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Strasbourg: retour sur une « fake news » pas si « fake » que ça

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Racailles contre policiers dans le quartier de la Meinau: d’un côté on exagère, de l’autre on minimise.


Il arrive qu’on lise qu’une policière a été rouée de coups. En réalité elle n’a reçu qu’un coup, au demeurant léger. Fake news ? Une autre fois on apprend qu’une voiture de police a été incendiée. Dans les faits c’est juste sa carrosserie qui a été noircie. Fake news ? Un autre moment on nous relate que des flics ont reçu des cocktails Molotov. Non, il s’agissait seulement de boulons. Fake news ?

Faudrait savoir…

Avec l’information on peut se permettre beaucoup. La passer sous silence. La monter en épingle. On peut ne pas parler des trains qui déraillent et s’intéresser uniquement à ceux qui ne déraillent pas. Il est possible également – et fortement conseillé – de ne pas se focaliser sur les chômeurs et de porter toute son attention sur ceux qui ont un travail.

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Ce qui s’est passé à Strasbourg s’inscrit dans ce petit exercice classique et bien rodé. Sur une vidéo, vue des centaines de milliers de fois, on aperçoit des jeunes encapuchonnés devant la façade en flamme d’un bâtiment du quartier de la Meinau. Il s’agit, nous affirme-t-on, d’un commissariat de police.

Ramenez les racailles à la maison

La droite nationale est prompte à réagir. Marine Le Pen dénonce le règne de la « voyoucratie » et demande à la police de ramener les « racailles » à la raison. Dans un communiqué apaisant, la police du Bas-Rhin contredit les plus excités sur les réseaux sociaux : « aucun bâtiment de police n’a fait l’objet de telles exactions ». Fake news, alors ?

Le mieux c’est quand même d’aller voir au plus près. Et au plus près il y a les Dernières Nouvelles d’Alsace. Son article est précis et documenté. Dans la nuit de lundi à mardi il y a eu « des feux de poubelles et de façade » dans le quartier de la Ménau. Était visée la Maison du Projet qui vise à renseigner les habitants sur la rénovation urbaine du quartier. Dans la partie arrière du bâtiment il y a le commissariat de police. Donc les « jeunes » n’en voulaient pas aux flics. Peut-être qu’ils n’avaient pas envie que leur quartier soit rénové.

Journalistes de l’Est, informez !

Pour notre part nous ne voyons pas pourquoi il serait moins grave de s’attaquer à une maison de projet plutôt qu’a un commissariat de police. Sur la vidéo le son est d’aussi bonne qualité que les images. On y entend clairement des « Allah Akbar ». Les Dernières Nouvelles d’Alsace s’empressent d’indiquer ceci à ce propos : « on ne sait pas s’il ne s’agit pas d’un montage sonore ». Mais quand on ne sait pas, ne vaut-il mieux ne rien dire ?

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La mairie de Strasbourg se veut rassurante tout comme la police. « Le confinement a été globalement bien respecté ». Les incidents de Strasbourg seraient donc, pour reprendre l’expression du père de Marine le Pen, un « point de détail » dans la cité alsacienne. Il y a des points de détails qui valent la peine qu’on s’y intéresse.

Zemmourien de gauche


Ma guerre en short. La chronique de Cyril Bennasar.


Parfois, on me dit que je suis de droite. Ça me surprend toujours. Je me retourne pour voir si on ne s’adresse pas à quelqu’un d’autre. Aujourd’hui encore, malgré Anne Hidalgo, Yannick Jadot, Danièle Obono et les décoloniaux, je suis de gauche. Malgré Aurélien Taché, les LGBT et l’ABC de l’égalité, malgré Taubira, Esther Benbassa, Ian Brossat, l’Obs et Télérama, je suis de gauche. Malgré Plenel et Adèle Haenel, malgré Pierre Bergé et Laurent Berger, toujours de gauche ! Même si je place la liberté avant l’égalité, je suis de gauche. À la dernière présidentielle, alors que tout le monde autour de moi votait pour Fillon, je votais pour le parti du peuple. Aujourd’hui encore, je soutiens Le Pen. Attention : Marine, pas Marion. Je ne suis pas de droite. 

Ces idées matraquées sur la droite auxquelles j’ai longtemps cru

Pendant longtemps, pour moi la droite, c’était la droite Fillon, le parti du notable qui se laisse corrompre pour entretenir un manoir en province et qui disparaît dans la finance quand tourne sa chance. C’était le camp de ceux que le sens de l’État n’encombre pas, de ceux qui calculent, qui comptent, qui abandonnent un peu trop vite leurs idéaux pour leurs intérêts, qui sont au service privé de leurs ambitions, qui pensent que tout s’achète, qui délocalisent pour rester sur le marché, qui importent des ouvriers dociles et corvéables à merci, et qui, quand ça les arrange ringardisent la patrie. Après eux le déluge et avant tout les profits. 

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Longtemps je n’ai vu que celle-là. Par paresse, je n’ai jamais ouvert un Figaro Magazine. Je ne voyais là qu’un catalogue de pubs chez le dentiste de Charles Consigny. Je riais de bon cœur avec Libé qui avait pastiché le « Figaro Madame » avec des affiches de « Libération Madame » dans le métro. Je regardais de loin cette famille politique disqualifiée, ridiculisée par les formules de Renaud (« Ducon-Pauwels » ou « On ne peut pas être à la fois Jean Dutourd et Jean Moulin » ) ou encore de Jean-Roger Caussimon (« les notaires et les notables »). Longtemps la droite, c’était le camp de ceux qui sont toujours du côté du manche. Longtemps, je n’ai connu l’histoire de la Seconde Guerre mondiale que racontée par la gauche, l’Humanité interdite, le parti des fusillés, le Figaro antisémite et la droite collabo. 

La richesse de mon dialogue intérieur

Je n’imaginais même pas qu’une autre droite puisse exister. Celle qui pense et qui s’engage, qui met ses convictions devant ses ambitions, la droite de la droiture, du courage et du combat, qui défend sa liberté aux dépens de ses intérêts, qui se sent d’abord héritière de sa patrie, de sa culture, de sa civilisation et qui prend à cœur de les défendre, qui effraie le patron, l’affairiste, le rentier, l’héritier, le bourgeois. Celle-là,  Je l’ai rencontrée trop tard. Quand j’ai découvert la droite d’Alain de Benoist, celle d’Eric Zemmour et celle d’Eugénie Bastié, pour moi c’était déjà plié. J’ai été trop habitué, je n’ai pas envie de changer. Le mot « droite » restera à jamais péjorativement connoté. Et quand il faut choisir entre Jean-Christophe Lagarde et Céline Pina, je me dis qu’avec la gauche « Charlie », je ne me suis pas trompé.

Sur la question de l’immigration, je suis zemmourien, et donc un zemmourien de gauche. Je me débrouille avec cet oxymore. Je passe mon temps à penser contre moi-même. En mon for intérieur, je me débats dans un grand débat, une intime corrida, une psychomachie. Comme à la télé, c’est toujours le zemmourien en moi qui ouvre les  hostilités et qui exhorte  l’homme de gauche à abjurer : « C’est la gôôôôche qui est responsable, c’est la gôôôôche BHL, Globe et SOS racisme, celle des pétitions et des intimidations qui a poussé à la roue de l’immigration, qui traite de racistes tous ceux qui déplorent l’invasion migratoire, et ce, depuis quarante ans ! ». 

A lire aussi, Jean-Marie Le Pen: « Cette espèce de grève générale volontaire me paraît suicidaire »

Et l’autre, enfin moi, enfin l’autre moi lui répond : « Mais c’est la droite qui a fait venir les immigrés, la droite des patrons, la droite du Figaro et de Marcel Dassault, la droite de Pompidou, de Barre et de Giscard, la droite du cynisme et des affaires, et toutes les suivantes n’ont rien empêché. Et c’est la gauche de terrain qui a accueilli la misère, celle du bon cœur près de chez soi, celle de l’angélisme, tu parles d’un crime ! » 

Le zemmourien revient à la charge : « Mais c’est la gôôôôche qui a joué l’antifascisme pour casser la droite, qui parle de rafles et de camps quand on veut renvoyer des clandestins. » 

Ce à quoi l’autre moi répond : « Finalement, le vrai responsable de l’immigration massive, c’est Le Pen. Il a beau nous avoir alertés depuis le début, on n’est pas audible sur la question migratoire quand on a des amitiés nazies, des blagues racistes et des plaisanteries sur la Shoah ! Il ne pouvait pas l’ignorer. Entre la France et la provocation, il a choisi son camp. Je ne renierai pas le mien, celui de mes années anti-le Pen. Même sous la torture. » 

À la fin, nous tombons d’accord, ce sont surtout les ouvriers des banlieues, de droite et de gauche qui ont morflé, et qui ont assimilé comme ils ont pu leurs camarades de classe, ou qui ont fui les  territoires occupés. 

Ce n’est pas de tout repos de vivre avec un oxymore dans la tête, je me demande comment Michel Onfray se débrouille avec le sien quand il se dit Nietzschéen de gauche.

Relire la chronique précédente: Mea culpa

Mais où sont donc passées les violences conjugales liées au confinement?

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Les chiffres publiés par le ministère de l’Intérieur début avril sont fort rassurants, mais personne n’en parle.


Fin mars, sur Europe 1, la secrétaire d’État à l’égalité femmes-hommes Marlène Schiappa citait des données effrayantes. « Il y a + 32 % de signalements de violences conjugales en zone gendarmerie en une semaine et + 36 % dans la zone de la Préfecture de police de Paris en une semaine également ». Puis, le 6 avril, la note Interstats conjoncture N°55 du ministère de l’Intérieur est tombée. On y apprend que les coups et blessures volontaires sur personnes de plus de 15 ans sont en recul de 33% et les violences sexuelles de 43% entre mars et février 2020. Peut-on imaginer que le confinement ait apaisé les rues au point de masquer la hausse des agressions domestiques ? Ce n’est pas impossible, mais c’est improbable. Les violences familiales représentent, schématiquement, 45% du total des coups et blessures volontaires. Il faudrait vraiment qu’il ne se passe plus rien ailleurs, pour qu’une augmentation d’un tiers des violences dans les foyers passe inaperçue. Or, les journaux relatent chaque jour des faits-divers.

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Autre indicateur, le standard du 3919, centre de conseil et d’écoute pour les femmes victimes de violence, est loin d’exploser. Il enregistre un modeste surcroit d’activité : 1949 appels la semaine du 6 au 15 mars, 2237 appels la semaine du 30 mars au 5 avril. On est très loin du record enregistré pendant la semaine du Grenelle des violences conjugales, en septembre 2019, à 5766 appels hebdomadaires. Le numéro SMS d’urgence, le 114, a reçu quelques dizaines de messages d’appels au secours relatifs à des violences conjugales en une semaine, a précisé Christophe Castaner le 6 avril. C’est toujours trop, mais c’est peu.

Pas de flambée en région

Ce n’est pas tout. Fin mars, interrogés par France Inter, les parquets de Paris, Bobigny, Pontoise, Nanterre, Créteil, du Gard et l’Oise, ne constataient aucune augmentation des dossiers de violences conjugales depuis le début du confinement. Dans le Doubs, écrit l’Est Républicain du 2 avril, « la police a enregistré trois fois moins de plaintes liées aux violences intrafamiliales qu’en mars dernier. Le constat est identique en zone gendarmerie ». Quant aux gendarmes du Nord, raconte France Bleu le 7 avril 2020, ils « n’ont pas constaté, pour le moment, de hausse des signalements de faits de violences conjugales ». Dans le Finistère, indique Ouest-France, elles sont en baisse en mars, en zones police et gendarmerie. Rien à signaler non plus à Dieppe, selon Paris-Normandie. Sur Bordeaux Métropole et Arcachon, lit-on dans Rue89 Bordeaux,  les interventions de la police pour violences familiales sont en hausse de 25% la première semaine du confinement par rapport aux semaines précédentes, mais les chiffres sont modestes : 55 interventions contre 44 en moyenne. Il faut chercher longtemps pour trouver une vraie explosion : +83% de violences intrafamiliales dans la zone gendarmerie de Haute-Garonne sur la période allant du 17 mars au 5 avril, par rapport à la même période de 2019. Une hausse considérable, mais avec un bémol. II est question de moins d’une trentaine d’affaires. Peut-on parler d’un déchainement de violences causés par la promiscuité forcée ?

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Il faut souligner par ailleurs que la police et la gendarmerie ont été fortement inciter à se pencher sur les violences conjugales ces derniers mois, avec visites-mystères pour jauger la qualité de l’accueil en commissariat et en gendarmerie. Cela aurait sans doute entrainé, en temps normal, une hausse des faits enregistrés.

Une erreur qui allait dans le sens du vent ?

Les chiffres de Marlène Schiappa, repris ensuite par Christophe Castaner, ont été acceptés comme des évidences. Confronté à une baisse nette des faits signalées dans le Doubs, l’Est Républicain en a conclu que les victimes, placées sous la surveillance permanente de leur bourreaux, n’osaient plus porter plainte. Mais pourquoi l’avaient-elles fait la première semaine ? Nous avons demandé des précisions à ce sujet à la préfecture de police de Paris et au ministère de l’Intérieur, sans réponse. Le thème de l’explosion des violences conjugales a d’ailleurs disparu des communications publiques.

Hypothèse à envisager, une erreur d’interprétation sur les premières données. Si la délinquance de rue baisse significativement, la part des agressions interfamiliales augmente dans le total des violences aux personnes[tooltips content= »Imaginons 100 faits enregistrés, 45% au foyer, 55% dans la rue. Les agressions dans la rue tombent à 30 faits. Les agressions domestiques, stables, passent mécaniquement de 45% à 60% du total, soit une hausse apparente d’un tiers… »](1)[/tooltips]. Il y a peut-être eu une lecture hâtive des données, dans un sens conforme au préjugé du moment, femme victime et homme violent, forcément violent.

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Il faudra quelques semaines pour établir des chiffres robustes après le confinement. S’il y a eu une hausse nette des violences, tous les médias en parleront. Dans le cas contraire, retrouvez nous sur Causeur.fr.

Covid-19: les professeurs sommés d’aller au front

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Des enseignants envisagent bien de reprendre nos marmots à partir du 11 mai, malgré les très fortes craintes pour leur santé. Si la décision divise tant, c’est aussi parce qu’ils aimeraient être certains qu’on ne les envoie pas au feu uniquement pour relancer la machine économique.


Les hussards noirs à l’assaut de la peste noire ! Voilà qui sonne bien ! Voilà qui sonne beau ! Voilà qui sonne noble ! Est-ce le titre d’un roman de Charles Péguy resté jusqu’à ce jour inconnu ? Celui d’un poème surréaliste d’André Breton déniché dans un vieux grenier — d’une toile délirante de Salvador Dali retrouvée dans un coffre ? Non pas ! Il s’agit du tout nouveau slogan élyséen et matignonesque ! Du dernier refrain de la fanfare militaire médiatique — fanfare unanime sur un point : le corps enseignant doit faire montre d’une dévotion patriotique sans faille — et vite regagner son poste de combat ! « Vous les professeurs, vous les instituteurs, montez au front ! Vite, braves soldats de la République ! Fers de lance de la Nation ! Elle compte sur vous ! À un moment, il faut y aller (bande de trouillards) ! »

Soudain, ces premiers de cordée-là ne sont plus oubliés

Il y a des appels à la mobilisation qui sonnent faux. Il y a des appels à l’enthousiasme républicain qui sonnent creux. Edouard Philippe et Emmanuel Macron, soudainement émus par les inégalités sociales que le virus a creusées dans « certains territoires », par « l’inégal accès aux enseignements à distance » ? Edouard Philippe et Emmanuel Macron brusquement reconnaissants à l’endroit des enseignants dont ils viennent de subtiliser les retraites ? Edouard Philippe et Emmanuel Macron honorant le courage infaillible des soldats du savoir ? « Voilà ce qui s’appelle un sentiment soudain ! » nous dirait Cyrano. Humiliés, maltraités, déconsidérés, les hussards en haillons de la République française ! Par des décennies de pédagogies nihilistes. Par des coupes budgétaires drastiques. Obligés d’en faire toujours plus, avec toujours moins. Et brusquement devenus les héros de la Nation ? Brusquement sommés de prendre dans leur main fébrile le relais (vaguement décontaminé au gel hydroalcoolique) des aides-soignantes ? De saisir le flambeau lumineux des braves infirmières ? Pas sûr qu’eux soient applaudis à 16h30 depuis les balcons, à la sortie des cours… (fin de la tribune plus bas)

Même pour les chefs d’établissement, la réouverture c’est non !

Jérôme Leroy

Il y a des signes qui ne trompent pas. La résistance de la communauté éducative à la reprise des cours le 11 mai n’est pas seulement le fait de profs qui ne voudraient par sortir de la tranchée sans préparation d’artillerie. Loin s’en faut. Comme souvent, on tente de les discréditer, de les calomnier, on parle des caissières pour leur faire honte dans une belle ignorance des spécificités du métier, comme si le malheur des uns devait supposer le malheur des autres et non la sécurité pour tous. On oublie l’avis négatif de l’ordre des médecins, on fausse les comparaisons en parlant du déconfinement des écoles dans des pays qui ont été infiniment moins frappés par l’épidémie grâce à une politique de dépistage massive et de port du masque précoce (Corée, Allemagne, Autriche), ce que ce pouvoir a été infoutu de faire !

Chose très surprenante, devant le flou anxiogène des décisions, devant la manière dont le ministre a de se défausser pour les modalités pratiques sur les collectivités locales et les chefs d’établissement, il se trouve que ces derniers eux aussi opposent un non catégorique comme on le verra dans ce communiqué de presse (assez peu repris) du SNPDEN du 20 avril.

Le Syndicat National des Personnels de Direction de l’Education nationale, affilié à l’UNSSA n’est pourtant pas particulièrement rebelle, et est ultra majoritaire dans la profession. Il est même un allié fidèle du ministère pour transformer depuis une petite trentaine d’années les établissements scolaires en PME dont ils sont les patrons. Il faut savoir aussi que la formation des chefs d’établissements suppose nécessairement des stages en entreprise et des cours de management, ce qui est d’ailleurs très révélateur dans le vocabulaire et les méthodes qu’ils emploient pour que ça file droit, depuis 1988. On sera d’autant plus surpris par le ton sans équivoque du communiqué, lequel refuse l’idée de reprise sans les conditions sanitaires et des directives précises, histoire qu’on ne leur fasse pas endosser, si les choses tournaient mal, la responsabilité juridique de la casse humaine éventuelle, une fois que tout sera terminé et qu’on cherchera des lampistes pour payer la note. Et eux aussi, de filer la métaphore militaire à la mode : « Par analogie avec ce qui se passe en termes de mise en cause du commandant du porte-avions Charles de Gaulle, les personnels de direction, en l’état des connaissances scientifiques actuelles relatives au Covid-19, ne sauraient voir leur responsabilité engagée pour des décisions qui ne relèvent ni de leurs compétences ni de leur expertise ».

Bref, Blanquer est prévenu. 

 

Il est vrai que la cause brandie est noble, d’une noblesse sans défaut : finir les programmes par souci d’égalité générationnelle, renouer le lien avec les élèves déscolarisés par le déconfinement, regagner les fameux territoires perdus de la République ! Tout cela a des accents grandioses et hugoliens. Quand on ouvre une école, on ferme une prison ? Peut-être. Quand on ouvre une école, on relance surtout l’économie d’un pays en parquant son ingérable marmaille ! Dans un communiqué au vitriol publié sur leur page Facebook, le collectif des stylos rouges de l’académie de Créteil a justement ironisé en rappelant « que l’école n’était pas la garderie du MEDEF. »

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Les professeurs sont majeurs. Ils n’ont pas besoin de grands discours, ils veulent avant tout des garanties sanitaires. Pour les élèves, pour leurs proches — et même pour eux, voyez-vous ! Car, n’en déplaise à certains, les professeurs n’ont pas vocation à mourir sur le champ d’honneur ! À rendre l’âme sur scène, comme Molière ! Ils n’ont pas franchement passé leurs concours pour ça, et on ne va pas les blâmer de ne pas vouloir y passer, alors que la nation entière est frappée de stupeur et de terreur panique !

Une mesure politique et économique plus que médicale ?

Trêve de discours martiaux ! Trêve d’effusion républicaine ! On connait la chanson… Laissons un peu la parole aux médecins. Que pensent-ils d’une reprise des cours le 11 mai ? Dans un live publié sur Mediapart ce lundi, Éric Caumes, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, s’est inquiété de la réouverture prématurée des écoles. « On sait, dit-il, que ce sont dans les écoles que peuvent s’amplifier ce genre d’épidémie. » Selon lui, « remettre les écoles en première ligne » est une mesure « beaucoup plus politique et économique que médicale ».

"La maîtresse de Kévin a bien changé, tu ne trouves pas?" Désinfection d'une école à Cannes, le 10 avril dernier. © Lionel Urman/SIPA Numéro de reportage: 00955907_000018
« La maîtresse de Kévin a bien changé » Désinfection d’une école à Cannes, le 10 avril dernier.
© Lionel Urman/SIPA Numéro de reportage: 00955907_000018

Si le coronavirus, tel un révélateur, a mis en pleine lumière les manquements de l’hôpital public (et son démantèlement programmé), que nous apprendra-t-il sur l’école publique ? Dans quel état les professeurs et les élèves retrouveront-ils leurs salles, leurs couloirs ? Désinfectés, décontaminés, prêts pour la bataille ? Les masques seront-ils distribués en nombre suffisant ? Les enfants sauront-ils les manipuler comme il faut si la porte-parole du gouvernement confesse ne pas être qualifiée ? Peut-on d’ailleurs faire un cours (ou en suivre un) avec un bâillon sur la bouche ?

Hussards noirs en guerre contre l’ignorance, les professeurs ? Ou chair à canon pour remettre l’économie d’un pays en marche ?

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Vacances, j’oublie rien!


D’un confiné berrichon à la patrie de Pascal Paoli


Mais me reviendras-tu Corsica dans le jour qui se lève ? J’ai toujours voulu associer les paroles d’une chanson de Barbara à celles de Tino Rossi dans l’attaque d’une chronique. Il m’aura fallu attendre l’âge de quarante-cinq ans et un Covid-19 pour y parvenir. Le confinement aura exaucé, au moins, ce désir de mêler Marienbad au rossignol ajaccien, la louve noire et le petit papa noël aux cheveux gominés sous le soleil de Bobino, ces deux-là avaient les cabarets de la rive gauche en héritage. 

Quand reverrons-nous les paillottes corses, mes malheureux amis ?

Derrière la jointure de ces vers, se cache une réelle inquiétude, celle de ne plus jamais boire une liqueur de myrte aux vertus digestives et apaisantes. Mes étés n’auront plus jamais le même goût. La mâche soyeuse du figatellu grillé au barbecue et la suavité du brocciu en dessert vont me manquer. Cette nuit, dans ma campagne berrichonne, j’ai fait le rêve impossible et pénétrant de prendre un vol en direction de la citadelle de Calvi. Je me voyais tangué au-dessus de l’aéroport Sainte-Catherine, balayé par les vents nerveux et saisi par l’effet entonnoir qui surprend toujours les premières fois lors des atterrissages virils mais toujours corrects. Tout en bas, la piste malingre, coincée dans cette cuvette, m’a toujours paru trop courte pour un avion moyen-courrier. La montagne en face, la mer dans le dos et au moment de descendre, plus du tout l’envie de compter les tours génoises disséminées dans le Golfe, juste prier Notre-Dame-de-la-Serra pour fouler enfin cette île de beauté. La Corse se mérite, elle ne s’offre pas au premier touriste qui aspire au farniente et au parasol. Ici, l’huile solaire n’empeste pas les vapeurs d’essence et le bruit du marteau-piqueur ne couvre pas encore le cri du milan royal. L’insularité a conservé certes une certaine âpreté dans les rapports humains ce qui nous change des salamalecs habituels des stations balnéaires. La distance, cette vieille politesse montagnarde, a du bon, elle aura même de l’avenir vu les circonstances sanitaires actuelles. Sur place, on n’a pas le sentiment d’être un portefeuille sur pattes, assailli, contraint à la dépense. C’est reposant. Le commerçant ne tend pas la sébile comme dans d’autres lieux touristiques du bassin méditerranéen. Dans le Nord, plaque 2B au cul du pick-up, la nature s’y exprime encore librement sans les appétits immobiliers voraces, si difficiles à contenir, la population veille, elle a toujours veillé. Elle ne s’est jamais laissée amadouer par les beaux discours de la capitale. La vigilance n’est pas un méchant mot dans la patrie de Pascal Paoli. Une seule question se pose : quand pourrons-nous revenir en Corse ? En août ? À l’automne ? Plus tard encore ? Les autorisations de se déplacer en France seront-elles allégées d’ici à trois mois ? Personne ne peut aujourd’hui le promettre avec certitude, la précaution semble de mise dans les ministères. 

Il nous reste la consultation du Guide Vert…

Tant que l’exténuante présentation Powerpoint, cette dérive managériale qui fait sourire les collaborateurs des entreprises privées, fera office de politique publique, des inquiétudes persisteront. Quid des plages et des paillottes ? Des campings et des écoles de plongée ? Des bars et des hôtels ? Dans un demi-sommeil, je me suis souvenu d’un plat de « Linguine au ragout de calamar et chorizo » préparé par le chef de A Pasturella sur la placette de Monticello, ce village cher à l’homme au cigare et aux lunettes noires. Dutronc et ses chats prennent aux beaux jours des reflets de Madone. On les visitera bientôt comme on randonne sur le sentier du GR20. Et puis, j’ai pensé à ma paroisse, celle des auteurs qui trouvent dans le voyage, un substrat à la création et l’occasion de brûler un à-valoir durement conquis. Que faites-vous de l’œuvre de Michel Déon sans la Grèce ? « Chaque nation, chaque famille, chaque individu vit sur une mythologie qui colore son existence » écrivait Jean d’Ormesson dans Au plaisir de dieu (Folio/1243). Sa mythologie à lui, c’était le château de Saint-Fargeau, à quelques kilomètres de chez moi. Ce que je préfère chez Jean d’O, c’est son autre thébaïde, le port de Saint-Florent à l’embouchure de l’Aliso. Le meilleur de son œuvre réside dans ses photos de vacances prises pour Paris Match, dans sa plénitude bronzée. Chaque année, il nous envoyait une carte postale de son Saint-Tropez balanin. Par son dilettantisme classieux, il vengeait tous les besogneux de l’écrit que nous sommes. Grâce à lui, nous savions qu’il existait dans le royaume de l’édition, un roi paisible qui prenait ses quartiers d’été en Corse et abandonnait son cabriolet Mercedes dans un garage de l’Institut. Il était notre phare. 

En me réveillant, j’ai repris mon vieux Guide Vert pour relire cette introduction : « La Balagne est une enclave de collines fertiles au Nord-Ouest d’une île montagneuse et rude ». Ulysse peut aller se rhabiller avec son cabotage initiatique. Je prends l’engagement devant vous que je reviendrai à Feliceto, Lozari, Ostriconi et à L’Île-Rousse dans un grand Boeing bleu de mer. Mais quand ?

Au plaisir de Dieu

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L’homme est un virus pour l’homme

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Episode 7 :  Avançons masqués


21 avril 2020

Rappel :

La date butoir est annoncée. À partir du 11 mai et sous réserve de bons résultats d’ici là, on commencera tout doucement à ouvrir ce qui est fermé, à reprendre là où on s’est arrêté, à circuler dans un rayon élargi, à condition de respecter les gestes barrières etc. toujours en vigueur. Le port du masque sera obligatoirement facultatif.

Le visage

À choisir, je préfère me passer de la bise amicale que de vivre entourée de visages annulés. Je me contenterais facilement d’embrasser mes intimes, quitte à saluer les amis à la japonaise avec un petit geste de la tête et un discret humm. Le masque me pose problème au niveau esthétique, culturel et relationnel. 

Je ne me lasse jamais de contempler un visage humain. Le visage me parle, les traits se mettent entre mes doigts, on écrit ensemble. Écrire un visage…  c’est un défi immense. Ma sœur, sculpteur, sait le faire en argile et en bronze. J’en parlerai plus longuement dans un épisode sur la Chine.

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Le masque dit chirurgical est moche. Les variations stylées sonnent faux. Les connotations sinistres collent à la peau de ces masques qui bâillonnent, dissimulent, cachent et effacent, coupant le courant qui court du front au menton, la lumière, le sourire, la sensualité, la parole.

Le masque de politesse me gêne quand je suis au Japon. Bien intentionné, pour épargner aux autres les déjections du banal rhume, le masque colle trop bien, je crains, à une demande d’uniformité, d‘effacement et d’anonymat. En revanche, il y a de beaux gestes traditionnels, la main en écran devant la bouche d’une femme qui parle, qui avale un morceau de sushi. Pourquoi pas un éventail anti-corona?

Quant à se protéger avec un bout de tissu quelconque, ça n’a pas l’air de marcher pour l’Iranienne en niqab. On a beau dire, chez nous, que le visage découvert est essentiel en démocratie, c’est tout un travail à refaire. Dans un avenir proche ou lointain. Quand on s’en sera vraiment sorti-de-sorti. Dans une fourchette allant de quelques mois à quelques années, selon le spécialiste qui se prononce. 

Même si les restaurants ne seront pas ouverts le 11 mai, on va éventuellement se réunir en famille, entre amis. Comment faire ? On enlève le masque pour manger ? Chez nous on enlève les chaussures. Le chancelier Sebastien Kurtz a exposé sur CNN la méthode autrichienne de déconfinement ordonné. Les restaurants, c’est à la deuxième étape. On respectera les gestes barrières, on portera le masque … Comment ? Tout autrichien qu’il soit, Herr Kurtz n’a pas su nous dire comment on fera pour manger. Bref, on n’est pas à une contradiction près ! 

Mon frère a transmis un recueil de photos prises aux USA pendant la pandémie de grippe espagnole. Tout le monde est masqué. 50 millions de morts. Ça a fait combien de fois le tour de la terre ?

Le faciès du Covid-19

Ça alors, c’est un masque d’un autre genre. Alors que le drame des cas sévères se joue derrière un écran de discrétion, on voit à la télévision des hommes d’État, des sportifs, des médecins et de simples citoyens frappés « modérément » du Covid-19. Délavés, ébouriffés, faibles et, pire que la mauvaise mine, le faciès du diable cornu. 

Pris entre les griffes du Covid-19, méconnaissable, chancelant, désemparé et fatigué au-delà de l’épuisement, tu traines comme une âme perdue, tu tombes dans un sommeil noir d’encre. Le récit du passé récent est brisé, le souvenir de la maladie est flou. Il y a des rechutes, des coups de barre, des symptômes bizarres. Pour moi c’est la peau. Vexée. Lait corporel, pommade, huile sèche, rien ne la console. C’est la face cachée de la peau qui gratte. 

Confinement bio 

Le confinement, tout le monde le connaît. Neuf mois, niché au cœur du ventre de la mère. D’accord, c’est étudié pour. On est petit, on n’a pas encore découvert le vaste monde, c’est un plaisir profond qu’on recherche de façon symbolique tout le long de la vie, le désir de se sentir enveloppé d’amour chaleureux, de flotter dans les eaux du plaisir.  Sortir trop tôt est périlleux mais à terme ça finit par coincer. Ce mini-corps avec ses membres et son esprit tend vers un ailleurs où il peut s’activer. Pour la mère aussi ça devient trop lourd à porter. 

Aujourd’hui, elles accouchent seules, nov-cor oblige. A mon époque, le père n’avait pas le droit d’y assister. Mariée alors à un médecin, j’ai profité d’une dérogation [la suite ici : madonna madonna]. D’innombrables projets sont figés depuis le 17 mars… la grossesse se poursuit dans un monde brusquement amputé. Le cercle convivial qui chérit la femme doublée d’une vie intérieure qui bouge est réduit aux Zooms et autres SMS. La femme au seuil de donner la vie se méfie de hôpital qui porte la mort par Covid-19 dans son ventre. Il y a des cas qui brisent le cœur, de femmes infectées, comateuses, qui enfantent. 

Un fier sceptique au chevet d’un mourant

En fait, le confinement est « imposé » sur une population consentante, terrorisée,  pourchassée, sans défense contre un ennemi féroce …  C’est simple. On court et on se cache.  

Mais les fiers sceptiques n’ont peur de rien. Les chiffres ? Bof. Vingt infectés ou cinq cent vingt mille, c’est du pareil au même. Cinq morts par jour ou deux mille cinq cent, la mort c’est la vie, et des chiffres on en trouve pour tous les goûts. Pendant que les soignants se dépensent et se dévouent depuis de longues semaines au dernier cercle de l’Inferno, le fier sceptique, du haut de son fauteuil, pérore. « En fait, les autorités ont exagéré. Au fait, ont-ils pensé aux dégâts d’une économie en rade ? Au contraire, il restait, à la fin, plusieurs places libres en réanimation. Tout compte fait, j’avais raison. Les vieux, tu sais, ils ont vécu. Les jeunes qui meurent de cette maladie, à vrai dire fort banale, c’est plutôt l’exception. »

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On va te packager, cher collègue, en tenue de protection de la tête aux pieds. Tu vas t’asseoir à côté d’une affligée entubée, connectée au respirateur, branchée à plus de câbles qu’un poste de travail informatique haut de gamme. C’est ici qu’il faut prononcer ton discours. « Vous savez, ma p’tite dame,  il n’y a pas que la santé dans la vie, la santé, ce n’est pas la valeur absolue. C’est le bonheur. Il faut finir avec cette médicalisation à outrance. Lisons Cicéron…» Il aurait poursuivi l’étalage de son savoir si le tintamarre d’alarmes émis par l’écran clignotant n’avait pas alerté une demi-douzaine de soignants en combinaison blanche qui arrivent en courant. Choqué, notre penseur se croit transporté dans le studio d’une chaîne d’info en édition spéciale.

Immunité du troupeau

À l‘approche d’un début de fin de confinement, on comprend que le gouvernement gouverne et le nov-cor règne. Il n’y a pas d’autre choix que l’immunité du troupeau et on est loin du compte. Si le confinement pèse, le relâchement portera des risques accrus de l’attraper. Pénurie de tests, doutes sur leur fiabilité, manque d’anticorps, questions sur la durée de protection. Les immunisés sont-ils vraiment hors de danger ? Les traitements sont-ils tous aussi rêveurs les uns que les autres ? Que devient l’espoir de confectionner tôt ou tard un vaccin si le nov-cor échappe à tout piège ? Un virus plus futé que les grands scientifiques du 21e siècle ! Se moquer de la stratégie d’un État, féliciter un autre de ses bons résultats, se demander pourquoi on est plus mauvais qu’un voisin, moins pire qu’une grande puissance … Et si ce jeu s’avérait vaine concurrence de maîtrise illusoire ?

L’âge de la retraite

On a eu chaud ! Il était question de laisser gambader les fortiches et de garder les vulnérables en confinement-plus jusqu’à Noël. Les faiblards, quoi, les vieux qui gonflent les chiffres de mortalité, faisant honte à la nation. Ouais, c’est logique. On leur apportera le repas et l’iPad pour skyper avec les proches … Ouais… Les vieux, tu sais … Ouais … Au-dessus de 65 ans. Mais non ! Ceux qui râlent quand on leur demande de travailler jusqu’à l’âge de 65 ans ne veulent pas être du mauvais côté de la ligne de partage nov-cor ! Enfin, ce sera à la discrétion de l’intéressé.  

Il y a des métiers qui disparaissent-forgeron, poinçonneur du métro, photographe sportif-et des indépendants qui travaillent jusqu’au dernier souffle. Et nous, qui avançons main dans la main.

À suivre, Episode 8 : Voyons voir comment on fait face à la pandémie au Japon / hazukashi et en Israël / Etat- mère juive…

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Limogeage à Saint-Jean de Passy: qu’est-ce que « l’éducation intégrale » ?


Le 14 avril dernier, le directeur de Saint-Jean de Passy a été brusquement mis à pied. Un personnage emblématique de cet établissement scolaire d’exception du très chic seizième arrondissement…. 


 

Si le conseil d’administration de l’école a justifié le limogeage de François-Xavier Clément en pointant des « pratiques managériales dysfonctionnelles », c’est plus probablement les méthodes pédagogiques du chef d’établissement qui sont en cause. Se revendiquant de « l’éducation intégrale », ce catholique convaincu a donné à cette école une empreinte particulière, des résultats exceptionnels, mais il a aussi récolté certaines critiques.

Depuis plusieurs années, la pédagogie appliquée à Saint-Jean de Passy a largement développé l’attractivité de cet établissement catholique de l’ouest de la capitale. Il y a d’ailleurs quelques semaines, le Figaro publiait un reportage élogieux sur « l’éducation intégrale » appliquée par son directeur. Uniforme, un enseignement rigoureux et un accompagnement particulier pour chaque élève, le tout accompagné par des cours de catéchèses obligatoires, tout le long de la scolarité. Avec la prétention de former « le cerveau, mais aussi le cœur et l’âme », le directeur de l’établissement pouvait s’enorgueillir de très bons résultats : aux dernières sessions du baccalauréat, 99% des élèves du lycée remportaient leur diplôme avec mention.

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Un virage vers un enseignement plus traditionnel couronné de succès, mais qui aurait aussi suscité quelques tensions : en 2018, un article du Parisien relatait les tensions internes à l’établissement, une partie du personnel éducatif dénonçant une « dérive national-catholique ». En mars dernier, le Figaro soulignait que la ligne pédagogique « ne plaisait pas à tout le monde et certains parents d’élèves grinçaient des dents ». « On s’inquiète de la tournure que le lycée est en train de prendre, ça devient un peu trop militaire à mon goût » aurait ainsi déclaré la mère d’un élève au quotidien de droite.

Hasard ou coïncidence, un mois plus tard, dans des circonstances encore très nébuleuses, le conseil d’administration de l’établissement a fait paraître un communiqué qui pointait du doigt « l’existence de pratiques managériales dysfonctionnelles portant atteinte à la santé et à la sécurité physique et psychique des collaborateurs ». Quelques heures plus tôt, un huissier était dépêché au domicile du directeur François-Xavier Clément, lui annonçant sa mise à pied.

Une situation pour l’instant très confuse, tant les reproches adressés au chef d’établissement semblent servir de prétexte pour évincer un directeur d’établissement aux méthodes résolument conservatrices. C’est en tout cas la conviction du collectif de parents d’élèves « Tous unis autour du Directeur », qui dans son dernier communiqué pointe du doigt « un courant d’opposition interne purement idéologique, lequel n’a rien à voir avec des compétences managériales. ». Un audit aurait été commandé au mois de janvier dernier au cabinet AlterHego par le conseil d’administration. Alors que les conclusions de ce rapport n’ont jamais été publiées et qu’un nombre très restreint de membres du personnel avaient alors été interrogés, les soutiens au directeur dénoncent une cabale montée de toute pièce. Pour ces derniers, cet audit justifie a posteriori un licenciement motivé en réalité par des désaccords idéologiques. Mais pourquoi la méthode de « l’Éducation Intégrale » de François-Xavier Clément fait-elle polémique ?

« L’Éducation Intégrale » : une vision catholique de l’enseignement scolaire

En se revendiquant de « l’Éducation intégrale », le directeur de Saint-Jean de Passy s’est donc exposé à un certain nombre de critiques, qui pourraient bien expliquer sa destitution aujourd’hui. Mais de quoi parle-t-on ? Dans le Figaro publié en mars dernier, François-Xavier Clément revendique s’inscrire dans les pas des « Frères des écoles chrétiennes » qui fondèrent l’établissement en 1839. Un ordre religieux laïc, consacré à l’éducation et l’enseignement.

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Et de fait, « l’Éducation intégrale » est avant tout un concept catholique, qui cherche à détacher l’enseignement traditionnel de sa dimension purement « matérielle ». Au-delà d’une éducation restreinte à la seule acquisition de compétentes et de savoirs, l’Église défend un enseignement aussi capable « de faire grandir l’homme dans son intégralité ». Une vision qui s’inscrit dans la morale catholique, qui considère l’homme comme un être à la fois corporel, mais aussi spirituel.

Dans une conférence organisée en 2006 au siège de l’Unesco sur le thème de l’Éducation, le Saint-Siège avait ainsi rappelé sa vision de l’enseignement : la scolarité n’est pas seulement l’occasion d’apprendre des connaissances pour s’intégrer au monde du travail et à la société ; c’est aussi un outil d’épanouissement personnel et spirituel. Une perspective qui accorde donc une large place à l’enseignement religieux, mais aussi aux humanités (histoire, littérature…). Le tout avec un accompagnement adapté à chaque élève, aucun d’entre eux ne devant être « abandonné » en cours de scolarité.

La pédagogie appliquée depuis 2015 à Saint-Jean de Passy semble résolument s’inscrire dans cette démarche. Une approche atypique pour les défenseurs de l’ancien directeur de l’établissement, anachronique pour ses opposants. Dans le prestigieux lycée parisien, le bras de fer ne fait que commencer…

Dans les banlieues, le péril de l’embrasement

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Il aura suffi d’un prétexte…


Comme si elles n’attendaient que ça – et sans doute est-ce le cas. À l’heure où j’écris ces lignes, on est bien loin d’un « nouveau 2005 », mais il est impossible d’exclure le risque d’un embrasement des banlieues séditieuses où prospère le communautarisme musulman. Maurice Berger a écrit sur le sujet un excellent article dans le dernier numéro de Causeur, j’en parlais moi aussi il y a peu, en évoquant l’hypothèse d’un état de siège.

A voir aussi: Ivan Rioufol sur RNR.tv: « Face aux émeutes de banlieue, Macron devrait décréter le couvre-feu »

J’ai dit « prétexte ». À Villeneuve-la-Garenne, samedi soir, un « jeune » en deux-roues a heurté une voiture de police, ou a été heurté par une voiture de police. Il aurait une fracture de la jambe, peut-être une fracture ouverte. Aussitôt, l’extrême-gauche et les « banlieues » s’excitent sur les réseaux sociaux, affirment que les policiers auraient volontairement sectionné la jambe d’un pauvre innocent d’un coup de portière. Simultanément les mêmes mouvances, souvent les mêmes personnes, dont des diplômés de Sciences-Po qui militent plutôt que de réfléchir et des journalistes (ou auto-proclamés tels) qui militent plutôt que d’informer, parlent d’un autre « jeune » tué par la police à La Courneuve. On verra que la vérité est tout autre. Apparaît le hashtag #Mortsauxporcs (on appréciera la faute de grammaire) appelant à attaquer partout la police et les policiers, nécessairement coupables, nécessairement racistes, nécessairement fascistes.

Linda Kebbab “bougnoule de service”

Deux fonctionnaires de police semblent alors concentrer une haine emblématique : Linda Kebbab et Abdoulaye Kant, traités de « bougnoule de service » et « nègre de maison » par ceux, toujours les mêmes, pour lesquels une Maghrébine et un Noir n’auraient pas le droit de servir l’idéal républicain. Ultime mensonge tenant lieu d’argument : « jamais les Blancs ne vous considéreront comme faisant partie des leurs. » Encore l’obsession raciale, et une contre-vérité manifeste : ce ne sont en l’occurence ici pas des Blancs qui renvoient massivement et presque systématiquement à leurs origines Linda Kebbab et Abdoulaye Kant, mais aussi Zineb El Rhazoui, Lydia Guirous, Zohra Bitan, Jean Messiha, Eric Zemmour ou Fatiha Boudjahlat.

Depuis, les explosions de violence se propagent, Rouen, Asnières, Aulnay, Saint-Denis… et la nuit dernière un commissariat de Strasbourg (quartier de la Meinau) a été attaqué à coups de cocktails molotovs et aux crix de « Allahu akbar », dont il faudra bien admettre qu’il est désormais séditieux. Et que si l’on appelle les choses par leur nom, des émeutiers montant à l’assaut d’un commissariat en hurlant « Allahu akbar » sont des jihadistes, des soldats de l’islam théocratique au service de ses ambitions de conquête.

À l’origine de l’embrasement, une fake news de l’islamo-gauchisme

Quant aux évènements déclencheurs, rétablissons quelques faits. À La Courneuve il s’agit d’une rixe suivie d’interpellations, très vraisemblablement un règlement de compte sur fond des tensions qui parcourent actuellement les trafics de stupéfiants (difficultés d’approvisionnements, notamment via les filières maghrébines, et hausse des prix de 30 à 40%). 

A lire aussi: Linda Kebbab: « Au Val Fourré, les policiers auraient pu se faire tuer! »

À Villeneuve-la-Garenne, le « pauvre jeune » (on lit toujours « jeune », comme pour suggérer qu’il serait trop jeune pour comprendre et donc irresponsable!) est en réalité un multirécidiviste de 30 ans, déjà condamné à 14 reprises pour extorsion, outrages, détentions de stupéfiants, peut-être aussi agression sexuelle d’après un syndicat de police, et en attente de jugement pour menaces de mort. Que faisait-il en liberté ?

Il roulait malgré le confinement, sans casque et largement en excès de vitesse. L’avocat du motard reproche aux policiers d’avoir « délibérément cherché, si ce n’est à faire tomber, a minima à gêner la progression » (selon l’AFP et le Courrier picard).

Mais encore heureux ! Gêner la progression était bien le seul moyen pour l’obliger à s’arrêter. 

Pas d’amalgame ?

Le contraste est éloquent entre ce à quoi la jeunesse radicalisée des banlieues de France réagit et ce à quoi elle ne réagit pas.

On constate dans cet épisode avec effroi que la fameuse « majorité silencieuse » dans les banlieues et dans la communauté musulmane, où qu’elle vive, est une majorité complice, complice des émeutiers, complice des barbares, complice des islamistes (je rappelle les cris devant le commissariat de la Meinau). D’un côté, la tiédeur prudente de cette communauté (malgré de méritoires mais trop rares exceptions) pour condamner les horreurs commises au nom de l’islam ou les crimes de droit commun perpétrés par des personnes « issues de la diversité », voire les pleurnicheries indécentes, l’obsession égocentrique du risque « d’amalgame » prenant le pas sur toute forme d’empathie envers les centaines de morts d’attentats et les milliers de victimes de vols, de violences, de viols. De l’autre côté, les réactions immédiates, massives et enflammées (dans tous les sens du terme) pour défendre un multirécidiviste se cassant une jambe en deux roues !

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Est-ce parce qu’une jambe cassée est jugée plus grave que tout le reste ? Bien sûr que non ! Lorsqu’un « jeune à scooter » qui faisait du rodéo dans sa cité percuta une fillette de 7 ans, il n’y eut pas la moindre mobilisation. C’est tout comme cette « communauté » réagissait toujours et exclusivement pour prendre la défense d’un de ses membres contre quelqu’un qui lui est extérieur, personne ou institution. Extérieur à la tribu ethno-raciale, ou extérieur à l’oumma[tooltips content= »Communauté des croyants musulmans NDLR »]*[/tooltips]. Cet esprit clanique passe avant toute notion de morale, toute réflexion sur la réalité des faits, leur gravité ou les torts des uns ou des autres : l’appartenance à la communauté prime tout. Le reste n’est qu’habillage rhétorique pour marquer des points dans la compétition victimaire. Réflexe tribal primitif, incompatible avec la construction d’une pensée personnelle, le débat d’idées et l’exercice de la démocratie d’opinion, mais… conforme aux prescriptions islamiques.

Al Ghazâli, l’une des principales références du sunnisme actuel, écrivait au XIᵉ siècle : « Si un infidèle empêche, par l’action, un musulman (de faire quelque chose), c’est un acte d’autorité sur le musulman, ce qui constitue une humiliation pour ce dernier. Or le débauché mérite l’humiliation, mais non de la part de l’infidèle qui lui, la mérite à plus juste raison. » Bel enseignement selon lequel un musulman honnête devra prendre la défense d’un criminel musulman contre toute personne honnête mais non-musulmane !

Les médias et Christophe Castaner bien discrets

Et je souligne que l’attitude est exactement la même de la part de cette gauche régressive qui prend systématiquement fait et cause pour les mêmes communautés au mépris de la plus élémentaire analyse : « d’où parles-tu, camarade ? » est la seule chose qui compte à leurs yeux, et certaines catégories de population sont des victimes innocentes ontologiques, du moins tant qu’elles restent dans le rôle caricatural qui leur a été assigné, sans quoi elles deviennent donc les traîtres, « bougnoules de service » et autres « nègres de maison » évoqués plus haut.

Christophe Castaner, Ministre de l'Interieur français en visite à Angouleme, dans un "quartier de reconquete republicaine", le 6 septembre 2019 © Jean Michel Nossant/SIPA Numéro de reportage: 00922605_000042
Christophe Castaner, Ministre de l’Interieur français en visite à Angouleme, dans un « quartier de reconquete republicaine », le 6 septembre 2019 © Jean Michel Nossant/SIPA Numéro de reportage: 00922605_000042

Toujours sans surprise, la couverture médiatique des émeutes est minimale, riche d’euphémismes, entre « incidents sporadiques », « tensions » et autres « agissements de faible intensité. » Dans les rédactions on se donne le beau rôle: « ne pas attiser les haines », « ne pas stigmatiser ».

Quant au gouvernement, il réagit avec la même « détermination » qu’au début de l’épidémie de Covid-19, puisqu’à l’instant présent on est sans nouvelles de Christophe Castaner. Sans doute trois jours d’appels massifs à assassiner des policiers accompagnés d’attaques de commissariats dans plusieurs villes de France ne sont-ils pas jugés assez graves pour que le ministre de l’Intérieur daigne prendre la parole.

A lire aussi: Majid Oukacha: « L’islam est une religion violente, misogyne et liberticide »

Mais dormez tranquilles braves gens, les forces de l’ordre sont dévouées et armées. À moins que… ont-elles vraiment le droit d’utiliser leurs armes ? On sait les torrents d’injures et de menaces qu’a affrontés Zineb El Rhazoui lorsqu’elle a rappelé publiquement l’existence de la légitime défense pour les forces de l’ordre. Et les policiers, les gendarmes, les militaires, prendront-ils le risque d’être désavoués par des médias détachés du réel, des responsables politiques irresponsables, et condamnés par des juges militants ? Ibn Khaldoun a tout dit il y a longtemps sur les conséquences du divorce entre une masse qui ne regarde l’usage de la force qu’en se bouchant le nez, et ceux qui sont chargés de la protéger en utilisant la force si besoin. Et si vous voulez dormir encore moins tranquillement, intéressez-vous à ceci : les forces de l’ordre sont armées, mais les armes ont besoin de munitions. Cette France qui a soigneusement délocalisé sa production de masques et de médicaments, avec les conséquences que l’on connaît, qu’a-t-elle fait de sa production de munitions ?

Que nos dirigeants prennent garde : face à la pandémie, les initiatives locales ont heureusement pallié leur incurie pour fabriquer et distribuer des masques, ou rechercher un traitement. L’inaction des gouvernements face aux explosions de violence tribale et à la complaisance d’une trop grande partie de la magistrature aura tôt ou tard le même résultat : des initiatives locales prendront le relais. On appelle cela des milices. Il ne reste qu’à espérer que le Didier Raoult des forces de l’ordre qui concentrerait le premier la faveur populaire serait un authentique serviteur de la France, et non un arriviste sans scrupules !

A voir aussi, Elisabeth Lévy sur Sud Radio: « Villeneuve-la-Garenne, c’est qui le patron ? »

Les enfants uniques, grands oubliés du Covid-19

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D’un confiné berrichon à tous mes jeunes frères et sœurs oubliés du Covid-19


Je m’adresse à toi qui n’auras droit à aucun reportage télé. Ta solitude n’intéresse pas les médias. Tes tracas sont inaudibles. Ton mal-être est superflu. Te plaindre passerait pour une provocation en ces temps de crise sanitaire. Rassure-toi, je suis là, mon petit, je ne laisserai plus les insultes et la méchanceté s’abattre sur ta personne. Je sais ce que tu endures. Je connais le bruit de la médisance et la hargne contre nous autres. Aujourd’hui, nous devons faire bloc. Cette furie populaire insensée, vieil héritage des familles nombreuses, nous la subissons sans moufeter, sans nous rebeller, nous riions même des blagues sur notre caractère supposé capricieux d’enfant gâté, chéri, pourri, idolâtré, trop heureux pour être honnête, trop aimé certainement. Quels efforts insurmontables n’avons-nous pas entrepris pour aller au-devant des autres, jusqu’à pratiquer, dès le plus jeune âge, l’autodérision et l’autoflagellation ? Nous sommes des champions en auto-défense. Les autres nous détestent, ils nous font payer notre singularité. Elle est suspecte et néfaste, à leurs yeux. S’ils le pouvaient, ils interdiraient la politique de l’enfant unique. Ils se vengent par malveillance, juste par envie de blesser, de faire mal. 

Mal aimés, nous sommes les mal aimés

La délation qui resurgit actuellement répond au même ressort psychologique : nuire à son prochain en espérant en tirer un quelconque profit ou apaiser ses pulsions malsaines. Il faut relire les évangiles pour savoir que toute ignominie flétrit l’âme, abîme plus qu’elle ne guérit. Depuis la nuit des temps, ils colportent sur nous les mêmes stéréotypes. Nous cumulons tous les vices, notre individualisme nous pousserait vers un égoïsme abject. Évidemment, nous resterons toujours de sales gamins accrochés à leurs jouets comme à leurs privilèges, surprotégés bien sûr, ignorant le sens du partage et du sacrifice. Nous avions droit à quatre pots de MaronSui’s le soir au dîner, c’est dire notre gloutonnerie capitaliste, notre totale absence de mesure. Combien de fois, ai-je entendu des jeunes mères venant d’accoucher et souhaitant donner au plus vite un frère ou une sœur à leur progéniture de peur que celle-ci ne prenne les travers de l’unicité et s’engage dans la voie de la délinquance familiale ? Avec une fratrie à ses côtés, ce nouveau-né sera sauvé, très tôt, il apprendra à respecter les autres, sinon, il nous ensevelira sous des désirs contradictoires et inassouvis. Que savent-ils de nos angoisses ? Ils nous imaginent en rois et reines des foyers, despotes pas du tout éclairés, commandant nos parents à la baguette, comme si chaque minute devait nous être pleinement et entièrement consacrée. Relevons la tête, ensemble, mes amis ! Le confinement, nous le vivons depuis le jour de notre naissance. L’ennui est notre ami imaginaire. Nous avons appris à contenir sa fougue, à contrecarrer ses plans obscurs. Les sarcasmes, nous les encaissons depuis la cour de la maternelle. Notre statut d’enfant unique suscite la jalousie de nos camarades et de leurs parents. 

A lire aussi, Peggy Sastre: Confinement, discipline et bonnes manières

Ne sois plus seul à porter sur tes frêles épaules toutes les aigreurs de la société. Depuis plusieurs semaines, on t’a même carrément abandonné. Ton sort n’intéresse personne. On préfèrera évoquer le quotidien des nécessiteux qui vivent à dix dans trente mètres carrés, tous les violentés des achélèmes et les dealers désœuvrés des cages d’escalier, qui faute d’approvisionnement, ruminent leur haine du système. Si tu cumules la double peine : enfant unique et vivant à la campagne dans un village de moins de 2000 habitants, tu n’existes pas dans ce pays. Les reportages se réjouissent du retour des jeux de société de notre enfance. Au secours, notre cauchemar revient. Les salauds, quand arrêteront-ils de nous narguer ? Pour les enfants uniques, le Monopoly, le Cluedo ou le Puissance 4 font remonter, à la surface, des blessures encore vives. Avez-vous déjà essayé de faire un Mastermind tout seul ? Vous comprendrez le sentiment d’abandon et d’échec qui nous saisissait si souvent durant les longues vacances scolaires. 

Courage, mes frères

Alors, je pense à vous en ces jours pénibles. Ce confinement ne nous tuera pas ! Je veux vous éviter de sombrer dans la dépression ou la misanthropie. Même, si sous la plume de Paul Léautaud, ça donne de belles pages de littérature : « Déjà peu liant, n’éprouvant nullement le besoin d’une société, le même que j’avais été enfant, je n’avais guère non plus de compagnons dans mes allés et venues de Paris à Courbevoie, et c’était presque toujours renfrogné dans un coin de wagon que j’allais à mes besognes et en revenais » (Amours/L’Imaginaire Gallimard numéro 345). Tenez bon mes camarades ! La route est longue, j’ai aussi une pensée pour mes vieux frères et sœurs qui doivent faire face au grand âge de leurs parents. Face à cette injustice-là, l’enfant unique est encore plus seul.

Amours

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La grande peur de l’an 2020


Avec le Covid-19, le monde redécouvre les croyances populaires attachées aux grandes épidémies. Sans céder à la superstition, il faudrait savoir profiter de cette période de latence pour reconquérir autonomie et sens des limites.


Imprévisibles et invasives, les épidémies créent des situations de crise dont le caractère « apocalyptique » frappa déjà les Anciens : « Il est impossible de décrire les ravages de ce fléau ; il sévissait avec une violence inexprimable et comme inhumaine », écrit l’historien Thucydide de la peste d’Athènes (430 av. J.-C.). Différant en cela de la maladie, l’épidémie surgit tout à coup, sème l’épouvante puis disparaît, et le scénario de son passage est étonnamment constant à travers les âges : panique face à un mal venu d’un pays lointain – l’Éthiopie ou l’Asie centrale hier, la Chine aujourd’hui –, comportements irrationnels, relâchement des mœurs et des liens sociaux, catastrophe économique et démographique, migrations des villes vers les campagnes supposées plus sûres. Attisant les peurs et réveillant les pulsions asociales, l’épidémie est aussi, comme toutes les grandes catastrophes, un puissant révélateur anthropologique : tandis que certains risquent leur vie pour secourir autrui, d’autres se livrent au pillage et au stockage. Quand la mort rôde, pourquoi ne pas jouir de la vie à n’importe quel prix ?

La fuite d’autrefois

Les citadins qui ont été ces derniers temps critiqués pour avoir quitté la ville n’ont jamais fait que suivre instinctivement le conseil donné il y a vingt-cinq siècles par Hippocrate : « Pars vite et loin et reviens tard » ! Montaigne ne s’en est pas privé quand la peste ravageait Bordeaux (1585), ni avant lui les personnages du Décaméron de Boccace (1353), quittant Florence pour une villégiature où ils pouvaient s’adonner à des plaisirs intellectuels et charnels. Ce qu’on fuyait jadis était toutefois moins le confinement prophylactique que l’entassement des bien-portants et des malades dans des cités infestées par la maladie. Si la fuite semblait à l’époque la seule conduite sensée, c’est aussi qu’il existait encore un « ailleurs » où le risque paraissait moindre ; la notion de « contagion » étant alors mal connue des médecins. Depuis toujours amplifiée par les transits humains et les échanges commerciaux, la contamination a désormais le champ libre grâce à la mondialisation. L’épidémie planétaire de coronavirus met de ce fait en lumière, davantage que celles qui l’ont précédée (grippe aviaire, SRAS, Ebola), l’exiguïté de la Terre qui semble elle aussi confinée dans le système solaire, indifférent à la vulnérabilité des humains. Cloisonnant fébrilement après avoir ouvert à tous les vents, les Terriens découvrent qu’ils n’ont plus de retraite vraiment sûre, et aucun plan B dans une autre galaxie.

En dehors des quelques bravaches qui continuent de les trouver liberticides, les limites sont bel et bien redevenues nécessaires…

On ne parle pourtant que très rarement de « fléau » comme lors des grandes épidémies (typhus, choléra, variole) qui ont périodiquement décimé les populations européennes, telle la terrible « peste noire » au XIVe siècle. Le « fléau » (lat. pestis) fut en effet si étroitement associé à la peste que, celle-ci disparue, un changement de vocabulaire devint nécessaire ; la langue gardant néanmoins mémoire du traumatisme épidémique en rappelant qu’on n’a parfois de choix qu’entre la peste et le choléra. Mais c’est aussi que la médecine semblait avoir suffisamment progressé pour invalider la vieille croyance biblique en une malédiction divine punissant les hommes de leur inconduite au moyen des trois fléaux que sont la famine, la guerre et la peste. On pensait pouvoir dès lors réserver ce terme à d’autres calamités : génocides, dictatures sanguinaires, asservissements divers. Hitler ne fut pas à cet égard un « fléau » moins redoutable que la peste, ni l’idéologie nazie moins « contagieuse » que le coronavirus aujourd’hui. 

L’aléatoire reprend toujours plus ses droits

À travers chaque épidémie nouvelle, l’aléatoire reprend ses droits, et la fonction purificatrice du fléau, jadis mise en exergue par le discours théologique, tend à ressurgir sous un jour nouveau, en lien plus ou moins étroit avec la théorie du complot : Qui organise dans l’ombre une telle débâcle, et à quelles fins ? Car un fléau n’est pas une simple catastrophe s’abattant sur une population désarmée. C’est aussi la flèche centrale des anciennes balances qu’on voit dans la main des justiciers humains ou divins, et c’est enfin l’instrument agricole qui séparait le bon grain de l’ivraie lors du battage des céréales, comme le rappelle le père Paneloux dans La Peste d’Albert Camus (1947). Impitoyable et ravageuse, l’épidémie faisait alors figure de crible, de sas d’où les Justes sortiront non seulement indemnes, mais régénérés. Si plus personne, ou presque, n’ose l’affirmer de manière aussi moralisatrice, la question hante pourtant encore les esprits : de quel dérèglement le mal causé par ce virus pourrait-il bien être le symptôme, et de quelle équité supérieure le bras armé ?

L’idée qu’une épidémie touchant la collectivité soit le prix à payer pour une dérégulation de l’« ordre des choses » est une vieille hantise de la conscience occidentale depuis les tragiques grecs. Auteur involontaire de la souillure qui a attiré la peste sur la ville de Thèbes, dont il est devenu le roi, Œdipe devra s’exiler après avoir découvert son double forfait (parricide et inceste). Figure du Destin aveugle, mais implacable, l’épidémie s’éloigne dès que cessent la démesure ou la souillure. L’idée est donc vieille comme le monde que la corruption du chef puisse entraîner celle du corps social tout entier sur qui s’abat alors tel ou tel fléau. Idée irrationnelle il va sans dire, mais symboliquement forte, qui responsabilise au suprême degré une fonction qui est censée être aussi une mission. Alors que les peurs archaïques sont à peu près toujours les mêmes, le peuple se contente aujourd’hui d’espérer que les responsables politiques prendront les bonnes décisions puisque avec une épidémie, on passe « d’une clinique de l’individu à une biopolitique des populations [tooltips content= »Jean Lombard et Bernard Vandewalle, Philosophie de l’épidémie, Paris, L’Harmattan, 2007, p. 121. »][1][/tooltips]. » À supposer qu’une gestion rationnelle de la crise sanitaire vienne rapidement à bout du coronavirus, on se demande quel imaginaire transformera la morbidité ambiante en promesse de renouveau sans que la « leçon » délivrée par l’épidémie se transforme nécessairement en acte d’accusation ou de contrition.

Seattle, durant la pandémie de grippe espagnole, 1918. Images/SIPA - 1903141219- Mary Evans
Seattle, durant la pandémie de grippe espagnole, 1918.
Images/SIPA – 1903141219- Mary Evans

Parce qu’il est devenu bien réel, le risque de contamination fait de tous les citoyens du monde des « pestiférés » potentiels. Se souviendront-ils, après l’épidémie, qu’une communauté d’intouchables abolit de fait tout système des castes au profit d’autres hiérarchies, ou allons-nous simplement vers « l’unification microbienne du monde » (Le Roy Ladurie) ? Deviendrons-nous plus attentifs à d’autres formes de contamination qui laissent présager que les « épidémies psychiques » seront, comme le pensait Carl Gustav Jung, le fléau des temps à venir (Présent et avenir, 1958) ? Ainsi certains médias participent-ils à la transmission de ce virus qu’est la peur, aussi dangereux pour l’immunité psychique que celui contre lequel on se bat. Un art de la juste distance sera donc à réinventer, qui permettrait de différencier proximité et promiscuité, contagion et information.

Il était d’autre part de bon ton d’associer le repli sur soi à une forme « nauséabonde » de confinement. Mais ne voilà-t-il pas que les mauvaises odeurs virales viennent de l’extérieur et qu’il faut bien, pour s’en protéger, s’enfermer chez soi et redécouvrir l’utilité des limites qu’on se faisait fort de transgresser ou de vilipender. En dehors des quelques bravaches qui continuent de les trouver liberticides, les limites sont bel et bien redevenues nécessaires, et il va falloir s’en accommoder pour un temps encore indéterminé. Qui sait si on n’y trouvera pas finalement un repos de l’esprit, et un charme inattendu ? Les conseils, en attendant, pleuvent quant aux mille et une manières d’occuper ce temps immensément vide, mais rempli à ras bord d’anxiété. Savoir profiter de cette période de latence pour reconquérir son autonomie reste l’affaire de chacun, même si c’est bien au plan collectif ce qui va devenir prioritaire : collaborer, échanger, commercer et converser bien évidemment, mais aussi cesser de recevoir d’autrui la norme qui régit sa vie.

Restaurant une dignité perdue, l’autonomie renforce aussi l’immunité dont on a oublié qu’elle n’est pas un passe-droit dont abusent les puissants, mais une autorégulation bien plus subtile encore qu’une frontière, puisqu’elle permet à un organisme d’absorber sans danger ce qu’il est capable de neutraliser ou de transformer. Il serait temps qu’on s’aperçoive – Peter Sloterdijk est l’un des rares à l’avoir fait [tooltips content= »Voir en particulier Tu dois changer ta vie (trad. O. Mannoni), Paris, Libella-Maren Sell, 2011 et en dialogue avec Alain Finkielkraut, Les Battements du monde Paris, Fayard/Pluriel, 2005. »][2][/tooltips]– que les sociétés occidentales, ballottées entre arrogance et repentance, sont devenues des organismes immunodéficients dont l’intelligence reste vive, mais qui doivent de toute urgence réapprendre qu’on ne commet pas un crime contre l’humanité en survivant.

A lire aussi: Coronavirus, il n’y aura plus de retour à la normale

Autant la peste semblait théâtrale et romanesque [tooltips content= »De cette abondante littérature on retiendra « Le théâtre et la peste » d’Antonin Artaud, Le Hussard sur le toit de Jean Giono et La Mort viennoise de Christiane Singer. »][3][/tooltips], autant le Covid-19 est à l’image d’un monde dont l’imaginaire est à la fois surexcité et appauvri. C’est un peu comme si l’on était passé de l’opéra baroque aux stridences glacées de la musique contemporaine. Peut-être trouvera-t-on dans quel style rendre un jour compte de cette épidémie, comme le fit après-coup Daniel Defoe de la grande peste de Londres (Journal de l’année de la peste, 1722) qui tua environ 20 % de la population (1665). Quant à l’éventuel retour de ce fléau, nous ne craignons rien puisque les milliers de rats qui prolifèrent dans Paris-poubelle, et sans doute ailleurs dans l’Hexagone, semblent pour l’heure en excellente santé.

Monseigneur de Belsunce pendant la peste de Marseille. Peinture de Francois Gerard (1770-1837) 1834 Dim. 2,58x1,91 m Marseille, musee des Beaux Arts © photo Josse/leemage
Monseigneur de Belsunce pendant la peste de Marseille. Peinture de Francois Gerard (1770-1837) 1834 Dim. 2,58×1,91 m Marseille, musee des Beaux Arts
© photo Josse/leemage

Strasbourg: retour sur une « fake news » pas si « fake » que ça

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Xose Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Racailles contre policiers dans le quartier de la Meinau: d’un côté on exagère, de l’autre on minimise.


Il arrive qu’on lise qu’une policière a été rouée de coups. En réalité elle n’a reçu qu’un coup, au demeurant léger. Fake news ? Une autre fois on apprend qu’une voiture de police a été incendiée. Dans les faits c’est juste sa carrosserie qui a été noircie. Fake news ? Un autre moment on nous relate que des flics ont reçu des cocktails Molotov. Non, il s’agissait seulement de boulons. Fake news ?

Faudrait savoir…

Avec l’information on peut se permettre beaucoup. La passer sous silence. La monter en épingle. On peut ne pas parler des trains qui déraillent et s’intéresser uniquement à ceux qui ne déraillent pas. Il est possible également – et fortement conseillé – de ne pas se focaliser sur les chômeurs et de porter toute son attention sur ceux qui ont un travail.

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Ce qui s’est passé à Strasbourg s’inscrit dans ce petit exercice classique et bien rodé. Sur une vidéo, vue des centaines de milliers de fois, on aperçoit des jeunes encapuchonnés devant la façade en flamme d’un bâtiment du quartier de la Meinau. Il s’agit, nous affirme-t-on, d’un commissariat de police.

Ramenez les racailles à la maison

La droite nationale est prompte à réagir. Marine Le Pen dénonce le règne de la « voyoucratie » et demande à la police de ramener les « racailles » à la raison. Dans un communiqué apaisant, la police du Bas-Rhin contredit les plus excités sur les réseaux sociaux : « aucun bâtiment de police n’a fait l’objet de telles exactions ». Fake news, alors ?

Le mieux c’est quand même d’aller voir au plus près. Et au plus près il y a les Dernières Nouvelles d’Alsace. Son article est précis et documenté. Dans la nuit de lundi à mardi il y a eu « des feux de poubelles et de façade » dans le quartier de la Ménau. Était visée la Maison du Projet qui vise à renseigner les habitants sur la rénovation urbaine du quartier. Dans la partie arrière du bâtiment il y a le commissariat de police. Donc les « jeunes » n’en voulaient pas aux flics. Peut-être qu’ils n’avaient pas envie que leur quartier soit rénové.

Journalistes de l’Est, informez !

Pour notre part nous ne voyons pas pourquoi il serait moins grave de s’attaquer à une maison de projet plutôt qu’a un commissariat de police. Sur la vidéo le son est d’aussi bonne qualité que les images. On y entend clairement des « Allah Akbar ». Les Dernières Nouvelles d’Alsace s’empressent d’indiquer ceci à ce propos : « on ne sait pas s’il ne s’agit pas d’un montage sonore ». Mais quand on ne sait pas, ne vaut-il mieux ne rien dire ?

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La mairie de Strasbourg se veut rassurante tout comme la police. « Le confinement a été globalement bien respecté ». Les incidents de Strasbourg seraient donc, pour reprendre l’expression du père de Marine le Pen, un « point de détail » dans la cité alsacienne. Il y a des points de détails qui valent la peine qu’on s’y intéresse.

Zemmourien de gauche

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Photo: Hannah Assouline

Ma guerre en short. La chronique de Cyril Bennasar.


Parfois, on me dit que je suis de droite. Ça me surprend toujours. Je me retourne pour voir si on ne s’adresse pas à quelqu’un d’autre. Aujourd’hui encore, malgré Anne Hidalgo, Yannick Jadot, Danièle Obono et les décoloniaux, je suis de gauche. Malgré Aurélien Taché, les LGBT et l’ABC de l’égalité, malgré Taubira, Esther Benbassa, Ian Brossat, l’Obs et Télérama, je suis de gauche. Malgré Plenel et Adèle Haenel, malgré Pierre Bergé et Laurent Berger, toujours de gauche ! Même si je place la liberté avant l’égalité, je suis de gauche. À la dernière présidentielle, alors que tout le monde autour de moi votait pour Fillon, je votais pour le parti du peuple. Aujourd’hui encore, je soutiens Le Pen. Attention : Marine, pas Marion. Je ne suis pas de droite. 

Ces idées matraquées sur la droite auxquelles j’ai longtemps cru

Pendant longtemps, pour moi la droite, c’était la droite Fillon, le parti du notable qui se laisse corrompre pour entretenir un manoir en province et qui disparaît dans la finance quand tourne sa chance. C’était le camp de ceux que le sens de l’État n’encombre pas, de ceux qui calculent, qui comptent, qui abandonnent un peu trop vite leurs idéaux pour leurs intérêts, qui sont au service privé de leurs ambitions, qui pensent que tout s’achète, qui délocalisent pour rester sur le marché, qui importent des ouvriers dociles et corvéables à merci, et qui, quand ça les arrange ringardisent la patrie. Après eux le déluge et avant tout les profits. 

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Longtemps je n’ai vu que celle-là. Par paresse, je n’ai jamais ouvert un Figaro Magazine. Je ne voyais là qu’un catalogue de pubs chez le dentiste de Charles Consigny. Je riais de bon cœur avec Libé qui avait pastiché le « Figaro Madame » avec des affiches de « Libération Madame » dans le métro. Je regardais de loin cette famille politique disqualifiée, ridiculisée par les formules de Renaud (« Ducon-Pauwels » ou « On ne peut pas être à la fois Jean Dutourd et Jean Moulin » ) ou encore de Jean-Roger Caussimon (« les notaires et les notables »). Longtemps la droite, c’était le camp de ceux qui sont toujours du côté du manche. Longtemps, je n’ai connu l’histoire de la Seconde Guerre mondiale que racontée par la gauche, l’Humanité interdite, le parti des fusillés, le Figaro antisémite et la droite collabo. 

La richesse de mon dialogue intérieur

Je n’imaginais même pas qu’une autre droite puisse exister. Celle qui pense et qui s’engage, qui met ses convictions devant ses ambitions, la droite de la droiture, du courage et du combat, qui défend sa liberté aux dépens de ses intérêts, qui se sent d’abord héritière de sa patrie, de sa culture, de sa civilisation et qui prend à cœur de les défendre, qui effraie le patron, l’affairiste, le rentier, l’héritier, le bourgeois. Celle-là,  Je l’ai rencontrée trop tard. Quand j’ai découvert la droite d’Alain de Benoist, celle d’Eric Zemmour et celle d’Eugénie Bastié, pour moi c’était déjà plié. J’ai été trop habitué, je n’ai pas envie de changer. Le mot « droite » restera à jamais péjorativement connoté. Et quand il faut choisir entre Jean-Christophe Lagarde et Céline Pina, je me dis qu’avec la gauche « Charlie », je ne me suis pas trompé.

Sur la question de l’immigration, je suis zemmourien, et donc un zemmourien de gauche. Je me débrouille avec cet oxymore. Je passe mon temps à penser contre moi-même. En mon for intérieur, je me débats dans un grand débat, une intime corrida, une psychomachie. Comme à la télé, c’est toujours le zemmourien en moi qui ouvre les  hostilités et qui exhorte  l’homme de gauche à abjurer : « C’est la gôôôôche qui est responsable, c’est la gôôôôche BHL, Globe et SOS racisme, celle des pétitions et des intimidations qui a poussé à la roue de l’immigration, qui traite de racistes tous ceux qui déplorent l’invasion migratoire, et ce, depuis quarante ans ! ». 

A lire aussi, Jean-Marie Le Pen: « Cette espèce de grève générale volontaire me paraît suicidaire »

Et l’autre, enfin moi, enfin l’autre moi lui répond : « Mais c’est la droite qui a fait venir les immigrés, la droite des patrons, la droite du Figaro et de Marcel Dassault, la droite de Pompidou, de Barre et de Giscard, la droite du cynisme et des affaires, et toutes les suivantes n’ont rien empêché. Et c’est la gauche de terrain qui a accueilli la misère, celle du bon cœur près de chez soi, celle de l’angélisme, tu parles d’un crime ! » 

Le zemmourien revient à la charge : « Mais c’est la gôôôôche qui a joué l’antifascisme pour casser la droite, qui parle de rafles et de camps quand on veut renvoyer des clandestins. » 

Ce à quoi l’autre moi répond : « Finalement, le vrai responsable de l’immigration massive, c’est Le Pen. Il a beau nous avoir alertés depuis le début, on n’est pas audible sur la question migratoire quand on a des amitiés nazies, des blagues racistes et des plaisanteries sur la Shoah ! Il ne pouvait pas l’ignorer. Entre la France et la provocation, il a choisi son camp. Je ne renierai pas le mien, celui de mes années anti-le Pen. Même sous la torture. » 

À la fin, nous tombons d’accord, ce sont surtout les ouvriers des banlieues, de droite et de gauche qui ont morflé, et qui ont assimilé comme ils ont pu leurs camarades de classe, ou qui ont fui les  territoires occupés. 

Ce n’est pas de tout repos de vivre avec un oxymore dans la tête, je me demande comment Michel Onfray se débrouille avec le sien quand il se dit Nietzschéen de gauche.

Relire la chronique précédente: Mea culpa

Mais où sont donc passées les violences conjugales liées au confinement?

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La Secrétaire d'État Marlène Schiappa, prononçant un propos quelconque, sur un joli canapé, le 5 mars dernier à Paris © ERIC DESSONS/JDD/SIPA Numéro de reportage: 00948858_000013

Les chiffres publiés par le ministère de l’Intérieur début avril sont fort rassurants, mais personne n’en parle.


Fin mars, sur Europe 1, la secrétaire d’État à l’égalité femmes-hommes Marlène Schiappa citait des données effrayantes. « Il y a + 32 % de signalements de violences conjugales en zone gendarmerie en une semaine et + 36 % dans la zone de la Préfecture de police de Paris en une semaine également ». Puis, le 6 avril, la note Interstats conjoncture N°55 du ministère de l’Intérieur est tombée. On y apprend que les coups et blessures volontaires sur personnes de plus de 15 ans sont en recul de 33% et les violences sexuelles de 43% entre mars et février 2020. Peut-on imaginer que le confinement ait apaisé les rues au point de masquer la hausse des agressions domestiques ? Ce n’est pas impossible, mais c’est improbable. Les violences familiales représentent, schématiquement, 45% du total des coups et blessures volontaires. Il faudrait vraiment qu’il ne se passe plus rien ailleurs, pour qu’une augmentation d’un tiers des violences dans les foyers passe inaperçue. Or, les journaux relatent chaque jour des faits-divers.

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Autre indicateur, le standard du 3919, centre de conseil et d’écoute pour les femmes victimes de violence, est loin d’exploser. Il enregistre un modeste surcroit d’activité : 1949 appels la semaine du 6 au 15 mars, 2237 appels la semaine du 30 mars au 5 avril. On est très loin du record enregistré pendant la semaine du Grenelle des violences conjugales, en septembre 2019, à 5766 appels hebdomadaires. Le numéro SMS d’urgence, le 114, a reçu quelques dizaines de messages d’appels au secours relatifs à des violences conjugales en une semaine, a précisé Christophe Castaner le 6 avril. C’est toujours trop, mais c’est peu.

Pas de flambée en région

Ce n’est pas tout. Fin mars, interrogés par France Inter, les parquets de Paris, Bobigny, Pontoise, Nanterre, Créteil, du Gard et l’Oise, ne constataient aucune augmentation des dossiers de violences conjugales depuis le début du confinement. Dans le Doubs, écrit l’Est Républicain du 2 avril, « la police a enregistré trois fois moins de plaintes liées aux violences intrafamiliales qu’en mars dernier. Le constat est identique en zone gendarmerie ». Quant aux gendarmes du Nord, raconte France Bleu le 7 avril 2020, ils « n’ont pas constaté, pour le moment, de hausse des signalements de faits de violences conjugales ». Dans le Finistère, indique Ouest-France, elles sont en baisse en mars, en zones police et gendarmerie. Rien à signaler non plus à Dieppe, selon Paris-Normandie. Sur Bordeaux Métropole et Arcachon, lit-on dans Rue89 Bordeaux,  les interventions de la police pour violences familiales sont en hausse de 25% la première semaine du confinement par rapport aux semaines précédentes, mais les chiffres sont modestes : 55 interventions contre 44 en moyenne. Il faut chercher longtemps pour trouver une vraie explosion : +83% de violences intrafamiliales dans la zone gendarmerie de Haute-Garonne sur la période allant du 17 mars au 5 avril, par rapport à la même période de 2019. Une hausse considérable, mais avec un bémol. II est question de moins d’une trentaine d’affaires. Peut-on parler d’un déchainement de violences causés par la promiscuité forcée ?

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Il faut souligner par ailleurs que la police et la gendarmerie ont été fortement inciter à se pencher sur les violences conjugales ces derniers mois, avec visites-mystères pour jauger la qualité de l’accueil en commissariat et en gendarmerie. Cela aurait sans doute entrainé, en temps normal, une hausse des faits enregistrés.

Une erreur qui allait dans le sens du vent ?

Les chiffres de Marlène Schiappa, repris ensuite par Christophe Castaner, ont été acceptés comme des évidences. Confronté à une baisse nette des faits signalées dans le Doubs, l’Est Républicain en a conclu que les victimes, placées sous la surveillance permanente de leur bourreaux, n’osaient plus porter plainte. Mais pourquoi l’avaient-elles fait la première semaine ? Nous avons demandé des précisions à ce sujet à la préfecture de police de Paris et au ministère de l’Intérieur, sans réponse. Le thème de l’explosion des violences conjugales a d’ailleurs disparu des communications publiques.

Hypothèse à envisager, une erreur d’interprétation sur les premières données. Si la délinquance de rue baisse significativement, la part des agressions interfamiliales augmente dans le total des violences aux personnes[tooltips content= »Imaginons 100 faits enregistrés, 45% au foyer, 55% dans la rue. Les agressions dans la rue tombent à 30 faits. Les agressions domestiques, stables, passent mécaniquement de 45% à 60% du total, soit une hausse apparente d’un tiers… »](1)[/tooltips]. Il y a peut-être eu une lecture hâtive des données, dans un sens conforme au préjugé du moment, femme victime et homme violent, forcément violent.

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Il faudra quelques semaines pour établir des chiffres robustes après le confinement. S’il y a eu une hausse nette des violences, tous les médias en parleront. Dans le cas contraire, retrouvez nous sur Causeur.fr.

Covid-19: les professeurs sommés d’aller au front

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Courage "Maman", le 11 mai approche ! © Stephane ALLAMAN/SIPA Numéro de reportage: 00954344_000001

Des enseignants envisagent bien de reprendre nos marmots à partir du 11 mai, malgré les très fortes craintes pour leur santé. Si la décision divise tant, c’est aussi parce qu’ils aimeraient être certains qu’on ne les envoie pas au feu uniquement pour relancer la machine économique.


Les hussards noirs à l’assaut de la peste noire ! Voilà qui sonne bien ! Voilà qui sonne beau ! Voilà qui sonne noble ! Est-ce le titre d’un roman de Charles Péguy resté jusqu’à ce jour inconnu ? Celui d’un poème surréaliste d’André Breton déniché dans un vieux grenier — d’une toile délirante de Salvador Dali retrouvée dans un coffre ? Non pas ! Il s’agit du tout nouveau slogan élyséen et matignonesque ! Du dernier refrain de la fanfare militaire médiatique — fanfare unanime sur un point : le corps enseignant doit faire montre d’une dévotion patriotique sans faille — et vite regagner son poste de combat ! « Vous les professeurs, vous les instituteurs, montez au front ! Vite, braves soldats de la République ! Fers de lance de la Nation ! Elle compte sur vous ! À un moment, il faut y aller (bande de trouillards) ! »

Soudain, ces premiers de cordée-là ne sont plus oubliés

Il y a des appels à la mobilisation qui sonnent faux. Il y a des appels à l’enthousiasme républicain qui sonnent creux. Edouard Philippe et Emmanuel Macron, soudainement émus par les inégalités sociales que le virus a creusées dans « certains territoires », par « l’inégal accès aux enseignements à distance » ? Edouard Philippe et Emmanuel Macron brusquement reconnaissants à l’endroit des enseignants dont ils viennent de subtiliser les retraites ? Edouard Philippe et Emmanuel Macron honorant le courage infaillible des soldats du savoir ? « Voilà ce qui s’appelle un sentiment soudain ! » nous dirait Cyrano. Humiliés, maltraités, déconsidérés, les hussards en haillons de la République française ! Par des décennies de pédagogies nihilistes. Par des coupes budgétaires drastiques. Obligés d’en faire toujours plus, avec toujours moins. Et brusquement devenus les héros de la Nation ? Brusquement sommés de prendre dans leur main fébrile le relais (vaguement décontaminé au gel hydroalcoolique) des aides-soignantes ? De saisir le flambeau lumineux des braves infirmières ? Pas sûr qu’eux soient applaudis à 16h30 depuis les balcons, à la sortie des cours… (fin de la tribune plus bas)

Même pour les chefs d’établissement, la réouverture c’est non !

Jérôme Leroy

Il y a des signes qui ne trompent pas. La résistance de la communauté éducative à la reprise des cours le 11 mai n’est pas seulement le fait de profs qui ne voudraient par sortir de la tranchée sans préparation d’artillerie. Loin s’en faut. Comme souvent, on tente de les discréditer, de les calomnier, on parle des caissières pour leur faire honte dans une belle ignorance des spécificités du métier, comme si le malheur des uns devait supposer le malheur des autres et non la sécurité pour tous. On oublie l’avis négatif de l’ordre des médecins, on fausse les comparaisons en parlant du déconfinement des écoles dans des pays qui ont été infiniment moins frappés par l’épidémie grâce à une politique de dépistage massive et de port du masque précoce (Corée, Allemagne, Autriche), ce que ce pouvoir a été infoutu de faire !

Chose très surprenante, devant le flou anxiogène des décisions, devant la manière dont le ministre a de se défausser pour les modalités pratiques sur les collectivités locales et les chefs d’établissement, il se trouve que ces derniers eux aussi opposent un non catégorique comme on le verra dans ce communiqué de presse (assez peu repris) du SNPDEN du 20 avril.

Le Syndicat National des Personnels de Direction de l’Education nationale, affilié à l’UNSSA n’est pourtant pas particulièrement rebelle, et est ultra majoritaire dans la profession. Il est même un allié fidèle du ministère pour transformer depuis une petite trentaine d’années les établissements scolaires en PME dont ils sont les patrons. Il faut savoir aussi que la formation des chefs d’établissements suppose nécessairement des stages en entreprise et des cours de management, ce qui est d’ailleurs très révélateur dans le vocabulaire et les méthodes qu’ils emploient pour que ça file droit, depuis 1988. On sera d’autant plus surpris par le ton sans équivoque du communiqué, lequel refuse l’idée de reprise sans les conditions sanitaires et des directives précises, histoire qu’on ne leur fasse pas endosser, si les choses tournaient mal, la responsabilité juridique de la casse humaine éventuelle, une fois que tout sera terminé et qu’on cherchera des lampistes pour payer la note. Et eux aussi, de filer la métaphore militaire à la mode : « Par analogie avec ce qui se passe en termes de mise en cause du commandant du porte-avions Charles de Gaulle, les personnels de direction, en l’état des connaissances scientifiques actuelles relatives au Covid-19, ne sauraient voir leur responsabilité engagée pour des décisions qui ne relèvent ni de leurs compétences ni de leur expertise ».

Bref, Blanquer est prévenu. 

 

Il est vrai que la cause brandie est noble, d’une noblesse sans défaut : finir les programmes par souci d’égalité générationnelle, renouer le lien avec les élèves déscolarisés par le déconfinement, regagner les fameux territoires perdus de la République ! Tout cela a des accents grandioses et hugoliens. Quand on ouvre une école, on ferme une prison ? Peut-être. Quand on ouvre une école, on relance surtout l’économie d’un pays en parquant son ingérable marmaille ! Dans un communiqué au vitriol publié sur leur page Facebook, le collectif des stylos rouges de l’académie de Créteil a justement ironisé en rappelant « que l’école n’était pas la garderie du MEDEF. »

A lire aussi, Jérôme Leroy: Bon courage, Edouard Philippe!

Les professeurs sont majeurs. Ils n’ont pas besoin de grands discours, ils veulent avant tout des garanties sanitaires. Pour les élèves, pour leurs proches — et même pour eux, voyez-vous ! Car, n’en déplaise à certains, les professeurs n’ont pas vocation à mourir sur le champ d’honneur ! À rendre l’âme sur scène, comme Molière ! Ils n’ont pas franchement passé leurs concours pour ça, et on ne va pas les blâmer de ne pas vouloir y passer, alors que la nation entière est frappée de stupeur et de terreur panique !

Une mesure politique et économique plus que médicale ?

Trêve de discours martiaux ! Trêve d’effusion républicaine ! On connait la chanson… Laissons un peu la parole aux médecins. Que pensent-ils d’une reprise des cours le 11 mai ? Dans un live publié sur Mediapart ce lundi, Éric Caumes, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, s’est inquiété de la réouverture prématurée des écoles. « On sait, dit-il, que ce sont dans les écoles que peuvent s’amplifier ce genre d’épidémie. » Selon lui, « remettre les écoles en première ligne » est une mesure « beaucoup plus politique et économique que médicale ».

"La maîtresse de Kévin a bien changé, tu ne trouves pas?" Désinfection d'une école à Cannes, le 10 avril dernier. © Lionel Urman/SIPA Numéro de reportage: 00955907_000018
« La maîtresse de Kévin a bien changé » Désinfection d’une école à Cannes, le 10 avril dernier.
© Lionel Urman/SIPA Numéro de reportage: 00955907_000018

Si le coronavirus, tel un révélateur, a mis en pleine lumière les manquements de l’hôpital public (et son démantèlement programmé), que nous apprendra-t-il sur l’école publique ? Dans quel état les professeurs et les élèves retrouveront-ils leurs salles, leurs couloirs ? Désinfectés, décontaminés, prêts pour la bataille ? Les masques seront-ils distribués en nombre suffisant ? Les enfants sauront-ils les manipuler comme il faut si la porte-parole du gouvernement confesse ne pas être qualifiée ? Peut-on d’ailleurs faire un cours (ou en suivre un) avec un bâillon sur la bouche ?

Hussards noirs en guerre contre l’ignorance, les professeurs ? Ou chair à canon pour remettre l’économie d’un pays en marche ?

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Vacances, j’oublie rien!

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Notre-Dame de la Serra, sur les hauteurs de Calvi, en Corse © Richard Sowersby/Shutte/SIPA Numéro de reportage: Shutterstock40659785_000067

D’un confiné berrichon à la patrie de Pascal Paoli


Mais me reviendras-tu Corsica dans le jour qui se lève ? J’ai toujours voulu associer les paroles d’une chanson de Barbara à celles de Tino Rossi dans l’attaque d’une chronique. Il m’aura fallu attendre l’âge de quarante-cinq ans et un Covid-19 pour y parvenir. Le confinement aura exaucé, au moins, ce désir de mêler Marienbad au rossignol ajaccien, la louve noire et le petit papa noël aux cheveux gominés sous le soleil de Bobino, ces deux-là avaient les cabarets de la rive gauche en héritage. 

Quand reverrons-nous les paillottes corses, mes malheureux amis ?

Derrière la jointure de ces vers, se cache une réelle inquiétude, celle de ne plus jamais boire une liqueur de myrte aux vertus digestives et apaisantes. Mes étés n’auront plus jamais le même goût. La mâche soyeuse du figatellu grillé au barbecue et la suavité du brocciu en dessert vont me manquer. Cette nuit, dans ma campagne berrichonne, j’ai fait le rêve impossible et pénétrant de prendre un vol en direction de la citadelle de Calvi. Je me voyais tangué au-dessus de l’aéroport Sainte-Catherine, balayé par les vents nerveux et saisi par l’effet entonnoir qui surprend toujours les premières fois lors des atterrissages virils mais toujours corrects. Tout en bas, la piste malingre, coincée dans cette cuvette, m’a toujours paru trop courte pour un avion moyen-courrier. La montagne en face, la mer dans le dos et au moment de descendre, plus du tout l’envie de compter les tours génoises disséminées dans le Golfe, juste prier Notre-Dame-de-la-Serra pour fouler enfin cette île de beauté. La Corse se mérite, elle ne s’offre pas au premier touriste qui aspire au farniente et au parasol. Ici, l’huile solaire n’empeste pas les vapeurs d’essence et le bruit du marteau-piqueur ne couvre pas encore le cri du milan royal. L’insularité a conservé certes une certaine âpreté dans les rapports humains ce qui nous change des salamalecs habituels des stations balnéaires. La distance, cette vieille politesse montagnarde, a du bon, elle aura même de l’avenir vu les circonstances sanitaires actuelles. Sur place, on n’a pas le sentiment d’être un portefeuille sur pattes, assailli, contraint à la dépense. C’est reposant. Le commerçant ne tend pas la sébile comme dans d’autres lieux touristiques du bassin méditerranéen. Dans le Nord, plaque 2B au cul du pick-up, la nature s’y exprime encore librement sans les appétits immobiliers voraces, si difficiles à contenir, la population veille, elle a toujours veillé. Elle ne s’est jamais laissée amadouer par les beaux discours de la capitale. La vigilance n’est pas un méchant mot dans la patrie de Pascal Paoli. Une seule question se pose : quand pourrons-nous revenir en Corse ? En août ? À l’automne ? Plus tard encore ? Les autorisations de se déplacer en France seront-elles allégées d’ici à trois mois ? Personne ne peut aujourd’hui le promettre avec certitude, la précaution semble de mise dans les ministères. 

Il nous reste la consultation du Guide Vert…

Tant que l’exténuante présentation Powerpoint, cette dérive managériale qui fait sourire les collaborateurs des entreprises privées, fera office de politique publique, des inquiétudes persisteront. Quid des plages et des paillottes ? Des campings et des écoles de plongée ? Des bars et des hôtels ? Dans un demi-sommeil, je me suis souvenu d’un plat de « Linguine au ragout de calamar et chorizo » préparé par le chef de A Pasturella sur la placette de Monticello, ce village cher à l’homme au cigare et aux lunettes noires. Dutronc et ses chats prennent aux beaux jours des reflets de Madone. On les visitera bientôt comme on randonne sur le sentier du GR20. Et puis, j’ai pensé à ma paroisse, celle des auteurs qui trouvent dans le voyage, un substrat à la création et l’occasion de brûler un à-valoir durement conquis. Que faites-vous de l’œuvre de Michel Déon sans la Grèce ? « Chaque nation, chaque famille, chaque individu vit sur une mythologie qui colore son existence » écrivait Jean d’Ormesson dans Au plaisir de dieu (Folio/1243). Sa mythologie à lui, c’était le château de Saint-Fargeau, à quelques kilomètres de chez moi. Ce que je préfère chez Jean d’O, c’est son autre thébaïde, le port de Saint-Florent à l’embouchure de l’Aliso. Le meilleur de son œuvre réside dans ses photos de vacances prises pour Paris Match, dans sa plénitude bronzée. Chaque année, il nous envoyait une carte postale de son Saint-Tropez balanin. Par son dilettantisme classieux, il vengeait tous les besogneux de l’écrit que nous sommes. Grâce à lui, nous savions qu’il existait dans le royaume de l’édition, un roi paisible qui prenait ses quartiers d’été en Corse et abandonnait son cabriolet Mercedes dans un garage de l’Institut. Il était notre phare. 

En me réveillant, j’ai repris mon vieux Guide Vert pour relire cette introduction : « La Balagne est une enclave de collines fertiles au Nord-Ouest d’une île montagneuse et rude ». Ulysse peut aller se rhabiller avec son cabotage initiatique. Je prends l’engagement devant vous que je reviendrai à Feliceto, Lozari, Ostriconi et à L’Île-Rousse dans un grand Boeing bleu de mer. Mais quand ?

Au plaisir de Dieu

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L’homme est un virus pour l’homme

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© Unsplash

Episode 7 :  Avançons masqués


21 avril 2020

Rappel :

La date butoir est annoncée. À partir du 11 mai et sous réserve de bons résultats d’ici là, on commencera tout doucement à ouvrir ce qui est fermé, à reprendre là où on s’est arrêté, à circuler dans un rayon élargi, à condition de respecter les gestes barrières etc. toujours en vigueur. Le port du masque sera obligatoirement facultatif.

Le visage

À choisir, je préfère me passer de la bise amicale que de vivre entourée de visages annulés. Je me contenterais facilement d’embrasser mes intimes, quitte à saluer les amis à la japonaise avec un petit geste de la tête et un discret humm. Le masque me pose problème au niveau esthétique, culturel et relationnel. 

Je ne me lasse jamais de contempler un visage humain. Le visage me parle, les traits se mettent entre mes doigts, on écrit ensemble. Écrire un visage…  c’est un défi immense. Ma sœur, sculpteur, sait le faire en argile et en bronze. J’en parlerai plus longuement dans un épisode sur la Chine.

A lire aussi: Masques: l’anticipation de la menace n’existe plus en France

Le masque dit chirurgical est moche. Les variations stylées sonnent faux. Les connotations sinistres collent à la peau de ces masques qui bâillonnent, dissimulent, cachent et effacent, coupant le courant qui court du front au menton, la lumière, le sourire, la sensualité, la parole.

Le masque de politesse me gêne quand je suis au Japon. Bien intentionné, pour épargner aux autres les déjections du banal rhume, le masque colle trop bien, je crains, à une demande d’uniformité, d‘effacement et d’anonymat. En revanche, il y a de beaux gestes traditionnels, la main en écran devant la bouche d’une femme qui parle, qui avale un morceau de sushi. Pourquoi pas un éventail anti-corona?

Quant à se protéger avec un bout de tissu quelconque, ça n’a pas l’air de marcher pour l’Iranienne en niqab. On a beau dire, chez nous, que le visage découvert est essentiel en démocratie, c’est tout un travail à refaire. Dans un avenir proche ou lointain. Quand on s’en sera vraiment sorti-de-sorti. Dans une fourchette allant de quelques mois à quelques années, selon le spécialiste qui se prononce. 

Même si les restaurants ne seront pas ouverts le 11 mai, on va éventuellement se réunir en famille, entre amis. Comment faire ? On enlève le masque pour manger ? Chez nous on enlève les chaussures. Le chancelier Sebastien Kurtz a exposé sur CNN la méthode autrichienne de déconfinement ordonné. Les restaurants, c’est à la deuxième étape. On respectera les gestes barrières, on portera le masque … Comment ? Tout autrichien qu’il soit, Herr Kurtz n’a pas su nous dire comment on fera pour manger. Bref, on n’est pas à une contradiction près ! 

Mon frère a transmis un recueil de photos prises aux USA pendant la pandémie de grippe espagnole. Tout le monde est masqué. 50 millions de morts. Ça a fait combien de fois le tour de la terre ?

Le faciès du Covid-19

Ça alors, c’est un masque d’un autre genre. Alors que le drame des cas sévères se joue derrière un écran de discrétion, on voit à la télévision des hommes d’État, des sportifs, des médecins et de simples citoyens frappés « modérément » du Covid-19. Délavés, ébouriffés, faibles et, pire que la mauvaise mine, le faciès du diable cornu. 

Pris entre les griffes du Covid-19, méconnaissable, chancelant, désemparé et fatigué au-delà de l’épuisement, tu traines comme une âme perdue, tu tombes dans un sommeil noir d’encre. Le récit du passé récent est brisé, le souvenir de la maladie est flou. Il y a des rechutes, des coups de barre, des symptômes bizarres. Pour moi c’est la peau. Vexée. Lait corporel, pommade, huile sèche, rien ne la console. C’est la face cachée de la peau qui gratte. 

Confinement bio 

Le confinement, tout le monde le connaît. Neuf mois, niché au cœur du ventre de la mère. D’accord, c’est étudié pour. On est petit, on n’a pas encore découvert le vaste monde, c’est un plaisir profond qu’on recherche de façon symbolique tout le long de la vie, le désir de se sentir enveloppé d’amour chaleureux, de flotter dans les eaux du plaisir.  Sortir trop tôt est périlleux mais à terme ça finit par coincer. Ce mini-corps avec ses membres et son esprit tend vers un ailleurs où il peut s’activer. Pour la mère aussi ça devient trop lourd à porter. 

Aujourd’hui, elles accouchent seules, nov-cor oblige. A mon époque, le père n’avait pas le droit d’y assister. Mariée alors à un médecin, j’ai profité d’une dérogation [la suite ici : madonna madonna]. D’innombrables projets sont figés depuis le 17 mars… la grossesse se poursuit dans un monde brusquement amputé. Le cercle convivial qui chérit la femme doublée d’une vie intérieure qui bouge est réduit aux Zooms et autres SMS. La femme au seuil de donner la vie se méfie de hôpital qui porte la mort par Covid-19 dans son ventre. Il y a des cas qui brisent le cœur, de femmes infectées, comateuses, qui enfantent. 

Un fier sceptique au chevet d’un mourant

En fait, le confinement est « imposé » sur une population consentante, terrorisée,  pourchassée, sans défense contre un ennemi féroce …  C’est simple. On court et on se cache.  

Mais les fiers sceptiques n’ont peur de rien. Les chiffres ? Bof. Vingt infectés ou cinq cent vingt mille, c’est du pareil au même. Cinq morts par jour ou deux mille cinq cent, la mort c’est la vie, et des chiffres on en trouve pour tous les goûts. Pendant que les soignants se dépensent et se dévouent depuis de longues semaines au dernier cercle de l’Inferno, le fier sceptique, du haut de son fauteuil, pérore. « En fait, les autorités ont exagéré. Au fait, ont-ils pensé aux dégâts d’une économie en rade ? Au contraire, il restait, à la fin, plusieurs places libres en réanimation. Tout compte fait, j’avais raison. Les vieux, tu sais, ils ont vécu. Les jeunes qui meurent de cette maladie, à vrai dire fort banale, c’est plutôt l’exception. »

A lire aussi: Confinement, discipline et bonnes manières

On va te packager, cher collègue, en tenue de protection de la tête aux pieds. Tu vas t’asseoir à côté d’une affligée entubée, connectée au respirateur, branchée à plus de câbles qu’un poste de travail informatique haut de gamme. C’est ici qu’il faut prononcer ton discours. « Vous savez, ma p’tite dame,  il n’y a pas que la santé dans la vie, la santé, ce n’est pas la valeur absolue. C’est le bonheur. Il faut finir avec cette médicalisation à outrance. Lisons Cicéron…» Il aurait poursuivi l’étalage de son savoir si le tintamarre d’alarmes émis par l’écran clignotant n’avait pas alerté une demi-douzaine de soignants en combinaison blanche qui arrivent en courant. Choqué, notre penseur se croit transporté dans le studio d’une chaîne d’info en édition spéciale.

Immunité du troupeau

À l‘approche d’un début de fin de confinement, on comprend que le gouvernement gouverne et le nov-cor règne. Il n’y a pas d’autre choix que l’immunité du troupeau et on est loin du compte. Si le confinement pèse, le relâchement portera des risques accrus de l’attraper. Pénurie de tests, doutes sur leur fiabilité, manque d’anticorps, questions sur la durée de protection. Les immunisés sont-ils vraiment hors de danger ? Les traitements sont-ils tous aussi rêveurs les uns que les autres ? Que devient l’espoir de confectionner tôt ou tard un vaccin si le nov-cor échappe à tout piège ? Un virus plus futé que les grands scientifiques du 21e siècle ! Se moquer de la stratégie d’un État, féliciter un autre de ses bons résultats, se demander pourquoi on est plus mauvais qu’un voisin, moins pire qu’une grande puissance … Et si ce jeu s’avérait vaine concurrence de maîtrise illusoire ?

L’âge de la retraite

On a eu chaud ! Il était question de laisser gambader les fortiches et de garder les vulnérables en confinement-plus jusqu’à Noël. Les faiblards, quoi, les vieux qui gonflent les chiffres de mortalité, faisant honte à la nation. Ouais, c’est logique. On leur apportera le repas et l’iPad pour skyper avec les proches … Ouais… Les vieux, tu sais … Ouais … Au-dessus de 65 ans. Mais non ! Ceux qui râlent quand on leur demande de travailler jusqu’à l’âge de 65 ans ne veulent pas être du mauvais côté de la ligne de partage nov-cor ! Enfin, ce sera à la discrétion de l’intéressé.  

Il y a des métiers qui disparaissent-forgeron, poinçonneur du métro, photographe sportif-et des indépendants qui travaillent jusqu’au dernier souffle. Et nous, qui avançons main dans la main.

À suivre, Episode 8 : Voyons voir comment on fait face à la pandémie au Japon / hazukashi et en Israël / Etat- mère juive…

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Limogeage à Saint-Jean de Passy: qu’est-ce que « l’éducation intégrale » ?

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École privée St Jean de Passy © ALI/SIPA Numéro de reportage : 00537234_000002

Le 14 avril dernier, le directeur de Saint-Jean de Passy a été brusquement mis à pied. Un personnage emblématique de cet établissement scolaire d’exception du très chic seizième arrondissement…. 


 

Si le conseil d’administration de l’école a justifié le limogeage de François-Xavier Clément en pointant des « pratiques managériales dysfonctionnelles », c’est plus probablement les méthodes pédagogiques du chef d’établissement qui sont en cause. Se revendiquant de « l’éducation intégrale », ce catholique convaincu a donné à cette école une empreinte particulière, des résultats exceptionnels, mais il a aussi récolté certaines critiques.

Depuis plusieurs années, la pédagogie appliquée à Saint-Jean de Passy a largement développé l’attractivité de cet établissement catholique de l’ouest de la capitale. Il y a d’ailleurs quelques semaines, le Figaro publiait un reportage élogieux sur « l’éducation intégrale » appliquée par son directeur. Uniforme, un enseignement rigoureux et un accompagnement particulier pour chaque élève, le tout accompagné par des cours de catéchèses obligatoires, tout le long de la scolarité. Avec la prétention de former « le cerveau, mais aussi le cœur et l’âme », le directeur de l’établissement pouvait s’enorgueillir de très bons résultats : aux dernières sessions du baccalauréat, 99% des élèves du lycée remportaient leur diplôme avec mention.

A lire aussi, entretien avec Anne Coffinier: « L’école républicaine est en panne de sens »

Un virage vers un enseignement plus traditionnel couronné de succès, mais qui aurait aussi suscité quelques tensions : en 2018, un article du Parisien relatait les tensions internes à l’établissement, une partie du personnel éducatif dénonçant une « dérive national-catholique ». En mars dernier, le Figaro soulignait que la ligne pédagogique « ne plaisait pas à tout le monde et certains parents d’élèves grinçaient des dents ». « On s’inquiète de la tournure que le lycée est en train de prendre, ça devient un peu trop militaire à mon goût » aurait ainsi déclaré la mère d’un élève au quotidien de droite.

Hasard ou coïncidence, un mois plus tard, dans des circonstances encore très nébuleuses, le conseil d’administration de l’établissement a fait paraître un communiqué qui pointait du doigt « l’existence de pratiques managériales dysfonctionnelles portant atteinte à la santé et à la sécurité physique et psychique des collaborateurs ». Quelques heures plus tôt, un huissier était dépêché au domicile du directeur François-Xavier Clément, lui annonçant sa mise à pied.

Une situation pour l’instant très confuse, tant les reproches adressés au chef d’établissement semblent servir de prétexte pour évincer un directeur d’établissement aux méthodes résolument conservatrices. C’est en tout cas la conviction du collectif de parents d’élèves « Tous unis autour du Directeur », qui dans son dernier communiqué pointe du doigt « un courant d’opposition interne purement idéologique, lequel n’a rien à voir avec des compétences managériales. ». Un audit aurait été commandé au mois de janvier dernier au cabinet AlterHego par le conseil d’administration. Alors que les conclusions de ce rapport n’ont jamais été publiées et qu’un nombre très restreint de membres du personnel avaient alors été interrogés, les soutiens au directeur dénoncent une cabale montée de toute pièce. Pour ces derniers, cet audit justifie a posteriori un licenciement motivé en réalité par des désaccords idéologiques. Mais pourquoi la méthode de « l’Éducation Intégrale » de François-Xavier Clément fait-elle polémique ?

« L’Éducation Intégrale » : une vision catholique de l’enseignement scolaire

En se revendiquant de « l’Éducation intégrale », le directeur de Saint-Jean de Passy s’est donc exposé à un certain nombre de critiques, qui pourraient bien expliquer sa destitution aujourd’hui. Mais de quoi parle-t-on ? Dans le Figaro publié en mars dernier, François-Xavier Clément revendique s’inscrire dans les pas des « Frères des écoles chrétiennes » qui fondèrent l’établissement en 1839. Un ordre religieux laïc, consacré à l’éducation et l’enseignement.

A lire aussi: Échecs du vivre-ensemble: on en demande trop à l’école

Et de fait, « l’Éducation intégrale » est avant tout un concept catholique, qui cherche à détacher l’enseignement traditionnel de sa dimension purement « matérielle ». Au-delà d’une éducation restreinte à la seule acquisition de compétentes et de savoirs, l’Église défend un enseignement aussi capable « de faire grandir l’homme dans son intégralité ». Une vision qui s’inscrit dans la morale catholique, qui considère l’homme comme un être à la fois corporel, mais aussi spirituel.

Dans une conférence organisée en 2006 au siège de l’Unesco sur le thème de l’Éducation, le Saint-Siège avait ainsi rappelé sa vision de l’enseignement : la scolarité n’est pas seulement l’occasion d’apprendre des connaissances pour s’intégrer au monde du travail et à la société ; c’est aussi un outil d’épanouissement personnel et spirituel. Une perspective qui accorde donc une large place à l’enseignement religieux, mais aussi aux humanités (histoire, littérature…). Le tout avec un accompagnement adapté à chaque élève, aucun d’entre eux ne devant être « abandonné » en cours de scolarité.

La pédagogie appliquée depuis 2015 à Saint-Jean de Passy semble résolument s’inscrire dans cette démarche. Une approche atypique pour les défenseurs de l’ancien directeur de l’établissement, anachronique pour ses opposants. Dans le prestigieux lycée parisien, le bras de fer ne fait que commencer…

Dans les banlieues, le péril de l’embrasement

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Des émeutes ont éclaté dans les banlieues françaises, après qu'un jeune ait heurté la portière d'un véhicule de police a Villeneuve la Garenne, faisant monter la tension dans les quartiers "difficiles". Des affrontements entre des "racailles" et les forces de l'ordre ont été constatés entre 22h et 3h du matin. Cliché pris dans la nuit du 20 et 21/04/2020, a Villeneuve la Garenne © Bastien Louvet/SIPA Numéro de reportage: 00957230_000006

Il aura suffi d’un prétexte…


Comme si elles n’attendaient que ça – et sans doute est-ce le cas. À l’heure où j’écris ces lignes, on est bien loin d’un « nouveau 2005 », mais il est impossible d’exclure le risque d’un embrasement des banlieues séditieuses où prospère le communautarisme musulman. Maurice Berger a écrit sur le sujet un excellent article dans le dernier numéro de Causeur, j’en parlais moi aussi il y a peu, en évoquant l’hypothèse d’un état de siège.

A voir aussi: Ivan Rioufol sur RNR.tv: « Face aux émeutes de banlieue, Macron devrait décréter le couvre-feu »

J’ai dit « prétexte ». À Villeneuve-la-Garenne, samedi soir, un « jeune » en deux-roues a heurté une voiture de police, ou a été heurté par une voiture de police. Il aurait une fracture de la jambe, peut-être une fracture ouverte. Aussitôt, l’extrême-gauche et les « banlieues » s’excitent sur les réseaux sociaux, affirment que les policiers auraient volontairement sectionné la jambe d’un pauvre innocent d’un coup de portière. Simultanément les mêmes mouvances, souvent les mêmes personnes, dont des diplômés de Sciences-Po qui militent plutôt que de réfléchir et des journalistes (ou auto-proclamés tels) qui militent plutôt que d’informer, parlent d’un autre « jeune » tué par la police à La Courneuve. On verra que la vérité est tout autre. Apparaît le hashtag #Mortsauxporcs (on appréciera la faute de grammaire) appelant à attaquer partout la police et les policiers, nécessairement coupables, nécessairement racistes, nécessairement fascistes.

Linda Kebbab “bougnoule de service”

Deux fonctionnaires de police semblent alors concentrer une haine emblématique : Linda Kebbab et Abdoulaye Kant, traités de « bougnoule de service » et « nègre de maison » par ceux, toujours les mêmes, pour lesquels une Maghrébine et un Noir n’auraient pas le droit de servir l’idéal républicain. Ultime mensonge tenant lieu d’argument : « jamais les Blancs ne vous considéreront comme faisant partie des leurs. » Encore l’obsession raciale, et une contre-vérité manifeste : ce ne sont en l’occurence ici pas des Blancs qui renvoient massivement et presque systématiquement à leurs origines Linda Kebbab et Abdoulaye Kant, mais aussi Zineb El Rhazoui, Lydia Guirous, Zohra Bitan, Jean Messiha, Eric Zemmour ou Fatiha Boudjahlat.

Depuis, les explosions de violence se propagent, Rouen, Asnières, Aulnay, Saint-Denis… et la nuit dernière un commissariat de Strasbourg (quartier de la Meinau) a été attaqué à coups de cocktails molotovs et aux crix de « Allahu akbar », dont il faudra bien admettre qu’il est désormais séditieux. Et que si l’on appelle les choses par leur nom, des émeutiers montant à l’assaut d’un commissariat en hurlant « Allahu akbar » sont des jihadistes, des soldats de l’islam théocratique au service de ses ambitions de conquête.

À l’origine de l’embrasement, une fake news de l’islamo-gauchisme

Quant aux évènements déclencheurs, rétablissons quelques faits. À La Courneuve il s’agit d’une rixe suivie d’interpellations, très vraisemblablement un règlement de compte sur fond des tensions qui parcourent actuellement les trafics de stupéfiants (difficultés d’approvisionnements, notamment via les filières maghrébines, et hausse des prix de 30 à 40%). 

A lire aussi: Linda Kebbab: « Au Val Fourré, les policiers auraient pu se faire tuer! »

À Villeneuve-la-Garenne, le « pauvre jeune » (on lit toujours « jeune », comme pour suggérer qu’il serait trop jeune pour comprendre et donc irresponsable!) est en réalité un multirécidiviste de 30 ans, déjà condamné à 14 reprises pour extorsion, outrages, détentions de stupéfiants, peut-être aussi agression sexuelle d’après un syndicat de police, et en attente de jugement pour menaces de mort. Que faisait-il en liberté ?

Il roulait malgré le confinement, sans casque et largement en excès de vitesse. L’avocat du motard reproche aux policiers d’avoir « délibérément cherché, si ce n’est à faire tomber, a minima à gêner la progression » (selon l’AFP et le Courrier picard).

Mais encore heureux ! Gêner la progression était bien le seul moyen pour l’obliger à s’arrêter. 

Pas d’amalgame ?

Le contraste est éloquent entre ce à quoi la jeunesse radicalisée des banlieues de France réagit et ce à quoi elle ne réagit pas.

On constate dans cet épisode avec effroi que la fameuse « majorité silencieuse » dans les banlieues et dans la communauté musulmane, où qu’elle vive, est une majorité complice, complice des émeutiers, complice des barbares, complice des islamistes (je rappelle les cris devant le commissariat de la Meinau). D’un côté, la tiédeur prudente de cette communauté (malgré de méritoires mais trop rares exceptions) pour condamner les horreurs commises au nom de l’islam ou les crimes de droit commun perpétrés par des personnes « issues de la diversité », voire les pleurnicheries indécentes, l’obsession égocentrique du risque « d’amalgame » prenant le pas sur toute forme d’empathie envers les centaines de morts d’attentats et les milliers de victimes de vols, de violences, de viols. De l’autre côté, les réactions immédiates, massives et enflammées (dans tous les sens du terme) pour défendre un multirécidiviste se cassant une jambe en deux roues !

A lire aussi: On n’entend pas les musulmans anonymes choqués par l’islamisme…

Est-ce parce qu’une jambe cassée est jugée plus grave que tout le reste ? Bien sûr que non ! Lorsqu’un « jeune à scooter » qui faisait du rodéo dans sa cité percuta une fillette de 7 ans, il n’y eut pas la moindre mobilisation. C’est tout comme cette « communauté » réagissait toujours et exclusivement pour prendre la défense d’un de ses membres contre quelqu’un qui lui est extérieur, personne ou institution. Extérieur à la tribu ethno-raciale, ou extérieur à l’oumma[tooltips content= »Communauté des croyants musulmans NDLR »]*[/tooltips]. Cet esprit clanique passe avant toute notion de morale, toute réflexion sur la réalité des faits, leur gravité ou les torts des uns ou des autres : l’appartenance à la communauté prime tout. Le reste n’est qu’habillage rhétorique pour marquer des points dans la compétition victimaire. Réflexe tribal primitif, incompatible avec la construction d’une pensée personnelle, le débat d’idées et l’exercice de la démocratie d’opinion, mais… conforme aux prescriptions islamiques.

Al Ghazâli, l’une des principales références du sunnisme actuel, écrivait au XIᵉ siècle : « Si un infidèle empêche, par l’action, un musulman (de faire quelque chose), c’est un acte d’autorité sur le musulman, ce qui constitue une humiliation pour ce dernier. Or le débauché mérite l’humiliation, mais non de la part de l’infidèle qui lui, la mérite à plus juste raison. » Bel enseignement selon lequel un musulman honnête devra prendre la défense d’un criminel musulman contre toute personne honnête mais non-musulmane !

Les médias et Christophe Castaner bien discrets

Et je souligne que l’attitude est exactement la même de la part de cette gauche régressive qui prend systématiquement fait et cause pour les mêmes communautés au mépris de la plus élémentaire analyse : « d’où parles-tu, camarade ? » est la seule chose qui compte à leurs yeux, et certaines catégories de population sont des victimes innocentes ontologiques, du moins tant qu’elles restent dans le rôle caricatural qui leur a été assigné, sans quoi elles deviennent donc les traîtres, « bougnoules de service » et autres « nègres de maison » évoqués plus haut.

Christophe Castaner, Ministre de l'Interieur français en visite à Angouleme, dans un "quartier de reconquete republicaine", le 6 septembre 2019 © Jean Michel Nossant/SIPA Numéro de reportage: 00922605_000042
Christophe Castaner, Ministre de l’Interieur français en visite à Angouleme, dans un « quartier de reconquete republicaine », le 6 septembre 2019 © Jean Michel Nossant/SIPA Numéro de reportage: 00922605_000042

Toujours sans surprise, la couverture médiatique des émeutes est minimale, riche d’euphémismes, entre « incidents sporadiques », « tensions » et autres « agissements de faible intensité. » Dans les rédactions on se donne le beau rôle: « ne pas attiser les haines », « ne pas stigmatiser ».

Quant au gouvernement, il réagit avec la même « détermination » qu’au début de l’épidémie de Covid-19, puisqu’à l’instant présent on est sans nouvelles de Christophe Castaner. Sans doute trois jours d’appels massifs à assassiner des policiers accompagnés d’attaques de commissariats dans plusieurs villes de France ne sont-ils pas jugés assez graves pour que le ministre de l’Intérieur daigne prendre la parole.

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Mais dormez tranquilles braves gens, les forces de l’ordre sont dévouées et armées. À moins que… ont-elles vraiment le droit d’utiliser leurs armes ? On sait les torrents d’injures et de menaces qu’a affrontés Zineb El Rhazoui lorsqu’elle a rappelé publiquement l’existence de la légitime défense pour les forces de l’ordre. Et les policiers, les gendarmes, les militaires, prendront-ils le risque d’être désavoués par des médias détachés du réel, des responsables politiques irresponsables, et condamnés par des juges militants ? Ibn Khaldoun a tout dit il y a longtemps sur les conséquences du divorce entre une masse qui ne regarde l’usage de la force qu’en se bouchant le nez, et ceux qui sont chargés de la protéger en utilisant la force si besoin. Et si vous voulez dormir encore moins tranquillement, intéressez-vous à ceci : les forces de l’ordre sont armées, mais les armes ont besoin de munitions. Cette France qui a soigneusement délocalisé sa production de masques et de médicaments, avec les conséquences que l’on connaît, qu’a-t-elle fait de sa production de munitions ?

Que nos dirigeants prennent garde : face à la pandémie, les initiatives locales ont heureusement pallié leur incurie pour fabriquer et distribuer des masques, ou rechercher un traitement. L’inaction des gouvernements face aux explosions de violence tribale et à la complaisance d’une trop grande partie de la magistrature aura tôt ou tard le même résultat : des initiatives locales prendront le relais. On appelle cela des milices. Il ne reste qu’à espérer que le Didier Raoult des forces de l’ordre qui concentrerait le premier la faveur populaire serait un authentique serviteur de la France, et non un arriviste sans scrupules !

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Les enfants uniques, grands oubliés du Covid-19

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D’un confiné berrichon à tous mes jeunes frères et sœurs oubliés du Covid-19


Je m’adresse à toi qui n’auras droit à aucun reportage télé. Ta solitude n’intéresse pas les médias. Tes tracas sont inaudibles. Ton mal-être est superflu. Te plaindre passerait pour une provocation en ces temps de crise sanitaire. Rassure-toi, je suis là, mon petit, je ne laisserai plus les insultes et la méchanceté s’abattre sur ta personne. Je sais ce que tu endures. Je connais le bruit de la médisance et la hargne contre nous autres. Aujourd’hui, nous devons faire bloc. Cette furie populaire insensée, vieil héritage des familles nombreuses, nous la subissons sans moufeter, sans nous rebeller, nous riions même des blagues sur notre caractère supposé capricieux d’enfant gâté, chéri, pourri, idolâtré, trop heureux pour être honnête, trop aimé certainement. Quels efforts insurmontables n’avons-nous pas entrepris pour aller au-devant des autres, jusqu’à pratiquer, dès le plus jeune âge, l’autodérision et l’autoflagellation ? Nous sommes des champions en auto-défense. Les autres nous détestent, ils nous font payer notre singularité. Elle est suspecte et néfaste, à leurs yeux. S’ils le pouvaient, ils interdiraient la politique de l’enfant unique. Ils se vengent par malveillance, juste par envie de blesser, de faire mal. 

Mal aimés, nous sommes les mal aimés

La délation qui resurgit actuellement répond au même ressort psychologique : nuire à son prochain en espérant en tirer un quelconque profit ou apaiser ses pulsions malsaines. Il faut relire les évangiles pour savoir que toute ignominie flétrit l’âme, abîme plus qu’elle ne guérit. Depuis la nuit des temps, ils colportent sur nous les mêmes stéréotypes. Nous cumulons tous les vices, notre individualisme nous pousserait vers un égoïsme abject. Évidemment, nous resterons toujours de sales gamins accrochés à leurs jouets comme à leurs privilèges, surprotégés bien sûr, ignorant le sens du partage et du sacrifice. Nous avions droit à quatre pots de MaronSui’s le soir au dîner, c’est dire notre gloutonnerie capitaliste, notre totale absence de mesure. Combien de fois, ai-je entendu des jeunes mères venant d’accoucher et souhaitant donner au plus vite un frère ou une sœur à leur progéniture de peur que celle-ci ne prenne les travers de l’unicité et s’engage dans la voie de la délinquance familiale ? Avec une fratrie à ses côtés, ce nouveau-né sera sauvé, très tôt, il apprendra à respecter les autres, sinon, il nous ensevelira sous des désirs contradictoires et inassouvis. Que savent-ils de nos angoisses ? Ils nous imaginent en rois et reines des foyers, despotes pas du tout éclairés, commandant nos parents à la baguette, comme si chaque minute devait nous être pleinement et entièrement consacrée. Relevons la tête, ensemble, mes amis ! Le confinement, nous le vivons depuis le jour de notre naissance. L’ennui est notre ami imaginaire. Nous avons appris à contenir sa fougue, à contrecarrer ses plans obscurs. Les sarcasmes, nous les encaissons depuis la cour de la maternelle. Notre statut d’enfant unique suscite la jalousie de nos camarades et de leurs parents. 

A lire aussi, Peggy Sastre: Confinement, discipline et bonnes manières

Ne sois plus seul à porter sur tes frêles épaules toutes les aigreurs de la société. Depuis plusieurs semaines, on t’a même carrément abandonné. Ton sort n’intéresse personne. On préfèrera évoquer le quotidien des nécessiteux qui vivent à dix dans trente mètres carrés, tous les violentés des achélèmes et les dealers désœuvrés des cages d’escalier, qui faute d’approvisionnement, ruminent leur haine du système. Si tu cumules la double peine : enfant unique et vivant à la campagne dans un village de moins de 2000 habitants, tu n’existes pas dans ce pays. Les reportages se réjouissent du retour des jeux de société de notre enfance. Au secours, notre cauchemar revient. Les salauds, quand arrêteront-ils de nous narguer ? Pour les enfants uniques, le Monopoly, le Cluedo ou le Puissance 4 font remonter, à la surface, des blessures encore vives. Avez-vous déjà essayé de faire un Mastermind tout seul ? Vous comprendrez le sentiment d’abandon et d’échec qui nous saisissait si souvent durant les longues vacances scolaires. 

Courage, mes frères

Alors, je pense à vous en ces jours pénibles. Ce confinement ne nous tuera pas ! Je veux vous éviter de sombrer dans la dépression ou la misanthropie. Même, si sous la plume de Paul Léautaud, ça donne de belles pages de littérature : « Déjà peu liant, n’éprouvant nullement le besoin d’une société, le même que j’avais été enfant, je n’avais guère non plus de compagnons dans mes allés et venues de Paris à Courbevoie, et c’était presque toujours renfrogné dans un coin de wagon que j’allais à mes besognes et en revenais » (Amours/L’Imaginaire Gallimard numéro 345). Tenez bon mes camarades ! La route est longue, j’ai aussi une pensée pour mes vieux frères et sœurs qui doivent faire face au grand âge de leurs parents. Face à cette injustice-là, l’enfant unique est encore plus seul.

Amours

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La grande peur de l’an 2020

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Monseigneur de Belsunce pendant la peste de Marseille. Peinture de Francois Gerard (1770-1837) 1834 Dim. 2,58x1,91 m Marseille, musee des Beaux Arts ©photo Josse/leemage

Avec le Covid-19, le monde redécouvre les croyances populaires attachées aux grandes épidémies. Sans céder à la superstition, il faudrait savoir profiter de cette période de latence pour reconquérir autonomie et sens des limites.


Imprévisibles et invasives, les épidémies créent des situations de crise dont le caractère « apocalyptique » frappa déjà les Anciens : « Il est impossible de décrire les ravages de ce fléau ; il sévissait avec une violence inexprimable et comme inhumaine », écrit l’historien Thucydide de la peste d’Athènes (430 av. J.-C.). Différant en cela de la maladie, l’épidémie surgit tout à coup, sème l’épouvante puis disparaît, et le scénario de son passage est étonnamment constant à travers les âges : panique face à un mal venu d’un pays lointain – l’Éthiopie ou l’Asie centrale hier, la Chine aujourd’hui –, comportements irrationnels, relâchement des mœurs et des liens sociaux, catastrophe économique et démographique, migrations des villes vers les campagnes supposées plus sûres. Attisant les peurs et réveillant les pulsions asociales, l’épidémie est aussi, comme toutes les grandes catastrophes, un puissant révélateur anthropologique : tandis que certains risquent leur vie pour secourir autrui, d’autres se livrent au pillage et au stockage. Quand la mort rôde, pourquoi ne pas jouir de la vie à n’importe quel prix ?

La fuite d’autrefois

Les citadins qui ont été ces derniers temps critiqués pour avoir quitté la ville n’ont jamais fait que suivre instinctivement le conseil donné il y a vingt-cinq siècles par Hippocrate : « Pars vite et loin et reviens tard » ! Montaigne ne s’en est pas privé quand la peste ravageait Bordeaux (1585), ni avant lui les personnages du Décaméron de Boccace (1353), quittant Florence pour une villégiature où ils pouvaient s’adonner à des plaisirs intellectuels et charnels. Ce qu’on fuyait jadis était toutefois moins le confinement prophylactique que l’entassement des bien-portants et des malades dans des cités infestées par la maladie. Si la fuite semblait à l’époque la seule conduite sensée, c’est aussi qu’il existait encore un « ailleurs » où le risque paraissait moindre ; la notion de « contagion » étant alors mal connue des médecins. Depuis toujours amplifiée par les transits humains et les échanges commerciaux, la contamination a désormais le champ libre grâce à la mondialisation. L’épidémie planétaire de coronavirus met de ce fait en lumière, davantage que celles qui l’ont précédée (grippe aviaire, SRAS, Ebola), l’exiguïté de la Terre qui semble elle aussi confinée dans le système solaire, indifférent à la vulnérabilité des humains. Cloisonnant fébrilement après avoir ouvert à tous les vents, les Terriens découvrent qu’ils n’ont plus de retraite vraiment sûre, et aucun plan B dans une autre galaxie.

En dehors des quelques bravaches qui continuent de les trouver liberticides, les limites sont bel et bien redevenues nécessaires…

On ne parle pourtant que très rarement de « fléau » comme lors des grandes épidémies (typhus, choléra, variole) qui ont périodiquement décimé les populations européennes, telle la terrible « peste noire » au XIVe siècle. Le « fléau » (lat. pestis) fut en effet si étroitement associé à la peste que, celle-ci disparue, un changement de vocabulaire devint nécessaire ; la langue gardant néanmoins mémoire du traumatisme épidémique en rappelant qu’on n’a parfois de choix qu’entre la peste et le choléra. Mais c’est aussi que la médecine semblait avoir suffisamment progressé pour invalider la vieille croyance biblique en une malédiction divine punissant les hommes de leur inconduite au moyen des trois fléaux que sont la famine, la guerre et la peste. On pensait pouvoir dès lors réserver ce terme à d’autres calamités : génocides, dictatures sanguinaires, asservissements divers. Hitler ne fut pas à cet égard un « fléau » moins redoutable que la peste, ni l’idéologie nazie moins « contagieuse » que le coronavirus aujourd’hui. 

L’aléatoire reprend toujours plus ses droits

À travers chaque épidémie nouvelle, l’aléatoire reprend ses droits, et la fonction purificatrice du fléau, jadis mise en exergue par le discours théologique, tend à ressurgir sous un jour nouveau, en lien plus ou moins étroit avec la théorie du complot : Qui organise dans l’ombre une telle débâcle, et à quelles fins ? Car un fléau n’est pas une simple catastrophe s’abattant sur une population désarmée. C’est aussi la flèche centrale des anciennes balances qu’on voit dans la main des justiciers humains ou divins, et c’est enfin l’instrument agricole qui séparait le bon grain de l’ivraie lors du battage des céréales, comme le rappelle le père Paneloux dans La Peste d’Albert Camus (1947). Impitoyable et ravageuse, l’épidémie faisait alors figure de crible, de sas d’où les Justes sortiront non seulement indemnes, mais régénérés. Si plus personne, ou presque, n’ose l’affirmer de manière aussi moralisatrice, la question hante pourtant encore les esprits : de quel dérèglement le mal causé par ce virus pourrait-il bien être le symptôme, et de quelle équité supérieure le bras armé ?

L’idée qu’une épidémie touchant la collectivité soit le prix à payer pour une dérégulation de l’« ordre des choses » est une vieille hantise de la conscience occidentale depuis les tragiques grecs. Auteur involontaire de la souillure qui a attiré la peste sur la ville de Thèbes, dont il est devenu le roi, Œdipe devra s’exiler après avoir découvert son double forfait (parricide et inceste). Figure du Destin aveugle, mais implacable, l’épidémie s’éloigne dès que cessent la démesure ou la souillure. L’idée est donc vieille comme le monde que la corruption du chef puisse entraîner celle du corps social tout entier sur qui s’abat alors tel ou tel fléau. Idée irrationnelle il va sans dire, mais symboliquement forte, qui responsabilise au suprême degré une fonction qui est censée être aussi une mission. Alors que les peurs archaïques sont à peu près toujours les mêmes, le peuple se contente aujourd’hui d’espérer que les responsables politiques prendront les bonnes décisions puisque avec une épidémie, on passe « d’une clinique de l’individu à une biopolitique des populations [tooltips content= »Jean Lombard et Bernard Vandewalle, Philosophie de l’épidémie, Paris, L’Harmattan, 2007, p. 121. »][1][/tooltips]. » À supposer qu’une gestion rationnelle de la crise sanitaire vienne rapidement à bout du coronavirus, on se demande quel imaginaire transformera la morbidité ambiante en promesse de renouveau sans que la « leçon » délivrée par l’épidémie se transforme nécessairement en acte d’accusation ou de contrition.

Seattle, durant la pandémie de grippe espagnole, 1918. Images/SIPA - 1903141219- Mary Evans
Seattle, durant la pandémie de grippe espagnole, 1918.
Images/SIPA – 1903141219- Mary Evans

Parce qu’il est devenu bien réel, le risque de contamination fait de tous les citoyens du monde des « pestiférés » potentiels. Se souviendront-ils, après l’épidémie, qu’une communauté d’intouchables abolit de fait tout système des castes au profit d’autres hiérarchies, ou allons-nous simplement vers « l’unification microbienne du monde » (Le Roy Ladurie) ? Deviendrons-nous plus attentifs à d’autres formes de contamination qui laissent présager que les « épidémies psychiques » seront, comme le pensait Carl Gustav Jung, le fléau des temps à venir (Présent et avenir, 1958) ? Ainsi certains médias participent-ils à la transmission de ce virus qu’est la peur, aussi dangereux pour l’immunité psychique que celui contre lequel on se bat. Un art de la juste distance sera donc à réinventer, qui permettrait de différencier proximité et promiscuité, contagion et information.

Il était d’autre part de bon ton d’associer le repli sur soi à une forme « nauséabonde » de confinement. Mais ne voilà-t-il pas que les mauvaises odeurs virales viennent de l’extérieur et qu’il faut bien, pour s’en protéger, s’enfermer chez soi et redécouvrir l’utilité des limites qu’on se faisait fort de transgresser ou de vilipender. En dehors des quelques bravaches qui continuent de les trouver liberticides, les limites sont bel et bien redevenues nécessaires, et il va falloir s’en accommoder pour un temps encore indéterminé. Qui sait si on n’y trouvera pas finalement un repos de l’esprit, et un charme inattendu ? Les conseils, en attendant, pleuvent quant aux mille et une manières d’occuper ce temps immensément vide, mais rempli à ras bord d’anxiété. Savoir profiter de cette période de latence pour reconquérir son autonomie reste l’affaire de chacun, même si c’est bien au plan collectif ce qui va devenir prioritaire : collaborer, échanger, commercer et converser bien évidemment, mais aussi cesser de recevoir d’autrui la norme qui régit sa vie.

Restaurant une dignité perdue, l’autonomie renforce aussi l’immunité dont on a oublié qu’elle n’est pas un passe-droit dont abusent les puissants, mais une autorégulation bien plus subtile encore qu’une frontière, puisqu’elle permet à un organisme d’absorber sans danger ce qu’il est capable de neutraliser ou de transformer. Il serait temps qu’on s’aperçoive – Peter Sloterdijk est l’un des rares à l’avoir fait [tooltips content= »Voir en particulier Tu dois changer ta vie (trad. O. Mannoni), Paris, Libella-Maren Sell, 2011 et en dialogue avec Alain Finkielkraut, Les Battements du monde Paris, Fayard/Pluriel, 2005. »][2][/tooltips]– que les sociétés occidentales, ballottées entre arrogance et repentance, sont devenues des organismes immunodéficients dont l’intelligence reste vive, mais qui doivent de toute urgence réapprendre qu’on ne commet pas un crime contre l’humanité en survivant.

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Autant la peste semblait théâtrale et romanesque [tooltips content= »De cette abondante littérature on retiendra « Le théâtre et la peste » d’Antonin Artaud, Le Hussard sur le toit de Jean Giono et La Mort viennoise de Christiane Singer. »][3][/tooltips], autant le Covid-19 est à l’image d’un monde dont l’imaginaire est à la fois surexcité et appauvri. C’est un peu comme si l’on était passé de l’opéra baroque aux stridences glacées de la musique contemporaine. Peut-être trouvera-t-on dans quel style rendre un jour compte de cette épidémie, comme le fit après-coup Daniel Defoe de la grande peste de Londres (Journal de l’année de la peste, 1722) qui tua environ 20 % de la population (1665). Quant à l’éventuel retour de ce fléau, nous ne craignons rien puisque les milliers de rats qui prolifèrent dans Paris-poubelle, et sans doute ailleurs dans l’Hexagone, semblent pour l’heure en excellente santé.

Monseigneur de Belsunce pendant la peste de Marseille. Peinture de Francois Gerard (1770-1837) 1834 Dim. 2,58x1,91 m Marseille, musee des Beaux Arts © photo Josse/leemage
Monseigneur de Belsunce pendant la peste de Marseille. Peinture de Francois Gerard (1770-1837) 1834 Dim. 2,58×1,91 m Marseille, musee des Beaux Arts
© photo Josse/leemage