Le débat tendu sur la loi bioéthique n’est que le reflet d’une époque qui se détache de plus en plus du réel.


Le lundi 27 juillet, à 21 heures trente, s’ouvrait à l’Assemblée, le débat sur la loi bioéthique. Tandis que les députés de l’opposition étaient présents, « se gondolaient quelque part dans Paris », comme le dit le député Chenu, afin d’assister à une réception de fin de session, le ministre de la Santé, Olivier Véran, le garde des Sceaux, Eric Dupont-Moretti, Madame Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Quant aux députés, ils arrivèrent avec cinq minutes de retard. En revanche, était présent et à l’heure, Monsieur Touraine dont on salue ici le professionnalisme et la ponctualité.

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Quand on sait combien les minutes sont comptées à l’Assemblée, on ne s’étonnera pas de la suspension de la séance demandée par Messieurs Bazin, Aubert, Chenu, et la députée Untermaier, choqués de la désinvolture du procédé, qualifié d’artefact pour gagner du temps sur un texte mis en urgence au calendrier parlementaire.

Un débat houleux

Mardi 28 juillet, à l’Assemblée Nationale, la parole était donnée à la députée Madame Firmin Le-Bodo, rapporteur de la loi bioéthique. Après avoir cité la phrase de Rabelais, toujours bienvenue dans le contexte : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » elle demanda au Premier ministre de préciser l’engagement du président Macron concernant la loi bioéthique. Demande à laquelle se plia, avec la concentration qu’on lui connaît, Monsieur Castex. Pas taiseux de nature, il n’avait pourtant pas donné, jusque-là, l’avis du président sur cette loi de tous les dangers. Après avoir salué, en connaisseur, le travail de la Commission, le Premier ministre affirma l’engagement sans faille du président dans cette loi, enjoignant les députés à revenir à l’équilibre du texte voté en octobre 2019 c’est-à-dire avant le bricolage —omissions et inexactitudes— des différentes moutures qui avaient suivi. Loi qualifiée d’impérieuse et de nécessaire car « la société avait changé » : phrase qui s’imposait, dans le contexte. Cet engagement « clair, net et précis » sembla satisfaire pleinement Madame Firmin Le-Bodo.

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Le magazine Marianne, augurant mal d’un débat, restreint à celui de la PMA pour toutes, dans un temps limité à 25 heures, titre ainsi l’ouverture de la loi bioéthique à l’Assemblée : « La loi bioéthique : vers un naufrage à l’Assemblée ». Marianne ne croit pas si bien dire mais pas pour la raison qu’elle met en avant. Point n’est besoin, en effet, de débats pour une loi fourre-tout destinée à faire passer la PMA pour toutes : tremplin nécessaire au président Macron, dans le temps qui lui reste, à sa réélection. Pour le reste, pas besoin de feu vert, la vitesse est acquise. Les chimères, la disponibilité sans fin de l’embryon, sa congélation et sa décongélation, la DPI-A, qui découlent de l’instrumentalisation du vivant est, depuis des années, le domaine réservé des scientifiques et celui, lucratif, des laboratoires. On tiendra largement jusqu’à la prochaine révision de la loi, en 2030.

Une époque qui pousse au burn out 

La société a changé ? La vérité est qu’elle est sous l’emprise de la Technique qui, pour reprendre une phrase du livre de la Sagesse, « a étendu son règne parmi nous. » Le monde est déboussolé. La Chambre est en plein burn out. Et ça se comprend. Avec la Covid-19, les incendies des cathédrales, les crimes et les incivilités, les violences de toutes sortes, la montée de l’islamisme politique, le tour joué par Erdogan avec Sainte-Sophie, une promenade peu heureuse aux Tuileries, la dette européenne mutualisée mal négociée, un burn out est vite arrivé.

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Alors si on revenait au réel ? Le sperme n’est pas le sang. L’homosexualité n’est pas une maladie pas plus que la stérilité : on n’a donc pas à rembourser un tiers donneur ni dans un couple hétérosexuel ni dans un couple homosexuel. Une mère, c’est sacré, et chacun a droit de connaître son père. Que vous aimiez (ou pas) votre père et votre mère ne regarde personne. En tout cas, cessons de pleurer sur « le mal d’enfant » des lesbiennes qui est une invention fabriquée de toutes pièces pour faire prospérer le marché de la fertilité. Ou alors, indemnisons les mal aimés de n’avoir pas rencontré l’amour de leur vie.

Un gouvernement autoritaire peut faire passer n’importe quoi. Il a tous les pouvoirs. Mais, de grâce, ne prenons pas des vessies pour des lanternes. Natacha Polony a raison sauf que le naufrage à l’Assemblée s’annonce un Titanic.

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