberg — l’homme qui avait eu le Prix du Jury au festival de Cannes en 1998 pour ce chef-d’œuvre de cruauté familiale (pléonasme !) qu’était Festen, et qui aurait dû décrocher cette fois la Palme d’or pour son dernier opus, si le festival 2020 n’avait pas été annulé au nom d’une politique sanitaire dont je ne dirai rien tant elle me met hors de moi.

Quatre enseignants qui s’aiment bien — une espèce assez rare, pour autant que je connaisse le milieu —, en pleine « midlife crisis » (ou crise de la cinquantaine, si vous préférez), mariés ou non, autrefois brillants, engoncés dans une routine sclérosante, enfants sur les bras, partenaire présente / absente, sans motivation, habitant un pays luthérien, circonstance aggravante, apprennent fortuitement qu’un psychologue norvégien, Finn Skårderud (qui existe vraiment) affirme que l’homme est en manque d’alcool dès sa naissance, et qu’il a besoin d’un taux à 0,5 — en moyenne — pour être au mieux de sa physiologie et de ses performances.

A lire aussi: Jean-Edern Hallier : Secrets d’outre-tombe

Que risquent-ils ? Ils se lancent dans l’expérimentation, et comme on pouvait s’y attendre, ils deviennent rapidement plus brillants, plus performants et plus extravertis — y compris au lit.

Jusque-là, rien de très nouveau. Que l’alcool désinhibe, on le sait, il n’y a qu’à contempler les hordes de Vikings affalées sur les plages languedociennes et tétant leurs cubis de rosé pour s’en persuader. Qu’il rende même plus intelligent, il n’y a qu’à relire le Banquet pour s’en souvenir. Mais Drunk entre alors dans une autre dimension, que seul Ferreri avait explorée avec la Grande bouffe. Il ne s’agit plus d’être plus, d’être mieux, mais d’aller au-delà.

Voltaire disait de Rabelais que c’était « un philosophe ivre qui n’a écrit que dans le temps de son ivresse ». Propos d’abstinent. Rabelais, pour oser ses outrances, devait de temps en temps se murger méchamment. Nos quatre pédagogues, qui aiment explorer à fond, vont au-delà de la gaité, au-delà même de l’ivresse. Ils vont au fond. L’un d’eux n’en remontera pas.

Vinterberg a perdu sa fille — à qui le film est dédié — pendant le tournage. Il n’a pas pu tourner la scène de funérailles (qui vaut largement, au niveau émotion, celle de Quatre mariages et un enterrement, qui a fait découvrir Auden à tant d’ignorants), qu’il a laissé diriger par son scénariste. Il a aussi affirmé que les acteurs n’ont consommé aucun breuvage alcoolisé sur le plateau au moins, ce qui rend encore plus exceptionnelle la performance des quatre acteurs. En particulier celle de Thomas Bo Larsen (le frère quelque peu excité de Festen), et bien sûr celle de Mads Mikkelsen, qui n’en finit plus d’étonner son monde. Sa performance dans un précédent film de Vinterberg, la Chasse, était déjà sidérante. Là, il m’a rappelé celle de Christopher Walken dans Voyage au bout de l’enfer. Et comme Walken, il se révèle à la fin un remarquable danseur — car c’est bien de cela qu’il s’agit : danser au bord du gouffre est la seule solution pour encaisser ce monde, « pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre » — comme disait Baudelaire, encore.

Drunk, un film de Thomas Vinterberg (2020) avec Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen, Lars Ranthe, Magnus Millang. 1h56. En salles le 14 octobre 2020.

Drunk (2020) Photo: Haut et Court.
Drunk (2020) Photo: Haut et Court.
Drunk (2020) Photo: Haut et Court.
Drunk (2020) Photo: Haut et Court.

Thomas Lévy-Lasne, grandeur de la nouvelle peinture figurative

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Êtes-vous lassés par tous ces artistes qui ont tourné le dos au réel? Courez à la galerie Filles-du-Calvaire à Paris voir l’exposition de Thomas Lévy-Lasne! Ancien pensionnaire de la Villa Médicis à Rome, l’artiste nous présente un ensemble inédit de peintures et de dessins. Vite, cela se termine le 24 octobre.


De retour de l’Académie de France à Rome (villa Médicis), Thomas Lévy-Lasne propose une exposition particulièrement brillante à la galerie Filles-du-Calvaire. Le rez-de-chaussée, tout en noir et blanc, est consacré aux fusains et gravures. À l’étage, dans la lumière de la verrière, les couleurs des huiles prennent toute leur ampleur.

Ce quadragénaire a des dons multiples. Il a fait du cinéma. Il a organisé un colloque remarqué au Collège de France en 2014. Enfin, il a abondamment sillonné l’histoire de l’art, notamment en compagnie d’Hector Obalk dont il était le collaborateur. Cependant, c’est avec la peinture et le dessin qu’il entend principalement s’exprimer.

Beaucoup d’artistes figuratifs du xxe siècle ont joyeusement tourné le dos au réel : coloris pétaradants, empâtements qu’on croirait sortis d’une bétonnière, compositions délirantes, références analytiques ou politiques à gogo, etc. Ils souhaitaient que la peinture sortît entièrement de leur tête. Ils voulaient ne rien devoir au réel, ne jamais prendre le risque d’être perçus comme trop photographiques. C’étaient de vrais créateurs, croyait-on. Cependant, à la longue, cette peinture très artificialisée est devenue fatigante. C’est comme une cuisine qui serait entièrement concoctée avec des arômes et des colorants chimiques. C’est créatif, si on veut, mais c’est trafiqué. Au bout du compte, on a envie de retrouver des saveurs plus vraies.

"Le Bosco", fusain sur toile de Thomas Lévy-Lasne © Courtesy Galerie Les filles du calvaire.
« Le Bosco », fusain sur toile de Thomas Lévy-Lasne © Courtesy Galerie Les filles du calvaire.
"Le guide de Tchernobyl", Fusain sur papier de Thomas Lévy-Lasne © Courtesy Galerie Les filles du calvaire.
« Le guide de Tchernobyl », Fusain sur papier de Thomas Lévy-Lasne © Courtesy Galerie Les filles du calvaire.
"Au Biodôme", Huile sur toile de Thomas Lévy-Lasne © Courtesy Galerie Les filles du calvaire.
« Au Biodôme », Huile sur toile de Thomas Lévy-Lasne © Courtesy Galerie Les filles du calvaire.
"Bords de mer", huile sur toile de Thomas Lévy-Lasne © Courtesy Galerie Les filles du calvaire.
« Bords de mer », huile sur toile de Thomas Lévy-Lasne © Courtesy Galerie Les filles du calvaire.

L’humilité de se tourner vers le monde

Quelque chose de cet ordre pousse à une sorte d’humilité une nouvelle génération d’artistes. La modestie, c’est d’abord le fait d’être moins certain de l’intérêt de ses moindres vagissements. C’est ensuite le désir d’être plus attentif à la beauté et à la complexité du monde.

Thomas Lévy-Lasne est emblématique de cette sensibilité. Il observe, il dessine et il peint patiemment. S’il s’attaque au Bosco, petit bois dans l’enceinte de la Villa Médicis, c’est pour en observer le plus mince rameau, c’est pour rendre la façon dont les branchages se perdent dans l’obscurité ou se fondent dans la lumière, c’est pour saisir à la fois les détails et ce qui les lie. L’art de Thomas Lévy-Lasne est porté par un authentique désir d’explorer les formes du monde.

Pour ce qui est des dessins et gravures, les matières très réussies communiquent un lyrisme sourd à ses compositions. Pour la peinture, la facture est encore proche de l’hyperréalisme, mais on devine une évolution en gestation. Ici et là, il apporte une note ironique sur notre époque, comme avec ces touristes qu’on retrouve de toile en toile, confrontés sur un mode anodin à la gravité de l’histoire. Gageons que cet artiste va continuer à réserver de belles surprises.

À voir absolument : Thomas Lévy-Lasne, Galerie Filles-du-Calvaire, Paris, jusqu’au 24 octobre. 17, rue des Filles-du-Calvaire 75003 Paris.

François Sureau immortel

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François Sureau a été élu hier à l’Académie française au premier tour, par 19 voix sur 27, sans aucun bulletin blanc, ni croix, fait exceptionnel depuis dix ans. À 63 ans, l’avocat et écrivain devient immortel et prend le siège de l’historien Max Gallo disparu en 2017. À l’occasion de cette élection, Causeur vous propose de relire le grand débat sur les libertés entre François Sureau, Alain Finkielkraut et Elisabeth Lévy…


Sale temps pour nos libertés. Si Alain Finkielkraut et François Sureau s’alarment tous deux de l’esprit du temps, ils n’ont pas les mêmes motifs d’inquiétude. Quand l’un perçoit dans les revendications individuelles et communautaires les ferments d’une régression antidémocratique, l’autre dénonce la menace que ferait peser l’État sur nos libertés individuelles. Des Gilets jaunes à l’immigration en passant par le confinement et la liberté d’expression, les deux hussards ferraillent dans la plus pure tradition française.

Numéro disponible à la vente ici https://www.causeur.fr/magazine
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Nous autres modernes, pour reprendre le titre du beau livre d’Alain Finkielkraut, avons pensions qu’il nous avait suffi de tuer Dieu pour libérer l’homme. Délivrés de nos chaînes spirituelles et politiques, sans autres maîtres que nous-mêmes, nous avons découvert les possibilités illimitées ouvertes par la technique qui a fait de nous « les maîtres et possesseurs de la nature » et aujourd’hui de l’espace et du temps. Ce vertige nous a rendus capricieux, surtout depuis que, dans nos contrées, on ne fait plus la guerre. Contribuer, choisir ses représentants, tout cela est bel et bon, mais moi dans tout ça ? En quelques décennies la liberté politique du citoyen a donc été complétée par une foultitude de droits accordés à l’individu. Au point que chacun de nous se pense aujourd’hui fondé à exiger de l’État qu’il le reconnaisse pour ce qu’il est ou plutôt pour ce qu’il veut être et lui fournisse ce dont la vie l’a privé. Après le droit à l’enfant quasiment inscrit dans la loi, pourquoi ne pas instaurer un droit à l’amour qui obligerait l’État à fournir des partenaires aux empotés de la séduction ? 

A lire aussi: Entretien avec Ayyam Sureau

C’est peut-être cette confusion entre la liberté des Modernes et les droits des postmodernes (ou l’effacement progressif de la première par les seconds) qui explique que nous soyons incapables de répondre à une question apparemment simple, qui taraude régulièrement le débat public : souffrons-nous d’un excès ou d’une restriction de nos libertés ? Le cas de la liberté d’expression, consacrée par les rédacteurs de 1789 comme « l’un des droits les plus précieux de l’homme », est emblématique de ce paradoxe contemporain. En effet, l’expérience sensible indique que les deux propositions « on peut dire n’importe quoi » et « on ne peut plus rien dire » sont également vraies : nous subissons, en même temps, le déchaînement de la « parole libérée » et l’étouffoir du politiquement correct. De même l’existence humaine est à la fois caractérisée par d’innombrables possibilités de choix et corsetée dans une multiplicité de règles et de normes.

Pour débattre de ce sujet moins ardu et plus actuel qu’il n’y paraît, nous avons convié deux penseurs qui ont en partage l’amour de la liberté à l’ancienne, si on ose dire, mais que leur diagnostic oppose. Pour Alain Finkielkraut, le danger vient d’abord d’une société devenue toute-puissante quand François Sureau l’attribue surtout à l’activisme de l’État. Qu’ils soient tous deux remerciés pour cet échange de haut vol.

Elisabeth Lévy.

Alain Finkielkraut / François Sureau: qui menace nos libertés?

L’entretien est à retrouver en trois parties ci-dessous (réservées aux abonnés):

De gauche à droite, François Sureau, Elisabeth Lévy et Alain Finkielkraut. Juillet 2020. Photo: Hannah Assouline.
De gauche à droite, François Sureau, Elisabeth Lévy et Alain Finkielkraut. Juillet 2020. Photo: Hannah Assouline.

L’aversion au risque, principe central du progressisme


Avec le Covid-19, comme hier avec la crise financière, les experts précautionnistes nous emmènent dans le mur. La pensée de Nassim Nicholas Taleb nous aide à comprendre comment l’aversion au risque, désormais principe de base du progressisme, laisse nos sociétés à la merci de l’État paternaliste et du Big Brother de la Silicon Valley.


« Ceux qui essaient de nous aider sont souvent ceux qui nous font le plus mal. » Au regard des efforts historiques que produisent nos gouvernements pour nous protéger du Covid, cet axiome talébien prend un relief particulier. Tout ce bien qu’on nous veut a des parfums d’autoritarisme qu’il semble donc légitime de vouloir explorer en sa compagnie. Les concepts de Nassim Nicholas Taleb fournissent en effet une grille de lecture originale et pertinente de la crise actuelle. Un type qui vous explique qu’il y a statistiquement plus de piétons tués parmi ceux qui traversent gentiment dans les clous que chez ceux qui les ignorent mérite qu’on s’intéresse à ses idées.

Pour Nassim Nicholas Taleb, obnubilés par la prévention de tous les risques, même minimes, nous nous exposons à des cataclysmes – des cygnes noirs : la crise des subprimes en 2008 ; en 2020 le Covid et ses répercussions inouïes, sérieuses menaces pour nos libertés démocratiques

Spécialiste des probabilités – déformation professionnelle, au restaurant il choisit ses plats au hasard –, c’est lui qui a popularisé la notion de « cygne noir ». Échappant justement à la prévision probabiliste, ces crises rares se révèlent de nature à bouleverser l’ordre du monde – et on peut sans barguigner affirmer que celle du Covid fait partie de la famille des Anatidae sombres. Depuis, ce professeur d’ingénierie du risque à l’institut polytechnique de New York a travaillé sur notre rapport à l’aléa et mis en évidence ce principe central du progressisme : l’aversion au risque. Pour ceux qui en douteraient, relire la Constitution française et son principe de précaution (intégré via la Charte de l’environnement en 2015). Ce dernier demeure incompatible avec l’un des traits fondamentaux de l’évolution des sociétés humaines : le principe essai/erreur. Au nom de l’aversion très récente que nous éprouvons pour les conséquences désagréables de l’erreur, nous mettons en cause la légitimité même de l’essai. Rétroactivement, ce principe aurait empêché Clément Ader de monter dans son avion – d’ailleurs les écolos se sont mis en tête de nous en faire descendre. Taleb décrit parfaitement notre préférence désormais établie pour « des gains faibles, mais visibles », payés au prix d’effets différés, graves, irréversibles, mais qu’on s’attache à rendre invisibles – les mouvements migratoires entre l’Afrique et l’Europe offrant une assez bonne illustration de ce jeu de dupes. Plus récemment, à l’occasion du lock-out de l’Éducation nationale de mars à septembre, combien de jeunes gens ont perdu tout espoir de faire des études ? Ces « décrocheurs » malgré eux paieront pendant cinquante ans un confinement qui ne visait nullement à les protéger, mais à épargner leurs grands-parents. Curieuse société qui choisit de sacrifier froidement son avenir afin de sauver ses anciens, sans d’ailleurs y parvenir – tous ces Ehpad confinés à mort ! L’assouplissement quotidien de la doctrine relative à la fermeture des classes en cas de Covid démontre bien que l’on était allé trop loin, mais les dégâts demeurent irrémédiables. Dans un autre registre, on ne se soucie guère non plus des enfants non conçus cet été en raison de la fermeture administrative des boîtes de nuit. Des géniteurs potentiels se sont heurtés à la porte close du Macumba 2000 du Crotoy, et c’est un drame silencieux autant que méprisé.

Nassim Nicholas Taleb © Leonardo Cendamo/Leemage
Nassim Nicholas Taleb © Leonardo Cendamo/Leemage

Prétendre éviter tous les dangers, même les plus infimes, conduit des organisations apparemment stables à faire preuve d’une grande fragilité au moment où une imprévisible catastrophe d’ampleur s’abat sur elles. Une cocotte-minute ne montre aucun signe de faiblesse jusqu’à ce qu’elle explose. Toute ressemblance avec l’époque que nous vivons n’a, bien sûr, rien de fortuit. Inutile de préciser que la pensée de Taleb suscite un enthousiasme mesuré chez les Bisounours. L’idée que des petites épreuves puissent endurcir – des individus, des communautés – et qu’elles riment souvent avec progrès leur donne envie de se réfugier dans un safe space en pignant. Pourtant, à l’instar du Titanic, cité par Taleb, des erreurs de conception initiales ont permis de modifier l’architecture des paquebots et d’épargner des vies futures. Ces dernières semaines en offrent une autre démonstration. Le stress de la première vague de Covid a permis d’améliorer la prise en charge des patients en diminuant leur séjour en réanimation de 21 à 12 jours ; un respirateur artificiel open source et dix fois moins cher a même été développé en un temps record. D’une adversité en mars, sortent ainsi des innovations bénéfiques aux patients de septembre qui mourront en moins grand nombre.

Tel David Vincent, cherchant un antonyme à la fragilité qu’il ne trouva pas, notre professeur conceptualisa la notion d’« antifragilité », ce statut acquis par les hommes ou les institutions non seulement à même de résister aux crises, mais d’en tirer profit. Sur ce plan, nos sociétés total-progressistes recèlent tous les symptômes d’une grande fragilité. Leur stabilité apparente repose sur des institutions elles-mêmes dépendantes d’un système économique hypercomplexe. Or, chacune de ses composantes ne sortira pas indemne des bouleversements en cours. Celles dont le sort est intimement lié au tourisme de masse se montrent par exemple plus fragiles que celles dont l’activité tire profit de la distanciation sociale. Netflix fait beaucoup mieux que survivre au Covid, il en tire – pour l’instant – un spectaculaire profit et démontre de ce fait son antifragilité. Et si beaucoup d’éléments familiers de nos vies – le travail, les déplacements, la vie sociale et économique – en sortent chamboulés, l’ensemble de nos systèmes démocratiques pourrait alors s’en trouver menacé.

Un policier aux frontières fait la démonstration d’un drone de surveillance pour traquer les contrevenants au confinement, Metz, le 24 avril 2020. © JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP
Un policier aux frontières fait la démonstration d’un drone de surveillance pour
traquer les contrevenants au confinement, Metz, le 24 avril 2020. © JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

Mais il n’y a pas que Netflix pour illustrer l’antifragilité chère à Taleb. Par les risques initiaux qu’ils ont su prendre ou simplement par pure affinité hasardeuse avec le monde post-Covid, Amazon et les autres GAFAM sortent considérablement renforcés de l’instauration d’une distanciation mondiale. Le contrôle que ces géants exerçaient sur nos vies paraissait déjà problématique avant le coronavirus. Leur antifragilité n’a fait qu’accroître notre addiction à ces entités étrangères et aux moyens supérieurs à ceux de la plupart des nations. Notre souveraineté comme nos libertés individuelles apparaissent plus menacées que jamais par ces relais bienveillants qui épient nos faits et gestes barrières. Paradoxe apparent, les gouvernements les plus progressistes de la planète (Espagne, France) se tirent la bourre avec la dictature chinoise pour mieux asseoir leur contrôle. Légitimé par le Covid, le gouvernement total-capitaliste de Xi Jinping a mis en place un contrôle de sa population digne des films de science-fiction les plus angoissants. Aiguillonnés par les BATX (les GAFAM chinois), Google, Amazon, sans oublier Emmanuel Macron et Pedro Sanchez, veulent eux aussi nous « aider ». Méfiance. Mais au moins les ogres du web ont-ils rendu les services attendus par leurs utilisateurs. Ce qui n’est pas le cas d’un autre monstre français : notre bureaucratie.

Rappelons rapidement sa performance : 11 % du PIB pour la santé ; en mars 2020 pourtant, pas de masques ; pas de tests ; peu de places en réanimation ; aucune coordination avec les cliniques privées ; un organigramme de l’ARS inspiré d’un puzzle de 1 000 pièces. Bilan : 30 000 morts (l’un des plus mauvais du G7, à peine mieux que l’horrible Trump-qui-est-un-fou-dangereux) ; aucune remise en cause bien sûr du « meilleur système sanitaire au monde ». Non, un « Grenelle », des primes et des moyens supplémentaires. Comme Amazon, mais malgré un échec cuisant, la bureaucratie hospitalière française sort dopée par la crise du Covid. Une remarquable leçon d’antifragilité, hélas à nos dépens. La différence se situe au niveau de la prise de risque, l’administration n’en prenant jamais pour elle-même. Elle préfère les faire courir aux autres, c’est mieux (à toi qui cherchais des masques en mars par exemple). Ses PDF de 40 pages sur la façon de placer des élèves dans une classe, ce fut sa façon à elle d’innover pendant la crise.

Sa volonté de tout régenter (la rue, le bureau, nos déplacements, etc.) ne semble pas moins toxique pour nos libertés que celle de Facebook. Pas un jour sans une nouvelle règle ou une exception à celle de la veille – mais, foin d’inquiétude complotiste, c’est pour aider. Ça continue donc à phosphorer fort et avec gourmandise du côté des manches de lustrine, tous ces malfaisants du quotidien qui ne perdront jamais un jour de salaire, tout en ruinant les autres ou l’avenir de leurs enfants.

Pris entre le marteau de la Silicon Valley – qui veut lire jusqu’à nos pensées – et l’enclume d’une administration passée en quelques jours en mode Ausweis, il ne nous reste plus qu’à nous faire traiter de paranoïaque quand on s’inquiète du caractère totalitaire d’un tel sandwich. Une majorité bêlante ne semble pas remettre en cause la légitimité des hélicoptères qui tournaient la nuit au-dessus de Marennes-Oléron et braquaient un projecteur sur les bassins ostréicoles en quête de contrevenants au confinement. Aucun régime totalitaire n’a toutefois dans le passé déployé autant de moyens pour traquer des promeneurs.

La Chine a d’ailleurs rapidement proposé son « aide » au reste de la planète. Il ne nous manque désormais plus qu’un coup de main du sultan Erdogan ou des salafistes pour être totalement rassurés. Le Covid pourrait ne pas être un cygne noir, mais le leader d’une escadrille de volatiles très inquiétants.

Élisabeth Lévy sur le couvre-feu: « On n’arrête pas l’économie, on arrête la vie ! »

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Vidéo. La directrice de Causeur est assez remontée contre la décision d’Emmanuel Macron d’instaurer un couvre-feu dans les grandes métropoles françaises, pour lutter contre l’épidémie de coronavirus qui reprend


La directrice de la rédaction de Causeur réagit aux annonces d’hier soir du président Macron.

Selon elle, le couvre-feu est un semi-confinement « qui ne dit pas son nom ». Cette décision va pénaliser certains secteurs économiques et pas d’autres. Les Français sont invités à continuer de produire et travailler, mais on arrête la vie.

Causeur vous propose de découvrir son intervention matinale au micro de Sud Radio.

>>> Retrouvez le regard libre d’Elisabeth Lévy du lundi au vendredi à 8h15 dans la matinale de Sud Radio <<<

Quand Twitter invente la bêtise artificielle

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Le réseau social a catalogué « pro-Russie » le magazine de gauche souverainiste Ruptures, juste après la parution d’un article qui se contentait pourtant de rappeler une évidence: il n’y a aucune preuve d’une collusion entre Trump et Poutine visant à truquer la présidentielle américaine de 2016.


Faut-il en sourire ou prendre peur ? Le 7 septembre 2020, sans préavis, le fil Twitter du magazine de gauche souverainiste Ruptures (environ 10 000 lecteurs mensuels) s’est retrouvé affublé d’un avertissement : « affilié à un état, Russie ». C’est la conséquence d’une décision du réseau social, entrée en vigueur en août 2020. « Les gens ont le droit de savoir quand le compte d’un média est affilié directement ou indirectement à un acteur étatique », expliquait cet été un communiqué de la firme californienne. Pour le moment, seuls les Etats membres du conseil de sécurité de l’ONU sont visés, à savoir la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Russie. Twitter a fait savoir que les médias considérés comme « affiliés » à un de des pays ne seront plus mis en avant. Les algorithmes de la plateforme ne les recommanderont pas à la lecture, ce qui revient à brider leur diffusion.

Capture d'écran Twitter
Capture d’écran Twitter

Une décision inexpliquée

Question à ce jour sans réponse, sur quel critère Ruptures a-t-il été classée pro-Russie ? « Nous avons évidemment demandé des explications à Twitter France, sans obtenir le moindre retour », explique le rédacteur en chef, Pierre Lévy. Il assure n’avoir aucun lien organique ou financier avec la Russie. Autrefois nommé Bastille-République-Nations, Ruptures, qui fête cette année ses vingt ans, est une revue de gauche très critique sur la construction européenne, républicaine et volontiers protectionniste. « Elle vit de ses abonnements, pas de l’or de Moscou », sourit Pierre Lévy, passé par l’Humanité de 1996 à 2001.

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Détail curieux, à ce jour, ni la BBC, ni Radio France, ni l’AFP, médias fort professionnels mais néanmoins financés par des Etats, ne sont considérés comme « affiliés » par Twitter. L’agence Chine Nouvelle et RT France, en revanche, oui. « Raphael Grably, de BFM TV, a tenté d’en savoir davantage sur les critères d’obtention du label, mais Twitter n’a fait aucun commentaire », poursuit Pierre Lévy. Le rédacteur en chef balance entre l’amusement et l’agacement. « Si un stagiaire a fait du zèle chez Twitter, on aimerait le remercier, l’affaire nous a rapporté quelques abonnements, mais il y a aussi un côté scandaleux dans tout cela. Qui, pourquoi, de quel droit ? »

On reparle du Russia Gate

Pierre Lévy n’en fait pas mystère, il a déjà livré des articles à RT France, mais selon lui, l’explication la plus probable est à chercher ailleurs. Le 7 septembre 2020, le journaliste Laurent Dauré a publié dans Ruptures une analyse du Russia Gate. Fort étayé, l’article revenait sur ce qui restera comme un des plus énormes fiascos de la presse américaine : pendant plus de deux ans, elle a relayé la thèse d’une ingérence russe dans la campagne présidentielle américaine de 2016, ayant entrainé la défaite de Hillary Clinton, sur fond de pacte entre Trump et Poutine. Le 24 mars 2019, au terme de 22 mois d’enquête, le procureur spécial Robert Mueller a exonéré le président Trump de tout soupçon de collusion avec la Russie. Que Vladimir ait préféré Donald à Hillary n’est pas un mystère, mais rien ne permet de dire que les deux hommes se sont entendus pour truquer le scrutin. Et c’est un magistrat américain investi de pouvoirs d’enquête exorbitants qui l’affirme. Le 7 octobre 2020, Donald Trump a d’ailleurs déclassifié tous les documents de l’enquête relative au Russia Gate, ce qui témoigne d’une certaine sérénité. Tout à leur détestation du président américain, les médias français en parlent peu.

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Comme le relevait Ruptures, en dehors du Monde Diplomatique, ils ont massivement pris pour argent comptant le Russia Gate, sans prendre le temps, ensuite, d’analyser ce ratage journalistique collectif. L’article de Laurent Dauré le souligne. Il ne chante pas outre-mesure les louanges de la Russie. Mais quelqu’un chez Twitter a-t-il déjà lu Ruptures ? Rien n’est moins sûr. La filiale française annonce 29 salariés seulement en 2019, dont, probablement une forte proportion d’administratifs et d’informaticiens. Le label « affilié à la Russie » a sans doute été décerné sans intervention humaine, sur la base de quelques formules clés. Comment appeler l’intelligence artificielle quand elle reflète les poncifs et boulettes de son époque ? La bêtise artificielle ?

Alice Coffin, la femme barbante


La militante lesbienne publie un livre sans style, sans réflexion théorique et tout en slogans. Seules ses contradictions personnelles et de rares traits d’humour lui confèrent une dimension humaine


Le Génie lesbien, d’Alice Coffin, paraît le 30 septembre chez Grasset et fait déjà couler beaucoup d’encre. Cette activiste du lesbianisme, journaliste et élue EELV du 12e arrondissement, qui a obtenu la mise au ban de Christophe Girard pour cause de soi-disant complicité avec Gabriel Matzneff est déjà connue du grand public pour ses fracassantes déclarations misandres. Mais de quoi retourne ce fameux « génie lesbien » ?

Tout d’abord c’est très pénible à lire, brouillon, indigeste. Sans style, sauf peut-être dans la litanie, interminable, de ses héroïnes activistes lesbiennes, Ellen DeGeneres, Andrea Dworkin, symbole du féminisme radical, et Angela Davis, qui commit cependant le péché capital de ne pas dévoiler son homosexualité.

Est-ce un manifeste ? Non. Coffin ne théorise rien, elle se contente de recenser les actions de ses consœurs en faisant une vague propagande lesbianiste et exaltée à coups de slogans accrocheurs : « Être lesbienne est une fête. » C’est Hemingway chez les situationnistes.

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De ce salmigondis mi-agit-prop, mi-confession d’une enfant de ce triste siècle, on ne retient en effet que des slogans. On sort de la lecture de ce délire avec le tournis et très peu convaincu de l’existence d’un quelconque génie lesbien.

En réalité, l’ouvrage de Coffin ressemble aux provocations d’une ado en crise dont nous serions les parents. Elle cherche à choquer, mais finalement ne choque pas grand monde. Et c’est en cela qu’elle en devient presque touchante. En effet, sous le vernis attendu des éternelles antiennes intersectionnelles, dont l’éloge des femmes voilées qu’elle considère comme ses sœurs, comme elle vilipendées par les affreux réacs universalistes, se dessine le portrait d’une femme mal à l’aise avec son orientation sexuelle. Son engagement auprès du collectif La Barbe donne cependant lieu à un des rares passages drôles du livre : elle y raconte son émotion quand on lui fabrique sa première « barbe » en moquette, signe distinctif arboré par ces agitées. Alice est finalement une sale môme.

Elle avoue s’être fait violence pour accepter son corps. Obsédée par les coming out organisés aux États-Unis comme des happenings politiques, Coffin reproche aux lesbiennes françaises old school, à l’image de Muriel Robin, qui pourtant s’affiche au grand jour, d’être trop discrètes au sujet de leur préférence pour les femmes.

Finalement, ce sont ses contradictions qui la rendent humaine. Ainsi peut-elle écrire à la fois que les lesbiennes doivent se mettre au ban de la société et que le lesbianisme est un universalisme. Que la violence est intrinsèque aux hommes, mais que son père fut une merveille de père attentionné. Et j’en passe.

Telle l’Alice de Lewis Caroll, qui découvre un monde parallèle après avoir été aspirée par un trou, notre Alice, est quant à elle aspirée par le pays lesbien et ses merveilles dont nous sommes les reines de cœur.

Alice Coffin, Le Génie lesbien, Grasset, 2020.

Le génie lesbien

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Peut-être que la nuit le monde fait la trêve

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Paris, octobre 2020 © THOMAS COEX / AFP.

Douce nuit, sainte nuit
Tout s’endort, l’astre luit
Chant de Noël

Il y a peut-être un monde des vivants et un monde des morts, qui mourra verra.

Il y a en tout cas à coup sûr le monde du jour et le monde de la nuit. Dans cette séparation immémoriale, chacun trouve plus ou moins sa place : le jour pour les créatures actives (la lumière du jour : un appel au mouvement), la nuit pour les êtres lunaires (l’éclat nocturne : un appel à la contemplation), la nuit ayant toujours eu ce statut particulier d’être comme l’autre monde : passé une certaine heure, l’homme devient un curieux solitaire, son horizon se dépeuple, son rythme intime ralentit (il marche plus lentement, il pense plus précisément), sa vie s’enrobe d’un mystère.

La nuit aussi, quand « tout s’endort et que l’astre luit », des angoisses cachées dans le fond d’une grotte se réveillent subitement : les démons intérieurs nous rendent visite, le sommeil semble avoir barricadé sa porte, le marchand de sable a tracé sa route, alors il faut sortir marcher, s’aérer l’esprit, écouter les bruits de la ville ; on sent en soi un appel à l’exil.

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La rue la nuit est ainsi un pays de gens désœuvrés : insomniaques, rêveurs, amoureux, prostituées, promeneurs sans but, mendiants fatigués. Des inconnus qui se croisent sans se voir, s’approchent sans se parler, un simple geste de la tête suffit, ça cohabite dans un étrange mélange de défiance et de complicité silencieuse. Le monde de la nuit est un pays rassurant. « Peut-être que la nuit le monde fait la trêve » (Alain Bashung, Sur un trapèze).

Mais voyez, finie la sainte nuit, amis lunaires, finie la douceur sous les astres et les réverbères, fermé le pays de la flânerie, cancel le monde des rêveurs, au placard les insomniaques : dès samedi 21h, la journée ne durera plus que quinze heures ; le reste sera un grand trou noir interdit. Les patrouilles veilleront à ce qu’on ne s’y aventure plus, d’ailleurs.

Après le discours du président Macron, mercredi, je me suis empressé de téléphoner à mon amie Louise pour que nous dînions ensemble avant qu’il soit trop tard. Elle me confesse :

« Le couvre-feu, pour moi qui suis insomniaque, est un enfer. Plus de vie nocturne, plus de promenade, me voilà condamnée à vivre avec les gens du jour, à leur rythme, dans un monde blafard. Mon seul répit m’est confisqué, impossible de sortir après 21h sans passe-droit ? Cela veut dire en définitive : impossible de flâner en rêvant sans autorisation. C’est encore pire que le confinement d’avril : nous pouvions au moins sortir une heure faire du footing ou promener notre chien. Désormais, les seules dérogations qui seront données après 21h auront des raisons professionnelles. Comme si seuls l’économique et le professionnel pouvaient encore expliquer qu’on vive la nuit. Crois-moi, il y a beaucoup de victimes non-économiques, et beaucoup de dommages en dehors de la sphère du travail ! Ceux-là, on n’entend pas en parler, parce qu’on ne voit plus le monde des rêveurs. Pourquoi a-t-on tellement oublié qu’il y avait d’autres vies possibles ?… »

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Louise n’a pas tort, dans son genre : c’est tout un pays de l’ombre qui voit se perdre, sans autre forme de procès, sa raison d’être. Qui voudra entendre les habitants de ce pays, puisque leur plainte ne s’exprime pas en langue comptable ? Sommes-nous même capables encore de comprendre que le temps lent, perdu, la contemplation, la flânerie inutile, le silence et l’ombre de la nuit sont des richesses propres, précieusement vacantes, autant que celles qui palpitent dans les comptes de résultat ? Le monde est-il condamné à n’avoir plus jamais de trêve ?

Fatima Ouassak, dernier débat avant le fascisme

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Les micros de Mediapart grands ouverts pour les sornettes antirépublicaines de Fatima Ouassak (à droite). Image: capture d'écran YouTube.

Entre deux entretiens où elle dénonce le racisme d’État, la militante indigéniste travaille pour la Commission nationale du débat public (CNDP), garante de l’impartialité des pouvoirs publics.


Elle se nomme Fatima Ouassak, elle est Française d’origine marocaine, et elle a publié le 27 août à la Découverte un bref essai intitulé La Puissance des mères. Le fil conducteur de son analyse est que les mères des quartiers populaires doivent se transformer en « dragons » dans l’intérêt de leurs enfants, appelés à grandir dans un pays structurellement raciste. « Je lutte pour mes enfants. J’y pense tout le temps. J’ai vraiment peur qu’on me les prenne pour les mettre dans un train. J’estime que l’on se dirige vers un régime autoritaire et que du jour au lendemain, il peut devenir fasciste », déclarait la jeune femme au magazine Reporterre le 15 juin 2019. Dans une tribune publiée en février 2017, elle évoquait une société française « hiérarchisée racialement », dans laquelle « les Blancs font en sorte d’être privilégiés dans l’accès à la propriété, au pouvoir, aux soins, à la reconnaissance ou au confort, au détriment des Non-Blancs qui voient leur accès à ces ressources constamment entravé. » Un pays capitaliste-raciste, dirigé par un appareil d’État qui ne le serait pas moins. En deux mots, l’Afrique du Sud.

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Fatima Ouassak travaille pourtant en ce moment pour une entité publique qui n’avait pas vraiment d’équivalent à Pretoria au temps de l’Apartheid. Elle est garante au sein de la Commission nationale du débat public (CNDP). Créé en 1995, la CNDP est une autorité administrative indépendante, qui organise des consultations sur de grands projets d’aménagement, dans un esprit d’impartialité absolue, garantie par des dispositions statutaires très détaillées. Elle est composée de parlementaires, d’élus locaux, de membres du Conseil d’État, de la Cour de cassation, de la Cour des comptes, du patronat, des syndicats, etc. Bref, elle incarne cette superstructure étatique dont Fatima Ouassak s’époumone à dénoncer le racisme.

Les garants des débats ne sont pas en contrat à durée indéterminée. Ils interviennent ponctuellement, « avec impartialité, équité et intégrité », dit leur charte d’éthique. Le nom de Fatima Ouassak apparait dans plusieurs dossiers, dont deux qui concernent précisément des secteurs populaires présumés « racisés ». Il y a d’abord eu le complexe de loisirs et de commerce EuropaCity dans le Val D’Oise, en 2015-2016 (projet abandonné en 2019). Pour l’heure, elle travaille sur les consultations liées au grand centre hospitalier qui doit sortir de terre à Saint-Ouen en 2027. Si jamais l’AP-HP, maitre d’ouvrage, décidait de rafler les habitants expropriables pour les entasser dans des wagons plombés afin d’accélérer le chantier, Fatima Ouassak serait rapidement avertie.

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Croit-elle vraiment à ses propres outrances ? Causeur lui a posé la question. Elle n’a pas trouvé le temps de nous répondre, mais son parcours parle un peu pour elle. Fille d’immigré, elle est diplômée de l’Institut d’études politiques de Lille. À son poste de garante, elle voit tourner au jour le jour la machine lente, lourde, impersonnelle et impartiale de l’administration française. L’entretien qu’elle avait accordé à Reporterre contient une phrase lucide : « c’est typique de la France, on peut avoir un discours radical à partir du moment où il est hors-sol ». Sur ce point précis, son intégration semble tout à fait aboutie.

Le CV de la militante est consultable ici: 

Français malgré eux: racialistes, décolonialistes, indigénistes : ceux qui veulent déconstruire la France

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Automobile: le retour du malus au poids

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Barbara Pompili, la ministre de la Transition écologique le 12 octobre 2020 © Louise MERESSE/SIPA Numéro de reportage: 00985509_000031.

Finalement, la taxe supplémentaire sur le poids des véhicules neufs fait son retour et sera instaurée l’an prochain. Pour contenter la ministre de la Transition énergétique, Barbara Pompili, qui en a fait une question de principe, et ménager l’industrie automobile française, le seuil fixé de 1 800 kilos concernera avant tout les véhicules importés et en petit nombre. Les voitures électriques devraient bénéficier d’exemptions.


La bataille entre le ministère de l’économie et celui de la transition écologique semblait avoir tourné en faveur du premier. Il n’était plus question de taxe nouvelle sur le poids des véhicules, afin notamment de ne pas encore affaiblir un peu plus la production de voitures sur le sol français, en déclin depuis quinze ans. Mais les considérations politiques ont repris le dessus. Emmanuel Macron entend montrer que la Convention citoyenne sur le climat n’était pas un gadget et tenir compte des recommandations, même absurdes, de ces 150 citoyens tirés au sort et devenus par la grâce d’une formation accélérée, dispensée par des organisations militantes, des experts de la transition.  Ils ont hérité d’ailleurs de ces organisations l’obsession anti-automobile.

Contrer la mode des SUV

En tout cas, la caution écologiste du gouvernement, la ministre Barbara Pompili, a finalement confirmé qu’un malus au poids, allait bien s’ajouter l’an prochain au malus sur les émissions de CO2 sur les ventes de voitures neuves. Les acheteurs de véhicules de plus de 1 800 kg paieront l’an prochain un sur-malus. Le débat a été tranché par le premier ministre Jean Castex qui, suprême astuce, a fixé un seuil qui épargne les voitures françaises à l’exception de la Renault Espace 2,0 dCi et touchera en fait très peu de véhicules. Il s’agit en fait avant tout d’une mesure symbolique… N’auraient été théoriquement concernés moins de 1% des véhicules particuliers thermiques neufs vendus en France au cours des 9 premiers mois de l’année 2020 et 2% en 2019. Il s’agit essentiellement de gros SUV et de grandes berlines.

Un amendement sera introduit au projet de loi de finances pour 2021. «Le malus au poids que nous instaurons est un signal fort et nécessaire pour mieux prendre en compte l’empreinte écologique des véhicules les plus lourds», a tweeté la ministre. «L’alourdissement du parc automobile, c’est plus de matériaux et d’énergie consommés, plus de pollution, moins d’espace public disponible», a-t-elle justifié.

Depuis 2010, le poids moyen des voitures diesel a augmenté de 7%, et celui des modèles à essence de 14% explique-t-on au ministère de la transition. On oublie allégrement que les choses sont en fait plus compliquées. La hausse du poids des véhicules, quand elle est liée à l’augmentation continue de leur taille et à la mode difficilement justifiable des SUV, est une aberration. Ce n’est pas pour rien qu’une ville comme Berlin songe à interdire les SUV.

Ne pas pénaliser l’industrie automobile et épargner les véhicules électriques

En revanche, l’augmentation du poids des véhicules est totalement justifiée quand elle est la conséquence de l’augmentation des équipements de sécurité dans les véhicules, d’une plus grande résistance aux chocs et d’une plus grande rigidité qui améliore la tenue de route. Les renforts de chassis, les habitacles indéformables, les airbags… pèsent lourd. Il ne faut pas perdre de vue qu’en dépit des discours publics, la baisse de mortalité sur les routes depuis deux décennies n’est pas liée à la multiplication des radars mais est avant tout la conséquence de l’amélioration spectaculaire de la sécurité passive et active des véhicules.

Le problème du gouvernement était avant tout…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de Transitions & Energies <<<

Drunk, un film fantast-hic!

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Drunk (2020) Photo: Haut et Court.

Drikke, dit le danois. Drink, dit l’anglais. Et l’allemand, Trinken. « Trink ! », ordonne Rabelais — c’est l’oracle de la Dive bouteille, c’est le « Enivrez-vous ! » baudelairien. Tout cela vient d’une très vieille racine indo-européenne, dhreg-, qui signifiait originairement glisser — et pour glisser, ça glisse bien, ça descend facile — surtout quand c’est bon. Le petit Jésus en culottes de velours, disait mon grand-père…

drunkVous n’êtes pas sans avoir appris par cœur les verbes irréguliers anglais. Drink, drank, drunk, ânonnions-nous. Et donc Drunk, le dernier film de Thomas Vinterberg — l’homme qui avait eu le Prix du Jury au festival de Cannes en 1998 pour ce chef-d’œuvre de cruauté familiale (pléonasme !) qu’était Festen, et qui aurait dû décrocher cette fois la Palme d’or pour son dernier opus, si le festival 2020 n’avait pas été annulé au nom d’une politique sanitaire dont je ne dirai rien tant elle me met hors de moi.

Quatre enseignants qui s’aiment bien — une espèce assez rare, pour autant que je connaisse le milieu —, en pleine « midlife crisis » (ou crise de la cinquantaine, si vous préférez), mariés ou non, autrefois brillants, engoncés dans une routine sclérosante, enfants sur les bras, partenaire présente / absente, sans motivation, habitant un pays luthérien, circonstance aggravante, apprennent fortuitement qu’un psychologue norvégien, Finn Skårderud (qui existe vraiment) affirme que l’homme est en manque d’alcool dès sa naissance, et qu’il a besoin d’un taux à 0,5 — en moyenne — pour être au mieux de sa physiologie et de ses performances.

A lire aussi: Jean-Edern Hallier : Secrets d’outre-tombe

Que risquent-ils ? Ils se lancent dans l’expérimentation, et comme on pouvait s’y attendre, ils deviennent rapidement plus brillants, plus performants et plus extravertis — y compris au lit.

Jusque-là, rien de très nouveau. Que l’alcool désinhibe, on le sait, il n’y a qu’à contempler les hordes de Vikings affalées sur les plages languedociennes et tétant leurs cubis de rosé pour s’en persuader. Qu’il rende même plus intelligent, il n’y a qu’à relire le Banquet pour s’en souvenir. Mais Drunk entre alors dans une autre dimension, que seul Ferreri avait explorée avec la Grande bouffe. Il ne s’agit plus d’être plus, d’être mieux, mais d’aller au-delà.

Voltaire disait de Rabelais que c’était « un philosophe ivre qui n’a écrit que dans le temps de son ivresse ». Propos d’abstinent. Rabelais, pour oser ses outrances, devait de temps en temps se murger méchamment. Nos quatre pédagogues, qui aiment explorer à fond, vont au-delà de la gaité, au-delà même de l’ivresse. Ils vont au fond. L’un d’eux n’en remontera pas.

Vinterberg a perdu sa fille — à qui le film est dédié — pendant le tournage. Il n’a pas pu tourner la scène de funérailles (qui vaut largement, au niveau émotion, celle de Quatre mariages et un enterrement, qui a fait découvrir Auden à tant d’ignorants), qu’il a laissé diriger par son scénariste. Il a aussi affirmé que les acteurs n’ont consommé aucun breuvage alcoolisé sur le plateau au moins, ce qui rend encore plus exceptionnelle la performance des quatre acteurs. En particulier celle de Thomas Bo Larsen (le frère quelque peu excité de Festen), et bien sûr celle de Mads Mikkelsen, qui n’en finit plus d’étonner son monde. Sa performance dans un précédent film de Vinterberg, la Chasse, était déjà sidérante. Là, il m’a rappelé celle de Christopher Walken dans Voyage au bout de l’enfer. Et comme Walken, il se révèle à la fin un remarquable danseur — car c’est bien de cela qu’il s’agit : danser au bord du gouffre est la seule solution pour encaisser ce monde, « pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre » — comme disait Baudelaire, encore.

Drunk, un film de Thomas Vinterberg (2020) avec Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen, Lars Ranthe, Magnus Millang. 1h56. En salles le 14 octobre 2020.

Drunk (2020) Photo: Haut et Court.
Drunk (2020) Photo: Haut et Court.
Drunk (2020) Photo: Haut et Court.
Drunk (2020) Photo: Haut et Court.

Thomas Lévy-Lasne, grandeur de la nouvelle peinture figurative

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"Devant l'arbre", huile sur toile (détail) de Thomas Lévy-Lasne © Courtesy Galerie Les filles du calvaire.

Êtes-vous lassés par tous ces artistes qui ont tourné le dos au réel? Courez à la galerie Filles-du-Calvaire à Paris voir l’exposition de Thomas Lévy-Lasne! Ancien pensionnaire de la Villa Médicis à Rome, l’artiste nous présente un ensemble inédit de peintures et de dessins. Vite, cela se termine le 24 octobre.


De retour de l’Académie de France à Rome (villa Médicis), Thomas Lévy-Lasne propose une exposition particulièrement brillante à la galerie Filles-du-Calvaire. Le rez-de-chaussée, tout en noir et blanc, est consacré aux fusains et gravures. À l’étage, dans la lumière de la verrière, les couleurs des huiles prennent toute leur ampleur.

Ce quadragénaire a des dons multiples. Il a fait du cinéma. Il a organisé un colloque remarqué au Collège de France en 2014. Enfin, il a abondamment sillonné l’histoire de l’art, notamment en compagnie d’Hector Obalk dont il était le collaborateur. Cependant, c’est avec la peinture et le dessin qu’il entend principalement s’exprimer.

Beaucoup d’artistes figuratifs du xxe siècle ont joyeusement tourné le dos au réel : coloris pétaradants, empâtements qu’on croirait sortis d’une bétonnière, compositions délirantes, références analytiques ou politiques à gogo, etc. Ils souhaitaient que la peinture sortît entièrement de leur tête. Ils voulaient ne rien devoir au réel, ne jamais prendre le risque d’être perçus comme trop photographiques. C’étaient de vrais créateurs, croyait-on. Cependant, à la longue, cette peinture très artificialisée est devenue fatigante. C’est comme une cuisine qui serait entièrement concoctée avec des arômes et des colorants chimiques. C’est créatif, si on veut, mais c’est trafiqué. Au bout du compte, on a envie de retrouver des saveurs plus vraies.

"Le Bosco", fusain sur toile de Thomas Lévy-Lasne © Courtesy Galerie Les filles du calvaire.
« Le Bosco », fusain sur toile de Thomas Lévy-Lasne © Courtesy Galerie Les filles du calvaire.
"Le guide de Tchernobyl", Fusain sur papier de Thomas Lévy-Lasne © Courtesy Galerie Les filles du calvaire.
« Le guide de Tchernobyl », Fusain sur papier de Thomas Lévy-Lasne © Courtesy Galerie Les filles du calvaire.
"Au Biodôme", Huile sur toile de Thomas Lévy-Lasne © Courtesy Galerie Les filles du calvaire.
« Au Biodôme », Huile sur toile de Thomas Lévy-Lasne © Courtesy Galerie Les filles du calvaire.
"Bords de mer", huile sur toile de Thomas Lévy-Lasne © Courtesy Galerie Les filles du calvaire.
« Bords de mer », huile sur toile de Thomas Lévy-Lasne © Courtesy Galerie Les filles du calvaire.

L’humilité de se tourner vers le monde

Quelque chose de cet ordre pousse à une sorte d’humilité une nouvelle génération d’artistes. La modestie, c’est d’abord le fait d’être moins certain de l’intérêt de ses moindres vagissements. C’est ensuite le désir d’être plus attentif à la beauté et à la complexité du monde.

Thomas Lévy-Lasne est emblématique de cette sensibilité. Il observe, il dessine et il peint patiemment. S’il s’attaque au Bosco, petit bois dans l’enceinte de la Villa Médicis, c’est pour en observer le plus mince rameau, c’est pour rendre la façon dont les branchages se perdent dans l’obscurité ou se fondent dans la lumière, c’est pour saisir à la fois les détails et ce qui les lie. L’art de Thomas Lévy-Lasne est porté par un authentique désir d’explorer les formes du monde.

Pour ce qui est des dessins et gravures, les matières très réussies communiquent un lyrisme sourd à ses compositions. Pour la peinture, la facture est encore proche de l’hyperréalisme, mais on devine une évolution en gestation. Ici et là, il apporte une note ironique sur notre époque, comme avec ces touristes qu’on retrouve de toile en toile, confrontés sur un mode anodin à la gravité de l’histoire. Gageons que cet artiste va continuer à réserver de belles surprises.

À voir absolument : Thomas Lévy-Lasne, Galerie Filles-du-Calvaire, Paris, jusqu’au 24 octobre. 17, rue des Filles-du-Calvaire 75003 Paris.

François Sureau immortel

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François Sureau photographié en juillet 2020 © Hannah Assouline

François Sureau a été élu hier à l’Académie française au premier tour, par 19 voix sur 27, sans aucun bulletin blanc, ni croix, fait exceptionnel depuis dix ans. À 63 ans, l’avocat et écrivain devient immortel et prend le siège de l’historien Max Gallo disparu en 2017. À l’occasion de cette élection, Causeur vous propose de relire le grand débat sur les libertés entre François Sureau, Alain Finkielkraut et Elisabeth Lévy…


Sale temps pour nos libertés. Si Alain Finkielkraut et François Sureau s’alarment tous deux de l’esprit du temps, ils n’ont pas les mêmes motifs d’inquiétude. Quand l’un perçoit dans les revendications individuelles et communautaires les ferments d’une régression antidémocratique, l’autre dénonce la menace que ferait peser l’État sur nos libertés individuelles. Des Gilets jaunes à l’immigration en passant par le confinement et la liberté d’expression, les deux hussards ferraillent dans la plus pure tradition française.

Numéro disponible à la vente ici https://www.causeur.fr/magazine
Numéro 82 disponible à la vente ici https://www.causeur.fr/magazine

Nous autres modernes, pour reprendre le titre du beau livre d’Alain Finkielkraut, avons pensions qu’il nous avait suffi de tuer Dieu pour libérer l’homme. Délivrés de nos chaînes spirituelles et politiques, sans autres maîtres que nous-mêmes, nous avons découvert les possibilités illimitées ouvertes par la technique qui a fait de nous « les maîtres et possesseurs de la nature » et aujourd’hui de l’espace et du temps. Ce vertige nous a rendus capricieux, surtout depuis que, dans nos contrées, on ne fait plus la guerre. Contribuer, choisir ses représentants, tout cela est bel et bon, mais moi dans tout ça ? En quelques décennies la liberté politique du citoyen a donc été complétée par une foultitude de droits accordés à l’individu. Au point que chacun de nous se pense aujourd’hui fondé à exiger de l’État qu’il le reconnaisse pour ce qu’il est ou plutôt pour ce qu’il veut être et lui fournisse ce dont la vie l’a privé. Après le droit à l’enfant quasiment inscrit dans la loi, pourquoi ne pas instaurer un droit à l’amour qui obligerait l’État à fournir des partenaires aux empotés de la séduction ? 

A lire aussi: Entretien avec Ayyam Sureau

C’est peut-être cette confusion entre la liberté des Modernes et les droits des postmodernes (ou l’effacement progressif de la première par les seconds) qui explique que nous soyons incapables de répondre à une question apparemment simple, qui taraude régulièrement le débat public : souffrons-nous d’un excès ou d’une restriction de nos libertés ? Le cas de la liberté d’expression, consacrée par les rédacteurs de 1789 comme « l’un des droits les plus précieux de l’homme », est emblématique de ce paradoxe contemporain. En effet, l’expérience sensible indique que les deux propositions « on peut dire n’importe quoi » et « on ne peut plus rien dire » sont également vraies : nous subissons, en même temps, le déchaînement de la « parole libérée » et l’étouffoir du politiquement correct. De même l’existence humaine est à la fois caractérisée par d’innombrables possibilités de choix et corsetée dans une multiplicité de règles et de normes.

Pour débattre de ce sujet moins ardu et plus actuel qu’il n’y paraît, nous avons convié deux penseurs qui ont en partage l’amour de la liberté à l’ancienne, si on ose dire, mais que leur diagnostic oppose. Pour Alain Finkielkraut, le danger vient d’abord d’une société devenue toute-puissante quand François Sureau l’attribue surtout à l’activisme de l’État. Qu’ils soient tous deux remerciés pour cet échange de haut vol.

Elisabeth Lévy.

Alain Finkielkraut / François Sureau: qui menace nos libertés?

L’entretien est à retrouver en trois parties ci-dessous (réservées aux abonnés):

De gauche à droite, François Sureau, Elisabeth Lévy et Alain Finkielkraut. Juillet 2020. Photo: Hannah Assouline.
De gauche à droite, François Sureau, Elisabeth Lévy et Alain Finkielkraut. Juillet 2020. Photo: Hannah Assouline.

L’aversion au risque, principe central du progressisme

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Emmanuel Macron s'adresse aux Français à la télévision pour annoncer un couvre feu dans les grandes villes pour lutter contre le coronavirus, le 14 octobre 2020 © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage : 00985866_000002.

Avec le Covid-19, comme hier avec la crise financière, les experts précautionnistes nous emmènent dans le mur. La pensée de Nassim Nicholas Taleb nous aide à comprendre comment l’aversion au risque, désormais principe de base du progressisme, laisse nos sociétés à la merci de l’État paternaliste et du Big Brother de la Silicon Valley.


« Ceux qui essaient de nous aider sont souvent ceux qui nous font le plus mal. » Au regard des efforts historiques que produisent nos gouvernements pour nous protéger du Covid, cet axiome talébien prend un relief particulier. Tout ce bien qu’on nous veut a des parfums d’autoritarisme qu’il semble donc légitime de vouloir explorer en sa compagnie. Les concepts de Nassim Nicholas Taleb fournissent en effet une grille de lecture originale et pertinente de la crise actuelle. Un type qui vous explique qu’il y a statistiquement plus de piétons tués parmi ceux qui traversent gentiment dans les clous que chez ceux qui les ignorent mérite qu’on s’intéresse à ses idées.

Pour Nassim Nicholas Taleb, obnubilés par la prévention de tous les risques, même minimes, nous nous exposons à des cataclysmes – des cygnes noirs : la crise des subprimes en 2008 ; en 2020 le Covid et ses répercussions inouïes, sérieuses menaces pour nos libertés démocratiques

Spécialiste des probabilités – déformation professionnelle, au restaurant il choisit ses plats au hasard –, c’est lui qui a popularisé la notion de « cygne noir ». Échappant justement à la prévision probabiliste, ces crises rares se révèlent de nature à bouleverser l’ordre du monde – et on peut sans barguigner affirmer que celle du Covid fait partie de la famille des Anatidae sombres. Depuis, ce professeur d’ingénierie du risque à l’institut polytechnique de New York a travaillé sur notre rapport à l’aléa et mis en évidence ce principe central du progressisme : l’aversion au risque. Pour ceux qui en douteraient, relire la Constitution française et son principe de précaution (intégré via la Charte de l’environnement en 2015). Ce dernier demeure incompatible avec l’un des traits fondamentaux de l’évolution des sociétés humaines : le principe essai/erreur. Au nom de l’aversion très récente que nous éprouvons pour les conséquences désagréables de l’erreur, nous mettons en cause la légitimité même de l’essai. Rétroactivement, ce principe aurait empêché Clément Ader de monter dans son avion – d’ailleurs les écolos se sont mis en tête de nous en faire descendre. Taleb décrit parfaitement notre préférence désormais établie pour « des gains faibles, mais visibles », payés au prix d’effets différés, graves, irréversibles, mais qu’on s’attache à rendre invisibles – les mouvements migratoires entre l’Afrique et l’Europe offrant une assez bonne illustration de ce jeu de dupes. Plus récemment, à l’occasion du lock-out de l’Éducation nationale de mars à septembre, combien de jeunes gens ont perdu tout espoir de faire des études ? Ces « décrocheurs » malgré eux paieront pendant cinquante ans un confinement qui ne visait nullement à les protéger, mais à épargner leurs grands-parents. Curieuse société qui choisit de sacrifier froidement son avenir afin de sauver ses anciens, sans d’ailleurs y parvenir – tous ces Ehpad confinés à mort ! L’assouplissement quotidien de la doctrine relative à la fermeture des classes en cas de Covid démontre bien que l’on était allé trop loin, mais les dégâts demeurent irrémédiables. Dans un autre registre, on ne se soucie guère non plus des enfants non conçus cet été en raison de la fermeture administrative des boîtes de nuit. Des géniteurs potentiels se sont heurtés à la porte close du Macumba 2000 du Crotoy, et c’est un drame silencieux autant que méprisé.

Nassim Nicholas Taleb © Leonardo Cendamo/Leemage
Nassim Nicholas Taleb © Leonardo Cendamo/Leemage

Prétendre éviter tous les dangers, même les plus infimes, conduit des organisations apparemment stables à faire preuve d’une grande fragilité au moment où une imprévisible catastrophe d’ampleur s’abat sur elles. Une cocotte-minute ne montre aucun signe de faiblesse jusqu’à ce qu’elle explose. Toute ressemblance avec l’époque que nous vivons n’a, bien sûr, rien de fortuit. Inutile de préciser que la pensée de Taleb suscite un enthousiasme mesuré chez les Bisounours. L’idée que des petites épreuves puissent endurcir – des individus, des communautés – et qu’elles riment souvent avec progrès leur donne envie de se réfugier dans un safe space en pignant. Pourtant, à l’instar du Titanic, cité par Taleb, des erreurs de conception initiales ont permis de modifier l’architecture des paquebots et d’épargner des vies futures. Ces dernières semaines en offrent une autre démonstration. Le stress de la première vague de Covid a permis d’améliorer la prise en charge des patients en diminuant leur séjour en réanimation de 21 à 12 jours ; un respirateur artificiel open source et dix fois moins cher a même été développé en un temps record. D’une adversité en mars, sortent ainsi des innovations bénéfiques aux patients de septembre qui mourront en moins grand nombre.

Tel David Vincent, cherchant un antonyme à la fragilité qu’il ne trouva pas, notre professeur conceptualisa la notion d’« antifragilité », ce statut acquis par les hommes ou les institutions non seulement à même de résister aux crises, mais d’en tirer profit. Sur ce plan, nos sociétés total-progressistes recèlent tous les symptômes d’une grande fragilité. Leur stabilité apparente repose sur des institutions elles-mêmes dépendantes d’un système économique hypercomplexe. Or, chacune de ses composantes ne sortira pas indemne des bouleversements en cours. Celles dont le sort est intimement lié au tourisme de masse se montrent par exemple plus fragiles que celles dont l’activité tire profit de la distanciation sociale. Netflix fait beaucoup mieux que survivre au Covid, il en tire – pour l’instant – un spectaculaire profit et démontre de ce fait son antifragilité. Et si beaucoup d’éléments familiers de nos vies – le travail, les déplacements, la vie sociale et économique – en sortent chamboulés, l’ensemble de nos systèmes démocratiques pourrait alors s’en trouver menacé.

Un policier aux frontières fait la démonstration d’un drone de surveillance pour traquer les contrevenants au confinement, Metz, le 24 avril 2020. © JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP
Un policier aux frontières fait la démonstration d’un drone de surveillance pour
traquer les contrevenants au confinement, Metz, le 24 avril 2020. © JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

Mais il n’y a pas que Netflix pour illustrer l’antifragilité chère à Taleb. Par les risques initiaux qu’ils ont su prendre ou simplement par pure affinité hasardeuse avec le monde post-Covid, Amazon et les autres GAFAM sortent considérablement renforcés de l’instauration d’une distanciation mondiale. Le contrôle que ces géants exerçaient sur nos vies paraissait déjà problématique avant le coronavirus. Leur antifragilité n’a fait qu’accroître notre addiction à ces entités étrangères et aux moyens supérieurs à ceux de la plupart des nations. Notre souveraineté comme nos libertés individuelles apparaissent plus menacées que jamais par ces relais bienveillants qui épient nos faits et gestes barrières. Paradoxe apparent, les gouvernements les plus progressistes de la planète (Espagne, France) se tirent la bourre avec la dictature chinoise pour mieux asseoir leur contrôle. Légitimé par le Covid, le gouvernement total-capitaliste de Xi Jinping a mis en place un contrôle de sa population digne des films de science-fiction les plus angoissants. Aiguillonnés par les BATX (les GAFAM chinois), Google, Amazon, sans oublier Emmanuel Macron et Pedro Sanchez, veulent eux aussi nous « aider ». Méfiance. Mais au moins les ogres du web ont-ils rendu les services attendus par leurs utilisateurs. Ce qui n’est pas le cas d’un autre monstre français : notre bureaucratie.

Rappelons rapidement sa performance : 11 % du PIB pour la santé ; en mars 2020 pourtant, pas de masques ; pas de tests ; peu de places en réanimation ; aucune coordination avec les cliniques privées ; un organigramme de l’ARS inspiré d’un puzzle de 1 000 pièces. Bilan : 30 000 morts (l’un des plus mauvais du G7, à peine mieux que l’horrible Trump-qui-est-un-fou-dangereux) ; aucune remise en cause bien sûr du « meilleur système sanitaire au monde ». Non, un « Grenelle », des primes et des moyens supplémentaires. Comme Amazon, mais malgré un échec cuisant, la bureaucratie hospitalière française sort dopée par la crise du Covid. Une remarquable leçon d’antifragilité, hélas à nos dépens. La différence se situe au niveau de la prise de risque, l’administration n’en prenant jamais pour elle-même. Elle préfère les faire courir aux autres, c’est mieux (à toi qui cherchais des masques en mars par exemple). Ses PDF de 40 pages sur la façon de placer des élèves dans une classe, ce fut sa façon à elle d’innover pendant la crise.

Sa volonté de tout régenter (la rue, le bureau, nos déplacements, etc.) ne semble pas moins toxique pour nos libertés que celle de Facebook. Pas un jour sans une nouvelle règle ou une exception à celle de la veille – mais, foin d’inquiétude complotiste, c’est pour aider. Ça continue donc à phosphorer fort et avec gourmandise du côté des manches de lustrine, tous ces malfaisants du quotidien qui ne perdront jamais un jour de salaire, tout en ruinant les autres ou l’avenir de leurs enfants.

Pris entre le marteau de la Silicon Valley – qui veut lire jusqu’à nos pensées – et l’enclume d’une administration passée en quelques jours en mode Ausweis, il ne nous reste plus qu’à nous faire traiter de paranoïaque quand on s’inquiète du caractère totalitaire d’un tel sandwich. Une majorité bêlante ne semble pas remettre en cause la légitimité des hélicoptères qui tournaient la nuit au-dessus de Marennes-Oléron et braquaient un projecteur sur les bassins ostréicoles en quête de contrevenants au confinement. Aucun régime totalitaire n’a toutefois dans le passé déployé autant de moyens pour traquer des promeneurs.

La Chine a d’ailleurs rapidement proposé son « aide » au reste de la planète. Il ne nous manque désormais plus qu’un coup de main du sultan Erdogan ou des salafistes pour être totalement rassurés. Le Covid pourrait ne pas être un cygne noir, mais le leader d’une escadrille de volatiles très inquiétants.

Élisabeth Lévy sur le couvre-feu: « On n’arrête pas l’économie, on arrête la vie ! »

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Vidéo. La directrice de Causeur est assez remontée contre la décision d’Emmanuel Macron d’instaurer un couvre-feu dans les grandes métropoles françaises, pour lutter contre l’épidémie de coronavirus qui reprend


La directrice de la rédaction de Causeur réagit aux annonces d’hier soir du président Macron.

Selon elle, le couvre-feu est un semi-confinement « qui ne dit pas son nom ». Cette décision va pénaliser certains secteurs économiques et pas d’autres. Les Français sont invités à continuer de produire et travailler, mais on arrête la vie.

Causeur vous propose de découvrir son intervention matinale au micro de Sud Radio.

>>> Retrouvez le regard libre d’Elisabeth Lévy du lundi au vendredi à 8h15 dans la matinale de Sud Radio <<<

Quand Twitter invente la bêtise artificielle

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Image d'illustration Unsplash

Le réseau social a catalogué « pro-Russie » le magazine de gauche souverainiste Ruptures, juste après la parution d’un article qui se contentait pourtant de rappeler une évidence: il n’y a aucune preuve d’une collusion entre Trump et Poutine visant à truquer la présidentielle américaine de 2016.


Faut-il en sourire ou prendre peur ? Le 7 septembre 2020, sans préavis, le fil Twitter du magazine de gauche souverainiste Ruptures (environ 10 000 lecteurs mensuels) s’est retrouvé affublé d’un avertissement : « affilié à un état, Russie ». C’est la conséquence d’une décision du réseau social, entrée en vigueur en août 2020. « Les gens ont le droit de savoir quand le compte d’un média est affilié directement ou indirectement à un acteur étatique », expliquait cet été un communiqué de la firme californienne. Pour le moment, seuls les Etats membres du conseil de sécurité de l’ONU sont visés, à savoir la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Russie. Twitter a fait savoir que les médias considérés comme « affiliés » à un de des pays ne seront plus mis en avant. Les algorithmes de la plateforme ne les recommanderont pas à la lecture, ce qui revient à brider leur diffusion.

Capture d'écran Twitter
Capture d’écran Twitter

Une décision inexpliquée

Question à ce jour sans réponse, sur quel critère Ruptures a-t-il été classée pro-Russie ? « Nous avons évidemment demandé des explications à Twitter France, sans obtenir le moindre retour », explique le rédacteur en chef, Pierre Lévy. Il assure n’avoir aucun lien organique ou financier avec la Russie. Autrefois nommé Bastille-République-Nations, Ruptures, qui fête cette année ses vingt ans, est une revue de gauche très critique sur la construction européenne, républicaine et volontiers protectionniste. « Elle vit de ses abonnements, pas de l’or de Moscou », sourit Pierre Lévy, passé par l’Humanité de 1996 à 2001.

A lire aussi, dossier: Réseaux sociaux: Big Brother, c’est nous !

Détail curieux, à ce jour, ni la BBC, ni Radio France, ni l’AFP, médias fort professionnels mais néanmoins financés par des Etats, ne sont considérés comme « affiliés » par Twitter. L’agence Chine Nouvelle et RT France, en revanche, oui. « Raphael Grably, de BFM TV, a tenté d’en savoir davantage sur les critères d’obtention du label, mais Twitter n’a fait aucun commentaire », poursuit Pierre Lévy. Le rédacteur en chef balance entre l’amusement et l’agacement. « Si un stagiaire a fait du zèle chez Twitter, on aimerait le remercier, l’affaire nous a rapporté quelques abonnements, mais il y a aussi un côté scandaleux dans tout cela. Qui, pourquoi, de quel droit ? »

On reparle du Russia Gate

Pierre Lévy n’en fait pas mystère, il a déjà livré des articles à RT France, mais selon lui, l’explication la plus probable est à chercher ailleurs. Le 7 septembre 2020, le journaliste Laurent Dauré a publié dans Ruptures une analyse du Russia Gate. Fort étayé, l’article revenait sur ce qui restera comme un des plus énormes fiascos de la presse américaine : pendant plus de deux ans, elle a relayé la thèse d’une ingérence russe dans la campagne présidentielle américaine de 2016, ayant entrainé la défaite de Hillary Clinton, sur fond de pacte entre Trump et Poutine. Le 24 mars 2019, au terme de 22 mois d’enquête, le procureur spécial Robert Mueller a exonéré le président Trump de tout soupçon de collusion avec la Russie. Que Vladimir ait préféré Donald à Hillary n’est pas un mystère, mais rien ne permet de dire que les deux hommes se sont entendus pour truquer le scrutin. Et c’est un magistrat américain investi de pouvoirs d’enquête exorbitants qui l’affirme. Le 7 octobre 2020, Donald Trump a d’ailleurs déclassifié tous les documents de l’enquête relative au Russia Gate, ce qui témoigne d’une certaine sérénité. Tout à leur détestation du président américain, les médias français en parlent peu.

A lire aussi: “Le Monde” réclame la peau de Zemmour, mais oublie d’informer

Comme le relevait Ruptures, en dehors du Monde Diplomatique, ils ont massivement pris pour argent comptant le Russia Gate, sans prendre le temps, ensuite, d’analyser ce ratage journalistique collectif. L’article de Laurent Dauré le souligne. Il ne chante pas outre-mesure les louanges de la Russie. Mais quelqu’un chez Twitter a-t-il déjà lu Ruptures ? Rien n’est moins sûr. La filiale française annonce 29 salariés seulement en 2019, dont, probablement une forte proportion d’administratifs et d’informaticiens. Le label « affilié à la Russie » a sans doute été décerné sans intervention humaine, sur la base de quelques formules clés. Comment appeler l’intelligence artificielle quand elle reflète les poncifs et boulettes de son époque ? La bêtise artificielle ?

Alice Coffin, la femme barbante

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Alice Coffin © Jean-Francois PAGA / Opale via Leemage.

La militante lesbienne publie un livre sans style, sans réflexion théorique et tout en slogans. Seules ses contradictions personnelles et de rares traits d’humour lui confèrent une dimension humaine


Le Génie lesbien, d’Alice Coffin, paraît le 30 septembre chez Grasset et fait déjà couler beaucoup d’encre. Cette activiste du lesbianisme, journaliste et élue EELV du 12e arrondissement, qui a obtenu la mise au ban de Christophe Girard pour cause de soi-disant complicité avec Gabriel Matzneff est déjà connue du grand public pour ses fracassantes déclarations misandres. Mais de quoi retourne ce fameux « génie lesbien » ?

Tout d’abord c’est très pénible à lire, brouillon, indigeste. Sans style, sauf peut-être dans la litanie, interminable, de ses héroïnes activistes lesbiennes, Ellen DeGeneres, Andrea Dworkin, symbole du féminisme radical, et Angela Davis, qui commit cependant le péché capital de ne pas dévoiler son homosexualité.

Est-ce un manifeste ? Non. Coffin ne théorise rien, elle se contente de recenser les actions de ses consœurs en faisant une vague propagande lesbianiste et exaltée à coups de slogans accrocheurs : « Être lesbienne est une fête. » C’est Hemingway chez les situationnistes.

A lire aussi, Aurélien Marq: Sapphô, le vrai génie lesbien

De ce salmigondis mi-agit-prop, mi-confession d’une enfant de ce triste siècle, on ne retient en effet que des slogans. On sort de la lecture de ce délire avec le tournis et très peu convaincu de l’existence d’un quelconque génie lesbien.

En réalité, l’ouvrage de Coffin ressemble aux provocations d’une ado en crise dont nous serions les parents. Elle cherche à choquer, mais finalement ne choque pas grand monde. Et c’est en cela qu’elle en devient presque touchante. En effet, sous le vernis attendu des éternelles antiennes intersectionnelles, dont l’éloge des femmes voilées qu’elle considère comme ses sœurs, comme elle vilipendées par les affreux réacs universalistes, se dessine le portrait d’une femme mal à l’aise avec son orientation sexuelle. Son engagement auprès du collectif La Barbe donne cependant lieu à un des rares passages drôles du livre : elle y raconte son émotion quand on lui fabrique sa première « barbe » en moquette, signe distinctif arboré par ces agitées. Alice est finalement une sale môme.

Elle avoue s’être fait violence pour accepter son corps. Obsédée par les coming out organisés aux États-Unis comme des happenings politiques, Coffin reproche aux lesbiennes françaises old school, à l’image de Muriel Robin, qui pourtant s’affiche au grand jour, d’être trop discrètes au sujet de leur préférence pour les femmes.

Finalement, ce sont ses contradictions qui la rendent humaine. Ainsi peut-elle écrire à la fois que les lesbiennes doivent se mettre au ban de la société et que le lesbianisme est un universalisme. Que la violence est intrinsèque aux hommes, mais que son père fut une merveille de père attentionné. Et j’en passe.

Telle l’Alice de Lewis Caroll, qui découvre un monde parallèle après avoir été aspirée par un trou, notre Alice, est quant à elle aspirée par le pays lesbien et ses merveilles dont nous sommes les reines de cœur.

Alice Coffin, Le Génie lesbien, Grasset, 2020.

Le génie lesbien

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