Depuis la crise sanitaire, le président Macron s’est adressé à de nombreuses reprises aux Français. Mais il reste muet sur l’essentiel.


Sécurité, laïcité, communautarisme, immigration, islamisme politique, menaces internationales : sur tous ces sujets, le Président brille par son silence assourdissant. Comment expliquer un tel mutisme de la part du chef de l’État qui est le garant de l’indépendance, de la sécurité et de l’unité de la Nation ? Les explications relèvent de plusieurs ordres.

A lire aussi, du même auteur: Face au séparatisme, l’appel aux «valeurs» ne sera pas suffisant

Des lacunes dans le logiciel de pensée du Président

La première cause de ce silence réside dans le logiciel de pensée du chef de l’État. Pour sonder les pensées profondes d’un homme politique, il est nécessaire de savoir d’où il vient, de cerner la généalogie de son idéologie. Le terreau politique originel de Macron est la galaxie Strauss-Kahn. Le successeur de Hollande à l’Élysée provient de la gauche libérale réformiste. Or, celle-ci n’a jamais éprouvé d’appétence pour les thèmes de la sécurité, de l’immigration ou la Realpolitik des nations. Portée par une vision irénique et progressiste des relations humaines, cette gauche, si elle accepte le libre-échangisme capitaliste, est prête toutefois à entériner toutes les innovations sociétales du magistère de la bien-pensance culturelle.

Propulsé à l’Élysée à la suite d’une campagne électorale éclair, c’est sous les ors du palais de la rue saint-Honoré que Macron a pris conscience des réalités désagréables du monde comme il va : sécession de certains « quartiers », ensauvagement, lassitude des forces de l’ordre prises sous le feu roulant de l’extrême gauche et des caïds, menaces de la Turquie d’Erdogan et de son projet d’islamiser l’Europe, volonté de la Chine de prendre la première place mondiale. Aussi intelligent qu’il soit, Emmanuel Macron ne possède pas la grille de lecture susceptible de décrypter ces événements et d’engager une riposte adéquate. C’est un économiste. Avant le surgissement de la pandémie du coronavirus, l’ouverture des frontières constituait pour lui l’alpha et l’oméga des relations internationales.

A lire aussi, Patrick Mandon: Gouda Ier, Laurin Jofrerien: le couple de l’été!

Ayant fait ses armes dans le milieu des affaires, il ne pouvait concevoir les rapports entre nations autrement que sous la forme d’un jeu gagnant-gagnant : « Tu me fabriques des produits à bas coûts, je te fournis en services et en high tech ». Dans la galaxie de la gauche réformiste, les nations sont des entités abstraites, interchangeables, nées d’hier et surgies de nulle-part. L’hôte de l’Élysée a dû apprendre la grammaire de la politique internationale et l’histoire des civilisations sur le tas. Mais n’est-ce pas trop tard ?

Un silence de confort

La seconde raison de la réticence de Macron à aborder les sujets régaliens tient au confort que procure la politique de l’autruche. Il n’est pas de réalités désagréables qu’un déni durable ne finisse par chasser de votre esprit ! Pourquoi se colleter  avec les problématiques qui risquent de vous brouiller avec les élites médiatico-politiques, alors qu’il est si confortable de se noyer dans les détails technocratiques des réalités « axiologiquement neutres » de l’économie ? C’est si commode  d’épiloguer sans fin sur les vertus de l’Europe des subventions, des dettes non remboursables et du réservoir monétaire inépuisable afin d’éviter les coups qui vous attendent si vous entrez dans l’arène des sujets régaliens ! Au besoin, on fera diversion : afin de faire l’impasse sur le sujet de l’indépendance nationale, on s’extasiera sur le chantier de reconstruction de Notre-Dame.  

Un silence tactique

Enfin, la troisième explication du silence présidentiel tient au positionnement délicat de Macron sur l’échiquier politique national. Est-il de gauche, est-il de droite, du centre-droit, du centre-gauche ? Nul ne le sait. À quel électorat doit-il s’adresser en prévision de la prochaine présidentielle ? Ici, la prudence de Macron ne résulte plus de son logiciel de pensée ou d’une tentative de diversion : elle est tactique. Car l’hôte actuel de l’Élysée ne sait plus quoi penser de la période politique que nous traversons depuis la crise sanitaire. Toutes ses certitudes ont volé en éclats. Des acteurs internationaux ne cachent plus leur volonté de puissance. Des empires se reconstituent sous nos yeux. Sur la scène nationale, des faits d’une violence extrême font la une des journaux.

A lire aussi, Erwan Seznec: Fermer les frontières? Plutôt mourir…

Devant cette reconfiguration, Macron hésite à donner un coup de barre appuyé… à droite. Il sait pourtant que son réservoir de voix est de ce côté du spectre politique. Mais à cette heure, il ignore comment prendre langue avec cet électorat qui se méfie de lui. 

Aussi, en guise de procrastination, pour retarder l’échéance et repousser le plus possible l’exécution de sa promesse de nous entretenir, par un discours qui fera date, du séparatisme qui fracture la France, le chef de l’État de la cinquième puissance du monde en a été réduit à convoquer une « convention citoyenne » sur l’écologie. Celle-ci est chargée de déterminer le volume maximum de viande de bœuf que chaque citoyen sera autorisé à ingurgiter à l’avenir pour préserver la planète. Parler et faire parler pour noyer le poisson : il en restera toujours quelque chose, fût-ce rien, les médias, comme la physique, ne connaissant pas la catégorie du vide.

Lire la suite