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LI-BER-TÉ-DE-CULTE!

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Les adeptes de la victimisation affirment haut et fort que la laïcité est hostile aux religions. Or, celle-ci n’est en rien un athéisme d’État. Son objectif? Elle vise à soumettre les cultes à la loi. 


Ah, la laïcité ! Ce cadre juridique merveilleux qui garantit la liberté de culte pour tous, et vous assure que l’État respectera une stricte neutralité en ne se mêlant jamais de ce que vous faites pourvu que vos activités aient un caractère religieux… Non ? Non.

En réalité, la laïcité subordonne justement la liberté de culte à des droits encore plus fondamentaux, et notamment au respect absolu de la liberté de conscience, de la liberté de pensée et, puisqu’il est impossible de véritablement penser sans confronter ses pensées aux pensées des autres, sans prendre le risque d’être bousculé voire choqué par les idées des autres, à la liberté d’expression. Mais reprenons du début.

La laïcité est un projet politique

Première erreur, croire que la laïcité serait un cadre juridique, alors qu’elle est un projet politique. Celui-ci s’inscrit dans un cheminement historique, que l’on peut résumer – pour simplifier – par un immense « plus jamais ça ! » répondant à la Saint Barthélémy, et faisant écho au « plus jamais ça ! » antique répondant à la condamnation de Socrate. Naturellement, il se traduit par un certain nombre de règles juridiques, notamment la fameuse loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des églises et de l’État, mais les deux ne doivent pas être confondus.

Quel est ce projet politique ? L’émancipation de l’individu, l’épanouissement de sa liberté de conscience et de pensée, en particulier par rapport aux prescriptions religieuses. Sapere aude, ose penser par toi-même. Plus généralement, il s’agit de donner la primauté au choix lucide et responsable sur l’automatisme de l’injonction.

Et puisque la laïcité est en elle-même un projet, elle ne saurait être réduite à un simple espace vide où faire coexister les projets des différentes religions et sensibilités métaphysiques, une neutralité passive. Elle n’est pas une liberté mais une volonté de libération, une détermination active à faire reconnaître et à défendre une liberté.

À lire aussi: Aurélien Taché: « Faut-il renvoyer les parents de l’assassin de Samuel Paty à cause de ce qu’a fait leur fils? »

Deuxième erreur, croire que la laïcité serait garante de la liberté de culte: non, et heureusement. La loi de 1905 subordonne au contraire la liberté de culte à l’ordre public et au respect des lois: je renvoie à ses articles 25 à 36 relatifs à la police des cultes.
Absolutiser la liberté de culte reviendrait à accepter les sacrifices humains – et j’entends d’ici les libéraux-libertaires et autres « woke » qui me diront que si le sacrifié est volontaire et la religion « racisée », après tout pourquoi pas ? Juger les coutumes aztèques ou carthaginoises à l’aune de notre « morale blanche » occidentalo-centrée est une attitude néo-coloniale et raciste, et puis offrir sa vie à Moloch ou Tezcatlipoca n’est qu’une forme d’euthanasie comme les autres : ma religion – ma mort – mon choix. Ainsi meurt surtout l’idée même de civilisation.

Dieux merci, nous n’en sommes pas là, et je crois pouvoir affirmer sans me faire traiter de (crypto-)fasciste que l’Ordre du Temple Solaire et ses suicides de masse ne doivent en aucun cas bénéficier de la liberté de culte, tout comme il faut la refuser à un groupe dont les cérémonies permettent au gourou d’enseigner « l’orgasme cosmique » aux filles prépubères de ses adeptes.

Troisième erreur, croire qu’il existerait une pancarte magique « c’est religieux » qui empêcherait l’œil vigilant de la loi de voir ce que l’on fait, un joker à brandir au tribunal « c’est religieux, donc je peux ! » Et bien non.

Je n’ai pas le droit de rouler à 180 km/h sur l’autoroute, même si je suis un adorateur d’Hermès, que je vois en lui le dieu de la vitesse, qu’à mes yeux rouler (trop) vite est un rituel religieux et que j’ai une très ancienne parole d’un très ancien oracle qui m’ordonne de le faire. D’aucuns jugeront cette restriction insupportable, hurleront qu’il s’agit d’une atteinte à leurs libertés, d’hermèsismophobie voire de racisme anti-grec, mais c’est ainsi.
De même, la loi française a aboli l’esclavage et garantit l’égalité des droits civiques entre les sexes, et je n’ai pas le droit de faire l’apologie d’un texte qui encourage l’esclavage et les violences conjugales, même si je suis un adorateur de… Ah ? Là, ce serait différent, me souffle Aurélien Taché. Mais non, monsieur le député, c’est exactement la même chose. L’inacceptable ne devient pas subitement acceptable du seul fait que ceux qui s’y livrent prétendent que c’est un Dieu qui le leur a permis ou prescrit.

Aurélien Taché, ici à l'Assemblée nationale le 19 octobre 2019, a récemment fait polémique sur la polygamie en déclarant : "Ce n'est pas à l'État de savoir si les gens vivent à deux, à trois ou autres". © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage : 00926993_000035
Aurélien Taché, ici à l’Assemblée nationale le 19 octobre 2019, a récemment créé la polémique en déclarant au sujet de la polygamie : « Ce n’est pas à l’État de savoir si les gens vivent à deux, à trois ou autres ».  © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage : 00926993_000035

Les cultes obligés de se soumettre à la loi

Et contrairement à ce que disent les abonnés aux geignements victimaires, ce principe de laïcité n’est en rien hostile aux religions. Au contraire, même. « Religion », du latin religio, ne vient pas de religare « relier » mais de relegere « relire avec un œil critique » (Cicéron, déjà, jugeait utile de le rappeler). « Religion » s’oppose à « superstition », superstitio, qui désigne toute croyance que l’on refuse de soumettre à la critique de la raison et du sens moral. Et si « superstition » évoque maintenant les chats noirs et les vendredis 13, superstitio peut aussi se traduire par « secte », « obscurantisme », « fanatisme ».
La laïcité est un projet politique qui, en obligeant les cultes à se soumettre à la loi, au débat démocratique donc à l’examen critique par la collectivité au service du bien commun, agit comme un tamis permettant de distinguer entre religions et sectes, afin que les religions puissent participer à la vie de la cité sans servir de caution morale aux sectes, et afin que l’État puisse combattre l’emprise délétère des sectes sans restreindre injustement les libertés des religions.

Mais il faut, pour que ce projet se concrétise, que la laïcité soit appliquée sans faiblesse, et nous savons tous que ce n’est aujourd’hui pas le cas. Par complaisance multiculturaliste, bien sûr, par lâcheté et clientélisme politique, mais aussi parce que trop de ses défenseurs se trompent fréquemment de cible.

Paradoxe : d’un côté, on oublie souvent que l’entrée en vigueur de la loi de 1905 fut un combat, qu’il fallut la force publique pour que l’Église se résigne à sa défaite, et qu’il n’y a aucune raison pour que l’islam s’adapte plus facilement à la laïcité aujourd’hui que le catholicisme hier – au contraire même. Et d’un autre côté, certains ténors du « camp laïque » s’enferrent dans une opposition stérile à un christianisme désormais sincèrement pacifié: ils ne parviennent pas à dépasser le souvenir des affrontements de jadis, ou ils sont crispés sur des désaccords qu’il ne faut pas nier mais qui ne sont pas des remises en cause de la laïcité, ou encore ils sont obsédés par l’impératif de « ne pas stigmatiser » et se croient obligés de taper à égale mesure sur toutes les religions (ce qui, Hermès me pardonnera de filer la métaphore, revient à harceler les bons conducteurs pour des vétilles plutôt que de se concentrer sur la répression des chauffards), ou enfin ils sont sincèrement incapables de comprendre la différence entre religio et superstitio, religion et secte, et d’en tirer les conséquences pratiques.

À lire aussi, Céline Pina : Décapité pour avoir montré un dessin

Cette distinction millénaire serait pourtant bienvenue face aux enjeux actuels.

Autoriserions-nous des associations à enseigner à des enfants que la référence normative et morale ultime est un livre validant (entre autres choses) l’utilisation des prisonnières de guerre comme esclaves sexuelles et refusant catégoriquement la liberté de conscience, si ces associations ne se paraient pas du qualificatif de « cultuelles » ? Autoriserions-nous de tels enseignements si elles ne se prévalaient pas de traditions exotiques, donc intouchables sous peine d’être accusé de racisme, et c’est ainsi qu’une antenne du planning familial peut en arriver à justifier l’excision ? L’autoriserions-nous si ces associations ne faisaient pas trembler les élus avec le vote communautaire, et l’État avec des menaces d’émeutes, et si nous n’étions pas collectivement rongés par une telle crainte de manquer de tolérance que nous ne savons plus condamner l’intolérable ?

Et je souligne la différence entre considérer que certains passages d’un livre peuvent être des sources d’inspiration, et affirmer que le livre dans son ensemble serait la suprême pierre de touche. Quel que soit le livre sacré, subordonner l’application de ses préceptes à la raison et à la conscience morale est religieux, alors que placer ces mêmes préceptes au-dessus de tout, hors de portée de la critique, est superstitieux.

Il faut le dire et le redire. La laïcité n’est ni un athéisme d’État, ni un relativisme lâche: elle est, lorsqu’elle est correctement appliquée, la garantie que l’État protègera les cultes qui respectent les lois, et qu’il sanctionnera impitoyablement les autres. Cette distinction, bien sûr, en dérange certains. Devinez lesquels ?

La laïcité: Histoire d'une singularité française

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Ils voient dans les nécessaires lois sécuritaires notre « asservissement de demain »…

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Je ne crois pas à la « mise entre parenthèses de l’exigence
démocratique » qui résulterait des dispositions exceptionnelles qu’une
insupportable actualité contraindrait à prendre.


La période troublée, éprouvante que nous vivons, avec la multitude de crises que le pouvoir doit affronter et auxquelles nous sommes confrontés dans notre quotidienneté d’humains et de citoyens, fait surgir trop de prophètes de malheur démocratique.

Ils se recrutent beaucoup parmi les avocats et de fait ce ne sont pas les plus médiocres qui s’expriment.

On en trouve aussi parmi les intellectuels pour lesquels une absence de morosité républicaine serait incompatible avec l’importance qu’ils cherchent à se donner.

Il y a, de toutes manières, des psychologies singulières qui, en toute bonne foi, ne pourraient concevoir la marche du monde que sous l’angle d’un pessimisme obstiné et se croyant sans cesse plus lucide que les bouffées d’espérance venant rassurer, consoler ou mobiliser.

Me Henri Leclerc, Me Patrice Spinosi: « Il me semble que ce n’est pas offenser ces intelligences déprimées que de les qualifier de prophètes de malheur démocratique »

J’ai évoqué d’abord les avocats parce que chez certains d’entre eux la passion vive de la liberté, dominant l’exigence moins considérée de la sécurité, et le souci obsessionnel du droit suscitent des réflexions et un climat qui, oubliant le passé et sautant par-dessus le présent, anticipent un futur forcément menaçant, désiré telle une preuve de l’inéluctabilité du pire supputé.

Pour Me Henri Leclerc qui demeure fidèle à une ligne constante toujours largement approuvée par une gauche se revendiquant dépositaire du seul humanisme qui vaille, « l’État fait, sans s’en rendre compte, des concessions aux ennemis de la liberté. »

Me Patrice Spinosi n’est pas en reste, et même bien davantage. Ce cabinet, où officie également le remarquable François Sureau qui partage les mêmes préoccupations et inquiétudes que son associé et avec lequel, sur ces thèmes, j’ai croisé à plusieurs reprises amicalement le fer, n’est à l’abri d’aucune angoisse républicaine et est prêt à les accueillir toutes, tant pour lui les virtualités présumées dangereuses sont plus tangibles que les périls tragiquement concrets de chaque instant. Me Patrice Spinosi, qui n’est pas désaccordé d’avec la philosophie sociale et juridique du Monde qui le questionne, n’hésite pas à nous prédire que « nous bâtissons notre asservissement de demain » et que « pendant un état d’urgence, qu’il soit terroriste ou sanitaire, l’exigence démocratique est mise entre parenthèses », sa pensée étant plus abruptement résumée par le quotidien : « Pour cet avocat, les lois sécuritaires permettront à un gouvernement populiste de surveiller la population ».

Il me semble que ce n’est pas offenser ces intelligences déprimées que de les qualifier de prophètes de malheur démocratique.

D’abord parce qu’il n’est pas un moment de notre Histoire, une étape de notre société où ils se sont dispensés de cette approche, où ils nous auraient privés de leur négativité.

À tout coup, dans l’arbitrage républicain qu’un pouvoir se doit d’opérer entre les nécessités de sa protection et les risques de sa dénaturation, le choix est toujours le même pour ces voluptueux Cassandre qui aspirent aux frissons des discours anxiogènes. Les premières sont systématiquement reléguées au bénéfice des seconds. Les certitudes au bénéfice des éventualités. Le sûr du péril au bénéfice du danger seulement supposé.

A lire aussi: Alain Finkielkraut VS François Sureau: qui menace nos libertés?

Ce processus déjà discutable à cause de son caractère jamais remis en question est encore plus choquant dans ce temps où l’infinité des épreuves, le poids des souffrances et l’incroyable diversité des épées de Damoclès suspendues sur nos destins et notre sauvegarde ne devraient pas laisser de place à d’autres interrogations que celles tenant à notre survie sans que nous soyons coupables pour cela de non-humanisme.

Il m’apparaît que la focalisation sur un futur présumé dévastateur « populisme » – ce serait le mal suprême – et « asservissement de demain » – n’est pas loin de relever d’une mise en danger d’une société actuellement attaquée aux bords de son délitement sans une défense efficace.

Il y a quelque chose de surréaliste, face à un réel constamment menaçant, à nous entretenir de fantasmes engendrés par le lien pervers du droit dans une définition univoque et de la liberté dans un sens suicidaire.

Surtout, je ne crois pas à la « mise entre parenthèses de l’exigence démocratique » qui résulterait des dispositions exceptionnelles qu’une insupportable actualité contraindrait à prendre.

En effet j’irais jusqu’à soutenir, au contraire, que ce qui est décidé par un pouvoir légitime, approuvé par le parlement et validé par des instances de contrôle bénéficie d’une présomption démocratique, grâce à laquelle ce qui s’inscrit dans un espace bouleversé par les défis du présent et les obligations même de rupture par rapport à la normalité qu’il est susceptible d’engendrer, ne perd jamais rien de sa tonalité républicaine.

On ne sort pas de la démocratie quand on se plie à ce qu’elle doit inventer pour se défendre, quoi qu’il lui en coûte, quoi qu’en pensent les dogmatiques compulsifs qui préféreraient la voir mourir dans sa pureté théorique que sauvée par un pragmatisme la conduisant à adapter ses principes aux maux qui l’affectent.

Je conviens que ces prophètes de malheur sont là, certes, pour nous garder en éveil, pour nous donner mauvaise conscience mais de grâce qu’ils n’en abusent pas !

Tout ce qui n’est pas interdit est obligatoire, et inversement!

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Au ridicule français


Certes, les Français sont indisciplinés, râleurs, de mauvaise humeur, exigeants, capricieux, attendant tout de l’État et considérant le travail comme une valeur, mais surtout comme l’exploitation de l’homme par l’homme, détestant les riches (sauf ceux qui ont gagné au loto), n’ayant confiance en personne, adorant la démocratie mais votant de moins en moins… Mais ils sont aussi capables d’exploits et d’un redoutable bon sens.

Il semblerait que l’administration (peut-on encore dire l’« État » ?) ne cesse d’en rajouter sur ce qui les exaspère et paralyse le pays, pour leur bien, évidemment. On se demande comment cette politique consistant à dire non à pratiquement tout va cesser.

Les Français et la luxure capitaliste

L’impuissance gouvernementale est actée, il suffit d’entendre l’ancien Premier ministre Édouard Philippe répondre avec mesure à une audition parlementaire, tentant d’expliquer courageusement que l’on pourra de moins en moins prendre de décisions nécessaires, mais contraires à certains décrets promulgués, si la menace d’une mise en examen et de poursuites au pénal est une épée de Damoclès permanente.

A lire aussi: Les Parisiens à Anne Hidalgo: «Le Havre c’est encore loin?» sa réponse : «Taisez-vous et nagez!»

Nous n’avons pas de temps à perdre avec des coupables en puissance, mais beaucoup de temps à gagner avec ceux qui cherchent des solutions. Pour cela il vaut mieux s’adresser aux entrepreneurs, sachant qu’en France nous privilégions tout ce qui est « à but non lucratif ». Le lucratif c’est le stupre et la luxure capitaliste, d’où la méfiance permanente envers tout ce qui vient du privé : cliniques, libéraux, initiatives des entreprises, etc.

L’État profond a atteint un tel stade de pouvoirs diffus et dissimulés, de structures imbriquées, de stratifications administratives, de petits chefs ayant le pouvoir de bloquer, que rien ne peut arrêter ce canard sans tête. Prenons l’exemple récent et encourageant de l’annonce d’un vaccin contre le Covid-19. On commence par interroger les Français sur le sujet, mais en l’état actuel des choses, comment pourraient-ils avoir une opinion objective ? De fait, ils répondent à 59% que, personnellement ils ne se feraient pas vacciner. Et médias et politiques de renchérir en déplorant que nous soyons le peuple le plus opposé à la vaccination. Conclusion: certains envisagent alors de le rendre obligatoire! Un préambule symbolique et navrant: on peut légitimement exprimer des doutes sur les effets secondaires potentiels d’un vaccin dont on ne sait rien, sinon que la perspective de son arrivée sur le marché a fait prendre 4% à Wall Street dès l’ouverture ! S’inquiéter des possibles dommages sanitaires d’un vaccin en cours de test ne veut pas dire que l’on est réfractaire à la vaccination en général (laissons cela aux Verts !). En revanche la perspective de la vaccination obligatoire ouvre la porte à de grandioses polémiques.

De la même façon on découvre que les masques chirurgicaux sont lavables plusieurs fois et réutilisables, test à l’appui. Oui, mais un décret interdit « la réutilisation de dispositifs médicaux à usage unique », donc la collecte des masques usagés en milieu pharmaceutique. Alors, très vite, on opte pour la création d’une « mission d’évaluation » – nous voilà rassurés. Bien entendu, on ne consulte pas les industriels et les réseaux de récupération qui pourraient intervenir. Dans la réalité, tout le monde s’en fiche et chacun fait ce qu’il veut de ses masques (y compris les jeter sur la chaussée ou à la mer). Tant pis, l’essentiel, c’est la règle: les masques sont obligatoires et leur réutilisation interdite.

Rappelons que lorsque le port du masque est devenu obligatoire, il était interdit aux entreprises d’en acheter et aux pharmacies d’en vendre. Même pas peur !

70 psychologues à l’écoute du télétravailleur désemparé

On a invité les entreprises à recourir avec discernement au télétravail, jusqu’à ce qu’il devienne « obligatoire ». Il est ainsi interdit d’aller travailler sans attestation obligatoire de l’employeur, auquel on interdit par ailleurs d’employer ses salariés autrement qu’en télétravail. Le même télétravail, si j’ai bien compris le président de la République, est « interdit » aux administrations qui doivent obligatoirement continuer à dysfonctionner normalement. Là, cela devrait aller.

A lire ensuite: Et en même temps, il fallait bien l’évacuer cette place de la République…

Mais ce serait trop simple. Est donc apparu récemment le principe d’une prime compensant le télétravail à la maison, dont on peut gager qu’elle va devenir obligatoire. Sans parler des tickets-restaurant obligatoirement distribués lorsqu’on reste chez soi et que les restaurants sont fermés. On comprend qu’Élisabeth Borne ait créé un numéro vert (0800 130 000) auquel répondent 70 psychologues chargés de soutenir le télétravailleur désemparé.

Il est interdit de sortir de chez soi, mais obligatoire de sortir dûment nanti d’une attestation que l’on se fait à soi-même. Au sujet du motif invoqué, il est donc interdit de se mentir à soi-même.

Pas de chance: il est interdit d’interdire le « Black Friday », car les commerçants (interdits d’ouverture) sont autorisés à organiser toute l’année des opérations de promotion limitées dans le temps. De toute façon, il est interdit d’acheter ce qui n’est pas « essentiel ». Toutefois, l’essentiel n’est pas encore obligatoire.

Le gouvernement ressemble de plus en plus à un syndic d’immeubles en déroute, le concierge en chef est dans l’escalier et l’ascenseur toujours en panne.

Notre-Dame: l’archevêché voudrait se débarrasser des vieilleries

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La contribution du XIXe siècle – et notamment de Viollet-le-Duc – est dénigrée par certains, qui souhaiteraient faire de la cathédrale Notre-Dame une bimbeloterie contemporaine. 


L’archevêché de Paris a surpris tout le monde au sujet de Notre-Dame. Un groupe de travail interne vient de présenter aux prêtres du diocèse l’état de ses cogitations non encore officielles, mais ayant largement fuité. Les ecclésiastiques envisagent tout bonnement de demander un grand réaménagement intérieur de la cathédrale s’avérant non seulement coûteux, mais aussi très destructeur sur le plan du patrimoine. Ils voudraient d’abord qu’on enlève les vitraux des bas-côtés, créés et implantés par Viollet-le-Duc, pour mettre à la place des choses plus branchées. Ils souhaiteraient remiser le mobilier d’époque, tels que confessionnaux et autels, également dessinés par le maître et ses collaborateurs. L’aggiornamento s’étendrait même probablement à des statues et peintures d’artistes associés à Viollet-le-Duc. Tant qu’à faire, on se débarrasserait des modestes chaises paillées actuelles au profit de bancs imaginés par des designers et rehaussés de leds, à la façon des parkings, pour repérer de loin un espace libre. Des dispositifs de projections sur les parois et les voûtes permettraient enfin une communication évangélique en format XXL.

À lire aussi, Benoît Rayski : Monseigneur Aupetit, mais qu’est-ce qu’il a sous sa mitre?

Tout le problème avec Notre-Dame, on l’a assez dit, est que beaucoup de gens, même éminents, ignorent ou dénigrent la contribution décisive du XIXe siècle et de Viollet-le-Duc. Notre-Dame est, certes, une cathédrale du XIIIe siècle, mais elle est aussi et surtout, jusque dans les moindres détails, une cathédrale du XIXe siècle. Ce serait absurde et d’une grande vulgarité de mettre à la place de ce legs une bimbeloterie contemporaine. La Charte de Venise, traité international qui régit la protection du patrimoine, nous impose d’ailleurs de respecter l’œuvre des artistes d’autrefois.

Puisse la ministre de la Culture tenir le cap de la défense du patrimoine !

Déjà, dans les années 1960, d’autres vitraux de Viollet-le-Duc, jugés insuffisamment gais, sont malencontreusement déposés. Les années Malraux (1959-1969) sont, on le sait, des années noires pour le patrimoine. Des verrières plus modernes sont alors commandées à un certain Jacques Le Chevallier qui prétend « renouveler l’art du vitrail » en « renonçant à la figuration » et en faisant des choses « extrêmement simples ». En réalité, avec le recul, on voit que sa verroterie est surtout simpliste. Disons-le, c’est très moche. C’est du moderne qui a mal vieilli. Heureusement, ces verrières sont placées si haut qu’elles ne sont pas très gênantes. Si on en avait la possibilité, le mieux serait cependant de réimplanter les verrières d’origine de Viollet-le-Duc. À défaut de pouvoir réaliser ce rêve, le bon sens exige d’éviter de gâcher ce qui reste.

Roselyne Bachelot a d’ores et déjà exclu la possibilité de retirer les vitraux classés. C’est le plus important et il faut se réjouir de son intervention claire et nette. Souhaitons que la ministre de la Culture continue à tenir fermement le cap de la défense du patrimoine à Notre-Dame.

Notre-Dame de Paris: (1482)

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Notre-Dame de Paris: Ô reine de douleur

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Pour en finir avec le virus, finissons-en avec la Vème!

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La cinquième république, surtout entre les mains de Macron, est devenue un régime archaïque et antidémocratique.


La chose qu’à titre personnel, j’aurais eu le plus de mal à  supporter, depuis le mois de mars de l’année dernière, c’est le caractère divin de la parole présidentielle, la manière dont l’ensemble de la population est suspendue aux  discours de Macron à 20 heures tapantes. Qui est Macron, à ce moment-là ? Le président élu, certes. Mais c’est aussi un homme seul derrière son bureau qui a décidé en dernier ressort de ce qu’il serait possible de faire et de ce qui ne le serait pas. Il décide si vous pourrez aller travailler, et comment. Si vous irez à l’école et comment. Il décide même, jusqu’au ridicule, de ce que vous pourrez consommer ou pas. L’infantilisation est totale.

 Le conseil de défense, « the place to be »

C’est la constitution de la Vème république qui lui donne ce pouvoir exorbitant et humiliant pour les citoyens d’une démocratie. Elle a été voulue par De Gaulle mais De Gaulle était un géant, comme Gargantua. Le géant, parce qu’il est sûr d’être un géant, n’hésite pas à limiter son pouvoir de lui-même.

Jusqu’à la sinistre réforme du quinquennat, il y avait par exemple la possibilité que la majorité change à l’assemblée en cours de mandat. Cela avait l’avantage de religitimer ou pas l’action du président. Désormais, depuis Chirac, le président a autant de pouvoir pendant cinq ans, plus peut-être, qu’en avait un roi de France qui lui au moins, avait en guise de légitimité le droit divin et des siècles d’Histoire. Et puis De Gaulle, le jour où un referendum l’a désavoué, il est parti. Il avait même failli partir dès 1965 quand lors de la première élection au suffrage universel, il avait ressenti comme une humiliation le fait d’être contraint à un second tour.

A lire aussi, du même auteur: De Gaulle memories

La perversité de la cinquième république, en plus, c’est qu’elle est séduisante même pour celui qui l’avait toujours condamnée, une fois qu’il est élu. L’exemple le plus éclatant de cette séduction, c’est Mitterrand, inlassable pourfendeur de cette constitution qu’il qualifiait de coup d’état permanent mais qu’il a trouvée, une fois élu, tout à fait confortable. Quant à Macron, évidemment, dès le soir de l’élection, on a bien compris avec la métaphore jupitérienne, que son entreprise de soi-disant modernisation de la France s’exercerait dans tous les domaines, sauf dans celui de son pouvoir absolu qui lui permet aujourd’hui de prendre ses décisions sanitaires et politiques par l’intermédiaire d’un conseil de défense qui a, de facto, remplacé le conseil des ministres. Le conseil de défense, c’est « the place to be » si on aime le pouvoir.

Sécurité globale

Regardez par curiosité la composition de cette instance. Il n’y a pas d’élus de terrain et ses membres sont tenus au secret défense. On pourrait au moins y associer des parlementaires ou des maires de grandes villes. Mais non, la pandémie est une affaire trop sérieuse pour la laisser, de près ou de loin, au peuple qui en est pourtant la première victime.

A lire aussi, Philippe Bilger: Ils voient dans les nécessaires lois sécuritaires notre « asservissement de demain »…

Chaque allocution présidentielle me paraît donc comme un archaïsme effrayant et liberticide. Je me sens beaucoup plus atteint dans mes libertés par le fait de dépendre de cette seule parole que d’être obligé de porter le masque ou de remplir une attestation kafkaïenne. Ce sont certes des atteintes à ma liberté mais plutôt moins que la loi de sécurité globale qui inquiète même l’ONU et la Commission européenne car évidemment, avec une telle constitution, la tentation est grande quand on dispose d’un tel pouvoir, de profiter de la pandémie pour négocier un virage autoritaire, voire franchement illibéral.

Marionnettes épuisées

Je n’aurais jamais cru écrire cela un jour, mais je regrette de ne pas être allemand,  d’avoir à la manœuvre une Angela Merkel qui mène sa barque sans tralalas dramatisants, avec méthode, modestie. Avec plus d’efficacité aussi, au moment où nous avons dépassé les cinquante mille décès.

Et surtout, elle arrive à ce résultat sans avoir besoin de réduire son parlement à une chambre d’enregistrement, ses ministres à des sous-fifres chargés de l’intendance et ses concitoyens à des marionnettes épuisées.

L’Entente cordiale: une nécessité pour la France

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Service minimum, côté français, pour les 10 ans des traités de Lancaster House. Un tweet d’Emmanuel Macron et c’est tout. Pas question de célébrer avec faste, en plein Brexit, cette alliance stratégique franco-britannique. Ni de risquer de contrarier nos amis allemands. Elle est pourtant fondamentale.


Le 2 novembre 2010, le Premier ministre britannique David Cameron et le président français Nicolas Sarkozy signaient les traités de Lancaster House (également appelés traités de Londres). Deux textes purement bilatéraux, s’extrayant du carcan de la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC) de l’Union européenne créée par le traité de Maastricht (1992) et amplifiée par le traité de Lisbonne (2007), virtuellement du moins, car il n’y a pas de politique étrangère de l’Union européenne.

Des traités utiles pour la défense

La nouvelle Entente cordiale est d’une tout autre nature. De quoi s’agit-il ? De rien de moins que de l’instauration d’une coopération de défense franco-britannique approfondie, dans le cadre d’un vaste « partenariat à long terme », dans les domaines pour le moins sensibles de la dissuasion nucléaire et des missiles de souveraineté, ainsi que de la montée en puissance de la force conjointe interarmées. Un rapprochement qualifié, à juste titre, de « sans précédent », prévu pour durer un demi-siècle, et parfaitement respectueux de la souveraineté des deux États.

Or, ces traités, qui n’auraient pu demeurer que des vœux pieux entre les deux principales puissances européennes si on les mesure à leur poids dans l’industrie de Défense (40% à eux deux), ont déjà, pour partie, des applications concrètes. Sur les treize domaines prévus, trois au moins ont connu des avancées.

Pour renforcer leur coopération dans la gestion des arsenaux nucléaires, Français et Britanniques ont prévu une installation commune à Valduc (Côte-d’Or), où sera « modélisée la performance des têtes nucléaires et des équipements associés, afin d’en assurer la viabilité, la sécurité et la sûreté à long terme ». Un Centre de développement technologique commun, situé à Aldermaston, dans le Berkshire, soutiendra ce projet.

La Force Expéditionnaire Commune Interarmées (CJEF), « adaptée à toute une série de scénarii, y compris des opérations de haute intensité », sera bientôt opérationnelle. Elle comprendra des composantes terrestre, maritime et aérienne, avec leurs états-majors associés, ainsi que la logistique et les fonctions de soutien. Il ne s’agira pas d’une force permanente, mais elle sera « disponible avec un préavis pour des opérations bilatérales » et, si les États le jugent nécessaire, pour des opérations de l’OTAN, de l’Union européenne, des Nations Unies ou autres.

Enfin, en matière de missiles, les deux pays se sont accordés pour « travailler à la mise en place d’un maître d’œuvre industriel européen unique » dans le cadre d’un « plan stratégique décennal ». Concrètement, il s’agit…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Conflits <<<

Tous à la messe dimanche!

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Jean Castex maintient une jauge de 30 personnes pour les messes, y compris pour le dimanche 29 novembre. Voici une tribune libre des Éveilleurs.


Après Emmanuel Macron, Jean Castex a confirmé ce matin fixer à 30 le nombre de fidèles autorisés à assister à la messe jusqu’au 15 décembre, sous prétexte d’une accusation non vérifiée : « En effet les lieux de culte ont été des lieux de contamination ». 

Nos dirigeants semblent avoir tellement perdu le sens commun qu’ils ne voient pas la différence entre un oratoire, une chapelle, une église, une cathédrale ou une basilique. Tandis que les restrictions sanitaires pour les commerces sont pensées en pourcentage d’occupation par rapport à la surface disponible, les catholiques devront pointer afin d’être sûrs qu’une 31e personne ne se cache pas dans les 7000m2 de Saint-Sulpice. 

À une décision qui mêle le grotesque, l’inutile et l’illégitime, aucun citoyen n’est tenu d’obéir. 

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Un subordonné n’est pas tenu d’obéir à un ordre dès lors qu’il contrevient gravement à la justice. Un subordonné n’est pas non plus tenu à l’obéissance dans un domaine où il n’est pas soumis. En vertu de la loi de séparation de l’Église et de l’État, le gouvernement n’a aucune légitimité pour dicter aux catholiques la manière dont ils doivent rendre leur culte à Dieu. Saint Thomas d’Aquin a affirmé dans la Somme Théologique : « Ainsi en est-il des lois des tyrans qui incitent à l’idolâtrie ou à toute autre chose qui serait contraire à la loi divine. Il n’est en aucun cas licite d’observer de telles lois » (Ia-IIae, q.96, a.4). 

Pour ce docteur dominicain qu’on ne peut soupçonner d’anarchisme théocratique, lui qui justifie l’obéissance comme conséquence ordonnée au bien commun de la nature sociale et politique de l’homme, il s’agissait de rappeler au politique la place prééminente du sacré et de la loi divine. 

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De nombreuses voix se sont levées dans l’histoire des hommes pour rappeler qu’il existe une loi supérieure aux décrets humains temporels, telle Antigone face à Créon, ou encore des témoins de notre longue histoire, de Jeanne d’Arc répondant à ses voix jusqu’aux martyrs de Vendée, faisant le choix de Dieu face au totalitarisme.

Forts de cet enseignement séculaire, les Éveilleurs appellent tous les catholiques de France à ne pas craindre de désobéir à un ordre injuste et disproportionné. À quelques semaines de Noël, les menaces puériles de Monsieur Darmanin et le tropisme anticlérical de Monsieur Macron n’empêcheront pas les Chrétiens d’entrer massivement dans leurs églises dès ce dimanche pour assister à la messe.

Ils pétitionnent en faveur des «enfants musulmans»: mais pourquoi les signataires éprouvent-ils le besoin de dire qu’ils sont juifs?

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Nous approchons là des frontières de l’immonde, selon Benoît Rayski


Des écoliers musulmans sont, disent-ils, persécutés en France. Certains d’entre eux ont, s’indignent-ils, été interrogés pendant des heures par la police. D’autres sanctionnés par le rectorat. Comble de l’horreur, un de ces enfants a été contrôlé « pour un mot écrit en arabe sur une feuille ». Quel mot ? La pétition ne le dit pas.

Ces enfants, des adolescents plutôt, ont fait un doigt d’honneur pendant la minute de silence consacrée à Samuel Paty. Certains, fort nombreux, se sont repassés en boucle sur leur portable la tête coupée de l’enseignant. Ça non plus la pétition ne le dit pas.

« Personnalités juives »

Elle a été publiée dans L’Obs avec la carte de visite suivante : « 38 personnalités juives » !

Rien de tel qu’une étoile jaune, pour déverser en toute bonne conscience son lot de saloperies. Se dire juif vaut ainsi un sauf-conduit pour l’immonde.

Ayant rappelé le sort funeste des enfants musulmans, les pétitionnaires établissent un parallèle entre ce qui se passe aujourd’hui et ce qui s’est passé dans les années 40. On ne peut s’empêcher, écrivent-ils, de penser « aux milliers d’enfants juifs dépouillés de leur liberté et de leur dignité par Vichy ».

Une démonstration fumeuse

Il n’est nullement fait mention dans la pétition que ces enfants juifs furent envoyés à Auschwitz. En effet cela ruinerait la démonstration des signataires car – que l’on sache – aucune chambre à gaz n’est prévue pour les enfants musulmans. Si vous voulez savoir pourquoi les signataires se déclarent juifs, la réponse est là : se prévaloir de leur origine leur permet de parler des enfants juifs. Selon une rhétorique bien éprouvée, les « 38 personnalités juives » précisent, bien sûr, que « rien n’est comparable ». Et pourtant ils comparent.

À lire aussi, Terrorisme: pour eux, c’est (toujours) la faute de la France!

Quelques noms des signataires maintenant:

Rony Brauman, qui consacre toute son énergie à vomir Israël. Michèle Sibony, porte-parole de l’Union des Français Juifs pour la Paix, un groupuscule haineux dont la seule vocation est de débaptiser Israël pour l’appeler Palestine. Dominique Vidal du Monde Diplomatique, un journaliste spécialisé dans la dénonciation des crimes de la soldatesque sioniste. Eyal Sivan, un cinéaste qui réalisa un film abject sur le procès Eichmann à Jérusalem. Sur nombre d’écoles parisiennes figurent des plaques avec les noms des enfants juifs envoyés à la chambre à gaz par Vichy. Nous suggérons à ces 38 Juifs d’aller voir et de s’incliner devant.

Affaire de l’instituteur de Malicornay: la justice tranche aujourd’hui

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La cour d’appel administrative de Bordeaux doit trancher ce jeudi le conflit qui oppose l’instituteur Matthieu Faucher à l’Éducation nationale. Par dénonciation anonyme, Monsieur Faucher avait été accusé de faire étudier des extraits bibliques en classe…


Jeudi 26 novembre, jour banal pour le plus grand nombre, jour essentiel pour quelques uns, mais jour fondamental pour l’enseignement en France. Ce soir, nous saurons si nous vivons dans un pays où un enseignant peut-être sanctionné sur la base d’une lettre anonyme dénonçant un contenu de cours parfaitement règlementaire. En outre, en cas de maintien de la sanction, les professeurs auront confirmation d’une injonction paradoxale de plus : le fait religieux doit être enseigné, mais « l’école de la confiance » ne les protègera pas en cas d’insatisfaction d’un usager.

Extrême sensibilité

Bref rappel des faits. Année scolaire 2016/2017, Matthieu Faucher enseigne en CM1/CM2 dans le petit village de Malicornay. Il choisit de mettre à profit sa formation de lettres classiques pour offrir à ses élèves un enseignement du fait religieux très riche, reliant l’Éducation Morale et Civique, le vocabulaire, l’éducation à l’image et illustrant la partie « récits mythologiques » du programme de littérature par des textes de la Bible. Il a préalablement expliqué son approche aux parents. Malgré cette précaution, la première pierre lui est jetée sous la forme d’une lettre anonyme l’accusant de « prosélythisme » (écrit tel quel). Une semaine après, sa hiérarchie le suspend de ses fonctions (promptitude réservée aux faits les plus graves). Malgré le soutien argumenté de nombreux élus et parents d’élèves, de spécialistes de l’enseignement laïc du fait religieux (Régis Debray, René Nouilhat, Jean Carpentier…), de professeurs engagés tels René Chiche, la commission disciplinaire voulue par le Directeur Académique de l’époque, Pierre-François Gachet, le sanctionne en lui imposant un déplacement d’office, c’est-à-dire le départ de l’école de Malicornay.

A lire ensuite: Après les rassemblements « pour les messes »: le dilemme de Darmanin

Notons au passage l’extrême sensibilité de Pierre-François Gachet en matière de références culturelles, puisqu’il s’est également illustré en 2018 par l’interdiction signifiée au maire de Tournon-Saint-Martin de la Chanson de Craonne, traditionnellement chantée après la Marseillaise par les enfants des écoles à la cérémonie du 11 novembre. Soulignons également que si l’Autonome de Solidarité et le syndicat SE-UNSA ont apporté leur aide à Matthieu Faucher, la représentante locale du syndicat SNUIPP/FSU a approuvé la sanction. En juillet 2019, le Tribunal administratif de Limoges ordonne cependant l’annulation de cette sanction, au motif que celle-ci est disproportionnée par rapport aux faits reprochés mais le cabinet de Jean-Michel Blanquer dépose un recours auprès de la Cour d’appel administrative de Bordeaux dont le résultat est attendu ce 26 novembre.

Culture de la satisfaction de l’usager

La lecture de cet enchainement de faits ne peut que rendre perplexe. Jusqu’en mai 2017, un fonctionnaire académique, peut s’être senti poussé une vocation de censeur, porté par le climat du quinquennat Hollande. La culture de la satisfaction de l’usager venait d’apparaître noir sur blanc dans les grilles d’évaluation des directeurs d’école grâce à Najat Vallaud-Belkacem. Parallèlement, l’opinion de Pierre Nora sur les programmes d’histoire remaniés par cette dernière permet de comprendre que les racines chrétiennes de notre pays n’étaient pas les bienvenues : « Ils portent à l’évidence la marque de l’époque: une forme de culpabilité nationale qui fait la part belle à l’Islam, aux traites négrières, à l’esclavage et qui tend à réinterpréter l’ensemble du développement de l’Occident et de la France à travers le prisme du colonialisme et de ses crimes. […] C’est l’expression d’une France fatiguée d’être elle-même, d’un pays qui ne sait pas trop où il va et ne sait donc pas dire d’où il vient. »

A lire: La laïcité ne peut être aimée, si l’on n’a pas rendu aimable le pays qui l’a inventée

Mais comment expliquer l’acharnement des équipes de Jean-Michel Blanquer, ce ministre qui a souhaité apposer le label « confiance » sur son passage rue de Grenelle ? Comment croire celui qui déclare, en mars 2018 que « nous devons donner à nos enfants des racines et des ailes » tout en coupant celles d’un enseignant ? Exprime-t-il de réelles convictions lorsqu’il prétend que les élèves « doivent savoir d’où ils viennent et où ils vont. Quand vous faites une visite dans une cathédrale aujourd’hui, souvent des enfants ignorent tout des codes qui permettent de comprendre l’endroit où ils sont. De la même façon, il y a des interprétations complètement sauvages des différents textes sacrés. Cette ignorance est vecteur d’intolérance, d’incompréhension, d’absurdité. Cela génère de l’obscurantisme. On a besoin d’une culture générale sur les religions. D’où l’intérêt de l’enseignement laïc du fait religieux » ?

Un ministre qui n’aide pas

Une fois de plus l’ambigu ministre Blanquer montre l’écart qui sépare ses paroles rutilantes de ses actes obscurs. Il ne redressera pas l’école de la République en poignardant les derniers hussards. Il ne leur facilitera pas non plus la tâche en laissant en l’état les programmes d’histoire destructurés et appauvris par Najat Vallaud-Belkacem. Matthieu Faucher est un homme dont la rectitude est palpable jusque dans le costume qu’il porte pour enseigner par respect pour ses élèves. Lire ses fiches de préparation dans La leçon de Malicornay de René Nouilhat permet de constater la rigueur de ses préparations de classe, la parfaite cohérence de la mise en réseau des disciplines et sa grande culture générale, si rare dans le premier degré aujourd’hui. 60% des enseignants disent déjà éviter le sujet de la religion pourtant fondamental comme le démontrait le rapport Debray en 2002. La connaissance de la culture chrétienne est indispensable pour comprendre l’histoire de l’art, la littérature, les dates du calendrier, l’architecture, la musique, l’histoire de France…

Matthieu Faucher, agnostique père de trois enfants non baptisés, a eu l’honnêteté de vouloir offrir à ses élèves la même culture générale qu’à sa progéniture, cela ne peut en aucun cas constituer une faute.

La leçon de Malicornay: Le fait religieux pris en otage

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Dieu est mort. Le diable aussi…

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Philippe David nous rappelle les exploits de Diego Maradona, décédé hier. Le joueur d’1m66 était le plus grand géant du football. 


Un certain Jacques Chirac disait il y a quelques années que « les merdes ça vole en escadrille ». Et pour les amoureux de sport, entre les disparitions de Christophe Dominici, Jacques Secrétin et Diego Maradona en à peine vingt-heures, on peut dire que cette citation prend tout son sens.

Diego Armando Maradona est décédé moins d’un mois après son soixantième anniversaire, emporté par un arrêt cardio-respiratoire selon la presse argentine. Maradona, « el pibe de oro », le gamin en or, qui dans sa carrière aura tout gagné ou presque, aura disputé quatre coupes du monde, laissant dans chacune la marque de Dieu et celle du diable. Il aurait même pu en disputer cinq si son âge, 17 ans, n’avait pas dissuadé César Luis Menotti, le sélectionneur argentin pour la coupe du monde 1978 jouée à domicile et remportée par l’Albiceleste, de le prendre dans l’effectif alors qu’il lui avait offert sa première sélection à 16 ans en février 1977 contre la Hongrie.

La main de Dieu

1982 : Après un match d’ouverture perdu face aux redoutables Belges, Maradona réalise un match magnifique avec un doublé contre la Hongrie. Le Dieu Maradona était né. Lors du premier match du second tour, dans le groupe de la mort avec l’Italie et le Brésil, il subit un marquage odieux de Gentile qui serait renvoyé au vestiaire après 20 minutes aujourd’hui et l’Argentine s’incline 2-1. Face au magnifique Brésil de Télé Santana, Zico et Socrates, les Brésiliens mènent 3-0 à un quart d’heure du coup de sifflet final synonyme d’élimination et de perte du titre de champions du monde. Maradona pète les plombs en assénant un coup de pied dans le ventre de Batista avec pour conséquence un carton rouge on ne peut plus logique. Le diable Maradona venait de naître.

1986 : Après un premier tour où Maradona égalise pour un match nul contre les champions du monde italiens, c’est en quart de finale contre l’Angleterre qu’il va passer cette fois-ci de diable à Dieu en cinq minutes. Cinquante et unième minute, il trompe le gardien Peter Shilton de la main, « la main de Dieu » dira-t-il en faisant référence à la revanche de la guerre des Malouines. Le diable venait de frapper. Cinq minutes plus tard, le même Maradona troque le costume du diable pour celui de Dieu. Il prend le ballon sur le côté droit  une dizaine de mètres dans le camp argentin. Il accélère, élimine la moitié de l’équipe d’Angleterre, dribble le gardien et fait trembler les filets. Dieu venait de marquer. Victor Hugo Morales, le commentateur argentin, pleurera après ce but en le qualifiant de « Dieu Saint » et de « cerf-volant cosmique » en demandant « de quelle planète il venait ? ». Dieu allait réapparaitre avec un somptueux doublé contre les Belges en demie et une passe décisive magistrale pour Burruchaga en finale permettant à l’Argentine, qui venait de se faire remonter deux buts contre la RFA, de remporter son second trophée mondial en huit ans. En 1986, le Dieu du football avait un nom : Maradona.

De la cocaïne dans les urines

1990 : Lors de cette coupe du monde en Italie, l’Argentine arriva miraculeusement en finale avec un Maradona bien moins bon que quatre ans plus tôt mais leader incontesté, avec Claudio Caniggia, de la sélection Albiceleste. Sortie des poules miraculeuse comme meilleurs troisièmes. Victoire en huitième de finale contre le Brésil, une victoire dont Maradona dira en décembre 2004 lors d’une émission télévisée que les Argentins avaient mis du somnifère dans l’eau des joueurs auriverdes. En demi-finale à Naples, où il venait de remporter un second Scudetto en trois ans, il marqua le tir au but décisif contre le pays organisateur. Dieu avait permis à l’Argentine d’atteindre sa troisième finale en quatre coupes du monde. Mais le diable frappa quand Maradona traita les supporters italiens, qui éliminés par l’Argentine voulaient une revanche en finale en sifflant l’hymne de l’Albiceleste, de « hijos de p… », pas besoin de traduire, à voix haute face aux caméras.

1994 : la coupe du monde sera courte pour Maradona. Premier match contre la Grèce, et à l’heure de jeu alors que l’Argentine mène 2-0, une action à trois supersonique avec Redondo et Caniggia voit Maradona propulser le ballon en pleine lucarne. Dieu était encore là à 33 ans. Mais Dieu avait les apparences du démon puisque, au contrôle anti-dopage on trouvait de la cocaïne dans ses urines. Exclu du mondial, Maradona faisait ses adieux à la coupe du monde à 33 ans, un âge qui n’est pas anodin pour un Dieu du football.

Trois jours de deuil national

La fin de sa vie sera chaotique entre propos faisant scandale, cocaïne et soutien à des régimes fort peu démocratiques comme le Cuba de Castro et le Venezuela de Chavez. Peut-être parce que Dieu l’avait créé pour le football et rien que pour le football ?

Aujourd’hui l’Argentine a décrété trois jours de deuil national, le peuple de ce merveilleux pays pleurant des larmes grandes comme le Rio de la Plata. Une Argentine qui commémorera dans quinze jours les 130 ans de la naissance de son autre Dieu, Carlos Gardel. On imagine bien le Roi du tango accueillir Diego en lui chantant « la última copa » ou « mi noche triste ».

Dieu est mort, le diable aussi…

Mes Mots du jour

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LI-BER-TÉ-DE-CULTE!

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Un fidèle lors de la priere de l'Aid à Marseille, en 2010 © POCHARD PASCAL/SIPA Numéro de reportage: 00609537_000003

Les adeptes de la victimisation affirment haut et fort que la laïcité est hostile aux religions. Or, celle-ci n’est en rien un athéisme d’État. Son objectif? Elle vise à soumettre les cultes à la loi. 


Ah, la laïcité ! Ce cadre juridique merveilleux qui garantit la liberté de culte pour tous, et vous assure que l’État respectera une stricte neutralité en ne se mêlant jamais de ce que vous faites pourvu que vos activités aient un caractère religieux… Non ? Non.

En réalité, la laïcité subordonne justement la liberté de culte à des droits encore plus fondamentaux, et notamment au respect absolu de la liberté de conscience, de la liberté de pensée et, puisqu’il est impossible de véritablement penser sans confronter ses pensées aux pensées des autres, sans prendre le risque d’être bousculé voire choqué par les idées des autres, à la liberté d’expression. Mais reprenons du début.

La laïcité est un projet politique

Première erreur, croire que la laïcité serait un cadre juridique, alors qu’elle est un projet politique. Celui-ci s’inscrit dans un cheminement historique, que l’on peut résumer – pour simplifier – par un immense « plus jamais ça ! » répondant à la Saint Barthélémy, et faisant écho au « plus jamais ça ! » antique répondant à la condamnation de Socrate. Naturellement, il se traduit par un certain nombre de règles juridiques, notamment la fameuse loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des églises et de l’État, mais les deux ne doivent pas être confondus.

Quel est ce projet politique ? L’émancipation de l’individu, l’épanouissement de sa liberté de conscience et de pensée, en particulier par rapport aux prescriptions religieuses. Sapere aude, ose penser par toi-même. Plus généralement, il s’agit de donner la primauté au choix lucide et responsable sur l’automatisme de l’injonction.

Et puisque la laïcité est en elle-même un projet, elle ne saurait être réduite à un simple espace vide où faire coexister les projets des différentes religions et sensibilités métaphysiques, une neutralité passive. Elle n’est pas une liberté mais une volonté de libération, une détermination active à faire reconnaître et à défendre une liberté.

À lire aussi: Aurélien Taché: « Faut-il renvoyer les parents de l’assassin de Samuel Paty à cause de ce qu’a fait leur fils? »

Deuxième erreur, croire que la laïcité serait garante de la liberté de culte: non, et heureusement. La loi de 1905 subordonne au contraire la liberté de culte à l’ordre public et au respect des lois: je renvoie à ses articles 25 à 36 relatifs à la police des cultes.
Absolutiser la liberté de culte reviendrait à accepter les sacrifices humains – et j’entends d’ici les libéraux-libertaires et autres « woke » qui me diront que si le sacrifié est volontaire et la religion « racisée », après tout pourquoi pas ? Juger les coutumes aztèques ou carthaginoises à l’aune de notre « morale blanche » occidentalo-centrée est une attitude néo-coloniale et raciste, et puis offrir sa vie à Moloch ou Tezcatlipoca n’est qu’une forme d’euthanasie comme les autres : ma religion – ma mort – mon choix. Ainsi meurt surtout l’idée même de civilisation.

Dieux merci, nous n’en sommes pas là, et je crois pouvoir affirmer sans me faire traiter de (crypto-)fasciste que l’Ordre du Temple Solaire et ses suicides de masse ne doivent en aucun cas bénéficier de la liberté de culte, tout comme il faut la refuser à un groupe dont les cérémonies permettent au gourou d’enseigner « l’orgasme cosmique » aux filles prépubères de ses adeptes.

Troisième erreur, croire qu’il existerait une pancarte magique « c’est religieux » qui empêcherait l’œil vigilant de la loi de voir ce que l’on fait, un joker à brandir au tribunal « c’est religieux, donc je peux ! » Et bien non.

Je n’ai pas le droit de rouler à 180 km/h sur l’autoroute, même si je suis un adorateur d’Hermès, que je vois en lui le dieu de la vitesse, qu’à mes yeux rouler (trop) vite est un rituel religieux et que j’ai une très ancienne parole d’un très ancien oracle qui m’ordonne de le faire. D’aucuns jugeront cette restriction insupportable, hurleront qu’il s’agit d’une atteinte à leurs libertés, d’hermèsismophobie voire de racisme anti-grec, mais c’est ainsi.
De même, la loi française a aboli l’esclavage et garantit l’égalité des droits civiques entre les sexes, et je n’ai pas le droit de faire l’apologie d’un texte qui encourage l’esclavage et les violences conjugales, même si je suis un adorateur de… Ah ? Là, ce serait différent, me souffle Aurélien Taché. Mais non, monsieur le député, c’est exactement la même chose. L’inacceptable ne devient pas subitement acceptable du seul fait que ceux qui s’y livrent prétendent que c’est un Dieu qui le leur a permis ou prescrit.

Aurélien Taché, ici à l'Assemblée nationale le 19 octobre 2019, a récemment fait polémique sur la polygamie en déclarant : "Ce n'est pas à l'État de savoir si les gens vivent à deux, à trois ou autres". © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage : 00926993_000035
Aurélien Taché, ici à l’Assemblée nationale le 19 octobre 2019, a récemment créé la polémique en déclarant au sujet de la polygamie : « Ce n’est pas à l’État de savoir si les gens vivent à deux, à trois ou autres ».  © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage : 00926993_000035

Les cultes obligés de se soumettre à la loi

Et contrairement à ce que disent les abonnés aux geignements victimaires, ce principe de laïcité n’est en rien hostile aux religions. Au contraire, même. « Religion », du latin religio, ne vient pas de religare « relier » mais de relegere « relire avec un œil critique » (Cicéron, déjà, jugeait utile de le rappeler). « Religion » s’oppose à « superstition », superstitio, qui désigne toute croyance que l’on refuse de soumettre à la critique de la raison et du sens moral. Et si « superstition » évoque maintenant les chats noirs et les vendredis 13, superstitio peut aussi se traduire par « secte », « obscurantisme », « fanatisme ».
La laïcité est un projet politique qui, en obligeant les cultes à se soumettre à la loi, au débat démocratique donc à l’examen critique par la collectivité au service du bien commun, agit comme un tamis permettant de distinguer entre religions et sectes, afin que les religions puissent participer à la vie de la cité sans servir de caution morale aux sectes, et afin que l’État puisse combattre l’emprise délétère des sectes sans restreindre injustement les libertés des religions.

Mais il faut, pour que ce projet se concrétise, que la laïcité soit appliquée sans faiblesse, et nous savons tous que ce n’est aujourd’hui pas le cas. Par complaisance multiculturaliste, bien sûr, par lâcheté et clientélisme politique, mais aussi parce que trop de ses défenseurs se trompent fréquemment de cible.

Paradoxe : d’un côté, on oublie souvent que l’entrée en vigueur de la loi de 1905 fut un combat, qu’il fallut la force publique pour que l’Église se résigne à sa défaite, et qu’il n’y a aucune raison pour que l’islam s’adapte plus facilement à la laïcité aujourd’hui que le catholicisme hier – au contraire même. Et d’un autre côté, certains ténors du « camp laïque » s’enferrent dans une opposition stérile à un christianisme désormais sincèrement pacifié: ils ne parviennent pas à dépasser le souvenir des affrontements de jadis, ou ils sont crispés sur des désaccords qu’il ne faut pas nier mais qui ne sont pas des remises en cause de la laïcité, ou encore ils sont obsédés par l’impératif de « ne pas stigmatiser » et se croient obligés de taper à égale mesure sur toutes les religions (ce qui, Hermès me pardonnera de filer la métaphore, revient à harceler les bons conducteurs pour des vétilles plutôt que de se concentrer sur la répression des chauffards), ou enfin ils sont sincèrement incapables de comprendre la différence entre religio et superstitio, religion et secte, et d’en tirer les conséquences pratiques.

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Cette distinction millénaire serait pourtant bienvenue face aux enjeux actuels.

Autoriserions-nous des associations à enseigner à des enfants que la référence normative et morale ultime est un livre validant (entre autres choses) l’utilisation des prisonnières de guerre comme esclaves sexuelles et refusant catégoriquement la liberté de conscience, si ces associations ne se paraient pas du qualificatif de « cultuelles » ? Autoriserions-nous de tels enseignements si elles ne se prévalaient pas de traditions exotiques, donc intouchables sous peine d’être accusé de racisme, et c’est ainsi qu’une antenne du planning familial peut en arriver à justifier l’excision ? L’autoriserions-nous si ces associations ne faisaient pas trembler les élus avec le vote communautaire, et l’État avec des menaces d’émeutes, et si nous n’étions pas collectivement rongés par une telle crainte de manquer de tolérance que nous ne savons plus condamner l’intolérable ?

Et je souligne la différence entre considérer que certains passages d’un livre peuvent être des sources d’inspiration, et affirmer que le livre dans son ensemble serait la suprême pierre de touche. Quel que soit le livre sacré, subordonner l’application de ses préceptes à la raison et à la conscience morale est religieux, alors que placer ces mêmes préceptes au-dessus de tout, hors de portée de la critique, est superstitieux.

Il faut le dire et le redire. La laïcité n’est ni un athéisme d’État, ni un relativisme lâche: elle est, lorsqu’elle est correctement appliquée, la garantie que l’État protègera les cultes qui respectent les lois, et qu’il sanctionnera impitoyablement les autres. Cette distinction, bien sûr, en dérange certains. Devinez lesquels ?

La laïcité: Histoire d'une singularité française

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Ils voient dans les nécessaires lois sécuritaires notre « asservissement de demain »…

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Philippe Bilger © CORET PHOTOS/SIPA Numéro de reportage: 00925894_000016.

Je ne crois pas à la « mise entre parenthèses de l’exigence
démocratique » qui résulterait des dispositions exceptionnelles qu’une
insupportable actualité contraindrait à prendre.


La période troublée, éprouvante que nous vivons, avec la multitude de crises que le pouvoir doit affronter et auxquelles nous sommes confrontés dans notre quotidienneté d’humains et de citoyens, fait surgir trop de prophètes de malheur démocratique.

Ils se recrutent beaucoup parmi les avocats et de fait ce ne sont pas les plus médiocres qui s’expriment.

On en trouve aussi parmi les intellectuels pour lesquels une absence de morosité républicaine serait incompatible avec l’importance qu’ils cherchent à se donner.

Il y a, de toutes manières, des psychologies singulières qui, en toute bonne foi, ne pourraient concevoir la marche du monde que sous l’angle d’un pessimisme obstiné et se croyant sans cesse plus lucide que les bouffées d’espérance venant rassurer, consoler ou mobiliser.

Me Henri Leclerc, Me Patrice Spinosi: « Il me semble que ce n’est pas offenser ces intelligences déprimées que de les qualifier de prophètes de malheur démocratique »

J’ai évoqué d’abord les avocats parce que chez certains d’entre eux la passion vive de la liberté, dominant l’exigence moins considérée de la sécurité, et le souci obsessionnel du droit suscitent des réflexions et un climat qui, oubliant le passé et sautant par-dessus le présent, anticipent un futur forcément menaçant, désiré telle une preuve de l’inéluctabilité du pire supputé.

Pour Me Henri Leclerc qui demeure fidèle à une ligne constante toujours largement approuvée par une gauche se revendiquant dépositaire du seul humanisme qui vaille, « l’État fait, sans s’en rendre compte, des concessions aux ennemis de la liberté. »

Me Patrice Spinosi n’est pas en reste, et même bien davantage. Ce cabinet, où officie également le remarquable François Sureau qui partage les mêmes préoccupations et inquiétudes que son associé et avec lequel, sur ces thèmes, j’ai croisé à plusieurs reprises amicalement le fer, n’est à l’abri d’aucune angoisse républicaine et est prêt à les accueillir toutes, tant pour lui les virtualités présumées dangereuses sont plus tangibles que les périls tragiquement concrets de chaque instant. Me Patrice Spinosi, qui n’est pas désaccordé d’avec la philosophie sociale et juridique du Monde qui le questionne, n’hésite pas à nous prédire que « nous bâtissons notre asservissement de demain » et que « pendant un état d’urgence, qu’il soit terroriste ou sanitaire, l’exigence démocratique est mise entre parenthèses », sa pensée étant plus abruptement résumée par le quotidien : « Pour cet avocat, les lois sécuritaires permettront à un gouvernement populiste de surveiller la population ».

Il me semble que ce n’est pas offenser ces intelligences déprimées que de les qualifier de prophètes de malheur démocratique.

D’abord parce qu’il n’est pas un moment de notre Histoire, une étape de notre société où ils se sont dispensés de cette approche, où ils nous auraient privés de leur négativité.

À tout coup, dans l’arbitrage républicain qu’un pouvoir se doit d’opérer entre les nécessités de sa protection et les risques de sa dénaturation, le choix est toujours le même pour ces voluptueux Cassandre qui aspirent aux frissons des discours anxiogènes. Les premières sont systématiquement reléguées au bénéfice des seconds. Les certitudes au bénéfice des éventualités. Le sûr du péril au bénéfice du danger seulement supposé.

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Ce processus déjà discutable à cause de son caractère jamais remis en question est encore plus choquant dans ce temps où l’infinité des épreuves, le poids des souffrances et l’incroyable diversité des épées de Damoclès suspendues sur nos destins et notre sauvegarde ne devraient pas laisser de place à d’autres interrogations que celles tenant à notre survie sans que nous soyons coupables pour cela de non-humanisme.

Il m’apparaît que la focalisation sur un futur présumé dévastateur « populisme » – ce serait le mal suprême – et « asservissement de demain » – n’est pas loin de relever d’une mise en danger d’une société actuellement attaquée aux bords de son délitement sans une défense efficace.

Il y a quelque chose de surréaliste, face à un réel constamment menaçant, à nous entretenir de fantasmes engendrés par le lien pervers du droit dans une définition univoque et de la liberté dans un sens suicidaire.

Surtout, je ne crois pas à la « mise entre parenthèses de l’exigence démocratique » qui résulterait des dispositions exceptionnelles qu’une insupportable actualité contraindrait à prendre.

En effet j’irais jusqu’à soutenir, au contraire, que ce qui est décidé par un pouvoir légitime, approuvé par le parlement et validé par des instances de contrôle bénéficie d’une présomption démocratique, grâce à laquelle ce qui s’inscrit dans un espace bouleversé par les défis du présent et les obligations même de rupture par rapport à la normalité qu’il est susceptible d’engendrer, ne perd jamais rien de sa tonalité républicaine.

On ne sort pas de la démocratie quand on se plie à ce qu’elle doit inventer pour se défendre, quoi qu’il lui en coûte, quoi qu’en pensent les dogmatiques compulsifs qui préféreraient la voir mourir dans sa pureté théorique que sauvée par un pragmatisme la conduisant à adapter ses principes aux maux qui l’affectent.

Je conviens que ces prophètes de malheur sont là, certes, pour nous garder en éveil, pour nous donner mauvaise conscience mais de grâce qu’ils n’en abusent pas !

Tout ce qui n’est pas interdit est obligatoire, et inversement!

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© John Cairns/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22516761_000003

Au ridicule français


Certes, les Français sont indisciplinés, râleurs, de mauvaise humeur, exigeants, capricieux, attendant tout de l’État et considérant le travail comme une valeur, mais surtout comme l’exploitation de l’homme par l’homme, détestant les riches (sauf ceux qui ont gagné au loto), n’ayant confiance en personne, adorant la démocratie mais votant de moins en moins… Mais ils sont aussi capables d’exploits et d’un redoutable bon sens.

Il semblerait que l’administration (peut-on encore dire l’« État » ?) ne cesse d’en rajouter sur ce qui les exaspère et paralyse le pays, pour leur bien, évidemment. On se demande comment cette politique consistant à dire non à pratiquement tout va cesser.

Les Français et la luxure capitaliste

L’impuissance gouvernementale est actée, il suffit d’entendre l’ancien Premier ministre Édouard Philippe répondre avec mesure à une audition parlementaire, tentant d’expliquer courageusement que l’on pourra de moins en moins prendre de décisions nécessaires, mais contraires à certains décrets promulgués, si la menace d’une mise en examen et de poursuites au pénal est une épée de Damoclès permanente.

A lire aussi: Les Parisiens à Anne Hidalgo: «Le Havre c’est encore loin?» sa réponse : «Taisez-vous et nagez!»

Nous n’avons pas de temps à perdre avec des coupables en puissance, mais beaucoup de temps à gagner avec ceux qui cherchent des solutions. Pour cela il vaut mieux s’adresser aux entrepreneurs, sachant qu’en France nous privilégions tout ce qui est « à but non lucratif ». Le lucratif c’est le stupre et la luxure capitaliste, d’où la méfiance permanente envers tout ce qui vient du privé : cliniques, libéraux, initiatives des entreprises, etc.

L’État profond a atteint un tel stade de pouvoirs diffus et dissimulés, de structures imbriquées, de stratifications administratives, de petits chefs ayant le pouvoir de bloquer, que rien ne peut arrêter ce canard sans tête. Prenons l’exemple récent et encourageant de l’annonce d’un vaccin contre le Covid-19. On commence par interroger les Français sur le sujet, mais en l’état actuel des choses, comment pourraient-ils avoir une opinion objective ? De fait, ils répondent à 59% que, personnellement ils ne se feraient pas vacciner. Et médias et politiques de renchérir en déplorant que nous soyons le peuple le plus opposé à la vaccination. Conclusion: certains envisagent alors de le rendre obligatoire! Un préambule symbolique et navrant: on peut légitimement exprimer des doutes sur les effets secondaires potentiels d’un vaccin dont on ne sait rien, sinon que la perspective de son arrivée sur le marché a fait prendre 4% à Wall Street dès l’ouverture ! S’inquiéter des possibles dommages sanitaires d’un vaccin en cours de test ne veut pas dire que l’on est réfractaire à la vaccination en général (laissons cela aux Verts !). En revanche la perspective de la vaccination obligatoire ouvre la porte à de grandioses polémiques.

De la même façon on découvre que les masques chirurgicaux sont lavables plusieurs fois et réutilisables, test à l’appui. Oui, mais un décret interdit « la réutilisation de dispositifs médicaux à usage unique », donc la collecte des masques usagés en milieu pharmaceutique. Alors, très vite, on opte pour la création d’une « mission d’évaluation » – nous voilà rassurés. Bien entendu, on ne consulte pas les industriels et les réseaux de récupération qui pourraient intervenir. Dans la réalité, tout le monde s’en fiche et chacun fait ce qu’il veut de ses masques (y compris les jeter sur la chaussée ou à la mer). Tant pis, l’essentiel, c’est la règle: les masques sont obligatoires et leur réutilisation interdite.

Rappelons que lorsque le port du masque est devenu obligatoire, il était interdit aux entreprises d’en acheter et aux pharmacies d’en vendre. Même pas peur !

70 psychologues à l’écoute du télétravailleur désemparé

On a invité les entreprises à recourir avec discernement au télétravail, jusqu’à ce qu’il devienne « obligatoire ». Il est ainsi interdit d’aller travailler sans attestation obligatoire de l’employeur, auquel on interdit par ailleurs d’employer ses salariés autrement qu’en télétravail. Le même télétravail, si j’ai bien compris le président de la République, est « interdit » aux administrations qui doivent obligatoirement continuer à dysfonctionner normalement. Là, cela devrait aller.

A lire ensuite: Et en même temps, il fallait bien l’évacuer cette place de la République…

Mais ce serait trop simple. Est donc apparu récemment le principe d’une prime compensant le télétravail à la maison, dont on peut gager qu’elle va devenir obligatoire. Sans parler des tickets-restaurant obligatoirement distribués lorsqu’on reste chez soi et que les restaurants sont fermés. On comprend qu’Élisabeth Borne ait créé un numéro vert (0800 130 000) auquel répondent 70 psychologues chargés de soutenir le télétravailleur désemparé.

Il est interdit de sortir de chez soi, mais obligatoire de sortir dûment nanti d’une attestation que l’on se fait à soi-même. Au sujet du motif invoqué, il est donc interdit de se mentir à soi-même.

Pas de chance: il est interdit d’interdire le « Black Friday », car les commerçants (interdits d’ouverture) sont autorisés à organiser toute l’année des opérations de promotion limitées dans le temps. De toute façon, il est interdit d’acheter ce qui n’est pas « essentiel ». Toutefois, l’essentiel n’est pas encore obligatoire.

Le gouvernement ressemble de plus en plus à un syndic d’immeubles en déroute, le concierge en chef est dans l’escalier et l’ascenseur toujours en panne.

Notre-Dame: l’archevêché voudrait se débarrasser des vieilleries

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La cathédrale Notre-Dame de Paris, le 19 octobre 2020. © xavier FRANCOLON/SIPA Numéro de reportage : 00990191_000001

La contribution du XIXe siècle – et notamment de Viollet-le-Duc – est dénigrée par certains, qui souhaiteraient faire de la cathédrale Notre-Dame une bimbeloterie contemporaine. 


L’archevêché de Paris a surpris tout le monde au sujet de Notre-Dame. Un groupe de travail interne vient de présenter aux prêtres du diocèse l’état de ses cogitations non encore officielles, mais ayant largement fuité. Les ecclésiastiques envisagent tout bonnement de demander un grand réaménagement intérieur de la cathédrale s’avérant non seulement coûteux, mais aussi très destructeur sur le plan du patrimoine. Ils voudraient d’abord qu’on enlève les vitraux des bas-côtés, créés et implantés par Viollet-le-Duc, pour mettre à la place des choses plus branchées. Ils souhaiteraient remiser le mobilier d’époque, tels que confessionnaux et autels, également dessinés par le maître et ses collaborateurs. L’aggiornamento s’étendrait même probablement à des statues et peintures d’artistes associés à Viollet-le-Duc. Tant qu’à faire, on se débarrasserait des modestes chaises paillées actuelles au profit de bancs imaginés par des designers et rehaussés de leds, à la façon des parkings, pour repérer de loin un espace libre. Des dispositifs de projections sur les parois et les voûtes permettraient enfin une communication évangélique en format XXL.

À lire aussi, Benoît Rayski : Monseigneur Aupetit, mais qu’est-ce qu’il a sous sa mitre?

Tout le problème avec Notre-Dame, on l’a assez dit, est que beaucoup de gens, même éminents, ignorent ou dénigrent la contribution décisive du XIXe siècle et de Viollet-le-Duc. Notre-Dame est, certes, une cathédrale du XIIIe siècle, mais elle est aussi et surtout, jusque dans les moindres détails, une cathédrale du XIXe siècle. Ce serait absurde et d’une grande vulgarité de mettre à la place de ce legs une bimbeloterie contemporaine. La Charte de Venise, traité international qui régit la protection du patrimoine, nous impose d’ailleurs de respecter l’œuvre des artistes d’autrefois.

Puisse la ministre de la Culture tenir le cap de la défense du patrimoine !

Déjà, dans les années 1960, d’autres vitraux de Viollet-le-Duc, jugés insuffisamment gais, sont malencontreusement déposés. Les années Malraux (1959-1969) sont, on le sait, des années noires pour le patrimoine. Des verrières plus modernes sont alors commandées à un certain Jacques Le Chevallier qui prétend « renouveler l’art du vitrail » en « renonçant à la figuration » et en faisant des choses « extrêmement simples ». En réalité, avec le recul, on voit que sa verroterie est surtout simpliste. Disons-le, c’est très moche. C’est du moderne qui a mal vieilli. Heureusement, ces verrières sont placées si haut qu’elles ne sont pas très gênantes. Si on en avait la possibilité, le mieux serait cependant de réimplanter les verrières d’origine de Viollet-le-Duc. À défaut de pouvoir réaliser ce rêve, le bon sens exige d’éviter de gâcher ce qui reste.

Roselyne Bachelot a d’ores et déjà exclu la possibilité de retirer les vitraux classés. C’est le plus important et il faut se réjouir de son intervention claire et nette. Souhaitons que la ministre de la Culture continue à tenir fermement le cap de la défense du patrimoine à Notre-Dame.

Notre-Dame de Paris: (1482)

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Notre-Dame de Paris: Ô reine de douleur

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Pour en finir avec le virus, finissons-en avec la Vème!

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Manifestation à Rennes, le 17 novembre 2020 © Mathieu Pattier/SIPA Numéro de reportage: 00991448_000005

La cinquième république, surtout entre les mains de Macron, est devenue un régime archaïque et antidémocratique.


La chose qu’à titre personnel, j’aurais eu le plus de mal à  supporter, depuis le mois de mars de l’année dernière, c’est le caractère divin de la parole présidentielle, la manière dont l’ensemble de la population est suspendue aux  discours de Macron à 20 heures tapantes. Qui est Macron, à ce moment-là ? Le président élu, certes. Mais c’est aussi un homme seul derrière son bureau qui a décidé en dernier ressort de ce qu’il serait possible de faire et de ce qui ne le serait pas. Il décide si vous pourrez aller travailler, et comment. Si vous irez à l’école et comment. Il décide même, jusqu’au ridicule, de ce que vous pourrez consommer ou pas. L’infantilisation est totale.

 Le conseil de défense, « the place to be »

C’est la constitution de la Vème république qui lui donne ce pouvoir exorbitant et humiliant pour les citoyens d’une démocratie. Elle a été voulue par De Gaulle mais De Gaulle était un géant, comme Gargantua. Le géant, parce qu’il est sûr d’être un géant, n’hésite pas à limiter son pouvoir de lui-même.

Jusqu’à la sinistre réforme du quinquennat, il y avait par exemple la possibilité que la majorité change à l’assemblée en cours de mandat. Cela avait l’avantage de religitimer ou pas l’action du président. Désormais, depuis Chirac, le président a autant de pouvoir pendant cinq ans, plus peut-être, qu’en avait un roi de France qui lui au moins, avait en guise de légitimité le droit divin et des siècles d’Histoire. Et puis De Gaulle, le jour où un referendum l’a désavoué, il est parti. Il avait même failli partir dès 1965 quand lors de la première élection au suffrage universel, il avait ressenti comme une humiliation le fait d’être contraint à un second tour.

A lire aussi, du même auteur: De Gaulle memories

La perversité de la cinquième république, en plus, c’est qu’elle est séduisante même pour celui qui l’avait toujours condamnée, une fois qu’il est élu. L’exemple le plus éclatant de cette séduction, c’est Mitterrand, inlassable pourfendeur de cette constitution qu’il qualifiait de coup d’état permanent mais qu’il a trouvée, une fois élu, tout à fait confortable. Quant à Macron, évidemment, dès le soir de l’élection, on a bien compris avec la métaphore jupitérienne, que son entreprise de soi-disant modernisation de la France s’exercerait dans tous les domaines, sauf dans celui de son pouvoir absolu qui lui permet aujourd’hui de prendre ses décisions sanitaires et politiques par l’intermédiaire d’un conseil de défense qui a, de facto, remplacé le conseil des ministres. Le conseil de défense, c’est « the place to be » si on aime le pouvoir.

Sécurité globale

Regardez par curiosité la composition de cette instance. Il n’y a pas d’élus de terrain et ses membres sont tenus au secret défense. On pourrait au moins y associer des parlementaires ou des maires de grandes villes. Mais non, la pandémie est une affaire trop sérieuse pour la laisser, de près ou de loin, au peuple qui en est pourtant la première victime.

A lire aussi, Philippe Bilger: Ils voient dans les nécessaires lois sécuritaires notre « asservissement de demain »…

Chaque allocution présidentielle me paraît donc comme un archaïsme effrayant et liberticide. Je me sens beaucoup plus atteint dans mes libertés par le fait de dépendre de cette seule parole que d’être obligé de porter le masque ou de remplir une attestation kafkaïenne. Ce sont certes des atteintes à ma liberté mais plutôt moins que la loi de sécurité globale qui inquiète même l’ONU et la Commission européenne car évidemment, avec une telle constitution, la tentation est grande quand on dispose d’un tel pouvoir, de profiter de la pandémie pour négocier un virage autoritaire, voire franchement illibéral.

Marionnettes épuisées

Je n’aurais jamais cru écrire cela un jour, mais je regrette de ne pas être allemand,  d’avoir à la manœuvre une Angela Merkel qui mène sa barque sans tralalas dramatisants, avec méthode, modestie. Avec plus d’efficacité aussi, au moment où nous avons dépassé les cinquante mille décès.

Et surtout, elle arrive à ce résultat sans avoir besoin de réduire son parlement à une chambre d’enregistrement, ses ministres à des sous-fifres chargés de l’intendance et ses concitoyens à des marionnettes épuisées.

L’Entente cordiale: une nécessité pour la France

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Le porte-avions Charles de Gaulle, à Toulon, le 11 avril 2020. © MARINE NATIONALE/SIPA Numéro de reportage : 00956239_000003

Service minimum, côté français, pour les 10 ans des traités de Lancaster House. Un tweet d’Emmanuel Macron et c’est tout. Pas question de célébrer avec faste, en plein Brexit, cette alliance stratégique franco-britannique. Ni de risquer de contrarier nos amis allemands. Elle est pourtant fondamentale.


Le 2 novembre 2010, le Premier ministre britannique David Cameron et le président français Nicolas Sarkozy signaient les traités de Lancaster House (également appelés traités de Londres). Deux textes purement bilatéraux, s’extrayant du carcan de la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC) de l’Union européenne créée par le traité de Maastricht (1992) et amplifiée par le traité de Lisbonne (2007), virtuellement du moins, car il n’y a pas de politique étrangère de l’Union européenne.

Des traités utiles pour la défense

La nouvelle Entente cordiale est d’une tout autre nature. De quoi s’agit-il ? De rien de moins que de l’instauration d’une coopération de défense franco-britannique approfondie, dans le cadre d’un vaste « partenariat à long terme », dans les domaines pour le moins sensibles de la dissuasion nucléaire et des missiles de souveraineté, ainsi que de la montée en puissance de la force conjointe interarmées. Un rapprochement qualifié, à juste titre, de « sans précédent », prévu pour durer un demi-siècle, et parfaitement respectueux de la souveraineté des deux États.

Or, ces traités, qui n’auraient pu demeurer que des vœux pieux entre les deux principales puissances européennes si on les mesure à leur poids dans l’industrie de Défense (40% à eux deux), ont déjà, pour partie, des applications concrètes. Sur les treize domaines prévus, trois au moins ont connu des avancées.

Pour renforcer leur coopération dans la gestion des arsenaux nucléaires, Français et Britanniques ont prévu une installation commune à Valduc (Côte-d’Or), où sera « modélisée la performance des têtes nucléaires et des équipements associés, afin d’en assurer la viabilité, la sécurité et la sûreté à long terme ». Un Centre de développement technologique commun, situé à Aldermaston, dans le Berkshire, soutiendra ce projet.

La Force Expéditionnaire Commune Interarmées (CJEF), « adaptée à toute une série de scénarii, y compris des opérations de haute intensité », sera bientôt opérationnelle. Elle comprendra des composantes terrestre, maritime et aérienne, avec leurs états-majors associés, ainsi que la logistique et les fonctions de soutien. Il ne s’agira pas d’une force permanente, mais elle sera « disponible avec un préavis pour des opérations bilatérales » et, si les États le jugent nécessaire, pour des opérations de l’OTAN, de l’Union européenne, des Nations Unies ou autres.

Enfin, en matière de missiles, les deux pays se sont accordés pour « travailler à la mise en place d’un maître d’œuvre industriel européen unique » dans le cadre d’un « plan stratégique décennal ». Concrètement, il s’agit…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Conflits <<<

Tous à la messe dimanche!

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Devant l'église Saint-Sulpice à Paris, le 22 novembre 2020 © Dolidze Sabrina/SIPA Numéro de reportage: 00992187_000005

Jean Castex maintient une jauge de 30 personnes pour les messes, y compris pour le dimanche 29 novembre. Voici une tribune libre des Éveilleurs.


Après Emmanuel Macron, Jean Castex a confirmé ce matin fixer à 30 le nombre de fidèles autorisés à assister à la messe jusqu’au 15 décembre, sous prétexte d’une accusation non vérifiée : « En effet les lieux de culte ont été des lieux de contamination ». 

Nos dirigeants semblent avoir tellement perdu le sens commun qu’ils ne voient pas la différence entre un oratoire, une chapelle, une église, une cathédrale ou une basilique. Tandis que les restrictions sanitaires pour les commerces sont pensées en pourcentage d’occupation par rapport à la surface disponible, les catholiques devront pointer afin d’être sûrs qu’une 31e personne ne se cache pas dans les 7000m2 de Saint-Sulpice. 

À une décision qui mêle le grotesque, l’inutile et l’illégitime, aucun citoyen n’est tenu d’obéir. 

A lire aussi: Après les rassemblements « pour les messes »: le dilemme de Darmanin

Un subordonné n’est pas tenu d’obéir à un ordre dès lors qu’il contrevient gravement à la justice. Un subordonné n’est pas non plus tenu à l’obéissance dans un domaine où il n’est pas soumis. En vertu de la loi de séparation de l’Église et de l’État, le gouvernement n’a aucune légitimité pour dicter aux catholiques la manière dont ils doivent rendre leur culte à Dieu. Saint Thomas d’Aquin a affirmé dans la Somme Théologique : « Ainsi en est-il des lois des tyrans qui incitent à l’idolâtrie ou à toute autre chose qui serait contraire à la loi divine. Il n’est en aucun cas licite d’observer de telles lois » (Ia-IIae, q.96, a.4). 

Pour ce docteur dominicain qu’on ne peut soupçonner d’anarchisme théocratique, lui qui justifie l’obéissance comme conséquence ordonnée au bien commun de la nature sociale et politique de l’homme, il s’agissait de rappeler au politique la place prééminente du sacré et de la loi divine. 

A lire aussi: Qu’est-ce qu’une cathédrale?

De nombreuses voix se sont levées dans l’histoire des hommes pour rappeler qu’il existe une loi supérieure aux décrets humains temporels, telle Antigone face à Créon, ou encore des témoins de notre longue histoire, de Jeanne d’Arc répondant à ses voix jusqu’aux martyrs de Vendée, faisant le choix de Dieu face au totalitarisme.

Forts de cet enseignement séculaire, les Éveilleurs appellent tous les catholiques de France à ne pas craindre de désobéir à un ordre injuste et disproportionné. À quelques semaines de Noël, les menaces puériles de Monsieur Darmanin et le tropisme anticlérical de Monsieur Macron n’empêcheront pas les Chrétiens d’entrer massivement dans leurs églises dès ce dimanche pour assister à la messe.

Ils pétitionnent en faveur des «enfants musulmans»: mais pourquoi les signataires éprouvent-ils le besoin de dire qu’ils sont juifs?

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De gauche à droite : Rony Brauman, Dominique Vidal et Eyal Sivan. Photos : IBO/SIPA / PIERRE VERDY/AFP / STEPHANE DE SAKUTIN/AFP Numéro de reportage SIPA : 00669693_000008

Nous approchons là des frontières de l’immonde, selon Benoît Rayski


Des écoliers musulmans sont, disent-ils, persécutés en France. Certains d’entre eux ont, s’indignent-ils, été interrogés pendant des heures par la police. D’autres sanctionnés par le rectorat. Comble de l’horreur, un de ces enfants a été contrôlé « pour un mot écrit en arabe sur une feuille ». Quel mot ? La pétition ne le dit pas.

Ces enfants, des adolescents plutôt, ont fait un doigt d’honneur pendant la minute de silence consacrée à Samuel Paty. Certains, fort nombreux, se sont repassés en boucle sur leur portable la tête coupée de l’enseignant. Ça non plus la pétition ne le dit pas.

« Personnalités juives »

Elle a été publiée dans L’Obs avec la carte de visite suivante : « 38 personnalités juives » !

Rien de tel qu’une étoile jaune, pour déverser en toute bonne conscience son lot de saloperies. Se dire juif vaut ainsi un sauf-conduit pour l’immonde.

Ayant rappelé le sort funeste des enfants musulmans, les pétitionnaires établissent un parallèle entre ce qui se passe aujourd’hui et ce qui s’est passé dans les années 40. On ne peut s’empêcher, écrivent-ils, de penser « aux milliers d’enfants juifs dépouillés de leur liberté et de leur dignité par Vichy ».

Une démonstration fumeuse

Il n’est nullement fait mention dans la pétition que ces enfants juifs furent envoyés à Auschwitz. En effet cela ruinerait la démonstration des signataires car – que l’on sache – aucune chambre à gaz n’est prévue pour les enfants musulmans. Si vous voulez savoir pourquoi les signataires se déclarent juifs, la réponse est là : se prévaloir de leur origine leur permet de parler des enfants juifs. Selon une rhétorique bien éprouvée, les « 38 personnalités juives » précisent, bien sûr, que « rien n’est comparable ». Et pourtant ils comparent.

À lire aussi, Terrorisme: pour eux, c’est (toujours) la faute de la France!

Quelques noms des signataires maintenant:

Rony Brauman, qui consacre toute son énergie à vomir Israël. Michèle Sibony, porte-parole de l’Union des Français Juifs pour la Paix, un groupuscule haineux dont la seule vocation est de débaptiser Israël pour l’appeler Palestine. Dominique Vidal du Monde Diplomatique, un journaliste spécialisé dans la dénonciation des crimes de la soldatesque sioniste. Eyal Sivan, un cinéaste qui réalisa un film abject sur le procès Eichmann à Jérusalem. Sur nombre d’écoles parisiennes figurent des plaques avec les noms des enfants juifs envoyés à la chambre à gaz par Vichy. Nous suggérons à ces 38 Juifs d’aller voir et de s’incliner devant.

Affaire de l’instituteur de Malicornay: la justice tranche aujourd’hui

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L'enseignant Matthieu Faucher Image: capture d'écran YouTube / Cnews

La cour d’appel administrative de Bordeaux doit trancher ce jeudi le conflit qui oppose l’instituteur Matthieu Faucher à l’Éducation nationale. Par dénonciation anonyme, Monsieur Faucher avait été accusé de faire étudier des extraits bibliques en classe…


Jeudi 26 novembre, jour banal pour le plus grand nombre, jour essentiel pour quelques uns, mais jour fondamental pour l’enseignement en France. Ce soir, nous saurons si nous vivons dans un pays où un enseignant peut-être sanctionné sur la base d’une lettre anonyme dénonçant un contenu de cours parfaitement règlementaire. En outre, en cas de maintien de la sanction, les professeurs auront confirmation d’une injonction paradoxale de plus : le fait religieux doit être enseigné, mais « l’école de la confiance » ne les protègera pas en cas d’insatisfaction d’un usager.

Extrême sensibilité

Bref rappel des faits. Année scolaire 2016/2017, Matthieu Faucher enseigne en CM1/CM2 dans le petit village de Malicornay. Il choisit de mettre à profit sa formation de lettres classiques pour offrir à ses élèves un enseignement du fait religieux très riche, reliant l’Éducation Morale et Civique, le vocabulaire, l’éducation à l’image et illustrant la partie « récits mythologiques » du programme de littérature par des textes de la Bible. Il a préalablement expliqué son approche aux parents. Malgré cette précaution, la première pierre lui est jetée sous la forme d’une lettre anonyme l’accusant de « prosélythisme » (écrit tel quel). Une semaine après, sa hiérarchie le suspend de ses fonctions (promptitude réservée aux faits les plus graves). Malgré le soutien argumenté de nombreux élus et parents d’élèves, de spécialistes de l’enseignement laïc du fait religieux (Régis Debray, René Nouilhat, Jean Carpentier…), de professeurs engagés tels René Chiche, la commission disciplinaire voulue par le Directeur Académique de l’époque, Pierre-François Gachet, le sanctionne en lui imposant un déplacement d’office, c’est-à-dire le départ de l’école de Malicornay.

A lire ensuite: Après les rassemblements « pour les messes »: le dilemme de Darmanin

Notons au passage l’extrême sensibilité de Pierre-François Gachet en matière de références culturelles, puisqu’il s’est également illustré en 2018 par l’interdiction signifiée au maire de Tournon-Saint-Martin de la Chanson de Craonne, traditionnellement chantée après la Marseillaise par les enfants des écoles à la cérémonie du 11 novembre. Soulignons également que si l’Autonome de Solidarité et le syndicat SE-UNSA ont apporté leur aide à Matthieu Faucher, la représentante locale du syndicat SNUIPP/FSU a approuvé la sanction. En juillet 2019, le Tribunal administratif de Limoges ordonne cependant l’annulation de cette sanction, au motif que celle-ci est disproportionnée par rapport aux faits reprochés mais le cabinet de Jean-Michel Blanquer dépose un recours auprès de la Cour d’appel administrative de Bordeaux dont le résultat est attendu ce 26 novembre.

Culture de la satisfaction de l’usager

La lecture de cet enchainement de faits ne peut que rendre perplexe. Jusqu’en mai 2017, un fonctionnaire académique, peut s’être senti poussé une vocation de censeur, porté par le climat du quinquennat Hollande. La culture de la satisfaction de l’usager venait d’apparaître noir sur blanc dans les grilles d’évaluation des directeurs d’école grâce à Najat Vallaud-Belkacem. Parallèlement, l’opinion de Pierre Nora sur les programmes d’histoire remaniés par cette dernière permet de comprendre que les racines chrétiennes de notre pays n’étaient pas les bienvenues : « Ils portent à l’évidence la marque de l’époque: une forme de culpabilité nationale qui fait la part belle à l’Islam, aux traites négrières, à l’esclavage et qui tend à réinterpréter l’ensemble du développement de l’Occident et de la France à travers le prisme du colonialisme et de ses crimes. […] C’est l’expression d’une France fatiguée d’être elle-même, d’un pays qui ne sait pas trop où il va et ne sait donc pas dire d’où il vient. »

A lire: La laïcité ne peut être aimée, si l’on n’a pas rendu aimable le pays qui l’a inventée

Mais comment expliquer l’acharnement des équipes de Jean-Michel Blanquer, ce ministre qui a souhaité apposer le label « confiance » sur son passage rue de Grenelle ? Comment croire celui qui déclare, en mars 2018 que « nous devons donner à nos enfants des racines et des ailes » tout en coupant celles d’un enseignant ? Exprime-t-il de réelles convictions lorsqu’il prétend que les élèves « doivent savoir d’où ils viennent et où ils vont. Quand vous faites une visite dans une cathédrale aujourd’hui, souvent des enfants ignorent tout des codes qui permettent de comprendre l’endroit où ils sont. De la même façon, il y a des interprétations complètement sauvages des différents textes sacrés. Cette ignorance est vecteur d’intolérance, d’incompréhension, d’absurdité. Cela génère de l’obscurantisme. On a besoin d’une culture générale sur les religions. D’où l’intérêt de l’enseignement laïc du fait religieux » ?

Un ministre qui n’aide pas

Une fois de plus l’ambigu ministre Blanquer montre l’écart qui sépare ses paroles rutilantes de ses actes obscurs. Il ne redressera pas l’école de la République en poignardant les derniers hussards. Il ne leur facilitera pas non plus la tâche en laissant en l’état les programmes d’histoire destructurés et appauvris par Najat Vallaud-Belkacem. Matthieu Faucher est un homme dont la rectitude est palpable jusque dans le costume qu’il porte pour enseigner par respect pour ses élèves. Lire ses fiches de préparation dans La leçon de Malicornay de René Nouilhat permet de constater la rigueur de ses préparations de classe, la parfaite cohérence de la mise en réseau des disciplines et sa grande culture générale, si rare dans le premier degré aujourd’hui. 60% des enseignants disent déjà éviter le sujet de la religion pourtant fondamental comme le démontrait le rapport Debray en 2002. La connaissance de la culture chrétienne est indispensable pour comprendre l’histoire de l’art, la littérature, les dates du calendrier, l’architecture, la musique, l’histoire de France…

Matthieu Faucher, agnostique père de trois enfants non baptisés, a eu l’honnêteté de vouloir offrir à ses élèves la même culture générale qu’à sa progéniture, cela ne peut en aucun cas constituer une faute.

La leçon de Malicornay: Le fait religieux pris en otage

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Dieu est mort. Le diable aussi…

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Coupe du monde 1986 © Colorsport/Shutterstock/SIPA Numéro de reportage: Shutterstock40808452_000028.

Philippe David nous rappelle les exploits de Diego Maradona, décédé hier. Le joueur d’1m66 était le plus grand géant du football. 


Un certain Jacques Chirac disait il y a quelques années que « les merdes ça vole en escadrille ». Et pour les amoureux de sport, entre les disparitions de Christophe Dominici, Jacques Secrétin et Diego Maradona en à peine vingt-heures, on peut dire que cette citation prend tout son sens.

Diego Armando Maradona est décédé moins d’un mois après son soixantième anniversaire, emporté par un arrêt cardio-respiratoire selon la presse argentine. Maradona, « el pibe de oro », le gamin en or, qui dans sa carrière aura tout gagné ou presque, aura disputé quatre coupes du monde, laissant dans chacune la marque de Dieu et celle du diable. Il aurait même pu en disputer cinq si son âge, 17 ans, n’avait pas dissuadé César Luis Menotti, le sélectionneur argentin pour la coupe du monde 1978 jouée à domicile et remportée par l’Albiceleste, de le prendre dans l’effectif alors qu’il lui avait offert sa première sélection à 16 ans en février 1977 contre la Hongrie.

La main de Dieu

1982 : Après un match d’ouverture perdu face aux redoutables Belges, Maradona réalise un match magnifique avec un doublé contre la Hongrie. Le Dieu Maradona était né. Lors du premier match du second tour, dans le groupe de la mort avec l’Italie et le Brésil, il subit un marquage odieux de Gentile qui serait renvoyé au vestiaire après 20 minutes aujourd’hui et l’Argentine s’incline 2-1. Face au magnifique Brésil de Télé Santana, Zico et Socrates, les Brésiliens mènent 3-0 à un quart d’heure du coup de sifflet final synonyme d’élimination et de perte du titre de champions du monde. Maradona pète les plombs en assénant un coup de pied dans le ventre de Batista avec pour conséquence un carton rouge on ne peut plus logique. Le diable Maradona venait de naître.

1986 : Après un premier tour où Maradona égalise pour un match nul contre les champions du monde italiens, c’est en quart de finale contre l’Angleterre qu’il va passer cette fois-ci de diable à Dieu en cinq minutes. Cinquante et unième minute, il trompe le gardien Peter Shilton de la main, « la main de Dieu » dira-t-il en faisant référence à la revanche de la guerre des Malouines. Le diable venait de frapper. Cinq minutes plus tard, le même Maradona troque le costume du diable pour celui de Dieu. Il prend le ballon sur le côté droit  une dizaine de mètres dans le camp argentin. Il accélère, élimine la moitié de l’équipe d’Angleterre, dribble le gardien et fait trembler les filets. Dieu venait de marquer. Victor Hugo Morales, le commentateur argentin, pleurera après ce but en le qualifiant de « Dieu Saint » et de « cerf-volant cosmique » en demandant « de quelle planète il venait ? ». Dieu allait réapparaitre avec un somptueux doublé contre les Belges en demie et une passe décisive magistrale pour Burruchaga en finale permettant à l’Argentine, qui venait de se faire remonter deux buts contre la RFA, de remporter son second trophée mondial en huit ans. En 1986, le Dieu du football avait un nom : Maradona.

De la cocaïne dans les urines

1990 : Lors de cette coupe du monde en Italie, l’Argentine arriva miraculeusement en finale avec un Maradona bien moins bon que quatre ans plus tôt mais leader incontesté, avec Claudio Caniggia, de la sélection Albiceleste. Sortie des poules miraculeuse comme meilleurs troisièmes. Victoire en huitième de finale contre le Brésil, une victoire dont Maradona dira en décembre 2004 lors d’une émission télévisée que les Argentins avaient mis du somnifère dans l’eau des joueurs auriverdes. En demi-finale à Naples, où il venait de remporter un second Scudetto en trois ans, il marqua le tir au but décisif contre le pays organisateur. Dieu avait permis à l’Argentine d’atteindre sa troisième finale en quatre coupes du monde. Mais le diable frappa quand Maradona traita les supporters italiens, qui éliminés par l’Argentine voulaient une revanche en finale en sifflant l’hymne de l’Albiceleste, de « hijos de p… », pas besoin de traduire, à voix haute face aux caméras.

1994 : la coupe du monde sera courte pour Maradona. Premier match contre la Grèce, et à l’heure de jeu alors que l’Argentine mène 2-0, une action à trois supersonique avec Redondo et Caniggia voit Maradona propulser le ballon en pleine lucarne. Dieu était encore là à 33 ans. Mais Dieu avait les apparences du démon puisque, au contrôle anti-dopage on trouvait de la cocaïne dans ses urines. Exclu du mondial, Maradona faisait ses adieux à la coupe du monde à 33 ans, un âge qui n’est pas anodin pour un Dieu du football.

Trois jours de deuil national

La fin de sa vie sera chaotique entre propos faisant scandale, cocaïne et soutien à des régimes fort peu démocratiques comme le Cuba de Castro et le Venezuela de Chavez. Peut-être parce que Dieu l’avait créé pour le football et rien que pour le football ?

Aujourd’hui l’Argentine a décrété trois jours de deuil national, le peuple de ce merveilleux pays pleurant des larmes grandes comme le Rio de la Plata. Une Argentine qui commémorera dans quinze jours les 130 ans de la naissance de son autre Dieu, Carlos Gardel. On imagine bien le Roi du tango accueillir Diego en lui chantant « la última copa » ou « mi noche triste ».

Dieu est mort, le diable aussi…

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