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Liban : Macron a raison de tancer la classe politique

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Emmanuel Macron a prévenu : après l’explosion de la semaine dernière, l’élite politique libanaise doit réformer le pays et endiguer la corruption… sinon cela bardera à son retour au pays du Cèdre dès le 1er septembre. Cette démarche est-elle justifiée ? Comment le Liban en est-il arrivé là ? Le Hezbollah sort-il grandi ou affaibli de la crise politique ? Les réponses du géographe Fabrice Balanche, spécialiste de la Syrie et du Liban. Entretien (1/2).


Daoud Boughezala. Après l’explosion survenue sur le port de Beyrouth, Emmanuel Macron a imposé un ultimatum à la classe politique libanaise dont il dénonce ouvertement la corruption. Comment expliquer cette démarche ?

Fabrice Balanche. Depuis la fin de la guerre civile en 1991, le Liban a reçu énormément d’argent de la part de la communauté internationale pour sa reconstruction. Différentes conférences à l’initiative de la France – Paris 1 en 2001, Paris 2 en 2002, Paris 3 en 2007, et Cèdre en 2018 – ont drainé des milliards d’euros vers le Liban. Cela n’a pas empêché l’Etat libanais de se retrouver en faillite aujourd’hui. En fait, cela fait près de trente ans que les dirigeants libanais détournent à leur profit les finances publiques. La paix sociale était assurée par des embauches dans une administration pléthorique et corrompue, de généreux taux d’intérêts sur les comptes bancaires grâce aux emprunts d’Etat et la redistribution d’une partie de ses détournements de fond aux clients des différents dirigeants politiques.

Comment la classe politique libanaise détourne-t-elle cet argent ?

Prenons l’exemple de La Caisse des Déplacés, destinées à indemniser les Libanais dont les logements furent squattés durant la guerre civile. Pour obtenir la restitution des logements sans provoquer de nouveaux affrontements, l’Etat libanais a payé les squatteurs pour qu’ils déménagent et indemnisé les propriétaires pour réparer les maisons. Dans le Chouf, région à majorité druze et fief de Walid Joumblatt, les druzes qui occupaient les maisons des chrétiens chassés durant « la guerre de la montagne » en 1983, reçurent de très généreuses allocations pour restituer les logements. Elles étaient d’autant plus généreuses qu’ils étaient loyaux à Walid Joumblatt, le ministre des déplacés, qui utilisa les milliards d’euros de La Caisse des Déplacés pour maintenir sa mainmise sur le Chouf. Dans le Sud Liban, il est difficile d’obtenir un poste dans la fonction publique sans être membre du Mouvement Amal de Nabib Berrih, l’éternel Président du Parlement. Je pourrais multiplier les exemples du népotisme, du clientélisme et de la corruption généralisée. Mais, à mon sens, le plus grand corrompu et celui qui institutionnalisé ce système au détriment d’un véritable état de droit était Rafic Hariri, Premier ministre libanais de 1992 à 2004. Il serait trop long de décrire comment les Hariri, père et fils (Saad Hariri a été premier ministre de septembre 2009 à janvier 2011, puis de décembre 2016 à janvier 2020), ont mis le pays en coupe réglée, je vous renvoie à un de mes articles sur le sujet qui est en accès libre : « The reconstruction of Lebanon or the racketeering ruling ».

Cette gabegie généralisée justifie-t-elle les sommations d’Emmanuel Macron ?

Emmanuel Macron a raison de signifier fermement aux politiciens libanais de la majorité comme de l’opposition qu’ils n’auront désormais plus de chèque en blanc. Car le Liban actuel, c’est le tonneau des Danaïdes et cette classe politique libanaise corrompue est richissime. Les comptes bancaires des Libanais sont bloqués depuis octobre 2019, mais les politiciens et leurs amis affairistes ont eux tout loisir de transférer leur argent à l’extérieur du pays. Le problème est que la France aurait dû se montrer réaliste face à ses alliés libanais depuis des décennies, en particulier la famille Hariri qui est notre principal allié au Liban. Mais pour d’obscures raisons de connivence avec certains dirigeants français mais aussi géopolitiques : conserver notre influence sur le Liban face à la Syrie et à l’Iran, la France a fermé les yeux sur la gabegie ambiante. Désormais nous avons le choix entre continuer de financer à fond perdu nos affidés libanais ou leur tenir un langage de fermeté au risque qu’ils se tournent vers d’autres bailleurs. Rappelons que les dirigeants libanais ne sont pas à vendre mais à louer. Cependant, je vois mal la Russie ou la Chine jouer le chevalier blanc au Liban. Les pays du Golfe sont fatigués de ce pays qu’ils considèrent de toute façon comme perdu au profit de l’Iran. Le risque est plutôt de voir une nouvelle guerre civile éclater.

 L’actuelle crise financière et politique que traverse le Liban renforce-t-elle ou affaiblit l’axe Syrie-Iran-Hezbollah ?

Pour répondre à cette question, il faut tout d’abord revenir sur l’origine de la crise financière. Depuis une vingtaine d’années, la couverture des importations sur les exportations est à peine de 20%, la balance des paiements était compensée par les transferts des émigrés libanais. Les taux d’intérêts élevés attiraient leur épargne malgré le risque de défaut de paiement que faisait courir la progression d’une dette hors de contrôle. Les activités productrices ont été tuées par la politique de reconstruction de Hariri qui a tout misé sur l’immobilier, la finance et le tourisme pour drainer l’épargne de la diaspora libanaise et les capitaux du Golfe. C’était une véritable fuite en avant qui a enrichi la famille Hariri et ses affidés, mais appauvri la majorité des Libanais contraints à l’émigration pour s’en sortir ou à sombrer dans la pauvreté. Les difficultés économiques du Golfe depuis la crise financière de 2008 ont progressivement réduit les remises des émigrés, la guerre en Syrie a tué les investissements du Golfe et les récentes menaces de sanctions américaines sur le système bancaire libanais accusé de financer le Hezbollah ont donné le coup de grâce.

La faillite financière du Liban a donc tendance à affaiblir les acteurs politiques liés à l’Occident et à l’Arabie Saoudite. Leurs activités et leur pouvoir politique sont liés à la rente étatique et à la rente géopolitique venue de l’Occident et des pays du Golfe. Ces sources financières étant taries, ils perdent le contrôle de leur clientèle. Les classes moyennes libanaises laminées par la crise économique, mais disposant d’un capital intellectuel, émigrent en masse. Quant au petit peuple, il n’a d’autre solution que de se trouver des parrains capable de lui offrir un minimum de services.

… dispensés par le Hezbollah ?

Le Hezbollah dispose en effet d’institutions de santé et d’éducation qui suppléent aux carences de l’Etat dans les zones chiites. Certes, il a des problèmes de financement également puisque l’Iran est sous sanction, mais il peut compter sur la diaspora chiite libanaise et la caisse personnelle de l’ayatollah Khaméneï, toujours largement abondée par les fidèles et indépendante du budget de l’Etat iranien. Les dirigeants du Hezbollah sont peu corrompus, contrairement à ceux des autres partis politiques libanais, ce qui le rend beaucoup plus efficace dans le domaine social. J’aurais donc tendance à dire que l’axe Iran-Syrie-Hezbollah se renforce au Liban avec la crise. Cependant, tout dépendra de la capacité des Occidentaux et des pays arabes du Golfe à soutenir financièrement leurs affidés locaux et de les organiser en milices anti-Hezbollah.

à suivre…

Atlas du proche orient arabe

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Macron et le Quai d’Orsay protègent le Hezbollah

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Au Moyen-Orient, Emmanuel Macron voulait rester ouvert au dialogue avec tous et éviter de prendre parti. Son orientation en faveur du Hezbollah vient contredire cette ambition.


 

Lors de son investiture à l’Élysée le 14 mai 2017, le président Macron avait dévoilé les grandes lignes de la politique qu’il comptait mener à l’égard des pays arabes. Ses efforts devaient porter sur la sécurité du pays et pour cela il avait clairement désigné les cibles contre lesquelles il devait s’opposer : Daesh et le terrorisme islamiste. Il tenait à ce que sa doctrine s’appuie sur fond de «réalisme et de pragmatisme». Mais il avait bien précisé que sa diplomatie serait plus équilibrée vis-à-vis des pays du Golfe et de l’Iran.

Faire de la France un arbitre au Moyen-Orient

Alors que l’influence française au Moyen-Orient avait largement décliné, sous les mandats de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, il avait estimé que les Printemps arabes avaient modifié la donne et qu’il devait peser dorénavant sur les événements de la région. Il n’avait pas apprécié l’échec du Quai d’Orsay dans la gestion de la crise syrienne. Il voulait que la France soit partie prenante dans le conflit alors qu’elle avait été exclue des négociations d’Astana.

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Il avait donc modulé sa position en n’exigeant plus le départ de Bachar el-Assad comme condition préalable et en ne prenant pas le parti de l’un des clans chiites ou sunnites. Il voulait dorénavant agir en arbitre en parlant à tout le monde. Pour lui, il s’agissait du meilleur moyen de tarir les sources de financement du terrorisme. Il se distinguait ainsi de Nicolas Sarkozy qui avait des affinités avec le Qatar et de François Hollande qui s’était engagé pour l’Arabie saoudite.

Malgré une position nette adoptée par les Occidentaux, Macron dialoguait en Libye à la fois avec le premier ministre Fayez El-Sarraj et son opposant le maréchal Haftar. Il voulait s’inspirer de la politique gaullienne, qui avait été d’ailleurs suivie par François Mitterrand, en maintenant la lutte contre le terrorisme islamiste comme fondement de sa doctrine. C’est pourquoi il a financé l’Irak et le Liban, deux pays confrontés à la terreur des militants islamistes afin de s’insérer parmi les acteurs locaux et de tenter de résoudre les différentes crises.

Le soutien de la diplomatie française au Hezbollah 

Mais face à cette volonté légitime d’arbitrage, on ne comprend plus la position d’Emmanuel Macron qui a décidé de prendre fait et cause pour le Hezbollah, qui personnifie  un État dans l’État au Liban, après avoir infiltré tous les rouages de l’administration et mis le pays en coup après avoir acquis à sa cause le président libanais chrétien Michel Aoun. Le Hezbollah est l’une des causes du malheur libanais. D’ailleurs, les manifestants de la mini-révolution ne se sont pas trompés en pendant l’effigie d’Hassan Nasrallah dans la rue.

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On ne comprend donc pas pourquoi le président français a demandé officiellement à Donald Trump de suspendre les sanctions américaines qui visent le groupe chiite soutenu par l’Iran car, selon le Quai d’Orsay, elles sont contre-productives. A la suite d’un appel téléphoné avec le président américain, Emmanuel Macron a accusé les Américains de chercher à étouffer le financement du Hezbollah au lieu de l’aider car il doit être partie prenante dans la reconstruction du Liban. Ce coup de téléphone n’est pas une rumeur puisqu’il a été confirmé par le Quai qui a précisé que «Macron lui a dit que dans le cas du Liban, le fait est que la politique de pression ou d’abstention des États-Unis et de certains pays du Golfe pourrait effectivement faire le jeu de ceux qu’ils visent, l’Iran et le Hezbollah. C’était donc une invitation au président Trump à réinvestir la question libanaise, car la situation est grave et nous ne devons pas abandonner le Liban à ceux que les États-Unis sont censés cibler par leur politique de sanctions».

La conférence, qui a lieu ce 9 août, réunit le Premier ministre britannique Boris Johnson, le roi de Jordanie, les représentants de la Chine et de la Russie et de la Banque mondiale, pour envisager le financement du Liban. Israël et l’Iran ont été exclus de cette réunion alors que le Hezbollah intervient en tant que membre du gouvernement libanais. La France, qui sait que le Hezbollah phagocyte tout le pays grâce à la puissance de ses milices face à une armée libanaise mal équipée, justifie sa position : «Le Liban est en train de couler. Nous avons touché le fond, de nombreux Libanais le pensent. Nous sommes là pour aider le Liban à remonter à la surface». L’aide d’urgence collectée par la France et l’ONU pour le Liban s’élève à un peu plus de 250 millions d’euros, a annoncé l’Élysée.

Au moment où la population libanaise a ciblé son ennemi parmi le Hezbollah, il est étonnant que le président Macron, sur les conseils du Quai d’Orsay historiquement pro-arabe, défende une milice qui a généré le chaos dans le pays en le mettant en coupe réglée. Drôle de position d’arbitre que celle de la France.

Cet immigrationnisme des élites qui ruine la France

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La spirale immigrationniste est un pacte tacite entre les grands groupes français et la caste des énarques. 


 

En France, deux tiers des habitants sont opposés à l’immigration de masse : les sondages parus à l’automne dernier montraient que cette proportion de la population estimait que l’intégration ne fonctionnait pas, et qu’il y avait trop d’étrangers en France.  La proportion varie quelque peu, mais grosso modo, une nette majorité de la population est défavorable à l’immigration de masse, depuis des décennies. Pourtant, celle-ci se perpétue et, surtout, n’est pratiquement plus remise en question dans le débat public. Il arrive certes à des polémistes de soulever la question, mais elle n’est pas politiquement débattue, c’est-à-dire soumise à une consultation démocratique. Lorsqu’elle est évoquée, c’est pour des ajustements à la marge, jamais pour interroger le principe et demander leur avis aux autochtones. De fait, depuis la fin des années 1970, c’est entre 200 000 et 300 000 personnes qui pénètrent chaque année sur le territoire national, dont plus de 60 % viennent d’Afrique.

Le tonneau des Danaïdes

Dans un pays qui se prétend démocratique, la contradiction entre une politique constante, aux conséquences si lourdes, si profondes et si durables sur le corps social, et l’hostilité à celle-ci de la majorité de la population ne peut qu’interroger. Il ne s’agit en effet pas d’évolutions sociétales, comme le mariage homosexuel ou la suppression de la peine de mort, qui peuvent être adoptées en dépit des préventions de la majorité et bénéficient ensuite d’un effet cliquet. Il n’y a pas d’effet cliquet en matière d’immigration : c’est une volonté toujours renouvelée. D’où vient-elle ?

Bien sûr, on est tenté de penser aussitôt aux belles âmes, aux discours sur l’accueil, la vocation universelle de la France, à la repentance post-coloniale, et de se dire que tout ceci est l’effet irrésistible d’une évolution des mentalités, que c’est donc en quelque sorte le sens de l’Histoire, et que toute autre motivation que l’on pourrait identifier ne serait que secondaire, bien loin derrière ce premier moteur du cœur et de l’esprit.

Mais en vérité, admettre que l’immigration de masse acceptée, sinon encouragée, depuis un demi-siècle par nos élites puisse être l’effet d’un état d’esprit, d’une idéologie qui aurait saisi les cœurs, serait aussi naïf que de croire que le principal motif de la colonisation était à trouver dans les discours comme celui de Jules Ferry sur le devoir pour les races supérieures de civiliser les races inférieures, sans considérer qu’avant tout il y avait des fortunes à faire, et qui furent faites, dans les mines de charbon du Tonkin et de phosphates du Maroc.

La gloire de l’Empire

La colonisation. C’est précisément dans ce phénomène passé, si souvent utilisé pour neutraliser la révolte du Français autochtone sous un flot de culpabilisation, que se trouve le modèle de la politique immigrationniste.

De cette colonisation de masse, les Français ne voulaient pas. Lorsqu’elle a débuté, dans les années 1870, leur cœur allait à l’Alsace et à la Lorraine qu’une défaite venait de leur arracher. Elle fut cependant un grand chantier, et un chantier constant, des élites de la IIIe République.

Elle le fut parce qu’à la même époque, le monde occidental entrait dans la Grande Déflation (1873-1896) et la stagnation industrielle. Le grand capitalisme français ne trouvait pas, dans la métropole, d’espace de croissance suffisant pour ses profits : les salaires des ouvriers étaient bas, et le monde paysan, encore important, n’était pas porté à la consommation. Il fallait donc trouver des occasions de gros profits, et ces occasions furent trouvées dans la colonisation, et l’investissement du capital dans des activités à haut rendement : mines, exploitations agricoles…

Durant ce quasi-siècle de l’Empire colonial français, la France dépensa plus que ce que ses colonies ne lui rapportèrent – ainsi que Jacques Marseille l’a montré jadis. Cependant, l’opération fut rentable pour certains, aux dépens des autres : car ce sont bien les deniers publics, l’argent des français métropolitains, à travers l’armée, le maintien de l’ordre, l’investissement dans des infrastructures,  qui permirent l’exploitation de ces ressources dont quelques-uns tirèrent longtemps de gros revenus.

Cinquante ans de sollicitude

Tout l’imaginaire colonial, par l’Education nationale, les Expositions, la propagande, réussirent à convaincre les Français, ou une grande partie d’entre eux, que tout cela était non seulement dans leur intérêt économique, mais moral, que c’était leur grandeur.

Il  est aujourd’hui bien difficile, en tant que petites gens ainsi alarmés par ces vagues souvenirs, de ne pas plisser les yeux, froncer les sourcils et commencer à grogner en comprenant les ressorts de la supercherie, lorsque l’on se remémore les cinquante dernières années.

1973, choc pétrolier, fin des Trente Glorieuses. La forte croissance s’éloigne, ne paraît plus atteignable. Et le grand capitalisme français se retrouve une nouvelle fois confronté à ce peuple français, resté si paysan dans sa mentalité, avec sa fâcheuse tendance à l’épargne,  à la thésaurisation, à la consommation modérée dans une France qui n’est plus à reconstruire. Que faire pour continuer à garantir une forte rentabilité pour les grandes entreprises, dans le bâtiment, dans la grande distribution en pleine expansion à la fin des Trente Glorieuses ?

On trouve une idée dans les théories de Keynes : il faut stimuler la demande. On appelle cela « relance par la consommation », c’est le keynésianisme prisé des élites technocratiques, formées à l’ENA. Mais comment faire fonctionner cela quand on connaît la mentalité épargnante des ménages français ? Leur distribuer de l’argent serait risquer de le voir finir en trop grande partie dans des bas de laine. Et puis il y a de nombreux équipements dont la consommation n’est pas extensible : qui a besoin de trois lave-linges, quatre réfrigérateurs, dix services de vaisselle ? qui a besoin de deux, trois, quatre résidences secondaires ? Il faut donc des consommateurs vierges de tout patrimoine, des familles entières qu’il faudrait équiper intégralement en partant de rien.

Colonisation à l’envers

Et c’est à ce moment que commence cette colonisation à l’envers de l’immigration de masse, avec le regroupement familial, puis l’ouverture des vannes, et le développement massif du circuit économique de la colonisation à l’envers : les aides sociales, les transferts sociaux permettent de prendre l’argent que les Français trop économes auraient eu tendance à épargner, et de le déplacer non seulement au sein de la population française autochtone, mais aussi (surtout ?) vers de nouveaux arrivants qui sont démunis de tout et, par conséquent, devront tout acheter. Et pour faire bonne mesure, on double les transferts sociaux d’argent pris aux Français par l’impôt avec de l’argent supplémentaire emprunté en donnant en garantie le patrimoine des mêmes Français, grevant les générations futures d’une dette énorme.

Et qui sont les premiers bénéficiaires de cette masse supplémentaire de consommation ? Les grands groupes français du bâtiment, de la grande distribution, plus tard des télécommunications. Les banques qui soutiennent des investissements immobiliers qui sont majoritairement remboursés par des aides sociales au logement. Etc.

Et qui sont les dirigeants des grands groupes français, ou peuplent leurs conseils d’administration ?

Les énarques. Les mêmes énarques qui conduisent la politique d’immigration de masse depuis cinquante ans. Les mêmes qui effectuent fréquemment des allers-retours dans des conseils d’administration de grandes entreprises bénéficiant de cette subvention indirecte qu’est l’immigration arrosée d’argent pour le consommer aussitôt.

Non au conspirationnisme

La critique socialo-communiste selon laquelle l’immigration est censée servir à provoquer une pression à la baisse sur les salaires, est fausse : si tel était le cas, l’immigration serait orientée vers de la main d’œuvre qualifiée selon les besoin des entreprises françaises, ce qui n’est pas le cas.

La critique « conspirationniste » de l’immigration, selon laquelle celle-ci est une immigration de peuplement, qui sert à remplacer les autochtones, est fausse aussi.

La réalité est que l’immigration est une immigration de consommation, une consommation qui a pour but de doper la rentabilité du grand capitalisme français en connivence avec la haute fonction publique énarchique. Elle a sans doute des effets accessoires sur les salaires, et un effet dramatique sur la composition démographique du pays, mais ce ne sont pas les effets d’abord recherchés.

Ce modèle, qu’on peut qualifier de consumérisme immigrationniste, est donc fondamentalement un pacte entre les grands groupes français et la caste des énarques. Comme la colonisation, elle ruine la France, mais enrichit une poignée de gens. Comme la pour la colonisation, après quelques décennies de matraquage, on a réussi à faire croire aux Français qu’il s’agit d’une entreprise pratiquement désintéressée qu’ils doivent être fiers d’avoir menée et qu’il serait inhumain de critiquer. Pour protéger ce système de rentes, la presse française, subventionnée par l’Etat énarchique et détenue par les grands groupes, étouffe la dénonciation de « l’ensauvagement » et du terrorisme islamiste, conséquences encore plus graves de cette politique prédatrice.

Il est temps de dénoncer cette mascarade, cette hypocrisie, cette escroquerie. Il faut comprendre que se battre contre des émotions et des idées qui servent à habiller des intérêts est vain, car c’est laisser intact et bien à l’abri le ressort de la mécanique. Il faut identifier et dénoncer l’intérêt qui la meut. Pour l’immigration de masse, c’est cet intérêt commun qui enrichit les énarques et les grands groupes en spoliant les Français.

La colonisation n’a pratiquement pas survécu à la IIIe République. L’immigration de masse ne devrait pas survivre à la Ve.

Margaret Sanger, la féministe américaine condamnée après sa mort

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La « cancel culture » a fait une victime posthume au sein du Planning familial américain.


Féministe de la première heure, l’Américaine Margaret Sanger est largement considérée comme une militante pionnière de la liberté de disposer de son corps. Cette infirmière a ouvert dès 1916 la première clinique de contrôle des naissances (terme qu’elle fut également la première à utiliser) aux États-Unis. Tout le monde reconnaît le rôle majeur qu’elle a joué dans l’accès au contrôle des naissances des femmes à faible revenu, des minorités et des immigrantes. C’est pourquoi après sa mort en 1966, la fédération du Planning familial (Planned Parenthood) de la région de New York a donné son nom à son QG de Manhattan.

L’eugénisme malvenu

Or, ce qui était un motif de fierté dans les années 1960 est aujourd’hui devenu une source d’embarras pour le camp féministe et progressiste. Il y a encore cinq ans, la logique politique était respectée : un groupe de conservateurs et de militants anti-avortement avait demandé le retrait d’un buste de Sanger de la National Portrait Gallery de Washington.

Aujourd’hui, la pensée, l’action et la personnalité de cette femme complexe font resurgir sa part d’ombre. Car Margaret Sanger a également participé au mouvement eugéniste qui militait pour l’amélioration de la « race » humaine par une sélection basée sur les traits génétiques. Comme d’autres partisans de l’eugénisme – très nombreux à l’époque – Sanger croyait en effet souhaitable de travailler pour créer, biologiquement, une meilleure « race » humaine. Ainsi, elle prônait la stérilisation de certains handicapés mentaux et croyait que si une femme donnait naissance à plusieurs enfants, les plus jeunes de la fratrie seraient nécessairement faibles. Pour ne rien arranger, Sanger avait même entretenu des relations avec le Ku Klux Klan…

Après la Seconde Guerre mondiale, l’enthousiasme pour l’eugénisme s’est modéré dans de nombreux pays occidentaux. Depuis, des notions qui faisaient partie de la culture générale et de l’évidence scientifique il y a un siècle nous semblent aussi atroces qu’infondées. Les défenseurs contemporains de Margaret Sanger rappellent qu’elle défendait l’accès à la contraception de toutes les femmes, aussi bien noires que blanches.

Avorter les noirs ?

Ils expliquent aussi que, tellement concentrée sur son unique grande idée – la liberté de choix pour les femmes dans le domaine de la procréation -, elle n’a pas été très regardante sur l’identité de ses interlocuteurs et alliés potentiels. Sanger était prête à s’allier avec n’importe qui pour faire avancer ses projets. Cette histoire est donc particulièrement complexe. D’une part, il n’y a aucun doute sur la contribution de Margaret Sanger à l’une des plus grandes luttes féministes du XXe siècle : le droit de contrôler sa sexualité. D’autre part, on ne peut ignorer ses thèses eugénistes et racistes…

Mais les-anti Sanger vont plus loin. Dans un avis rendu l’année dernière, le juge de la Cour suprême Clarence Thomas a établi le lien entre les idées eugénistes de Sanger et le fait qu’elle avait ouvert une clinique de contrôle des naissances dans le quartier de Harlem, à l’époque majoritairement noir. Cela laisse entendre qu’elle cherchait à limiter la croissance démographique de la communauté noire. Ben Carson, secrétaire américain au logement et au développement urbain, a fait des déclarations similaires. Or selon de nombreux universitaires, cette interprétation – diffusée par des mouvements contre l’avortement – est malhonnête et trompeuse. Ainsi, selon l’historienne Esther Katz de l’université de New York, « Margaret Sanger n’essayait pas d’éliminer la race afro-américaine de ce pays ».

Mi-juillet, la section new-yorkaise du Planning familial a choisi son camp en débaptisant son QG. Sa présidente Karen Seltzer a expliqué que « la contribution de Margaret Sanger à la santé reproductive des femmes sont clairement indiscutées et clairement documentées, mais son héritage raciste l’est tout autant ». Par conséquent, « le retrait de son nom de notre bâtiment est à la fois nécessaire et attendu pour prendre en compte notre héritage et reconnaître les contributions de Planned Parenthood aux préjudices causées aux communautés de couleur ». Et ce n’est pas tout. La section new-yorkaise du Planning a également annoncé qu’elle entamait les démarches nécessaires pour également débaptiser le square « Margaret Sanger » de Manhattan soit lui aussi rebaptisé. Au sein de l’association, cette position radicale est tout à fait nouvelle.

Panique au Planning

L’organisation, qui ne vient pas de découvrir la complexité de la pensée et de l’action de sa fondatrice, avait auparavant engagé une démarche plus nuancée. En 2016, pour célébrer son centième anniversaire, Planned Parenthood avait publié un  long texte exposant les idées de Margaret Sanger sur l’eugénisme, qualifiant sa pensée de « stratifiée et complexe » et trouvant malgré tout son bilan globalement positif. Pourquoi un tel changement de ligne ? L’exacerbation des tensions au sein de la société américaine y est certainement pour quelque chose, mais selon le Washington Post  des tensions d’un autre genre ont également joué.

Un mois avant les « débaptêmes », Laura McQuade, directrice générale de la section, a été licencié après que 350 employés – anciens et actuels – ont signé des lettres publiques accusant cette femme blanche de comportement abusif et d’incapacité à traiter les doléances pour racisme, inégalité salariale et manque de promotion des employés noirs. Certains ont même dénoncé une direction « trumpiste ». Laura McQuade a nié ces accusation sans parvenir à convaincre les directeurs de l’organisation.

Du saint au démon

Toute cette histoire s’inscrit dans l’actuel mouvement global d’épuration des lieux de mémoire. Cette lame de fond n’est pas nouvelle mais ses manifestations se sont intensifiées depuis la mort de George Floyd et la résurgence du mouvement Black Lives Matter. Comme dans le cas de Margaret Sanger, les croisades morales déboulonnent des idoles qui passent subitement du saint au démon. Plus on s’éloigne de nos héros – choisis et mis en avant par les mécanismes médiatiques, administratifs, politiques et économiques qui façonnent la mémoire collective – plus on risque de se heurter aux abîmes qui séparent leurs visions du monde des nôtres.

Plus que séculaire, Planned Parenthood a ainsi le malheur d’avoir été fondé et dirigé par des personnes nées et éduquée à la fin du XIXe et au début du XXe siècles.

Hollywood confidential

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Olivier Minne raconte le mythique Château de Marmont, palace de tous les excès, dans Un château pour Hollywood.


C’est l’été. Les cigales sont revenues. Sous le ciel coruscant, dans une ville où je regarde, chaque soir, la maison familiale d’André Gide, j’achève la lecture d’un livre épatant et tonique sur l’histoire du Château de Marmont, hôtel de luxe où les stars d’Hollywood s’adonnaient à tous les excès. Ce roman, signé Olivier Minne, animateur de télévision, journaliste et producteur, auteur d’une bio inspirée de l’acteur Louis Jourdan, nous offre un voyage dans la grande période du cinéma américain.

A la recherche d’Abigail Fairchild

On suit l’étrange destin d’Abigail Fairchild, ancienne patronne de la mythique demeure baroque, située 8221, Sunset Boulevard, à une époque où les coyotes s’aventuraient dans la ville des plaisirs infinis. Abigail est une ancienne star du cinéma muet. Elle quitta les studios en 1923 pour « convenances personnelles ». En fait, elle était enceinte sans être mariée. Ce qui ne pardonnait pas dans la capitale du vice, faussement puritaine. Il y avait aussi la concurrence âpre des Mary Pickford, Greta Garbo ou de la nouvelle recrue de la MGN, Joan Crawford. Elle prit la direction de l’hôtel en 1931. Elle décida qu’au Château, « les Noirs, les putes, les paumés et les pédés seront toujours les bienvenus. » Le ton était donné.

Le roman nous permet de suivre la réapparition d’Abigail en 1958, après une longue retraite solitaire. Elle hante à nouveau les couloirs du Château. Elle marche avec l’aide d’une canne à tête de raton laveur, fume-cigarette tendu à la main, boit des margaritas sans sel sur trois blocs de glace, se nourrit d’une granny-smith râpée, un yaourt et une tasse de café. Le décor est planté. Il suffit d’y ajouter le jeune Wayne Cornwall, beau vagabond surgi des collines de Hollywood, personnage complexe et plus ambitieux que son air réservé ne le laisse penser, et nous voici plongés dans une passionnante histoire, dont la chute réserve une émouvante surprise.

La cité du cinéma reste une pièce essentielle. Minne résume : « Mais à Hollywood comme nulle part ailleurs, les hommes jouent la comédie. Et si chaque époque a une ville qui la représente au monde, pour le meilleur ou pour le pire, alors Hollywood était l’incarnation de ce que le mensonge coule dans les rues et dans les films comme dans les veines du genre humain. » Il en rajoute dans le cynisme : « Une femme est une spécialiste du mariage, l’homme un simple généraliste. » Ou encore : « On est acteur parce qu’on n’arrive pas à faire autrement. » Une phrase que n’aurait pas reniée Marlon Brando.

A propos de Cecil B. DeMille, l’auteur fait dire à Abigail : « Ce type était un monstre. Un de plus. Hollywood en est tellement rempli. Comment pourrait-il en être autrement, dans cette immense fabrique à fric où aucune parole donnée n’est respectée, où le mensonge rémunère mieux que la vérité et où les crimes sont commis au nom de l’amour de l’art ? »

Envers du décor et névroses célèbres

Les célébrités ne sont pas épargnées. L’envers du décor pue le sexe, la drogue et l’alcool. La névrose inguérissable aussi. Howard Hugues, milliardaire, producteur, réalisateur et aviateur, mate, du penthouse 54, les nymphettes au bord de la piscine, surnommée le « suppositoire ». Chaque jour, il en repère une ou deux qu’il invite dans sa chambre. Une carrière peut tenir à une ficelle de string.

Toujours au bord de la piscine du Château, le réalisateur George Cukor fait le plein de garçons pour la nuit. David Niven, Humphrey Bogart, Errol Flynn, William Holden ou encore Glenn Ford trouvent en cet hôtel un refuge inespéré pour le désordre des sens. Et tant d’autres. Alla Nazimova peut vivre pleinement ses amours saphiques. F. Scott Fitzgerald se désespère devant sa machine à écrire. Duke Ellington reprend des forces après une tournée triomphale en Europe. Anthony Perkins s’envoie en l’air avec le magnifique Blond, Tab Hunter, bourreau des cœurs de toutes les adolescences. Natalie Wood, seize ans, rejoint Nicolas Ray dans son bungalow. Le rendez-vous est concluant : Natalie sera Judy dans La fureur de vivre, avec les deux frères ennemis, James Dean et Dennis Hopper.

Il y a encore la Platinum Blonde, Jean Harlow, morte, à vingt-six ans, d’une insuffisance rénale due aux coups donnés, cinq ans plus tôt, par son mari Paul Bern. Jean Harlow avait, quant à elle, tué Bern d’une balle dans la tête. Un crime maquillé en suicide.

Un univers impitoyable pour oublier nos mornes saisons.

Olivier Minne, Un château pour Hollywood, Éditions Séguier.

Un château pour Hollywood

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Tout le monde il est beau, tout le monde il est de gauche

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La gauche, dont les Verts sont le nouveau centre de gravité, incarne la conviction d’incarner le Bien, le Beau et le Vrai. Qui oserait en douter ?


« J’adorerais être de gauche, c’est un souhait. Mais je trouve que c’est tellement élevé comme vertu que j’y ai renoncé […] Quand t’es de gauche, c’est l’excellence : le génie moral, le génie de l’entraide. C’est trop de boulot. »

Une fois lue cette émouvante déclaration de Fabrice Luchini, on se prend nous aussi à regretter de n’avoir pu nous hisser à ces hauteurs vertigineuses. Mais très heureusement, cela ne dure que le temps de faire un tour d’horizon de ce qu’est, de nos jours, la gauche.

La gauche, c’est d’abord le PS, non ?

Oui. Enfin, c’était. Car de nos jours, le Parti socialiste, c’est Olivier Faure. Alors, vous allez me demander qui est Olivier Faure, et vous aurez raison. D’ailleurs, même lui se le demande. C’est un gars modeste, le camarade Olivier. Le genre effacé, au point de s’évanouir de votre mémoire au moment même où il disparaît de l’écran de votre télé. C’est dire s’il incarne à merveille le Parti Socialiste. De fait, la transparence lui est tellement naturelle qu’il est prêt à s’effacer devant tous ses petits camarades des autres gauches en 2022, juste pour permettre à la gauche de figurer au second tour, histoire de prolonger une agonie pourtant devenue bien embarrassante.

Il y a aussi La France Insoumise !

Absolument. La gauche de combat. Quel combat, me direz-vous ? Eh bien, ce n’est pas clair. LFI prétend se battre pour la République, mais foule aux pieds à peu près toutes les valeurs républicaines, qu’il s’agisse de laïcité, d’égalité ou d’universalisme. LFI réclame la parole, mais uniquement pour exiger qu’on vous l’enlève. LFI, au fond, c’est la synthèse de tous les totalitarismes d’extrême-gauche, l’antisémitisme inclus. Des chemises rouges en raison des hasards du calendrier, mais qui auraient aussi bien pu être noires.

LFI prétend vouloir le pouvoir, et peut-être est-ce vraiment le but de certains de ses cadres, mais nul observateur n’en est sûr. En revanche, ils s’entendent tous pour mener un combat plus discret, qui ne concerne qu’eux, celui qui consiste à sauver leurs fesses de bourgeois installés, en négociant des strapontins si d’aventure la raclée qui s’annonce pour 2022 devait avoir lieu. Car s’ils prétendent défendre les masses laborieuses, ils ne voudraient surtout pas devoir un jour en faire partie. En attendant, ils naviguent à vue tout en appliquant cette maxime chère aux anarcho-autonomes : « pourquoi être inutile quand on peut être nuisible ? »

Et EELV, alors ? C’est bien, l’écologie !

En effet. C’est vert, c’est beau, ça attire les âmes d’enfants comme la lumière attire le papillon, et l’argent le percepteur. On comprend pourquoi l’électeur naïf peut choisir, dans le marasme actuel, de voter pour préserver l’écosystème dans lequel nous vivons.

Mais qui vous dit qu’EELV a un rapport quelconque avec l’écologie, malheureux ? L’écologie est une science complexe aux paramètres innombrables, et comme souvent en biologie, une certitude en remplace vite une autre. Or, il se trouve qu’il n’y a aucun scientifique digne de ce nom à la tête d’EELV, et de Jadot à Bayou, tous deux diplômés en commerce international, en passant par tous les autres cadres du parti, vous ne trouverez que des gens qui communiquent, enseignent, ou peignent, mais jamais, au grand jamais, un scientifique digne de ce nom. Et pour cause, l’écologie politique n’est pas une science, mais un ensemble de croyances tournant autour d’un axe majeur : la conviction d’incarner le Bien, le Beau et le Vrai.

Du coup, une fois qu’il a réussi à obliger les autres à brouter des algues, faire du vélo et renoncer à disposer d’une électricité bon marché en continu, l’élu EELV estime qu’il a fait l’essentiel en matière d’écologie, et peut se concentrer à sa vraie mission : le progrès de l’Humanité. En quoi cela consiste-t-il ? C’est très simple : faire disparaître tout ce qui a permis d’amener l’espèce humaine au 21ème siècle.

Le progrès technologique nous a conduits jusqu’ici ? Il faut nécessairement le mettre à bas, se remettre à marcher, si possible à ramper, et peut-être à grimper aux arbres. Avec un iphone à l’oreille, car il y a des limites à tout. L’Histoire a été faite par les mâles blancs hétérosexuels ? Il faut idéalement promouvoir une femme, si possible lesbienne et noire, pour qui on exigera davantage de droits que pour n’importe qui d’autre. Notre civilisation est judéo-chrétienne ? On proteste contre les crèches de Noël, et on hurle à l’islamophobie en défilant avec les islamistes.

Le parti de l’Autre

Car chez EELV, on déteste les phobes. On phile, toujours, en toutes circonstances. S’il pouvait choisir d’être hémophile, le militant EELV le serait, quitte à se vider de son sang. Il est d’ailleurs prêt à laisser l’Autre nous vider du nôtre.

Car plus que tout, EELV aime l’Autre, le Différent, le lointain, l’a-normal. L’anormalité, c’est le summum du progressisme, puisque c’est l’instabilité, que tout ce qui était disparaît et que rien ne peut durer, ce qui contraindra à un nouveau déséquilibre, que l’on pourra appeler « nouveau progrès ». Avec l’anormalité, c’est formidable : le progrès s’entretient de lui-même, et fait table rase du passé en même temps qu’il nous propulse vers un avenir totalement inconnu mais forcément meilleur, puisqu’il ne ressemblera à rien de connu. Tout vaut mieux que ce qui existait avant l’avènement d’EELV : les nouvelles religions n’aiment pas la concurrence.

Alors la gauche c’est fini ?

Mais bien sûr que non ! La gauche, c’est le progrès ! La gauche se réinvente ! Et en l’occurrence, la gauche réinventée, c’est le Printemps Républicain, une de ces merveilles conceptuelles dont la gauche éternelle a le secret. Et ce Printemps républicain, je vous en parlerai une prochaine fois. En attendant, évitez de voter EELV, sinon nous devrons imprimer le prochain article à la presse manuelle.

La gauche contre le réel

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Cet été, j’enfourche une mob !

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Il y a cinquante ans, le cyclomoteur motorisait la jeunesse française.


Dans ma jeunesse berrichonne, au pays de la sorcellerie, j’ai vu des choses étranges et fascinantes. Sur ces terres abandonnées, des ruraux-mécanos trafiquaient leurs mobylettes avec un art quasi-divinatoire. S’ils avaient mis autant de ferveur dans leurs études supérieures que dans le réglage de leurs meules, ils dirigeraient aujourd’hui la France. Je me souviens de l’un d’entre eux, ne comptant pas ses heures, enfermé dans le garage de ses parents, ce Huggy-les-bons-tuyaux du Boischaut avait transformé un banal 103 de série bleu pâlot en un objet hallucinogène aux reflets argentés.

La 103 métamorphosée

Á la mode Easy rider, ce choper des campagnes possédait un guidon étroit et haut, il n’avait plus rien à voir avec le 49,9 cm3 d’origine aux performances anémiées. Conquis et un peu effaré, je le voyais passer devant chez moi, à des vitesses inimaginables. Si Peugeot avait su qu’un gamin bricoleur pouvait ainsi exploiter le moteur dans ses derniers retranchements, il l’aurait embauché sur le champ à la direction technique.

Ce fier destrier affolait la maréchaussée bien incapable de le pourchasser au volant d’une Estafette en fin de vie. Je reste persuadé que, sur le lac salé de Bonneville dans l’Utah, cette 103 métamorphosée aurait battu à la loyale des Corvette et Mustang surgonflées. La République des bons élèves n’a jamais su reconnaitre, à leur juste valeur, les talents d’ingénieur et de metteur au point de tous ces garçons n’entrant pas dans le cadre. Notre vieille nation industrielle ne s’est pas remise de cet abandon-là.

Avant l’avènement du vélo-roi et la sacralisation de la marche à pied, le cyclomoteur aura été un indispensable instrument de liberté. Liberté de sortir, de draguer, de travailler et d’échapper à la surveillance familiale. La mob n’était pas seulement ce moyen de déplacement peu coûteux et facile d’entretien, elle était le socle, le creuset des espoirs pour des milliers d’adolescents en voie d’émancipation. Sans elle, la neurasthénie aurait gagné assurément la population.

La mob des seventies, attribut culturel

Cette mob avait des vertus pacificatrices et égalitaires car elle s’immisçait dans tous les milieux sociaux, chez les prolos et les bourgeois, les immigrés et les curés, les beaux quartiers et les terrils. On ne pouvait échapper à son attraction. Elle permettait à nos grands constructeurs de se livrer une belle bataille commerciale. Chacun y allant de sa nouveauté, saison après saison. Depuis la fin des années 1960, le cyclomoteur a envahi l’espace public, on l’utilise pour se rendre à l’usine, à la faculté, au foot ou à la plage. Son œcuménisme est un nouvel existentialisme. Il y en a pour tous les goûts et toutes les bourses, l’académique Vélosolex à galet résiste aux assauts des modernes, Motobécane et sa « Bleue » jouent la sécurité et le confort, de l’usine de Saint-Quentin, le Cady voit le jour, Peugeot réplique en dévoilant son économique 102. Et puis, les Italiens et les Japonais vont, sans cesse, au cours des années 1970, inventer de nouvelles formes de mobilité comme dirait un technocrate de la Mairie de Paris. Piaggio nous divertit avec son fluet Ciao ; Honda élève les standards de qualité avec son modèle Cub que l’on retrouvera sur tous les continents, tout en s’aventurant dans la minimoto, la très attachante Dax continue d’émouvoir les quinquas ; Yamaha invente le Chappy, nous lui disons chapeau ! Plus tard, l’opposition entre « 103 » et « 51 » laissera autant de traces dans les mémoires que les affrontements entre les pro et anti-Maastricht. Il était temps de choisir son camp.

La mob était notre « Jean » à nous, c’est-à-dire un attribut culturel, peut-être, l’illustration d’une véritable identité européenne. Au lieu de chercher des valeurs et manier des concepts vides, la mob incarnait notre fond commun. Moins chère qu’un scooter, bénéficiant d’une législation peu tatillonne, cette mob n’est désormais plus qu’un rêve des Trente Glorieuses. En ville, la trottinette l’a tuée.

Une humanité rieuse

Ailleurs, elle s’accroche avant qu’on ne l’interdise pour un prétexte fallacieux, mais quel plaisir d’apercevoir encore aujourd’hui un pépé tirant une remorque avec son antique « Orange » ou une belle fille faire voltiger sa robe à fleurs, sur une route des Landes. Tati, Hitchcock, BB, les hippies, les ouvriers ou les lycéennes de Victor-Duruy, tous ont adopté la pétrolette. Cette humanité-là, rieuse et folle, désuète et sentimentale était notre bien le plus précieux.

Le roman de Polanski

 


Les meilleurs films de Roman Polanski, de « Rosemary’s Baby » au « Pianiste », brouillent désespérément la frontière entre le réel et l’imaginaire. Ils ne conduisent pas à la solution d’une énigme, mais nous enfoncent au cœur de cette énigme. Là se trouve la clé de son cinéma, comme celle de son existence.


 

C’est par un court-métrage, Deux hommes et une armoire (1958) que Polanski a été repéré en France, d’abord par les cinéphiles. On aima ici son esprit d’absurdité troublante : deux hommes portant une armoire sortent des flots de ce qui pourrait être la Baltique. Ils errent ensuite dans une ville où ils croisent des voyous, des tueurs de petits chats, des exemplaires d’humanité capables du pire.

Depuis, Polanski n’a pas cessé de nous inquiéter. Il se méfie de la réalité, mais n’en prend sans doute pas assez soin, car elle n’a cessé de se venger. Polanski est un survivant. Durant la soirée des Césars (plus vulgaire et navrante que d’habitude[tooltips content= »Dans son hommage rendu aux morts de l’année, l’académie césarienne a oublié volontairement le nom de Jean-Claude Brisseau, auteur d’une œuvre très au-dessus de la majorité des films français de ces dix dernières années. Nul, dans la salle, n’a manifesté au moins son étonnement sinon sa réprobation. Doit-on s’étonner de cette preuve supplémentaire de bassesse morale, d’incompétence et de lâcheté de groupe ? »]1[/tooltips]), quelques manifestantes, aveuglées par les lacrymogènes et la colère intersectionnelle consécutive ont protesté : « C’est Polanski qu’il faut gazer ! » Les nazis y auraient pensé avant elles, si par malheur le petit Roman était tombé entre leurs mains…

Le Pianiste : fenêtre sur mur

Né à Paris de parents polonais, en 1933, il suit sa famille dans le pays de ses origines trois ans plus tard (voir l’article de Patrick Eudeline). Il aime les « salles obscures » du cinématographe : « J’adorais le rectangle lumineux de l’écran, le faisceau qui perçait l’obscurité depuis la cabine du projectionniste, la synchronisation miraculeuse du son et de l’image [tooltips content= »Roman Polanski, Roman par Polanski (trad. Jean-Pierre Carasso), Robert Laffont, 1984 (rééd. Fayard, 2016). »]2[/tooltips] […]. » Mais les nazis, qui envahissent la Pologne le 1er septembre 1939, ont d’autres projets pour lui, et pour les juifs en général…

La mémoire ancienne est imprécise, mais elle fixe des moments forts. Pour l’enfant du ghetto, la persistance rétinienne fait surgir un mur de briques, annonciateur des calamités. Ce mur, qui ferme brutalement une rue, dans Le Pianiste (2002), Polanski l’évoquait parmi d’autres souvenirs sauvés du temps et de l’oubli dans son autobiographie, et dans un entretien accordé à Catherine Bernstein [tooltips content= »Dans la collection « Grands entretiens, mémoires de la Shoah », disponible sur le site de l’INA. »]3[/tooltips] : « Nos fenêtres donnaient l’une sur une église, l’autre sur une petite rue. Un jour, ma sœur m’appelle, je me penche à la fenêtre : “Regarde”. J’ai vu qu’ils construisaient un mur, fermant ainsi la rue d’un bout à l’autre. J’ai compris qu’on nous emmurait. Je me souviens très bien de ce moment ; ma sœur et moi, nous avons pleuré. C’était vraiment le ghetto. »

À lire aussi : Polanski: Samantha Geimer lui pardonne, ne vous déplaise

En retrouvant ce mur dans Le Pianiste, l’on éprouve l’accablement de l’enfant Polanski.

Ainsi, si la vraie vie n’a pas ménagé Polanski, il en a fait du cinéma !

« Je vivais dans un monde à part… »

Roman Polanski est un esprit rationnel. Lorsqu’il convoque le surnaturel, c’est pour démontrer qu’il n’existe que par notre consentement, notre faiblesse émotive, parce que nous l’autorisons à gouverner nos peurs. Dans son œuvre, cela donne le meilleur et… le moins bon.

Rosemary’s Baby(1968) appartient à la première catégorie. Une jeune mariée (Mia Farrow), et son mari (John Cassavetes) emménagent dans un appartement new-yorkais. Le quartier est plaisant, l’immeuble [tooltips content= »Le « Dakota Building », à Manhattan. C’est devant son porche que fut assassiné John Lennon, qui y habitait, le 8 décembre 1980. »]4[/tooltips] a vue sur Central Park, mais son architecture énorme et la manière dont il est filmé en font un décor angoissant. Nous assistons à la lente montée de l’effroi chez une femme environnée de présences inquiétantes. Est-elle la cible d’un complot fomenté par des adorateurs de Satan, et va-t-elle accoucher des œuvres de celui-ci ? Ou bien toute cette histoire trouve-t-elle sa résolution dans un épisode paranoïaque de la future maman ? Et nous, spectateurs tourmentés, avons-nous vu l’effrayante scène d’accouplement entre la gracieuse épouse et le formidable démon ? De qui sommes-nous les dupes ? De Polanski assurément, maître de l’illusion et de l’onirisme, qui réussit un tour de force cinématographique. Il prend un « malin » plaisir à nous égarer : « Aussi loin que je remonte dans mes souvenirs, la frontière entre le réel et l’imaginaire a toujours été désespérément brouillée. Il m’aura fallu presque une vie pour comprendre que c’était là la clef de mon existence même. »

L’huissier du diable

Polanski l’agnostique ne croit pas à l’existence du diable, pas plus qu’à la présence des vampires. Ces figures redoutables du cauchemar sont la face noire du monde, la faille cachée sous l’édifice de la civilisation, le ricanement hypercritique des partisans de la négation. Mais elles stimulent la création. Polanski n’est pas seulement un cinéaste pour ciné-clubs, il est à sa façon un maître du cinéma « de genre ». Il veut séduire, « embobiner » le spectateur. La plupart du temps, il l’entraîne dans un récit affolant, gouverné par les principes de l’angoisse, du mystère, de la surprise épicée d’ironie cruelle. Ainsi La Neuvième Porte (1999) suit un magistral parcours dans un labyrinthe ésotérique. Un jeune et hitchcockien pourvoyeur de livres rares, incarné par Johnny Depp, se met en quête d’un volume, auquel le diable en personne aurait collaboré : au terme d’un voyage initiatique, ce Tintin sans Milou, mais pourvu d’un ange gardien amusé (Emmanuelle Seigner), pousse lui-même la neuvième porte. Même si la fin est quelque peu bâclée, on suit en frémissant le périple de l’huissier faussement ingénu du royaume des ténèbres. Quelle peur Polanski veut-il conjurer en la partageant avec nous ?

À lire aussi : Affaire Polanski: de la différence entre « justes » et « justiciers »

« Frantic » (1988) entre également dans la colonne des films de genre de grande facture. Richard Walker (Harrison Ford) est un cardiologue américain présent à Paris avec sa femme, Sondra (Betty Buckley), à l’occasion d’un congrès. Sondra disparaît dans des conditions mystérieuses, irréelles. Autour de lui, il ne trouve que scepticisme : l’épouse est sans doute avec son amant… La ville de Paris lui est inconnue, elle lui devient hostile. Rien ne tient durablement, les pistes se perdent, se brouillent. Mais on sent dans la progression de cet homme perdu un faisceau de menaces. Le dénouement, c’est la fatalité qui trouve en Michelle (Emmanuelle Seigner) une victime expiatoire. Comment être sûr des apparences alors qu’elles s’effacent quand on va les saisir (ou les comprendre) ? Polanski est à son aise dans les signes d’une piste qui mène à l’énigme plutôt qu’à sa solution. Que sait-on vraiment, que reconnaît-on que l’on croyait connaître : « On dirait que mon histoire a été écrite par quelqu’un d’autre, quelqu’un, de surcroît, que j’ai à peine connu. »

Prenez garde au vampire !

Au contraire de Rosemary’s Baby, de Répulsion (1965) et du Locataire (1976) – démonstrations réussies d’un savoir-faire jamais pris en défaut –, et malgré sa parfaite maîtrise technique et la valeur de ses décors, « Le Bal des vampires »(1967) n’a pas résisté à l’épreuve du temps. Polanski et Gérard Brach, son coscénariste, ont semé leur récit de blagues et de gags simplets (à quelques exceptions près, telle la scène du vampire juif aucunement impressionné par la croix chrétienne qu’on lui oppose), de clins d’œil ironiques, qui plaisent peut-être encore au lectorat et aux critiques de L’Obs et de Télérama, mais signalent surtout une parodie ratée. Le parti pris de distance sarcastique avec le genre « film de vampires », qui procura au public du cinéma MidiMinuit, à Paris, d’adorables sueurs froides, a creusé les rides de ce long-métrage qu’un peu d’humilité artistique lui aurait épargnées. Persifler n’est pas jouer  : quand on moque une «  manière  », il convient de se hisser à sa hauteur.

Dracula résiste à Polanski

Fort heureusement, Dracula – imaginé par le romancier irlandais Bram Stoker (1847-1912) – disposait de réserves de sang frais. Les films dont il fut le héros, avec Christopher Lee dans le rôle-titre, réalisés principalement par Terence Fischer pour le compte de la compagnie Hammer, ont mieux résisté aux outrages du temps que l’œuvre qui prétendait les ridiculiser. En 1992, Francis Ford Coppola démontra que les nombreuses et anciennes apparitions de l’hématophage blafard, si habile à forer la veine la plus fine du cou le plus gracile, n’avaient pas épuisé notre capacité d’éblouissement  : son Dracula est à ce jour la plus parfaite représentation du suceur de sang des jeunes filles séduites et abandonnées. En face de lui, l’infortuné professeur Abronsius du « Bal » (Jacky MacGowran) et Alfred (Polanski lui-même), son tremblant assistant, tous deux minables chasseurs de vampires, font pâle figure. Leur valeur comique n’est pas suffisante pour lutter contre le prestige du Transylvanien. Le ridicule se retourne contre eux, et contre le film. Pris entre le goût de la farce et la tentation de l’épouvante, « Le Bal des vampires » trahit l’un et l’autre, même s’il apporte la preuve du tempérament « fantastique » de son auteur, servi par son réalisme.

Macbeth ne souffre pas de l’encombrant esprit de dérision néfaste, selon nous, au Bal des vampires.

« La vie n’est qu’une ombre errante […]. C’est une histoire Racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, Et qui ne signifie rien. » (Macbeth, V, 5)

Au cinéma, Roman Polanski n’a adapté qu’une seule pièce de William Shakespeare, « Macbeth » (1971), soit deux ans après l’assassinat de Sharon Tate, son épouse enceinte, dans la nuit du 8 au 9 août 1969 par quatre personnes qui agissaient sur l’ordre d’un certain Charles Manson. Le film maintient son rythme haletant jusqu’à la fin et réserve des surprises spectaculaires.

Bernard Pivot : « La vie de Roman Polanski est un scénario extraordinaire qu’il faudrait filmer. »

On imagine aisément quel était son état intérieur, lorsque Polanski entreprit la réalisation de « Macbeth ». L’ambiance crépusculaire de la pièce initiale, par instant saturée de peur et de violence, peuplée des créatures que suscitaient la démonologie médiévale, hantée par la figure de Macbeth, soldat valeureux, mais époux faible à la raison vacillante, poussé au régicide par sa femme, Lady Macbeth, produit à l’écran de superbes images. Mais est-ce un hasard si Polanski a choisi cette tragédie à ce moment précis de son existence ?

« Première sorcière :  Où as-tu été, sœur ? Deuxième sorcière : Tuer les cochons. » (Macbeth, I, 3)

Macbeth est fondé sur une impeccable mécanique de terreur sacrée. On y voit s’unir des forces obscures, des créatures démoniaques, des êtres humains dévorés d’ambition, prêts à perpétrer le crime le plus odieux. On y assiste au grand spectacle du Mal…

Charles Manson (1934-2017) connut une enfance de tumulte et de misère, puis la délinquance et la prison. Son bagage scolaire était mince, mais lorsque ce garçon chétif au regard perçant prenait la parole, on l’écoutait. Un cercle se forma autour de lui, qui s’agrandit, jusqu’à constituer une « famille ». Catherine Share, qui en fut membre, déclarera plus tard : « Il donnait aux femmes ce dont elles avaient besoin et, de maintes façons, ce qu’elles désiraient. »

À lire aussi : Tous contre Polanski

L’expédition punitive lancée par Manson dans la résidence où séjournaient Sharon Tate et ses amis comptait trois femmes, Susan Atkins, Patricia Krewinkel, Linda Kasabian (elle fit le guet, à l’extérieur) et un homme, Tex Watson. Krewinkel et Atkins maniaient le couteau, sans précision, mais férocement. Susan Atkins écrivit avec le sang de Sharon Tate le mot « Pig » (cochon) sur la porte d’entrée de cette belle propriété, construite pour Michèle Morgan pendant son séjour hollywoodien.

Jon Finch dans "Macbeth" (1971), de Roman Polanski, adapté de la tragédie de William Shakespeare (c) Everett/Bridgeman images
Jon Finch dans « Macbeth » (1971), de Roman Polanski, adapté de la tragédie de William Shakespeare (c) Everett/Bridgeman images

L’un des policiers déclara qu’il se dégageait de la scène une atmosphère de crime rituel… « La vie de Roman Polanski est un scénario extraordinaire qu’il faudrait filmer. » (Bernard Pivot, « Apostrophes »)

Des individus malfaisants prétendront que Sharon Tate et ses amis se livraient à des orgies, se droguaient, qu’ils attiraient une population interlope  : finalement, leur sort funeste était une punition méritée ! Mensonge et calomnie : « Sharon était plus qu’un visage adorable et une silhouette séduisante. Elle m’enchantait par sa perpétuelle bonne humeur, sa nature enjouée et généreuse, l’amour qu’elle vouait aux hommes et aux animaux – à la vie elle-même. »

La vie de Roman Polanski deviendra peut-être un jour un biopic au cinéma. En attendant, nous avons ses films, témoignages et héritages d’une vie à grand spectacle

Covid et canicule: «Les directeurs d’Ehpad ont évité un carnage»


Alors que les fortes chaleurs s’emparent de la France, revivrons-nous l’hécatombe de l’été 2003 qui avait provoqué 19 000 morts ? Les Ehpad sont-ils prêts à affronter la canicule tout en protégeant leurs pensionnaires contre le Covid ? Les réponses de Joachim Tavares, ancien directeur d’Ehpad et fondateur de l’entreprise Papyhappy[tooltips content= »Pappyhappy est à la fois un site de conseils et une agence immobilière spécialisée dans le logement senior. »]1[/tooltips], sorte de Tripadvisor du logement senior. Il trace des perspectives d’avenir pour notre société vieillissante confrontée au défi de la dépendance. Entretien.


Daoud Boughezala. La canicule de l’été 2003 a provoqué un pic de surmortalité chez les séniors, avec 19 000 victimes. Comment expliquez-vous cette hécatombe ?

Joachim Tavares. A l’été 2003, la France a subi des fortes chaleurs qu’elle n’avait jusqu’alors jamais connues pendant une aussi longue période. Les établissements pour personnes âgées n’étaient pas prêts à gérer cette canicule, faute de protocoles et de plan bleu pour affronter la crise (tels qu’il existe aujourd’hui un plan bleu pour la grippe, le plan bleu pour le Covid et le plan bleu pour la canicule). Le personnel n’était tout simplement pas prêt à gérer ces situations.

Concrètement, qu’est-ce qui a changé depuis dans la gestion de la canicule ?

Un ensemble de protocoles est entré dans les mœurs. Auparavant, les établissements n’étaient pas équipés de climatiseurs ni de ventilateurs. Aujourd’hui, ils se sont équipés, certains ont pu climatiser un local commun – souvent la salle de restauration ou d’animation. Des ventilateurs ont été installés dans les chambres des pensionnaires, soit par la structure soit par le résident. Des mesures supplémentaires ont été adoptées : alléger les menus pour l’été (fruits, soupes froides, gaspachos…), ventiler les chambres… Pour les pensionnaires les plus dépendants, incapables de manger seuls, les employés préparent des gelées afin les alimenter et de les hydrater.

Gardons en tête un fait très important : les personnes âgées ne ressentent pas la chaleur comme nous. Certains petits vieux portent une doudoune en plein mois d’août ! Dès le matin, le personnel des structures spécialisées doit donc penser à les habiller de manière estivale. Puis les solliciter tout le long de la journée pour les faire boire, les mettre à l’ombre, dehors s’il y a un parc, etc. Bref, on a appris des erreurs de 2003.

Cette année, les Ehpads affrontent à la fois la canicule et l’épidémie de Covid, particulièrement meurtrière chez nos aînés. Comment relever ces deux défis simultanément ?

Les protocoles ont été modifiés en fonction de ces deux impératifs. Par exemple, si le ventilateur est autorisé dans les chambres, lorsqu’un résident reçoit de la famille, des amis ou même un voisin de chambre, il doit l’éteindre pour éviter la dispersion des aérosols. Il en va de même dans certaines salles climatisées – des climatisateurs avec filtres sont sans danger mais les plus anciens sont allumés puis éteints à l’arrivée des gens. C’est une question de bon sens.

Cette année, dix mille de nos aînés sont morts du Covid en Ehpad. S’agit-il des plus fragiles éliminés sous l’effet de la sélection naturelle ?

Absolument. Je pense même que lorsqu’on fera le compte du nombre de morts en Ehpad sur l’ensemble de l’année 2020, il n’y aura pas de pic de mortalité car les plus faibles sont déjà partis. Les gens qui entrent en Ehpad sont de plus en plus âgés et de plus en plus dépendants.  Or, les morts du Covid en Ehpad étaient déjà fragiles et n’avaient malheureusement pas une grande espérance de vie devant eux. Pourtant, pendant le pic de l’épidémie de Covid, les directeurs d’Ehpad ont fait de leur mieux, isolant les pensionnaires pour les préserver comme ils l’auraient fait face à une grippe ou une gastro. Avec le manque de protection (masques, lunettes, surblouses), si les établissements n’avaient pas mis en place cet isolement, cela aurait été un carnage.

Comme l’ancienne ministre Michèle Delaunay, jugez-vous les Ehpad inadaptés car vecteurs d’isolement social pour les plus vieux ?

Pas du tout. Loin d’être désuet, l’Ehpad est un modèle en mutation. Il est en train de glisser vers nos anciennes maisons de convalescence pour gens âgés et fatigués qui avaient besoin de répit. Depuis quelques années, le profil des pensionnaires accueillis en Ehpad a changé. Il y a encore quinze ou vingt ans, les résidents y arrivaient en pleine forme avec leur conjoint. Ils conduisaient, allaient se balader seuls. Or, à mesure que la société vieillit, l’Ehpad accueillant des gens de plus en plus âgés et dépendants, il change de vocation. Son centre de gravité se déplace vers le soin. Quand je visite un Ehpad avec mon entreprise Pappyhappy, je me rends compte combien les gens y ont besoin de présence et de soins.

J’ajoute que l’Ehpad offre aussi une vie sociale à ses résidents. Autour du siège de mon entreprise, dans l’Yonne, les papys et mamies qui vivent à la campagne ne voient personne. Souvent, la seule personne qu’ils voient de la semaine est le facteur.

Sur un plan quantitatif, si des polémiques politiques se développent sur le ratio de personnel en Ehpad par rapport au nombre de résidents, c’est qu’il a y un besoin croissant d’employés.

A cause de l’arrivée des papy-boomers ?

Oui. Il y a désormais des strates dans le public des Ehpad : jeunes vieux, moyens vieux, plus vieux. D’où l’intérêt d’avoir plusieurs formes de logement à leur proposer. Quelqu’un qui part à la retraite vers 60-65 ans peut encore vivre au moins trente ans. L’Ehpad ne peut pas coller à ces trente ans mais au moment de la vie où on a besoin de soins et d’une présence. Les plus fragiles n’ont pas d’autre possibilité que d’aller en Ehpad. Aujourd’hui même, une dame est venue dans mon bureau pour me parler de sa mère de 78 ans qui ne peut plus marcher, refuse de dormir dans son lit et dort donc depuis trois ans dans son fauteuil, chute, ne se fait plus à manger, a un chien dont elle ne s’occupe plus… Dans ces cas-là, il n’y a que deux choix possibles : soit vous placez quelqu’un à ses côtés toute l’année 24h/24 et sept jours sur sept ; soit vous l’orientez vers des logements collectifs de type Ehpad. A partir d’un niveau de dépendance élevé conjugué à un besoin de soins important, si l’infirmière doit passer deux ou trois fois par jour, l’Ehpad offre une sécurité inégalable. Ni le domicile ni d’autres types de logements avec de l’aide ne peuvent se substituer à un établissement quasi-médicalisé avec des infirmières et aide-soignantes présentes toute la journée et de plus en plus la nuit.

Malgré tout, y-a-t-il des alternatives à l’Ehpad adaptées aux moins dépendants ?

Les solutions alternatives montent en puissance : familles d’accueil, colocations, béguinages… Cette dernière forme de logement très ancien vient de Belgique où des bonnes sœurs l’ont instituée. Il s’agit de partager un logement, un immeuble ou une maison, selon les principes de l’entraide chrétienne. Dans le béguinage, les résidents vivent séparément mais s’aident mutuellement. Ce modèle, qui était en train de mourir, repart aujourd’hui en force.

Je vous tiendrai la main

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L’antisémitisme, ce « privilège » dont les Juifs se passeraient bien


A la mi-juillet, un nouvel hashtag #JewishPrivilege (« privilège juif »), est apparu sur Twitter, repris par plus de 122 000 messages antisémites en 24 heures. Cette thématique des Juifs qui seraient des privilégiés, des profiteurs, des exploiteurs, des suppôts du capitalisme,  n’est pas nouvelle. Elle est la matrice de l’antisémitisme « de gauche », ce qu’August Bebel appelait « le socialisme des imbéciles », mais on la retrouve aussi dans une partie de l’extrême droite, celle que l’on qualifie parfois de fascisme social-révolutionnaire (présente notamment au sein des SA en Allemagne dans les années 20-30-40).


L’hostilité envers les Juifs peut apparaître en effet sous différentes formes à toutes les époques et en tout lieu, de la plus haute antiquité à nos jours, de l’Orient à l’Occident, et de gauche à droite dans le spectre politique.  A son origine, l’antisémitisme est à la fois religieux, antijudaïsme chrétien puis musulman, et « national », c’est-à-dire antagoniste à la nation juive enracinée dans sa terre. La pax romana a ainsi effacé le nom du territoire des vaincus, la Judée. Plus tard face à la permanence du yichow (persistance et retours récurrents des Juifs sur leur terre), les empires musulmans (califal et ottoman), on réinvesti, par l’instauration de la dhimma, l’interdiction faite aux Juifs d’avoir un territoire national.

« Pureté du sang » espagnol

D’autres formes d’antisémitisme viendront ensuite s’ajouter à ces deux versions originelles, en fonction des époques et des groupes qui s’en nourrissent et le diffusent. L’antisémitisme raciste apparaît ainsi avec la ley de pureza de sangre espagnole (« loi de la pureté du sang ») dès 1449 pour interdire l’accès à certaines fonctions rémunératrices et postes de prestige aux « nouveaux chrétiens » (les Juifs convertis sincèrement au catholicisme, contrairement aux « marranes », terme péjoratif désignant les Juifs formellement convertis mais qui judaïsent en secret). Cet antisémitisme prendra bien sûr toute son ampleur avec les théories racistes du 19ème siècle, et sa forme la plus terrible avec la doctrine nazie et son passage à l’acte génocidaire.  Au XIXme sièclen, se formalise également un autre type d’antisémitisme : anticapitaliste, dans ses versions marxistes et proudhoniennes.

Aujourd’hui, c’est essentiellement l’articulation entre un antisémitisme anticapitaliste et plus largement anti-élites, et un antisémitisme de la nation, dit « antisionisme » (de fait opposé à l’existence de l’Etat d’Israël) qui est le plus répandu et le plus pernicieux. La diffusion du slogan « privilège Juif » sous la forme moderne du tweet, syncrétise cette détestation des Juifs comme groupe privilégié à tous les sens du terme. La thématique du Juif et de l’argent y est en bonne place, mais un nouvel élément vient s’y ajouter sur le mode du favoritisme : les Juifs bénéficieraient d’un traitement de faveur dans la concurrence victimaire. Les Juifs sont en effet accusés de « profiter » de la Shoah pour se faire plaindre au-delà du raisonnable et tirer des avantages de tous ordres y compris financiers évidemment.

Contre Israël

Une variante de cet antisémitisme du privilège peut aller jusqu’aux thèses négationnistes : les Juifs feraient plus qu’instrumentaliser la Shoah, ils l’auraient inventée ! Dans cette perspective délirante, les antisémites du privilège Juif, peuvent développer également le syllogisme selon lequel un coupable ne pouvant être victime (et réciproquement), les Juifs sont les bourreaux des Palestiniens, et non seulement donc ne sont victimes de rien, mais sont coupables de tout. Articulé étroitement à la défense de la « cause palestinienne », l’antisémitisme du privilège construit ainsi une chaîne d’identifications, du Palestinien à l’Arabe, au musulman, à l’immigré, à l’ex-colonisé prétendument néo-colonisé.

Et plus récemment, cet antisémitisme anti-israélien articule antisémitisme et racisme anti-blanc : le Juif étant considéré comme un agent de l’impérialisme américain, un colonialiste, ancien supplétif des colons français, nouveau « colon » des « territoires occupés », capitaliste, mondialiste. Les Juifs sont alors définis en quelque sorte comme des « super-blancs ». Les « métèques », les « sangs mêlés » de l’antisémitisme raciste des XIXème et XXème siècles, sont devenus les « Blancs » les plus honnis dans la vision « racisée » d’un monde où s’affrontent à nouveau radicalement les races.

Des mots aux morts

Comme souvent, les Juifs sont alors ici comme le marqueur qui signale un danger global, une idéologie mortifère qui menace la société toute entière. L’antisémitisme est le signal d’une dérive vers le pire : l’antijudaïsme chrétien annonçait les bûchers de l’Inquisition et les guerres de religions, l’antijudaïsme musulman se prolonge par la détestation meurtrière également des chrétiens, des apostats, des athées (ne lit-on pas dans les hadiths « Vous combattrez les juifs », « Périssent les juifs et les chrétiens. Il n’y aura pas deux religions en Arabie »). Les persécutions antisémites staliniennes accompagnaient les massacres de masses de populations les plus diverses, russes y compris, et l’antisémitisme hitlérien, s’il était certes au cœur de la doctrine nazie, n’en était pas moins étroitement articulé à une vision planétaire raciste et à une frénésie exterminatrice qui alla au-delà des seules populations juives.

Haine de l’Occident

Les Juifs ont donc « le privilège » d’être les premiers visés, les premiers attaqués et assassinés, et ceux systématiquement, mais d’autres victimes leur font cohorte. Aujourd’hui les Juifs sont une fois encore cette malheureuse « avant-garde » des victimes des totalitarismes de tout poil et notamment aujourd’hui de l’islamisme volontiers allié à « l’indigénisme » des « racisés ». Ce n’est donc pas anecdotique que l’on ait entendu des slogans antisémites dans les manifestations racialistes anti-Blancs en relation avec la mort de George Floyd et celle d’Adama Traoré. La figure du Juif redevient « l’ennemi du peuple », de tous les peuples en lutte contre la « domination », prétendue domination « blanche et occidentale » en l’occurrence.

Français encore un effort... pour rester laïques !

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Liban : Macron a raison de tancer la classe politique

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macron liban hezbollah arabie saoudite
Emmanuel Macron, Beyrouth, août 2020. Auteurs : Thibault Camus-POOL/SIPA. Numéro de reportage : 00975752_000004

Emmanuel Macron a prévenu : après l’explosion de la semaine dernière, l’élite politique libanaise doit réformer le pays et endiguer la corruption… sinon cela bardera à son retour au pays du Cèdre dès le 1er septembre. Cette démarche est-elle justifiée ? Comment le Liban en est-il arrivé là ? Le Hezbollah sort-il grandi ou affaibli de la crise politique ? Les réponses du géographe Fabrice Balanche, spécialiste de la Syrie et du Liban. Entretien (1/2).


Daoud Boughezala. Après l’explosion survenue sur le port de Beyrouth, Emmanuel Macron a imposé un ultimatum à la classe politique libanaise dont il dénonce ouvertement la corruption. Comment expliquer cette démarche ?

Fabrice Balanche. Depuis la fin de la guerre civile en 1991, le Liban a reçu énormément d’argent de la part de la communauté internationale pour sa reconstruction. Différentes conférences à l’initiative de la France – Paris 1 en 2001, Paris 2 en 2002, Paris 3 en 2007, et Cèdre en 2018 – ont drainé des milliards d’euros vers le Liban. Cela n’a pas empêché l’Etat libanais de se retrouver en faillite aujourd’hui. En fait, cela fait près de trente ans que les dirigeants libanais détournent à leur profit les finances publiques. La paix sociale était assurée par des embauches dans une administration pléthorique et corrompue, de généreux taux d’intérêts sur les comptes bancaires grâce aux emprunts d’Etat et la redistribution d’une partie de ses détournements de fond aux clients des différents dirigeants politiques.

Comment la classe politique libanaise détourne-t-elle cet argent ?

Prenons l’exemple de La Caisse des Déplacés, destinées à indemniser les Libanais dont les logements furent squattés durant la guerre civile. Pour obtenir la restitution des logements sans provoquer de nouveaux affrontements, l’Etat libanais a payé les squatteurs pour qu’ils déménagent et indemnisé les propriétaires pour réparer les maisons. Dans le Chouf, région à majorité druze et fief de Walid Joumblatt, les druzes qui occupaient les maisons des chrétiens chassés durant « la guerre de la montagne » en 1983, reçurent de très généreuses allocations pour restituer les logements. Elles étaient d’autant plus généreuses qu’ils étaient loyaux à Walid Joumblatt, le ministre des déplacés, qui utilisa les milliards d’euros de La Caisse des Déplacés pour maintenir sa mainmise sur le Chouf. Dans le Sud Liban, il est difficile d’obtenir un poste dans la fonction publique sans être membre du Mouvement Amal de Nabib Berrih, l’éternel Président du Parlement. Je pourrais multiplier les exemples du népotisme, du clientélisme et de la corruption généralisée. Mais, à mon sens, le plus grand corrompu et celui qui institutionnalisé ce système au détriment d’un véritable état de droit était Rafic Hariri, Premier ministre libanais de 1992 à 2004. Il serait trop long de décrire comment les Hariri, père et fils (Saad Hariri a été premier ministre de septembre 2009 à janvier 2011, puis de décembre 2016 à janvier 2020), ont mis le pays en coupe réglée, je vous renvoie à un de mes articles sur le sujet qui est en accès libre : « The reconstruction of Lebanon or the racketeering ruling ».

Cette gabegie généralisée justifie-t-elle les sommations d’Emmanuel Macron ?

Emmanuel Macron a raison de signifier fermement aux politiciens libanais de la majorité comme de l’opposition qu’ils n’auront désormais plus de chèque en blanc. Car le Liban actuel, c’est le tonneau des Danaïdes et cette classe politique libanaise corrompue est richissime. Les comptes bancaires des Libanais sont bloqués depuis octobre 2019, mais les politiciens et leurs amis affairistes ont eux tout loisir de transférer leur argent à l’extérieur du pays. Le problème est que la France aurait dû se montrer réaliste face à ses alliés libanais depuis des décennies, en particulier la famille Hariri qui est notre principal allié au Liban. Mais pour d’obscures raisons de connivence avec certains dirigeants français mais aussi géopolitiques : conserver notre influence sur le Liban face à la Syrie et à l’Iran, la France a fermé les yeux sur la gabegie ambiante. Désormais nous avons le choix entre continuer de financer à fond perdu nos affidés libanais ou leur tenir un langage de fermeté au risque qu’ils se tournent vers d’autres bailleurs. Rappelons que les dirigeants libanais ne sont pas à vendre mais à louer. Cependant, je vois mal la Russie ou la Chine jouer le chevalier blanc au Liban. Les pays du Golfe sont fatigués de ce pays qu’ils considèrent de toute façon comme perdu au profit de l’Iran. Le risque est plutôt de voir une nouvelle guerre civile éclater.

 L’actuelle crise financière et politique que traverse le Liban renforce-t-elle ou affaiblit l’axe Syrie-Iran-Hezbollah ?

Pour répondre à cette question, il faut tout d’abord revenir sur l’origine de la crise financière. Depuis une vingtaine d’années, la couverture des importations sur les exportations est à peine de 20%, la balance des paiements était compensée par les transferts des émigrés libanais. Les taux d’intérêts élevés attiraient leur épargne malgré le risque de défaut de paiement que faisait courir la progression d’une dette hors de contrôle. Les activités productrices ont été tuées par la politique de reconstruction de Hariri qui a tout misé sur l’immobilier, la finance et le tourisme pour drainer l’épargne de la diaspora libanaise et les capitaux du Golfe. C’était une véritable fuite en avant qui a enrichi la famille Hariri et ses affidés, mais appauvri la majorité des Libanais contraints à l’émigration pour s’en sortir ou à sombrer dans la pauvreté. Les difficultés économiques du Golfe depuis la crise financière de 2008 ont progressivement réduit les remises des émigrés, la guerre en Syrie a tué les investissements du Golfe et les récentes menaces de sanctions américaines sur le système bancaire libanais accusé de financer le Hezbollah ont donné le coup de grâce.

La faillite financière du Liban a donc tendance à affaiblir les acteurs politiques liés à l’Occident et à l’Arabie Saoudite. Leurs activités et leur pouvoir politique sont liés à la rente étatique et à la rente géopolitique venue de l’Occident et des pays du Golfe. Ces sources financières étant taries, ils perdent le contrôle de leur clientèle. Les classes moyennes libanaises laminées par la crise économique, mais disposant d’un capital intellectuel, émigrent en masse. Quant au petit peuple, il n’a d’autre solution que de se trouver des parrains capable de lui offrir un minimum de services.

… dispensés par le Hezbollah ?

Le Hezbollah dispose en effet d’institutions de santé et d’éducation qui suppléent aux carences de l’Etat dans les zones chiites. Certes, il a des problèmes de financement également puisque l’Iran est sous sanction, mais il peut compter sur la diaspora chiite libanaise et la caisse personnelle de l’ayatollah Khaméneï, toujours largement abondée par les fidèles et indépendante du budget de l’Etat iranien. Les dirigeants du Hezbollah sont peu corrompus, contrairement à ceux des autres partis politiques libanais, ce qui le rend beaucoup plus efficace dans le domaine social. J’aurais donc tendance à dire que l’axe Iran-Syrie-Hezbollah se renforce au Liban avec la crise. Cependant, tout dépendra de la capacité des Occidentaux et des pays arabes du Golfe à soutenir financièrement leurs affidés locaux et de les organiser en milices anti-Hezbollah.

à suivre…

Atlas du proche orient arabe

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Macron et le Quai d’Orsay protègent le Hezbollah

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Emmanuel Macron à Beyrouth le 6 août dernier (c) SIPA / AP Photo/Thibault Camus, Pool/AP22480452_000009

Au Moyen-Orient, Emmanuel Macron voulait rester ouvert au dialogue avec tous et éviter de prendre parti. Son orientation en faveur du Hezbollah vient contredire cette ambition.


 

Lors de son investiture à l’Élysée le 14 mai 2017, le président Macron avait dévoilé les grandes lignes de la politique qu’il comptait mener à l’égard des pays arabes. Ses efforts devaient porter sur la sécurité du pays et pour cela il avait clairement désigné les cibles contre lesquelles il devait s’opposer : Daesh et le terrorisme islamiste. Il tenait à ce que sa doctrine s’appuie sur fond de «réalisme et de pragmatisme». Mais il avait bien précisé que sa diplomatie serait plus équilibrée vis-à-vis des pays du Golfe et de l’Iran.

Faire de la France un arbitre au Moyen-Orient

Alors que l’influence française au Moyen-Orient avait largement décliné, sous les mandats de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, il avait estimé que les Printemps arabes avaient modifié la donne et qu’il devait peser dorénavant sur les événements de la région. Il n’avait pas apprécié l’échec du Quai d’Orsay dans la gestion de la crise syrienne. Il voulait que la France soit partie prenante dans le conflit alors qu’elle avait été exclue des négociations d’Astana.

À lire aussi : Liban : Macron a raison de tancer la classe politique

Il avait donc modulé sa position en n’exigeant plus le départ de Bachar el-Assad comme condition préalable et en ne prenant pas le parti de l’un des clans chiites ou sunnites. Il voulait dorénavant agir en arbitre en parlant à tout le monde. Pour lui, il s’agissait du meilleur moyen de tarir les sources de financement du terrorisme. Il se distinguait ainsi de Nicolas Sarkozy qui avait des affinités avec le Qatar et de François Hollande qui s’était engagé pour l’Arabie saoudite.

Malgré une position nette adoptée par les Occidentaux, Macron dialoguait en Libye à la fois avec le premier ministre Fayez El-Sarraj et son opposant le maréchal Haftar. Il voulait s’inspirer de la politique gaullienne, qui avait été d’ailleurs suivie par François Mitterrand, en maintenant la lutte contre le terrorisme islamiste comme fondement de sa doctrine. C’est pourquoi il a financé l’Irak et le Liban, deux pays confrontés à la terreur des militants islamistes afin de s’insérer parmi les acteurs locaux et de tenter de résoudre les différentes crises.

Le soutien de la diplomatie française au Hezbollah 

Mais face à cette volonté légitime d’arbitrage, on ne comprend plus la position d’Emmanuel Macron qui a décidé de prendre fait et cause pour le Hezbollah, qui personnifie  un État dans l’État au Liban, après avoir infiltré tous les rouages de l’administration et mis le pays en coup après avoir acquis à sa cause le président libanais chrétien Michel Aoun. Le Hezbollah est l’une des causes du malheur libanais. D’ailleurs, les manifestants de la mini-révolution ne se sont pas trompés en pendant l’effigie d’Hassan Nasrallah dans la rue.

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On ne comprend donc pas pourquoi le président français a demandé officiellement à Donald Trump de suspendre les sanctions américaines qui visent le groupe chiite soutenu par l’Iran car, selon le Quai d’Orsay, elles sont contre-productives. A la suite d’un appel téléphoné avec le président américain, Emmanuel Macron a accusé les Américains de chercher à étouffer le financement du Hezbollah au lieu de l’aider car il doit être partie prenante dans la reconstruction du Liban. Ce coup de téléphone n’est pas une rumeur puisqu’il a été confirmé par le Quai qui a précisé que «Macron lui a dit que dans le cas du Liban, le fait est que la politique de pression ou d’abstention des États-Unis et de certains pays du Golfe pourrait effectivement faire le jeu de ceux qu’ils visent, l’Iran et le Hezbollah. C’était donc une invitation au président Trump à réinvestir la question libanaise, car la situation est grave et nous ne devons pas abandonner le Liban à ceux que les États-Unis sont censés cibler par leur politique de sanctions».

La conférence, qui a lieu ce 9 août, réunit le Premier ministre britannique Boris Johnson, le roi de Jordanie, les représentants de la Chine et de la Russie et de la Banque mondiale, pour envisager le financement du Liban. Israël et l’Iran ont été exclus de cette réunion alors que le Hezbollah intervient en tant que membre du gouvernement libanais. La France, qui sait que le Hezbollah phagocyte tout le pays grâce à la puissance de ses milices face à une armée libanaise mal équipée, justifie sa position : «Le Liban est en train de couler. Nous avons touché le fond, de nombreux Libanais le pensent. Nous sommes là pour aider le Liban à remonter à la surface». L’aide d’urgence collectée par la France et l’ONU pour le Liban s’élève à un peu plus de 250 millions d’euros, a annoncé l’Élysée.

Au moment où la population libanaise a ciblé son ennemi parmi le Hezbollah, il est étonnant que le président Macron, sur les conseils du Quai d’Orsay historiquement pro-arabe, défende une milice qui a généré le chaos dans le pays en le mettant en coupe réglée. Drôle de position d’arbitre que celle de la France.

Cet immigrationnisme des élites qui ruine la France

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immigration france patronat ena
Manifestation des sans-papiers, Paris, juin 2020. SIPA/ISA HARSIN. Numéro de reportage : 00968559_000003

La spirale immigrationniste est un pacte tacite entre les grands groupes français et la caste des énarques. 


 

En France, deux tiers des habitants sont opposés à l’immigration de masse : les sondages parus à l’automne dernier montraient que cette proportion de la population estimait que l’intégration ne fonctionnait pas, et qu’il y avait trop d’étrangers en France.  La proportion varie quelque peu, mais grosso modo, une nette majorité de la population est défavorable à l’immigration de masse, depuis des décennies. Pourtant, celle-ci se perpétue et, surtout, n’est pratiquement plus remise en question dans le débat public. Il arrive certes à des polémistes de soulever la question, mais elle n’est pas politiquement débattue, c’est-à-dire soumise à une consultation démocratique. Lorsqu’elle est évoquée, c’est pour des ajustements à la marge, jamais pour interroger le principe et demander leur avis aux autochtones. De fait, depuis la fin des années 1970, c’est entre 200 000 et 300 000 personnes qui pénètrent chaque année sur le territoire national, dont plus de 60 % viennent d’Afrique.

Le tonneau des Danaïdes

Dans un pays qui se prétend démocratique, la contradiction entre une politique constante, aux conséquences si lourdes, si profondes et si durables sur le corps social, et l’hostilité à celle-ci de la majorité de la population ne peut qu’interroger. Il ne s’agit en effet pas d’évolutions sociétales, comme le mariage homosexuel ou la suppression de la peine de mort, qui peuvent être adoptées en dépit des préventions de la majorité et bénéficient ensuite d’un effet cliquet. Il n’y a pas d’effet cliquet en matière d’immigration : c’est une volonté toujours renouvelée. D’où vient-elle ?

Bien sûr, on est tenté de penser aussitôt aux belles âmes, aux discours sur l’accueil, la vocation universelle de la France, à la repentance post-coloniale, et de se dire que tout ceci est l’effet irrésistible d’une évolution des mentalités, que c’est donc en quelque sorte le sens de l’Histoire, et que toute autre motivation que l’on pourrait identifier ne serait que secondaire, bien loin derrière ce premier moteur du cœur et de l’esprit.

Mais en vérité, admettre que l’immigration de masse acceptée, sinon encouragée, depuis un demi-siècle par nos élites puisse être l’effet d’un état d’esprit, d’une idéologie qui aurait saisi les cœurs, serait aussi naïf que de croire que le principal motif de la colonisation était à trouver dans les discours comme celui de Jules Ferry sur le devoir pour les races supérieures de civiliser les races inférieures, sans considérer qu’avant tout il y avait des fortunes à faire, et qui furent faites, dans les mines de charbon du Tonkin et de phosphates du Maroc.

La gloire de l’Empire

La colonisation. C’est précisément dans ce phénomène passé, si souvent utilisé pour neutraliser la révolte du Français autochtone sous un flot de culpabilisation, que se trouve le modèle de la politique immigrationniste.

De cette colonisation de masse, les Français ne voulaient pas. Lorsqu’elle a débuté, dans les années 1870, leur cœur allait à l’Alsace et à la Lorraine qu’une défaite venait de leur arracher. Elle fut cependant un grand chantier, et un chantier constant, des élites de la IIIe République.

Elle le fut parce qu’à la même époque, le monde occidental entrait dans la Grande Déflation (1873-1896) et la stagnation industrielle. Le grand capitalisme français ne trouvait pas, dans la métropole, d’espace de croissance suffisant pour ses profits : les salaires des ouvriers étaient bas, et le monde paysan, encore important, n’était pas porté à la consommation. Il fallait donc trouver des occasions de gros profits, et ces occasions furent trouvées dans la colonisation, et l’investissement du capital dans des activités à haut rendement : mines, exploitations agricoles…

Durant ce quasi-siècle de l’Empire colonial français, la France dépensa plus que ce que ses colonies ne lui rapportèrent – ainsi que Jacques Marseille l’a montré jadis. Cependant, l’opération fut rentable pour certains, aux dépens des autres : car ce sont bien les deniers publics, l’argent des français métropolitains, à travers l’armée, le maintien de l’ordre, l’investissement dans des infrastructures,  qui permirent l’exploitation de ces ressources dont quelques-uns tirèrent longtemps de gros revenus.

Cinquante ans de sollicitude

Tout l’imaginaire colonial, par l’Education nationale, les Expositions, la propagande, réussirent à convaincre les Français, ou une grande partie d’entre eux, que tout cela était non seulement dans leur intérêt économique, mais moral, que c’était leur grandeur.

Il  est aujourd’hui bien difficile, en tant que petites gens ainsi alarmés par ces vagues souvenirs, de ne pas plisser les yeux, froncer les sourcils et commencer à grogner en comprenant les ressorts de la supercherie, lorsque l’on se remémore les cinquante dernières années.

1973, choc pétrolier, fin des Trente Glorieuses. La forte croissance s’éloigne, ne paraît plus atteignable. Et le grand capitalisme français se retrouve une nouvelle fois confronté à ce peuple français, resté si paysan dans sa mentalité, avec sa fâcheuse tendance à l’épargne,  à la thésaurisation, à la consommation modérée dans une France qui n’est plus à reconstruire. Que faire pour continuer à garantir une forte rentabilité pour les grandes entreprises, dans le bâtiment, dans la grande distribution en pleine expansion à la fin des Trente Glorieuses ?

On trouve une idée dans les théories de Keynes : il faut stimuler la demande. On appelle cela « relance par la consommation », c’est le keynésianisme prisé des élites technocratiques, formées à l’ENA. Mais comment faire fonctionner cela quand on connaît la mentalité épargnante des ménages français ? Leur distribuer de l’argent serait risquer de le voir finir en trop grande partie dans des bas de laine. Et puis il y a de nombreux équipements dont la consommation n’est pas extensible : qui a besoin de trois lave-linges, quatre réfrigérateurs, dix services de vaisselle ? qui a besoin de deux, trois, quatre résidences secondaires ? Il faut donc des consommateurs vierges de tout patrimoine, des familles entières qu’il faudrait équiper intégralement en partant de rien.

Colonisation à l’envers

Et c’est à ce moment que commence cette colonisation à l’envers de l’immigration de masse, avec le regroupement familial, puis l’ouverture des vannes, et le développement massif du circuit économique de la colonisation à l’envers : les aides sociales, les transferts sociaux permettent de prendre l’argent que les Français trop économes auraient eu tendance à épargner, et de le déplacer non seulement au sein de la population française autochtone, mais aussi (surtout ?) vers de nouveaux arrivants qui sont démunis de tout et, par conséquent, devront tout acheter. Et pour faire bonne mesure, on double les transferts sociaux d’argent pris aux Français par l’impôt avec de l’argent supplémentaire emprunté en donnant en garantie le patrimoine des mêmes Français, grevant les générations futures d’une dette énorme.

Et qui sont les premiers bénéficiaires de cette masse supplémentaire de consommation ? Les grands groupes français du bâtiment, de la grande distribution, plus tard des télécommunications. Les banques qui soutiennent des investissements immobiliers qui sont majoritairement remboursés par des aides sociales au logement. Etc.

Et qui sont les dirigeants des grands groupes français, ou peuplent leurs conseils d’administration ?

Les énarques. Les mêmes énarques qui conduisent la politique d’immigration de masse depuis cinquante ans. Les mêmes qui effectuent fréquemment des allers-retours dans des conseils d’administration de grandes entreprises bénéficiant de cette subvention indirecte qu’est l’immigration arrosée d’argent pour le consommer aussitôt.

Non au conspirationnisme

La critique socialo-communiste selon laquelle l’immigration est censée servir à provoquer une pression à la baisse sur les salaires, est fausse : si tel était le cas, l’immigration serait orientée vers de la main d’œuvre qualifiée selon les besoin des entreprises françaises, ce qui n’est pas le cas.

La critique « conspirationniste » de l’immigration, selon laquelle celle-ci est une immigration de peuplement, qui sert à remplacer les autochtones, est fausse aussi.

La réalité est que l’immigration est une immigration de consommation, une consommation qui a pour but de doper la rentabilité du grand capitalisme français en connivence avec la haute fonction publique énarchique. Elle a sans doute des effets accessoires sur les salaires, et un effet dramatique sur la composition démographique du pays, mais ce ne sont pas les effets d’abord recherchés.

Ce modèle, qu’on peut qualifier de consumérisme immigrationniste, est donc fondamentalement un pacte entre les grands groupes français et la caste des énarques. Comme la colonisation, elle ruine la France, mais enrichit une poignée de gens. Comme la pour la colonisation, après quelques décennies de matraquage, on a réussi à faire croire aux Français qu’il s’agit d’une entreprise pratiquement désintéressée qu’ils doivent être fiers d’avoir menée et qu’il serait inhumain de critiquer. Pour protéger ce système de rentes, la presse française, subventionnée par l’Etat énarchique et détenue par les grands groupes, étouffe la dénonciation de « l’ensauvagement » et du terrorisme islamiste, conséquences encore plus graves de cette politique prédatrice.

Il est temps de dénoncer cette mascarade, cette hypocrisie, cette escroquerie. Il faut comprendre que se battre contre des émotions et des idées qui servent à habiller des intérêts est vain, car c’est laisser intact et bien à l’abri le ressort de la mécanique. Il faut identifier et dénoncer l’intérêt qui la meut. Pour l’immigration de masse, c’est cet intérêt commun qui enrichit les énarques et les grands groupes en spoliant les Français.

La colonisation n’a pratiquement pas survécu à la IIIe République. L’immigration de masse ne devrait pas survivre à la Ve.

Les yeux grands fermés (L'immigration en France)

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Margaret Sanger, la féministe américaine condamnée après sa mort

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Margaret Sanger. AP/SIPA. Numéro de reportage : AP22475216_000001

La « cancel culture » a fait une victime posthume au sein du Planning familial américain.


Féministe de la première heure, l’Américaine Margaret Sanger est largement considérée comme une militante pionnière de la liberté de disposer de son corps. Cette infirmière a ouvert dès 1916 la première clinique de contrôle des naissances (terme qu’elle fut également la première à utiliser) aux États-Unis. Tout le monde reconnaît le rôle majeur qu’elle a joué dans l’accès au contrôle des naissances des femmes à faible revenu, des minorités et des immigrantes. C’est pourquoi après sa mort en 1966, la fédération du Planning familial (Planned Parenthood) de la région de New York a donné son nom à son QG de Manhattan.

L’eugénisme malvenu

Or, ce qui était un motif de fierté dans les années 1960 est aujourd’hui devenu une source d’embarras pour le camp féministe et progressiste. Il y a encore cinq ans, la logique politique était respectée : un groupe de conservateurs et de militants anti-avortement avait demandé le retrait d’un buste de Sanger de la National Portrait Gallery de Washington.

Aujourd’hui, la pensée, l’action et la personnalité de cette femme complexe font resurgir sa part d’ombre. Car Margaret Sanger a également participé au mouvement eugéniste qui militait pour l’amélioration de la « race » humaine par une sélection basée sur les traits génétiques. Comme d’autres partisans de l’eugénisme – très nombreux à l’époque – Sanger croyait en effet souhaitable de travailler pour créer, biologiquement, une meilleure « race » humaine. Ainsi, elle prônait la stérilisation de certains handicapés mentaux et croyait que si une femme donnait naissance à plusieurs enfants, les plus jeunes de la fratrie seraient nécessairement faibles. Pour ne rien arranger, Sanger avait même entretenu des relations avec le Ku Klux Klan…

Après la Seconde Guerre mondiale, l’enthousiasme pour l’eugénisme s’est modéré dans de nombreux pays occidentaux. Depuis, des notions qui faisaient partie de la culture générale et de l’évidence scientifique il y a un siècle nous semblent aussi atroces qu’infondées. Les défenseurs contemporains de Margaret Sanger rappellent qu’elle défendait l’accès à la contraception de toutes les femmes, aussi bien noires que blanches.

Avorter les noirs ?

Ils expliquent aussi que, tellement concentrée sur son unique grande idée – la liberté de choix pour les femmes dans le domaine de la procréation -, elle n’a pas été très regardante sur l’identité de ses interlocuteurs et alliés potentiels. Sanger était prête à s’allier avec n’importe qui pour faire avancer ses projets. Cette histoire est donc particulièrement complexe. D’une part, il n’y a aucun doute sur la contribution de Margaret Sanger à l’une des plus grandes luttes féministes du XXe siècle : le droit de contrôler sa sexualité. D’autre part, on ne peut ignorer ses thèses eugénistes et racistes…

Mais les-anti Sanger vont plus loin. Dans un avis rendu l’année dernière, le juge de la Cour suprême Clarence Thomas a établi le lien entre les idées eugénistes de Sanger et le fait qu’elle avait ouvert une clinique de contrôle des naissances dans le quartier de Harlem, à l’époque majoritairement noir. Cela laisse entendre qu’elle cherchait à limiter la croissance démographique de la communauté noire. Ben Carson, secrétaire américain au logement et au développement urbain, a fait des déclarations similaires. Or selon de nombreux universitaires, cette interprétation – diffusée par des mouvements contre l’avortement – est malhonnête et trompeuse. Ainsi, selon l’historienne Esther Katz de l’université de New York, « Margaret Sanger n’essayait pas d’éliminer la race afro-américaine de ce pays ».

Mi-juillet, la section new-yorkaise du Planning familial a choisi son camp en débaptisant son QG. Sa présidente Karen Seltzer a expliqué que « la contribution de Margaret Sanger à la santé reproductive des femmes sont clairement indiscutées et clairement documentées, mais son héritage raciste l’est tout autant ». Par conséquent, « le retrait de son nom de notre bâtiment est à la fois nécessaire et attendu pour prendre en compte notre héritage et reconnaître les contributions de Planned Parenthood aux préjudices causées aux communautés de couleur ». Et ce n’est pas tout. La section new-yorkaise du Planning a également annoncé qu’elle entamait les démarches nécessaires pour également débaptiser le square « Margaret Sanger » de Manhattan soit lui aussi rebaptisé. Au sein de l’association, cette position radicale est tout à fait nouvelle.

Panique au Planning

L’organisation, qui ne vient pas de découvrir la complexité de la pensée et de l’action de sa fondatrice, avait auparavant engagé une démarche plus nuancée. En 2016, pour célébrer son centième anniversaire, Planned Parenthood avait publié un  long texte exposant les idées de Margaret Sanger sur l’eugénisme, qualifiant sa pensée de « stratifiée et complexe » et trouvant malgré tout son bilan globalement positif. Pourquoi un tel changement de ligne ? L’exacerbation des tensions au sein de la société américaine y est certainement pour quelque chose, mais selon le Washington Post  des tensions d’un autre genre ont également joué.

Un mois avant les « débaptêmes », Laura McQuade, directrice générale de la section, a été licencié après que 350 employés – anciens et actuels – ont signé des lettres publiques accusant cette femme blanche de comportement abusif et d’incapacité à traiter les doléances pour racisme, inégalité salariale et manque de promotion des employés noirs. Certains ont même dénoncé une direction « trumpiste ». Laura McQuade a nié ces accusation sans parvenir à convaincre les directeurs de l’organisation.

Du saint au démon

Toute cette histoire s’inscrit dans l’actuel mouvement global d’épuration des lieux de mémoire. Cette lame de fond n’est pas nouvelle mais ses manifestations se sont intensifiées depuis la mort de George Floyd et la résurgence du mouvement Black Lives Matter. Comme dans le cas de Margaret Sanger, les croisades morales déboulonnent des idoles qui passent subitement du saint au démon. Plus on s’éloigne de nos héros – choisis et mis en avant par les mécanismes médiatiques, administratifs, politiques et économiques qui façonnent la mémoire collective – plus on risque de se heurter aux abîmes qui séparent leurs visions du monde des nôtres.

Plus que séculaire, Planned Parenthood a ainsi le malheur d’avoir été fondé et dirigé par des personnes nées et éduquée à la fin du XIXe et au début du XXe siècles.

Hollywood confidential

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Olivier Minne. SIPA/ PJB. Numéro de reportage : 00792641_000062

Olivier Minne raconte le mythique Château de Marmont, palace de tous les excès, dans Un château pour Hollywood.


C’est l’été. Les cigales sont revenues. Sous le ciel coruscant, dans une ville où je regarde, chaque soir, la maison familiale d’André Gide, j’achève la lecture d’un livre épatant et tonique sur l’histoire du Château de Marmont, hôtel de luxe où les stars d’Hollywood s’adonnaient à tous les excès. Ce roman, signé Olivier Minne, animateur de télévision, journaliste et producteur, auteur d’une bio inspirée de l’acteur Louis Jourdan, nous offre un voyage dans la grande période du cinéma américain.

A la recherche d’Abigail Fairchild

On suit l’étrange destin d’Abigail Fairchild, ancienne patronne de la mythique demeure baroque, située 8221, Sunset Boulevard, à une époque où les coyotes s’aventuraient dans la ville des plaisirs infinis. Abigail est une ancienne star du cinéma muet. Elle quitta les studios en 1923 pour « convenances personnelles ». En fait, elle était enceinte sans être mariée. Ce qui ne pardonnait pas dans la capitale du vice, faussement puritaine. Il y avait aussi la concurrence âpre des Mary Pickford, Greta Garbo ou de la nouvelle recrue de la MGN, Joan Crawford. Elle prit la direction de l’hôtel en 1931. Elle décida qu’au Château, « les Noirs, les putes, les paumés et les pédés seront toujours les bienvenus. » Le ton était donné.

Le roman nous permet de suivre la réapparition d’Abigail en 1958, après une longue retraite solitaire. Elle hante à nouveau les couloirs du Château. Elle marche avec l’aide d’une canne à tête de raton laveur, fume-cigarette tendu à la main, boit des margaritas sans sel sur trois blocs de glace, se nourrit d’une granny-smith râpée, un yaourt et une tasse de café. Le décor est planté. Il suffit d’y ajouter le jeune Wayne Cornwall, beau vagabond surgi des collines de Hollywood, personnage complexe et plus ambitieux que son air réservé ne le laisse penser, et nous voici plongés dans une passionnante histoire, dont la chute réserve une émouvante surprise.

La cité du cinéma reste une pièce essentielle. Minne résume : « Mais à Hollywood comme nulle part ailleurs, les hommes jouent la comédie. Et si chaque époque a une ville qui la représente au monde, pour le meilleur ou pour le pire, alors Hollywood était l’incarnation de ce que le mensonge coule dans les rues et dans les films comme dans les veines du genre humain. » Il en rajoute dans le cynisme : « Une femme est une spécialiste du mariage, l’homme un simple généraliste. » Ou encore : « On est acteur parce qu’on n’arrive pas à faire autrement. » Une phrase que n’aurait pas reniée Marlon Brando.

A propos de Cecil B. DeMille, l’auteur fait dire à Abigail : « Ce type était un monstre. Un de plus. Hollywood en est tellement rempli. Comment pourrait-il en être autrement, dans cette immense fabrique à fric où aucune parole donnée n’est respectée, où le mensonge rémunère mieux que la vérité et où les crimes sont commis au nom de l’amour de l’art ? »

Envers du décor et névroses célèbres

Les célébrités ne sont pas épargnées. L’envers du décor pue le sexe, la drogue et l’alcool. La névrose inguérissable aussi. Howard Hugues, milliardaire, producteur, réalisateur et aviateur, mate, du penthouse 54, les nymphettes au bord de la piscine, surnommée le « suppositoire ». Chaque jour, il en repère une ou deux qu’il invite dans sa chambre. Une carrière peut tenir à une ficelle de string.

Toujours au bord de la piscine du Château, le réalisateur George Cukor fait le plein de garçons pour la nuit. David Niven, Humphrey Bogart, Errol Flynn, William Holden ou encore Glenn Ford trouvent en cet hôtel un refuge inespéré pour le désordre des sens. Et tant d’autres. Alla Nazimova peut vivre pleinement ses amours saphiques. F. Scott Fitzgerald se désespère devant sa machine à écrire. Duke Ellington reprend des forces après une tournée triomphale en Europe. Anthony Perkins s’envoie en l’air avec le magnifique Blond, Tab Hunter, bourreau des cœurs de toutes les adolescences. Natalie Wood, seize ans, rejoint Nicolas Ray dans son bungalow. Le rendez-vous est concluant : Natalie sera Judy dans La fureur de vivre, avec les deux frères ennemis, James Dean et Dennis Hopper.

Il y a encore la Platinum Blonde, Jean Harlow, morte, à vingt-six ans, d’une insuffisance rénale due aux coups donnés, cinq ans plus tôt, par son mari Paul Bern. Jean Harlow avait, quant à elle, tué Bern d’une balle dans la tête. Un crime maquillé en suicide.

Un univers impitoyable pour oublier nos mornes saisons.

Olivier Minne, Un château pour Hollywood, Éditions Séguier.

Un château pour Hollywood

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Tout le monde il est beau, tout le monde il est de gauche

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Manifestation contre Christophe Giared, Paris, juillet 2020. Auteurs : ACCORSINI JEANNE/SIPA. Numéro de reportage : 00974069_000004

La gauche, dont les Verts sont le nouveau centre de gravité, incarne la conviction d’incarner le Bien, le Beau et le Vrai. Qui oserait en douter ?


« J’adorerais être de gauche, c’est un souhait. Mais je trouve que c’est tellement élevé comme vertu que j’y ai renoncé […] Quand t’es de gauche, c’est l’excellence : le génie moral, le génie de l’entraide. C’est trop de boulot. »

Une fois lue cette émouvante déclaration de Fabrice Luchini, on se prend nous aussi à regretter de n’avoir pu nous hisser à ces hauteurs vertigineuses. Mais très heureusement, cela ne dure que le temps de faire un tour d’horizon de ce qu’est, de nos jours, la gauche.

La gauche, c’est d’abord le PS, non ?

Oui. Enfin, c’était. Car de nos jours, le Parti socialiste, c’est Olivier Faure. Alors, vous allez me demander qui est Olivier Faure, et vous aurez raison. D’ailleurs, même lui se le demande. C’est un gars modeste, le camarade Olivier. Le genre effacé, au point de s’évanouir de votre mémoire au moment même où il disparaît de l’écran de votre télé. C’est dire s’il incarne à merveille le Parti Socialiste. De fait, la transparence lui est tellement naturelle qu’il est prêt à s’effacer devant tous ses petits camarades des autres gauches en 2022, juste pour permettre à la gauche de figurer au second tour, histoire de prolonger une agonie pourtant devenue bien embarrassante.

Il y a aussi La France Insoumise !

Absolument. La gauche de combat. Quel combat, me direz-vous ? Eh bien, ce n’est pas clair. LFI prétend se battre pour la République, mais foule aux pieds à peu près toutes les valeurs républicaines, qu’il s’agisse de laïcité, d’égalité ou d’universalisme. LFI réclame la parole, mais uniquement pour exiger qu’on vous l’enlève. LFI, au fond, c’est la synthèse de tous les totalitarismes d’extrême-gauche, l’antisémitisme inclus. Des chemises rouges en raison des hasards du calendrier, mais qui auraient aussi bien pu être noires.

LFI prétend vouloir le pouvoir, et peut-être est-ce vraiment le but de certains de ses cadres, mais nul observateur n’en est sûr. En revanche, ils s’entendent tous pour mener un combat plus discret, qui ne concerne qu’eux, celui qui consiste à sauver leurs fesses de bourgeois installés, en négociant des strapontins si d’aventure la raclée qui s’annonce pour 2022 devait avoir lieu. Car s’ils prétendent défendre les masses laborieuses, ils ne voudraient surtout pas devoir un jour en faire partie. En attendant, ils naviguent à vue tout en appliquant cette maxime chère aux anarcho-autonomes : « pourquoi être inutile quand on peut être nuisible ? »

Et EELV, alors ? C’est bien, l’écologie !

En effet. C’est vert, c’est beau, ça attire les âmes d’enfants comme la lumière attire le papillon, et l’argent le percepteur. On comprend pourquoi l’électeur naïf peut choisir, dans le marasme actuel, de voter pour préserver l’écosystème dans lequel nous vivons.

Mais qui vous dit qu’EELV a un rapport quelconque avec l’écologie, malheureux ? L’écologie est une science complexe aux paramètres innombrables, et comme souvent en biologie, une certitude en remplace vite une autre. Or, il se trouve qu’il n’y a aucun scientifique digne de ce nom à la tête d’EELV, et de Jadot à Bayou, tous deux diplômés en commerce international, en passant par tous les autres cadres du parti, vous ne trouverez que des gens qui communiquent, enseignent, ou peignent, mais jamais, au grand jamais, un scientifique digne de ce nom. Et pour cause, l’écologie politique n’est pas une science, mais un ensemble de croyances tournant autour d’un axe majeur : la conviction d’incarner le Bien, le Beau et le Vrai.

Du coup, une fois qu’il a réussi à obliger les autres à brouter des algues, faire du vélo et renoncer à disposer d’une électricité bon marché en continu, l’élu EELV estime qu’il a fait l’essentiel en matière d’écologie, et peut se concentrer à sa vraie mission : le progrès de l’Humanité. En quoi cela consiste-t-il ? C’est très simple : faire disparaître tout ce qui a permis d’amener l’espèce humaine au 21ème siècle.

Le progrès technologique nous a conduits jusqu’ici ? Il faut nécessairement le mettre à bas, se remettre à marcher, si possible à ramper, et peut-être à grimper aux arbres. Avec un iphone à l’oreille, car il y a des limites à tout. L’Histoire a été faite par les mâles blancs hétérosexuels ? Il faut idéalement promouvoir une femme, si possible lesbienne et noire, pour qui on exigera davantage de droits que pour n’importe qui d’autre. Notre civilisation est judéo-chrétienne ? On proteste contre les crèches de Noël, et on hurle à l’islamophobie en défilant avec les islamistes.

Le parti de l’Autre

Car chez EELV, on déteste les phobes. On phile, toujours, en toutes circonstances. S’il pouvait choisir d’être hémophile, le militant EELV le serait, quitte à se vider de son sang. Il est d’ailleurs prêt à laisser l’Autre nous vider du nôtre.

Car plus que tout, EELV aime l’Autre, le Différent, le lointain, l’a-normal. L’anormalité, c’est le summum du progressisme, puisque c’est l’instabilité, que tout ce qui était disparaît et que rien ne peut durer, ce qui contraindra à un nouveau déséquilibre, que l’on pourra appeler « nouveau progrès ». Avec l’anormalité, c’est formidable : le progrès s’entretient de lui-même, et fait table rase du passé en même temps qu’il nous propulse vers un avenir totalement inconnu mais forcément meilleur, puisqu’il ne ressemblera à rien de connu. Tout vaut mieux que ce qui existait avant l’avènement d’EELV : les nouvelles religions n’aiment pas la concurrence.

Alors la gauche c’est fini ?

Mais bien sûr que non ! La gauche, c’est le progrès ! La gauche se réinvente ! Et en l’occurrence, la gauche réinventée, c’est le Printemps Républicain, une de ces merveilles conceptuelles dont la gauche éternelle a le secret. Et ce Printemps républicain, je vous en parlerai une prochaine fois. En attendant, évitez de voter EELV, sinon nous devrons imprimer le prochain article à la presse manuelle.

La gauche contre le réel

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Cet été, j’enfourche une mob !

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"The singing man", un film de 1966. SIPA/Mary Evans. Numéro de reportage : 51387728_000001

Il y a cinquante ans, le cyclomoteur motorisait la jeunesse française.


Dans ma jeunesse berrichonne, au pays de la sorcellerie, j’ai vu des choses étranges et fascinantes. Sur ces terres abandonnées, des ruraux-mécanos trafiquaient leurs mobylettes avec un art quasi-divinatoire. S’ils avaient mis autant de ferveur dans leurs études supérieures que dans le réglage de leurs meules, ils dirigeraient aujourd’hui la France. Je me souviens de l’un d’entre eux, ne comptant pas ses heures, enfermé dans le garage de ses parents, ce Huggy-les-bons-tuyaux du Boischaut avait transformé un banal 103 de série bleu pâlot en un objet hallucinogène aux reflets argentés.

La 103 métamorphosée

Á la mode Easy rider, ce choper des campagnes possédait un guidon étroit et haut, il n’avait plus rien à voir avec le 49,9 cm3 d’origine aux performances anémiées. Conquis et un peu effaré, je le voyais passer devant chez moi, à des vitesses inimaginables. Si Peugeot avait su qu’un gamin bricoleur pouvait ainsi exploiter le moteur dans ses derniers retranchements, il l’aurait embauché sur le champ à la direction technique.

Ce fier destrier affolait la maréchaussée bien incapable de le pourchasser au volant d’une Estafette en fin de vie. Je reste persuadé que, sur le lac salé de Bonneville dans l’Utah, cette 103 métamorphosée aurait battu à la loyale des Corvette et Mustang surgonflées. La République des bons élèves n’a jamais su reconnaitre, à leur juste valeur, les talents d’ingénieur et de metteur au point de tous ces garçons n’entrant pas dans le cadre. Notre vieille nation industrielle ne s’est pas remise de cet abandon-là.

Avant l’avènement du vélo-roi et la sacralisation de la marche à pied, le cyclomoteur aura été un indispensable instrument de liberté. Liberté de sortir, de draguer, de travailler et d’échapper à la surveillance familiale. La mob n’était pas seulement ce moyen de déplacement peu coûteux et facile d’entretien, elle était le socle, le creuset des espoirs pour des milliers d’adolescents en voie d’émancipation. Sans elle, la neurasthénie aurait gagné assurément la population.

La mob des seventies, attribut culturel

Cette mob avait des vertus pacificatrices et égalitaires car elle s’immisçait dans tous les milieux sociaux, chez les prolos et les bourgeois, les immigrés et les curés, les beaux quartiers et les terrils. On ne pouvait échapper à son attraction. Elle permettait à nos grands constructeurs de se livrer une belle bataille commerciale. Chacun y allant de sa nouveauté, saison après saison. Depuis la fin des années 1960, le cyclomoteur a envahi l’espace public, on l’utilise pour se rendre à l’usine, à la faculté, au foot ou à la plage. Son œcuménisme est un nouvel existentialisme. Il y en a pour tous les goûts et toutes les bourses, l’académique Vélosolex à galet résiste aux assauts des modernes, Motobécane et sa « Bleue » jouent la sécurité et le confort, de l’usine de Saint-Quentin, le Cady voit le jour, Peugeot réplique en dévoilant son économique 102. Et puis, les Italiens et les Japonais vont, sans cesse, au cours des années 1970, inventer de nouvelles formes de mobilité comme dirait un technocrate de la Mairie de Paris. Piaggio nous divertit avec son fluet Ciao ; Honda élève les standards de qualité avec son modèle Cub que l’on retrouvera sur tous les continents, tout en s’aventurant dans la minimoto, la très attachante Dax continue d’émouvoir les quinquas ; Yamaha invente le Chappy, nous lui disons chapeau ! Plus tard, l’opposition entre « 103 » et « 51 » laissera autant de traces dans les mémoires que les affrontements entre les pro et anti-Maastricht. Il était temps de choisir son camp.

La mob était notre « Jean » à nous, c’est-à-dire un attribut culturel, peut-être, l’illustration d’une véritable identité européenne. Au lieu de chercher des valeurs et manier des concepts vides, la mob incarnait notre fond commun. Moins chère qu’un scooter, bénéficiant d’une législation peu tatillonne, cette mob n’est désormais plus qu’un rêve des Trente Glorieuses. En ville, la trottinette l’a tuée.

Une humanité rieuse

Ailleurs, elle s’accroche avant qu’on ne l’interdise pour un prétexte fallacieux, mais quel plaisir d’apercevoir encore aujourd’hui un pépé tirant une remorque avec son antique « Orange » ou une belle fille faire voltiger sa robe à fleurs, sur une route des Landes. Tati, Hitchcock, BB, les hippies, les ouvriers ou les lycéennes de Victor-Duruy, tous ont adopté la pétrolette. Cette humanité-là, rieuse et folle, désuète et sentimentale était notre bien le plus précieux.

Easy Rider (1969) ( The Loners ) (Blu-Ray)

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Le roman de Polanski

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Roman Polanski et Mia Farrow sur le tournage de "Rosemary's Baby", 1968 (c) DILTZ / Bridgeman images

 


Les meilleurs films de Roman Polanski, de « Rosemary’s Baby » au « Pianiste », brouillent désespérément la frontière entre le réel et l’imaginaire. Ils ne conduisent pas à la solution d’une énigme, mais nous enfoncent au cœur de cette énigme. Là se trouve la clé de son cinéma, comme celle de son existence.


 

C’est par un court-métrage, Deux hommes et une armoire (1958) que Polanski a été repéré en France, d’abord par les cinéphiles. On aima ici son esprit d’absurdité troublante : deux hommes portant une armoire sortent des flots de ce qui pourrait être la Baltique. Ils errent ensuite dans une ville où ils croisent des voyous, des tueurs de petits chats, des exemplaires d’humanité capables du pire.

Depuis, Polanski n’a pas cessé de nous inquiéter. Il se méfie de la réalité, mais n’en prend sans doute pas assez soin, car elle n’a cessé de se venger. Polanski est un survivant. Durant la soirée des Césars (plus vulgaire et navrante que d’habitude[tooltips content= »Dans son hommage rendu aux morts de l’année, l’académie césarienne a oublié volontairement le nom de Jean-Claude Brisseau, auteur d’une œuvre très au-dessus de la majorité des films français de ces dix dernières années. Nul, dans la salle, n’a manifesté au moins son étonnement sinon sa réprobation. Doit-on s’étonner de cette preuve supplémentaire de bassesse morale, d’incompétence et de lâcheté de groupe ? »]1[/tooltips]), quelques manifestantes, aveuglées par les lacrymogènes et la colère intersectionnelle consécutive ont protesté : « C’est Polanski qu’il faut gazer ! » Les nazis y auraient pensé avant elles, si par malheur le petit Roman était tombé entre leurs mains…

Le Pianiste : fenêtre sur mur

Né à Paris de parents polonais, en 1933, il suit sa famille dans le pays de ses origines trois ans plus tard (voir l’article de Patrick Eudeline). Il aime les « salles obscures » du cinématographe : « J’adorais le rectangle lumineux de l’écran, le faisceau qui perçait l’obscurité depuis la cabine du projectionniste, la synchronisation miraculeuse du son et de l’image [tooltips content= »Roman Polanski, Roman par Polanski (trad. Jean-Pierre Carasso), Robert Laffont, 1984 (rééd. Fayard, 2016). »]2[/tooltips] […]. » Mais les nazis, qui envahissent la Pologne le 1er septembre 1939, ont d’autres projets pour lui, et pour les juifs en général…

La mémoire ancienne est imprécise, mais elle fixe des moments forts. Pour l’enfant du ghetto, la persistance rétinienne fait surgir un mur de briques, annonciateur des calamités. Ce mur, qui ferme brutalement une rue, dans Le Pianiste (2002), Polanski l’évoquait parmi d’autres souvenirs sauvés du temps et de l’oubli dans son autobiographie, et dans un entretien accordé à Catherine Bernstein [tooltips content= »Dans la collection « Grands entretiens, mémoires de la Shoah », disponible sur le site de l’INA. »]3[/tooltips] : « Nos fenêtres donnaient l’une sur une église, l’autre sur une petite rue. Un jour, ma sœur m’appelle, je me penche à la fenêtre : “Regarde”. J’ai vu qu’ils construisaient un mur, fermant ainsi la rue d’un bout à l’autre. J’ai compris qu’on nous emmurait. Je me souviens très bien de ce moment ; ma sœur et moi, nous avons pleuré. C’était vraiment le ghetto. »

À lire aussi : Polanski: Samantha Geimer lui pardonne, ne vous déplaise

En retrouvant ce mur dans Le Pianiste, l’on éprouve l’accablement de l’enfant Polanski.

Ainsi, si la vraie vie n’a pas ménagé Polanski, il en a fait du cinéma !

« Je vivais dans un monde à part… »

Roman Polanski est un esprit rationnel. Lorsqu’il convoque le surnaturel, c’est pour démontrer qu’il n’existe que par notre consentement, notre faiblesse émotive, parce que nous l’autorisons à gouverner nos peurs. Dans son œuvre, cela donne le meilleur et… le moins bon.

Rosemary’s Baby(1968) appartient à la première catégorie. Une jeune mariée (Mia Farrow), et son mari (John Cassavetes) emménagent dans un appartement new-yorkais. Le quartier est plaisant, l’immeuble [tooltips content= »Le « Dakota Building », à Manhattan. C’est devant son porche que fut assassiné John Lennon, qui y habitait, le 8 décembre 1980. »]4[/tooltips] a vue sur Central Park, mais son architecture énorme et la manière dont il est filmé en font un décor angoissant. Nous assistons à la lente montée de l’effroi chez une femme environnée de présences inquiétantes. Est-elle la cible d’un complot fomenté par des adorateurs de Satan, et va-t-elle accoucher des œuvres de celui-ci ? Ou bien toute cette histoire trouve-t-elle sa résolution dans un épisode paranoïaque de la future maman ? Et nous, spectateurs tourmentés, avons-nous vu l’effrayante scène d’accouplement entre la gracieuse épouse et le formidable démon ? De qui sommes-nous les dupes ? De Polanski assurément, maître de l’illusion et de l’onirisme, qui réussit un tour de force cinématographique. Il prend un « malin » plaisir à nous égarer : « Aussi loin que je remonte dans mes souvenirs, la frontière entre le réel et l’imaginaire a toujours été désespérément brouillée. Il m’aura fallu presque une vie pour comprendre que c’était là la clef de mon existence même. »

L’huissier du diable

Polanski l’agnostique ne croit pas à l’existence du diable, pas plus qu’à la présence des vampires. Ces figures redoutables du cauchemar sont la face noire du monde, la faille cachée sous l’édifice de la civilisation, le ricanement hypercritique des partisans de la négation. Mais elles stimulent la création. Polanski n’est pas seulement un cinéaste pour ciné-clubs, il est à sa façon un maître du cinéma « de genre ». Il veut séduire, « embobiner » le spectateur. La plupart du temps, il l’entraîne dans un récit affolant, gouverné par les principes de l’angoisse, du mystère, de la surprise épicée d’ironie cruelle. Ainsi La Neuvième Porte (1999) suit un magistral parcours dans un labyrinthe ésotérique. Un jeune et hitchcockien pourvoyeur de livres rares, incarné par Johnny Depp, se met en quête d’un volume, auquel le diable en personne aurait collaboré : au terme d’un voyage initiatique, ce Tintin sans Milou, mais pourvu d’un ange gardien amusé (Emmanuelle Seigner), pousse lui-même la neuvième porte. Même si la fin est quelque peu bâclée, on suit en frémissant le périple de l’huissier faussement ingénu du royaume des ténèbres. Quelle peur Polanski veut-il conjurer en la partageant avec nous ?

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« Frantic » (1988) entre également dans la colonne des films de genre de grande facture. Richard Walker (Harrison Ford) est un cardiologue américain présent à Paris avec sa femme, Sondra (Betty Buckley), à l’occasion d’un congrès. Sondra disparaît dans des conditions mystérieuses, irréelles. Autour de lui, il ne trouve que scepticisme : l’épouse est sans doute avec son amant… La ville de Paris lui est inconnue, elle lui devient hostile. Rien ne tient durablement, les pistes se perdent, se brouillent. Mais on sent dans la progression de cet homme perdu un faisceau de menaces. Le dénouement, c’est la fatalité qui trouve en Michelle (Emmanuelle Seigner) une victime expiatoire. Comment être sûr des apparences alors qu’elles s’effacent quand on va les saisir (ou les comprendre) ? Polanski est à son aise dans les signes d’une piste qui mène à l’énigme plutôt qu’à sa solution. Que sait-on vraiment, que reconnaît-on que l’on croyait connaître : « On dirait que mon histoire a été écrite par quelqu’un d’autre, quelqu’un, de surcroît, que j’ai à peine connu. »

Prenez garde au vampire !

Au contraire de Rosemary’s Baby, de Répulsion (1965) et du Locataire (1976) – démonstrations réussies d’un savoir-faire jamais pris en défaut –, et malgré sa parfaite maîtrise technique et la valeur de ses décors, « Le Bal des vampires »(1967) n’a pas résisté à l’épreuve du temps. Polanski et Gérard Brach, son coscénariste, ont semé leur récit de blagues et de gags simplets (à quelques exceptions près, telle la scène du vampire juif aucunement impressionné par la croix chrétienne qu’on lui oppose), de clins d’œil ironiques, qui plaisent peut-être encore au lectorat et aux critiques de L’Obs et de Télérama, mais signalent surtout une parodie ratée. Le parti pris de distance sarcastique avec le genre « film de vampires », qui procura au public du cinéma MidiMinuit, à Paris, d’adorables sueurs froides, a creusé les rides de ce long-métrage qu’un peu d’humilité artistique lui aurait épargnées. Persifler n’est pas jouer  : quand on moque une «  manière  », il convient de se hisser à sa hauteur.

Dracula résiste à Polanski

Fort heureusement, Dracula – imaginé par le romancier irlandais Bram Stoker (1847-1912) – disposait de réserves de sang frais. Les films dont il fut le héros, avec Christopher Lee dans le rôle-titre, réalisés principalement par Terence Fischer pour le compte de la compagnie Hammer, ont mieux résisté aux outrages du temps que l’œuvre qui prétendait les ridiculiser. En 1992, Francis Ford Coppola démontra que les nombreuses et anciennes apparitions de l’hématophage blafard, si habile à forer la veine la plus fine du cou le plus gracile, n’avaient pas épuisé notre capacité d’éblouissement  : son Dracula est à ce jour la plus parfaite représentation du suceur de sang des jeunes filles séduites et abandonnées. En face de lui, l’infortuné professeur Abronsius du « Bal » (Jacky MacGowran) et Alfred (Polanski lui-même), son tremblant assistant, tous deux minables chasseurs de vampires, font pâle figure. Leur valeur comique n’est pas suffisante pour lutter contre le prestige du Transylvanien. Le ridicule se retourne contre eux, et contre le film. Pris entre le goût de la farce et la tentation de l’épouvante, « Le Bal des vampires » trahit l’un et l’autre, même s’il apporte la preuve du tempérament « fantastique » de son auteur, servi par son réalisme.

Macbeth ne souffre pas de l’encombrant esprit de dérision néfaste, selon nous, au Bal des vampires.

« La vie n’est qu’une ombre errante […]. C’est une histoire Racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, Et qui ne signifie rien. » (Macbeth, V, 5)

Au cinéma, Roman Polanski n’a adapté qu’une seule pièce de William Shakespeare, « Macbeth » (1971), soit deux ans après l’assassinat de Sharon Tate, son épouse enceinte, dans la nuit du 8 au 9 août 1969 par quatre personnes qui agissaient sur l’ordre d’un certain Charles Manson. Le film maintient son rythme haletant jusqu’à la fin et réserve des surprises spectaculaires.

Bernard Pivot : « La vie de Roman Polanski est un scénario extraordinaire qu’il faudrait filmer. »

On imagine aisément quel était son état intérieur, lorsque Polanski entreprit la réalisation de « Macbeth ». L’ambiance crépusculaire de la pièce initiale, par instant saturée de peur et de violence, peuplée des créatures que suscitaient la démonologie médiévale, hantée par la figure de Macbeth, soldat valeureux, mais époux faible à la raison vacillante, poussé au régicide par sa femme, Lady Macbeth, produit à l’écran de superbes images. Mais est-ce un hasard si Polanski a choisi cette tragédie à ce moment précis de son existence ?

« Première sorcière :  Où as-tu été, sœur ? Deuxième sorcière : Tuer les cochons. » (Macbeth, I, 3)

Macbeth est fondé sur une impeccable mécanique de terreur sacrée. On y voit s’unir des forces obscures, des créatures démoniaques, des êtres humains dévorés d’ambition, prêts à perpétrer le crime le plus odieux. On y assiste au grand spectacle du Mal…

Charles Manson (1934-2017) connut une enfance de tumulte et de misère, puis la délinquance et la prison. Son bagage scolaire était mince, mais lorsque ce garçon chétif au regard perçant prenait la parole, on l’écoutait. Un cercle se forma autour de lui, qui s’agrandit, jusqu’à constituer une « famille ». Catherine Share, qui en fut membre, déclarera plus tard : « Il donnait aux femmes ce dont elles avaient besoin et, de maintes façons, ce qu’elles désiraient. »

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L’expédition punitive lancée par Manson dans la résidence où séjournaient Sharon Tate et ses amis comptait trois femmes, Susan Atkins, Patricia Krewinkel, Linda Kasabian (elle fit le guet, à l’extérieur) et un homme, Tex Watson. Krewinkel et Atkins maniaient le couteau, sans précision, mais férocement. Susan Atkins écrivit avec le sang de Sharon Tate le mot « Pig » (cochon) sur la porte d’entrée de cette belle propriété, construite pour Michèle Morgan pendant son séjour hollywoodien.

Jon Finch dans "Macbeth" (1971), de Roman Polanski, adapté de la tragédie de William Shakespeare (c) Everett/Bridgeman images
Jon Finch dans « Macbeth » (1971), de Roman Polanski, adapté de la tragédie de William Shakespeare (c) Everett/Bridgeman images

L’un des policiers déclara qu’il se dégageait de la scène une atmosphère de crime rituel… « La vie de Roman Polanski est un scénario extraordinaire qu’il faudrait filmer. » (Bernard Pivot, « Apostrophes »)

Des individus malfaisants prétendront que Sharon Tate et ses amis se livraient à des orgies, se droguaient, qu’ils attiraient une population interlope  : finalement, leur sort funeste était une punition méritée ! Mensonge et calomnie : « Sharon était plus qu’un visage adorable et une silhouette séduisante. Elle m’enchantait par sa perpétuelle bonne humeur, sa nature enjouée et généreuse, l’amour qu’elle vouait aux hommes et aux animaux – à la vie elle-même. »

La vie de Roman Polanski deviendra peut-être un jour un biopic au cinéma. En attendant, nous avons ses films, témoignages et héritages d’une vie à grand spectacle

Covid et canicule: «Les directeurs d’Ehpad ont évité un carnage»

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Ehpad de Bourg-en-Bresse, juillet 2020. Auteurs : JEFF PACHOUD-POOL/SIPA. Numéro de reportage : 00974927_000017

Alors que les fortes chaleurs s’emparent de la France, revivrons-nous l’hécatombe de l’été 2003 qui avait provoqué 19 000 morts ? Les Ehpad sont-ils prêts à affronter la canicule tout en protégeant leurs pensionnaires contre le Covid ? Les réponses de Joachim Tavares, ancien directeur d’Ehpad et fondateur de l’entreprise Papyhappy[tooltips content= »Pappyhappy est à la fois un site de conseils et une agence immobilière spécialisée dans le logement senior. »]1[/tooltips], sorte de Tripadvisor du logement senior. Il trace des perspectives d’avenir pour notre société vieillissante confrontée au défi de la dépendance. Entretien.


Daoud Boughezala. La canicule de l’été 2003 a provoqué un pic de surmortalité chez les séniors, avec 19 000 victimes. Comment expliquez-vous cette hécatombe ?

Joachim Tavares. A l’été 2003, la France a subi des fortes chaleurs qu’elle n’avait jusqu’alors jamais connues pendant une aussi longue période. Les établissements pour personnes âgées n’étaient pas prêts à gérer cette canicule, faute de protocoles et de plan bleu pour affronter la crise (tels qu’il existe aujourd’hui un plan bleu pour la grippe, le plan bleu pour le Covid et le plan bleu pour la canicule). Le personnel n’était tout simplement pas prêt à gérer ces situations.

Concrètement, qu’est-ce qui a changé depuis dans la gestion de la canicule ?

Un ensemble de protocoles est entré dans les mœurs. Auparavant, les établissements n’étaient pas équipés de climatiseurs ni de ventilateurs. Aujourd’hui, ils se sont équipés, certains ont pu climatiser un local commun – souvent la salle de restauration ou d’animation. Des ventilateurs ont été installés dans les chambres des pensionnaires, soit par la structure soit par le résident. Des mesures supplémentaires ont été adoptées : alléger les menus pour l’été (fruits, soupes froides, gaspachos…), ventiler les chambres… Pour les pensionnaires les plus dépendants, incapables de manger seuls, les employés préparent des gelées afin les alimenter et de les hydrater.

Gardons en tête un fait très important : les personnes âgées ne ressentent pas la chaleur comme nous. Certains petits vieux portent une doudoune en plein mois d’août ! Dès le matin, le personnel des structures spécialisées doit donc penser à les habiller de manière estivale. Puis les solliciter tout le long de la journée pour les faire boire, les mettre à l’ombre, dehors s’il y a un parc, etc. Bref, on a appris des erreurs de 2003.

Cette année, les Ehpads affrontent à la fois la canicule et l’épidémie de Covid, particulièrement meurtrière chez nos aînés. Comment relever ces deux défis simultanément ?

Les protocoles ont été modifiés en fonction de ces deux impératifs. Par exemple, si le ventilateur est autorisé dans les chambres, lorsqu’un résident reçoit de la famille, des amis ou même un voisin de chambre, il doit l’éteindre pour éviter la dispersion des aérosols. Il en va de même dans certaines salles climatisées – des climatisateurs avec filtres sont sans danger mais les plus anciens sont allumés puis éteints à l’arrivée des gens. C’est une question de bon sens.

Cette année, dix mille de nos aînés sont morts du Covid en Ehpad. S’agit-il des plus fragiles éliminés sous l’effet de la sélection naturelle ?

Absolument. Je pense même que lorsqu’on fera le compte du nombre de morts en Ehpad sur l’ensemble de l’année 2020, il n’y aura pas de pic de mortalité car les plus faibles sont déjà partis. Les gens qui entrent en Ehpad sont de plus en plus âgés et de plus en plus dépendants.  Or, les morts du Covid en Ehpad étaient déjà fragiles et n’avaient malheureusement pas une grande espérance de vie devant eux. Pourtant, pendant le pic de l’épidémie de Covid, les directeurs d’Ehpad ont fait de leur mieux, isolant les pensionnaires pour les préserver comme ils l’auraient fait face à une grippe ou une gastro. Avec le manque de protection (masques, lunettes, surblouses), si les établissements n’avaient pas mis en place cet isolement, cela aurait été un carnage.

Comme l’ancienne ministre Michèle Delaunay, jugez-vous les Ehpad inadaptés car vecteurs d’isolement social pour les plus vieux ?

Pas du tout. Loin d’être désuet, l’Ehpad est un modèle en mutation. Il est en train de glisser vers nos anciennes maisons de convalescence pour gens âgés et fatigués qui avaient besoin de répit. Depuis quelques années, le profil des pensionnaires accueillis en Ehpad a changé. Il y a encore quinze ou vingt ans, les résidents y arrivaient en pleine forme avec leur conjoint. Ils conduisaient, allaient se balader seuls. Or, à mesure que la société vieillit, l’Ehpad accueillant des gens de plus en plus âgés et dépendants, il change de vocation. Son centre de gravité se déplace vers le soin. Quand je visite un Ehpad avec mon entreprise Pappyhappy, je me rends compte combien les gens y ont besoin de présence et de soins.

J’ajoute que l’Ehpad offre aussi une vie sociale à ses résidents. Autour du siège de mon entreprise, dans l’Yonne, les papys et mamies qui vivent à la campagne ne voient personne. Souvent, la seule personne qu’ils voient de la semaine est le facteur.

Sur un plan quantitatif, si des polémiques politiques se développent sur le ratio de personnel en Ehpad par rapport au nombre de résidents, c’est qu’il a y un besoin croissant d’employés.

A cause de l’arrivée des papy-boomers ?

Oui. Il y a désormais des strates dans le public des Ehpad : jeunes vieux, moyens vieux, plus vieux. D’où l’intérêt d’avoir plusieurs formes de logement à leur proposer. Quelqu’un qui part à la retraite vers 60-65 ans peut encore vivre au moins trente ans. L’Ehpad ne peut pas coller à ces trente ans mais au moment de la vie où on a besoin de soins et d’une présence. Les plus fragiles n’ont pas d’autre possibilité que d’aller en Ehpad. Aujourd’hui même, une dame est venue dans mon bureau pour me parler de sa mère de 78 ans qui ne peut plus marcher, refuse de dormir dans son lit et dort donc depuis trois ans dans son fauteuil, chute, ne se fait plus à manger, a un chien dont elle ne s’occupe plus… Dans ces cas-là, il n’y a que deux choix possibles : soit vous placez quelqu’un à ses côtés toute l’année 24h/24 et sept jours sur sept ; soit vous l’orientez vers des logements collectifs de type Ehpad. A partir d’un niveau de dépendance élevé conjugué à un besoin de soins important, si l’infirmière doit passer deux ou trois fois par jour, l’Ehpad offre une sécurité inégalable. Ni le domicile ni d’autres types de logements avec de l’aide ne peuvent se substituer à un établissement quasi-médicalisé avec des infirmières et aide-soignantes présentes toute la journée et de plus en plus la nuit.

Malgré tout, y-a-t-il des alternatives à l’Ehpad adaptées aux moins dépendants ?

Les solutions alternatives montent en puissance : familles d’accueil, colocations, béguinages… Cette dernière forme de logement très ancien vient de Belgique où des bonnes sœurs l’ont instituée. Il s’agit de partager un logement, un immeuble ou une maison, selon les principes de l’entraide chrétienne. Dans le béguinage, les résidents vivent séparément mais s’aident mutuellement. Ce modèle, qui était en train de mourir, repart aujourd’hui en force.

Je vous tiendrai la main

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L’antisémitisme, ce « privilège » dont les Juifs se passeraient bien

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Marche contre l'antisémitisme, Paris, février 2019. Auteurs : Erez Lichtfeld/SIPA. Numéro de reportage : 00895581_000006

A la mi-juillet, un nouvel hashtag #JewishPrivilege (« privilège juif »), est apparu sur Twitter, repris par plus de 122 000 messages antisémites en 24 heures. Cette thématique des Juifs qui seraient des privilégiés, des profiteurs, des exploiteurs, des suppôts du capitalisme,  n’est pas nouvelle. Elle est la matrice de l’antisémitisme « de gauche », ce qu’August Bebel appelait « le socialisme des imbéciles », mais on la retrouve aussi dans une partie de l’extrême droite, celle que l’on qualifie parfois de fascisme social-révolutionnaire (présente notamment au sein des SA en Allemagne dans les années 20-30-40).


L’hostilité envers les Juifs peut apparaître en effet sous différentes formes à toutes les époques et en tout lieu, de la plus haute antiquité à nos jours, de l’Orient à l’Occident, et de gauche à droite dans le spectre politique.  A son origine, l’antisémitisme est à la fois religieux, antijudaïsme chrétien puis musulman, et « national », c’est-à-dire antagoniste à la nation juive enracinée dans sa terre. La pax romana a ainsi effacé le nom du territoire des vaincus, la Judée. Plus tard face à la permanence du yichow (persistance et retours récurrents des Juifs sur leur terre), les empires musulmans (califal et ottoman), on réinvesti, par l’instauration de la dhimma, l’interdiction faite aux Juifs d’avoir un territoire national.

« Pureté du sang » espagnol

D’autres formes d’antisémitisme viendront ensuite s’ajouter à ces deux versions originelles, en fonction des époques et des groupes qui s’en nourrissent et le diffusent. L’antisémitisme raciste apparaît ainsi avec la ley de pureza de sangre espagnole (« loi de la pureté du sang ») dès 1449 pour interdire l’accès à certaines fonctions rémunératrices et postes de prestige aux « nouveaux chrétiens » (les Juifs convertis sincèrement au catholicisme, contrairement aux « marranes », terme péjoratif désignant les Juifs formellement convertis mais qui judaïsent en secret). Cet antisémitisme prendra bien sûr toute son ampleur avec les théories racistes du 19ème siècle, et sa forme la plus terrible avec la doctrine nazie et son passage à l’acte génocidaire.  Au XIXme sièclen, se formalise également un autre type d’antisémitisme : anticapitaliste, dans ses versions marxistes et proudhoniennes.

Aujourd’hui, c’est essentiellement l’articulation entre un antisémitisme anticapitaliste et plus largement anti-élites, et un antisémitisme de la nation, dit « antisionisme » (de fait opposé à l’existence de l’Etat d’Israël) qui est le plus répandu et le plus pernicieux. La diffusion du slogan « privilège Juif » sous la forme moderne du tweet, syncrétise cette détestation des Juifs comme groupe privilégié à tous les sens du terme. La thématique du Juif et de l’argent y est en bonne place, mais un nouvel élément vient s’y ajouter sur le mode du favoritisme : les Juifs bénéficieraient d’un traitement de faveur dans la concurrence victimaire. Les Juifs sont en effet accusés de « profiter » de la Shoah pour se faire plaindre au-delà du raisonnable et tirer des avantages de tous ordres y compris financiers évidemment.

Contre Israël

Une variante de cet antisémitisme du privilège peut aller jusqu’aux thèses négationnistes : les Juifs feraient plus qu’instrumentaliser la Shoah, ils l’auraient inventée ! Dans cette perspective délirante, les antisémites du privilège Juif, peuvent développer également le syllogisme selon lequel un coupable ne pouvant être victime (et réciproquement), les Juifs sont les bourreaux des Palestiniens, et non seulement donc ne sont victimes de rien, mais sont coupables de tout. Articulé étroitement à la défense de la « cause palestinienne », l’antisémitisme du privilège construit ainsi une chaîne d’identifications, du Palestinien à l’Arabe, au musulman, à l’immigré, à l’ex-colonisé prétendument néo-colonisé.

Et plus récemment, cet antisémitisme anti-israélien articule antisémitisme et racisme anti-blanc : le Juif étant considéré comme un agent de l’impérialisme américain, un colonialiste, ancien supplétif des colons français, nouveau « colon » des « territoires occupés », capitaliste, mondialiste. Les Juifs sont alors définis en quelque sorte comme des « super-blancs ». Les « métèques », les « sangs mêlés » de l’antisémitisme raciste des XIXème et XXème siècles, sont devenus les « Blancs » les plus honnis dans la vision « racisée » d’un monde où s’affrontent à nouveau radicalement les races.

Des mots aux morts

Comme souvent, les Juifs sont alors ici comme le marqueur qui signale un danger global, une idéologie mortifère qui menace la société toute entière. L’antisémitisme est le signal d’une dérive vers le pire : l’antijudaïsme chrétien annonçait les bûchers de l’Inquisition et les guerres de religions, l’antijudaïsme musulman se prolonge par la détestation meurtrière également des chrétiens, des apostats, des athées (ne lit-on pas dans les hadiths « Vous combattrez les juifs », « Périssent les juifs et les chrétiens. Il n’y aura pas deux religions en Arabie »). Les persécutions antisémites staliniennes accompagnaient les massacres de masses de populations les plus diverses, russes y compris, et l’antisémitisme hitlérien, s’il était certes au cœur de la doctrine nazie, n’en était pas moins étroitement articulé à une vision planétaire raciste et à une frénésie exterminatrice qui alla au-delà des seules populations juives.

Haine de l’Occident

Les Juifs ont donc « le privilège » d’être les premiers visés, les premiers attaqués et assassinés, et ceux systématiquement, mais d’autres victimes leur font cohorte. Aujourd’hui les Juifs sont une fois encore cette malheureuse « avant-garde » des victimes des totalitarismes de tout poil et notamment aujourd’hui de l’islamisme volontiers allié à « l’indigénisme » des « racisés ». Ce n’est donc pas anecdotique que l’on ait entendu des slogans antisémites dans les manifestations racialistes anti-Blancs en relation avec la mort de George Floyd et celle d’Adama Traoré. La figure du Juif redevient « l’ennemi du peuple », de tous les peuples en lutte contre la « domination », prétendue domination « blanche et occidentale » en l’occurrence.

Français encore un effort... pour rester laïques !

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