Alors que les fortes chaleurs s’emparent de la France, revivrons-nous l’hécatombe de l’été 2003 qui avait provoqué 19 000 morts ? Les Ehpad sont-ils prêts à affronter la canicule tout en protégeant leurs pensionnaires contre le Covid ? Les réponses de Joachim Tavares, ancien directeur d’Ehpad et fondateur de l’entreprise Papyhappy1, sorte de Tripadvisor du logement senior. Il trace des perspectives d’avenir pour notre société vieillissante confrontée au défi de la dépendance. Entretien.


Daoud Boughezala. La canicule de l’été 2003 a provoqué un pic de surmortalité chez les séniors, avec 19 000 victimes. Comment expliquez-vous cette hécatombe ?

Joachim Tavares. A l’été 2003, la France a subi des fortes chaleurs qu’elle n’avait jusqu’alors jamais connues pendant une aussi longue période. Les établissements pour personnes âgées n’étaient pas prêts à gérer cette canicule, faute de protocoles et de plan bleu pour affronter la crise (tels qu’il existe aujourd’hui un plan bleu pour la grippe, le plan bleu pour le Covid et le plan bleu pour la canicule). Le personnel n’était tout simplement pas prêt à gérer ces situations.

Concrètement, qu’est-ce qui a changé depuis dans la gestion de la canicule ?

Un ensemble de protocoles est entré dans les mœurs. Auparavant, les établissements n’étaient pas équipés de climatiseurs ni de ventilateurs. Aujourd’hui, ils se sont équipés, certains ont pu climatiser un local commun – souvent la salle de restauration ou d’animation. Des ventilateurs ont été installés dans les chambres des pensionnaires, soit par la structure soit par le résident. Des mesures supplémentaires ont été adoptées : alléger les menus pour l’été (fruits, soupes froides, gaspachos…), ventiler les chambres… Pour les pensionnaires les plus dépendants, incapables de manger seuls, les employés préparent des gelées afin les alimenter et de les hydrater.

Gardons en tête un fait très important : les personnes âgées ne ressentent pas la chaleur comme nous. Certains petits vieux portent une doudoune en plein mois d’août ! Dès le matin, le personnel des structures spécialisées doit donc penser à les habiller de manière estivale. Puis les solliciter tout le long de la journée pour les faire boire, les mettre à l’ombre, dehors s’il y a un parc, etc. Bref, on a appris des erreurs de 2003.

Cette année, les Ehpads affrontent à la fois la canicule et l’épidémie de Covid, particulièrement meurtrière chez nos aînés. Comment relever ces deux défis simultanément ?

Les protocoles ont été modifiés en fonction de ces deux impératifs. Par exemple, si le ventilateur est autorisé dans les chambres, lorsqu’un résident reçoit de la famille, des amis ou même un voisin de chambre, il doit l’éteindre pour éviter la dispersion des aérosols. Il en va de même dans certaines salles climatisées – des climatisateurs avec filtres sont sans danger mais les plus anciens sont allumés puis éteints à l’arrivée des gens. C’est une question de bon sens.

Ce

Article réservé aux abonnés

60 % de l’article reste à lire…

Pour poursuivre la lecture de cet article Abonnez-vous dès maintenant.

ABONNEMENT 100% NUMERIQUE
  • Tout Causeur.fr en illimité
  • Le magazine disponible la veille de la sortie kiosque
  • Tous les anciens numéros
3 €80par mois
Lire la suite