Ce que nous dit une annonce d’emploi sur le parti présidentiel


C’est un appel à candidater pas comme les autres !

Il n’a pas manqué de faire sourire certains. Publiée le 5 juin, l’annonce recherche un « Responsable Idées ». Le recruteur n’est pas un think tank mais… la République en Marche. Pour un parti qui adopte si facilement le jargon managérial issu de l’univers de la finance anglo-saxonne (ou ses acronymes), on est étonné de ne pas lire « PO concept » à la place de « Responsable Idées ». PO mis pour « Product owner», autrement dit, en bon français : responsable de projet. Depuis la crise du coronavirus, la souveraineté enfin réhabilitée en Macronie aurait-elle fait son chemin jusque dans le langage ?

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Le parti présidentiel veut donc renforcer son pôle Idées & International, organe central de réflexion destiné à penser la structuration idéologique du mouvement. S’ils sont déjà en panne d’idées au bout de trois ans de pratique du pouvoir, le président Macron a du souci à se faire pour la suite…

Le Sauveur de LREM

On découvre ensuite dans la fiche de poste que cinq personnes y phosphorent déjà. Le parti présidentiel est en mauvaise posture. Il est en proie aux incohérences structurelles du « en même temps ». Il souffre de l’absence d’implantations locales et surtout de l’émergence de nouvelles scissions frondeuses, issues de l’aile gauche comme de l’aile droite du parti. La dernière émanation, « Agir ensemble », a fait perdre la majorité absolue du groupe LREM à l’Assemblée.

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La pandémie mondiale a fait voler en éclat l’unité de façade du parti d’Emmanuel Macron. Face à cette Bérézina, ce sixième responsable d’idées doit être attendu comme le Messie. C’est peut-être sur les épaules de cette nouvelle tête pensante que va reposer la nécessaire résurrection d’un parti qui doit se plier à l’injonction présidentielle de « se réinventer » et, dorénavant, après le discours de dimanche soir, de trouver « un nouveau chemin ». On mesure la difficulté : il s’agit de se réinventer sur un vide idéologique, et de tenir la fameuse ligne de crête permettant de ne tomber ni dans le camp trop conservateur des LR ni dans celui trop social-démocrate du PS.

Quel cinéma!

En tout cas, cette annonce nous ramène un peu dans le dernier film de Nicolas Pariser, Alice et le maire, sorti en octobre dernier. On y découvrait le maire PS de Lyon, campé avec justesse par Fabrice Lucchini, qui engagait une jeune philosophe à la tête bien faite, interprétée par la sémillante Anaïs Demoustier, pour lui redonner des idées.

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Essoré par ses mandats successifs, le baron socialiste campé par Lucchini est plongé dans une telle dépression intellectuelle qu’il ne parvient plus à penser. Avec brio, le film interroge l’articulation possible entre le monde des idées et le monde réel, entre le temps long de la réflexion et le temps immédiat de l’action politique où l’agitation permanente ostracise souvent la prise de recul nécessaire à l’élaboration d’une pensée. Comment penser le monde en politique sans se laisser aveugler par le voile des idéologies dogmatiques ? Comment ne pas s’enfermer dans des tactiques électoralistes ? Cette question plane sur le film et vient tarauder la philosophe qui a l’oreille du politique. Mais c’est le regard désenchanté du réalisateur qui triomphe.

En politique, les idées sont sacrifiées sur l’autel de la com, avec ses éléments de langage façonnés pour être bien digérés par les médias. Comme une confirmation, le profil recherché par LREM n’est pas a priori celui un philosophe. L’annonce précise qu’on recherche un cerveau issu « des domaines de sciences politiques, économie et disciplines apparentées» avec en plus « une première expérience professionnelle requise de 3 à 5 ans »…

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