L’écrivain et avocat François Jonquères se souvient du Grand Homme
Dans une époque où le courage se fait la malle, où l’honneur et la parole libre sont sous contrôle, l’écrivain Jean Raspail, disparu samedi à l’âge de 94 ans, semble sortir d’un autre monde. Un monde bien difficile à expliquer et même à imaginer pour les nouvelles générations. Une gueule incroyable qui rappelle celle des condottieres, le panache en héritage, l’aventure en ligne de mire et cette volonté de témoigner, d’aller à la rencontre des peuples oubliés. Avec Raspail, on prend le large, on traverse les continents, sans se trahir, sans faiblir dans un engagement catholique et royaliste, on trace sa route, indifférent aux modes et aux chaos en marche, tout en prenant le pouls d’une société en mutation. Un exercice délicat, instable et flamboyant qui faisait la diversité des Lettres Françaises.
Selon où l’on se place sur l’échiquier politique, on fera de Raspail, un épouvantail des idées progressistes ou un visionnaire d’un Occident en danger. Au-delà des divergences et des combats idéologiques, rappelons qu’un écrivain se lit d’abord. Que pour se faire une idée de l’homme, il faut plonger dans son œuvre, s’y imprégner, en saisir le suc et la violence, batailler avec ses mots et toucher une part de son identité. François Jonquères, écrivain et avocat, inlassable défenseur de la cause « Hussarde » qui fut un proche de l’académicien Michel Déon témoigne sur la figure de cet écrivain hors les murs, hors les codes en vigueur :
« Mon histoire avec celui que Bruno de Cessole surnommait affectueusement le Don Quichotte des causes perdues (Le défilé des réfractaires – L’Editeur) gardera désormais un goût d’inachevé. En 2011, le jury du prix du livre incorrect, dont j’étais alors, n’osa pas couronner la réédition de son merveilleux « Camp des Saints » et, ayant rejoint depuis la joyeuse cavalcade du prix des Hussards, un virus, sur lequel il est de bon ton de chinoiser, causa le report de notre remise, initialement prévue le 28 avril dernier dans les somptueux salons du Lutetia, au cours de laquelle un hommage sous forme d’un vibrant coup de Shako lui était réservé. Qu’importe, le sabre sied aux Hussards comme aux corsaires et leur fidélité va bien au-delà de la mort. À l’heure où notre dernier Géant des Lettres vogue vers d’autres Cieux retrouver Jacques Perret, Michel Déon et tant d’autres, nous n’oublierons pas de célébrer ce grand voyageur, cet explorateur des confins, ce défenseur des derniers peuples libres, comme ses chers Alakalufs, héros des pages immortelles d’Adios ou de Tierre de Fuego. Et nous continuerons bien volontiers ses nobles combats, en songeant à ses yeux, couleur d’océan et d’espérance, qui vous emportaient d’Alaska en Patagonie, terre de liberté et point de ralliement des réfractaires de tout âge. Longtemps encore, des cavaliers quitteront la ville au crépuscule par la porte de l’Ouest qui n’est plus gardée, répondant à l’appel de l’aventure, du grand large où l’homme n’a à craindre que son Créateur. Et chacun de ses cavaliers portera dans ses sacoches un exemplaire de Moi, Antoine de Tounens, roi de Patagonie (Grand prix du roman de l’Académie française en 1981, rendant ainsi l’année moins pénible), de Sire ou des Yeux d’Irene, aujourd’hui pleins de larmes. Je sens déjà le vent se lever. »
Zoom sur ces féministes qui conspuent sur Twitter celles qui, victimes de sexisme, n’ont pas utilisé leurs codes…
Décrire les réseaux sociaux comme une jungle est devenu un poncif. Prédateurs, proies et charognards y chassent les déviants au sein de leur propre tribu. Ainsi, certaines féministes imposent une codification stricte des témoignages victimaires fleurissant sur Twitter et Facebook. Pour préserver les âmes sensibles, les plus radicales enjoignent à leurs petites camarades d’utiliser les abréviations « TW » (Trauma-warning ou Trigger warning) et « CW » (Content warning) en guise d’avertissements. Or, pendant le confinement, de nombreuses victimes d’agressions sexuelles ont narré leurs malheurs sur les réseaux sociaux sans toujours user de ces précautions, au risque de raviver les traumatismes enfouis de certaines lectrices.
C’en est trop pour la police de la pansée féministe. Respectivement victimes d’un frottage dans le métro et d’un viol conjugal, Lola et Mylène en ont fait les frais. Chacune a raconté ses mésaventures sur un groupe féministe Facebook de plusieurs milliers de membres où les hommes sont interdits de commentaires (à l’exception de ceux qui se considèrent comme des femmes…). Si quelques-unes ont gentiment rappelé à Lola l’oubli des mentions « TW » ou « CW » en commentaire, la plupart ont signalé son récit à Facebook comme un « contenu indésirable », la contraignant à supprimer son post.
Quant à Mylène, son refus de s’excuser pour avoir publié un récit brut de décoffrage lui a valu son bannissement du groupe ainsi que plusieurs messages privés la taxant de « monstre d’égoïsme ».
Bref, voilà des femmes victimes soudain érigées en bourreaux faute d’avoir pris les précautions typographiques d’usage.
Stéphane Lambert dessine le portrait de Léon Spilliaert
L’été n’est guère propice à l’introspection. Le beau temps repousse les états d’âme jusqu’à l’automne. C’est pourquoi le Musée d’Orsay, après la Royal Academy, accueillera du 13 octobre 2020 jusqu’au 10 janvier 2021 une exposition consacrée à Léon Spilliaert (1881-1946), notamment ses œuvres produites entre 1900 et 1919, une première en France depuis quarante ans pour cet artiste belge assez méconnu du grand public. Il y a des peintres de la lumière qui brûlent la rétine, qui prophétisent la couleur, qui célèbrent les moissons dorées, et d’autres qui s’aventurent dans les anfractuosités. Une grisaille indélébile en héritage se déverse sur la toile comme si un bagage trop lourd et trop terne pesait depuis l’enfance sur le pinceau du ténébreux ostendais.
Léon Spillaert, peintre de la noirceur flamande
La noirceur était sa terre d’exil. Son côté sombre de la force l’emportait sans pour autant asphyxier, sans mettre à distance celui qui regarde. Ses toiles ont le goût étrange et inconfortable des dimanches soir, les veilles de retour au pensionnat. Face aux peintures de Spilliaert, le malaise apparent devient plaisir, presque addiction nostalgique, on est happé par ces décors d’outre-tombe, on s’identifie à ces solitudes errantes, notre esprit se perd alors dans la ligne de fuite, dans ce rêve brumeux, comme si derrière, très loin, au fond du tableau, se nichait un ailleurs invisible.
Chez Spilliaert, l’échappatoire est un leurre, l’enfermement, une autre façon de supporter l’existence. Ce voyage en territoires intérieurs fait grincer notre mémoire, nous oblige à affronter nos peurs. Paysages désolés, horizons inquiétants, yeux exorbités, phares lointains, mer épaisse et somnolente, silhouettes à l’abandon, arbres noueux dans des forêts fantomatiques, rues désertes éclairées à la bougie, escaliers interminables sans but, symbolisme à la Maeterlinck, ce romantisme des gens du Nord, Spilliaert le contracte, il mélancolise l’âme flamande.
Stéphane Lambert, essayiste délicat
Ostende, sa ville de naissance, dépouillée de toutes fioritures, exhale des parfums amers. Ces étendues plates et menaçantes, balayées par les vents violents, ont nourri l’art de Spilliaert et son caractère inquiet. Pour capter le regard d’un peintre, essayer de toucher une parcelle de sa vérité, il faut un accompagnateur, un initiateur. Stéphane Lambert est cet entremetteur. Essayiste délicat qui refuse les chronologies lourdaudes ou les exégèses indigestes, il a inventé une nouvelle façon d’écrire sur l’art.
Il caresse les vies passées en se mettant parfois en scène ou en se plaçant dans la peau du peintre ; il va même jusqu’à plonger carrément dans l’œuvre, lui susurrer sa signification intime. La lecture prend une forme déstructurée très agréable, très audacieuse aussi, toujours soutenue par un style poétique où les mots sont chargés. Lambert ne se contente pas de tirer le portrait à la sauvette d’un peintre, de réciter quelques poncifs, il donne à penser et à s’imprégner totalement de l’œuvre.
ACauseur, nous avions déjà parlé de son précédent ouvrage Visions de Goya, l’éclat dans le désastre » en 2019 qui a reçu le Prix André Malraux. Toujours chez son éditeur Arléa, il vient de sortir Être moi toujours plus fort . Avant que la France ne succombe au charme elliptique de Spilliaert à la prochaine rentrée, munissez-vous de ce court texte agrémenté de plusieurs illustrations.
Névroses d’un monde parallèle
Ce guide qui ne ressemble pas à un guide et c’est tant mieux, vous fera entrer dans l’univers mental de Spilliaert, vous y partagerez les névroses de son monde parallèle. « La mer reste, pour le peintre, source d’enchantement. Il ne l’aime jamais autant que lorsqu’il la retrouve : l’air le surexcite ; tout lui paraît neuf et fantastique. Il se promène des heures le long de l’eau, marchant des kilomètres sans regarder la ville s’éloigner derrière son dos. Le vent forme autour de lui un couloir qui l’isole, où il plonge jusqu’au fond de lui-même. Plus rien ne l’atteint. Ses pensées débouchent là où il n’y a plus moyen de penser » écrit Lambert qui, pas à pas, tente de percer le mystère de Spilliaert.
Plus il s’en approche, plus la figure du belge s’enfuit et résiste : « L’ombre de Spilliaert demeurait aussi insaisissable qu’elle l’avait été pour lui-même. Une vie ne se fixe pas rétroactivement, sa mémoire continue de vibrer à travers nos vibrations. Nos pensées ne sont jamais finies ».
Être moi toujours plus fort de Stéphane Lambert – Arléa
Il manquait une rubrique scientifique à Causeur. Peggy Sastre comble enfin cette lacune. A vous les labos!
Nous sommes en 2035. Les progrès en intelligence artificielle et en robotique ont été si rapides qu’il est désormais possible de se procurer deux types de machines, les robots sexuels et les robots d’amour, tous déclinables en version masculine et féminine. Les premiers, les robots sexuels, ont une apparence humaine des plus sophistiquées. En plus d’une telle prouesse sensorielle, l’intelligence artificielle leur permet de s’adapter parfaitement aux désirs et préférences de leurs propriétaires au gré de leurs interactions. Les enquêtes commerciales sont formelles : les clients sont extrêmement satisfaits de leurs robots sexuels, même si leur conception leur interdit d’offrir la moindre gratification affective à leurs maîtres et maîtresses. Pour cela, il y a les robots d’amour, capables de comprendre les pensées de leurs propriétaires avec une finesse à nulle autre pareille et de tenir des conversations apaisant l’âme comme personne. Parce qu’ils n’ont aucun début de commencement de forme humaine – ce ne sont, après tout, que des enceintes connectées améliorées –, il est impossible d’en espérer le moindre chouia de lubricité. Pour cela, il y a les robots sexuels…
Une étude qui met en évidence les différences entre hommes et femmes
C’est sur un tel scénario croisé que des chercheurs norvégiens dirigés par Mads Nordmo Arnestad, maître de conférences à la Norwegian Business School de Bergen, ont conçu une étude pour savoir si hommes et femmes regardaient d’un même œil ces automates à peine fictifs et selon quelles lignes de faille. Cinq hypothèses orientent leur expérience, menée sur 163 femmes et 114 hommes âgés de 17 à 70 ans et en grande majorité recrutés sur les réseaux sociaux.
La première, c’est que l’attitude des hommes face aux robots sera généralement plus positive que celle des femmes, notamment parce que les hommes sont, en tendance, davantage portés sur les nouvelles technologies, avec des femmes se faisant plutôt motrices et vectrices de la massification des usages. L’exemple classique est celui du téléphone. À l’origine conçu par et pour des hommes afin de leur simplifier une vie professionnelle à laquelle les femmes n’avaient pas à l’époque accès, ce sont elles qui allaient lui trouver de grosses qualités d’enrichissement de la vie sociale et, dès lors, transformer le gadget en essentiel de la vie quotidienne.
Peggy Sastre Crédit photo : Natacha Nikouline.
Des différences à l’image d’une relation purement humaine
L’existence de différences genrées assez marquées en matière de « styles sociaux » est ce qui permet aux chercheurs de poser leur seconde hypothèse : que les hommes préféreront les robots sexuels aux robots affectifs et vice versa du côté des femmes. De fait, une palanquée de travaux montre que les hommes sont aussi plus statistiquement portés sur le sexuel et que les femmes le sont sur l’émotionnel. Même en prenant en compte le fait que les femmes sont plus susceptibles de mentir que les hommes lorsqu’on les interroge sur leur sexualité (car elles risquent plus gros à dire la vérité), les hommes continuent à se masturber davantage, à être les premiers consommateurs de pornographie et à avoir plus souvent recours à la prostitution que leurs congénères féminines. Ensuite, les femmes ont des relations interpersonnelles en tendance plus complexes et profondes (que cela les comble de joie ou de malheur) et, comme le veut le cliché (qui n’est pas un cliché pour rien), les hommes ont moins de mal à distinguer sexe et sentiments. D’autant plus, ce qui n’étonnera là pas non plus grand monde, que la quantité est à leurs yeux (et à leur inconscient adaptatif) un critère supérieur à la qualité lorsqu’il s’agit de se trouver des partenaires.
D’ailleurs, lorsqu’il y a cadre conjugal, comment les humains appréhendent-ils l’irruption des robots ? C’est sur ces questions que portent les hypothèses suivantes. La troisième prédit que les hommes seront plus jaloux du robot de leur femme si elle s’en choisit un sexuel, quand les femmes auront davantage de mal à avaler que leur conjoint fasse joujou avec un robot platonique. En annexe, la quatrième estime que les hommes seront plus inquiets si leur femme envisage de s’offrir un robot sexuel, quand les femmes flipperont plus sec si leur mari ou faisant fonction s’adjoint les services d’une meilleure amie de silicium. Et comme une synthèse du tout, la cinquième et ultime hypothèse augure que les participants s’attendront à ce que leur chère et tendre l’ait plus mauvaise si jamais ils en viennent à se payer un robot platonique, quand les participantes présageront que le robot sexuel fera en priorité se fâcher tout rouge leur moitié d’orange.
Les failles de l’étude
L’étude n’est pas sans défauts. Le plus gros, c’est que l’échantillon pourrait souffrir d’un sale biais d’autosélection. De par sa méthode de recrutement – des posts sur les réseaux sociaux –, il ne faut pas être grand clerc pour se dire que les gens à avoir répondu à l’appel étaient plus technophiles que la moyenne – ou, à tout le moins, moins rebutés à l’idée d’un compagnon robotique. Le second est plus platement démographique : si la classe d’âge représentée est relativement large, la grosse majorité des cobayes (près de 70%) sont des étudiants. Ce qui limite d’autant plus la généralisation des résultats et jette un bel angle mort sur tout un tas de paramètres que l’on sait fluctuer avec l’âge et la situation socioéconomique. Enfin, l’échantillon étant quasi exclusivement (90%) hétérosexuel, impossible d’appliquer aux autres orientations sexuelles la moindre des conclusions.
Quelles sont-elles ? Que quatre hypothèses sur cinq ont été confirmées. La perdante est la numéro 3 sur la jalousie. Contrairement aux prédictions des chercheurs, les participantes se sont dites plus jalouses à l’idée que leur partenaire acquière un robot sexuel, quand les participants ont consigné une jalousie équivalente qu’importe le modèle. Mais l’un dans l’autre, ces 80% de réussite permettent de calmer autant les espoirs des technophiles que les angoisses des technophobes. La course technologique peut s’emballer, la révolution anthropologique n’est pas pour après-demain. À la fin, et sans doute pour encore un sacré bon bout de temps, c’est la nature humaine qui gagne.
Peu de professeurs auront laissé une empreinte aussi forte sur ce qui me tenait lieu d’intelligence qu’Henri Guillemin. Ses cours à l’Abbaye Royale de Saint-Maurice étaient époustouflants : il délayait son cœur dans chacune de ses analyses d’écrivains que tantôt il adulait, comme Victor Hugo, Bernanos ou Claudel dont il était très proche ou qu’il flinguait avec une liberté de ton qui nous ravissait et nous surprenait tout à la fois. Gide ? « Une boursouflure ». Malraux ? « Un cabotin ». Benjamin Constant ? « Un arriviste ». Alfred de Vigny ? « Un indicateur de police ». Il y avait du commissaire Maigret en lui, un goût pour la filature et un refus de croire à l’histoire officielle : autant croire des criminels sur parole, nous enseignait-il.
Par la suite, je l’ai retrouvé à la télévision suisse et, en dépit de son catholicisme de gauche, je succombais à son charme. Sa voix surtout que j’essayais en vain d’imiter et son art de la mise en scène qui parfois nous arrachait des larmes. J’ai vu au Buffet de la Gare de Lausanne, lors d’une réunion du Parti socialiste, des militants en larmes quand il évoquait la mort de Jaurès. C’était un immense érudit et un très grand orateur : il avait, nous confiait-il, beaucoup appris de Maurice Chevalier. Mais c’était surtout un homme d’une générosité exceptionnelle, fidèle à ses convictions et rebelle à toute forme de conformisme. Quand son ami François Mauriac lui avait suggéré de se présenter à l’Académie française, il lui avait répondu : « Il y a des vérités qu’on ne peut plus dire en costume de carnaval. »
Les Archives de la TSR ont eu l’excellente idée de mettre en ligne ses conférences, notamment sur YouTube, où près de trente ans après sa mort en 1992, elles cartonnent encore. Célèbre en Suisse où il s’était retiré, il était en revanche interdit de télévision en France sous Pompidou et Giscard qui le jugeaient trop iconoclaste. Peu lui importait, il préférait vivre à Neuchâtel, là où sont déposées les archives de la correspondance de Jean-Jacques Rousseau, son auteur de prédilection. Neuchâtel où il s’était réfugié en 1942 après avoir été dénoncé comme gaulliste par Je suis partout. Après la guerre, il occupera longtemps le poste de conseiller culturel à l’ambassade de France à Berne. Humaniste dans le meilleur sens du terme, il était évidemment à l’opposé des structuralistes et se réclamer de lui dans les années soixante-dix était pratiquement une forme d’hérésie. Il était vomi par les intellectuels qui tenaient alors le haut du pavé. Je suis resté fidèle à Henri Guillemin et même si je ne partageais pas son catholicisme et si son idéalisme me laissait perplexe, j’avais la même passion que lui (il me l’a transmise) : chercher à trouver ce qui se cache sous les mensonges accumulés. Et surtout essayer de ne pas se tromper sur le sens de ce mot : aimer.
Et c’est là que j’en viens à une confession d’Henri Guillemin qui figure dans ses conversations avec Jean Lacouture. En 1927, il est à l’École Normale Supérieure, rue d’Ulm, avec pour condisciples Jean-Paul Sartre et Nizan. C’est là qu’il a été déniaisé par une Bretonne qui se faisait passer pour la fille d’un amiral, ce qui l’avait ébloui. François Mauriac à qui il l’avait présentée lui avait fait pour unique commentaire : « Vous avez bien mal choisi. » La liaison s’est néanmoins longtemps poursuivie jusqu’à ce qu’il apprenne qu’il n’était pas le seul à partager ses faveurs : c’était une cocotte entretenue par de vieux messieurs et qui se divertissait avec de jeunes normaliens. Ça m’a tout de même « dépris », ajoute Guillemin qui épousera par la suite Jacqueline, une jeune et fraîche catholique, par l’entremise de son maître spirituel, Marc Sangnier.
On apprend aussi dans ces confidences à Jean Lacouture que le jeune Sartre ne s’intéressait absolument pas à la politique et qu’il était un « coureur de jupons » goûtant particulièrement les blagues grivoises, cependant que Nizan se passionnait pour le fascisme au point d’adhérer au groupe Valois, un groupuscule dissident de l’Action française, avant de faire volte-face et de devenir communiste. Quiconque s’intéresse à l’histoire littéraire en France au vingtième siècle se doit de lire ces conversations avec Jean Lacouture que j’ai retrouvées récemment dans ma bibliothèque. C’est un document précieux. Il était paru aux éditions Arléa sous le titre un peu niais : Une certaine espérance.
Avec ce mélodrame de John M. Stahl tourné en 1944, Jacques Déniel poursuit son exploration du rôle du prêtre dans le cinéma
« Une conversion doit se faire par la foi et non par la force ! »
John M. Stahl est un cinéaste américain reconnu pour la beauté de ses mélodrames: Images de la vie (Imitation of Life 1934), Le Secret Magnifique (Magnificient Obssession 1935)… et le flamboyant Péché mortel (Leave Her To Heaven 1946). En 1944, il tourne Les Clés du royaume, un film produit par le cinéaste et producteur Joseph L. Mankiewicz pour la Twentieth Century Fox.
Le film s’inscrit dans un genre très en vogue à la Fox, la biographie religieuse comme La Route semée d’étoiles de Leo McCarey (1944) ou Le Chant de Bernadette de Henry King (1943). Adapté d’un roman éponyme écrit en 1941 par un écrivain de talent, très reconnu jusqu’à la fin des années soixante, AJ Cronin, le film nous conte l’histoire de l’abbé Francis Chisholm, un prêtre écossais aux idées peu conventionnelles né dans une Grande-Bretagne divisée entre confessions protestante et catholique, et qui va être envoyé en mission en Chine.
Sous le signe du mélodrame
Dans la première séquence, nous en sommes en présence de l’abbé Chisholm âgé, ne voulant pas quitter sa paroisse de naissance qu’il aime tant. Construit sous la forme d’une narration en flash-back, le film nous dépeint la vie de l’abbé de l’enfance à la vieillesse. Il débute sous le signe du mélodrame cher à J.M. Stahl. Le cinéaste expose les circonstances crues de l’enfance et de la jeunesse de Francis Chisholm. Issu d’une famille exemplaire, tolérante et aimante, son père est catholique et sa mère protestante. Un soir où la tempête fait rage, son père est brutalement agressé par des protestants. Il est secouru par sa femme. Tous deux épuisés par leur fuite disparaissent noyés dans la rivière tumultueuse.
Le jeune garçon est adopté par la famille de ses cousines. Animé de la vocation religieuse et amoureux de sa cousine Nora, Chisholm semble incertain dans cette société figée, dure, intolérante. Son cœur balance entre son amour pour Dieu et celui pour sa douce cousine. Étudiant avec son ami, Angus, issu d’une famille aisée, il apprend que Nora devenue fille-mère s’est suicidée…
Une Mission en ruine
Il entre au séminaire, devient vicaire de quelques paroisses où son comportement libre et ouvert aux idées des autres choque le dogmatisme d’un clergé catholique parfois guindé et attaché aux privilèges de classe. Il est envoyé en Chine afin de convertir les habitants d’une petite ville. Cette mission, il la mène en alliant la sagesse, une belle liberté d’esprit et la fermeté de ses convictions. À son arrivée, il découvre les bâtiments de sa Mission en ruine. Il s’y installe avec humilité et joie, la comparant à la crèche ayant accueilli la naissance du Christ.
Les habitants de la région se moquent de lui. Seul un jeune Chinois ayant pris comme prénom Joseph, lors de son baptême, devient son disciple. Francis Chisholm traverse une époque sombre sans jamais se départir de sa vitalité, de la force de sa compassion pour les hommes qui souffrent ainsi que de sa volonté de bâtir une belle paroisse. Épidémies, disettes, années de guerre opposant le Guomindang aux Seigneurs de la guerre se suivent. Vivant humblement, prêchant l’amour et la miséricorde du Christ, il gagne la confiance des habitants ainsi que celle des trois religieuses européennes qui ont été envoyées pour l’aider à fonder une école. Il construit l’église, le dispensaire et l’école de la Mission de ses propres mains avec l’aide de Joseph et le soutien financier d’un mandarin dont il a soigné le fils. Le Père Chisholm veut convertir les cœurs et les âmes par le seul rayonnement de la foi et la force du témoignage de son ministère.
Sous le signe de l’humilité
La grande humilité du personnage – interprété par un Gregory Peck convaincant –, sa force de caractère et d’homme juste font naître l’émotion dans plusieurs scènes comme celle de la mort de son ami Willie Tulloch (truculent Thomas Mitchell), un facétieux athée: au lieu de soutirer au mourant une conversion forcée, Chisholm le laisse s’éteindre paisiblement sans forcer ses convictions mais tout en recommandant avec ferveur son âme à Dieu. C’est aussi par l’amour divin et la patience qu’il vient à convaincre Sœur Maria-Veronica – issue d’une famille très aisée – de partager son désir de vivre selon les préceptes des Évangiles ou qu’il s’oppose avec malice aux idées et manières empruntes de supériorité de Angus devenu évêque.
Superbement mis en scène, servi par les cadres précis et rigoureux et la photographie d’un noir et blanc contrasté de Arthur C.Miller, la musique d’Alfred Newman et le talent des acteurs tous excellents, la vie courageuse et mouvementée de ce missionnaire dans une Chine livrée aux exactions, le parcours exemplaire de cet homme empli de la miséricorde font de cette œuvre singulière de J.M. Stahl, l’un de ses plus beaux films.
Après nous avoir réprimandés pour l’interdiction du voile intégral, les Nations Unies jugent notre langage trop « genré », et veillent à corriger notre misogynie.
Il y a deux ans, l’ONU nous tapait sur les doigts, estimant que l’interdiction généralisée du niqab était « une mesure trop radicale ». En se penchant sur son fonctionnement, ses axes de travail et l’idéologie qui s’en dégage, on observe une extension de ses prérogatives. Ne se cantonnant plus seulement au maintien de la paix, mais prenant la forme d’une organisation politique supranationale, « le machin qu’on appelle l’ONU » – comme disait le général de Gaulle – distribue les bons points et œuvre à uniformiser les consciences, selon des critères toujours plus progressistes.
9 milliards de budget annuel, que la France finance à hauteur de 5,6%
De quoi vivent les Nations-Unies ? En 2019, la contribution totale de la France au budget de l’ONU s’élevait à 504,4 millions de dollars. Son silence assourdissant durant la crise du coronavirus ne nous a donc pas été facturé à prix d’ami. À titre de comparaison, cela représente le coût de 7000 postes hospitaliers.
Il faut certes distinguer le budget « ordinaire », qui comprend les dépenses d’investissement, de personnel et de fonctionnement du Secrétariat et des nombreuses « succursales onusiennes » – dépenses qui englobent petits fours et colloques sur le langage inclusif –, et le budget des opérations de maintien de la paix (« OMP »). Depuis vingt ans, le budget ordinaire (étalé sur deux ans) a plus que doublé, culminant aujourd’hui à 5,8 milliards de dollars, tandis que celui des OMP est en baisse, à 6,1 milliards par an. Ce glissement des dépenses trouve son explication dans la baisse du nombre de conflits à travers le monde, et l’on constate que le donneur de leçons se substitue au pacificateur.
À travers différentes méthodes, elle explique comment remodeler nos phrases en fonction du contexte, quitte à complexifier le langage et alourdir notre prose. On apprend également à délaisser les participes passés – qui ont le malheur de s’accorder avec le sexe –, au profit d’expressions neutres. Chers lecteurs cisgenrés, binaires ou non-fluides, il vous faut retourner au CE2 ! Pour finir, l’ONU nous encourage à bannir les termes « mari » et « femme » quand le genre de notre interlocuteur nous est inconnu, ou que l’on s’adresse à un groupe de personnes…
Manuel à destination du mauvais mari
Twitter / ONU Femmes
Entre deux « conseils pour élever des enfants féministes », et des incitations à préparer le dîner, mettre le couvert et sortir la poubelle pour devenir un époux responsable, la branche dédiée à la condition féminine aborde également la question de la liberté.
Avec une hypocrisie digne de nos meilleures représentantes féministes nationales, on apprend que des « lois familiales discriminatoires » ordonnent aux femmes de nombreux pays d’obéir à leur mari, ou bien encore les restreignent dans leurs déplacements en dehors du foyer. Ces lois et ces pays que l’on ne nomme pas sont donc des choses abstraites, nébuleuses, et nous rappellent les fameuses « voitures folles » ou autres « camions assassins » qui ont sévi à Nice, Londres, Jérusalem, Berlin, ou plus récemment encore à Colombes…
Stopper les guerres, c’est bien… mais foutez-nous la paix !
Organisation qui se gratifie d’une légitimé grandissante, toujours plus intrusive, l’ONU joue avec nos nerfs, en plus de nos sous.
Les remontrances de fonctionnaires qui émargent dans leur majorité à plus de 10000 dollars par mois (somme exonérée d’impôt sur le revenu !) ont du mal à passer. De nombreuses associations – également financées par nos impôts – s’attèlent déjà à nous réapprendre à penser, à nous indigner, à parler, à draguer, et à considérer notre prochain. L’ONU s’en inspire jusqu’à les singer. Si leurs combats originels étaient nobles et nécessaires (émancipation des femmes, droits des homosexuels, défense des minorités opprimées, égalité devant la loi et dans le monde du travail), leurs actions prennent aujourd’hui un visage idéologique, et encouragent le communautarisme ainsi que la haine d’un Occident prétendument rabougri, par essence misogyne et raciste. Sous prétexte de rassembler, leur doctrine divise le peuple tout en le condamnant à la bouillie identitaire.
La France n’a pas attendu l’ONU pour apprendre la courtoisie, le respect des femmes, ou encore pour accueillir des immigrés du monde entier. Par contre, l’ONU semble avoir oublié que sans la contribution des nations qu’elle dénigre et voudrait rééduquer, il lui faudrait fermer boutique.
Sous la pression de l’antiracisme 2.0 et de la « pensée » décoloniale, on va finir par se poser la question…
En France, Noirs et Blancs forment-ils un seul peuple, uni par sa culture, uni par une commune volonté d’enracinement, plus forte encore que les seules racines ? Jusqu’ici je pensais que oui, et j’étendais naturellement cette conviction à toutes les nuances de l’épiderme, de la pâleur nordique au hâle méditerranéen en passant par les carnations orientales. Je croyais naïvement que tout citoyen français était Français.
Le peuple n’est-il pas souverain, comme le proclame notre constitution ? N’est-ce pas en vertu du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes que nous décidons collectivement de notre destin, et que parmi les décisions que nous prenons il y a eu, par exemple, celle d’avoir Jean-Baptiste Belley comme député, et celle d’avoir Gaston Monnerville comme président du Sénat ? Un peuple souverain ne saurait être gouverné par des étrangers : Noirs, mais surtout citoyens français, élus français, tous deux étaient bien évidemment tout simplement français.
Qui n’est pas coupable n’est pas français, hé!
Depuis quelques jours, il est manifeste que beaucoup sont loin de partager cette conviction. Nous sommes assourdis par des discours exigeant un traitement différencié selon la couleur de peau, par des histoires de culpabilité liée au taux de mélanine. Peu importe que ces discours soient tenus par des Noirs accusateurs ou des Blancs repentants, ils n’ont de sens que s’il existe en France, un peuple Noir distinct du peuple Blanc.
Admettons que la France soit coupable – pour sa participation à la traite négrière, pour la colonisation, que sais-je. Alors il est impossible d’être français sans porter une part de cette culpabilité. En d’autres termes, ne pas être coupable c’est ne pas être français. Ou si seuls certains sont coupables, il faut individualiser cette culpabilité : la faute n’est plus celle de la France, mais de certains Français. Et dès lors, il faut se rappeler que certains Noirs ont été esclavagistes, et que beaucoup de Blancs ne l’ont pas été.
Affirmant la culpabilité collective de la France tout en refusant de la faire leur, les « décoloniaux » refusent de faire partie du peuple français. Ils se comportent comme un peuple à part, un peuple vivant en France mais distinct du peuple français. Or, seul ce dernier détient ici la souveraineté. Selon leur propre vision, les « décoloniaux » ne peuvent pas prétendre bénéficier des privilèges qui en découlent. De quel droit, s’ils se désolidarisent du reste de la communauté nationale, voteraient-ils pour décider de l’avenir d’un peuple qui n’est pas le leur ? De quel droit bénéficieraient-ils de la solidarité qui unit ses membres ? De la fraternité inscrite dans sa devise ?
L’ambiguë Assa Traoré
Quand des Corses, des Basques, des Bretons se considèrent comme appartenant à des peuples distincts du peuple français, ils demandent l’indépendance. Ils portent le projet de former un peuple qui s’assume sur ses terres historiques. Capable de dire « vous » aux Français, en sachant que cette exclusion volontaire leur donnerait une liberté nouvelle, mais aussi la responsabilité de se prendre en main sans en appeler à l’entraide d’une communauté nationale dont ils ne feraient plus partie. Ils ne veulent plus que la France décide pour eux, mais ils ne demandent pas en même temps à décider pour la France. Et c’est aussi le cas de beaucoup d’indépendantistes Outre-Mer : quoi que l’on pense de leurs revendications, elles ont le mérite d’une certaine cohérence.
Rien de tout ceci avec les « décoloniaux » et autres soi-disant « antiracistes ». Leur nouvelle icône, Assa Traoré, l’illustre bien. Elle veut bénéficier de tous les avantages liés à la citoyenneté française, mais se flatte d’avoir été reçue par le président du Mali alors même qu’elle se permet de mettre des conditions à une éventuelle rencontre avec le président français. Elle revendique la nationalité malienne de son frère pour demander le soutien du président malien, mais se sent-elle une dette ou une responsabilité envers les militaires français – de toutes couleurs – des opérations Serval et Barkhane ?
Faisant de la pigmentation de la peau l’alpha et l’oméga de sa pensée, l’idéologie « décoloniale » est profondément raciste, moralement indéfendable. Il n’est qu’à voir la propension de ses adeptes à traiter les « racisés » qui ne partagent pas leurs croyances de « bounty », « nègre de maison », « arabe de service » ou « collabeur », comme s’ils étaient incapables de penser par eux-mêmes, incapables d’avoir des convictions différentes de celles de leur « race » – à moins bien sûr d’être manipulés par les Blancs. Paradoxe : selon l’inénarrable Maboula Soumahoro « l’homme Blanc ne peut pas avoir raison contre une Noire et une Arabe, il ne peut pas. » Mais ce même homme Blanc, manifestement intrinsèquement inférieur, serait pourtant seul responsable de tout, seul agissant pendant que les autres sont victimes de lui. Révélation scientifique au passage : Galilée avait donc tort, puisqu’à son époque des Noires et des Arabes croyaient que la Terre était plate.
Mais le racisme n’est pas le seul danger que pose cette idéologie. Elle remet en cause le fait qu’être français, ce soit faire partie du peuple français. Un seul peuple, peu importent les histoires personnelles et les origines des individus qui le composent, peu importe le moment où leurs ancêtres ou eux-mêmes ont rejoint ce peuple pour s’enraciner avec lui.
Insidieusement, les « décoloniaux » tentent de nous faire glisser dans un monde radicalement différent, un monde où plusieurs peuples se partageraient ce qui fut pendant des siècles le territoire d’un seul. Un monde où chacun de ces peuples poursuivrait ses intérêts propres, sans notion de dévouement à un bien commun qui les dépasserait et les unirait. Sans loyauté réciproque, sans devoirs partagés. Un monde, en d’autres termes, où des peuples nouveaux venus vivraient en France en prétendant n’avoir envers la France que des créances et des droits, mais nulle dette ni nul devoir. Un monde où ces nouveaux venus dépossèderaient le peuple historique de sa souveraineté, effaçant son histoire pour la remplacer par une nouvelle propagande, comme l’illustrent déjà les destructions récentes de statues.
Dire qu’un policier ou un gendarme Noir serait un « vendu », c’est dire qu’il trahit les siens: c’est donc dire qu’il n’appartient pas à ceux dont la police et la gendarmerie tirent leur légitimité, qu’il n’appartient pas au peuple français souverain. Et tous ces Blancs qui rêvent de s’agenouiller devant les Noirs, à l’américaine, devraient en prendre bien conscience : se comporter ainsi, c’est exclure les Noirs de la participation au passé collectif du peuple français, donc proclamer que les Blancs et les Noirs n’appartiennent pas au même peuple.
Et, bien sûr, dire qu’il y aurait deux communautés distinctes, deux peuples dont l’un aurait une dette historique envers l’autre, cela impose de réfléchir soigneusement aux deux plateaux de la balance. Si le « peuple Blanc » est frappé d’une culpabilité collective envers le « peuple Noir », alors tout crime commis par un Noir et dont la victime serait un Blanc est une agression d’un peuple envers un autre. Et je pense à Youssouf Fofana, Amedy Coulibaly, Mickaël Harpon… Je pense aussi aux milliards d’euros des aides en tout genre, qui ne seraient plus un aspect de la solidarité nationale, de la cohésion du peuple français, mais deviendraient de l’argent versé par un peuple à un autre, et reçu avec une ingratitude qui, pour le moins, imposerait d’en exiger rapidement le remboursement. Je pense à l’utilisation d’infrastructures, d’hôpitaux, d’écoles… Cohérence.
Mais je ne suis pas un de ces « décoloniaux ». Je viens après la nuit du 4 août, et je refuse l’instauration d’une aristocratie victimaire dont les membres auraient pour seul mérite la pigmentation du petit millimètre d’épaisseur de leur épiderme. Je considère que Gaston Monnerville était français, pleinement légitime pour occuper les fonctions qui furent les siennes. Je considère qu’il est temps de mettre fin au projet délirant des décoloniaux. Ceux qui portent ce projet sont des ennemis de la France et de la liberté de conscience, et il est grand temps que tous les Français, de toutes couleurs, le comprennent.
Ce film, à l’incroyable souffle romanesque, est victime de la censure de l’ère diversitaire. Le monde qui se présente à nous est aseptisé et morne.
Alors que les médias progressistes, ivres de leur gloire retrouvée grâce au mouvement Black Lives Matter, nous saoulent d’articles sur les stars hollywoodiennes en pleine séance de repentance, la suppression temporaire par la plateforme de diffusion de films HBO d’ « Autant en emporte le vent », fait l’effet d’un mini séisme au pays de Voltaire.
Cela faisait longtemps qu’un des plus grands films de l’histoire du cinéma était dans le viseur des néo-censeurs. À chaque rediffusion télévisuelle, l’Obs ou Les Inrocks nous mettaient en garde contre ce film raciste. Et l’affaire Floyd vint, et rien ne fut comme avant.
L’universitaire et écrivaine Laure Murat, enseignante à UCLA, a un dada : le revisionnage. « Le revisionnage n’est pas le révisionnisme, il n’est pas question de censure, il est question d’exercer un regard critique renouvelé », en d’autres termes les films, livres et œuvres d’art seront désormais passées au tamis de la pensée progressiste. La « soft censorship » est en branle.
Si « Autant en emporte le vent » est considéré comme raciste, j’y vois quant à moi une métaphore de notre triste époque, Scarlett et Rhett assistent à l’effondrement du monde sudiste comme nous assistons à l’effondrement d’une certaine idée du monde occidental. Le Sud des Etats-Unis c’est l’ordre injuste, mais romanesque et sexy contre l’ordre juste mais moralisateur et ennuyeux du Nord ! C’est Scarlett O’Hara versus Jo March, l’héroïne des Quatre filles du docteur March de Louisa May Alcott, Scarlett est aussi égoïste et frivole que Jo est altruiste et bienveillante. Scarlett est évidemment plus intéressante.
Le Sud, tel qu’il est décrit par Faulkner ou Tennessee Williams est plein de névroses, de passions et d’emportements, de prostituées et de femmes à la splendeur déchue personnifiées par la Blanche DuBois d’Un Tramway nommé désir. Oui, Vivien Leigh est une magnifique Blanche comme elle fut une magnifique Scarlett.
Trop romanesque pour #MeToo
« Autant en emporte le vent » est à l’image de ce trop plein : trop long, trop coloré, trop romanesque. C’est une fresque divisée en quatre parties et quatre couleurs : verte est la première partie qui décrit la civilisation sudiste à son apogée, rouge est la seconde, la passion et la guerre, marron et grise est la troisième, sécheresse et infertilité et enfin noire est la dernière, il est temps de prendre le deuil. Les personnages sont de flamboyants stéréotypes : Rhett est le mâle alpha, un peu brutal et un peu dandy, Scarlett représente toutes les facettes de la féminité : frivole peut-être, mais volontaire et féministe malgré elle aussi. Enfin Mama est la nounou d’Antigone, maternelle et ferme. Les autres personnages gravitent autour pour les mettre en valeur, Mélanie est aussi dévouée que Scarlett est égoïste et Ashley aussi terne que Rhett est sexy. Il n’est pas étonnant que ce récit déplaise aux bâtisseurs du nouveau monde, car il est aussi lyrique et plein de fureur que le monde d’après est aseptisé et morne.
Le préambule du film s’ouvre sur ces mots qui semblent maintenant appartenir à un passé dont on n’aperçoit plus la rive : « Il était une fois un pays de coton que l’on appelait le Sud. On y trouvait le meilleur de la galanterie, des chevaliers et des dames, des maîtres et des esclaves. Mais tout ceci n’existe plus qu’en rêve, le vent a emporté notre civilisation ». Pour laisser place à une civilisation, où Rhett et Scarlett, mus par la repentance, s’agenouilleraient devant Mama ? Dans ce rêve dystopique, je parie qu’elle leur intimerait l’ordre de se relever.
Effrayante Chine et son système de crédit social. Le spectacle de cette docile société confucéenne fait bondir nos âmes rebelles, éprises de liberté. Car, heureusement, la France n’est pas la Chine, n’est-ce-pas?
Figurez-vous que les « autorités chinoises » finissent de mettre en place un numéro d’identité unique attribué à la naissance, « nécessaire pour tout » et qui pourrait, dixit nos grands journaux de référence, être un « levier supplémentaire de discrimination envers certaines des cinquante-cinq minorités ainsi mises sous contrôle accru ». Mais, franchement, on a l’air de quoi avec notre pauvre numéro INSEE et notre malheureux RPNIP (Répertoire National d’Identification des Personnes Physiques). Petite joueuse, notre carte vitale, toute petite joueuse !
Petit bras
En plus, dans l’empire du milieu, ils n’ont vraiment pas de bol, avec leur SCS, Social Credit System, système de notation individuelle avec 1 000 points dans l’escarcelle au départ. Trop de points perdus, (une bagarre peut coûter jusqu’à 10 points), et hop, vous êtes punis et plus moyen par exemple d’acheter des billets de train ou d’avion. Cloués chez vous. Confinés. Il n’y a pas à dire, nous la jouons vraiment petits bras dans l’hexagone avec nos 12 minables points de permis de conduire, nos 5 900 radars prévus pour la fin 2020 et nos 100 000 retraits annuels. Quel manque d’ambition !
Et puis, ce n’est pas tout. L’accès au crédit et même à la carte bancaire peut être refusé à ceux qui ne sont pas bien notés. Ouf ! Heureusement que dans notre belle démocratie le fichage à la Banque de France et l’interdiction bancaire ne concernent que les mauvais payeurs et non pas ceux qui jettent des papiers par terre, crachent dans la rue ou promènent leur chien sans laisse.
Pas de ça chez nous !
Plus inacceptable encore, du moins d’après notre radio du service public : la note sociale peut même rendre difficile l’accès au logement. Quand on pense que chez nous, dans notre douce France, pour être bien noté par une agence immobilière, il suffit de fournir une quittance EDF, trois bulletins de salaire, un avis d’imposition, une attestation de l’employeur, les quittances de loyer de la précédente location et une photocopie de la taxe foncière du garant si celui-ci est propriétaire. Il n’y a pas photo, on est quand même super tranquille sur ce coup-là.
Et pire, il paraît qu’« ils » se notent les uns les autres. Ce n’est pas chez nous que cela arriverait. Parce que non seulement on est contre les notes à l’école ou à l’université, mais qui aurait l’idée saugrenue de noter son chauffeur Uber, son livreur pédaleur, son médecin, son boulanger, l’hôtel ou le camping où on va en vacances ou de dénoncer son voisin qui ne respecte pas le confinement ?
Et le bouquet, je crois que vous n’allez pas en revenir. Là-bas, heureusement très, très loin là-bas, le gouvernement contrôle les réseaux sociaux. Oui, vous avez bien lu. Les Chinois ne peuvent pas écrire ce qu’ils veulent. Imaginez, un seul instant qu’en France, une députée un peu sortie de nulle part propose de faire voter une loi qui, « quel que soit leur pays d’établissement contraindrait les opérateurs de plates-formes en ligne et les moteurs de recherche dont l’activité sur le territoire français dépasserait des seuils déterminés par décret, à retirer ou déréférencer dans un délai de vingt-quatre heures tout contenu manifestement illicite, après signalement par une ou plusieurs personnes ». Vous voyez le tollé que cela déclencherait !
Mais, ne nous laissons pas aller à la gamberge. Dieu merci ! Nous ne sommes pas en Chine.
L’écrivain et avocat François Jonquères se souvient du Grand Homme
Dans une époque où le courage se fait la malle, où l’honneur et la parole libre sont sous contrôle, l’écrivain Jean Raspail, disparu samedi à l’âge de 94 ans, semble sortir d’un autre monde. Un monde bien difficile à expliquer et même à imaginer pour les nouvelles générations. Une gueule incroyable qui rappelle celle des condottieres, le panache en héritage, l’aventure en ligne de mire et cette volonté de témoigner, d’aller à la rencontre des peuples oubliés. Avec Raspail, on prend le large, on traverse les continents, sans se trahir, sans faiblir dans un engagement catholique et royaliste, on trace sa route, indifférent aux modes et aux chaos en marche, tout en prenant le pouls d’une société en mutation. Un exercice délicat, instable et flamboyant qui faisait la diversité des Lettres Françaises.
Selon où l’on se place sur l’échiquier politique, on fera de Raspail, un épouvantail des idées progressistes ou un visionnaire d’un Occident en danger. Au-delà des divergences et des combats idéologiques, rappelons qu’un écrivain se lit d’abord. Que pour se faire une idée de l’homme, il faut plonger dans son œuvre, s’y imprégner, en saisir le suc et la violence, batailler avec ses mots et toucher une part de son identité. François Jonquères, écrivain et avocat, inlassable défenseur de la cause « Hussarde » qui fut un proche de l’académicien Michel Déon témoigne sur la figure de cet écrivain hors les murs, hors les codes en vigueur :
« Mon histoire avec celui que Bruno de Cessole surnommait affectueusement le Don Quichotte des causes perdues (Le défilé des réfractaires – L’Editeur) gardera désormais un goût d’inachevé. En 2011, le jury du prix du livre incorrect, dont j’étais alors, n’osa pas couronner la réédition de son merveilleux « Camp des Saints » et, ayant rejoint depuis la joyeuse cavalcade du prix des Hussards, un virus, sur lequel il est de bon ton de chinoiser, causa le report de notre remise, initialement prévue le 28 avril dernier dans les somptueux salons du Lutetia, au cours de laquelle un hommage sous forme d’un vibrant coup de Shako lui était réservé. Qu’importe, le sabre sied aux Hussards comme aux corsaires et leur fidélité va bien au-delà de la mort. À l’heure où notre dernier Géant des Lettres vogue vers d’autres Cieux retrouver Jacques Perret, Michel Déon et tant d’autres, nous n’oublierons pas de célébrer ce grand voyageur, cet explorateur des confins, ce défenseur des derniers peuples libres, comme ses chers Alakalufs, héros des pages immortelles d’Adios ou de Tierre de Fuego. Et nous continuerons bien volontiers ses nobles combats, en songeant à ses yeux, couleur d’océan et d’espérance, qui vous emportaient d’Alaska en Patagonie, terre de liberté et point de ralliement des réfractaires de tout âge. Longtemps encore, des cavaliers quitteront la ville au crépuscule par la porte de l’Ouest qui n’est plus gardée, répondant à l’appel de l’aventure, du grand large où l’homme n’a à craindre que son Créateur. Et chacun de ses cavaliers portera dans ses sacoches un exemplaire de Moi, Antoine de Tounens, roi de Patagonie (Grand prix du roman de l’Académie française en 1981, rendant ainsi l’année moins pénible), de Sire ou des Yeux d’Irene, aujourd’hui pleins de larmes. Je sens déjà le vent se lever. »
Zoom sur ces féministes qui conspuent sur Twitter celles qui, victimes de sexisme, n’ont pas utilisé leurs codes…
Décrire les réseaux sociaux comme une jungle est devenu un poncif. Prédateurs, proies et charognards y chassent les déviants au sein de leur propre tribu. Ainsi, certaines féministes imposent une codification stricte des témoignages victimaires fleurissant sur Twitter et Facebook. Pour préserver les âmes sensibles, les plus radicales enjoignent à leurs petites camarades d’utiliser les abréviations « TW » (Trauma-warning ou Trigger warning) et « CW » (Content warning) en guise d’avertissements. Or, pendant le confinement, de nombreuses victimes d’agressions sexuelles ont narré leurs malheurs sur les réseaux sociaux sans toujours user de ces précautions, au risque de raviver les traumatismes enfouis de certaines lectrices.
C’en est trop pour la police de la pansée féministe. Respectivement victimes d’un frottage dans le métro et d’un viol conjugal, Lola et Mylène en ont fait les frais. Chacune a raconté ses mésaventures sur un groupe féministe Facebook de plusieurs milliers de membres où les hommes sont interdits de commentaires (à l’exception de ceux qui se considèrent comme des femmes…). Si quelques-unes ont gentiment rappelé à Lola l’oubli des mentions « TW » ou « CW » en commentaire, la plupart ont signalé son récit à Facebook comme un « contenu indésirable », la contraignant à supprimer son post.
Quant à Mylène, son refus de s’excuser pour avoir publié un récit brut de décoffrage lui a valu son bannissement du groupe ainsi que plusieurs messages privés la taxant de « monstre d’égoïsme ».
Bref, voilà des femmes victimes soudain érigées en bourreaux faute d’avoir pris les précautions typographiques d’usage.
Stéphane Lambert dessine le portrait de Léon Spilliaert
L’été n’est guère propice à l’introspection. Le beau temps repousse les états d’âme jusqu’à l’automne. C’est pourquoi le Musée d’Orsay, après la Royal Academy, accueillera du 13 octobre 2020 jusqu’au 10 janvier 2021 une exposition consacrée à Léon Spilliaert (1881-1946), notamment ses œuvres produites entre 1900 et 1919, une première en France depuis quarante ans pour cet artiste belge assez méconnu du grand public. Il y a des peintres de la lumière qui brûlent la rétine, qui prophétisent la couleur, qui célèbrent les moissons dorées, et d’autres qui s’aventurent dans les anfractuosités. Une grisaille indélébile en héritage se déverse sur la toile comme si un bagage trop lourd et trop terne pesait depuis l’enfance sur le pinceau du ténébreux ostendais.
Léon Spillaert, peintre de la noirceur flamande
La noirceur était sa terre d’exil. Son côté sombre de la force l’emportait sans pour autant asphyxier, sans mettre à distance celui qui regarde. Ses toiles ont le goût étrange et inconfortable des dimanches soir, les veilles de retour au pensionnat. Face aux peintures de Spilliaert, le malaise apparent devient plaisir, presque addiction nostalgique, on est happé par ces décors d’outre-tombe, on s’identifie à ces solitudes errantes, notre esprit se perd alors dans la ligne de fuite, dans ce rêve brumeux, comme si derrière, très loin, au fond du tableau, se nichait un ailleurs invisible.
Chez Spilliaert, l’échappatoire est un leurre, l’enfermement, une autre façon de supporter l’existence. Ce voyage en territoires intérieurs fait grincer notre mémoire, nous oblige à affronter nos peurs. Paysages désolés, horizons inquiétants, yeux exorbités, phares lointains, mer épaisse et somnolente, silhouettes à l’abandon, arbres noueux dans des forêts fantomatiques, rues désertes éclairées à la bougie, escaliers interminables sans but, symbolisme à la Maeterlinck, ce romantisme des gens du Nord, Spilliaert le contracte, il mélancolise l’âme flamande.
Stéphane Lambert, essayiste délicat
Ostende, sa ville de naissance, dépouillée de toutes fioritures, exhale des parfums amers. Ces étendues plates et menaçantes, balayées par les vents violents, ont nourri l’art de Spilliaert et son caractère inquiet. Pour capter le regard d’un peintre, essayer de toucher une parcelle de sa vérité, il faut un accompagnateur, un initiateur. Stéphane Lambert est cet entremetteur. Essayiste délicat qui refuse les chronologies lourdaudes ou les exégèses indigestes, il a inventé une nouvelle façon d’écrire sur l’art.
Il caresse les vies passées en se mettant parfois en scène ou en se plaçant dans la peau du peintre ; il va même jusqu’à plonger carrément dans l’œuvre, lui susurrer sa signification intime. La lecture prend une forme déstructurée très agréable, très audacieuse aussi, toujours soutenue par un style poétique où les mots sont chargés. Lambert ne se contente pas de tirer le portrait à la sauvette d’un peintre, de réciter quelques poncifs, il donne à penser et à s’imprégner totalement de l’œuvre.
ACauseur, nous avions déjà parlé de son précédent ouvrage Visions de Goya, l’éclat dans le désastre » en 2019 qui a reçu le Prix André Malraux. Toujours chez son éditeur Arléa, il vient de sortir Être moi toujours plus fort . Avant que la France ne succombe au charme elliptique de Spilliaert à la prochaine rentrée, munissez-vous de ce court texte agrémenté de plusieurs illustrations.
Névroses d’un monde parallèle
Ce guide qui ne ressemble pas à un guide et c’est tant mieux, vous fera entrer dans l’univers mental de Spilliaert, vous y partagerez les névroses de son monde parallèle. « La mer reste, pour le peintre, source d’enchantement. Il ne l’aime jamais autant que lorsqu’il la retrouve : l’air le surexcite ; tout lui paraît neuf et fantastique. Il se promène des heures le long de l’eau, marchant des kilomètres sans regarder la ville s’éloigner derrière son dos. Le vent forme autour de lui un couloir qui l’isole, où il plonge jusqu’au fond de lui-même. Plus rien ne l’atteint. Ses pensées débouchent là où il n’y a plus moyen de penser » écrit Lambert qui, pas à pas, tente de percer le mystère de Spilliaert.
Plus il s’en approche, plus la figure du belge s’enfuit et résiste : « L’ombre de Spilliaert demeurait aussi insaisissable qu’elle l’avait été pour lui-même. Une vie ne se fixe pas rétroactivement, sa mémoire continue de vibrer à travers nos vibrations. Nos pensées ne sont jamais finies ».
Être moi toujours plus fort de Stéphane Lambert – Arléa
Il manquait une rubrique scientifique à Causeur. Peggy Sastre comble enfin cette lacune. A vous les labos!
Nous sommes en 2035. Les progrès en intelligence artificielle et en robotique ont été si rapides qu’il est désormais possible de se procurer deux types de machines, les robots sexuels et les robots d’amour, tous déclinables en version masculine et féminine. Les premiers, les robots sexuels, ont une apparence humaine des plus sophistiquées. En plus d’une telle prouesse sensorielle, l’intelligence artificielle leur permet de s’adapter parfaitement aux désirs et préférences de leurs propriétaires au gré de leurs interactions. Les enquêtes commerciales sont formelles : les clients sont extrêmement satisfaits de leurs robots sexuels, même si leur conception leur interdit d’offrir la moindre gratification affective à leurs maîtres et maîtresses. Pour cela, il y a les robots d’amour, capables de comprendre les pensées de leurs propriétaires avec une finesse à nulle autre pareille et de tenir des conversations apaisant l’âme comme personne. Parce qu’ils n’ont aucun début de commencement de forme humaine – ce ne sont, après tout, que des enceintes connectées améliorées –, il est impossible d’en espérer le moindre chouia de lubricité. Pour cela, il y a les robots sexuels…
Une étude qui met en évidence les différences entre hommes et femmes
C’est sur un tel scénario croisé que des chercheurs norvégiens dirigés par Mads Nordmo Arnestad, maître de conférences à la Norwegian Business School de Bergen, ont conçu une étude pour savoir si hommes et femmes regardaient d’un même œil ces automates à peine fictifs et selon quelles lignes de faille. Cinq hypothèses orientent leur expérience, menée sur 163 femmes et 114 hommes âgés de 17 à 70 ans et en grande majorité recrutés sur les réseaux sociaux.
La première, c’est que l’attitude des hommes face aux robots sera généralement plus positive que celle des femmes, notamment parce que les hommes sont, en tendance, davantage portés sur les nouvelles technologies, avec des femmes se faisant plutôt motrices et vectrices de la massification des usages. L’exemple classique est celui du téléphone. À l’origine conçu par et pour des hommes afin de leur simplifier une vie professionnelle à laquelle les femmes n’avaient pas à l’époque accès, ce sont elles qui allaient lui trouver de grosses qualités d’enrichissement de la vie sociale et, dès lors, transformer le gadget en essentiel de la vie quotidienne.
Peggy Sastre Crédit photo : Natacha Nikouline.
Des différences à l’image d’une relation purement humaine
L’existence de différences genrées assez marquées en matière de « styles sociaux » est ce qui permet aux chercheurs de poser leur seconde hypothèse : que les hommes préféreront les robots sexuels aux robots affectifs et vice versa du côté des femmes. De fait, une palanquée de travaux montre que les hommes sont aussi plus statistiquement portés sur le sexuel et que les femmes le sont sur l’émotionnel. Même en prenant en compte le fait que les femmes sont plus susceptibles de mentir que les hommes lorsqu’on les interroge sur leur sexualité (car elles risquent plus gros à dire la vérité), les hommes continuent à se masturber davantage, à être les premiers consommateurs de pornographie et à avoir plus souvent recours à la prostitution que leurs congénères féminines. Ensuite, les femmes ont des relations interpersonnelles en tendance plus complexes et profondes (que cela les comble de joie ou de malheur) et, comme le veut le cliché (qui n’est pas un cliché pour rien), les hommes ont moins de mal à distinguer sexe et sentiments. D’autant plus, ce qui n’étonnera là pas non plus grand monde, que la quantité est à leurs yeux (et à leur inconscient adaptatif) un critère supérieur à la qualité lorsqu’il s’agit de se trouver des partenaires.
D’ailleurs, lorsqu’il y a cadre conjugal, comment les humains appréhendent-ils l’irruption des robots ? C’est sur ces questions que portent les hypothèses suivantes. La troisième prédit que les hommes seront plus jaloux du robot de leur femme si elle s’en choisit un sexuel, quand les femmes auront davantage de mal à avaler que leur conjoint fasse joujou avec un robot platonique. En annexe, la quatrième estime que les hommes seront plus inquiets si leur femme envisage de s’offrir un robot sexuel, quand les femmes flipperont plus sec si leur mari ou faisant fonction s’adjoint les services d’une meilleure amie de silicium. Et comme une synthèse du tout, la cinquième et ultime hypothèse augure que les participants s’attendront à ce que leur chère et tendre l’ait plus mauvaise si jamais ils en viennent à se payer un robot platonique, quand les participantes présageront que le robot sexuel fera en priorité se fâcher tout rouge leur moitié d’orange.
Les failles de l’étude
L’étude n’est pas sans défauts. Le plus gros, c’est que l’échantillon pourrait souffrir d’un sale biais d’autosélection. De par sa méthode de recrutement – des posts sur les réseaux sociaux –, il ne faut pas être grand clerc pour se dire que les gens à avoir répondu à l’appel étaient plus technophiles que la moyenne – ou, à tout le moins, moins rebutés à l’idée d’un compagnon robotique. Le second est plus platement démographique : si la classe d’âge représentée est relativement large, la grosse majorité des cobayes (près de 70%) sont des étudiants. Ce qui limite d’autant plus la généralisation des résultats et jette un bel angle mort sur tout un tas de paramètres que l’on sait fluctuer avec l’âge et la situation socioéconomique. Enfin, l’échantillon étant quasi exclusivement (90%) hétérosexuel, impossible d’appliquer aux autres orientations sexuelles la moindre des conclusions.
Quelles sont-elles ? Que quatre hypothèses sur cinq ont été confirmées. La perdante est la numéro 3 sur la jalousie. Contrairement aux prédictions des chercheurs, les participantes se sont dites plus jalouses à l’idée que leur partenaire acquière un robot sexuel, quand les participants ont consigné une jalousie équivalente qu’importe le modèle. Mais l’un dans l’autre, ces 80% de réussite permettent de calmer autant les espoirs des technophiles que les angoisses des technophobes. La course technologique peut s’emballer, la révolution anthropologique n’est pas pour après-demain. À la fin, et sans doute pour encore un sacré bon bout de temps, c’est la nature humaine qui gagne.
Peu de professeurs auront laissé une empreinte aussi forte sur ce qui me tenait lieu d’intelligence qu’Henri Guillemin. Ses cours à l’Abbaye Royale de Saint-Maurice étaient époustouflants : il délayait son cœur dans chacune de ses analyses d’écrivains que tantôt il adulait, comme Victor Hugo, Bernanos ou Claudel dont il était très proche ou qu’il flinguait avec une liberté de ton qui nous ravissait et nous surprenait tout à la fois. Gide ? « Une boursouflure ». Malraux ? « Un cabotin ». Benjamin Constant ? « Un arriviste ». Alfred de Vigny ? « Un indicateur de police ». Il y avait du commissaire Maigret en lui, un goût pour la filature et un refus de croire à l’histoire officielle : autant croire des criminels sur parole, nous enseignait-il.
Par la suite, je l’ai retrouvé à la télévision suisse et, en dépit de son catholicisme de gauche, je succombais à son charme. Sa voix surtout que j’essayais en vain d’imiter et son art de la mise en scène qui parfois nous arrachait des larmes. J’ai vu au Buffet de la Gare de Lausanne, lors d’une réunion du Parti socialiste, des militants en larmes quand il évoquait la mort de Jaurès. C’était un immense érudit et un très grand orateur : il avait, nous confiait-il, beaucoup appris de Maurice Chevalier. Mais c’était surtout un homme d’une générosité exceptionnelle, fidèle à ses convictions et rebelle à toute forme de conformisme. Quand son ami François Mauriac lui avait suggéré de se présenter à l’Académie française, il lui avait répondu : « Il y a des vérités qu’on ne peut plus dire en costume de carnaval. »
Les Archives de la TSR ont eu l’excellente idée de mettre en ligne ses conférences, notamment sur YouTube, où près de trente ans après sa mort en 1992, elles cartonnent encore. Célèbre en Suisse où il s’était retiré, il était en revanche interdit de télévision en France sous Pompidou et Giscard qui le jugeaient trop iconoclaste. Peu lui importait, il préférait vivre à Neuchâtel, là où sont déposées les archives de la correspondance de Jean-Jacques Rousseau, son auteur de prédilection. Neuchâtel où il s’était réfugié en 1942 après avoir été dénoncé comme gaulliste par Je suis partout. Après la guerre, il occupera longtemps le poste de conseiller culturel à l’ambassade de France à Berne. Humaniste dans le meilleur sens du terme, il était évidemment à l’opposé des structuralistes et se réclamer de lui dans les années soixante-dix était pratiquement une forme d’hérésie. Il était vomi par les intellectuels qui tenaient alors le haut du pavé. Je suis resté fidèle à Henri Guillemin et même si je ne partageais pas son catholicisme et si son idéalisme me laissait perplexe, j’avais la même passion que lui (il me l’a transmise) : chercher à trouver ce qui se cache sous les mensonges accumulés. Et surtout essayer de ne pas se tromper sur le sens de ce mot : aimer.
Et c’est là que j’en viens à une confession d’Henri Guillemin qui figure dans ses conversations avec Jean Lacouture. En 1927, il est à l’École Normale Supérieure, rue d’Ulm, avec pour condisciples Jean-Paul Sartre et Nizan. C’est là qu’il a été déniaisé par une Bretonne qui se faisait passer pour la fille d’un amiral, ce qui l’avait ébloui. François Mauriac à qui il l’avait présentée lui avait fait pour unique commentaire : « Vous avez bien mal choisi. » La liaison s’est néanmoins longtemps poursuivie jusqu’à ce qu’il apprenne qu’il n’était pas le seul à partager ses faveurs : c’était une cocotte entretenue par de vieux messieurs et qui se divertissait avec de jeunes normaliens. Ça m’a tout de même « dépris », ajoute Guillemin qui épousera par la suite Jacqueline, une jeune et fraîche catholique, par l’entremise de son maître spirituel, Marc Sangnier.
On apprend aussi dans ces confidences à Jean Lacouture que le jeune Sartre ne s’intéressait absolument pas à la politique et qu’il était un « coureur de jupons » goûtant particulièrement les blagues grivoises, cependant que Nizan se passionnait pour le fascisme au point d’adhérer au groupe Valois, un groupuscule dissident de l’Action française, avant de faire volte-face et de devenir communiste. Quiconque s’intéresse à l’histoire littéraire en France au vingtième siècle se doit de lire ces conversations avec Jean Lacouture que j’ai retrouvées récemment dans ma bibliothèque. C’est un document précieux. Il était paru aux éditions Arléa sous le titre un peu niais : Une certaine espérance.
Avec ce mélodrame de John M. Stahl tourné en 1944, Jacques Déniel poursuit son exploration du rôle du prêtre dans le cinéma
« Une conversion doit se faire par la foi et non par la force ! »
John M. Stahl est un cinéaste américain reconnu pour la beauté de ses mélodrames: Images de la vie (Imitation of Life 1934), Le Secret Magnifique (Magnificient Obssession 1935)… et le flamboyant Péché mortel (Leave Her To Heaven 1946). En 1944, il tourne Les Clés du royaume, un film produit par le cinéaste et producteur Joseph L. Mankiewicz pour la Twentieth Century Fox.
Le film s’inscrit dans un genre très en vogue à la Fox, la biographie religieuse comme La Route semée d’étoiles de Leo McCarey (1944) ou Le Chant de Bernadette de Henry King (1943). Adapté d’un roman éponyme écrit en 1941 par un écrivain de talent, très reconnu jusqu’à la fin des années soixante, AJ Cronin, le film nous conte l’histoire de l’abbé Francis Chisholm, un prêtre écossais aux idées peu conventionnelles né dans une Grande-Bretagne divisée entre confessions protestante et catholique, et qui va être envoyé en mission en Chine.
Sous le signe du mélodrame
Dans la première séquence, nous en sommes en présence de l’abbé Chisholm âgé, ne voulant pas quitter sa paroisse de naissance qu’il aime tant. Construit sous la forme d’une narration en flash-back, le film nous dépeint la vie de l’abbé de l’enfance à la vieillesse. Il débute sous le signe du mélodrame cher à J.M. Stahl. Le cinéaste expose les circonstances crues de l’enfance et de la jeunesse de Francis Chisholm. Issu d’une famille exemplaire, tolérante et aimante, son père est catholique et sa mère protestante. Un soir où la tempête fait rage, son père est brutalement agressé par des protestants. Il est secouru par sa femme. Tous deux épuisés par leur fuite disparaissent noyés dans la rivière tumultueuse.
Le jeune garçon est adopté par la famille de ses cousines. Animé de la vocation religieuse et amoureux de sa cousine Nora, Chisholm semble incertain dans cette société figée, dure, intolérante. Son cœur balance entre son amour pour Dieu et celui pour sa douce cousine. Étudiant avec son ami, Angus, issu d’une famille aisée, il apprend que Nora devenue fille-mère s’est suicidée…
Une Mission en ruine
Il entre au séminaire, devient vicaire de quelques paroisses où son comportement libre et ouvert aux idées des autres choque le dogmatisme d’un clergé catholique parfois guindé et attaché aux privilèges de classe. Il est envoyé en Chine afin de convertir les habitants d’une petite ville. Cette mission, il la mène en alliant la sagesse, une belle liberté d’esprit et la fermeté de ses convictions. À son arrivée, il découvre les bâtiments de sa Mission en ruine. Il s’y installe avec humilité et joie, la comparant à la crèche ayant accueilli la naissance du Christ.
Les habitants de la région se moquent de lui. Seul un jeune Chinois ayant pris comme prénom Joseph, lors de son baptême, devient son disciple. Francis Chisholm traverse une époque sombre sans jamais se départir de sa vitalité, de la force de sa compassion pour les hommes qui souffrent ainsi que de sa volonté de bâtir une belle paroisse. Épidémies, disettes, années de guerre opposant le Guomindang aux Seigneurs de la guerre se suivent. Vivant humblement, prêchant l’amour et la miséricorde du Christ, il gagne la confiance des habitants ainsi que celle des trois religieuses européennes qui ont été envoyées pour l’aider à fonder une école. Il construit l’église, le dispensaire et l’école de la Mission de ses propres mains avec l’aide de Joseph et le soutien financier d’un mandarin dont il a soigné le fils. Le Père Chisholm veut convertir les cœurs et les âmes par le seul rayonnement de la foi et la force du témoignage de son ministère.
Sous le signe de l’humilité
La grande humilité du personnage – interprété par un Gregory Peck convaincant –, sa force de caractère et d’homme juste font naître l’émotion dans plusieurs scènes comme celle de la mort de son ami Willie Tulloch (truculent Thomas Mitchell), un facétieux athée: au lieu de soutirer au mourant une conversion forcée, Chisholm le laisse s’éteindre paisiblement sans forcer ses convictions mais tout en recommandant avec ferveur son âme à Dieu. C’est aussi par l’amour divin et la patience qu’il vient à convaincre Sœur Maria-Veronica – issue d’une famille très aisée – de partager son désir de vivre selon les préceptes des Évangiles ou qu’il s’oppose avec malice aux idées et manières empruntes de supériorité de Angus devenu évêque.
Superbement mis en scène, servi par les cadres précis et rigoureux et la photographie d’un noir et blanc contrasté de Arthur C.Miller, la musique d’Alfred Newman et le talent des acteurs tous excellents, la vie courageuse et mouvementée de ce missionnaire dans une Chine livrée aux exactions, le parcours exemplaire de cet homme empli de la miséricorde font de cette œuvre singulière de J.M. Stahl, l’un de ses plus beaux films.
Après nous avoir réprimandés pour l’interdiction du voile intégral, les Nations Unies jugent notre langage trop « genré », et veillent à corriger notre misogynie.
Il y a deux ans, l’ONU nous tapait sur les doigts, estimant que l’interdiction généralisée du niqab était « une mesure trop radicale ». En se penchant sur son fonctionnement, ses axes de travail et l’idéologie qui s’en dégage, on observe une extension de ses prérogatives. Ne se cantonnant plus seulement au maintien de la paix, mais prenant la forme d’une organisation politique supranationale, « le machin qu’on appelle l’ONU » – comme disait le général de Gaulle – distribue les bons points et œuvre à uniformiser les consciences, selon des critères toujours plus progressistes.
9 milliards de budget annuel, que la France finance à hauteur de 5,6%
De quoi vivent les Nations-Unies ? En 2019, la contribution totale de la France au budget de l’ONU s’élevait à 504,4 millions de dollars. Son silence assourdissant durant la crise du coronavirus ne nous a donc pas été facturé à prix d’ami. À titre de comparaison, cela représente le coût de 7000 postes hospitaliers.
Il faut certes distinguer le budget « ordinaire », qui comprend les dépenses d’investissement, de personnel et de fonctionnement du Secrétariat et des nombreuses « succursales onusiennes » – dépenses qui englobent petits fours et colloques sur le langage inclusif –, et le budget des opérations de maintien de la paix (« OMP »). Depuis vingt ans, le budget ordinaire (étalé sur deux ans) a plus que doublé, culminant aujourd’hui à 5,8 milliards de dollars, tandis que celui des OMP est en baisse, à 6,1 milliards par an. Ce glissement des dépenses trouve son explication dans la baisse du nombre de conflits à travers le monde, et l’on constate que le donneur de leçons se substitue au pacificateur.
À travers différentes méthodes, elle explique comment remodeler nos phrases en fonction du contexte, quitte à complexifier le langage et alourdir notre prose. On apprend également à délaisser les participes passés – qui ont le malheur de s’accorder avec le sexe –, au profit d’expressions neutres. Chers lecteurs cisgenrés, binaires ou non-fluides, il vous faut retourner au CE2 ! Pour finir, l’ONU nous encourage à bannir les termes « mari » et « femme » quand le genre de notre interlocuteur nous est inconnu, ou que l’on s’adresse à un groupe de personnes…
Manuel à destination du mauvais mari
Twitter / ONU Femmes
Entre deux « conseils pour élever des enfants féministes », et des incitations à préparer le dîner, mettre le couvert et sortir la poubelle pour devenir un époux responsable, la branche dédiée à la condition féminine aborde également la question de la liberté.
Avec une hypocrisie digne de nos meilleures représentantes féministes nationales, on apprend que des « lois familiales discriminatoires » ordonnent aux femmes de nombreux pays d’obéir à leur mari, ou bien encore les restreignent dans leurs déplacements en dehors du foyer. Ces lois et ces pays que l’on ne nomme pas sont donc des choses abstraites, nébuleuses, et nous rappellent les fameuses « voitures folles » ou autres « camions assassins » qui ont sévi à Nice, Londres, Jérusalem, Berlin, ou plus récemment encore à Colombes…
Stopper les guerres, c’est bien… mais foutez-nous la paix !
Organisation qui se gratifie d’une légitimé grandissante, toujours plus intrusive, l’ONU joue avec nos nerfs, en plus de nos sous.
Les remontrances de fonctionnaires qui émargent dans leur majorité à plus de 10000 dollars par mois (somme exonérée d’impôt sur le revenu !) ont du mal à passer. De nombreuses associations – également financées par nos impôts – s’attèlent déjà à nous réapprendre à penser, à nous indigner, à parler, à draguer, et à considérer notre prochain. L’ONU s’en inspire jusqu’à les singer. Si leurs combats originels étaient nobles et nécessaires (émancipation des femmes, droits des homosexuels, défense des minorités opprimées, égalité devant la loi et dans le monde du travail), leurs actions prennent aujourd’hui un visage idéologique, et encouragent le communautarisme ainsi que la haine d’un Occident prétendument rabougri, par essence misogyne et raciste. Sous prétexte de rassembler, leur doctrine divise le peuple tout en le condamnant à la bouillie identitaire.
La France n’a pas attendu l’ONU pour apprendre la courtoisie, le respect des femmes, ou encore pour accueillir des immigrés du monde entier. Par contre, l’ONU semble avoir oublié que sans la contribution des nations qu’elle dénigre et voudrait rééduquer, il lui faudrait fermer boutique.
Sous la pression de l’antiracisme 2.0 et de la « pensée » décoloniale, on va finir par se poser la question…
En France, Noirs et Blancs forment-ils un seul peuple, uni par sa culture, uni par une commune volonté d’enracinement, plus forte encore que les seules racines ? Jusqu’ici je pensais que oui, et j’étendais naturellement cette conviction à toutes les nuances de l’épiderme, de la pâleur nordique au hâle méditerranéen en passant par les carnations orientales. Je croyais naïvement que tout citoyen français était Français.
Le peuple n’est-il pas souverain, comme le proclame notre constitution ? N’est-ce pas en vertu du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes que nous décidons collectivement de notre destin, et que parmi les décisions que nous prenons il y a eu, par exemple, celle d’avoir Jean-Baptiste Belley comme député, et celle d’avoir Gaston Monnerville comme président du Sénat ? Un peuple souverain ne saurait être gouverné par des étrangers : Noirs, mais surtout citoyens français, élus français, tous deux étaient bien évidemment tout simplement français.
Qui n’est pas coupable n’est pas français, hé!
Depuis quelques jours, il est manifeste que beaucoup sont loin de partager cette conviction. Nous sommes assourdis par des discours exigeant un traitement différencié selon la couleur de peau, par des histoires de culpabilité liée au taux de mélanine. Peu importe que ces discours soient tenus par des Noirs accusateurs ou des Blancs repentants, ils n’ont de sens que s’il existe en France, un peuple Noir distinct du peuple Blanc.
Admettons que la France soit coupable – pour sa participation à la traite négrière, pour la colonisation, que sais-je. Alors il est impossible d’être français sans porter une part de cette culpabilité. En d’autres termes, ne pas être coupable c’est ne pas être français. Ou si seuls certains sont coupables, il faut individualiser cette culpabilité : la faute n’est plus celle de la France, mais de certains Français. Et dès lors, il faut se rappeler que certains Noirs ont été esclavagistes, et que beaucoup de Blancs ne l’ont pas été.
Affirmant la culpabilité collective de la France tout en refusant de la faire leur, les « décoloniaux » refusent de faire partie du peuple français. Ils se comportent comme un peuple à part, un peuple vivant en France mais distinct du peuple français. Or, seul ce dernier détient ici la souveraineté. Selon leur propre vision, les « décoloniaux » ne peuvent pas prétendre bénéficier des privilèges qui en découlent. De quel droit, s’ils se désolidarisent du reste de la communauté nationale, voteraient-ils pour décider de l’avenir d’un peuple qui n’est pas le leur ? De quel droit bénéficieraient-ils de la solidarité qui unit ses membres ? De la fraternité inscrite dans sa devise ?
L’ambiguë Assa Traoré
Quand des Corses, des Basques, des Bretons se considèrent comme appartenant à des peuples distincts du peuple français, ils demandent l’indépendance. Ils portent le projet de former un peuple qui s’assume sur ses terres historiques. Capable de dire « vous » aux Français, en sachant que cette exclusion volontaire leur donnerait une liberté nouvelle, mais aussi la responsabilité de se prendre en main sans en appeler à l’entraide d’une communauté nationale dont ils ne feraient plus partie. Ils ne veulent plus que la France décide pour eux, mais ils ne demandent pas en même temps à décider pour la France. Et c’est aussi le cas de beaucoup d’indépendantistes Outre-Mer : quoi que l’on pense de leurs revendications, elles ont le mérite d’une certaine cohérence.
Rien de tout ceci avec les « décoloniaux » et autres soi-disant « antiracistes ». Leur nouvelle icône, Assa Traoré, l’illustre bien. Elle veut bénéficier de tous les avantages liés à la citoyenneté française, mais se flatte d’avoir été reçue par le président du Mali alors même qu’elle se permet de mettre des conditions à une éventuelle rencontre avec le président français. Elle revendique la nationalité malienne de son frère pour demander le soutien du président malien, mais se sent-elle une dette ou une responsabilité envers les militaires français – de toutes couleurs – des opérations Serval et Barkhane ?
Faisant de la pigmentation de la peau l’alpha et l’oméga de sa pensée, l’idéologie « décoloniale » est profondément raciste, moralement indéfendable. Il n’est qu’à voir la propension de ses adeptes à traiter les « racisés » qui ne partagent pas leurs croyances de « bounty », « nègre de maison », « arabe de service » ou « collabeur », comme s’ils étaient incapables de penser par eux-mêmes, incapables d’avoir des convictions différentes de celles de leur « race » – à moins bien sûr d’être manipulés par les Blancs. Paradoxe : selon l’inénarrable Maboula Soumahoro « l’homme Blanc ne peut pas avoir raison contre une Noire et une Arabe, il ne peut pas. » Mais ce même homme Blanc, manifestement intrinsèquement inférieur, serait pourtant seul responsable de tout, seul agissant pendant que les autres sont victimes de lui. Révélation scientifique au passage : Galilée avait donc tort, puisqu’à son époque des Noires et des Arabes croyaient que la Terre était plate.
Mais le racisme n’est pas le seul danger que pose cette idéologie. Elle remet en cause le fait qu’être français, ce soit faire partie du peuple français. Un seul peuple, peu importent les histoires personnelles et les origines des individus qui le composent, peu importe le moment où leurs ancêtres ou eux-mêmes ont rejoint ce peuple pour s’enraciner avec lui.
Insidieusement, les « décoloniaux » tentent de nous faire glisser dans un monde radicalement différent, un monde où plusieurs peuples se partageraient ce qui fut pendant des siècles le territoire d’un seul. Un monde où chacun de ces peuples poursuivrait ses intérêts propres, sans notion de dévouement à un bien commun qui les dépasserait et les unirait. Sans loyauté réciproque, sans devoirs partagés. Un monde, en d’autres termes, où des peuples nouveaux venus vivraient en France en prétendant n’avoir envers la France que des créances et des droits, mais nulle dette ni nul devoir. Un monde où ces nouveaux venus dépossèderaient le peuple historique de sa souveraineté, effaçant son histoire pour la remplacer par une nouvelle propagande, comme l’illustrent déjà les destructions récentes de statues.
Dire qu’un policier ou un gendarme Noir serait un « vendu », c’est dire qu’il trahit les siens: c’est donc dire qu’il n’appartient pas à ceux dont la police et la gendarmerie tirent leur légitimité, qu’il n’appartient pas au peuple français souverain. Et tous ces Blancs qui rêvent de s’agenouiller devant les Noirs, à l’américaine, devraient en prendre bien conscience : se comporter ainsi, c’est exclure les Noirs de la participation au passé collectif du peuple français, donc proclamer que les Blancs et les Noirs n’appartiennent pas au même peuple.
Et, bien sûr, dire qu’il y aurait deux communautés distinctes, deux peuples dont l’un aurait une dette historique envers l’autre, cela impose de réfléchir soigneusement aux deux plateaux de la balance. Si le « peuple Blanc » est frappé d’une culpabilité collective envers le « peuple Noir », alors tout crime commis par un Noir et dont la victime serait un Blanc est une agression d’un peuple envers un autre. Et je pense à Youssouf Fofana, Amedy Coulibaly, Mickaël Harpon… Je pense aussi aux milliards d’euros des aides en tout genre, qui ne seraient plus un aspect de la solidarité nationale, de la cohésion du peuple français, mais deviendraient de l’argent versé par un peuple à un autre, et reçu avec une ingratitude qui, pour le moins, imposerait d’en exiger rapidement le remboursement. Je pense à l’utilisation d’infrastructures, d’hôpitaux, d’écoles… Cohérence.
Mais je ne suis pas un de ces « décoloniaux ». Je viens après la nuit du 4 août, et je refuse l’instauration d’une aristocratie victimaire dont les membres auraient pour seul mérite la pigmentation du petit millimètre d’épaisseur de leur épiderme. Je considère que Gaston Monnerville était français, pleinement légitime pour occuper les fonctions qui furent les siennes. Je considère qu’il est temps de mettre fin au projet délirant des décoloniaux. Ceux qui portent ce projet sont des ennemis de la France et de la liberté de conscience, et il est grand temps que tous les Français, de toutes couleurs, le comprennent.
Numéro de reportage: 51366039_000102 Mary Evans/AF Archive/SIPA - 1907011258
Ce film, à l’incroyable souffle romanesque, est victime de la censure de l’ère diversitaire. Le monde qui se présente à nous est aseptisé et morne.
Alors que les médias progressistes, ivres de leur gloire retrouvée grâce au mouvement Black Lives Matter, nous saoulent d’articles sur les stars hollywoodiennes en pleine séance de repentance, la suppression temporaire par la plateforme de diffusion de films HBO d’ « Autant en emporte le vent », fait l’effet d’un mini séisme au pays de Voltaire.
Cela faisait longtemps qu’un des plus grands films de l’histoire du cinéma était dans le viseur des néo-censeurs. À chaque rediffusion télévisuelle, l’Obs ou Les Inrocks nous mettaient en garde contre ce film raciste. Et l’affaire Floyd vint, et rien ne fut comme avant.
L’universitaire et écrivaine Laure Murat, enseignante à UCLA, a un dada : le revisionnage. « Le revisionnage n’est pas le révisionnisme, il n’est pas question de censure, il est question d’exercer un regard critique renouvelé », en d’autres termes les films, livres et œuvres d’art seront désormais passées au tamis de la pensée progressiste. La « soft censorship » est en branle.
Si « Autant en emporte le vent » est considéré comme raciste, j’y vois quant à moi une métaphore de notre triste époque, Scarlett et Rhett assistent à l’effondrement du monde sudiste comme nous assistons à l’effondrement d’une certaine idée du monde occidental. Le Sud des Etats-Unis c’est l’ordre injuste, mais romanesque et sexy contre l’ordre juste mais moralisateur et ennuyeux du Nord ! C’est Scarlett O’Hara versus Jo March, l’héroïne des Quatre filles du docteur March de Louisa May Alcott, Scarlett est aussi égoïste et frivole que Jo est altruiste et bienveillante. Scarlett est évidemment plus intéressante.
Le Sud, tel qu’il est décrit par Faulkner ou Tennessee Williams est plein de névroses, de passions et d’emportements, de prostituées et de femmes à la splendeur déchue personnifiées par la Blanche DuBois d’Un Tramway nommé désir. Oui, Vivien Leigh est une magnifique Blanche comme elle fut une magnifique Scarlett.
Trop romanesque pour #MeToo
« Autant en emporte le vent » est à l’image de ce trop plein : trop long, trop coloré, trop romanesque. C’est une fresque divisée en quatre parties et quatre couleurs : verte est la première partie qui décrit la civilisation sudiste à son apogée, rouge est la seconde, la passion et la guerre, marron et grise est la troisième, sécheresse et infertilité et enfin noire est la dernière, il est temps de prendre le deuil. Les personnages sont de flamboyants stéréotypes : Rhett est le mâle alpha, un peu brutal et un peu dandy, Scarlett représente toutes les facettes de la féminité : frivole peut-être, mais volontaire et féministe malgré elle aussi. Enfin Mama est la nounou d’Antigone, maternelle et ferme. Les autres personnages gravitent autour pour les mettre en valeur, Mélanie est aussi dévouée que Scarlett est égoïste et Ashley aussi terne que Rhett est sexy. Il n’est pas étonnant que ce récit déplaise aux bâtisseurs du nouveau monde, car il est aussi lyrique et plein de fureur que le monde d’après est aseptisé et morne.
Le préambule du film s’ouvre sur ces mots qui semblent maintenant appartenir à un passé dont on n’aperçoit plus la rive : « Il était une fois un pays de coton que l’on appelait le Sud. On y trouvait le meilleur de la galanterie, des chevaliers et des dames, des maîtres et des esclaves. Mais tout ceci n’existe plus qu’en rêve, le vent a emporté notre civilisation ». Pour laisser place à une civilisation, où Rhett et Scarlett, mus par la repentance, s’agenouilleraient devant Mama ? Dans ce rêve dystopique, je parie qu’elle leur intimerait l’ordre de se relever.
Effrayante Chine et son système de crédit social. Le spectacle de cette docile société confucéenne fait bondir nos âmes rebelles, éprises de liberté. Car, heureusement, la France n’est pas la Chine, n’est-ce-pas?
Figurez-vous que les « autorités chinoises » finissent de mettre en place un numéro d’identité unique attribué à la naissance, « nécessaire pour tout » et qui pourrait, dixit nos grands journaux de référence, être un « levier supplémentaire de discrimination envers certaines des cinquante-cinq minorités ainsi mises sous contrôle accru ». Mais, franchement, on a l’air de quoi avec notre pauvre numéro INSEE et notre malheureux RPNIP (Répertoire National d’Identification des Personnes Physiques). Petite joueuse, notre carte vitale, toute petite joueuse !
Petit bras
En plus, dans l’empire du milieu, ils n’ont vraiment pas de bol, avec leur SCS, Social Credit System, système de notation individuelle avec 1 000 points dans l’escarcelle au départ. Trop de points perdus, (une bagarre peut coûter jusqu’à 10 points), et hop, vous êtes punis et plus moyen par exemple d’acheter des billets de train ou d’avion. Cloués chez vous. Confinés. Il n’y a pas à dire, nous la jouons vraiment petits bras dans l’hexagone avec nos 12 minables points de permis de conduire, nos 5 900 radars prévus pour la fin 2020 et nos 100 000 retraits annuels. Quel manque d’ambition !
Et puis, ce n’est pas tout. L’accès au crédit et même à la carte bancaire peut être refusé à ceux qui ne sont pas bien notés. Ouf ! Heureusement que dans notre belle démocratie le fichage à la Banque de France et l’interdiction bancaire ne concernent que les mauvais payeurs et non pas ceux qui jettent des papiers par terre, crachent dans la rue ou promènent leur chien sans laisse.
Pas de ça chez nous !
Plus inacceptable encore, du moins d’après notre radio du service public : la note sociale peut même rendre difficile l’accès au logement. Quand on pense que chez nous, dans notre douce France, pour être bien noté par une agence immobilière, il suffit de fournir une quittance EDF, trois bulletins de salaire, un avis d’imposition, une attestation de l’employeur, les quittances de loyer de la précédente location et une photocopie de la taxe foncière du garant si celui-ci est propriétaire. Il n’y a pas photo, on est quand même super tranquille sur ce coup-là.
Et pire, il paraît qu’« ils » se notent les uns les autres. Ce n’est pas chez nous que cela arriverait. Parce que non seulement on est contre les notes à l’école ou à l’université, mais qui aurait l’idée saugrenue de noter son chauffeur Uber, son livreur pédaleur, son médecin, son boulanger, l’hôtel ou le camping où on va en vacances ou de dénoncer son voisin qui ne respecte pas le confinement ?
Et le bouquet, je crois que vous n’allez pas en revenir. Là-bas, heureusement très, très loin là-bas, le gouvernement contrôle les réseaux sociaux. Oui, vous avez bien lu. Les Chinois ne peuvent pas écrire ce qu’ils veulent. Imaginez, un seul instant qu’en France, une députée un peu sortie de nulle part propose de faire voter une loi qui, « quel que soit leur pays d’établissement contraindrait les opérateurs de plates-formes en ligne et les moteurs de recherche dont l’activité sur le territoire français dépasserait des seuils déterminés par décret, à retirer ou déréférencer dans un délai de vingt-quatre heures tout contenu manifestement illicite, après signalement par une ou plusieurs personnes ». Vous voyez le tollé que cela déclencherait !
Mais, ne nous laissons pas aller à la gamberge. Dieu merci ! Nous ne sommes pas en Chine.