La loi a donc été votée par l’Assemblée, et à une très large majorité, bien au-delà des seuls députés LREM, comme le souligne Libé : les propos haineux — quelle que soit la définition de ce terme qui appartient davantage au sentiment qu’au Droit — sont désormais proscrits sur le Net. Et les fournisseurs d’accès, de réseaux, de tubes et de plateformes, organismes privés transformés par la grâce d’Avia en gendarmes du Web, sont priés, sous peine d’amendes conséquentes, de supprimer en amont l’expression de la détestation, du mépris et de l’animosité — termes tout aussi juridiques.

L’immortelle phrase d’entame de spectacle de Desproges (« On me dit que des Juifs se sont glissés dans la salle ») et sa suite inoubliable (« N’empêche qu’on ne m’ôtera pas de l’idée que pendant la Deuxième guerre mondiale de nombreux Juifs ont eu une attitude carrément hostile à l’égard du régime nazi ») ne passeront donc plus la rampe. J’attends incessamment sous peu la mise à l’index de ce spectacle si peu conforme à la moralisation de la vie politique voulue par le Président de la République et sa représentante, Laetitia Avia…

YouTube serait bien inspiré d’anticiper le vote final de la loi et de faire immédiatement le ménage, de façon à ne laisser que des vidéos pas du tout racistes ni homophobes ni offensantes pour quiconque — l’intégrale de Cyril Hanouna, par exemple. D’autant qu’ayant testé le monologue de ce prétendu comique (Desproges, bien sûr — Hanouna, lui, est un parangon du bon goût) auprès d’étudiants contemporains qui avaient très majoritairement voté pour la majorité — c’est la première génération qui commence par le conformisme, dommage de ne plus être là pour voir ce qu’ils donneront à 50 ans —, j’ai eu droit à un concert de protestations sur l’insolence raciale de ce Desproges dont pour mes étudiants le nom s’épelle apparemment D-I-E-U-D-O-N-N-E… L’humour, ces temps-ci, broie du noir.

Le souci, c’est que les sociétés privées qui régissent le Web ne peuvent surveiller au jour le jour les millions de messages postés par les internautes déchaînés. Elles vont donc très certainement élaborer des algorithmes qui feront le boulot à leur place de façon préventive.
C’est qu’il ne suffit donc pas d’éviter les phrases insultantes. J’avais bien pensé proposer ici toutes les ressources de l’antiphrase, ce merveilleux procédé rhétorique qui consiste à dire le contraire de ce que l’on pense de façon à ce que l’on comprenne que l’on pense le contraire de ce que l’on dit. « Non, l’Islam n’est pas lancé dans une conquête du monde » ; « Il n’y a pas de lobby LGBTQA+ à l’Assemblée nationale ni ailleurs, il est bien normal qu’un député qui insinuait le contraire soit viré de son groupe » ; « La discrimination positive n’est pas suffisamment efficace à Sciences-Po, il faudrait que les futurs admis rue Saint-Guillaume puissent prouver des quartiers d’africanité — comme il y avait autrefois des quartiers de noblesse »… Et autres formules jadis utilisées jusqu’à plus soif par ces maîtres en ironie que furent Swift ou Voltaire.

Mais imaginez la réaction de l’algorithme mis en place par le GAFAM aux phrases sus-citées…

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