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Le multilatéralisme, plus adapté que jamais aux défis contemporains

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Une tribune de Jean Lévy, ancien conseiller diplomatique de François Mitterrand, ancien ambassadeur de France


Règle du jeu des relations internationales depuis la seconde moitié du XXe siècle, le multilatéralisme est de plus en plus remis en question par des stratégies solitaires et concurrentes de la part de plusieurs États. Si nous voulons affronter les immenses défis que nous réserve l’avenir, il nous faut revenir à un multilatéralisme partagé, à l’image de la tradition française, ou encore canadienne ou kazakh.

« Plus jamais ça » : timidement esquissés à partir du XIXe siècle et des prémisses de la Révolution industrielle et d’une mondialisation qui ne disait pas encore son nom, les instruments du multilatéralisme ont connu une popularité grandissante au lendemain de la Première Guerre mondiale. La crainte du nationalisme et de revivre la « Der des Ders » a incité les États à introduire, dans leurs relations, de nouvelles règles de conduite garantissant la sécurité collective, la paix et la prospérité. Successeurs de l’éphémère Société des Nations (SDN), de nouveaux cénacles – ONU, FMI, OMC, etc. – voient alors le jour, édictant des normes, traités et conventions supposés pacifier les rapports entre puissances et éloigner, par la négociation, l’entraide et le droit, la perspective de conflits meurtriers.

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Indissociable d’une certaine forme de pacification à l’œuvre au cours de la seconde moitié du XXe siècle, les outils du multilatéralisme ont plutôt bien servi l’humanité et réduit drastiquement l’intensité de conflits armés sur la planète. Mais aujourd’hui, cette philosophie politique est mise à mal. A commencer par les États-Unis sous l’ère Trump. Les Américains ont depuis tourné la page de l’« America First », Joe Biden « l’endormi », comme le qualifiait son adversaire au cours de la campagne présidentielle, semble s’être réveillé : en remettant sur la table le multilatéralisme onusien, en qualifiant Vladimir Poutine de « tueur », en refusant la réintégration de la Russie dans le G7 ou en pointant du doigt la responsabilité du prince héritier saoudien, Mohamed Ben Salmane, dans le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi, l’hôte de la Maison Blanche signe le retour d’une diplomatie américaine offensive et respectueuse de la démocratie représentative et des Droits de l’Homme.

Remise en cause du multilatéralisme par la Chine et la Russie

Loin d’avoir été mises en sourdine par la crise sanitaire, les tensions diplomatiques sont en effet montées d’un cran entre des grandes puissances fragilisées par la pandémie de Covid-19 et ses conséquences. La recherche effrénée de vaccins, la production sur leur territoire des précieuses doses et la gestion des stocks sont utilisées, tant par la Chine que les Etats-Unis, en passant par la Russie ou l’Europe, comme autant d’armes de « soft power ». Une diplomatie vaccinale qui a attisé les tensions entre grandes capitales, déchirées entre leurs obligations vis-à-vis de leurs propres populations et leurs promesses d’assistance envers leurs voisins et partenaires ainsi que les pays en développement. Pourtant, l’action concertée dans le domaine de la santé publique mondiale améliore l’efficacité politique.

Provisoirement reléguées face à la tempête sanitaire, les questions géopolitiques plus traditionnelles font elles aussi leur retour dans les câbles diplomatiques. La tension est ainsi montée d’un nouveau cran entre Bruxelles et Pékin à propos du traitement de la minorité Ouïghour, dans la province chinoise du Xinjiang : pour la première fois depuis 1989, l’Union européenne (UE) a sanctionné en mars plusieurs responsables chinois, entrainant une réponse musclée de l’Empire du Milieu, qui a, à son tour, ciblé plusieurs personnalités européennes. Signe d’une cristallisation des positions, l’ambassadeur de Pékin à Paris, qui avait traité un chercheur français de « petite frappe » et de « hyène folle » sur le réseau social Twitter, a été convoqué par le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. « L’Europe n’est pas un paillasson » a, de son côté, réagi le secrétaire d’État aux affaires européennes, Clément Beaune. Quant au Vieux continent, justement, ses États membres se déchirent sur leur stratégie vaccinale et se sont résolus, mais seulement du bout des lèvres, à renforcer le mécanisme de contrôle des exportations de vaccins hors-UE – en particulier vis-à-vis de leur ancien partenaire anglais.

La multipolarité anarchique ne suffit pas dans un monde multipolaire

À long terme, aucun pays n’a à gagner à ce retour de l’unilatéralisme. Il nous faut revenir aux outils d’un multilatéralisme partagé, que ce soit en matière sanitaire et géopolitique, mais aussi économique. Une philosophie qu’affectionnent particulièrement les puissances dites « moyennes », car elle impose un cadre aux visées hégémoniques des superpuissances. À l’image de la France, et de sa longue tradition diplomatique, préférant la voie du multilatéralisme à « la loi du plus fort ». Ou à l’image du Canada, appelant régulièrement par la voix de Justin Trudeau à réparer ce que ce dernier appelle un « système brisé ». « Au lieu de croiser les doigts en espérant que les grandes puissances comprennent, voyons ce que nous pouvons faire et faisons la différence ensemble », plaidait-il à l’Assemblée générale de l’ONU depuis son bureau à Ottawa en septembre 2020. Ou enfin à l’image d’un pays auquel on doit s’intéresser, le Kazakhstan, autre puissance moyenne située au carrefour de l’Europe et de l’Asie, premier pays de l’ex-URSS à présider l’OSCE et seul pays d’Asie centrale à avoir signé un accord de partenariat avec l’Union européenne. Particulièrement actif aux Nations-Unies, le Kazakhstan est à l’origine de la déclaration d’Astana, qui a débordé les chancelleries occidentales sur la question syrienne. Une foi dans le multilatéralisme porté par le nouveau président Kassym-Jomart Tokayev, lui-même ancien diplomate de carrière.

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Le 7 mai 2021, au Conseil de Sécurité de l’ONU, Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État auprès du Ministre des affaires étrangères français, résumait les forces et les faiblesses du système onusien. Si le droit international et la diplomatie multilatérale ont permis d’obtenir de grands succès, comme le nucléaire iranien ou l’Accord de Paris sur le climat, ils se sont montrés plus impuissants sur la question syrienne, notamment à cause du droit de veto des membres permanents du Conseil de sécurité, facteur récurrent de blocage, notamment lorsque des crimes de masse sont en cours.

Nous voici donc aujourd’hui revenu à une nouvelle crise du multilatéralisme : si, en 1945, les vainqueurs de la Seconde guerre mondiale en avaient une vision commune et universaliste, ce multilatéralisme se trouve aujourd’hui, comme au temps de la guerre froide, de nouveau mis à mal.

ZFE-m: Zone à Faibles Émissions – mobilité : on peut encore mieux faire!

Le projet de loi “contre le réchauffement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets” est en cours de discussion. Il a pour but de « promouvoir les alternatives à la voiture individuelle » via « l’obligation de mise en place des zones à faibles émissions mobilité (ZFE-m) aux agglomérations métropolitaines de plus 150 000 habitants ». Ce dispositif aux intentions louables soulève toutefois des interrogations au regard des premiers retours sur sa mise en place par la métropole du Grand Paris, et avant son élargissement aux autres métropoles de France.


Le Grand Paris a entériné le 1er décembre 2020 le renforcement de la ZFE-m et son extension à l’ensemble du périmètre situé à l’intérieur de l’A86. À partir du 1er juin 2021, les véhicules Crit’air 4, 5 se verront restreindre l’accès à un territoire composé de Paris et de 78 communes alentour. Cette mesure sera étendue aux véhicules Crit’air 3 et 2 d’ici 2024, ce qui reviendra à mettre trois voitures sur quatre au rebut !

Que l’amélioration de la qualité de l’air et la lutte contre les changements climatiques soient le fil rouge de cette action politique est noble. La réactivité de la métropole du Grand Paris par la mise en place du dispositif Crit’air est à saluer. Pourtant, il est temps d’interroger ce dispositif qui comporte des risques d’injustice ou de stigmatisation, d’efficacité limitée, de fracture géographique et même des conséquences anti-écologiques.

Ce dispositif ne risque-t-il pas de pénaliser les plus précaires ?

Le dispositif touchera en premier lieu les classes sociales les moins favorisées dont les personnes conduisent bien souvent les véhicules les plus anciens et les plus polluants. Ce sont aussi elles qui habitent le plus loin des centres-villes et de leur lieu de travail, et qui, compte tenu d’une offre de transport en commun insuffisante, sont les plus dépendantes de leur véhicule pour circuler. Restreindre l’usage qu’elles pourront en faire est vu comme une mesure antisociale qui les affectera directement. Si ces personnes habitent à l’intérieur de la nouvelle ZFE-m, elles ne pourront plus utiliser leur propre véhicule !

Cette mesure exclut de fait, de l’espace public, les plus fragiles et les plus pauvres de notre société. Il est alors légitime de se demander si l’accès à Paris et à sa banlieue est devenu un privilège, à tel point que nous ne soyons plus capables d’y faire cohabiter les différentes classes sociales de notre société ?

Cette mesure va accentuer la fracture entre métropoles et zones rurales. Au-delà des déplacements entre domicile et lieu de travail dans les ZFE-n, ou entre l’extérieur et l’intérieur des ZFE-n, c’est l’ensemble des déplacements liés aux vacances et aux loisirs qui sera concerné par cette nouvelle mesure dont les enjeux dépassent la simple amélioration de l’offre de transport en commun.

Ce dispositif ne risque-t-il pas de créer une discrimination entre particuliers et professionnels ?

Ce dispositif prévoit de nombreux cas d’exceptions. Seuls les particuliers sont concernés par la nouvelle ZFE-m ; les véhicules professionnels pourront continuer de circuler, alors même qu’ils sont plus polluants, font une plus grande quantité de kilomètres, et ont souvent le moteur qui tourne lorsqu’ils sont à l’arrêt.

Pourtant, tout le monde trouverait impensable de les interdire tant ils sont utiles au bon fonctionnement de l’économie, et personne ne prendrait au sérieux une mesure demandant aux livreurs de livrer leur marchandise en transport en commun. La même logique devrait s’appliquer aux véhicules particuliers.

Un individu qui a besoin de son véhicule pour aller travailler, car il a besoin de plus de flexibilité que celle d’une offre défaillante de transports en commun, est tout aussi utile au bon fonctionnement de l’économie qu’un livreur qui a besoin de son véhicule professionnel pour faire sa tournée. Il ne paraît pas judicieux de créer une discrimination entre les deux.

Est-ce le moment de faire peser, sur les collectivités ou sur les ménages, une nouvelle charge ?

Le coût du dispositif est tout autant pour les collectivités que pour le particulier.

En effet, l’efficacité du dispositif réside dans le contrôle du respect de celui-ci, qui a un coût exorbitant : mise en place de portiques de contrôles automatiques qui engendrent des coûts d’entretien, d’exploitation, la mobilisation de forces de police. Pour le particulier, les subventions peuvent être trompeuses, car accessibles sous conditions à un petit nombre.

Ne faudrait-il pas mieux fonder le dispositif sur des critères objectifs comme le kilométrage annuel ?

Le dispositif considère que plus un véhicule est ancien, plus il est polluant, et que plus un véhicule est récent, moins il est polluant. Ce dispositif ne tient pas compte de l’usage qui est fait du véhicule. Un véhicule ancien et “polluant”, mais qui n’est utilisé qu’une fois par semaine, est-il plus polluant qu’un SUV récent, mais circulant tous les jours ? Un véhicule ancien, mais qui transporte quatre personnes, est-il plus polluant que quatre véhicules récents transportant une personne chacun et circulant simultanément sur les routes ?

C’est bien l’usage du véhicule, et non son ancienneté, qui est le critère objectif à prendre en compte pour garantir la baisse effective de la pollution atmosphérique.

Ne faudrait-il pas mieux renforcer le contrôle technique ?

Ce dispositif a quelque chose de l’obsolescence forcée des véhicules anciens, ce qui va complètement à l’encontre des préconisations portées par les politiques de protection de l’environnement (moins de déchets) et de lutte contre les changements climatiques. L’amélioration de la qualité de l’air est un objectif louable, mais elle s’inscrit dans un cadre plus large. Retirer des routes les véhicules polluants, mais qui fonctionnent encore très bien, ne fera qu’entretenir une demande artificielle pour des voitures neuves, maintenant ainsi notre dépendance à l’automobile, et poursuivant l’exploitation de ressources non-renouvelables propres à cette industrie. Une simple amélioration du contrôle technique pour les véhicules circulant dans la ZFE-m permettrait d’atteindre l’objectif d’amélioration de la qualité de l’air.

Décliner une politique à l’échelle nationale réaliste en partenariat avec les industriels

L’amélioration de la qualité de l’air est un enjeu qui dépasse le simple cadre des métropoles et les compétences des maires ; il doit se mener au niveau national, en partenariat entre l’État et les industriels. Quelles alternatives à l’automobile thermique peuvent être créées ? Selon quelles modalités et dans quel délai ? Les politiques qui ont mis en place ce dispositif se sont-ils posé la question de savoir si l’industrie automobile serait prête à produire en deux ans les 2 ou 3 millions de véhicules en remplacement de ceux qui seront mis à la casse ? Et si l’industrie produit des véhicules électriques, sommes-nous en état de produire l’électricité nécessaire alors qu’on veut fermer les centrales nucléaires ?

Mailler le territoire régional en développant des réseaux de transports en commun

Au lieu de contraindre les plus précaires à abandonner leurs voitures, nous devrions plutôt les inciter à le faire d’eux-mêmes par une amélioration de l’offre de transports en commun. Retenons les leçons de l’histoire : à chaque fois que la contrainte a été posée pour éliminer une problématique, le problème s’est décalé ailleurs.

Le passage au tout électrique viendra interroger notre capacité à fournir l’énergie nécessaire ; dans ce cadre, la volonté affichée de réduction d’électricité nucléaire est-elle bien compatible ?

Pour conclure

Le dispositif ZFE-m est vertueux mais fait fi du principe de réalité. Il existe des propositions moins coûteuses, plus adaptées pour réduire la pollution de l’air sans créer de contraintes supplémentaires et priver de liberté bon nombre de nos concitoyens. Il est tout à fait possible d’aménager ce dispositif par des mesures simples et de travailler à une politique industrielle, à l’échelle nationale, qui rejoindra les politiques de protection de l’environnement. Gouverner, c’est tout l’art de lancer des initiatives volontaristes tout en cherchant à ce qu’elles soient justes, applicables et peu (ou pas) coûteuses.

Olivier AUTAIN, Conseiller municipal, La Garenne-Colombes; Jean-Christophe ACHARD, Maire adjoint, Saint-Cloud; Amina BACAR, Conseillère municipale, Avon; Béatrice BELLIARD, Maire adjoint, Boulogne-Billancourt; Caroline CARMANTRAND, Conseillère régionale, Maire adjoint, Asnières-Sur-Seine; Christophe CHABOUD, Conseiller municipal, Sèvres; Pierre CROSNIER-LECONTE, Maire adjoint, Bois-Colombes; Jean-François CUIGNET, Conseiller municipal, Bougival; Ghislain DE BOUTRAY, Maire adjoint, La Garenne-Colombes; Sophie DE LAMOTTE, Conseillère municipale, Suresnes; Alexandre DE PONCINS, Conseiller municipal, Bois-Colombes; Nicolas DE SAINT-ROMAIN, Conseiller municipal, Carrières-sur-Seine; Nelly DEZARNAUD, Conseillère municipale, La Garenne-Colombes; Emmanuela DUPONT, Conseillère municipale, Asnières-Sur-Seine; Anne FOMMARTY, Maire adjoint, La Garenne-Colombes; Geneviève GAILLABAUD, Maire adjoint, La Garenne-Colombes; Jean-Michel HUA, Conseiller Municipal, Bougival; Anne-Christine JAUFFRET, Maire adjoint, Bois-Colombes; Arnaud LE CLERE, Conseiller régional, Meudon; Olivier LEBRUN, Maire, Viroflay; Christine LEGENDRE, Maire adjoint, La Garenne-Colombe, Patrice MARTIN, Conseiller municipal, Bagneux; Michèle MICHELET, Conseillère municipale, La Garenne-Colombes; Peggy NICOLAS, Conseillère municipale, Châtillon; Jean-Christophe PIERSON, Maire adjoint, Saint-Cloud; Xavier PINTA, Conseiller municipal, La Garenne-Colombes; Sébastien RENAULT, Maire adjoint, Clichy-la-Garenne; François-Henri REYNAUD, Conseiller municipal, Saint-Cloud; Pierre-Marie SALLE, Conseiller municipal, Le Raincy; Christophe SCHEUR, Maire adjoint, Meudon; Nicolas TARDY-JOUBERT, Conseiller régional, Le Chesnay; Armelle TILLY, Conseillère départementale, Chaville; Laurence TROCHU, Conseillère départementale, Guyancourt; Thomas ZLOWODZKI, Conseiller municipal, Sainte-Geneviève-des-Bois.

Éolien: le vent serait-il en train de tourner ?

On en dénombre déjà 8000 en France. Icônes de la transition énergétique, les éoliennes sont de plus en plus controversées. Stéphane Bern et Éric Zemmour sont vent debout contre : faible efficacité énergétique, dégradation des paysages, perte de valeur des biens immobiliers, mainmise des fonds de pension, les inconvénients de l’éolien sont nombreux.


Récemment dans Face à l’Info sur CNews, Éric Zemmour s’est dressé contre l’éolien en affirmant : « L’éolien est une catastrophe, ça va laisser des déchets monumentaux (…) Les Verts se foutent de la beauté des paysages français. Ils se foutent de la France tout court ». Le lanceur d’alerte Fabien Bouglé parle de « trahison écologique des éoliennes » dans un article publié dans le magazine Front populaire. Éoliennes : du rêve aux réalités, un film sorti sur Youtube le 1er juin et produit par l’association de Charles Thimon, financé par plus de 900 donateurs, présente les témoignages sur la question de Jean-Marc Jancovici, ingénieur de l’École polytechnique, Hervé Machenaud, ancien directeur de la branche Asie-Pacifique du groupe EDF, ou d’Henri Proglio, président-directeur général d’EDF de 2009 à 2014. Dans ce documentaire, la face sombre de l’éolien est dévoilée. Chiffres à l’appui, l’imposture écologique et économique de l’éolien est démontrée.

De son côté, François Rollet réclame un moratoire sur l’éolien. Entretien. Âgé de 25 ans, François Rollet est entrepreneur dans le domaine agricole. Ayant vécu une grande partie de sa vie en milieu rural, il s’est engagé auprès d’Action Ecologie pour défendre nos paysages et nos traditions.

Causeur. Stéphane Bern, ardent défenseur du patrimoine français, parle de « diktat éolien » dans un texte publié dans FigaroVox le 30 mai. Sa tribune a fait grand bruit. Comme vous défendez une cause commune, votre association a-t-elle tenté de se rapprocher de lui ?

François Rollet. Action Écologie est une association qui n’est affiliée à aucun parti politique et dont l’objectif est de réunir tous les Français de bonne volonté qui souhaitent construire une alternative à ce fléau qu’est l’écologie politique, incarnée par exemple par Barbara Pompili, Daniel Cohn-Bendit, Nicolas Hulot ou Cécile Duflot. Lorsqu’une personnalité publique comme Stéphane Bern se prononce contre le « diktat éolien » nous ne pouvons que féliciter et encourager cette démarche contre cette énergie qui s’avère être un gouffre financier, une saignée de nos paysages et un non-sens écologique. Chez Action Écologie nous sommes évidemment ouverts à tous les Français qui vont dans le sens d’une écologie respectueuse de nos traditions et de nos territoires.

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Que défend précisément le mouvement Action Écologie ?

Nous défendons tout simplement une conception de l’écologie qui n’a rien à voir avec celle défendue par certaines figures médiatiques. Exaspérés par la vision du monde que proposent les « écologistes », nous avons décidé de lancer il y a quelques mois Action Écologie avec plusieurs objectifs : valoriser les actions qui vont dans le sens d’une écologie authentique, dénoncer les solutions coûteuses et inefficaces proposées par les écologistes politiques qui préfèrent souvent détruire ce qui fait la France que défendre l’environnement. Nous traitons de tous les sujets liés à l’écologie.

Les jeunes sont instrumentalisés à des fins bassement politiques, nous voulons leur permettre de s’engager pour un environnement respectueux

Quelles sont vos actions ?

Nos activités sont multiples : publication d’études inédites, organisation de formations et de conférences avec des experts. Nous ferons aussi la promotion d’initiatives comme celles qui visent à protéger la biodiversité ou qui favorisent le recyclage. Nous voulons être aussi la vigie de l’écologie. Nous mènerons des campagnes offensives de mobilisation pour faire changer d’avis le gouvernement si besoin : des opérations dans la rue, des pétitions, des campagnes sur les réseaux sociaux pour toucher les jeunes. Ils sont souvent instrumentalisés à des fins bassement politiques, donc nous voulons leur permettre de s’engager pour un environnement respectueux. Notre ambition est claire : devenir la première association écologique française indépendante et non subventionnée.

Selon vous, est-ce que l’exécutif français entend toujours déployer 20 000 éoliennes dans le parc français à horizon 2028, alors que le président Macron avait dit à Pau en janvier 2020 qu’il fallait être lucide et que le consensus en faveur de l’éolien était en train de s’effriter ?

Aujourd’hui, l’éolienne est devenue la colonne principale de la stratégie énergétique européenne qu’Ursula Von der Leyen nomme « le pacte vert européen ». L’objectif de la Commission européenne est de faire du vent le pilier de la production d’électricité en Europe ! Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, dans son discours à l’Assemblée nationale en janvier souhaite que « que chaque territoire prenne sa part » au mépris des enjeux écologiques véritables, de la souveraineté de notre industrie et de l’incidence sur nos paysages. À l’occasion de notre étude sur l’éolien, nous nous sommes rapprochés de milliers d’acteurs sur le terrain qui luttent contre l’implantation de nouveaux parcs éoliens. Nous avons également lancé une pétition pour exiger d’Emmanuel Macron que cessent tous les projets d’éoliennes à l’étude. Alors certes, le consensus autour de l’éolien s’effrite, mais il faut encore se mobiliser.

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Pour nous, le constat est aussi simple qu’alarmant: les éoliennes sont une arnaque écologique et un gouffre budgétaire. Les éoliennes coûtent 2 milliards d’euros par an au contribuable français, soit près de la moitié du budget alloué à l’agriculture ! Malgré ce coût exorbitant, les éoliennes ne fonctionnent qu’un quart du temps effectif annuel. La création de parcs éoliens nécessite des millions de tonnes de béton, ce qui n’a rien d’écologique, assassine des milliers d’oiseaux par an et défigure nos paysages, par exemple à la Sainte-Baume.

Au-delà du caractère écologique contestable que vous dénoncer, l’éolien est selon vous géopolitiquement risqué.

Un des éléments fondamentaux de la construction d’éoliennes est l’extraction de terres rares dont la production se fait à près de 80% en Chine. Alors oui, au-delà des enjeux environnementaux que cela pose, la stratégie qui vise à s’approvisionner auprès d’un seul pays me semble dangereuse, en cas de tensions diplomatiques, géopolitiques ou économiques avec ce partenaire. Pour fabriquer une éolienne, il peut être nécessaire de compter jusqu’à 2 700 kilogrammes de terres rares. Les constructeurs de turbines ont, en effet besoin du néodyme pour la fabrication des aimants, utilisés notamment pour les modèles éoliens offshores. Ces modèles en mer sont ceux que Jean Castex défendait encore en janvier dernier. Le gouvernement a annoncé le lancement du neuvième projet de parc éolien à proximité de l’île d’Oléron. Au-delà de la défiguration de nos paysages et de nos traditions, l’éolien nous fait entrer dans un marché dont le producteur principal est la Chine.

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De plus, la majorité des composants nécessaires à sa construction n’est pas non plus française. En 2017, ce sont les Danois Vestas et les Allemands Enercon qui ont remporté la majorité du marché éolien français. La part des entreprises allemandes atteint près de 60 % du marché français. Selon moi, la France se doit de créer ou utiliser une chaîne de valeur énergétique indépendante et sûre.

Nénette

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Certaines choses sont inexplicables.


Par exemple le fait que Nénette ait dépassé les quatre-vingts ans, défiant ainsi toutes les études sur les dangers de l’alcool produites par les plus grands scientifiques des cinq continents.

Nénette – de son prénom Ginette – était une figure dans le village. Une tronche plutôt, éclatée par la vie comme une pomme au four contre un mur.

Quand l’église sonnait 15 heures, tout le quartier recevait la visite d’une Nénette ivre morte, l’épaule appuyée contre l’encadrement de la porte, réclamant vaguement des cigarettes dans un français inaudible.

Les ivrognes manient le français comme les peintres contemporains leurs pinceaux : sans porter aucun intérêt à la forme pourvu qu’il y ait de la matière à l’arrivée, et si les autres ne comprennent pas, c’est parce que c’est des connards.

La difficulté de l’exercice consistait à s’assurer que Nénette ne perde pas l’équilibre en allumant sa cigarette – rarement du premier coup – de même qu’à garder un œil sur elle le temps qu’elle ait quitté votre rue au prix d’efforts remarquables, des fois qu’elle aurait dégueulé sur un appui de fenêtre après s’être écroulée sur le capot d’une voiture à l’arrêt.

Quand elle était plus ou moins en état de parler, elle bafouillait que ça serait sympa si on allait lui chercher un paquet de cigarettes au tabac. Avant même qu’on ait répondu oui ou non, sortant de sa poche un sachet en plastique rempli de pièces jaunes dont le total dépassait rarement les trois euros, elle assurait qu’il y avait « sûrement le compte pour un paquet ».

« Des Gauloises sans filtre, hein. » Ces engins-là vous traitent de pédé s’ils vous voient avec une Marlboro. La cigarette électronique n’est même pas dans leur logiciel, ça relève du cinéma futuriste.

Et on partait lui acheter son paxon de clopes infumables à dix euros cinquante, en payant la différence sans comprendre pourquoi on était assez cons pour la payer.

Pour toute récompense, Nénette vous gratifiait d’un sourire à une dent, vous fixait solennellement pour signifier que « O.K., t’es réglo, je te respecte », s’arrangeait pour vous taxer encore quatre ou cinq cigarettes dans votre paquet personnel en plus de celui que vous lui aviez payé à quatre-vingts pour cent et s’en allait d’un pas claudicant en se prenant un mur ou deux, vous laissant interdit devant une telle audace. Admiratif, pour un peu.

Il est de gentilles fripouilles auxquelles on pardonne toutes les magouilles.

Nénette tournait au Ricard, à des doses quotidiennes suffisantes pour coller la chiasse à une armée et désinfecter les jambes coupées du camp d’en face.

Pierrot, le mari, regardait sa femme se transformer en fruit confit depuis soixante ans, conscient de sa parfaite impuissance à endiguer le tsunami d’anisette. On l’entendait parfois râler que « tu bois trop, chou », sans que chou n’accorde une importance particulière à la remarque. Et Pierrot de retourner à son bricolage, en silence, pour rester aux aguets des fois que Nénette se prenne un placard en allant chercher des glaçons.

Ces deux-là étaient fossilisés dans soixante ans d’habitudes. Les pénibles de Psychologie Magazine auraient bien eu de la peine à les convaincre de changer quoi que ce soit, ne fût-ce que l’emplacement d’un napperon de canapé, parce que c’était comme ça et pas autrement.

Il y a eu trois enfants, mais pas longtemps. Un mort-né, deux morts en bas-âge, à l’époque où les psys et les arrêts maladie n’existaient pas, quand il fallait encaisser, partir au charbon quand même et se planquer pour chialer entre midi et deux.

Partir au charbon pour nourrir qui ? Certainement pas un quatrième, il arrive un moment où on a assez pleuré.

Remplir un monde sans personne, comme on remplit un verre vide, ça ne mène jamais au bonheur. Mais Nénette aura essayé jusqu’au bout.

Elle est morte de rien un matin d’hiver.

En apprenant la nouvelle, tous les escroqués du sachet en plastique à trois euros se sont retrouvés avec des clopes dont ils ne savaient plus quoi faire. Paraît même qu’ils n’y ont pas touché, dans l’espoir peut-être de revoir arriver Nénette à trois grammes, au moment où l’église sonne 15 heures.

Dorothée Moureaux, sanctionnée pour son bien

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Directrice d’école et élue LR en Seine-et-Marne, Dorothée Moureaux a été suspendue suite à un tweet dénonçant l’antisémitisme musulman. Dans son propre intérêt, soutient l’Education nationale, approuvée par la justice administrative.


L’histoire commence le 16 février 2019. Dorothée Moureaux, 58 ans, conseillère municipale LR à Moissy-Cramayel (Seine-et-Marne), directrice d’école élémentaire dans la même commune, conseillère du grand Paris, réagit sur son compte Twitter aux insultes antisémites proférées contre Alain Finkielkraut boulevard du Montparnasse, à Paris, en marge d’une manifestation de gilets jaunes : « Un déferlement de haine envers #Alain Finkielkraut. Honte à eux. Le 19/02, rassemblement contre l’#Antisémitisme. Il est temps de mettre au pas les #musulmans qui sont les premiers à insulter les juifs. Les extrêmes de droite comme de gauche ne sont pas en reste ».

Une journaliste du Parisien repère le tweet et contacte la conseillère. Dorothée Moureaux précise sa pensée: « Quand je parle de les mettre au pas, il s’agit simplement d’appliquer la laïcité ». L’individu qui a insulté Alain Finkielkraut, précise d’ailleurs le Parisien, « est connu des services de renseignement pour avoir évolué dans la mouvance radicale islamiste ».

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Suite à l’appel de la journaliste, Dorothée Moureaux va pourtant effacer son tweet. Difficile de savoir quel aurait été son sort si elle l’avait assumé, mais il ne fait aucun doute que, juridiquement, rien ne l’obligeait à se renier. Les quatre lignes manquaient de nuances, comme tant de tweets, mais critiquer l’islam n’est pas interdit. Sur le fond, Dorothée Moureaux rappelait une évidence quantifiée par la Fondation pour l’innovation politique dans une enquête publiée en novembre 2014: « les musulmans sont deux à trois fois plus nombreux que la moyenne des Français à partager des préjugés contre les juifs ». Et même si Dorothée Moureaux avait tenu un propos authentiquement polémique, elle en avait le droit. Les tribunaux ont posé depuis longtemps que la liberté d’expression des élus était fondamentale, quitte à aller objectivement trop loin. La Cour européenne des droits de l’homme, dans un arrêt du 7 septembre 2017, a infirmé les condamnations pour diffamation d’un conseiller municipal qui avait accusé d’escroquerie, sans preuve, le maire et la première adjointe du Broc (Alpes-Maritimes) !

Lâchage en règle

Hélas, autour de Dorothée Moureaux, les supports vont être rares. La tête de liste LR aux municipales à Moissy, Christian Duez, prend immédiatement ses distances avec sa colistière, dans le Parisien : « je ne suis pas du tout d’accord avec ce discours (…) elle écrit parfois plus vite qu’elle ne pense ». Dorothée Moureaux est écartée de la liste LR. Elle est inondée de messages d’insultes et de menaces.

L’Education nationale, sans surprise, la lâche aussi. Son profil Twitter mentionnait sa qualité de directrice d’école, mais elle ne la rappelait pas dans le tweet qui a allumé la mèche. Dès le 20 février, pourtant, Dorothée Moureaux est convoquée à la direction départementale des services de l’Education nationale de Seine-et-Marne, où l’attendent la directrice académique, une inspectrice, la secrétaire générale et la directrice de cabinet du recteur. L’accusée fait valoir qu’elle a parlé en qualité d’élue, mais peine perdue, la messe est dite. La sanction tombe le jour-même : quatre mois de suspension, qui vont se transformer en bannissement à bas bruit, sous la forme d’un retrait d’emploi. Dorothée Moureaux ne retrouvera jamais de poste de directrice titulaire. Elle devient remplaçante, avec la certitude de le rester jusqu’à la retraite, une perte de revenus significative à la clé. « En définitive, mes collègues et les parents d’élèves sont ceux qui m’ont témoigné le plus de solidarité, se désole-t-elle. Je n’avais jamais eu de blâme, je crois que j’étais appréciée… » Des courriers que Causeur a consultés en attestent.

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Le 16 avril 2019, le procureur de la République de Paris lui adresse un rappel à la loi, affirmant que son tweet tombe sous le coup de la loi pénale. « Remettre au pas », ce poncif de salle des professeurs, devient une « provocation à la haine, à la discrimination ou à la violence ».  Comme la coupable a fait des « excuses publiques » dans une vidéo mise en ligne le 20 février, le parquet renonce aux poursuites.

Dorothée Moureaux a tenté de contester les sanctions de l’Education nationale devant le tribunal administratif, avec le concours d’un avocat marseillais, vers lequel l’a orientée la Fédération nationale de l’enseignement. Le jour de l’audience, le 17 mars 2021, l’avocat n’est pas venu. Elle  a pris la parole seule devant les magistrats. Une carrière d’un côté, un tweet de l’autre, un quart d’heure pour faire pencher la balance. Rendue le 21 avril, la décision du Tribunal administratif de Melun tue le suspense dès le préambule. Les juges écrivent que Dorothée Moureaux a posté un message « stigmatisant les musulmans ». A propos des juifs, curieusement, ils parlent des « membres d’une autre communauté confessionnelle ». Hypocritement, ils relèvent ensuite que Mme Moureaux était « elle-même menacée ». Conclusion, le rectorat l’a sanctionnée pour assurer sa sécurité. Elle est déboutée. Partant visiblement du postulat que Samuel Paty suspendu serait encore en vie, l’Education nationale et la Justice recommandent en quelque sorte de se coucher très tôt. Le vrai racisme ne se nicherait-il pas dans cette vision des musulmans comme un bloc d’intolérance, incapable d’encaisser la moindre critique ?

Dorothée Moureaux l’avoue sans fard, elle n’a plus les ressources pour attaquer en appel cette décision lourde de conséquences pour elle, et préoccupante pour la liberté d’expression, en particulier dans la communauté éducative. « Quel gâchis, soupire-t-elle. Quand je pense que l’académie de Créteil cherche désespérent des directeurs et des directrices d’école ! »

Peut-être un jour faudra-t-il se demander pourquoi.

Migrants mineurs: la faute à l’Europe

En pleine crise diplomatique entre l’Espagne et le Maroc, ce dernier a relâché le contrôle à la frontière, permettant à des milliers de migrants, dont beaucoup de mineurs, de pénétrer sur le territoire espagnol. Dans les procédures de retour, il apparaît clairement que ce qui empêche un rapatriement de ces mineurs est le droit européen.


Dans un communiqué conjoint publié mardi 1er juin, les ministères de l’Intérieur et des affaires étrangères marocains annoncent que le leader de l’Etat chérifien, Mohammed VI, a réitéré ses instructions « afin que la question des mineurs marocains non accompagnés, se trouvant en situation irrégulière dans certains pays européens, soit définitivement réglée ». Ce communiqué intervient dans un contexte de relations diplomatiques tendues entre le Maroc et l’Espagne. Entre le 17 et le 20 mai, les douanes marocaines ont relâché le contrôle à la frontière espagnole permettant ainsi à environ 10 000 migrants marocains et subsahariens – dont 3 000 mineurs selon l’exécutif espagnol – d’envahir l’enclave de Ceuta. Ce geste a été motivé par la décision de Madrid d’accueillir Brahim Ghali, chef du parti indépendantiste du Front du Polisario, visé par deux plaintes pour « tortures » et « génocide » par le royaume du Maroc.

La ville autonome espagnole de Ceuta Image: Wikipedia Commons

Brahim Ghali aurait été autorisé à voyager en Espagne afin de recevoir des soins mais Rabat réclame qu’il lui soit livré pour être jugé et qu’une enquête « transparente » soit diligentée sur les conditions troubles de son arrivée à Madrid, notamment sous une fausse identité. Le gouvernent espagnol a réagi à ce qu’il a qualifié de « chantage inadmissible » par la voix de sa ministre de la défense Margarita Robles. Elle a ainsi déclaré qu’il était inacceptable d’instrumentaliser les mineurs pour violer les frontières territoriales de l’Espagne.

Le début des procédures de retour

Depuis cet incident, plusieurs milliers de migrants adultes ont pu être expulsés du territoire espagnol mais pas les mineurs. Selon El Faro Ceuta, les autorités espagnoles ont réalisé, avec l’aide de l’ONG « Save The Children », 200 entretiens avec des mineurs marocains et se sont entretenues avec 75 de leurs familles.

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Le résultat de ces conversations a été choquant pour le personnel qui a conduit les entretiens. En effet, 92,5% des parents basés au Maroc seraient intéressés par le sort de leurs enfants, mais refusent le retour de ces derniers à leur pays d’origine, principalement pour des raisons économiques. Or, dans son article 10, alinéa 2, la directive européenne dite « retour » de 2005 dispose que, « avant d’éloigner du territoire d’un État membre un mineur non accompagné, les autorités de cet État membre s’assurent qu’il sera remis à un membre de sa famille, à un tuteur désigné ou à des structures d’accueil adéquates dans l’État de retour ».

Le Maroc souligne la lenteur européenne

C’est précisément ce que souligne dans son communiqué l’exécutif marocain, à savoir que « les lenteurs constatées dans la concrétisation de cette coopération (visant à rapatrier les mineurs marocains, ndlr) sont essentiellement liées à des blocages dus aux procédures complexes dans certains pays européens ». Autrement dit, à l’exception des six cas que leurs parents ont bien voulu récupérer, les 920 mineurs marocains identifiés par la police de Ceuta resteront coincés dans le labyrinthe de la bureaucratie européenne, ni expulsés, ni accueillis bien que le royaume marocain ait exprimé sa volonté ferme de les rapatrier.

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Il en sera certainement de même pour les mineurs non accompagnés dans les autres pays qui ont ratifié la convention internationale des droits de l’enfant (CIDE). La CIDE, qui dispose en son article 20, alinéa 1, que « tout enfant qui est temporairement ou définitivement privé de son milieu familial, ou qui dans son propre intérêt ne peut être laissé dans ce milieu, a droit à une protection et à une aide spéciale de l’Etat ». Pourtant dans les faits, si le droit européen permet le maintien des mineurs non accompagnés sur le sol européen, dans plusieurs pays notamment en France, ils sont nombreux à vivre dans la rue, livrés à la polytoxicomanie et réduits à commettre des cambriolages ou encore des vols à l’arrachée quand ils ne sombrent pas dans la violence. 

Xavier Mauduit, journaliste et agrégé d’histoire, a trouvé en Lilian Thuram un maître

Sur France Culture, Lilian Thuram nous fait part de ses expériences pédagogiques.


Jadis, sur France Culture, les émissions de philosophie parlaient de philosophie et celles d’histoire parlaient d’histoire. Les invités étaient des philosophes et des historiens réputés pour leur savoir et leur aptitude à le mettre à la portée d’un large public. L’intelligence planait au-dessus des studios. Les auditeurs n’étaient pas pris pour des crétins et les émissions, aussi longues fussent-elles, n’étaient pas interrompues toutes les vingt minutes pour « offrir une respiration » et diffuser la dernière chanson à la mode et encore moins du rap. Depuis quelques années le changement est perceptible. Même s’il demeure quelques émissions intéressantes, l’ensemble dégringole, et la propagande progressiste y bat son plein. Exemple :

Le 28 mai, le journaliste et agrégé d’histoire Xavier Mauduit recevait dans son émission Le cours de l’histoire l’éminent mais toujours accessible philosophe à crampons Lilian Thuram, féru d’histoire, paraît-il. Ce dernier dit penser « tous les jours » à ses ancêtres qui ont traversé l’océan. L’histoire ne les a pas retenus individuellement alors qu’ils sont des « super-héros. » L’ex-footballeur va alors nous livrer une de ses fulgurantes réflexions : « Je pense qu’en règle générale l’histoire a tendance à retenir un homme, une femme, et on oublie très souvent que ces hommes, ces femmes, n’existent simplement que parce qu’il y a eu beaucoup, beaucoup d’inconnus, en fait, qui les ont accompagnés pour changer la société. » C’est l’École des Annales pour Oui-Oui – mais Xavier Mauduit est totalement subjugué.

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Lilian Thuram dans nos écoles

Lorsque ce dernier décide enfin d’aborder la question de la traite arabo-musulmane, il le fait à sa manière, en posant une question qui n’en est pas une : « Souvent on vous reproche de ne pas parler de la traite arabo-musulmane – en fait ce discours mémoriel est sans arrêt récupéré et même retourné et utilisé, souvent avec des vues ethno-essentialistes. » (Traduction : ceux qui évoquent la traite négrière arabo-musulmane ne cherchent pas la vérité historique mais un énième moyen de dénigrer les Arabes). Si la fausse question de Mauduit vaut le détour, la réponse de Thuram vaut son pesant de cajous. Je la retranscris donc entièrement : « Écoutez, je ne suis pas naïf. Il y a des gens qui ne veulent pas que les choses changent. Il y a des gens qui veulent une société inégalitaire donc ils défendent leur monde, ça c’est depuis la nuit des temps. Vous savez, à la période de l’esclavage, il y avait des gens qui luttaient pour dénoncer ce système, mais il y avait aussi des gens qui luttaient pour garder ce système. Aujourd’hui encore c’est la même chose. Très souvent on oublie qu’il y a aussi des identitaires blancs, voilà. » Mauduit, enivré par les détours thuramiens qui ont permis d’éviter le sujet de la traite arabo-musulmane pour finir par dénoncer les “identitaires blancs”, ne moufte pas. Trop fort, Lilian !

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Encore plus fort : Lilian Thuram se rend dans les écoles pour combattre le racisme et se livrer à des expériences passionnantes. En voici une : « Je fais une expérience lorsque je vais dans les écoles. Par exemple, je pose la question : “dites-moi, depuis combien de temps vous êtes blancs ?” » – « Moi, je dis depuis toujours », répond Mauduit, bon élève. – « Ok, reprend Thuram, depuis toujours… et là je prends une feuille blanche en leur disant : “Les enfants, est-ce que vous êtes de la même couleur que cette feuille ?” Ils me disent “non”. “Pourquoi vous dites que vous êtes blancs alors ?” Et là ils me disent : “ben, on sait pas, par habitude.” C’est ça qu’il faut déconstruire », conclut triomphalement Thuram. J’ose poser très sérieusement une question à notre ministre de l’Éducation nationale : nos enfants ne méritent-ils pas mieux que les pitoyables pantomimes de cet antiraciste de théâtre ?

Une émission dérisoire

En parlant d’enfant, Lilian Thuram a prénommé l’un des siens Khéphren, « en hommage aux phaarons (sic) noirs » ; car « oui, l’Égypte est sur le continent noir, et il y a eu des phaarons (sic derechef) noirs. » Le philosophe à crampons et historien à ses heures se fait également géographe à ses moments perdus : « Il y a beaucoup de personnes qui ne positionnent pas l’Égypte en Afrique, c’est ça qui est incroyable. » On en apprend vraiment tous les jours sur France Culture. Et Lilian Thuram, qui nous prend vraiment pour des buses, va, pour conclure l’émission, nous narrer une de ces expériences pédagogiques dont il a le secret : « Quand je vais dans les écoles, je pose très souvent la question : “Les enfants, est-ce que vous connaissez Christophe Colomb ?” – Et là ils disent : “Bah oui”. – Là je dis : “C’est qui?” – “Bah, c’est celui qui a découvert l’Amérique”. – Je dis : “Ah bon ? Écoutez les enfants, on va faire quelque chose. Vous fermez les yeux, vous vous imaginez Christophe Colomb en train d’arriver dans les Amériques. Vous êtes où ?” – “Bah, sur le bateau.” – “Très bien, mais vous savez qu’il y a du monde sur la plage ?” – Ils me disent : “Ah ouais ?”. – Et là je leur dis : “Est-ce que vous avez déjà entendu l’histoire vue, racontée par les personnes qui étaient sur la plage ?” »

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Ça vous en bouche un coin ! Non ? Vous avez tort. Ou alors vous êtes plus intelligent que l’historien Xavier Mauduit qui, ému, sacrifiera sa langue maternelle pour conclure son émission historique et flatter son invité : « Vous êtes baignés d’histoire, ça s’entend. » Je vérifie sur l’écran de mon poste : je suis bien sur France Culture ; et je viens d’entendre la plus étriquée, la plus misérable, la plus dérisoire des émissions sur l’histoire de l’esclavage de toute l’histoire de la radio.

Occident post-pandémie: les Chinois doivent bien rire de nous

Dans le monde d’après, dans nos sociétés occidentales, le débat ne porte plus sur le contenu de telle ou telle politique ni sur votre vision des choses, mais sur votre volonté à vous soumettre au nouvel ordre javellisant. Analyse.


Je ne sais pas du tout si le Covid-19 est sorti d’un laboratoire de Wuhan et s’il a pu l’être intentionnellement. Les résultats de l’enquête lancée par les Américains nous permettront peut-être d’en savoir plus à ce sujet. En revanche, il est évident que la pandémie aura largement profité à la Chine, sans doute bien plus qu’à n’importe quelle compagnie pharmaceutique et qu’à n’importe quel milliardaire à la Bill Gates, à qui certains aiment prêter un rôle dans la crise. Non seulement l’épicentre de l’économie mondiale est en train de se déplacer vers le Pacifique, mais Pékin aura même réussi à faire expérimenter aux démocraties son modèle de contrôle social. C’est un succès économique et idéologique.

Le triomphe du risque zéro

Finalement, les deux plus grandes perdantes de cette crise en Occident sont la liberté et la vitalité, lesquelles sont intimement liées. Les sociétés occidentales ont pris un virage sécuritaire : sous tous ses aspects, la sécurité devient l’horizon indépassable de notre temps. Plus que jamais aseptisées et moribondes, nos sociétés vont finir par se déconfiner de manière plus assumée, mais après le virus, il restera l’omniprésence de la crainte dans une vie publique axée sur la prévention.

Au Canada, pays à l’avant-garde du pseudo progressisme occidental, le risque zéro sera devenu une quasi-religion d’État : il faut voir tous ces pauvres êtres pétrifiés portant seuls le masque dans leur voiture pour prendre la mesure de cette angoisse morbide devenue norme sociale. Le Canada aura même réussi à inventer « l’anxiété de déconfinement », c’est-à-dire la peur du retour à la normale, aussi progressif et timide est-il. En parallèle, le mouvement « woke » impose partout sa vision racialiste (pour ne pas dire raciste), transgenriste et anti-hommes, sans doute aussi au grand plaisir du régime chinois, mort de rire devant une telle entreprise d’autodestruction. Nos petits bouddhas sociaux offrent à la Chine les restes de notre civilisation fanée sur un plateau d’argent.

Décadence clownesque: Pékin doit se réjouir

Mais l’Occident a aussi, voire surtout révélé que ses grands principes ne valaient plus grand-chose à la vue d’un virus aussi insignifiant que le Covid-19. Sans aucune retenue, l’Occident a offert à Pékin le spectacle de sa décadence. Il aura suffi d’une pandémie somme toute assez modeste à l’échelle de l’histoire pour que nous fassions la démonstration de notre incapacité à combattre un réel ennemi à l’avenir.

Leurs ancêtres ayant pourtant plusieurs fois pris les armes pour diverses causes, le courage des Occidentaux s’est évaporé devant un virus juste assez fort pour exposer leur immense vide spirituel. La peur de la mort fut paralysante : au nom de la solidarité, ils furent des millions à se terrer volontairement dans leur appartement, en attendant le vaccin salvateur. Une sorte de désertion devant l’invisible adversité.

Au Québec en particulier, société déjà submergée par la bureaucratie, l’un des héritages de cette crise est très certainement l’avènement d’un réglementairement correct qu’on voit déjà apparaître dans les médias. L’observation scrupuleuse de toutes les règles et consignes du gouvernement, qu’elles soient sanitaires ou relèvent du Code de la route. Récemment, un candidat vedette à la mairie de Montréal a dû s’expliquer dans la presse pour avoir été surpris avec son téléphone portable au volant de son automobile. Pendant ce temps, les nouveaux interdits entourant la consommation d’alcool dans les parcs font le plaisir des Baby-Boomers, qui regrettent déjà le silence du couvre-feu. Une police du plaisir est née.

L’idéal réglementaire

Le débat ne porte plus sur le contenu de votre politique, sur votre vision des choses, mais sur votre volonté à vous soumettre au nouvel ordre javellisant. Nous voilà devant une sorte de légalisme à la chinoise, un idéal disciplinaire, une société où le citoyen modèle collectionne les bonnes actions désignées par l’État. Une société où ce citoyen sans âme dénonce les délinquants refusant de se plier au nouveau calvinisme réglementaire.

Le 28 mai dernier, lors de la réouverture des terrasses au Québec, ils ont été des dizaines de larbins à se transformer en petits agents du gouvernement dans leurs restos et bars favoris. Pour certains d’entre eux, le trajet pour aller aux toilettes à l’intérieur devint une véritable mission d’espionnage. Une journaliste bien connue se lamenta même sur Twitter d’avoir dû partir après un seul verre, «dégoûtée du spectacle des employés et clients qui se câlinaient à qui mieux mieux au mépris total des consignes sanitaires». C’est tellement dégoûtant l’humanité.

Le Graal du capitaine Nemo

Les publicités servent de plus en plus les idéologies à la mode. Quand elles sont orientées et financées par le contribuable, juste avant un énième débat de la loi bioéthique, c’est vraiment le comble…


Le contraste est saisissant. Dans le métro, une photo, en noir et blanc, qui parle d’elle-même, d’un enfant aux yeux tristes : en bas, les lettres PAUVRE. Sur les murs de nos villes, des photos jouissives déclinent les mille et une nuances de la sexualité arc-en-ciel de nos proches. À l’évidence d’une constatation— « Il faut trois générations pour sortir de la pauvreté » — répond l’injonction, pleine de sous-entendus culpabilisants du ministère des Solidarités et de la Santé, le jour de la lutte contre les discriminations : « Contre l’intolérance, à nous de faire la différence ». Que signifie précisément cette phrase ? Absolument rien sinon qu’elle dénonce, chez nos concitoyens, la maladie de l’intolérance, avec ses conséquences : « les discriminations, lourdes, et préjudiciables pour l’ensemble de la société ». Au mal social qu’est la pauvreté, répondent des images d’Épinal d’individus promis à une sexualité heureuse à conditions que nous le voulions, comme en témoignait, il y a peu, une pub de café fleurant bon « la tolérance. »

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Les Français sont tolérants !

Le slogan du ministère de la Santé a tout faux : les Français sont extrêmement tolérants. Mieux, ils sont favorables à une homosexualité qui pimente leur quotidien. Dans un climat sociétal délétère, l’homophobie (un concept impossible à définir si tant est qu’il ait un sens) est un ennemi nécessaire, à entretenir. Alors, pourquoi, cette pub ? C’était la journée, dira-t-on, contre les discriminations de genre. Certes, mais cette pub entre surtout en résonance avec celle d’une jeune femme radieuse, fêtant, dans une pub de Freenow, son divorce qui lui faisait gagner « des points de fidélité. » Partout, s’étale une société libertaire qui veut jouir sans entrave : entendez sans compagnon ni mari, ni homme ni père « en couple ». Et, comme il faut faire un pas de plus dans la marche du progrès, le ministère de la Santé prévient : « Il est urgent de se mobiliser » contre toute « discrimination. » Entendons : de personnes et d’Etat.

Des publicités au moment opportun

Il n’a échappé à personne que cette campagne contre les discriminations arrive au moment où la loi bioéthique revient au Parlement. Dès lors, la menace contenue dans la phrase obscure devient claire : si vous êtes, demain, contre la loi bioéthique, c’est que vous aurez contracté la maladie et que vous êtes phobe de partout. Et si le mal-être des autres (qui ne sont pas comme vous) s’amplifie, ce sera de votre faute, et toute la société en pâtira. La fenêtre d’Overton est grande ouverte : une chose impensable (la procréation de deux personnes homosexuelles entre elles, des manipulations génétiques, des chimères) est rendue pensable, dicible, souhaitable, désirable – et le politique n’a plus, in fine, qu’à l’imposer en chauffant les esprits à blanc. Le discours idéologique est le même depuis quatre ans.

Pendant ce temps, le capitaine Nemo, véritable Argonaute, a pris le large, à la tête du Nautilus. Mobilis in mobili, il surfe sur la vague euphorique du déconfinement. La PMA, c’est le Graal de son quinquennat, qu’un vent favorable lui apportera – il en est sûr – à la fin du mois de juin, lors d’une session parlementaire exceptionnelle, un peu houleuse mais triomphante, quand les corps bronzés des sirènes jouiront du soleil retrouvé.

Guillaume Peltier « fragilise »-t-il LR?

Pendant que le président Macron est en précampagne, les LR n’ont rien trouvé de mieux à faire que de se chamailler autour de la relation de leur parti avec le RN.


Macron en campagne et LR en masochisme ! Ce sous-titre m’est venu avant que j’aie le plaisir de lire Le Monde daté du 3 juin qui évoque aussi le fait que « Macron entre en campagne ». Similitude qui ne peut que me rassurer ! Le président de la République n’éprouve même plus le besoin de le dissimuler : en effet, il est reparti en campagne en commençant par la Dordogne. Il paraît qu’il veut prendre le pouls de la France pour s’assurer que la température du pays pourra lui garantir des lendemains qui chantent. À partir du moment où il va éviter soigneusement de se confronter à la réalité d’aujourd’hui – une nation qui chaque jour découvre avec stupéfaction qu’elle a des parts si fréquentes et violentes d’ensauvagement qu’elle craint d’être globalement gangrenée -, nul doute qu’Emmanuel Macron trouvera le moyen de conforter l’appréciation favorable de son mandat. Pendant que le président, avec un cynisme talentueux, va revivre, après l’avoir décidé, ce qui lui avait été imposé par les Gilets jaunes, que fait la droite intelligemment conservatrice ? Combat-elle le macronisme dont le point faible est, en principe, son point fort : le régalien, la police, la justice, l’autorité de l’Etat ?

Aperçu de la Une du quotidien le Monde du 3 juin 2021.

Bien au contraire. Des rapprochements étranges s’annoncent, qui semblent rendre grâce à un gouvernement pour ce qu’il a de radicalement antagoniste avec les convictions fortes d’une droite qui serait sûre de ses idées. Cette ambiguïté est déjà suffisante pour que LR, en plus, ne tombe pas avec une sorte d’entêtement suicidaire dans le piège tendu, moins aujourd’hui par la gauche qui s’en régale, que par LREM, le Premier ministre et des ministres ainsi que paradoxalement d’anciens LR tels Christian Estrosi et certains de ses proches.

Guillaume Peltier vilipendé par son parti

Pourtant, quand on voit avec quel sadisme la structure officielle de LR s’est acharnée sur Guillaume Peltier dont, parce qu’il n’est pas aimé, les propos au Grand Jury ont été déformés, on se demande par quel étrange détour ce parti n’a de cesse que de donner la main à ses adversaires. Sur une question concernant Robert Ménard, Peltier a admis avoir de l’amitié pour lui, souligné qu’il était un excellent maire de Béziers et qu’il partageait certaines de ses idées, tout en affirmant que LR n’était pas compatible avec le RN. Comme par hasard, on n’a mis en évidence que sa banalité sur Robert Ménard, qui n’avait rien de choquante. Christian Jacob lui a conseillé de « jouer collectif » en lui reprochant d’avoir « fragilisé » le parti. Les atermoiements de ce dernier n’y seraient donc pour rien?

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De toute part, on a entendu que des digues s’effondraient, que l’inondation était imminente. Que ces absurdités renouvelées soient proférées par des adversaires de LR, soit. Ils n’ont que cette argumentation depuis des lustres. Mais qu’elles soient validées par Damien Abad – et d’autres de son parti – que personne n’a contraint à cette surenchère plus morale que politique, rend le processus totalement masochiste. Personne n’a le droit de leur demander des comptes sur ce plan et pourtant LR consent à en rendre sans cesse comme si ce parti acceptait d’être présumé coupable en raison de sa relation avec le RN, qui au demeurant ne devrait regarder que lui et ne pas être influencée par une mauvaise conscience instillée de l’extérieur. Faut-il donc en permanence surjouer l’indignation éthique alors que beaucoup de conservateurs, dont moi, savent bien pourquoi ils ne voteront jamais en faveur du RN: parce que l’essentiel de son programme est flou, imprécis, approximatif et impraticable. Est-on obligé, à partir de ce constat purement politique, de nier qu’il y a sur quelques thèmes régaliens – ceux que j’ai évoqués plus l’immigration – une concordance entre une droite forte et le RN ? Je ne vois pas en quoi ce serait scandaleux puisqu’aucun glissement majoritaire ne se fait vers lui alors que d’aucuns, en désaccord avec l’inaptitude régalienne du président et de LREM, ne se sont tout de même pas gênés pour les rejoindre.

Le fonds de commerce de notre garde des Sceaux

Je souhaiterais aller jusqu’au bout de ma pensée qui n’est pas de la provocation. Si LR, cette droite qui se rengorge en se qualifiant de républicaine tout en n’étant pas assez attentive à la qualité de son programme, considère que le RN n’est pas républicain, qu’elle le dise et exige son interdiction. Parce que, sinon, son attitude est absurde qui consiste à traiter le RN comme s’il était interdit, moralement illégitime, et n’était pas inscrit dans l’espace démocratique – et avec quelle multitude prête à voter pour lui en 2022 !, à cause de cette triste évidence que ceux donnant des leçons de morale aux LR sont les responsables exclusifs de sa montée. Est-il nécessaire pour ce parti de se flageller sur commande alors que sa rectitude démocratique et politique est entière et de se trouver, par exemple, sur la même ligne qu’Eric Dupond-Moretti dont c’est le fonds de commerce pervers, puisqu’il pourfend souvent grossièrement Marine Le Pen tout en faisant bénéficier le RN de ses attaques ?

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Je ne ferai pas la comparaison usée avec le communisme, l’extrême gauche et François Mitterrand. Pourtant il pourrait y avoir un peu de ça dans la mise au net de cette équivoque jetée dans les pattes de la droite et qu’elle semble légitimer par peur, lâcheté, doute sur son identité. Les leçons : intelligence, réalisme et habileté. Et le parti est seul maître de ses choix, personne n’a à les lui dicter. Il est clair que si l’obsession fondamentale, quasiment exclusive, de la droite classique est de répondre à ses ennemis qu’ils peuvent absolument avoir confiance en elle pour ce qui se rapporte au RN, elle ne reviendra jamais au pouvoir.

Le multilatéralisme, plus adapté que jamais aux défis contemporains

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Le président chinois Xi Jinping et le président Macron observent leurs deux ministres des Affaires étrangères, Palais de l'Elysée, 25 mars 2019 © HAMILTON-POOL/SIPA Numéro de reportage : 00900637_000008

Une tribune de Jean Lévy, ancien conseiller diplomatique de François Mitterrand, ancien ambassadeur de France


Règle du jeu des relations internationales depuis la seconde moitié du XXe siècle, le multilatéralisme est de plus en plus remis en question par des stratégies solitaires et concurrentes de la part de plusieurs États. Si nous voulons affronter les immenses défis que nous réserve l’avenir, il nous faut revenir à un multilatéralisme partagé, à l’image de la tradition française, ou encore canadienne ou kazakh.

« Plus jamais ça » : timidement esquissés à partir du XIXe siècle et des prémisses de la Révolution industrielle et d’une mondialisation qui ne disait pas encore son nom, les instruments du multilatéralisme ont connu une popularité grandissante au lendemain de la Première Guerre mondiale. La crainte du nationalisme et de revivre la « Der des Ders » a incité les États à introduire, dans leurs relations, de nouvelles règles de conduite garantissant la sécurité collective, la paix et la prospérité. Successeurs de l’éphémère Société des Nations (SDN), de nouveaux cénacles – ONU, FMI, OMC, etc. – voient alors le jour, édictant des normes, traités et conventions supposés pacifier les rapports entre puissances et éloigner, par la négociation, l’entraide et le droit, la perspective de conflits meurtriers.

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Indissociable d’une certaine forme de pacification à l’œuvre au cours de la seconde moitié du XXe siècle, les outils du multilatéralisme ont plutôt bien servi l’humanité et réduit drastiquement l’intensité de conflits armés sur la planète. Mais aujourd’hui, cette philosophie politique est mise à mal. A commencer par les États-Unis sous l’ère Trump. Les Américains ont depuis tourné la page de l’« America First », Joe Biden « l’endormi », comme le qualifiait son adversaire au cours de la campagne présidentielle, semble s’être réveillé : en remettant sur la table le multilatéralisme onusien, en qualifiant Vladimir Poutine de « tueur », en refusant la réintégration de la Russie dans le G7 ou en pointant du doigt la responsabilité du prince héritier saoudien, Mohamed Ben Salmane, dans le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi, l’hôte de la Maison Blanche signe le retour d’une diplomatie américaine offensive et respectueuse de la démocratie représentative et des Droits de l’Homme.

Remise en cause du multilatéralisme par la Chine et la Russie

Loin d’avoir été mises en sourdine par la crise sanitaire, les tensions diplomatiques sont en effet montées d’un cran entre des grandes puissances fragilisées par la pandémie de Covid-19 et ses conséquences. La recherche effrénée de vaccins, la production sur leur territoire des précieuses doses et la gestion des stocks sont utilisées, tant par la Chine que les Etats-Unis, en passant par la Russie ou l’Europe, comme autant d’armes de « soft power ». Une diplomatie vaccinale qui a attisé les tensions entre grandes capitales, déchirées entre leurs obligations vis-à-vis de leurs propres populations et leurs promesses d’assistance envers leurs voisins et partenaires ainsi que les pays en développement. Pourtant, l’action concertée dans le domaine de la santé publique mondiale améliore l’efficacité politique.

Provisoirement reléguées face à la tempête sanitaire, les questions géopolitiques plus traditionnelles font elles aussi leur retour dans les câbles diplomatiques. La tension est ainsi montée d’un nouveau cran entre Bruxelles et Pékin à propos du traitement de la minorité Ouïghour, dans la province chinoise du Xinjiang : pour la première fois depuis 1989, l’Union européenne (UE) a sanctionné en mars plusieurs responsables chinois, entrainant une réponse musclée de l’Empire du Milieu, qui a, à son tour, ciblé plusieurs personnalités européennes. Signe d’une cristallisation des positions, l’ambassadeur de Pékin à Paris, qui avait traité un chercheur français de « petite frappe » et de « hyène folle » sur le réseau social Twitter, a été convoqué par le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. « L’Europe n’est pas un paillasson » a, de son côté, réagi le secrétaire d’État aux affaires européennes, Clément Beaune. Quant au Vieux continent, justement, ses États membres se déchirent sur leur stratégie vaccinale et se sont résolus, mais seulement du bout des lèvres, à renforcer le mécanisme de contrôle des exportations de vaccins hors-UE – en particulier vis-à-vis de leur ancien partenaire anglais.

La multipolarité anarchique ne suffit pas dans un monde multipolaire

À long terme, aucun pays n’a à gagner à ce retour de l’unilatéralisme. Il nous faut revenir aux outils d’un multilatéralisme partagé, que ce soit en matière sanitaire et géopolitique, mais aussi économique. Une philosophie qu’affectionnent particulièrement les puissances dites « moyennes », car elle impose un cadre aux visées hégémoniques des superpuissances. À l’image de la France, et de sa longue tradition diplomatique, préférant la voie du multilatéralisme à « la loi du plus fort ». Ou à l’image du Canada, appelant régulièrement par la voix de Justin Trudeau à réparer ce que ce dernier appelle un « système brisé ». « Au lieu de croiser les doigts en espérant que les grandes puissances comprennent, voyons ce que nous pouvons faire et faisons la différence ensemble », plaidait-il à l’Assemblée générale de l’ONU depuis son bureau à Ottawa en septembre 2020. Ou enfin à l’image d’un pays auquel on doit s’intéresser, le Kazakhstan, autre puissance moyenne située au carrefour de l’Europe et de l’Asie, premier pays de l’ex-URSS à présider l’OSCE et seul pays d’Asie centrale à avoir signé un accord de partenariat avec l’Union européenne. Particulièrement actif aux Nations-Unies, le Kazakhstan est à l’origine de la déclaration d’Astana, qui a débordé les chancelleries occidentales sur la question syrienne. Une foi dans le multilatéralisme porté par le nouveau président Kassym-Jomart Tokayev, lui-même ancien diplomate de carrière.

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Le 7 mai 2021, au Conseil de Sécurité de l’ONU, Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État auprès du Ministre des affaires étrangères français, résumait les forces et les faiblesses du système onusien. Si le droit international et la diplomatie multilatérale ont permis d’obtenir de grands succès, comme le nucléaire iranien ou l’Accord de Paris sur le climat, ils se sont montrés plus impuissants sur la question syrienne, notamment à cause du droit de veto des membres permanents du Conseil de sécurité, facteur récurrent de blocage, notamment lorsque des crimes de masse sont en cours.

Nous voici donc aujourd’hui revenu à une nouvelle crise du multilatéralisme : si, en 1945, les vainqueurs de la Seconde guerre mondiale en avaient une vision commune et universaliste, ce multilatéralisme se trouve aujourd’hui, comme au temps de la guerre froide, de nouveau mis à mal.

ZFE-m: Zone à Faibles Émissions – mobilité : on peut encore mieux faire!

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Image d'illustration Unsplash

Le projet de loi “contre le réchauffement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets” est en cours de discussion. Il a pour but de « promouvoir les alternatives à la voiture individuelle » via « l’obligation de mise en place des zones à faibles émissions mobilité (ZFE-m) aux agglomérations métropolitaines de plus 150 000 habitants ». Ce dispositif aux intentions louables soulève toutefois des interrogations au regard des premiers retours sur sa mise en place par la métropole du Grand Paris, et avant son élargissement aux autres métropoles de France.


Le Grand Paris a entériné le 1er décembre 2020 le renforcement de la ZFE-m et son extension à l’ensemble du périmètre situé à l’intérieur de l’A86. À partir du 1er juin 2021, les véhicules Crit’air 4, 5 se verront restreindre l’accès à un territoire composé de Paris et de 78 communes alentour. Cette mesure sera étendue aux véhicules Crit’air 3 et 2 d’ici 2024, ce qui reviendra à mettre trois voitures sur quatre au rebut !

Que l’amélioration de la qualité de l’air et la lutte contre les changements climatiques soient le fil rouge de cette action politique est noble. La réactivité de la métropole du Grand Paris par la mise en place du dispositif Crit’air est à saluer. Pourtant, il est temps d’interroger ce dispositif qui comporte des risques d’injustice ou de stigmatisation, d’efficacité limitée, de fracture géographique et même des conséquences anti-écologiques.

Ce dispositif ne risque-t-il pas de pénaliser les plus précaires ?

Le dispositif touchera en premier lieu les classes sociales les moins favorisées dont les personnes conduisent bien souvent les véhicules les plus anciens et les plus polluants. Ce sont aussi elles qui habitent le plus loin des centres-villes et de leur lieu de travail, et qui, compte tenu d’une offre de transport en commun insuffisante, sont les plus dépendantes de leur véhicule pour circuler. Restreindre l’usage qu’elles pourront en faire est vu comme une mesure antisociale qui les affectera directement. Si ces personnes habitent à l’intérieur de la nouvelle ZFE-m, elles ne pourront plus utiliser leur propre véhicule !

Cette mesure exclut de fait, de l’espace public, les plus fragiles et les plus pauvres de notre société. Il est alors légitime de se demander si l’accès à Paris et à sa banlieue est devenu un privilège, à tel point que nous ne soyons plus capables d’y faire cohabiter les différentes classes sociales de notre société ?

Cette mesure va accentuer la fracture entre métropoles et zones rurales. Au-delà des déplacements entre domicile et lieu de travail dans les ZFE-n, ou entre l’extérieur et l’intérieur des ZFE-n, c’est l’ensemble des déplacements liés aux vacances et aux loisirs qui sera concerné par cette nouvelle mesure dont les enjeux dépassent la simple amélioration de l’offre de transport en commun.

Ce dispositif ne risque-t-il pas de créer une discrimination entre particuliers et professionnels ?

Ce dispositif prévoit de nombreux cas d’exceptions. Seuls les particuliers sont concernés par la nouvelle ZFE-m ; les véhicules professionnels pourront continuer de circuler, alors même qu’ils sont plus polluants, font une plus grande quantité de kilomètres, et ont souvent le moteur qui tourne lorsqu’ils sont à l’arrêt.

Pourtant, tout le monde trouverait impensable de les interdire tant ils sont utiles au bon fonctionnement de l’économie, et personne ne prendrait au sérieux une mesure demandant aux livreurs de livrer leur marchandise en transport en commun. La même logique devrait s’appliquer aux véhicules particuliers.

Un individu qui a besoin de son véhicule pour aller travailler, car il a besoin de plus de flexibilité que celle d’une offre défaillante de transports en commun, est tout aussi utile au bon fonctionnement de l’économie qu’un livreur qui a besoin de son véhicule professionnel pour faire sa tournée. Il ne paraît pas judicieux de créer une discrimination entre les deux.

Est-ce le moment de faire peser, sur les collectivités ou sur les ménages, une nouvelle charge ?

Le coût du dispositif est tout autant pour les collectivités que pour le particulier.

En effet, l’efficacité du dispositif réside dans le contrôle du respect de celui-ci, qui a un coût exorbitant : mise en place de portiques de contrôles automatiques qui engendrent des coûts d’entretien, d’exploitation, la mobilisation de forces de police. Pour le particulier, les subventions peuvent être trompeuses, car accessibles sous conditions à un petit nombre.

Ne faudrait-il pas mieux fonder le dispositif sur des critères objectifs comme le kilométrage annuel ?

Le dispositif considère que plus un véhicule est ancien, plus il est polluant, et que plus un véhicule est récent, moins il est polluant. Ce dispositif ne tient pas compte de l’usage qui est fait du véhicule. Un véhicule ancien et “polluant”, mais qui n’est utilisé qu’une fois par semaine, est-il plus polluant qu’un SUV récent, mais circulant tous les jours ? Un véhicule ancien, mais qui transporte quatre personnes, est-il plus polluant que quatre véhicules récents transportant une personne chacun et circulant simultanément sur les routes ?

C’est bien l’usage du véhicule, et non son ancienneté, qui est le critère objectif à prendre en compte pour garantir la baisse effective de la pollution atmosphérique.

Ne faudrait-il pas mieux renforcer le contrôle technique ?

Ce dispositif a quelque chose de l’obsolescence forcée des véhicules anciens, ce qui va complètement à l’encontre des préconisations portées par les politiques de protection de l’environnement (moins de déchets) et de lutte contre les changements climatiques. L’amélioration de la qualité de l’air est un objectif louable, mais elle s’inscrit dans un cadre plus large. Retirer des routes les véhicules polluants, mais qui fonctionnent encore très bien, ne fera qu’entretenir une demande artificielle pour des voitures neuves, maintenant ainsi notre dépendance à l’automobile, et poursuivant l’exploitation de ressources non-renouvelables propres à cette industrie. Une simple amélioration du contrôle technique pour les véhicules circulant dans la ZFE-m permettrait d’atteindre l’objectif d’amélioration de la qualité de l’air.

Décliner une politique à l’échelle nationale réaliste en partenariat avec les industriels

L’amélioration de la qualité de l’air est un enjeu qui dépasse le simple cadre des métropoles et les compétences des maires ; il doit se mener au niveau national, en partenariat entre l’État et les industriels. Quelles alternatives à l’automobile thermique peuvent être créées ? Selon quelles modalités et dans quel délai ? Les politiques qui ont mis en place ce dispositif se sont-ils posé la question de savoir si l’industrie automobile serait prête à produire en deux ans les 2 ou 3 millions de véhicules en remplacement de ceux qui seront mis à la casse ? Et si l’industrie produit des véhicules électriques, sommes-nous en état de produire l’électricité nécessaire alors qu’on veut fermer les centrales nucléaires ?

Mailler le territoire régional en développant des réseaux de transports en commun

Au lieu de contraindre les plus précaires à abandonner leurs voitures, nous devrions plutôt les inciter à le faire d’eux-mêmes par une amélioration de l’offre de transports en commun. Retenons les leçons de l’histoire : à chaque fois que la contrainte a été posée pour éliminer une problématique, le problème s’est décalé ailleurs.

Le passage au tout électrique viendra interroger notre capacité à fournir l’énergie nécessaire ; dans ce cadre, la volonté affichée de réduction d’électricité nucléaire est-elle bien compatible ?

Pour conclure

Le dispositif ZFE-m est vertueux mais fait fi du principe de réalité. Il existe des propositions moins coûteuses, plus adaptées pour réduire la pollution de l’air sans créer de contraintes supplémentaires et priver de liberté bon nombre de nos concitoyens. Il est tout à fait possible d’aménager ce dispositif par des mesures simples et de travailler à une politique industrielle, à l’échelle nationale, qui rejoindra les politiques de protection de l’environnement. Gouverner, c’est tout l’art de lancer des initiatives volontaristes tout en cherchant à ce qu’elles soient justes, applicables et peu (ou pas) coûteuses.

Olivier AUTAIN, Conseiller municipal, La Garenne-Colombes; Jean-Christophe ACHARD, Maire adjoint, Saint-Cloud; Amina BACAR, Conseillère municipale, Avon; Béatrice BELLIARD, Maire adjoint, Boulogne-Billancourt; Caroline CARMANTRAND, Conseillère régionale, Maire adjoint, Asnières-Sur-Seine; Christophe CHABOUD, Conseiller municipal, Sèvres; Pierre CROSNIER-LECONTE, Maire adjoint, Bois-Colombes; Jean-François CUIGNET, Conseiller municipal, Bougival; Ghislain DE BOUTRAY, Maire adjoint, La Garenne-Colombes; Sophie DE LAMOTTE, Conseillère municipale, Suresnes; Alexandre DE PONCINS, Conseiller municipal, Bois-Colombes; Nicolas DE SAINT-ROMAIN, Conseiller municipal, Carrières-sur-Seine; Nelly DEZARNAUD, Conseillère municipale, La Garenne-Colombes; Emmanuela DUPONT, Conseillère municipale, Asnières-Sur-Seine; Anne FOMMARTY, Maire adjoint, La Garenne-Colombes; Geneviève GAILLABAUD, Maire adjoint, La Garenne-Colombes; Jean-Michel HUA, Conseiller Municipal, Bougival; Anne-Christine JAUFFRET, Maire adjoint, Bois-Colombes; Arnaud LE CLERE, Conseiller régional, Meudon; Olivier LEBRUN, Maire, Viroflay; Christine LEGENDRE, Maire adjoint, La Garenne-Colombe, Patrice MARTIN, Conseiller municipal, Bagneux; Michèle MICHELET, Conseillère municipale, La Garenne-Colombes; Peggy NICOLAS, Conseillère municipale, Châtillon; Jean-Christophe PIERSON, Maire adjoint, Saint-Cloud; Xavier PINTA, Conseiller municipal, La Garenne-Colombes; Sébastien RENAULT, Maire adjoint, Clichy-la-Garenne; François-Henri REYNAUD, Conseiller municipal, Saint-Cloud; Pierre-Marie SALLE, Conseiller municipal, Le Raincy; Christophe SCHEUR, Maire adjoint, Meudon; Nicolas TARDY-JOUBERT, Conseiller régional, Le Chesnay; Armelle TILLY, Conseillère départementale, Chaville; Laurence TROCHU, Conseillère départementale, Guyancourt; Thomas ZLOWODZKI, Conseiller municipal, Sainte-Geneviève-des-Bois.

Éolien: le vent serait-il en train de tourner ?

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François Rollet, porte-parole de l'association Action Écologie © D.R.

On en dénombre déjà 8000 en France. Icônes de la transition énergétique, les éoliennes sont de plus en plus controversées. Stéphane Bern et Éric Zemmour sont vent debout contre : faible efficacité énergétique, dégradation des paysages, perte de valeur des biens immobiliers, mainmise des fonds de pension, les inconvénients de l’éolien sont nombreux.


Récemment dans Face à l’Info sur CNews, Éric Zemmour s’est dressé contre l’éolien en affirmant : « L’éolien est une catastrophe, ça va laisser des déchets monumentaux (…) Les Verts se foutent de la beauté des paysages français. Ils se foutent de la France tout court ». Le lanceur d’alerte Fabien Bouglé parle de « trahison écologique des éoliennes » dans un article publié dans le magazine Front populaire. Éoliennes : du rêve aux réalités, un film sorti sur Youtube le 1er juin et produit par l’association de Charles Thimon, financé par plus de 900 donateurs, présente les témoignages sur la question de Jean-Marc Jancovici, ingénieur de l’École polytechnique, Hervé Machenaud, ancien directeur de la branche Asie-Pacifique du groupe EDF, ou d’Henri Proglio, président-directeur général d’EDF de 2009 à 2014. Dans ce documentaire, la face sombre de l’éolien est dévoilée. Chiffres à l’appui, l’imposture écologique et économique de l’éolien est démontrée.

De son côté, François Rollet réclame un moratoire sur l’éolien. Entretien. Âgé de 25 ans, François Rollet est entrepreneur dans le domaine agricole. Ayant vécu une grande partie de sa vie en milieu rural, il s’est engagé auprès d’Action Ecologie pour défendre nos paysages et nos traditions.

Causeur. Stéphane Bern, ardent défenseur du patrimoine français, parle de « diktat éolien » dans un texte publié dans FigaroVox le 30 mai. Sa tribune a fait grand bruit. Comme vous défendez une cause commune, votre association a-t-elle tenté de se rapprocher de lui ?

François Rollet. Action Écologie est une association qui n’est affiliée à aucun parti politique et dont l’objectif est de réunir tous les Français de bonne volonté qui souhaitent construire une alternative à ce fléau qu’est l’écologie politique, incarnée par exemple par Barbara Pompili, Daniel Cohn-Bendit, Nicolas Hulot ou Cécile Duflot. Lorsqu’une personnalité publique comme Stéphane Bern se prononce contre le « diktat éolien » nous ne pouvons que féliciter et encourager cette démarche contre cette énergie qui s’avère être un gouffre financier, une saignée de nos paysages et un non-sens écologique. Chez Action Écologie nous sommes évidemment ouverts à tous les Français qui vont dans le sens d’une écologie respectueuse de nos traditions et de nos territoires.

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Que défend précisément le mouvement Action Écologie ?

Nous défendons tout simplement une conception de l’écologie qui n’a rien à voir avec celle défendue par certaines figures médiatiques. Exaspérés par la vision du monde que proposent les « écologistes », nous avons décidé de lancer il y a quelques mois Action Écologie avec plusieurs objectifs : valoriser les actions qui vont dans le sens d’une écologie authentique, dénoncer les solutions coûteuses et inefficaces proposées par les écologistes politiques qui préfèrent souvent détruire ce qui fait la France que défendre l’environnement. Nous traitons de tous les sujets liés à l’écologie.

Les jeunes sont instrumentalisés à des fins bassement politiques, nous voulons leur permettre de s’engager pour un environnement respectueux

Quelles sont vos actions ?

Nos activités sont multiples : publication d’études inédites, organisation de formations et de conférences avec des experts. Nous ferons aussi la promotion d’initiatives comme celles qui visent à protéger la biodiversité ou qui favorisent le recyclage. Nous voulons être aussi la vigie de l’écologie. Nous mènerons des campagnes offensives de mobilisation pour faire changer d’avis le gouvernement si besoin : des opérations dans la rue, des pétitions, des campagnes sur les réseaux sociaux pour toucher les jeunes. Ils sont souvent instrumentalisés à des fins bassement politiques, donc nous voulons leur permettre de s’engager pour un environnement respectueux. Notre ambition est claire : devenir la première association écologique française indépendante et non subventionnée.

Selon vous, est-ce que l’exécutif français entend toujours déployer 20 000 éoliennes dans le parc français à horizon 2028, alors que le président Macron avait dit à Pau en janvier 2020 qu’il fallait être lucide et que le consensus en faveur de l’éolien était en train de s’effriter ?

Aujourd’hui, l’éolienne est devenue la colonne principale de la stratégie énergétique européenne qu’Ursula Von der Leyen nomme « le pacte vert européen ». L’objectif de la Commission européenne est de faire du vent le pilier de la production d’électricité en Europe ! Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, dans son discours à l’Assemblée nationale en janvier souhaite que « que chaque territoire prenne sa part » au mépris des enjeux écologiques véritables, de la souveraineté de notre industrie et de l’incidence sur nos paysages. À l’occasion de notre étude sur l’éolien, nous nous sommes rapprochés de milliers d’acteurs sur le terrain qui luttent contre l’implantation de nouveaux parcs éoliens. Nous avons également lancé une pétition pour exiger d’Emmanuel Macron que cessent tous les projets d’éoliennes à l’étude. Alors certes, le consensus autour de l’éolien s’effrite, mais il faut encore se mobiliser.

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Pour nous, le constat est aussi simple qu’alarmant: les éoliennes sont une arnaque écologique et un gouffre budgétaire. Les éoliennes coûtent 2 milliards d’euros par an au contribuable français, soit près de la moitié du budget alloué à l’agriculture ! Malgré ce coût exorbitant, les éoliennes ne fonctionnent qu’un quart du temps effectif annuel. La création de parcs éoliens nécessite des millions de tonnes de béton, ce qui n’a rien d’écologique, assassine des milliers d’oiseaux par an et défigure nos paysages, par exemple à la Sainte-Baume.

Au-delà du caractère écologique contestable que vous dénoncer, l’éolien est selon vous géopolitiquement risqué.

Un des éléments fondamentaux de la construction d’éoliennes est l’extraction de terres rares dont la production se fait à près de 80% en Chine. Alors oui, au-delà des enjeux environnementaux que cela pose, la stratégie qui vise à s’approvisionner auprès d’un seul pays me semble dangereuse, en cas de tensions diplomatiques, géopolitiques ou économiques avec ce partenaire. Pour fabriquer une éolienne, il peut être nécessaire de compter jusqu’à 2 700 kilogrammes de terres rares. Les constructeurs de turbines ont, en effet besoin du néodyme pour la fabrication des aimants, utilisés notamment pour les modèles éoliens offshores. Ces modèles en mer sont ceux que Jean Castex défendait encore en janvier dernier. Le gouvernement a annoncé le lancement du neuvième projet de parc éolien à proximité de l’île d’Oléron. Au-delà de la défiguration de nos paysages et de nos traditions, l’éolien nous fait entrer dans un marché dont le producteur principal est la Chine.

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De plus, la majorité des composants nécessaires à sa construction n’est pas non plus française. En 2017, ce sont les Danois Vestas et les Allemands Enercon qui ont remporté la majorité du marché éolien français. La part des entreprises allemandes atteint près de 60 % du marché français. Selon moi, la France se doit de créer ou utiliser une chaîne de valeur énergétique indépendante et sûre.

Nénette

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© Marsault

Certaines choses sont inexplicables.


Par exemple le fait que Nénette ait dépassé les quatre-vingts ans, défiant ainsi toutes les études sur les dangers de l’alcool produites par les plus grands scientifiques des cinq continents.

Nénette – de son prénom Ginette – était une figure dans le village. Une tronche plutôt, éclatée par la vie comme une pomme au four contre un mur.

Quand l’église sonnait 15 heures, tout le quartier recevait la visite d’une Nénette ivre morte, l’épaule appuyée contre l’encadrement de la porte, réclamant vaguement des cigarettes dans un français inaudible.

Les ivrognes manient le français comme les peintres contemporains leurs pinceaux : sans porter aucun intérêt à la forme pourvu qu’il y ait de la matière à l’arrivée, et si les autres ne comprennent pas, c’est parce que c’est des connards.

La difficulté de l’exercice consistait à s’assurer que Nénette ne perde pas l’équilibre en allumant sa cigarette – rarement du premier coup – de même qu’à garder un œil sur elle le temps qu’elle ait quitté votre rue au prix d’efforts remarquables, des fois qu’elle aurait dégueulé sur un appui de fenêtre après s’être écroulée sur le capot d’une voiture à l’arrêt.

Quand elle était plus ou moins en état de parler, elle bafouillait que ça serait sympa si on allait lui chercher un paquet de cigarettes au tabac. Avant même qu’on ait répondu oui ou non, sortant de sa poche un sachet en plastique rempli de pièces jaunes dont le total dépassait rarement les trois euros, elle assurait qu’il y avait « sûrement le compte pour un paquet ».

« Des Gauloises sans filtre, hein. » Ces engins-là vous traitent de pédé s’ils vous voient avec une Marlboro. La cigarette électronique n’est même pas dans leur logiciel, ça relève du cinéma futuriste.

Et on partait lui acheter son paxon de clopes infumables à dix euros cinquante, en payant la différence sans comprendre pourquoi on était assez cons pour la payer.

Pour toute récompense, Nénette vous gratifiait d’un sourire à une dent, vous fixait solennellement pour signifier que « O.K., t’es réglo, je te respecte », s’arrangeait pour vous taxer encore quatre ou cinq cigarettes dans votre paquet personnel en plus de celui que vous lui aviez payé à quatre-vingts pour cent et s’en allait d’un pas claudicant en se prenant un mur ou deux, vous laissant interdit devant une telle audace. Admiratif, pour un peu.

Il est de gentilles fripouilles auxquelles on pardonne toutes les magouilles.

Nénette tournait au Ricard, à des doses quotidiennes suffisantes pour coller la chiasse à une armée et désinfecter les jambes coupées du camp d’en face.

Pierrot, le mari, regardait sa femme se transformer en fruit confit depuis soixante ans, conscient de sa parfaite impuissance à endiguer le tsunami d’anisette. On l’entendait parfois râler que « tu bois trop, chou », sans que chou n’accorde une importance particulière à la remarque. Et Pierrot de retourner à son bricolage, en silence, pour rester aux aguets des fois que Nénette se prenne un placard en allant chercher des glaçons.

Ces deux-là étaient fossilisés dans soixante ans d’habitudes. Les pénibles de Psychologie Magazine auraient bien eu de la peine à les convaincre de changer quoi que ce soit, ne fût-ce que l’emplacement d’un napperon de canapé, parce que c’était comme ça et pas autrement.

Il y a eu trois enfants, mais pas longtemps. Un mort-né, deux morts en bas-âge, à l’époque où les psys et les arrêts maladie n’existaient pas, quand il fallait encaisser, partir au charbon quand même et se planquer pour chialer entre midi et deux.

Partir au charbon pour nourrir qui ? Certainement pas un quatrième, il arrive un moment où on a assez pleuré.

Remplir un monde sans personne, comme on remplit un verre vide, ça ne mène jamais au bonheur. Mais Nénette aura essayé jusqu’au bout.

Elle est morte de rien un matin d’hiver.

En apprenant la nouvelle, tous les escroqués du sachet en plastique à trois euros se sont retrouvés avec des clopes dont ils ne savaient plus quoi faire. Paraît même qu’ils n’y ont pas touché, dans l’espoir peut-être de revoir arriver Nénette à trois grammes, au moment où l’église sonne 15 heures.

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Dorothée Moureaux, sanctionnée pour son bien

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Dorothée Moureaux D.R.

Directrice d’école et élue LR en Seine-et-Marne, Dorothée Moureaux a été suspendue suite à un tweet dénonçant l’antisémitisme musulman. Dans son propre intérêt, soutient l’Education nationale, approuvée par la justice administrative.


L’histoire commence le 16 février 2019. Dorothée Moureaux, 58 ans, conseillère municipale LR à Moissy-Cramayel (Seine-et-Marne), directrice d’école élémentaire dans la même commune, conseillère du grand Paris, réagit sur son compte Twitter aux insultes antisémites proférées contre Alain Finkielkraut boulevard du Montparnasse, à Paris, en marge d’une manifestation de gilets jaunes : « Un déferlement de haine envers #Alain Finkielkraut. Honte à eux. Le 19/02, rassemblement contre l’#Antisémitisme. Il est temps de mettre au pas les #musulmans qui sont les premiers à insulter les juifs. Les extrêmes de droite comme de gauche ne sont pas en reste ».

Une journaliste du Parisien repère le tweet et contacte la conseillère. Dorothée Moureaux précise sa pensée: « Quand je parle de les mettre au pas, il s’agit simplement d’appliquer la laïcité ». L’individu qui a insulté Alain Finkielkraut, précise d’ailleurs le Parisien, « est connu des services de renseignement pour avoir évolué dans la mouvance radicale islamiste ».

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Suite à l’appel de la journaliste, Dorothée Moureaux va pourtant effacer son tweet. Difficile de savoir quel aurait été son sort si elle l’avait assumé, mais il ne fait aucun doute que, juridiquement, rien ne l’obligeait à se renier. Les quatre lignes manquaient de nuances, comme tant de tweets, mais critiquer l’islam n’est pas interdit. Sur le fond, Dorothée Moureaux rappelait une évidence quantifiée par la Fondation pour l’innovation politique dans une enquête publiée en novembre 2014: « les musulmans sont deux à trois fois plus nombreux que la moyenne des Français à partager des préjugés contre les juifs ». Et même si Dorothée Moureaux avait tenu un propos authentiquement polémique, elle en avait le droit. Les tribunaux ont posé depuis longtemps que la liberté d’expression des élus était fondamentale, quitte à aller objectivement trop loin. La Cour européenne des droits de l’homme, dans un arrêt du 7 septembre 2017, a infirmé les condamnations pour diffamation d’un conseiller municipal qui avait accusé d’escroquerie, sans preuve, le maire et la première adjointe du Broc (Alpes-Maritimes) !

Lâchage en règle

Hélas, autour de Dorothée Moureaux, les supports vont être rares. La tête de liste LR aux municipales à Moissy, Christian Duez, prend immédiatement ses distances avec sa colistière, dans le Parisien : « je ne suis pas du tout d’accord avec ce discours (…) elle écrit parfois plus vite qu’elle ne pense ». Dorothée Moureaux est écartée de la liste LR. Elle est inondée de messages d’insultes et de menaces.

L’Education nationale, sans surprise, la lâche aussi. Son profil Twitter mentionnait sa qualité de directrice d’école, mais elle ne la rappelait pas dans le tweet qui a allumé la mèche. Dès le 20 février, pourtant, Dorothée Moureaux est convoquée à la direction départementale des services de l’Education nationale de Seine-et-Marne, où l’attendent la directrice académique, une inspectrice, la secrétaire générale et la directrice de cabinet du recteur. L’accusée fait valoir qu’elle a parlé en qualité d’élue, mais peine perdue, la messe est dite. La sanction tombe le jour-même : quatre mois de suspension, qui vont se transformer en bannissement à bas bruit, sous la forme d’un retrait d’emploi. Dorothée Moureaux ne retrouvera jamais de poste de directrice titulaire. Elle devient remplaçante, avec la certitude de le rester jusqu’à la retraite, une perte de revenus significative à la clé. « En définitive, mes collègues et les parents d’élèves sont ceux qui m’ont témoigné le plus de solidarité, se désole-t-elle. Je n’avais jamais eu de blâme, je crois que j’étais appréciée… » Des courriers que Causeur a consultés en attestent.

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Le 16 avril 2019, le procureur de la République de Paris lui adresse un rappel à la loi, affirmant que son tweet tombe sous le coup de la loi pénale. « Remettre au pas », ce poncif de salle des professeurs, devient une « provocation à la haine, à la discrimination ou à la violence ».  Comme la coupable a fait des « excuses publiques » dans une vidéo mise en ligne le 20 février, le parquet renonce aux poursuites.

Dorothée Moureaux a tenté de contester les sanctions de l’Education nationale devant le tribunal administratif, avec le concours d’un avocat marseillais, vers lequel l’a orientée la Fédération nationale de l’enseignement. Le jour de l’audience, le 17 mars 2021, l’avocat n’est pas venu. Elle  a pris la parole seule devant les magistrats. Une carrière d’un côté, un tweet de l’autre, un quart d’heure pour faire pencher la balance. Rendue le 21 avril, la décision du Tribunal administratif de Melun tue le suspense dès le préambule. Les juges écrivent que Dorothée Moureaux a posté un message « stigmatisant les musulmans ». A propos des juifs, curieusement, ils parlent des « membres d’une autre communauté confessionnelle ». Hypocritement, ils relèvent ensuite que Mme Moureaux était « elle-même menacée ». Conclusion, le rectorat l’a sanctionnée pour assurer sa sécurité. Elle est déboutée. Partant visiblement du postulat que Samuel Paty suspendu serait encore en vie, l’Education nationale et la Justice recommandent en quelque sorte de se coucher très tôt. Le vrai racisme ne se nicherait-il pas dans cette vision des musulmans comme un bloc d’intolérance, incapable d’encaisser la moindre critique ?

Dorothée Moureaux l’avoue sans fard, elle n’a plus les ressources pour attaquer en appel cette décision lourde de conséquences pour elle, et préoccupante pour la liberté d’expression, en particulier dans la communauté éducative. « Quel gâchis, soupire-t-elle. Quand je pense que l’académie de Créteil cherche désespérent des directeurs et des directrices d’école ! »

Peut-être un jour faudra-t-il se demander pourquoi.

Islamophobie: Intoxication idéologique

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Migrants mineurs: la faute à l’Europe

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Un migrant gisant sur le sol, après avoir traversé la frontière entre le Maroc et l'enclave espagnole de Ceuta devant les blindés et les troupes espagnoles, le 18 mai 2021, Ceuta © Javier Fergo/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22568070_000003

En pleine crise diplomatique entre l’Espagne et le Maroc, ce dernier a relâché le contrôle à la frontière, permettant à des milliers de migrants, dont beaucoup de mineurs, de pénétrer sur le territoire espagnol. Dans les procédures de retour, il apparaît clairement que ce qui empêche un rapatriement de ces mineurs est le droit européen.


Dans un communiqué conjoint publié mardi 1er juin, les ministères de l’Intérieur et des affaires étrangères marocains annoncent que le leader de l’Etat chérifien, Mohammed VI, a réitéré ses instructions « afin que la question des mineurs marocains non accompagnés, se trouvant en situation irrégulière dans certains pays européens, soit définitivement réglée ». Ce communiqué intervient dans un contexte de relations diplomatiques tendues entre le Maroc et l’Espagne. Entre le 17 et le 20 mai, les douanes marocaines ont relâché le contrôle à la frontière espagnole permettant ainsi à environ 10 000 migrants marocains et subsahariens – dont 3 000 mineurs selon l’exécutif espagnol – d’envahir l’enclave de Ceuta. Ce geste a été motivé par la décision de Madrid d’accueillir Brahim Ghali, chef du parti indépendantiste du Front du Polisario, visé par deux plaintes pour « tortures » et « génocide » par le royaume du Maroc.

La ville autonome espagnole de Ceuta Image: Wikipedia Commons

Brahim Ghali aurait été autorisé à voyager en Espagne afin de recevoir des soins mais Rabat réclame qu’il lui soit livré pour être jugé et qu’une enquête « transparente » soit diligentée sur les conditions troubles de son arrivée à Madrid, notamment sous une fausse identité. Le gouvernent espagnol a réagi à ce qu’il a qualifié de « chantage inadmissible » par la voix de sa ministre de la défense Margarita Robles. Elle a ainsi déclaré qu’il était inacceptable d’instrumentaliser les mineurs pour violer les frontières territoriales de l’Espagne.

Le début des procédures de retour

Depuis cet incident, plusieurs milliers de migrants adultes ont pu être expulsés du territoire espagnol mais pas les mineurs. Selon El Faro Ceuta, les autorités espagnoles ont réalisé, avec l’aide de l’ONG « Save The Children », 200 entretiens avec des mineurs marocains et se sont entretenues avec 75 de leurs familles.

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Le résultat de ces conversations a été choquant pour le personnel qui a conduit les entretiens. En effet, 92,5% des parents basés au Maroc seraient intéressés par le sort de leurs enfants, mais refusent le retour de ces derniers à leur pays d’origine, principalement pour des raisons économiques. Or, dans son article 10, alinéa 2, la directive européenne dite « retour » de 2005 dispose que, « avant d’éloigner du territoire d’un État membre un mineur non accompagné, les autorités de cet État membre s’assurent qu’il sera remis à un membre de sa famille, à un tuteur désigné ou à des structures d’accueil adéquates dans l’État de retour ».

Le Maroc souligne la lenteur européenne

C’est précisément ce que souligne dans son communiqué l’exécutif marocain, à savoir que « les lenteurs constatées dans la concrétisation de cette coopération (visant à rapatrier les mineurs marocains, ndlr) sont essentiellement liées à des blocages dus aux procédures complexes dans certains pays européens ». Autrement dit, à l’exception des six cas que leurs parents ont bien voulu récupérer, les 920 mineurs marocains identifiés par la police de Ceuta resteront coincés dans le labyrinthe de la bureaucratie européenne, ni expulsés, ni accueillis bien que le royaume marocain ait exprimé sa volonté ferme de les rapatrier.

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Il en sera certainement de même pour les mineurs non accompagnés dans les autres pays qui ont ratifié la convention internationale des droits de l’enfant (CIDE). La CIDE, qui dispose en son article 20, alinéa 1, que « tout enfant qui est temporairement ou définitivement privé de son milieu familial, ou qui dans son propre intérêt ne peut être laissé dans ce milieu, a droit à une protection et à une aide spéciale de l’Etat ». Pourtant dans les faits, si le droit européen permet le maintien des mineurs non accompagnés sur le sol européen, dans plusieurs pays notamment en France, ils sont nombreux à vivre dans la rue, livrés à la polytoxicomanie et réduits à commettre des cambriolages ou encore des vols à l’arrachée quand ils ne sombrent pas dans la violence. 

Xavier Mauduit, journaliste et agrégé d’histoire, a trouvé en Lilian Thuram un maître

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Xavier Mauduit © Jacques BENAROCH/SIPA Numéro de reportage : 00858183_000013

Sur France Culture, Lilian Thuram nous fait part de ses expériences pédagogiques.


Jadis, sur France Culture, les émissions de philosophie parlaient de philosophie et celles d’histoire parlaient d’histoire. Les invités étaient des philosophes et des historiens réputés pour leur savoir et leur aptitude à le mettre à la portée d’un large public. L’intelligence planait au-dessus des studios. Les auditeurs n’étaient pas pris pour des crétins et les émissions, aussi longues fussent-elles, n’étaient pas interrompues toutes les vingt minutes pour « offrir une respiration » et diffuser la dernière chanson à la mode et encore moins du rap. Depuis quelques années le changement est perceptible. Même s’il demeure quelques émissions intéressantes, l’ensemble dégringole, et la propagande progressiste y bat son plein. Exemple :

Le 28 mai, le journaliste et agrégé d’histoire Xavier Mauduit recevait dans son émission Le cours de l’histoire l’éminent mais toujours accessible philosophe à crampons Lilian Thuram, féru d’histoire, paraît-il. Ce dernier dit penser « tous les jours » à ses ancêtres qui ont traversé l’océan. L’histoire ne les a pas retenus individuellement alors qu’ils sont des « super-héros. » L’ex-footballeur va alors nous livrer une de ses fulgurantes réflexions : « Je pense qu’en règle générale l’histoire a tendance à retenir un homme, une femme, et on oublie très souvent que ces hommes, ces femmes, n’existent simplement que parce qu’il y a eu beaucoup, beaucoup d’inconnus, en fait, qui les ont accompagnés pour changer la société. » C’est l’École des Annales pour Oui-Oui – mais Xavier Mauduit est totalement subjugué.

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Lilian Thuram dans nos écoles

Lorsque ce dernier décide enfin d’aborder la question de la traite arabo-musulmane, il le fait à sa manière, en posant une question qui n’en est pas une : « Souvent on vous reproche de ne pas parler de la traite arabo-musulmane – en fait ce discours mémoriel est sans arrêt récupéré et même retourné et utilisé, souvent avec des vues ethno-essentialistes. » (Traduction : ceux qui évoquent la traite négrière arabo-musulmane ne cherchent pas la vérité historique mais un énième moyen de dénigrer les Arabes). Si la fausse question de Mauduit vaut le détour, la réponse de Thuram vaut son pesant de cajous. Je la retranscris donc entièrement : « Écoutez, je ne suis pas naïf. Il y a des gens qui ne veulent pas que les choses changent. Il y a des gens qui veulent une société inégalitaire donc ils défendent leur monde, ça c’est depuis la nuit des temps. Vous savez, à la période de l’esclavage, il y avait des gens qui luttaient pour dénoncer ce système, mais il y avait aussi des gens qui luttaient pour garder ce système. Aujourd’hui encore c’est la même chose. Très souvent on oublie qu’il y a aussi des identitaires blancs, voilà. » Mauduit, enivré par les détours thuramiens qui ont permis d’éviter le sujet de la traite arabo-musulmane pour finir par dénoncer les “identitaires blancs”, ne moufte pas. Trop fort, Lilian !

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Encore plus fort : Lilian Thuram se rend dans les écoles pour combattre le racisme et se livrer à des expériences passionnantes. En voici une : « Je fais une expérience lorsque je vais dans les écoles. Par exemple, je pose la question : “dites-moi, depuis combien de temps vous êtes blancs ?” » – « Moi, je dis depuis toujours », répond Mauduit, bon élève. – « Ok, reprend Thuram, depuis toujours… et là je prends une feuille blanche en leur disant : “Les enfants, est-ce que vous êtes de la même couleur que cette feuille ?” Ils me disent “non”. “Pourquoi vous dites que vous êtes blancs alors ?” Et là ils me disent : “ben, on sait pas, par habitude.” C’est ça qu’il faut déconstruire », conclut triomphalement Thuram. J’ose poser très sérieusement une question à notre ministre de l’Éducation nationale : nos enfants ne méritent-ils pas mieux que les pitoyables pantomimes de cet antiraciste de théâtre ?

Une émission dérisoire

En parlant d’enfant, Lilian Thuram a prénommé l’un des siens Khéphren, « en hommage aux phaarons (sic) noirs » ; car « oui, l’Égypte est sur le continent noir, et il y a eu des phaarons (sic derechef) noirs. » Le philosophe à crampons et historien à ses heures se fait également géographe à ses moments perdus : « Il y a beaucoup de personnes qui ne positionnent pas l’Égypte en Afrique, c’est ça qui est incroyable. » On en apprend vraiment tous les jours sur France Culture. Et Lilian Thuram, qui nous prend vraiment pour des buses, va, pour conclure l’émission, nous narrer une de ces expériences pédagogiques dont il a le secret : « Quand je vais dans les écoles, je pose très souvent la question : “Les enfants, est-ce que vous connaissez Christophe Colomb ?” – Et là ils disent : “Bah oui”. – Là je dis : “C’est qui?” – “Bah, c’est celui qui a découvert l’Amérique”. – Je dis : “Ah bon ? Écoutez les enfants, on va faire quelque chose. Vous fermez les yeux, vous vous imaginez Christophe Colomb en train d’arriver dans les Amériques. Vous êtes où ?” – “Bah, sur le bateau.” – “Très bien, mais vous savez qu’il y a du monde sur la plage ?” – Ils me disent : “Ah ouais ?”. – Et là je leur dis : “Est-ce que vous avez déjà entendu l’histoire vue, racontée par les personnes qui étaient sur la plage ?” »

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Ça vous en bouche un coin ! Non ? Vous avez tort. Ou alors vous êtes plus intelligent que l’historien Xavier Mauduit qui, ému, sacrifiera sa langue maternelle pour conclure son émission historique et flatter son invité : « Vous êtes baignés d’histoire, ça s’entend. » Je vérifie sur l’écran de mon poste : je suis bien sur France Culture ; et je viens d’entendre la plus étriquée, la plus misérable, la plus dérisoire des émissions sur l’histoire de l’esclavage de toute l’histoire de la radio.

Occident post-pandémie: les Chinois doivent bien rire de nous

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Image d'illustration Unsplash

Dans le monde d’après, dans nos sociétés occidentales, le débat ne porte plus sur le contenu de telle ou telle politique ni sur votre vision des choses, mais sur votre volonté à vous soumettre au nouvel ordre javellisant. Analyse.


Je ne sais pas du tout si le Covid-19 est sorti d’un laboratoire de Wuhan et s’il a pu l’être intentionnellement. Les résultats de l’enquête lancée par les Américains nous permettront peut-être d’en savoir plus à ce sujet. En revanche, il est évident que la pandémie aura largement profité à la Chine, sans doute bien plus qu’à n’importe quelle compagnie pharmaceutique et qu’à n’importe quel milliardaire à la Bill Gates, à qui certains aiment prêter un rôle dans la crise. Non seulement l’épicentre de l’économie mondiale est en train de se déplacer vers le Pacifique, mais Pékin aura même réussi à faire expérimenter aux démocraties son modèle de contrôle social. C’est un succès économique et idéologique.

Le triomphe du risque zéro

Finalement, les deux plus grandes perdantes de cette crise en Occident sont la liberté et la vitalité, lesquelles sont intimement liées. Les sociétés occidentales ont pris un virage sécuritaire : sous tous ses aspects, la sécurité devient l’horizon indépassable de notre temps. Plus que jamais aseptisées et moribondes, nos sociétés vont finir par se déconfiner de manière plus assumée, mais après le virus, il restera l’omniprésence de la crainte dans une vie publique axée sur la prévention.

Au Canada, pays à l’avant-garde du pseudo progressisme occidental, le risque zéro sera devenu une quasi-religion d’État : il faut voir tous ces pauvres êtres pétrifiés portant seuls le masque dans leur voiture pour prendre la mesure de cette angoisse morbide devenue norme sociale. Le Canada aura même réussi à inventer « l’anxiété de déconfinement », c’est-à-dire la peur du retour à la normale, aussi progressif et timide est-il. En parallèle, le mouvement « woke » impose partout sa vision racialiste (pour ne pas dire raciste), transgenriste et anti-hommes, sans doute aussi au grand plaisir du régime chinois, mort de rire devant une telle entreprise d’autodestruction. Nos petits bouddhas sociaux offrent à la Chine les restes de notre civilisation fanée sur un plateau d’argent.

Décadence clownesque: Pékin doit se réjouir

Mais l’Occident a aussi, voire surtout révélé que ses grands principes ne valaient plus grand-chose à la vue d’un virus aussi insignifiant que le Covid-19. Sans aucune retenue, l’Occident a offert à Pékin le spectacle de sa décadence. Il aura suffi d’une pandémie somme toute assez modeste à l’échelle de l’histoire pour que nous fassions la démonstration de notre incapacité à combattre un réel ennemi à l’avenir.

Leurs ancêtres ayant pourtant plusieurs fois pris les armes pour diverses causes, le courage des Occidentaux s’est évaporé devant un virus juste assez fort pour exposer leur immense vide spirituel. La peur de la mort fut paralysante : au nom de la solidarité, ils furent des millions à se terrer volontairement dans leur appartement, en attendant le vaccin salvateur. Une sorte de désertion devant l’invisible adversité.

Au Québec en particulier, société déjà submergée par la bureaucratie, l’un des héritages de cette crise est très certainement l’avènement d’un réglementairement correct qu’on voit déjà apparaître dans les médias. L’observation scrupuleuse de toutes les règles et consignes du gouvernement, qu’elles soient sanitaires ou relèvent du Code de la route. Récemment, un candidat vedette à la mairie de Montréal a dû s’expliquer dans la presse pour avoir été surpris avec son téléphone portable au volant de son automobile. Pendant ce temps, les nouveaux interdits entourant la consommation d’alcool dans les parcs font le plaisir des Baby-Boomers, qui regrettent déjà le silence du couvre-feu. Une police du plaisir est née.

L’idéal réglementaire

Le débat ne porte plus sur le contenu de votre politique, sur votre vision des choses, mais sur votre volonté à vous soumettre au nouvel ordre javellisant. Nous voilà devant une sorte de légalisme à la chinoise, un idéal disciplinaire, une société où le citoyen modèle collectionne les bonnes actions désignées par l’État. Une société où ce citoyen sans âme dénonce les délinquants refusant de se plier au nouveau calvinisme réglementaire.

Le 28 mai dernier, lors de la réouverture des terrasses au Québec, ils ont été des dizaines de larbins à se transformer en petits agents du gouvernement dans leurs restos et bars favoris. Pour certains d’entre eux, le trajet pour aller aux toilettes à l’intérieur devint une véritable mission d’espionnage. Une journaliste bien connue se lamenta même sur Twitter d’avoir dû partir après un seul verre, «dégoûtée du spectacle des employés et clients qui se câlinaient à qui mieux mieux au mépris total des consignes sanitaires». C’est tellement dégoûtant l’humanité.

Le Graal du capitaine Nemo

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Image: affiche Santé publique France, référence DT0429121A

Les publicités servent de plus en plus les idéologies à la mode. Quand elles sont orientées et financées par le contribuable, juste avant un énième débat de la loi bioéthique, c’est vraiment le comble…


Le contraste est saisissant. Dans le métro, une photo, en noir et blanc, qui parle d’elle-même, d’un enfant aux yeux tristes : en bas, les lettres PAUVRE. Sur les murs de nos villes, des photos jouissives déclinent les mille et une nuances de la sexualité arc-en-ciel de nos proches. À l’évidence d’une constatation— « Il faut trois générations pour sortir de la pauvreté » — répond l’injonction, pleine de sous-entendus culpabilisants du ministère des Solidarités et de la Santé, le jour de la lutte contre les discriminations : « Contre l’intolérance, à nous de faire la différence ». Que signifie précisément cette phrase ? Absolument rien sinon qu’elle dénonce, chez nos concitoyens, la maladie de l’intolérance, avec ses conséquences : « les discriminations, lourdes, et préjudiciables pour l’ensemble de la société ». Au mal social qu’est la pauvreté, répondent des images d’Épinal d’individus promis à une sexualité heureuse à conditions que nous le voulions, comme en témoignait, il y a peu, une pub de café fleurant bon « la tolérance. »

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Les Français sont tolérants !

Le slogan du ministère de la Santé a tout faux : les Français sont extrêmement tolérants. Mieux, ils sont favorables à une homosexualité qui pimente leur quotidien. Dans un climat sociétal délétère, l’homophobie (un concept impossible à définir si tant est qu’il ait un sens) est un ennemi nécessaire, à entretenir. Alors, pourquoi, cette pub ? C’était la journée, dira-t-on, contre les discriminations de genre. Certes, mais cette pub entre surtout en résonance avec celle d’une jeune femme radieuse, fêtant, dans une pub de Freenow, son divorce qui lui faisait gagner « des points de fidélité. » Partout, s’étale une société libertaire qui veut jouir sans entrave : entendez sans compagnon ni mari, ni homme ni père « en couple ». Et, comme il faut faire un pas de plus dans la marche du progrès, le ministère de la Santé prévient : « Il est urgent de se mobiliser » contre toute « discrimination. » Entendons : de personnes et d’Etat.

Des publicités au moment opportun

Il n’a échappé à personne que cette campagne contre les discriminations arrive au moment où la loi bioéthique revient au Parlement. Dès lors, la menace contenue dans la phrase obscure devient claire : si vous êtes, demain, contre la loi bioéthique, c’est que vous aurez contracté la maladie et que vous êtes phobe de partout. Et si le mal-être des autres (qui ne sont pas comme vous) s’amplifie, ce sera de votre faute, et toute la société en pâtira. La fenêtre d’Overton est grande ouverte : une chose impensable (la procréation de deux personnes homosexuelles entre elles, des manipulations génétiques, des chimères) est rendue pensable, dicible, souhaitable, désirable – et le politique n’a plus, in fine, qu’à l’imposer en chauffant les esprits à blanc. Le discours idéologique est le même depuis quatre ans.

Pendant ce temps, le capitaine Nemo, véritable Argonaute, a pris le large, à la tête du Nautilus. Mobilis in mobili, il surfe sur la vague euphorique du déconfinement. La PMA, c’est le Graal de son quinquennat, qu’un vent favorable lui apportera – il en est sûr – à la fin du mois de juin, lors d’une session parlementaire exceptionnelle, un peu houleuse mais triomphante, quand les corps bronzés des sirènes jouiront du soleil retrouvé.

Guillaume Peltier « fragilise »-t-il LR?

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Le député (ex-LR) du Loir-et-Cher Guillaume Peltier, La Marolle en Sologne, septembre 2020 © Vincent Loison/SIPA Numéro de reportage : 00982079_000009

Pendant que le président Macron est en précampagne, les LR n’ont rien trouvé de mieux à faire que de se chamailler autour de la relation de leur parti avec le RN.


Macron en campagne et LR en masochisme ! Ce sous-titre m’est venu avant que j’aie le plaisir de lire Le Monde daté du 3 juin qui évoque aussi le fait que « Macron entre en campagne ». Similitude qui ne peut que me rassurer ! Le président de la République n’éprouve même plus le besoin de le dissimuler : en effet, il est reparti en campagne en commençant par la Dordogne. Il paraît qu’il veut prendre le pouls de la France pour s’assurer que la température du pays pourra lui garantir des lendemains qui chantent. À partir du moment où il va éviter soigneusement de se confronter à la réalité d’aujourd’hui – une nation qui chaque jour découvre avec stupéfaction qu’elle a des parts si fréquentes et violentes d’ensauvagement qu’elle craint d’être globalement gangrenée -, nul doute qu’Emmanuel Macron trouvera le moyen de conforter l’appréciation favorable de son mandat. Pendant que le président, avec un cynisme talentueux, va revivre, après l’avoir décidé, ce qui lui avait été imposé par les Gilets jaunes, que fait la droite intelligemment conservatrice ? Combat-elle le macronisme dont le point faible est, en principe, son point fort : le régalien, la police, la justice, l’autorité de l’Etat ?

Aperçu de la Une du quotidien le Monde du 3 juin 2021.

Bien au contraire. Des rapprochements étranges s’annoncent, qui semblent rendre grâce à un gouvernement pour ce qu’il a de radicalement antagoniste avec les convictions fortes d’une droite qui serait sûre de ses idées. Cette ambiguïté est déjà suffisante pour que LR, en plus, ne tombe pas avec une sorte d’entêtement suicidaire dans le piège tendu, moins aujourd’hui par la gauche qui s’en régale, que par LREM, le Premier ministre et des ministres ainsi que paradoxalement d’anciens LR tels Christian Estrosi et certains de ses proches.

Guillaume Peltier vilipendé par son parti

Pourtant, quand on voit avec quel sadisme la structure officielle de LR s’est acharnée sur Guillaume Peltier dont, parce qu’il n’est pas aimé, les propos au Grand Jury ont été déformés, on se demande par quel étrange détour ce parti n’a de cesse que de donner la main à ses adversaires. Sur une question concernant Robert Ménard, Peltier a admis avoir de l’amitié pour lui, souligné qu’il était un excellent maire de Béziers et qu’il partageait certaines de ses idées, tout en affirmant que LR n’était pas compatible avec le RN. Comme par hasard, on n’a mis en évidence que sa banalité sur Robert Ménard, qui n’avait rien de choquante. Christian Jacob lui a conseillé de « jouer collectif » en lui reprochant d’avoir « fragilisé » le parti. Les atermoiements de ce dernier n’y seraient donc pour rien?

A lire aussi: Causeur: le coup de gueule de Robert Ménard contre les maires écolos

De toute part, on a entendu que des digues s’effondraient, que l’inondation était imminente. Que ces absurdités renouvelées soient proférées par des adversaires de LR, soit. Ils n’ont que cette argumentation depuis des lustres. Mais qu’elles soient validées par Damien Abad – et d’autres de son parti – que personne n’a contraint à cette surenchère plus morale que politique, rend le processus totalement masochiste. Personne n’a le droit de leur demander des comptes sur ce plan et pourtant LR consent à en rendre sans cesse comme si ce parti acceptait d’être présumé coupable en raison de sa relation avec le RN, qui au demeurant ne devrait regarder que lui et ne pas être influencée par une mauvaise conscience instillée de l’extérieur. Faut-il donc en permanence surjouer l’indignation éthique alors que beaucoup de conservateurs, dont moi, savent bien pourquoi ils ne voteront jamais en faveur du RN: parce que l’essentiel de son programme est flou, imprécis, approximatif et impraticable. Est-on obligé, à partir de ce constat purement politique, de nier qu’il y a sur quelques thèmes régaliens – ceux que j’ai évoqués plus l’immigration – une concordance entre une droite forte et le RN ? Je ne vois pas en quoi ce serait scandaleux puisqu’aucun glissement majoritaire ne se fait vers lui alors que d’aucuns, en désaccord avec l’inaptitude régalienne du président et de LREM, ne se sont tout de même pas gênés pour les rejoindre.

Le fonds de commerce de notre garde des Sceaux

Je souhaiterais aller jusqu’au bout de ma pensée qui n’est pas de la provocation. Si LR, cette droite qui se rengorge en se qualifiant de républicaine tout en n’étant pas assez attentive à la qualité de son programme, considère que le RN n’est pas républicain, qu’elle le dise et exige son interdiction. Parce que, sinon, son attitude est absurde qui consiste à traiter le RN comme s’il était interdit, moralement illégitime, et n’était pas inscrit dans l’espace démocratique – et avec quelle multitude prête à voter pour lui en 2022 !, à cause de cette triste évidence que ceux donnant des leçons de morale aux LR sont les responsables exclusifs de sa montée. Est-il nécessaire pour ce parti de se flageller sur commande alors que sa rectitude démocratique et politique est entière et de se trouver, par exemple, sur la même ligne qu’Eric Dupond-Moretti dont c’est le fonds de commerce pervers, puisqu’il pourfend souvent grossièrement Marine Le Pen tout en faisant bénéficier le RN de ses attaques ?

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Je ne ferai pas la comparaison usée avec le communisme, l’extrême gauche et François Mitterrand. Pourtant il pourrait y avoir un peu de ça dans la mise au net de cette équivoque jetée dans les pattes de la droite et qu’elle semble légitimer par peur, lâcheté, doute sur son identité. Les leçons : intelligence, réalisme et habileté. Et le parti est seul maître de ses choix, personne n’a à les lui dicter. Il est clair que si l’obsession fondamentale, quasiment exclusive, de la droite classique est de répondre à ses ennemis qu’ils peuvent absolument avoir confiance en elle pour ce qui se rapporte au RN, elle ne reviendra jamais au pouvoir.

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