À l’heure des grands plans d’investissement post-Covid, l’État stratège français fait pâle figure quand on compare son leadership hésitant à la vision stratégique des autres grandes économies mondiales, Allemagne en tête.


L’hydrogène et le mur de la transition énergétique allemande

L’Allemagne ayant rempli sa besace d’électricités renouvelables, éoliennes et panneaux solaires, se retrouve confrontée au mur de la transition énergétique. En effet, ces énergies intermittentes ne produisent que la moitié du temps, quand le soleil ou le vent sont de sortie, et elles peuvent se révéler indisponibles… lorsque le consommateur tire de l’électricité. C’est pour cela qu’une énième centrale électrique à charbon a été mise en service le 30 mai à Datteln. L’Allemagne a besoin d’électricité même quand il n’y a ni vent ni soleil. Quoi qu’il en soit, notre voisin est obligé aujourd’hui de commencer à stocker ces électricités intermittentes difficiles à utiliser. L’hydrogène, produite par passage de l’électricité dans l’eau, est la seule solution valable de stockage en l’état des connaissances scientifiques (stocker deux jours d’électricité en France nécessite selon l’Académie des Sciences sept années de production mondiale de lithium).

En 2019, l’Allemagne a déjà commandé 27 locomotives Alstom, marque française, à hydrogène : l’hydrogène contenu dans le réservoir, l’essence de demain, est transformé en électricité actionnant un moteur électrique. Ces trains sont très utiles sur les voies non électrifiées et remplacent avantageusement les trains diesel. Des voitures à hydrogène de série, des bus à hydrogène existent. Demain, des avions à hydrogène pourront sans doute voler comme le signalait hier le groupement des industries aéronautiques et spatiales français. Un mode de transport propre et sans émission de CO2 qui risque de révolutionner les économies du monde développé.

Un grand plan hydrogène pour l’Allemagne, où est l’État stratège français ?

Madame Merkel vient de décider de lancer un grand plan de support à la filière hydrogène de neuf milliards d’euros pour développer cette filière écologique dans les transports. Elle veut que l’Allemagne devienne le leader de l’économie hydrogène, trois ans après le Japon et un an après la Chine. Cette utilisation de l’État stratège pour relancer l’économie allemande avec un fort programme écologique est évidemment excellente quand la crise du Covid nécessite d’accélérer les investissements et la croissance.

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Où est l’État stratège français, un exemple pour le monde avec, par exemple, le plan nucléaire qui nous a permis d’avoir depuis 30 ans une énergie sans CO2 représentant la moitié de la consommation énergétique française à un prix très faible ? Il est malheureusement pour nous dans les limbes, dilué dans le vide de la pensée stratégique néolibérale.

Les atouts de la France et les appels des industriels français ne manquent pas en la matière. Air Liquide est le leader mondial des gaz industriels et piaffe d’impatience de développer la filière hydrogène. Alstom a développé le premier train à hydrogène et pile à combustible du monde, en exploitation aujourd’hui, en Allemagne ! Carlos Tavares de Peugeot a déclaré que les voitures à hydrogène sont plus prometteuses que les voitures électriques[1]. Des entreprises françaises sont prêtes à produire de l’hydrogène par électrolyse de l’eau, carburant produit avec une électricité sans CO2. Il ne manque que l’impulsion forte de l’État stratège pour engager la filière pour de très longues années de forte croissance. L’hydrogène a en effet des atouts qui le rendent très supérieur au tout électrique : stockage de l’électricité renouvelable, remplissage d’un réservoir en trois minutes dans une station service, l’hydrogène propre est d’ores et déjà moins cher que l’essence taxée ; il ne nécessite pas de déploiement de millions de bornes électriques coûteuses sur les trottoirs et ne pose pas de problèmes de recharge ou de surtension du réseau électrique sur les routes des vacances quand 100.000 utilisateurs veulent recharger leur batterie.

La France est en capacité de produire dès aujourd’hui beaucoup d’hydrogène propre : il suffit de le fabriquer par électrolyse de l’eau après avoir fait tourner nos centrales nucléaires, sous-utilisées, à pleine capacité. On remarquera que fermer la centrale de Fessenheim dans ces conditions est une absurdité, un bonbon jeté à EELV aux dépens de l’économie et de l’écologie de la France. La production d’hydrogène permettra d’absorber l’intermittence des productions d’énergies renouvelables si cette voie est privilégiée.

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À court et moyen terme, la France doit relancer son économie et ses secteurs d’avenir

Pour la relance de notre économie en dépression de 11% cette année, pour la relance de l’emploi et notre repositionnement dans la course technologique, il est fondamental que la France lance un grand plan hydrogène avec des commandes fermes à nos industriels sur plusieurs années. L’Allemagne est trop timide. Ce plan nécessite plus de 9 milliards d’euros pour être un réel atout de poids. Cela passe par le remplacement dans les années à venir de toutes les locomotives diesel de la SNCF par des locomotives propres à hydrogène, par un travail avec Peugeot et Renault pour lancer rapidement des modèles hydrogène et le lancement rapide d’usines d’électrolyseurs. Toute une filière économique et écologique d’excellence peut être poussée en avant avec de fortes créations d’emplois à valeur ajoutée en France. Elle est nécessaire pour notre avenir, elle est nécessaire pour relancer la croissance. Tous les détails d’un tel plan stratégique sont dévoilés dans la partie énergie du livre Comment réaliser la transition écologique, un défi passionnant sorti le 9 juin.

Structurer et donner une poussée à cette filière serait pour la France un grand pas pour l’économie et un grand pas pour l’écologie. Ce serait un véritable espoir pour notre pays paralysé par la peur du décrochage stratégique. Macron l’entendra-t-il ?

 

[1] Carlos Tavares le patron de Peugeot déclarait fin 2018 à propos de l’électrique « Le monde est fou. Le fait que les autorités nous ordonnent d’aller dans une direction technologique, celle du véhicule électrique, est un gros tournant… Toute cette agitation, tout ce chaos, va se retourner contre nous parce que nous aurons pris de mauvaises décisions dans des contextes émotionnels ». Sur l’hydrogène, il déclarait : « C’est une technologie qui nous intéresse vraiment ». « Je peux vous annoncer qu’en 2021 nous allons faire les premiers tests grandeur nature de vente de véhicules à hydrogène du groupe PSA ». « Les premiers résultats sont très prometteurs donc nous pensons que cette technologie a de l’avenir… ».

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