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L’Amérique ne pouvait pas ne pas condamner Chauvin

On peut aussi voir dans le procès hors normes de Derek Chauvin une inquiétante parodie de justice.


Dans une nouvelle et si touchante unanimité, la presse américaine comme française a salué le verdict de culpabilité de Derek Chauvin dans la mort de George Floyd. Peu ou pas de voix dissonantes dans le concert de louanges pour une Amérique « soulagée », comme l’écrit même un grand quotidien classé à droite.

Les systèmes judiciaires des pays occidentaux sont basés sur quelques principes communs, progressivement élevés au rang de dogme au cours des siècles : l’indépendance de la justice, la présomption d’innocence, une procédure équitable, l’égalité des armes entre le procureur et la défense ainsi que l’impartialité des juges. Ces principes ont-ils vraiment été respectés dans le procès du policier Derek Chauvin ? Si non, ce précédent devrait inquiéter.

Un procès très politique

L’affaire est présentée dans les médias comme une étape dans un combat forcément jamais achevé contre le « racisme systémique » de la police aux Etats-Unis. Pourtant, l’éventuel mobile racial n’a pas été une seule fois évoqué par l’accusation lors du procès. Dès le début, il a cependant été présenté comme coupable parce que Floyd était noir et Chauvin un policier blanc. « Croyez ce que vous voyez » (les désormais célèbres neuf minutes) n’a cessé d’affirmer le procureur, sans prendre en compte l’ensemble de la séquence où l’on voit Floyd résister activement à son arrestation, ou se plaindre dès avant l’arrivée de Chauvin sur les lieux qu’il ne peut pas respirer. Sans tenir compte de sa cardiopathie. Sans tenir compte des six grammes de Fentanyl dans son sang, un taux trois fois supérieur à la dose mortelle.

L’accusation a même réussi à présenter la toxicomanie de Floyd comme un problème médical contre lequel il luttait héroïquement. Face à une équipe de procureurs se relayant à la barre, avec le renfort de onze juristes privés, Chauvin disposait d’un seul avocat choisi sur un rôle de garde, sans grands moyens pour un procès spectacle de ce type. Le même département de la justice qui a refusé de poursuivre la majorité des casseurs lors des émeutes de l’année dernière a dépensé des dizaines de millions de dollars pour faire condamner Derek Chauvin…

Sans tenir compte non plus de l’indemnité de 27 millions de dollars accordée par la ville de Minneapolis à la famille de Floyd avant même l’ouverture du procès qui faisait peser une pression inacceptable sur les jurés.

Un jury sous pression de la foule et des médias

Sans tenir compte aussi des circonstances atténuantes mises en évidence par la défense : l’hostilité de la foule que Chauvin et ses collègues devaient surveiller les empêchant de prendre conscience de l’état de Floyd, le droit, non contesté par le procureur, qu’aurait eu Chauvin d’utiliser son Taser, ce qui n’aurait pas arrangé la condition physique de Floyd, mais aurait évité le film de cette insupportable scène.

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Le plus grave est l’intimidation du jury. Le procès s’est déroulé à Minneapolis alors qu’il aurait dû être délocalisé. De façon incompréhensible, le juge a refusé d’isoler les jurés dès le début des débats. Ces derniers savaient donc parfaitement qu’un acquittement provoquerait émeutes et destructions à travers les États-Unis. Ils ont vu les nouveaux pillages dans la ville, leur ville, après la mort de Daunte Wright tué par une policière confondant son révolver et son Taser.  Ils ont vu ce qui est arrivé à l’un des rares témoins de la défense, une tête de porc étant retrouvée devant sa précédente maison et sa porte badigeonnée. Ils ont entendu la députée Maxine Waters en appeler à une confrontation s’ils rendaient le « mauvais verdict ». Ils ont sans doute légitimement pensé à eux-mêmes, à leurs biens et à leur famille. Aucun – et on le comprend – n’a eu le courage du juré numéro huit dans le film magistral de Sydney Lumet « Douze hommes en colère » qui, seul au départ, parvient à travers des questions légitimes, à retourner les autres jurés.

Avant même l’énoncé du verdict, lorsque le jury est entré en délibération, en violation de la séparation des pouvoirs, le président Biden a souhaité que Chauvin soit condamné.

La police dévalorisée ?

Ce qui est inquiétant n’est pas le verdict en soi (Chauvin est peut-être coupable, je n’en sais rien) mais la façon dont il a été rendu, en l’absence de « due process ». « Justice must not only be done; it must also be seen to be done”  dit le célèbre adage, consacré par la doctrine sous le nom de “théorie des apparences”. A Minneapolis, on a assisté à une caricature de justice, à une pression insupportable de la foule (the mob en anglais) face à laquelle l’appareil judiciaire américain a failli. Les conséquences sont graves. C’est l’ensemble de ce système qui est ébranlé dans ses fondements. Quelle confiance les citoyens peuvent-ils désormais accorder à une justice aussi sensible à la pression de la foule et des médias ?  

Depuis la mort de George Floyd, le métier de policier est complètement dévalorisé et les policiers démotivés. Conséquence, la violence explose dans les grandes villes, 32 meurtres et 158 fusillades de plus à Chicago depuis le début de l’année par rapport à 2020 et 13% de meurtres supplémentaires à New York. En dépit de tout ce qui a été écrit depuis un an, si l’on tient compte de la « race » (terme utilisé couramment aux Etats-Unis) des auteurs de crimes, il n’y a pas de preuves statistiques que la police est plus violente vis-à-vis des noirs que des blancs.

Malgré les réactions unanimes de la presse et de personnalités d’Obama à Zuckergerg, l’Amérique n’est pas « soulagée » par le verdict de Minneapolis, pas plus qu’elle ne l’a été par l’élection de Biden. L’Amérique est profondément divisée et une grande partie est profondément inquiète de voir des groupes minoritaires imposer leur agenda politique à travers l’intimidation et la violence, cette fois à l’encontre de la justice, avec la complicité des grands médias américains. L’ironie de l’histoire est que la majorité des victimes supplémentaires de la violence depuis un an sont des noirs. Mais ce vrai sujet ne semble intéresser personne.

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Idées noires

Plus que le critique, le comédien, le musicien et le danseur, c’est l’ouvreuse qui passe sa vie dans les salles de spectacle. Laissons donc sa petite lampe éclairer nos lanternes !


Et voilà. Le boss du Musée de l’histoire de l’immigration, racialophile qui s’est découvert « noir sur le tard » (Libé dixit), secondé par une Défenseuse des droits, a rendu son Rapport sur la diversité à l’Opéra national de Paris. Méthode en 60 pages pour guérir ce grand corps trop pâle. « L’Opéra national de Paris n’est pas un lieu de diversité. Disons-le franchement : dans l’ensemble, c’est un monde blanc fort éloigné de ce à quoi ressemble la société française contemporaine. »

Répertoire blanc, ballet blanc, orchestre blanc, bureaux blancs. À cause de quoi on s’y grime. Triste souvenir du « blackface », caricature d’artistes noirs par des chansonniers blancs dans ces minstrel shows qui faisaient rire les ségrégationnistes. Américain, le blackface ? Pas du tout, assurent les rapporteurs. « Il trouve son origine dans la Commedia dell’arte avec le personnage d’Arlequin, ce valet bouffon stupide, paresseux et menteur, affublé d’un masque noir. » Masque et maquillage, poubelle. Jaunes, blancs, noirs, comiques, tragiques, exotiques, vous les voyez ? C’étaient des accessoires de théâtre. Abracadabra, ce sont des insultes. Roberto Alagna en Othello et Michel Leeb en Banania, même combat.

Passons le reste du rapport, propagande floydotraoriste sur le racisme systémique, déroulée au pas de charge faute de temps par deux amis qui nous veulent du bien. Dommage ! Dommage parce que les ballets kitschissimes du regretté Noureev sont un vrai sujet. Comme est un vrai sujet l’absence de musiciens « issus de la diversité » dans nos orchestres, Opéra compris. Sujet, pas procès. Le non-vivre-ensemble dans l’orchestre est-il un règlement administratif ou un tort partagé ? En banlieue, « demandez à des enfants qui n’ont pas grandi avec cette musique, ils vous décriront un corps étranger, un truc pour “les autres” » : ce sont les enfants qui ne veulent pas (et c’est l’authentique mélomane Lilian Thuram qui le dit).

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Dommage, dommage. Énième rapport pour rien. Rangeons-le. Mais avant, deux mots. Premier mot : les rapporteurs dressent une liste de personnalités qui « pourraient être valorisées », parmi lesquelles évidemment la soprano martiniquaise Christiane Eda-Pierre, mozartienne en titre (mais pas que) du palais Garnier dans les années 1970-1980. Gloire nationale et internationale disparue le 6 septembre dernier. Peu avant le rapport, Notre Président Macron recevait d’un « conseil scientifique » choisi par l’Élysée une autre liste. La liste des personnalités « qui ont rendu service à la République ou ont contribué à la richesse et à la diversité de notre histoire », que nos bâtiments publics ou nos rues s’honoreraient d’honorer, honneur auquel l’origine ou la couleur font obstacle. 318 noms de Berenice Abbott à Émile Zola. Pas de Christiane Eda-Pierre. Nos vigiles accusent l’Opéra de mésestimer sa valeur, et en même temps, au palais, tout le monde s’en fout.

Deuxième mot. Anthony, 11 ans, aime à la folie le ballet classique. Mais qui s’intéresse aux entrechats d’un élève perdu dans une petite école de la côte nigériane ? Anthony réalise donc une vidéo devant chez lui, à Lagos, sans musique, sur le béton, sous la pluie (tapez « anthonynigeria »). Solo si gracieux qu’il dépasse en quelques jours les 300 000 clics. Une ancienne étoile de l’American Ballet le trouve, lui obtient une bourse, et voilà Anthony dans l’avion de New York. Hollywood a déjà un scénariste sur le coup. Mais qu’attend l’Opéra de Paris ?

Britney Spears: la girl next door du Mississippi

Un documentaire sur la vie d’une icône, entre petite fiancée de l’Amérique et bad girl déjantée. Sur Amazon Prime Vidéo.

L’icône pop des années 2000, Britney Spears, que nous avions un peu oubliée, revient sur le devant de la scène en la faveur d’un documentaire : Framing Britney, disponible sur Amazon. Il retrace l’itinéraire de cette ex-petite fiancée de l’Amérique, qui, rendue folle par la pression médiatique et la traque des paparazzis, fut hospitalisée en psychiatrie et mise sous tutelle. « Free Britney » s’écrient ses fans, pour qui la mise sous tutelle est une mesure injuste et abusive voulue par son père, afin d’avoir la main mise sur sa fortune.

Ils sont plusieurs millions à vouloir sa libération, à l’exprimer dans la rue et sur les réseaux sociaux. Plusieurs millions de jeunes filles banales et malmenées par la vie ou d’homosexuels timides qui disent que Britney, girl next door du Mississippi les a aidés à vivre. Britney, c’est un destin comme seule l’Amérique sait en produire, à la fois grandiose, et banalement tragique.

Enfant prodige et télé-crochets

Elle est née en 1981 dans une petite ville du sud des Etats-Unis, au coeur de ce qu’on appelle la « Bible Belt », un concentré de bigoterie qui peut vite s’avérer mortifère. Son père a des problèmes d’alcoolisme et sa mère, une jolie femme digne, fait comme elle peut. Le décor est planté.

La petite Britney adore chanter et se débrouille plutôt bien. Ses parents parcourent donc le pays en train, ils ne sont pas assez riches pour se payer l’avion, pour présenter l’enfant prodige à des télé-crochets.

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Cela paya, car elle fut choisie pour animer le très populaire Mickey Mouse Club. La voilà propulsée enfant star, autre spécialité du showbiz américain qui se finit le plus souvent en tragédie pour les malheureux élus.

En 1998, avec le single Baby one more time elle devient en quelques semaines l’immense star que l’on sait. Elle même avoua ne pas y avoir compris grand-chose.

Fantasme sexy pour ados

Comme souvent dans un documentaire sur une personnalité, Framing Britney donne la parole à des proches. Le témoignage de son assistante des débuts, un amie de la famille qui joua le rôle de nounou, émerge. Cette femme transpire la sincérité, son visage s’illumine lorsqu’elle évoque ses souvenirs avec Britney, lorsque celle-ci n’était pas encore gâtée par la célébrité qui lui rendit la vie insupportable. Elle se remémore la fois où elles ont pris l’Eurostar, comme deux touristes américaines lambda : « Nous avons pris un train qui allait sous la mer entre Paris et Londres, jamais nous nous étions autant amusées ». À travers les images d’archives de ses débuts de grande star, nous voyons en effet que Britney semble s’amuser. Son visage aux yeux un peu trop écartés lui donnent un air toujours étonné, il resplendit, ses cheveux sont toujours plus blonds et son sourire plus éclatant. Elle dégage une « sexitude » de bon aloi, entre la jolie fille du lycée qui fait rêver les garçons et la porn star habillée en écolière qui les fait bander.

Au fur et à mesure des extraits, on la voit s’étioler un peu, se mettre presque en colère lorsqu’on la traite de diva, lors des interviews, elle semble mal à l’aise et répond par des onomatopées dignes de Betty Boop, c’est à la fois touchant et ridicule.

La vengeance des puritains

Les histoires d’amour finissent mal en général, surtout celles des stars. Sa romance avec le chanteur pour minettes Justin Timberlake appartient à l’Amérique entière, ils font la couverture de dizaines de journaux, parcourent les shows télé. La petite culotte de Britney appartient aux Américains : leur grande préoccupation étant de savoir si celle ci est vierge. Bien sûr que oui, affirme-t-elle devant le pays entier, de sa voix de dessin animé.

Seulement, Britney a eu l’audace de croire qu’elle était une jeune fille comme les autres. Et là s’amorça la chute. Elle rompt avec Justin, celui-ci prétendit qu’elle l’avait trompé ; et pire, prononça le « f word » à son sujet : « I fucked her ». Elle commit le pêché de chair, et cela, est, aux yeux de l’Amérique profonde et puritaine qui constitue son public, impardonnable. Celle qui peuple les rêves érotiques de milliards de garçons n’a pas le droit de se donner à un seul. Une sénatrice déclare même sur un plateau télé qu’elle méritait pour cela la mort. S’emballe alors la deus ex machina. Un mariage éclair avec un vague chanteur aux allures de mauvais garçon, un enfant, puis deux.

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La girl next door se transforme en party girl en compagnie de la sulfureuse Lindsay Lohan. Les paparazzis l’étouffent littéralement. Elle divorce. On parle de lui retirer la garde de ses enfants. Pour la première fois elle éclate en sanglots sur un plateau télé. Et puis, un soir de février 2007, alors qu’elle se sait filmée, Britney, pour une fois décide de se réapproprier sa vie, en un geste fou et définitif. Elle pénètre dans un salon de coiffure, s’empare d’une tondeuse et se rase la tête. Geste hautement symbolique, la chevelure c’est la féminité, la métaphore de la sexualité, mais aussi dans son cas, à travers ses multiples transformations capillaires, le symbole de sa soumission à son personnage de star. En se rasant la tête, Britney hurle au pays entier d’aller se faire voir.

Mais la petite fiancée de l’Amérique ne peut pas se transformer comme ça en bad girl. Elle sera internée puis mise sous tutelle. Depuis, elle fait consciencieusement son métier de star toujours adulée du public. Et donne le change en se filmant en mère modèle sur Instagram. « My lonelyness is killing me » (ma solitude me tue), chantait-elle. Truffaut avait raison, les chansons populaires disent vrai.

Framing Britney Spears.
Documentaire à voir sur Amazon Prime Vidéo.

Le Pakistan, le « Pays des Purs»?

Face aux attaques contre la France et sa liberté d’expression, une stratégie uniquement défensive est vouée à l’échec: il faut contre-attaquer, sur les plans culturel, juridique et même militaire. Analyse


On sait depuis longtemps que l’obsession de la pureté conduit toujours à l’horreur. On sait aussi que le Pakistan est un cas « chimiquement pur » de « séparatisme islamique » : d’abord colonisation de l’Inde par les armées de l’islam, puis séparatisme au sens le plus littéral du terme, et maintenant place forte (parmi d’autres) de l’impérialisme islamique.

Ce pays est la base arrière des Talibans. Ce pays était le refuge d’Oussama Ben Laden. C’est aussi le pays où Asia Bibi a été condamnée à mort pour avoir, chrétienne, bu l’eau d’un puits réservé aux adeptes de la religion « de paix et de tolérance », et n’a été sauvée que grâce à une extraordinaire mobilisation internationale. La haine anti-française se fait de plus en plus intense au Pakistan, et de plus en plus visible, au point que plusieurs policiers sont morts ou ont été enlevés dans le cadre de manifestations anti-blasphème et anti-France. Le Quai d’Orsay recommande maintenant à nos ressortissants de quitter le pays.

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La « ministre des droits de l’Homme » (!) du Pakistan écrivait fin 2020 sur Twitter que « Macron fait aux musulmans ce que les nazis infligeaient aux juifs ». Le premier ministre Imran Khan a récemment déclaré, toujours sur Twitter : « J’appelle les gouvernements occidentaux qui ont interdit la négation de l’Holocauste à utiliser les mêmes principes pour condamner juridiquement ceux qui diffusent délibérément des messages de haine envers les musulmans via les injures faites à notre Prophète. » Le tout après des tweets évoquant l’islamophobie, le racisme anti-musulmans, et le fait que 1,3 milliards de croyants exigeraient les excuses de ceux qui insultent le prophète qu’ils aiment et portent dans le cœur. On dirait presque un condensé d’éditoriaux du New York Times et de tribunes de Médiapart !

Haine anti-française et comparaisons avec la Shoah

On voudrait en sourire, mais ce serait oublier l’influence de telles déclarations jusqu’en France, oublier que lorsqu’Imran Khan affirme « qu’il viendra un moment où les Occidentaux y réfléchiront à deux fois avant de manquer de respect au prophète » il dispose de l’arme nucléaire, que son pays a des liens avérés avec le terrorisme jihadiste, et une diaspora à l’incontestable pouvoir de nuisance – l’horreur des « grooming gangs » en constitue une terrible illustration (en même temps qu’elle montre l’abjection morale du soi-disant « antiracisme progressiste » qui a conduit à longtemps cacher ces crimes).

On pourrait évoquer les turpitudes de la politique intérieure du pays, ou sa volonté d’exister au sein du monde musulman en brandissant la bannière de l’honneur du Prophète. On pourrait analyser point par point les déclarations d’Imran Khan : l’indécence de la comparaison avec la Shoah, la fameuse « islamophobie », la fiction du « racisme anti-musulman », par définition impossible puisqu’une religion est une croyance et un choix, et non une caractéristique « raciale » c’est-à-dire génétique, et ainsi de suite. Mais ce serait se concentrer sur l’arbre qui cache la forêt : ces attaques du Pakistan contre la liberté d’expression s’inscrivent dans un mouvement bien plus vaste, et bien plus inquiétant.

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D’abord de la part du monde musulman, qui rêve d’imposer le délit de blasphème et une censure planétaire par le biais du droit international – c’est même l’un des principaux combats de la Ligue Islamique Mondiale comme de l’Organisation de la Coopération Islamique. Ensuite par le mouvement woke et sa « cancel culture », désormais dominante dans une grande partie du monde anglo-saxon, et qui hélas ne nous épargne pas. Par la modération de plus en plus ouvertement militante des réseaux sociaux. Enfin par nos propres lois mémorielles, dont l’instrumentalisation contre le remarquable historien Olivier Pétré-Grenouilleau suffirait à prouver qu’elles sont intrinsèquement problématiques.

Face à ces attaques répétées, permanentes même, se contenter de défendre la liberté d’expression ne saurait être suffisant : toute posture exclusivement défensive est vouée à l’échec, les vagues finissent toujours par ronger la falaise. Il faut contre-attaquer, et sur plusieurs fronts. J’en vois sept.

Le premier, proclamer la liberté d’expression comme un objectif à étendre au monde entier, car elle ne s’oppose pas à la liberté de conscience et de pensée, mais en est au contraire la condition concrète. On ne peut véritablement penser que ce dont on peut débattre, et on ne peut débattre que de ce que l’on peut dire, y compris pour le contredire. Il doit bien sûr y avoir des limites, en particulier l’incitation aux véritables crimes, mais toute borne mise à la liberté d’expression est en soi une chose grave. Soyons fiers d’avoir pour idéal la vitalité intellectuelle et la liberté paisible que Tacite attribuait aux règnes de Nerva et Trajan : « Bonheur d’une époque où l’on peut penser ce que l’on veut, et dire ce que l’on pense. » Les Occidentaux n’ont pas à rougir d’être les héritiers des Césars.

La France doit se trouver des alliés

Le second, utiliser cette liberté ! Ce n’est pas tout de dire que la liberté d’expression est nécessaire au plan théorique, si nous n’en faisons pas usage nous finirons par la perdre. Provoquons, caricaturons, blasphémons ! On peut préférer débattre de manière mutuellement respectueuse, seulement voilà : s’astreindre à respecter la susceptibilité d’autrui, c’est donner aux plus susceptibles le pouvoir de décider arbitrairement des limites du débat, et c’est donc empêcher tout débat puisqu’il y aura toujours des gens qui considéreront toute critique, si courtoise et argumentée soit-elle, comme une insulte. De même qu’il faut régulièrement tailler une haie, il faut régulièrement dire ce que certains voudraient que l’on ne dise pas, sous peine de laisser s’étendre le domaine déjà bien trop vaste de ce qu’il ne faut pas dire. #JeSuisCharlie Mais attention ! Ne laissons pas croire ou faire croire que la liberté d’expression se réduirait au droit de dessiner un personnage historico-mythologique en train de se faire enc…. : si ce n’est que ça, pas étonnant que beaucoup se disent qu’après tout, on peut bien y renoncer. Nous devons impérativement défier les tabous aussi par la beauté et l’élégance, en proclamant la célébration de la liberté par la beauté et l’élégance, dans la tradition des blasphèmes héroïques d’Homère, de la sensualité des drapés antiques, de la ferveur des vers de Sappho, de l’insolence de certaines enluminures médiévales et de l’irrévérence de Molière. La plume de Hugo ou le pinceau de Delacroix trouveraient bien des manières de s’opposer à la pudibonderie maladive de Facebook, aux susceptibilités sans cesse plus nombreuses des woke, ou aux innombrables interdits absurdes de l’islam, notamment en matière de musique et de représentations figurées.

Le troisième, chercher des alliés. Qui que vous soyez, il existe quelqu’un, quelque part, qui est offensé par les convictions auxquelles vous tenez, par ce que vous admirez, ou par ce qui vous fait rire. Par conséquent, qui que vous soyez, vous êtes susceptible d’être victime de la censure. Et où que vous soyez, viendra le jour où les woke et les islamistes tourneront leur regard vers vous. Il nous faut nous adresser à ceux qui ont soif de liberté au sein du monde arabo-musulman, dont l’exemple est une inspiration et une mise en garde, il nous faut parler avec les religions autres que l’islam, et notamment les instances bouddhistes ou l’Eglise Catholique. On sait l’ambiguïté d’une trop grande partie de son clergé sur le sujet, à commencer par le Pape. Et pourtant ! L’Eglise ferait bien de se souvenir que les arguments que l’on lit aujourd’hui sous la plume d’Imran Khan, de la LIM ou de certains sociologues bien-pensants sont très exactement ceux qui ont été utilisés contre le Pape Benoît XVI suite au discours qu’il prononça à Ratisbonne, il y a déjà 14 ans, discours qui n’avait rien d’injurieux ni de vulgaire, mais constituait une analyse de type universitaire, raisonnée, argumentée et de très haute volée.

Le quatrième, retourner les arguments de nos ennemis contre eux. Voilà la contre-attaque à proprement parler. Un dessin du prophète de l’islam serait un blasphème ? Mais l’islam tout entier est un blasphème ! Le Coran passe son temps à blasphémer contre toutes les autres religions, à insulter leurs fidèles, et à appeler à les haïr – avec hélas un incontestable et sanglant succès. « Les associateurs (polythéistes et chrétiens trinitaires) ne sont qu’impuretés » (s9v28), « l’association est plus grave que le meurtre » (s2v191) « Ce sont certes des mécréants ceux qui disent « En vérité, Allah c’est le messie, fils de Marie » (….) Quiconque associe à Allah, Allah lui interdit le Paradis, et son refuge sera le Feu ! » (s05v72) « Les Juifs disent « Uzayr est fils d’Allah » et les Chrétiens disent « le Christ est fils d’Allah ». (….) Qu’Allah les anéantisse ! » (s9v30) On pourrait continuer longtemps. Sans oublier que le Coran présente le Dieu Suprême comme un tyran arrogant, capricieux, d’une susceptibilité infantile, imposant des lois arbitraires, égocentrique au point de considérer qu’il est plus grave de vénérer quelqu’un d’autre que de massacrer des milliers d’innocents. Voilà ce qui s’appelle blasphémer, et dans les grandes largeurs ! Il faudrait criminaliser le blasphème ? Soit, mais alors dans ce cas commençons par criminaliser toute diffusion des textes sacrés de l’islam.

Gare au droit supranational

Le cinquième, juger sans hésiter ceux qui prétendent nous juger, dénoncer les turpitudes des donneurs de leçons. C’est vrai des woke qui se choisissent pour égéries une marxiste multi-millionnaire là, une famille de délinquants et un célèbre violeur ici, et des antisémites partout. C’est vrai des pays dont la constitution et les lois sont bâtis sur la « religion de paix et de tolérance » et qui criminalisent l’apostasie, donc la liberté de conscience : voilà bien un point sur lequel nous devons les condamner sans réserve, et qui devrait les mettre au ban de toute assemblée se voulant civilisée. La diplomatie et le réalisme imposent parfois de traiter avec les barbares, pas d’enseigner qu’il faudrait considérer leurs petits tabous comme des demandes raisonnables, n’en déplaise à ceux qui préfèrent le profit à la civilisation et sont prêts à toutes les compromissions au nom des affaires. Léonidas ne s’est pas soucié de commercer avec Xerxès, ni Churchill avec Hitler.

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Le sixième, prendre au sérieux le front du lawfare, la guerre juridique. Nous avons encore trop souvent des instances internationales une vision totalement biaisée, rémanence d’une époque où elles étaient habitées par un certain idéal hérité de l’Occident qui les avait créées. Mais quand on voit que l’ONU vient d’élire l’Iran et le Pakistan à sa Commission des Droits des Femmes, tout est dit ! N’oublions pas non plus qu’elle avait déjà admis l’Arabie Saoudite et le Soudan au sein de son Conseil des Droits de l’Homme, CDH qui, comme le disaient entre autres Elisabeth Badinter et Elie Wiesel dans une remarquable tribune publiée en 2008, est « devenu une machine de guerre idéologique à l’encontre de ses principes fondateurs. » Il suffit de la lire pour se convaincre du danger que le droit surpanational représente désormais pour nos libertés fondamentales, et donc de l’urgence de remettre en cause notre dépendance à ce droit qui nous échappe de plus en plus.

Le septième enfin, sécuritaire et militaire. Ne nous leurrons pas : s’ils en ont un jour le pouvoir, les inquisiteurs woke comme les fous d’Allah n’hésiteront pas une seconde à nous imposer leur idéologie et leur censure par la force, c’est ce qu’ils font déjà partout où ils en sont capables. Les manœuvres militaires turques contre la Grèce, les appels de certains prédicateurs pakistanais à frapper la France du feu nucléaire, la main-mise « progressiste » sur les réseaux sociaux, et j’en passe, sont des menaces géostratégiques majeures auxquelles nous ne pourrons répondre que si notre souveraineté est garantie, y compris par les armes.

Les mêmes personnes ne pourront pas se battre sur tous les fronts, ne serait-ce que parce qu’il serait difficile de concilier l’éloge de la liberté d’expression et le retournement des arguments de nos ennemis pour les censurer, eux ! Former des alliances n’en est donc que plus important, sans jamais perdre de vue l’objectif final, et sans jamais céder aux tentatives d’intimidation qui ne manqueront pas d’arriver. Voilà à quoi nous devons nous consacrer, par-delà les vieux clivages qui, face à de telles menaces, n’ont plus de raison d’être.

La France se porterait-elle mieux si elle était une monarchie républicaine?

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Nous pâtissons des vices de la République et nous sommes privés des vertus de la royauté, selon Philippe Bilger

Aujourd’hui on ne couperait plus la tête du roi…

Emmanuel Macron avait raison quand il soulignait la béance, le vide créés dans notre espace démocratique par la mort de Louis XVI et l’obscure nostalgie d’une période de notre Histoire, que les horreurs de 1793 et la guillotine fonctionnant à plein régime n’ont fait qu’aviver. Dans nos tréfonds, on s’habitue mal à l’absence d’une légitimité mise à mal par un bouleversement révolutionnaire malgré la mythologie dont on l’entoure et la volonté de nous faire croire que la France n’aurait vraiment commencé qu’en 1789.

Les partisans d’une monarchie, d’un roi, respectés parce que détachés du tout-venant et des ambitions dérangeantes, ne seraient plus autant tournés en dérision et trouveraient probablement une écoute moins ironique de la part de beaucoup. Certes le régime républicain continue à dominer très largement dans l’esprit public mais d’abord parce qu’il serait trop provocateur de l’estimer substituable par un autre.

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À considérer certains signes moins superficiels qu’on ne le pense, j’éprouve l’impression, chez moi le premier peut-être, d’une impossibilité et en même temps d’un regret lancinant.

L’engouement pour la couronne

La passion avec laquelle on a regardé The Crown, l’intérêt que nous portons à la monarchie britannique et à d’autres en Europe, l’admiration que nous éprouvons pour la reine Elisabeth II, la considération de la pompe et de l’allure dans lesquelles les obsèques du Prince Philip se sont déroulées, la distance émue qui a été la nôtre face à tant d’événements qui ne relevaient pas à proprement parler de notre monde, ont montré, et pas seulement chez les épris par principe de ces péripéties royales, comme un sentiment de familiarité, presque d’appartenance.

Un autre univers sans doute mais dont la tradition assumée, contre toutes les vulgarités du modernisme, nous faisaient du bien, parfois à notre grand étonnement.

Une monarchie républicaine factice

Nous serions, nous, en monarchie républicaine depuis l’élection du président de la République au suffrage universel ? Tristement je réponds affirmativement à cette interrogation mais avec le constat immédiat que nous pâtissons des vices de la République et que nous sommes privés des vertus de la royauté.

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Non pas que celle-ci, où qu’elle se trouve, n’ait pas connu de dysfonctionnements, de scandales ou d’injustices. Mais la plupart du temps, opposant aux débats politiques multiples, aux affrontements partisans, à l’écume sectaire et idéologique et à la droite ou à la gauche de gouvernement un comportement apparemment neutre, stable et serein, elle permet aux citoyens au moins de se garder d’une inimitié totale, d’une contradiction globale et systématique. Elle se sauve et elle est sauvée du désastre quotidien d’un engagement absolu. En surplomb elle n’est pas indifférente ni désengagée. Mais son engagement est pour le pays, pas pour le parti que l’élection, un temps, a rendu dominant.

Un président qui se prend pour un roi

Si peu de monarchie avec un président de la République qui, n’ayant jamais été un arbitre, ne cesse de s’abandonner avec volupté, avec un ascétisme feint, un sens du devoir forcé, à la jouissance d’un pouvoir de moins en moins limité. Surtout quand le Premier ministre est tenté de se laisser grignoter ses attributions par révérence, par complaisance.

Si peu de République avec un président usant et abusant du Conseil de défense, avec une vie parlementaire sans aucune équité démocratique (faute de proportionnelle), un groupe majoritaire où quelques personnalités choisies dissimulent une masse inconditionnelle, un pouvoir d’injonction plus que de délibération, une rétention plus qu’un partage, une apparence populaire mais une réalité régalienne…

Un roi trop plongé dans la mêlée pour être consensuel. Une République diminuée avec un monarque trop puissant.

Nous sommes les sujets, les citoyens d’une monarchie républicaine qui représente une synthèse médiocre et très imparfaite entre la grandeur, l’allure et l’impartialité d’une monarchie exemplaire et le caractère pluraliste, égalitaire d’une République digne de ce nom.

Un polar signé Rouvillois

Frédéric Rouvillois s’attaque avec bonheur au roman policier : du rififi à l’université, en perspective…


Juriste de formation, auteur d’essais pointus sur le droit constitutionnel et sur le Maroc, mais aussi d’une passionnante Histoire du snobisme, Frédéric Rouvillois a fait ses premières armes dans l’underground monarchiste, en collaborant aux revues non-conformistes Réaction et Les Épées. D’où le ton et l’esprit de son premier roman d’esprit légitimiste, Les Fidèles, où il évoque le destin d’une antique lignée féodale. Ce professeur de droit constitutionnel a aussi dirigé le précieux Dictionnaire du conservatisme aux éditions du Cerf.

Meurtre d’un mandarin

Le voilà qui s’attaque avec bonheur au roman policier avec Un Mauvais maître, où un couple de policiers enquête sur l’assassinat d’un mandarin parisien, le professeur Desnard, brillantissime crapule, l’archétype du pervers narcissique « enjôleur et brutal », qui pourrait bien ressembler à certain agrégé de droit public récemment accusé de viol sur mineur et d’inceste.

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Ce personnage peu reluisant appartient à la gauche caviar : rien de ce qui est « humaniste » ne lui est étranger. Ce féministe en chef se révèle avant tout goujat pur sucre ; ce progressiste de carnaval masque à peine son abyssal mépris pour les petites gens (i.e. ceux qui n’ont pas le bonheur d’être agrégés de droit) ; bref, cet adorateur de l’Humanité est – ô surprise – une parfaite canaille.

Humour et cruauté

Manipulateur sans scrupule, capable de séduire pour détruire des rivaux qu’il repère bien en amont, Desnard finit égorgé dans un square du IXème arrondissement, sur l’emplacement des anciens jardins du bourreau de Paris, le front lacéré d’un vengeur XXI. Qui a pu tuer ce machiavel de l’Université, dont le romancier décrit avec un luxe de détails ces subtiles stratégies qui l’ont propulsé à la première place ? Son épouse ? L’amant d’icelle, qui est quelque chose comme chirurgien ? La maîtresse délaissée ? Son âme damnée, un ancien trotskiste qui lui doit tout ? Une secte de cinglés qui servent de

supplétifs dans le cadre d’opérations spéciales téléguidées par l’Elysée ?

Avec habileté et non sans (cruel) humour, Frédéric Rouvillois nous promène dans ce monde faisandé et nous propose une galerie de suspects idéaux. Jusqu’à la surprise finale.

Frédéric Rouvillois, Un Mauvais maître, La Nouvelle librairie, 276 pages.

Sommes-nous toujours dignes de Napoléon?

Deux siècles après sa mort, Napoléon gêne l’État qu’il a façonné et le pays qu’il a couvert de gloire. Ses accusateurs réduisent son extraordinaire épopée au rétablissement de l’esclavage. Mais aucune grandeur humaine n’est née dans la pureté. Le président, paraît-il, sera au rendez-vous du 5 mai : il commémorera l’Empereur. Son audace ira-t-elle jusqu’à le célébrer ?


C’est l’ultime guerre napoléonienne. Et c’est une guerre civile : celle que nous nous livrons depuis une quinzaine d’années autour de la dépouille, ou plutôt de la statue de l’Empereur, victime de la cancel culture avant la lettre, et que cette année de bicentenaire a rallumée. La France va-t-elle abjurer son passé ou s’en faire gloire, se soumettre à une moralisation rétroactive annonçant la normalisation, ou assumer ses rêves de grandeur passée, voire renouer avec eux – mais, cette fois sans envahir l’Italie, comme le conclut drôlement Éric Zemmour dans l’entretien qu’il nous a accordé ?

On ne s’en étonnera pas, à cette question, l’Élysée a donné une réponse mi-chèvre, mi-chou : on ne célébrera pas – comme dit Jean-Louis Debré, cela serait ressenti comme une provocation –, on commémorera. Nuance. « Célébrer nous oblige à tout endosser, commémorer ouvre le champ du débat », résume un connaisseur du dossier. À l’Élysée, le « pôle régalien », qui se confond plus ou moins avec « la bande à Brigitte », ne ménage pas ses efforts pour faire resplendir la face républicaine du macronisme, face aux diplomates et aux cultureux qui s’emploient au contraire à flatter ses penchants multiculturalistes. Les membres de ce cénacle choisi se félicitent de leur victoire : le président, c’est juré, sera au rendez-vous du 5 mai. Peut-être pas à Saint-Louis-des-Invalides (qu’il laisserait aux napoléoniens estampillés), mais certainement à la Grande Halle de La Villette pour l’exposition, dont l’ouverture est programmée le 14 avril, et, laisse-t-on entendre, dans un troisième lieu, dont on suppose que la symbolique aura été pesée au trébuchet.

Il est vrai qu’on revient de loin. Le 4 mars, dans le salon Napoléon du palais du Luxembourg, la sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam accueille l’épée du général Gudin, mort à Smolensk durant la campagne de Russie, en 1812, pour la remettre à ses descendants, représentés par la comtesse d’Orléans, qui la remet à son tour au gouverneur militaire de Paris afin qu’elle rejoigne la dépouille du général qui doit être inhumée aux Invalides le 5 mai. À ce moment-là, on ignore encore tout des intentions présidentielles. C’est seulement le 10 mars que Gabriel Attal lâche : « Évidemment, il y aura une commémoration par le président de la République. » En privé, le porte-parole du gouvernement confierait en substance qu’il aimerait être en première ligne contre ces tarés (on ne doute pas qu’il emploie un langage plus châtié pour évoquer ses contradicteurs égarés). Que la France ignore ou renie un personnage admiré dans le monde entier y compris en Allemagne, en Russie et même en Angleterre, ne serait pas seulement désolant, mais ridicule.

Ce n’était pas évident pour tout le monde. Entre les agissements de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage (FME) de Jean-Marc Ayrault, qui instrumentalise l’« affaire Napoléon » pour lancer la candidature de Christiane Taubira (voir l’article d’Erwan Seznec), les pudeurs de violette des diplomates qui craignent que le nom de notre glorieux mâle blanc, « imprégné de préjugés racistes et manipulé par le lobby esclavagiste », selon le chercheur Jean-François Niort cité dans Le Monde (10 mars), écorche les oreilles et les sensibilités progressistes ou tiers-mondistes, et les manigances de fonctionnaires de la Culture qui hoquettent quand on parle du rayonnement de la France, ce bicentenaire a bien failli devenir une foire à l’expiation – et on n’a pas encore tout entendu. La FME s’est livrée à un lobbying frénétique pour réduire la commémoration à un procès en esclavagisme. En novembre, les responsables des grands musées associés pour l’exposition de La Villette sont allés rouspéter à l’Élysée contre les apparatchiks de la Rue de Valois qui tentaient de saboter l’intervention du président en jurant partout qu’elle n’aurait pas lieu. Roselyne Bachelot était même dubitative sur l’opportunité de la manifestation, craignant, paraît-il, de voir des militants enchaînés devant les anciens abattoirs – qu’allait penser le New York Times ? Finalement, la FME s’est vu concéder une salle, dans laquelle on pourra certainement voir, en plus de l’acte de rétablissement signé de la main de Napoléon, diverses âneries décoloniales. Les plus fervents napoléoniens, comme Thierry Lentz en conviennent (voir notre entretien avec Thierry Lentz), cette décision (de rétablir l’esclavage) est éminemment critiquable, y compris à l’aune des critères moraux de l’époque, et elle a, de surcroît, échoué à atteindre son objectif, permettre à la France de rivaliser avec la puissance économique anglaise. En conclure que Napoléon était raciste, terme qui n’a pas grand sens vingt ans après la Déclaration des droits de l’homme, est anachronique, donc soit stupide soit malhonnête. Mais assez raccord avec cette maxime impériale : « On est plus sûr d’occuper les hommes par des absurdités que par des idées justes[1]. »

Jean-Marc Ayrault, président de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage (FME), participe aux commémorations de l’abolition de l’esclavage à La Réunion, 19 décembre 2020 © VALERIE KOCH/SIPA

On attend donc avec impatience, et non sans inquiétude malgré la confiance des « régaliens », le discours que prononcera Emmanuel Macron – qui doit donner des sueurs froides à quelques conseillers. Il ne se risquera pas, murmure-t-on, à un bilan soupesant le pour et le contre, mais s’emploiera à « replacer Napoléon dans la chaîne des temps », expression bien macronienne qui ne veut pas dire grand-chose. Il sera question, semble-t-il, d’unité nationale et de cette fameuse place vacante du Roi qui semble obséder le chef de l’État. On pourra aussi apprécier entre ses lignes le rapport de forces entre les diverses chapelles qui se disputent l’oreille présidentielle. On espère en tout cas qu’il ne cédera pas au vain espoir de ne mécontenter personne car, comme le disait l’Empereur, « l’indécision des principes est aux gouvernements ce que la paralysie est aux mouvements des membres[2]. »

D’ici là, on ne saurait que trop recommander la lecture des textes profonds, passionnants, stimulants de ce dossier qui, chacun à leur façon, explorent l’irréductible singularité d’un homme défiant les lois communes. Napoléon est, même au-delà de nos frontières, l’incarnation de la grandeur humaine – raison de la détestation des uns et de l’admiration nostalgique des autres. « Il est notre exact contraire », résume Franck Ferrand : ce que nous ne sommes plus, et plus encore, ce que nous ne voulons plus être, préférant les délices de la servitude aux servitudes de la grandeur.

Toutefois, on peut déjà tenter d’éclairer la bataille qui se joue à coups de tribunes et de pressions plus ou moins discrètes, autour de la postérité napoléonienne, car son issue déterminera largement notre destin collectif. Cette bataille n’oppose pas les partisans de la vérité aux défenseurs du mythe. Il n’y a pas d’un côté des historiens rigoureux et de l’autre des hagiographes énamourés, pour la bonne raison que les historiens ont depuis longtemps passé au crible ces vingt ans qui ébranlèrent la France, l’Europe et le monde. Ils n’ont pas attendu les militants indigénistes pour estimer que le rétablissement de l’esclavage ternit le bilan de l’Empereur et déplorer qu’il ait renoncé à proclamer l’abolition durant les Cent-Jours. Dès le XIXe siècle, les plus grands esprits, de Chateaubriand à Bainville, ont exercé, et avec quelle verve, leur droit d’inventaire. Autrement dit, nous n’avons pas découvert les « zones d’ombre » de cette épopée en 2020, grâce à la persévérance de quelques lanceurs d’alerte, nous ne les avons jamais ignorées. Ce qui a changé, depuis les célébrations du bicentenaire de sa naissance en 1969 et du 150e anniversaire de sa mort en 1971, ce n’est pas le passé ni la connaissance que nous en avons, c’est nous.

Napoléon est le Français le plus connu et le plus admiré au monde. Même ceux qui ne sauraient pas situer la France sur une carte reconnaîtraient l’image iconique de l’homme au bicorne, la main droite dans la boutonnière du gilet. À ce seul titre, il doit être considéré comme un trésor national, probablement le plus précieux que nous possédions : à travers lui, se déploie l’image d’un pays, enviable, glorieux, prestigieux. Attaquer Napoléon aujourd’hui relève tout simplement du suicide collectif. Ce que visent les épurateurs du passé et les déboulonneurs de statues, bien au-delà, d’ailleurs, de la figure de l’Empereur, ce n’est pas seulement une politique, contestable par définition, mais notre capacité à faire nation, notre identité de communauté politique. Les têtes qui tombent aujourd’hui sont faites de pierre, mais la logique de ce jeu de massacre est aussi implacable que celle qui, quelques années avant que Napoléon perce sous Bonaparte, faisait rouler des vraies têtes d’hommes et de femmes dans des corbeilles d’osier.


[1]. Napoléon, manuel du chef : aphorismes choisis et préfacés par Jules Bertaut (1919), Payot, 2006.

[2]. Ibid.

En finir avec la «déconstruction» de la France, enjeu vital de 2022

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Qu’est-il arrivé à Emmanuel Macron depuis son élection ?


Sur l’échiquier politique français, et ses pièces majoritairement confites, l’ancien ministre de l’Économie incarnait la modernité. On allait voir ce qu’on allait voir. L’esprit de conquête devait réveiller l’hexagone. Et qu’a-t-on vu ? Le contraire du réformiste ambitieux, droit dans ses bottes, et imperméable à la pression qu’on imaginait. Nous avons découvert au fil du mandat une girouette idéologique, adaptant son discours en fonction des interlocuteurs, adepte du « en-même-tempstisme » permanent sur tous les sujets.

Le «en même temps», c’est l’absence de convictions

À vouloir donner des gages à chacun, le président a embourbé le pays. Les calamiteux comités Théodule qui ont marqué ce quinquennat en sont l’illustration : la tristement célèbre « Convention citoyenne » (avec le khmer vert Cyril Dion), sans doute une des pires idées politiques de tous les temps, avec  le « Conseil présidentiel des banlieues » (qui mit en vedette l’entrepreneur identitaire Yassine Belattar). L’absence de convictions identifiables du chef de l’État a de quoi inquiéter. Que pense-t-il vraiment ? Sa conversion écolo radicale est-elle électoraliste ou le fruit d’une illumination ? Pense-t-il sincèrement, comme sa ministre, qu’il est souhaitable de sacrifier notre industrie nucléaire au profit des ENR, avec ces éoliennes qui transforment nos paysages terrestres et maritimes en zone industrielle? Mesure-t-il que programmer la fin des moteurs thermiques est un choix politique qui s’avérera désastreux pour notre industrie automobile — 9% des emplois de la population active— et sur le plan écologique, comme l’expliquait le patron de PSA Carlos Tavares ? Personne ne sait ce que pense vraiment le président. Mais le sait-il lui-même ?

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La « déconstruction » systématique des valeurs et des richesses industrielles de la France sur l’autel de la bien-pensance woke et écolo, constitue le fait marquant de son quinquennat tournée vers un projet pour lequel personne n’a voté : conduire un « changement de civilisation ». Rien de moins.

Make the planet great again

Changer de civilisation au point de sacrifier notre industrie nucléaire, automobile et aérienne. « Quoi qu’il en coûte », y compris en millions de chômeurs, est le nouveau mot d’ordre de ces politiques irrationnelles pour le climat. Make the planet great again, disait Emmanuel Macron, président d’un des pays les moins pollueurs de la planète grâce au nucléaire. La ligne politique est claire et dépasse le cadre industriel : il faut « changer de civilisation », et donc déconstruire l’existant, rééduquer les masses, y compris par le biais de l’Éducation nationale, comme l’a dit ouvertement Barbara Pompili. Car pour les gourous qui nous gouvernent, l’ancienne civilisation — guidée par la rationalité, le continuum scientifique, le goût du progrès partagé — n’était pas bonne pour le « climat ». Le Français moyen et sa Clio diesel, qui ne crache pas sur un petit voyage en avion quand il en a les moyens, devra accepter sa rééducation ou disparaître. Bientôt, il ne pourra même plus circuler dans les centres-villes, sauf à s’offrir une voiture électrique, avec sa batterie lithium-ion « Made in China ».

Le but ultime n’est plus la création de richesses et d’emplois, la protection de notre culture et de nos valeurs, la réduction de la dette ou la réforme de l’Etat, mais de se situer, quoi qu’il en coûte, dans le camp du bien autoproclamé. Quitte à raconter absolument n’importe quoi. Ainsi, pour lutter contre le racisme et les discriminations systémiques qui rongeraient la France, le Président de la République proposait-il sur la chaîne américaine CBS de « déconstruire notre propre Histoire »…

Nous en sommes arrivés, sur le plan de la lâcheté politique, à un point de non-retour. Le 7 décembre 2020, le président Macron déclarait sans rire « je n’ai pas de problème à répéter le terme de violences policières, mais je le déconstruis ». L’autorité de l’État, par la volonté même de celui-ci, n’est plus acceptable. Information reçue 5 sur 5 par les casseurs qui narguent la police, pourrissent la vie des Français, et font les beaux jours des chaînes d’info continue : petites frappes de banlieue, casseurs de flics antifas, Gilets jaunes radicaux, activistes Black Blocs, Extinction Rébellion ou Greenpeace… Chacun l’a constaté pendant des mois à l’occasion des samedis jaunes : la police nationale doit se laisser caillasser, humilier, sans pouvoir répondre à la violence par la force, dont elle est pourtant le seul dépositaire légitime. Le chiffre de dix mille blessés par an dans les rangs des forces de l’ordre n’émeut plus grand monde au sommet de l’État. La « déconstruction » passe avant la défense inconditionnelle de l’autorité de l’État. En clair, mieux vaut sacrifier les centres-villes et les commerçants de Paris, Bordeaux, ou Nantes que de prêter le flanc aux critiques de Jérôme Rodriguez, de l’extrême gauche et des médias. Des illuminés peuvent tranquillement repeindre en vert des avions de ligne d’Air France sur les pistes de Roissy sans que personne ne bouge. L’autorité est sacrifiée dans le seul but de ne pas déplaire à une petite minorité bruyante. Les fauteurs de troubles se sentent plus à l’aise que jamais : ils n’ont rien de pire à craindre qu’une invitation chez Cyril Hanouna.

Aéroport Roissy Charles de Gaulle, le 5 mars 2021 © Alain JOCARD / AFP.

Zadisation de la France

Face à ce « changement de civilisation » imposé, la majorité silencieuse — qui ne casse rien, respecte la police, paye ses impôts— observe l’effondrement accéléré de la France sans en perdre une miette.  Ce projet présidentiel calamiteux aura créé les conditions d’un séisme politique : les sondages donnent pour la première fois Le Pen gagnante au deuxième tour face à n’importe quel candidat de gauche, et à deux doigts (deux attentats, deux manifs, deux mesures liberticides de plus…) de battre le président sortant. La majorité silencieuse à un message clair à faire passer : nous ne voulons pas de votre « monde d’après » ; la planète était déjà « great » avant vous ; nous ne sommes pas dupes du clientélisme de la gauche ; l’ensauvagement de la société n’est pas une invention de l’extrême droite ; nous ne voulons pas d’une zadisation de la France ; nous préférons la liberté d’expression à la cancel culture et au voile islamique ; nous aimons nos voitures thermiques et les avions tout en respectant la nature ; nous ne sommes ni racistes ni islamophobes ; et nous en avons plus que marre du climat insurrectionnel, de la violence et des incivilités qui pourrissent nos vies. Tellement marre que nous sommes prêts à voter Marine le Pen, dont tout le monde sait qu’elle est incompétente.

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Sauf surprise, le re-match Macron/Le Pen se profile. Pour des raisons différentes, la victoire de l’un ou de l’autre amplifierait le déclin de la France. Un deuxième mandat de Macron verrait se poursuivre ce projet écolo-woke délirant de « changement de civilisation » pour lequel, rappelons-le, personne n’a voté en 2017. Une victoire de Le Pen marquerait la victoire par défaut d’un populisme nationaliste, étriqué et réactionnaire, incapable de gérer les défis vertigineux du 21e siècle. Le Pen à l’Élysée se résumerait à  cinq ans d’une grève permanente qui achèverait un pays déjà bien mal en point.

Malade, complètement malade…

La France est malade, fracturée de toute part, et économiquement à la dérive (le « quoi qu’il en coûte » de la Covidette s’élève à lui seul à 340 milliards d’euros). Le moral des Français est en berne, et la difficile sortie de crise sanitaire qui s’annonce ne manquera pas d’alimenter la gueule de bois et les tentations populistes. Après les Français, c’est le pays lui-même qui aura bientôt besoin d’un lit en réanimation.

Le duel Macron/Le Pen est-il inévitable ? Il existe un large espace politique, de la gauche républicaine et laïque jusqu’à la droite, pour un projet politique sérieux et ambitieux de sauvetage de la France. Un projet susceptible de rallier à lui une large majorité de Français. Reste à savoir si une personnalité charismatique, assumant des convictions majoritaires dans le pays — pro autorité de l’État, pro liberté, pro entreprise, pro science, pro laïcité, pro universalisme, pro écologie rationnelle — est en mesure de réaliser cet exploit dont la France a besoin pour sa survie.

La guêpe fête aujourd’hui ses 75 ans!

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Le 23 avril 1946, Piaggio inventait la Vespa, le deux-roues le plus piquant de l’après-guerre

Si vous croyez que la Vespa est une motocyclette italienne produite par Piaggio et imaginée par l’ingénieur Corradino D’Ascanio, également à l’origine de l’hélicoptère, c’est techniquement vrai, mais charnellement faux. Historiquement juste, mais un peu court, jeune homme. Tellement loin de la réalité véhiculée par le plus bel objet transalpin du siècle dernier, né exactement le 23 avril 1946. L’expression du désir à la portée de toutes les bourses, l’incarnation du miracle économique. En fait, la Vespa est beaucoup plus qu’un moyen de locomotion lancé dans une Italie en pleine reconstruction. Beaucoup plus qu’un sujet pour thésard en rupture de ban à la recherche de l’identité italienne. La Vespa est à la fois un signe de dieu, une leçon de style, une philosophie balnéaire, une éthique du détachement souverain, une esthétique de la flambe décontractée et puis aussi ce ballet de jambes dénudées en fin d’après-midi autour de la Piazza Navona, à Rome. Entendez-vous les rires complices sur cette plage de Rimini et la morgue d’une jeunesse bronzée en quête d’un flirt ? La Vespa, c’est une allure et un moment d’égarement, une pureté des sentiments et des rondeurs maternelles, des baisers volés et l’insolence d’un dernier été, un slow d’Adriano Celentano et la poitrine bombesque de Sophia Loren au balcon, les Pasta de Lino et les fanfaronnades de Vittorio, peut-être le dernier appel à résister, à ne plus se soumettre, à oser enfiler une paire de Persol et dépasser la limite des dix kilomètres, à emprunter la veste en suédine de votre père, celle qui semble sortir d’un film de Jean-Luc Godard où tous les garçons s’appelaient Patrick et à enfin user d’une liberté tellement bafouée ces derniers mois. Jusqu’au milieu des années 2000, la Vespa n’avait presque pas changé. Sa singularité mécanique était notre romantisme latin, sa conduite désaxée, notre nouvel existentialisme. Elle avait hérité d’une coque autoporteuse, d’un moteur deux temps, de changements de vitesses au poignet, de petites roues et d’un déhanchement sensuel en raison d’une répartition inégale de son poids à l’arrière. À son guidon, en costume ou en bleu de travail, en bermuda ou en soutane, on ne se salissait pas, elle légitimait même le port de la mini-jupe sans outrager la vue de Pie XII. À vrai dire, on n’enfourchait pas une Vespa comme n’importe quel scooter moderne. On faisait durer le plaisir. Elle nous apprenait l’importance des préliminaires. Avant de lui asséner un coup de kick salvateur, et de se laisser emporter par son chant mélodieux, le pépiement du deux temps, l’onde nostalgique par essence, on frimait carrément. Il y avait du Pino d’Angio en nous. Sans honte et sans reproche, nous assumions alors notre légèreté et notre inconstance gamines. Nous n’étions pas terrorisés par le qu’en-dira-t-on des voisins et les regards désapprobateurs des professeurs. Les réseaux sociaux n’existaient pas dans son monde à elle. Dans une société qui rabote toutes les aspérités et promeut le laid comme dénominateur commun, la Vespa était une manière de snober les censeurs. De tancer les cons, de parader juste pour le plaisir, juste pour gagner quelques minutes de bonheur, et de se sentir vivant ! Ricchi e Poveri, elle rendait sa fierté aux ouvriers d’usine et déréglait les fils de famille. Elle donnait du charme aux étudiantes à lunettes et de l’épaisseur aux boutonneux. Elle se couchait comme une baleine dans les virages et surtout elle nous autorisait à voyager à deux, contrairement aux mobylettes françaises, vieil héritage d’un communo-gaullisme calotin. Le célibat n’était pas sa raison d’être. Cette adorable guêpe n’avait pas besoin d’un passeport sanitaire pour se déplacer. Elle était partout chez elle, sur les pistes du Paris-Dakar, dans Les Simpson ou les bras d’Audrey Hepburn, sur les circuits ou les terrains militaires, on la fabriquait même sous licence dans la Nièvre à Fourchambault. Moi, je suis tombé amoureux d’elle, au cinéma, c’était en 1994, dans « Journal intime » de Nanni Moretti, elle était bleue de peau, renaissance romaine au rythme de Leonard Cohen et apparition de Jennifer Beals qui me serre encore le cœur, vingt-sept ans plus tard. Il m’en fallait une. On ne naît pas Vespiste, on le devient. J’attends le 3 mai prochain pour libérer ma guêpe de sa prison.

Sheila sauvera-t-elle le soldat Astra Zeneca?

Le refus de l’Astra Zeneca en dit beaucoup plus sur notre société que sur les risques du vaccin anglo-suédois

Je ne suis pas sûr que l’idée de Jean Castex de  faire vacciner Sheila à l’Astra Zeneca soit l’initiative du siècle. Ou alors, un peu comme moi, en matière de variété, Jean Castex qui a mon âge, est resté bloqué dans les années soixante. Je dispose en effet d’une collection de 45 tours et du Tepaz qui va avec. Tout cela m’a été donné à l’adolescence par une cousine qui avait 16 ans en 1963. Je les écoute encore aujourd’hui et le grésillement du haut-parleur me renvoie à une nostalgie de l’époque yéyé. Les nostalgies des époques que l’on n’a pas connues sont doublement inguérissables. Je renvoie à Baudelaire qui a écrit de bien jolies choses sur la question.

Le client est roi

Néanmoins, cela m’a rendu Castex sympathique pour la première fois. Je l’imagine, entre deux conseils de défenses, écouter sur son téléphone « Petite fille de Français moyen » ou « Mais oui, mais oui, l’école est finie », chanson qui ne doit pas beaucoup plaire à Blanquer, mais c’est une autre histoire. Un homme qui pense à Sheila en pleine crise sanitaire majeure ne peut pas être tout à fait mauvais.

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D’ailleurs, vouloir sauver le soldat Astra Zeneca est tout à son honneur. Pas seulement parce que la fameuse stratégie vaccinale du gouvernement risque de connaître quelques difficultés supplémentaires si les centres de vaccination qui proposent le vaccin anglo-suédois et celui de Johnson et Johnson ferment parce que les gens n’en veulent pas, mais aussi parce que cette attitude de refus à quelque chose dit beaucoup de notre époque. A savoir que le citoyen ne se considère plus comme un usager quand il prend un transport en commun, comme un parent d’élève quand il met ses enfants à l’école ni comme un patient quand on veut le vacciner. Mais dans tous les cas de figure, comme un consommateur, un client et on sait, selon l’adage, que le client est roi.

On voit là les résultats d’une économie de marché qui est devenue une société de marché. On a dépassé les cent mille morts, la tension hospitalière est toujours à 116% et on tourne à 35 000 contaminations par jour en moyenne (source Covid-Tracker). Mais bon, vous comprenez, moi, je préfère le Pfizer à l’Astra Zeneca, comme on préfère une BMW à une Mercedes. Si en plus on pouvait choisir la couleur, ce serait parfait. Il semble que la peur des vaccins à ARN messager soit bien loin : apparemment, on ne craint plus de se retrouver avec de la 5G dans le sang qui nous transformera en zombies du Grand Reset voulu par Bill Gates.

Quelques circonstances atténuantes

Ce retournement assez honteux a quelques circonstances atténuantes : l’Astra Zeneca bashing est le fils délirant du principe de précaution qui n’est pas quoiqu’on en dise, une spécialité française mais plutôt scandinave. Il suffit de voir comment se sont comportés le Danemark et la Norvège. On pourrait aussi imaginer un bon sujet de roman noir avec des rivalités souterraines, des manipulations médiatiques où les labos qui ont misé sur l’ARN messager veulent faire la peau à ceux qui ont misé sur l’adénovirus.

Mon généraliste m’a appelé il y a un petit mois pour me proposer la vaccination. J’étais encore hors cadre. Plus de 55 ans, mais pas de comorbidités. J’ai dit oui, parce que je n’ai pas de préférence entre BMW et Mercedes, et que je veux d’abord pouvoir emprunter la bretelle d’accès à une vie normale. Après tout, les Brits qui s’en sortent beaucoup mieux que nous en matière de vaccination ont utilisé pour l’essentiel l’Astra Zeneca et il n’y a pas eu de décès en masse pour cause de thrombose.

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Je ne crois pas que nos amis d’outre-Manche bénéficient d’une physiologie très différente de la nôtre. Ou alors (je fais une hypothèse à la Raoult), ils sont protégés des effets secondaires grâce au fish and chips et au Laphroaig. Ca tombe bien, j’adore ça et juste après avoir reçu le vaccin, si je n’ai pas connu d’effets secondaires, même pas un léger frisson fébrile, ce n’est pas grâce au paracétamol mais plutôt au cabillot frit et au single malt de l’ile d’Islay.

En attendant, faire la fine bouche ou la fine épaule devant un vaccin contre cette saloperie, quel qu’il soit, c’est vraiment un problème de riches, d’égoïstes et pour le coup, de gens drogués aux approximations des chaines infos. Là où l’on devrait remercier la science, s’émerveiller du génie humain, on tergiverse, on fait des manières, on s’auto-intoxique, on se montre incapable d’évaluer un risque.

Allez, un bon geste, et comme dirait à peu près Sheila :

« Donne moi ta main et prends la mienne,

mais oui mais oui,

l’Astra Zeneca c’est pas fini. »

L’Amérique ne pouvait pas ne pas condamner Chauvin

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Des militants fêtent la condamnation de Derek Chauvin à Washington, 20 avril 2021 © Mihoko Owada/STAR MAX/IPx/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22560374_000017

On peut aussi voir dans le procès hors normes de Derek Chauvin une inquiétante parodie de justice.


Dans une nouvelle et si touchante unanimité, la presse américaine comme française a salué le verdict de culpabilité de Derek Chauvin dans la mort de George Floyd. Peu ou pas de voix dissonantes dans le concert de louanges pour une Amérique « soulagée », comme l’écrit même un grand quotidien classé à droite.

Les systèmes judiciaires des pays occidentaux sont basés sur quelques principes communs, progressivement élevés au rang de dogme au cours des siècles : l’indépendance de la justice, la présomption d’innocence, une procédure équitable, l’égalité des armes entre le procureur et la défense ainsi que l’impartialité des juges. Ces principes ont-ils vraiment été respectés dans le procès du policier Derek Chauvin ? Si non, ce précédent devrait inquiéter.

Un procès très politique

L’affaire est présentée dans les médias comme une étape dans un combat forcément jamais achevé contre le « racisme systémique » de la police aux Etats-Unis. Pourtant, l’éventuel mobile racial n’a pas été une seule fois évoqué par l’accusation lors du procès. Dès le début, il a cependant été présenté comme coupable parce que Floyd était noir et Chauvin un policier blanc. « Croyez ce que vous voyez » (les désormais célèbres neuf minutes) n’a cessé d’affirmer le procureur, sans prendre en compte l’ensemble de la séquence où l’on voit Floyd résister activement à son arrestation, ou se plaindre dès avant l’arrivée de Chauvin sur les lieux qu’il ne peut pas respirer. Sans tenir compte de sa cardiopathie. Sans tenir compte des six grammes de Fentanyl dans son sang, un taux trois fois supérieur à la dose mortelle.

L’accusation a même réussi à présenter la toxicomanie de Floyd comme un problème médical contre lequel il luttait héroïquement. Face à une équipe de procureurs se relayant à la barre, avec le renfort de onze juristes privés, Chauvin disposait d’un seul avocat choisi sur un rôle de garde, sans grands moyens pour un procès spectacle de ce type. Le même département de la justice qui a refusé de poursuivre la majorité des casseurs lors des émeutes de l’année dernière a dépensé des dizaines de millions de dollars pour faire condamner Derek Chauvin…

Sans tenir compte non plus de l’indemnité de 27 millions de dollars accordée par la ville de Minneapolis à la famille de Floyd avant même l’ouverture du procès qui faisait peser une pression inacceptable sur les jurés.

Un jury sous pression de la foule et des médias

Sans tenir compte aussi des circonstances atténuantes mises en évidence par la défense : l’hostilité de la foule que Chauvin et ses collègues devaient surveiller les empêchant de prendre conscience de l’état de Floyd, le droit, non contesté par le procureur, qu’aurait eu Chauvin d’utiliser son Taser, ce qui n’aurait pas arrangé la condition physique de Floyd, mais aurait évité le film de cette insupportable scène.

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Le plus grave est l’intimidation du jury. Le procès s’est déroulé à Minneapolis alors qu’il aurait dû être délocalisé. De façon incompréhensible, le juge a refusé d’isoler les jurés dès le début des débats. Ces derniers savaient donc parfaitement qu’un acquittement provoquerait émeutes et destructions à travers les États-Unis. Ils ont vu les nouveaux pillages dans la ville, leur ville, après la mort de Daunte Wright tué par une policière confondant son révolver et son Taser.  Ils ont vu ce qui est arrivé à l’un des rares témoins de la défense, une tête de porc étant retrouvée devant sa précédente maison et sa porte badigeonnée. Ils ont entendu la députée Maxine Waters en appeler à une confrontation s’ils rendaient le « mauvais verdict ». Ils ont sans doute légitimement pensé à eux-mêmes, à leurs biens et à leur famille. Aucun – et on le comprend – n’a eu le courage du juré numéro huit dans le film magistral de Sydney Lumet « Douze hommes en colère » qui, seul au départ, parvient à travers des questions légitimes, à retourner les autres jurés.

Avant même l’énoncé du verdict, lorsque le jury est entré en délibération, en violation de la séparation des pouvoirs, le président Biden a souhaité que Chauvin soit condamné.

La police dévalorisée ?

Ce qui est inquiétant n’est pas le verdict en soi (Chauvin est peut-être coupable, je n’en sais rien) mais la façon dont il a été rendu, en l’absence de « due process ». « Justice must not only be done; it must also be seen to be done”  dit le célèbre adage, consacré par la doctrine sous le nom de “théorie des apparences”. A Minneapolis, on a assisté à une caricature de justice, à une pression insupportable de la foule (the mob en anglais) face à laquelle l’appareil judiciaire américain a failli. Les conséquences sont graves. C’est l’ensemble de ce système qui est ébranlé dans ses fondements. Quelle confiance les citoyens peuvent-ils désormais accorder à une justice aussi sensible à la pression de la foule et des médias ?  

Depuis la mort de George Floyd, le métier de policier est complètement dévalorisé et les policiers démotivés. Conséquence, la violence explose dans les grandes villes, 32 meurtres et 158 fusillades de plus à Chicago depuis le début de l’année par rapport à 2020 et 13% de meurtres supplémentaires à New York. En dépit de tout ce qui a été écrit depuis un an, si l’on tient compte de la « race » (terme utilisé couramment aux Etats-Unis) des auteurs de crimes, il n’y a pas de preuves statistiques que la police est plus violente vis-à-vis des noirs que des blancs.

Malgré les réactions unanimes de la presse et de personnalités d’Obama à Zuckergerg, l’Amérique n’est pas « soulagée » par le verdict de Minneapolis, pas plus qu’elle ne l’a été par l’élection de Biden. L’Amérique est profondément divisée et une grande partie est profondément inquiète de voir des groupes minoritaires imposer leur agenda politique à travers l’intimidation et la violence, cette fois à l’encontre de la justice, avec la complicité des grands médias américains. L’ironie de l’histoire est que la majorité des victimes supplémentaires de la violence depuis un an sont des noirs. Mais ce vrai sujet ne semble intéresser personne.

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Idées noires

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© Soleil

Plus que le critique, le comédien, le musicien et le danseur, c’est l’ouvreuse qui passe sa vie dans les salles de spectacle. Laissons donc sa petite lampe éclairer nos lanternes !


Et voilà. Le boss du Musée de l’histoire de l’immigration, racialophile qui s’est découvert « noir sur le tard » (Libé dixit), secondé par une Défenseuse des droits, a rendu son Rapport sur la diversité à l’Opéra national de Paris. Méthode en 60 pages pour guérir ce grand corps trop pâle. « L’Opéra national de Paris n’est pas un lieu de diversité. Disons-le franchement : dans l’ensemble, c’est un monde blanc fort éloigné de ce à quoi ressemble la société française contemporaine. »

Répertoire blanc, ballet blanc, orchestre blanc, bureaux blancs. À cause de quoi on s’y grime. Triste souvenir du « blackface », caricature d’artistes noirs par des chansonniers blancs dans ces minstrel shows qui faisaient rire les ségrégationnistes. Américain, le blackface ? Pas du tout, assurent les rapporteurs. « Il trouve son origine dans la Commedia dell’arte avec le personnage d’Arlequin, ce valet bouffon stupide, paresseux et menteur, affublé d’un masque noir. » Masque et maquillage, poubelle. Jaunes, blancs, noirs, comiques, tragiques, exotiques, vous les voyez ? C’étaient des accessoires de théâtre. Abracadabra, ce sont des insultes. Roberto Alagna en Othello et Michel Leeb en Banania, même combat.

Passons le reste du rapport, propagande floydotraoriste sur le racisme systémique, déroulée au pas de charge faute de temps par deux amis qui nous veulent du bien. Dommage ! Dommage parce que les ballets kitschissimes du regretté Noureev sont un vrai sujet. Comme est un vrai sujet l’absence de musiciens « issus de la diversité » dans nos orchestres, Opéra compris. Sujet, pas procès. Le non-vivre-ensemble dans l’orchestre est-il un règlement administratif ou un tort partagé ? En banlieue, « demandez à des enfants qui n’ont pas grandi avec cette musique, ils vous décriront un corps étranger, un truc pour “les autres” » : ce sont les enfants qui ne veulent pas (et c’est l’authentique mélomane Lilian Thuram qui le dit).

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Dommage, dommage. Énième rapport pour rien. Rangeons-le. Mais avant, deux mots. Premier mot : les rapporteurs dressent une liste de personnalités qui « pourraient être valorisées », parmi lesquelles évidemment la soprano martiniquaise Christiane Eda-Pierre, mozartienne en titre (mais pas que) du palais Garnier dans les années 1970-1980. Gloire nationale et internationale disparue le 6 septembre dernier. Peu avant le rapport, Notre Président Macron recevait d’un « conseil scientifique » choisi par l’Élysée une autre liste. La liste des personnalités « qui ont rendu service à la République ou ont contribué à la richesse et à la diversité de notre histoire », que nos bâtiments publics ou nos rues s’honoreraient d’honorer, honneur auquel l’origine ou la couleur font obstacle. 318 noms de Berenice Abbott à Émile Zola. Pas de Christiane Eda-Pierre. Nos vigiles accusent l’Opéra de mésestimer sa valeur, et en même temps, au palais, tout le monde s’en fout.

Deuxième mot. Anthony, 11 ans, aime à la folie le ballet classique. Mais qui s’intéresse aux entrechats d’un élève perdu dans une petite école de la côte nigériane ? Anthony réalise donc une vidéo devant chez lui, à Lagos, sans musique, sur le béton, sous la pluie (tapez « anthonynigeria »). Solo si gracieux qu’il dépasse en quelques jours les 300 000 clics. Une ancienne étoile de l’American Ballet le trouve, lui obtient une bourse, et voilà Anthony dans l’avion de New York. Hollywood a déjà un scénariste sur le coup. Mais qu’attend l’Opéra de Paris ?

Britney Spears: la girl next door du Mississippi

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Justin Timberlake et Britney Spears, Philadelphie, 2002 © Chris Gardner/AP/SIPA Numéro de reportage: AP21950261_000001

Un documentaire sur la vie d’une icône, entre petite fiancée de l’Amérique et bad girl déjantée. Sur Amazon Prime Vidéo.

L’icône pop des années 2000, Britney Spears, que nous avions un peu oubliée, revient sur le devant de la scène en la faveur d’un documentaire : Framing Britney, disponible sur Amazon. Il retrace l’itinéraire de cette ex-petite fiancée de l’Amérique, qui, rendue folle par la pression médiatique et la traque des paparazzis, fut hospitalisée en psychiatrie et mise sous tutelle. « Free Britney » s’écrient ses fans, pour qui la mise sous tutelle est une mesure injuste et abusive voulue par son père, afin d’avoir la main mise sur sa fortune.

Ils sont plusieurs millions à vouloir sa libération, à l’exprimer dans la rue et sur les réseaux sociaux. Plusieurs millions de jeunes filles banales et malmenées par la vie ou d’homosexuels timides qui disent que Britney, girl next door du Mississippi les a aidés à vivre. Britney, c’est un destin comme seule l’Amérique sait en produire, à la fois grandiose, et banalement tragique.

Enfant prodige et télé-crochets

Elle est née en 1981 dans une petite ville du sud des Etats-Unis, au coeur de ce qu’on appelle la « Bible Belt », un concentré de bigoterie qui peut vite s’avérer mortifère. Son père a des problèmes d’alcoolisme et sa mère, une jolie femme digne, fait comme elle peut. Le décor est planté.

La petite Britney adore chanter et se débrouille plutôt bien. Ses parents parcourent donc le pays en train, ils ne sont pas assez riches pour se payer l’avion, pour présenter l’enfant prodige à des télé-crochets.

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Cela paya, car elle fut choisie pour animer le très populaire Mickey Mouse Club. La voilà propulsée enfant star, autre spécialité du showbiz américain qui se finit le plus souvent en tragédie pour les malheureux élus.

En 1998, avec le single Baby one more time elle devient en quelques semaines l’immense star que l’on sait. Elle même avoua ne pas y avoir compris grand-chose.

Fantasme sexy pour ados

Comme souvent dans un documentaire sur une personnalité, Framing Britney donne la parole à des proches. Le témoignage de son assistante des débuts, un amie de la famille qui joua le rôle de nounou, émerge. Cette femme transpire la sincérité, son visage s’illumine lorsqu’elle évoque ses souvenirs avec Britney, lorsque celle-ci n’était pas encore gâtée par la célébrité qui lui rendit la vie insupportable. Elle se remémore la fois où elles ont pris l’Eurostar, comme deux touristes américaines lambda : « Nous avons pris un train qui allait sous la mer entre Paris et Londres, jamais nous nous étions autant amusées ». À travers les images d’archives de ses débuts de grande star, nous voyons en effet que Britney semble s’amuser. Son visage aux yeux un peu trop écartés lui donnent un air toujours étonné, il resplendit, ses cheveux sont toujours plus blonds et son sourire plus éclatant. Elle dégage une « sexitude » de bon aloi, entre la jolie fille du lycée qui fait rêver les garçons et la porn star habillée en écolière qui les fait bander.

Au fur et à mesure des extraits, on la voit s’étioler un peu, se mettre presque en colère lorsqu’on la traite de diva, lors des interviews, elle semble mal à l’aise et répond par des onomatopées dignes de Betty Boop, c’est à la fois touchant et ridicule.

La vengeance des puritains

Les histoires d’amour finissent mal en général, surtout celles des stars. Sa romance avec le chanteur pour minettes Justin Timberlake appartient à l’Amérique entière, ils font la couverture de dizaines de journaux, parcourent les shows télé. La petite culotte de Britney appartient aux Américains : leur grande préoccupation étant de savoir si celle ci est vierge. Bien sûr que oui, affirme-t-elle devant le pays entier, de sa voix de dessin animé.

Seulement, Britney a eu l’audace de croire qu’elle était une jeune fille comme les autres. Et là s’amorça la chute. Elle rompt avec Justin, celui-ci prétendit qu’elle l’avait trompé ; et pire, prononça le « f word » à son sujet : « I fucked her ». Elle commit le pêché de chair, et cela, est, aux yeux de l’Amérique profonde et puritaine qui constitue son public, impardonnable. Celle qui peuple les rêves érotiques de milliards de garçons n’a pas le droit de se donner à un seul. Une sénatrice déclare même sur un plateau télé qu’elle méritait pour cela la mort. S’emballe alors la deus ex machina. Un mariage éclair avec un vague chanteur aux allures de mauvais garçon, un enfant, puis deux.

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La girl next door se transforme en party girl en compagnie de la sulfureuse Lindsay Lohan. Les paparazzis l’étouffent littéralement. Elle divorce. On parle de lui retirer la garde de ses enfants. Pour la première fois elle éclate en sanglots sur un plateau télé. Et puis, un soir de février 2007, alors qu’elle se sait filmée, Britney, pour une fois décide de se réapproprier sa vie, en un geste fou et définitif. Elle pénètre dans un salon de coiffure, s’empare d’une tondeuse et se rase la tête. Geste hautement symbolique, la chevelure c’est la féminité, la métaphore de la sexualité, mais aussi dans son cas, à travers ses multiples transformations capillaires, le symbole de sa soumission à son personnage de star. En se rasant la tête, Britney hurle au pays entier d’aller se faire voir.

Mais la petite fiancée de l’Amérique ne peut pas se transformer comme ça en bad girl. Elle sera internée puis mise sous tutelle. Depuis, elle fait consciencieusement son métier de star toujours adulée du public. Et donne le change en se filmant en mère modèle sur Instagram. « My lonelyness is killing me » (ma solitude me tue), chantait-elle. Truffaut avait raison, les chansons populaires disent vrai.

Framing Britney Spears.
Documentaire à voir sur Amazon Prime Vidéo.

Le Pakistan, le « Pays des Purs»?

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Partisans du parti islamiste Tehreek-e-Labbaik, Lahore, Pakistan, le 18 avril 2021 © Rana Sajid Hussain/Pacific Press/Shutterstock/SIPA Numéro de reportage : Shutterstock40843646_000030

Face aux attaques contre la France et sa liberté d’expression, une stratégie uniquement défensive est vouée à l’échec: il faut contre-attaquer, sur les plans culturel, juridique et même militaire. Analyse


On sait depuis longtemps que l’obsession de la pureté conduit toujours à l’horreur. On sait aussi que le Pakistan est un cas « chimiquement pur » de « séparatisme islamique » : d’abord colonisation de l’Inde par les armées de l’islam, puis séparatisme au sens le plus littéral du terme, et maintenant place forte (parmi d’autres) de l’impérialisme islamique.

Ce pays est la base arrière des Talibans. Ce pays était le refuge d’Oussama Ben Laden. C’est aussi le pays où Asia Bibi a été condamnée à mort pour avoir, chrétienne, bu l’eau d’un puits réservé aux adeptes de la religion « de paix et de tolérance », et n’a été sauvée que grâce à une extraordinaire mobilisation internationale. La haine anti-française se fait de plus en plus intense au Pakistan, et de plus en plus visible, au point que plusieurs policiers sont morts ou ont été enlevés dans le cadre de manifestations anti-blasphème et anti-France. Le Quai d’Orsay recommande maintenant à nos ressortissants de quitter le pays.

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La « ministre des droits de l’Homme » (!) du Pakistan écrivait fin 2020 sur Twitter que « Macron fait aux musulmans ce que les nazis infligeaient aux juifs ». Le premier ministre Imran Khan a récemment déclaré, toujours sur Twitter : « J’appelle les gouvernements occidentaux qui ont interdit la négation de l’Holocauste à utiliser les mêmes principes pour condamner juridiquement ceux qui diffusent délibérément des messages de haine envers les musulmans via les injures faites à notre Prophète. » Le tout après des tweets évoquant l’islamophobie, le racisme anti-musulmans, et le fait que 1,3 milliards de croyants exigeraient les excuses de ceux qui insultent le prophète qu’ils aiment et portent dans le cœur. On dirait presque un condensé d’éditoriaux du New York Times et de tribunes de Médiapart !

Haine anti-française et comparaisons avec la Shoah

On voudrait en sourire, mais ce serait oublier l’influence de telles déclarations jusqu’en France, oublier que lorsqu’Imran Khan affirme « qu’il viendra un moment où les Occidentaux y réfléchiront à deux fois avant de manquer de respect au prophète » il dispose de l’arme nucléaire, que son pays a des liens avérés avec le terrorisme jihadiste, et une diaspora à l’incontestable pouvoir de nuisance – l’horreur des « grooming gangs » en constitue une terrible illustration (en même temps qu’elle montre l’abjection morale du soi-disant « antiracisme progressiste » qui a conduit à longtemps cacher ces crimes).

On pourrait évoquer les turpitudes de la politique intérieure du pays, ou sa volonté d’exister au sein du monde musulman en brandissant la bannière de l’honneur du Prophète. On pourrait analyser point par point les déclarations d’Imran Khan : l’indécence de la comparaison avec la Shoah, la fameuse « islamophobie », la fiction du « racisme anti-musulman », par définition impossible puisqu’une religion est une croyance et un choix, et non une caractéristique « raciale » c’est-à-dire génétique, et ainsi de suite. Mais ce serait se concentrer sur l’arbre qui cache la forêt : ces attaques du Pakistan contre la liberté d’expression s’inscrivent dans un mouvement bien plus vaste, et bien plus inquiétant.

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D’abord de la part du monde musulman, qui rêve d’imposer le délit de blasphème et une censure planétaire par le biais du droit international – c’est même l’un des principaux combats de la Ligue Islamique Mondiale comme de l’Organisation de la Coopération Islamique. Ensuite par le mouvement woke et sa « cancel culture », désormais dominante dans une grande partie du monde anglo-saxon, et qui hélas ne nous épargne pas. Par la modération de plus en plus ouvertement militante des réseaux sociaux. Enfin par nos propres lois mémorielles, dont l’instrumentalisation contre le remarquable historien Olivier Pétré-Grenouilleau suffirait à prouver qu’elles sont intrinsèquement problématiques.

Face à ces attaques répétées, permanentes même, se contenter de défendre la liberté d’expression ne saurait être suffisant : toute posture exclusivement défensive est vouée à l’échec, les vagues finissent toujours par ronger la falaise. Il faut contre-attaquer, et sur plusieurs fronts. J’en vois sept.

Le premier, proclamer la liberté d’expression comme un objectif à étendre au monde entier, car elle ne s’oppose pas à la liberté de conscience et de pensée, mais en est au contraire la condition concrète. On ne peut véritablement penser que ce dont on peut débattre, et on ne peut débattre que de ce que l’on peut dire, y compris pour le contredire. Il doit bien sûr y avoir des limites, en particulier l’incitation aux véritables crimes, mais toute borne mise à la liberté d’expression est en soi une chose grave. Soyons fiers d’avoir pour idéal la vitalité intellectuelle et la liberté paisible que Tacite attribuait aux règnes de Nerva et Trajan : « Bonheur d’une époque où l’on peut penser ce que l’on veut, et dire ce que l’on pense. » Les Occidentaux n’ont pas à rougir d’être les héritiers des Césars.

La France doit se trouver des alliés

Le second, utiliser cette liberté ! Ce n’est pas tout de dire que la liberté d’expression est nécessaire au plan théorique, si nous n’en faisons pas usage nous finirons par la perdre. Provoquons, caricaturons, blasphémons ! On peut préférer débattre de manière mutuellement respectueuse, seulement voilà : s’astreindre à respecter la susceptibilité d’autrui, c’est donner aux plus susceptibles le pouvoir de décider arbitrairement des limites du débat, et c’est donc empêcher tout débat puisqu’il y aura toujours des gens qui considéreront toute critique, si courtoise et argumentée soit-elle, comme une insulte. De même qu’il faut régulièrement tailler une haie, il faut régulièrement dire ce que certains voudraient que l’on ne dise pas, sous peine de laisser s’étendre le domaine déjà bien trop vaste de ce qu’il ne faut pas dire. #JeSuisCharlie Mais attention ! Ne laissons pas croire ou faire croire que la liberté d’expression se réduirait au droit de dessiner un personnage historico-mythologique en train de se faire enc…. : si ce n’est que ça, pas étonnant que beaucoup se disent qu’après tout, on peut bien y renoncer. Nous devons impérativement défier les tabous aussi par la beauté et l’élégance, en proclamant la célébration de la liberté par la beauté et l’élégance, dans la tradition des blasphèmes héroïques d’Homère, de la sensualité des drapés antiques, de la ferveur des vers de Sappho, de l’insolence de certaines enluminures médiévales et de l’irrévérence de Molière. La plume de Hugo ou le pinceau de Delacroix trouveraient bien des manières de s’opposer à la pudibonderie maladive de Facebook, aux susceptibilités sans cesse plus nombreuses des woke, ou aux innombrables interdits absurdes de l’islam, notamment en matière de musique et de représentations figurées.

Le troisième, chercher des alliés. Qui que vous soyez, il existe quelqu’un, quelque part, qui est offensé par les convictions auxquelles vous tenez, par ce que vous admirez, ou par ce qui vous fait rire. Par conséquent, qui que vous soyez, vous êtes susceptible d’être victime de la censure. Et où que vous soyez, viendra le jour où les woke et les islamistes tourneront leur regard vers vous. Il nous faut nous adresser à ceux qui ont soif de liberté au sein du monde arabo-musulman, dont l’exemple est une inspiration et une mise en garde, il nous faut parler avec les religions autres que l’islam, et notamment les instances bouddhistes ou l’Eglise Catholique. On sait l’ambiguïté d’une trop grande partie de son clergé sur le sujet, à commencer par le Pape. Et pourtant ! L’Eglise ferait bien de se souvenir que les arguments que l’on lit aujourd’hui sous la plume d’Imran Khan, de la LIM ou de certains sociologues bien-pensants sont très exactement ceux qui ont été utilisés contre le Pape Benoît XVI suite au discours qu’il prononça à Ratisbonne, il y a déjà 14 ans, discours qui n’avait rien d’injurieux ni de vulgaire, mais constituait une analyse de type universitaire, raisonnée, argumentée et de très haute volée.

Le quatrième, retourner les arguments de nos ennemis contre eux. Voilà la contre-attaque à proprement parler. Un dessin du prophète de l’islam serait un blasphème ? Mais l’islam tout entier est un blasphème ! Le Coran passe son temps à blasphémer contre toutes les autres religions, à insulter leurs fidèles, et à appeler à les haïr – avec hélas un incontestable et sanglant succès. « Les associateurs (polythéistes et chrétiens trinitaires) ne sont qu’impuretés » (s9v28), « l’association est plus grave que le meurtre » (s2v191) « Ce sont certes des mécréants ceux qui disent « En vérité, Allah c’est le messie, fils de Marie » (….) Quiconque associe à Allah, Allah lui interdit le Paradis, et son refuge sera le Feu ! » (s05v72) « Les Juifs disent « Uzayr est fils d’Allah » et les Chrétiens disent « le Christ est fils d’Allah ». (….) Qu’Allah les anéantisse ! » (s9v30) On pourrait continuer longtemps. Sans oublier que le Coran présente le Dieu Suprême comme un tyran arrogant, capricieux, d’une susceptibilité infantile, imposant des lois arbitraires, égocentrique au point de considérer qu’il est plus grave de vénérer quelqu’un d’autre que de massacrer des milliers d’innocents. Voilà ce qui s’appelle blasphémer, et dans les grandes largeurs ! Il faudrait criminaliser le blasphème ? Soit, mais alors dans ce cas commençons par criminaliser toute diffusion des textes sacrés de l’islam.

Gare au droit supranational

Le cinquième, juger sans hésiter ceux qui prétendent nous juger, dénoncer les turpitudes des donneurs de leçons. C’est vrai des woke qui se choisissent pour égéries une marxiste multi-millionnaire là, une famille de délinquants et un célèbre violeur ici, et des antisémites partout. C’est vrai des pays dont la constitution et les lois sont bâtis sur la « religion de paix et de tolérance » et qui criminalisent l’apostasie, donc la liberté de conscience : voilà bien un point sur lequel nous devons les condamner sans réserve, et qui devrait les mettre au ban de toute assemblée se voulant civilisée. La diplomatie et le réalisme imposent parfois de traiter avec les barbares, pas d’enseigner qu’il faudrait considérer leurs petits tabous comme des demandes raisonnables, n’en déplaise à ceux qui préfèrent le profit à la civilisation et sont prêts à toutes les compromissions au nom des affaires. Léonidas ne s’est pas soucié de commercer avec Xerxès, ni Churchill avec Hitler.

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Le sixième, prendre au sérieux le front du lawfare, la guerre juridique. Nous avons encore trop souvent des instances internationales une vision totalement biaisée, rémanence d’une époque où elles étaient habitées par un certain idéal hérité de l’Occident qui les avait créées. Mais quand on voit que l’ONU vient d’élire l’Iran et le Pakistan à sa Commission des Droits des Femmes, tout est dit ! N’oublions pas non plus qu’elle avait déjà admis l’Arabie Saoudite et le Soudan au sein de son Conseil des Droits de l’Homme, CDH qui, comme le disaient entre autres Elisabeth Badinter et Elie Wiesel dans une remarquable tribune publiée en 2008, est « devenu une machine de guerre idéologique à l’encontre de ses principes fondateurs. » Il suffit de la lire pour se convaincre du danger que le droit surpanational représente désormais pour nos libertés fondamentales, et donc de l’urgence de remettre en cause notre dépendance à ce droit qui nous échappe de plus en plus.

Le septième enfin, sécuritaire et militaire. Ne nous leurrons pas : s’ils en ont un jour le pouvoir, les inquisiteurs woke comme les fous d’Allah n’hésiteront pas une seconde à nous imposer leur idéologie et leur censure par la force, c’est ce qu’ils font déjà partout où ils en sont capables. Les manœuvres militaires turques contre la Grèce, les appels de certains prédicateurs pakistanais à frapper la France du feu nucléaire, la main-mise « progressiste » sur les réseaux sociaux, et j’en passe, sont des menaces géostratégiques majeures auxquelles nous ne pourrons répondre que si notre souveraineté est garantie, y compris par les armes.

Les mêmes personnes ne pourront pas se battre sur tous les fronts, ne serait-ce que parce qu’il serait difficile de concilier l’éloge de la liberté d’expression et le retournement des arguments de nos ennemis pour les censurer, eux ! Former des alliances n’en est donc que plus important, sans jamais perdre de vue l’objectif final, et sans jamais céder aux tentatives d’intimidation qui ne manqueront pas d’arriver. Voilà à quoi nous devons nous consacrer, par-delà les vieux clivages qui, face à de telles menaces, n’ont plus de raison d’être.

La France se porterait-elle mieux si elle était une monarchie républicaine?

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Emmanuel Macron saluant la reine Elisabeth II lors de la commémoration du 75ème anniversaire du débarquement, Portsmouth, 5 juin 2019 © Jack Hill/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22343732_000053

Nous pâtissons des vices de la République et nous sommes privés des vertus de la royauté, selon Philippe Bilger

Aujourd’hui on ne couperait plus la tête du roi…

Emmanuel Macron avait raison quand il soulignait la béance, le vide créés dans notre espace démocratique par la mort de Louis XVI et l’obscure nostalgie d’une période de notre Histoire, que les horreurs de 1793 et la guillotine fonctionnant à plein régime n’ont fait qu’aviver. Dans nos tréfonds, on s’habitue mal à l’absence d’une légitimité mise à mal par un bouleversement révolutionnaire malgré la mythologie dont on l’entoure et la volonté de nous faire croire que la France n’aurait vraiment commencé qu’en 1789.

Les partisans d’une monarchie, d’un roi, respectés parce que détachés du tout-venant et des ambitions dérangeantes, ne seraient plus autant tournés en dérision et trouveraient probablement une écoute moins ironique de la part de beaucoup. Certes le régime républicain continue à dominer très largement dans l’esprit public mais d’abord parce qu’il serait trop provocateur de l’estimer substituable par un autre.

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À considérer certains signes moins superficiels qu’on ne le pense, j’éprouve l’impression, chez moi le premier peut-être, d’une impossibilité et en même temps d’un regret lancinant.

L’engouement pour la couronne

La passion avec laquelle on a regardé The Crown, l’intérêt que nous portons à la monarchie britannique et à d’autres en Europe, l’admiration que nous éprouvons pour la reine Elisabeth II, la considération de la pompe et de l’allure dans lesquelles les obsèques du Prince Philip se sont déroulées, la distance émue qui a été la nôtre face à tant d’événements qui ne relevaient pas à proprement parler de notre monde, ont montré, et pas seulement chez les épris par principe de ces péripéties royales, comme un sentiment de familiarité, presque d’appartenance.

Un autre univers sans doute mais dont la tradition assumée, contre toutes les vulgarités du modernisme, nous faisaient du bien, parfois à notre grand étonnement.

Une monarchie républicaine factice

Nous serions, nous, en monarchie républicaine depuis l’élection du président de la République au suffrage universel ? Tristement je réponds affirmativement à cette interrogation mais avec le constat immédiat que nous pâtissons des vices de la République et que nous sommes privés des vertus de la royauté.

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Non pas que celle-ci, où qu’elle se trouve, n’ait pas connu de dysfonctionnements, de scandales ou d’injustices. Mais la plupart du temps, opposant aux débats politiques multiples, aux affrontements partisans, à l’écume sectaire et idéologique et à la droite ou à la gauche de gouvernement un comportement apparemment neutre, stable et serein, elle permet aux citoyens au moins de se garder d’une inimitié totale, d’une contradiction globale et systématique. Elle se sauve et elle est sauvée du désastre quotidien d’un engagement absolu. En surplomb elle n’est pas indifférente ni désengagée. Mais son engagement est pour le pays, pas pour le parti que l’élection, un temps, a rendu dominant.

Un président qui se prend pour un roi

Si peu de monarchie avec un président de la République qui, n’ayant jamais été un arbitre, ne cesse de s’abandonner avec volupté, avec un ascétisme feint, un sens du devoir forcé, à la jouissance d’un pouvoir de moins en moins limité. Surtout quand le Premier ministre est tenté de se laisser grignoter ses attributions par révérence, par complaisance.

Si peu de République avec un président usant et abusant du Conseil de défense, avec une vie parlementaire sans aucune équité démocratique (faute de proportionnelle), un groupe majoritaire où quelques personnalités choisies dissimulent une masse inconditionnelle, un pouvoir d’injonction plus que de délibération, une rétention plus qu’un partage, une apparence populaire mais une réalité régalienne…

Un roi trop plongé dans la mêlée pour être consensuel. Une République diminuée avec un monarque trop puissant.

Nous sommes les sujets, les citoyens d’une monarchie républicaine qui représente une synthèse médiocre et très imparfaite entre la grandeur, l’allure et l’impartialité d’une monarchie exemplaire et le caractère pluraliste, égalitaire d’une République digne de ce nom.

Un polar signé Rouvillois

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Frederic Rouvillois © Hannah ASSOULINE

Frédéric Rouvillois s’attaque avec bonheur au roman policier : du rififi à l’université, en perspective…


Juriste de formation, auteur d’essais pointus sur le droit constitutionnel et sur le Maroc, mais aussi d’une passionnante Histoire du snobisme, Frédéric Rouvillois a fait ses premières armes dans l’underground monarchiste, en collaborant aux revues non-conformistes Réaction et Les Épées. D’où le ton et l’esprit de son premier roman d’esprit légitimiste, Les Fidèles, où il évoque le destin d’une antique lignée féodale. Ce professeur de droit constitutionnel a aussi dirigé le précieux Dictionnaire du conservatisme aux éditions du Cerf.

Meurtre d’un mandarin

Le voilà qui s’attaque avec bonheur au roman policier avec Un Mauvais maître, où un couple de policiers enquête sur l’assassinat d’un mandarin parisien, le professeur Desnard, brillantissime crapule, l’archétype du pervers narcissique « enjôleur et brutal », qui pourrait bien ressembler à certain agrégé de droit public récemment accusé de viol sur mineur et d’inceste.

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Ce personnage peu reluisant appartient à la gauche caviar : rien de ce qui est « humaniste » ne lui est étranger. Ce féministe en chef se révèle avant tout goujat pur sucre ; ce progressiste de carnaval masque à peine son abyssal mépris pour les petites gens (i.e. ceux qui n’ont pas le bonheur d’être agrégés de droit) ; bref, cet adorateur de l’Humanité est – ô surprise – une parfaite canaille.

Humour et cruauté

Manipulateur sans scrupule, capable de séduire pour détruire des rivaux qu’il repère bien en amont, Desnard finit égorgé dans un square du IXème arrondissement, sur l’emplacement des anciens jardins du bourreau de Paris, le front lacéré d’un vengeur XXI. Qui a pu tuer ce machiavel de l’Université, dont le romancier décrit avec un luxe de détails ces subtiles stratégies qui l’ont propulsé à la première place ? Son épouse ? L’amant d’icelle, qui est quelque chose comme chirurgien ? La maîtresse délaissée ? Son âme damnée, un ancien trotskiste qui lui doit tout ? Une secte de cinglés qui servent de

supplétifs dans le cadre d’opérations spéciales téléguidées par l’Elysée ?

Avec habileté et non sans (cruel) humour, Frédéric Rouvillois nous promène dans ce monde faisandé et nous propose une galerie de suspects idéaux. Jusqu’à la surprise finale.

Frédéric Rouvillois, Un Mauvais maître, La Nouvelle librairie, 276 pages.

Sommes-nous toujours dignes de Napoléon?

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"Napoléon sortant de son tombeau", Horace Vernet, 1840 © PVDE/Bridgeman images

Deux siècles après sa mort, Napoléon gêne l’État qu’il a façonné et le pays qu’il a couvert de gloire. Ses accusateurs réduisent son extraordinaire épopée au rétablissement de l’esclavage. Mais aucune grandeur humaine n’est née dans la pureté. Le président, paraît-il, sera au rendez-vous du 5 mai : il commémorera l’Empereur. Son audace ira-t-elle jusqu’à le célébrer ?


C’est l’ultime guerre napoléonienne. Et c’est une guerre civile : celle que nous nous livrons depuis une quinzaine d’années autour de la dépouille, ou plutôt de la statue de l’Empereur, victime de la cancel culture avant la lettre, et que cette année de bicentenaire a rallumée. La France va-t-elle abjurer son passé ou s’en faire gloire, se soumettre à une moralisation rétroactive annonçant la normalisation, ou assumer ses rêves de grandeur passée, voire renouer avec eux – mais, cette fois sans envahir l’Italie, comme le conclut drôlement Éric Zemmour dans l’entretien qu’il nous a accordé ?

On ne s’en étonnera pas, à cette question, l’Élysée a donné une réponse mi-chèvre, mi-chou : on ne célébrera pas – comme dit Jean-Louis Debré, cela serait ressenti comme une provocation –, on commémorera. Nuance. « Célébrer nous oblige à tout endosser, commémorer ouvre le champ du débat », résume un connaisseur du dossier. À l’Élysée, le « pôle régalien », qui se confond plus ou moins avec « la bande à Brigitte », ne ménage pas ses efforts pour faire resplendir la face républicaine du macronisme, face aux diplomates et aux cultureux qui s’emploient au contraire à flatter ses penchants multiculturalistes. Les membres de ce cénacle choisi se félicitent de leur victoire : le président, c’est juré, sera au rendez-vous du 5 mai. Peut-être pas à Saint-Louis-des-Invalides (qu’il laisserait aux napoléoniens estampillés), mais certainement à la Grande Halle de La Villette pour l’exposition, dont l’ouverture est programmée le 14 avril, et, laisse-t-on entendre, dans un troisième lieu, dont on suppose que la symbolique aura été pesée au trébuchet.

Il est vrai qu’on revient de loin. Le 4 mars, dans le salon Napoléon du palais du Luxembourg, la sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam accueille l’épée du général Gudin, mort à Smolensk durant la campagne de Russie, en 1812, pour la remettre à ses descendants, représentés par la comtesse d’Orléans, qui la remet à son tour au gouverneur militaire de Paris afin qu’elle rejoigne la dépouille du général qui doit être inhumée aux Invalides le 5 mai. À ce moment-là, on ignore encore tout des intentions présidentielles. C’est seulement le 10 mars que Gabriel Attal lâche : « Évidemment, il y aura une commémoration par le président de la République. » En privé, le porte-parole du gouvernement confierait en substance qu’il aimerait être en première ligne contre ces tarés (on ne doute pas qu’il emploie un langage plus châtié pour évoquer ses contradicteurs égarés). Que la France ignore ou renie un personnage admiré dans le monde entier y compris en Allemagne, en Russie et même en Angleterre, ne serait pas seulement désolant, mais ridicule.

Ce n’était pas évident pour tout le monde. Entre les agissements de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage (FME) de Jean-Marc Ayrault, qui instrumentalise l’« affaire Napoléon » pour lancer la candidature de Christiane Taubira (voir l’article d’Erwan Seznec), les pudeurs de violette des diplomates qui craignent que le nom de notre glorieux mâle blanc, « imprégné de préjugés racistes et manipulé par le lobby esclavagiste », selon le chercheur Jean-François Niort cité dans Le Monde (10 mars), écorche les oreilles et les sensibilités progressistes ou tiers-mondistes, et les manigances de fonctionnaires de la Culture qui hoquettent quand on parle du rayonnement de la France, ce bicentenaire a bien failli devenir une foire à l’expiation – et on n’a pas encore tout entendu. La FME s’est livrée à un lobbying frénétique pour réduire la commémoration à un procès en esclavagisme. En novembre, les responsables des grands musées associés pour l’exposition de La Villette sont allés rouspéter à l’Élysée contre les apparatchiks de la Rue de Valois qui tentaient de saboter l’intervention du président en jurant partout qu’elle n’aurait pas lieu. Roselyne Bachelot était même dubitative sur l’opportunité de la manifestation, craignant, paraît-il, de voir des militants enchaînés devant les anciens abattoirs – qu’allait penser le New York Times ? Finalement, la FME s’est vu concéder une salle, dans laquelle on pourra certainement voir, en plus de l’acte de rétablissement signé de la main de Napoléon, diverses âneries décoloniales. Les plus fervents napoléoniens, comme Thierry Lentz en conviennent (voir notre entretien avec Thierry Lentz), cette décision (de rétablir l’esclavage) est éminemment critiquable, y compris à l’aune des critères moraux de l’époque, et elle a, de surcroît, échoué à atteindre son objectif, permettre à la France de rivaliser avec la puissance économique anglaise. En conclure que Napoléon était raciste, terme qui n’a pas grand sens vingt ans après la Déclaration des droits de l’homme, est anachronique, donc soit stupide soit malhonnête. Mais assez raccord avec cette maxime impériale : « On est plus sûr d’occuper les hommes par des absurdités que par des idées justes[1]. »

Jean-Marc Ayrault, président de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage (FME), participe aux commémorations de l’abolition de l’esclavage à La Réunion, 19 décembre 2020 © VALERIE KOCH/SIPA

On attend donc avec impatience, et non sans inquiétude malgré la confiance des « régaliens », le discours que prononcera Emmanuel Macron – qui doit donner des sueurs froides à quelques conseillers. Il ne se risquera pas, murmure-t-on, à un bilan soupesant le pour et le contre, mais s’emploiera à « replacer Napoléon dans la chaîne des temps », expression bien macronienne qui ne veut pas dire grand-chose. Il sera question, semble-t-il, d’unité nationale et de cette fameuse place vacante du Roi qui semble obséder le chef de l’État. On pourra aussi apprécier entre ses lignes le rapport de forces entre les diverses chapelles qui se disputent l’oreille présidentielle. On espère en tout cas qu’il ne cédera pas au vain espoir de ne mécontenter personne car, comme le disait l’Empereur, « l’indécision des principes est aux gouvernements ce que la paralysie est aux mouvements des membres[2]. »

D’ici là, on ne saurait que trop recommander la lecture des textes profonds, passionnants, stimulants de ce dossier qui, chacun à leur façon, explorent l’irréductible singularité d’un homme défiant les lois communes. Napoléon est, même au-delà de nos frontières, l’incarnation de la grandeur humaine – raison de la détestation des uns et de l’admiration nostalgique des autres. « Il est notre exact contraire », résume Franck Ferrand : ce que nous ne sommes plus, et plus encore, ce que nous ne voulons plus être, préférant les délices de la servitude aux servitudes de la grandeur.

Toutefois, on peut déjà tenter d’éclairer la bataille qui se joue à coups de tribunes et de pressions plus ou moins discrètes, autour de la postérité napoléonienne, car son issue déterminera largement notre destin collectif. Cette bataille n’oppose pas les partisans de la vérité aux défenseurs du mythe. Il n’y a pas d’un côté des historiens rigoureux et de l’autre des hagiographes énamourés, pour la bonne raison que les historiens ont depuis longtemps passé au crible ces vingt ans qui ébranlèrent la France, l’Europe et le monde. Ils n’ont pas attendu les militants indigénistes pour estimer que le rétablissement de l’esclavage ternit le bilan de l’Empereur et déplorer qu’il ait renoncé à proclamer l’abolition durant les Cent-Jours. Dès le XIXe siècle, les plus grands esprits, de Chateaubriand à Bainville, ont exercé, et avec quelle verve, leur droit d’inventaire. Autrement dit, nous n’avons pas découvert les « zones d’ombre » de cette épopée en 2020, grâce à la persévérance de quelques lanceurs d’alerte, nous ne les avons jamais ignorées. Ce qui a changé, depuis les célébrations du bicentenaire de sa naissance en 1969 et du 150e anniversaire de sa mort en 1971, ce n’est pas le passé ni la connaissance que nous en avons, c’est nous.

Napoléon est le Français le plus connu et le plus admiré au monde. Même ceux qui ne sauraient pas situer la France sur une carte reconnaîtraient l’image iconique de l’homme au bicorne, la main droite dans la boutonnière du gilet. À ce seul titre, il doit être considéré comme un trésor national, probablement le plus précieux que nous possédions : à travers lui, se déploie l’image d’un pays, enviable, glorieux, prestigieux. Attaquer Napoléon aujourd’hui relève tout simplement du suicide collectif. Ce que visent les épurateurs du passé et les déboulonneurs de statues, bien au-delà, d’ailleurs, de la figure de l’Empereur, ce n’est pas seulement une politique, contestable par définition, mais notre capacité à faire nation, notre identité de communauté politique. Les têtes qui tombent aujourd’hui sont faites de pierre, mais la logique de ce jeu de massacre est aussi implacable que celle qui, quelques années avant que Napoléon perce sous Bonaparte, faisait rouler des vraies têtes d’hommes et de femmes dans des corbeilles d’osier.


[1]. Napoléon, manuel du chef : aphorismes choisis et préfacés par Jules Bertaut (1919), Payot, 2006.

[2]. Ibid.

En finir avec la «déconstruction» de la France, enjeu vital de 2022

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Emmanuel Macron à l'Elysée, 22 avril 2021 © Ian Langsdon/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22560764_000002

Qu’est-il arrivé à Emmanuel Macron depuis son élection ?


Sur l’échiquier politique français, et ses pièces majoritairement confites, l’ancien ministre de l’Économie incarnait la modernité. On allait voir ce qu’on allait voir. L’esprit de conquête devait réveiller l’hexagone. Et qu’a-t-on vu ? Le contraire du réformiste ambitieux, droit dans ses bottes, et imperméable à la pression qu’on imaginait. Nous avons découvert au fil du mandat une girouette idéologique, adaptant son discours en fonction des interlocuteurs, adepte du « en-même-tempstisme » permanent sur tous les sujets.

Le «en même temps», c’est l’absence de convictions

À vouloir donner des gages à chacun, le président a embourbé le pays. Les calamiteux comités Théodule qui ont marqué ce quinquennat en sont l’illustration : la tristement célèbre « Convention citoyenne » (avec le khmer vert Cyril Dion), sans doute une des pires idées politiques de tous les temps, avec  le « Conseil présidentiel des banlieues » (qui mit en vedette l’entrepreneur identitaire Yassine Belattar). L’absence de convictions identifiables du chef de l’État a de quoi inquiéter. Que pense-t-il vraiment ? Sa conversion écolo radicale est-elle électoraliste ou le fruit d’une illumination ? Pense-t-il sincèrement, comme sa ministre, qu’il est souhaitable de sacrifier notre industrie nucléaire au profit des ENR, avec ces éoliennes qui transforment nos paysages terrestres et maritimes en zone industrielle? Mesure-t-il que programmer la fin des moteurs thermiques est un choix politique qui s’avérera désastreux pour notre industrie automobile — 9% des emplois de la population active— et sur le plan écologique, comme l’expliquait le patron de PSA Carlos Tavares ? Personne ne sait ce que pense vraiment le président. Mais le sait-il lui-même ?

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La « déconstruction » systématique des valeurs et des richesses industrielles de la France sur l’autel de la bien-pensance woke et écolo, constitue le fait marquant de son quinquennat tournée vers un projet pour lequel personne n’a voté : conduire un « changement de civilisation ». Rien de moins.

Make the planet great again

Changer de civilisation au point de sacrifier notre industrie nucléaire, automobile et aérienne. « Quoi qu’il en coûte », y compris en millions de chômeurs, est le nouveau mot d’ordre de ces politiques irrationnelles pour le climat. Make the planet great again, disait Emmanuel Macron, président d’un des pays les moins pollueurs de la planète grâce au nucléaire. La ligne politique est claire et dépasse le cadre industriel : il faut « changer de civilisation », et donc déconstruire l’existant, rééduquer les masses, y compris par le biais de l’Éducation nationale, comme l’a dit ouvertement Barbara Pompili. Car pour les gourous qui nous gouvernent, l’ancienne civilisation — guidée par la rationalité, le continuum scientifique, le goût du progrès partagé — n’était pas bonne pour le « climat ». Le Français moyen et sa Clio diesel, qui ne crache pas sur un petit voyage en avion quand il en a les moyens, devra accepter sa rééducation ou disparaître. Bientôt, il ne pourra même plus circuler dans les centres-villes, sauf à s’offrir une voiture électrique, avec sa batterie lithium-ion « Made in China ».

Le but ultime n’est plus la création de richesses et d’emplois, la protection de notre culture et de nos valeurs, la réduction de la dette ou la réforme de l’Etat, mais de se situer, quoi qu’il en coûte, dans le camp du bien autoproclamé. Quitte à raconter absolument n’importe quoi. Ainsi, pour lutter contre le racisme et les discriminations systémiques qui rongeraient la France, le Président de la République proposait-il sur la chaîne américaine CBS de « déconstruire notre propre Histoire »…

Nous en sommes arrivés, sur le plan de la lâcheté politique, à un point de non-retour. Le 7 décembre 2020, le président Macron déclarait sans rire « je n’ai pas de problème à répéter le terme de violences policières, mais je le déconstruis ». L’autorité de l’État, par la volonté même de celui-ci, n’est plus acceptable. Information reçue 5 sur 5 par les casseurs qui narguent la police, pourrissent la vie des Français, et font les beaux jours des chaînes d’info continue : petites frappes de banlieue, casseurs de flics antifas, Gilets jaunes radicaux, activistes Black Blocs, Extinction Rébellion ou Greenpeace… Chacun l’a constaté pendant des mois à l’occasion des samedis jaunes : la police nationale doit se laisser caillasser, humilier, sans pouvoir répondre à la violence par la force, dont elle est pourtant le seul dépositaire légitime. Le chiffre de dix mille blessés par an dans les rangs des forces de l’ordre n’émeut plus grand monde au sommet de l’État. La « déconstruction » passe avant la défense inconditionnelle de l’autorité de l’État. En clair, mieux vaut sacrifier les centres-villes et les commerçants de Paris, Bordeaux, ou Nantes que de prêter le flanc aux critiques de Jérôme Rodriguez, de l’extrême gauche et des médias. Des illuminés peuvent tranquillement repeindre en vert des avions de ligne d’Air France sur les pistes de Roissy sans que personne ne bouge. L’autorité est sacrifiée dans le seul but de ne pas déplaire à une petite minorité bruyante. Les fauteurs de troubles se sentent plus à l’aise que jamais : ils n’ont rien de pire à craindre qu’une invitation chez Cyril Hanouna.

Aéroport Roissy Charles de Gaulle, le 5 mars 2021 © Alain JOCARD / AFP.

Zadisation de la France

Face à ce « changement de civilisation » imposé, la majorité silencieuse — qui ne casse rien, respecte la police, paye ses impôts— observe l’effondrement accéléré de la France sans en perdre une miette.  Ce projet présidentiel calamiteux aura créé les conditions d’un séisme politique : les sondages donnent pour la première fois Le Pen gagnante au deuxième tour face à n’importe quel candidat de gauche, et à deux doigts (deux attentats, deux manifs, deux mesures liberticides de plus…) de battre le président sortant. La majorité silencieuse à un message clair à faire passer : nous ne voulons pas de votre « monde d’après » ; la planète était déjà « great » avant vous ; nous ne sommes pas dupes du clientélisme de la gauche ; l’ensauvagement de la société n’est pas une invention de l’extrême droite ; nous ne voulons pas d’une zadisation de la France ; nous préférons la liberté d’expression à la cancel culture et au voile islamique ; nous aimons nos voitures thermiques et les avions tout en respectant la nature ; nous ne sommes ni racistes ni islamophobes ; et nous en avons plus que marre du climat insurrectionnel, de la violence et des incivilités qui pourrissent nos vies. Tellement marre que nous sommes prêts à voter Marine le Pen, dont tout le monde sait qu’elle est incompétente.

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Sauf surprise, le re-match Macron/Le Pen se profile. Pour des raisons différentes, la victoire de l’un ou de l’autre amplifierait le déclin de la France. Un deuxième mandat de Macron verrait se poursuivre ce projet écolo-woke délirant de « changement de civilisation » pour lequel, rappelons-le, personne n’a voté en 2017. Une victoire de Le Pen marquerait la victoire par défaut d’un populisme nationaliste, étriqué et réactionnaire, incapable de gérer les défis vertigineux du 21e siècle. Le Pen à l’Élysée se résumerait à  cinq ans d’une grève permanente qui achèverait un pays déjà bien mal en point.

Malade, complètement malade…

La France est malade, fracturée de toute part, et économiquement à la dérive (le « quoi qu’il en coûte » de la Covidette s’élève à lui seul à 340 milliards d’euros). Le moral des Français est en berne, et la difficile sortie de crise sanitaire qui s’annonce ne manquera pas d’alimenter la gueule de bois et les tentations populistes. Après les Français, c’est le pays lui-même qui aura bientôt besoin d’un lit en réanimation.

Le duel Macron/Le Pen est-il inévitable ? Il existe un large espace politique, de la gauche républicaine et laïque jusqu’à la droite, pour un projet politique sérieux et ambitieux de sauvetage de la France. Un projet susceptible de rallier à lui une large majorité de Français. Reste à savoir si une personnalité charismatique, assumant des convictions majoritaires dans le pays — pro autorité de l’État, pro liberté, pro entreprise, pro science, pro laïcité, pro universalisme, pro écologie rationnelle — est en mesure de réaliser cet exploit dont la France a besoin pour sa survie.

La guêpe fête aujourd’hui ses 75 ans!

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Publicité de 2006 © UNIMEDIA/SIPA Numéro de reportage : 00536348_000029

Le 23 avril 1946, Piaggio inventait la Vespa, le deux-roues le plus piquant de l’après-guerre

Si vous croyez que la Vespa est une motocyclette italienne produite par Piaggio et imaginée par l’ingénieur Corradino D’Ascanio, également à l’origine de l’hélicoptère, c’est techniquement vrai, mais charnellement faux. Historiquement juste, mais un peu court, jeune homme. Tellement loin de la réalité véhiculée par le plus bel objet transalpin du siècle dernier, né exactement le 23 avril 1946. L’expression du désir à la portée de toutes les bourses, l’incarnation du miracle économique. En fait, la Vespa est beaucoup plus qu’un moyen de locomotion lancé dans une Italie en pleine reconstruction. Beaucoup plus qu’un sujet pour thésard en rupture de ban à la recherche de l’identité italienne. La Vespa est à la fois un signe de dieu, une leçon de style, une philosophie balnéaire, une éthique du détachement souverain, une esthétique de la flambe décontractée et puis aussi ce ballet de jambes dénudées en fin d’après-midi autour de la Piazza Navona, à Rome. Entendez-vous les rires complices sur cette plage de Rimini et la morgue d’une jeunesse bronzée en quête d’un flirt ? La Vespa, c’est une allure et un moment d’égarement, une pureté des sentiments et des rondeurs maternelles, des baisers volés et l’insolence d’un dernier été, un slow d’Adriano Celentano et la poitrine bombesque de Sophia Loren au balcon, les Pasta de Lino et les fanfaronnades de Vittorio, peut-être le dernier appel à résister, à ne plus se soumettre, à oser enfiler une paire de Persol et dépasser la limite des dix kilomètres, à emprunter la veste en suédine de votre père, celle qui semble sortir d’un film de Jean-Luc Godard où tous les garçons s’appelaient Patrick et à enfin user d’une liberté tellement bafouée ces derniers mois. Jusqu’au milieu des années 2000, la Vespa n’avait presque pas changé. Sa singularité mécanique était notre romantisme latin, sa conduite désaxée, notre nouvel existentialisme. Elle avait hérité d’une coque autoporteuse, d’un moteur deux temps, de changements de vitesses au poignet, de petites roues et d’un déhanchement sensuel en raison d’une répartition inégale de son poids à l’arrière. À son guidon, en costume ou en bleu de travail, en bermuda ou en soutane, on ne se salissait pas, elle légitimait même le port de la mini-jupe sans outrager la vue de Pie XII. À vrai dire, on n’enfourchait pas une Vespa comme n’importe quel scooter moderne. On faisait durer le plaisir. Elle nous apprenait l’importance des préliminaires. Avant de lui asséner un coup de kick salvateur, et de se laisser emporter par son chant mélodieux, le pépiement du deux temps, l’onde nostalgique par essence, on frimait carrément. Il y avait du Pino d’Angio en nous. Sans honte et sans reproche, nous assumions alors notre légèreté et notre inconstance gamines. Nous n’étions pas terrorisés par le qu’en-dira-t-on des voisins et les regards désapprobateurs des professeurs. Les réseaux sociaux n’existaient pas dans son monde à elle. Dans une société qui rabote toutes les aspérités et promeut le laid comme dénominateur commun, la Vespa était une manière de snober les censeurs. De tancer les cons, de parader juste pour le plaisir, juste pour gagner quelques minutes de bonheur, et de se sentir vivant ! Ricchi e Poveri, elle rendait sa fierté aux ouvriers d’usine et déréglait les fils de famille. Elle donnait du charme aux étudiantes à lunettes et de l’épaisseur aux boutonneux. Elle se couchait comme une baleine dans les virages et surtout elle nous autorisait à voyager à deux, contrairement aux mobylettes françaises, vieil héritage d’un communo-gaullisme calotin. Le célibat n’était pas sa raison d’être. Cette adorable guêpe n’avait pas besoin d’un passeport sanitaire pour se déplacer. Elle était partout chez elle, sur les pistes du Paris-Dakar, dans Les Simpson ou les bras d’Audrey Hepburn, sur les circuits ou les terrains militaires, on la fabriquait même sous licence dans la Nièvre à Fourchambault. Moi, je suis tombé amoureux d’elle, au cinéma, c’était en 1994, dans « Journal intime » de Nanni Moretti, elle était bleue de peau, renaissance romaine au rythme de Leonard Cohen et apparition de Jennifer Beals qui me serre encore le cœur, vingt-sept ans plus tard. Il m’en fallait une. On ne naît pas Vespiste, on le devient. J’attends le 3 mai prochain pour libérer ma guêpe de sa prison.

Sheila sauvera-t-elle le soldat Astra Zeneca?

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Montage Causeur © Thomas Coex/AP/SIPA SADAKA EDMOND/SIPA Numéros de reportage : AP22550164_000031 00822770_000086

Le refus de l’Astra Zeneca en dit beaucoup plus sur notre société que sur les risques du vaccin anglo-suédois

Je ne suis pas sûr que l’idée de Jean Castex de  faire vacciner Sheila à l’Astra Zeneca soit l’initiative du siècle. Ou alors, un peu comme moi, en matière de variété, Jean Castex qui a mon âge, est resté bloqué dans les années soixante. Je dispose en effet d’une collection de 45 tours et du Tepaz qui va avec. Tout cela m’a été donné à l’adolescence par une cousine qui avait 16 ans en 1963. Je les écoute encore aujourd’hui et le grésillement du haut-parleur me renvoie à une nostalgie de l’époque yéyé. Les nostalgies des époques que l’on n’a pas connues sont doublement inguérissables. Je renvoie à Baudelaire qui a écrit de bien jolies choses sur la question.

Le client est roi

Néanmoins, cela m’a rendu Castex sympathique pour la première fois. Je l’imagine, entre deux conseils de défenses, écouter sur son téléphone « Petite fille de Français moyen » ou « Mais oui, mais oui, l’école est finie », chanson qui ne doit pas beaucoup plaire à Blanquer, mais c’est une autre histoire. Un homme qui pense à Sheila en pleine crise sanitaire majeure ne peut pas être tout à fait mauvais.

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D’ailleurs, vouloir sauver le soldat Astra Zeneca est tout à son honneur. Pas seulement parce que la fameuse stratégie vaccinale du gouvernement risque de connaître quelques difficultés supplémentaires si les centres de vaccination qui proposent le vaccin anglo-suédois et celui de Johnson et Johnson ferment parce que les gens n’en veulent pas, mais aussi parce que cette attitude de refus à quelque chose dit beaucoup de notre époque. A savoir que le citoyen ne se considère plus comme un usager quand il prend un transport en commun, comme un parent d’élève quand il met ses enfants à l’école ni comme un patient quand on veut le vacciner. Mais dans tous les cas de figure, comme un consommateur, un client et on sait, selon l’adage, que le client est roi.

On voit là les résultats d’une économie de marché qui est devenue une société de marché. On a dépassé les cent mille morts, la tension hospitalière est toujours à 116% et on tourne à 35 000 contaminations par jour en moyenne (source Covid-Tracker). Mais bon, vous comprenez, moi, je préfère le Pfizer à l’Astra Zeneca, comme on préfère une BMW à une Mercedes. Si en plus on pouvait choisir la couleur, ce serait parfait. Il semble que la peur des vaccins à ARN messager soit bien loin : apparemment, on ne craint plus de se retrouver avec de la 5G dans le sang qui nous transformera en zombies du Grand Reset voulu par Bill Gates.

Quelques circonstances atténuantes

Ce retournement assez honteux a quelques circonstances atténuantes : l’Astra Zeneca bashing est le fils délirant du principe de précaution qui n’est pas quoiqu’on en dise, une spécialité française mais plutôt scandinave. Il suffit de voir comment se sont comportés le Danemark et la Norvège. On pourrait aussi imaginer un bon sujet de roman noir avec des rivalités souterraines, des manipulations médiatiques où les labos qui ont misé sur l’ARN messager veulent faire la peau à ceux qui ont misé sur l’adénovirus.

Mon généraliste m’a appelé il y a un petit mois pour me proposer la vaccination. J’étais encore hors cadre. Plus de 55 ans, mais pas de comorbidités. J’ai dit oui, parce que je n’ai pas de préférence entre BMW et Mercedes, et que je veux d’abord pouvoir emprunter la bretelle d’accès à une vie normale. Après tout, les Brits qui s’en sortent beaucoup mieux que nous en matière de vaccination ont utilisé pour l’essentiel l’Astra Zeneca et il n’y a pas eu de décès en masse pour cause de thrombose.

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Je ne crois pas que nos amis d’outre-Manche bénéficient d’une physiologie très différente de la nôtre. Ou alors (je fais une hypothèse à la Raoult), ils sont protégés des effets secondaires grâce au fish and chips et au Laphroaig. Ca tombe bien, j’adore ça et juste après avoir reçu le vaccin, si je n’ai pas connu d’effets secondaires, même pas un léger frisson fébrile, ce n’est pas grâce au paracétamol mais plutôt au cabillot frit et au single malt de l’ile d’Islay.

En attendant, faire la fine bouche ou la fine épaule devant un vaccin contre cette saloperie, quel qu’il soit, c’est vraiment un problème de riches, d’égoïstes et pour le coup, de gens drogués aux approximations des chaines infos. Là où l’on devrait remercier la science, s’émerveiller du génie humain, on tergiverse, on fait des manières, on s’auto-intoxique, on se montre incapable d’évaluer un risque.

Allez, un bon geste, et comme dirait à peu près Sheila :

« Donne moi ta main et prends la mienne,

mais oui mais oui,

l’Astra Zeneca c’est pas fini. »