Depuis des semaines, les manifestants libanais défient l’ensemble de la classe politique. Chrétiens, sunnites et chiites se soulèvent contre leurs vieux leaders confessionnels pour exiger la construction d’une nation digne de ce nom. Même le Hezbollah est victime de ce dégagisme. Reportage.


Il aura fallu l’annonce d’une nouvelle taxe sur l’application téléphonique WhatsApp pour provoquer l’ire de tout un pays. « C’est la goutte de trop ! » entend-on de la bouche des manifestants à Beyrouth. Plus qu’une jacquerie fiscale, c’est une révolte contre l’ensemble du personnel politique.

Depuis la fin de la guerre civile (1975-1990), « miliciens,chefs de guerre et nouveaux riches ont fait alliance pour mettre le pays en coupe réglée, explique l’ancien ministre de l’Économie Georges Corm. Le régime actuel est à bout de souffle, il a ruiné l’économie du pays. La corruption est devenue un trait majeur du système. » Pour cet intellectuel nassérien, la mainmise de quelques personnalités indéboulonnables s’explique par « un système communautaire très rigide de répartition du pouvoir et des fonctions publiques ». Comme lui, des millions de Libanais reprochent en vrac à leurs élites politiques : le retard en matière de services publics, la corruption, l’absence d’un état civil moderne (pas de mariage mixte à moins d’une conversion de l’un ou l’une) et la perpétuation d’un système électoral empreint de féodalité.

L’unité nationale prime comme jamais auparavant : sunnites, chiites, chrétiens et Druzes, unis autour d’un seul et même drapeau libanais, reprennent à tue-tête les slogans phares des printemps arabes

Deux grands partis: Amal et Hezbollah

Surtout, pour la première fois dans l’histoire du pays, une marée humaine s’en prend à ses leaders communautaires. Avec un certain courage, la population chiite renvoie dos à dos les deux grands partis censés la représenter : Amal et le Hezbollah. Dirigé par son fondateur Nabih Berri depuis trente-huit ans, également président de la Chambre des députés depuis vingt-huit ans, Amal veille jalousement sur sa part du gâteau politico-confessionnel. Son allié Hezbollah, seule milice à ne pas avoir désarmé, règne en maître dans certaines régions du Liban, notamment au sud. S’érigeant en véritables pères de la nation, idolâtrés par leurs militants, ces deux partis exerçaient jusqu’alors une hégémonie quasicomplète sur les chiites. Au point que les critiques à leur encontre étaient rares, les quelques voix discordantes craignant de s’attirer leurs foudres. Aujourd’hui, les tabous tombent jusque dans les fiefs d’Amal, où les affiches à l’effigie de Nabih Berri sont arrachées, des portiques ornés de drapeaux du parti renversés et les cadres du parti conspués. Même le complexe balnéaire de son épouse Randa Berri s’est fait incendier par des chiites dissidents à Saïda. Le Hezbollah n’échappe pas à la vindicte populaire. Dans son bastion de Nabatieh, un journaliste d’Al-Manar (chaîne télévisée du Parti de Dieu) a été interr

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Novembre 2019 - Causeur #73

Article extrait du Magazine Causeur

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