Home Culture Pap Ndiaye nommé au Musée de l’Histoire de l’immigration: une décision dans l’air du temps


Pap Ndiaye nommé au Musée de l’Histoire de l’immigration: une décision dans l’air du temps

L'historien ne renie pas les délires "décoloniaux" de certains chercheurs

Pap Ndiaye nommé au Musée de l’Histoire de l’immigration: une décision dans l’air du temps
L'historien Pap Ndiaye, spécialiste des "minorités" © BALTEL/SIPA Numéro de reportage : 00592566_000021.

Pap Ndiaye, co-signataire du rapport sur la diversité à l’Opéra de Paris, prend la direction du Musée de l’Histoire de l’immigration


Le19 février, Ali Baddou a reçu l’historien Pap Ndiaye au Grand entretien de la matinale de France Inter. Le professeur à Sciences Po vient d’être nommé à la direction du Musée de l’Histoire de l’immigration, au Palais de la Porte Dorée.

Ce Musée de l’Histoire de l’immigration ne sera pas qu’un Musée sur l’immigration, annonce Pap Ndiaye. Il intégrera l’histoire de l’esclavage à partir du 18ème siècle et celle de la colonisation. Pourquoi pas ? Il restera à voir comment seront agencées les différentes présentations historiques relatant ces histoires complexes. À vrai dire, le reste de l’entretien laisse peu de doute.

Ndiaye ne contredit pas Ali Baddou lorsque celui-ci dit que ce musée sera aussi « un lieu où toutes les questions qui ont trait à la lutte antiraciste auront leur place.» Lui-même pense que le musée pourra être un lieu de débats “décolonialistes”. « On cherche ce qui dans la société française contemporaine est hérité de l’époque coloniale. On regarde les formes de continuité sans préjuger que nous serions entièrement détachés de cette période.» Traduction : on regarde les formes de continuité en préjugeant que la société française a gardé un fond colonialiste qu’elle perpétue aujourd’hui en France même. Autrement dit, militantisme antiraciste et thèses décolonialistes incriminant une France xénophobe qui userait de méthodes coloniales pour continuer de discriminer les populations issues de l’immigration auront table ouverte au Musée de l’Histoire de l’immigration.

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Le sujet de l’islamo-gauchisme est abordé. Pour l’historien, « ce terme n’a aucune réalité dans l’université, c’est plutôt une manière de stigmatiser des courants de recherche », lesquels courants sont surtout ceux de la « recherche intersectionnelle » traitant des “discriminations croisées”. Involontairement, Pap Ndiaye souligne un point primordial : les courants de “recherche intersectionnelle” qui irriguent actuellement les universités convergent effectivement tous dans la même direction, et la “déconstruction” d’à peu près tout ce qui a fondé l’Occident en général et la France en particulier est à l’œuvre.

En attendant de voir réellement les dispositifs du Musée de l’Histoire de l’immigration, il est intéressant d’analyser quelques éléments du Rapport sur la diversité à l’Opéra de Paris, co-signé par M. Ndiaye. Ce rapport est curieusement introduit par un rappel de la mort de George Floyd et le combat du mouvement Black Lives Matter qui auraient engagé « à réfléchir en profondeur sur les formes de discrimination raciale et racisme qui existent dans le monde culturel » en Europe (sic), mais qui n’ont que peu ému les « établissements culturels » français (resic). La France, pays foncièrement xénophobe, traînerait donc des patins dès qu’il s’agit de se remettre en question ? A lire ce document, il serait temps d’envisager des mesures correctrices draconiennes, y compris dans le « monde culturel ».

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L’historien peut alors faire fi de l’histoire essentiellement occidentale de l’opéra – ses œuvres emblématiques, son décorum, ses symboles – et s’appuyer sur un Manifeste qui a « libéré la parole » (De la question raciale à L’Opéra National de Paris) pour défaire une tradition artistique française au nom de l’antiracisme. Quand on en arrive à demander « la création à l’Opéra national de Paris d’un poste de responsable diversité et inclusion » ; à réclamer « une formation aux enjeux de non-discrimination » pour les membres des jurys de l’opéra ; à proposer de « démarcher de manière active, y compris à l’international, des artistes non blancs de haut niveau » ; à préconiser, dans une novlangue de la plus belle eau, de « repenser l’unité chromatique » en favorisant « la diversité mélanique », que fait-on en réalité ? Pour reprendre des termes chers à Françoise Vergès ou David Bobée, on « décolonise les arts » en promouvant le comptage “diversitaire” plutôt que les aptitudes artistiques ; on déclare sottement que « la danse chinoise et la danse arabe de Casse-Noisette » relèvent d’une « racialisation », ou que Madame Butterfly présente des « personnages “yellowface” avec le maquillage de la peau et le contour des yeux exagérément allongé », parce qu’on ignore l’esprit des « tableaux fantaisistes, peints à une autre époque dans un esprit de rêve et de divertissement » (Benoît Duteurtre). On ne parle plus d’art mais de morale. On ne se laisse plus enchanter par des œuvres artistiques, on livre des combats politiques.

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Pap Ndiaye parlant d’immigration, de l’Opéra de Paris ou de certains travaux universitaires, n’a de cesse d’évoquer une recherche française “intersectionnelle” qui irriguerait la recherche internationale. Il se trompe et inverse les rôles. Tous les débats français “racialistes”, décoloniaux, diversitaires, déconstructivistes, etc., qui empoisonnent actuellement le monde artistique comme le monde universitaire, les musées comme l’opéra, nous viennent des États-Unis, et non l’inverse. Ces faux débats véhiculent l’idée d’une France blanche raciste, discriminante, ne donnant aucune chance à la partie de sa population “racisée”. Les thèses qui alimentent ces faux débats ont actuellement le vent en poupe et gangrènent tous les pans de la société. Si chacun reconnaît la valeur du travail d’historien de M. Ndiaye, il reste qu’on peut s’interroger sur sa manière de promouvoir la discrimination positive à l’Opéra, ou sur sa vision d’une histoire de l’immigration qui semble surtout ajustée à celle des thèses décolonialistes.


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Amateur de livres et de musique. Auteur de Lettre sur les chauves (éditions Ovadia, juin 2021) et de Les Gobeurs (éditions Ovadia, juin 2021).

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