Quand Macron nous colle la honte et renvoie notre chroniqueur Cyril Bennasar des années en arrière…


Une nuit, alors que je traversais la dalle du quartier de la Défense avec une « Juliette » qui se reconnaîtra, plutôt court vêtue, en sortant d’une méga fête techno de ouf comme on disait alors et comme on dit encore sur Radio Nova, j’ai été insulté de façon obscène, enfin plutôt la fille, mais en l’occurrence nous ne faisions qu’un, par une dizaine de petits Arabo-Français qui trônaient sur des marches avec l’audace et l’assurance d’une bande de hyènes. Au lieu de faire celui qui n’entendait pas, je les ai regardés fixement en continuant de marcher pour montrer que je n’étais pas effrayé, ou plutôt pour tenter de le faire croire, parce qu’en réalité je l’étais et parce que ces petites racailles menaçantes sont comme ces chiens qui mordent quand ils sentent que l’on a peur.

Il faisait nuit, nous étions seuls, et quand bien même nous aurions été dans une foule et en plein jour, j’aurais été à peine plus rassuré par la présence de Français blancs dans leur majorité désarmés moralement par des décennies d’excusisme et d’antiracisme et qui face à l’explosion d’une délinquance minoritaire et visible, semblent s’accommoder de défaites comme de déshonneurs.

Chuck Norris appelé à la rescousse aux Quatre Temps

Mon choix tactique du « même pas peur » n’a pas eu l’effet escompté puisque les stigmatisés se sont levés et se sont rapprochés de nous dangereusement. J’ai craint alors qu’une posture trop agressivement défensive ne leur donne le prétexte qui leur manquait pour une agression physique. J’ai craint que l’échange ne tourne à la bagarre et peut-être à un viol à cause de l’allure de la demoiselle et de la misère sexuelle dans laquelle végètent ces petits branleurs.

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Moi qui exècre le pacifisme (qui n’est pas la recherche de la paix mais la recherche de la paix à tout prix), j’ai choisi de jouer l’apaisement, de faire profil bas, de me dégonfler, et pour tenter d’éviter le pire je leur ai dit : « C’est pas cool ce que vous faites les gars ». Comme disait François Truffaut, « La vie, ce n’est pas comme dans les films ». J’ajouterais que ce n’est pas comme dans les films de karaté quand Jason Statham ou Jean-Claude Van Damme rendent la justice à un contre dix à coups de pieds et à coups de poings. Et encore, je me souviens d’un film ou Chuck Norris se fait éclater la gueule dans un bar par une bonne vingtaine de types malgré son coup de coude légendaire et jubilatoire.

Macron, Bennasar: même combat

J’avais oublié cet épisode honteux qui s’est quand même bien terminé pour la fille mais pas pour mon amour-propre, jusqu’à ce qu’un autre épisode tout aussi honteux vienne me le rappeler. C’est à peu près dans les mêmes termes que le président s’est sorti d’affaire et d’un échange houleux avec des gilets jaunes tandis qu’il se promenait il y a quelques jours avec son épouse aux Tuileries. Ce n’est pas par choix que ce président est mon président mais il l’est, et à ce titre, j’aurais préféré qu’il appelle la Garde républicaine à cheval pour faire sabrer les gueux les plus vindicatifs et faire disperser les autres à coups de bâton comme il devrait le faire avec les « Traoré » ou comme son prédécesseur mollasson aurait dû agir avec la famille de « Léonarda ». Je n’ai voté pour lui ni au premier ni au deuxième tour en 2017, mais en bon démocrate je reste un bon perdant.

Il y a deux sortes de gilets jaunes : ceux qui ont voté Marine le Pen à la dernière élection présidentielle et qui ont perdu, et ceux qui n’ont pas voté Marine le Pen et qui ont perdu aussi. Voilà donc deux ans qu’une foule de mauvais perdants braille, bloque, défile, brûle, casse et pour finir enquiquine notre chef d’Etat quand il prend le frais avec sa Dame.

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« Soyez cools », leur a-t-il dit, comme moi il y a trente ans à la Défense. Mais il y a une différence entre Emmanuel et moi : il est le chef de la Nation, des armées, et le détenteur de la violence légitime. Quand je me dégonfle, je n’engage que moi, je ne salis que mon honneur. Quand c’est lui, il nous engage tous et la honte descend en cascade du premier des premiers de cordée jusqu’au dernier des derniers.

Alternance

Manifestement, les « mutilations » n’ont pas servi de leçon aux gilets jaunes persistants ou « radicalisés ». Un président aurait dû en tirer la leçon, et, au lieu de réveiller ma honte, faire rougir le trottoir modérément mais fermement pour apprendre au peuple renégat à respecter le choix du peuple votant. Certains me diront qu’on ne peut pas parler de peuple votant quand le premier parti de France est celui des abstentionnistes. Je répondrai qu’un ramassis de Jean-Foutre, de paresseux et d’indécis ne fait pas un parti, et si l’on me demandait ce que l’on doit faire de tous ces gens qui s’abstiennent de donner leur voix dans la discrétion des isoloirs puis viennent donner de la voix dans les rues, je répondrais : « qu’ils crèvent ! ».

Mais comme personne ne me demande rien, en bon républicain je vote et j’attends un président que le recours à la répression n’intimiderait pas, quelqu’un qui aurait ce qu’il faut là où il faut. Dans l’offre politique actuelle, je ne vois qu’une présidente.

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