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Alain Finkielkraut: « Suis-je devenu légitimiste? »


L’esprit de l’escalier


La France du soupçon

Un grand nombre d’intellectuels et d’éditorialistes de droite, de gauche ou d’extrême gauche ont perçu le long confinement dont nous venons de sortir comme une confiscation des libertés. À la faveur de cette épidémie, ont-ils dit, le pouvoir a cédé à ses penchants despotiques ou disciplinaires et il a testé la docilité des citoyens. Je m’inscris, une nouvelle fois, en faux contre cette interprétation. Nous, les confinés, ne nous sommes pas montrés moutonniers, nous n’avons pas obéi à une contrainte, nous avons fait acte de responsabilité. Nous avons pris sur nous pour nous protéger, pour protéger les autres, pour participer à un effort collectif de lutte contre la pandémie. Nous savions bien que les libertés de mouvement, de réunion et de manifestation n’étaient suspendues qu’à titre provisoire. Elles allaient rouvrir, comme les cafés et les restaurants. Face à l’événement, nous n’étions pas des enfants malléables à souhait, mais des adultes conscients qui appliquions avec les gestes barrières, et ce qu’on appelle désormais la « distanciation sociale », le premier principe de toute morale digne de ce nom : ne pas nuire. Et puis, à la différence de ce qu’il se passe dans les États autoritaires qui criminalisent les voix dissidentes comme le fait la Chine, en ce moment même à Hong Kong, la liberté d’expression n’a pas un instant été remise en cause. Elle s’est déployée et même déchaînée sans la moindre retenue. Tout au long de la crise, le gouvernement et le président de la République n’ont pas seulement été critiqués pour leur mauvaise gestion, ils ont été menacés de poursuites, insultés, traînés dans la boue, à la télévision comme sur les réseaux sociaux. Et cette contestation a quelque chose de spécifiquement français.

Il y a en Michel Onfray une violence qui me fait de plus en plus peur…

De tous les peuples européens, le nôtre se montre et de loin le plus défiant à l’égard de ses représentants. 66 % des Français estiment que l’exécutif n’a pas été à la hauteur, 75 % pensent que le gouvernement n’a pas dit la vérité, 79 % qu’il n’a pas pris les bonnes décisions, alors que 61 % des Britanniques se rangent derrière Boris Johnson dont la politique a pourtant été fluctuante. Le 9 mars, il se targuait encore d’être allé dans un hôpital et d’avoir serré la main à tous les malades. En Italie et en Espagne, le sentiment majoritaire, c’est que les gouvernants et les gouvernés sont dans le même bateau. Je m’interroge sur cette singularité française et je pense de plus en plus qu’elle n’est pas circonstancielle. Elle s’inscrit dans une tradition déjà longue de suspicion à l’égard du pouvoir, même sorti des urnes. Alain, le doux Alain, est le grand théoricien de cette suspicion. La démocratie, pour lui, n’est pas un mode de gouvernement, mais un mode de surveillance. Dans l’une de ses Chroniques de guerre, Raymond Aron a pointé l’erreur fondamentale de ce raisonnement : « L’hostilité à l’égard des gouvernants, le refus du citoyen de se placer du point de vue de ceux qui gouvernent et d’examiner, comme ceux-ci sont contraints de le faire, les problèmes à résoudre. » Et Aron marque son opposition en ces termes très forts : « Le vrai citoyen veut choisir ses chefs, non les enchaîner par le soupçon perpétuel. Il veut la grandeur de la nation, en même temps que la sécurité personnelle, il veut des pouvoirs légitimes mais capables d’action. Le citoyen ne s’accomplit pas dans la lutte contre les pouvoirs, mais dans une libre adhésion à la communauté. »

On a décrit la modernité post-totalitaire comme une victoire d’Aron sur Sartre. On s’est trompé. Nous assistons au triomphe d’Alain sur Sartre et Aron. Il n’est qu’à ouvrir le livre de Pierre Rosanvallon, La Contre-Démocratie : la politique à l’âge de la défiance, pour s’en convaincre. Rosanvallon écrit : « Nous sommes passés de la démocratie de confrontation à la démocratie d’imputation, au peuple électeur du contrat social se sont imposés de façon toujours plus active les figures du peuple surveillant, du peuple veto et du peuple juge. » Internet, comme le dit Rosanvallon, est l’incarnation providentielle de cette fonction de vigilance, de surveillance et de dénonciation. Rien n’est plus affligeant que l’inaptitude française, en période de crise, à former une véritable communauté politique.

Michel Onfray. © Philippe Conrad / Photo12 via AFP
Michel Onfray.
© Philippe Conrad / Photo12 via AFP

Suis-je devenu légitimiste ?

Emmanuel Macron s’est présenté comme progressiste, au moment même où l’urgence n’est pas de changer le monde, mais de sauver ce qui peut l’être. Et, en outre, il s’est vanté de résoudre par l’économie le grave problème civilisationnel que connaît la France. Je ne me suis pas converti à cette vision du monde. Je n’ai pas changé. C’est la pandémie qui a changé la donne. L’idéologie macronienne a été, pendant cette crise, abandonnée ou en tout cas mise entre parenthèses. Le gouvernement a voulu faire face en prenant des mesures, comme le chômage partiel pour 12 millions de travailleurs, qui n’étaient pas au programme. Ceux qui m’accusent d’être devenu légitimiste et d’avoir viré de bord refusent de prendre acte de la nouveauté de la situation. Macron incarnant pour eux le mal, il ne peut rien faire de bien même quand il cesse de faire du Macron.

Il y a, certes, des retards, des erreurs, des atermoiements, mais avant tout réquisitoire il faut se poser, avec Raymond Aron, la question : qu’aurais-je fait à leur place ? Comme l’a sans cesse rappelé Édouard Philippe, « nous prenons des décisions à partir d’informations incomplètes et parfois contradictoires ». Les gouvernants ont consulté les scientifiques, comme c’était bien normal, mais ils ne s’en sont pas remis à la science parce que la science elle-même tâtonnait et les renvoyait à leurs responsabilités. Reste, dira-t-on, ce mensonge d’État : la dissimulation de la pénurie de masques. Au lieu de contester leur utilité pour le grand public, le gouvernement aurait dû jouer cartes sur table et dire que tant qu’il n’y en avait pas assez, il fallait les réserver au personnel soignant. Tout le monde aurait compris. Eh bien non, tout le monde n’aurait pas compris, des mouvements de panique auraient éclaté. Dans les services essentiels à la survie même de notre société, certains travailleurs auraient pu faire valoir leur droit de retrait. La délinquance, enfin, aurait visé en priorité les lieux de stockage du matériel médical. Les citoyens ne sont pas toujours bons et le pouvoir pas toujours mauvais. Le pouvoir doit compter avec « le bois tordu de l’humanité ». Ajoutons que sur la question des masques, le consensus ne règne toujours pas et que les autorités sanitaires danoises refusent de le prescrire.

(c) Hannah Assouline
Photo: Hannah Assouline

L’antiélitisme débridé

Les gilets jaunes se sont révoltés, à très juste titre, contre l’élite hors-sol et multiculturelle qui accablait de son mépris la France périphérique. Mais au lieu de se définir comme une communauté d’êtres parlant et discutant, le peuple a surgi sous la forme d’un bloc compact, d’une totalité sans fissure, d’une multitude unie en un seul corps, guidée par une seule volonté, parlant d’une seule voix.

Quand il y a eu, parmi les gilets jaunes, des voix dissonantes, elles ont été immédiatement proscrites. Souvenons-nous de ce qui est arrivé à Ingrid Levavasseur. On rejouait la Révolution française : « Qu’est-ce que le tiers-état ? disait Sieyès. Tout mais un tout entravé et opprimé. Que sera-t-il sans l’ordre privilégié ? Tout, mais un tout libre et florissant. » L’ordre privilégié, aujourd’hui, ce n’est plus la noblesse héréditaire, c’est tout ce qui dépasse. Ce n’est pas seulement l’élite des anywhere, c’est l’élite en tant que telle. Et là intervient le phénomène Raoult. David Pujadas l’interroge pour LCI et lui demande pourquoi il a refusé de faire un essai clinique pour un médicament – l’hydroxychloroquine – certes connu, mais qui n’avait pas pu faire ses preuves face à un virus inédit. C’était pourtant le seul moyen de s’assurer de son efficacité et de son innocuité. Le professeur marseillais refuse de répondre, donc le journaliste insiste : « C’est une question légitime, à travers moi ce sont aux gens que vous vous adressez, et qui demandent pourquoi vous n’avez pas fait cela ? » Raoult, alors, rétorque : « Détrompez-vous, les gens pensent comme moi. Vous voulez faire un sondage d’opinion entre vous et moi ? Vous voulez faire un sondage entre Véran et moi pour voir en qui les gens croient, vous voulez voir où est la crédibilité ? » C’est la première fois dans l’histoire moderne qu’un chercheur de haute volée sollicite l’arbitrage de l’opinion publique pour arbitrer une querelle scientifique. Dans L’Express, Raoult va plus loin encore, il s’en prend aux médias en général : « On vous dispute le monopole de la parole, ce droit de dire dont vous jouissez, on vous le dispute, on vous le vole, on s’en fout de vous, maintenant on dit les choses nous-mêmes. » Qui nous ? « Nous, les réseaux sociaux, nous YouTube. »

Didier Raoult incarne aujourd’hui, et il s’en targue – « nous les réseaux sociaux » –, la revanche de la France d’en bas sur la France d’en haut, du peuple sur la caste, du terrain sur la théorie, des simples gens sur l’establishment. Le peuple décide à travers lui et par lui quel est le bon médicament. L’heure des gourous a sonné au pays des Lumières. Avec Raoult, le populisme politique et le populisme pénal se prolongent en populisme sanitaire. Et c’est très logiquement qu’il a rejoint la revue et le mouvement Front populaire. Léon Blum ne méritait pas ça.

A lire, du même auteur : Le vent mauvais du populisme pénal souffle sur la France

Front populaire

J’envie la fécondité de Michel Onfray et j’admire sincèrement sa prodigieuse énergie. Mais il y a en lui une violence qui me fait de plus en plus peur. Laurent Joffrin l’ayant accusé de tomber dans le ressentiment, il s’est très légitimement insurgé contre la psychologisation ou la psychiatrisation de l’adversaire en disant que c’était un procédé soviétique. Mais il ne s’est pas arrêté là : « Il ne me viendrait pas à l’idée, a écrit Michel Onfray, d’estimer que son combat contre Le Pen viendrait de la grande proximité qu’il eut avec cet homme au moment où son père faisait profession de remplir les caisses du Front national. Il existe sur le net une belle photo de Joffrin torse nu avec Le Pen. » Et il publie cette photo dans son article. Par cette effrayante prétérition, Onfray montre que contre ceux qu’il appelle les « populicides », tout est permis. Ce ne sont pas des interlocuteurs, ce sont des ennemis à abattre. Il est tout à fait légitime de vouloir réunir les souverainistes des deux bords. Mais la souveraineté défendue par le nouveau Front populaire repose sur l’idée non d’une communauté politique française, mais d’une division insurmontable sinon par la guerre, entre la France d’en bas et la France d’en haut. Ses partisans sont des éradicateurs. C’est un danger et c’est un anachronisme. Défiée jusqu’à l’intérieur de ses frontières par des cultures hostiles, la France devrait aujourd’hui plus que jamais se définir et se vivre non seulement comme une communauté politique, mais comme une communauté de destin.

A lire également, Elisabeth Lévy : Onfray, le peuple et nous

À la première personne

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Aux origines de la politique des identités… et ses conséquences


Les nouvelles idéologies identitaires qui nous assaillent ne trouvent pas uniquement leur origines dans les idées post modernes…


La politique des identités (« identity politics ») comprend un corpus idéologique dans lequel l’individu existe et vit surtout en tant que membre d’une communauté. Celle-ci est présente aux deux extrémités du spectre politique, à droite et à gauche. Ce concept est d’actualité aujourd’hui avec l’émergence de multiples groupes identitaires dans nos sociétés incluant non seulement les suprématistes raciaux blancs ou les identitaires de droite, mais aussi des minorités éthniques, religieuses, sexuelles et de genre. Ces dernières revendiquent des droits en tant que groupe en raison de caractéristiques supposées spécifiques. Divers groupes constitués en raison d’une revendication sociétale à forte composante idéologique, sont à y rapprocher, même s’il y a des différences. Cela est bien différent des regroupements d’individus, comme par exemple le mouvement des droits civiques aux Etats-Unis, qui se justifiaient en raison des préjudices réels subis et qui revendiquaient l’égalité de traitement devant la loi en tant que citoyens.

L’émergence de l’idéologie identitaire est très visible à l’époque actuelle et est caractérisée par une attitude militante afin d’imposer un « droit lié au groupe » spécifique. L’origine de cette idéologie a été rattachée aux philosophes post-modernes qui auraient fourni sa charpente idéologique (relativisme, mise en question de la notion de vérité, pas de méta-narratif / récit etc…). Si le postmodernisme a fourni les bases philosophiques sur lesquelles les mouvements identitaires se sont appuyés, on peut dire que c’est la rencontre des idées post-modernes avec le communautarisme du continent Nord-Américain qui a contribué à l’éclosion et à la diffusion planétaires de l’idéologie identitaire.

Identité de groupe

L’idéologie identitaire actuelle puise ses sources dans des concepts très différents : biologisme affirmé, prédominance de l’esprit sur le corps et théorie de construction sociale.

Ces différents aspects sont en apparence contradictoires mais sont associés dans une savante alchimie et varient en proportion en fonction d’un corpus identitaire spécifique. Un élément constant est, dans tous les cas, le ressentiment. Un autre élément associé est le mécanisme de justification des diverses postures. Il fait appel à, ce que Daniel Kahneman a appelé « availability heuristics » (Kahneman D. « Thinking fast and slow », Penguin, 2012), c’est à dire de prendre l’information immédiatement disponible pour expliquer un fait sociétal et justifier un mode d’action. Cette information doit être, bien évidemment, compatible et non-contradictoire avec le corpus idéologique donné.

Cependant, l’origine de l’idéologie identitaire est bien plus complexe et plus ancienne. A titre d’exemple, l’effacement de l’individu par rapport au groupe a été poussé à l’extrême par les deux mouvements radicaux du XXe siècle, le nazisme et le communisme. Ainsi Karl Larenz, juriste du IIIe Reich écrit « Ce n’est pas en tant qu’individu qu’homme ou titulaire d’une raison abstraite et générale que j’ai des droits et des devoirs, ainsi que former des liens juridiques mais en tant que membre d’une communauté qui se donne par le droit à sa forme de vie – en tant que membre de la communauté raciale. Le « Volksgenosse » n’est qu’une personnalité concrète qu’en tant qu’être vivant dans une communauté » (« K. Larenz, Rechtsperson und subjectives Recht, pp225-260, page 241» cité dans J. Chapoutot, la révolution culturelle Nazie, Gallimard, 2018). Dans l’idéologie communiste, l’individu n’est rien d’autre qu’un être appartenant à une classe sociale spécifique construite seulement par des forces économiques. Ceci est exemplifié par un écrit dans le journal Terreur rouge ou la culpabilité de quelqu’un est déterminée par son appartenance à une classe spécifique : « Nous ne combattons pas un individu isolé. Nous exterminons la bourgeoisie en tant que classe. Il n’est pas nécessaire pendant l’interrogatoire de chercher des évidences. La première question devrait être à quelle classe il ou elle appartient et de quelle origine il est. Ce sont là les questions qui déterminent la culpabilité » (cité par A. Solzhenitsyn, dans « l’Archipel du Goulag », page 21, version abrégée en Anglais, Penguin, 2018). On voit donc que l’innéisme radical du Nazisme et la tabula rasa ou le « blank slate » (comme l’appellerait Steven Pinker) communiste convergent sur le même point : l’effacement de l’individu par rapport au groupe, ce qui a automatiquement pour conséquence que la culpabilité d’une personne est due à son « identité de groupe ».

Le biologisme philosophique a été l’une des caractéristiques majeures du nazisme et a été poussé à son extrême par cette idéologie. Le biologisme actuel de certains groupes identitaires s’appuie sur l’appartenance à un groupe ethnique ou sexuel spécifique. Cependant, dans certains cas, la supériorité est ici inversée mettant les « inférieurs » de jadis dans une position de supériorité dans une sorte d’inversion Nietzschéenne. On pourrait appeler cela « le racisme à l’ordre inversé ». Une illustration frappante est la réaction d’une certaine presse anglo-saxonne à la victoire de l’équipe de France de Football à la Coupe du monde qui racialise cette victoire en l’attribuant à la prédominance de joueurs noirs dans l’équipe de France.

Les caractéristiques de l’idéologie Nazie se trouvent dans certains mouvements identitaires actuels : le particularisme, le ressentiment, l’anti-individualisme, l’antirationalisme, le relativisme et dans certains cas le racisme. Les caractéristiques venant de la gauche sont l’anti-individualisme, le collectivisme, l’anticapitalisme, le constructivisme et le ressentiment. Ces différents éléments sont mixés dans des proportions variables en fonction d’un corpus identitaire spécifique.

L’individualisme de façade de l’idéologie identitaire, si on peut l’appeler ainsi, se caractérise par une allégeance volontaire d’individus à un récit de groupe, une soumission en quelque sorte à un corpus explicatif du monde qui enlève la responsabilité individuelle, la transférant au groupe identitaire. Un mécanisme de renforcement à la soumission au groupe est représenté par la manifestation de sa vertu (« virtue signalling »). Cette dernière peut être bénéfique pour souder un groupe en cas de danger par exemple, mais elle peut être néfaste dans le cas où un groupe est dominé par une idéologie.

La crise sanitaire passée, les revendications identitaires sont de retour

Nous aurions pu penser que la crise du Covid-19 amoindrirait les revendications identitaires. Le virus est bel et bien une entité biologique concrète et non une construction sociale ! Dans un premier temps ceci fut bien le cas mais cela n’a pas résisté longtemps, et Sars-Cov2 a donné un nouveau terrain de jeu à la politique des identités. On entend des affirmations comme « les femmes sont plus affectées que les hommes par Sars-Cov2 » même s’il y plus d’hommes qui sont infectés et en réanimation, etc… « les Noirs et minorités sont plus affectées par Sars-Cov2 » même si cela peut s’expliquer aussi par le problème de surpoids et d’obésité dans ces populations ou un manque de distanciation sociale, etc. La recherche sur un vaccin a été critiquée pour son ton patriotique, car cela pourrait donner des avantages aux pays occidentaux pour s’immuniser contre le Sars-Cov2… Il n’est pas à nier que des couches populaires avec des salaires les plus bas sont plus touchées par le Covid-19 car ce sont eux qui sont aussi « au front » en s’occupant de la santé et des besoins essentiels de la population. Mais ceci est un problème d’ordre social et non identitaire.

Un autre évènement récent est l’affaire George Floyd qui s’est greffée sur la crise du Covid-19. L’irrationalité s’est emparée d’une partie de la population américaine prise en otage par des mouvements activistes de justice sociale (les « Social Justice Warriors » ou SJW) revendiquant l’idéologie identitaire à tendance totalitaire. « White Privilege » ou « White Fragility », une terminologie identitaire classique, est employée dans les rues américaines où des citoyens blancs s’agenouillent pour demander pardon pour leur racisme systémique et leur « privilège blanc ». La notion de racisme systémique est véhiculée par les médias, les stars du cinéma, et même par les journaux scientifiques ainsi que des institutions d’éducation supérieure et des universités ! Ceci est maintenant exporté en Europe par des brigades de militants post-colonialistes, « intersectionnels », et bien d’autres enseignes. Plus préoccupant est l’attaque des sciences dans laquelle la science est décrite comme raciste de manière inhérente. Ces attaques viennent de certains scientifiques eux-mêmes (et même des sciences dites dures, comme la physique) et sont maintenant véhiculées par des institutions et journaux scientifiques importants comme Nature (Nature News & Comments ; https://www.nature.com/articles/d41586-020-01721-x) et Science (Science Magazine ; https://www.sciencemag.org/news/2020/06/researchers-around-world-prepare-shutdownstem-and-strike-black-lives). Dans ce contexte, il est intéressant de consulter les différents écrits notamment ceux de l’éditeur-en-chef H. Holden Thorpe de Science Magazine (https://science.sciencemag.org/content/368/6496/1161). Le virus mental se propage donc à grande échelle. Farewell to Reason ! Comme David Hume disait « La raison est esclave des passions ».

Ces valeurs sont en contradiction complète avec l’esprit des Lumières qui met l’individu au centre qui appréhende le monde par la raison. La célèbre phrase de Kant « Aufklärung ist der Ausgang aus der selbstverschuldeten Unmündigkeit » (« Les lumières sont la sortie de l’homme hors de l’état de minorité dont il est lui-même responsable ») est à l’opposé de celle de Marx et Engels « Freiheit ist die Einsicht in die Notwendigkeit » (« La liberté est la réalisation de ce qui est nécessaire »), la dernière étant bien compatible avec le credo de l’idéologie identitaire. Il est souvent assumé, par erreur, que le centrage de l’Occident sur l’individu est incompatible avec la coopération. Le contraire est vrai comme le montre Joseph Henrich (Henrich, Joseph (2016). The Secret of Our Success: How Culture is Driving Human Evolution, Domesticating our Species, and Making us Smarter. Princeton University Press). En effet, les pays occidentaux WEIRD (« Western Educated Industrialized Rich Democratic ») constituent une classe spécifique dans laquelle les liens tribaux et de parenté anciens ont été rompus, ce qui a permis l’émergence de structures coopératives nouvelles et consenties.

Quelles sont les conséquences de l’idéologie identitaire ? Les activités de l’esprit humain et même les activités relevant des sciences exactes sont menacées par des analyses sous l’angle de l’idéologie identitaire et ne doivent pas être en rupture avec elle. Dans l’idéologie identitaire Nazie, même la philosophie et les sciences exactes ont subi la camisole identitaire.

Les physiciens Johannes Stark et Philippe Lenard, tous deux prix Nobel, voyaient dans la théorie de la relativité et la mécanique quantique une science juive étrangère à l’esprit allemand. Voyant l’évolution de la science dans l’Allemagne Nazie, le prix Nobel de Médecine Avery Hill écrivit les phrases suivantes dans un article publié dans Nature en 1933 : « … Cependant, la question plus importante est la suivante: nous devons nous assurer que la même folie, la même fureur ne se produisent pas ailleurs. Nous ne pouvons pas prendre la liberté, si lentement et à grande peine acquise, comme un droit de naissance : nous devons veiller à ce que ni la race, ni l’opinion, ni la conviction religieuse, ni le soutien de théories impopulaires à l’heure actuelle privent les hommes désintéressés des moyens de poursuivre leur travail et de leur liberté de penser ». Cette phrase a gardé toute son actualité !

A. Bikfalvi s’exprime ici à titre personnel et ce texte n’est, dans aucun cas, écrit au nom des institutions auxquelles il est affilié (Université de Bordeaux et INSERM)

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La révolution culturelle nazie

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L'Archipel du goulag

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Rokhaya Diallo: « Je pense qu’il y a un racisme d’Etat en France. Mais je ne sais pas si ma mère dirait la même chose »

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Le débat Rokhaya Diallo / Elisabeth Lévy est disponible gratuitement sur RNR.TV. Un débat d’une heure ici


Comme la mort de George Floyd fait la une de l’actualité depuis une dizaine de jours et a provoqué des manifestations dans de nombreux pays occidentaux et des débordements en France, c’est l’occasion idéale de débattre des questions liées à l’esclavage, au racisme et à la mémoire avec l’essayiste Rokhaya Diallo sur Causeur TV ! Les deux femmes évoquent également le cas d’Adama Traoré.

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Sur la question des violences policières et du racisme en France, c’est assez simple: notre directrice Elisabeth Lévy et Rokhaya Diallo ne sont d’accord sur presque rien.

Regardez les deux femmes confronter leurs idées dans une vaste causerie d’une heure, arbitrée par Jean-Baptiste Roques !

Ce n’est pas tous les jours gratuit, alors cliquez ci-dessous…

>>> Retrouvez l’intégralité du débat gratuitement en cliquant ici <<<

LREM cherche cerveau disponible


Ce que nous dit une annonce d’emploi sur le parti présidentiel


C’est un appel à candidater pas comme les autres !

Il n’a pas manqué de faire sourire certains. Publiée le 5 juin, l’annonce recherche un « Responsable Idées ». Le recruteur n’est pas un think tank mais… la République en Marche. Pour un parti qui adopte si facilement le jargon managérial issu de l’univers de la finance anglo-saxonne (ou ses acronymes), on est étonné de ne pas lire « PO concept » à la place de « Responsable Idées ». PO mis pour « Product owner», autrement dit, en bon français : responsable de projet. Depuis la crise du coronavirus, la souveraineté enfin réhabilitée en Macronie aurait-elle fait son chemin jusque dans le langage ?

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Le parti présidentiel veut donc renforcer son pôle Idées & International, organe central de réflexion destiné à penser la structuration idéologique du mouvement. S’ils sont déjà en panne d’idées au bout de trois ans de pratique du pouvoir, le président Macron a du souci à se faire pour la suite…

Le Sauveur de LREM

On découvre ensuite dans la fiche de poste que cinq personnes y phosphorent déjà. Le parti présidentiel est en mauvaise posture. Il est en proie aux incohérences structurelles du « en même temps ». Il souffre de l’absence d’implantations locales et surtout de l’émergence de nouvelles scissions frondeuses, issues de l’aile gauche comme de l’aile droite du parti. La dernière émanation, « Agir ensemble », a fait perdre la majorité absolue du groupe LREM à l’Assemblée.

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La pandémie mondiale a fait voler en éclat l’unité de façade du parti d’Emmanuel Macron. Face à cette Bérézina, ce sixième responsable d’idées doit être attendu comme le Messie. C’est peut-être sur les épaules de cette nouvelle tête pensante que va reposer la nécessaire résurrection d’un parti qui doit se plier à l’injonction présidentielle de « se réinventer » et, dorénavant, après le discours de dimanche soir, de trouver « un nouveau chemin ». On mesure la difficulté : il s’agit de se réinventer sur un vide idéologique, et de tenir la fameuse ligne de crête permettant de ne tomber ni dans le camp trop conservateur des LR ni dans celui trop social-démocrate du PS.

Quel cinéma!

En tout cas, cette annonce nous ramène un peu dans le dernier film de Nicolas Pariser, Alice et le maire, sorti en octobre dernier. On y découvrait le maire PS de Lyon, campé avec justesse par Fabrice Lucchini, qui engagait une jeune philosophe à la tête bien faite, interprétée par la sémillante Anaïs Demoustier, pour lui redonner des idées.

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Essoré par ses mandats successifs, le baron socialiste campé par Lucchini est plongé dans une telle dépression intellectuelle qu’il ne parvient plus à penser. Avec brio, le film interroge l’articulation possible entre le monde des idées et le monde réel, entre le temps long de la réflexion et le temps immédiat de l’action politique où l’agitation permanente ostracise souvent la prise de recul nécessaire à l’élaboration d’une pensée. Comment penser le monde en politique sans se laisser aveugler par le voile des idéologies dogmatiques ? Comment ne pas s’enfermer dans des tactiques électoralistes ? Cette question plane sur le film et vient tarauder la philosophe qui a l’oreille du politique. Mais c’est le regard désenchanté du réalisateur qui triomphe.

En politique, les idées sont sacrifiées sur l’autel de la com, avec ses éléments de langage façonnés pour être bien digérés par les médias. Comme une confirmation, le profil recherché par LREM n’est pas a priori celui un philosophe. L’annonce précise qu’on recherche un cerveau issu « des domaines de sciences politiques, économie et disciplines apparentées» avec en plus « une première expérience professionnelle requise de 3 à 5 ans »…

Les ennemis du vivre ensemble

Les gouvernements de gauche et les associations comme SOS racisme ont promu le vivre ensemble sans voir que le vivre ensemble ne se décrète pas mais résulte d’une volonté partagée. 

Depuis des années, Malika Sorel et d’autres ont répété que l’accusation de racisme portée à l’encontre des institutions et de la nation françaises favorisait un séparatisme et un communautarisme agressifs. Un certain nombre de descendants de l’immigration maghrébine, auxquels se joignent plus récemment des immigrés en provenance d’Afrique subsaharienne et d’Europe de l’Est, sont ce qu’on pourrait appeler des ennemis du vivre ensemble. Ils manifestent leur refus depuis plusieurs décennies par différentes formes de violences : agressions gratuites quotidiennes pour un regard ou une cigarette, vols, braquages, trafics, viols, terrorisme. On a longtemps nié ces délits et ces crimes en les considérant comme des faits divers isolés, justifiés par la gauche par les conditions de vie de milieux défavorisés et relégués. Comme le montrent les règlements de comptes entre trafiquants de cité et plus récemment la confrontation armée à Dijon entre jeunes Français d’origine maghrébine qui se définissent eux-mêmes comme “arabes” et des groupes tchéchènes, la violence va en augmentant de façon exponentielle.  À ce propos, a-t-on vraiment vérifié qui sont les Tchétchènes qui ont bénéficié ces dernières années en grand nombre de l’asile politique en France et en Allemagne ? La Tchéchénie a connu depuis quelques décennies la guerre civile, avec des atrocités de la part des uns et des autres. La confrontation des indépendantistes influencés par le wahhabisme avec l’armée russe et ses services spéciaux, les fameux Spetsnaz, en a fait des guerriers redoutables qui, pour certains, ont dû fuir à l’étranger après la victoire russe et le maintien au pouvoir du clan Kadyrov…

Les discriminations relatives s’expliquent d’ailleurs par la mauvaise réputation de ces adolescents et jeunes hommes, en révolte quasi permanente contre toutes les institutions, de la police à l’éducation nationale en passant par les pompiers et les voisins qui ont le même malheur d’appartenir au groupe majoritaire. On pourrait décrire cette situation comme une préparation progressive d’intifadas à venir, au profit d’islamistes qui attendent patiemment que la situation leur devienne tout à fait favorable. Mes expériences et recherches dans de nombreux pays : États-Unis, Caucase russe, Amérique latine, Allemagne, Israël m’ont démontré que l’islam était un prétexte puisqu’on trouve ces dynamiques d’hostilité au vivre ensemble dans des cultures très différentes. Les Rwandais, les Chinois de la révolution culturelle, les Congolais, les Américains blancs et noirs, les Cambodgiens ne sont pas musulmans. Les nazis, les fascistes, les communistes staliniens n’étaient pas musulmans non plus. 

Que faut-il comprendre ? Les ennemis du vivre ensemble sont mus par des émotions collectives que je connais bien depuis que j’ai créé et pratiqué avec mes collaborateurs Igor et Nicole Rothenbühler cette psychologie politique clinique que j’ai appelé thérapie sociale : la haine issue de la jalousie et du besoin de dominer à son tour, la violence résultant des blessures subies dans le cercle familial, la paranoïa qui diabolise l’autre groupe, la victimisation et l’exigence incessante de réparations et de repentances.

Dans le cas de l’Europe d’aujourd’hui c’est l’islam qui fournit à un grand nombre de personnes issus des immigrations une justification de leur refus du vivre ensemble. L’immigration massive a permis de créer des biotopes de civilisation séparée et auto dirigée par les caïds délinquants et les prêcheurs religieux qui importent des modes de vie en contradiction totale avec les modes de vie occidentaux. Deux civilisations ne peuvent coexister qu’à condition que l’une accepte sa relative infériorité, se soumette à l’autre et renonce à la violence. N’est-ce pas là ce qu’on appelle l’assimilation ? La diversité n’est pas un problème ai-je coutume de dire. Le problème c’est la violence sous toutes ses formes. La domination d’une civilisation sur une autre, est-ce une forme de violence ? Probablement, mais la coexistence est vécue plus paisiblement si cette domination est acceptée de grand cœur, comme favorisant l’épanouissement et le développement des individus.

Cette question devient lancinante et les prochaines échéances électorales tourneront autour d’elle.. Qui se préoccupera réellement de sa résolution ? Malheureusement, la protection dont bénéficient jusqu’à aujourd’hui les élites politiques, médiatiques, culturelles, sportives (lieux d’habitation et de villégiature protégés, voyages à l’étranger, établissements scolaires sélectifs pour leurs enfants…) ne les incite pas à se préoccuper du sort réel des classes populaires, de toutes origines il faut bien le préciser, confrontées quotidiennement à l’insécurité matérielle mais aussi aux dangers et aux désordres provoqués par une immigration de masse incontrôlée.

Mais qu’allons-nous faire? Retrouver Jacques Demy sur Netflix

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Les films musicaux du réalisateur proche de la Nouvelle Vague sont à retrouver sur la plateforme de diffusion.


Netflix a aidé nombre d’entre nous à supporter le confinement. Depuis fin avril, ce juke box à séries américaines a eu la brillante idée de mettre en ligne des merveilles de la Nouvelle Vague ou assimilées. Du Truffaut, évidemment, mais aussi Resnais et… Demy.

Les adorateurs de Demy, dont je fais partie, nous sommes une secte. Nos mantras sont les paroles de ses chansons et les dialogues de ses films, des plus triviaux (car il y a de la trivialité chez Demy) aux plus poétiques :

« Nous ferons ce qui est interdit / Nous irons nous promener la nuit
Nous irons ensemble à la buvette / Nous ferons tous deux des galipettes
Nous fumerons la pipe en cachette / Nous irons ensemble à la buvette
Nous nous gaverons de pâtisseries / Nous ferons tout ce qui est interdit »
Rêves secrets d’un prince et d’une princesse (Peau d’âne)

« Nous sentirons l’essence toute la journée, quel bonheur ! »
Deneuve à son fiancé dans Les parapluies de Cherbourg

Et, pour le plaisir de l’allitération :
« Les marins sont bien plus marrants que tous les forains réunis »
dans Les Demoiselles de Rochefort.

Toujours dans les Demoiselles le fameux calembour, « j’irai en perm à Nantes », et comme une prémonition, l’assassin d’une jeune fille, danseuse légère, Lola (clin d’œil à son premier court métrage) qui la découpe en morceaux répond au patronyme de… Dutroux.

Pas mièvre

N’en déplaise à ses détracteurs qui le qualifient de mièvre, Demy demeure un OVNI dans le paysage du cinéma français et même mondial. Il arrive à peindre la tragédie en rose dans Les parapluies de Cherbourg, les jeux de l’amour et du hasard en technicolor dans Les demoiselles de Rochefort. Son œuvre est une comédie humaine pop, car à l’instar de Balzac, certains de ses personnages sont récurrents. Chaînon manquant entre le cinéma d’auteur et la culture populaire, entre la comédie musicale à l’américaine et l’opérette (qui le fascine depuis son enfance nantaise), il a réussi l’exploit de mettre d’accord la critique et le public. Dans notre pays où l’on n’aime rien tant que les classifications et les étiquettes, c’est rare et mérite d’être souligné !

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Il est également un virtuose de la photo, des dialogues, de l’utilisation du noir et blanc ou de la couleur, et de la lumière qui se fait douce éblouissante ou crépusculaire, selon ses films.

Son utilisation répétitive du papier peint le démontre : Jacques Demy est aussi un maniaque du détail. Une des robes de Deneuve dans les Parapluies est assortie au papier peint de sa chambre. Celui d’une Chambre en ville fait écho à celui des Parapluies, son pendant sombre. La liste est infinie, « je pourrais vous en parler jusqu’à demain ».

Tout cela servi, bien sûr par la magistrale musique de Michel Legrand.

Lola, Les Demoiselles, Peau d’âne…

Lola, son premier long métrage, est la genèse de la vaste constellation d’astres lumineux de Jacques Demy. Toutes les obsessions du corpus demyesque y sont déjà présentes. Nantes, sa ville filmée en un noir et blanc lumineux, Lola la danseuse légère, fille-mère (elles sont nombreuses chez Demy) interprétée par la magnifique Anouk Aimée, mutine et virevoltante, tellement plus intéressante que chez Lelouch.

La Passage Pommeraye à Nantes. Photo: DR
La Passage Pommeraye à Nantes. Photo: DR

Lola qui attend son aventurier parti faire fortune en Amérique, Lola qui danse dans un tripot : « celle qui dit v’là un bateau v’là un samedi v’là des matelots ». Son ami d’enfance qui se rêve aventurier et que l’on retrouvera diamantaire et amoureux de Deneuve/Françoise dans Les Parapluies. Le passage Pommeraye, chef-d’œuvre de la période haussmannienne, théâtre de toutes les passions et de tous les drames dans Une chambre en ville. Ce dernier film est le pendant sombre des Parapluies, la tragédie peinte en rose versus la tragédie grise aux accents raciniens. La sensualité trouble de Dominique Sanda s’oppose à la grâce candide de Deneuve. Les amoureux des Parapluies que la vie a séparés se retrouvent à la fin dans la station-service qu’ils ont rêvée ensemble, réunis sous la neige dans un des plus beaux plans du cinéma français.

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Ceux d’une Chambre en ville, la troublante Edith et le viril François meurent ensemble, leurs deux corps entremêlés. Un des rares films de Demy où règne une sensualité moite.

Les Demoiselles, le chef-d’œuvre de Demy autour duquel gravitent les autres films est toujours l’éblouissant festival de couleurs, de scènes mythiques et de bons mots.

A part et complémentaires sont Peau d’Ane, considéré à juste titre comme le second chef-d’œuvre et Parking, considéré peut-être à tort comme raté. Peau d’Ane est féérique, le conte de Perrault est magnifié pour l’éternité. Parking est une maladroite interprétation du mythe d’Orphée. Francis Huster en pop star n’est pas très convaincant et les chansons sont insipides. Cependant, il y a un magnifique travail sur la lumière, grise transpercée de rouge, sur l’atmosphère certes connotée années 80, mais que je qualifierais de mediévalo-industrielle. Et Jean Marais en Hadès et Marie-France Pisier en Perséphone méritent à eux seuls un visionnage !

Telle est mon hagiographie que d’aucuns pourraient trouver sans nuances ! Mais voilà, Jacques Demy fait partie de ces artistes qui m’ont aidée à vivre.

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Écologie et plan hydrogène: Macron dépassé par Merkel


À l’heure des grands plans d’investissement post-Covid, l’État stratège français fait pâle figure quand on compare son leadership hésitant à la vision stratégique des autres grandes économies mondiales, Allemagne en tête.


L’hydrogène et le mur de la transition énergétique allemande

L’Allemagne ayant rempli sa besace d’électricités renouvelables, éoliennes et panneaux solaires, se retrouve confrontée au mur de la transition énergétique. En effet, ces énergies intermittentes ne produisent que la moitié du temps, quand le soleil ou le vent sont de sortie, et elles peuvent se révéler indisponibles… lorsque le consommateur tire de l’électricité. C’est pour cela qu’une énième centrale électrique à charbon a été mise en service le 30 mai à Datteln. L’Allemagne a besoin d’électricité même quand il n’y a ni vent ni soleil. Quoi qu’il en soit, notre voisin est obligé aujourd’hui de commencer à stocker ces électricités intermittentes difficiles à utiliser. L’hydrogène, produite par passage de l’électricité dans l’eau, est la seule solution valable de stockage en l’état des connaissances scientifiques (stocker deux jours d’électricité en France nécessite selon l’Académie des Sciences sept années de production mondiale de lithium).

En 2019, l’Allemagne a déjà commandé 27 locomotives Alstom, marque française, à hydrogène : l’hydrogène contenu dans le réservoir, l’essence de demain, est transformé en électricité actionnant un moteur électrique. Ces trains sont très utiles sur les voies non électrifiées et remplacent avantageusement les trains diesel. Des voitures à hydrogène de série, des bus à hydrogène existent. Demain, des avions à hydrogène pourront sans doute voler comme le signalait hier le groupement des industries aéronautiques et spatiales français. Un mode de transport propre et sans émission de CO2 qui risque de révolutionner les économies du monde développé.

Un grand plan hydrogène pour l’Allemagne, où est l’État stratège français ?

Madame Merkel vient de décider de lancer un grand plan de support à la filière hydrogène de neuf milliards d’euros pour développer cette filière écologique dans les transports. Elle veut que l’Allemagne devienne le leader de l’économie hydrogène, trois ans après le Japon et un an après la Chine. Cette utilisation de l’État stratège pour relancer l’économie allemande avec un fort programme écologique est évidemment excellente quand la crise du Covid nécessite d’accélérer les investissements et la croissance.

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Où est l’État stratège français, un exemple pour le monde avec, par exemple, le plan nucléaire qui nous a permis d’avoir depuis 30 ans une énergie sans CO2 représentant la moitié de la consommation énergétique française à un prix très faible ? Il est malheureusement pour nous dans les limbes, dilué dans le vide de la pensée stratégique néolibérale.

Les atouts de la France et les appels des industriels français ne manquent pas en la matière. Air Liquide est le leader mondial des gaz industriels et piaffe d’impatience de développer la filière hydrogène. Alstom a développé le premier train à hydrogène et pile à combustible du monde, en exploitation aujourd’hui, en Allemagne ! Carlos Tavares de Peugeot a déclaré que les voitures à hydrogène sont plus prometteuses que les voitures électriques[1]. Des entreprises françaises sont prêtes à produire de l’hydrogène par électrolyse de l’eau, carburant produit avec une électricité sans CO2. Il ne manque que l’impulsion forte de l’État stratège pour engager la filière pour de très longues années de forte croissance. L’hydrogène a en effet des atouts qui le rendent très supérieur au tout électrique : stockage de l’électricité renouvelable, remplissage d’un réservoir en trois minutes dans une station service, l’hydrogène propre est d’ores et déjà moins cher que l’essence taxée ; il ne nécessite pas de déploiement de millions de bornes électriques coûteuses sur les trottoirs et ne pose pas de problèmes de recharge ou de surtension du réseau électrique sur les routes des vacances quand 100.000 utilisateurs veulent recharger leur batterie.

La France est en capacité de produire dès aujourd’hui beaucoup d’hydrogène propre : il suffit de le fabriquer par électrolyse de l’eau après avoir fait tourner nos centrales nucléaires, sous-utilisées, à pleine capacité. On remarquera que fermer la centrale de Fessenheim dans ces conditions est une absurdité, un bonbon jeté à EELV aux dépens de l’économie et de l’écologie de la France. La production d’hydrogène permettra d’absorber l’intermittence des productions d’énergies renouvelables si cette voie est privilégiée.

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À court et moyen terme, la France doit relancer son économie et ses secteurs d’avenir

Pour la relance de notre économie en dépression de 11% cette année, pour la relance de l’emploi et notre repositionnement dans la course technologique, il est fondamental que la France lance un grand plan hydrogène avec des commandes fermes à nos industriels sur plusieurs années. L’Allemagne est trop timide. Ce plan nécessite plus de 9 milliards d’euros pour être un réel atout de poids. Cela passe par le remplacement dans les années à venir de toutes les locomotives diesel de la SNCF par des locomotives propres à hydrogène, par un travail avec Peugeot et Renault pour lancer rapidement des modèles hydrogène et le lancement rapide d’usines d’électrolyseurs. Toute une filière économique et écologique d’excellence peut être poussée en avant avec de fortes créations d’emplois à valeur ajoutée en France. Elle est nécessaire pour notre avenir, elle est nécessaire pour relancer la croissance. Tous les détails d’un tel plan stratégique sont dévoilés dans la partie énergie du livre Comment réaliser la transition écologique, un défi passionnant sorti le 9 juin.

Structurer et donner une poussée à cette filière serait pour la France un grand pas pour l’économie et un grand pas pour l’écologie. Ce serait un véritable espoir pour notre pays paralysé par la peur du décrochage stratégique. Macron l’entendra-t-il ?

 

[1] Carlos Tavares le patron de Peugeot déclarait fin 2018 à propos de l’électrique « Le monde est fou. Le fait que les autorités nous ordonnent d’aller dans une direction technologique, celle du véhicule électrique, est un gros tournant… Toute cette agitation, tout ce chaos, va se retourner contre nous parce que nous aurons pris de mauvaises décisions dans des contextes émotionnels ». Sur l’hydrogène, il déclarait : « C’est une technologie qui nous intéresse vraiment ». « Je peux vous annoncer qu’en 2021 nous allons faire les premiers tests grandeur nature de vente de véhicules à hydrogène du groupe PSA ». « Les premiers résultats sont très prometteurs donc nous pensons que cette technologie a de l’avenir… ».

Quand la manif pour Traoré fait chou blanc

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Même si la manifestation a fait du raffut, seulement 15 000 personnes ont répondu samedi à l’appel du comité Adama, selon la préfecture de police. Les sornettes d’Assa Traoré sont reprises avec beaucoup de complaisance par les médias et nombre de politiques, mais les Français ne s’y trompent pas et ne rejoignent pas massivement le mouvement.


La manifestation organisée par le comité Adama le 13 juin, officiellement contre le racisme et les violences policières a fait un bide. Est-ce à dire que la France et les Français seraient indifférent face au racisme ? Absolument pas. Ce qui est arrivé à Georges Floyd a choqué et ému le monde entier. Mais cette histoire n’a pas eu lieu en France et ceux qui essaient de l’exploiter, famille Traoré, militants gauchistes, indigénistes et plus discrètement mouvance islamiste, n’ont rien à voir avec le combat antiraciste. Ils en sont même la négation puisqu’ils ne voient les êtres humains qu’à travers le prisme de leur couleur de peau et n’imaginent entre eux qu’un seul lien, celui de la domination. Si le monde médiatique dans sa majorité n’y a vu que du feu et si les politiques se sont montrés incapables de défendre la police injustement attaquée, les Français, eux, n’ont pas été dupes : ils ont compris la manipulation et ne se sont pas déplacés.

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Rentrez chez vous les gauchistes!

Avoir le soutien des médias et exploiter un drame qui a ému le monde entier pour ne réunir que 15 000 manifestants… Moins encore que lors du rassemblement devant le Palais de Justice ! En politique, on appelle cela un échec cinglant. Cela montre que cette tentative de radicalisation et de mise en accusation de la société par une famille de caïds et toute la mouvance gauchiste ne prend pas.

En sacrifiant sa police à des exaltés sans influence réelle, l’exécutif a donc paniqué devant un tigre de papier. Il a mis à mal la séparation des pouvoirs et humilié la police parce qu’il ne prend la mesure ni des situations ni de ses obligations. Ces comités Adama et consorts ne représentent rien. Ce qui leur donne du pouvoir, c’est la peur des politiques face à leur chantage et l’espace que l’État leur cède en les laissant mettre sous coupes réglées certains territoires. Cela montre aussi que les storytellings médiatiques ne fonctionnent plus quand elles sont aussi éloignées de la réalité. Certains journalistes étaient allés loin en occultant la violence endémique de la famille, pour renforcer la dimension de victimisation. La couleur de peau de certains membres des forces de l’ordre ayant procédé à l’arrestation a été tue, car certains étant noirs ou métis, ils mettaient à mal la théorie d’un dérapage raciste lors de l’arrestation d’Adama Traoré. Pareil pour la tentative de faire passer la police pour systématiquement raciste, alors que le racisme y est combattu, fait l’objet de procédures en cas de constat et que rares sont les commissaires qui apprécient les policiers qui jouent les cowboys et ne savent pas se tenir. S’il est normal de combattre toute forme de racisme dans les institutions, il est tout aussi normal de refuser les accusations infondées et les manipulations grossières. Cet échec de la manifestation ne parle pas d’une France qui refuserait de combattre le racisme, mais d’une France qui refuse la guerre des races et rejette ceux qui veulent l’entraîner là-dedans.

Christophe Castaner nous met dans le pétrin

Le comité Justice pour Adama détourne la juste cause de l’antiracisme. Adama Traoré n’est pas Georges Floyd et la France n’a pas l’héritage ségrégationniste, raciste et communautariste des États-Unis : la tentative de déstabilisation politique dont rêve le comité Adama et l’extrême-gauche ne prend pas, et si Christophe Castaner n’avait pas stupidement tiré dans le dos de la police (symboliquement !), l’État ne se serait pas mis dans un tel pétrin.

Rappelons que l’antiracisme n’est pas la volonté de faire de la couleur de la peau une appartenance qui oblige. C’est au contraire la conviction que la couleur de la peau ne compte pas, ne dit rien sur ce qui fait un être humain, sa capacité à aimer, à apprendre, à comprendre, à construire et à agir, elle ne nous définit pas, ne nous enferme pas. On juge un homme à ses actes, pas à sa couleur ou à son sexe… L’inverse de ce qu’essaient de vendre ceux qui s’autoproclament antiracistes alors que leur pensée est essentialiste. Et c’est justement le cas des décoloniaux, proches du comité Adama, dont le meilleur exemple est Houria Bouteldja qui, dans son livre Les Blancs, les Juifs et Nous, indiquait par exemple qu’une Noire se faisant violer par un Blanc devait le dénoncer et en faire un argument politique. En revanche si elle se faisait violer par un Noir, elle devait se taire pour protéger son clan, sa race, sa famille. L’appartenance raciale passant donc avant toute quête de justice.

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Voilà à qui nous avons affaire : des gens qui brandissent la bannière antiraciste mais pour qui la couleur de peau est l’alpha et l’omega de l’appartenance. Et nos médias vont continuer longtemps de les présenter comme des représentants de l’antiracisme ? Il est peut-être temps d’appeler un chat, un chat et de dire que ces soi-disant antiracistes vont aujourd’hui plus loin dans le rejet de l’autre et la violence ethnique que l’extrême-droite. Le dire est risqué alors qu’attaquer l’extrême-droite, même quand elle est très en deçà du discours violent des décoloniaux, voire même quand elle se tait, vous vaut des points de pureté morale et de noblesse d’âme.

Non au modèle de société américain !

Espérons que ce pouvoir aux abois va enfin comprendre qu’il n’est victime aujourd’hui que de sa propre faiblesse et de son inconsistance, et qu’il n’y a pas un vent qui se lève en France en faveur du communautarisme et du séparatisme. Au contraire, c’est un grand ras-le-bol que l’on constate, celui d’une majorité des Français qui voudrait que leurs dirigeants défendent leur modèle de société.

C’est le 16 juin, que se tiendront symboliquement la France et les Français, aux côtés des soignants. C’est là que nous pourrons défendre ce que nous sommes et ce modèle social qui soigne et soutient tous les malades sans se soucier de leur couleur de peau, de leur sexe, de leur philosophie, de leur religion, ou de leur âge (sauf quand il est sous-tension). La France, c’est ce modèle intégrateur qui recherche et trouve la concorde dans la fraternité, qui refuse les appartenances ethniques, la soumission aux dogmes religieux ou à la race. Le 13 juin, nous pouvons être fiers de ne pas être descendus dans la rue. Le 16 juin, la France qui manifestera sera celle aux côtés de ceux qui ont pris des risques pour elle, soignants et travailleurs qui ont beaucoup donné et sont toujours au front.

Silence coupable

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Tragédie made in Normandy


La mort du président d’une association d’aide aux migrants de Cherbourg a fait beaucoup réagir. En effet, il a été assassiné par un réfugié afghan qu’il avait hébergé quelque temps auparavant. Alors forcément, de mauvais esprits y ont vu « l’arroseur arrosé »…


Itinérance, association humanitaire d’aide aux migrants de Cherbourg, est en deuil. Le 12 mai dernier, son président Jean Dussine était tué à son domicile de Bretteville-en-Saire. L’assassin, indique le parquet, est « un jeune homme de nationalité afghane, âgé de 21 ans, qui réside en région parisienne ». L’homme a reconnu « être l’auteur de plusieurs coups donnés avec une barre de fer. » Selon le procureur de la République, « les motivations de son acte restent floues. Hébergé il y a quelques mois chez la victime, il a exclu le mobile crapuleux et fait état d’une vengeance dont la cause reste à élucider ».

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Jean Dussine ne méritait pas une telle fin. Avec le concours de l’évêché et de la municipalité, il mettait ponctuellement à disposition des lieux d’hébergement temporaire pour les réfugiés. À l’annonce de sa mort, le sénateur (LR) et ancien président du conseil général de la Manche, Philippe Bas, s’est dit « bouleversé », saluant la mémoire d’un homme « dont la générosité était connue de tous et force l’admiration ». Ces mots, plutôt sages et mesurés, n’ont pas inspiré toute la classe politique locale. Un tweet, supprimé depuis, de la responsable locale du Rassemblement national a en effet ironisé sur « l’arroseur arrosé ».

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« Infâmes charognards », lui a répondu le jour même le maire délégué (PS) de la ville de Cherbourg, Sébastien Fagnen. Le MRAP local entend de son côté porter plainte contre les propos outranciers d’un internaute se réjouissant du drame.

Plutôt que d’échanges d’injures ou de noms d’oiseaux, c’est d’investigations et d’informations dont le public aurait besoin. La détermination, peut-être préméditée du meurtrier, venu de région parisienne pour tuer son ancien bienfaiteur, étonne et interroge. En attendant l’enquête et le procès, les grands médias ont été plutôt discrets sur ce fait divers – de peur qu’il devienne politique ?

L'étrange suicide de l'Europe: Immigration, identité, Islam

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Derrière les émeutes, une cible: l’Amérique de Trump


Derrière l’abominable meurtre de George Floyd, les démocrates, maîtres de la quasi-totalité des grandes villes américaines, veulent imposer aux Blancs conservateurs un exercice de repentance collective. Mais pillages et leçons de morale pourraient au contraire remobiliser les troupes du président américain. Reportage


Même ici. Même au cœur d’un des États les moins peuplés d’Amérique, la peur a saisi une population qui commence à peine à sortir des mesures de quarantaine prises dans la foulée de la crise du Covid-19. Dans la plus grande agglomération du Nouveau-Mexique, à Albuquerque, une ville de 800 000 habitants, on ressent l’onde de choc provoquée par la mort de George Floyd, ce Noir tué par un policier de la ville de Minneapolis, 2 000 kilomètres plus au nord. Et on l’entend : les hélicoptères balaient le ciel sous des trombes d’eau et surveillent les mouvements de foule. La police montée est de sortie, les panneaux à affichage électronique au bord de l’I-40, cette gigantesque autoroute qui traverse l’Amérique d’une côte à l’autre, préviennent le visiteur : « Attention, possible couvre-feu, ce soir ! » Plus de 100 villes aux États-Unis ont recensé des manifestations, tournant souvent brusquement à l’émeute ou aux pillages de masse.

« Merde, quoi ! On sort à peine de ce virus et voilà qu’on a ça maintenant ! » se lamente Steven Chamberlin, propriétaire de plusieurs commerces sur la Plazuela Sombra, au cœur du « Old Town » d’Albuquerque, quartier historique et touristique qui a conservé son architecture coloniale espagnole. Debout sur un escabeau (« merci de ne pas me photographier, ces connards seraient prêts à se venger »), cet homme d’une cinquante d’années est en train de clouer des panneaux en bois pour protéger les vitrines de ses magasins. La veille, une manifestation, au départ pacifique, a dégénéré : des poubelles et du mobilier urbain ont brûlé dans le « New Dowtown », le centre financier et administratif de la ville. La police montée et des blindés ont bloqué les passages. Le maire démocrate, Tim Keller, s’est fendu d’un discours et d’un allumage de chandelles à la mémoire de George Floyd.

On tente de discuter avec Steven. « Vraiment, à Albuquerque, vous risquez quelque chose ? » lui glisse-t-on, en ajoutant, par provocation : « Enfin, il n’y a pas de Noirs ici ! » Aux États-Unis, les statistiques ethniques sont autorisées. Elles sont même encouragées dans un pays où la couleur de votre peau (pourvu que vous ne soyez ni Blanc ni Asiatique) vous vaut parfois de sacrés rabais au moment de vous inscrire à l’université. Au dernier recensement de 2018, ils n’étaient que 3,2 % de la population de la ville, contre 12 à 13 % pour le pays. Une rareté, pourrait-on dire, dans une ville de cette dimension. À Dallas, ils sont 25 %, à Washington 45 %, à Détroit 79 %. « Mais, cher monsieur, ils s’en foutent des Noirs ! Ce n’est qu’un prétexte ce meurtre… Aussi dégueulasse soit-il, c’est une excuse pour nous faire ch… Pour faire ch…, répète-t-il, des gens comme moi, des gens qui pensent que Trump est le meilleur président depuis un sacré bout de temps ! C’est ça aujourd’hui qu’ils veulent ! Nous terroriser, nous faire peur… Nous ! » Et, Steven Chamberlin, de s’interroger : « Ç’a duré longtemps les émeutes des gilets jaunes chez vous ? »

Présomption de culpabilité pour Derek Chauvin

L’Amérique des villes démocrates est secouée. Elle n’avait pas vu cela depuis l’insurrection née de l’acquittement des quatre policiers qui avaient passé à tabac Rodney King, à la suite d’une course-poursuite dans Los Angeles, pour un excès de vitesse et un délit de fuite. Rodney King s’en était tiré. Il était devenu millionnaire et avait fondé une société de production de rap. Mais les émeutes, qui s’étaient étalées sur une semaine entre avril et mai 1992, quoique presque uniquement cantonnées à la mégalopole californienne, avaient coûté la vie à plus de 50 personnes, fait des milliers de blessés, et peut-être précipité la défaite de George H. W. Bush alors candidat à sa réélection.

Derek Chauvin, fonctionnaire de police d’une municipalité démocrate – il n’y a pas de police nationale aux États-Unis -, cristallise l’antitrumpisme primaire comme il existe un racisme primaire

Là, George Floyd, un Texan récemment installé dans le Minnesota, c’est-à-dire aux antipodes culturels de son État d’origine, condamné dans le passé à cinq ans de prison pour un braquage à Houston, passé par la case d’acteur de films porno amateur, pas un saint au regard de son casier judiciaire, est mort. Et l’Amérique confinée l’a vu mourir en boucle en appelant sa mère au secours. Il est mort en disant qu’il ne pouvait plus respirer. Il ne sera ni millionnaire ni producteur de rap. Un flic blanc, Derek Chauvin, devenu le symbole de la haine raciale, l’a étouffé sous le poids de son genou, devant l’objectif d’un smartphone. Pire encore, ce policier, qui pour joindre les deux bouts faisait quelques heures par semaine comme videur dans une boîte de nuit, est devenu le symbole de l’Amérique de Trump, celle que la gauche démocrate américaine vomit depuis bientôt quatre ans sur les plateaux de CNN, celle accusée de tous les maux, du Covid-19 aux vitrines explosées des magasins Nike des grandes villes du pays. Un criminel raciste. Peu importe que son épouse – désormais en instance de divorce – fût une réfugiée laotienne. Derek Chauvin est forcément raciste, dans l’Amérique de Trump. Il incarne Trump dans la tête des hordes d’antifas. Ces groupuscules de la gauche radicale, organisés en milices aux États-Unis, qui aiment tant, depuis 2016, jouer à la guerre avec leurs homologues de l’extrême droite, se frottent aussi les mains. S’ils cassent les vitrines, s’ils exposent les failles de cette Amérique sûre de ses frontières extérieures et en paix à l’intérieur, Trump est fichu, pensent-ils…

Sauf que ce récit devenu canonique repose sur une notable distorsion des faits. Minneapolis est peut-être la ville la plus à gauche du pays, dans l’État le plus à gauche de l’Amérique. Cette métropole du Midwest, où le Mississippi prend sa source, à un jet de pierre des chutes de Saint Anthony, est presque un cas d’étude. On y circule en trottinette électrique, on passe six mois de l’année à dégeler le pare-brise de sa voiture, on vit cloisonnés entre communautés, et Hillary Clinton y avait récolté 64 % des voix en 2016. Le Minnesota lui-même est un bastion démocrate par excellence. C’est le seul État où Ronald Reagan avait été défait en 1984 à l’occasion de sa réélection. Et on n’y a pas voté pour un candidat républicain depuis 1972 ! En y venant en meeting en octobre 2019, Trump avait créé la sensation : les antifas venaient protester contre la venue d’un candidat, alors au faîte de sa gloire, et qui ne cachait pas son intention de faire basculer cette terre de gauche dans le camp républicain. Fini le foutoir dans cette ville, promettait-il en substance.

Joe Biden et Ilhan Omar à la récupération

Derek Chauvin, fonctionnaire de police d’une municipalité démocrate – il n’y a pas de police nationale aux États-Unis -, cristallise l’antitrumpisme primaire comme il existe un racisme primaire. Ainsi personne, pourtant, n’a protesté contre la gestion démocrate de la police de Minneapolis ou contre le gouverneur, lui aussi démocrate, Tim Walz. Personne n’a moqué la récupération politicienne de Joe Biden, le candidat qui sera investi à Milwaukee, en août prochain, dans le Wisconsin voisin – un État conquis par Trump en 2016 –, qui s’est agenouillé en signe de contrition. Personne n’a osé parler d’Ilhan Omar, représentante démocrate du cinquième district au Congrès, députée de Minneapolis qui, depuis son élection en 2018, n’a eu de cesse de jouer la carte du communautarisme ethnique, en flirtant avec l’antisémitisme le plus ignoble. Alley Waterbury, candidate aux primaires républicaines contre Ilhan Omar, nous l’avait confié il y a quelques mois dans un vocabulaire peu châtié qui est souvent celui des trumpistes décomplexés : « Minneapolis est un trou à merde. Ilhan Omar n’a rien fait de sa ville. Ah si… Elle a juste transformé ce trou en piscine à merde. »

En ligne de mire, le quartier de Cedar-Riverside, aussi appelé – très officiellement – « Little Mogadishu », la « Petite Mogadiscio ». Minneapolis est la plus grande ville somalienne hors de Somalie. L’administration Clinton qui avait raté son intervention dans ce pays de la Corne de l’Afrique avait eu l’idée d’installer des milliers de réfugiés dans cet État rural peuplé à l’origine de colons de souche scandinave venus cultiver une terre souvent gelée. Résultat : Cedar-Riverside s’est vidée de ses habitants. Des tours, qui n’ont rien à envier à celles de Seine-Saint-Denis, y ont poussé. Et d’ex-soldats des Navy Seals (les forces spéciales américaines) y patrouillent entre deux boucheries musulmanes.

A lire ensuite: Black Lives Matter: un conformisme comme un autre?

Mais jusqu’au meurtre de George Floyd, qui s’est produit d’ailleurs devant une boutique hallal, les Minnésotains regardaient de loin ce pétard prêt à exploser. Les Blancs un peu riches ont déménagé dans des pavillons sécurisés. Les autres se coltinent encore la racaille. Encore une fois, Alley Waterbury avait pressenti les choses dans cette Amérique des ghettos, communautarisée comme aucun autre pays occidental : « Le Minnesota a une mentalité unique aux États-Unis. Assez artificielle. Pour résumer, le Minnésotain se dit : “Si vous restez hors de mon chemin, faites ce que vous voulez. Et moi je ferai de mon côté ce que je veux tant que vous ne me croisez pas.” Cette attitude passive nous vaut d’avoir perdu toute liberté dans cette ville qui manque, en plus, de 400 officiers de police. » Il y a bien longtemps qu’on n’a pas croisé à Little Mogadishu un descendant de Suédois ou de Norvégiens. Mais on les croise, leurs têtes aussi blondes que celles de leurs ancêtres et leurs yeux bleus perçants, aux manifestations contre « la violence policière ». On les voit s’allonger comme George Floyd, le ventre sur le bitume. Faire des génuflexions. Bref, demander pardon. Attitude de repentance tout à fait fausse historiquement : les Suédois ou les Norvégiens n’ont pas participé à la traite négrière. Mais qu’importe finalement. Pendant que les magasins Nike et Apple sont visés, eux s’accroupissent, s’aplatissent, gémissent. Derek Chauvin est blanc, c’est une ordure, et ils finissent par penser qu’ils sont eux-mêmes des ordures, des descendants d’ordures et des cousins d’ordures.

Manifestations en réaction au décès de George Floyd à Albuquerque (Nouveau Mexique), 1er juin 2020. © Anthony Jackson / AP / SIPA
Manifestations en réaction au décès de George Floyd à Albuquerque (Nouveau Mexique), 1er juin 2020. © Anthony Jackson / AP / SIPA

La loi et l’ordre

Au milieu, ce petit peuple de Blancs méprisés par l’Amérique bien-pensante, celle qui veut sauver son gagne-pain, ses vitrines, ses voitures. La violence policière existait déjà sous Obama. Elle ciblait aussi les Afro-Américains. La « Task Force » qu’il a créée en grande pompe en décembre 2014 pour lutter contre ce fléau n’a servi à rien. Seulement, Obama était noir. « Un faux Afro-Américain », me confiait à un meeting de Trump à Minneapolis un jeune Noir républicain : « Il n’est pas descendant d’esclaves. Il est descendant d’un Kenyan. Prof d’université qui plus est ! Mais tout le monde n’y a vu que du feu. Jusqu’à son accent bidon quand il s’adresse aux Noirs. »

A lire aussi, du même auteur: Cette Amérique qui refuse le confinement

Il n’y a pas davantage de Noirs que de Blancs tués par les balles des policiers américains, selon une étude réalisée par le professeur Roland G. Fryer Jr, de l’université Harvard, et publiée en juin 2019, mais là aussi, peu importe. Le biais idéologique sert le fait racial et inversement. Peu importe également que le taux de chômage de la communauté noire n’ait jamais été aussi bas dans l’histoire des États-Unis (avant la crise du coronavirus). L’important, c’est le sentiment de culpabilité que l’Amérique blanche démocrate veut projeter et généraliser à tous les Blancs. Et Trump est le coupable parfait, car il est au sommet. Ce n’est pas Biden qui est raciste, même si, au cours d’un meeting virtuel, il explique en direct à un Noir américain qui s’apprête à voter républicain : « Tu n’es pas noir, si tu ne votes pas pour moi. » (Tout en singeant l’accent afro-américain en disant « you ain’t » au lieu de « you aren’t ».) Le raciste, c’est Trump.

Pour l’instant, aucune milice armée ne s’est constituée en réponse aux pillages et aux violences. En 1992, ce sont pourtant les Coréens de Los Angeles, équipés de fusils et de mitraillettes, pour défendre leurs commerces, qui, peut-être bien plus encore que la Garde nationale et l’armée, avaient contribué à mettre fin aux razzias et à la casse de la ville. La soudaineté et la brutalité des manifestations pourraient profiter à Trump en novembre, s’il ne laisse pas pourrir la situation : un peu de chaos dans les villes démocrates, mais pas trop. L’Américain, jusqu’ici patient, aime l’ordre. Et c’est pour ça qu’il est armé.

Alain Finkielkraut: « Suis-je devenu légitimiste? »

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© Thomas Padilla-POOL/SIPA

L’esprit de l’escalier


La France du soupçon

Un grand nombre d’intellectuels et d’éditorialistes de droite, de gauche ou d’extrême gauche ont perçu le long confinement dont nous venons de sortir comme une confiscation des libertés. À la faveur de cette épidémie, ont-ils dit, le pouvoir a cédé à ses penchants despotiques ou disciplinaires et il a testé la docilité des citoyens. Je m’inscris, une nouvelle fois, en faux contre cette interprétation. Nous, les confinés, ne nous sommes pas montrés moutonniers, nous n’avons pas obéi à une contrainte, nous avons fait acte de responsabilité. Nous avons pris sur nous pour nous protéger, pour protéger les autres, pour participer à un effort collectif de lutte contre la pandémie. Nous savions bien que les libertés de mouvement, de réunion et de manifestation n’étaient suspendues qu’à titre provisoire. Elles allaient rouvrir, comme les cafés et les restaurants. Face à l’événement, nous n’étions pas des enfants malléables à souhait, mais des adultes conscients qui appliquions avec les gestes barrières, et ce qu’on appelle désormais la « distanciation sociale », le premier principe de toute morale digne de ce nom : ne pas nuire. Et puis, à la différence de ce qu’il se passe dans les États autoritaires qui criminalisent les voix dissidentes comme le fait la Chine, en ce moment même à Hong Kong, la liberté d’expression n’a pas un instant été remise en cause. Elle s’est déployée et même déchaînée sans la moindre retenue. Tout au long de la crise, le gouvernement et le président de la République n’ont pas seulement été critiqués pour leur mauvaise gestion, ils ont été menacés de poursuites, insultés, traînés dans la boue, à la télévision comme sur les réseaux sociaux. Et cette contestation a quelque chose de spécifiquement français.

Il y a en Michel Onfray une violence qui me fait de plus en plus peur…

De tous les peuples européens, le nôtre se montre et de loin le plus défiant à l’égard de ses représentants. 66 % des Français estiment que l’exécutif n’a pas été à la hauteur, 75 % pensent que le gouvernement n’a pas dit la vérité, 79 % qu’il n’a pas pris les bonnes décisions, alors que 61 % des Britanniques se rangent derrière Boris Johnson dont la politique a pourtant été fluctuante. Le 9 mars, il se targuait encore d’être allé dans un hôpital et d’avoir serré la main à tous les malades. En Italie et en Espagne, le sentiment majoritaire, c’est que les gouvernants et les gouvernés sont dans le même bateau. Je m’interroge sur cette singularité française et je pense de plus en plus qu’elle n’est pas circonstancielle. Elle s’inscrit dans une tradition déjà longue de suspicion à l’égard du pouvoir, même sorti des urnes. Alain, le doux Alain, est le grand théoricien de cette suspicion. La démocratie, pour lui, n’est pas un mode de gouvernement, mais un mode de surveillance. Dans l’une de ses Chroniques de guerre, Raymond Aron a pointé l’erreur fondamentale de ce raisonnement : « L’hostilité à l’égard des gouvernants, le refus du citoyen de se placer du point de vue de ceux qui gouvernent et d’examiner, comme ceux-ci sont contraints de le faire, les problèmes à résoudre. » Et Aron marque son opposition en ces termes très forts : « Le vrai citoyen veut choisir ses chefs, non les enchaîner par le soupçon perpétuel. Il veut la grandeur de la nation, en même temps que la sécurité personnelle, il veut des pouvoirs légitimes mais capables d’action. Le citoyen ne s’accomplit pas dans la lutte contre les pouvoirs, mais dans une libre adhésion à la communauté. »

On a décrit la modernité post-totalitaire comme une victoire d’Aron sur Sartre. On s’est trompé. Nous assistons au triomphe d’Alain sur Sartre et Aron. Il n’est qu’à ouvrir le livre de Pierre Rosanvallon, La Contre-Démocratie : la politique à l’âge de la défiance, pour s’en convaincre. Rosanvallon écrit : « Nous sommes passés de la démocratie de confrontation à la démocratie d’imputation, au peuple électeur du contrat social se sont imposés de façon toujours plus active les figures du peuple surveillant, du peuple veto et du peuple juge. » Internet, comme le dit Rosanvallon, est l’incarnation providentielle de cette fonction de vigilance, de surveillance et de dénonciation. Rien n’est plus affligeant que l’inaptitude française, en période de crise, à former une véritable communauté politique.

Michel Onfray. © Philippe Conrad / Photo12 via AFP
Michel Onfray.
© Philippe Conrad / Photo12 via AFP

Suis-je devenu légitimiste ?

Emmanuel Macron s’est présenté comme progressiste, au moment même où l’urgence n’est pas de changer le monde, mais de sauver ce qui peut l’être. Et, en outre, il s’est vanté de résoudre par l’économie le grave problème civilisationnel que connaît la France. Je ne me suis pas converti à cette vision du monde. Je n’ai pas changé. C’est la pandémie qui a changé la donne. L’idéologie macronienne a été, pendant cette crise, abandonnée ou en tout cas mise entre parenthèses. Le gouvernement a voulu faire face en prenant des mesures, comme le chômage partiel pour 12 millions de travailleurs, qui n’étaient pas au programme. Ceux qui m’accusent d’être devenu légitimiste et d’avoir viré de bord refusent de prendre acte de la nouveauté de la situation. Macron incarnant pour eux le mal, il ne peut rien faire de bien même quand il cesse de faire du Macron.

Il y a, certes, des retards, des erreurs, des atermoiements, mais avant tout réquisitoire il faut se poser, avec Raymond Aron, la question : qu’aurais-je fait à leur place ? Comme l’a sans cesse rappelé Édouard Philippe, « nous prenons des décisions à partir d’informations incomplètes et parfois contradictoires ». Les gouvernants ont consulté les scientifiques, comme c’était bien normal, mais ils ne s’en sont pas remis à la science parce que la science elle-même tâtonnait et les renvoyait à leurs responsabilités. Reste, dira-t-on, ce mensonge d’État : la dissimulation de la pénurie de masques. Au lieu de contester leur utilité pour le grand public, le gouvernement aurait dû jouer cartes sur table et dire que tant qu’il n’y en avait pas assez, il fallait les réserver au personnel soignant. Tout le monde aurait compris. Eh bien non, tout le monde n’aurait pas compris, des mouvements de panique auraient éclaté. Dans les services essentiels à la survie même de notre société, certains travailleurs auraient pu faire valoir leur droit de retrait. La délinquance, enfin, aurait visé en priorité les lieux de stockage du matériel médical. Les citoyens ne sont pas toujours bons et le pouvoir pas toujours mauvais. Le pouvoir doit compter avec « le bois tordu de l’humanité ». Ajoutons que sur la question des masques, le consensus ne règne toujours pas et que les autorités sanitaires danoises refusent de le prescrire.

(c) Hannah Assouline
Photo: Hannah Assouline

L’antiélitisme débridé

Les gilets jaunes se sont révoltés, à très juste titre, contre l’élite hors-sol et multiculturelle qui accablait de son mépris la France périphérique. Mais au lieu de se définir comme une communauté d’êtres parlant et discutant, le peuple a surgi sous la forme d’un bloc compact, d’une totalité sans fissure, d’une multitude unie en un seul corps, guidée par une seule volonté, parlant d’une seule voix.

Quand il y a eu, parmi les gilets jaunes, des voix dissonantes, elles ont été immédiatement proscrites. Souvenons-nous de ce qui est arrivé à Ingrid Levavasseur. On rejouait la Révolution française : « Qu’est-ce que le tiers-état ? disait Sieyès. Tout mais un tout entravé et opprimé. Que sera-t-il sans l’ordre privilégié ? Tout, mais un tout libre et florissant. » L’ordre privilégié, aujourd’hui, ce n’est plus la noblesse héréditaire, c’est tout ce qui dépasse. Ce n’est pas seulement l’élite des anywhere, c’est l’élite en tant que telle. Et là intervient le phénomène Raoult. David Pujadas l’interroge pour LCI et lui demande pourquoi il a refusé de faire un essai clinique pour un médicament – l’hydroxychloroquine – certes connu, mais qui n’avait pas pu faire ses preuves face à un virus inédit. C’était pourtant le seul moyen de s’assurer de son efficacité et de son innocuité. Le professeur marseillais refuse de répondre, donc le journaliste insiste : « C’est une question légitime, à travers moi ce sont aux gens que vous vous adressez, et qui demandent pourquoi vous n’avez pas fait cela ? » Raoult, alors, rétorque : « Détrompez-vous, les gens pensent comme moi. Vous voulez faire un sondage d’opinion entre vous et moi ? Vous voulez faire un sondage entre Véran et moi pour voir en qui les gens croient, vous voulez voir où est la crédibilité ? » C’est la première fois dans l’histoire moderne qu’un chercheur de haute volée sollicite l’arbitrage de l’opinion publique pour arbitrer une querelle scientifique. Dans L’Express, Raoult va plus loin encore, il s’en prend aux médias en général : « On vous dispute le monopole de la parole, ce droit de dire dont vous jouissez, on vous le dispute, on vous le vole, on s’en fout de vous, maintenant on dit les choses nous-mêmes. » Qui nous ? « Nous, les réseaux sociaux, nous YouTube. »

Didier Raoult incarne aujourd’hui, et il s’en targue – « nous les réseaux sociaux » –, la revanche de la France d’en bas sur la France d’en haut, du peuple sur la caste, du terrain sur la théorie, des simples gens sur l’establishment. Le peuple décide à travers lui et par lui quel est le bon médicament. L’heure des gourous a sonné au pays des Lumières. Avec Raoult, le populisme politique et le populisme pénal se prolongent en populisme sanitaire. Et c’est très logiquement qu’il a rejoint la revue et le mouvement Front populaire. Léon Blum ne méritait pas ça.

A lire, du même auteur : Le vent mauvais du populisme pénal souffle sur la France

Front populaire

J’envie la fécondité de Michel Onfray et j’admire sincèrement sa prodigieuse énergie. Mais il y a en lui une violence qui me fait de plus en plus peur. Laurent Joffrin l’ayant accusé de tomber dans le ressentiment, il s’est très légitimement insurgé contre la psychologisation ou la psychiatrisation de l’adversaire en disant que c’était un procédé soviétique. Mais il ne s’est pas arrêté là : « Il ne me viendrait pas à l’idée, a écrit Michel Onfray, d’estimer que son combat contre Le Pen viendrait de la grande proximité qu’il eut avec cet homme au moment où son père faisait profession de remplir les caisses du Front national. Il existe sur le net une belle photo de Joffrin torse nu avec Le Pen. » Et il publie cette photo dans son article. Par cette effrayante prétérition, Onfray montre que contre ceux qu’il appelle les « populicides », tout est permis. Ce ne sont pas des interlocuteurs, ce sont des ennemis à abattre. Il est tout à fait légitime de vouloir réunir les souverainistes des deux bords. Mais la souveraineté défendue par le nouveau Front populaire repose sur l’idée non d’une communauté politique française, mais d’une division insurmontable sinon par la guerre, entre la France d’en bas et la France d’en haut. Ses partisans sont des éradicateurs. C’est un danger et c’est un anachronisme. Défiée jusqu’à l’intérieur de ses frontières par des cultures hostiles, la France devrait aujourd’hui plus que jamais se définir et se vivre non seulement comme une communauté politique, mais comme une communauté de destin.

A lire également, Elisabeth Lévy : Onfray, le peuple et nous

À la première personne

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Aux origines de la politique des identités… et ses conséquences

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Assa Traoré, le 2 juin 2020 © Michel Euler/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22460752_000007

Les nouvelles idéologies identitaires qui nous assaillent ne trouvent pas uniquement leur origines dans les idées post modernes…


La politique des identités (« identity politics ») comprend un corpus idéologique dans lequel l’individu existe et vit surtout en tant que membre d’une communauté. Celle-ci est présente aux deux extrémités du spectre politique, à droite et à gauche. Ce concept est d’actualité aujourd’hui avec l’émergence de multiples groupes identitaires dans nos sociétés incluant non seulement les suprématistes raciaux blancs ou les identitaires de droite, mais aussi des minorités éthniques, religieuses, sexuelles et de genre. Ces dernières revendiquent des droits en tant que groupe en raison de caractéristiques supposées spécifiques. Divers groupes constitués en raison d’une revendication sociétale à forte composante idéologique, sont à y rapprocher, même s’il y a des différences. Cela est bien différent des regroupements d’individus, comme par exemple le mouvement des droits civiques aux Etats-Unis, qui se justifiaient en raison des préjudices réels subis et qui revendiquaient l’égalité de traitement devant la loi en tant que citoyens.

L’émergence de l’idéologie identitaire est très visible à l’époque actuelle et est caractérisée par une attitude militante afin d’imposer un « droit lié au groupe » spécifique. L’origine de cette idéologie a été rattachée aux philosophes post-modernes qui auraient fourni sa charpente idéologique (relativisme, mise en question de la notion de vérité, pas de méta-narratif / récit etc…). Si le postmodernisme a fourni les bases philosophiques sur lesquelles les mouvements identitaires se sont appuyés, on peut dire que c’est la rencontre des idées post-modernes avec le communautarisme du continent Nord-Américain qui a contribué à l’éclosion et à la diffusion planétaires de l’idéologie identitaire.

Identité de groupe

L’idéologie identitaire actuelle puise ses sources dans des concepts très différents : biologisme affirmé, prédominance de l’esprit sur le corps et théorie de construction sociale.

Ces différents aspects sont en apparence contradictoires mais sont associés dans une savante alchimie et varient en proportion en fonction d’un corpus identitaire spécifique. Un élément constant est, dans tous les cas, le ressentiment. Un autre élément associé est le mécanisme de justification des diverses postures. Il fait appel à, ce que Daniel Kahneman a appelé « availability heuristics » (Kahneman D. « Thinking fast and slow », Penguin, 2012), c’est à dire de prendre l’information immédiatement disponible pour expliquer un fait sociétal et justifier un mode d’action. Cette information doit être, bien évidemment, compatible et non-contradictoire avec le corpus idéologique donné.

Cependant, l’origine de l’idéologie identitaire est bien plus complexe et plus ancienne. A titre d’exemple, l’effacement de l’individu par rapport au groupe a été poussé à l’extrême par les deux mouvements radicaux du XXe siècle, le nazisme et le communisme. Ainsi Karl Larenz, juriste du IIIe Reich écrit « Ce n’est pas en tant qu’individu qu’homme ou titulaire d’une raison abstraite et générale que j’ai des droits et des devoirs, ainsi que former des liens juridiques mais en tant que membre d’une communauté qui se donne par le droit à sa forme de vie – en tant que membre de la communauté raciale. Le « Volksgenosse » n’est qu’une personnalité concrète qu’en tant qu’être vivant dans une communauté » (« K. Larenz, Rechtsperson und subjectives Recht, pp225-260, page 241» cité dans J. Chapoutot, la révolution culturelle Nazie, Gallimard, 2018). Dans l’idéologie communiste, l’individu n’est rien d’autre qu’un être appartenant à une classe sociale spécifique construite seulement par des forces économiques. Ceci est exemplifié par un écrit dans le journal Terreur rouge ou la culpabilité de quelqu’un est déterminée par son appartenance à une classe spécifique : « Nous ne combattons pas un individu isolé. Nous exterminons la bourgeoisie en tant que classe. Il n’est pas nécessaire pendant l’interrogatoire de chercher des évidences. La première question devrait être à quelle classe il ou elle appartient et de quelle origine il est. Ce sont là les questions qui déterminent la culpabilité » (cité par A. Solzhenitsyn, dans « l’Archipel du Goulag », page 21, version abrégée en Anglais, Penguin, 2018). On voit donc que l’innéisme radical du Nazisme et la tabula rasa ou le « blank slate » (comme l’appellerait Steven Pinker) communiste convergent sur le même point : l’effacement de l’individu par rapport au groupe, ce qui a automatiquement pour conséquence que la culpabilité d’une personne est due à son « identité de groupe ».

Le biologisme philosophique a été l’une des caractéristiques majeures du nazisme et a été poussé à son extrême par cette idéologie. Le biologisme actuel de certains groupes identitaires s’appuie sur l’appartenance à un groupe ethnique ou sexuel spécifique. Cependant, dans certains cas, la supériorité est ici inversée mettant les « inférieurs » de jadis dans une position de supériorité dans une sorte d’inversion Nietzschéenne. On pourrait appeler cela « le racisme à l’ordre inversé ». Une illustration frappante est la réaction d’une certaine presse anglo-saxonne à la victoire de l’équipe de France de Football à la Coupe du monde qui racialise cette victoire en l’attribuant à la prédominance de joueurs noirs dans l’équipe de France.

Les caractéristiques de l’idéologie Nazie se trouvent dans certains mouvements identitaires actuels : le particularisme, le ressentiment, l’anti-individualisme, l’antirationalisme, le relativisme et dans certains cas le racisme. Les caractéristiques venant de la gauche sont l’anti-individualisme, le collectivisme, l’anticapitalisme, le constructivisme et le ressentiment. Ces différents éléments sont mixés dans des proportions variables en fonction d’un corpus identitaire spécifique.

L’individualisme de façade de l’idéologie identitaire, si on peut l’appeler ainsi, se caractérise par une allégeance volontaire d’individus à un récit de groupe, une soumission en quelque sorte à un corpus explicatif du monde qui enlève la responsabilité individuelle, la transférant au groupe identitaire. Un mécanisme de renforcement à la soumission au groupe est représenté par la manifestation de sa vertu (« virtue signalling »). Cette dernière peut être bénéfique pour souder un groupe en cas de danger par exemple, mais elle peut être néfaste dans le cas où un groupe est dominé par une idéologie.

La crise sanitaire passée, les revendications identitaires sont de retour

Nous aurions pu penser que la crise du Covid-19 amoindrirait les revendications identitaires. Le virus est bel et bien une entité biologique concrète et non une construction sociale ! Dans un premier temps ceci fut bien le cas mais cela n’a pas résisté longtemps, et Sars-Cov2 a donné un nouveau terrain de jeu à la politique des identités. On entend des affirmations comme « les femmes sont plus affectées que les hommes par Sars-Cov2 » même s’il y plus d’hommes qui sont infectés et en réanimation, etc… « les Noirs et minorités sont plus affectées par Sars-Cov2 » même si cela peut s’expliquer aussi par le problème de surpoids et d’obésité dans ces populations ou un manque de distanciation sociale, etc. La recherche sur un vaccin a été critiquée pour son ton patriotique, car cela pourrait donner des avantages aux pays occidentaux pour s’immuniser contre le Sars-Cov2… Il n’est pas à nier que des couches populaires avec des salaires les plus bas sont plus touchées par le Covid-19 car ce sont eux qui sont aussi « au front » en s’occupant de la santé et des besoins essentiels de la population. Mais ceci est un problème d’ordre social et non identitaire.

Un autre évènement récent est l’affaire George Floyd qui s’est greffée sur la crise du Covid-19. L’irrationalité s’est emparée d’une partie de la population américaine prise en otage par des mouvements activistes de justice sociale (les « Social Justice Warriors » ou SJW) revendiquant l’idéologie identitaire à tendance totalitaire. « White Privilege » ou « White Fragility », une terminologie identitaire classique, est employée dans les rues américaines où des citoyens blancs s’agenouillent pour demander pardon pour leur racisme systémique et leur « privilège blanc ». La notion de racisme systémique est véhiculée par les médias, les stars du cinéma, et même par les journaux scientifiques ainsi que des institutions d’éducation supérieure et des universités ! Ceci est maintenant exporté en Europe par des brigades de militants post-colonialistes, « intersectionnels », et bien d’autres enseignes. Plus préoccupant est l’attaque des sciences dans laquelle la science est décrite comme raciste de manière inhérente. Ces attaques viennent de certains scientifiques eux-mêmes (et même des sciences dites dures, comme la physique) et sont maintenant véhiculées par des institutions et journaux scientifiques importants comme Nature (Nature News & Comments ; https://www.nature.com/articles/d41586-020-01721-x) et Science (Science Magazine ; https://www.sciencemag.org/news/2020/06/researchers-around-world-prepare-shutdownstem-and-strike-black-lives). Dans ce contexte, il est intéressant de consulter les différents écrits notamment ceux de l’éditeur-en-chef H. Holden Thorpe de Science Magazine (https://science.sciencemag.org/content/368/6496/1161). Le virus mental se propage donc à grande échelle. Farewell to Reason ! Comme David Hume disait « La raison est esclave des passions ».

Ces valeurs sont en contradiction complète avec l’esprit des Lumières qui met l’individu au centre qui appréhende le monde par la raison. La célèbre phrase de Kant « Aufklärung ist der Ausgang aus der selbstverschuldeten Unmündigkeit » (« Les lumières sont la sortie de l’homme hors de l’état de minorité dont il est lui-même responsable ») est à l’opposé de celle de Marx et Engels « Freiheit ist die Einsicht in die Notwendigkeit » (« La liberté est la réalisation de ce qui est nécessaire »), la dernière étant bien compatible avec le credo de l’idéologie identitaire. Il est souvent assumé, par erreur, que le centrage de l’Occident sur l’individu est incompatible avec la coopération. Le contraire est vrai comme le montre Joseph Henrich (Henrich, Joseph (2016). The Secret of Our Success: How Culture is Driving Human Evolution, Domesticating our Species, and Making us Smarter. Princeton University Press). En effet, les pays occidentaux WEIRD (« Western Educated Industrialized Rich Democratic ») constituent une classe spécifique dans laquelle les liens tribaux et de parenté anciens ont été rompus, ce qui a permis l’émergence de structures coopératives nouvelles et consenties.

Quelles sont les conséquences de l’idéologie identitaire ? Les activités de l’esprit humain et même les activités relevant des sciences exactes sont menacées par des analyses sous l’angle de l’idéologie identitaire et ne doivent pas être en rupture avec elle. Dans l’idéologie identitaire Nazie, même la philosophie et les sciences exactes ont subi la camisole identitaire.

Les physiciens Johannes Stark et Philippe Lenard, tous deux prix Nobel, voyaient dans la théorie de la relativité et la mécanique quantique une science juive étrangère à l’esprit allemand. Voyant l’évolution de la science dans l’Allemagne Nazie, le prix Nobel de Médecine Avery Hill écrivit les phrases suivantes dans un article publié dans Nature en 1933 : « … Cependant, la question plus importante est la suivante: nous devons nous assurer que la même folie, la même fureur ne se produisent pas ailleurs. Nous ne pouvons pas prendre la liberté, si lentement et à grande peine acquise, comme un droit de naissance : nous devons veiller à ce que ni la race, ni l’opinion, ni la conviction religieuse, ni le soutien de théories impopulaires à l’heure actuelle privent les hommes désintéressés des moyens de poursuivre leur travail et de leur liberté de penser ». Cette phrase a gardé toute son actualité !

A. Bikfalvi s’exprime ici à titre personnel et ce texte n’est, dans aucun cas, écrit au nom des institutions auxquelles il est affilié (Université de Bordeaux et INSERM)

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Rokhaya Diallo: « Je pense qu’il y a un racisme d’Etat en France. Mais je ne sais pas si ma mère dirait la même chose »

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Le débat Rokhaya Diallo / Elisabeth Lévy est disponible gratuitement sur RNR.TV. Un débat d’une heure ici


Comme la mort de George Floyd fait la une de l’actualité depuis une dizaine de jours et a provoqué des manifestations dans de nombreux pays occidentaux et des débordements en France, c’est l’occasion idéale de débattre des questions liées à l’esclavage, au racisme et à la mémoire avec l’essayiste Rokhaya Diallo sur Causeur TV ! Les deux femmes évoquent également le cas d’Adama Traoré.

A lire aussi, Aurélien Marq: Formons-nous encore un seul peuple?

Sur la question des violences policières et du racisme en France, c’est assez simple: notre directrice Elisabeth Lévy et Rokhaya Diallo ne sont d’accord sur presque rien.

Regardez les deux femmes confronter leurs idées dans une vaste causerie d’une heure, arbitrée par Jean-Baptiste Roques !

Ce n’est pas tous les jours gratuit, alors cliquez ci-dessous…

>>> Retrouvez l’intégralité du débat gratuitement en cliquant ici <<<

LREM cherche cerveau disponible

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Gilles le Gendre et Stanislas Guerini © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage: 00902578_000014

Ce que nous dit une annonce d’emploi sur le parti présidentiel


C’est un appel à candidater pas comme les autres !

Il n’a pas manqué de faire sourire certains. Publiée le 5 juin, l’annonce recherche un « Responsable Idées ». Le recruteur n’est pas un think tank mais… la République en Marche. Pour un parti qui adopte si facilement le jargon managérial issu de l’univers de la finance anglo-saxonne (ou ses acronymes), on est étonné de ne pas lire « PO concept » à la place de « Responsable Idées ». PO mis pour « Product owner», autrement dit, en bon français : responsable de projet. Depuis la crise du coronavirus, la souveraineté enfin réhabilitée en Macronie aurait-elle fait son chemin jusque dans le langage ?

A lire aussi: Alain Finkielkraut: « Suis-je devenu légitimiste ? »

Le parti présidentiel veut donc renforcer son pôle Idées & International, organe central de réflexion destiné à penser la structuration idéologique du mouvement. S’ils sont déjà en panne d’idées au bout de trois ans de pratique du pouvoir, le président Macron a du souci à se faire pour la suite…

Le Sauveur de LREM

On découvre ensuite dans la fiche de poste que cinq personnes y phosphorent déjà. Le parti présidentiel est en mauvaise posture. Il est en proie aux incohérences structurelles du « en même temps ». Il souffre de l’absence d’implantations locales et surtout de l’émergence de nouvelles scissions frondeuses, issues de l’aile gauche comme de l’aile droite du parti. La dernière émanation, « Agir ensemble », a fait perdre la majorité absolue du groupe LREM à l’Assemblée.

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La pandémie mondiale a fait voler en éclat l’unité de façade du parti d’Emmanuel Macron. Face à cette Bérézina, ce sixième responsable d’idées doit être attendu comme le Messie. C’est peut-être sur les épaules de cette nouvelle tête pensante que va reposer la nécessaire résurrection d’un parti qui doit se plier à l’injonction présidentielle de « se réinventer » et, dorénavant, après le discours de dimanche soir, de trouver « un nouveau chemin ». On mesure la difficulté : il s’agit de se réinventer sur un vide idéologique, et de tenir la fameuse ligne de crête permettant de ne tomber ni dans le camp trop conservateur des LR ni dans celui trop social-démocrate du PS.

Quel cinéma!

En tout cas, cette annonce nous ramène un peu dans le dernier film de Nicolas Pariser, Alice et le maire, sorti en octobre dernier. On y découvrait le maire PS de Lyon, campé avec justesse par Fabrice Lucchini, qui engagait une jeune philosophe à la tête bien faite, interprétée par la sémillante Anaïs Demoustier, pour lui redonner des idées.

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Essoré par ses mandats successifs, le baron socialiste campé par Lucchini est plongé dans une telle dépression intellectuelle qu’il ne parvient plus à penser. Avec brio, le film interroge l’articulation possible entre le monde des idées et le monde réel, entre le temps long de la réflexion et le temps immédiat de l’action politique où l’agitation permanente ostracise souvent la prise de recul nécessaire à l’élaboration d’une pensée. Comment penser le monde en politique sans se laisser aveugler par le voile des idéologies dogmatiques ? Comment ne pas s’enfermer dans des tactiques électoralistes ? Cette question plane sur le film et vient tarauder la philosophe qui a l’oreille du politique. Mais c’est le regard désenchanté du réalisateur qui triomphe.

En politique, les idées sont sacrifiées sur l’autel de la com, avec ses éléments de langage façonnés pour être bien digérés par les médias. Comme une confirmation, le profil recherché par LREM n’est pas a priori celui un philosophe. L’annonce précise qu’on recherche un cerveau issu « des domaines de sciences politiques, économie et disciplines apparentées» avec en plus « une première expérience professionnelle requise de 3 à 5 ans »…

Les ennemis du vivre ensemble

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Des tensions ont eu lieu à Dijon au quartier des Grésilles, plusieurs voitures ont été incendiées après plusieurs jours de violences entre tchetchenes et des habitants du quartier. Un renfort de policiers est attendu sur place ainsi que la présence du RAID. Photo le 15 juin © DOLIDZE SABRINA/SIPA Numéro de reportage: 00967356_000003

Les gouvernements de gauche et les associations comme SOS racisme ont promu le vivre ensemble sans voir que le vivre ensemble ne se décrète pas mais résulte d’une volonté partagée. 

Depuis des années, Malika Sorel et d’autres ont répété que l’accusation de racisme portée à l’encontre des institutions et de la nation françaises favorisait un séparatisme et un communautarisme agressifs. Un certain nombre de descendants de l’immigration maghrébine, auxquels se joignent plus récemment des immigrés en provenance d’Afrique subsaharienne et d’Europe de l’Est, sont ce qu’on pourrait appeler des ennemis du vivre ensemble. Ils manifestent leur refus depuis plusieurs décennies par différentes formes de violences : agressions gratuites quotidiennes pour un regard ou une cigarette, vols, braquages, trafics, viols, terrorisme. On a longtemps nié ces délits et ces crimes en les considérant comme des faits divers isolés, justifiés par la gauche par les conditions de vie de milieux défavorisés et relégués. Comme le montrent les règlements de comptes entre trafiquants de cité et plus récemment la confrontation armée à Dijon entre jeunes Français d’origine maghrébine qui se définissent eux-mêmes comme “arabes” et des groupes tchéchènes, la violence va en augmentant de façon exponentielle.  À ce propos, a-t-on vraiment vérifié qui sont les Tchétchènes qui ont bénéficié ces dernières années en grand nombre de l’asile politique en France et en Allemagne ? La Tchéchénie a connu depuis quelques décennies la guerre civile, avec des atrocités de la part des uns et des autres. La confrontation des indépendantistes influencés par le wahhabisme avec l’armée russe et ses services spéciaux, les fameux Spetsnaz, en a fait des guerriers redoutables qui, pour certains, ont dû fuir à l’étranger après la victoire russe et le maintien au pouvoir du clan Kadyrov…

Les discriminations relatives s’expliquent d’ailleurs par la mauvaise réputation de ces adolescents et jeunes hommes, en révolte quasi permanente contre toutes les institutions, de la police à l’éducation nationale en passant par les pompiers et les voisins qui ont le même malheur d’appartenir au groupe majoritaire. On pourrait décrire cette situation comme une préparation progressive d’intifadas à venir, au profit d’islamistes qui attendent patiemment que la situation leur devienne tout à fait favorable. Mes expériences et recherches dans de nombreux pays : États-Unis, Caucase russe, Amérique latine, Allemagne, Israël m’ont démontré que l’islam était un prétexte puisqu’on trouve ces dynamiques d’hostilité au vivre ensemble dans des cultures très différentes. Les Rwandais, les Chinois de la révolution culturelle, les Congolais, les Américains blancs et noirs, les Cambodgiens ne sont pas musulmans. Les nazis, les fascistes, les communistes staliniens n’étaient pas musulmans non plus. 

Que faut-il comprendre ? Les ennemis du vivre ensemble sont mus par des émotions collectives que je connais bien depuis que j’ai créé et pratiqué avec mes collaborateurs Igor et Nicole Rothenbühler cette psychologie politique clinique que j’ai appelé thérapie sociale : la haine issue de la jalousie et du besoin de dominer à son tour, la violence résultant des blessures subies dans le cercle familial, la paranoïa qui diabolise l’autre groupe, la victimisation et l’exigence incessante de réparations et de repentances.

Dans le cas de l’Europe d’aujourd’hui c’est l’islam qui fournit à un grand nombre de personnes issus des immigrations une justification de leur refus du vivre ensemble. L’immigration massive a permis de créer des biotopes de civilisation séparée et auto dirigée par les caïds délinquants et les prêcheurs religieux qui importent des modes de vie en contradiction totale avec les modes de vie occidentaux. Deux civilisations ne peuvent coexister qu’à condition que l’une accepte sa relative infériorité, se soumette à l’autre et renonce à la violence. N’est-ce pas là ce qu’on appelle l’assimilation ? La diversité n’est pas un problème ai-je coutume de dire. Le problème c’est la violence sous toutes ses formes. La domination d’une civilisation sur une autre, est-ce une forme de violence ? Probablement, mais la coexistence est vécue plus paisiblement si cette domination est acceptée de grand cœur, comme favorisant l’épanouissement et le développement des individus.

Cette question devient lancinante et les prochaines échéances électorales tourneront autour d’elle.. Qui se préoccupera réellement de sa résolution ? Malheureusement, la protection dont bénéficient jusqu’à aujourd’hui les élites politiques, médiatiques, culturelles, sportives (lieux d’habitation et de villégiature protégés, voyages à l’étranger, établissements scolaires sélectifs pour leurs enfants…) ne les incite pas à se préoccuper du sort réel des classes populaires, de toutes origines il faut bien le préciser, confrontées quotidiennement à l’insécurité matérielle mais aussi aux dangers et aux désordres provoqués par une immigration de masse incontrôlée.

Mais qu’allons-nous faire? Retrouver Jacques Demy sur Netflix

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Capture d'écran Netflix

Les films musicaux du réalisateur proche de la Nouvelle Vague sont à retrouver sur la plateforme de diffusion.


Netflix a aidé nombre d’entre nous à supporter le confinement. Depuis fin avril, ce juke box à séries américaines a eu la brillante idée de mettre en ligne des merveilles de la Nouvelle Vague ou assimilées. Du Truffaut, évidemment, mais aussi Resnais et… Demy.

Les adorateurs de Demy, dont je fais partie, nous sommes une secte. Nos mantras sont les paroles de ses chansons et les dialogues de ses films, des plus triviaux (car il y a de la trivialité chez Demy) aux plus poétiques :

« Nous ferons ce qui est interdit / Nous irons nous promener la nuit
Nous irons ensemble à la buvette / Nous ferons tous deux des galipettes
Nous fumerons la pipe en cachette / Nous irons ensemble à la buvette
Nous nous gaverons de pâtisseries / Nous ferons tout ce qui est interdit »
Rêves secrets d’un prince et d’une princesse (Peau d’âne)

« Nous sentirons l’essence toute la journée, quel bonheur ! »
Deneuve à son fiancé dans Les parapluies de Cherbourg

Et, pour le plaisir de l’allitération :
« Les marins sont bien plus marrants que tous les forains réunis »
dans Les Demoiselles de Rochefort.

Toujours dans les Demoiselles le fameux calembour, « j’irai en perm à Nantes », et comme une prémonition, l’assassin d’une jeune fille, danseuse légère, Lola (clin d’œil à son premier court métrage) qui la découpe en morceaux répond au patronyme de… Dutroux.

Pas mièvre

N’en déplaise à ses détracteurs qui le qualifient de mièvre, Demy demeure un OVNI dans le paysage du cinéma français et même mondial. Il arrive à peindre la tragédie en rose dans Les parapluies de Cherbourg, les jeux de l’amour et du hasard en technicolor dans Les demoiselles de Rochefort. Son œuvre est une comédie humaine pop, car à l’instar de Balzac, certains de ses personnages sont récurrents. Chaînon manquant entre le cinéma d’auteur et la culture populaire, entre la comédie musicale à l’américaine et l’opérette (qui le fascine depuis son enfance nantaise), il a réussi l’exploit de mettre d’accord la critique et le public. Dans notre pays où l’on n’aime rien tant que les classifications et les étiquettes, c’est rare et mérite d’être souligné !

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Il est également un virtuose de la photo, des dialogues, de l’utilisation du noir et blanc ou de la couleur, et de la lumière qui se fait douce éblouissante ou crépusculaire, selon ses films.

Son utilisation répétitive du papier peint le démontre : Jacques Demy est aussi un maniaque du détail. Une des robes de Deneuve dans les Parapluies est assortie au papier peint de sa chambre. Celui d’une Chambre en ville fait écho à celui des Parapluies, son pendant sombre. La liste est infinie, « je pourrais vous en parler jusqu’à demain ».

Tout cela servi, bien sûr par la magistrale musique de Michel Legrand.

Lola, Les Demoiselles, Peau d’âne…

Lola, son premier long métrage, est la genèse de la vaste constellation d’astres lumineux de Jacques Demy. Toutes les obsessions du corpus demyesque y sont déjà présentes. Nantes, sa ville filmée en un noir et blanc lumineux, Lola la danseuse légère, fille-mère (elles sont nombreuses chez Demy) interprétée par la magnifique Anouk Aimée, mutine et virevoltante, tellement plus intéressante que chez Lelouch.

La Passage Pommeraye à Nantes. Photo: DR
La Passage Pommeraye à Nantes. Photo: DR

Lola qui attend son aventurier parti faire fortune en Amérique, Lola qui danse dans un tripot : « celle qui dit v’là un bateau v’là un samedi v’là des matelots ». Son ami d’enfance qui se rêve aventurier et que l’on retrouvera diamantaire et amoureux de Deneuve/Françoise dans Les Parapluies. Le passage Pommeraye, chef-d’œuvre de la période haussmannienne, théâtre de toutes les passions et de tous les drames dans Une chambre en ville. Ce dernier film est le pendant sombre des Parapluies, la tragédie peinte en rose versus la tragédie grise aux accents raciniens. La sensualité trouble de Dominique Sanda s’oppose à la grâce candide de Deneuve. Les amoureux des Parapluies que la vie a séparés se retrouvent à la fin dans la station-service qu’ils ont rêvée ensemble, réunis sous la neige dans un des plus beaux plans du cinéma français.

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Ceux d’une Chambre en ville, la troublante Edith et le viril François meurent ensemble, leurs deux corps entremêlés. Un des rares films de Demy où règne une sensualité moite.

Les Demoiselles, le chef-d’œuvre de Demy autour duquel gravitent les autres films est toujours l’éblouissant festival de couleurs, de scènes mythiques et de bons mots.

A part et complémentaires sont Peau d’Ane, considéré à juste titre comme le second chef-d’œuvre et Parking, considéré peut-être à tort comme raté. Peau d’Ane est féérique, le conte de Perrault est magnifié pour l’éternité. Parking est une maladroite interprétation du mythe d’Orphée. Francis Huster en pop star n’est pas très convaincant et les chansons sont insipides. Cependant, il y a un magnifique travail sur la lumière, grise transpercée de rouge, sur l’atmosphère certes connotée années 80, mais que je qualifierais de mediévalo-industrielle. Et Jean Marais en Hadès et Marie-France Pisier en Perséphone méritent à eux seuls un visionnage !

Telle est mon hagiographie que d’aucuns pourraient trouver sans nuances ! Mais voilà, Jacques Demy fait partie de ces artistes qui m’ont aidée à vivre.

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Écologie et plan hydrogène: Macron dépassé par Merkel

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Conférence de presse sur la stratégie nationale allemande de l'hydrogène, Berlin, 10 juin 2020. © Action Press/REX/SIPA/10675921T//2006101901

À l’heure des grands plans d’investissement post-Covid, l’État stratège français fait pâle figure quand on compare son leadership hésitant à la vision stratégique des autres grandes économies mondiales, Allemagne en tête.


L’hydrogène et le mur de la transition énergétique allemande

L’Allemagne ayant rempli sa besace d’électricités renouvelables, éoliennes et panneaux solaires, se retrouve confrontée au mur de la transition énergétique. En effet, ces énergies intermittentes ne produisent que la moitié du temps, quand le soleil ou le vent sont de sortie, et elles peuvent se révéler indisponibles… lorsque le consommateur tire de l’électricité. C’est pour cela qu’une énième centrale électrique à charbon a été mise en service le 30 mai à Datteln. L’Allemagne a besoin d’électricité même quand il n’y a ni vent ni soleil. Quoi qu’il en soit, notre voisin est obligé aujourd’hui de commencer à stocker ces électricités intermittentes difficiles à utiliser. L’hydrogène, produite par passage de l’électricité dans l’eau, est la seule solution valable de stockage en l’état des connaissances scientifiques (stocker deux jours d’électricité en France nécessite selon l’Académie des Sciences sept années de production mondiale de lithium).

En 2019, l’Allemagne a déjà commandé 27 locomotives Alstom, marque française, à hydrogène : l’hydrogène contenu dans le réservoir, l’essence de demain, est transformé en électricité actionnant un moteur électrique. Ces trains sont très utiles sur les voies non électrifiées et remplacent avantageusement les trains diesel. Des voitures à hydrogène de série, des bus à hydrogène existent. Demain, des avions à hydrogène pourront sans doute voler comme le signalait hier le groupement des industries aéronautiques et spatiales français. Un mode de transport propre et sans émission de CO2 qui risque de révolutionner les économies du monde développé.

Un grand plan hydrogène pour l’Allemagne, où est l’État stratège français ?

Madame Merkel vient de décider de lancer un grand plan de support à la filière hydrogène de neuf milliards d’euros pour développer cette filière écologique dans les transports. Elle veut que l’Allemagne devienne le leader de l’économie hydrogène, trois ans après le Japon et un an après la Chine. Cette utilisation de l’État stratège pour relancer l’économie allemande avec un fort programme écologique est évidemment excellente quand la crise du Covid nécessite d’accélérer les investissements et la croissance.

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Où est l’État stratège français, un exemple pour le monde avec, par exemple, le plan nucléaire qui nous a permis d’avoir depuis 30 ans une énergie sans CO2 représentant la moitié de la consommation énergétique française à un prix très faible ? Il est malheureusement pour nous dans les limbes, dilué dans le vide de la pensée stratégique néolibérale.

Les atouts de la France et les appels des industriels français ne manquent pas en la matière. Air Liquide est le leader mondial des gaz industriels et piaffe d’impatience de développer la filière hydrogène. Alstom a développé le premier train à hydrogène et pile à combustible du monde, en exploitation aujourd’hui, en Allemagne ! Carlos Tavares de Peugeot a déclaré que les voitures à hydrogène sont plus prometteuses que les voitures électriques[1]. Des entreprises françaises sont prêtes à produire de l’hydrogène par électrolyse de l’eau, carburant produit avec une électricité sans CO2. Il ne manque que l’impulsion forte de l’État stratège pour engager la filière pour de très longues années de forte croissance. L’hydrogène a en effet des atouts qui le rendent très supérieur au tout électrique : stockage de l’électricité renouvelable, remplissage d’un réservoir en trois minutes dans une station service, l’hydrogène propre est d’ores et déjà moins cher que l’essence taxée ; il ne nécessite pas de déploiement de millions de bornes électriques coûteuses sur les trottoirs et ne pose pas de problèmes de recharge ou de surtension du réseau électrique sur les routes des vacances quand 100.000 utilisateurs veulent recharger leur batterie.

La France est en capacité de produire dès aujourd’hui beaucoup d’hydrogène propre : il suffit de le fabriquer par électrolyse de l’eau après avoir fait tourner nos centrales nucléaires, sous-utilisées, à pleine capacité. On remarquera que fermer la centrale de Fessenheim dans ces conditions est une absurdité, un bonbon jeté à EELV aux dépens de l’économie et de l’écologie de la France. La production d’hydrogène permettra d’absorber l’intermittence des productions d’énergies renouvelables si cette voie est privilégiée.

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À court et moyen terme, la France doit relancer son économie et ses secteurs d’avenir

Pour la relance de notre économie en dépression de 11% cette année, pour la relance de l’emploi et notre repositionnement dans la course technologique, il est fondamental que la France lance un grand plan hydrogène avec des commandes fermes à nos industriels sur plusieurs années. L’Allemagne est trop timide. Ce plan nécessite plus de 9 milliards d’euros pour être un réel atout de poids. Cela passe par le remplacement dans les années à venir de toutes les locomotives diesel de la SNCF par des locomotives propres à hydrogène, par un travail avec Peugeot et Renault pour lancer rapidement des modèles hydrogène et le lancement rapide d’usines d’électrolyseurs. Toute une filière économique et écologique d’excellence peut être poussée en avant avec de fortes créations d’emplois à valeur ajoutée en France. Elle est nécessaire pour notre avenir, elle est nécessaire pour relancer la croissance. Tous les détails d’un tel plan stratégique sont dévoilés dans la partie énergie du livre Comment réaliser la transition écologique, un défi passionnant sorti le 9 juin.

Structurer et donner une poussée à cette filière serait pour la France un grand pas pour l’économie et un grand pas pour l’écologie. Ce serait un véritable espoir pour notre pays paralysé par la peur du décrochage stratégique. Macron l’entendra-t-il ?

 

[1] Carlos Tavares le patron de Peugeot déclarait fin 2018 à propos de l’électrique « Le monde est fou. Le fait que les autorités nous ordonnent d’aller dans une direction technologique, celle du véhicule électrique, est un gros tournant… Toute cette agitation, tout ce chaos, va se retourner contre nous parce que nous aurons pris de mauvaises décisions dans des contextes émotionnels ». Sur l’hydrogène, il déclarait : « C’est une technologie qui nous intéresse vraiment ». « Je peux vous annoncer qu’en 2021 nous allons faire les premiers tests grandeur nature de vente de véhicules à hydrogène du groupe PSA ». « Les premiers résultats sont très prometteurs donc nous pensons que cette technologie a de l’avenir… ».

Quand la manif pour Traoré fait chou blanc

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Samedi 13 juin 2020 à Paris © LEWIS JOLY/SIPA Numéro de reportage: 00967154_000011

Même si la manifestation a fait du raffut, seulement 15 000 personnes ont répondu samedi à l’appel du comité Adama, selon la préfecture de police. Les sornettes d’Assa Traoré sont reprises avec beaucoup de complaisance par les médias et nombre de politiques, mais les Français ne s’y trompent pas et ne rejoignent pas massivement le mouvement.


La manifestation organisée par le comité Adama le 13 juin, officiellement contre le racisme et les violences policières a fait un bide. Est-ce à dire que la France et les Français seraient indifférent face au racisme ? Absolument pas. Ce qui est arrivé à Georges Floyd a choqué et ému le monde entier. Mais cette histoire n’a pas eu lieu en France et ceux qui essaient de l’exploiter, famille Traoré, militants gauchistes, indigénistes et plus discrètement mouvance islamiste, n’ont rien à voir avec le combat antiraciste. Ils en sont même la négation puisqu’ils ne voient les êtres humains qu’à travers le prisme de leur couleur de peau et n’imaginent entre eux qu’un seul lien, celui de la domination. Si le monde médiatique dans sa majorité n’y a vu que du feu et si les politiques se sont montrés incapables de défendre la police injustement attaquée, les Français, eux, n’ont pas été dupes : ils ont compris la manipulation et ne se sont pas déplacés.

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Rentrez chez vous les gauchistes!

Avoir le soutien des médias et exploiter un drame qui a ému le monde entier pour ne réunir que 15 000 manifestants… Moins encore que lors du rassemblement devant le Palais de Justice ! En politique, on appelle cela un échec cinglant. Cela montre que cette tentative de radicalisation et de mise en accusation de la société par une famille de caïds et toute la mouvance gauchiste ne prend pas.

En sacrifiant sa police à des exaltés sans influence réelle, l’exécutif a donc paniqué devant un tigre de papier. Il a mis à mal la séparation des pouvoirs et humilié la police parce qu’il ne prend la mesure ni des situations ni de ses obligations. Ces comités Adama et consorts ne représentent rien. Ce qui leur donne du pouvoir, c’est la peur des politiques face à leur chantage et l’espace que l’État leur cède en les laissant mettre sous coupes réglées certains territoires. Cela montre aussi que les storytellings médiatiques ne fonctionnent plus quand elles sont aussi éloignées de la réalité. Certains journalistes étaient allés loin en occultant la violence endémique de la famille, pour renforcer la dimension de victimisation. La couleur de peau de certains membres des forces de l’ordre ayant procédé à l’arrestation a été tue, car certains étant noirs ou métis, ils mettaient à mal la théorie d’un dérapage raciste lors de l’arrestation d’Adama Traoré. Pareil pour la tentative de faire passer la police pour systématiquement raciste, alors que le racisme y est combattu, fait l’objet de procédures en cas de constat et que rares sont les commissaires qui apprécient les policiers qui jouent les cowboys et ne savent pas se tenir. S’il est normal de combattre toute forme de racisme dans les institutions, il est tout aussi normal de refuser les accusations infondées et les manipulations grossières. Cet échec de la manifestation ne parle pas d’une France qui refuserait de combattre le racisme, mais d’une France qui refuse la guerre des races et rejette ceux qui veulent l’entraîner là-dedans.

Christophe Castaner nous met dans le pétrin

Le comité Justice pour Adama détourne la juste cause de l’antiracisme. Adama Traoré n’est pas Georges Floyd et la France n’a pas l’héritage ségrégationniste, raciste et communautariste des États-Unis : la tentative de déstabilisation politique dont rêve le comité Adama et l’extrême-gauche ne prend pas, et si Christophe Castaner n’avait pas stupidement tiré dans le dos de la police (symboliquement !), l’État ne se serait pas mis dans un tel pétrin.

Rappelons que l’antiracisme n’est pas la volonté de faire de la couleur de la peau une appartenance qui oblige. C’est au contraire la conviction que la couleur de la peau ne compte pas, ne dit rien sur ce qui fait un être humain, sa capacité à aimer, à apprendre, à comprendre, à construire et à agir, elle ne nous définit pas, ne nous enferme pas. On juge un homme à ses actes, pas à sa couleur ou à son sexe… L’inverse de ce qu’essaient de vendre ceux qui s’autoproclament antiracistes alors que leur pensée est essentialiste. Et c’est justement le cas des décoloniaux, proches du comité Adama, dont le meilleur exemple est Houria Bouteldja qui, dans son livre Les Blancs, les Juifs et Nous, indiquait par exemple qu’une Noire se faisant violer par un Blanc devait le dénoncer et en faire un argument politique. En revanche si elle se faisait violer par un Noir, elle devait se taire pour protéger son clan, sa race, sa famille. L’appartenance raciale passant donc avant toute quête de justice.

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Voilà à qui nous avons affaire : des gens qui brandissent la bannière antiraciste mais pour qui la couleur de peau est l’alpha et l’omega de l’appartenance. Et nos médias vont continuer longtemps de les présenter comme des représentants de l’antiracisme ? Il est peut-être temps d’appeler un chat, un chat et de dire que ces soi-disant antiracistes vont aujourd’hui plus loin dans le rejet de l’autre et la violence ethnique que l’extrême-droite. Le dire est risqué alors qu’attaquer l’extrême-droite, même quand elle est très en deçà du discours violent des décoloniaux, voire même quand elle se tait, vous vaut des points de pureté morale et de noblesse d’âme.

Non au modèle de société américain !

Espérons que ce pouvoir aux abois va enfin comprendre qu’il n’est victime aujourd’hui que de sa propre faiblesse et de son inconsistance, et qu’il n’y a pas un vent qui se lève en France en faveur du communautarisme et du séparatisme. Au contraire, c’est un grand ras-le-bol que l’on constate, celui d’une majorité des Français qui voudrait que leurs dirigeants défendent leur modèle de société.

C’est le 16 juin, que se tiendront symboliquement la France et les Français, aux côtés des soignants. C’est là que nous pourrons défendre ce que nous sommes et ce modèle social qui soigne et soutient tous les malades sans se soucier de leur couleur de peau, de leur sexe, de leur philosophie, de leur religion, ou de leur âge (sauf quand il est sous-tension). La France, c’est ce modèle intégrateur qui recherche et trouve la concorde dans la fraternité, qui refuse les appartenances ethniques, la soumission aux dogmes religieux ou à la race. Le 13 juin, nous pouvons être fiers de ne pas être descendus dans la rue. Le 16 juin, la France qui manifestera sera celle aux côtés de ceux qui ont pris des risques pour elle, soignants et travailleurs qui ont beaucoup donné et sont toujours au front.

Silence coupable

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Tragédie made in Normandy

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Jean Dussine © D.R.

La mort du président d’une association d’aide aux migrants de Cherbourg a fait beaucoup réagir. En effet, il a été assassiné par un réfugié afghan qu’il avait hébergé quelque temps auparavant. Alors forcément, de mauvais esprits y ont vu « l’arroseur arrosé »…


Itinérance, association humanitaire d’aide aux migrants de Cherbourg, est en deuil. Le 12 mai dernier, son président Jean Dussine était tué à son domicile de Bretteville-en-Saire. L’assassin, indique le parquet, est « un jeune homme de nationalité afghane, âgé de 21 ans, qui réside en région parisienne ». L’homme a reconnu « être l’auteur de plusieurs coups donnés avec une barre de fer. » Selon le procureur de la République, « les motivations de son acte restent floues. Hébergé il y a quelques mois chez la victime, il a exclu le mobile crapuleux et fait état d’une vengeance dont la cause reste à élucider ».

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Jean Dussine ne méritait pas une telle fin. Avec le concours de l’évêché et de la municipalité, il mettait ponctuellement à disposition des lieux d’hébergement temporaire pour les réfugiés. À l’annonce de sa mort, le sénateur (LR) et ancien président du conseil général de la Manche, Philippe Bas, s’est dit « bouleversé », saluant la mémoire d’un homme « dont la générosité était connue de tous et force l’admiration ». Ces mots, plutôt sages et mesurés, n’ont pas inspiré toute la classe politique locale. Un tweet, supprimé depuis, de la responsable locale du Rassemblement national a en effet ironisé sur « l’arroseur arrosé ».

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« Infâmes charognards », lui a répondu le jour même le maire délégué (PS) de la ville de Cherbourg, Sébastien Fagnen. Le MRAP local entend de son côté porter plainte contre les propos outranciers d’un internaute se réjouissant du drame.

Plutôt que d’échanges d’injures ou de noms d’oiseaux, c’est d’investigations et d’informations dont le public aurait besoin. La détermination, peut-être préméditée du meurtrier, venu de région parisienne pour tuer son ancien bienfaiteur, étonne et interroge. En attendant l’enquête et le procès, les grands médias ont été plutôt discrets sur ce fait divers – de peur qu’il devienne politique ?

L'étrange suicide de l'Europe: Immigration, identité, Islam

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Derrière les émeutes, une cible: l’Amérique de Trump

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Rassemblement en hommage à George Floyd, Minneapolis (Minnesota), 31 mai 2020 © Stephen Maturen / Getty Images / AFP

Derrière l’abominable meurtre de George Floyd, les démocrates, maîtres de la quasi-totalité des grandes villes américaines, veulent imposer aux Blancs conservateurs un exercice de repentance collective. Mais pillages et leçons de morale pourraient au contraire remobiliser les troupes du président américain. Reportage


Même ici. Même au cœur d’un des États les moins peuplés d’Amérique, la peur a saisi une population qui commence à peine à sortir des mesures de quarantaine prises dans la foulée de la crise du Covid-19. Dans la plus grande agglomération du Nouveau-Mexique, à Albuquerque, une ville de 800 000 habitants, on ressent l’onde de choc provoquée par la mort de George Floyd, ce Noir tué par un policier de la ville de Minneapolis, 2 000 kilomètres plus au nord. Et on l’entend : les hélicoptères balaient le ciel sous des trombes d’eau et surveillent les mouvements de foule. La police montée est de sortie, les panneaux à affichage électronique au bord de l’I-40, cette gigantesque autoroute qui traverse l’Amérique d’une côte à l’autre, préviennent le visiteur : « Attention, possible couvre-feu, ce soir ! » Plus de 100 villes aux États-Unis ont recensé des manifestations, tournant souvent brusquement à l’émeute ou aux pillages de masse.

« Merde, quoi ! On sort à peine de ce virus et voilà qu’on a ça maintenant ! » se lamente Steven Chamberlin, propriétaire de plusieurs commerces sur la Plazuela Sombra, au cœur du « Old Town » d’Albuquerque, quartier historique et touristique qui a conservé son architecture coloniale espagnole. Debout sur un escabeau (« merci de ne pas me photographier, ces connards seraient prêts à se venger »), cet homme d’une cinquante d’années est en train de clouer des panneaux en bois pour protéger les vitrines de ses magasins. La veille, une manifestation, au départ pacifique, a dégénéré : des poubelles et du mobilier urbain ont brûlé dans le « New Dowtown », le centre financier et administratif de la ville. La police montée et des blindés ont bloqué les passages. Le maire démocrate, Tim Keller, s’est fendu d’un discours et d’un allumage de chandelles à la mémoire de George Floyd.

On tente de discuter avec Steven. « Vraiment, à Albuquerque, vous risquez quelque chose ? » lui glisse-t-on, en ajoutant, par provocation : « Enfin, il n’y a pas de Noirs ici ! » Aux États-Unis, les statistiques ethniques sont autorisées. Elles sont même encouragées dans un pays où la couleur de votre peau (pourvu que vous ne soyez ni Blanc ni Asiatique) vous vaut parfois de sacrés rabais au moment de vous inscrire à l’université. Au dernier recensement de 2018, ils n’étaient que 3,2 % de la population de la ville, contre 12 à 13 % pour le pays. Une rareté, pourrait-on dire, dans une ville de cette dimension. À Dallas, ils sont 25 %, à Washington 45 %, à Détroit 79 %. « Mais, cher monsieur, ils s’en foutent des Noirs ! Ce n’est qu’un prétexte ce meurtre… Aussi dégueulasse soit-il, c’est une excuse pour nous faire ch… Pour faire ch…, répète-t-il, des gens comme moi, des gens qui pensent que Trump est le meilleur président depuis un sacré bout de temps ! C’est ça aujourd’hui qu’ils veulent ! Nous terroriser, nous faire peur… Nous ! » Et, Steven Chamberlin, de s’interroger : « Ç’a duré longtemps les émeutes des gilets jaunes chez vous ? »

Présomption de culpabilité pour Derek Chauvin

L’Amérique des villes démocrates est secouée. Elle n’avait pas vu cela depuis l’insurrection née de l’acquittement des quatre policiers qui avaient passé à tabac Rodney King, à la suite d’une course-poursuite dans Los Angeles, pour un excès de vitesse et un délit de fuite. Rodney King s’en était tiré. Il était devenu millionnaire et avait fondé une société de production de rap. Mais les émeutes, qui s’étaient étalées sur une semaine entre avril et mai 1992, quoique presque uniquement cantonnées à la mégalopole californienne, avaient coûté la vie à plus de 50 personnes, fait des milliers de blessés, et peut-être précipité la défaite de George H. W. Bush alors candidat à sa réélection.

Derek Chauvin, fonctionnaire de police d’une municipalité démocrate – il n’y a pas de police nationale aux États-Unis -, cristallise l’antitrumpisme primaire comme il existe un racisme primaire

Là, George Floyd, un Texan récemment installé dans le Minnesota, c’est-à-dire aux antipodes culturels de son État d’origine, condamné dans le passé à cinq ans de prison pour un braquage à Houston, passé par la case d’acteur de films porno amateur, pas un saint au regard de son casier judiciaire, est mort. Et l’Amérique confinée l’a vu mourir en boucle en appelant sa mère au secours. Il est mort en disant qu’il ne pouvait plus respirer. Il ne sera ni millionnaire ni producteur de rap. Un flic blanc, Derek Chauvin, devenu le symbole de la haine raciale, l’a étouffé sous le poids de son genou, devant l’objectif d’un smartphone. Pire encore, ce policier, qui pour joindre les deux bouts faisait quelques heures par semaine comme videur dans une boîte de nuit, est devenu le symbole de l’Amérique de Trump, celle que la gauche démocrate américaine vomit depuis bientôt quatre ans sur les plateaux de CNN, celle accusée de tous les maux, du Covid-19 aux vitrines explosées des magasins Nike des grandes villes du pays. Un criminel raciste. Peu importe que son épouse – désormais en instance de divorce – fût une réfugiée laotienne. Derek Chauvin est forcément raciste, dans l’Amérique de Trump. Il incarne Trump dans la tête des hordes d’antifas. Ces groupuscules de la gauche radicale, organisés en milices aux États-Unis, qui aiment tant, depuis 2016, jouer à la guerre avec leurs homologues de l’extrême droite, se frottent aussi les mains. S’ils cassent les vitrines, s’ils exposent les failles de cette Amérique sûre de ses frontières extérieures et en paix à l’intérieur, Trump est fichu, pensent-ils…

Sauf que ce récit devenu canonique repose sur une notable distorsion des faits. Minneapolis est peut-être la ville la plus à gauche du pays, dans l’État le plus à gauche de l’Amérique. Cette métropole du Midwest, où le Mississippi prend sa source, à un jet de pierre des chutes de Saint Anthony, est presque un cas d’étude. On y circule en trottinette électrique, on passe six mois de l’année à dégeler le pare-brise de sa voiture, on vit cloisonnés entre communautés, et Hillary Clinton y avait récolté 64 % des voix en 2016. Le Minnesota lui-même est un bastion démocrate par excellence. C’est le seul État où Ronald Reagan avait été défait en 1984 à l’occasion de sa réélection. Et on n’y a pas voté pour un candidat républicain depuis 1972 ! En y venant en meeting en octobre 2019, Trump avait créé la sensation : les antifas venaient protester contre la venue d’un candidat, alors au faîte de sa gloire, et qui ne cachait pas son intention de faire basculer cette terre de gauche dans le camp républicain. Fini le foutoir dans cette ville, promettait-il en substance.

Joe Biden et Ilhan Omar à la récupération

Derek Chauvin, fonctionnaire de police d’une municipalité démocrate – il n’y a pas de police nationale aux États-Unis -, cristallise l’antitrumpisme primaire comme il existe un racisme primaire. Ainsi personne, pourtant, n’a protesté contre la gestion démocrate de la police de Minneapolis ou contre le gouverneur, lui aussi démocrate, Tim Walz. Personne n’a moqué la récupération politicienne de Joe Biden, le candidat qui sera investi à Milwaukee, en août prochain, dans le Wisconsin voisin – un État conquis par Trump en 2016 –, qui s’est agenouillé en signe de contrition. Personne n’a osé parler d’Ilhan Omar, représentante démocrate du cinquième district au Congrès, députée de Minneapolis qui, depuis son élection en 2018, n’a eu de cesse de jouer la carte du communautarisme ethnique, en flirtant avec l’antisémitisme le plus ignoble. Alley Waterbury, candidate aux primaires républicaines contre Ilhan Omar, nous l’avait confié il y a quelques mois dans un vocabulaire peu châtié qui est souvent celui des trumpistes décomplexés : « Minneapolis est un trou à merde. Ilhan Omar n’a rien fait de sa ville. Ah si… Elle a juste transformé ce trou en piscine à merde. »

En ligne de mire, le quartier de Cedar-Riverside, aussi appelé – très officiellement – « Little Mogadishu », la « Petite Mogadiscio ». Minneapolis est la plus grande ville somalienne hors de Somalie. L’administration Clinton qui avait raté son intervention dans ce pays de la Corne de l’Afrique avait eu l’idée d’installer des milliers de réfugiés dans cet État rural peuplé à l’origine de colons de souche scandinave venus cultiver une terre souvent gelée. Résultat : Cedar-Riverside s’est vidée de ses habitants. Des tours, qui n’ont rien à envier à celles de Seine-Saint-Denis, y ont poussé. Et d’ex-soldats des Navy Seals (les forces spéciales américaines) y patrouillent entre deux boucheries musulmanes.

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Mais jusqu’au meurtre de George Floyd, qui s’est produit d’ailleurs devant une boutique hallal, les Minnésotains regardaient de loin ce pétard prêt à exploser. Les Blancs un peu riches ont déménagé dans des pavillons sécurisés. Les autres se coltinent encore la racaille. Encore une fois, Alley Waterbury avait pressenti les choses dans cette Amérique des ghettos, communautarisée comme aucun autre pays occidental : « Le Minnesota a une mentalité unique aux États-Unis. Assez artificielle. Pour résumer, le Minnésotain se dit : “Si vous restez hors de mon chemin, faites ce que vous voulez. Et moi je ferai de mon côté ce que je veux tant que vous ne me croisez pas.” Cette attitude passive nous vaut d’avoir perdu toute liberté dans cette ville qui manque, en plus, de 400 officiers de police. » Il y a bien longtemps qu’on n’a pas croisé à Little Mogadishu un descendant de Suédois ou de Norvégiens. Mais on les croise, leurs têtes aussi blondes que celles de leurs ancêtres et leurs yeux bleus perçants, aux manifestations contre « la violence policière ». On les voit s’allonger comme George Floyd, le ventre sur le bitume. Faire des génuflexions. Bref, demander pardon. Attitude de repentance tout à fait fausse historiquement : les Suédois ou les Norvégiens n’ont pas participé à la traite négrière. Mais qu’importe finalement. Pendant que les magasins Nike et Apple sont visés, eux s’accroupissent, s’aplatissent, gémissent. Derek Chauvin est blanc, c’est une ordure, et ils finissent par penser qu’ils sont eux-mêmes des ordures, des descendants d’ordures et des cousins d’ordures.

Manifestations en réaction au décès de George Floyd à Albuquerque (Nouveau Mexique), 1er juin 2020. © Anthony Jackson / AP / SIPA
Manifestations en réaction au décès de George Floyd à Albuquerque (Nouveau Mexique), 1er juin 2020. © Anthony Jackson / AP / SIPA

La loi et l’ordre

Au milieu, ce petit peuple de Blancs méprisés par l’Amérique bien-pensante, celle qui veut sauver son gagne-pain, ses vitrines, ses voitures. La violence policière existait déjà sous Obama. Elle ciblait aussi les Afro-Américains. La « Task Force » qu’il a créée en grande pompe en décembre 2014 pour lutter contre ce fléau n’a servi à rien. Seulement, Obama était noir. « Un faux Afro-Américain », me confiait à un meeting de Trump à Minneapolis un jeune Noir républicain : « Il n’est pas descendant d’esclaves. Il est descendant d’un Kenyan. Prof d’université qui plus est ! Mais tout le monde n’y a vu que du feu. Jusqu’à son accent bidon quand il s’adresse aux Noirs. »

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Il n’y a pas davantage de Noirs que de Blancs tués par les balles des policiers américains, selon une étude réalisée par le professeur Roland G. Fryer Jr, de l’université Harvard, et publiée en juin 2019, mais là aussi, peu importe. Le biais idéologique sert le fait racial et inversement. Peu importe également que le taux de chômage de la communauté noire n’ait jamais été aussi bas dans l’histoire des États-Unis (avant la crise du coronavirus). L’important, c’est le sentiment de culpabilité que l’Amérique blanche démocrate veut projeter et généraliser à tous les Blancs. Et Trump est le coupable parfait, car il est au sommet. Ce n’est pas Biden qui est raciste, même si, au cours d’un meeting virtuel, il explique en direct à un Noir américain qui s’apprête à voter républicain : « Tu n’es pas noir, si tu ne votes pas pour moi. » (Tout en singeant l’accent afro-américain en disant « you ain’t » au lieu de « you aren’t ».) Le raciste, c’est Trump.

Pour l’instant, aucune milice armée ne s’est constituée en réponse aux pillages et aux violences. En 1992, ce sont pourtant les Coréens de Los Angeles, équipés de fusils et de mitraillettes, pour défendre leurs commerces, qui, peut-être bien plus encore que la Garde nationale et l’armée, avaient contribué à mettre fin aux razzias et à la casse de la ville. La soudaineté et la brutalité des manifestations pourraient profiter à Trump en novembre, s’il ne laisse pas pourrir la situation : un peu de chaos dans les villes démocrates, mais pas trop. L’Américain, jusqu’ici patient, aime l’ordre. Et c’est pour ça qu’il est armé.