Ma guerre en short. La chronique de Cyril Bennasar.


Parfois, on me dit que je suis de droite. Ça me surprend toujours. Je me retourne pour voir si on ne s’adresse pas à quelqu’un d’autre. Aujourd’hui encore, malgré Anne Hidalgo, Yannick Jadot, Danièle Obono et les décoloniaux, je suis de gauche. Malgré Aurélien Taché, les LGBT et l’ABC de l’égalité, malgré Taubira, Esther Benbassa, Ian Brossat, l’Obs et Télérama, je suis de gauche. Malgré Plenel et Adèle Haenel, malgré Pierre Bergé et Laurent Berger, toujours de gauche ! Même si je place la liberté avant l’égalité, je suis de gauche. À la dernière présidentielle, alors que tout le monde autour de moi votait pour Fillon, je votais pour le parti du peuple. Aujourd’hui encore, je soutiens Le Pen. Attention : Marine, pas Marion. Je ne suis pas de droite. 

Ces idées matraquées sur la droite auxquelles j’ai longtemps cru

Pendant longtemps, pour moi la droite, c’était la droite Fillon, le parti du notable qui se laisse corrompre pour entretenir un manoir en province et qui disparaît dans la finance quand tourne sa chance. C’était le camp de ceux que le sens de l’État n’encombre pas, de ceux qui calculent, qui comptent, qui abandonnent un peu trop vite leurs idéaux pour leurs intérêts, qui sont au service privé de leurs ambitions, qui pensent que tout s’achète, qui délocalisent pour rester sur le marché, qui importent des ouvriers dociles et corvéables à merci, et qui, quand ça les arrange ringardisent la patrie. Après eux le déluge et avant tout les profits. 

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Longtemps je n’ai vu que celle-là. Par paresse, je n’ai jamais ouvert un Figaro Magazine. Je ne voyais là qu’un catalogue de pubs chez le dentiste de Charles Consigny. Je riais de bon cœur avec Libé qui avait pastiché le « Figaro Madame » avec des affiches de « Libération Madame » dans le métro. Je regardais de loin cette famille politique disqualifiée, ridiculisée par les formules de Renaud (« Ducon-Pauwels » ou « On ne peut pas être à la fois Jean Dutourd et Jean Moulin » ) ou encore de Jean-Roger Caussimon (« les notaires et les notables »). Longtemps la droite, c’était le camp de ceux qui sont toujours du côté du manche. Longtemps, je n’ai connu l’histoire de la Seconde Guerre mondiale que racontée par la gauche, l’Humanité interdite, le parti des fusillés, le Figaro antisémite et la droite collabo. 

La richesse de mon dialogue intérieur

Je n’imaginais même pas qu’une autre droite puisse exister. Celle qui pense et qui s’engage, qui met ses convictions devant ses ambitions, la droite de la droiture, du courage et du combat, qui défend sa liberté aux dépens de ses intérêts, qui se sent d’abord héritière de sa patrie, de sa culture, de sa civilisation et qui prend à cœur de les défendre, qui effraie le patron, l’affairiste, le rentier, l’héritier, le bourgeois. Celle-là,  Je l’ai rencontrée trop tard. Quand j’ai découvert la droite d’Alain de Benoist, celle d’Eric Zemmour et celle d’Eugénie Bastié, pour moi c’était déjà plié. J’ai été trop habitué, je n’ai pas envie de changer. Le mot « droite » restera à jamais péjorativement connoté. Et quand il faut choisir entre Jean-Christophe Lagarde et Céline Pina, je me dis qu’avec la gauche « Charlie », je ne me suis pas trompé.

Sur la question de l’immigration, je suis zemmourien, et donc un zemmourien de gauche. Je me débrouille avec cet oxymore. Je passe mon temps à penser contre moi-même. En mon for intérieur, je me débats dans un grand débat, une intime corrida, une psychomachie. Comme à la télé, c’est toujours le zemmourien en moi qui ouvre les  hostilités et qui exhorte  l’homme de gauche à abjurer : « C’est la gôôôôche qui est responsable, c’est la gôôôôche BHL, Globe et SOS racisme, celle des pétitions et des intimidations qui a poussé à la roue de l’immigration, qui traite de racistes tous ceux qui déplorent l’invasion migratoire, et ce, depuis quarante ans ! ». 

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Et l’autre, enfin moi, enfin l’autre moi lui répond : « Mais c’est la droite qui a fait venir les immigrés, la droite des patrons, la droite du Figaro et de Marcel Dassault, la droite de Pompidou, de Barre et de Giscard, la droite du cynisme et des affaires, et toutes les suivantes n’ont rien empêché. Et c’est la gauche de terrain qui a accueilli la misère, celle du bon cœur près de chez soi, celle de l’angélisme, tu parles d’un crime ! » 

Le zemmourien revient à la charge : « Mais c’est la gôôôôche qui a joué l’antifascisme pour casser la droite, qui parle de rafles et de camps quand on veut renvoyer des clandestins. » 

Ce à quoi l’autre moi répond : « Finalement, le vrai responsable de l’immigration massive, c’est Le Pen. Il a beau nous avoir alertés depuis le début, on n’est pas audible sur la question migratoire quand on a des amitiés nazies, des blagues racistes et des plaisanteries sur la Shoah ! Il ne pouvait pas l’ignorer. Entre la France et la provocation, il a choisi son camp. Je ne renierai pas le mien, celui de mes années anti-le Pen. Même sous la torture. » 

À la fin, nous tombons d’accord, ce sont surtout les ouvriers des banlieues, de droite et de gauche qui ont morflé, et qui ont assimilé comme ils ont pu leurs camarades de classe, ou qui ont fui les  territoires occupés. 

Ce n’est pas de tout repos de vivre avec un oxymore dans la tête, je me demande comment Michel Onfray se débrouille avec le sien quand il se dit Nietzschéen de gauche.

Relire la chronique précédente: Mea culpa

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