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« Lands of murders »: le film de votre été

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L’histoire des remakes se confond globalement avec celle des navets.

À bout de souffle enseignait à Jean Seberg, devant le cadavre de Belmondo, ce que signifiait vraiment « dégueulasse » ; mais le remake de Jim McBride, en 1983, a disparu de nos mémoires.

Sam Peckinpah a fait avec un chef-d’œuvre du film noir en couleur, où Steve McQueen expliquait par l’exemple l’usage d’une chevrotine gros grains — mais qui se souvient du remake de Roger Donaldson en 1994 ?

Même en prenant un grand metteur en scène vous finissez avec une bouse : tout le monde se rappelle le film de Sidney Lumet, 12 hommes en colère, mais qui sait que William Friedkin en a fait une pâle copie en 1997 — avec quatre Noirs américains et une femme, histoire d’être en phase avec l’horreur culturelle du politiquement correct…

Je peux continuer. Il est rarissime que la copie soit meilleure que l’original.

Alors, lorsqu’elle est au moins aussi bonne que la première version, cela vaut le coup de le signaler. J’avais dit il y a cinq ans tout le bien que je pensais de La Isla mínima, le sublime film de Roberto Rodriguez. Eh bien Christian Alvart, avec Lands of murders, en a fait une version allemande, tout aussi glauque, tout aussi politique (non, je ne demanderai pas pour la centième fois pourquoi les Espagnols, les Allemands, les Anglais, les Argentins, les Américains et tous les autres savent faire des films politiques, et pourquoi les Français se cantonnent dans l’observation microscopique du nombril d’acteurs surestimés). Aux verts gluants du modèle initial, tirés des marais du Guadalquivir, répondent les bleus froids de Görlitz, ville improbable des confins de la Saxe, arrosée par la Neisse et par des flots de bière. Au couple de flics espagnols, l’un « moderne », l’autre formé par la police franquiste, répond un couple de flics allemands, un Wessi muté là par représailles, et un Ossi qui a appris dans la STASI les bonnes mauvaises manières de faire parler un témoin — ou de punir un criminel avant que les tribunaux et les droits de l’homme s’en mêlent. «Borderline»dit Philippe Ridet dans le Monde. Que dirait le « quotidien de référence » si un poulet français expliquait la vie et la voie des aveux aux racailles de chez nous comme Markus Bach (joué par Felix Kramer, énorme) le fait avec une spontanéité touchante dans ce film ?

© KMBO Films
© KMBO Films

« Mais nous avons déjà vu La Isla mínima », me direz-vous… Nous connaissons l’histoire — des jeunes filles enlevées, violées, mutilées, torturées, et jetées dans les marais puants qui entourent une ville morte que des Wessis achètent à la découpe en sucrant 20% des salaires… Sachez-le, amis européanistes, c’est à ce genre de travail de boucherie sociale qu’ont servi vos sacrifices sur l’Euro — calqué sur le mark pour aider à la réunification des Allemagnes, et de fait utilisé pour enfoncer dans la crasse, la misère et l’exploitation des Ossis, laissés pour compte du Reich reconstitué. Le Monde, poliment, en reste aux questions (« Les « Ossis » ont-ils gagné au change, en troquant le communisme agonisant pour le capitalisme triomphant ? Les « Wessis » sont-ils des bienfaiteurs ou des équarrisseurs de ce qui reste de la splendeur de la RDA ? ») alors que le film donne des réponses.

Peu importe que vous connaissiez la fin. Après tout, quand les spectateurs du XVIIe siècle allaient voir jouer Phèdre, ils connaissaient la trame de l’histoire — ils avaient appris leur mythologie. Aucun « suspense » chez Racine, juste un fabuleux exercice de style pour dire quelque chose sur son temps et son Dieu.

Même chose ici. Christian Alvart (à la réalisation, au scénario et à la photographie, ce garçon est doué) est un remarquable styliste — c’est ce qui manque le plus aux films hexagonaux ces derniers temps. Et un directeur d’acteurs sans doute impitoyable, tant les greluches sont niaises, les tueurs sadiques et les flics impitoyables.

Sadiques, dis-je… Christian Alvart a bien remarqué (comme autrefois Pasolini dans Salò) qu’il y a un rapport entre le sadisme et les rapports…

>>> Lire la fin de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<


Lands of murders, de Christian Alvart, en salles depuis le 22 juillet 2020, 2h10

Burn out à l’Assemblée

 


Le débat tendu sur la loi bioéthique n’est que le reflet d’une époque qui se détache de plus en plus du réel.


Le lundi 27 juillet, à 21 heures trente, s’ouvrait à l’Assemblée, le débat sur la loi bioéthique. Tandis que les députés de l’opposition étaient présents, « se gondolaient quelque part dans Paris », comme le dit le député Chenu, afin d’assister à une réception de fin de session, le ministre de la Santé, Olivier Véran, le garde des Sceaux, Eric Dupont-Moretti, Madame Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Quant aux députés, ils arrivèrent avec cinq minutes de retard. En revanche, était présent et à l’heure, Monsieur Touraine dont on salue ici le professionnalisme et la ponctualité.

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Quand on sait combien les minutes sont comptées à l’Assemblée, on ne s’étonnera pas de la suspension de la séance demandée par Messieurs Bazin, Aubert, Chenu, et la députée Untermaier, choqués de la désinvolture du procédé, qualifié d’artefact pour gagner du temps sur un texte mis en urgence au calendrier parlementaire.

Un débat houleux

Mardi 28 juillet, à l’Assemblée Nationale, la parole était donnée à la députée Madame Firmin Le-Bodo, rapporteur de la loi bioéthique. Après avoir cité la phrase de Rabelais, toujours bienvenue dans le contexte : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » elle demanda au Premier ministre de préciser l’engagement du président Macron concernant la loi bioéthique. Demande à laquelle se plia, avec la concentration qu’on lui connaît, Monsieur Castex. Pas taiseux de nature, il n’avait pourtant pas donné, jusque-là, l’avis du président sur cette loi de tous les dangers. Après avoir salué, en connaisseur, le travail de la Commission, le Premier ministre affirma l’engagement sans faille du président dans cette loi, enjoignant les députés à revenir à l’équilibre du texte voté en octobre 2019 c’est-à-dire avant le bricolage —omissions et inexactitudes— des différentes moutures qui avaient suivi. Loi qualifiée d’impérieuse et de nécessaire car « la société avait changé » : phrase qui s’imposait, dans le contexte. Cet engagement « clair, net et précis » sembla satisfaire pleinement Madame Firmin Le-Bodo.

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Le magazine Marianne, augurant mal d’un débat, restreint à celui de la PMA pour toutes, dans un temps limité à 25 heures, titre ainsi l’ouverture de la loi bioéthique à l’Assemblée : « La loi bioéthique : vers un naufrage à l’Assemblée ». Marianne ne croit pas si bien dire mais pas pour la raison qu’elle met en avant. Point n’est besoin, en effet, de débats pour une loi fourre-tout destinée à faire passer la PMA pour toutes : tremplin nécessaire au président Macron, dans le temps qui lui reste, à sa réélection. Pour le reste, pas besoin de feu vert, la vitesse est acquise. Les chimères, la disponibilité sans fin de l’embryon, sa congélation et sa décongélation, la DPI-A, qui découlent de l’instrumentalisation du vivant est, depuis des années, le domaine réservé des scientifiques et celui, lucratif, des laboratoires. On tiendra largement jusqu’à la prochaine révision de la loi, en 2030.

Une époque qui pousse au burn out 

La société a changé ? La vérité est qu’elle est sous l’emprise de la Technique qui, pour reprendre une phrase du livre de la Sagesse, « a étendu son règne parmi nous. » Le monde est déboussolé. La Chambre est en plein burn out. Et ça se comprend. Avec la Covid-19, les incendies des cathédrales, les crimes et les incivilités, les violences de toutes sortes, la montée de l’islamisme politique, le tour joué par Erdogan avec Sainte-Sophie, une promenade peu heureuse aux Tuileries, la dette européenne mutualisée mal négociée, un burn out est vite arrivé.

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Alors si on revenait au réel ? Le sperme n’est pas le sang. L’homosexualité n’est pas une maladie pas plus que la stérilité : on n’a donc pas à rembourser un tiers donneur ni dans un couple hétérosexuel ni dans un couple homosexuel. Une mère, c’est sacré, et chacun a droit de connaître son père. Que vous aimiez (ou pas) votre père et votre mère ne regarde personne. En tout cas, cessons de pleurer sur « le mal d’enfant » des lesbiennes qui est une invention fabriquée de toutes pièces pour faire prospérer le marché de la fertilité. Ou alors, indemnisons les mal aimés de n’avoir pas rencontré l’amour de leur vie.

Un gouvernement autoritaire peut faire passer n’importe quoi. Il a tous les pouvoirs. Mais, de grâce, ne prenons pas des vessies pour des lanternes. Natacha Polony a raison sauf que le naufrage à l’Assemblée s’annonce un Titanic.

La fabrique d´orphelins - Essai

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Les « décoloniaux » sonnent le gla-gla de deux parfums de glace

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Sur la Côte d’Azur, les glaces deviennent le nouveau champ de bataille des militants «décoloniaux». En pleine canicule, ils ont eu raison de deux coupes de glaces


C’est une nouvelle qui va ravir les purificateurs en herbe. Le quotidien Nice-matin rapporte que depuis le weekend dernier Le Poussin Bleu, un fameux glacier de Saint-Raphaël, est la cible de mouchards « décoloniaux » qui appellent au boycott de l’établissement fondé peu après la Libération. En cause, deux glaces baptisées respectivement L’Africaine et Le Chinois. La première est une glace au chocolat dotée d’une épaisse et souriante bouche en pâte d’amande « il est vrai pulpeuse… pour ne pas dire gourmande », s’amusent nos confrères niçois. Reste qu’il faudrait avoir vraiment l’esprit mal tourné pour y voir un quelconque fantasme sexuel de mâle (blanc) libidineux en slip sur les plages de la Côte d’Azur.

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À notre époque, c’est « blessant » selon le Modem

Pour sa part, Le Chinois fronce les sourcils et fait la moue. Il a l’air malade, comme s’il était piqué par quelque mauvais virus asiatique et en plus, tenez-vous bien, c’est un sorbet… au citron ! Il n’en a pas fallu plus pour indigner un internaute dont la plume laisse deviner un solide esprit de purge : « je vous demanderai de bien vouloir boycotter le « Poussin Bleu » à Saint-Raphaël qui sert des desserts sous des noms et des dressages parfaitement racistes », a-t-il ordonné à ses collègues internautes sur les réseaux sociaux.

Dans la foulée, le même fier soldat « décolonial » a saisi Philippe Michel-Kleisbauer, député Modem de la circonscription. Une audace qui s’est révélée payante: « Je comprends très bien que les patrons du « Poussin Bleu » n’ont pas voulu blesser quiconque mais à notre époque, ce genre de chose n’a plus sa place […] parfois, sans le vouloir, on peut être blessant », a abondé le député à l’adresse du préfet Fréderic Potier. Avant d’ajouter tout de même – ce qui est bien la moindre des choses – qu’il « ne partage pas l’idée de boycott ou les propos haineux qui visent les patrons de cet établissement ».

Feu vert pour les néo-épurateurs ou maladresse ?

Le maire ne voit pas le problème

Toujours est-il que les intimidations ont eu raison du glacier raphaëlois.

« Face à cette vindicte populaire pour le moins violente, nous avons préféré retirer deux de nos coupes de glaces », a affirmé à Nice-matin un dénommé Stéphane, copropriétaire du glacier, qui a confié avoir été « menacé ». « Mon grand-père a quitté l’Italie pour fuir le fascisme de Mussolini. À cette époque, les Italiens étaient traités de toutes sortes de noms : ritals, macaronis etc. D’ailleurs, personne n’a jamais débaptisé les pâtes du même nom », a-t-il déclaré. À quoi on pourrait ajouter les cohortes de pizzaïoli à moustache caricaturaux qui ornent moult devantures de pizzerias de l’hexagone. « Sans les colonies d’antan, sans ses migrants, la France ne serait pas, aujourd’hui, enrichie de toutes ses cultures. C’est ce qui fait la beauté de notre pays », a-t-il continué avant de conclure : « Aux conflits, nous préférons la paix, toujours dans le respect de chacun sur cette planète ».

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En attendant le temps des mots doux et des embrassades, les aigreurs des militants décoloniaux n’ont pas coupé l’appétit du maire de Saint-Raphaël Frédéric Masquelier : « Cela fait sept décennies que ces glaces sont au menu ! Moi-même, lorsque j’avais dix ans, je me délectais de cette fameuse glace au chocolat ». Face au lynchage dont est victime ce pauvre glacier, les plus récalcitrants aux glaces pourraient être tentés de faire de même. Voici l’adresse de l’établissement, offrant une belle vue sur la mer.

Le Poussin Bleu, 41 boulevard de la Libération, 83700 Saint-Raphaël.

En fait, qu’entend faire Macron contre le séparatisme à la rentrée?


Depuis la crise sanitaire, le président Macron s’est adressé à de nombreuses reprises aux Français. Mais il reste muet sur l’essentiel.


Sécurité, laïcité, communautarisme, immigration, islamisme politique, menaces internationales : sur tous ces sujets, le Président brille par son silence assourdissant. Comment expliquer un tel mutisme de la part du chef de l’État qui est le garant de l’indépendance, de la sécurité et de l’unité de la Nation ? Les explications relèvent de plusieurs ordres.

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Des lacunes dans le logiciel de pensée du Président

La première cause de ce silence réside dans le logiciel de pensée du chef de l’État. Pour sonder les pensées profondes d’un homme politique, il est nécessaire de savoir d’où il vient, de cerner la généalogie de son idéologie. Le terreau politique originel de Macron est la galaxie Strauss-Kahn. Le successeur de Hollande à l’Élysée provient de la gauche libérale réformiste. Or, celle-ci n’a jamais éprouvé d’appétence pour les thèmes de la sécurité, de l’immigration ou la Realpolitik des nations. Portée par une vision irénique et progressiste des relations humaines, cette gauche, si elle accepte le libre-échangisme capitaliste, est prête toutefois à entériner toutes les innovations sociétales du magistère de la bien-pensance culturelle.

Propulsé à l’Élysée à la suite d’une campagne électorale éclair, c’est sous les ors du palais de la rue saint-Honoré que Macron a pris conscience des réalités désagréables du monde comme il va : sécession de certains « quartiers », ensauvagement, lassitude des forces de l’ordre prises sous le feu roulant de l’extrême gauche et des caïds, menaces de la Turquie d’Erdogan et de son projet d’islamiser l’Europe, volonté de la Chine de prendre la première place mondiale. Aussi intelligent qu’il soit, Emmanuel Macron ne possède pas la grille de lecture susceptible de décrypter ces événements et d’engager une riposte adéquate. C’est un économiste. Avant le surgissement de la pandémie du coronavirus, l’ouverture des frontières constituait pour lui l’alpha et l’oméga des relations internationales.

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Ayant fait ses armes dans le milieu des affaires, il ne pouvait concevoir les rapports entre nations autrement que sous la forme d’un jeu gagnant-gagnant : « Tu me fabriques des produits à bas coûts, je te fournis en services et en high tech ». Dans la galaxie de la gauche réformiste, les nations sont des entités abstraites, interchangeables, nées d’hier et surgies de nulle-part. L’hôte de l’Élysée a dû apprendre la grammaire de la politique internationale et l’histoire des civilisations sur le tas. Mais n’est-ce pas trop tard ?

Un silence de confort

La seconde raison de la réticence de Macron à aborder les sujets régaliens tient au confort que procure la politique de l’autruche. Il n’est pas de réalités désagréables qu’un déni durable ne finisse par chasser de votre esprit ! Pourquoi se colleter  avec les problématiques qui risquent de vous brouiller avec les élites médiatico-politiques, alors qu’il est si confortable de se noyer dans les détails technocratiques des réalités « axiologiquement neutres » de l’économie ? C’est si commode  d’épiloguer sans fin sur les vertus de l’Europe des subventions, des dettes non remboursables et du réservoir monétaire inépuisable afin d’éviter les coups qui vous attendent si vous entrez dans l’arène des sujets régaliens ! Au besoin, on fera diversion : afin de faire l’impasse sur le sujet de l’indépendance nationale, on s’extasiera sur le chantier de reconstruction de Notre-Dame.  

Un silence tactique

Enfin, la troisième explication du silence présidentiel tient au positionnement délicat de Macron sur l’échiquier politique national. Est-il de gauche, est-il de droite, du centre-droit, du centre-gauche ? Nul ne le sait. À quel électorat doit-il s’adresser en prévision de la prochaine présidentielle ? Ici, la prudence de Macron ne résulte plus de son logiciel de pensée ou d’une tentative de diversion : elle est tactique. Car l’hôte actuel de l’Élysée ne sait plus quoi penser de la période politique que nous traversons depuis la crise sanitaire. Toutes ses certitudes ont volé en éclats. Des acteurs internationaux ne cachent plus leur volonté de puissance. Des empires se reconstituent sous nos yeux. Sur la scène nationale, des faits d’une violence extrême font la une des journaux.

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Devant cette reconfiguration, Macron hésite à donner un coup de barre appuyé… à droite. Il sait pourtant que son réservoir de voix est de ce côté du spectre politique. Mais à cette heure, il ignore comment prendre langue avec cet électorat qui se méfie de lui. 

Aussi, en guise de procrastination, pour retarder l’échéance et repousser le plus possible l’exécution de sa promesse de nous entretenir, par un discours qui fera date, du séparatisme qui fracture la France, le chef de l’État de la cinquième puissance du monde en a été réduit à convoquer une « convention citoyenne » sur l’écologie. Celle-ci est chargée de déterminer le volume maximum de viande de bœuf que chaque citoyen sera autorisé à ingurgiter à l’avenir pour préserver la planète. Parler et faire parler pour noyer le poisson : il en restera toujours quelque chose, fût-ce rien, les médias, comme la physique, ne connaissant pas la catégorie du vide.

Les territoires conquis de l'islamisme

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L’ascendant de la beauté

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Le Beau s’impose à nous de façon scandaleusement inégalitaire


Dire que l’écriture est une addiction est un lieu commun d’une affligeante banalité, mais je me rassure en pensant comme l’écrit Patrice Jean que « le gentilhomme {…} ne fuit pas le lieu commun, il en médite l’incorruptible vérité ». Bien que Le Linceul soit arrivé dans les librairies depuis trois semaines à peine, j’ai donc déjà entrepris depuis quelque temps de réfléchir à un nouvel ouvrage, en m’intéressant cette fois davantage à la condition humaine, à sa grandeur et à ses turpitudes.

Quel étrange matériau en vérité que l’humain ! L’année en cours l’a montré avec une acuité inédite. J’ai vu certains de mes contemporains faire preuve de courage et d’abnégation face à la pandémie tandis que d’autres s’abandonnaient à la peur et au plus lâche égoïsme. Et je vois à présent avec horreur certains de mes concitoyens se déchirer avec une violence extrême pour des questions raciales, convaincus semble-t-il que la biologie nous détermine selon la couleur de notre peau.

Être né quelque part, c’est toujours un hasard

La biologie s’impose à nous, c’est un fait. Personne ne choisit de naître blanc ou noir pas plus qu’on ne fait le choix d’être grand ou petit, blond ou brun, etc. Détermine-t-elle les comportements pour autant ? Les nôtres, certainement pas. Je me suis déjà suffisamment étendu sur ce sujet pour ne pas y revenir : je suis indéfectiblement convaincu de la puissance souveraine du libre-arbitre. Mais que nos caractères biologiques conditionnent les comportements de ceux qui nous entourent, en revanche, c’est une pure évidence. Et comme je ne veux pas parler de couleur, je parlerai de Beauté.

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La Beauté. Cette incroyable et inexplicable alchimie de caractères physiques aléatoires qui suscite, plus que tout autre, la fascination de l’entourage. N’importe quel sociologue pourra montrer que ses critères sont très relatifs, fluctuants selon les époques et les cultures. Mais qu’importe, puisqu’une fois défini le Beau s’impose à nos sens comme s’il était évident. Il nous faut ensuite un long apprentissage – et un considérable effort mental – pour parvenir à nous dégager de l’illusion construite de cette évidence et à remettre en cause les préjugés établis à son égard, pour apprendre à le reconnaître sous des formes étrangères et à porter un regard critique sur les canons qui s’imposent à nous si naturellement et avec tant de force. Mais ce travail est indispensable, car il existe un revers obscur à la lumineuse fascination qu’exerce sur nous la Beauté. Nous avons tous ou presque pu en faire l’expérience en prenant conscience de la sidération gênée qui nous saisit lorsque nous nous trouvons en présence d’une personne au physique « parfait ».

Avoir le chic ou pas

C’est un sentiment fort ambivalent, où se mêlent une attirance irrésistible – allant parfois jusqu’à l’altération la plus complète du jugement – et la blessure d’amour-propre causée par la distance que la Beauté – a fortiori lorsqu’elle a conscience d’elle-même – place aussitôt entre celui qui la possède et celui qui s’en trouve démuni. Car la Beauté s’érige en preuve impitoyable du caractère abstrait d’un postulat pourtant fondamental de nos sociétés modernes : l’égalité entre les hommes. C’est parce qu’ils transgressent trop visiblement cette règle d’airain que les riches sont si souvent conspués en France, patrie entre toutes de l’égalitarisme le plus sourcilleux. Et c’est parce qu’ils en sortent naturellement que les Beaux nous troublent : on ne peut leur faire le reproche de leur singularité, mais elle nous accable cependant tout autant qu’elle nous charme…

« L’ascendant de la beauté est irrationnel », a écrit Philip Roth dans Pastorale Américaine, et c’est exactement cela: rien, dans l’immédiateté de la nature, n’est soumis au règlement aimable que la raison doit imposer à nos sens. Alors ne laissons pas – pour le Beau comme pour le reste – la biologie devenir finalement le critère déterminant de nos vies…

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Trump n’a pas dit son dernier mot!

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Excédés par la violence dans le pays, des syndicats de police appellent à voter Trump…


Tel un colosse aux pieds d’argiles, les États-Unis semblent s’enfoncer dans une spirale de crises qui s’enchainent sans possible répit.

Pendant que la crise sanitaire continue de ravager le pays avec une propagation du virus qui ne décélère pas, les fractures raciales, accentuées par la mort de George Floyd et le mouvement Black Lives Matters, font sombrer le pays dans un inquiétant chaos. En témoigne la flambée de violence provoquée par les émeutes antiracistes qui embrasent de grandes villes américaines, comme en ce moment même Portland. À cela vient se greffer la crise économique, avec la pire récession de son histoire depuis 1929. Elle va mettre sur le carreau des millions d’Américains.

La crise n’est pas perdue pour tout le monde!

Face à cette situation, l’anti-trumpisme se déchaine et les critiques s’abattent sur le locataire de la Maison blanche, dépeint depuis quatre ans comme un imposteur incompétent, un fou irresponsable ou un fasciste ami du Ku Klux Klan. Les revirements stratégiques sur la gestion de la crise du coronavirus donnent du grain à moudre aux adversaires de Trump. Jusqu’alors opposé au port du masque, Donald Trump a récemment fait volte-face, apparaissant masqué en public et incitant dorénavant les Américains à faire de même. Les anti-Trump se réjouissent aussi des difficultés rencontrées par le président à mener campagne. On se souvient de la mine défaite du président, décravaté, débraillé et descendant d’un pas lourd de l’avion qui le ramenait de son meeting raté à Tulsa en Oklahoma, qui lançait sa campagne pour un second mandat. La presse avait titré « the walk of shame » et s’était enflammée en fantasmant une démarche annonciatrice de la défaite à venir. Depuis, crise sanitaire oblige, Donald Trump a dû renoncer à ces grands meetings qu’il affectionne tant.

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Les sondages confortent la prédiction de la presse américaine. Selon la moyenne des sondages nationaux établis par le site RealClearPolitics, le candidat démocrate Joe Biden caracole en tête des sondages, devançant son rival républicain de plus de dix points depuis plusieurs semaines.

La loi et l’ordre face à la gauche radicale

Pourtant, rien n’est joué. Il semble que la position martiale de Donald Trump, défendant le retour de l’ordre dans le pays, finisse par porter ses fruits. La plus importante organisation syndicale de police du pays, l’Association nationale des organisations de police (NAPO), qui représente plus de 1000 associations de police à travers tout le pays, a apporté son soutien à Donald Trump pour sa réélection à la Maison blanche. C’est un tournant historique ; le syndicat avait soutenu Barak Obama aux élections présidentielles de 2008 et de 2012 et par conséquent… Joe Biden.

Dans une lettre adressée à Donald Trump, le président du syndicat Michael McHale a expliqué combien le soutien présidentiel avait été essentiel pour les troupes, à la suite des attaques de rue des manifants antiracistes, des menaces de coupes budgétaires et de démantèlement, comme cela s’est d’ailleurs produit à Minneapolis (où le conseil municipal a voté la suppression de la police locale).

Trump ravi

En réponse, Trump s’est fendu d’un tweet spontané et enthousiaste, promettant de « toujours soutenir les hommes et les femmes en blue » et rappelant qu’il est le président de « la loi et de l’ordre ».

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Ce ralliement à Trump démontre la méfiance de la police face à Joe Biden, qui semble avoir tourné le dos au principe de sécurité et de maintien de l’ordre pour embrasser ceux qui sont au cœur de l’aile gauche du parti démocrate, et dont l’agenda principal est la défense des minorités et de la « justice raciale ». Il est reproché au candidat démocrate d’adopter une rhétorique anti-flic pour complaire à une coalition de la jeune génération, de minorités raciales et sexuelles, et de ces classes urbaines pourtant éduquées mais animées par une envie de faire table rase de l’histoire des États-Unis, compte tenu de son passé esclavagiste. « Biden semble avoir abandonné la police parce qu’il n’est pas populaire de soutenir la police en ce moment » a abondé de son côté mi-juillet Paul DiGiacomo, président du deuxième plus grand syndicat de la NYPD au Washington Times. Cela commence à faire beaucoup !

Les syndicats de police en ont gros sur le cœur. Si Joe Biden s’est opposé au démantèlement des services de police (!), il a soutenu le mouvement « defund the police » qui exige des coupes budgétaires. Par ailleurs, il s’est bien gardé de condamner les violences perpétrées contre les forces de l’ordre, préférant soigner son ralliement aux manifestants…

D’ici le 3 novembre, tout est encore possible et Trump n’a pas dit son dernier mot. « Il n’y a pas de vent contraire pour celui qui sait où il va » disait Theodore Roosevelt. Le soutien de la NAPO à la réélection du président Trump est un revers plus important qu’il n’y parait pour Joe Biden, car il envoie un signal fort aux autres organisations syndicales. Trump a tout intérêt à aller chercher leur soutien, pour appuyer son programme de relocalisation industrielle, et pour s’adresser de nouveau aux ouvriers syndiqués des bassins industriels du Nord-Est et du Midwest situés en Pennsylvanie, dans le Wisconsin, l’Ohio et le Michigan, états traditionnellement démocrates. Ils avaient massivement voté pour lui en 2016.

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Esclavage: tous coupables

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Concernant l’esclavage et la colonisation, la connaissance, même assez faible, de l’Histoire de l’Afrique remet rapidement les vraies choses à leur place. Dans cette affaire, et à supposer qu’il faille porter les fautes de ses ancêtres, tout le monde est coupable, et surtout, peut-être, ceux qui se targuent le plus d’en être les victimes.


La folie s’est emparée des débats sur l’esclavage et la colonisation, supposément pour accabler les « blancs » et prouver le statut de victimes éternelles des « noirs ». Même si la génétique a prouvé que les Français de souche étaient plus proche des Sénégalais que des Finlandais, et si toutes les nuances de couleurs de peau, vraiment toutes, sont dans la nature, peu importe : les esprits les plus éclairés, les entreprises les plus prospères et les politiciens les plus avisés ont cru bon d’avaler complaisamment le néo-discours simpliste et imbécile du « gentil noir/méchant blanc », asséné par des petits groupes d’insurgés « racialistes » professionnels, sans scrupules et sans culture, des rois du bruit tous azimuts, et par des « stars » du sport et du cinéma en mal de promo, eux-mêmes relayés par une presse soviétoïde, et manipulés par des oligarques mondialistes qui, eux, savent très bien où ils veulent aller (cf cet article de Driss Ghali). Mais allons malgré tout dans leur sens. Ne parlons pas de couleur de peau, mais de civilisation, et parlons du « péché fondateur », l’esclavage. Qu’en est-il ?

L’esclavagisme n’a pas attendu les Blancs

Il est utile, pour aller au fond des choses, de se référer au meilleur spécialiste français de la question, l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau, et à son livre magistral, Les traites négrières (Gallimard, 2005). Que dit-il ? Simplement, et c’est confirmé par bien d’autres, que la traite des esclaves est bien antérieure à l’arrivée des premiers acheteurs arabes ou européens, qui ont trouvé sur place un « marché » déjà existant, structuré, pérenne et important. Ceci s’explique, dit Grenouilleau, par le fait que, l’agriculture africaine étant, autrefois, collective et peu productive (c’est encore souvent le cas dans les villages reculés), les cités-États et les empires n’ont pas pu, pendant longtemps, se construire, comme en Occident, en Asie ou même en Amérique (aztèques, incas) sur la base d’une taxation des paysans par leurs propres aristocraties, en contrepartie d’une protection (« en paix à l’intérieur, respectés à l’extérieur », cf Raymond Aron). Les grandes dynasties lignagères, ancêtres de ces pouvoirs royaux, se sont donc organisées, indépendamment entièrement de leurs peuples, pour asseoir leurs pouvoirs et leurs statuts, sur le commerce et la guerre lointaine, contre les autres peuples. Évidemment, dans une telle configuration, le commerce des esclaves a fait largement partie de la prédation guerrière, et du commerce de denrées, au même titre que l’or ou l’ivoire. Par exemple, si le roi Mansa Musa, qui régna sur le Mali au 14ème siècle, est considéré par certains comme l’homme le plus riche du monde toutes époques confondues, il est certain qu’il n’a pas tiré son immense fortune de la vente des noix de Kola…

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De fait, il est avéré et reconnu que tout au long de la période des traites négrières, 98% des esclaves livrés l’ont été par vente, et non pas par la prédation directe des étrangers. Ainsi, si les chiffres communément admis sont, pour toute la période, d’environ 17 millions d’esclaves livrés par la traite arabe, 10 à 11 millions emmenés par la traite atlantique, et environ 14 millions utilisés dans la traite intra-africaine, en réalité, la quasi-totalité de ces 42 millions d’esclaves ont été d’abord pris, puis vendus, si l’on considère qu’il existe un « peuple noir » (ce qui resterait largement à démontrer, mais admettons-le), par leurs propres « frères ». Dans la prédation esclavagiste, on oublie simplement le premier maillon de la chaîne. Quand on le remet à sa place, évidemment, par rapport au discours « méchant blanc/gentil noir », ça fait désordre… De nombreux Afro-américains le savent, qui sont rancuniers vis-à-vis des Africains « de souche » qu’ils accusent de ne pas vouloir reconnaître que ce sont leurs ancêtres qui les ont vendus. On remarquera d’ailleurs qu’on entend peu les Africains eux-mêmes dans le débat qui fait rage chez nous, qui enflamme les néo-trotskistes racialistes, et terrorise les ignorants, et on comprend bien pourquoi !

Un autre débat est possible

Évidemment, si débat il devait y avoir un jour en Afrique, et si des revendications devaient être exprimées de la part des peuples, ce serait dans deux directions :

  • contre leurs propres élites, responsables de leurs martyres. Et certains trafics d’aujourd’hui, en particulier celui des migrants, pourraient valablement être questionnés dans une telle perspective, comme pouvant ressembler fortement à ceux d’hier (qu’en est-il, en réalité, du prétendu libre arbitre de ces « nouveaux esclaves » ? Par qui et comment sont-ils « vendus », exploités ? Qui reçoit de l’argent de cet immense trafic et combien ?)
  • de la part, spécifiquement, des ethnies africaines exploitées et vendues tout au long de l’Histoire, contre les autres ethnies esclavagistes, celles qui ont profité de la proximité des acheteurs, pour le compte de qui elles ont joué les intermédiaires et les fournisseurs guerriers, et grâce à qui elles ont bâti de grandes puissances.

Deux peuples, parmi bien d’autres, sont intéressants à analyser dans ce sens, les Yorubas et les Peuls.

Concernant les Yorubas, un peuple très important, qui vit sur le territoire de l’actuel Bénin et au Nigeria, sur les pratiques esclavagistes de ses anciennes élites, sur leur épouvantable barbarie, et plus généralement sur le système de fonctionnement général des régimes esclavagistes africains, les choses ont été bien décrites par l’article « La traite des rois africains », de l’historien Philippe Delorme, récemment paru.

Les Peuls constituent un autre modèle esclavagiste différent. Originaires du Fouta Toro (au nord du Sénégal, sur les rives du fleuve), ils sont particulièrement présents en Guinée (Fouta Djalon), au Sénégal, au Mali, au Nigéria, au Cameroun, et plus généralement dans toute l’Afrique de l’ouest, où ils sont très actifs et influents. Ils représentent aujourd’hui 40 millions de personnes, ce qui est considérable. On peut penser que leur proximité avec les peuples arabo-berbères du nord, et leur conversion rapide à l’islam, les a préservés eux-mêmes de l’esclavage. Mais en a fait, leur position stratégique (à la fois sur la route sud-nord de l’esclavage arabe vers Marrakech, et est-ouest, vers les Antilles) a fait d’eux des fournisseurs et des intermédiaires idéaux des acheteurs négriers de tous bords, ce qui a fait leur prospérité et leur fortune. Au même titre que les Yorubas du Bénin ou les Ashantis du Ghana, ils ont une responsabilité particulièrement forte dans la vente de leurs « frères » africains.

Peu populaire peuple peul

Un épisode peut le prouver. C’est celui du grand conquérant El Hadj Oumar Tall, un toucouleur (un peuple de langue peule originaire du Fouta Toro). Lorsqu’il a voulu, vers 1850, sous prétexte de djihad, se tailler un empire en soumettant les peuples bambara animistes du Mali (bambara signifie « payen », tout un programme…), il achète aux arabes 10 000 chevaux pour ses guerriers. A l’époque, le prix d’un cheval était de 20 à 30 esclaves, ce qui veut dire que pour se fournir en montures, sans compter les selles, les fusils, les balles et la poudre, Oumar Tall a dû s’engager à livrer entre 200 000 et 300 000 esclaves, ce qui donne une idée à la fois de son ambition militaire et de son « potentiel » esclavagiste… C’est la conquête française qui mettra fin à ces pratiques barbares, chez les Peuls et ailleurs. Sur ce point spécifique, en dépit des critiques des ignorants ou des malhonnêtes, on ne peut nier le caractère extrêmement bénéfique de la colonisation, et se dire que probablement, celle-ci a sauvé l’Afrique. Où en serait-elle aujourd’hui, en effet, si cette interdiction n’avait pas eu lieu ? Il y a tout lieu de penser que sans cela, tant les guerres tribales incessantes et meurtrières que les prédations esclavagistes intra-africaines, avec leur cortège d’horreurs, auraient perduré, détruisant définitivement l’ensemble du continent. Nombre de ces grandes familles lignagères esclavagistes l’ont bien compris. D’ailleurs, elles se sont alliées très rapidement aux colonisateurs pour exploiter ensemble les nouvelles opportunités qui leur étaient offertes. Ce sont leurs descendants, souvent, qui sont encore au pouvoir aujourd’hui dans ces pays.

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Pour le reste, il est à remarquer que les autres peuples africains (et on peut le comprendre !), n’aiment pas beaucoup les Peuls. D’abord, ils se disent blancs, descendants d’un peuple originaire du Sinaï. Si on se dit blanc, donc pas comme les autres, en vivant en Afrique et en ayant la peau noire, ça semble déjà un signe assez raciste… Ensuite, c’est une société de castes, la plus élaborée de toute l’Afrique. 13 ou 14 castes, dont la plus inférieure est celle, précisément, des esclaves. Encore un autre signe raciste, à n’en pas douter.

Loin de moi l’idée de jeter la pierre aux Peuls, aux Yorubas ou aux Ashantis d’aujourd’hui, qui ne sont en rien responsables des turpitudes de leurs ancêtres. Après 40 ans de voyages en Afrique, j’ai appris à juger les personnes sur ce qu’elles font aujourd’hui, et pas sur ce qu’ont pu faire leurs peuples dans l’Histoire. Nous avons, les uns comme les autres, bien mieux à faire à construire le présent et l’avenir qu’à nous écharper sur le passé, une impasse où tout le monde est perdant.

L’histoire est plus complexe que ne le disent certains militants

Malgré tout, s’il devait y avoir un jour une cérémonie expiatoire, par exemple à Ouidah, dans l’actuel Bénin, ce ne serait pas aux « blancs » de demander pardon pour l’esclavage, mais à tous, blancs, noirs et arabes confondus, et même aux descendants d’esclaves, puisqu’ils ne sont pas non plus exempts de « péché » : on sait par exemple que juste avant son indépendance, en 1804, le quart des esclaves de Saint-Domingue (ce qui était considérable, dans ce très grand centre négrier de l’époque), appartenaient à d’anciens esclaves affranchis. Dès qu’ils ont été libérés de leur servitude, qu’ont-ils fait ? Devenir à leur tour des bourreaux. Personne n’est blanc, pourrait-on dire, dans cette affaire. La nature humaine est complexe, et irréductible aux schémas simplistes bons/méchants. Pour toutes ces raisons, chacun devant accepter sa part de la faute, il est fort douteux qu’une telle cérémonie puisse un jour avoir lieu.

Par contre, ce qui m’énerve au plus haut point, c’est lorsque l’un des descendants de ces peuples négriers africains, qui ont tant à se faire reprocher, vient me donner des leçons, par rapport à « mon » passé d’esclavagiste ou de colonialiste, en oubliant complaisamment le sien. Je trouve la démarche indécente, malhonnête, et d’une grande hypocrisie.

Ah, j’oubliais : les noms les plus communs chez les Peuls sont Bah, ou Barry, ou encore Diallo ou Si. Tous ceux ou celles portant ces noms sont des Peuls, sans aucun doute possible. Toute ressemblance avec des personnes du monde de la politique ou du spectacle portant ces noms, et que l’on pourrait considérer comme de tels donneurs de leçons, ne pourrait qu’être le fruit d’une coïncidence tout à fait fortuite.

Parlez-vous woke?


Derrière le slogan #BlackLivesMatter, une organisation politique révolutionnaire née aux Etats-Unis promeut une idéologie manipulatrice et vindicative, le « woke », sorte de politiquement correct sous stéroïdes. Il y a urgence à résister.


Dans la comédie satirique d’Aristophane, Les Cavaliers, le Peuple invite un nouveau leader politique surnommé le Charcutier à être son guide, par des paroles aussi naïves que terrifiantes : « Ré-éduque-moi ! » L’organisation qui se cache à peine derrière le slogan #BlackLivesMatter nourrit les mêmes ambitions que le Charcutier : prendre le pouvoir en nous rééduquant, en nous imposant une idéologie manipulatrice qui déforme la réalité. À la différence du Peuple dans la pièce, nous devons tous résister à cet extrémisme politique qui cherche à racialiser et à diviser notre société pour mieux régner. Son idéologie, longtemps en gestation, tient aujourd’hui en quatre petites lettres : « woke ».

Que ce soit sur les médias sociaux ou traditionnels, tout dissident à la doxa woke est dénoncé, persécuté et chassé de la scène publique

Le terme woke vient des activistes afro-américains. C’est littéralement une injonction à rester « vigilant » face à tout ce qui dans la société actuelle peut constituer une forme d’oppression des Noirs par les Blancs. Cet usage, consacré surtout à partir de 2012, s’est étendu à l’oppression des pauvres par les riches, des femmes par les hommes, des homosexuels par les hétérosexuels, et des transgenres par la nature « hétéronormative » de la société traditionnelle. L’idéologie woke peut être qualifiée de « totalisante » dans la mesure où il s’agit d’amalgamer les griefs supposés de différents groupes afin d’encercler et de mettre en accusation le groupe social majoritaire qui, selon les activistes woke, domine les autres en abusant de son pouvoir. Ce groupe, composé de tous les Blancs, serait dominé à son tour par les êtres les plus abusifs de tous : les hommes blancs hétérosexuels. Détrôner ces tyrans est le but suprême. De même qu’on accumule les tares en étant blanc, masculin et hétéro, on peut accumuler les vertus en étant noir, femme et homo ou trans. Cette apothéose agrégative de la victimisation s’appelle l’intersectionnalité. La volonté de fédérer les doléances sans distinction s’exprime à travers des acronymes comme LGBTQIA+ ou le terme britannique « BAME » qui signifie « les Noirs et les autres minorités ethniques », c’est-à-dire tout le monde, sauf les Blancs. Le citoyen lambda est sommé de reconnaître en bloc le bien-fondé de tous ces griefs sous peine d’être voué aux gémonies comme le laquais des oppresseurs. Que ce soit sur les médias sociaux ou traditionnels, tout dissident à la doxa woke est dénoncé, persécuté et chassé de la scène publique.

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Les doctrines sociales, culturelles et scientifiques qui composent cette culture de la revendication sont diffusées selon la stratégie définie dans les années 1920 et 1930 par le marxiste italien Gramsci. Cette stratégie se base sur la notion d’hégémonie culturelle : pour préparer la conquête du pouvoir, il faut d’abord mener celle des esprits en investissant l’éducation, la culture, les médias et le débat intellectuel. La machine de propagande créée autour de BLM est le dernier avatar de cette opération gramscienne.

Lancé par trois femmes noires – dont deux se qualifient de « queer » – en 2013, en réponse à l’acquittement de l’homme qui a tué l’adolescent noir Trayvon Martin, ce mouvement né comme un simple hashtag est devenu un réseau international décentralisé et une fondation habilitée à recevoir des dons. Dans une vidéo datant de 2015 et facile à trouver sur internet, une des fondatrices, Patrisse Cullors, se vante d’avoir reçu une formation d’organisatrice marxiste, de même que sa collègue, Alicia Garza. Il suffit de consulter le site de la branche américaine de BLM ou les pages Facebook et GoFundMe (un site de financement participatif) de la branche britannique pour comprendre que BLM n’est pas simplement un mouvement de lutte contre le racisme. On y découvre, exprimés dans une prose alambiquée, des objectifs qui relèvent à la fois du marxisme et de l’idéologie woke. Il s’agit d’« éradiquer la suprématie blanche », car les vies des Noirs sont « systématiquement ciblées et destinées à la mort » par une « oppression mortifère » et « une violence généralisée et délibérée » qui leur est « infligée par l’État ». Ainsi se forge la légende selon laquelle la société moderne commet une forme d’ethnocide. Il faut de surcroît « démanteler » le capitalisme, la patriarchie et le privilège hétéronormatif, et « subvertir les normes occidentales de la famille nucléaire ».

BLM veut fédérer les Noirs queers[tooltips content= »Appartenant à une minorité : tout sauf hétérosexuel… »]1[/tooltips] et trans, particulièrement les trans-femmes-noires, les handicapés, les sans-papiers, les queers des classes ouvrières, les prostituées et les musulmans. On notera que, parmi les pauvres, seuls les queers comptent. De toutes les religions, seul l’islam trouve grâce à leurs yeux – pas l’hindouisme ou le sikhisme –, malgré l’attachement bien connu des musulmans à l’hétéronormativité. Pour que cette armée de recrues révolutionnaires ait la voie libre, BLM développe « des stratégies pour l’abolition de la police ». Aux États-Unis et au Royaume-Uni, ces organisations ont reçu des sommes d’argent faramineuses de la part du public. Elles n’ont pas spécifié l’usage qu’elles allaient en faire.

L’action woke de BLM consiste donc à instrumentaliser la cause des citoyens noirs à des fins politiques extrémistes. Le discours se caractérise par une hyperbole qui, plus qu’une forme de rhétorique, incarne une relation – faussée – au réel. Les Noirs et les Blancs s’affrontent dans une lutte apparemment apocalyptique. La suprématie blanche n’est plus celle des néonazis ou du Ku Klux Klan, mais un ensemble de préjugés quotidiens. Il y a une continuité sans interruption entre l’esclavage d’autrefois et les actions de la police d’aujourd’hui. Finalement, le génocide, jusqu’ici réservé à la destruction des juifs ou des Tutsis, se banalise : un Christophe Colomb ou un Churchill en serait coupable. Tout ce château de cartes sémantique a été construit pour justifier les uns – les révolutionnaires noirs et queers – et culpabiliser les autres – les Blancs. Bon gré mal gré, beaucoup sont tombés dans le panneau.

La statue de Winston Churchill, sur Parliament Square à Londres, vandalisée par des militants antiracistes, 3 juin 2020. © Manuel Balce Ceneta/AP/SIPA
La statue de Winston Churchill, sur Parliament Square à Londres, vandalisée par des militants antiracistes, 3 juin 2020.
© Manuel Balce Ceneta/AP/SIPA

Le blanc-seing

Au cours des derniers mois, nous avons pris l’habitude des auto-attestations : pour faire les courses, prendre de l’exercice ou voir le médecin. La dernière en date est un certificat de bonne conduite que certains Blancs s’attribuent pour éviter qu’on puisse les accuser de racisme. Cela s’appelle le signalement vertueux (« virtuesignaling »). On les a vus gagner leur certificat en s’agenouillant, voire en se couchant par terre pour s’humilier ; en publiant des mea culpa sur Twitter ou en aidant à détruire des statues pour se racheter ; ou encore en s’infligeant des sanctions pécuniaires pour abréger le temps de leur pénitence. Des Blancs américains ont envoyé de l’argent par l’appli Cash App à des concitoyens noirs qu’ils ne connaissaient pas et qui ne leur avaient rien demandé. Comme beaucoup d’entreprises, Uber Eats a montré patte blanche par un geste commercial : les frais de livraison sont offerts aux clients qui commandent leur repas à des restos dont les propriétaires sont noirs. Après avoir confessé, expié et payé ses fautes, la dernière étape de la réhabilitation consiste à dénoncer d’autres Blancs qui continuent à profiter allègrement de leur privilège blanc. Ce concept fondamental – théorisé par une féministe blanche – désigne une série de biens économiques et d’avantages sociaux dont jouirait chaque Blanc du seul fait d’être blanc et qu’il n’aurait pas acquis par le travail ou le mérite. Le statut de privilégié blanc est maintenu par une forme particulière de racisme qualifié de systémique. Dans l’impossibilité d’accuser chaque Blanc d’être raciste et en l’absence de politiques gouvernementales explicitement racistes, les théoriciens woke ont recours à un phénomène qui, comme le Dieu des théologiens, est omniprésent, invisible et responsable de tout ce qui arrive. La vie quotidienne d’un Noir serait faite d’exclusions, de menaces tacites, de brimades et de micro-agressions constantes qui le maintiennent dans une position subalterne. Pour se libérer de son privilège blanc, le Blanc doit devenir un allié des minorités marginalisées. Le concept d’allié – théorisé par une autre féministe blanche – oblige les Blancs à dénoncer les situations où les minorités sont sous-représentées, à céder le leadership aux membres de ces minorités et – au besoin – à leur céder leurs propres biens. Selon BLM(UK) : « La redistribution des richesses est un facteur clé pour ceux qui veulent être nos alliés. » Cela s’appelle la justice sociale.

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Le résultat de ces doctrines est une asymétrie d’une injustice flagrante, mais assumée. Seuls ceux qui détiennent un pouvoir économique – les Blancs – peuvent être racistes ; les Noirs par définition ne peuvent pas l’être. De par leur « blanchité », les Blancs sont tous entachés d’un équivalent du péché originel : un Noir pauvre reste pauvre parce que le privilège blanc entrave son ascension sociale ; un Blanc pauvre reste pauvre parce qu’il est un bon à rien. Selon le tweet récent d’une spécialiste indienne des études postcoloniales de l’université de Cambridge, « les vies des Blancs ne comptent pas ». Loin d’être sanctionnée, elle a été promue à une chaire. L’injonction cinglante lancée à la tête de toute personne qui n’accepte pas d’emblée le récit simpliste et grotesque de l’idéologie woke est : « Éduque-toi ! » Mais ce qui nous est proposé aujourd’hui est une dé-éducation, destinée à travestir le réel plutôt qu’à le faire découvrir. Encore une fois, nous devons tous résister à cette appropriation gramscienne de la culture et du savoir. En nous inspirant d’un personnage historique qui sera sans doute bientôt rayé des manuels, disons que nous avons perdu quelques batailles, mais que nous n’avons pas encore perdu la guerre.

Les fils d’Hitler

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L’illustration d’un journal tchèque pour « Black lives matters » (BLM) étonne les progressistes de salon…


Contrairement à la Pologne et à la Hongrie, la République tchèque a rarement droit aux premières pages des journaux. Il faut dire que la révolution de velours y a installé une démocratie libérale peu comparable aux régimes Kaczynski et Orban.

Quand un hebdomadaire tchèque à grand tirage met en une une photo d’Hitler en coupe afro, on peut se demander quelle mouche l’a piqué. Le journal Reflex, classé au centre droit, démonte ainsi l’idéologie différentialiste du slogan « Black Lives Matter » en accompagnant le portrait du Führer de la légende : « Allons-nous nous agenouiller devant tous les criminels qui auraient voulu nous “améliorer” ? »

reflex

Dans un pays où l’occupation nazie, la cruauté d’Heydrich et le massacre de Lidice ont laissé des traces, le parallèle est osé. Suspendu vingt-quatre heures de Facebook après avoir publié ce montage, le rédacteur en chef Marek Stonis a dû s’expliquer. « La gauche pleure le tendre géant George Floyd, un homme qui, en plus de son passé criminel haut en couleur, a écopé de cinq ans de prison après avoir agressé une femme enceinte avec un pistolet à la main. J’ai tendance à faire preuve de solidarité avec les victimes de ses crimes. »

Certes, mais que vient faire Hitler dans tout ça ? C’est qu’une certaine gauche anti-universaliste reprend la traditionnelle hiérarchie des races en l’inversant. Ultra minoritaire chez cet ancien vassal de l’Union soviétique, ce courant est notamment représenté par un historien de la faculté des arts de Prague qui appelle son pays à la repentance. Jusqu’ici, on ignorait que la Bohème fût une puissance esclavagiste. Au prétexte que le verre tchèque aurait autrefois été acheté par des esclavagistes européens, puis exporté dans les colonies, l’universitaire exhorte Prague à expier ses fautes. Son offensive suscite l’ironie du rédacteur de Reflex : « Impliquer les Tchèques dans la traite est un non-sens, autant nous faire payer l’extinction des mammouths » ! Qu’on partage ou non sa tendance au point Godwin, on appréciera l’humour tchèque.

Jean-Jacques Rousseau est un con

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J’aimais passionnément déjà la littérature. J’avais quatorze ans et j’étais en Troisième. Au bout du rayon « XVIIIe siècle » de la bibliothèque paternelle, que j’avais déjà exploré, je tombai sur un gros bouquin rassemblant en un volume l’ensemble des Confessions de Rousseau.

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Je ne connaissais pas grand-chose du grand homme, sinon sa dissertation sur l’Origine et les fondements de l’inégalité, cet ouvrage « contre le genre humain », comme le lui a écrit Voltaire pour le remercier de lui avoir envoyé le livre, qui m’avait donné envie, comme au philosophe de Ferney (je venais d’apprendre ce qu’était une périphrase et j’en abusais) de « marcher à quatre pattes ». J’abordai donc les Confessions sans préjugé, ou presque. La première page me sidéra un peu : que de « Moi-je » en quelques lignes ! En garçon bien élevé, j’évitais à l’époque d’offenser la modestie que l’on me recommandait — un soin qui m’a passé, avec l’âge. Puis, ayant reçu mon lot de trempes énergiques tout au long de mon enfance, et n’en ayant gardé que le goût d’en donner aux autres, je fus surpris de l’intérêt très vif du grand homme (j’appris pour l’occasion ce qu’est une antiphrase) pour les fessées. Je lus en parallèle les lettres de Voltaire sur la Nouvelle Héloïse, où il met en scène Rousseau tendant les fesses pour recevoir à plein la correction que lui infligent les violons de l’orchestre français. Je compris l’intention sarcastique de l’auteur de Candide, et m’en amusai.

Passons sur les six premiers Livres des Confessions — je lisais vite, à l’époque. Dans le septième livre arrive l’aventure mémorable avec Zulietta.

Comme le lecteur n’a peut-être plus en tête le texte de Jean-Jacques, en voici un résumé fort exact, nourri des phrases du « philosophe de Genève » — on m’avait récemment donné cette expression pour modèle d’oxymore.

En 1743, le jeune Rousseau (il n’a que 31 ans, et n’a pas encore donné au monde des Lettres les sublimes ouvrages pour lesquels il est désormais connu) est engagé comme secrétaire de l’ambassadeur de France à Venise. Il y restera un an, l’abondance de ses «Moi-Je» le rend vite insupportable au comte de Montaigu : les Grands ne tolèrent le Moi que lorsqu’il s’agit du leur. Mais durant cette année, il s’étourdit de Venise — et comment faire autrement ?

Dans une soirée, il voit débarquer (au sens propre, elle est arrivée forcément en gondole) «une jeune personne éblouissante, fort coquettement mise et fort leste», «aussi charmante que vive, une brunette de vingt ans au plus». Elle feint de le prendre pour un autre, et «se jette entre [ses] bras, colle sa bouche contre la [sienne], et [le] serre à [l]’étouffer».
Notre philosophe, qui était assez joli garçon et avait la vivacité sensuelle qu’il prêtera plus tard à Saint-Preux, l’ineffable héros de la Nouvelle Héloïse, avoue : «La volupté me gagna très rapidement».

La belle jeune fille prend possession de lui, et lui donne rendez-vous pour le lendemain.

«Je ne la fis pas attendre. Je la trouvai in vestito di confidenza : dans un déshabillé plus que galant, qu’on ne connaît que dans les pays méridionaux, et que je ne m’amuserai pas à décrire, quoique je me le rappelle trop bien.» Mais notre grand niais de Suisse avoue parallèlement : «Je n’avais point d’idée des voluptés qui m’attendaient.» Cela va de soi, vous vous retrouvez chez la plus jolie des courtisanes vénitiennes, fort dévêtue, c’est sans doute pour y parler philosophie. N’empêche qu’il compare avec ce qu’il connaît : «J’ai parlé de madame de Larnage [cette mère de dix enfants avait eu son pucelage, en 1737, durant un fameux voyage à Montpellier] dans les transports que son souvenir me rend quelquefois encore ; mais qu’elle était vieille, et laide, et froide auprès de ma Zulietta ! Ne tâchez pas d’imaginer les charmes et les grâces de cette fille enchanteresse, vous resteriez trop loin de la vérité ; les jeunes vierges des cloîtres sont moins fraîches, les beautés du sérail sont moins vives, les houris du paradis sont moins piquantes.»

Arrive alors l’indicible, qui vaut donc la peine d’être dit.

«J’entrai dans la chambre d’une courtisane comme dans le sanctuaire de l’amour et de la beauté ; j’en crus voir la divinité dans sa personne.» Fort bien, et le lecteur que j’étais attend alors avec impatience l’une de ces scènes lestes dont la lecture de Sade et de Crébillon m’avaient donné le goût. Que nenni : «Je me disais : Cet objet dont je dispose est le chef-d’œuvre de la nature et de l’amour ; l’esprit, le corps, tout en est parfait ; elle est aussi bonne et généreuse qu’elle est aimable et belle ; les grands, les princes devraient être ses esclaves ; les sceptres devraient être à ses pieds. Cependant la voilà, misérable coureuse, livrée au public ; un capitaine de vaisseau marchand dispose d’elle ; elle vient se jeter à ma tête, à moi qu’elle sait qui n’ai rien, à moi dont le mérite, qu’elle ne peut connaître, est nul à ses yeux. Il y a là quelque chose d’inconcevable.»

Et notre honnête Genevois (d’un Calviniste, qu’attendre d’autre ?) de chercher sur la belle le défaut qui lui ferait comprendre que tant de…

>>> Lire la fin de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli, Bonnet d’âne <<<

« Lands of murders »: le film de votre été

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© KMBO Films

 


L’histoire des remakes se confond globalement avec celle des navets.

À bout de souffle enseignait à Jean Seberg, devant le cadavre de Belmondo, ce que signifiait vraiment « dégueulasse » ; mais le remake de Jim McBride, en 1983, a disparu de nos mémoires.

Sam Peckinpah a fait avec un chef-d’œuvre du film noir en couleur, où Steve McQueen expliquait par l’exemple l’usage d’une chevrotine gros grains — mais qui se souvient du remake de Roger Donaldson en 1994 ?

Même en prenant un grand metteur en scène vous finissez avec une bouse : tout le monde se rappelle le film de Sidney Lumet, 12 hommes en colère, mais qui sait que William Friedkin en a fait une pâle copie en 1997 — avec quatre Noirs américains et une femme, histoire d’être en phase avec l’horreur culturelle du politiquement correct…

Je peux continuer. Il est rarissime que la copie soit meilleure que l’original.

Alors, lorsqu’elle est au moins aussi bonne que la première version, cela vaut le coup de le signaler. J’avais dit il y a cinq ans tout le bien que je pensais de La Isla mínima, le sublime film de Roberto Rodriguez. Eh bien Christian Alvart, avec Lands of murders, en a fait une version allemande, tout aussi glauque, tout aussi politique (non, je ne demanderai pas pour la centième fois pourquoi les Espagnols, les Allemands, les Anglais, les Argentins, les Américains et tous les autres savent faire des films politiques, et pourquoi les Français se cantonnent dans l’observation microscopique du nombril d’acteurs surestimés). Aux verts gluants du modèle initial, tirés des marais du Guadalquivir, répondent les bleus froids de Görlitz, ville improbable des confins de la Saxe, arrosée par la Neisse et par des flots de bière. Au couple de flics espagnols, l’un « moderne », l’autre formé par la police franquiste, répond un couple de flics allemands, un Wessi muté là par représailles, et un Ossi qui a appris dans la STASI les bonnes mauvaises manières de faire parler un témoin — ou de punir un criminel avant que les tribunaux et les droits de l’homme s’en mêlent. «Borderline»dit Philippe Ridet dans le Monde. Que dirait le « quotidien de référence » si un poulet français expliquait la vie et la voie des aveux aux racailles de chez nous comme Markus Bach (joué par Felix Kramer, énorme) le fait avec une spontanéité touchante dans ce film ?

© KMBO Films
© KMBO Films

« Mais nous avons déjà vu La Isla mínima », me direz-vous… Nous connaissons l’histoire — des jeunes filles enlevées, violées, mutilées, torturées, et jetées dans les marais puants qui entourent une ville morte que des Wessis achètent à la découpe en sucrant 20% des salaires… Sachez-le, amis européanistes, c’est à ce genre de travail de boucherie sociale qu’ont servi vos sacrifices sur l’Euro — calqué sur le mark pour aider à la réunification des Allemagnes, et de fait utilisé pour enfoncer dans la crasse, la misère et l’exploitation des Ossis, laissés pour compte du Reich reconstitué. Le Monde, poliment, en reste aux questions (« Les « Ossis » ont-ils gagné au change, en troquant le communisme agonisant pour le capitalisme triomphant ? Les « Wessis » sont-ils des bienfaiteurs ou des équarrisseurs de ce qui reste de la splendeur de la RDA ? ») alors que le film donne des réponses.

Peu importe que vous connaissiez la fin. Après tout, quand les spectateurs du XVIIe siècle allaient voir jouer Phèdre, ils connaissaient la trame de l’histoire — ils avaient appris leur mythologie. Aucun « suspense » chez Racine, juste un fabuleux exercice de style pour dire quelque chose sur son temps et son Dieu.

Même chose ici. Christian Alvart (à la réalisation, au scénario et à la photographie, ce garçon est doué) est un remarquable styliste — c’est ce qui manque le plus aux films hexagonaux ces derniers temps. Et un directeur d’acteurs sans doute impitoyable, tant les greluches sont niaises, les tueurs sadiques et les flics impitoyables.

Sadiques, dis-je… Christian Alvart a bien remarqué (comme autrefois Pasolini dans Salò) qu’il y a un rapport entre le sadisme et les rapports…

>>> Lire la fin de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<


Lands of murders, de Christian Alvart, en salles depuis le 22 juillet 2020, 2h10

Burn out à l’Assemblée

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Jean Castex lors des questions au gouvernement le 28 juillet (c) Jacques Witt/SIPA/2007281717

 


Le débat tendu sur la loi bioéthique n’est que le reflet d’une époque qui se détache de plus en plus du réel.


Le lundi 27 juillet, à 21 heures trente, s’ouvrait à l’Assemblée, le débat sur la loi bioéthique. Tandis que les députés de l’opposition étaient présents, « se gondolaient quelque part dans Paris », comme le dit le député Chenu, afin d’assister à une réception de fin de session, le ministre de la Santé, Olivier Véran, le garde des Sceaux, Eric Dupont-Moretti, Madame Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Quant aux députés, ils arrivèrent avec cinq minutes de retard. En revanche, était présent et à l’heure, Monsieur Touraine dont on salue ici le professionnalisme et la ponctualité.

A lire ensuite: ITER et la fusion nucléaire: une utopie qui devient peu à peu réalité

Quand on sait combien les minutes sont comptées à l’Assemblée, on ne s’étonnera pas de la suspension de la séance demandée par Messieurs Bazin, Aubert, Chenu, et la députée Untermaier, choqués de la désinvolture du procédé, qualifié d’artefact pour gagner du temps sur un texte mis en urgence au calendrier parlementaire.

Un débat houleux

Mardi 28 juillet, à l’Assemblée Nationale, la parole était donnée à la députée Madame Firmin Le-Bodo, rapporteur de la loi bioéthique. Après avoir cité la phrase de Rabelais, toujours bienvenue dans le contexte : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » elle demanda au Premier ministre de préciser l’engagement du président Macron concernant la loi bioéthique. Demande à laquelle se plia, avec la concentration qu’on lui connaît, Monsieur Castex. Pas taiseux de nature, il n’avait pourtant pas donné, jusque-là, l’avis du président sur cette loi de tous les dangers. Après avoir salué, en connaisseur, le travail de la Commission, le Premier ministre affirma l’engagement sans faille du président dans cette loi, enjoignant les députés à revenir à l’équilibre du texte voté en octobre 2019 c’est-à-dire avant le bricolage —omissions et inexactitudes— des différentes moutures qui avaient suivi. Loi qualifiée d’impérieuse et de nécessaire car « la société avait changé » : phrase qui s’imposait, dans le contexte. Cet engagement « clair, net et précis » sembla satisfaire pleinement Madame Firmin Le-Bodo.

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Le magazine Marianne, augurant mal d’un débat, restreint à celui de la PMA pour toutes, dans un temps limité à 25 heures, titre ainsi l’ouverture de la loi bioéthique à l’Assemblée : « La loi bioéthique : vers un naufrage à l’Assemblée ». Marianne ne croit pas si bien dire mais pas pour la raison qu’elle met en avant. Point n’est besoin, en effet, de débats pour une loi fourre-tout destinée à faire passer la PMA pour toutes : tremplin nécessaire au président Macron, dans le temps qui lui reste, à sa réélection. Pour le reste, pas besoin de feu vert, la vitesse est acquise. Les chimères, la disponibilité sans fin de l’embryon, sa congélation et sa décongélation, la DPI-A, qui découlent de l’instrumentalisation du vivant est, depuis des années, le domaine réservé des scientifiques et celui, lucratif, des laboratoires. On tiendra largement jusqu’à la prochaine révision de la loi, en 2030.

Une époque qui pousse au burn out 

La société a changé ? La vérité est qu’elle est sous l’emprise de la Technique qui, pour reprendre une phrase du livre de la Sagesse, « a étendu son règne parmi nous. » Le monde est déboussolé. La Chambre est en plein burn out. Et ça se comprend. Avec la Covid-19, les incendies des cathédrales, les crimes et les incivilités, les violences de toutes sortes, la montée de l’islamisme politique, le tour joué par Erdogan avec Sainte-Sophie, une promenade peu heureuse aux Tuileries, la dette européenne mutualisée mal négociée, un burn out est vite arrivé.

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Alors si on revenait au réel ? Le sperme n’est pas le sang. L’homosexualité n’est pas une maladie pas plus que la stérilité : on n’a donc pas à rembourser un tiers donneur ni dans un couple hétérosexuel ni dans un couple homosexuel. Une mère, c’est sacré, et chacun a droit de connaître son père. Que vous aimiez (ou pas) votre père et votre mère ne regarde personne. En tout cas, cessons de pleurer sur « le mal d’enfant » des lesbiennes qui est une invention fabriquée de toutes pièces pour faire prospérer le marché de la fertilité. Ou alors, indemnisons les mal aimés de n’avoir pas rencontré l’amour de leur vie.

Un gouvernement autoritaire peut faire passer n’importe quoi. Il a tous les pouvoirs. Mais, de grâce, ne prenons pas des vessies pour des lanternes. Natacha Polony a raison sauf que le naufrage à l’Assemblée s’annonce un Titanic.

La fabrique d´orphelins - Essai

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Les « décoloniaux » sonnent le gla-gla de deux parfums de glace

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Image d'illustration Pixabay

Sur la Côte d’Azur, les glaces deviennent le nouveau champ de bataille des militants «décoloniaux». En pleine canicule, ils ont eu raison de deux coupes de glaces


C’est une nouvelle qui va ravir les purificateurs en herbe. Le quotidien Nice-matin rapporte que depuis le weekend dernier Le Poussin Bleu, un fameux glacier de Saint-Raphaël, est la cible de mouchards « décoloniaux » qui appellent au boycott de l’établissement fondé peu après la Libération. En cause, deux glaces baptisées respectivement L’Africaine et Le Chinois. La première est une glace au chocolat dotée d’une épaisse et souriante bouche en pâte d’amande « il est vrai pulpeuse… pour ne pas dire gourmande », s’amusent nos confrères niçois. Reste qu’il faudrait avoir vraiment l’esprit mal tourné pour y voir un quelconque fantasme sexuel de mâle (blanc) libidineux en slip sur les plages de la Côte d’Azur.

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À notre époque, c’est « blessant » selon le Modem

Pour sa part, Le Chinois fronce les sourcils et fait la moue. Il a l’air malade, comme s’il était piqué par quelque mauvais virus asiatique et en plus, tenez-vous bien, c’est un sorbet… au citron ! Il n’en a pas fallu plus pour indigner un internaute dont la plume laisse deviner un solide esprit de purge : « je vous demanderai de bien vouloir boycotter le « Poussin Bleu » à Saint-Raphaël qui sert des desserts sous des noms et des dressages parfaitement racistes », a-t-il ordonné à ses collègues internautes sur les réseaux sociaux.

Dans la foulée, le même fier soldat « décolonial » a saisi Philippe Michel-Kleisbauer, député Modem de la circonscription. Une audace qui s’est révélée payante: « Je comprends très bien que les patrons du « Poussin Bleu » n’ont pas voulu blesser quiconque mais à notre époque, ce genre de chose n’a plus sa place […] parfois, sans le vouloir, on peut être blessant », a abondé le député à l’adresse du préfet Fréderic Potier. Avant d’ajouter tout de même – ce qui est bien la moindre des choses – qu’il « ne partage pas l’idée de boycott ou les propos haineux qui visent les patrons de cet établissement ».

Feu vert pour les néo-épurateurs ou maladresse ?

Le maire ne voit pas le problème

Toujours est-il que les intimidations ont eu raison du glacier raphaëlois.

« Face à cette vindicte populaire pour le moins violente, nous avons préféré retirer deux de nos coupes de glaces », a affirmé à Nice-matin un dénommé Stéphane, copropriétaire du glacier, qui a confié avoir été « menacé ». « Mon grand-père a quitté l’Italie pour fuir le fascisme de Mussolini. À cette époque, les Italiens étaient traités de toutes sortes de noms : ritals, macaronis etc. D’ailleurs, personne n’a jamais débaptisé les pâtes du même nom », a-t-il déclaré. À quoi on pourrait ajouter les cohortes de pizzaïoli à moustache caricaturaux qui ornent moult devantures de pizzerias de l’hexagone. « Sans les colonies d’antan, sans ses migrants, la France ne serait pas, aujourd’hui, enrichie de toutes ses cultures. C’est ce qui fait la beauté de notre pays », a-t-il continué avant de conclure : « Aux conflits, nous préférons la paix, toujours dans le respect de chacun sur cette planète ».

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En attendant le temps des mots doux et des embrassades, les aigreurs des militants décoloniaux n’ont pas coupé l’appétit du maire de Saint-Raphaël Frédéric Masquelier : « Cela fait sept décennies que ces glaces sont au menu ! Moi-même, lorsque j’avais dix ans, je me délectais de cette fameuse glace au chocolat ». Face au lynchage dont est victime ce pauvre glacier, les plus récalcitrants aux glaces pourraient être tentés de faire de même. Voici l’adresse de l’établissement, offrant une belle vue sur la mer.

Le Poussin Bleu, 41 boulevard de la Libération, 83700 Saint-Raphaël.

En fait, qu’entend faire Macron contre le séparatisme à la rentrée?

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Le président Macron visite l'opération associative "Quartier d'ete 2020" à Chambord le 23 juillet 2020 © Lemouton / Pool/SIPA Numéro de reportage: 00973915_000001

Depuis la crise sanitaire, le président Macron s’est adressé à de nombreuses reprises aux Français. Mais il reste muet sur l’essentiel.


Sécurité, laïcité, communautarisme, immigration, islamisme politique, menaces internationales : sur tous ces sujets, le Président brille par son silence assourdissant. Comment expliquer un tel mutisme de la part du chef de l’État qui est le garant de l’indépendance, de la sécurité et de l’unité de la Nation ? Les explications relèvent de plusieurs ordres.

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Des lacunes dans le logiciel de pensée du Président

La première cause de ce silence réside dans le logiciel de pensée du chef de l’État. Pour sonder les pensées profondes d’un homme politique, il est nécessaire de savoir d’où il vient, de cerner la généalogie de son idéologie. Le terreau politique originel de Macron est la galaxie Strauss-Kahn. Le successeur de Hollande à l’Élysée provient de la gauche libérale réformiste. Or, celle-ci n’a jamais éprouvé d’appétence pour les thèmes de la sécurité, de l’immigration ou la Realpolitik des nations. Portée par une vision irénique et progressiste des relations humaines, cette gauche, si elle accepte le libre-échangisme capitaliste, est prête toutefois à entériner toutes les innovations sociétales du magistère de la bien-pensance culturelle.

Propulsé à l’Élysée à la suite d’une campagne électorale éclair, c’est sous les ors du palais de la rue saint-Honoré que Macron a pris conscience des réalités désagréables du monde comme il va : sécession de certains « quartiers », ensauvagement, lassitude des forces de l’ordre prises sous le feu roulant de l’extrême gauche et des caïds, menaces de la Turquie d’Erdogan et de son projet d’islamiser l’Europe, volonté de la Chine de prendre la première place mondiale. Aussi intelligent qu’il soit, Emmanuel Macron ne possède pas la grille de lecture susceptible de décrypter ces événements et d’engager une riposte adéquate. C’est un économiste. Avant le surgissement de la pandémie du coronavirus, l’ouverture des frontières constituait pour lui l’alpha et l’oméga des relations internationales.

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Ayant fait ses armes dans le milieu des affaires, il ne pouvait concevoir les rapports entre nations autrement que sous la forme d’un jeu gagnant-gagnant : « Tu me fabriques des produits à bas coûts, je te fournis en services et en high tech ». Dans la galaxie de la gauche réformiste, les nations sont des entités abstraites, interchangeables, nées d’hier et surgies de nulle-part. L’hôte de l’Élysée a dû apprendre la grammaire de la politique internationale et l’histoire des civilisations sur le tas. Mais n’est-ce pas trop tard ?

Un silence de confort

La seconde raison de la réticence de Macron à aborder les sujets régaliens tient au confort que procure la politique de l’autruche. Il n’est pas de réalités désagréables qu’un déni durable ne finisse par chasser de votre esprit ! Pourquoi se colleter  avec les problématiques qui risquent de vous brouiller avec les élites médiatico-politiques, alors qu’il est si confortable de se noyer dans les détails technocratiques des réalités « axiologiquement neutres » de l’économie ? C’est si commode  d’épiloguer sans fin sur les vertus de l’Europe des subventions, des dettes non remboursables et du réservoir monétaire inépuisable afin d’éviter les coups qui vous attendent si vous entrez dans l’arène des sujets régaliens ! Au besoin, on fera diversion : afin de faire l’impasse sur le sujet de l’indépendance nationale, on s’extasiera sur le chantier de reconstruction de Notre-Dame.  

Un silence tactique

Enfin, la troisième explication du silence présidentiel tient au positionnement délicat de Macron sur l’échiquier politique national. Est-il de gauche, est-il de droite, du centre-droit, du centre-gauche ? Nul ne le sait. À quel électorat doit-il s’adresser en prévision de la prochaine présidentielle ? Ici, la prudence de Macron ne résulte plus de son logiciel de pensée ou d’une tentative de diversion : elle est tactique. Car l’hôte actuel de l’Élysée ne sait plus quoi penser de la période politique que nous traversons depuis la crise sanitaire. Toutes ses certitudes ont volé en éclats. Des acteurs internationaux ne cachent plus leur volonté de puissance. Des empires se reconstituent sous nos yeux. Sur la scène nationale, des faits d’une violence extrême font la une des journaux.

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Devant cette reconfiguration, Macron hésite à donner un coup de barre appuyé… à droite. Il sait pourtant que son réservoir de voix est de ce côté du spectre politique. Mais à cette heure, il ignore comment prendre langue avec cet électorat qui se méfie de lui. 

Aussi, en guise de procrastination, pour retarder l’échéance et repousser le plus possible l’exécution de sa promesse de nous entretenir, par un discours qui fera date, du séparatisme qui fracture la France, le chef de l’État de la cinquième puissance du monde en a été réduit à convoquer une « convention citoyenne » sur l’écologie. Celle-ci est chargée de déterminer le volume maximum de viande de bœuf que chaque citoyen sera autorisé à ingurgiter à l’avenir pour préserver la planète. Parler et faire parler pour noyer le poisson : il en restera toujours quelque chose, fût-ce rien, les médias, comme la physique, ne connaissant pas la catégorie du vide.

Les territoires conquis de l'islamisme

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L’ascendant de la beauté

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Vénus de Milo, Musée du Louvre Photo: Pixabay

Le Beau s’impose à nous de façon scandaleusement inégalitaire


Dire que l’écriture est une addiction est un lieu commun d’une affligeante banalité, mais je me rassure en pensant comme l’écrit Patrice Jean que « le gentilhomme {…} ne fuit pas le lieu commun, il en médite l’incorruptible vérité ». Bien que Le Linceul soit arrivé dans les librairies depuis trois semaines à peine, j’ai donc déjà entrepris depuis quelque temps de réfléchir à un nouvel ouvrage, en m’intéressant cette fois davantage à la condition humaine, à sa grandeur et à ses turpitudes.

Quel étrange matériau en vérité que l’humain ! L’année en cours l’a montré avec une acuité inédite. J’ai vu certains de mes contemporains faire preuve de courage et d’abnégation face à la pandémie tandis que d’autres s’abandonnaient à la peur et au plus lâche égoïsme. Et je vois à présent avec horreur certains de mes concitoyens se déchirer avec une violence extrême pour des questions raciales, convaincus semble-t-il que la biologie nous détermine selon la couleur de notre peau.

Être né quelque part, c’est toujours un hasard

La biologie s’impose à nous, c’est un fait. Personne ne choisit de naître blanc ou noir pas plus qu’on ne fait le choix d’être grand ou petit, blond ou brun, etc. Détermine-t-elle les comportements pour autant ? Les nôtres, certainement pas. Je me suis déjà suffisamment étendu sur ce sujet pour ne pas y revenir : je suis indéfectiblement convaincu de la puissance souveraine du libre-arbitre. Mais que nos caractères biologiques conditionnent les comportements de ceux qui nous entourent, en revanche, c’est une pure évidence. Et comme je ne veux pas parler de couleur, je parlerai de Beauté.

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La Beauté. Cette incroyable et inexplicable alchimie de caractères physiques aléatoires qui suscite, plus que tout autre, la fascination de l’entourage. N’importe quel sociologue pourra montrer que ses critères sont très relatifs, fluctuants selon les époques et les cultures. Mais qu’importe, puisqu’une fois défini le Beau s’impose à nos sens comme s’il était évident. Il nous faut ensuite un long apprentissage – et un considérable effort mental – pour parvenir à nous dégager de l’illusion construite de cette évidence et à remettre en cause les préjugés établis à son égard, pour apprendre à le reconnaître sous des formes étrangères et à porter un regard critique sur les canons qui s’imposent à nous si naturellement et avec tant de force. Mais ce travail est indispensable, car il existe un revers obscur à la lumineuse fascination qu’exerce sur nous la Beauté. Nous avons tous ou presque pu en faire l’expérience en prenant conscience de la sidération gênée qui nous saisit lorsque nous nous trouvons en présence d’une personne au physique « parfait ».

Avoir le chic ou pas

C’est un sentiment fort ambivalent, où se mêlent une attirance irrésistible – allant parfois jusqu’à l’altération la plus complète du jugement – et la blessure d’amour-propre causée par la distance que la Beauté – a fortiori lorsqu’elle a conscience d’elle-même – place aussitôt entre celui qui la possède et celui qui s’en trouve démuni. Car la Beauté s’érige en preuve impitoyable du caractère abstrait d’un postulat pourtant fondamental de nos sociétés modernes : l’égalité entre les hommes. C’est parce qu’ils transgressent trop visiblement cette règle d’airain que les riches sont si souvent conspués en France, patrie entre toutes de l’égalitarisme le plus sourcilleux. Et c’est parce qu’ils en sortent naturellement que les Beaux nous troublent : on ne peut leur faire le reproche de leur singularité, mais elle nous accable cependant tout autant qu’elle nous charme…

« L’ascendant de la beauté est irrationnel », a écrit Philip Roth dans Pastorale Américaine, et c’est exactement cela: rien, dans l’immédiateté de la nature, n’est soumis au règlement aimable que la raison doit imposer à nos sens. Alors ne laissons pas – pour le Beau comme pour le reste – la biologie devenir finalement le critère déterminant de nos vies…

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Trump n’a pas dit son dernier mot!

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A Phoenix (Arizona), des militants s'opposent à la venue de Trump le 23 juin 2020 © USA Today Network/Sipa USA/SIPA Numéro de reportage: SIPAUSA30224690_000014

 


Excédés par la violence dans le pays, des syndicats de police appellent à voter Trump…


Tel un colosse aux pieds d’argiles, les États-Unis semblent s’enfoncer dans une spirale de crises qui s’enchainent sans possible répit.

Pendant que la crise sanitaire continue de ravager le pays avec une propagation du virus qui ne décélère pas, les fractures raciales, accentuées par la mort de George Floyd et le mouvement Black Lives Matters, font sombrer le pays dans un inquiétant chaos. En témoigne la flambée de violence provoquée par les émeutes antiracistes qui embrasent de grandes villes américaines, comme en ce moment même Portland. À cela vient se greffer la crise économique, avec la pire récession de son histoire depuis 1929. Elle va mettre sur le carreau des millions d’Américains.

La crise n’est pas perdue pour tout le monde!

Face à cette situation, l’anti-trumpisme se déchaine et les critiques s’abattent sur le locataire de la Maison blanche, dépeint depuis quatre ans comme un imposteur incompétent, un fou irresponsable ou un fasciste ami du Ku Klux Klan. Les revirements stratégiques sur la gestion de la crise du coronavirus donnent du grain à moudre aux adversaires de Trump. Jusqu’alors opposé au port du masque, Donald Trump a récemment fait volte-face, apparaissant masqué en public et incitant dorénavant les Américains à faire de même. Les anti-Trump se réjouissent aussi des difficultés rencontrées par le président à mener campagne. On se souvient de la mine défaite du président, décravaté, débraillé et descendant d’un pas lourd de l’avion qui le ramenait de son meeting raté à Tulsa en Oklahoma, qui lançait sa campagne pour un second mandat. La presse avait titré « the walk of shame » et s’était enflammée en fantasmant une démarche annonciatrice de la défaite à venir. Depuis, crise sanitaire oblige, Donald Trump a dû renoncer à ces grands meetings qu’il affectionne tant.

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Les sondages confortent la prédiction de la presse américaine. Selon la moyenne des sondages nationaux établis par le site RealClearPolitics, le candidat démocrate Joe Biden caracole en tête des sondages, devançant son rival républicain de plus de dix points depuis plusieurs semaines.

La loi et l’ordre face à la gauche radicale

Pourtant, rien n’est joué. Il semble que la position martiale de Donald Trump, défendant le retour de l’ordre dans le pays, finisse par porter ses fruits. La plus importante organisation syndicale de police du pays, l’Association nationale des organisations de police (NAPO), qui représente plus de 1000 associations de police à travers tout le pays, a apporté son soutien à Donald Trump pour sa réélection à la Maison blanche. C’est un tournant historique ; le syndicat avait soutenu Barak Obama aux élections présidentielles de 2008 et de 2012 et par conséquent… Joe Biden.

Dans une lettre adressée à Donald Trump, le président du syndicat Michael McHale a expliqué combien le soutien présidentiel avait été essentiel pour les troupes, à la suite des attaques de rue des manifants antiracistes, des menaces de coupes budgétaires et de démantèlement, comme cela s’est d’ailleurs produit à Minneapolis (où le conseil municipal a voté la suppression de la police locale).

Trump ravi

En réponse, Trump s’est fendu d’un tweet spontané et enthousiaste, promettant de « toujours soutenir les hommes et les femmes en blue » et rappelant qu’il est le président de « la loi et de l’ordre ».

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Ce ralliement à Trump démontre la méfiance de la police face à Joe Biden, qui semble avoir tourné le dos au principe de sécurité et de maintien de l’ordre pour embrasser ceux qui sont au cœur de l’aile gauche du parti démocrate, et dont l’agenda principal est la défense des minorités et de la « justice raciale ». Il est reproché au candidat démocrate d’adopter une rhétorique anti-flic pour complaire à une coalition de la jeune génération, de minorités raciales et sexuelles, et de ces classes urbaines pourtant éduquées mais animées par une envie de faire table rase de l’histoire des États-Unis, compte tenu de son passé esclavagiste. « Biden semble avoir abandonné la police parce qu’il n’est pas populaire de soutenir la police en ce moment » a abondé de son côté mi-juillet Paul DiGiacomo, président du deuxième plus grand syndicat de la NYPD au Washington Times. Cela commence à faire beaucoup !

Les syndicats de police en ont gros sur le cœur. Si Joe Biden s’est opposé au démantèlement des services de police (!), il a soutenu le mouvement « defund the police » qui exige des coupes budgétaires. Par ailleurs, il s’est bien gardé de condamner les violences perpétrées contre les forces de l’ordre, préférant soigner son ralliement aux manifestants…

D’ici le 3 novembre, tout est encore possible et Trump n’a pas dit son dernier mot. « Il n’y a pas de vent contraire pour celui qui sait où il va » disait Theodore Roosevelt. Le soutien de la NAPO à la réélection du président Trump est un revers plus important qu’il n’y parait pour Joe Biden, car il envoie un signal fort aux autres organisations syndicales. Trump a tout intérêt à aller chercher leur soutien, pour appuyer son programme de relocalisation industrielle, et pour s’adresser de nouveau aux ouvriers syndiqués des bassins industriels du Nord-Est et du Midwest situés en Pennsylvanie, dans le Wisconsin, l’Ohio et le Michigan, états traditionnellement démocrates. Ils avaient massivement voté pour lui en 2016.

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Esclavage: tous coupables

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Statue de Colbert dégradée à Paris, juin 2020 © Thibault Camus/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22467076_000005

Concernant l’esclavage et la colonisation, la connaissance, même assez faible, de l’Histoire de l’Afrique remet rapidement les vraies choses à leur place. Dans cette affaire, et à supposer qu’il faille porter les fautes de ses ancêtres, tout le monde est coupable, et surtout, peut-être, ceux qui se targuent le plus d’en être les victimes.


La folie s’est emparée des débats sur l’esclavage et la colonisation, supposément pour accabler les « blancs » et prouver le statut de victimes éternelles des « noirs ». Même si la génétique a prouvé que les Français de souche étaient plus proche des Sénégalais que des Finlandais, et si toutes les nuances de couleurs de peau, vraiment toutes, sont dans la nature, peu importe : les esprits les plus éclairés, les entreprises les plus prospères et les politiciens les plus avisés ont cru bon d’avaler complaisamment le néo-discours simpliste et imbécile du « gentil noir/méchant blanc », asséné par des petits groupes d’insurgés « racialistes » professionnels, sans scrupules et sans culture, des rois du bruit tous azimuts, et par des « stars » du sport et du cinéma en mal de promo, eux-mêmes relayés par une presse soviétoïde, et manipulés par des oligarques mondialistes qui, eux, savent très bien où ils veulent aller (cf cet article de Driss Ghali). Mais allons malgré tout dans leur sens. Ne parlons pas de couleur de peau, mais de civilisation, et parlons du « péché fondateur », l’esclavage. Qu’en est-il ?

L’esclavagisme n’a pas attendu les Blancs

Il est utile, pour aller au fond des choses, de se référer au meilleur spécialiste français de la question, l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau, et à son livre magistral, Les traites négrières (Gallimard, 2005). Que dit-il ? Simplement, et c’est confirmé par bien d’autres, que la traite des esclaves est bien antérieure à l’arrivée des premiers acheteurs arabes ou européens, qui ont trouvé sur place un « marché » déjà existant, structuré, pérenne et important. Ceci s’explique, dit Grenouilleau, par le fait que, l’agriculture africaine étant, autrefois, collective et peu productive (c’est encore souvent le cas dans les villages reculés), les cités-États et les empires n’ont pas pu, pendant longtemps, se construire, comme en Occident, en Asie ou même en Amérique (aztèques, incas) sur la base d’une taxation des paysans par leurs propres aristocraties, en contrepartie d’une protection (« en paix à l’intérieur, respectés à l’extérieur », cf Raymond Aron). Les grandes dynasties lignagères, ancêtres de ces pouvoirs royaux, se sont donc organisées, indépendamment entièrement de leurs peuples, pour asseoir leurs pouvoirs et leurs statuts, sur le commerce et la guerre lointaine, contre les autres peuples. Évidemment, dans une telle configuration, le commerce des esclaves a fait largement partie de la prédation guerrière, et du commerce de denrées, au même titre que l’or ou l’ivoire. Par exemple, si le roi Mansa Musa, qui régna sur le Mali au 14ème siècle, est considéré par certains comme l’homme le plus riche du monde toutes époques confondues, il est certain qu’il n’a pas tiré son immense fortune de la vente des noix de Kola…

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De fait, il est avéré et reconnu que tout au long de la période des traites négrières, 98% des esclaves livrés l’ont été par vente, et non pas par la prédation directe des étrangers. Ainsi, si les chiffres communément admis sont, pour toute la période, d’environ 17 millions d’esclaves livrés par la traite arabe, 10 à 11 millions emmenés par la traite atlantique, et environ 14 millions utilisés dans la traite intra-africaine, en réalité, la quasi-totalité de ces 42 millions d’esclaves ont été d’abord pris, puis vendus, si l’on considère qu’il existe un « peuple noir » (ce qui resterait largement à démontrer, mais admettons-le), par leurs propres « frères ». Dans la prédation esclavagiste, on oublie simplement le premier maillon de la chaîne. Quand on le remet à sa place, évidemment, par rapport au discours « méchant blanc/gentil noir », ça fait désordre… De nombreux Afro-américains le savent, qui sont rancuniers vis-à-vis des Africains « de souche » qu’ils accusent de ne pas vouloir reconnaître que ce sont leurs ancêtres qui les ont vendus. On remarquera d’ailleurs qu’on entend peu les Africains eux-mêmes dans le débat qui fait rage chez nous, qui enflamme les néo-trotskistes racialistes, et terrorise les ignorants, et on comprend bien pourquoi !

Un autre débat est possible

Évidemment, si débat il devait y avoir un jour en Afrique, et si des revendications devaient être exprimées de la part des peuples, ce serait dans deux directions :

  • contre leurs propres élites, responsables de leurs martyres. Et certains trafics d’aujourd’hui, en particulier celui des migrants, pourraient valablement être questionnés dans une telle perspective, comme pouvant ressembler fortement à ceux d’hier (qu’en est-il, en réalité, du prétendu libre arbitre de ces « nouveaux esclaves » ? Par qui et comment sont-ils « vendus », exploités ? Qui reçoit de l’argent de cet immense trafic et combien ?)
  • de la part, spécifiquement, des ethnies africaines exploitées et vendues tout au long de l’Histoire, contre les autres ethnies esclavagistes, celles qui ont profité de la proximité des acheteurs, pour le compte de qui elles ont joué les intermédiaires et les fournisseurs guerriers, et grâce à qui elles ont bâti de grandes puissances.

Deux peuples, parmi bien d’autres, sont intéressants à analyser dans ce sens, les Yorubas et les Peuls.

Concernant les Yorubas, un peuple très important, qui vit sur le territoire de l’actuel Bénin et au Nigeria, sur les pratiques esclavagistes de ses anciennes élites, sur leur épouvantable barbarie, et plus généralement sur le système de fonctionnement général des régimes esclavagistes africains, les choses ont été bien décrites par l’article « La traite des rois africains », de l’historien Philippe Delorme, récemment paru.

Les Peuls constituent un autre modèle esclavagiste différent. Originaires du Fouta Toro (au nord du Sénégal, sur les rives du fleuve), ils sont particulièrement présents en Guinée (Fouta Djalon), au Sénégal, au Mali, au Nigéria, au Cameroun, et plus généralement dans toute l’Afrique de l’ouest, où ils sont très actifs et influents. Ils représentent aujourd’hui 40 millions de personnes, ce qui est considérable. On peut penser que leur proximité avec les peuples arabo-berbères du nord, et leur conversion rapide à l’islam, les a préservés eux-mêmes de l’esclavage. Mais en a fait, leur position stratégique (à la fois sur la route sud-nord de l’esclavage arabe vers Marrakech, et est-ouest, vers les Antilles) a fait d’eux des fournisseurs et des intermédiaires idéaux des acheteurs négriers de tous bords, ce qui a fait leur prospérité et leur fortune. Au même titre que les Yorubas du Bénin ou les Ashantis du Ghana, ils ont une responsabilité particulièrement forte dans la vente de leurs « frères » africains.

Peu populaire peuple peul

Un épisode peut le prouver. C’est celui du grand conquérant El Hadj Oumar Tall, un toucouleur (un peuple de langue peule originaire du Fouta Toro). Lorsqu’il a voulu, vers 1850, sous prétexte de djihad, se tailler un empire en soumettant les peuples bambara animistes du Mali (bambara signifie « payen », tout un programme…), il achète aux arabes 10 000 chevaux pour ses guerriers. A l’époque, le prix d’un cheval était de 20 à 30 esclaves, ce qui veut dire que pour se fournir en montures, sans compter les selles, les fusils, les balles et la poudre, Oumar Tall a dû s’engager à livrer entre 200 000 et 300 000 esclaves, ce qui donne une idée à la fois de son ambition militaire et de son « potentiel » esclavagiste… C’est la conquête française qui mettra fin à ces pratiques barbares, chez les Peuls et ailleurs. Sur ce point spécifique, en dépit des critiques des ignorants ou des malhonnêtes, on ne peut nier le caractère extrêmement bénéfique de la colonisation, et se dire que probablement, celle-ci a sauvé l’Afrique. Où en serait-elle aujourd’hui, en effet, si cette interdiction n’avait pas eu lieu ? Il y a tout lieu de penser que sans cela, tant les guerres tribales incessantes et meurtrières que les prédations esclavagistes intra-africaines, avec leur cortège d’horreurs, auraient perduré, détruisant définitivement l’ensemble du continent. Nombre de ces grandes familles lignagères esclavagistes l’ont bien compris. D’ailleurs, elles se sont alliées très rapidement aux colonisateurs pour exploiter ensemble les nouvelles opportunités qui leur étaient offertes. Ce sont leurs descendants, souvent, qui sont encore au pouvoir aujourd’hui dans ces pays.

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Pour le reste, il est à remarquer que les autres peuples africains (et on peut le comprendre !), n’aiment pas beaucoup les Peuls. D’abord, ils se disent blancs, descendants d’un peuple originaire du Sinaï. Si on se dit blanc, donc pas comme les autres, en vivant en Afrique et en ayant la peau noire, ça semble déjà un signe assez raciste… Ensuite, c’est une société de castes, la plus élaborée de toute l’Afrique. 13 ou 14 castes, dont la plus inférieure est celle, précisément, des esclaves. Encore un autre signe raciste, à n’en pas douter.

Loin de moi l’idée de jeter la pierre aux Peuls, aux Yorubas ou aux Ashantis d’aujourd’hui, qui ne sont en rien responsables des turpitudes de leurs ancêtres. Après 40 ans de voyages en Afrique, j’ai appris à juger les personnes sur ce qu’elles font aujourd’hui, et pas sur ce qu’ont pu faire leurs peuples dans l’Histoire. Nous avons, les uns comme les autres, bien mieux à faire à construire le présent et l’avenir qu’à nous écharper sur le passé, une impasse où tout le monde est perdant.

L’histoire est plus complexe que ne le disent certains militants

Malgré tout, s’il devait y avoir un jour une cérémonie expiatoire, par exemple à Ouidah, dans l’actuel Bénin, ce ne serait pas aux « blancs » de demander pardon pour l’esclavage, mais à tous, blancs, noirs et arabes confondus, et même aux descendants d’esclaves, puisqu’ils ne sont pas non plus exempts de « péché » : on sait par exemple que juste avant son indépendance, en 1804, le quart des esclaves de Saint-Domingue (ce qui était considérable, dans ce très grand centre négrier de l’époque), appartenaient à d’anciens esclaves affranchis. Dès qu’ils ont été libérés de leur servitude, qu’ont-ils fait ? Devenir à leur tour des bourreaux. Personne n’est blanc, pourrait-on dire, dans cette affaire. La nature humaine est complexe, et irréductible aux schémas simplistes bons/méchants. Pour toutes ces raisons, chacun devant accepter sa part de la faute, il est fort douteux qu’une telle cérémonie puisse un jour avoir lieu.

Par contre, ce qui m’énerve au plus haut point, c’est lorsque l’un des descendants de ces peuples négriers africains, qui ont tant à se faire reprocher, vient me donner des leçons, par rapport à « mon » passé d’esclavagiste ou de colonialiste, en oubliant complaisamment le sien. Je trouve la démarche indécente, malhonnête, et d’une grande hypocrisie.

Ah, j’oubliais : les noms les plus communs chez les Peuls sont Bah, ou Barry, ou encore Diallo ou Si. Tous ceux ou celles portant ces noms sont des Peuls, sans aucun doute possible. Toute ressemblance avec des personnes du monde de la politique ou du spectacle portant ces noms, et que l’on pourrait considérer comme de tels donneurs de leçons, ne pourrait qu’être le fruit d’une coïncidence tout à fait fortuite.

Parlez-vous woke?

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Nancy Pelosi, la cheffe des démocrates au Congrès américain, ploie le genou en hommage à George FLoyd, Washington, 8 juin 2020. © Manuel Balce Ceneta/AP/SIPA

Derrière le slogan #BlackLivesMatter, une organisation politique révolutionnaire née aux Etats-Unis promeut une idéologie manipulatrice et vindicative, le « woke », sorte de politiquement correct sous stéroïdes. Il y a urgence à résister.


Dans la comédie satirique d’Aristophane, Les Cavaliers, le Peuple invite un nouveau leader politique surnommé le Charcutier à être son guide, par des paroles aussi naïves que terrifiantes : « Ré-éduque-moi ! » L’organisation qui se cache à peine derrière le slogan #BlackLivesMatter nourrit les mêmes ambitions que le Charcutier : prendre le pouvoir en nous rééduquant, en nous imposant une idéologie manipulatrice qui déforme la réalité. À la différence du Peuple dans la pièce, nous devons tous résister à cet extrémisme politique qui cherche à racialiser et à diviser notre société pour mieux régner. Son idéologie, longtemps en gestation, tient aujourd’hui en quatre petites lettres : « woke ».

Que ce soit sur les médias sociaux ou traditionnels, tout dissident à la doxa woke est dénoncé, persécuté et chassé de la scène publique

Le terme woke vient des activistes afro-américains. C’est littéralement une injonction à rester « vigilant » face à tout ce qui dans la société actuelle peut constituer une forme d’oppression des Noirs par les Blancs. Cet usage, consacré surtout à partir de 2012, s’est étendu à l’oppression des pauvres par les riches, des femmes par les hommes, des homosexuels par les hétérosexuels, et des transgenres par la nature « hétéronormative » de la société traditionnelle. L’idéologie woke peut être qualifiée de « totalisante » dans la mesure où il s’agit d’amalgamer les griefs supposés de différents groupes afin d’encercler et de mettre en accusation le groupe social majoritaire qui, selon les activistes woke, domine les autres en abusant de son pouvoir. Ce groupe, composé de tous les Blancs, serait dominé à son tour par les êtres les plus abusifs de tous : les hommes blancs hétérosexuels. Détrôner ces tyrans est le but suprême. De même qu’on accumule les tares en étant blanc, masculin et hétéro, on peut accumuler les vertus en étant noir, femme et homo ou trans. Cette apothéose agrégative de la victimisation s’appelle l’intersectionnalité. La volonté de fédérer les doléances sans distinction s’exprime à travers des acronymes comme LGBTQIA+ ou le terme britannique « BAME » qui signifie « les Noirs et les autres minorités ethniques », c’est-à-dire tout le monde, sauf les Blancs. Le citoyen lambda est sommé de reconnaître en bloc le bien-fondé de tous ces griefs sous peine d’être voué aux gémonies comme le laquais des oppresseurs. Que ce soit sur les médias sociaux ou traditionnels, tout dissident à la doxa woke est dénoncé, persécuté et chassé de la scène publique.

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Les doctrines sociales, culturelles et scientifiques qui composent cette culture de la revendication sont diffusées selon la stratégie définie dans les années 1920 et 1930 par le marxiste italien Gramsci. Cette stratégie se base sur la notion d’hégémonie culturelle : pour préparer la conquête du pouvoir, il faut d’abord mener celle des esprits en investissant l’éducation, la culture, les médias et le débat intellectuel. La machine de propagande créée autour de BLM est le dernier avatar de cette opération gramscienne.

Lancé par trois femmes noires – dont deux se qualifient de « queer » – en 2013, en réponse à l’acquittement de l’homme qui a tué l’adolescent noir Trayvon Martin, ce mouvement né comme un simple hashtag est devenu un réseau international décentralisé et une fondation habilitée à recevoir des dons. Dans une vidéo datant de 2015 et facile à trouver sur internet, une des fondatrices, Patrisse Cullors, se vante d’avoir reçu une formation d’organisatrice marxiste, de même que sa collègue, Alicia Garza. Il suffit de consulter le site de la branche américaine de BLM ou les pages Facebook et GoFundMe (un site de financement participatif) de la branche britannique pour comprendre que BLM n’est pas simplement un mouvement de lutte contre le racisme. On y découvre, exprimés dans une prose alambiquée, des objectifs qui relèvent à la fois du marxisme et de l’idéologie woke. Il s’agit d’« éradiquer la suprématie blanche », car les vies des Noirs sont « systématiquement ciblées et destinées à la mort » par une « oppression mortifère » et « une violence généralisée et délibérée » qui leur est « infligée par l’État ». Ainsi se forge la légende selon laquelle la société moderne commet une forme d’ethnocide. Il faut de surcroît « démanteler » le capitalisme, la patriarchie et le privilège hétéronormatif, et « subvertir les normes occidentales de la famille nucléaire ».

BLM veut fédérer les Noirs queers[tooltips content= »Appartenant à une minorité : tout sauf hétérosexuel… »]1[/tooltips] et trans, particulièrement les trans-femmes-noires, les handicapés, les sans-papiers, les queers des classes ouvrières, les prostituées et les musulmans. On notera que, parmi les pauvres, seuls les queers comptent. De toutes les religions, seul l’islam trouve grâce à leurs yeux – pas l’hindouisme ou le sikhisme –, malgré l’attachement bien connu des musulmans à l’hétéronormativité. Pour que cette armée de recrues révolutionnaires ait la voie libre, BLM développe « des stratégies pour l’abolition de la police ». Aux États-Unis et au Royaume-Uni, ces organisations ont reçu des sommes d’argent faramineuses de la part du public. Elles n’ont pas spécifié l’usage qu’elles allaient en faire.

L’action woke de BLM consiste donc à instrumentaliser la cause des citoyens noirs à des fins politiques extrémistes. Le discours se caractérise par une hyperbole qui, plus qu’une forme de rhétorique, incarne une relation – faussée – au réel. Les Noirs et les Blancs s’affrontent dans une lutte apparemment apocalyptique. La suprématie blanche n’est plus celle des néonazis ou du Ku Klux Klan, mais un ensemble de préjugés quotidiens. Il y a une continuité sans interruption entre l’esclavage d’autrefois et les actions de la police d’aujourd’hui. Finalement, le génocide, jusqu’ici réservé à la destruction des juifs ou des Tutsis, se banalise : un Christophe Colomb ou un Churchill en serait coupable. Tout ce château de cartes sémantique a été construit pour justifier les uns – les révolutionnaires noirs et queers – et culpabiliser les autres – les Blancs. Bon gré mal gré, beaucoup sont tombés dans le panneau.

La statue de Winston Churchill, sur Parliament Square à Londres, vandalisée par des militants antiracistes, 3 juin 2020. © Manuel Balce Ceneta/AP/SIPA
La statue de Winston Churchill, sur Parliament Square à Londres, vandalisée par des militants antiracistes, 3 juin 2020.
© Manuel Balce Ceneta/AP/SIPA

Le blanc-seing

Au cours des derniers mois, nous avons pris l’habitude des auto-attestations : pour faire les courses, prendre de l’exercice ou voir le médecin. La dernière en date est un certificat de bonne conduite que certains Blancs s’attribuent pour éviter qu’on puisse les accuser de racisme. Cela s’appelle le signalement vertueux (« virtuesignaling »). On les a vus gagner leur certificat en s’agenouillant, voire en se couchant par terre pour s’humilier ; en publiant des mea culpa sur Twitter ou en aidant à détruire des statues pour se racheter ; ou encore en s’infligeant des sanctions pécuniaires pour abréger le temps de leur pénitence. Des Blancs américains ont envoyé de l’argent par l’appli Cash App à des concitoyens noirs qu’ils ne connaissaient pas et qui ne leur avaient rien demandé. Comme beaucoup d’entreprises, Uber Eats a montré patte blanche par un geste commercial : les frais de livraison sont offerts aux clients qui commandent leur repas à des restos dont les propriétaires sont noirs. Après avoir confessé, expié et payé ses fautes, la dernière étape de la réhabilitation consiste à dénoncer d’autres Blancs qui continuent à profiter allègrement de leur privilège blanc. Ce concept fondamental – théorisé par une féministe blanche – désigne une série de biens économiques et d’avantages sociaux dont jouirait chaque Blanc du seul fait d’être blanc et qu’il n’aurait pas acquis par le travail ou le mérite. Le statut de privilégié blanc est maintenu par une forme particulière de racisme qualifié de systémique. Dans l’impossibilité d’accuser chaque Blanc d’être raciste et en l’absence de politiques gouvernementales explicitement racistes, les théoriciens woke ont recours à un phénomène qui, comme le Dieu des théologiens, est omniprésent, invisible et responsable de tout ce qui arrive. La vie quotidienne d’un Noir serait faite d’exclusions, de menaces tacites, de brimades et de micro-agressions constantes qui le maintiennent dans une position subalterne. Pour se libérer de son privilège blanc, le Blanc doit devenir un allié des minorités marginalisées. Le concept d’allié – théorisé par une autre féministe blanche – oblige les Blancs à dénoncer les situations où les minorités sont sous-représentées, à céder le leadership aux membres de ces minorités et – au besoin – à leur céder leurs propres biens. Selon BLM(UK) : « La redistribution des richesses est un facteur clé pour ceux qui veulent être nos alliés. » Cela s’appelle la justice sociale.

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Le résultat de ces doctrines est une asymétrie d’une injustice flagrante, mais assumée. Seuls ceux qui détiennent un pouvoir économique – les Blancs – peuvent être racistes ; les Noirs par définition ne peuvent pas l’être. De par leur « blanchité », les Blancs sont tous entachés d’un équivalent du péché originel : un Noir pauvre reste pauvre parce que le privilège blanc entrave son ascension sociale ; un Blanc pauvre reste pauvre parce qu’il est un bon à rien. Selon le tweet récent d’une spécialiste indienne des études postcoloniales de l’université de Cambridge, « les vies des Blancs ne comptent pas ». Loin d’être sanctionnée, elle a été promue à une chaire. L’injonction cinglante lancée à la tête de toute personne qui n’accepte pas d’emblée le récit simpliste et grotesque de l’idéologie woke est : « Éduque-toi ! » Mais ce qui nous est proposé aujourd’hui est une dé-éducation, destinée à travestir le réel plutôt qu’à le faire découvrir. Encore une fois, nous devons tous résister à cette appropriation gramscienne de la culture et du savoir. En nous inspirant d’un personnage historique qui sera sans doute bientôt rayé des manuels, disons que nous avons perdu quelques batailles, mais que nous n’avons pas encore perdu la guerre.

Les fils d’Hitler

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Journal Reflex

L’illustration d’un journal tchèque pour « Black lives matters » (BLM) étonne les progressistes de salon…


Contrairement à la Pologne et à la Hongrie, la République tchèque a rarement droit aux premières pages des journaux. Il faut dire que la révolution de velours y a installé une démocratie libérale peu comparable aux régimes Kaczynski et Orban.

Quand un hebdomadaire tchèque à grand tirage met en une une photo d’Hitler en coupe afro, on peut se demander quelle mouche l’a piqué. Le journal Reflex, classé au centre droit, démonte ainsi l’idéologie différentialiste du slogan « Black Lives Matter » en accompagnant le portrait du Führer de la légende : « Allons-nous nous agenouiller devant tous les criminels qui auraient voulu nous “améliorer” ? »

reflex

Dans un pays où l’occupation nazie, la cruauté d’Heydrich et le massacre de Lidice ont laissé des traces, le parallèle est osé. Suspendu vingt-quatre heures de Facebook après avoir publié ce montage, le rédacteur en chef Marek Stonis a dû s’expliquer. « La gauche pleure le tendre géant George Floyd, un homme qui, en plus de son passé criminel haut en couleur, a écopé de cinq ans de prison après avoir agressé une femme enceinte avec un pistolet à la main. J’ai tendance à faire preuve de solidarité avec les victimes de ses crimes. »

Certes, mais que vient faire Hitler dans tout ça ? C’est qu’une certaine gauche anti-universaliste reprend la traditionnelle hiérarchie des races en l’inversant. Ultra minoritaire chez cet ancien vassal de l’Union soviétique, ce courant est notamment représenté par un historien de la faculté des arts de Prague qui appelle son pays à la repentance. Jusqu’ici, on ignorait que la Bohème fût une puissance esclavagiste. Au prétexte que le verre tchèque aurait autrefois été acheté par des esclavagistes européens, puis exporté dans les colonies, l’universitaire exhorte Prague à expier ses fautes. Son offensive suscite l’ironie du rédacteur de Reflex : « Impliquer les Tchèques dans la traite est un non-sens, autant nous faire payer l’extinction des mammouths » ! Qu’on partage ou non sa tendance au point Godwin, on appréciera l’humour tchèque.

Jean-Jacques Rousseau est un con

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Jean-Jacques Rousseau et Madame de Warens. Gravure du XIXe siècle.

J’aimais passionnément déjà la littérature. J’avais quatorze ans et j’étais en Troisième. Au bout du rayon « XVIIIe siècle » de la bibliothèque paternelle, que j’avais déjà exploré, je tombai sur un gros bouquin rassemblant en un volume l’ensemble des Confessions de Rousseau.

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Je ne connaissais pas grand-chose du grand homme, sinon sa dissertation sur l’Origine et les fondements de l’inégalité, cet ouvrage « contre le genre humain », comme le lui a écrit Voltaire pour le remercier de lui avoir envoyé le livre, qui m’avait donné envie, comme au philosophe de Ferney (je venais d’apprendre ce qu’était une périphrase et j’en abusais) de « marcher à quatre pattes ». J’abordai donc les Confessions sans préjugé, ou presque. La première page me sidéra un peu : que de « Moi-je » en quelques lignes ! En garçon bien élevé, j’évitais à l’époque d’offenser la modestie que l’on me recommandait — un soin qui m’a passé, avec l’âge. Puis, ayant reçu mon lot de trempes énergiques tout au long de mon enfance, et n’en ayant gardé que le goût d’en donner aux autres, je fus surpris de l’intérêt très vif du grand homme (j’appris pour l’occasion ce qu’est une antiphrase) pour les fessées. Je lus en parallèle les lettres de Voltaire sur la Nouvelle Héloïse, où il met en scène Rousseau tendant les fesses pour recevoir à plein la correction que lui infligent les violons de l’orchestre français. Je compris l’intention sarcastique de l’auteur de Candide, et m’en amusai.

Passons sur les six premiers Livres des Confessions — je lisais vite, à l’époque. Dans le septième livre arrive l’aventure mémorable avec Zulietta.

Comme le lecteur n’a peut-être plus en tête le texte de Jean-Jacques, en voici un résumé fort exact, nourri des phrases du « philosophe de Genève » — on m’avait récemment donné cette expression pour modèle d’oxymore.

En 1743, le jeune Rousseau (il n’a que 31 ans, et n’a pas encore donné au monde des Lettres les sublimes ouvrages pour lesquels il est désormais connu) est engagé comme secrétaire de l’ambassadeur de France à Venise. Il y restera un an, l’abondance de ses «Moi-Je» le rend vite insupportable au comte de Montaigu : les Grands ne tolèrent le Moi que lorsqu’il s’agit du leur. Mais durant cette année, il s’étourdit de Venise — et comment faire autrement ?

Dans une soirée, il voit débarquer (au sens propre, elle est arrivée forcément en gondole) «une jeune personne éblouissante, fort coquettement mise et fort leste», «aussi charmante que vive, une brunette de vingt ans au plus». Elle feint de le prendre pour un autre, et «se jette entre [ses] bras, colle sa bouche contre la [sienne], et [le] serre à [l]’étouffer».
Notre philosophe, qui était assez joli garçon et avait la vivacité sensuelle qu’il prêtera plus tard à Saint-Preux, l’ineffable héros de la Nouvelle Héloïse, avoue : «La volupté me gagna très rapidement».

La belle jeune fille prend possession de lui, et lui donne rendez-vous pour le lendemain.

«Je ne la fis pas attendre. Je la trouvai in vestito di confidenza : dans un déshabillé plus que galant, qu’on ne connaît que dans les pays méridionaux, et que je ne m’amuserai pas à décrire, quoique je me le rappelle trop bien.» Mais notre grand niais de Suisse avoue parallèlement : «Je n’avais point d’idée des voluptés qui m’attendaient.» Cela va de soi, vous vous retrouvez chez la plus jolie des courtisanes vénitiennes, fort dévêtue, c’est sans doute pour y parler philosophie. N’empêche qu’il compare avec ce qu’il connaît : «J’ai parlé de madame de Larnage [cette mère de dix enfants avait eu son pucelage, en 1737, durant un fameux voyage à Montpellier] dans les transports que son souvenir me rend quelquefois encore ; mais qu’elle était vieille, et laide, et froide auprès de ma Zulietta ! Ne tâchez pas d’imaginer les charmes et les grâces de cette fille enchanteresse, vous resteriez trop loin de la vérité ; les jeunes vierges des cloîtres sont moins fraîches, les beautés du sérail sont moins vives, les houris du paradis sont moins piquantes.»

Arrive alors l’indicible, qui vaut donc la peine d’être dit.

«J’entrai dans la chambre d’une courtisane comme dans le sanctuaire de l’amour et de la beauté ; j’en crus voir la divinité dans sa personne.» Fort bien, et le lecteur que j’étais attend alors avec impatience l’une de ces scènes lestes dont la lecture de Sade et de Crébillon m’avaient donné le goût. Que nenni : «Je me disais : Cet objet dont je dispose est le chef-d’œuvre de la nature et de l’amour ; l’esprit, le corps, tout en est parfait ; elle est aussi bonne et généreuse qu’elle est aimable et belle ; les grands, les princes devraient être ses esclaves ; les sceptres devraient être à ses pieds. Cependant la voilà, misérable coureuse, livrée au public ; un capitaine de vaisseau marchand dispose d’elle ; elle vient se jeter à ma tête, à moi qu’elle sait qui n’ai rien, à moi dont le mérite, qu’elle ne peut connaître, est nul à ses yeux. Il y a là quelque chose d’inconcevable.»

Et notre honnête Genevois (d’un Calviniste, qu’attendre d’autre ?) de chercher sur la belle le défaut qui lui ferait comprendre que tant de…

>>> Lire la fin de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli, Bonnet d’âne <<<