Au Moyen-Orient, Emmanuel Macron voulait rester ouvert au dialogue avec tous et éviter de prendre parti. Son orientation en faveur du Hezbollah vient contredire cette ambition.


 

Lors de son investiture à l’Élysée le 14 mai 2017, le président Macron avait dévoilé les grandes lignes de la politique qu’il comptait mener à l’égard des pays arabes. Ses efforts devaient porter sur la sécurité du pays et pour cela il avait clairement désigné les cibles contre lesquelles il devait s’opposer : Daesh et le terrorisme islamiste. Il tenait à ce que sa doctrine s’appuie sur fond de «réalisme et de pragmatisme». Mais il avait bien précisé que sa diplomatie serait plus équilibrée vis-à-vis des pays du Golfe et de l’Iran.

Faire de la France un arbitre au Moyen-Orient

Alors que l’influence française au Moyen-Orient avait largement décliné, sous les mandats de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, il avait estimé que les Printemps arabes avaient modifié la donne et qu’il devait peser dorénavant sur les événements de la région. Il n’avait pas apprécié l’échec du Quai d’Orsay dans la gestion de la crise syrienne. Il voulait que la France soit partie prenante dans le conflit alors qu’elle avait été exclue des négociations d’Astana.

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Il avait donc modulé sa position en n’exigeant plus le départ de Bachar el-Assad comme condition préalable et en ne prenant pas le parti de l’un des clans chiites ou sunnites. Il voulait dorénavant agir en arbitre en parlant à tout le monde. Pour lui, il s’agissait du meilleur moyen de tarir les sources de financement du terrorisme. Il se distinguait ainsi de Nicolas Sarkozy qui avait des affinités avec le Qatar et de François Hollande qui s’était engagé pour l’Arabie saoudite.

Malgré une position nette adoptée par les Occidentaux, Macron dialoguait en Libye à la fois avec le premier ministre Fayez El-Sarraj et son opposant le maréchal Haftar. Il voulait s’inspirer de la politique gaullienne, qui avait été d’ailleurs suivie par François Mitterrand, en maintenant la lutte contre le terrorisme islamiste comme fondement de sa doctrine. C’est pourquoi il a financé l’Irak et le Liban, deux pays confrontés à la terreur des militants islamistes afin de s’insérer parmi les acteurs locaux et de tenter de résoudre les différentes crises.

Le soutien de la diplomatie française au Hezbollah 

Mais face à cette volonté légitime d’arbitrage, on ne comprend plus la position d’Emmanuel Macron qui a décidé de prendre fait et cause pour le Hezbollah, qui personnifie  un État dans l’État au Liban, après avoir infiltré tous les rouages de l’administration et mis le pays en coup après avoir acquis à sa cause le président libanais chrétien Michel Aoun. Le Hezbollah est l’une des causes du malheur libanais. D’ailleurs, les manifestants de la mini-révolution ne se sont pas trompés en pendant l’effigie d’Hassan Nasrallah dans la rue.

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On ne comprend donc pas pourquoi le président français a demandé officiellement à Donald Trump de suspendre les sanctions américaines qui visent le groupe chiite soutenu par l’Iran car, selon le Quai d’Orsay, elles sont contre-productives. A la suite d’un appel téléphoné avec le président américain, Emmanuel Macron a accusé les Américains de chercher à étouffer le financement du Hezbollah au lieu de l’aider car il doit être partie prenante dans la reconstruction du Liban. Ce coup de téléphone n’est pas une rumeur puisqu’il a été confirmé par le Quai qui a précisé que «Macron lui a dit que dans le cas du Liban, le fait est que la politique de pression ou d’abstention des États-Unis et de certains pays du Golfe pourrait effectivement faire le jeu de ceux qu’ils visent, l’Iran et le Hezbollah. C’était donc une invitation au président Trump à réinvestir la question libanaise, car la situation est grave et nous ne devons pas abandonner le Liban à ceux que les États-Unis sont censés cibler par leur politique de sanctions».

La conférence, qui a lieu ce 9 août, réunit le Premier ministre britannique Boris Johnson, le roi de Jordanie, les représentants de la Chine et de la Russie et de la Banque mondiale, pour envisager le financement du Liban. Israël et l’Iran ont été exclus de cette réunion alors que le Hezbollah intervient en tant que membre du gouvernement libanais. La France, qui sait que le Hezbollah phagocyte tout le pays grâce à la puissance de ses milices face à une armée libanaise mal équipée, justifie sa position : «Le Liban est en train de couler. Nous avons touché le fond, de nombreux Libanais le pensent. Nous sommes là pour aider le Liban à remonter à la surface». L’aide d’urgence collectée par la France et l’ONU pour le Liban s’élève à un peu plus de 250 millions d’euros, a annoncé l’Élysée.

Au moment où la population libanaise a ciblé son ennemi parmi le Hezbollah, il est étonnant que le président Macron, sur les conseils du Quai d’Orsay historiquement pro-arabe, défende une milice qui a généré le chaos dans le pays en le mettant en coupe réglée. Drôle de position d’arbitre que celle de la France.

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