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Covid-19: Périclès n’a pas été testé


Si la réalité dépasse parfois la fiction, c’est que la fiction précède souvent la réalité. La littérature prévoit l’avenir. Cette chronique le prouve.


Le coronavirus a, c’est le moins que l’on puisse dire, fait réapparaître des peurs qui ne datent pas d’hier. Dans La Peste de Camus, le docteur Rieux constate d’ailleurs : « Les fléaux sont une chose commune, mais on croit difficilement aux fléaux lorsqu’ils vous tombent sur la tête. Il y a eu dans le monde autant de pestes que de guerres. Et pourtant pestes et guerres trouvent les gens toujours aussi dépourvus. » Le docteur Véran, ministre de la Santé, dont on espère qu’il sera aussi efficace que Rieux dans un Oran au stade 3, refuse d’admettre cette impréparation et, par exemple, dans un tweet du 21 mars, il déclare sans trembler : « Nous avons mis en œuvre tous les moyens pour augmenter notre stock de masques. »

Covid-19 et Grèce antique

Il n’empêche, l’inconscient collectif se souvient et s’inquiète. Thucydide, au Ve siècle avant J.-C., donne un des premiers récits d’épidémie : « La maladie, impossible à décrire, sévissait avec une violence qui déconcertait la nature humaine. Voici qui montre combien elle différait des épidémies ordinaires : les oiseaux et les quadrupèdes carnassiers ne s’attaquaient pas aux cadavres pourtant nombreux, restés sans sépulture […]. » Nous n’en sommes pas là, mais la propagation du virus rappelle celle décrite par l’historien grec dans le livre II de sa Guerre du Péloponnèse où c’est l’Éthiopie qui joue le rôle de la Chine. Périclès lui-même en sera victime : l’agora était sans doute un « cluster », comme notre Assemblée nationale…

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Pourvu que le Covid-19 ne dure pas autant que cette peste qui ravagea le monde grec pendant quatre ans. Les citoyens confinés pourraient mal réagir : « […] On chercha les profits et les jouissances rapides, puisque la vie et les richesses étaient également éphémères. Nul ne montrait d’empressement à atteindre avec quelque peine un but honnête ; car on ne savait pas si on vivrait assez pour y parvenir. Le plaisir et tous les moyens pour l’atteindre, voilà ce qu’on jugeait beau et utile. Nul n’était retenu ni par la crainte des dieux ni par les lois humaines. » Un tel comportement, convenons-en, ne serait pas à même de faire redémarrer une économie fortement secouée.

Comme le raconte Boccace dans son Décaméron pendant la peste à Florence en 1348, le confinement à la Leïla Slimani reste une bonne solution : passer son temps dans une villa à l’écart et se raconter des histoires entre amis. Nous souhaitons que les personnes confinées dans les HLM des cités s’occupent de la même manière. La littérature y gagnera de nouveaux chefs-d’œuvre, mais ils seront sans doute moins policés et moins chics que celui de la lauréate du Goncourt 2016…

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Vouloir une France libre et indépendante, c’est voter Pétain?

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Qualifier de pétainiste le projet de rétablissement des frontières dans une France forte et indépendante, comme l’a fait le chroniqueur libéral Gaspard Koenig, est une aberration. 


Comment se faire remarquer sans trop de difficulté? En faisant un parallèle grossier avec Pétain. Gaspard Koenig, jeune chroniqueur libéral aux Échos, a crié au retour des années 40. A l’en croire, nous subirions avec le Covid-19 une terrible épidémie de pétainisme.

L’Etat, c’est Vichy ?

« Dans son allocution du 25 juin 1940 qui fait suite à l’armistice, le maréchal Pétain prononce ces mots célèbres : « La terre, elle, ne ment pas. » Aujourd’hui, beaucoup voudraient retourner cultiver les champs. 280.000 Français (dont moi…) se sont inscrits à l’opération « Des bras pour ton assiette » pour aider aux récoltes. De nombreux citadins envisagent de déménager en territoire rural après l’épidémie. »

Tous ces Français qui aspirent avec Gaspard Koenig à retourner à la campagne seraient de la graine de Pétain puisque le Maréchal l’a dit. Tous ces Français qui aspirent à redresser l’État, c’est Vichy pardi. Mais notre jeune libéral, qui la semaine précédente se piquait de ralentir son existence en lisant du Montaigne et proposait un revenu universel, revient aux fondamentaux. « Il est maintenant question pour le gouvernement de « bâtir une indépendance agricole, sanitaire, industrielle, technologique française » s’étrangle Gaspard Koenig. Quel scandale en effet !

Macron qu’il croyait libéral le déçoit. Il fait du Chevènement. A l’écouter ces derniers jours, on croirait entendre Arnaud Montebourg. Alors Gaspard Koenig sort l’artillerie lourde. La France rance est de retour, au secours! BHL sors de ce corps !

La France était à Londres

« Je suis effrayé par l’épidémie de pétainisme, dans le monde d’après, il faudrait rétablir les frontières » s’inquiète le philosophe de Génération Libre. « A présent les ténors de LREM plaident pour la nationalisation, ceux de LR pour la planification. Les insoumis parlent ouvertement de protectionnisme » Fichtre, alors là l’heure est grave. Il va falloir reconfiner tout ce petit monde.

Profitons de ce douloureux confinement pour relire nos livres d’histoire. Richelieu, Colbert, Vauban, Bonaparte, de Gaulle, le CNR, tout cela serait de la peste pétainiste ? Peut-être que le chroniqueur des Échos ne sait-il pas que Pétain en 40 n’était pas la France, mais la soumission au Führer, à l’Allemagne et à sa grande Europe. La France était alors à Londres puis à Alger, avant de libérer et redresser le pays. La France gaullienne planifiait, organisait, anticipait. Elle était souveraine et protégeait ses frontières contre l’envahisseur. Elle était libre.

Christophe, je ne t’oublie pas

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Tant de liberté chez cet artiste. Christophe, qui nous a quittés jeudi 16 avril 2020, nous laissera le souvenir d’un homme qui n’avait cure du qu’en-dira-t-on. 


Lors de notre entretien publié en décembre dans le numéro 57 du mensuel Le Regard Libre, il m’avait dévoilé quelques paroles de chansons à paraître. « Pas dégueu », de sa propre formule. Hommage.

Christophe est parti jeudi soir dernier et cette fatalité ne nous surprend pas tant que ça – l’homme avait un mode de vie rock’ n’roll – tout en nous laissant coi. Certes, il y a Les mots bleus, monument de la variété française issu d’un album éponyme dont nul ne peut prétendre connaître les cinquante nuances de génie. Mais il y a aussi tout le reste de son œuvre, fait de paradis perdus – et comment, quand on les compare à ce qui sort majoritairement au sein de la musique actuelle.

Il y a surtout le personnage : un dandy complétement décalé, oiseau de nuit, qui la vit et la voit plus sombre encore qu’elle ne l’est, à travers le filtre de ses lunettes. Un matin de fin 2019, à 22h30, je l’ai interviewé à la sortie de son concert donné à Morges, en Suisse. Nous étions dans sa loge, il prenait son petit-déjeuner : une sorte de café goutte à l’américaine, qui succédait au verre de whisky dégusté sur scène entre les chansons.

© Indra Crittin pour Le Regard Libre
© Indra Crittin pour Le Regard Libre

Pour moi, Christophe, c’était ça. Une liqueur de liberté. Tous ceux qui l’ont bien connu le confirment. Ce n’est pas pour rien que le beau bizarre adorait rouler, et rouler vite. Le temps s’écoule à toute allure pour les épris de liberté. La bagnole symbolise cette philosophie de vie. Et embarque avec elle une époque qui n’est plus, à part dans la tête de quelques-uns : nous autres, les nostalgiques de la liberté, c’est-à-dire du futur.

Lors de notre entretien qui a duré bien plus long que prévu, comme son concert (2h45 au lieu de 1h30), le chanteur m’a montré des suites de mots alignés sur les notes de son iPhone, qui n’en finissait pas de gazouiller. Des textes qu’il a écrits lui-même au gré des inspirations, parfois repris des SMS qu’il envoyait ou recevait, et qui peut-être se retrouveraient d’une manière ou d’une autre sur les chansons de son prochain album.

« Je suis sur des nouveaux trucs qui, comment dire, ne sont pas trop dégueu’. Et surtout, qui sont radicalement différents de ce que j’ai pu sortir avec Les Vestiges du Chaos. […] Je veux sortir un album de dix chansons au maximum, et j’en ai déjà six qui sont en création et qui sont plutôt pas mal. »

Douleur à la lecture de ces phrases. Regret de ne peut-être jamais pouvoir écouter ce qui allait être un nouvel album de titres inédits. Ils étaient si bizarrement beaux, les Océan d’amour, Lou et Drone de 2016. Radicalement différents des vieux succès, mais ayant en commun la recherche sonore, cette obsession de Christophe. Aujourd’hui, ses mots à Elsa dans La dolce vita sont les miens et lui sont directement adressés :

« Elsa, Elsa
Je ne t’oublie pas
Elsa
Pourquoi es-tu partie ?
Je n’ai rien compris ! »

Et je ne t’oublierai pas pour une raison très simple : encore maintenant, je n’ai « rien compris » à ton œuvre. Si riche que tout est encore à découvrir. Si simple qu’elle est de l’ordre du fondamental, du premier, de l’inaccessible. Adieu, Daniel Bevilacqua. Nous sommes nombreux à avoir des bleus à l’âme, mais ton âme et tes mots sont éternels. Et désormais sereins.

© Indra Crittin pour Le Regard Libre
© Indra Crittin pour Le Regard Libre

France-Chine: la coopération médicale ne date pas d’hier

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Des décennies de travail sont menacées par des jugements hâtifs


Il n’est pas facile d’être Chinoise en France en ces temps de coronavirus ! Entre rapports de forces et enjeux géopolitiques d’un côté, préjugés, blagues et délit de faciès de l’autre, on se sent écrasé et constamment sur la défensive. Certes, n’exagérons rien, je ne suis pas une Américaine d’origine japonaise après Pearl Harbor.

Chinoise, Française, docteur en immunologie, chercheuse spécialisée en défense immunitaire et coordinatrice entre équipes médicales françaises et chinoises, facilitatrices d’échanges entre réanimateurs à Wuhan et Paris, j’ai décidé d’écrire car les hasards de la vie m’ont confrontée au virus. Je me suis retrouvé au cœur de ce que de plus en plus de Français appellent « cette saloperie ». Voici mon histoire que j’espère plus grande que la pandémie.

Le 29 janvier, à la demande des réanimateurs de Bichat confrontés pour la première fois à une forme grave du Covid, j’organise une visioconférence (…) Grâce à ces échanges, l’hôpital Bichat devient le fer de lance du traitement du Covid-19 en France et deux groupes de médecins réanimateurs, de Bichat et de Wuhan, dont l’expérience est décalée dans le temps (les Chinois ayant quelques semaines d’avance dans l’évolution de l’épidémie), collaborent étroitement

Je suis née à Shanghai en 1956. Mon père était militaire et notre famille de quatre enfants (chacun unique…)  l’avait suivi dans ses différentes affectations jusqu’à ce que nous nous installions à Nanning, une ville située dans le sud de la Chine, non loin de la frontière vietnamienne. C’est là-bas qu’à peine sortie de l’adolescence je fais ma première rencontre avec la France. En 1972, les universités, victimes de la Révolution culturelle, étant toujours fermées, le gouvernement entame un timide dégel dicté par les nouveaux impératifs géopolitiques. Cette petite ouverture vers le monde extérieur – nous sommes après la visite de Nixon – pose des problèmes très pratiques, notamment la maitrise des langues étrangères. Le gouvernement propose donc des cours de langues étrangères, plus précisément de français et d’anglais, par intérêt… Faute de mieux, nous sommes nombreux à saisir l’opportunité. J’ai choisi le français pour des raisons très pratiques : les étudiants d’anglais sont destinés à l’enseignement, ce que je veux à tout prix éviter.

Ma rencontre décisive avec la France

Quelques années plus tard, dans le cadre d’un programme de coopération avec l’Afrique, je fais partie, en ma nouvelle qualité de traductrice, d’une équipe médicale chinoise envoyée au Niger. C’est ma première rencontre avec l’extérieur ainsi que mon premier voyage en avion –  30 heures infinies et  plusieurs escales pour relier Pékin et Niamey. C’est surtout ma première rencontre avec la médecine. Pendant les vint-huit mois passés au Niger, j’ai découvert ma vocation et commencé à apprendre mon métier. Au-delà de ma mission d’interprète, j’ai demandé aux médecins chinois de l’équipe de m’apprendre la médecine. J’ai suivi les visites des chirurgiens,  gynécologues, ORL et pédiatres. J’ai été présente pour traduire mais aussi pour apprendre les gestes, pendant les soins d’urgence de nuit. Il m’est même arrivé d’être première assistante à la table chirurgicale. À mon retour à Nanning en 1980 les universités étaient déjà rouvertes et je me suis inscrite en médecine. C’est à ce moment-là qu’une deuxième rencontre décisive avec la France a eu lieu.

La région de Nanning souffre d’une fréquence très élevée d’un cancer nasopharynx lié à des facteurs génétiques. C’est l’un des deux « clusters », comme on dit aujourd’hui, de cette pathologie dont le deuxième est le bassin méditerranéen. C’est pour cette raison qu’au début des années 1980 le Professeur Laurent Degos, alors jeune médecin chercheur de l’équipe du prix Nobel Jean Dausset, se rend dans notre laboratoire à Nanning pour mener des recherches sur cette maladie (ses résultats ont fait l’objet d’un article dans la revue Nature). La spécialité des chercheurs français était le HLA, c’est-à-dire les antigènes (en anglais HLA, humanleukocyteantigen), des molécules à la surface de nos cellules lymphocytaires qui permettent l’identification des menaces par notre système immunitaire. La recherche française dans ce domaine était parmi les plus avancées au monde, ce qui a d’ailleurs valu le prix Nobel de médecine au Professeur Dausset en 1980.  Étant la seule personne de la région ayant à la fois une formation médicale et une maitrise de français, j’ai intégré cette équipe franco-chinoise de recherche. Nous avons énormément appris d’eux et leur contribution à la recherche et la médecine en Chine est aussi évidente qu’inestimable. C’est grâce et avec eux que je me suis spécialisée dans le domaine de HLA. Depuis, je n’ai jamais quitté ce chemin. Ni celui de la France.

Arrivée en France en 1986 pour continuer mes recherches, j’ai obtenu en 1991 le titre de docteur ès Science en Immunologie de l’Institut Pasteur dans le cadre d’une unité d’Inserm dirige par le professeur Dominique Charron, successeur de Jean Dausset à l’Hôpital Saint-Louis. Puis, durant quinze ans, j’ai travaillé pour le laboratoire suisse en tant que directeur Chine de Debiopharm. J’ai alors participé à des projets autour du développement des nouvelles molécules innovantes chinoises pour le traitement du cancer et de la maladie d’Alzheimer.

En 2011 je suis revenue à l’hôpital. J’ai intégré le laboratoire Jean Dausset à Saint-Louis où, avec le professeur Dominique Charron, j’ai alors lancé des projets de collaborations franco-chinoise dans le domaine du HLA. Dans ce cadre, j’ai ainsi contribué à la création du Centre sino-français de recherche HLA à Shanghai, dirigé par le Professeur Chu Chen, lui aussi ancien thésard à l’hôpital Saint-Louis, ex-ministre de la Santé et directeur de la Croix rouge Chine. Si j’entre dans les détails, c’est pour montrer à quel point nos deux systèmes de santé sont intimement liés par un tissu dense et riche d’innombrables trajectoires croisées, de projets communs, d’échanges et d’amitiés. Une nouvelle étape de ma carrière m’a justement amené à développer ces liens patiemment tissés depuis presque quarante ans : travailler au sein de l’AP-HP en tant que chargée de mission pour les collaborations avec les hôpitaux chinois, tout particulièrement avec les hôpitaux de Shanghai où un grand nombre des professionnels de la santé sont francophones.

Mais avant de parler de la crise sanitaire actuelle, un dernier mot d’introduction. Je ne suis pas à ma première rencontre avec la famille des coronavirus. Déjà en 2003, au plus fort de l’épidémie du SRAS, j’ai été en contact avec le professeur Henri Tsang, un vétérinaire chercheur spécialiste en virologie des chauves-souris à Pasteur. À l’époque, nous avons organisé ensemble des conférences en France pour informer médecins français et chinois sur ce virus.  Ce même professeur Tsang a aussi participé à la création du célèbre laboratoire P4 à Wuhan, qui concentre aujourd’hui tous les fantasmes. Si je ne suis pas une spécialiste des laboratoires P4, je connais ceux qui ont géré le projet de Wuhan, que je sais essentiel pour la coopération scientifique entre la France et la Chine. Je sais que des problèmes de fonctionnement ont été signalés en 2018 par des experts français. L’alerte a été prise très au sérieux par les collègues de Wuhan. En règle générale, les laboratoires de haute sécurité qui manipulent des virus sont particulièrement surveillés.

Le laboratoire P4 de Wuhan en Chine. Photo: DR
Le laboratoire P4 de Wuhan en Chine. Photo: DR

Au contact des premiers cas déclarés en France

Ainsi, lorsque le Covid-19 a débarqué en France, ma formation et mon parcours professionnel m’ont mise aux premières loges du drame que nous vivons. Dès le 23 janvier, mes collègues de Wuhan et de Shanghai m’avertissent que quelque chose de sérieux est en train de se passer chez eux. Mais personne à l’époque, ni mes contacts en Chine ni mes collègues en France, ne craint une pandémie. Le lendemain, les deux premiers malades du Covid-19 sont identifiés en France. Il s’agit d’un couple de jeunes touristes (30 ans) chinois venus de Wuhan avec des symptômes légers. Ils sont hospitalisés à Bichat pour être pris en charge par le service des maladies infectieuses qui me contacte pour les aider à gérer ces patients. À sa demande, je rédige un auto-questionnaire en mandarin pour que les patients chinois puissent décrire leurs symptômes, car on croit encore que ce virus n’attaque que les Chinois…

C’est grâce à ces deux éléments – le contact avec les deux patients chinois et les échanges avec mes collègues à Wuhan – que le 25 janvier, lors d’un passage sur BFM-TV, j’ai l’occasion d’expliquer pourquoi il faut prendre très au sérieux ce nouveau coronavirus. J’en profite pour défendre l’utilité du port de masque et donner mon avis sur le nouvel hôpital en construction à Wuhan. Le spécialiste en immunologie que je suis a vite compris le problème. Selon les informations remontées de la Chine, le corps de la personne infectée par le virus met jusqu’à trois semaines à produire des anticorps spécifiques ! C’est extrêmement long et lourd en conséquence, comme nous le constatons aujourd’hui. Quand j’ai vu que la Chine confinait une ville de 11 millions d’habitants, j’ai compris que mes craintes étaient fondées.

Quelques jours plus tard, le 28 janvier, un troisième patient chinois est hospitalisé à l’hôpital Bichat où l’unité des maladies infectieuses. Cette fois, il s’agit d’un homme de 80 ans dans un état grave et l’hôpital me sollicite tard le soir pour traduire des échanges avec le patient. Le lendemain 29 janvier, à la demande des réanimateurs de Bichat confrontés pour la première fois à une forme grave du Covid, j’organise une visioconférence avec leurs confrères de Wuhan pour échanger sur les techniques de soins avec l’aide de l’ambassade de Chine en France. Grâce à ces échanges, l’hôpital Bichat devient le fer de lance du traitement du Covid-19 en France et deux groupes de médecins réanimateurs, de Bichat et de Wuhan, dont l’expérience est décalée dans le temps (les Chinois ayant quelques semaines d’avance dans l’évolution de l’épidémie), collaborent étroitement pour offrir aux malades en danger de mort les meilleurs soins possibles.

Je ne cherche ni médailles ni applaudissements au 20 heures. Si j’ai écrit ce long texte avec beaucoup d’émotion, c’est que je crains que des liens tissés pendant des décennies soient aujourd’hui menacés par des préjugés

Au mois de février, la collaboration se réduit. L’épidémie frappe la Chine de plein fouet. Des mesures draconiennes de confinement sont appliquées à Wuhan et sa région et en quelques jours toute la Chine semble avoir appuyé sur le bouton « stop ». La mission de l’AP-HP préalablement organisée et prévue pour mi-février à Shanghai est annulée. Ce n’est que quelques semaines plus tard, au courant du mois de mars, quand la progression du Covid-19 s’accroît en France et commence à baisser en Chine que les échanges – jamais rompus – reprennent en intensité. De nouveau, médecins et scientifiques chinois partagent leur expérience, leurs pratiques et leurs bases de données avec leurs homologues français. Le 19 mars, les ministres chinois des Affaires étrangères et de la Santé organisent une vidéoconférence avec 18 pays européens dont la France pour partager les expériences chinoises. Le 26 mars, à l’initiative de l’hôpital de Ruijin (dont une équipe a été envoyée en renfort à Wuhan) où travaillent le professeur Zhu Chen et sa femme (tous les deux francophones et très connus du milieu médical français), une vidéo-conférence sino-française a lieu à l’ambassade de France en Chine, en présence du représentant DGOS (Direction générale de l’offre de soins au ministère de la Santé), de l’attaché scientifique du consulat de France à Shanghai, et d’une soixantaine de médecins français en France. L’hôpital de Ruijin transmet aux médecins français le retour d’expérience de son équipe à Wuhan quant aux soins cliniques des cas graves, la protection des soignants, les interprétations des tests pour éviter les faux positifs et faux négatifs, etc. Grâce aux liens historiques étroits avec la France, des canaux de communication précieux se créent et une information d’une importance vitale circule sans entrave. Les diapos et la vidéo de ces échanges improvisés ont été traduits en français et transmis à tous mes contacts dans les hôpitaux de l’hexagone.

Enfin, le Bureau de Santé (Agence régionale de santé) de la Ville de Shenzhen, dont une délégation s’est rendue en France et à l’AP-HP, a également mise à disposition son expérience considérable : 515 189 tests réalisés entre le 23 janvier et le 22 mars permettent d’identifier 417 patients dans une région de 10 millions d’habitants qui n’a enregistré pour le moment que 3 décès liés au Covid-19. Cet exemple montre que le test massif permettant l’identification précoce des porteurs de virus et l’intervention thérapeutique précoce diminue fortement l’aggravation de la maladie en faisant baisser la mortalité. Ce genre d’information concrète et détaillée est précieux pour les décideurs qui planifient le déconfinement. 

En parallèle, pour que l’intendance suive, je participe à l’organisation et l’orientation des dons de masques et de tests. Un énorme élan de solidarité émane des associations de Français d’origine asiatique (chinoise mais aussi vietnamienne et cambodgienne). Des commerçants mettent à disposition leurs réseaux et leurs moyens logistiques pour se procurer et acheminer ces précieuses armes contre le virus. Ils récoltent des fonds, identifient des fournisseurs et producteurs et parviennent à faire venir un grand nombre de masques à la Pitié Salpêtrière, le centre-pivot pour patients Covid, au SAMU de Paris, a l’hôpital Pompidou,  à l’Institut Gustave Roussy et d’autres unités médicales en première ligne de la lutte contre le Covid-19.

Des liens précieux fragilisés

Les échanges et la solidarité ne sont pas à sens unique. Le fonctionnement du SAMU dirigé par le Professeur Pierre Carli, la méthode développée en France pour la gestion des flux à l’hôpital en évitant les contaminations croisées – un protocole particulièrement important en temps de pandémie et un point faible dans la gestion de la crise à Wuhan – sont transmis aux médecins chinois en un temps record pour leur permettre de modifier leurs pratiques.    

Enfin, il est important de savoir que les autorités chinoises ont validé trente tests diagnostic permettant d’identifier les populations porteuses : les personnes qui ont rencontré le virus et pu définitivement guérir (on détecte chez eux des IgM, IgG) et celles infectées moins gravement. La Chine a fait don de certains de ces tests à des structures publiques en France, contribuant ainsi aux recherches qui préparent le déconfinement. Dans cette optique, scientifiques français et chinois poursuivent leur collaboration étroite pour étudier et optimiser les modalités de déconfinement en s’appuyant sur l’expérience chinoise des dernières semaines.  

Je ne cherche ni médailles ni applaudissements au 20 heures. Si j’ai écrit ce long texte avec beaucoup d’émotion, c’est que je crains que des liens tissés pendant des décennies soient aujourd’hui menacés par des préjugés. Ce que le rayonnement de la langue française et une politique de coopération ont construit devrait être précieusement entretenu. La temporalité des liens entre Chinois et Français n’est ni celle des gouvernements ni celle de telle ou telle crise. Ne laissons pas le doigt nous cacher la lune.

Et si le Covid-19 nous immunisait contre le politiquement correct?

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Ce virus brise tous les tabous : fumette, bagnole, couple, etc…


Nous n’étions jusqu’ici que des enfants sages, bien élevés, respectueux de tous les principes de précaution. On suivait à la lettre toutes les recommandations, on ne fumait plus, ne buvait plus, ne roulait plus, nous baisions juste pour faire des enfants et mangions notre ration de cinq fruits et légumes. L’Académie de médecine était fière de nous. De citoyens, nous étions tous devenus des patients, c’est-à-dire des malades qui s’ignorent. Nous avions même accepté de loger dans des appartements exigus et de laisser nos vieux dans des mouroirs. Nous n’avions que des interdictions en héritage et en partage. 

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Si les médecins pouvaient se mettre d’accord entre eux…

Qu’allions-nous offrir aux générations suivantes ? Un monde sans pitié où le « politiquement correct » est la ligne directrice, où l’exemplarité est un signe de clairvoyance et de longévité. Chaque jour, la société nous imposait de nouvelles barrières que nous adoptions avec componction. Les contraintes étaient nos tuteurs. Sans eux, nous aurions cédé à une vie dissolue. Chacun de nous aspirait sincèrement à vivre plus sainement, plus longtemps, en évitant scrupuleusement tous les écarts alimentaires et les faux pas sanitaires. On pouvait légitimement se demander à quoi bon vivre dans un système aussi chiant et déshumanisé, où même l’excès est réglementé. Nous n’allions pas jusqu’à déclarer notre haine de l’existence comme Claude Tillier (1801-1844) dans le premier paragraphe de Mon oncle Benjamin : « Je ne sais pas, en vérité, pourquoi l’homme tient tant à la vie. Que trouve-t-il donc de si agréable dans cette insipide succession des nuits et des jours, de l’hiver et du printemps ? […] Toujours les mêmes discours de la couronne, les mêmes fripons et les mêmes dupes ». L’idée de sécession germait dans nos esprits réfractaires. Et puis, le Covid-19 est arrivé comme Zorro dans nos vies parfaites d’occidentaux éclairés par le progrès. Et chaque semaine, il est venu contredire méthodiquement tout ce qui nous avait jusqu’alors structuré. Toutes nos digues ont sauté. Notre confort intellectuel en a pris un coup sur la tête. Nous en relèverons-nous ?  Dans le cas présent, les incertitudes et les tâtonnements sont légion, le virus n’a pas encore livré tous ses secrets funestes, mais il semble que fumer protègerait mystérieusement certaines personnes. 

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Depuis bientôt deux mois, nous avons été habitués au ballet contradictoire des médecins sur les plateaux télé, leur perplexité, si la mort ne rôdait pas, aurait un côté presque comique. Pour tous les nuls en maths de France, nous n’imaginions pas autant d’inconnues dans une équation. Et moi qui croyais que les littéraires étaient filandreux, fuyants, chipoteurs et dangereusement rêveurs. Là aussi, notre perception du discours officiel des scientifiques a été sérieusement bousculée. Un autre grand tabou est tombé. Le plus tenace, le plus épidermique, celui qui aura suscité la plus grande virulence idéologique. Conduire était jusqu’à très récemment considéré comme le dernier degré de la beaufitude, une ringardise à éradiquer de la surface de la Terre, un rogaton du vieux monde. Dégueulasse et suicidaire pour notre planète. Les gilets jaunes se souviennent avec quel mépris de classe, on les a disqualifiés quand ils parlaient de leur auto, sa nécessité vitale et aussi son coût dans le budget d’un foyer. On rigolait d’eux dans les médias, on osait les faire passer pour des arriérés, des primates du diesel, il y a des insultes qui ne s’oublient pas. À cause de cette crise, la route vient de reprendre sa place essentielle dans nos échanges, dans notre survie, faut-il oser l’avouer. Les camions, les utilitaires et les voitures particulières, partout sur le territoire, nous ont permis de tenir, de nous nourrir et de maintenir nos liens. Quel camouflet pour tous les agresseurs de la mobilité et pas des mobilités, cette terminologie technocratique décharnée qui nie la réalité du bitume. 

La nouvelle crise de la famille qui s’ouvre

Et puis, il y a l’épineux problème des enfants à la maison, en quarantaine, en tension comme nos services hospitaliers. Combien de parents se demandent s’ils ont fait le bon choix en soutenant le taux de natalité ? Dans le face-à-face du confinement, entre les ados qui végètent sur leur tablette, les plus petits dont la turbulence et la puissance vocale devront être étudiées à l’avenir par la NASA, les trois repas à préparer dans la journée, les grands-parents absents et les profs déchaînés sur les devoirs, la notion même de famille est fragile. Et si ce Covid-19 avait aboli le tabou extrême du « politiquement correct » : la possibilité du bonheur conjugal sans enfants ? La société bien-pensante a tout fait pour détruire cette éventualité-là, raillant la fidélité comme un comportement déviant, pour nier l’amour sincère et lutter contre ces couples improductifs et égoïstes, qui ne participent pas à l’effort de la Nation, ils étaient suspects dans leur démarche « solitaire ». Notre société moderne a même tenté de nous vendre les avantages du polyamour aussi complexe que la polyarthrite. Et si ce confinement avait eu l’effet inverse : renforcer ce lien entre deux personnes. Contrairement à toutes les prédictions, les vieux couples résistent mieux au Covid-19. J’ai même entendu des maris confinés chantonner ce tube de Richard Anthony : « Qu’est-ce qu’il m’arrive ? Aujourd’hui, je suis amoureux de ma femme ».

Mon Oncle Benjamin

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Éloge de la voiture

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Contre le coronavirus je fume comme un pompier!

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Douces et bénéfiques volutes 


La nicotine c’est salvateur. D’ailleurs elle rime avec chloroquine. Une étude des médecins de la Pitié-Salpêtrière nous apprend qu’il y a proportionnellement peu de fumeurs parmi les malades atteints du coronavirus. La nicotine agirait donc de façon révulsive sur le virus.

Nous nous inclinons devant ces résultats scientifiques non contestables. C’est pourquoi, nous avons enfoui notre cigarette électronique dans un masque et nous avons jeté le tout à la poubelle.

Nous nous sommes précipité au tabac pour y acheter plusieurs cartouches de cigarettes. Les Gitanes et les Gauloises sans filtre étant introuvables nous avons été contraint de nous rabattre sur des blondes passablement mièvres et fadasses. Mais nous avons arraché les filtres. Et à chaque bouffée nous murmurions : « vade retro coronavirus ».

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Sur tous les paquets figurent des mentions idiotes : « fumer peut donner le cancer », « fumer peut provoquer des AVC », « fumer peut rendre impuissant ». Nous avons doucement ricané car nous voulons bien mourir d’un cancer, d’un AVC ou de devenir impuissants. Mais il est hors de question de mourir du coronavirus.

Dans la rue, je marche serein, la clope au bec. Des filles s’approchent de moi, me frôlent pour inhaler ma précieuse fumée. Mais la cigarette m’a rendu impuissant… Une autre étude médicale m’informe que les obèses sont plus touchés que les autres par le virus. J’ai décidé de devenir anorexique.

Pourquoi toutes ces études ? Pourquoi ces statistiques dont on nous abreuve ? Sont-elles utiles à quoi que ce soit ? Elles servent juste à alimenter l’inépuisable rubrique du coronavirus. On en bouffe matin, midi et soir. Et quand les médecins ne suffisent pas c’est Macron et Philippe qui s’attèlent à la tâche. Un jour ils disent une chose, le lendemain le contraire. Seule Sibeth Ndiaye reste droite et ne varie pas : elle dit toujours les mêmes âneries.

Dans les anciens juke box, il y avait des touches avec les noms de morceaux de musique. On mettait une pièce et ça beuglait. Mais il y avait aussi une touche marquée « silence ». Une pièce et pendant quelques instants on était débarrassé des nuisances sonores. Je suis prêt à mettre beaucoup de pièces pour qu’ils se taisent tous.

Une histoire qui date de ce temps-là a toute sa place ici. Une jeune femme qui vivait seule voulait à tout prix avoir un bébé qui ressemblerait à Julio Iglesias. Elle s’adressa à une agence spécialisée précisant qu’elle voulait être fécondée « in vivo ». L’agence chercha. Et quelques jours après, elle reçut un coup de téléphone : « nous avons trouvé l’étalon qu’il vous faut ».

A lire aussi: Covid-19: le tabac veut sauver des vies

Rendez-vous fut pris. On sonna à la porte de la jeune femme. Elle ouvrit et vit en face d’elle un superbe Noir. « Mais vous ne ressemblez pas du tout à Julio Iglesias » bégaya-t-elle. « Mademoiselle, faites-moi confiance je vous garantis le résultat ». Elle accepta. Il lui fit l’amour et partit.

Neuf mois après elle accoucha d’un adorable petit bébé qui ressemblait comme deux gouttes d’eau à Julio Iglesias. Éperdue de joie et de reconnaissance, elle appela le procréateur : « Venez, je tiens à vous remercier ». Quand il fut là, elle lui demanda toujours étonnée : « mais comment avez-vous fait ? » Le Noir répondit : « Je vais vous expliquer. Chez moi à la maison toute la journée ma femme chante du Julio Iglesias. Toute la journée mes deux filles écoutent du Julio Iglesias. Alors vous comprenez, du Julio Iglesias j’en ai plein les couilles !».

Pour ce qui me concerne, c’est du coronavirus que j’ai plein les c…

La France (médiatique) a peur

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Dans l’épidémie de Covid-19, les médias n’ont-ils pas abusé de leur pouvoir d’influence ? La question mérite d’être posée.


Tout pouvoir est susceptible d’abus, notamment le pouvoir administratif, dont les juristes sont familiarisés avec l’excès de pouvoir, source importante du contentieux administratif.

Le pouvoir sans contrôle rend fou

Le « quatrième pouvoir », celui des médias, dont l’exercice ressort, il est vrai, des libertés publiques, est-il insusceptible d’abus ? Certes non. Mais ce pouvoir, qui ne dispose pas d’une force de coercition directe, exerce un tel empire sur les esprits que ceux-là mêmes qui constatent ses abus et ses excès hésitent à les dénoncer, de peur de l’ostracisme du silence.

Sans doute Internet est-il venu rebattre les cartes, en permettant l’expression d’idées souvent occultées par la majorité des journalistes et des organes de presse qui expriment avec ensemble un socle d’idées convenues, dans un esprit de « consensus », qui ne doit pas être « clivant » (honte au Président Trump et au Pr. Raoult…), que des esprits irrévérencieux ont tôt fait, sur le libre Web, de qualifier de « totalitarisme mou » ou de « mainstream », ce qui a le don d’irriter au plus haut point ceux qui se trouvent ainsi épinglés.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Gouvernement: le « risque zéro » pour feuille de route

Quant à l’Etat, régulateur naturel du pouvoir, il ne peut intervenir dans ce « quatrième pouvoir » qu’avec une extrême modération, si ce n’est une extrême prudence, du fait que toute intervention sur la liberté de la presse – quoi que celle-ci fasse ou dise – sera immédiatement stigmatisée (parfois à raison, parfois à tort) de liberticide.

Le pouvoir des médias apparaît ainsi comme un pouvoir sans contrôle, si ce n’est les contrôles qu’il s’autorise à lui-même (CSA et autres). Or, comme le notait déjà le philosophe Alain au début du siècle dernier, le pouvoir sans contrôle rend fou.

Emballement, excès, abus

Le traitement médiatique de la pandémie née du virus chinois est un exemple typique d’emballement, d’excès et d’abus.

La plupart des médias :

– répandent la peur en insistant, plus qu’il est nécessaire à une information purement factuelle, sur l’extrême contagiosité du virus, son caractère potentiellement létal, les statistiques funèbres, en mettant en exergue des drames humains individuels, en réservant à l’information sur ce sujet une telle omniprésence que plus aucune autre information n’ayant pas de caractère fracassant (attentat par exemple) ne filtre, ce qui focalise la population sur ce sujet, jusqu’à l’obsession ;

– agissent souvent avec malhonnêteté intellectuelle, par exemple en occultant que le secteur hospitalier allemand, dont la performance ne peut (malheureusement…) être passée sous silence, appartient, contrairement au français, en majorité au secteur privé après les importantes privatisations du début des années 2000, ou, comme il a été montré précédemment, que la mortalité dans les pays ne pratiquant pas le confinement est en majorité inférieure à celle des pays le pratiquant, ou encore en montant en épingle le cas d’un citoyen américain qui se serait empoisonné par un nettoyant d’aquarium contenant de la chloroquine à la suite d’un propos du Président Trump favorable à l’emploi de ce médicament, peu coûteux et d’accès facile ;

– développent ce qu’il faut bien appeler une propagande en faveur de l’assignation à résidence, dite confinement : critiques à peine voilées contre les pays ne le pratiquant pas, illustration de son utilité, mieux, de sa nécessité, occultation, pour l’essentiel, de ses effets néfastes, absence quasi-complète de tribunes ou d’articles critiques, information approbative sur la répression des contrevenants, développement, en résumé, d’une sorte d’unanimisme du temps de guerre, dans une curieuse cohérence avec les décisions liberticides du pouvoir, que les mêmes médias ont contribué à provoquer en répandant la panique ;

– ont tendance à mélanger, ou, pour le moins, à ne pas distinguer clairement ce qui ressort des faits bruts, de l’analyse de ces faits, des préconisations et des prévisions ;

– utilisent souvent des « ficelles » techniques, depuis longtemps dénoncées, telles positionnement dans la page, taille et libellé des titres, longueur et graphisme des articles, pour, tout en présentant une information en apparence équilibrée, voire respectant la contradiction, favoriser la thèse inquiétante, voire terrorisante.

Pression sur les politiques

Par l’emploi de ces méthodologies, on passe du droit (et du devoir) d’informer à la manipulation des émotions et par l’effet bien connu de la psychologie des foules, mise en lumière depuis plus d’un siècle par Gustave Le Bon, à des effets de panique, exerçant sur les politiques une pression irrésistible dans le sens de la prise de mesures gouvernées par cette panique et, comme dans tous les cas de panique, ne prenant plus aucun autre paramètre en compte, voire perdant toute raison.

Chacun des membres de la foule en panique, pris individuellement fuyant un cinéma en feu, prendrait soin de ne pas piétiner à mort la femme enceinte qui vient de trébucher. Mais la foule en panique le fait sans hésiter, et même sans y penser. La foule en panique ne pense pas.

A lire aussi, Benoît Rayski: Strasbourg: retour sur une « fake news » pas si « fake » que ça

Provoquer sciemment la panique et orienter les décisions politiques par ce moyen, est donc, de la part (de la plupart) des médias un abus de pouvoir manifeste et une faute.

Sans doute la nature particulière du 4e Pouvoir rend-il difficile la sanction de cette faute.

Mais le rôle des politiques est d’y résister, de prendre des décisions réfléchies et de résister aux emportements de l’émotivité des foules.

La liberté est un tout

Le Premier ministre anglais a, le premier, succombé à ces pressions, et si les Présidents Trump et Bolsonaro, au caractère bien trempé, résistent courageusement, la pression sur eux ne faiblit pas.

Il n’est pas certain que le calcul d’une fraction majoritaire des médias, de provoquer la panique, puis les mesures liberticides qu’elle a inspirées, ne se retourne pas un jour contre la liberté de la presse. La liberté est un tout.

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Ruiner la liberté d’aller et de venir, une des plus fondamentales, puis mettre en place, pour l’inévitable « sortie » de la résidence surveillée, des moyens de surveillance et de traçage qui en seront la suite nécessaire, pourrait préparer une société dans laquelle la liberté individuelle, comme certains médias l’expliquent déjà, cesserait d’être la valeur fondamentale qu’elle est encore dans la société française, laquelle serait promise à devenir une fourmilière à l’instar des pays d’Extrême-Orient, au premier rang desquels, la Chine, dont le mal est venu.

Un mal qui ne serait pas que le virus, mais une évolution politique totalitaire. À laquelle la presse devrait s’adapter. Il n’est pas certain qu’elle y soit prête. Ni que, le moment venu, on lui demandera son avis.


Psychologie des foules: Préfacé par Benoist Rousseau

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Candidature RN à Maubeuge, une ténébreuse affaire


Aymeric Merlaud, candidat (RN) à la mairie de Maubeuge (Nord), a subi plusieurs manœuvres d’intimidation. Un fonctionnaire de la DGSI l’a même incité à freiner sa campagne dans cette ville aux réseaux islamistes chatouilleux.


C’est une histoire ahurissante, qui commence en novembre 2019. Aymeric Merlaud, 28 ans, ex-assistant parlementaire du député Rassemblement national Sébastien Chenu, est désigné tête de liste RN pour les municipales à Maubeuge (Nord).

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Un cap est franchi

Dès le début de sa campagne, sa permanence est taguée. Concernant le RN, c’est assez fréquent. Le 23, un palier est franchi. La vitrine de la permanence est fracassée. Aymeric Merlaud porte plainte. Il ne s’attendait pas à une campagne de tout repos, il est servi. La suite, en revanche, va le surprendre. Il reçoit un coup de fil d’une personne qui lui demande de se présenter le vendredi 26 novembre à 17 heures au ministère de l’Intérieur, rue des Saussaies. Aymeric Merlaud, qui ne peut pas s’y rendre, y envoie son directeur de campagne. Celui-ci est reçu au ministère par trois personnes. Elles refusent de se présenter. Leur but est seulement de transmettre un message. Il conviendrait qu’Aymeric Merlaud fasse campagne, mais pas trop, en particulier dans certaines cités, Maubeuge étant une ville sensible, avec des réseaux islamistes chatouilleux. Interloqué, le directeur de campagne ressort. Avant de quitter le ministère, toutefois, il a la présence d’esprit de demander à un secrétaire le mail de la personne qui vient de le recevoir, prétextant qu’il a oublié de le noter. Courtoisement, on lui donne le nom du commissaire D. B. Vérification faite, une personne de ce nom travaille effectivement à la DGSI, dont les locaux ne sont pas au ministère de l’Intérieur, mais dans un immeuble sécurisé, à Levallois-Perret.

Quelle histoire !

Dans les jours qui suivent, le domicile d’Aymeric Merlaud est visité, sans effraction visible. Les cambrioleurs n’emportent rien, sauf son passeport et le récépissé de son dépôt de plainte pour le bris de la vitrine de sa permanence. Un peu plus tard, il constate que sa box internet ne fonctionne plus. Le réparateur lui explique que sa liaison a été coupée au niveau d’un sous-répartiteur, c’est-à-dire à l’extérieur du domicile, dans une armoire contenant plusieurs fils. Rien n’indiquait lequel était celui du candidat RN. L’abonnement n’était même pas à son nom. Inquiet, Aymeric Merlaud demande conseil à Sébastien Chenu. Celui-ci est alors en campagne à Denain, non loin de Maubeuge. Il prend l’avis d’un spécialiste des questions de sécurité au Rassemblement national, qui diagnostique des manœuvres d’intimidation et prévient que la prochaine étape pourrait être le passage à tabac. Sébastien Chenu contacte alors Gérald Darmanin, avec qui il est en termes courtois. Le ministre du Budget prévient son homologue de l’Intérieur. Christophe Castaner rappelle Sébastien Chenu. Il lui assure ne pas être au courant, mais confirme que Maubeuge est une ville sensible, que la DGSI surveille, effectivement. Sébastien Chenu va alors raconter l’histoire à plusieurs journalistes, dans le but avoué de protéger Aymeric Merlaud. Tous vont appeler le ministère de l’Intérieur avant le premier tour et obtenir la même réponse. Le rendez-vous n’a laissé aucune trace et personne n’est au courant de rien. En ce qui concerne le commissaire D. B., le ministère ne peut rien dire, sauf qu’un fonctionnaire de la DGSI n’a aucune raison d’organiser un rendez-vous dans les locaux de la rue des Saussaies ! « C’est ubuesque, je suis le premier à l’admettre, souligne Aymeric Merlaud, mais quelle raison aurions-nous d’inventer une histoire pareille, mon directeur de campagne et moi ? » Seule hypothèse plausible, en définitive, quelques fonctionnaires isolés auraient pris l’initiative d’inciter le candidat RN à freiner sa campagne, sur la base d’informations connues d’eux seuls, sans passer par la sous-préfecture de Maubeuge, sans passer par leurs collègues en poste dans le Nord. S’ils ont agi ainsi, ils ont pris de grands risques en vain : Aymeric Merlaud est arrivé quatrième au premier tour à Maubeuge avec 12,6 % des voix, loin derrière le maire sortant, Arnaud Decagny (42 %), l’ancien député PS Rémi Pauvros (23,4 %) et le candidat divers-droite Jean-Pierre Rombeaut (14,7 %). Deuxième tour prévu le 21 juin.

A lire aussi: Gouvernement: le « risque zéro » pour feuille de route

Covid-19: Liberté, science, mondialisation, Europe, rien ne lui résiste


Bienvenue dans le plus grand tournant que notre monde moderne ait connu


L’épidémie de Covid-19 est l’événement fondateur du XXIe siècle, au même titre que la Guerre 14-18 a été l’événement fondateur du XXe siècle. La Première Guerre mondiale a décillé les yeux du monde, et tout particulièrement de l’Europe, sur l’illusion de 50 ans de  progrès scientifiques et industriels forcément bénéfiques – les armes nouvelles précisément issues de ces progrès fulgurants faisant des millions de morts.

Le coronavirus met à bas 50 années de « post-histoire » fondées sur la prise de pouvoir de l’économie au détriment de la politique. Depuis le 1er janvier 2020, les dogmes qui régissent le monde depuis les années 80 marquées par le néolibéralisme imposé par Reagan et Thatcher se sont effondrés un à un.

La liberté individuelle ne prime plus sur la collectivité

Le plus spectaculaire virage en épingle à cheveux concerne la liberté individuelle. Quand les Chinois ont confiné la ville de Wuhan (11 millions d’habitants), puis la province du Hubei (50 millions d’habitants, presque la France), l’Occident s’est gaussé d’une dictature qui serait inacceptable chez nous. Las, depuis début mars en Italie et depuis le 16 mars en France, nous sommes confinés au même titre que plus d’un milliard de personnes à travers le monde. La liberté individuelle en a pris un (sale) coup : 135 euros d’amende et jusqu’à six mois de prison après trois récidives, si vous ne restez pas dans votre prison familiale, dorée pour ceux qui ont un grand jardin, oppressante en studio ou en appartement.

Et la liberté d’aller et venir sans entrave n’est pas prête de nous être rendue. La France, en coopération avec la Suisse et l’Allemagne, prépare une sortie de confinement agrémentée d’un système de « tracking » numérique. Une sorte de fil à la patte invisible, officiellement sur volontariat…

A lire aussi: Julien Aubert: « Après le coronavirus, il faudra repenser la France » 

La science n’est plus invincible

À propos du Covid-19, les médecins, tout particulièrement en France, se déchirent. La polémique opposant les partisans de la chloroquine aux opposants au professeur Raoult n’est pas la seule. On se chamaille autour des masques, indispensables pour certains, inutiles pour d’autres, autour de la durée de vie du virus dans l’air, sur des surfaces plastiques ou textiles, etc. Chacun excommunie l’autre, le lobbying des laboratoires bat son plein, les gouvernements sont désorientés. Malheureusement, nous ne sommes pas dans une pièce de Molière, mais dans le tourbillon d’une épidémie où l’on interdit, puis autorise, puis limite, puis encadre, des protocoles médicaux.

On en arrive, en France, à mettre en place des expériences avec des groupes témoins qui croient être pris en charge, mais qui ne reçoivent qu’un placebo. Pour vérifier l’efficacité des produits testés… en pleine pandémie. « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », disait Rabelais.

La mondialisation a explosé en vol

La mondialisation, tant vantée pour son efficacité, est sur la sellette. Le virus vient de Chine, mais il n’est pas le seul. La quasi-totalité des médicaments, autrefois élaborés chez nous, provient d’Asie. Les molécules sont synthétisées en Chine et en Inde, et parfois conditionnées en Europe. Quand la Chine est bloquée, adieu paracétamol et autres anti-douleur, anti-diabétiques et anti-cancéreux.

La France a abandonné son stock de 1,4 milliard de masques chirurgicaux et FFP2, en 2013, parce qu’il était possible de se fournir rapidement et massivement en Chine, dixit Olivier Véran, le ministre de la Santé. Hélas, c’est de là qu’est partie l’épidémie, et tout y a été bloqué pendant deux mois.

L’heure est à la réimportation des outils et des savoir-faire.

L’Europe n’a protégé personne 

À 27 on est plus forts. Le slogan d’avant le Covid résonne de sinistre manière après quelques milliers de morts en Italie, France, Espagne… Le 12 mars, alors que la pandémie étranglait Milan, Turin, Venise, la Cour de justice européenne infligeait 7,5 millions d’euros d’amende à l’Italie pour « soutien abusif » aux hôteliers de Sardaigne (en 2008 !), assortis de 80 000 euros de pénalités par jour de paiement en retard. 

Du même tonneau (ou pire ?) : Ursula Von der Leyen, la présidente de la Commission de Bruxelles, trouvait le 23 mars le temps de tourner une vidéo sur laquelle elle montrait comment il fallait, contre le virus, se laver les mains… en chantonnant l’hymne européen. Avec elle revenait l’ombre de Ponce Pilate, le gouverneur de la Judée du temps de Jésus, se lavant les mains devant le sort du Christ…

Les Italiens ont pris le geste pour une claque et on en a vu brûler le drapeau européen. 

A lire aussi: Chloroquine: Sacré Raoult!

Il a fallu un mois à l’UE pour trouver un accord sur la mise en œuvre du plan de stabilité (MES). Entre-temps, la « solidarité » européenne en a vu de toutes les (sales) couleurs : les Tchèques ont confisqué les masques destinés aux Italiens, les Français ont fait main basse sur ceux à destination de la Suède, les Allemands ont interdit toute exportation de matériel médical. Jamais l’Europe de la concurrence n’avait si bien justifié son credo !

Le retour des nations ?

Le discours d’Emmanuel Macron a évolué depuis sa première allocution télévisée, le 12 mars, dans laquelle il conjurait de ne « pas céder au repli nationaliste » et son discours du lundi de Pâques, dans lequel il a appelé à reconquérir notre souveraineté économique. On note même une évolution entre le 16 mars (2ème intervention TV) dans laquelle il parlait de souveraineté « française et européenne », ce qui est antinomique, puisque la seconde est censée recouvrir la première. Il parle maintenant bel et bien de souveraineté nationale et de « stratégie » européenne. Cela dit, les paroles n’engagent que ceux qui les écoutent. Jusqu’à présent, la France garde ses frontières ouvertes. On débarque à Roissy sans contrôle de température, et les policiers français postés à la frontière suisse à Bâle contrôlent surtout les frontaliers… français qui rentrent chez eux pour voir s’ils ont leur attestation de sortie. PV à l’appui pour les fautifs. 

Le retour à la souveraineté passera-t-il par la (re)nationalisation de Renault et d’Air France, pour éviter la faillite de ces deux emblèmes industriels ? Bruno Le Maire ne l’exclut pas. Les privatisations, encore un dogme qui s’effondre ! 

À ce propos, deux dossiers pourraient permettre au gouvernement d’avancer dans le dossier de la souveraineté, sans attendre la fin de la crise, et tout en combattant la pandémie : la seule usine de chloroquine française, Famar à Saint-Genis-Laval (Rhône) fonctionne à plein régime[tooltips content= »Le Progrès, 23 mars 2020″](1)[/tooltips], mais elle est en redressement judiciaire. Et Luxfer à Gerzat (Puy-de-Dôme), unique fabricant de bouteilles à oxygène national, bien que fermé en juin 2019 par son actionnaire britannique, est en mesure de reprendre sa production sans délai. Les deux entreprises sont en attente de nationalisation pour survivre et fournir le pays. Étrangement, le gouvernement dit non à ces nationalisations, en pointant « l’idéologie » qui pousse ceux qui les réclament. Il y a encore loin des paroles qui commencent à changer aux actes…

Le monde de la culture ne passera pas l’été


Plus que le critique, le comédien, le musicien et le danseur, c’est l’ouvreuse qui passe sa vie dans les salles de spectacle. Laissons donc sa petite lampe éclairer notre lanterne !


Ils étaient au quatrième sous-sol de l’Opéra Bastille à répéter Don Juan, on leur a dit rentrez chez vous, bye bye et à un de ces jours. Personne dans le couloir, personne au bout du fil, covid sidéral.

Ces cigales qui folâtrent quand nos fourmis crèvent au chevet des malades sans masque et sans lit, qui peut se tromper d’urgence ? Ni nous ni elles évidemment. Mais demain, au réveil ? Accueillerons-nous d’un bravo unanime la victoire par K.O. d’Internet Antiseptik sur l’art vivant contagieux ? Ne restera-t-il pour voyager que Netflix, Disney et les archives mirobolantes dont arrosent la Toile, depuis leur fermeture, les salles de Berlin, New York et Paris ?

Tout s’arrête. Les permanents de Paris, de Lille, de Toulouse vont toucher leur salaire ou les indemnités d’un chômage partiel et provisoire. Mais les autres ? Les (275 000) intermittents ? Les indépendants ? Les solistes ? Qu’est-ce qu’ils deviennent ?

Rien. Force majeure : qu’ils aillent se faire dédommager chez Pôle Emploi s’ils y arrivent. À part qu’ils n’y arriveront pas. Mis à la porte sans préavis pour plusieurs mois, ils perdront leurs cachets avant de perdre aussi leurs indemnités faute d’heures travaillées. Pas un seul petit morceau de mouche ou de vermisseau. Début mars, circule une pétition pour « la culture française infectée par le coronavirus ». Le violoniste Capuçon monte au front : « Les artistes indépendants vont souffrir énormément du choc économique de ce Covid-19. J’ai suggéré à Franck Riester de mettre en place un plan d’urgence comme l’Allemagne vient de le faire pour venir en aide aux artistes. »

A lire aussi: Allemagne: les nôtres avant les autres

L’Allemagne ! Terre des muses, gouvernée par une mélomane. À l’annonce du confinement de la chancelière Merkel, les gens se sont mis à la fenêtre pour chanter la 9e de Beethoven. Sûr qu’on verrait pas ça chez nous. L’Opéra de Paris essoré par deux mois de grève lâche un pourboire et demerdensie. À l’inverse, Saint-Étienne et Montpellier rétribuent tout le monde, artiste ou technicien. Ailleurs, les théâtres attendent le feu vert de la mairie ou la vente de billets qu’on ne vend plus, et merci au public qui voudra bien ne pas se faire rembourser… la grande impro. Pas pire que le Met de New York qui ne paie plus personne. Assez quand même pour mettre la rage aux chanteurs.

Quoi ! On a dissous les troupes et vanté les bienfaits de l’indépendance pour nous lâcher au premier virus ! Stanislas de Barbeyrac, ténor : « Les décisions annoncées par les théâtres sont pour le moins arbitraires et non concertées. » Ludovic Tézier, baryton : « Théâtres, ne maltraitez pas ceux qui sont le sang de vos veines, les artistes. » Ces milliers d’heures que mettent en streaming toutes les scènes du monde… c’est qui qu’on voit dedans ?

Covidé à son tour, notre ministre a enfin répondu à la lettre signée Roberto Alagna, Karine Deshayes, José Van Dam et tout le monde. Promesse aux intermittents de compter les heures envolées. Suite du message plutôt vague : 22 millions d’euros de soutien sur plus (peut-être beaucoup plus) de 500 millions d’euros de perdus… Fallait épargner, cigale ! Fourmi sanitaire first. N’empêche, il n’y a pas si longtemps la planète nous enviait le TGV, l’atome, le quai d’Orsay, la santé publique. Honte et déprime. Reste pour laver notre honneur une génération de cigales comme on n’a jamais eu, la génération des Barbeyrac, des Tézier, des Sabine Devieilhe, des Marianne Crebassa, des Florian Sempey, des Julie Fuchs, des Benjamin Bernheim, des… dizaines et dizaines dont nous autres, ouvreuses, ne sommes pas moitié fières. Manquerait plus qu’on nous la flingue aussi.

Covid-19: Périclès n’a pas été testé

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Photo: Pixabay

Si la réalité dépasse parfois la fiction, c’est que la fiction précède souvent la réalité. La littérature prévoit l’avenir. Cette chronique le prouve.


Le coronavirus a, c’est le moins que l’on puisse dire, fait réapparaître des peurs qui ne datent pas d’hier. Dans La Peste de Camus, le docteur Rieux constate d’ailleurs : « Les fléaux sont une chose commune, mais on croit difficilement aux fléaux lorsqu’ils vous tombent sur la tête. Il y a eu dans le monde autant de pestes que de guerres. Et pourtant pestes et guerres trouvent les gens toujours aussi dépourvus. » Le docteur Véran, ministre de la Santé, dont on espère qu’il sera aussi efficace que Rieux dans un Oran au stade 3, refuse d’admettre cette impréparation et, par exemple, dans un tweet du 21 mars, il déclare sans trembler : « Nous avons mis en œuvre tous les moyens pour augmenter notre stock de masques. »

Covid-19 et Grèce antique

Il n’empêche, l’inconscient collectif se souvient et s’inquiète. Thucydide, au Ve siècle avant J.-C., donne un des premiers récits d’épidémie : « La maladie, impossible à décrire, sévissait avec une violence qui déconcertait la nature humaine. Voici qui montre combien elle différait des épidémies ordinaires : les oiseaux et les quadrupèdes carnassiers ne s’attaquaient pas aux cadavres pourtant nombreux, restés sans sépulture […]. » Nous n’en sommes pas là, mais la propagation du virus rappelle celle décrite par l’historien grec dans le livre II de sa Guerre du Péloponnèse où c’est l’Éthiopie qui joue le rôle de la Chine. Périclès lui-même en sera victime : l’agora était sans doute un « cluster », comme notre Assemblée nationale…

A lire aussi: Un peu de Cioran à la sauce coronavirus

Pourvu que le Covid-19 ne dure pas autant que cette peste qui ravagea le monde grec pendant quatre ans. Les citoyens confinés pourraient mal réagir : « […] On chercha les profits et les jouissances rapides, puisque la vie et les richesses étaient également éphémères. Nul ne montrait d’empressement à atteindre avec quelque peine un but honnête ; car on ne savait pas si on vivrait assez pour y parvenir. Le plaisir et tous les moyens pour l’atteindre, voilà ce qu’on jugeait beau et utile. Nul n’était retenu ni par la crainte des dieux ni par les lois humaines. » Un tel comportement, convenons-en, ne serait pas à même de faire redémarrer une économie fortement secouée.

Comme le raconte Boccace dans son Décaméron pendant la peste à Florence en 1348, le confinement à la Leïla Slimani reste une bonne solution : passer son temps dans une villa à l’écart et se raconter des histoires entre amis. Nous souhaitons que les personnes confinées dans les HLM des cités s’occupent de la même manière. La littérature y gagnera de nouveaux chefs-d’œuvre, mais ils seront sans doute moins policés et moins chics que celui de la lauréate du Goncourt 2016…

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Chanson douce - Prix Goncourt 2016

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Vouloir une France libre et indépendante, c’est voter Pétain?

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petain koenig covid
Exposition Pétain, 2012. Authors: VILLEMAIN/20 MINUTES/SIPA. Feature Reference: 00647499_000011.

Qualifier de pétainiste le projet de rétablissement des frontières dans une France forte et indépendante, comme l’a fait le chroniqueur libéral Gaspard Koenig, est une aberration. 


Comment se faire remarquer sans trop de difficulté? En faisant un parallèle grossier avec Pétain. Gaspard Koenig, jeune chroniqueur libéral aux Échos, a crié au retour des années 40. A l’en croire, nous subirions avec le Covid-19 une terrible épidémie de pétainisme.

L’Etat, c’est Vichy ?

« Dans son allocution du 25 juin 1940 qui fait suite à l’armistice, le maréchal Pétain prononce ces mots célèbres : « La terre, elle, ne ment pas. » Aujourd’hui, beaucoup voudraient retourner cultiver les champs. 280.000 Français (dont moi…) se sont inscrits à l’opération « Des bras pour ton assiette » pour aider aux récoltes. De nombreux citadins envisagent de déménager en territoire rural après l’épidémie. »

Tous ces Français qui aspirent avec Gaspard Koenig à retourner à la campagne seraient de la graine de Pétain puisque le Maréchal l’a dit. Tous ces Français qui aspirent à redresser l’État, c’est Vichy pardi. Mais notre jeune libéral, qui la semaine précédente se piquait de ralentir son existence en lisant du Montaigne et proposait un revenu universel, revient aux fondamentaux. « Il est maintenant question pour le gouvernement de « bâtir une indépendance agricole, sanitaire, industrielle, technologique française » s’étrangle Gaspard Koenig. Quel scandale en effet !

Macron qu’il croyait libéral le déçoit. Il fait du Chevènement. A l’écouter ces derniers jours, on croirait entendre Arnaud Montebourg. Alors Gaspard Koenig sort l’artillerie lourde. La France rance est de retour, au secours! BHL sors de ce corps !

La France était à Londres

« Je suis effrayé par l’épidémie de pétainisme, dans le monde d’après, il faudrait rétablir les frontières » s’inquiète le philosophe de Génération Libre. « A présent les ténors de LREM plaident pour la nationalisation, ceux de LR pour la planification. Les insoumis parlent ouvertement de protectionnisme » Fichtre, alors là l’heure est grave. Il va falloir reconfiner tout ce petit monde.

Profitons de ce douloureux confinement pour relire nos livres d’histoire. Richelieu, Colbert, Vauban, Bonaparte, de Gaulle, le CNR, tout cela serait de la peste pétainiste ? Peut-être que le chroniqueur des Échos ne sait-il pas que Pétain en 40 n’était pas la France, mais la soumission au Führer, à l’Allemagne et à sa grande Europe. La France était alors à Londres puis à Alger, avant de libérer et redresser le pays. La France gaullienne planifiait, organisait, anticipait. Elle était souveraine et protégeait ses frontières contre l’envahisseur. Elle était libre.

Christophe, je ne t’oublie pas

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© Indra Crittin pour Le Regard Libre

Tant de liberté chez cet artiste. Christophe, qui nous a quittés jeudi 16 avril 2020, nous laissera le souvenir d’un homme qui n’avait cure du qu’en-dira-t-on. 


Lors de notre entretien publié en décembre dans le numéro 57 du mensuel Le Regard Libre, il m’avait dévoilé quelques paroles de chansons à paraître. « Pas dégueu », de sa propre formule. Hommage.

Christophe est parti jeudi soir dernier et cette fatalité ne nous surprend pas tant que ça – l’homme avait un mode de vie rock’ n’roll – tout en nous laissant coi. Certes, il y a Les mots bleus, monument de la variété française issu d’un album éponyme dont nul ne peut prétendre connaître les cinquante nuances de génie. Mais il y a aussi tout le reste de son œuvre, fait de paradis perdus – et comment, quand on les compare à ce qui sort majoritairement au sein de la musique actuelle.

Il y a surtout le personnage : un dandy complétement décalé, oiseau de nuit, qui la vit et la voit plus sombre encore qu’elle ne l’est, à travers le filtre de ses lunettes. Un matin de fin 2019, à 22h30, je l’ai interviewé à la sortie de son concert donné à Morges, en Suisse. Nous étions dans sa loge, il prenait son petit-déjeuner : une sorte de café goutte à l’américaine, qui succédait au verre de whisky dégusté sur scène entre les chansons.

© Indra Crittin pour Le Regard Libre
© Indra Crittin pour Le Regard Libre

Pour moi, Christophe, c’était ça. Une liqueur de liberté. Tous ceux qui l’ont bien connu le confirment. Ce n’est pas pour rien que le beau bizarre adorait rouler, et rouler vite. Le temps s’écoule à toute allure pour les épris de liberté. La bagnole symbolise cette philosophie de vie. Et embarque avec elle une époque qui n’est plus, à part dans la tête de quelques-uns : nous autres, les nostalgiques de la liberté, c’est-à-dire du futur.

Lors de notre entretien qui a duré bien plus long que prévu, comme son concert (2h45 au lieu de 1h30), le chanteur m’a montré des suites de mots alignés sur les notes de son iPhone, qui n’en finissait pas de gazouiller. Des textes qu’il a écrits lui-même au gré des inspirations, parfois repris des SMS qu’il envoyait ou recevait, et qui peut-être se retrouveraient d’une manière ou d’une autre sur les chansons de son prochain album.

« Je suis sur des nouveaux trucs qui, comment dire, ne sont pas trop dégueu’. Et surtout, qui sont radicalement différents de ce que j’ai pu sortir avec Les Vestiges du Chaos. […] Je veux sortir un album de dix chansons au maximum, et j’en ai déjà six qui sont en création et qui sont plutôt pas mal. »

Douleur à la lecture de ces phrases. Regret de ne peut-être jamais pouvoir écouter ce qui allait être un nouvel album de titres inédits. Ils étaient si bizarrement beaux, les Océan d’amour, Lou et Drone de 2016. Radicalement différents des vieux succès, mais ayant en commun la recherche sonore, cette obsession de Christophe. Aujourd’hui, ses mots à Elsa dans La dolce vita sont les miens et lui sont directement adressés :

« Elsa, Elsa
Je ne t’oublie pas
Elsa
Pourquoi es-tu partie ?
Je n’ai rien compris ! »

Et je ne t’oublierai pas pour une raison très simple : encore maintenant, je n’ai « rien compris » à ton œuvre. Si riche que tout est encore à découvrir. Si simple qu’elle est de l’ordre du fondamental, du premier, de l’inaccessible. Adieu, Daniel Bevilacqua. Nous sommes nombreux à avoir des bleus à l’âme, mais ton âme et tes mots sont éternels. Et désormais sereins.

© Indra Crittin pour Le Regard Libre
© Indra Crittin pour Le Regard Libre

France-Chine: la coopération médicale ne date pas d’hier

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Liya Ju. Photo: DR

Des décennies de travail sont menacées par des jugements hâtifs


Il n’est pas facile d’être Chinoise en France en ces temps de coronavirus ! Entre rapports de forces et enjeux géopolitiques d’un côté, préjugés, blagues et délit de faciès de l’autre, on se sent écrasé et constamment sur la défensive. Certes, n’exagérons rien, je ne suis pas une Américaine d’origine japonaise après Pearl Harbor.

Chinoise, Française, docteur en immunologie, chercheuse spécialisée en défense immunitaire et coordinatrice entre équipes médicales françaises et chinoises, facilitatrices d’échanges entre réanimateurs à Wuhan et Paris, j’ai décidé d’écrire car les hasards de la vie m’ont confrontée au virus. Je me suis retrouvé au cœur de ce que de plus en plus de Français appellent « cette saloperie ». Voici mon histoire que j’espère plus grande que la pandémie.

Le 29 janvier, à la demande des réanimateurs de Bichat confrontés pour la première fois à une forme grave du Covid, j’organise une visioconférence (…) Grâce à ces échanges, l’hôpital Bichat devient le fer de lance du traitement du Covid-19 en France et deux groupes de médecins réanimateurs, de Bichat et de Wuhan, dont l’expérience est décalée dans le temps (les Chinois ayant quelques semaines d’avance dans l’évolution de l’épidémie), collaborent étroitement

Je suis née à Shanghai en 1956. Mon père était militaire et notre famille de quatre enfants (chacun unique…)  l’avait suivi dans ses différentes affectations jusqu’à ce que nous nous installions à Nanning, une ville située dans le sud de la Chine, non loin de la frontière vietnamienne. C’est là-bas qu’à peine sortie de l’adolescence je fais ma première rencontre avec la France. En 1972, les universités, victimes de la Révolution culturelle, étant toujours fermées, le gouvernement entame un timide dégel dicté par les nouveaux impératifs géopolitiques. Cette petite ouverture vers le monde extérieur – nous sommes après la visite de Nixon – pose des problèmes très pratiques, notamment la maitrise des langues étrangères. Le gouvernement propose donc des cours de langues étrangères, plus précisément de français et d’anglais, par intérêt… Faute de mieux, nous sommes nombreux à saisir l’opportunité. J’ai choisi le français pour des raisons très pratiques : les étudiants d’anglais sont destinés à l’enseignement, ce que je veux à tout prix éviter.

Ma rencontre décisive avec la France

Quelques années plus tard, dans le cadre d’un programme de coopération avec l’Afrique, je fais partie, en ma nouvelle qualité de traductrice, d’une équipe médicale chinoise envoyée au Niger. C’est ma première rencontre avec l’extérieur ainsi que mon premier voyage en avion –  30 heures infinies et  plusieurs escales pour relier Pékin et Niamey. C’est surtout ma première rencontre avec la médecine. Pendant les vint-huit mois passés au Niger, j’ai découvert ma vocation et commencé à apprendre mon métier. Au-delà de ma mission d’interprète, j’ai demandé aux médecins chinois de l’équipe de m’apprendre la médecine. J’ai suivi les visites des chirurgiens,  gynécologues, ORL et pédiatres. J’ai été présente pour traduire mais aussi pour apprendre les gestes, pendant les soins d’urgence de nuit. Il m’est même arrivé d’être première assistante à la table chirurgicale. À mon retour à Nanning en 1980 les universités étaient déjà rouvertes et je me suis inscrite en médecine. C’est à ce moment-là qu’une deuxième rencontre décisive avec la France a eu lieu.

La région de Nanning souffre d’une fréquence très élevée d’un cancer nasopharynx lié à des facteurs génétiques. C’est l’un des deux « clusters », comme on dit aujourd’hui, de cette pathologie dont le deuxième est le bassin méditerranéen. C’est pour cette raison qu’au début des années 1980 le Professeur Laurent Degos, alors jeune médecin chercheur de l’équipe du prix Nobel Jean Dausset, se rend dans notre laboratoire à Nanning pour mener des recherches sur cette maladie (ses résultats ont fait l’objet d’un article dans la revue Nature). La spécialité des chercheurs français était le HLA, c’est-à-dire les antigènes (en anglais HLA, humanleukocyteantigen), des molécules à la surface de nos cellules lymphocytaires qui permettent l’identification des menaces par notre système immunitaire. La recherche française dans ce domaine était parmi les plus avancées au monde, ce qui a d’ailleurs valu le prix Nobel de médecine au Professeur Dausset en 1980.  Étant la seule personne de la région ayant à la fois une formation médicale et une maitrise de français, j’ai intégré cette équipe franco-chinoise de recherche. Nous avons énormément appris d’eux et leur contribution à la recherche et la médecine en Chine est aussi évidente qu’inestimable. C’est grâce et avec eux que je me suis spécialisée dans le domaine de HLA. Depuis, je n’ai jamais quitté ce chemin. Ni celui de la France.

Arrivée en France en 1986 pour continuer mes recherches, j’ai obtenu en 1991 le titre de docteur ès Science en Immunologie de l’Institut Pasteur dans le cadre d’une unité d’Inserm dirige par le professeur Dominique Charron, successeur de Jean Dausset à l’Hôpital Saint-Louis. Puis, durant quinze ans, j’ai travaillé pour le laboratoire suisse en tant que directeur Chine de Debiopharm. J’ai alors participé à des projets autour du développement des nouvelles molécules innovantes chinoises pour le traitement du cancer et de la maladie d’Alzheimer.

En 2011 je suis revenue à l’hôpital. J’ai intégré le laboratoire Jean Dausset à Saint-Louis où, avec le professeur Dominique Charron, j’ai alors lancé des projets de collaborations franco-chinoise dans le domaine du HLA. Dans ce cadre, j’ai ainsi contribué à la création du Centre sino-français de recherche HLA à Shanghai, dirigé par le Professeur Chu Chen, lui aussi ancien thésard à l’hôpital Saint-Louis, ex-ministre de la Santé et directeur de la Croix rouge Chine. Si j’entre dans les détails, c’est pour montrer à quel point nos deux systèmes de santé sont intimement liés par un tissu dense et riche d’innombrables trajectoires croisées, de projets communs, d’échanges et d’amitiés. Une nouvelle étape de ma carrière m’a justement amené à développer ces liens patiemment tissés depuis presque quarante ans : travailler au sein de l’AP-HP en tant que chargée de mission pour les collaborations avec les hôpitaux chinois, tout particulièrement avec les hôpitaux de Shanghai où un grand nombre des professionnels de la santé sont francophones.

Mais avant de parler de la crise sanitaire actuelle, un dernier mot d’introduction. Je ne suis pas à ma première rencontre avec la famille des coronavirus. Déjà en 2003, au plus fort de l’épidémie du SRAS, j’ai été en contact avec le professeur Henri Tsang, un vétérinaire chercheur spécialiste en virologie des chauves-souris à Pasteur. À l’époque, nous avons organisé ensemble des conférences en France pour informer médecins français et chinois sur ce virus.  Ce même professeur Tsang a aussi participé à la création du célèbre laboratoire P4 à Wuhan, qui concentre aujourd’hui tous les fantasmes. Si je ne suis pas une spécialiste des laboratoires P4, je connais ceux qui ont géré le projet de Wuhan, que je sais essentiel pour la coopération scientifique entre la France et la Chine. Je sais que des problèmes de fonctionnement ont été signalés en 2018 par des experts français. L’alerte a été prise très au sérieux par les collègues de Wuhan. En règle générale, les laboratoires de haute sécurité qui manipulent des virus sont particulièrement surveillés.

Le laboratoire P4 de Wuhan en Chine. Photo: DR
Le laboratoire P4 de Wuhan en Chine. Photo: DR

Au contact des premiers cas déclarés en France

Ainsi, lorsque le Covid-19 a débarqué en France, ma formation et mon parcours professionnel m’ont mise aux premières loges du drame que nous vivons. Dès le 23 janvier, mes collègues de Wuhan et de Shanghai m’avertissent que quelque chose de sérieux est en train de se passer chez eux. Mais personne à l’époque, ni mes contacts en Chine ni mes collègues en France, ne craint une pandémie. Le lendemain, les deux premiers malades du Covid-19 sont identifiés en France. Il s’agit d’un couple de jeunes touristes (30 ans) chinois venus de Wuhan avec des symptômes légers. Ils sont hospitalisés à Bichat pour être pris en charge par le service des maladies infectieuses qui me contacte pour les aider à gérer ces patients. À sa demande, je rédige un auto-questionnaire en mandarin pour que les patients chinois puissent décrire leurs symptômes, car on croit encore que ce virus n’attaque que les Chinois…

C’est grâce à ces deux éléments – le contact avec les deux patients chinois et les échanges avec mes collègues à Wuhan – que le 25 janvier, lors d’un passage sur BFM-TV, j’ai l’occasion d’expliquer pourquoi il faut prendre très au sérieux ce nouveau coronavirus. J’en profite pour défendre l’utilité du port de masque et donner mon avis sur le nouvel hôpital en construction à Wuhan. Le spécialiste en immunologie que je suis a vite compris le problème. Selon les informations remontées de la Chine, le corps de la personne infectée par le virus met jusqu’à trois semaines à produire des anticorps spécifiques ! C’est extrêmement long et lourd en conséquence, comme nous le constatons aujourd’hui. Quand j’ai vu que la Chine confinait une ville de 11 millions d’habitants, j’ai compris que mes craintes étaient fondées.

Quelques jours plus tard, le 28 janvier, un troisième patient chinois est hospitalisé à l’hôpital Bichat où l’unité des maladies infectieuses. Cette fois, il s’agit d’un homme de 80 ans dans un état grave et l’hôpital me sollicite tard le soir pour traduire des échanges avec le patient. Le lendemain 29 janvier, à la demande des réanimateurs de Bichat confrontés pour la première fois à une forme grave du Covid, j’organise une visioconférence avec leurs confrères de Wuhan pour échanger sur les techniques de soins avec l’aide de l’ambassade de Chine en France. Grâce à ces échanges, l’hôpital Bichat devient le fer de lance du traitement du Covid-19 en France et deux groupes de médecins réanimateurs, de Bichat et de Wuhan, dont l’expérience est décalée dans le temps (les Chinois ayant quelques semaines d’avance dans l’évolution de l’épidémie), collaborent étroitement pour offrir aux malades en danger de mort les meilleurs soins possibles.

Je ne cherche ni médailles ni applaudissements au 20 heures. Si j’ai écrit ce long texte avec beaucoup d’émotion, c’est que je crains que des liens tissés pendant des décennies soient aujourd’hui menacés par des préjugés

Au mois de février, la collaboration se réduit. L’épidémie frappe la Chine de plein fouet. Des mesures draconiennes de confinement sont appliquées à Wuhan et sa région et en quelques jours toute la Chine semble avoir appuyé sur le bouton « stop ». La mission de l’AP-HP préalablement organisée et prévue pour mi-février à Shanghai est annulée. Ce n’est que quelques semaines plus tard, au courant du mois de mars, quand la progression du Covid-19 s’accroît en France et commence à baisser en Chine que les échanges – jamais rompus – reprennent en intensité. De nouveau, médecins et scientifiques chinois partagent leur expérience, leurs pratiques et leurs bases de données avec leurs homologues français. Le 19 mars, les ministres chinois des Affaires étrangères et de la Santé organisent une vidéoconférence avec 18 pays européens dont la France pour partager les expériences chinoises. Le 26 mars, à l’initiative de l’hôpital de Ruijin (dont une équipe a été envoyée en renfort à Wuhan) où travaillent le professeur Zhu Chen et sa femme (tous les deux francophones et très connus du milieu médical français), une vidéo-conférence sino-française a lieu à l’ambassade de France en Chine, en présence du représentant DGOS (Direction générale de l’offre de soins au ministère de la Santé), de l’attaché scientifique du consulat de France à Shanghai, et d’une soixantaine de médecins français en France. L’hôpital de Ruijin transmet aux médecins français le retour d’expérience de son équipe à Wuhan quant aux soins cliniques des cas graves, la protection des soignants, les interprétations des tests pour éviter les faux positifs et faux négatifs, etc. Grâce aux liens historiques étroits avec la France, des canaux de communication précieux se créent et une information d’une importance vitale circule sans entrave. Les diapos et la vidéo de ces échanges improvisés ont été traduits en français et transmis à tous mes contacts dans les hôpitaux de l’hexagone.

Enfin, le Bureau de Santé (Agence régionale de santé) de la Ville de Shenzhen, dont une délégation s’est rendue en France et à l’AP-HP, a également mise à disposition son expérience considérable : 515 189 tests réalisés entre le 23 janvier et le 22 mars permettent d’identifier 417 patients dans une région de 10 millions d’habitants qui n’a enregistré pour le moment que 3 décès liés au Covid-19. Cet exemple montre que le test massif permettant l’identification précoce des porteurs de virus et l’intervention thérapeutique précoce diminue fortement l’aggravation de la maladie en faisant baisser la mortalité. Ce genre d’information concrète et détaillée est précieux pour les décideurs qui planifient le déconfinement. 

En parallèle, pour que l’intendance suive, je participe à l’organisation et l’orientation des dons de masques et de tests. Un énorme élan de solidarité émane des associations de Français d’origine asiatique (chinoise mais aussi vietnamienne et cambodgienne). Des commerçants mettent à disposition leurs réseaux et leurs moyens logistiques pour se procurer et acheminer ces précieuses armes contre le virus. Ils récoltent des fonds, identifient des fournisseurs et producteurs et parviennent à faire venir un grand nombre de masques à la Pitié Salpêtrière, le centre-pivot pour patients Covid, au SAMU de Paris, a l’hôpital Pompidou,  à l’Institut Gustave Roussy et d’autres unités médicales en première ligne de la lutte contre le Covid-19.

Des liens précieux fragilisés

Les échanges et la solidarité ne sont pas à sens unique. Le fonctionnement du SAMU dirigé par le Professeur Pierre Carli, la méthode développée en France pour la gestion des flux à l’hôpital en évitant les contaminations croisées – un protocole particulièrement important en temps de pandémie et un point faible dans la gestion de la crise à Wuhan – sont transmis aux médecins chinois en un temps record pour leur permettre de modifier leurs pratiques.    

Enfin, il est important de savoir que les autorités chinoises ont validé trente tests diagnostic permettant d’identifier les populations porteuses : les personnes qui ont rencontré le virus et pu définitivement guérir (on détecte chez eux des IgM, IgG) et celles infectées moins gravement. La Chine a fait don de certains de ces tests à des structures publiques en France, contribuant ainsi aux recherches qui préparent le déconfinement. Dans cette optique, scientifiques français et chinois poursuivent leur collaboration étroite pour étudier et optimiser les modalités de déconfinement en s’appuyant sur l’expérience chinoise des dernières semaines.  

Je ne cherche ni médailles ni applaudissements au 20 heures. Si j’ai écrit ce long texte avec beaucoup d’émotion, c’est que je crains que des liens tissés pendant des décennies soient aujourd’hui menacés par des préjugés. Ce que le rayonnement de la langue française et une politique de coopération ont construit devrait être précieusement entretenu. La temporalité des liens entre Chinois et Français n’est ni celle des gouvernements ni celle de telle ou telle crise. Ne laissons pas le doigt nous cacher la lune.

Et si le Covid-19 nous immunisait contre le politiquement correct?

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James Dean, sa cigarette, et sa Porsche Photo: ARCHIVES DU 7EMEART / PHOTO12VIA/AFP

Ce virus brise tous les tabous : fumette, bagnole, couple, etc…


Nous n’étions jusqu’ici que des enfants sages, bien élevés, respectueux de tous les principes de précaution. On suivait à la lettre toutes les recommandations, on ne fumait plus, ne buvait plus, ne roulait plus, nous baisions juste pour faire des enfants et mangions notre ration de cinq fruits et légumes. L’Académie de médecine était fière de nous. De citoyens, nous étions tous devenus des patients, c’est-à-dire des malades qui s’ignorent. Nous avions même accepté de loger dans des appartements exigus et de laisser nos vieux dans des mouroirs. Nous n’avions que des interdictions en héritage et en partage. 

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Si les médecins pouvaient se mettre d’accord entre eux…

Qu’allions-nous offrir aux générations suivantes ? Un monde sans pitié où le « politiquement correct » est la ligne directrice, où l’exemplarité est un signe de clairvoyance et de longévité. Chaque jour, la société nous imposait de nouvelles barrières que nous adoptions avec componction. Les contraintes étaient nos tuteurs. Sans eux, nous aurions cédé à une vie dissolue. Chacun de nous aspirait sincèrement à vivre plus sainement, plus longtemps, en évitant scrupuleusement tous les écarts alimentaires et les faux pas sanitaires. On pouvait légitimement se demander à quoi bon vivre dans un système aussi chiant et déshumanisé, où même l’excès est réglementé. Nous n’allions pas jusqu’à déclarer notre haine de l’existence comme Claude Tillier (1801-1844) dans le premier paragraphe de Mon oncle Benjamin : « Je ne sais pas, en vérité, pourquoi l’homme tient tant à la vie. Que trouve-t-il donc de si agréable dans cette insipide succession des nuits et des jours, de l’hiver et du printemps ? […] Toujours les mêmes discours de la couronne, les mêmes fripons et les mêmes dupes ». L’idée de sécession germait dans nos esprits réfractaires. Et puis, le Covid-19 est arrivé comme Zorro dans nos vies parfaites d’occidentaux éclairés par le progrès. Et chaque semaine, il est venu contredire méthodiquement tout ce qui nous avait jusqu’alors structuré. Toutes nos digues ont sauté. Notre confort intellectuel en a pris un coup sur la tête. Nous en relèverons-nous ?  Dans le cas présent, les incertitudes et les tâtonnements sont légion, le virus n’a pas encore livré tous ses secrets funestes, mais il semble que fumer protègerait mystérieusement certaines personnes. 

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Depuis bientôt deux mois, nous avons été habitués au ballet contradictoire des médecins sur les plateaux télé, leur perplexité, si la mort ne rôdait pas, aurait un côté presque comique. Pour tous les nuls en maths de France, nous n’imaginions pas autant d’inconnues dans une équation. Et moi qui croyais que les littéraires étaient filandreux, fuyants, chipoteurs et dangereusement rêveurs. Là aussi, notre perception du discours officiel des scientifiques a été sérieusement bousculée. Un autre grand tabou est tombé. Le plus tenace, le plus épidermique, celui qui aura suscité la plus grande virulence idéologique. Conduire était jusqu’à très récemment considéré comme le dernier degré de la beaufitude, une ringardise à éradiquer de la surface de la Terre, un rogaton du vieux monde. Dégueulasse et suicidaire pour notre planète. Les gilets jaunes se souviennent avec quel mépris de classe, on les a disqualifiés quand ils parlaient de leur auto, sa nécessité vitale et aussi son coût dans le budget d’un foyer. On rigolait d’eux dans les médias, on osait les faire passer pour des arriérés, des primates du diesel, il y a des insultes qui ne s’oublient pas. À cause de cette crise, la route vient de reprendre sa place essentielle dans nos échanges, dans notre survie, faut-il oser l’avouer. Les camions, les utilitaires et les voitures particulières, partout sur le territoire, nous ont permis de tenir, de nous nourrir et de maintenir nos liens. Quel camouflet pour tous les agresseurs de la mobilité et pas des mobilités, cette terminologie technocratique décharnée qui nie la réalité du bitume. 

La nouvelle crise de la famille qui s’ouvre

Et puis, il y a l’épineux problème des enfants à la maison, en quarantaine, en tension comme nos services hospitaliers. Combien de parents se demandent s’ils ont fait le bon choix en soutenant le taux de natalité ? Dans le face-à-face du confinement, entre les ados qui végètent sur leur tablette, les plus petits dont la turbulence et la puissance vocale devront être étudiées à l’avenir par la NASA, les trois repas à préparer dans la journée, les grands-parents absents et les profs déchaînés sur les devoirs, la notion même de famille est fragile. Et si ce Covid-19 avait aboli le tabou extrême du « politiquement correct » : la possibilité du bonheur conjugal sans enfants ? La société bien-pensante a tout fait pour détruire cette éventualité-là, raillant la fidélité comme un comportement déviant, pour nier l’amour sincère et lutter contre ces couples improductifs et égoïstes, qui ne participent pas à l’effort de la Nation, ils étaient suspects dans leur démarche « solitaire ». Notre société moderne a même tenté de nous vendre les avantages du polyamour aussi complexe que la polyarthrite. Et si ce confinement avait eu l’effet inverse : renforcer ce lien entre deux personnes. Contrairement à toutes les prédictions, les vieux couples résistent mieux au Covid-19. J’ai même entendu des maris confinés chantonner ce tube de Richard Anthony : « Qu’est-ce qu’il m’arrive ? Aujourd’hui, je suis amoureux de ma femme ».

Mon Oncle Benjamin

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Éloge de la voiture

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Contre le coronavirus je fume comme un pompier!

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Image d'illustration

Douces et bénéfiques volutes 


La nicotine c’est salvateur. D’ailleurs elle rime avec chloroquine. Une étude des médecins de la Pitié-Salpêtrière nous apprend qu’il y a proportionnellement peu de fumeurs parmi les malades atteints du coronavirus. La nicotine agirait donc de façon révulsive sur le virus.

Nous nous inclinons devant ces résultats scientifiques non contestables. C’est pourquoi, nous avons enfoui notre cigarette électronique dans un masque et nous avons jeté le tout à la poubelle.

Nous nous sommes précipité au tabac pour y acheter plusieurs cartouches de cigarettes. Les Gitanes et les Gauloises sans filtre étant introuvables nous avons été contraint de nous rabattre sur des blondes passablement mièvres et fadasses. Mais nous avons arraché les filtres. Et à chaque bouffée nous murmurions : « vade retro coronavirus ».

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Sur tous les paquets figurent des mentions idiotes : « fumer peut donner le cancer », « fumer peut provoquer des AVC », « fumer peut rendre impuissant ». Nous avons doucement ricané car nous voulons bien mourir d’un cancer, d’un AVC ou de devenir impuissants. Mais il est hors de question de mourir du coronavirus.

Dans la rue, je marche serein, la clope au bec. Des filles s’approchent de moi, me frôlent pour inhaler ma précieuse fumée. Mais la cigarette m’a rendu impuissant… Une autre étude médicale m’informe que les obèses sont plus touchés que les autres par le virus. J’ai décidé de devenir anorexique.

Pourquoi toutes ces études ? Pourquoi ces statistiques dont on nous abreuve ? Sont-elles utiles à quoi que ce soit ? Elles servent juste à alimenter l’inépuisable rubrique du coronavirus. On en bouffe matin, midi et soir. Et quand les médecins ne suffisent pas c’est Macron et Philippe qui s’attèlent à la tâche. Un jour ils disent une chose, le lendemain le contraire. Seule Sibeth Ndiaye reste droite et ne varie pas : elle dit toujours les mêmes âneries.

Dans les anciens juke box, il y avait des touches avec les noms de morceaux de musique. On mettait une pièce et ça beuglait. Mais il y avait aussi une touche marquée « silence ». Une pièce et pendant quelques instants on était débarrassé des nuisances sonores. Je suis prêt à mettre beaucoup de pièces pour qu’ils se taisent tous.

Une histoire qui date de ce temps-là a toute sa place ici. Une jeune femme qui vivait seule voulait à tout prix avoir un bébé qui ressemblerait à Julio Iglesias. Elle s’adressa à une agence spécialisée précisant qu’elle voulait être fécondée « in vivo ». L’agence chercha. Et quelques jours après, elle reçut un coup de téléphone : « nous avons trouvé l’étalon qu’il vous faut ».

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Rendez-vous fut pris. On sonna à la porte de la jeune femme. Elle ouvrit et vit en face d’elle un superbe Noir. « Mais vous ne ressemblez pas du tout à Julio Iglesias » bégaya-t-elle. « Mademoiselle, faites-moi confiance je vous garantis le résultat ». Elle accepta. Il lui fit l’amour et partit.

Neuf mois après elle accoucha d’un adorable petit bébé qui ressemblait comme deux gouttes d’eau à Julio Iglesias. Éperdue de joie et de reconnaissance, elle appela le procréateur : « Venez, je tiens à vous remercier ». Quand il fut là, elle lui demanda toujours étonnée : « mais comment avez-vous fait ? » Le Noir répondit : « Je vais vous expliquer. Chez moi à la maison toute la journée ma femme chante du Julio Iglesias. Toute la journée mes deux filles écoutent du Julio Iglesias. Alors vous comprenez, du Julio Iglesias j’en ai plein les couilles !».

Pour ce qui me concerne, c’est du coronavirus que j’ai plein les c…

La France (médiatique) a peur

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covid macron medias confinement
Paris, 20 avril 2020. François Mori/AP/SIPA. Feature Reference: AP22448818_000036

Dans l’épidémie de Covid-19, les médias n’ont-ils pas abusé de leur pouvoir d’influence ? La question mérite d’être posée.


Tout pouvoir est susceptible d’abus, notamment le pouvoir administratif, dont les juristes sont familiarisés avec l’excès de pouvoir, source importante du contentieux administratif.

Le pouvoir sans contrôle rend fou

Le « quatrième pouvoir », celui des médias, dont l’exercice ressort, il est vrai, des libertés publiques, est-il insusceptible d’abus ? Certes non. Mais ce pouvoir, qui ne dispose pas d’une force de coercition directe, exerce un tel empire sur les esprits que ceux-là mêmes qui constatent ses abus et ses excès hésitent à les dénoncer, de peur de l’ostracisme du silence.

Sans doute Internet est-il venu rebattre les cartes, en permettant l’expression d’idées souvent occultées par la majorité des journalistes et des organes de presse qui expriment avec ensemble un socle d’idées convenues, dans un esprit de « consensus », qui ne doit pas être « clivant » (honte au Président Trump et au Pr. Raoult…), que des esprits irrévérencieux ont tôt fait, sur le libre Web, de qualifier de « totalitarisme mou » ou de « mainstream », ce qui a le don d’irriter au plus haut point ceux qui se trouvent ainsi épinglés.

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Quant à l’Etat, régulateur naturel du pouvoir, il ne peut intervenir dans ce « quatrième pouvoir » qu’avec une extrême modération, si ce n’est une extrême prudence, du fait que toute intervention sur la liberté de la presse – quoi que celle-ci fasse ou dise – sera immédiatement stigmatisée (parfois à raison, parfois à tort) de liberticide.

Le pouvoir des médias apparaît ainsi comme un pouvoir sans contrôle, si ce n’est les contrôles qu’il s’autorise à lui-même (CSA et autres). Or, comme le notait déjà le philosophe Alain au début du siècle dernier, le pouvoir sans contrôle rend fou.

Emballement, excès, abus

Le traitement médiatique de la pandémie née du virus chinois est un exemple typique d’emballement, d’excès et d’abus.

La plupart des médias :

– répandent la peur en insistant, plus qu’il est nécessaire à une information purement factuelle, sur l’extrême contagiosité du virus, son caractère potentiellement létal, les statistiques funèbres, en mettant en exergue des drames humains individuels, en réservant à l’information sur ce sujet une telle omniprésence que plus aucune autre information n’ayant pas de caractère fracassant (attentat par exemple) ne filtre, ce qui focalise la population sur ce sujet, jusqu’à l’obsession ;

– agissent souvent avec malhonnêteté intellectuelle, par exemple en occultant que le secteur hospitalier allemand, dont la performance ne peut (malheureusement…) être passée sous silence, appartient, contrairement au français, en majorité au secteur privé après les importantes privatisations du début des années 2000, ou, comme il a été montré précédemment, que la mortalité dans les pays ne pratiquant pas le confinement est en majorité inférieure à celle des pays le pratiquant, ou encore en montant en épingle le cas d’un citoyen américain qui se serait empoisonné par un nettoyant d’aquarium contenant de la chloroquine à la suite d’un propos du Président Trump favorable à l’emploi de ce médicament, peu coûteux et d’accès facile ;

– développent ce qu’il faut bien appeler une propagande en faveur de l’assignation à résidence, dite confinement : critiques à peine voilées contre les pays ne le pratiquant pas, illustration de son utilité, mieux, de sa nécessité, occultation, pour l’essentiel, de ses effets néfastes, absence quasi-complète de tribunes ou d’articles critiques, information approbative sur la répression des contrevenants, développement, en résumé, d’une sorte d’unanimisme du temps de guerre, dans une curieuse cohérence avec les décisions liberticides du pouvoir, que les mêmes médias ont contribué à provoquer en répandant la panique ;

– ont tendance à mélanger, ou, pour le moins, à ne pas distinguer clairement ce qui ressort des faits bruts, de l’analyse de ces faits, des préconisations et des prévisions ;

– utilisent souvent des « ficelles » techniques, depuis longtemps dénoncées, telles positionnement dans la page, taille et libellé des titres, longueur et graphisme des articles, pour, tout en présentant une information en apparence équilibrée, voire respectant la contradiction, favoriser la thèse inquiétante, voire terrorisante.

Pression sur les politiques

Par l’emploi de ces méthodologies, on passe du droit (et du devoir) d’informer à la manipulation des émotions et par l’effet bien connu de la psychologie des foules, mise en lumière depuis plus d’un siècle par Gustave Le Bon, à des effets de panique, exerçant sur les politiques une pression irrésistible dans le sens de la prise de mesures gouvernées par cette panique et, comme dans tous les cas de panique, ne prenant plus aucun autre paramètre en compte, voire perdant toute raison.

Chacun des membres de la foule en panique, pris individuellement fuyant un cinéma en feu, prendrait soin de ne pas piétiner à mort la femme enceinte qui vient de trébucher. Mais la foule en panique le fait sans hésiter, et même sans y penser. La foule en panique ne pense pas.

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Provoquer sciemment la panique et orienter les décisions politiques par ce moyen, est donc, de la part (de la plupart) des médias un abus de pouvoir manifeste et une faute.

Sans doute la nature particulière du 4e Pouvoir rend-il difficile la sanction de cette faute.

Mais le rôle des politiques est d’y résister, de prendre des décisions réfléchies et de résister aux emportements de l’émotivité des foules.

La liberté est un tout

Le Premier ministre anglais a, le premier, succombé à ces pressions, et si les Présidents Trump et Bolsonaro, au caractère bien trempé, résistent courageusement, la pression sur eux ne faiblit pas.

Il n’est pas certain que le calcul d’une fraction majoritaire des médias, de provoquer la panique, puis les mesures liberticides qu’elle a inspirées, ne se retourne pas un jour contre la liberté de la presse. La liberté est un tout.

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Ruiner la liberté d’aller et de venir, une des plus fondamentales, puis mettre en place, pour l’inévitable « sortie » de la résidence surveillée, des moyens de surveillance et de traçage qui en seront la suite nécessaire, pourrait préparer une société dans laquelle la liberté individuelle, comme certains médias l’expliquent déjà, cesserait d’être la valeur fondamentale qu’elle est encore dans la société française, laquelle serait promise à devenir une fourmilière à l’instar des pays d’Extrême-Orient, au premier rang desquels, la Chine, dont le mal est venu.

Un mal qui ne serait pas que le virus, mais une évolution politique totalitaire. À laquelle la presse devrait s’adapter. Il n’est pas certain qu’elle y soit prête. Ni que, le moment venu, on lui demandera son avis.


Psychologie des foules: Préfacé par Benoist Rousseau

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Candidature RN à Maubeuge, une ténébreuse affaire

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Le candidat RN à la mairie de Maubeuge Aymeric Merlaud © GEORGES GOBET / AFP

Aymeric Merlaud, candidat (RN) à la mairie de Maubeuge (Nord), a subi plusieurs manœuvres d’intimidation. Un fonctionnaire de la DGSI l’a même incité à freiner sa campagne dans cette ville aux réseaux islamistes chatouilleux.


C’est une histoire ahurissante, qui commence en novembre 2019. Aymeric Merlaud, 28 ans, ex-assistant parlementaire du député Rassemblement national Sébastien Chenu, est désigné tête de liste RN pour les municipales à Maubeuge (Nord).

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Un cap est franchi

Dès le début de sa campagne, sa permanence est taguée. Concernant le RN, c’est assez fréquent. Le 23, un palier est franchi. La vitrine de la permanence est fracassée. Aymeric Merlaud porte plainte. Il ne s’attendait pas à une campagne de tout repos, il est servi. La suite, en revanche, va le surprendre. Il reçoit un coup de fil d’une personne qui lui demande de se présenter le vendredi 26 novembre à 17 heures au ministère de l’Intérieur, rue des Saussaies. Aymeric Merlaud, qui ne peut pas s’y rendre, y envoie son directeur de campagne. Celui-ci est reçu au ministère par trois personnes. Elles refusent de se présenter. Leur but est seulement de transmettre un message. Il conviendrait qu’Aymeric Merlaud fasse campagne, mais pas trop, en particulier dans certaines cités, Maubeuge étant une ville sensible, avec des réseaux islamistes chatouilleux. Interloqué, le directeur de campagne ressort. Avant de quitter le ministère, toutefois, il a la présence d’esprit de demander à un secrétaire le mail de la personne qui vient de le recevoir, prétextant qu’il a oublié de le noter. Courtoisement, on lui donne le nom du commissaire D. B. Vérification faite, une personne de ce nom travaille effectivement à la DGSI, dont les locaux ne sont pas au ministère de l’Intérieur, mais dans un immeuble sécurisé, à Levallois-Perret.

Quelle histoire !

Dans les jours qui suivent, le domicile d’Aymeric Merlaud est visité, sans effraction visible. Les cambrioleurs n’emportent rien, sauf son passeport et le récépissé de son dépôt de plainte pour le bris de la vitrine de sa permanence. Un peu plus tard, il constate que sa box internet ne fonctionne plus. Le réparateur lui explique que sa liaison a été coupée au niveau d’un sous-répartiteur, c’est-à-dire à l’extérieur du domicile, dans une armoire contenant plusieurs fils. Rien n’indiquait lequel était celui du candidat RN. L’abonnement n’était même pas à son nom. Inquiet, Aymeric Merlaud demande conseil à Sébastien Chenu. Celui-ci est alors en campagne à Denain, non loin de Maubeuge. Il prend l’avis d’un spécialiste des questions de sécurité au Rassemblement national, qui diagnostique des manœuvres d’intimidation et prévient que la prochaine étape pourrait être le passage à tabac. Sébastien Chenu contacte alors Gérald Darmanin, avec qui il est en termes courtois. Le ministre du Budget prévient son homologue de l’Intérieur. Christophe Castaner rappelle Sébastien Chenu. Il lui assure ne pas être au courant, mais confirme que Maubeuge est une ville sensible, que la DGSI surveille, effectivement. Sébastien Chenu va alors raconter l’histoire à plusieurs journalistes, dans le but avoué de protéger Aymeric Merlaud. Tous vont appeler le ministère de l’Intérieur avant le premier tour et obtenir la même réponse. Le rendez-vous n’a laissé aucune trace et personne n’est au courant de rien. En ce qui concerne le commissaire D. B., le ministère ne peut rien dire, sauf qu’un fonctionnaire de la DGSI n’a aucune raison d’organiser un rendez-vous dans les locaux de la rue des Saussaies ! « C’est ubuesque, je suis le premier à l’admettre, souligne Aymeric Merlaud, mais quelle raison aurions-nous d’inventer une histoire pareille, mon directeur de campagne et moi ? » Seule hypothèse plausible, en définitive, quelques fonctionnaires isolés auraient pris l’initiative d’inciter le candidat RN à freiner sa campagne, sur la base d’informations connues d’eux seuls, sans passer par la sous-préfecture de Maubeuge, sans passer par leurs collègues en poste dans le Nord. S’ils ont agi ainsi, ils ont pris de grands risques en vain : Aymeric Merlaud est arrivé quatrième au premier tour à Maubeuge avec 12,6 % des voix, loin derrière le maire sortant, Arnaud Decagny (42 %), l’ancien député PS Rémi Pauvros (23,4 %) et le candidat divers-droite Jean-Pierre Rombeaut (14,7 %). Deuxième tour prévu le 21 juin.

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Covid-19: Liberté, science, mondialisation, Europe, rien ne lui résiste

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La présidente de la commission européenne, Ursula Von der Leyen en pleine démonstration de lavage des mains. © Capture d'écran YouTube

Bienvenue dans le plus grand tournant que notre monde moderne ait connu


L’épidémie de Covid-19 est l’événement fondateur du XXIe siècle, au même titre que la Guerre 14-18 a été l’événement fondateur du XXe siècle. La Première Guerre mondiale a décillé les yeux du monde, et tout particulièrement de l’Europe, sur l’illusion de 50 ans de  progrès scientifiques et industriels forcément bénéfiques – les armes nouvelles précisément issues de ces progrès fulgurants faisant des millions de morts.

Le coronavirus met à bas 50 années de « post-histoire » fondées sur la prise de pouvoir de l’économie au détriment de la politique. Depuis le 1er janvier 2020, les dogmes qui régissent le monde depuis les années 80 marquées par le néolibéralisme imposé par Reagan et Thatcher se sont effondrés un à un.

La liberté individuelle ne prime plus sur la collectivité

Le plus spectaculaire virage en épingle à cheveux concerne la liberté individuelle. Quand les Chinois ont confiné la ville de Wuhan (11 millions d’habitants), puis la province du Hubei (50 millions d’habitants, presque la France), l’Occident s’est gaussé d’une dictature qui serait inacceptable chez nous. Las, depuis début mars en Italie et depuis le 16 mars en France, nous sommes confinés au même titre que plus d’un milliard de personnes à travers le monde. La liberté individuelle en a pris un (sale) coup : 135 euros d’amende et jusqu’à six mois de prison après trois récidives, si vous ne restez pas dans votre prison familiale, dorée pour ceux qui ont un grand jardin, oppressante en studio ou en appartement.

Et la liberté d’aller et venir sans entrave n’est pas prête de nous être rendue. La France, en coopération avec la Suisse et l’Allemagne, prépare une sortie de confinement agrémentée d’un système de « tracking » numérique. Une sorte de fil à la patte invisible, officiellement sur volontariat…

A lire aussi: Julien Aubert: « Après le coronavirus, il faudra repenser la France » 

La science n’est plus invincible

À propos du Covid-19, les médecins, tout particulièrement en France, se déchirent. La polémique opposant les partisans de la chloroquine aux opposants au professeur Raoult n’est pas la seule. On se chamaille autour des masques, indispensables pour certains, inutiles pour d’autres, autour de la durée de vie du virus dans l’air, sur des surfaces plastiques ou textiles, etc. Chacun excommunie l’autre, le lobbying des laboratoires bat son plein, les gouvernements sont désorientés. Malheureusement, nous ne sommes pas dans une pièce de Molière, mais dans le tourbillon d’une épidémie où l’on interdit, puis autorise, puis limite, puis encadre, des protocoles médicaux.

On en arrive, en France, à mettre en place des expériences avec des groupes témoins qui croient être pris en charge, mais qui ne reçoivent qu’un placebo. Pour vérifier l’efficacité des produits testés… en pleine pandémie. « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », disait Rabelais.

La mondialisation a explosé en vol

La mondialisation, tant vantée pour son efficacité, est sur la sellette. Le virus vient de Chine, mais il n’est pas le seul. La quasi-totalité des médicaments, autrefois élaborés chez nous, provient d’Asie. Les molécules sont synthétisées en Chine et en Inde, et parfois conditionnées en Europe. Quand la Chine est bloquée, adieu paracétamol et autres anti-douleur, anti-diabétiques et anti-cancéreux.

La France a abandonné son stock de 1,4 milliard de masques chirurgicaux et FFP2, en 2013, parce qu’il était possible de se fournir rapidement et massivement en Chine, dixit Olivier Véran, le ministre de la Santé. Hélas, c’est de là qu’est partie l’épidémie, et tout y a été bloqué pendant deux mois.

L’heure est à la réimportation des outils et des savoir-faire.

L’Europe n’a protégé personne 

À 27 on est plus forts. Le slogan d’avant le Covid résonne de sinistre manière après quelques milliers de morts en Italie, France, Espagne… Le 12 mars, alors que la pandémie étranglait Milan, Turin, Venise, la Cour de justice européenne infligeait 7,5 millions d’euros d’amende à l’Italie pour « soutien abusif » aux hôteliers de Sardaigne (en 2008 !), assortis de 80 000 euros de pénalités par jour de paiement en retard. 

Du même tonneau (ou pire ?) : Ursula Von der Leyen, la présidente de la Commission de Bruxelles, trouvait le 23 mars le temps de tourner une vidéo sur laquelle elle montrait comment il fallait, contre le virus, se laver les mains… en chantonnant l’hymne européen. Avec elle revenait l’ombre de Ponce Pilate, le gouverneur de la Judée du temps de Jésus, se lavant les mains devant le sort du Christ…

Les Italiens ont pris le geste pour une claque et on en a vu brûler le drapeau européen. 

A lire aussi: Chloroquine: Sacré Raoult!

Il a fallu un mois à l’UE pour trouver un accord sur la mise en œuvre du plan de stabilité (MES). Entre-temps, la « solidarité » européenne en a vu de toutes les (sales) couleurs : les Tchèques ont confisqué les masques destinés aux Italiens, les Français ont fait main basse sur ceux à destination de la Suède, les Allemands ont interdit toute exportation de matériel médical. Jamais l’Europe de la concurrence n’avait si bien justifié son credo !

Le retour des nations ?

Le discours d’Emmanuel Macron a évolué depuis sa première allocution télévisée, le 12 mars, dans laquelle il conjurait de ne « pas céder au repli nationaliste » et son discours du lundi de Pâques, dans lequel il a appelé à reconquérir notre souveraineté économique. On note même une évolution entre le 16 mars (2ème intervention TV) dans laquelle il parlait de souveraineté « française et européenne », ce qui est antinomique, puisque la seconde est censée recouvrir la première. Il parle maintenant bel et bien de souveraineté nationale et de « stratégie » européenne. Cela dit, les paroles n’engagent que ceux qui les écoutent. Jusqu’à présent, la France garde ses frontières ouvertes. On débarque à Roissy sans contrôle de température, et les policiers français postés à la frontière suisse à Bâle contrôlent surtout les frontaliers… français qui rentrent chez eux pour voir s’ils ont leur attestation de sortie. PV à l’appui pour les fautifs. 

Le retour à la souveraineté passera-t-il par la (re)nationalisation de Renault et d’Air France, pour éviter la faillite de ces deux emblèmes industriels ? Bruno Le Maire ne l’exclut pas. Les privatisations, encore un dogme qui s’effondre ! 

À ce propos, deux dossiers pourraient permettre au gouvernement d’avancer dans le dossier de la souveraineté, sans attendre la fin de la crise, et tout en combattant la pandémie : la seule usine de chloroquine française, Famar à Saint-Genis-Laval (Rhône) fonctionne à plein régime[tooltips content= »Le Progrès, 23 mars 2020″](1)[/tooltips], mais elle est en redressement judiciaire. Et Luxfer à Gerzat (Puy-de-Dôme), unique fabricant de bouteilles à oxygène national, bien que fermé en juin 2019 par son actionnaire britannique, est en mesure de reprendre sa production sans délai. Les deux entreprises sont en attente de nationalisation pour survivre et fournir le pays. Étrangement, le gouvernement dit non à ces nationalisations, en pointant « l’idéologie » qui pousse ceux qui les réclament. Il y a encore loin des paroles qui commencent à changer aux actes…

Le monde de la culture ne passera pas l’été

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© Soleil

Plus que le critique, le comédien, le musicien et le danseur, c’est l’ouvreuse qui passe sa vie dans les salles de spectacle. Laissons donc sa petite lampe éclairer notre lanterne !


Ils étaient au quatrième sous-sol de l’Opéra Bastille à répéter Don Juan, on leur a dit rentrez chez vous, bye bye et à un de ces jours. Personne dans le couloir, personne au bout du fil, covid sidéral.

Ces cigales qui folâtrent quand nos fourmis crèvent au chevet des malades sans masque et sans lit, qui peut se tromper d’urgence ? Ni nous ni elles évidemment. Mais demain, au réveil ? Accueillerons-nous d’un bravo unanime la victoire par K.O. d’Internet Antiseptik sur l’art vivant contagieux ? Ne restera-t-il pour voyager que Netflix, Disney et les archives mirobolantes dont arrosent la Toile, depuis leur fermeture, les salles de Berlin, New York et Paris ?

Tout s’arrête. Les permanents de Paris, de Lille, de Toulouse vont toucher leur salaire ou les indemnités d’un chômage partiel et provisoire. Mais les autres ? Les (275 000) intermittents ? Les indépendants ? Les solistes ? Qu’est-ce qu’ils deviennent ?

Rien. Force majeure : qu’ils aillent se faire dédommager chez Pôle Emploi s’ils y arrivent. À part qu’ils n’y arriveront pas. Mis à la porte sans préavis pour plusieurs mois, ils perdront leurs cachets avant de perdre aussi leurs indemnités faute d’heures travaillées. Pas un seul petit morceau de mouche ou de vermisseau. Début mars, circule une pétition pour « la culture française infectée par le coronavirus ». Le violoniste Capuçon monte au front : « Les artistes indépendants vont souffrir énormément du choc économique de ce Covid-19. J’ai suggéré à Franck Riester de mettre en place un plan d’urgence comme l’Allemagne vient de le faire pour venir en aide aux artistes. »

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L’Allemagne ! Terre des muses, gouvernée par une mélomane. À l’annonce du confinement de la chancelière Merkel, les gens se sont mis à la fenêtre pour chanter la 9e de Beethoven. Sûr qu’on verrait pas ça chez nous. L’Opéra de Paris essoré par deux mois de grève lâche un pourboire et demerdensie. À l’inverse, Saint-Étienne et Montpellier rétribuent tout le monde, artiste ou technicien. Ailleurs, les théâtres attendent le feu vert de la mairie ou la vente de billets qu’on ne vend plus, et merci au public qui voudra bien ne pas se faire rembourser… la grande impro. Pas pire que le Met de New York qui ne paie plus personne. Assez quand même pour mettre la rage aux chanteurs.

Quoi ! On a dissous les troupes et vanté les bienfaits de l’indépendance pour nous lâcher au premier virus ! Stanislas de Barbeyrac, ténor : « Les décisions annoncées par les théâtres sont pour le moins arbitraires et non concertées. » Ludovic Tézier, baryton : « Théâtres, ne maltraitez pas ceux qui sont le sang de vos veines, les artistes. » Ces milliers d’heures que mettent en streaming toutes les scènes du monde… c’est qui qu’on voit dedans ?

Covidé à son tour, notre ministre a enfin répondu à la lettre signée Roberto Alagna, Karine Deshayes, José Van Dam et tout le monde. Promesse aux intermittents de compter les heures envolées. Suite du message plutôt vague : 22 millions d’euros de soutien sur plus (peut-être beaucoup plus) de 500 millions d’euros de perdus… Fallait épargner, cigale ! Fourmi sanitaire first. N’empêche, il n’y a pas si longtemps la planète nous enviait le TGV, l’atome, le quai d’Orsay, la santé publique. Honte et déprime. Reste pour laver notre honneur une génération de cigales comme on n’a jamais eu, la génération des Barbeyrac, des Tézier, des Sabine Devieilhe, des Marianne Crebassa, des Florian Sempey, des Julie Fuchs, des Benjamin Bernheim, des… dizaines et dizaines dont nous autres, ouvreuses, ne sommes pas moitié fières. Manquerait plus qu’on nous la flingue aussi.