De Florence Foresti aux plumitifs de Télérama, toute une partie du monde culturel s’indigne des 12 nominations de Roman Polanski aux César. Pour eux, il s’agit d’un cinéaste bien trop « controversé »


 

Lors de la présentation des nominations pour les César 2020, Florence Foresti s’est évertuée à faire un (faux?) lapsus en annonçant le titre du film de Polanski : « Je suis accuss… » euh « J’accuse ». Un (très) léger sourire aux lèvres, heureuse de montrer sa solidarité avec tous ceux qui crient dans les coulisses, sans doute a-t-elle pensé éviter ainsi les foudres de la garde-chiourme néo-féministe d’Osez le féminisme ! – cette magnifique association si prompte à défendre les droits des femmes mais qui n’a encore rien dit sur l’affaire Mila.

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L’association en question a d’ailleurs tweeté dès l’annonce des nominations : « Si violer est un art, donnez à Polanski tous les César ». Certaines « féministes » mettent déjà la pression sur l’actrice Adèle Haenel à laquelle elles demandent de « réagir » si, par bonheur, elle devait obtenir le Saint-César dans la catégorie meilleure actrice. Marlène Schiappa s’est dite « choquée ».

Télérama et sa « morale de société »

Sur le plateau de C Dans l’air, Alain Terzian a dû expliquer pour la centième fois comment et par qui sont désignés les nommés aux César. Mais il a beau expliquer que les César « ne sont pas une instance qui doit avoir des positions morales », rien n’y fait.

La critique de cinéma Guillemette Odicino (Télérama) trouve la formule de Terzian « ô combien maladroite ». « Comme si le cinéma n’était pas le reflet, justement, d’une morale de société » (sic), écrit-elle. Difficile de dire ce qu’est une « morale de société » exactement, mais on devine ce que veut dire la journaliste.

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Jamais, en aucun cas, le cinéma, ni la musique, ni la littérature, ni aucun art n’ont pourtant été le « reflet d’une morale de société » : Ou alors ce n’était pas de l’art mais une manière de passer le temps et de gagner un peu d’argent. Souvent, l’art a été très exactement le contraire du reflet de cette morale, il a été l’anti-reflet de cette morale. Souvent, l’art a dénoncé, s’est moqué, a réduit à rien, a écrabouillé cette « morale de société ».

Pour rester dans le domaine cinématographique, il serait intéressant qu’on nous dise un jour quel reflet d’une « morale de société » est visible dans les films de Chabrol, Sautet, Pialat, pour ne citer que trois de nos plus grands cinéastes qui auraient été bien surpris d’apprendre que leurs films étaient le reflet d’une « morale de société » !

Tenez bon Monsieur Alain Terzian !

L’art cinématographique est le reflet d’une « morale de société » lorsqu’il répond aux injonctions de son temps, à toutes les modes, à toutes les idéologies du moment. Nous sommes à des années-lumière de ce qu’un autre très grand cinéaste, Andreï Tarkovski, dit de son art et de l’art en général : « La fonction de l’art n’est pas, comme le croient même certains artistes, d’imposer des idées ou de servir d’exemple. Elle est de préparer l’homme à sa mort, de labourer et d’irriguer son âme, et de la rendre capable de se retourner vers le bien. »

Si les jurés des César s’en tiennent à la définition du cinéaste russe plutôt qu’à celle des critiques qui attendent du cinéma qu’il soit « un reflet d’une morale de société », alors le film de Polanski a de grandes chances de rafler la mise.

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