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Qui a tué Samuel Paty?

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Derrière le terroriste tchétchène Abdoulakh Anzorov, une armée d’inspirateurs et de complices…


Oh, bien sûr, on connaît le bras armé, celui qui a manié le couteau au nom d’Allah. On parle d’un Tchétchène de 18 ans. Que faisait-il en France ? Combien y en a-t-il d’autres comme lui, qui n’ont pas leur place ici, animés par la même idéologie ? Comme toujours on s’indignera, on s’offusquera, et il ne se passera rien. Au moins les forces de l’ordre ont-elles définitivement empêché celui-là de continuer à nuire.

On sait aussi la source du mal, cette ambition théocratique et totalitaire qui ronge l’islam depuis 14 siècles.

Mais il faut parler des autres coupables, inspirateurs et complices du crime. Complices volontaires ou involontaires, complices dont le degré d’implication, bien sûr, est variable, mais complices et coupables.

Coupable, l’immonde Brahim Chnina, dont Hala Oukili a dit tout ce qu’il fallait savoir. N’en déplaise à ceux qui préfèrent défendre les droits des criminels que ceux des victimes, sa peine doit servir d’exemple et de dissuasion, elle doit terrifier tous ceux qui seraient tentés de faire comme lui, et de jeter des innocents en pâture à la horde des barbares. Chaque jour qu’il passe en liberté est un crachat sur la tête décapitée de la victime.

Ces parents d’élèves dont on peut plaindre les enfants

Coupables, ces parents d’élèves qui ont hurlé avec lui parce qu’ils n’ont pas supporté qu’un professeur tente d’enseigner à leurs enfants que leur religion n’est pas au-dessus des lois. S’ils sont de nationalité étrangère, ils doivent être expulsés. Chaque jour qu’ils passent sur notre sol est un autre crachat sur la victime.

Coupable, la mosquée de Pantin qui a relayé la vidéo de Brahim Chnina. En tant qu’association, elle doit être dissoute. En tant que bâtiment, elle doit être rasée, ou mieux encore : abriter une exposition permanente de reproductions des caricatures du prophète de l’Islam. Chaque jour où elle continue à accueillir des prêches est encore un crachat.

A relire: Samuel Paty, récit de la chasse à l’homme d’un hussard noir

Coupable, cette hiérarchie de l’éducation nationale qui a été alertée, qui a été appelée au secours, et qui n’a pas fait ce qu’elle aurait dû faire. Coupables, ces syndicats ou ces collègues enseignants à la passivité criminelle. Coupables, ceux qui ont renseigné ceux qui voulaient s’en prendre à Samuel Paty. Chaque jour qu’ils passent avec le statut de fonctionnaire, de serviteur de l’État, est un crachat supplémentaire.

Coupables, ces idéologues et ces militants de la « lutte contre l’islamophobie », dont le seul but est de faire de la susceptibilité arrogante de l’islam une loi s’imposant à tous. Coupables, ceux qui sont « Charlie, mais… ». Coupable, ce CFCM dont le délégué général trouve que Mila « l’a bien cherché ». Coupable, cette université Al-Azhar qui déclare que la réédition des caricatures est « criminelle ». Coupables, ceux qui relayent leurs discours, ici et ailleurs. Coupables, ceux qui leur donnent une respectabilité, ceux qui les défendent, ceux qui osent encore affirmer qu’il ne faut pas heurter, qu’il ne faut pas vexer, qu’il ne faut pas blesser. Chaque micro qu’on leur tend est un crachat supplémentaire sur cette tête dont la blessure, elle, est réelle et sanglante, et nous montre qu’en France ce n’est pas « l’islamophobie » qui tue, mais la soi-disant « lutte contre l’islamophobie ».

Silence gêné, silence apeuré, silence complice ?

Coupable, la majorité silencieuse des musulmans de France, cette fameuse majorité silencieuse qui se retranche derrière le « padamalgam ». Au collège du Bois-d’Aulne, la « majorité silencieuse » a parlé : ce sont ces parents d’élèves et ces militants qui s’en sont pris à Samuel Paty. Ailleurs, c’est cette clameur qui s’est élevée parmi les responsables associatifs, les imams et leurs fidèles pour dénoncer les projets pourtant bien timides d’Emmanuel Macron pour lutter contre le « séparatisme », clameur qu’il faut comparer aux voix trop rares – courageuses mais si peu nombreuses – des musulmans qui disent #JeSuisCharlie, #JeSuisMila. Le silence des musulmans qui laissent faire est aussi un crachat.

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Coupable, aussi, la majorité silencieuse des Français qui ont su descendre dans la rue pour protester contre une limitation de vitesse et une hausse du prix de l’essence, mais qui ne réagissent pas lorsqu’une adolescente est menacée de viol et de mort parce qu’elle, au moins, a osé tenir tête à la susceptibilité délirante de tyrans en puissance. Qui ne réagissent pas lorsqu’on enseigne à leurs enfants qu’il faut renoncer à la vérité pour ne pas froisser les brutes. Qui à chaque attentat sont fiers de proclamer « vous n’aurez pas ma haine » et d’allumer des bougies. 

Coupables, ces élus qui depuis des décennies se payent de mots mais ne font rien d’efficace. Coupables, ces magistrats qui se rengorgent de grands principes en sacrifiant les victimes au nom de la défense scrupuleuse des droits des criminels. Coupables, ces juristes qui s’agrippent à la lettre de la loi parce qu’ils sont trop médiocres pour en servir l’esprit. Coupables, ces médias et ces faiseurs d’opinion qui jouissent de leur bonne conscience au mépris de la réalité. Leur hypocrisie et leur complaisance sont encore des crachats.

De nos jours seul l’islam pose de tels problèmes

Coupables, aussi, quelles que puissent être leurs bonnes intentions, ceux qui mettent dans le même sac toutes les religions, qui les unissent dans la même détestation ou au contraire dans la même indulgence, empêchant de voir qu’en France toutes les religions sont critiquées, insultées, caricaturées, mais que seul l’islam harcèle, menace et tue pour ça. Coupables, de même, ceux qui mettent toutes les identités sur le même plan, empêchant de distinguer entre les identités (et il y en a plusieurs) qui exaltent la liberté et la dignité humaine, et les identités (il y en a aussi plusieurs) qui piétinent la liberté et nient la dignité. Leur refus d’assumer que toutes les religions, toutes les cultures et toutes les identités ne se valent pas est un crachat sur un homme assassiné, parce qu’il avait justement tenté de transmettre le sens de la liberté patiemment mûri par une culture bien particulière, la nôtre.

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Coupables, ceux qui maintenant affirment leur solidarité avec tous les enseignants, en oubliant de distinguer entre ces professeurs admirables qui transmettent des merveilles à nos enfants, et les ignobles crapules qui laissent les fanatiques imposer leurs exigences à de jeunes esprits, voire soutiennent leur obscurantisme. Coupables, ceux qui veulent l’illusion réconfortante d’une unité factice plutôt que d’exiger le discernement, la justice et des sanctions implacables.

Coupables, ceux se donnent des airs de vertu en proclamant qu’ils sont Charlie et qu’ils sont horrifiés par cet énième attentat, mais se gardent bien de publier, partager, montrer à leur tour les dessins qui sont devenus le terrain sur lequel se livre l’une des batailles pour la liberté. Si, demain, tous ceux qui affirment défendre la France ou la République affichaient crânement ces caricatures à leurs fenêtres, sur leur lieu de travail, sur les réseaux sociaux, les islamistes auraient perdu.

Et coupables enfin, nous tous, coupables si aujourd’hui nous pleurons Samuel Paty, nous nous indignons, nous proclamons notre colère, mais que dans deux ou trois jours nous tournons la page, impatients de reprendre le cours normal de notre vie, impatients de faire comme si, après tout, la situation n’était pas si grave, impatients d’oublier que la barbarie tribale et l’islam théocratique totalitaire menacent notre peuple, notre patrie, notre civilisation.

Quand ils s’en sont pris aux blasphémateurs, je n’ai rien dit,
parce que je n’avais pas spécialement envie de blasphémer.
Quand ils s’en sont pris aux apostats, je n’ai rien dit,
parce que je n’avais pas besoin d’apostasier.
Quand ils s’en sont pris aux femmes ne portant pas le voile, je n’ai rien dit,
parce que ce n’était pas dans mon quartier.
Quand ils viendront s’en prendre à moi, restera-t-il quelqu’un pour me défendre ?

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Elisabeth Moreno compte diffuser la propagande LGBT à l’Education nationale

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Dans le cadre du plan national pour l’Égalité des droits, contre la haine et les discriminations anti-LGBT+, un site internet consacré aux « LGBTphobies » sera destiné aux professeurs. Ce n’est pas tout: la ministre Elisabeth Moreno souhaite carrément la création d’un guide d’accueil des « élèves trans ». Si elle s’en défend, l’école devient un lieu de propagande de la théorie du genre…


Elisabeth Moreno occupe le poste à l’intitulé orwellien de Ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances. Elle a présenté dernièrement son plan national d’actions pour l’égalité des droits, contre la haine et les discriminations anti-LGBT+. 

A lire ensuite: Alice Coffin, la femme barbante

À la lecture de ce plan, constatons d’abord que la novlangue des combats progressistes à la sauce butlérienne est aujourd’hui largement utilisée par nos élites. Il y est question de « société nouvelle, plus humaine et plus inclusive », de « rendre visibles les personnes LGBT+ », de ne plus « discriminer en fonction de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre », de lutter contre les « stéréotypes de genre » et les LGBTphobies « ancrées dans notre pays » (sic), ou encore de « personnes intersexes », etc.

Gageons qu’à la lecture du plan national de Mme Moreno, M. Blanquer demandera prochainement que chaque classe désigne au moins un « représentant anti-haine LGBT » 

Scoop : les médecins et gynécologues français seraient réputés pour leur irrespect vis-à-vis des lesbiennes et des femmes bisexuelles. Il est donc préconisé « d’offrir une prise en charge médicale – et notamment gynécologique – adaptée et respectueuse des lesbiennes et des femmes bisexuelles. » Nous attendons avec impatience la plaquette pédagogique qui explicitera les différences gynécologiques fondamentales de prise en charge entre les femmes hétéro, bi, lesbiennes ou non-binaires.

La grande entreprise de rééducation nationale

Parmi les quatre axes comptant « 42 actions et plus de 150 mesures concrètes » du plan, il convient de s’attarder sur l’axe Éducation nationale. 

Apprendre à nos enfants à lire, écrire et compter n’est plus à l’ordre du jour de la rue de Grenelle depuis longtemps. Les « apprenants » doivent devenir des citoyens modèles dressés à saluer les dernières « avancées » genrées, écologistes ou antiracistes déclinées par des ministres vertueux et des professeurs de « sciences de l’éducation » certains d’indiquer le seul « sens de l’histoire » qui vaille, le leur. Après s’être ému du discours de Greta Thunberg, M. Blanquer décida que chaque classe devait compter au moins un « éco-délégué ». Gageons qu’à la lecture du plan national de Mme Moreno, il demandera prochainement que chaque classe désigne au moins un « représentant anti-haine LGBT ».

A lire aussi: Pierre Palmade face au lobby LGBT

Avant cela, les professeurs vont avoir à leur disposition un site internet « pour lutter contre l’homophobie et la transphobie », les documentalistes des livres jeunesse montrant « la diversité des orientations sexuelles, des identités de genre et des familles » (sic), et chaque académie un observatoire de la haine LGBT+. De plus, « un guide d’accueil des élèves et des étudiants trans par l’ensemble du personnel va être élaboré. » La totale !

La fin des “documents administratifs genrés”

En 2013, lors du débat à l’Assemblée nationale sur le mariage pour tous, Mme Taubira s’était moqué des députés qui pensaient que les documents administratifs verraient un jour disparaître les mentions de « père » et de « mère ». « Je vous laisse à vos fantasmes », avait-elle déclaré en riant et en dénonçant « une campagne de panique des pseudo-suppressions des mots de père et de mère dans le code civil ou le livret de famille. » Le fantasme est pourtant devenu réalité dans certaines mairies. A son tour, Mme Moreno ne tient pas à ce que perdurent dans les établissements scolaires des « documents administratifs genrés » qui sont « une blessure pour les parents et pour l’enfant qui voit l’identité de sa famille niée. » (sic)

Qu’il faille lutter contre les discriminations, qui en douterait ? Mais des élèves ayant une connaissance de l’Histoire de France ou travaillant sérieusement les grands textes littéraires, politiques ou philosophiques seraient les plus à même de contrecarrer la bêtise homophobe ou raciste qui, dans ce pays, n’a quand même pas l’ampleur dramatique que lui prêtent tous les redresseurs de torts institutionnalisés.

L’école, qui devrait donner à chaque futur citoyen la possibilité de développer, chacun à sa hauteur et selon ses capacités, une nécessaire réflexion sur ces sujets d’importance réclamant lectures, analyses et subtilités intellectuelles, est devenue le fourre-tout des injonctions pseudo-humanistes ; elle dit aujourd’hui ce qu’il faut penser ; elle fait gober à nos enfants les thèses pré-mâchées des progressismes à la mode sociétale sans jamais les discuter. 

L’école se fourvoie

Les slogans lénifiants ont remplacé le travail et l’étude. L’école est devenue le lieu de la propagande progressiste.

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Pour qui douterait du fourvoiement idéologique de l’Éducation nationale, je renvoie à l’excellent article de Corinne Berger dans le dernier numéro de Causeur (Fabrique du crétin, Mode d’emploi, page 38). Elle y montre, avec moult exemples, les choix idéologiques qui président à l’élaboration des manuels scolaires. Concernant le sujet qui nous concerne, le dernier manuel HLP de 1ère année (Histoire Littérature Philosophie) des éditions Hachette, dans un chapitre intitulé La hiérarchie des sexes en questions, cite un texte de 1963 de l’anthropologue américaine Margaret Mead (voir notre reproduction plus bas). Ce texte décrit trois tribus de Nouvelle-Guinée qui vivent différemment les relations hommes-femmes. C’est un texte descriptif, assez neutre, qui se conclut mollement sur la nécessité de ne pas voir appliquer systématiquement telle ou telle attitude à tel ou tel sexe. Bon. Là où cela devient intéressant, c’est lorsqu’on lit ce que les concepteurs de ce manuel appellent une « Question d’interprétation » : « Expliquez en quoi l’étude menée par Mead peut fonder la distinction contemporaine entre le sexe et le genre, en montrant comment cette étude pourrait être opposée à ceux qui la contestent. » Ceci n’est ni une question d’interprétation, ni une question tout court. Ceci est un tract politique qui dit ce qui est bien, et qui fournit des arguments pour une thèse prédéfinie. Ceci est de la propagande !

Benjamin Constant ou le goût du jeu

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Le billet du vaurien


Benjamin Constant a été un modèle pour moi. On a dit de lui qu’il était « le plus français de tous les Suisses ». On a dit la même chose de moi. Que je n’aie pas été à la hauteur de mon modèle, personne ne le contestera.

Il n’est pas donné à chacun d’écrire en trois semaines un chef-d’œuvre : Adolphe qui, comme Le portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde, imprégnera des générations de jeunes lecteurs et donnera à leur vie sentimentale un tour qui n’est plus de mise aujourd’hui. Paradoxalement, Adolphe est un roman auquel Benjamin Constant qui en est à la fois l’auteur et le modèle, n’attachait que peu d’importance.

Cela ne lui donne que plus de valeur à mes yeux.

La politesse d’Athènes et la simplicité de Sparte

Benjamin Constant naît le 25 octobre 1767 à Lausanne, petite ville encore campagnarde de sept mille habitants, dont Voltaire qui s’en était épris, écrivait : « On y parle français, mais on y pense à l’anglaise ». Et encore : « On y joint la politesse d’Athènes à la simplicité de Sparte. » Peut-on rêver plus beau compliment ? Je doute que Lausanne le mérite encore, mais il en reste des traces. L’identité d’un lieu ou d’un être ne s’efface pas si facilement.

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Il n’est pas donné à tout le monde d’être orphelin : ce fut le cas de Benjamin Constant. Sa mère meurt peu après sa naissance et son père, le colonel Juste de Constant, le confie à de bien étranges précepteurs, dont le mieux inspiré lui enseignera à cinq ans déjà le grec, qu’il lui a présenté comme un langage secret à apprendre « par jeu ». Jamais d’ailleurs on ne fera appel en vain à son goût du jeu. Benjamin Constant, toute sa vie durant, jouera que ce soit en politique, en amour ou à la roulette, où il perdra des sommes considérables.

Son père me rappelle le mien : bien que distant – je n’ai jamais embrassé le mien -, il est fier de son fils : il en attend beaucoup. Il est vrai qu’à dix ans déjà, le petit Benjamin compose des opuscules, joue du clavecin et passe sa vie chez les demoiselles. Il va dans le monde et le juge : « Ils ont tous l’air de ne pas s’aimer beaucoup. » Et à quinze ans, il arrive à la même conclusion que moi encore adolescent : « Énigme du monde, j’ai peur qu’elle tienne en deux mots : propagation pour les espèces et douleur pour les individus. »

Si peu de mal et tant de plaisir

Son père, comme le mien d’ailleurs, lui donne quelques conseils pour ses entreprises de séduction- et elles seront multiples à commencer par Madame de Staël. Benjamin Constant est pénétré par la maxime des libertins que son père lui a enseignée: « Cela leur fait si peu de mal et à nous tant de plaisir! » Il a retenu également pour principe qu’un jeune homme doit éviter avec soin de faire ce qu’on nommait alors une folie, c’est-à-dire se marier. Et surtout pas avec une personne qui ne soit pas parfaitement son égale par la fortune, la naissance et les avantages extérieurs.

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Il sait que les femmes, enjeu de la vanité masculine, ont une destinée des plus courtes : à vingt ans, elles peuvent encore donner pendant quelque temps du plaisir, mais qu’après trente ans, écrit Constant, « que leur sert leur liberté, sinon à offrir ce dont personne ne veut ? » Il sait également que toute passion est une mise à mort, l’expérience nous enseignant que celui qui se donne le plus va au-devant des déboires les plus fâcheux : ce n’est jamais impunément qu’on sacrifie son amour propre à l’amour. Tel sera le thème d’ Adolphe que Sainte-Beuve, autre Lausannois d’adoption, qualifiera de « petit livre fin de siècle qui porte la marque de l’intelligence la plus aigüe et du dessèchement. »

Avenue Benjamin Constant

Benjamin Constant, un cœur sec ? Ce serait oublier que lui qui avait écrit dans sa jeunesse qu’il aspirait à avoir « les avantages d’un homme vivant noblement, c’est-à-dire utile ni à lui, ni aux autres », se rapproche du peuple, dénonce la traite des Noirs, lutte contre les privilégiés de son temps et défend inlassablement la liberté de la presse et le droit au suicide. Son libéralisme n’est pas une façade : il jaillit de loin. De la persécution des catholiques contre ses ancêtres protestants, des Vaudois subissant le joug des barons de Berne, de l’exil imposé par Napoléon à Madame de Staël, ainsi que de son bref passage dans les prisons de la Révolution. Sans doute tenait-il plus à son pamphlet contre Napoléon qu’à Adolphe. Lorsque paraît De l’esprit de conquête et de l’usurpation, réquisitoire décisif et prémonitoire contre toutes les formes de despotisme, Stendhal écrit : « Il est paru un chef-d’œuvre qui coûte 3 F. et 10 sous », ajoutant : « Certaines pages sont meilleures que Montesquieu. »

Lorsque je remonte l’avenue Benjamin Constant à Lausanne, je songe que j’aurais pu choisir pire comme modèle.

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De l'esprit de conquête et de l'usurpation dans leurs rapports avec la civilisation européenne

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Samuel Paty, récit de la chasse à l’homme d’un hussard noir

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Si pour l’heure nous manquons d’informations complètes sur le terroriste islamiste à l’origine de l’attentat survenu devant le collège de Conflans-Sainte-Honorine, nous pouvons d’ores et déjà affirmer qu’il n’est pas le seul coupable de ce crime, car Samuel Paty a été la victime d’une campagne massive, mensongère et haineuse au nom de la lutte contre « l’islamophobie », cette même lutte qui vise à instaurer le délit de blasphème pour l’islam en France.


Ce vendredi, Samuel Paty, 47 ans, professeur d’histoire-géographie au collège du Bois-d’Aulne a été égorgé à Conflans-Sainte-Honorine. L’assaillant est un homme de 18 ans né à Moscou qui aurait hurlé « allah akbar » avant d’assassiner sa victime. Il a été abattu par la police quelques rues plus loin du lieu du crime, à Éragny-sur-Oise, un couteau à la main.

Comment cet enseignant s’est-il retrouvé dans le viseur des islamistes ? 

C’est sur les réseaux sociaux que le lynchage aurait commencé…

À travers une vidéo publiée sur Facebook, le père d’une élève de 4ème, Brahim C., appelle tous les parents des camarades de sa fille à se mobiliser contre un enseignant d’histoire-géographie qui aurait montré pendant son cours « la photo d’un homme tout nu » pour le désigner comme étant le « prophète des musulmans ».

« Quel est le message qu’il a voulu passer à ces enfants ? Quelle est la haine ? Pourquoi cette haine ? » se demande Brahim C.. Il explique que lors de l’un de ses cours, l’enseignant aurait demandé aux élèves musulmans de lever la main puis de quitter la salle de classe. Sa fille de 13 ans aurait refusé de sortir et a été choquée suite à la diffusion de la fameuse « photo ». Toujours dans la même vidéo, le père explique que sa fille aurait été sanctionnée, exclue du cours pendant deux jours, car elle avait refusé de quitter la salle de classe à la demande du professeur.

A lire aussi, l’édito d’Elisabeth Lévy: Charlie Hebdo, combien de divisions?

« Si vous pensez comme moi que l’on doit dire STOP, ne touchez pas à nos enfants, envoyez-moi un Smessage au 06 XX XX XX XX », c’est la conclusion que le père adresse aux parents d’élèves des 4ème du collège… Il fait vœu d’une action collective contre ce professeur qu’il qualifie de « voyou qui doit aller s’éduquer lui même », un homme visiblement nuisible pour les élèves et qu’il soupçonne, toujours selon ses dires, d’agir de « cette façon » à l’école depuis des années.

Dans une autre vidéo, la fille de Brahim C. et élève de la victime prend la parole à son tour. Elle y relate sa version de l’incident qui l’a opposée à son enseignant. Avant qu’elle ne puisse s’exprimer, l’homme qui tient la caméra, Abdelhakim Sefrioui, un islamiste qui sévit sur le territoire français depuis les années 80, connu pour son soutien au Hamas et membre du Conseil des imams de France, déclare que « L’abject a encore eu lieu. Nous avons assisté cette semaine à la réponse d’un voyou, qui est enseignant, à cet appel du président de la République qui est un appel à haïr les musulmans, à combattre les musulmans, à stigmatiser les musulmans ». Interrogée par Sefrioui, la version de Zaina est légèrement différente de celle de son père:

« On était en train de faire un cours sur l’islam et le prof a dit aux musulmans de lever la main (…) et qu’il va montrer une image qui va peut-être choquer, que si on voulait, on pouvait sortir du cours » raconte-t-elle. La jeune fille ajoute que l’image en question était celle du « prophète Mahomet sans vêtements et que le professeur l’avait montrée comme ça ». Elle exprime son choc et insiste sur le fait que « même les élèves non-musulmans » avaient été à leur tour choqués à la vue de l’image. « Ils ne nous respectent pas, pour eux nous ne sommes pas leurs égaux alors que nous sommes des humains comme eux » dit-elle, indignée.

L’enseignant aurait fait savoir à cette élève qu’elle dérangeait son cours et l’aurait exclue parce qu’elle aurait « exprimé » son ressenti, qu’elle était offensée. « Pourquoi s’en prend-il à notre religion ? Je ne vais plus aller à son cours », témoigne cette élève qui considère que ces images n’avaient pas leur place dans un cours d’histoire-géographie, que l’intention du professeur était de cibler l’islam dans le but de « rabaisser les élèves musulmans » de sa classe.

Campagne diffamatoire 

Le professeur aurait donc laissé le choix à ses élèves et pris en compte leur sensibilité avant de procéder à la diffusion des images. Il avait anticipé l’émoi que cela aurait pu provoquer chez certains de ces élèves musulmans. Il n’a donc pas juste exclu des élèves de son cours en raison de leur confession.

Ce n’est pourtant pas ce que Brahim C. a diffusé à ses abonnés sur Facebook ni aux parents d’élèves. Il a multiplié les publications à charge contre Samuel P. osant même condamner l’enseignant pour délit de participation « à la marche de Charlie » ! « Vous aimez votre prophète » lance-t-il à ses abonnés, « Vous avez l’adresse et nom du professeur pour dire STOP »… « Soyons fiers de notre religion et de notre prophète » écrit-il dans un autre post avant d’inciter une nouvelle fois à « faire le minimum », à savoir, envoyer « un courrier au collège ou au CCIF [le controversé Collectif contre l’islamophobie en France NDLR] ou à l’inspection académique ou au ministre de l’Éducation ou au Président ».

« Il faut virer ce professeur d’histoire du collège ! ». Dans sa vidéo, le père, Brahim C., regrette de l’avoir d’abord décrit comme étant un « professeur », il préfère l’appeler le « voyou d’histoire ».

Tout au long de sa campagne de haine contre Samuel P., il omettra de dire à son audience que c’était dans le cadre d’un cours d’éducation civique dédié à la liberté expression que des caricatures ont été montrées aux élèves. Il n’est même pas fait mention de dessins d’ailleurs, mais « de la photo d’un homme tout nu » qui aurait été désigné comme étant « le prophète des musulmans » par l’enseignant…

Le récit laisse ainsi penser à un enseignant haineux qui voulait humilier des élèves en raison de leur foi et qui les a sanctionnés lorsqu’ils ont refusé de se laisser faire. Un enseignant qui pratique la discrimination et ne délivre pas le même enseignement à ses élèves selon qu’ils soient musulmans ou non. Un enseignant qui diffuse la photo d’un homme nu à des adolescents. Jamais il n’est question d’un enseignant qui montre à ses élèves les caricatures de Mahomet pour lesquelles des journalistes ont été tués par des terroristes islamistes. 

C’est une cabale qui est lancée contre Samuel P. Elle aurait commencé le 5 octobre 2020. Une vidéo après l’autre, un statut Facebook après l’autre, un tweet après l’autre, il aura suffi de onze jours pour que la cible soit dessinée sur son dos.

Plusieurs personnes ont relayé les vidéos de Brahim C et ses messages sur les réseaux sociaux, certains ont d’ailleurs déjà supprimé leur compte depuis l’attentat. Sous le hashtag #Prof_islamophobe, on pouvait retrouver des tweets de musulmans expliquant qu’ils avaient échangé avec le père et qu’il fallait soutenir ce dernier.

Messages sur Twitter (1/3)
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De même, la mosquée de Pantin, connue pour ses positions hostiles vis-à-vis de Charlie Hebdo, a relayé le récit mensonger de Brahim C. au sujet de l’enseignant Samuel P..

La mosquée de Pantin a relayé l'appel sur Facebook.
La mosquée de Pantin a relayé l’appel sur Facebook.

Le site d’information islamique Alnas.fr, a fait « disparaître » juste après l’annonce de l’attentat, un article à charge contre l’enseignant titré « France : un professeur d’histoire expulse les musulmans de sa classe pour montrer les caricatures ». L’article a été remplacé par un autre sous la même URL avec ce nouveau titre : « Yvelines : un homme décapité en pleine rue, il s’agit du professeur qui avait montré les caricatures du Prophète ».

L'article d'Alnas avant qu'il ne soit modifié.
L’article d’Alnas avant qu’il ne soit modifié.
Le même article modifié après l'attentat.
Le même article modifié après l’attentat.

Jihad judiciaire 

Bien qu’il se soit tourné vers le rectorat et qu’il ait saisi la justice pour diffamation, pendant une dizaine de jours, plusieurs actions relevant du « jihad judiciaire » et de l’intimidation auraient été lancées à l’encontre de l’enseignant Samuel P.: saisine de l’inspection académique de Versailles et dépôt de plainte auprès de la police pour « discrimination », prise de contact avec le CCIF et des associations de parents d’élèves. Tant d’acharnement uniquement parce qu’il a fait son devoir, celui d’un hussard noir du 21ème siècle conscient des menaces qui pèsent sur son pays engagé dans la lutte contre l’islamisme, pour la laïcité et pour la liberté d’expression.

A lire aussi, Aurélien Marq: En France, on peut choisir de croire (ou pas)

Si le CCIF, qui se vante d’être à la pointe du conseil juridique, avait été réellement été saisi, comment Brahim C. pouvait encore ignorer que la diffusion des caricatures de Charlie Hebdo dans une classe et à l’occasion d’un cours d’éducation civique était un droit fondamental et faisait partie des prérogatives d’un enseignant de la République ? Comment pouvait-il ignorer qu’inciter à lyncher un enseignant sur les réseaux sociaux, à l’appeler et à lui écrire à son domicile ou à son lieu de travail relevait du harcèlement moral, un délit puni par la loi ? 

Le terroriste islamiste n’est pas le seul coupable…

Plus globalement, quelle est la responsabilité des militants anti-islamophobie quand ils diabolisent des professeurs qui finissent égorgés dans la rue pour avoir fait leur devoir ? Quelle est la responsabilité de ces mêmes militants quand des élèves, des journalistes, des policiers sont diabolisés et finissent tués ou encore sous protection policière au nom de l’islam ?

Cette diabolisation menée par des fausses victimes ou en leurs noms a toujours pour point de départ un discours victimaire. Ce même discours que l’on entend dans la bouche de cette élève de 4ème, une jeune Française de 13 ans, c’est aussi celui que l’on entend et qu’on lit chaque jour dans la presse de gauche française, que des “sot-ciologues” répètent à longueur de journée dans les amphithéâtres des universités, sur les plateaux des télévisions, dans les QG des associations, dans les vidéos des médias du service public ou encore qatari et saoudien. Ces discours, les jeunes et moins jeunes les lisent, les partagent, les commentent chaque jour sur les réseaux sociaux, et ils sont toujours portés par des comptes certifiés de journalistes, éditorialistes, de professeurs, de politiques, d’élus, de militants de gauche, de prédicateurs islamistes, d’imams bobos, de militants indigénistes et d’islamo-activistes… Tous sont des séparatistes. Ceux-là même qui hurlent au « pas d’amalgame » tout en assimilant les musulmans aux islamistes, et la critique ou la moquerie de l’islam à la haine des musulmans. Quelle est la responsabilité des chantres de l’islamophobie quand ils provoquent un syndrome de persécution chez ceux qui sont prêts à traquer, harceler, menacer ou tuer au nom de la lutte contre leur délit imaginaire ?

Il a suffi d’un peu plus d’une semaine pour qu’un enseignant sans histoire d’un petit collège de banlieue apparaisse sur le tableau de chasse des islamistes. Rien ne lui aura été épargné : harcèlement, diffamation, incitation à la haine, diffusion de ses coordonnées pour finir gisant sur le sol, décapité, non loin du collège où il enseignait avec courage et honneur les valeurs républicaines et la France de Charlie. Combien d’autres suivront son chemin dans l’indifférence des rectorats, des élus, des préfets ? Combien d’autres comme lui suivront le même chemin et seront jetés en pâture aux fous d’Allah sur les réseaux sociaux, terrains dominés par la gauche complice des islamistes ? Combien d’autres le sont en ce moment même ?

De la guerre et des moyens de la gagner

On ne peut pas être « en même temps » à l’extérieur et à l’intérieur des métaphores. « C’est une guerre », a dit Emmanuel Macron à propos du coronavirus il y a quelques mois — et il a pris, quoi qu’on en pense, des décisions de guerre : restrictions à la liberté de circulation, ausweis, accoutrement de combat, couvre-feu. Ce n’étaient pas des décisions anodines. Ce fut son choix.

« C’est une guerre », dit-il encore du terrorisme islamique. En quoi il a raison, mais il faut là encore s’en donner les moyens. Des milliers de terroristes dangereux se sont infiltrés dans le pays. Il faut les repérer par tous les moyens, et s’en débarrasser, en les renvoyant là d’où ils viennent. Quelles que soient les conséquences potentielles. Des Tchétchènes posent des problèmes ? Renvoyons-les chez Poutine. Des Syriens sont dangereux ? Remettons-les à Assad. Des Afghans sont fanatisés ? Ils se feront moins remarquer à Kaboul. Et s’il existe des Ouïgours menaçants, Xi Jinping sait quoi en faire.
Et ceux qui sont Français ? Il y a des policiers, il y a des juges, il y a des prisons. Oui, mais le droit des gens…
Si nous sommes en guerre, il faut suspendre le droit. On ne peut pas être dedans et dehors. Demandez-vous comment l’armée française a gagné la bataille d’Alger. Et en très peu de temps — parce que frapper ne se fait pas avec des gants, ni au compte-gouttes.

A lire aussi: Samuel Paty, récit de la chasse à l’homme d’un hussard noir

Un parent d’élève s’est répandu sur la Toile en propos haineux qui étaient potentiellement des appels au meurtre — tout en se référant au CCIF, le Collectif Contre l’Islamophobie en France. Est-ce cette organisation qui lui paie l’avocat qui l’épaule nécessairement, à présent que le voici en garde à vue ? Sinon, qui ?

Quant aux responsabilités dans la mort de Samuel Paty…

J’aimerais déjà être sûr que certains, sur la foi de son prénom biblique, ne l’ont pas identifié comme juif — et je me fiche de savoir s’il l’était, je ne classe pas les gens en fonction de leur religion, moi. Tout ce que je sais, c’est qu’il était un enseignant d’expérience qui faisait bien son métier, et qui — l’information est absolument sûre — a été épaulé par la haute administration du Rectorat dès qu’a circulé la rumeur d’une plainte déposée contre lui par ce père de famille si chatouilleux. Samuel Paty suivait à la lettre le programme d’Éducation Morale et Civique.

Les responsabilités sont multiples et c’est aux enquêteurs de les démêler. Et même si l’on peut estimer que le chef d’établissement a ménagé la chèvre pédagogique et le chou parental, j’aimerais savoir si, conformément à ce qu’affirment diverses sources, certains de ses collègues se sont ligués contre lui — et auraient indiqué son adresse et ses heures de cours.
La police a tout intérêt à enquêter le plus vite possible. À saisir les portables et les ordinateurs de toutes les personnes impliquées de près ou de loin dans ce crime. À les faire parler au plus tôt. Entre le président des parents d’élèves, d’une redoutable ambiguïté, et tel syndicat qui localement a pu ne pas se solidariser immédiatement avec notre malheureux collègue, le spectre est large.

J’espère — j’espère vraiment — qu’aucun enseignant n’a prêté son concours, même indirect, même involontaire, à cette boucherie. Dire « on ne pouvait savoir » n’est en rien une excuse, parce que depuis quelques années, nous savons, et nous devons prévoir. Et nous savons aussi que bien des pseudo-intellectuels, sous couvert de combat contre le racisme, ont fomenté dans ce pays une ambiance bien peu sereine. Eux aussi portent une bonne part de responsabilité.

A lire aussi: Mila: qui n’a dit mot consent

Allons plus haut. Les Territoires perdus de la République, c’était il y a vingt ans. Le rapport Obin remonte au passage de Fillon au ministère de l’Education — un rapport enterré que quelques enseignants motivés, dont j’étais, ont publié en 2006. 2006 ! Une autre ère. Combien d’alertes ont été sonnées — en vain ? Combien de Cassandres ont prévenu — en vain ? Combien de rapports ont été élaborés — pour des prunes ? Le dernier a été remis à Blanquer cette semaine. Le ministre, qui a marqué son intention de ne rien laisser passer, sera impuissant s’il n’a pas l’appareil d’État avec lui. Tenez, faisons-lui une suggestion, affichons les caricatures de Mahomet dans tous les établissements scolaires, affichons-les partout dans les rues. Si le ministre appuie la liberté de blâmer, alors je pourrai sans flagorner en faire un éloge flatteur.

Allons, autant s’y risquer nous-mêmes…

Dessin de Luz dans "Charlie Hebdo"
Dessin de Luz dans « Charlie Hebdo »

Enfin, soyons cyniques. Emmanuel Macron, qui n’est pas au mieux — ni son Premier ministre — dans l’opinion publique, et son parti encore plus bas, regagnerait la confiance de ses concitoyens s’il choisissait enfin de désambiguïser son discours et d’opter pour la guerre — puisqu’aussi bien elle a été déclarée de l’autre côté. La guerre qui est la continuation de la politique par d’autres moyens. « En même temps » fut le slogan de sa première campagne. « Écrasons l’infâme », comme disait Voltaire, pourrait être celui de sa seconde victoire.

Bien sûr que je ne mets pas…

>>> Lire la fin de l’article sur Bonnet d’âne, le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

Décapité pour avoir montré un dessin

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Le professeur d’histoire de Conflans-Sainte-Honorine est absolument innocent. La militante laïque Céline Pina revient sur l’attentat survenu hier. Et esquisse des pistes d’actions crédibles que le gouvernement devrait mettre en oeuvre, pour que les paroles de sévérité présidentielles ne soient pas une énième indignation hypocrite.


 

Il était professeur. D’histoire. Sa tête a été retrouvée, non loin du collège où il enseignait, posée sur l’asphalte. Décapitée. Dans une mise en scène barbare digne de Daesh, l’auteur, un jeune Tchétchène de 18 ans a diffusé cette photo sur les réseaux sociaux avec un commentaire explicite : « J’ai exécuté un de ces chiens de l’enfer qui a osé rabaisser Muhammad. » L’admonestation est adressée au chef des infidèles, Emmanuel Macron et est revendiquée au nom d’Allah, le tout miséricordieux.

Montrer ces dessins en classe est pertinent

Quel crime avait donc pu commettre ce professeur pour avoir une fin aussi atroce ? Aucun. Il a été tué par pure idéologie. Lui est absolument innocent. En effet, montrer des caricatures de Charlie dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression, pour l’illustrer, est plus que pertinent, c’est primordial et indispensable. Ce devrait être une obligation que de faire le tour des établissements scolaires pour expliquer cette affaire et en faire un support pour illustrer à quel point cette liberté est une des bases de notre civilisation. Après un tel meurtre gratuit, comment supporter la cohorte des « oui, mais… », des « il l’avait un peu cherché » repris comme à chaque attentat, alors que s’alignent nos morts et que les islamistes en ajoutent à la liste tellement régulièrement que l’on a le sentiment qu’ils ont la maîtrise du calendrier. Comment supporter les protestations hypocrites de tous ceux qui ont laissé menacer de viol, de meurtre et d’égorgement la jeune Mila, déjà cible de la même violence et de la même idéologie ?

[Les familles musulmanes] sont dans une logique où le blasphème doit être puni, elles ne contestent que le caractère excessif de la sanction choisie

Aujourd’hui, tous ceux qui ont défendu sur notre sol la violence islamiste au nom de la protection des musulmans sont comptables de ce qui vient de se passer. Les islamistes ne se déchainent que parce qu’une partie de notre élite est à genoux et refuse de regarder en face certaines évidences : notre société n’est plus unie, un contre-modèle existe et grandit et notre pacte social a été rompu : aujourd’hui on peut être tué en sortant du travail parce qu’une communauté particulière veut imposer ses mœurs et sa charia.

A lire aussi, du même auteur: Mila: qui n’a dit mot consent

Soyons lucide. Cinq ans après les exécutions politiques de Charlie, oser défendre la liberté d’expression peut, en France, vous valoir la mort. Bien sûr de tels actes sont condamnés par le pouvoir, mais sont-ils combattus réellement ? Déjà il est dangereux d’oser dire et écrire que le problème n’est pas la religion en général. Cela vous vaut d’être ramené au traditionnel « faire le jeu de l’extrême-droite ». À croire que c’est le réel qui fait « le jeu de l’extrême-droite » finalement. Mais dans les faits, vous pouvez user de votre liberté d’expression envers les chrétiens, les juifs, vous moquer du pouvoir, contester le président et le dessiner dans toutes les positions, vous ne risquerez rien. Ce qui peut vous valoir condamnation à mort c’est de critiquer tout ce qui touche de près ou de loin à l’islam. Voilà notre réalité : le blasphème et son corollaire, la peine de mort sont en train d’être rétablis en France par la rue et contre la loi, au nom d’une religion particulière, par des leaders islamistes certes radicalisés mais qui ont de l’influence sur leur communauté, laquelle les suit dans leur rhétorique violente et victimaire.

Plenel, Mélenchon et la prétendue “guerre aux musulmans”

Un exemple nous a été récemment fourni de cette influence et de ses effets délétères, comme de cette rhétorique qui accuse la France de faire la guerre aux musulmans et qui envahit les réseaux sociaux. Ce fantasme de « guerre aux musulmans » est repris comme un mantra par toute une partie des jeunes, elle les exonère de tout effort : l’échec c’est la faute de l’autre qui est forcément raciste et justifie toutes les violences induites par leur frustration. Ce discours est un des premiers pas vers la radicalisation car c’est au nom de persécutions fantasmées ou d’une vision de l’histoire tronquée, que les islamistes sèment la haine et déclenchent les passages à l’acte. Ici la victimisation est en fait une justification de la violence par déshumanisation de l’autre. Il s’agit ici de mettre fin au règne des bourreaux. À la fin de ce conditionnement, un prof de banlieue peut prendre la figure d’un monstre à terrasser dans la tête d’un jeune fanatique.

A lire ensuite: Les musulmans et Charlie Hebdo? Comme-vous-et-moi!

Ce crime n’est pas arrivé par hasard. Il a été porté sur les fonts baptismaux de la conceptualisation par des officines que nous connaissons tous et qui se sont dernièrement affichées en soutien du salafiste dirigeant de Barakacity, Idriss Sihamedi. Il fallait voir celui-ci à peine sorti de garde à vue menacer sur les réseaux sociaux, le ministre, la police, parler de guerre aux musulmans et faire diffuser cette idée d’une guerre en cours à tous les excités de la fachosphère islamiste : les Tariq Ramadan, Marwan Muhammad, Houria Bouteldja, Sihame Assbague, Taha Bouhafs… ils reprennent tous l’expression de guerre contre les musulmans et laissent les esprits s’échauffer et l’appel à la vengeance monter. Les islamistes sont à ce point décomplexés qu’ils osent tout, certains que leurs alliés d’extrême-gauche ou de gauche, qu’ils soient politiques ou journalistes, garderont les paupières bien cousues, relaieront leurs tentatives de victimisation, alimenteront les « oui mais », expliqueront qu’il ne faut pas faire d’amalgames ou que l’ensauvagement en France est une vue de l’esprit. La désinhibition et le sentiment d’impunité atteignent de tels niveaux qu’en plein procès Charlie, un des accusés s’est permis de menacer une enquêtrice, au cœur du tribunal. Tranquille.

Multiplication des passages à l’acte

Résultat de ce mépris pour notre capacité collective à réagir et à défendre notre civilisation : les attentats se multiplient, les policiers sont pris pour cible et paraissent débordés, les appels à la haine des kouffars ne connaissent plus de limites et les passages à l’acte se multiplient. Les parents d’élèves qui ont alimenté la haine contre ce professeur par obscurantisme et par soumission, l’homme qui a fait la vidéo qui tourne sur les réseaux sociaux et qui appelle à une sorte d’expédition punitive ne sont pas des islamistes, en tout cas ils n’en ont pas tous les codes, mais ils montrent que la bataille est en train d’être gagnée par les fanatiques. Et ils mériteraient d’être traités avec la sévérité que leurs agissements méritent. Ils ne sont pas pour rien dans ce meurtre et ont excité la haine par pure bêtise. Cela ne mérite ni indulgence ni compréhension car ils ont semé les graines du drame. Ils sont en partie responsables de ce qui s’est passé et méritent de se l’entendre dire. 

En attendant, à force de traiter d’« islamophobes », ceux qui ont essayé de tracer une frontière entre musulmans et islamistes et de présenter les islamistes comme des purs, de simples amoureux de leur religion, de bons musulmans en quelque sorte, les Plenel, Mélenchon et compagnie ont servi l’emprise de l’islam politique. Laissons donc aux islamo-gauchistes et à leurs suppôts qui se sont couchés depuis longtemps devant ces fanatiques l’excuse sociologique. « Ils sont pauvres, ils sont exclus, ils sont rejetés, etc. etc. » La démocratie est toujours fragile et les islamistes l’ont compris. Ils savent exploiter les failles de notre système. Les plus malins arrivent même à se faire élire sur des listes municipales, les plus crétins montent au front en tuant. Ce professeur a été victime bien sûr du terrorisme islamiste mais il est aussi victime de la médiocrité et du manque de vertèbre des gouvernements qui se succèdent depuis quelques trente ans. 

La France paie cher ses renoncements successifs

Aujourd’hui, concrètement au fur et à mesure que les gouvernements promettent des « réactions à la hauteur », ce sont plutôt les renoncements qui s’accumulent : le voile est autorisé pour les accompagnatrices scolaires, on a renoncé à scolariser les enfants juifs dans les établissements publics là où l’islamisme fait la loi, on a renoncé à enseigner la Shoah dans certains collèges, bref en général on se couche devant n’importe quelle absurdités ou demande inacceptable pour peu qu’elle soit présentée au nom du « respect de l’islam ». Autre point : tous les élèves musulmans ne vivent pas dans des familles radicalisées, mais la logique des islamistes est rarement contestée pour autant par ces familles. Elles ont du mal à condamner purement et simplement les faits. Elles sont dans une logique où le blasphème doit être puni, elles n’en contestent que le caractère excessif de la sanction choisie. C’est aussi un problème qu’il faudra aborder. En attendant, aujourd’hui, la vraie question est simple : Va-t-il être encore possible d’enseigner l’histoire, la biologie et tout ce qui dérange les représentations des musulmans sans courir le risque d’être rappelé à l’ordre par les islamistes ? Lesquels sont plutôt efficaces en matière de sanction. 

A lire aussi, Céline Pina: La fin du déni

Il y a aujourd’hui besoin d’une réaction à la hauteur tant cette affaire fait peur. Déjà symbolique : si j’étais au gouvernement j’afficherai dans tous les établissements scolaires, toutes les institutions, je prendrai des publicités dans les journaux, dans le métro, sur les bus. Je paierai des 4×3 et je créerai une affiche reprenant les caricatures de Charlie et revendiquant cet affichage au nom de la liberté d’expression et pour rendre hommage à ce professeur martyr. J’inonderai la France de ces affiches. Le message serait fort et la reconquête physique de notre espace serait ainsi symboliquement marquée. Nous en avons besoin en tant que peuple.

Le président Emmanuel Macron aux Mureaux le 2 octobre 2020 © Ludovic Marin/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22499019_000005
Le président Emmanuel Macron aux Mureaux le 2 octobre 2020 © Ludovic Marin/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22499019_000005

Il y a peu, peinant à trouver des accents churchilliens mais s’y essayant quand-même, notre président de la République nous a expliqué que nous étions en guerre. Guerre sanitaire contre un virus. Mais un virus n’est pas belliqueux, il n’a pas d’intention, il doit être combattu mais n’appelle pas à la guerre. En revanche, ce que l’on subit sur notre sol est une véritable déclaration de guerre. Par un ennemi qui doit être nommé. Nous sommes attaqués pour ce que nous sommes, sur nos fondamentaux. Enseigner notre histoire devient une prise de risque inconsidérée. Oui monsieur le président « nous sommes en guerre », mais l’ennemi s’appelle l’islamisme. Et en guerre, on se dote des armes nécessaires pour agir : utiliser l’armée n’est plus inenvisageable. Le degré de violence symbolique atteint le justifie, mais il y a d’autres armes à réactiver : déchéance de nationalité, indignité civile, poursuites judiciaires, expulsions, contrôle des mosquées, dissolution des associations, surveillance et action facilitée. On ne s’en sortira pas avec trois coups de mentons, dix tweets, des empilements de « monstrueux », « ignoble », « horrible » dans les discours, pour qu’une semaine après le dossier soit classé et que le gouvernement passe à autre chose. Par exemple à la mise en place d’une taxe halal permettant de distinguer les deux peuples en train de se constituer sur notre sol, une taxe qui permet aux islamistes d’imposer ses marqueurs : voile, alimentation séparée, interdiction des mariages mixtes, refus de notre sociabilité, le tout pouvant être exprimé dans sa manière de s’habiller, de se nourrir, dans les normes que l’on respecte et celles que l’on refuse d’accepter. Par exemple en accélérant la construction d’un islam de France via l’AMIF d’Hakim El Kharoui, alors que cette association est déjà infiltrée par nombre d’islamistes (AOC frères musulmans). Une occasion en or de gagner en parts de marché communautaires et en pouvoir de nuisance et de déstabilisation.

Le président veut être crédible ? Qu’il arrête déjà cette sinistre comédie qui fait que nous installons nous-mêmes dans notre propre paysage institutionnel ceux qui rêvent de nous réduire au silence. Sans cela, les rodomontades d’Emmanuel Macron ne seront que des coups de communication en attendant la prochaine exécution, individuelle ou de masse. Et les larmes versées sur la tête atrocement mutilée du professeur d’histoire n’auront été que la énième manifestation d’hypocrisie de nos gouvernants.

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« S’il ne trouve pas en face de lui des gens assez fermes, l’islam n’a aucune raison de cesser d’avancer »

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Apostat de l’islam et cofondateur du magazine Riposte laïque, Pascal Hilout n’est pas réputé pour faire dans les mielleries. Entretien sans langue de bois.


Alexis Brunet. Bonjour Pascal Hilout, vous avez participé à la fondation du magazine en ligne Riposte laïque. Vous vous y présentez comme « apostat de l’islam né Mohamed ». Pouvez-vous en dire plus à nos lecteurs ?

Pascal Hilout. Je suis né au Maroc de parents musulmans. Dès le lycée, j’ai compris que l’islam avait un vrai problème avec la moitié de sa population : les femmes. J’ai compris alors que si on ne  changeait pas la condition de la femme, ce n’était absolument pas la peine de vouloir changer quoi que ce soit dans les pays musulmans. C’est à ce moment-là que je suis devenu un féministe convaincu. Je suis arrivé en France en 1983 du Maroc. Quand j’ai demandé la nationalité française, j’ai demandé la francisation de mon prénom. « Hilout » est mon nom de famille d’origine. J’ai choisi « Pascal » parce que j’aimais beaucoup la sonorité. La francisation du prénom, c’est une bonne indication qu’on adopte la France non seulement par la nationalité mais aussi par ses traditions, sa culture, et qu’on adhère à son histoire.

A lire aussi: Le prénom, une certaine idée de la France

En mars 2012, la Ligue des Droits de l’homme vous a fait condamner pour provocation à la haine envers les musulmans après que vous avez écrit dans Riposte laïque que « l’islam n’est pas une religion mais un projet politico-religieux totalitaire et qui ne sait exister que par la conquête ». Avez-vous eu d’autres démêlés avec la justice depuis ?

Non pas du tout et je maintiens. L’islam est une religion conquérante, toute son histoire est émaillée par la conquête, en tous cas jusqu’à maintenant.

Il y a depuis longtemps un malentendu sur ce qu’est l’islam et sur ses véritables intentions

Il semble aussi que vous ayez été attaqué en justice à cette occasion parce que vous avez comparé les prières de rue dans Paris à une occupation…

C’est vrai. Les femmes n’occupaient pas le terrain, elles n’avaient pas cette possibilité de prier dans la rue, elles étaient tenues de prier à la maison. Les hommes qui occupaient le terrain le faisaient donc justement pour montrer leur capacité à mobiliser et à occuper le terrain. Marine Le Pen a dit exactement la même chose que moi quelques temps après et elle n’a jamais été inquiétée pour cela. Ceux qui ont prié dans la rue ont eu gain de cause. L’État, qui est soit disant laïc, s’est vu obligé de trouver un local à une religion qui est suffisamment riche pour se trouver tous les lieux de culte qu’elle veut.

En juin dernier, dans un article intitulé « Plus que jamais, 10 ans après l’apéro saucisson-pinard, à bas l’islam ! » paru dans Riposte laïque, vous écrivez au sujet de ce dernier que « la terre entière doit s’en débarrasser ». Sans vouloir vous offenser, n’est-ce pas un peu simpliste ?

Non justement, ce n’est pas du tout simpliste. Les religions ne sont pas vouées à durer, elles peuvent mourir, il y a plein de religions dont on ne parle plus ou qui ne sont plus pratiquées. Et donc je suis persuadé de la nécessité d’une adaptation complète de l’islam à notre temps, de ne plus inscrire la soumission dans le corps, l’espace et le temps. Les musulmans sont d’abord les victimes de l’islam, puis ils deviennent transmetteurs. Ce que je souhaite vraiment, c’est la libération des musulmans. L’islam a assez rabaissé ces derniers, il doit cesser de rabaisser les comportements de ses sujets. Ça fait quatorze siècles qu’il en est ainsi quand même, c’est bien assez.

Dans un sondage IFOP commandé par Charlie-Hebdo, 60% de personnes se déclarant musulmanes disent ne pas faire passer leurs convictions religieuses avant celles de la République, ce qui est une petite majorité. Ne va-t-on pas quand même vers une sécularisation de l’islam en France ?

Ça dépend de l’attitude de la France. Si la société française ne cède en rien, les musulmans vont bien sûr changer de comportement. Mais malheureusement pour les jeunes, c’est la tendance inverse qui s’observe actuellement. Parmi nombre de jeunes, on ne condamne pas un forfait qui a été fait sur des caricaturistes. C’est très grave de voir qu’il y a une jeunesse actuellement qui est de plus en plus française et qui n’adhère pas du tout aux fondamentaux du respect de la liberté d’expression. Il y a un conflit réel qui est très grave et qui nous prépare des jours difficiles.

Cependant, 72% des interrogés se déclarant musulmans condamnent totalement l’attentat de Charlie-Hebdo dans ce même sondage. N’est-ce pas une bonne nouvelle ?

Mais encore heureux qu’ils le condamnent! (Rires). Franchement, un crime comme celui-là, ce serait la moindre des choses qu’ils le condamnent tous. Selon cette même enquête, un quart des musulmans aurait protesté contre les manifestations qui ont suivi la tuerie s’ils avaient pu. Cette partie aurait donc préféré des insultes à l’égard des morts. Trop de musulmans trouvent encore que c’est justifié de tuer pour leur prophète. Et même s’ils ne sont pas majoritaires, je souligne que ce sont toujours des minorités actives et agressives qui finissent par faire l’Histoire.

Vous êtes régulièrement invité à France 24 Arabe pour débattre. Il y a cinq ans, peu après ce même attentat, vous avez eu un échange assez vif avec Ghaleb Bencheikh, qui est maintenant Président de La Fondation de l’islam de France. Vous l’avez notamment qualifié d’hypocrite sur le plateau. L’avez-vous revu depuis ?

Oui plusieurs fois, notamment lors d’un colloque à l’Unesco. Tous les gens qui connaissent l’islam et qui ne veulent pas condamner les comportements de Mahomet savent très bien que c’était un pédophile, des historiens musulmans l’ont bien écrit. Mahomet a demandé la main d’une fille qu’il a déflorée quand elle avait neuf ans, tous ces gens-là le savent bien. Des historiens comme Tabari ou Ibn Hicham précisent bien qu’elle jouait encore à la poupée à ce moment-là. De même, on sait parfaitement que Mahomet a fait la guerre à tous ceux qui n’étaient pas musulmans. Ceux qui connaissent l’islam savent très bien comment son histoire a commencé et comment elle a continué. On ne peut pas dire de belles paroles comme quoi on adhère à la République ou que sais-je sans dénoncer cette histoire ancienne, ou alors c’est effectivement de l’hypocrisie. Il faut commencer par dire que oui, cette histoire, c’est la nôtre, mais nous ne l’acceptons pas et nous la dénonçons pour la dépasser. C’est ce que des musulmans, surtout soi-disant éclairés devraient enfin faire.

Dans cette même émission, vous avez eu un autre différent avec Ghaleb Bencheikh qui affirmait que le Coran, à la différence de l’islam, ne condamnait pas l’apostasie. Vous qui êtes le premier concerné par ce sujet, que répondez-vous ?

Toute l’histoire musulmane est émaillée d’apostats qui ont été poursuivis et tués. Même au Maroc, qui est le plus libéral des régimes musulmans, il y a un « conseil scientifique », un conseil jurisprudentiel qui n’a lui-même jamais condamné l’apostasie. Elle est toujours inscrite dans la loi marocaine, l’apostat peut légalement y être poursuivi. Si le Maroc n’exécute pas vraiment cette loi, il l’utilise pour faire peur à ses citoyens, pour éviter que trop d’entre-eux se montrent comme apostats. Si le Roi du Maroc lui même et son conseil ne sont jamais revenus sur cette loi, c’est qu’ils savent vraiment que l’apostasie est condamnée par l’islam.

Par l’islam certes, mais par le Coran ?

L’islam, c’est le Coran plus Mahomet. Puisque le Coran ne parle pas et n’agit pas, on ajoute ce qu’a fait Mahomet. Mahomet a massacré ceux qui ne voulaient pas se déclarer musulmans. Dès qu’il est mort, la première guerre qui a été faite par son successeur fut de mater une rébellion d’apostats. De nombreuses tribus voulaient alors revenir à leurs religions antérieures. La première des guerres de l’islam fut contre les apostats, contre les renégats. Il faut toujours se référer à l’Histoire car c’est l’Histoire qui interprète ce qui est écrit.

Vous avez dit dans la même émission prôner une vision « humaniste » pour détruire les barrières religieuses, mais n’avez-vous pas l’impression d’être un peu trop frontal dans vos chroniques pour être fédérateur ?

Je l’ai dit et je le répète, les musulmans sont meilleurs que le Coran et l’islam. À un moment donné il faut leur dire que les germes pathogènes du Coran et de Mahomet doivent être détruits pour les guérir. Ce que font Ghaleb Bencheick et d’autres musulmans dits éclairés, c’est le contraire : ils accusent une partie des musulmans de ne rien avoir compris, pointant du doigt les wahhabites ou les Frères musulmans. Or, tous les musulmans sont en fait des victimes de l’islam. Moi je suis frontal à l’égard de l’islam pour que justement, les musulmans n’inscrivent plus la soumission dans le corps, l’espace et le  temps. Il faut être très clair, si on est humaniste et qu’on est pour que les musulmans se libèrent et se débarrassent de l’islam, il ne faut avoir aucune pitié pour une idéologie religieuse.

Toujours est-il que le nombre de musulmans continue d’augmenter en France et que les extrémistes musulmans s’y portent bien. À quoi cela est-il dû selon vous ?

Si l’islam a été conquérant, et s’il continue à avancer c’est parce qu’il sait mettre des personnes à ses côtés, il sait faire adhérer des personnes jusqu’au bout. Certains préfèrent mourir pour l’islam que de rester vivants. C’est une idéologie conquérante par nature, qui donc progresse tant qu’elle n’a pas d’opposition. Tant qu’il n’y a pas assez de gens qui se soulèvent, qui disent qu’ils n’accepteront pas du tout d’être soumis, tant qu’ils n’y aura pas de vrais opposants à l’avancement de cette idéologie, elle continuera, en France ou ailleurs. L’Europe fut attaquée par le passé, tant du côté de la péninsule ibérique que du côté turc, Byzance n’existe plus, l’église Sainte Sophie est transformée à nouveau en mosquée par le sultan Erdogan qui se sent pousser des ailes. On voit donc bien que s’il ne trouve pas en face de lui des gens assez fermes, l’islam n’a aucune raison de cesser d’avancer.

A lire aussi: Sainte-Sophie transformée en mosquée: derrière la consternation…

Les croisades pour la sauvegarde du Saint-Sépulcre ont cessé avec la mort de Saint-Louis. L’arrêt de l’expansionnisme islamique ne doit-il pas venir du monde islamique lui-même ?

 Non, c’est à la France et à l’Europe de résister à la pénétration de cette idéologie. En revanche, si réforme et changements il peut y avoir dans l’islam, cela doit venir des musulmans eux-mêmes dans leurs propres pays. J’ai un espoir en ce qui concerne le Maroc, le pays musulman que je connais le mieux. Le Maroc que j’ai connu jusqu’en 1974, était une dictature où l’on n’avait absolument pas le droit de dire ce qu’on pense. Aujourd’hui, j’ai été absolument surpris de voir que des articles où je dis la même chose qu’en France mais cette fois en arabe sont publiés sur le site Hespress, qui est un des premiers sites d’informations marocains. Dans les commentaires, j’ai été surpris par la liberté d’expression. Bien sûr, il y a toujours les habituels commentaires qui crient à l’ « islamophobie » mais la majorité discute sérieusement. Quand je vois cette liberté d’expression, j’ai un espoir mais malheureusement, le Maroc est quand même un petit pays par rapport aux finances des pays du Golfe et leur main mise sur l’islam dans le monde.

Et pour la France, vous avez un espoir ?

Je crois que nous sommes malheureusement mal partis en France, il y a depuis longtemps un malentendu sur ce qu’est l’islam et sur ses véritables intentions. Sondage après sondage, on commence à comprendre qu’il y a une dissonance absolue entre ce que les musulmans pensent et ce que la majorité des journalistes nous a dépeints d’un islam soi-disant compatible avec la République. Petit à petit, on voit que nous sommes devenus un archipel, que les territoires perdus de la République sont devenus maintenant un lieu commun. On ouvre petit à petit des yeux sur des choses que l’on ne voulait pas voir au départ et se pose maintenant la question de savoir ce que l’on va faire. Est-ce que l’État va reprendre ses droits et faire vraiment la loi de l’État ou va-t-on continuer à se disloquer jusqu’à avoir du Liban sur place ? Macron n’aurait même plus besoin d’aller au Liban (rires).

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« Un pays qui se tient sage »: la violence policière en cliché


À sermon attendu de David Dufresne sur la violence policière (Un pays qui se tient sage) préférons un classique du film d’espionnage (Les Trois jours du Condor) et une comédie française (Adieu les cons)


 

Un pays qui se tient sage, de David Dufresne
En salles depuis le 30 septembre

 

Comme David Dufresne le dit très modestement : « Ceux qui s’intéressent à mon point de vue le connaissent : pas la peine de faire un film pour ça. » On peut pourtant parfaitement vivre sans connaître David Dufresne et vivre bien. Les « Allo @Place-Beauvau » durant le mouvement des Gilets jaunes, c’était lui, soit le signalement méticuleux et sous forme dramatisée de chaque « violence policière » et de ses effets. Dufresne se rêve manifestement en correspondant de guerre tendance Malraux, mais Macron n’étant pas Franco, il fait avec ce qu’il a. Ce qu’il a, c’est l’époque : réseaux sociaux et téléphones portables, tous délateurs, tous filmés, tous « cinéastes ». Le buzz d’abord, la pensée ensuite, s’il reste du temps. Après avoir écrit en 2012 un livre à décharge sur l’affaire de Tarnac (« un petit chef-d’œuvre », selon Mediapart), le journaliste fut candidat à Paris pour le « Parti pirate », lequel prône « la transparence numérique pour redonner du pouvoir aux citoyens » : le NGC (nouveau gauchisme chic) est comme on le voit d’une audace folle, Bill Gates and co peuvent trembler…

Avant de réaliser le documentaire dont il est ici question, David Dufresne, plus Malraux que jamais, publia évidemment un roman, Dernière sommation, autour de ces mêmes violences policières. Disons simplement que n’est pas romancier qui veut. Il est vrai que Caroline Fourest a réalisé un film de fiction, alors tout est permis, n’est-ce pas ?

Avec Un pays qui se tient sage, Dufresne aborde une forme qu’il connaît mieux, celle du documentaire soi-disant documenté. Il croit tellement aux images qu’il nourrit son film d’extraits de ces petites vidéos prises avec des téléphones et qui font désormais foi de tout et de rien, alpha et oméga de toute réflexion sur l’état du monde. Qui filme, où, quand, comment, pourquoi, qui ? Toutes ces questions n’ont aucun sens puisqu’il s’agit ici d’asséner et non de s’interroger. À telle enseigne que l’auteur est véritablement persuadé que montrer ces images sur grand écran leur donnera plus de force. Plus de flou et de grain, c’est certain. Plus de force, c’est littéralement à voir. À moins de considérer que Dufresne tire un but contre son camp : ce qui ressort de ces images grand format, c’est d’abord la peur et des uns et des autres. Oui, la peur, celle des policiers autant que celle des manifestants et comment pourrait-il en être autrement ? Ainsi est mise à mal la prétendue question existentielle que le film voudrait véhiculer sur la violence d’État et sa légitimité forcément contestable et au bout de laquelle il y aurait fort naturellement la dictature… Vieille rengaine qui fait semblant de croire que l’usage de la force publique est toujours la préfiguration d’un coup d’État policier. Mais alors que dire des CRS ou des gendarmes qui naguère encore délogeaient manu militari, sans excès de tendresse et à très juste titre légal et légitime, les manifestants anti-IVG et de ce fait hors-la-loi ? Quant à s’intéresser de près aux violences subies par les policiers, c’est le cadet des soucis de Dufresne, à l’exception d’une séquence qui sent son alibi à plein nez. Depuis le répugnant « CRS=SS », certains sont persuadés qu’une manifestation dans un pays démocratique est la rencontre fracassante d’anges vertueux et de hordes policières fascistes.

Pour corser un peu plus l’ensemble, Dufresne invente le documentaire-devinette. Jusqu’au générique de fin, tenez-vous bien, on ignore absolument le nom et la qualité de chacun des 24 intervenants qu’il a sollicités et qui se succèdent à l’écran dans des duos dès lors désincarnés et artificiels. L’important n’est pas qui parle, mais « d’où parles-tu camarade ? ». Et dans le dossier de presse, Dufresne de s’étonner, sans rire, qu’un policier syndicaliste puisse citer Pasolini à bon escient, ce qui est faire injure et à Pasolini et à ce témoin. Allo ? Place Beauvau ? C’est pour un flagrant délit de clichés en tout genre et sur grand écran !

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Les Trois jours du Condor (1975), de Sidney Pollack

Sortie le 30 septembre 2020

Comment ne pas se réjouir de la ressortie en salle de ce formidable film réalisé en 1975 par Sidney Pollack ? Adapté d’un roman intitulé Les Six Jours du Condor (oui, le temps est forcément plus court au cinéma qu’en littérature : le grand écran est le Jivaro du livre !), c’est un suspense digne d’Hitchcock où l’on finit par ne plus rien comprendre et c’est très bien ainsi. Le beau Redford est au centre de cette histoire invraisemblable, mais dans laquelle on a forcément envie de se perdre avec lui. Espions, CIA, massacre, pièges, poursuites, tout y est, sans oublier la presse américaine forcément vertueuse ! D’une efficacité redoutable, le film se déguste comme on tourne les pages d’un livre de Le Carré : avec frénésie et, en même temps, avec l’envie de ralentir devant la certitude qu’arrivera la fin, hélas. Il serait injuste de passer sous silence la présence au générique de Faye Dunaway et de Max von Sydow, autres atouts de charme d’un film qui les a tous ou presque.

© Studiocanal
© Studiocanal

LES-TROIS-JOURS-DU-CONDOR

Adieu les cons, d’Albert Dupontel

Sortie le 21 octobre

Depuis 9 mois ferme, en 2013, on sait qu’Albert Dupontel est capable de réussir une comédie digne de ce nom dans le paysage pourtant très contrasté du cinéma français en la matière. Son nouveau film joue avec bonheur dans la même catégorie. Cette fois, il incarne un cadre suicidaire rejeté par ses pairs, qui croise sur sa route une autre désenchantée d’un monde moderne forcément cruel. Comme à son habitude, Dupontel plonge ses héros (et donc lui-même) dans un réjouissant bain de catastrophes successives, rejoint qui plus est par un aveugle sans peur ni reproche. Bricoleur informatique de génie, son personnage parvient à transformer une tour sans âme en un vaste terrain de jeu pour grand gamin attardé en manque d’amour. Étrangement, la séquence finale du film, que l’on se gardera bien de raconter ici, rompt radicalement avec le ton employé jusque-là. Comme si Dupontel avait envie de sonner la fin de la récré et de son récit, mais peut-être plus profondément de son cinéma tel qu’on le connaît…

Jérôme Prébois / ADCB Films
Jérôme Prébois / ADCB Films
« Adieu les cons » d’Albert Dupontel Jérôme Prébois / ADCB Films
« Adieu les cons » d’Albert Dupontel Jérôme Prébois / ADCB Films

Saint Jean en Californie


Si la réalité dépasse parfois la fiction, c’est que la fiction précède souvent la réalité. La littérature prévoit l’avenir. Cette chronique le prouve.


Des incendies spectaculaires qui ont dévasté la côte ouest des États-Unis, il nous a été permis de voir des images aux couleurs orangées comme dans un mauvais rêve, étrangement belles, entre effroi et extase. Elles ne galvaudent pas, pour une fois, l’adjectif « apocalyptique » et renvoient de fait à l’Apocalypse de Jean, où le fléau majeur est le feu : « Et dans cette vision les chevaux me parurent ainsi : ceux qui étaient montés dessus avaient des cuirasses de couleur de feu, d’hyacinthe et de soufre ; les têtes des chevaux étaient comme des têtes de lions ; et de leur bouche il sortait du feu, de la fumée et du soufre. Par ces trois plaies, c’est-à-dire, par le feu, par la fumée et par le soufre, qui sortaient de leur bouche, la troisième partie des hommes fut tuée[tooltips content= »Cette traduction biblique, notre préférée parce qu’elle est belle comme du Racine, est du janséniste Lemaître de Sacy (« Bouquins », Robert Laffont). »](1)[/tooltips]. » L’explication de cette vision saisissante par l’agence de contrôle de la pollution de San Francisco est-elle plus rassurante ? « Ces particules de fumée dispersent la lumière bleue et ne permettent qu’aux rayons jaunes, orange et rouges d’atteindre la surface, ce qui donne cette couleur orangée au ciel. »

À moins que l’État de Washington, l’Oregon et la Californie aient été soumis à un autre feu biblique, celui de la Genèse, qui dévasta Sodome et Gomorrhe : « Alors le Seigneur fit descendre du ciel sur Sodome et sur Gomorrhe une pluie de soufre et de feu, et il perdit ces villes avec tous leurs habitants, tout le pays d’alentour avec ceux qui l’habitaient, et tout ce qui avait quelque verdeur sur la terre. » Certes, San Francisco, la Sodome américaine pour la droite chrétienne, n’a pas été détruite. Il y a eu néanmoins des villes rayées de la carte comme Berry Creek, 1 200 habitants parmi lesquels Misty Spire : « On aurait dit l’apocalypse, les flammes de l’enfer », comme si les seules images qui venaient à l’esprit devant un incendie monstre étaient celles de la Bible, récit fondateur par excellence, où tout a déjà eu lieu.

Par exemple, cette « verdeur » disparue, c’est ce qu’a découvert, dans l’état de Washington, le gouverneur Jay Inslee avec les 200 000 hectares de forêts détruits : « Ce n’est plus le Washington d’avant. Je penserai à ces incendies et à leurs impacts sur nos populations quand nous prendrons nos prochaines décisions pour battre le changement climatique. » Pas question pour Trump d’accepter une telle explication. Lui met l’accent sur la « mauvaise gestion forestière par les gouverneurs démocrates ». Même si l’argument peut s’entendre en partie, on pense, pour le coup, à l’Évangile de Matthieu : « Vous écouterez de vos oreilles, et vous n’entendrez point ; vous regarderez de vos yeux, et vous ne verrez point. »

Peut-être que la nuit le monde fait la trêve

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Douce nuit, sainte nuit
Tout s’endort, l’astre luit
Chant de Noël

Il y a peut-être un monde des vivants et un monde des morts, qui mourra verra.

Il y a en tout cas à coup sûr le monde du jour et le monde de la nuit. Dans cette séparation immémoriale, chacun trouve plus ou moins sa place : le jour pour les créatures actives (la lumière du jour : un appel au mouvement), la nuit pour les êtres lunaires (l’éclat nocturne : un appel à la contemplation), la nuit ayant toujours eu ce statut particulier d’être comme l’autre monde : passé une certaine heure, l’homme devient un curieux solitaire, son horizon se dépeuple, son rythme intime ralentit (il marche plus lentement, il pense plus précisément), sa vie s’enrobe d’un mystère.

La nuit aussi, quand « tout s’endort et que l’astre luit », des angoisses cachées dans le fond d’une grotte se réveillent subitement : les démons intérieurs nous rendent visite, le sommeil semble avoir barricadé sa porte, le marchand de sable a tracé sa route, alors il faut sortir marcher, s’aérer l’esprit, écouter les bruits de la ville ; on sent en soi un appel à l’exil.

A lire aussi: Élisabeth Lévy sur le couvre-feu: « On n’arrête pas l’économie, on arrête la vie! »

La rue la nuit est ainsi un pays de gens désœuvrés : insomniaques, rêveurs, amoureux, prostituées, promeneurs sans but, mendiants fatigués. Des inconnus qui se croisent sans se voir, s’approchent sans se parler, un simple geste de la tête suffit, ça cohabite dans un étrange mélange de défiance et de complicité silencieuse. Le monde de la nuit est un pays rassurant. « Peut-être que la nuit le monde fait la trêve » (Alain Bashung, Sur un trapèze).

Mais voyez, finie la sainte nuit, amis lunaires, finie la douceur sous les astres et les réverbères, fermé le pays de la flânerie, cancel le monde des rêveurs, au placard les insomniaques : dès samedi 21h, la journée ne durera plus que quinze heures ; le reste sera un grand trou noir interdit. Les patrouilles veilleront à ce qu’on ne s’y aventure plus, d’ailleurs.

Après le discours du président Macron, mercredi, je me suis empressé de téléphoner à mon amie Louise pour que nous dînions ensemble avant qu’il soit trop tard. Elle me confesse :

« Le couvre-feu, pour moi qui suis insomniaque, est un enfer. Plus de vie nocturne, plus de promenade, me voilà condamnée à vivre avec les gens du jour, à leur rythme, dans un monde blafard. Mon seul répit m’est confisqué, impossible de sortir après 21h sans passe-droit ? Cela veut dire en définitive : impossible de flâner en rêvant sans autorisation. C’est encore pire que le confinement d’avril : nous pouvions au moins sortir une heure faire du footing ou promener notre chien. Désormais, les seules dérogations qui seront données après 21h auront des raisons professionnelles. Comme si seuls l’économique et le professionnel pouvaient encore expliquer qu’on vive la nuit. Crois-moi, il y a beaucoup de victimes non-économiques, et beaucoup de dommages en dehors de la sphère du travail ! Ceux-là, on n’entend pas en parler, parce qu’on ne voit plus le monde des rêveurs. Pourquoi a-t-on tellement oublié qu’il y avait d’autres vies possibles ?… »

A lire ensuite: Covid-19: La fin des droits de l’Homme en leur nom?

Louise n’a pas tort, dans son genre : c’est tout un pays de l’ombre qui voit se perdre, sans autre forme de procès, sa raison d’être. Qui voudra entendre les habitants de ce pays, puisque leur plainte ne s’exprime pas en langue comptable ? Sommes-nous même capables encore de comprendre que le temps lent, perdu, la contemplation, la flânerie inutile, le silence et l’ombre de la nuit sont des richesses propres, précieusement vacantes, autant que celles qui palpitent dans les comptes de résultat ? Le monde est-il condamné à n’avoir plus jamais de trêve ?

Qui a tué Samuel Paty?

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Le 17 octobre 2020, rassemblement devant le collège du Bois d’Aulne à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), où Samuel Paty, assassiné vendredi, enseignait. © Michel Euler/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22503760_000025

 


Derrière le terroriste tchétchène Abdoulakh Anzorov, une armée d’inspirateurs et de complices…


Oh, bien sûr, on connaît le bras armé, celui qui a manié le couteau au nom d’Allah. On parle d’un Tchétchène de 18 ans. Que faisait-il en France ? Combien y en a-t-il d’autres comme lui, qui n’ont pas leur place ici, animés par la même idéologie ? Comme toujours on s’indignera, on s’offusquera, et il ne se passera rien. Au moins les forces de l’ordre ont-elles définitivement empêché celui-là de continuer à nuire.

On sait aussi la source du mal, cette ambition théocratique et totalitaire qui ronge l’islam depuis 14 siècles.

Mais il faut parler des autres coupables, inspirateurs et complices du crime. Complices volontaires ou involontaires, complices dont le degré d’implication, bien sûr, est variable, mais complices et coupables.

Coupable, l’immonde Brahim Chnina, dont Hala Oukili a dit tout ce qu’il fallait savoir. N’en déplaise à ceux qui préfèrent défendre les droits des criminels que ceux des victimes, sa peine doit servir d’exemple et de dissuasion, elle doit terrifier tous ceux qui seraient tentés de faire comme lui, et de jeter des innocents en pâture à la horde des barbares. Chaque jour qu’il passe en liberté est un crachat sur la tête décapitée de la victime.

Ces parents d’élèves dont on peut plaindre les enfants

Coupables, ces parents d’élèves qui ont hurlé avec lui parce qu’ils n’ont pas supporté qu’un professeur tente d’enseigner à leurs enfants que leur religion n’est pas au-dessus des lois. S’ils sont de nationalité étrangère, ils doivent être expulsés. Chaque jour qu’ils passent sur notre sol est un autre crachat sur la victime.

Coupable, la mosquée de Pantin qui a relayé la vidéo de Brahim Chnina. En tant qu’association, elle doit être dissoute. En tant que bâtiment, elle doit être rasée, ou mieux encore : abriter une exposition permanente de reproductions des caricatures du prophète de l’Islam. Chaque jour où elle continue à accueillir des prêches est encore un crachat.

A relire: Samuel Paty, récit de la chasse à l’homme d’un hussard noir

Coupable, cette hiérarchie de l’éducation nationale qui a été alertée, qui a été appelée au secours, et qui n’a pas fait ce qu’elle aurait dû faire. Coupables, ces syndicats ou ces collègues enseignants à la passivité criminelle. Coupables, ceux qui ont renseigné ceux qui voulaient s’en prendre à Samuel Paty. Chaque jour qu’ils passent avec le statut de fonctionnaire, de serviteur de l’État, est un crachat supplémentaire.

Coupables, ces idéologues et ces militants de la « lutte contre l’islamophobie », dont le seul but est de faire de la susceptibilité arrogante de l’islam une loi s’imposant à tous. Coupables, ceux qui sont « Charlie, mais… ». Coupable, ce CFCM dont le délégué général trouve que Mila « l’a bien cherché ». Coupable, cette université Al-Azhar qui déclare que la réédition des caricatures est « criminelle ». Coupables, ceux qui relayent leurs discours, ici et ailleurs. Coupables, ceux qui leur donnent une respectabilité, ceux qui les défendent, ceux qui osent encore affirmer qu’il ne faut pas heurter, qu’il ne faut pas vexer, qu’il ne faut pas blesser. Chaque micro qu’on leur tend est un crachat supplémentaire sur cette tête dont la blessure, elle, est réelle et sanglante, et nous montre qu’en France ce n’est pas « l’islamophobie » qui tue, mais la soi-disant « lutte contre l’islamophobie ».

Silence gêné, silence apeuré, silence complice ?

Coupable, la majorité silencieuse des musulmans de France, cette fameuse majorité silencieuse qui se retranche derrière le « padamalgam ». Au collège du Bois-d’Aulne, la « majorité silencieuse » a parlé : ce sont ces parents d’élèves et ces militants qui s’en sont pris à Samuel Paty. Ailleurs, c’est cette clameur qui s’est élevée parmi les responsables associatifs, les imams et leurs fidèles pour dénoncer les projets pourtant bien timides d’Emmanuel Macron pour lutter contre le « séparatisme », clameur qu’il faut comparer aux voix trop rares – courageuses mais si peu nombreuses – des musulmans qui disent #JeSuisCharlie, #JeSuisMila. Le silence des musulmans qui laissent faire est aussi un crachat.

A lire aussi, Erwan Seznec: Fatima Ouassak, dernier débat avant le fascisme

Coupable, aussi, la majorité silencieuse des Français qui ont su descendre dans la rue pour protester contre une limitation de vitesse et une hausse du prix de l’essence, mais qui ne réagissent pas lorsqu’une adolescente est menacée de viol et de mort parce qu’elle, au moins, a osé tenir tête à la susceptibilité délirante de tyrans en puissance. Qui ne réagissent pas lorsqu’on enseigne à leurs enfants qu’il faut renoncer à la vérité pour ne pas froisser les brutes. Qui à chaque attentat sont fiers de proclamer « vous n’aurez pas ma haine » et d’allumer des bougies. 

Coupables, ces élus qui depuis des décennies se payent de mots mais ne font rien d’efficace. Coupables, ces magistrats qui se rengorgent de grands principes en sacrifiant les victimes au nom de la défense scrupuleuse des droits des criminels. Coupables, ces juristes qui s’agrippent à la lettre de la loi parce qu’ils sont trop médiocres pour en servir l’esprit. Coupables, ces médias et ces faiseurs d’opinion qui jouissent de leur bonne conscience au mépris de la réalité. Leur hypocrisie et leur complaisance sont encore des crachats.

De nos jours seul l’islam pose de tels problèmes

Coupables, aussi, quelles que puissent être leurs bonnes intentions, ceux qui mettent dans le même sac toutes les religions, qui les unissent dans la même détestation ou au contraire dans la même indulgence, empêchant de voir qu’en France toutes les religions sont critiquées, insultées, caricaturées, mais que seul l’islam harcèle, menace et tue pour ça. Coupables, de même, ceux qui mettent toutes les identités sur le même plan, empêchant de distinguer entre les identités (et il y en a plusieurs) qui exaltent la liberté et la dignité humaine, et les identités (il y en a aussi plusieurs) qui piétinent la liberté et nient la dignité. Leur refus d’assumer que toutes les religions, toutes les cultures et toutes les identités ne se valent pas est un crachat sur un homme assassiné, parce qu’il avait justement tenté de transmettre le sens de la liberté patiemment mûri par une culture bien particulière, la nôtre.

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Coupables, ceux qui maintenant affirment leur solidarité avec tous les enseignants, en oubliant de distinguer entre ces professeurs admirables qui transmettent des merveilles à nos enfants, et les ignobles crapules qui laissent les fanatiques imposer leurs exigences à de jeunes esprits, voire soutiennent leur obscurantisme. Coupables, ceux qui veulent l’illusion réconfortante d’une unité factice plutôt que d’exiger le discernement, la justice et des sanctions implacables.

Coupables, ceux se donnent des airs de vertu en proclamant qu’ils sont Charlie et qu’ils sont horrifiés par cet énième attentat, mais se gardent bien de publier, partager, montrer à leur tour les dessins qui sont devenus le terrain sur lequel se livre l’une des batailles pour la liberté. Si, demain, tous ceux qui affirment défendre la France ou la République affichaient crânement ces caricatures à leurs fenêtres, sur leur lieu de travail, sur les réseaux sociaux, les islamistes auraient perdu.

Et coupables enfin, nous tous, coupables si aujourd’hui nous pleurons Samuel Paty, nous nous indignons, nous proclamons notre colère, mais que dans deux ou trois jours nous tournons la page, impatients de reprendre le cours normal de notre vie, impatients de faire comme si, après tout, la situation n’était pas si grave, impatients d’oublier que la barbarie tribale et l’islam théocratique totalitaire menacent notre peuple, notre patrie, notre civilisation.

Quand ils s’en sont pris aux blasphémateurs, je n’ai rien dit,
parce que je n’avais pas spécialement envie de blasphémer.
Quand ils s’en sont pris aux apostats, je n’ai rien dit,
parce que je n’avais pas besoin d’apostasier.
Quand ils s’en sont pris aux femmes ne portant pas le voile, je n’ai rien dit,
parce que ce n’était pas dans mon quartier.
Quand ils viendront s’en prendre à moi, restera-t-il quelqu’un pour me défendre ?

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Elisabeth Moreno compte diffuser la propagande LGBT à l’Education nationale

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La ministre des Sports Roxana Maracineanu et la Ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances (ouf!) Elisabeth Moreno inaugurent une fédération sportive réservée aux homosexuels à Paris, le 13 septembre 2020 © SIPA / Numéro de reportage : 00981107_000028

Dans le cadre du plan national pour l’Égalité des droits, contre la haine et les discriminations anti-LGBT+, un site internet consacré aux « LGBTphobies » sera destiné aux professeurs. Ce n’est pas tout: la ministre Elisabeth Moreno souhaite carrément la création d’un guide d’accueil des « élèves trans ». Si elle s’en défend, l’école devient un lieu de propagande de la théorie du genre…


Elisabeth Moreno occupe le poste à l’intitulé orwellien de Ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances. Elle a présenté dernièrement son plan national d’actions pour l’égalité des droits, contre la haine et les discriminations anti-LGBT+. 

A lire ensuite: Alice Coffin, la femme barbante

À la lecture de ce plan, constatons d’abord que la novlangue des combats progressistes à la sauce butlérienne est aujourd’hui largement utilisée par nos élites. Il y est question de « société nouvelle, plus humaine et plus inclusive », de « rendre visibles les personnes LGBT+ », de ne plus « discriminer en fonction de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre », de lutter contre les « stéréotypes de genre » et les LGBTphobies « ancrées dans notre pays » (sic), ou encore de « personnes intersexes », etc.

Gageons qu’à la lecture du plan national de Mme Moreno, M. Blanquer demandera prochainement que chaque classe désigne au moins un « représentant anti-haine LGBT » 

Scoop : les médecins et gynécologues français seraient réputés pour leur irrespect vis-à-vis des lesbiennes et des femmes bisexuelles. Il est donc préconisé « d’offrir une prise en charge médicale – et notamment gynécologique – adaptée et respectueuse des lesbiennes et des femmes bisexuelles. » Nous attendons avec impatience la plaquette pédagogique qui explicitera les différences gynécologiques fondamentales de prise en charge entre les femmes hétéro, bi, lesbiennes ou non-binaires.

La grande entreprise de rééducation nationale

Parmi les quatre axes comptant « 42 actions et plus de 150 mesures concrètes » du plan, il convient de s’attarder sur l’axe Éducation nationale. 

Apprendre à nos enfants à lire, écrire et compter n’est plus à l’ordre du jour de la rue de Grenelle depuis longtemps. Les « apprenants » doivent devenir des citoyens modèles dressés à saluer les dernières « avancées » genrées, écologistes ou antiracistes déclinées par des ministres vertueux et des professeurs de « sciences de l’éducation » certains d’indiquer le seul « sens de l’histoire » qui vaille, le leur. Après s’être ému du discours de Greta Thunberg, M. Blanquer décida que chaque classe devait compter au moins un « éco-délégué ». Gageons qu’à la lecture du plan national de Mme Moreno, il demandera prochainement que chaque classe désigne au moins un « représentant anti-haine LGBT ».

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Avant cela, les professeurs vont avoir à leur disposition un site internet « pour lutter contre l’homophobie et la transphobie », les documentalistes des livres jeunesse montrant « la diversité des orientations sexuelles, des identités de genre et des familles » (sic), et chaque académie un observatoire de la haine LGBT+. De plus, « un guide d’accueil des élèves et des étudiants trans par l’ensemble du personnel va être élaboré. » La totale !

La fin des “documents administratifs genrés”

En 2013, lors du débat à l’Assemblée nationale sur le mariage pour tous, Mme Taubira s’était moqué des députés qui pensaient que les documents administratifs verraient un jour disparaître les mentions de « père » et de « mère ». « Je vous laisse à vos fantasmes », avait-elle déclaré en riant et en dénonçant « une campagne de panique des pseudo-suppressions des mots de père et de mère dans le code civil ou le livret de famille. » Le fantasme est pourtant devenu réalité dans certaines mairies. A son tour, Mme Moreno ne tient pas à ce que perdurent dans les établissements scolaires des « documents administratifs genrés » qui sont « une blessure pour les parents et pour l’enfant qui voit l’identité de sa famille niée. » (sic)

Qu’il faille lutter contre les discriminations, qui en douterait ? Mais des élèves ayant une connaissance de l’Histoire de France ou travaillant sérieusement les grands textes littéraires, politiques ou philosophiques seraient les plus à même de contrecarrer la bêtise homophobe ou raciste qui, dans ce pays, n’a quand même pas l’ampleur dramatique que lui prêtent tous les redresseurs de torts institutionnalisés.

L’école, qui devrait donner à chaque futur citoyen la possibilité de développer, chacun à sa hauteur et selon ses capacités, une nécessaire réflexion sur ces sujets d’importance réclamant lectures, analyses et subtilités intellectuelles, est devenue le fourre-tout des injonctions pseudo-humanistes ; elle dit aujourd’hui ce qu’il faut penser ; elle fait gober à nos enfants les thèses pré-mâchées des progressismes à la mode sociétale sans jamais les discuter. 

L’école se fourvoie

Les slogans lénifiants ont remplacé le travail et l’étude. L’école est devenue le lieu de la propagande progressiste.

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Pour qui douterait du fourvoiement idéologique de l’Éducation nationale, je renvoie à l’excellent article de Corinne Berger dans le dernier numéro de Causeur (Fabrique du crétin, Mode d’emploi, page 38). Elle y montre, avec moult exemples, les choix idéologiques qui président à l’élaboration des manuels scolaires. Concernant le sujet qui nous concerne, le dernier manuel HLP de 1ère année (Histoire Littérature Philosophie) des éditions Hachette, dans un chapitre intitulé La hiérarchie des sexes en questions, cite un texte de 1963 de l’anthropologue américaine Margaret Mead (voir notre reproduction plus bas). Ce texte décrit trois tribus de Nouvelle-Guinée qui vivent différemment les relations hommes-femmes. C’est un texte descriptif, assez neutre, qui se conclut mollement sur la nécessité de ne pas voir appliquer systématiquement telle ou telle attitude à tel ou tel sexe. Bon. Là où cela devient intéressant, c’est lorsqu’on lit ce que les concepteurs de ce manuel appellent une « Question d’interprétation » : « Expliquez en quoi l’étude menée par Mead peut fonder la distinction contemporaine entre le sexe et le genre, en montrant comment cette étude pourrait être opposée à ceux qui la contestent. » Ceci n’est ni une question d’interprétation, ni une question tout court. Ceci est un tract politique qui dit ce qui est bien, et qui fournit des arguments pour une thèse prédéfinie. Ceci est de la propagande !

Benjamin Constant ou le goût du jeu

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Benjamin Constant (1767-1830). Gravure de la fin du XIXeme / début du XXeme siècle. © ABECASIS/SIPA Numéro de reportage: 00541600_000004.

Le billet du vaurien


Benjamin Constant a été un modèle pour moi. On a dit de lui qu’il était « le plus français de tous les Suisses ». On a dit la même chose de moi. Que je n’aie pas été à la hauteur de mon modèle, personne ne le contestera.

Il n’est pas donné à chacun d’écrire en trois semaines un chef-d’œuvre : Adolphe qui, comme Le portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde, imprégnera des générations de jeunes lecteurs et donnera à leur vie sentimentale un tour qui n’est plus de mise aujourd’hui. Paradoxalement, Adolphe est un roman auquel Benjamin Constant qui en est à la fois l’auteur et le modèle, n’attachait que peu d’importance.

Cela ne lui donne que plus de valeur à mes yeux.

La politesse d’Athènes et la simplicité de Sparte

Benjamin Constant naît le 25 octobre 1767 à Lausanne, petite ville encore campagnarde de sept mille habitants, dont Voltaire qui s’en était épris, écrivait : « On y parle français, mais on y pense à l’anglaise ». Et encore : « On y joint la politesse d’Athènes à la simplicité de Sparte. » Peut-on rêver plus beau compliment ? Je doute que Lausanne le mérite encore, mais il en reste des traces. L’identité d’un lieu ou d’un être ne s’efface pas si facilement.

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Il n’est pas donné à tout le monde d’être orphelin : ce fut le cas de Benjamin Constant. Sa mère meurt peu après sa naissance et son père, le colonel Juste de Constant, le confie à de bien étranges précepteurs, dont le mieux inspiré lui enseignera à cinq ans déjà le grec, qu’il lui a présenté comme un langage secret à apprendre « par jeu ». Jamais d’ailleurs on ne fera appel en vain à son goût du jeu. Benjamin Constant, toute sa vie durant, jouera que ce soit en politique, en amour ou à la roulette, où il perdra des sommes considérables.

Son père me rappelle le mien : bien que distant – je n’ai jamais embrassé le mien -, il est fier de son fils : il en attend beaucoup. Il est vrai qu’à dix ans déjà, le petit Benjamin compose des opuscules, joue du clavecin et passe sa vie chez les demoiselles. Il va dans le monde et le juge : « Ils ont tous l’air de ne pas s’aimer beaucoup. » Et à quinze ans, il arrive à la même conclusion que moi encore adolescent : « Énigme du monde, j’ai peur qu’elle tienne en deux mots : propagation pour les espèces et douleur pour les individus. »

Si peu de mal et tant de plaisir

Son père, comme le mien d’ailleurs, lui donne quelques conseils pour ses entreprises de séduction- et elles seront multiples à commencer par Madame de Staël. Benjamin Constant est pénétré par la maxime des libertins que son père lui a enseignée: « Cela leur fait si peu de mal et à nous tant de plaisir! » Il a retenu également pour principe qu’un jeune homme doit éviter avec soin de faire ce qu’on nommait alors une folie, c’est-à-dire se marier. Et surtout pas avec une personne qui ne soit pas parfaitement son égale par la fortune, la naissance et les avantages extérieurs.

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Il sait que les femmes, enjeu de la vanité masculine, ont une destinée des plus courtes : à vingt ans, elles peuvent encore donner pendant quelque temps du plaisir, mais qu’après trente ans, écrit Constant, « que leur sert leur liberté, sinon à offrir ce dont personne ne veut ? » Il sait également que toute passion est une mise à mort, l’expérience nous enseignant que celui qui se donne le plus va au-devant des déboires les plus fâcheux : ce n’est jamais impunément qu’on sacrifie son amour propre à l’amour. Tel sera le thème d’ Adolphe que Sainte-Beuve, autre Lausannois d’adoption, qualifiera de « petit livre fin de siècle qui porte la marque de l’intelligence la plus aigüe et du dessèchement. »

Avenue Benjamin Constant

Benjamin Constant, un cœur sec ? Ce serait oublier que lui qui avait écrit dans sa jeunesse qu’il aspirait à avoir « les avantages d’un homme vivant noblement, c’est-à-dire utile ni à lui, ni aux autres », se rapproche du peuple, dénonce la traite des Noirs, lutte contre les privilégiés de son temps et défend inlassablement la liberté de la presse et le droit au suicide. Son libéralisme n’est pas une façade : il jaillit de loin. De la persécution des catholiques contre ses ancêtres protestants, des Vaudois subissant le joug des barons de Berne, de l’exil imposé par Napoléon à Madame de Staël, ainsi que de son bref passage dans les prisons de la Révolution. Sans doute tenait-il plus à son pamphlet contre Napoléon qu’à Adolphe. Lorsque paraît De l’esprit de conquête et de l’usurpation, réquisitoire décisif et prémonitoire contre toutes les formes de despotisme, Stendhal écrit : « Il est paru un chef-d’œuvre qui coûte 3 F. et 10 sous », ajoutant : « Certaines pages sont meilleures que Montesquieu. »

Lorsque je remonte l’avenue Benjamin Constant à Lausanne, je songe que j’aurais pu choisir pire comme modèle.

Adolphe

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De l'esprit de conquête et de l'usurpation dans leurs rapports avec la civilisation européenne

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Samuel Paty, récit de la chasse à l’homme d’un hussard noir

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Les forces de l'ordre gardent le périmètre de sécurité autour du quartier où le terroriste a été abattu à Eragny (95), le 16 octobre 2020 © ABDULMONAM EASSA / AFP.

Si pour l’heure nous manquons d’informations complètes sur le terroriste islamiste à l’origine de l’attentat survenu devant le collège de Conflans-Sainte-Honorine, nous pouvons d’ores et déjà affirmer qu’il n’est pas le seul coupable de ce crime, car Samuel Paty a été la victime d’une campagne massive, mensongère et haineuse au nom de la lutte contre « l’islamophobie », cette même lutte qui vise à instaurer le délit de blasphème pour l’islam en France.


Ce vendredi, Samuel Paty, 47 ans, professeur d’histoire-géographie au collège du Bois-d’Aulne a été égorgé à Conflans-Sainte-Honorine. L’assaillant est un homme de 18 ans né à Moscou qui aurait hurlé « allah akbar » avant d’assassiner sa victime. Il a été abattu par la police quelques rues plus loin du lieu du crime, à Éragny-sur-Oise, un couteau à la main.

Comment cet enseignant s’est-il retrouvé dans le viseur des islamistes ? 

C’est sur les réseaux sociaux que le lynchage aurait commencé…

À travers une vidéo publiée sur Facebook, le père d’une élève de 4ème, Brahim C., appelle tous les parents des camarades de sa fille à se mobiliser contre un enseignant d’histoire-géographie qui aurait montré pendant son cours « la photo d’un homme tout nu » pour le désigner comme étant le « prophète des musulmans ».

« Quel est le message qu’il a voulu passer à ces enfants ? Quelle est la haine ? Pourquoi cette haine ? » se demande Brahim C.. Il explique que lors de l’un de ses cours, l’enseignant aurait demandé aux élèves musulmans de lever la main puis de quitter la salle de classe. Sa fille de 13 ans aurait refusé de sortir et a été choquée suite à la diffusion de la fameuse « photo ». Toujours dans la même vidéo, le père explique que sa fille aurait été sanctionnée, exclue du cours pendant deux jours, car elle avait refusé de quitter la salle de classe à la demande du professeur.

A lire aussi, l’édito d’Elisabeth Lévy: Charlie Hebdo, combien de divisions?

« Si vous pensez comme moi que l’on doit dire STOP, ne touchez pas à nos enfants, envoyez-moi un Smessage au 06 XX XX XX XX », c’est la conclusion que le père adresse aux parents d’élèves des 4ème du collège… Il fait vœu d’une action collective contre ce professeur qu’il qualifie de « voyou qui doit aller s’éduquer lui même », un homme visiblement nuisible pour les élèves et qu’il soupçonne, toujours selon ses dires, d’agir de « cette façon » à l’école depuis des années.

Dans une autre vidéo, la fille de Brahim C. et élève de la victime prend la parole à son tour. Elle y relate sa version de l’incident qui l’a opposée à son enseignant. Avant qu’elle ne puisse s’exprimer, l’homme qui tient la caméra, Abdelhakim Sefrioui, un islamiste qui sévit sur le territoire français depuis les années 80, connu pour son soutien au Hamas et membre du Conseil des imams de France, déclare que « L’abject a encore eu lieu. Nous avons assisté cette semaine à la réponse d’un voyou, qui est enseignant, à cet appel du président de la République qui est un appel à haïr les musulmans, à combattre les musulmans, à stigmatiser les musulmans ». Interrogée par Sefrioui, la version de Zaina est légèrement différente de celle de son père:

« On était en train de faire un cours sur l’islam et le prof a dit aux musulmans de lever la main (…) et qu’il va montrer une image qui va peut-être choquer, que si on voulait, on pouvait sortir du cours » raconte-t-elle. La jeune fille ajoute que l’image en question était celle du « prophète Mahomet sans vêtements et que le professeur l’avait montrée comme ça ». Elle exprime son choc et insiste sur le fait que « même les élèves non-musulmans » avaient été à leur tour choqués à la vue de l’image. « Ils ne nous respectent pas, pour eux nous ne sommes pas leurs égaux alors que nous sommes des humains comme eux » dit-elle, indignée.

L’enseignant aurait fait savoir à cette élève qu’elle dérangeait son cours et l’aurait exclue parce qu’elle aurait « exprimé » son ressenti, qu’elle était offensée. « Pourquoi s’en prend-il à notre religion ? Je ne vais plus aller à son cours », témoigne cette élève qui considère que ces images n’avaient pas leur place dans un cours d’histoire-géographie, que l’intention du professeur était de cibler l’islam dans le but de « rabaisser les élèves musulmans » de sa classe.

Campagne diffamatoire 

Le professeur aurait donc laissé le choix à ses élèves et pris en compte leur sensibilité avant de procéder à la diffusion des images. Il avait anticipé l’émoi que cela aurait pu provoquer chez certains de ces élèves musulmans. Il n’a donc pas juste exclu des élèves de son cours en raison de leur confession.

Ce n’est pourtant pas ce que Brahim C. a diffusé à ses abonnés sur Facebook ni aux parents d’élèves. Il a multiplié les publications à charge contre Samuel P. osant même condamner l’enseignant pour délit de participation « à la marche de Charlie » ! « Vous aimez votre prophète » lance-t-il à ses abonnés, « Vous avez l’adresse et nom du professeur pour dire STOP »… « Soyons fiers de notre religion et de notre prophète » écrit-il dans un autre post avant d’inciter une nouvelle fois à « faire le minimum », à savoir, envoyer « un courrier au collège ou au CCIF [le controversé Collectif contre l’islamophobie en France NDLR] ou à l’inspection académique ou au ministre de l’Éducation ou au Président ».

« Il faut virer ce professeur d’histoire du collège ! ». Dans sa vidéo, le père, Brahim C., regrette de l’avoir d’abord décrit comme étant un « professeur », il préfère l’appeler le « voyou d’histoire ».

Tout au long de sa campagne de haine contre Samuel P., il omettra de dire à son audience que c’était dans le cadre d’un cours d’éducation civique dédié à la liberté expression que des caricatures ont été montrées aux élèves. Il n’est même pas fait mention de dessins d’ailleurs, mais « de la photo d’un homme tout nu » qui aurait été désigné comme étant « le prophète des musulmans » par l’enseignant…

Le récit laisse ainsi penser à un enseignant haineux qui voulait humilier des élèves en raison de leur foi et qui les a sanctionnés lorsqu’ils ont refusé de se laisser faire. Un enseignant qui pratique la discrimination et ne délivre pas le même enseignement à ses élèves selon qu’ils soient musulmans ou non. Un enseignant qui diffuse la photo d’un homme nu à des adolescents. Jamais il n’est question d’un enseignant qui montre à ses élèves les caricatures de Mahomet pour lesquelles des journalistes ont été tués par des terroristes islamistes. 

C’est une cabale qui est lancée contre Samuel P. Elle aurait commencé le 5 octobre 2020. Une vidéo après l’autre, un statut Facebook après l’autre, un tweet après l’autre, il aura suffi de onze jours pour que la cible soit dessinée sur son dos.

Plusieurs personnes ont relayé les vidéos de Brahim C et ses messages sur les réseaux sociaux, certains ont d’ailleurs déjà supprimé leur compte depuis l’attentat. Sous le hashtag #Prof_islamophobe, on pouvait retrouver des tweets de musulmans expliquant qu’ils avaient échangé avec le père et qu’il fallait soutenir ce dernier.

Messages sur Twitter (1/3)
Messages sur Twitter (1/3)
Messages sur Twitter (2/3)
Messages sur Twitter (2/3)
Messages sur Twitter (3/3)
Messages sur Twitter (3/3)
Message sur Facebook
Message sur Facebook

De même, la mosquée de Pantin, connue pour ses positions hostiles vis-à-vis de Charlie Hebdo, a relayé le récit mensonger de Brahim C. au sujet de l’enseignant Samuel P..

La mosquée de Pantin a relayé l'appel sur Facebook.
La mosquée de Pantin a relayé l’appel sur Facebook.

Le site d’information islamique Alnas.fr, a fait « disparaître » juste après l’annonce de l’attentat, un article à charge contre l’enseignant titré « France : un professeur d’histoire expulse les musulmans de sa classe pour montrer les caricatures ». L’article a été remplacé par un autre sous la même URL avec ce nouveau titre : « Yvelines : un homme décapité en pleine rue, il s’agit du professeur qui avait montré les caricatures du Prophète ».

L'article d'Alnas avant qu'il ne soit modifié.
L’article d’Alnas avant qu’il ne soit modifié.
Le même article modifié après l'attentat.
Le même article modifié après l’attentat.

Jihad judiciaire 

Bien qu’il se soit tourné vers le rectorat et qu’il ait saisi la justice pour diffamation, pendant une dizaine de jours, plusieurs actions relevant du « jihad judiciaire » et de l’intimidation auraient été lancées à l’encontre de l’enseignant Samuel P.: saisine de l’inspection académique de Versailles et dépôt de plainte auprès de la police pour « discrimination », prise de contact avec le CCIF et des associations de parents d’élèves. Tant d’acharnement uniquement parce qu’il a fait son devoir, celui d’un hussard noir du 21ème siècle conscient des menaces qui pèsent sur son pays engagé dans la lutte contre l’islamisme, pour la laïcité et pour la liberté d’expression.

A lire aussi, Aurélien Marq: En France, on peut choisir de croire (ou pas)

Si le CCIF, qui se vante d’être à la pointe du conseil juridique, avait été réellement été saisi, comment Brahim C. pouvait encore ignorer que la diffusion des caricatures de Charlie Hebdo dans une classe et à l’occasion d’un cours d’éducation civique était un droit fondamental et faisait partie des prérogatives d’un enseignant de la République ? Comment pouvait-il ignorer qu’inciter à lyncher un enseignant sur les réseaux sociaux, à l’appeler et à lui écrire à son domicile ou à son lieu de travail relevait du harcèlement moral, un délit puni par la loi ? 

Le terroriste islamiste n’est pas le seul coupable…

Plus globalement, quelle est la responsabilité des militants anti-islamophobie quand ils diabolisent des professeurs qui finissent égorgés dans la rue pour avoir fait leur devoir ? Quelle est la responsabilité de ces mêmes militants quand des élèves, des journalistes, des policiers sont diabolisés et finissent tués ou encore sous protection policière au nom de l’islam ?

Cette diabolisation menée par des fausses victimes ou en leurs noms a toujours pour point de départ un discours victimaire. Ce même discours que l’on entend dans la bouche de cette élève de 4ème, une jeune Française de 13 ans, c’est aussi celui que l’on entend et qu’on lit chaque jour dans la presse de gauche française, que des “sot-ciologues” répètent à longueur de journée dans les amphithéâtres des universités, sur les plateaux des télévisions, dans les QG des associations, dans les vidéos des médias du service public ou encore qatari et saoudien. Ces discours, les jeunes et moins jeunes les lisent, les partagent, les commentent chaque jour sur les réseaux sociaux, et ils sont toujours portés par des comptes certifiés de journalistes, éditorialistes, de professeurs, de politiques, d’élus, de militants de gauche, de prédicateurs islamistes, d’imams bobos, de militants indigénistes et d’islamo-activistes… Tous sont des séparatistes. Ceux-là même qui hurlent au « pas d’amalgame » tout en assimilant les musulmans aux islamistes, et la critique ou la moquerie de l’islam à la haine des musulmans. Quelle est la responsabilité des chantres de l’islamophobie quand ils provoquent un syndrome de persécution chez ceux qui sont prêts à traquer, harceler, menacer ou tuer au nom de la lutte contre leur délit imaginaire ?

Il a suffi d’un peu plus d’une semaine pour qu’un enseignant sans histoire d’un petit collège de banlieue apparaisse sur le tableau de chasse des islamistes. Rien ne lui aura été épargné : harcèlement, diffamation, incitation à la haine, diffusion de ses coordonnées pour finir gisant sur le sol, décapité, non loin du collège où il enseignait avec courage et honneur les valeurs républicaines et la France de Charlie. Combien d’autres suivront son chemin dans l’indifférence des rectorats, des élus, des préfets ? Combien d’autres comme lui suivront le même chemin et seront jetés en pâture aux fous d’Allah sur les réseaux sociaux, terrains dominés par la gauche complice des islamistes ? Combien d’autres le sont en ce moment même ?

De la guerre et des moyens de la gagner

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L'enseignant et essayiste Jean-Paul Brighelli © BALTEL/SIPA

On ne peut pas être « en même temps » à l’extérieur et à l’intérieur des métaphores. « C’est une guerre », a dit Emmanuel Macron à propos du coronavirus il y a quelques mois — et il a pris, quoi qu’on en pense, des décisions de guerre : restrictions à la liberté de circulation, ausweis, accoutrement de combat, couvre-feu. Ce n’étaient pas des décisions anodines. Ce fut son choix.

« C’est une guerre », dit-il encore du terrorisme islamique. En quoi il a raison, mais il faut là encore s’en donner les moyens. Des milliers de terroristes dangereux se sont infiltrés dans le pays. Il faut les repérer par tous les moyens, et s’en débarrasser, en les renvoyant là d’où ils viennent. Quelles que soient les conséquences potentielles. Des Tchétchènes posent des problèmes ? Renvoyons-les chez Poutine. Des Syriens sont dangereux ? Remettons-les à Assad. Des Afghans sont fanatisés ? Ils se feront moins remarquer à Kaboul. Et s’il existe des Ouïgours menaçants, Xi Jinping sait quoi en faire.
Et ceux qui sont Français ? Il y a des policiers, il y a des juges, il y a des prisons. Oui, mais le droit des gens…
Si nous sommes en guerre, il faut suspendre le droit. On ne peut pas être dedans et dehors. Demandez-vous comment l’armée française a gagné la bataille d’Alger. Et en très peu de temps — parce que frapper ne se fait pas avec des gants, ni au compte-gouttes.

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Un parent d’élève s’est répandu sur la Toile en propos haineux qui étaient potentiellement des appels au meurtre — tout en se référant au CCIF, le Collectif Contre l’Islamophobie en France. Est-ce cette organisation qui lui paie l’avocat qui l’épaule nécessairement, à présent que le voici en garde à vue ? Sinon, qui ?

Quant aux responsabilités dans la mort de Samuel Paty…

J’aimerais déjà être sûr que certains, sur la foi de son prénom biblique, ne l’ont pas identifié comme juif — et je me fiche de savoir s’il l’était, je ne classe pas les gens en fonction de leur religion, moi. Tout ce que je sais, c’est qu’il était un enseignant d’expérience qui faisait bien son métier, et qui — l’information est absolument sûre — a été épaulé par la haute administration du Rectorat dès qu’a circulé la rumeur d’une plainte déposée contre lui par ce père de famille si chatouilleux. Samuel Paty suivait à la lettre le programme d’Éducation Morale et Civique.

Les responsabilités sont multiples et c’est aux enquêteurs de les démêler. Et même si l’on peut estimer que le chef d’établissement a ménagé la chèvre pédagogique et le chou parental, j’aimerais savoir si, conformément à ce qu’affirment diverses sources, certains de ses collègues se sont ligués contre lui — et auraient indiqué son adresse et ses heures de cours.
La police a tout intérêt à enquêter le plus vite possible. À saisir les portables et les ordinateurs de toutes les personnes impliquées de près ou de loin dans ce crime. À les faire parler au plus tôt. Entre le président des parents d’élèves, d’une redoutable ambiguïté, et tel syndicat qui localement a pu ne pas se solidariser immédiatement avec notre malheureux collègue, le spectre est large.

J’espère — j’espère vraiment — qu’aucun enseignant n’a prêté son concours, même indirect, même involontaire, à cette boucherie. Dire « on ne pouvait savoir » n’est en rien une excuse, parce que depuis quelques années, nous savons, et nous devons prévoir. Et nous savons aussi que bien des pseudo-intellectuels, sous couvert de combat contre le racisme, ont fomenté dans ce pays une ambiance bien peu sereine. Eux aussi portent une bonne part de responsabilité.

A lire aussi: Mila: qui n’a dit mot consent

Allons plus haut. Les Territoires perdus de la République, c’était il y a vingt ans. Le rapport Obin remonte au passage de Fillon au ministère de l’Education — un rapport enterré que quelques enseignants motivés, dont j’étais, ont publié en 2006. 2006 ! Une autre ère. Combien d’alertes ont été sonnées — en vain ? Combien de Cassandres ont prévenu — en vain ? Combien de rapports ont été élaborés — pour des prunes ? Le dernier a été remis à Blanquer cette semaine. Le ministre, qui a marqué son intention de ne rien laisser passer, sera impuissant s’il n’a pas l’appareil d’État avec lui. Tenez, faisons-lui une suggestion, affichons les caricatures de Mahomet dans tous les établissements scolaires, affichons-les partout dans les rues. Si le ministre appuie la liberté de blâmer, alors je pourrai sans flagorner en faire un éloge flatteur.

Allons, autant s’y risquer nous-mêmes…

Dessin de Luz dans "Charlie Hebdo"
Dessin de Luz dans « Charlie Hebdo »

Enfin, soyons cyniques. Emmanuel Macron, qui n’est pas au mieux — ni son Premier ministre — dans l’opinion publique, et son parti encore plus bas, regagnerait la confiance de ses concitoyens s’il choisissait enfin de désambiguïser son discours et d’opter pour la guerre — puisqu’aussi bien elle a été déclarée de l’autre côté. La guerre qui est la continuation de la politique par d’autres moyens. « En même temps » fut le slogan de sa première campagne. « Écrasons l’infâme », comme disait Voltaire, pourrait être celui de sa seconde victoire.

Bien sûr que je ne mets pas…

>>> Lire la fin de l’article sur Bonnet d’âne, le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

Décapité pour avoir montré un dessin

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Le président Macron s'est exprimé hier soir devant les journalistes à Conflans-Sainte-Honorine (78) © Abdulmonam Eassa/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22503642_000005

 


Le professeur d’histoire de Conflans-Sainte-Honorine est absolument innocent. La militante laïque Céline Pina revient sur l’attentat survenu hier. Et esquisse des pistes d’actions crédibles que le gouvernement devrait mettre en oeuvre, pour que les paroles de sévérité présidentielles ne soient pas une énième indignation hypocrite.


 

Il était professeur. D’histoire. Sa tête a été retrouvée, non loin du collège où il enseignait, posée sur l’asphalte. Décapitée. Dans une mise en scène barbare digne de Daesh, l’auteur, un jeune Tchétchène de 18 ans a diffusé cette photo sur les réseaux sociaux avec un commentaire explicite : « J’ai exécuté un de ces chiens de l’enfer qui a osé rabaisser Muhammad. » L’admonestation est adressée au chef des infidèles, Emmanuel Macron et est revendiquée au nom d’Allah, le tout miséricordieux.

Montrer ces dessins en classe est pertinent

Quel crime avait donc pu commettre ce professeur pour avoir une fin aussi atroce ? Aucun. Il a été tué par pure idéologie. Lui est absolument innocent. En effet, montrer des caricatures de Charlie dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression, pour l’illustrer, est plus que pertinent, c’est primordial et indispensable. Ce devrait être une obligation que de faire le tour des établissements scolaires pour expliquer cette affaire et en faire un support pour illustrer à quel point cette liberté est une des bases de notre civilisation. Après un tel meurtre gratuit, comment supporter la cohorte des « oui, mais… », des « il l’avait un peu cherché » repris comme à chaque attentat, alors que s’alignent nos morts et que les islamistes en ajoutent à la liste tellement régulièrement que l’on a le sentiment qu’ils ont la maîtrise du calendrier. Comment supporter les protestations hypocrites de tous ceux qui ont laissé menacer de viol, de meurtre et d’égorgement la jeune Mila, déjà cible de la même violence et de la même idéologie ?

[Les familles musulmanes] sont dans une logique où le blasphème doit être puni, elles ne contestent que le caractère excessif de la sanction choisie

Aujourd’hui, tous ceux qui ont défendu sur notre sol la violence islamiste au nom de la protection des musulmans sont comptables de ce qui vient de se passer. Les islamistes ne se déchainent que parce qu’une partie de notre élite est à genoux et refuse de regarder en face certaines évidences : notre société n’est plus unie, un contre-modèle existe et grandit et notre pacte social a été rompu : aujourd’hui on peut être tué en sortant du travail parce qu’une communauté particulière veut imposer ses mœurs et sa charia.

A lire aussi, du même auteur: Mila: qui n’a dit mot consent

Soyons lucide. Cinq ans après les exécutions politiques de Charlie, oser défendre la liberté d’expression peut, en France, vous valoir la mort. Bien sûr de tels actes sont condamnés par le pouvoir, mais sont-ils combattus réellement ? Déjà il est dangereux d’oser dire et écrire que le problème n’est pas la religion en général. Cela vous vaut d’être ramené au traditionnel « faire le jeu de l’extrême-droite ». À croire que c’est le réel qui fait « le jeu de l’extrême-droite » finalement. Mais dans les faits, vous pouvez user de votre liberté d’expression envers les chrétiens, les juifs, vous moquer du pouvoir, contester le président et le dessiner dans toutes les positions, vous ne risquerez rien. Ce qui peut vous valoir condamnation à mort c’est de critiquer tout ce qui touche de près ou de loin à l’islam. Voilà notre réalité : le blasphème et son corollaire, la peine de mort sont en train d’être rétablis en France par la rue et contre la loi, au nom d’une religion particulière, par des leaders islamistes certes radicalisés mais qui ont de l’influence sur leur communauté, laquelle les suit dans leur rhétorique violente et victimaire.

Plenel, Mélenchon et la prétendue “guerre aux musulmans”

Un exemple nous a été récemment fourni de cette influence et de ses effets délétères, comme de cette rhétorique qui accuse la France de faire la guerre aux musulmans et qui envahit les réseaux sociaux. Ce fantasme de « guerre aux musulmans » est repris comme un mantra par toute une partie des jeunes, elle les exonère de tout effort : l’échec c’est la faute de l’autre qui est forcément raciste et justifie toutes les violences induites par leur frustration. Ce discours est un des premiers pas vers la radicalisation car c’est au nom de persécutions fantasmées ou d’une vision de l’histoire tronquée, que les islamistes sèment la haine et déclenchent les passages à l’acte. Ici la victimisation est en fait une justification de la violence par déshumanisation de l’autre. Il s’agit ici de mettre fin au règne des bourreaux. À la fin de ce conditionnement, un prof de banlieue peut prendre la figure d’un monstre à terrasser dans la tête d’un jeune fanatique.

A lire ensuite: Les musulmans et Charlie Hebdo? Comme-vous-et-moi!

Ce crime n’est pas arrivé par hasard. Il a été porté sur les fonts baptismaux de la conceptualisation par des officines que nous connaissons tous et qui se sont dernièrement affichées en soutien du salafiste dirigeant de Barakacity, Idriss Sihamedi. Il fallait voir celui-ci à peine sorti de garde à vue menacer sur les réseaux sociaux, le ministre, la police, parler de guerre aux musulmans et faire diffuser cette idée d’une guerre en cours à tous les excités de la fachosphère islamiste : les Tariq Ramadan, Marwan Muhammad, Houria Bouteldja, Sihame Assbague, Taha Bouhafs… ils reprennent tous l’expression de guerre contre les musulmans et laissent les esprits s’échauffer et l’appel à la vengeance monter. Les islamistes sont à ce point décomplexés qu’ils osent tout, certains que leurs alliés d’extrême-gauche ou de gauche, qu’ils soient politiques ou journalistes, garderont les paupières bien cousues, relaieront leurs tentatives de victimisation, alimenteront les « oui mais », expliqueront qu’il ne faut pas faire d’amalgames ou que l’ensauvagement en France est une vue de l’esprit. La désinhibition et le sentiment d’impunité atteignent de tels niveaux qu’en plein procès Charlie, un des accusés s’est permis de menacer une enquêtrice, au cœur du tribunal. Tranquille.

Multiplication des passages à l’acte

Résultat de ce mépris pour notre capacité collective à réagir et à défendre notre civilisation : les attentats se multiplient, les policiers sont pris pour cible et paraissent débordés, les appels à la haine des kouffars ne connaissent plus de limites et les passages à l’acte se multiplient. Les parents d’élèves qui ont alimenté la haine contre ce professeur par obscurantisme et par soumission, l’homme qui a fait la vidéo qui tourne sur les réseaux sociaux et qui appelle à une sorte d’expédition punitive ne sont pas des islamistes, en tout cas ils n’en ont pas tous les codes, mais ils montrent que la bataille est en train d’être gagnée par les fanatiques. Et ils mériteraient d’être traités avec la sévérité que leurs agissements méritent. Ils ne sont pas pour rien dans ce meurtre et ont excité la haine par pure bêtise. Cela ne mérite ni indulgence ni compréhension car ils ont semé les graines du drame. Ils sont en partie responsables de ce qui s’est passé et méritent de se l’entendre dire. 

En attendant, à force de traiter d’« islamophobes », ceux qui ont essayé de tracer une frontière entre musulmans et islamistes et de présenter les islamistes comme des purs, de simples amoureux de leur religion, de bons musulmans en quelque sorte, les Plenel, Mélenchon et compagnie ont servi l’emprise de l’islam politique. Laissons donc aux islamo-gauchistes et à leurs suppôts qui se sont couchés depuis longtemps devant ces fanatiques l’excuse sociologique. « Ils sont pauvres, ils sont exclus, ils sont rejetés, etc. etc. » La démocratie est toujours fragile et les islamistes l’ont compris. Ils savent exploiter les failles de notre système. Les plus malins arrivent même à se faire élire sur des listes municipales, les plus crétins montent au front en tuant. Ce professeur a été victime bien sûr du terrorisme islamiste mais il est aussi victime de la médiocrité et du manque de vertèbre des gouvernements qui se succèdent depuis quelques trente ans. 

La France paie cher ses renoncements successifs

Aujourd’hui, concrètement au fur et à mesure que les gouvernements promettent des « réactions à la hauteur », ce sont plutôt les renoncements qui s’accumulent : le voile est autorisé pour les accompagnatrices scolaires, on a renoncé à scolariser les enfants juifs dans les établissements publics là où l’islamisme fait la loi, on a renoncé à enseigner la Shoah dans certains collèges, bref en général on se couche devant n’importe quelle absurdités ou demande inacceptable pour peu qu’elle soit présentée au nom du « respect de l’islam ». Autre point : tous les élèves musulmans ne vivent pas dans des familles radicalisées, mais la logique des islamistes est rarement contestée pour autant par ces familles. Elles ont du mal à condamner purement et simplement les faits. Elles sont dans une logique où le blasphème doit être puni, elles n’en contestent que le caractère excessif de la sanction choisie. C’est aussi un problème qu’il faudra aborder. En attendant, aujourd’hui, la vraie question est simple : Va-t-il être encore possible d’enseigner l’histoire, la biologie et tout ce qui dérange les représentations des musulmans sans courir le risque d’être rappelé à l’ordre par les islamistes ? Lesquels sont plutôt efficaces en matière de sanction. 

A lire aussi, Céline Pina: La fin du déni

Il y a aujourd’hui besoin d’une réaction à la hauteur tant cette affaire fait peur. Déjà symbolique : si j’étais au gouvernement j’afficherai dans tous les établissements scolaires, toutes les institutions, je prendrai des publicités dans les journaux, dans le métro, sur les bus. Je paierai des 4×3 et je créerai une affiche reprenant les caricatures de Charlie et revendiquant cet affichage au nom de la liberté d’expression et pour rendre hommage à ce professeur martyr. J’inonderai la France de ces affiches. Le message serait fort et la reconquête physique de notre espace serait ainsi symboliquement marquée. Nous en avons besoin en tant que peuple.

Le président Emmanuel Macron aux Mureaux le 2 octobre 2020 © Ludovic Marin/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22499019_000005
Le président Emmanuel Macron aux Mureaux le 2 octobre 2020 © Ludovic Marin/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22499019_000005

Il y a peu, peinant à trouver des accents churchilliens mais s’y essayant quand-même, notre président de la République nous a expliqué que nous étions en guerre. Guerre sanitaire contre un virus. Mais un virus n’est pas belliqueux, il n’a pas d’intention, il doit être combattu mais n’appelle pas à la guerre. En revanche, ce que l’on subit sur notre sol est une véritable déclaration de guerre. Par un ennemi qui doit être nommé. Nous sommes attaqués pour ce que nous sommes, sur nos fondamentaux. Enseigner notre histoire devient une prise de risque inconsidérée. Oui monsieur le président « nous sommes en guerre », mais l’ennemi s’appelle l’islamisme. Et en guerre, on se dote des armes nécessaires pour agir : utiliser l’armée n’est plus inenvisageable. Le degré de violence symbolique atteint le justifie, mais il y a d’autres armes à réactiver : déchéance de nationalité, indignité civile, poursuites judiciaires, expulsions, contrôle des mosquées, dissolution des associations, surveillance et action facilitée. On ne s’en sortira pas avec trois coups de mentons, dix tweets, des empilements de « monstrueux », « ignoble », « horrible » dans les discours, pour qu’une semaine après le dossier soit classé et que le gouvernement passe à autre chose. Par exemple à la mise en place d’une taxe halal permettant de distinguer les deux peuples en train de se constituer sur notre sol, une taxe qui permet aux islamistes d’imposer ses marqueurs : voile, alimentation séparée, interdiction des mariages mixtes, refus de notre sociabilité, le tout pouvant être exprimé dans sa manière de s’habiller, de se nourrir, dans les normes que l’on respecte et celles que l’on refuse d’accepter. Par exemple en accélérant la construction d’un islam de France via l’AMIF d’Hakim El Kharoui, alors que cette association est déjà infiltrée par nombre d’islamistes (AOC frères musulmans). Une occasion en or de gagner en parts de marché communautaires et en pouvoir de nuisance et de déstabilisation.

Le président veut être crédible ? Qu’il arrête déjà cette sinistre comédie qui fait que nous installons nous-mêmes dans notre propre paysage institutionnel ceux qui rêvent de nous réduire au silence. Sans cela, les rodomontades d’Emmanuel Macron ne seront que des coups de communication en attendant la prochaine exécution, individuelle ou de masse. Et les larmes versées sur la tête atrocement mutilée du professeur d’histoire n’auront été que la énième manifestation d’hypocrisie de nos gouvernants.

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« S’il ne trouve pas en face de lui des gens assez fermes, l’islam n’a aucune raison de cesser d’avancer »

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Pascal Hilout

Apostat de l’islam et cofondateur du magazine Riposte laïque, Pascal Hilout n’est pas réputé pour faire dans les mielleries. Entretien sans langue de bois.


Alexis Brunet. Bonjour Pascal Hilout, vous avez participé à la fondation du magazine en ligne Riposte laïque. Vous vous y présentez comme « apostat de l’islam né Mohamed ». Pouvez-vous en dire plus à nos lecteurs ?

Pascal Hilout. Je suis né au Maroc de parents musulmans. Dès le lycée, j’ai compris que l’islam avait un vrai problème avec la moitié de sa population : les femmes. J’ai compris alors que si on ne  changeait pas la condition de la femme, ce n’était absolument pas la peine de vouloir changer quoi que ce soit dans les pays musulmans. C’est à ce moment-là que je suis devenu un féministe convaincu. Je suis arrivé en France en 1983 du Maroc. Quand j’ai demandé la nationalité française, j’ai demandé la francisation de mon prénom. « Hilout » est mon nom de famille d’origine. J’ai choisi « Pascal » parce que j’aimais beaucoup la sonorité. La francisation du prénom, c’est une bonne indication qu’on adopte la France non seulement par la nationalité mais aussi par ses traditions, sa culture, et qu’on adhère à son histoire.

A lire aussi: Le prénom, une certaine idée de la France

En mars 2012, la Ligue des Droits de l’homme vous a fait condamner pour provocation à la haine envers les musulmans après que vous avez écrit dans Riposte laïque que « l’islam n’est pas une religion mais un projet politico-religieux totalitaire et qui ne sait exister que par la conquête ». Avez-vous eu d’autres démêlés avec la justice depuis ?

Non pas du tout et je maintiens. L’islam est une religion conquérante, toute son histoire est émaillée par la conquête, en tous cas jusqu’à maintenant.

Il y a depuis longtemps un malentendu sur ce qu’est l’islam et sur ses véritables intentions

Il semble aussi que vous ayez été attaqué en justice à cette occasion parce que vous avez comparé les prières de rue dans Paris à une occupation…

C’est vrai. Les femmes n’occupaient pas le terrain, elles n’avaient pas cette possibilité de prier dans la rue, elles étaient tenues de prier à la maison. Les hommes qui occupaient le terrain le faisaient donc justement pour montrer leur capacité à mobiliser et à occuper le terrain. Marine Le Pen a dit exactement la même chose que moi quelques temps après et elle n’a jamais été inquiétée pour cela. Ceux qui ont prié dans la rue ont eu gain de cause. L’État, qui est soit disant laïc, s’est vu obligé de trouver un local à une religion qui est suffisamment riche pour se trouver tous les lieux de culte qu’elle veut.

En juin dernier, dans un article intitulé « Plus que jamais, 10 ans après l’apéro saucisson-pinard, à bas l’islam ! » paru dans Riposte laïque, vous écrivez au sujet de ce dernier que « la terre entière doit s’en débarrasser ». Sans vouloir vous offenser, n’est-ce pas un peu simpliste ?

Non justement, ce n’est pas du tout simpliste. Les religions ne sont pas vouées à durer, elles peuvent mourir, il y a plein de religions dont on ne parle plus ou qui ne sont plus pratiquées. Et donc je suis persuadé de la nécessité d’une adaptation complète de l’islam à notre temps, de ne plus inscrire la soumission dans le corps, l’espace et le temps. Les musulmans sont d’abord les victimes de l’islam, puis ils deviennent transmetteurs. Ce que je souhaite vraiment, c’est la libération des musulmans. L’islam a assez rabaissé ces derniers, il doit cesser de rabaisser les comportements de ses sujets. Ça fait quatorze siècles qu’il en est ainsi quand même, c’est bien assez.

Dans un sondage IFOP commandé par Charlie-Hebdo, 60% de personnes se déclarant musulmanes disent ne pas faire passer leurs convictions religieuses avant celles de la République, ce qui est une petite majorité. Ne va-t-on pas quand même vers une sécularisation de l’islam en France ?

Ça dépend de l’attitude de la France. Si la société française ne cède en rien, les musulmans vont bien sûr changer de comportement. Mais malheureusement pour les jeunes, c’est la tendance inverse qui s’observe actuellement. Parmi nombre de jeunes, on ne condamne pas un forfait qui a été fait sur des caricaturistes. C’est très grave de voir qu’il y a une jeunesse actuellement qui est de plus en plus française et qui n’adhère pas du tout aux fondamentaux du respect de la liberté d’expression. Il y a un conflit réel qui est très grave et qui nous prépare des jours difficiles.

Cependant, 72% des interrogés se déclarant musulmans condamnent totalement l’attentat de Charlie-Hebdo dans ce même sondage. N’est-ce pas une bonne nouvelle ?

Mais encore heureux qu’ils le condamnent! (Rires). Franchement, un crime comme celui-là, ce serait la moindre des choses qu’ils le condamnent tous. Selon cette même enquête, un quart des musulmans aurait protesté contre les manifestations qui ont suivi la tuerie s’ils avaient pu. Cette partie aurait donc préféré des insultes à l’égard des morts. Trop de musulmans trouvent encore que c’est justifié de tuer pour leur prophète. Et même s’ils ne sont pas majoritaires, je souligne que ce sont toujours des minorités actives et agressives qui finissent par faire l’Histoire.

Vous êtes régulièrement invité à France 24 Arabe pour débattre. Il y a cinq ans, peu après ce même attentat, vous avez eu un échange assez vif avec Ghaleb Bencheikh, qui est maintenant Président de La Fondation de l’islam de France. Vous l’avez notamment qualifié d’hypocrite sur le plateau. L’avez-vous revu depuis ?

Oui plusieurs fois, notamment lors d’un colloque à l’Unesco. Tous les gens qui connaissent l’islam et qui ne veulent pas condamner les comportements de Mahomet savent très bien que c’était un pédophile, des historiens musulmans l’ont bien écrit. Mahomet a demandé la main d’une fille qu’il a déflorée quand elle avait neuf ans, tous ces gens-là le savent bien. Des historiens comme Tabari ou Ibn Hicham précisent bien qu’elle jouait encore à la poupée à ce moment-là. De même, on sait parfaitement que Mahomet a fait la guerre à tous ceux qui n’étaient pas musulmans. Ceux qui connaissent l’islam savent très bien comment son histoire a commencé et comment elle a continué. On ne peut pas dire de belles paroles comme quoi on adhère à la République ou que sais-je sans dénoncer cette histoire ancienne, ou alors c’est effectivement de l’hypocrisie. Il faut commencer par dire que oui, cette histoire, c’est la nôtre, mais nous ne l’acceptons pas et nous la dénonçons pour la dépasser. C’est ce que des musulmans, surtout soi-disant éclairés devraient enfin faire.

Dans cette même émission, vous avez eu un autre différent avec Ghaleb Bencheikh qui affirmait que le Coran, à la différence de l’islam, ne condamnait pas l’apostasie. Vous qui êtes le premier concerné par ce sujet, que répondez-vous ?

Toute l’histoire musulmane est émaillée d’apostats qui ont été poursuivis et tués. Même au Maroc, qui est le plus libéral des régimes musulmans, il y a un « conseil scientifique », un conseil jurisprudentiel qui n’a lui-même jamais condamné l’apostasie. Elle est toujours inscrite dans la loi marocaine, l’apostat peut légalement y être poursuivi. Si le Maroc n’exécute pas vraiment cette loi, il l’utilise pour faire peur à ses citoyens, pour éviter que trop d’entre-eux se montrent comme apostats. Si le Roi du Maroc lui même et son conseil ne sont jamais revenus sur cette loi, c’est qu’ils savent vraiment que l’apostasie est condamnée par l’islam.

Par l’islam certes, mais par le Coran ?

L’islam, c’est le Coran plus Mahomet. Puisque le Coran ne parle pas et n’agit pas, on ajoute ce qu’a fait Mahomet. Mahomet a massacré ceux qui ne voulaient pas se déclarer musulmans. Dès qu’il est mort, la première guerre qui a été faite par son successeur fut de mater une rébellion d’apostats. De nombreuses tribus voulaient alors revenir à leurs religions antérieures. La première des guerres de l’islam fut contre les apostats, contre les renégats. Il faut toujours se référer à l’Histoire car c’est l’Histoire qui interprète ce qui est écrit.

Vous avez dit dans la même émission prôner une vision « humaniste » pour détruire les barrières religieuses, mais n’avez-vous pas l’impression d’être un peu trop frontal dans vos chroniques pour être fédérateur ?

Je l’ai dit et je le répète, les musulmans sont meilleurs que le Coran et l’islam. À un moment donné il faut leur dire que les germes pathogènes du Coran et de Mahomet doivent être détruits pour les guérir. Ce que font Ghaleb Bencheick et d’autres musulmans dits éclairés, c’est le contraire : ils accusent une partie des musulmans de ne rien avoir compris, pointant du doigt les wahhabites ou les Frères musulmans. Or, tous les musulmans sont en fait des victimes de l’islam. Moi je suis frontal à l’égard de l’islam pour que justement, les musulmans n’inscrivent plus la soumission dans le corps, l’espace et le  temps. Il faut être très clair, si on est humaniste et qu’on est pour que les musulmans se libèrent et se débarrassent de l’islam, il ne faut avoir aucune pitié pour une idéologie religieuse.

Toujours est-il que le nombre de musulmans continue d’augmenter en France et que les extrémistes musulmans s’y portent bien. À quoi cela est-il dû selon vous ?

Si l’islam a été conquérant, et s’il continue à avancer c’est parce qu’il sait mettre des personnes à ses côtés, il sait faire adhérer des personnes jusqu’au bout. Certains préfèrent mourir pour l’islam que de rester vivants. C’est une idéologie conquérante par nature, qui donc progresse tant qu’elle n’a pas d’opposition. Tant qu’il n’y a pas assez de gens qui se soulèvent, qui disent qu’ils n’accepteront pas du tout d’être soumis, tant qu’ils n’y aura pas de vrais opposants à l’avancement de cette idéologie, elle continuera, en France ou ailleurs. L’Europe fut attaquée par le passé, tant du côté de la péninsule ibérique que du côté turc, Byzance n’existe plus, l’église Sainte Sophie est transformée à nouveau en mosquée par le sultan Erdogan qui se sent pousser des ailes. On voit donc bien que s’il ne trouve pas en face de lui des gens assez fermes, l’islam n’a aucune raison de cesser d’avancer.

A lire aussi: Sainte-Sophie transformée en mosquée: derrière la consternation…

Les croisades pour la sauvegarde du Saint-Sépulcre ont cessé avec la mort de Saint-Louis. L’arrêt de l’expansionnisme islamique ne doit-il pas venir du monde islamique lui-même ?

 Non, c’est à la France et à l’Europe de résister à la pénétration de cette idéologie. En revanche, si réforme et changements il peut y avoir dans l’islam, cela doit venir des musulmans eux-mêmes dans leurs propres pays. J’ai un espoir en ce qui concerne le Maroc, le pays musulman que je connais le mieux. Le Maroc que j’ai connu jusqu’en 1974, était une dictature où l’on n’avait absolument pas le droit de dire ce qu’on pense. Aujourd’hui, j’ai été absolument surpris de voir que des articles où je dis la même chose qu’en France mais cette fois en arabe sont publiés sur le site Hespress, qui est un des premiers sites d’informations marocains. Dans les commentaires, j’ai été surpris par la liberté d’expression. Bien sûr, il y a toujours les habituels commentaires qui crient à l’ « islamophobie » mais la majorité discute sérieusement. Quand je vois cette liberté d’expression, j’ai un espoir mais malheureusement, le Maroc est quand même un petit pays par rapport aux finances des pays du Golfe et leur main mise sur l’islam dans le monde.

Et pour la France, vous avez un espoir ?

Je crois que nous sommes malheureusement mal partis en France, il y a depuis longtemps un malentendu sur ce qu’est l’islam et sur ses véritables intentions. Sondage après sondage, on commence à comprendre qu’il y a une dissonance absolue entre ce que les musulmans pensent et ce que la majorité des journalistes nous a dépeints d’un islam soi-disant compatible avec la République. Petit à petit, on voit que nous sommes devenus un archipel, que les territoires perdus de la République sont devenus maintenant un lieu commun. On ouvre petit à petit des yeux sur des choses que l’on ne voulait pas voir au départ et se pose maintenant la question de savoir ce que l’on va faire. Est-ce que l’État va reprendre ses droits et faire vraiment la loi de l’État ou va-t-on continuer à se disloquer jusqu’à avoir du Liban sur place ? Macron n’aurait même plus besoin d’aller au Liban (rires).

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« Un pays qui se tient sage »: la violence policière en cliché

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© Le Bureau / Jour2fête

À sermon attendu de David Dufresne sur la violence policière (Un pays qui se tient sage) préférons un classique du film d’espionnage (Les Trois jours du Condor) et une comédie française (Adieu les cons)


 

Un pays qui se tient sage, de David Dufresne
En salles depuis le 30 septembre

 

Comme David Dufresne le dit très modestement : « Ceux qui s’intéressent à mon point de vue le connaissent : pas la peine de faire un film pour ça. » On peut pourtant parfaitement vivre sans connaître David Dufresne et vivre bien. Les « Allo @Place-Beauvau » durant le mouvement des Gilets jaunes, c’était lui, soit le signalement méticuleux et sous forme dramatisée de chaque « violence policière » et de ses effets. Dufresne se rêve manifestement en correspondant de guerre tendance Malraux, mais Macron n’étant pas Franco, il fait avec ce qu’il a. Ce qu’il a, c’est l’époque : réseaux sociaux et téléphones portables, tous délateurs, tous filmés, tous « cinéastes ». Le buzz d’abord, la pensée ensuite, s’il reste du temps. Après avoir écrit en 2012 un livre à décharge sur l’affaire de Tarnac (« un petit chef-d’œuvre », selon Mediapart), le journaliste fut candidat à Paris pour le « Parti pirate », lequel prône « la transparence numérique pour redonner du pouvoir aux citoyens » : le NGC (nouveau gauchisme chic) est comme on le voit d’une audace folle, Bill Gates and co peuvent trembler…

Avant de réaliser le documentaire dont il est ici question, David Dufresne, plus Malraux que jamais, publia évidemment un roman, Dernière sommation, autour de ces mêmes violences policières. Disons simplement que n’est pas romancier qui veut. Il est vrai que Caroline Fourest a réalisé un film de fiction, alors tout est permis, n’est-ce pas ?

Avec Un pays qui se tient sage, Dufresne aborde une forme qu’il connaît mieux, celle du documentaire soi-disant documenté. Il croit tellement aux images qu’il nourrit son film d’extraits de ces petites vidéos prises avec des téléphones et qui font désormais foi de tout et de rien, alpha et oméga de toute réflexion sur l’état du monde. Qui filme, où, quand, comment, pourquoi, qui ? Toutes ces questions n’ont aucun sens puisqu’il s’agit ici d’asséner et non de s’interroger. À telle enseigne que l’auteur est véritablement persuadé que montrer ces images sur grand écran leur donnera plus de force. Plus de flou et de grain, c’est certain. Plus de force, c’est littéralement à voir. À moins de considérer que Dufresne tire un but contre son camp : ce qui ressort de ces images grand format, c’est d’abord la peur et des uns et des autres. Oui, la peur, celle des policiers autant que celle des manifestants et comment pourrait-il en être autrement ? Ainsi est mise à mal la prétendue question existentielle que le film voudrait véhiculer sur la violence d’État et sa légitimité forcément contestable et au bout de laquelle il y aurait fort naturellement la dictature… Vieille rengaine qui fait semblant de croire que l’usage de la force publique est toujours la préfiguration d’un coup d’État policier. Mais alors que dire des CRS ou des gendarmes qui naguère encore délogeaient manu militari, sans excès de tendresse et à très juste titre légal et légitime, les manifestants anti-IVG et de ce fait hors-la-loi ? Quant à s’intéresser de près aux violences subies par les policiers, c’est le cadet des soucis de Dufresne, à l’exception d’une séquence qui sent son alibi à plein nez. Depuis le répugnant « CRS=SS », certains sont persuadés qu’une manifestation dans un pays démocratique est la rencontre fracassante d’anges vertueux et de hordes policières fascistes.

Pour corser un peu plus l’ensemble, Dufresne invente le documentaire-devinette. Jusqu’au générique de fin, tenez-vous bien, on ignore absolument le nom et la qualité de chacun des 24 intervenants qu’il a sollicités et qui se succèdent à l’écran dans des duos dès lors désincarnés et artificiels. L’important n’est pas qui parle, mais « d’où parles-tu camarade ? ». Et dans le dossier de presse, Dufresne de s’étonner, sans rire, qu’un policier syndicaliste puisse citer Pasolini à bon escient, ce qui est faire injure et à Pasolini et à ce témoin. Allo ? Place Beauvau ? C’est pour un flagrant délit de clichés en tout genre et sur grand écran !

affiche-pays-sage-david-dufresne

Les Trois jours du Condor (1975), de Sidney Pollack

Sortie le 30 septembre 2020

Comment ne pas se réjouir de la ressortie en salle de ce formidable film réalisé en 1975 par Sidney Pollack ? Adapté d’un roman intitulé Les Six Jours du Condor (oui, le temps est forcément plus court au cinéma qu’en littérature : le grand écran est le Jivaro du livre !), c’est un suspense digne d’Hitchcock où l’on finit par ne plus rien comprendre et c’est très bien ainsi. Le beau Redford est au centre de cette histoire invraisemblable, mais dans laquelle on a forcément envie de se perdre avec lui. Espions, CIA, massacre, pièges, poursuites, tout y est, sans oublier la presse américaine forcément vertueuse ! D’une efficacité redoutable, le film se déguste comme on tourne les pages d’un livre de Le Carré : avec frénésie et, en même temps, avec l’envie de ralentir devant la certitude qu’arrivera la fin, hélas. Il serait injuste de passer sous silence la présence au générique de Faye Dunaway et de Max von Sydow, autres atouts de charme d’un film qui les a tous ou presque.

© Studiocanal
© Studiocanal

LES-TROIS-JOURS-DU-CONDOR

Adieu les cons, d’Albert Dupontel

Sortie le 21 octobre

Depuis 9 mois ferme, en 2013, on sait qu’Albert Dupontel est capable de réussir une comédie digne de ce nom dans le paysage pourtant très contrasté du cinéma français en la matière. Son nouveau film joue avec bonheur dans la même catégorie. Cette fois, il incarne un cadre suicidaire rejeté par ses pairs, qui croise sur sa route une autre désenchantée d’un monde moderne forcément cruel. Comme à son habitude, Dupontel plonge ses héros (et donc lui-même) dans un réjouissant bain de catastrophes successives, rejoint qui plus est par un aveugle sans peur ni reproche. Bricoleur informatique de génie, son personnage parvient à transformer une tour sans âme en un vaste terrain de jeu pour grand gamin attardé en manque d’amour. Étrangement, la séquence finale du film, que l’on se gardera bien de raconter ici, rompt radicalement avec le ton employé jusque-là. Comme si Dupontel avait envie de sonner la fin de la récré et de son récit, mais peut-être plus profondément de son cinéma tel qu’on le connaît…

Jérôme Prébois / ADCB Films
Jérôme Prébois / ADCB Films
« Adieu les cons » d’Albert Dupontel Jérôme Prébois / ADCB Films
« Adieu les cons » d’Albert Dupontel Jérôme Prébois / ADCB Films

Saint Jean en Californie

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Le Golden Gate de San Francisco se perd dans la fumée des feux monstrueux ravageant la Californie, 8 septembre 2020 © Eric Risberg/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22503007_000009.

Si la réalité dépasse parfois la fiction, c’est que la fiction précède souvent la réalité. La littérature prévoit l’avenir. Cette chronique le prouve.


Des incendies spectaculaires qui ont dévasté la côte ouest des États-Unis, il nous a été permis de voir des images aux couleurs orangées comme dans un mauvais rêve, étrangement belles, entre effroi et extase. Elles ne galvaudent pas, pour une fois, l’adjectif « apocalyptique » et renvoient de fait à l’Apocalypse de Jean, où le fléau majeur est le feu : « Et dans cette vision les chevaux me parurent ainsi : ceux qui étaient montés dessus avaient des cuirasses de couleur de feu, d’hyacinthe et de soufre ; les têtes des chevaux étaient comme des têtes de lions ; et de leur bouche il sortait du feu, de la fumée et du soufre. Par ces trois plaies, c’est-à-dire, par le feu, par la fumée et par le soufre, qui sortaient de leur bouche, la troisième partie des hommes fut tuée[tooltips content= »Cette traduction biblique, notre préférée parce qu’elle est belle comme du Racine, est du janséniste Lemaître de Sacy (« Bouquins », Robert Laffont). »](1)[/tooltips]. » L’explication de cette vision saisissante par l’agence de contrôle de la pollution de San Francisco est-elle plus rassurante ? « Ces particules de fumée dispersent la lumière bleue et ne permettent qu’aux rayons jaunes, orange et rouges d’atteindre la surface, ce qui donne cette couleur orangée au ciel. »

À moins que l’État de Washington, l’Oregon et la Californie aient été soumis à un autre feu biblique, celui de la Genèse, qui dévasta Sodome et Gomorrhe : « Alors le Seigneur fit descendre du ciel sur Sodome et sur Gomorrhe une pluie de soufre et de feu, et il perdit ces villes avec tous leurs habitants, tout le pays d’alentour avec ceux qui l’habitaient, et tout ce qui avait quelque verdeur sur la terre. » Certes, San Francisco, la Sodome américaine pour la droite chrétienne, n’a pas été détruite. Il y a eu néanmoins des villes rayées de la carte comme Berry Creek, 1 200 habitants parmi lesquels Misty Spire : « On aurait dit l’apocalypse, les flammes de l’enfer », comme si les seules images qui venaient à l’esprit devant un incendie monstre étaient celles de la Bible, récit fondateur par excellence, où tout a déjà eu lieu.

Par exemple, cette « verdeur » disparue, c’est ce qu’a découvert, dans l’état de Washington, le gouverneur Jay Inslee avec les 200 000 hectares de forêts détruits : « Ce n’est plus le Washington d’avant. Je penserai à ces incendies et à leurs impacts sur nos populations quand nous prendrons nos prochaines décisions pour battre le changement climatique. » Pas question pour Trump d’accepter une telle explication. Lui met l’accent sur la « mauvaise gestion forestière par les gouverneurs démocrates ». Même si l’argument peut s’entendre en partie, on pense, pour le coup, à l’Évangile de Matthieu : « Vous écouterez de vos oreilles, et vous n’entendrez point ; vous regarderez de vos yeux, et vous ne verrez point. »

Peut-être que la nuit le monde fait la trêve

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Paris, octobre 2020 © THOMAS COEX / AFP.

Douce nuit, sainte nuit
Tout s’endort, l’astre luit
Chant de Noël

Il y a peut-être un monde des vivants et un monde des morts, qui mourra verra.

Il y a en tout cas à coup sûr le monde du jour et le monde de la nuit. Dans cette séparation immémoriale, chacun trouve plus ou moins sa place : le jour pour les créatures actives (la lumière du jour : un appel au mouvement), la nuit pour les êtres lunaires (l’éclat nocturne : un appel à la contemplation), la nuit ayant toujours eu ce statut particulier d’être comme l’autre monde : passé une certaine heure, l’homme devient un curieux solitaire, son horizon se dépeuple, son rythme intime ralentit (il marche plus lentement, il pense plus précisément), sa vie s’enrobe d’un mystère.

La nuit aussi, quand « tout s’endort et que l’astre luit », des angoisses cachées dans le fond d’une grotte se réveillent subitement : les démons intérieurs nous rendent visite, le sommeil semble avoir barricadé sa porte, le marchand de sable a tracé sa route, alors il faut sortir marcher, s’aérer l’esprit, écouter les bruits de la ville ; on sent en soi un appel à l’exil.

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La rue la nuit est ainsi un pays de gens désœuvrés : insomniaques, rêveurs, amoureux, prostituées, promeneurs sans but, mendiants fatigués. Des inconnus qui se croisent sans se voir, s’approchent sans se parler, un simple geste de la tête suffit, ça cohabite dans un étrange mélange de défiance et de complicité silencieuse. Le monde de la nuit est un pays rassurant. « Peut-être que la nuit le monde fait la trêve » (Alain Bashung, Sur un trapèze).

Mais voyez, finie la sainte nuit, amis lunaires, finie la douceur sous les astres et les réverbères, fermé le pays de la flânerie, cancel le monde des rêveurs, au placard les insomniaques : dès samedi 21h, la journée ne durera plus que quinze heures ; le reste sera un grand trou noir interdit. Les patrouilles veilleront à ce qu’on ne s’y aventure plus, d’ailleurs.

Après le discours du président Macron, mercredi, je me suis empressé de téléphoner à mon amie Louise pour que nous dînions ensemble avant qu’il soit trop tard. Elle me confesse :

« Le couvre-feu, pour moi qui suis insomniaque, est un enfer. Plus de vie nocturne, plus de promenade, me voilà condamnée à vivre avec les gens du jour, à leur rythme, dans un monde blafard. Mon seul répit m’est confisqué, impossible de sortir après 21h sans passe-droit ? Cela veut dire en définitive : impossible de flâner en rêvant sans autorisation. C’est encore pire que le confinement d’avril : nous pouvions au moins sortir une heure faire du footing ou promener notre chien. Désormais, les seules dérogations qui seront données après 21h auront des raisons professionnelles. Comme si seuls l’économique et le professionnel pouvaient encore expliquer qu’on vive la nuit. Crois-moi, il y a beaucoup de victimes non-économiques, et beaucoup de dommages en dehors de la sphère du travail ! Ceux-là, on n’entend pas en parler, parce qu’on ne voit plus le monde des rêveurs. Pourquoi a-t-on tellement oublié qu’il y avait d’autres vies possibles ?… »

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Louise n’a pas tort, dans son genre : c’est tout un pays de l’ombre qui voit se perdre, sans autre forme de procès, sa raison d’être. Qui voudra entendre les habitants de ce pays, puisque leur plainte ne s’exprime pas en langue comptable ? Sommes-nous même capables encore de comprendre que le temps lent, perdu, la contemplation, la flânerie inutile, le silence et l’ombre de la nuit sont des richesses propres, précieusement vacantes, autant que celles qui palpitent dans les comptes de résultat ? Le monde est-il condamné à n’avoir plus jamais de trêve ?